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8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 19:47

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250908-bayrou.html



DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE
DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE LUNDI 8 SEPTEMBRE 2025
À L'ASSEMBLÉE NATIONALE








XVIIe législature
2e session extraordinaire de 2024-2025
Séance du lundi 08 septembre 2025

Avertissement: version provisoire établie à 23:09
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet

Mme la présidente

La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quinze heures.)

 3. Déclaration de politique générale, débat et vote sur cette déclaration

Mme la présidente

L’ordre du jour appelle la déclaration de politique générale du gouvernement faite en application de l’article 49, alinéa 1er, de la Constitution, le débat et le vote sur cette déclaration.
La parole est à M. le premier ministre, chargé de la planification écologique et énergétique.

M. François Bayrou, premier ministre, chargé de la planification écologique et énergétique

Cette épreuve de vérité, comme chef du gouvernement, avec l’assentiment du président de la République, je l’ai voulue. J’ai voulu ce rendez-vous, et certains d’entre vous, les plus nombreux, les plus sensés probablement, ont pensé que c’était déraisonnable, que c’était un trop grand risque. Or je pense exactement le contraire. Le plus grand risque était de ne pas en prendre, de laisser continuer les choses sans que rien ne change, de faire de la politique comme d’habitude,…

Un député du groupe LR

Comme à votre habitude !

M. François Bayrou, premier ministre

…de vouloir durer sans prendre les décisions courageuses qui s’imposent, jusqu’au moment où l’irréparable est là et où l’on arrive au bord de la falaise.

Un député du groupe LFI-NFP

Ça fait huit ans !

M. François Bayrou, premier ministre

Car ce dont nous traitons aujourd’hui, ce n’est pas une question politique, c’est une question historique. (Sourires sur les bancs des groupes LFI-NFP et Ecos.)

Quelques députés du groupe LFI-NFP

Ah bon ?

M. François Bayrou, premier ministre

Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les partis, les rivalités des uns avec les autres et les enjeux de pouvoir. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les peuples et les nations. Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les adultes qui se disputent tout le temps. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les enfants et le monde que nous leur construisons. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.)

Mme Danielle Simonnet

Les applaudissements sont un peu mous !

M. François Bayrou, premier ministre

Les questions politiques, ce sont des questions pour la prochaine élection. Les questions historiques, ce sont des questions pour la prochaine génération, des questions pour demain qui se jouent aujourd’hui.
Tous, nous savons que notre pays, au-delà de l’orientation décisive qui sera tranchée aujourd’hui, se trouve devant un immense champ de questions qui appeleront, dans les années qui viennent, des changements profonds.
Je veux, en cinq minutes, vous citer les plus graves de ces questions. Nous sommes devenus, depuis l’an 2000, un pays qui produit moins que les autres, moins que ses voisins.

Un député du groupe RN

La faute à qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

Mesuré par le PIB par habitant, notre retard de production sur nos voisins les plus proches, qu’ils soient allemands ou belges, est de 15 %. Sur nos voisins néerlandais, il est de plus de 30 %, et ce malgré les efforts faits ces dernières années sur la création d’entreprises, sur l’emploi et sur l’investissement, notamment avec France 2030.
Imaginez ce que seraient nos revenus familiaux et les ressources de l’État, si nous disposions de 15 ou de 30 % de plus à partager, si nos salaires étaient de 15 ou 30 % plus élevés et les ressources de l’État de 15 à 30 % plus abondantes. Si nous avions la production de nos voisins, la France n’aurait aucun problème de déficit ou de dette. La production, c’est donc notre urgence nationale.
Parallèlement, et non sans lien, nous sommes devant un immense problème d’éducation nationale.

M. Emeric Salmon

C’est le ministre de l’éducation nationale qui est en train de parler ?

M. François Bayrou, premier ministre

Notre école, notre collège, notre lycée, nos universités, jadis autant d’exemples pour la planète entière, sont aujourd’hui déclassés,…

M. Alexis Corbière

C’est pourquoi vous devez partir !

M. François Bayrou, premier ministre

…en raison de la chute de la maîtrise des fondamentaux, de l’écrit, de la lecture, de la langue, de l’arithmétique élémentaire ainsi que des difficultés rencontrées dans l’orientation qui est trop précoce, trop angoissante, trop mécanique et qui n’assure pas la promesse républicaine –⁠ égalité des chances d’où qu’on vienne et, s’il le faut, deuxième, voire troisième chance. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

M. Philippe Brun

La faute à qui ?

M. Benjamin Lucas-Lundy

Qui gouverne ?

M. Jean-Paul Lecoq

Qui était ministre de l’éducation il y a trente ans ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant une immense question de modèle social. Inventé il y a quatre-vingts ans, sous l’inspiration du Conseil national de la Résistance, celui-ci est aujourd’hui gravement déficitaire, car il est déstabilisé par l’évolution démographique, le vieillissement des Français et le déséquilibre du système de retraites.

