Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
10 février 2015 2 10 /02 /février /2015 07:15

Dans un spot publicitaire des années 1980 pour vendre un assouplissant pour linge, une jeune femme prête à "rosir de plaisir" porte un peignoir qui change de couleur à l’ouverture de chaque minidose… Déclinaison en quelques vieux slogans.


yartiNiniDoubs01Le PS a eu chaud dans le Doubs. Les résultats du second tour de l’élection législative partielle de la quatrième circonscription du Doubs du 8 février 2015 ont été particulièrement laborieux pour Frédéric Barbier, le candidat du PS qui, finalement, est élu sur sa concurrente du FN Sophie Montel, pour la succession de Pierre Moscovici.


Être bien, être Doubs

Bien qu’encore faible, la participation a nettement progressé entre les deux tours puisqu’elle est passée de 39,6% à 49,1%. Il est encore trop tôt pour évaluer les reports de voix réels des candidats du premier tour sur ceux du second tour (en étudiant à fond les résultats bureaux de vote par bureaux de vote), mais l’élection très serrée permet déjà de constater que les deux camps, le PS et le FN, sont parvenus à mobiliser des abstentionnistes du premier tour. Les deux, et pas seulement le PS.

Le candidat PS l’a donc emporté avec 51,4%, soit seulement 863 voix d’avance sur la candidate FN.

Si l'on regarde précisément le vote blanc et nul, il y a eu 2 694 votants qui ont refusé de se prononcer (soit 8,2% des votants) au second tour au lieu des 727 (soit 2,8% des votants) au premier tour. Il est clair qu'une partie des électeurs du premier tour ont suivi la consigne du ni-ni, environ 2 000, soit l'équivalent d'un petit tiers des électeurs du candidat UMP du premier tour (28,9% exactement).

yartiNiniDoubs04

Inutile de dire que si cette élection présente peu d’importance parlementaire car le PS garde toujours sa majorité absolue en comptant les sièges de son fidèle allié PRG, elle revêt néanmoins un caractère crucial sur l’attitude à adopter vis-à-vis du Front national, et évidemment, c’est la position de l’UMP dont il s’agit ici.


Comme je l’ai déjà écrit, la position officielle adoptée au bureau politique de l’UMP du 4 février 2015 a été une véritable honte pour les valeurs républicaines et une insulte au courage politique, celle qui a consisté à mettre sur le même plan les deux candidats du second tour, Frédéric Barbier et Sophie Montel, et à conseiller à ses électeurs l’abstention ou le vote blanc. Une position non seulement soutenue par l’aile "dure" de l’UMP mais également par des personnalités d’habitude beaucoup plus modérées, comme François Fillon et Bruno Le Maire.

Paradoxalement, Nicolas Sarkozy n’a pas fait partie des ultras (majoritaires) de son parti et au contraire, plutôt que de prôner le ni-ni, a proposé de ne donner aucune consigne de vote, ce qui aurait permis de préserver une unité (de façade) dans la maison UMP. Avec cette absence de consigne tout en affirmant que le FN est le principal adversaire, Nicolas Sarkozy se situait dans une position intermédiaire entre le vote PS et le ni-ni, mais il a été mis en minorité par le bureau de l’UMP à quelques voix près.

C’est aussi l’une des leçons de cette partielle du Doubs : Nicolas Sarkozy n’a plus le réflexe alerte, l’intuition déterminante, dans la vie politique. Il n’avait même pas jugé utile d’aller faire campagne au premier tour pour soutenir le candidat UMP. Son éloignement un jour crucial pour son parti, où toutes les positions se cristallisaient, le lendemain d’élection, et sa mise en minorité le lendemain ont montré que, contrairement à ce que j’envisageais, Nicolas Sarkozy ne maîtrise plus beaucoup son parti qui est, il faut bien dire, très difficile à gérer depuis 2012. À cela, on peut aussi ajouter les sondages où il fait une chute de popularité élevée surtout de la part des militants et sympathisants de l’UMP, qui étaient pourtant son pré carré privilégié de fidèles.


L’UMP, la cuisson à feu Doubs

Pour l’UMP, l’incendie est déjà déclaré. Loin de bénéficier des erreurs du gouvernement socialiste, elle subit presque le même sort que le PS, d’élections partielles en élections partielles. Le FN se montre de plus en plus comme le seul parti d’alternance face à un pouvoir que le FN appellerait UMPS en assimilant un peu grossièrement et rapidement majorité et opposition parlementaires, pourtant, sur la politique fiscale entre autres (mais aussi sociétale), tous les contribuables ont pu juger des différences.

Lorsque François Fillon a soutenu le 3 février 2015 la politique du ni-ni, c’était pour dire que seule l’UMP pouvait redresser le pays : « Le Front national est une impasse pour la France. Le Parti socialiste n’a plus aucune solution à proposer aux Français. Nous devons, à l’UMP, être le parti du redressement, le parti de la rupture. ». Et les arguments contre le soutien du candidat PS, c’est aussi de ne pas faire de "front républicain" qui réduirait encore l’électorat de l’UMP en le décourageant.

Mais il faut raisonner lucidement. Lorsque l’UMP est évincée du second tour, il n’y a plus d’électorat UMP qui tienne, puisqu’il n’y a plus de candidat UMP. Lorsque l’UMP est évincée du second tour, il n’y a plus de parti du redressement ou de la rupture qui tienne, l’UMP n’est pas présente au second tour, elle n’est donc plus en mesure d’agir, de rompre, de redresser.

Au conseil national de l'UMP très divisé, le 7 février 2015 à la Mutualité de Paris, Alain Juppé, qui s'est fait siffler par la salle lorsqu'il a prôné une alliance UMP-UDI-MoDem, a voulu ouvrir les yeux de ses compagnons sur le FN : « Il y a des choses à clarifier entre nous, comme notre ligne politique. Il faut regarder la situation en face : l’ascension du FN est résistible à condition que nous résistions. Toute stratégie de complaisance avec l’extrême-droite est inacceptable et suicidaire. Pour des raisons politiques : le programme du Front national nous conduirait dans le mur. Et pour une raison tactique : le FN ne sera jamais le supplétif de l’UMP. Ils veulent notre peau ! Ils veulent notre défaite ! Il n'y a pas de compromission possible. Il faut casser la dynamique qui les porte aujourd'hui et la casser à tout prix ! ».

yartiNiniDoubs06


Florian Philippot l'a d'ailleurs confirmé sur France 5 le 9 février 2015 avec un certain cynisme. Selon lui, l'UMP n'a plus d'utilité s'il fait élire le PS et doit donc disparaître. Avec une telle clarté, il est étonnant que des responsables UMP cultivent encore autant de masochisme à vouloir ménager le FN.

yartiNiniDoubs08

En réponse à Alain Juppé mais aussi à François Hollande, Nicolas Sarkozy a affirmé toujours au conseil national de l'UMP du 7 février 2015 : « Jamais je ne chercherai à imiter des gens pour lesquels je n’ai pas de respect, comme ceux du Front national. Mais jamais je ne renoncerai à traiter ces questions parce qu’ils en ont parlé mal. (...) Je n’ai pas de leçons à recevoir de ceux qui font monter le Front national. Je n’ai pas entendu François Hollande faire part de son bouleversement lorsque Marine Le Pen a appelé à l’abstention dans le seul but de me faire battre [en mai 2012]. ».

De plus, très éloignés de la situation locale, les responsables nationaux de l’UMP n’ont pas du tout été à l’écoute du candidat UMP et de ses sympathisants dans le Doubs qui avaient appelé sans hésitation à voter pour Frédéric Barbier.


C’est pour cela qu’il faut saluer le courage politique des personnalités qui refusent de se ranger derrière l’opinion supposée des militants ou des électeurs, car faire de la politique, ce n’est pas suivre les sondages, c’est avoir des convictions, les exposer clairement et essayer de convaincre, avoir une vision sur l’intérêt national et pas l’intérêt électoral de certains partis ou de certaines carrières.

Bravo donc à Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Pierre Raffarin, Benoist Apparu, également, mais c’était plus logique en raison de la clarté idéologique des centristes, Jean-Christophe Lagarde et François Bayrou.

Je regrette toutefois qu’aucun ténor ayant pris cette position courageuse ne soit pas allé jusqu’à venir soutenir Frédéric Barbier sur le terrain, devant les électeurs.


Le FN, petit par la taille, petit par la douceur

À de très rares exceptions près (comme le député Yann Galut), les responsables socialistes sont incapables de combattre le Front national efficacement. Quand je dis efficacement, cela signifie sur le plan politique et pas sur le plan moral. Les positions moralisantes contre le FN n’ont qu’un effet contreproductif : soit le FN est un parti légal, soit il ne l’est pas. S’il l’est, et ce serait difficile de dire autre chose, alors il faut le combattre sur le plan politique, sur ce qu’il propose, ce qu’il affirme, ce qu’il revendique, et pas sur une sorte d’argument d’autorité sur le bien et le mal qui, de toute façon, ne ferait que braquer les électeurs.

yartiNiniDoubs03


Sur le plan économique (contre l’Europe, contre l’euro, contre le remboursement de la dette etc.), le programme du FN est devenu très proche de la gauche de la gauche. Et c’est pour cela que le PS n’ose pas le combattre sur ce terrain-là. Pourtant, la politique de Manuel Valls et d’Emmanuel Macron ne devraient pas avoir de scrupules. Mais le PS, si. Parce qu’il y a, depuis 1982, toujours un complexe de la part du pouvoir socialiste de ne pas être assez à gauche (complexe de François Mitterrand devenu très tardivement socialiste), et les députés "frondeurs" ainsi que des personnalités comme Jean-Luc Mélenchon (adhérent au PS pendant pourtant vingt-cinq ans, ce qui lui a permis de faire sa belle carrière sénatoriale et ministérielle) n’hésitent pas à le faire remarquer. Pour preuve encore, le sourire relevé du PS lors de la victoire de l’extrême gauche grecques Syriza alliée à un petit parti équivalent au FN en Grèce.

Or, la seule possibilité de réduire l’influence électorale du FN, c’est de l’attaquer sur ses idées. Et l’attaquer clairement. Pas sur des bases morales, donc, mais sur son programme économique qui n’est ni cohérent, ni réaliste ni surtout pertinent dans l’intérêt des Français. À ce jeu, évidemment, l’UMP serait nettement plus convaincante que le PS puisqu’elle  n’aurait pas les scrupules d’origine gauchiste du PS.

Mais parallèlement, l’autre axe du FN, ses déclarations péremptoires contre l’immigration, loin d’être combattues par certains élus UMP, sont parfois au contraire renforcées par le discours de certains élus UMP. Pour preuve, dans un débat télévisé, Laurent Wauquiez silencieux lorsqu’on lui dit qu’il a le même programme que Marion Maréchal-Le Pen sur ce thème.


Quand le mou est si faux et le faux est si mou, c’est forcément… le PS

Dans cette élection partielle, bien entendu, le PS n’a pas matière à triompher. D’ailleurs, le nouveau député Frédéric Barbier, très lucide, a reconnu dès la soir de son élection : « Je ne me réjouis pas, je ne pavoise pas ; ce succès, je le dois aux forces républicaines. Cette élection peut être un tournant de ce quinquennat. Il faut garder l’esprit d’union nationale autour des valeurs de la République. ».

yartiNiniDoubs02


Lui aussi essayant de préserver une parcelle du consensus républicain du 11 janvier, le Président François Hollande (qui voit sa petite bulle de popularité éclater) avait exprimé son incompréhension sur la position de l’UMP lors de sa cinquième conférence de presse le 5 février 2015.

Les socialistes se retrouvent toutefois dans le même cas que l’UMP pour des duels mettant en jeu un candidat FN. Lors des précédentes législatives partielles qui ont évincé le candidat PS dès le premier tour et mis au second tour un affrontement UMP contre FN, le FN avait réussi à gagner une vingtaine de pourcents entre les deux tours en rassemblant également beaucoup d’électeurs …socialistes du premier tour (une étude l’avait bien démontré).


Ni-Ni Doubs, mais il fait le minimum...

En ne combattant pas ouvertement le FN, l’UMP a donc encouragé largement son électorat à voter pour le FN, à le débrider, malgré toutes les dénégations qu’elle pourrait faire. Il s’en est fallu à un cheveu pour que le FN triomphât.

La seule position claire était de clamer un stop franc et massif à la montée électorale du FN, une montée qui, à mon sens, va défavoriser plus l’UMP que le PS. La stratégie du ni-ni, adoptée depuis 2011, mènerait nécessairement à une victoire du FN si le cas se présentait lors de la prochaine élection présidentielle.

Attention danger, chantait Thierry Le Luron il y a plus de trente ans, le 10 novembre 1984 sur Antenne 2 : « Le Pen, je ne vois là que des êtres humains qui sont les Français de demain. (…) Je ne veux pas de ta nation barbelée, souvenir attention danger ! »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 février 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Maux Doubs à l'UMP.
Les électeurs du PS aussi votent FN.

Rien n’est joué en 2017 !
Je suis Charlie.
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Nicolas Sarkozy.
François Hollande.
Alain Juppé.
Jean-Christophe Lagarde.
François Bayrou.

Pierre Moscovici.

yartiNiniDoubs05


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ni-ni-doubs-c-est-toute-la-joie-de-163381


 



 

Partager cet article
Repost0
4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 07:58

Les mous du Doubs auraient-ils définitivement gagné face aux fermes sur les valeurs républicaines ? En tout cas, ce sera forcément une ligne différentielle pour le choix du candidat UMP à l’élection présidentielle.


yartiMauxDoubs01Le dimanche 1er février 2015 a eu lieu le premier tour de l’élection législative partielle dans la quatrième circonscription du Doubs pour remplacer Pierre Moscovici nommé à la Commission Européenne.

Trois candidats ont capté l’essentiel du corps électoral, mais seulement deux ont été qualifiés pour le second tour prévu le 8 février 2015 : Sophie Montel (FN) a obtenu 32,6%, Frédéric Barbier (PS) 28,9% et Charles Demouge (UMP) 26,5%. En cas de second tour, tous les candidats ayant obtenu au moins 12,5% des inscrits peuvent rester dans la compétition, et au moins les deux premiers candidats. En raison de la forte abstention (60,4%), le candidat de l’UMP a été évincé du second tour. Seule la candidate du FN a atteint ce seuil de 12,5% des inscrits avec 28 voix d’avance. Et si son score est enviable (supérieur à 30% des suffrages exprimés et première place), la candidate FN a cependant perdu plus de 1 200 électeurs par rapport au scrutin du 10 juin 2012.

C’est évidemment une catastrophe pour l’UMP qui, depuis l’annonce des résultats, s’est enlisée dans des points de vue divergents sur la position officielle à tenir pour ce second tour. Même si cette circonscription était importante car le PS n’a plus la majorité absolue (le groupe PS n’a que 287 membres au 23 janvier 2015) et pourrait essayer de la regagner en remportant l’élection (il lui manque en fait deux sièges), la circonscription étant de gauche depuis 2007, ce combat local n’était pas crucial en lui-même mais il l’est sur l’attitude à avoir à l’égard du FN.

yartiMauxDoubs02

Il faut noter également que c’est le premier scrutin depuis que Nicolas Sarkozy est président de l’UMP, et il a été perdu dès le premier tour, ce qui donne un mauvais signe et sûrement pas un signe de renouveau et d’espoir de ce côté-ci de l’échiquier politique. Le candidat UMP, Charles Demouge, avait soutenu la candidature de Nicolas Sarkozy l’élection à la présidence de l’UMP le 29 novembre 2014. La mise en examen de Jean-François Copé le 3 février 2015 sur le paiement de l’amende sur les comptes de campagne en tant qu’ancien président de l’UMP n’a pas contribué non plus à faire de l’UMP un parti d’avenir.

Néanmoins, les résultats du 1er février 2015 restent cohérents avec les récents sondages au niveau national qui indiquent désormais deux éléments récurrents : le FN est placé en tête du premier tour et l’UMP et le PS font à peu près jeu égal (moins de 600 voix les séparent dans le Doubs), mais assez loin derrière le FN.

Bien que la circonscription fût détenue par un socialiste sortant, il n’était pas évident du tout que le PS dépassât ainsi l’UMP alors que le PS est au pouvoir depuis deux ans et demi. D’ailleurs, le candidat socialiste s’était lui-même préparé à son éviction dès le premier tour. Dans la circonscription traditionnellement à gauche, la troisième circonscription du Lot-et-Garonne, celle de Jérôme Cahuzac, le PS avait été éliminé dès le premier tour le 16 juin 2013.

Si la quatrième circonscription du Doubs avait été à l’origine gagnée par l’ancienne candidate à l’élection présidentielle et ancienne ministre Huguette Bouchardeau (PSU) le 12 juin 1988, les scores du second tour ont toujours été historiquement à 50/50 au second tour : le 16 juin 2002, Pierre Moscovici (PS), ministre (et député) sortant, a perdu face à Irène Tharin (UMP) avec seulement 49,8% des voix (162 voix de retard) ; le 17 juin 2007, Pierre Moscovici a repris sa revanche contre la députée sortante avec 50,9% (750 voix d’avance) ; enfin, le 17 juin 2012, en triangulaire, Pierre Moscovici a gagné sans franchir le seuil de la majorité absolue, avec 49,3% devant Charles Demouge (26,2%) et Sophie Montel (24,5%).


L’UMP divisée sur la position à adopter

Cette configuration électorale pourrait se retrouver au niveau national pour l’élection présidentielle : c’est d’ailleurs le pari de François Hollande, d’éliminer le candidat de l’UMP dès le premier tour et ne pas avoir trop de problème pour se faire réélire face à la candidate du FN (mais la stratégie n’est plus valable à partir du moment où le FN est aujourd’hui capable de l’emporter).

Donc, la position de l’UMP sur un second tour dont elle est exclue, FN vs PS, est un élément déterminant dans le fondement politique de ce parti. On comprend que le PS, dans un second tour FN vs UMP, ait moins d’état d’âme à choisir l’UMP, et l’avait d’ailleurs prouvé le 5 mai 2002 en votant massivement pour Jacques Chirac face à Jean-Marie Le Pen.