Un député du groupe LFI-NFP

Et par vos politiques !

M. Thibault Bazin

Et par le faible taux d’emploi !

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant une immense question de logement. Logement des familles, parcours de la location à la propriété pour ceux qui le souhaitent, logement des jeunes et des étudiants, logement d’urgence : le modèle est à réinventer.
Nous sommes le pays du monde qui a le mieux identifié l’enjeu écologique, le développement durable et la production décarbonée.

Mme Sandrine Rousseau

C’est une blague !

Mme Julie Laernoes

Et le moratoire sur les énergies renouvelables ?

M. François Bayrou, premier ministre

C’est une fierté, mais en un temps où cet enjeu est battu en brèche un peu partout sur la planète, c’est un défi de mobilisation générale.
Nous sommes devant une immense exigence et une inquiétude qui portent sur la sécurité, notamment la sécurité de tous les jours –⁠ le respect de l’intégrité des biens et des personnes. Nous savons que cette inquiétude, c’est d’abord celle des plus fragiles. Sécurité et justice sont les deux faces de notre premier devoir d’État.

Mme Christine Arrighi

Les réponses, c’est quand ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant la question que les migrations posent à nos pays et à nos sociétés. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.)

Mme Sabrina Sebaihi

Les migrations ou l’immigration ?

M. François Bayrou, premier ministre

Les migrations sont liées aux différences de développement, à la misère chez les uns avec une démographie expansive, à l’abondance chez les autres avec une population déclinante, sans compter la déstabilisation climatique. Nous avons donc deux obligations : contrôler et maîtriser les arrivées et intégrer ceux qui sont –⁠ et seront – là, par le travail, par la langue et par l’engagement à respecter nos principes de vie. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
Je dois ajouter l’aménagement du territoire dans l’Hexagone, touché par des déséquilibres entre les métropoles et les nouveaux déserts français. Transports, équipements, centres de décision : les territoires sont en demande et ont souvent l’impression que nul ne les entend. Je pense aussi à nos outre-mer, qui font face à des enjeux de vie quotidienne et de destin, dont nous savons qu’ils doivent être totalement réinventés. Ces enjeux, le gouvernement les a saisis dès son installation.
Tout cela est immense et urgent. C’est une magnifique cathédrale à reconstruire pour un peuple qui le mérite, un peuple avec des capacités à nulle autre pareilles, au premier rang dans le monde pour les sciences fondamentales, pour les mathématiques, pour la physique, pour la chimie, pour la génétique, pour la pharmacie, pour les technologies, pour le quantique, pour l’algorithmique, pour la robotique ; et au premier rang dans le monde, à l’égal des empires, pour le spatial, pour l’aviation, pour les hélicoptères, pour la construction navale, pour les sous-marins, pour les centrales nucléaires.

M. Laurent Jacobelli

Et pour la générosité sociale !

M. François Bayrou, premier ministre

Tout cela, c’est une économie qui a conquis les sommets et qui doit reconstruire les camps de base et rééquilibrer son commerce extérieur, en commençant par le développement de l’agriculture, de l’industrie, de l’automobile, où nous avons des atouts, jusqu’à l’équipement de la maison, dont nous sommes presque absents.

Mme Sophia Chikirou

Vous avez fait quoi au haut-commissariat au plan ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN, EPR et DR.)

Mme la présidente

S’il vous plaît, madame Chikirou ! Vous n’avez pas la parole. Merci de laisser M. le premier ministre s’exprimer.

M. François Bayrou, premier ministre

Mais tout cela est aujourd’hui soumis à la question dont tout dépend, à la question vitale, d’urgence vitale –⁠ car notre pronostic vital est engagé – dont dépendent notre État, notre indépendance, nos services publics et notre modèle social : la maîtrise de nos dépenses et du surendettement. (« Oh là là ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Votre soutien, l’accord minimal sans lequel je ne pourrai pas poursuivre ma mission, je le demande à l’Assemblée nationale sur un seul point, qui est décisif : le constat de la situation du pays. La France n’a pas connu de budget en équilibre depuis cinquante et un ans.

M. Hervé de Lépinau

La faute à qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

Depuis cinquante et un ans, tous les ans, les dépenses s’accroissent, les déficits se répètent et les dettes s’accumulent.

M. Laurent Jacobelli

Laissez la place !

M. François Bayrou, premier ministre

Tous les ans, nous dépensons plus –⁠ et souvent, beaucoup plus – que nos ressources de l’année. Cela se justifie, bien sûr, lorsqu’il faut passer des crises : la crise des subprimes, crise financière mondiale sous Nicolas Sarkozy, et l’incroyable succession de coups du sort depuis 2020 –⁠ le covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, l’inflation et les menaces en tout genre. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
Mais nous ne revenons jamais en arrière : nous continuons à dépenser. C’est devenu un réflexe –⁠ pire encore, une addiction. Les dépenses ordinaires du pays, les dépenses pour notre vie de tous les jours, pour les services publics, pour les retraites, pour le remboursement de nos feuilles de sécurité sociale, nous avons pris l’habitude de les financer à crédit.