Le débat au sein de l’UMP ne se fait pas sur une éventuelle alliance électorale entre le FN et l’UMP : celle-ci est totalement exclue, d’une part, parce que le FN n’est pas demandeur (et n’en a plus vraiment besoin), d’autre part, parce que le programme du FN est diamétralement opposé à celui de l’UMP, et est d’autant plus proche de l’extrême gauche pour les considérations sociales et économiques que le FN avait souhaité la victoire de Syriza (gauche radicale) en Grèce.

Le débat est donc dans cette gestion de la non-alliance, à savoir faut-il voter pour le candidat socialiste ou faut-il voter blanc (ou s’abstenir mais ce n’est pas très civique de s’abstenir, on imagine mal une personnalité politique ayant eu ou voulant avoir des responsabilités nationales ne pas être exemplaire au moins sur le plan civique) ?

Et il faut être clair avec les mots : appeler à voter blanc, c’est considérer que le PS et le FN sont des adversaires similaires, qu’ils sont aussi dangereux, l’un comme l’autre, au pouvoir. C’est dire ouvertement qu’il n’y a pas de préférence.

En revanche, appeler à voter pour le candidat socialiste, c’est montrer clairement qu’il faut faire barrage au FN et l’empêcher à tout prix d’arriver au pouvoir. C’est la position notamment des centristes comme ce fut le cas dès le 2 février 2015 du nouveau président de l’UDI Jean-Christophe Lagarde.


Le FN, le principal adversaire

Avant même la très décisive tenue du bureau politique de l’UMP le mardi 3 février 2015 à 18 heures, plusieurs ténors de l’UMP ont courageusement pris position en faveur du candidat socialiste. La première à l’affirmer n’est pas n’importe qui puisque c’est la numéro deux de l’UMP, vice-présidente déléguée, Nathalie Kosciusko-Morizet. Les anciens ministres Dominique Bussereau et Benoist Apparu ont également communiqué en ce sens.

Enfin, sans surprise non plus, l’ancien Premier Ministre Alain Juppé a fait état d’une même position sur son blog : « Je vois clairement que désormais notre principal adversaire politique est devenu le FN » et d’imaginer le FN au pouvoir : « Ce serait à mes yeux une catastrophe pour notre pays. L’image de la France serait abîmée dans le monde car l’idéologie du FN est aux antipodes des valeurs morales et politiques qu’elle incarne ; les rechutes antisémites périodiques du président d’honneur de ce parti devraient suffire à nous en convaincre. La xénophobie et l’islamophobie du FN dressent les Français les uns contre les autres (…). Son programme économique est celui de tous les dangers : la sortie de l’euro déstabiliserait notre économie, au détriment des plus fragiles ; elle provoquerait la dislocation de la construction européenne au moment où nos pays ont le plus besoin de faire bloc face aux multiples défis du monde qui nous entoure. ».

yartiMauxDoubs03

Ce réquisitoire n’est pas gratuit : il traduit une réelle inquiétude pour 2017. Et il faut le répéter, contrairement à ce que raconte dans tous les médias le nouveau politologue très en vogue, Thomas Guénolé, il est faux de dire qu’il existe deux FN, un FN de réelle extrême droite, celui du père, de la petite-fille, de Bruno Gollnisch, de ceux qui se laissent aller à leurs pensées vaguement racistes et à quelques autres dérapages, et un FN de gauche, social, souverainiste, guidé par Florian Philippot. Il n’existe qu’un seul FN, avec son histoire (quarante-quatre ans), son président d’honneur, sa fille, ses dérapages incessants, et en plus de trente ans de mandats (européens, régionaux), son incapacité à bâtir un projet concret ou à proposer quoi que ce soit de constructif.

En pays de liberté d’expression, oui, c’est un droit de pouvoir critiquer un parti comme le FN. Les élus du FN ne sont pas les seuls détenteurs de la voix populaire : tous les élus, FN et pas FN, le sont également. Et jusqu’à maintenant, il n’y a pas de majorité en faveur du FN.

Donc, je salue bien sûr la position claire et surtout assumée d’Alain Juppé : « Je ne m’abstiendrais pas, je voterais pour le candidat qui affronte [la candidate FN], c’est-à-dire, le candidat PS. » (2 février 2015). Et il l’a répété au journal de 20 heures sur France 2 le 3 février 2015 devant David Pujadas.

yartiMauxDoubs05-copie-1

C’est donc sur une position sur les valeurs que l’UMP devrait se déterminer : opposant au PS, certes, mais dans le cadre des valeurs républicaines qui ont toujours fait consensus depuis près d’un siècle et demi de République. Or, le FN se met de lui-même, par les déclarations souvent étouffées de ses cadres et candidats, en dehors de ces valeurs républicaines.


Le ni-ni gagne à l’UMP

C’est donc affligeant d’entendre d’autres ténors de l’UMP proposer mollement (sont-ce donc les mous du Doubs qui ont gagné la partie face aux fermes sur les valeurs ?) de s’opposer au FN mais aussi au PS en appelant à voter blanc : le secrétaire général, Laurent Wauquiez, mais aussi Bruno Le Maire et également l’ancien Premier ministre François Fillon qui a déclaré devant les députés UMP le 3 février 2015 : « Le Front national est une impasse pour la France. Le Parti socialiste n’a plus aucune solution à proposer aux Français. (…) Aucune complaisance pour l’extrême droite et pas d’indulgence pour un gouvernement impuissant ! Voilà la ligne de conduite que je propose pour l’élection partielle dans le Doubs. ».

Cette stratégie du ni-ni n’est pas nouvelle puisqu’elle a été définie dès mars 2011, aux élections cantonales. Il est vrai qu’un récent sondage réalisé par l’Ifop pour "Le Figaro" et LCI et publié le 2 février 2015 indiquait que parmi les électeurs de l’UMP (je me demande quel nombre exact de sondés cela correspondait-il dans l’échantillon), 19% sont pour voter PS, 14% sont pour voter FN et 67% sont pour le ni-ni (abstention ou vote blanc).

Nicolas Sarkozy est allé encore plus loin dans la "mollesse" puisque, bien qu’opposé résolument au FN, il aurait préféré qu’il n’y eût aucune consigne de vote : « Non au FN » mais « On laisse les électeurs choisir. ». C’est sur cette position (anti-front républicain donc) que l’UMP aurait dû se retrouver au sein de son bureau politique du 3 février 2015.

Mais la motion du ni-ni a été adoptée par 22 voix contre 19 à l’issue de cette réunion, mettant en minorité Nicolas Sarkozy : officiellement, l’UMP a donc appelé à s’abstenir ou à voter blanc dans cette élection partielle. Ce qui paraît assez irresponsable alors que ce parti prétend vouloir gouverner la France. Ne pas prendre position, c’est forcément prendre position par défaut.

On peut d’ailleurs mettre cette position (qui n’est pas nouvelle) en parallèle avec la décision de Marine Le Pen du 1er mai 2012, celle de ne pas choisir entre Nicolas Sarkozy et François Hollande pour le second tour de l’élection présidentielle, ce qui a contribué par défaut à l’élection du candidat socialiste le 6 mai 2012.

Non seulement c’est désolant de ne pas prendre position en général en cas de duel FN vs PS, mais c’est encore plus désolant en étudiant précisément la situation de la quatrième circonscription du Doubs.

Le candidat socialiste est Frédéric Barbier (54 ans), vice-président du Conseil général du Doubs depuis mars 2011. Il était le suppléant de Pierre Moscovici en juin 2012 et fut donc mécaniquement amené à siéger dans l’Hémicycle lorsque ce dernier fut nommé au gouvernement. Il a été membre de la commission des affaires économiques et est un cadre d’ERSF (Électricité réseau distribution de France).


Sophie Montel

La candidate FN, en revanche, est loin d’être une "modérée" : Sophie Montel (45 ans), malgré sa relative jeunesse, a déjà une longue expérience électorale puisque depuis mars 1998, elle est conseillère régionale de Franche-Comté et depuis mai 2014, elle a été élue députée européenne. C’est simple, elle s’est présentée quasiment à toutes les élections depuis une vingtaine d’années et de 1995 à 2014, elle a été conseillère municipale, à Besançon d’abord, puis, à partir de mars 2001, à Montbéliard où elle est née, mandat qu’elle a dû abandonner en raison du cumul lorsqu’elle fut élue députée européenne. Depuis 2011, elle est secrétaire nationale aux élus au sein du bureau politique du FN, nommée par Marine Le Pen. Donc, autant dire qu’elle est partie intégrante de la ligne actuelle du FN.

Et qu’a fait Sophie Montel jusqu’à maintenant ? Pas grand chose. Le 2 avril 2015, par exemple, aura lieu une audience au tribunal correctionnel de Montbéliard après la plainte par l’une de ses colistières pour abus de faiblesse car une femme de 90 ans ne jouissant plus de ses facultés de discernement aurait été enrôlée sans son consentement éclairé sur la liste municipale de Sophie Montel en mars 2014 (la candidate FN avait en réponse déposé une plainte pour dénonciation calomnieuse). Mais ce n’est pas l’essentiel. Le fait remarquable des presque vingt années de mandats de Sophie Montel, elle le doit à son premier mandat, celui de conseillère municipale de Besançon.


De « l’évidente inégalité des races »

Pendant la séance du conseil municipal du 23 septembre 1996 présidée par Robert Schwint (1928-2011), maire PS de Besançon de 1977 à 2001, Sophie Montel avait montré publiquement quelles étaient ses valeurs, ses considérations pour les personnes et surtout, son obsession contre "l’immigration africaine", dans l’une de ses interventions qui, malheureusement pour elle, ont été consignées (et visées par l’autorité préfectorale) : « Rien dans les propos de Jean-Marie Le Pen sur l’évidente inégalité des races ne tombe sous le coup de la loi. Constater que la civilisation des Pygméees au XXe siècle aussi nombreux que les Athéniens du siècle de Périclès n’est pas égale à celle de la Grèce antique n’injurie pas les Pygmées. Constater que la civilisation des Esquimaux aussi nombreux que les Juifs n’est pas égale à celle d’Israël et n’a pas joué le même rôle dans l’histoire du monde ne constitue ni une injure aux Esquimaux ni une atteinte à la vérité. L’observation que les enfants d’origine vietnamienne s’adaptent généralement mieux aux études et au travail que ceux de l’immigration africaine est le fait de tous les enseignants, même de gauche. Nous affirmons que la civilisation française de notre grand siècle était supérieure dans tous les domaines de l’épanouissement de l’esprit, des arts et des lettres, à celles des Huns et des Bantous ? Constater l’inégalité des civilisations comme celle des individus merveilleusement différenciés, ce n’est pas nier l’évidence d’une nature humaine. Ce n’est pas, bien au contraire, porter atteinte à la défense de la dignité humaine. Ceux qui injurient la dignité humaine, ce sont les pratiques d’une société oublieuse de la loi naturelle où l’on laisse s’épanouir les tortionnaires pédophiles car il est des crimes dont l’horreur dépossède ceux qui les commettent, quelle que soit leur civilisation, du respect dû a priori aux hommes de toutes races et de toutes civilisations. Les vieilles ficelles utilisées depuis quinze ans contre le Front national s’effilochent de partout. (…) Nous n’avons pas de leçons à recevoir d’un membre du PS, parti qui s’est illustré par des corrompus et des empoisonneurs, des détourneurs de fonds publics et des dilapideurs de l’argent des contribuables pour s’accrocher à leurs mandats et à leur prébende. » (Hôtel de Ville de Besançon, le 23 septembre 1996).

yartiMauxDoubs06

Cette longue tirade a été lue à l’occasion de la décision de recruter pour trois ans un animateur socioculturel chargé de l’intégration et de la jeunesse. Il serait vain de commenter ce texte qui présente la confusion mentale entre plusieurs mots comme "civilisation", "race", l’assimilation de pédophilie chez l’adversaire politique (le maire était socialiste), les amalgames plus ou moins douteux, les clichés et stéréotypes historiques et géographiques, etc.

Il faut juste rappeler le contexte de l’époque où chaque élu municipal dans chaque ville était chargé de véhiculer les idées dogmatiques nationalistes à chaque occasion au détour d’une discussion purement locale. J’ai eu l’occasion d’en voir à l’œuvre lors des conseils municipaux à Grenoble entre 1989 et 1995 où l’unique représentant du FN, également conseiller régional, sortait systématiquement des tirades enflammées contre "l’art dégénéré" à l’occasion de la moindre attribution d’une subvention culturelle.


Les valeurs avant le carriérisme

L’UMP ne s’est donc pas grandie ce soir du 3 février 2015 en appelant à ne pas départager ces deux candidats, un adversaire politique classique qui agit dans le cadre du consensus républicain du vivre ensemble et une autre adversaire politique qui, au contraire, est prête à ségréger, à diviser, à cliver la population française. La nation, notion que le FN galvaude beaucoup trop, est composée d’un seul type de citoyen, le citoyen français, quelles qu’en soient son origine, sa religion, son sexe, son âge, sa condition sociales, sa sexualité… et cela, en dehors de toutes sortes de différences que le FN ne cesse de stigmatiser pour des raisons purement démagogiques et obsessionnelles.

Alors, honneur à Alain Juppé, Nathalie Kosciusko-Morizet, Benoist Apparu, Dominique Bussereau et quelques rares autres responsables UMP, y compris le candidat évincé, Charles Demouge, pour avoir eu le courage de savoir dans quel camp ils se trouvaient. Dans quelques années, peut-être que les lâchetés électoralistes de leurs collègues se paieront très chèrement…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 février 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rien n’est joué en 2017 !
Je suis Charlie.
Mathématiques militantes.
Le nouveau paradigme.
Nicolas Sarkozy.
François Hollande.
Alain Juppé.
Pierre Moscovici.

yartiMauxDoubs04
 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/maux-doubs-a-l-ump-163129

 

 

 

Partager cet article
Repost0
5 janvier 2015 1 05 /01 /janvier /2015 10:18

Né le 20 décembre 1929 à Paris, Charles Baur fut chef d'entreprise et s'est engagé en politique d'abord à la SFIO puis au PSD (Parti social-démocrate), la partie du PS qui avait refusé le programme commun et l'alliance avec les communistes. Il s'est retrouvé en 1978 au sein de l'UDF. Maire de Villers-Cotterêt de 1953 à 1989, il fut surtout le premier président du Conseil régional de Picardie de 1976 à 1978, puis de 1986 à 2004 (entre 1978 et 1986, ce fut l'ancien ministre Max Lejeune, président du PSD, qui fut président de la région).. Il s'était fait remarquer au niveau national en mars 1998 pour avoir accepté les voix des élus FN pour se faire réélire à la tête de la région, au même titre que Charles Millon en Rhône-Alpes et Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon. Charles Baur fut également élu député européen de 1986 à 1993 et député UDF de l'Aisne de 1993 à 1997.

SR


Partager cet article
Repost0
10 décembre 2014 3 10 /12 /décembre /2014 07:50

L’élection des dirigeants des partis politiques au suffrage direct des adhérents donne un bon moyen de connaître le nombre réel des adhérents. Petit tour de France pour les quatre principaux partis.


yartiMathMi01On a beaucoup commenté le score qu’a obtenu Nicolas Sarkozy le 29 novembre 2014 lors de son élection à la présidence de l’UMP, en considérant qu’il était faible avec seulement 64,50%.

C’est vrai qu’il est très loin des 96,72% que vient d’obtenir la Chancelière allemande Angela Merkel le 9 décembre 2014 élue pour la huitième fois consécutive à la présidence de la CDU lors du 27e congrès de ce parti à Cologne (son meilleur score fut 97,94% le 4 décembre 2012 lors du congrès précédent à Hanovre).

Mais contrairement à son homologue français, la CDU n’a pas choisi sa dirigeante au scrutin direct mais seulement par le vote de 1 001 délégués (le mode de désignation des partis français d’il y a une vingtaine d’années), ce qui ne donne pas l’idée de l’importance militante du parti. Selon certaines statistiques, la CDU compterait près de 500 000 adhérents, mais rien n’indique s’ils sont "actifs" ou "dormants". Et contrairement à Nicolas Sarkozy, Angela Merkel n’avait en face d’elle …aucun concurrent !

Voici donc une présentation des "mathématiques militantes" en France. La plupart des partis politiques français, en effet, en tout cas, trois des quatre principaux sur l’échiquier électoral, ont adopté dans leurs statuts un mode de désignation de leur dirigeant très "Ve République", au scrutin universel direct des adhérents : l’UMP, le FN et l’UDI. Pour le PS, si Martine Aubry avait été "élue" au congrès de Reims en novembre 2008, avec les contestations que l’on connaît, ni Harlem Désir en 2012, ni Jean-Christophe Cambadélis en 2014 n’ont fait l’objet d’un vote sérieux des militants.


L’UMP

Comme je l’écrivais au début, on a pu ironiser du score de Nicolas Sarkozy avec seulement 64,5% des adhérents, alors qu’il est un ancien Président de la République. Le score est bas en comparaison avec sa première élection comme président de l’UMP le 28 novembre 2004 (succédant à Alain Juppé) où il avait obtenu 85,1% face à Nicolas Dupont-Aignan (9,1%) et Christine Boutin (5,8%).

De même, si l’on prend son score pour son investiture comme candidat de l’UMP, où il n’avait eu aucun concurrent, il avait obtenu 98,1% le 14 janvier 2007 (mieux que Angela Merkel ce mardi).

J’expliquais également précédemment que si l’on prenait le rapport des adhérents qui ont voté pour Nicolas Sarkozy le 29 novembre 2014 sur l’ensemble des adhérents (le corps électoral), cela donnerait une proportion finalement assez faible, légèrement supérieur au tiers, 37,3%, ce qui pourrait être décevant pour une personnalité ayant exercé la responsabilité suprême.

On pourrait également comparer avec les électeurs réels lors de scrutins nationaux, comme les deux dernières élections présidentielles ou les dernières élections nationales, à savoir les européennes : 3,9 millions de voix le 25 mai 2014, 9,8 millions de voix le 22 avril 2012 (16,9 millions le 6 mai 2012) et 11,4 millions de voix le 22 avril 2007 (19,0 millions le 6 mai 2007).

Cependant, il y a un autre moyen d’apprécier l’importance ou la faiblesse d’un tel score. C’est de bien scruter le nombre de voix réelles. En effet, les partis politiques ont tendance à communiquer leurs statistiques de manière généralement fantaisiste, autant que les syndicats le nombre de leurs manifestants dans une manifestation. Or, entre le nombre d’adhérents revendiqué et la réalité, il y a parfois un immense fossé. Les élections internes sont ainsi un bon moyen pour retrouver cette réalité : seuls me paraissent des adhérents réels ceux qui votent pour les (rares) élections internes dans leur parti.

En effet, il est assez difficile de comprendre qu’une personne encartée, donc engagée politiquement, civiquement sensibilisée, qui conçoit qu’il faut s’exprimer, aller voter, joue à l’abonné absent lorsqu’on lui propose de choisir ses dirigeants. Sauf si ce sont des "adhérents dormants", c’est-à-dire, des personnes qui sont vaguement encartées pour doper les statistiques (conjoint, parents, enfants, collaborateurs d’un adhérent "actif", etc.) mais ne se sentent pas vraiment concernées personnellement.

Donc, plutôt que ne regarder que les pourcentages, analysons aussi les nombres de voix réelles.

yartiMathMi03

Pour le scrutin du 29 novembre 2014 à l’UMP, le nombre de votants n’était pas négligeable dans le contexte politique actuel : 155 851 votants. Et Nicolas Sarkozy en a convaincu 100 159. Si l’on regarde les résultats du 28 novembre 2004, il y a dix ans, Nicolas Sarkozy avait obtenu …seulement 60 266 voix sur les 70 830 adhérents qui se sont exprimés. En clair, en dix ans, et malgré la candidature très dynamique de Bruno Le Maire, Nicolas Sarkozy a augmenté de près de 40 000 voix son résultat, ce n’est pas négligeable (+66,2%).

Certes, c’est bien moins que lors de sa consécration à la candidature UMP le 14 janvier 2007, avec 229 303 voix, mais l’époque était plus propice à l’engagement politique (les trois candidats Nicolas Sarkozy, Ségolène Royal et François Bayrou avaient en effet levé en 2007 de nouveaux bataillons de citoyens venus s’engager en politique, dynamique qui ne s’est pas reproduite en 2012).

Dans le scrutin du 29 novembre 2014, l’UMP avait 268 236 inscrits, mais seulement 155 851 ont pris la peine de voter (chez eux, sur Internet). Ce dernier nombre est donc plus proche de la réalité politique que le premier.

Ce nombre peut aussi être comparé avec le nombre de votants dans le précédent scrutin interne du 18 novembre 2012 qui opposa François Fillon à Jean-François Copé, et qui est estimé de 172 870 (version officielle des exprimés de la commission nationale des recours du 26 novembre 2012) à 175 982 (version des exprimés de François Fillon du 21 novembre 2012) en passant par 176 608 (version des votants de la commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales, 174 678 pour les exprimés). En clair, malgré les incertitudes qui demeureront toujours sur la réalité de ce scrutin très contesté, on peut quand même affirmer que le scrutin du 29 novembre 2014 a subi une érosion d’une vingtaine de milliers d’adhérents.


Le PS

Pour estimer la force militante du PS, c’est un peu plus difficile en l’absence de scrutin interne au suffrage direct. C’est qui est sûr, c’est que c’est la dégringolade rue de Solferino, à la mesure de la forte impopularité qui touche le pouvoir socialiste.

Le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis l’a d’ailleurs implicitement reconnu lors de son émission "Le grand rendez-vous" sur Europe 1, iTélé et "Le Monde" du 30 novembre 2014 : le Parti socialiste n’aurait plus que 60 000 à 70 000 adhérents à jour de cotisation, soit bien loin des 160 000 initialement revendiqués.

La comparaison avec l’UMP est donc cruelle puisque l’UMP peut au moins s’enorgueillir de 155 851 adhérents actifs (réels).


Le FN

Avec le Front national (financé par la Russie, drôle de patriotisme), on descend tout de suite de catégorie : ce n’est pas un parti de masse et il ne l’a jamais été. Et l’on a des statistiques toutes fraîches puisque Marine Le Pen a été élue pour la seconde fois présidente du Front national le 30 novembre 2014 lors du congrès du FN à Lyon.

Les médias ont dit qu’elle avait reçu 100% des voix, ce qui est faux, même si, comme Angela Merkel, elle n’avait pas de concurrent. Elle a reçu en fait 99,92% des voix car 17 petits bulletins se sont portés …blancs. En nombre de voix, on est loin de Nicolas Sarkozy : 22 312 voix.

Loin aussi des 83 000 adhérents revendiqués, loin des 42 100 adhérents inscrits à ce scrutin interne, il n’y a eu que 22 329 adhérents qui ont concrètement voté, donc, qui sont des adhérents… réels.

Il est vrai que le 30 novembre 2014, il n’y avait pas de réel enjeu politique : Marine Le Pen cartonne dans les sondages, le FN a raflé un quart des voix et le tiers des sièges aux élections européennes du 25 mai 2014, même deux sénateurs aux sénatoriales du 28 septembre 2014, et la candidature de sa présidente le 22 avril 2012 a frôlé les 18%, ce qui était déjà pas mal : on comprend qu’aucune opposition ne pouvait sérieusement s’exprimer avec un bilan si élogieux (et je reviendrai sur la dernière élection législative partielle dans la circonscription de François Baroin).

yartiMathMi02

Prenons alors le scrutin beaucoup plus difficile du congrès précédent. C’était le congrès de la succession de Jean-Marie Le Pen, président depuis la création en 1972. L’enjeu était, pour le coup, de taille : le dauphin contre l’héritière. Bruno Gollnisch versus Marine Le Pen.

Marine Le Pen l’a alors emporté le 16 janvier 2011 au 14e congrès à Tours avec …67,6% des voix, soit le même score (grosso modo) que Nicolas Sarkozy en 2014. En nombre de voix, cela donnait 11 546 voix pour elle et 5 520 pour Bruno Gollnisch. Par comparaison, Bruno Le Maire a convaincu quatre fois plus de militants en 2014 que Marine Le Pen en 2011.

Dans le scrutin interne au FN du 16 janvier 2011, il y avait 22 403 inscrits et 17 127 votants. Cela veut dire qu’en trois ans, après tous les scrutins importants de 2012 et 2014, le FN n’augmente finalement que de 5 000 adhérents supplémentaires sa frappe militante, c’est assez faible pour un parti et une leader qui ont récolté 4,7 millions de suffrages au dernières élections nationales (le 25 mai 2014), et 6,4 millions de voix à l’élection présidentielle du 22 avril 2012.


L’UDI

L’Union des démocrates et indépendants a aussi très récemment renouvelé ses instances dirigeantes en raison du retrait de Jean-Louis Borloo. On voit que l’UDI a une force de frappe militante similaire à celle du FN. Le 13 novembre 2014, Jean-Christophe Lagarde a été élu président de l’UDI avec 53,5% des voix contre Hervé Morin. Le scrutin était assez serré (comme au premier tour) et personne ne pouvait raisonnablement donner un pronostic sûr.

Il y avait à l’UDI 28 755 inscrits mais les adhérents "actifs" sont ceux qui ont voté (par correspondance papier), à savoir 18 941 adhérents. C’est un peu moins que le FN de 2014, mais si l’on regarde bien, c’est légèrement supérieur au FN de 2011. Jean-Christophe Lagarde a obtenu un nombre de voix d’adhérents sensiblement identique à celui de Marine Le Pen le 16 janvier 2011, à savoir 10 040 voix.

Là aussi, on peut comparer ces nombres avec le nombre de voix reçu aux dernières élections nationales, les 1,9 million de voix obtenus aux européennes du 25 mai 2014 (il est en revanche difficile de faire des comparaisons avec les scrutins présidentiels puisque ceux qui ont rejoint l’UDI ont voté pour des candidats différents tant en 2007 qu’en 2012).

Pour terminer sur une anecdote, l’ancêtre de l’UDI, c’est-à-dire l’UDF, avait, comme l’UMP, également mis à sa tête un ancien Président de la République : le 30 juin 1988, Valéry Giscard d’Estaing était en effet élu président de l’UDF pour succéder à Jean Lecanuet. Mais il n’y a eu aucun vote à proprement parler, le conseil national l’avait en fait choisi par acclamation à l’unanimité des présents.


Transparence et démocratie dans les partis

On est désormais loin du temps des arrangements entre "délégués" et autres apparatchiks. Maintenant, la base de chaque parti vote systématiquement pour les dirigeants. C’est ailleurs un peu la raison d’un discours qui s’est radicalisé sur l’immigration et l’Europe même venant de personnalités modérées comme Bruno Le Maire, car l’électorat d’un parti, la base est généralement plus radicalisée que ses élus, plus entière, moins portée à freiner ses ardeurs naturelles.

Et bientôt, l’UMP, après le PS en octobre 2011, va organiser une primaire, probablement au printemps 2016, pour désigner son candidat à l’élection présidentielle de 2017 (le député de Boulogne-Billancourt Thierry Solère a été chargé de l’organiser).

Le choix des leaders et des candidats se fait maintenant de manière démocratique et la taille des bataillons devient par conséquent plus transparente que jamais. Cela contraint évidemment les responsables des partis à plus d’exigence et d’exemplarité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 décembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’UMP.
Le PS.
Le FN.
L’UDI.
Nicolas Sarkozy.
François Hollande.
Marine Le Pen.
Jean-Christophe Lagarde.
Les leaders de demain.

yartiMathMi04
 


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/mathematiques-militantes-160576

 



Partager cet article
Repost0
3 décembre 2014 3 03 /12 /décembre /2014 00:13

Né en 1946, diplômé de philosophie et de sociologie, Jean-Marc Lech fut journaliste, recruté par Françoise Giroud pour "L'Express". Il dirigeait l'institut de sondages Ipsos pour lequel il a travaillé depuis 1982. Il était présent régulièrement à la télévision et à la radio pour commenter l'actualité politique.

SR

Partager cet article
Repost0
28 novembre 2014 5 28 /11 /novembre /2014 02:02

« Comme soldat, comme militant, comme parlementaire, comme ministre, comme juge constitutionnel, Pierre Joxe, que les observateurs de la politique connaissent pour sa raideur, sa droiture, sa dureté, son autorité un peu froide exprimée par un regard bleu sous une épaisse barre de sourcils touffus, avoue à la fin de sa vie politique un affreux doute. Ai-je bien agi, ai-je trop tordu mes convictions ? » (Patrick Cohen, le 5 février 2010 sur France Inter).




 


L'ancien ministre socialiste Pierre Joxe fête ses 90 ans ce jeudi 28 novembre 2024. La réputation de Pierre Joxe est la même que celle qu'avait aussi Louis Mermaz, un homme de conviction, raide, brut (pas brute), un mitterrandiste parmi les plus fidèles, tellement doctrinaire qu'il a écrit un livre intitulé "Cas de conscience" où il s'est interrogé sur les couleuvres qu'il a dû avaler tout au cours de sa vie politique.

Son physique a même aidé à le rendre raide, avec des sourcils épais propres à intimider, une silhouette plutôt grande à l'allure martiale. C'était un jeune combattant qui n'hésitait pas à hacher les adversaires. D'abord un technocrate, passé par l'ENA et dans la botte, à la Cour des Comptes, l'institution par excellence pour faire de la politique avec un salaire assuré même sans mandat électif (comme Jacques Chirac et François Hollande). Le monde politique, Pierre Joxe le connaissait bien sûr comme fils de son père, le ministre gaulliste Louis Joxe. C'est déjà un point d'ancrage : au contraire de la dynastie des Debré, Pierre Joxe n'a pas suivi son père, il était du côté des adversaires, de François Mitterrand qu'il a rencontré dès 1965 à sa première candidature présidentielle et l'engagement total au sein de la Convention des institutions républicaines, la CIR, petit club politique bien pratique pour faire de l'entrisme à gauche, puis au sein du PS avec la prise du congrès d'Épinay.

Il n'était pas commode, Pierre Joxe, et si on avait dit qu'il aimait la musique, qu'il jouait du piano, et même, plus tard, du violoncelle, on aurait peut-être compris qu'il n'était pas qu'un homme de lutte mais aussi un homme de goût.


Scout et protestant, comme Michel Rocard, professeur à l'IEP de Paris entre 1963 et 1973 (il a participé comme prof à mai 68), il était dirigeant du parti socialiste dès 1971 et chargé de recruter de nouveaux cadres. C'est lui qui a introduit Lionel Jospin, par exemple, et plus tard Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadélis. Pierre Joxe s'est fait élire député en mars 1973, à l'âge de 38 ans, début d'une carrière d'élu de Saône-et-Loire très intéressante : député de 1973 à 1993 (sauf lorsqu'il était au gouvernement), conseiller général de Saône-et-Loire en septembre 1973, adjoint au maire de Chalon-sur-Saône en mars 1977, député européen en novembre 1977, président du conseil régional de Bourgogne de 1979 à 1982, il s'est délocalisé à Paris, dans le douzième arrondissement, pour la conquête de Paris aux élections municipales de mars 1989 (contre Jacques Chirac), et a été élu conseiller régional d'Île-de-France en mars 1992 (jusqu'en mars 1993).

Pierre Joxe fait ainsi partie des militants historiques du socialisme mitterrandien, à l'instar de Louis Mermaz, Pierre Mauroy, Jean-Pierre Chevènement, Gaston Defferre, Charles Hernu, Roland Dumas, et quelques autres, qui ont bataillé à chaque congrès, qui ont passé des nuits blanches à rédiger d'insipides synthèses que personne ne lisait... mais pour un objectif tout de même : le pouvoir !

 


Après la victoire de François Mitterrand, Pierre Joxe a été bombardé Ministre de l'Industrie dans le bref premier gouvernement Mauroy, du 22 mai 1981 au 22 juin 1981. Il n'est pas resté au gouvernement afin de prendre la lourde responsabilité de la présidence du groupe PS à l'Assemblée Nationale, un groupe pléthorique, du 30 juin 1981 au 19 juillet 1984 (il a succédé à Gaston Defferre nommé au gouvernement). Ce poste était essentiel pour appliquer le programme socialiste et faire changer la vie, selon les prétentions de l'époque.

Dans son livre "Cas de conscience", Pierre Joxe a expliqué que François Mitterrand voulait faire adopter en 1982 une loi réhabilitant les généraux putschistes d'Alger. Pierre Joxe était absolument opposé à cette mesure qui donnait un cadeau à l'extrême droite. Mais le Président ne lui a pas donné la possibilité de s'y opposer en utilisant l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. Il ne pouvait pas déposer ni voter une motion de censure contre son camp. Cette loi a d'ailleurs fait une grosse polémique politique et rappelait les origines très "Algérie française" de François Mitterrand.

Pierre Joxe a aussi été un combattant très actif lors de la bataille de l'école libre en 1984. Bataille qui a tourné au désastre à la fois électoral (aux élections européennes de juin 1984) et politique quelques jours plus tard, provoquant la démission du troisième gouvernement Mauroy.

Une nouvelle étape est alors arrivée pour le premier septennat socialiste, après le départ des ministres communistes. François Mitterrand a nommé Pierre Joxe Ministre de l'Intérieur, succédant encore à Gaston Defferre, du 19 juillet 1984 au 20 mars 1986 dans le gouvernement de Laurent Fabius, puis, après une période d'opposition sous la cohabitation (où il a retrouvé la présidence du groupe PS à l'Assemblée du 27 mars 1986 au 14 mai 1988), il est revenu Place Beauvau du 12 mai 1988 au 29 janvier 1991 dans le gouvernement Rocard.

Pierre Joxe a préempté le dossier corse alors que Michel Rocard voulait s'en charger à Matignon au même titre que la Nouvelle-Calédonie. Pierre Joxe a ainsi fait adopter le statut de collectivité territoriale de Corse en 1991. En 1985, il aurait été à l'origine des fuites qui ont nourri l'affaire du Rainbow Warrior pour mettre en difficulté un rival mitterrandien, son collègue de la Défense Charles Hernu, obligé de démissionner le 20 septembre 1985.

 


Lors d'un des congrès les plus difficiles du PS, le congrès de Rennes en 1990, Pierre Joxe a soutenu la motion défendue par Louis Mermaz avec Jacques Delors et Charles Hernu pour éviter la guérilla urbaine entre les deux mitterrandistes Lionel Jospin et Laurent Fabius.

Après la démission de Jean-Pierre Chevènement opposé à la guerre du Golfe, Pierre Joxe lui a succédé au Ministère de la Défense du 29 janvier 1991 au 9 mars 1993, dans les gouvernements de Michel Rocard, Édith Cresson et Pierre Bérégovoy qui l'a remplacé quelques jours car il a quitté le gouvernement avant sa démission effective.

En effet, prévoyant un échec historique du PS aux élections législatives de mars 1993, Pierre Joxe a réussi à se trouver un plan de sauvetage des plus prestigieux, en devenant le Premier Président de la Cour des Comptes du 13 mars 1993 au 12 mars 2001. À l'instar d'autres politiques, sa présence à la tête de l'institution avait toutefois une justification professionnelle puisqu'il faisait déjà partie de la maison en tant que conseiller référendaire.


Le voilà donc à l'abri des intempéries électorales. Pas tout à fait : après l'abandon de Jacques Delors, qu'il soutenait, pour l'élection présidentielle de 1995, Pierre Joxe a fait partie des possibles autres candidats socialistes, pour l'honneur, à cette élection perdue d'avance, au même titre que Robert Badinter, etc.

Les honneurs de la République se sont poursuivis avec sa nomination au Conseil Constitutionnel, poste pourvu par le Président de l'Assemblée Raymond Forni. Pierre Joxe y a siégé de mars 2001 à mars 2010, et a tenté de faire évoluer les procédures du Conseil Constitutionnel, notamment pour inscrire, quand un avis n'est pas consensuel, une justification pour l'option minoritaire qui n'a pas été retenue, comme cela se passe dans les cours suprêmes de certains pays. Son père aussi avait siégé au Conseil Constitutionnel de novembre 1977 à mars 1989.

Ayant retrouvé sa "liberté" en 2010, avec la possibilité de reprendre l'expression politique, Pierre Joxe a préféré s'inscrire comme avocat au barreau de Paris puis de Seine-Saint-Denis pour assister des mineurs impliqués dans des procédures judiciaires.

 


Au-delà de la rédaction de quelques ouvrages (une quinzaine au total), Pierre Joxe a pris quelques positions politiques, notamment en soutenant le parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon en 2008 et en parrainant Arnaud Montebourg en 1997 dans son département de Saône-et-Loire. On a même dit qu'Arnaud Montebourg était un enfant caché de Pierre Joxe, ce qui a fait rigoler l'ancien ministre de l'économie : « Un jour, Pierre Joxe, qui n'est pas un rigolo, m'a convoqué dans son antre pour me dire avec cérémonial : je ne connais pas madame votre mère. ».

Pierre Joxe a soutenu le non au référendum sur le TCE du 29 mai 2005. Il s'est opposé fermement au projet de déchéance de nationalité de François Hollande en décembre 2015 et a soutenu Jean-Luc Mélenchon en 2019 dans ses mésaventures judiciaires. Dans les années 2010, on le retrouvait cependant plus souvent dans des salons du livre que dans des meetings politiques.


Le 18 décembre 2014 sur Mediapart, il s'est aussi opposé vivement à la loi Macron : « La gauche dans son programme n’a jamais envisagé des réformes du droit du travail du genre de celles qui sont aujourd’hui à l’ordre du jour (…). Aujourd’hui, on est à contre-emploi de notre histoire. Cette phase éberlue n’importe qui.». Il s'en était expliqué : « Aujourd’hui, on assiste à une déconstruction. Ce n’est pas une démolition, c’est un effritement. Il y a une accélération récente et je pense qu’on va en parler avec cette loi. Elle concerne souvent le droit du travail mais n’associe même pas le ministre du travail ! C’est une situation juridique étrange. Le droit du travail est un droit qui ne donne pas la priorité au contrat mais qui dit que la loi s’impose au contrat : c’est la loi qui protège car le contrat peut asservir, sauf justement s’il respecte la loi. Or nous assistons à un autre mouvement, un mouvement inverse qui veut rendre au contrat la place qui a justement été conquise par le droit du travail et les mobilisations sociales. ».

Il a fait aussi l'analogie avec 1956 : «En 1956, on a voté Mendès France, on a eu Guy Mollet. ». Il aurait pu dire ainsi : "en 2012, on a voté Hollande et on a eu Valls" ! C'est ainsi qu'il faut comprendre son incompréhension en évoquant la primaire socialiste d'octobre 2011 : « Les conditions dans lesquelles fonctionne le gouvernement actuel sont surprenantes, puisque le PS avait choisi un candidat parmi trois. Il y en avait un seul qui avait eu un résultat très faible dans l’investiture primaire, c’était Manuel Valls avec 5%. Évidemment, deux ans après, quand il gouverne la France, beaucoup de gens sont surpris… ».

Dans le contexte de MeToo, une écrivaine, Ariane Fornia, fille de l'ancien ministre Éric Besson, a accusé le 19 octobre 2017 Pierre Joxe de l'avoir agressée sexuellement en 2010. Non seulement ce dernier a vivement démenti les accusations mais a assigné son accusatrice en diffamation. Les deux affaires ont été jugées en 2022 sans vraiment départager qui avait tort ou raison puisque la diffamation n'a pas été retenue par la Cour de Cassation mais l'enquête sur les faits d'agression a été classée sans suite.

 


En tant que mitterrandiste historique, Pierre Joxe a toujours défendu la mémoire de François Mitterrand et sa place (grande selon lui) dans l'histoire politique de la France. Il a rappelé d'ailleurs, le 11 juillet 2002 dans une Lettre de l'Institut François-Mitterrand, ses déconvenues sous la Quatrième République : « François Mitterrand, qui fut l'un des plus brillants parlementaires de la IVe République, ne fut jamais Président du Conseil mais, sans doute pour avoir été alors un parlementaire frustré, devint, sous la Ve, un Président comblé. Quatorze ans à l'Élysée ! Une demi-douzaine de Premiers Ministres ! Quelle revanche... Je ne chercherai pas ici à expliquer l'inexplicable. Pourquoi Mitterrand ne fut jamais appelé à Matignon où se succédèrent, entre 1946 et 1958, certes bien des médiocres, mais aussi presque tous les députés de valeur : Bidault, Ramadier, Mollet, Faure, Gaillard, Pflimlin, même Mendès France, si jalousé, d'autres encore, sauf Mitterrand. Beaucoup de ceux qui s'expriment aujourd'hui à son propos oublient ce paradoxe, dont je me suis souvent entretenu avec lui. Lorsque la IVe mourut, il entra dans une opposition absolue et presque hautaine envers le nouveau régime, issu d'un putsch. Peu d'opposants le furent autant que lui. Peu reçurent comme lui des offres d'accommodements, séduisantes pour certains, qui y cédèrent, mais dédaignées par lui, comme par Pierre Mendès France. Son intransigeance sembla le marginaliser, mais elle finit par faire de lui un symbole et le transforma soudainement en recours, en septembre 1965, quand Defferre eut renoncé à affronter De Gaulle pour la première élection présidentielle au suffrage direct. Alors que l'opposition de Mendès aux institutions lui faisait écarter l'idée même de cette élection, Mitterrand découvrit soudain que sa pugnacité de parlementaire, sous-employée dans le Parlement désarmé, pouvait faire merveille devant cette nouvelle opinion publique dilatée par les référendums gaullistes et transposée par l'élection présidentielle. ».

Je trouve cependant que Pierre Joxe a refait l'histoire car la Cinquième République n'est pas venue d'un putsch. Au contraire, De Gaulle avait voulu reprendre le pouvoir selon les règles parlementaires et constitutionnelles et tout s'est passé selon ces règles. De plus, l'injustice d'un François Mitterrand jamais appelé à Matignon n'était pas mystérieuse ni anti-personnelle : il représentait un très petit groupe de députés, ceux de l'UDSR, indispensable pour constituer une majorité mais qui n'avait pas vocation à diriger le gouvernement. Si François Mitterrand avait fait la politique au sein du parti radical, au sein de la SFIO ou même au sein du MRP, il aurait probablement été Président du Conseil avant 1958.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Joxe.
Pierre Joxe.
André Chandernagor.
Philippe Séguin.
Didier Migaud.
Pierre Moscovici.

La bataille de l'école libre en 1984.
Bernard Kouchner.
Hubert Curien.
Alain Bombard.
Danielle Mitterrand.
Olivier Faure.
Lucie Castets.

Didier Guillaume.
Bernard Cazeneuve
Gabriel Attal.
Élisabeth Borne.
Agnès Pannier-Runacher.
Sacha Houlié.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.















https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-45219456.html




 

Partager cet article
Repost0
28 septembre 2014 7 28 /09 /septembre /2014 18:32

La majorité sénatoriale sortante a perdu 27 sièges au profit du centre et de la droite. Gain de 23 pour l’UMP et l’UDI et (c’est historique), élection de 2 candidats du FN.


yartiSenatorials2014A01Les élections sénatoriales du 28 septembre 2014 ont constitué un nouveau désaveu pour le pouvoir socialiste avec la perte de la majorité à gauche du Sénat gagnée en 2011. Troisième désaveu des urnes en six mois.

L’UMP et l’UDI ont en effet reconquis la majorité absolue des sièges au Sénat et l’un des faits marquants est évidemment l’entrée historique de deux sénateurs issus du Front national, David Rachline, maire FN de Fréjus, qui devrait être le benjamin du Sénat, et Stéphane Ravier, maire FN du 7e secteur de Marseille.

Cette double élection contredit les éléments de langage du PS qui laissent entendre que ces résultats ne sont que la conséquence mécanique des résultats des élections municipales de mars 2014, notamment parce que 83 185 grands électeurs sur les 87 625 au total (soit 95%) sont des délégués des communes. En ne prenant en compte que l’effet des municipales, jamais un membre du FN n’aurait été élu aux sénatoriales, les candidats élus ont donc réussi à convaincre des grands électeurs au-delà de la seule sphère municipale du FN.

De même, si l’UMP a regagné de nombreuses positions, ou même en a préservé malgré le passage d’un scrutin majoritaire au scrutin proportionnel, dans certains départements à grandes agglomérations urbaines, le succès est mitigé comme aux Bouches-du-Rhône et en Gironde où l’UMP n’obtient que 3 élus comme dans l’ancien Sénat. L’une des explications de Philippe Marini serait que les grands électeurs ont émis également un vote de défiance vis-à-vis des métropoles.

Il faut rappeler en effet que non seulement le PS s’effondre, mais cela malgré un changement de mode de scrutin qui a favorisé le PS en multipliant le nombre de départements avec scrutin proportionnel et le nombre de délégués issus des grandes agglomérations. Le nouveau Sénat représente donc beaucoup plus la France urbaine que la France rurale par rapport au précédent Sénat.

Dans le Sénat sortant, il y avait 21 sénateurs PCF (dont 6 renouvelables), 128 sénateurs PS (dont 65 renouvelables), 10 sénateurs écologistes (dont aucun renouvelable), 19 sénateurs RDSG (ex-Gauche démocratique, dont 12 renouvelables), 31 sénateurs UDI (dont 13 renouvelables), 130 sénateurs UMP (dont 77 renouvelables) et 5 sénateurs NI (dont 3 renouvelables). En tout 178 sièges étaient à pourvoir sur les 348 que compte au total le Sénat.

yartiSenatorials2014A02

Le Président du Sénat sortant, Jean-Pierre Bel, avait annoncé le 5 mars 2014 qu’il ne serait pas candidat à sa réélection comme sénateur, ce qui laissait ouverte également sa succession à la tête de la Haute assemblée.

Parmi les sénateurs sortants qui ne se sont pas représentés, on peut citer : Pierre-Bernard Reymond, Jean-Pierre Bel, René Garrec, Nicolas Alfonsi, Jean-François Humbert, Jean Besson, Edmond Hervé, Roland Ries, Francis Grignon, Guy Fischer, Muguette Dini, Jean-Jacques Pignard, Jean-Paul Amoudry, Pierre Hérisson, Patrice Gélard, Marcel Deneux, François Trucy, René Beaumont, Jean-Claude Merceron, Christian Poncelet et Jean-Pierre Chevènement.

Parmi les candidats qui ont échoué à ces élections sénatoriales, Jean-Michel Baylet, président du PRG et président du Conseil général du Tarn-et-Garonne, candidat à la primaire socialiste en octobre 2011, dont l’échec était inattendu et symptomatique d’un rejet de la figure d’élu cumulard qui a milité activement contre la réforme territoriale et qui aurait voulu faire partie du nouveau gouvernement.

Parmi les surprises, il y a la réélection de Samia Ghali, donnée perdante, qui avait été candidate à la primaire socialiste pour les municipales à Marseille (face à Patrick Mennucci), et l’élection de trois élus de la liste du sortant (ex-PS) Jean-Noël Guérini, président du Conseil général des Bouches-du-Rhône. Tandis que l’ancienne sous-ministre Anne-Marie Escoffier a échoué dans l’Aveyron, ainsi que Jean-Pierre Michel, l’un des partisans les plus fermes du mariage gay, et également l'ancien sous-ministre Thierry Repentin.

Dans les victoires, on peut citer (x : réélus) le succès de Claude Malhuret, Dominique Estrosi Sassone, Philippe Adnot (x), François Baroin, Jean-Claude Gaudin (x), Sophie Joissains (x), Stéphane Ravier, Samia Ghali (x), Jean-Noël Guérini (x), Jean-Léonce Dupont (x), Jacques Mézard (x), François Patriat (x), Didier Guillaume (x), Ladislas Poniatowski (x), Hervé Maurey (x), Philippe Madrelle (x), Jean-Pierre Grand, Robert Navarro (x), Fabienne Keller (x), Jean-Marie Bockel (x), Gérard Collomb (x), Michel Mercier, Alain Joyandet, Jean-Claude Carle (x), Catherine Morin-Desailly (x), Yvon Collin (x), David Rachline, Hubert Falco (x), Jean-Pierre Raffarin (x), Henri de Raincourt (x), Aymeri de Montesquiou (x), Jean-Pierre Vial (x) et Michel Bouvard.

Le groupe UDI qui avait 31 élus en a au moins sept de plus avec l’élection des nouveaux sénateurs suivants : Jean-Claude Luche (Aveyron), Claude Nougein et Daniel Chasseing (Corrèze : l’UDI "rafle" tous les sièges corréziens au PS, dont le maire de Tulle était l’un des candidats), Anne-Catherine Loisier (Côte-d’Or), Michel Canevet (Finistère), Claude Kern (Bas-Rhin), Loïc Hervé (Savoie), dont je salue l’élection, Annick Billon (Vendée), Philippe Bonnecarrère (Tarn), et Jean-Marc Gabouty (Haute-Vienne) et Olivier Cadic (Français de l’étranger).

Ancien Ministre de la Justice, Michel Mercier expliquait dans l’après-midi à Public-Sénat que l’UDI ferait de l’opposition constructive, comme « la vieille devise de l’action catholique : voir, juger, agir ».

Par ailleurs, Christian Trovadec, l’un des porte-parole des bonnets rouges, a échoué dans sa tentative sénatoriale en Bretagne.

Au total, sans prendre en compte 4 sièges en Outremer, le nouveau Sénat devrait être composé de 18 PCF (-3), 112 PS (-16), 10 EELV (-), 11 RDSE (-8), 37 UDI (+6), 147 UMP (+17), 3 NI (-2) et 2 FN (+2), ainsi que des 3 élus de la liste Guérini. Comme on le voit, le total UMP et UDI atteindrait (au moins) 184 sièges, soit nettement plus que la majorité absolue (175).

Il ne fait donc aucun doute que le futur Président du Sénat sera un élu UMP. Comme lors de la succession de Christian Poncelet en 2008, trois sénateurs UMP sont candidats à la candidature UMP : Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher (qui fut Président de 2008 à 2011) et Philippe Marini. Ils seront départagés le mardi 30 septembre 2014 par un vote au sein de leur groupe. Didier Guillaume devrait être le candidat du PS. L’élection du Président du Sénat aura formellement lieu le mercredi 1er octobre 2014.

Le Sénat, comme toutes les autres institutions de la République, évolue comme la société. En 2011, le Sénat avait élu un Président socialiste, et en 2014, les grands électeurs ont élu deux sénateurs issus du FN. Avec les deux députés FN élus en juin 2012, c’est donc de quatre parlementaires que le FN dispose pour influer sur la vie politique nationale. De là à imaginer une majorité FN


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 septembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rentrée pourrie à l’Élysée.
Les municipales de mars 2014.
Les européennes de mai 2014.
Jean-Pierre Bel.
Jean-Pierre Raffarin.
Gérard Larcher.
Christian Poncelet.
Jean-Michel Baylet.
UMP.
UDI.
Résultats officiels (Ministère de l'Intérieur).


yartiSenatorials2014A03



http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/senatoriales-2014-le-ps-s-efface-157390







Partager cet article
Repost0
10 septembre 2014 3 10 /09 /septembre /2014 12:37

Le futur Président de la Commission Européenne pour 2014-2019 a rendu public le choix de la composition de la Commission. Cinq anciens Premiers Ministres y figureront, et seulement neuf femmes. Pierre Moscovici, ancien Ministre français des Finances, sera chargé du même domaine sur le plan européen malgré les réticences allemandes sur son efficacité.

Voici l'organigramme officiel de la Commission Juncker :

blogCommissionJuncker20140910


Source :
http://ec.europa.eu/about/juncker-commission/images/structure/organigramme_810_en.jpg


SR

Partager cet article
Repost0
7 septembre 2014 7 07 /09 /septembre /2014 02:37

Dans le sondage réalisé par l'IFOP pour "Le Figaro" publié le 5 septembre 2014, les intentions de vote ont été estimées dans la perspective de l'élection présidentielle de 2017, avec trois cas pour le candidat UMP (Fillon, Juppé, Sarkozy) et un seul cas pour le candidat PS, à savoir François Hollande. Dans tous les cas, Marine Le Pen se retrouverait en première position au premier tour entre 28 et 32%. Le candidat UMP se trouverait en deuxième position, mais dans le cas de François Fillon, c'est à égalité avec François Hollande qui feraient tous les deux 17% tandis que Nicolas Sarkozy et Alain Juppé distanceraient largement François Hollande avec 8 à 9% d'écart. François Bayrou garderait un solide niveau électoral entre 11 et 14% et Jean-Luc Mélenchon resterait à 10%. Au second tour, c'est sans doute l'information capitale, car c'est la première fois qu'un sondage donne un tel résultat, Marine Le Pen battrait François Hollande, largement (54%-46%). En revanche, elle serait battue encore plus largement par un candidat UMP, le meilleur étant Alain Juppé (64%-36%). En cas de duel entre un candidat UMP et François Hollande, ce dernier serait largement battu, lui-même recueillant seulement entre 34 et 39%.

Cliquez sur le lien pour télécharger l'étude originale (fichier .pdf) :
http://www.ifop.com/media/poll/2755-1-study_file.pdf


Deux autres sondages plus qualitatifs réalisés par l'IFOP publiés les 7 et 8 septembre 2014, respectivement pour "Le Journal du Dimanche" et pour le site Atlantico.fr, ont précisé les raisons de la très grande impopularité du Président François Hollande.

Cliquez sur le lien pour télécharger le sondage IFOP du 7 septembre 2014 (fichier .pdf) :
http://www.ifop.com/media/poll/2756-1-study_file.pdf


Cliquez sur le lien pour télécharger le sondage IFOP du 8 septembre 2014 (fichier .pdf) :
http://www.ifop.com/media/poll/2757-1-study_file.pdf


SR

Partager cet article
Repost0
6 septembre 2014 6 06 /09 /septembre /2014 02:37

L'ancienne compagne du Président François Hollande, la journaliste Valérie Trierweiler, a rédigé un livre intitulé "Merci pour le moment" publié le 4 septembre 2014 où elle raconte sa vie élyséenne de 2012 à 2014 ainsi que sa relation avec François Hollande de 2005 à 2014. Elle y relate en particulier certains traits de caractère peu complaisants du Président de la République qui, selon elle, mépriserait les pauvres au point de les surnommer les "sans-dents", ce qui a choqué beaucoup de monde (en particulier sur Internet). Le livre connaît un très grand succès commercial.

SR

Broché: 320 pages
Editeur : ARENES EDITIONS (4 septembre 2014)
Collection : POLITIQUE ACTUS
Langue : Français
ISBN-10: 2352043859
ISBN-13: 978-2352043850
Dimensions du produit: 21,8 x 14,4 x 2,8 cm

Partager cet article
Repost0


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).