M. Jean-Paul Lecoq

Et les cadeaux aux riches ?

M. François Bayrou, premier ministre

Cela entraîne donc un dépassement systématique des dépenses.
Tous les ans, pour acquitter chaque euro de ces dépassements de dépenses, il a fallu emprunter, comme un ménage ou une entreprise empruntent à la banque en cas de déficit. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Un euro de déficit, c’est un euro de dette supplémentaire. L’addition des déficits, qui atteint plusieurs milliards chaque année, nous a conduits à une écrasante accumulation –⁠ 3 415 milliards d’euros de dette à cette heure précise.

M. Christophe Bentz

À qui la faute ?

M. François Bayrou, premier ministre

Cette accumulation a un prix : la ponction que le service de la dette représente tous les ans, c’est-à-dire ce qu’il faut payer aux créanciers pour les intérêts et la part de capital qu’on doit rembourser. Impossible de ne pas l’acquitter ; sinon, c’est la banqueroute. Sans honorer ces paiements, nous ne trouverions plus à emprunter un centime. Or, dans un pays comme le nôtre, nous ne pouvons pas vivre sans emprunter : nous en avons besoin pour payer les fonctionnaires, financer les retraites et la sécurité sociale ainsi que pour remplir nos obligations d’emprunteurs.
Nos obligations de remboursement annuel –⁠ intérêts et part à rembourser du capital – dépassent d’ores et déjà, et de loin, ce que notre pays produit en plus chaque année grâce à la croissance et à ses progrès.
Il faut avoir les chiffres précis en tête : ils ne sont nullement abstraits, mais disent une chose évidente que nous ne pouvons pas faire semblant d’ignorer. À notre rythme annuel de croissance et d’inflation,  la France produit chaque année un peu plus de richesses que l’année précédente, pour un montant de 50 milliards d’euros environ. (« Non ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Or, en 2020, les annuités qu’il nous fallait verser représentaient environ 30 milliards ; en 2024, 60 milliards et cette année, 67 milliards. L’année prochaine, en 2026, cette somme devrait atteindre 75 milliards et 85 milliards l’année suivante. À la fin de la décennie, d’après la Cour des comptes, nous devrons verser 107 milliards. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

M. Matthias Tavel

Et combien pour le capital ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous créerons donc 50 milliards par le travail et transférerons plus de 100 milliards à nos créanciers, soit le double !
Autrement dit, le fruit de tout le travail, de l’inventivité dont fait preuve le pays pour avancer chaque année, de tout ce progrès que nous voulons pour les nôtres, pour nos enfants, est entièrement reversé à nos créanciers !

M. Emeric Salmon et M. Frédéric Boccaletti

À qui la faute ?

M. Jean-Paul Lecoq

Qui gouverne ?

M. François Bayrou, premier ministre

La majorité de nos créanciers sont étrangers –⁠ 60 %. Ces dépenses obligatoires sont donc complètement improductives. Elles n’entraînent la création d’aucun emploi, l’amélioration d’aucun service, la construction d’aucun équipement.
Notre pays travaille et croit s’enrichir, mais s’appauvrit tous les ans un peu plus. C’est une hémorragie silencieuse, souterraine, invisible et insupportable.

M. Alexis Corbière

Comme votre politique !

M. François Bayrou, premier ministre

Or si c’est insupportable, on ne doit pas le supporter ! C’est le sens de la déclaration du gouvernement devant l’Assemblée nationale.
Comme capitaine du navire, informé de la voie d’eau qui s’élargit sans cesse, des flots qui envahissent nos cales, j’affirme que notre devoir à tous est d’abord de nous mettre à l’étancher sans attendre !

M. Jean-Paul Lecoq

Mais vous quittez le navire, tel un capitaine qui part en courant ! Normalement ce sont les femmes et les enfants d’abord, pas le capitaine !

M. Emeric Salmon

Il faut changer de capitaine !

M. François Bayrou, premier ministre

On me rétorque que ce n’est pas urgent, que cela peut attendre, que je suis trop impatient et que je veux aller trop vite. Le bateau flotte encore et il ne faut troubler ni les passagers, ni l’équipage ! Là est la confrontation des points de vue, là est la prise de responsabilité de chacun.
Je dis au contraire que si nous voulons la sauvegarde du navire sur lequel nous et nos enfants naviguons, il faut agir sans tarder,…

Mme Sophia Chikirou

Comme à Bétharram ?

M. François Bayrou, premier ministre

…et que ce n’est pas hors d’atteinte. Si nous nous y prenons à temps, cela demande seulement la mobilisation de tous et un effort modéré de chacun.
Mais il convient d’élargir l’analyse, même brièvement, de dépasser cette description des conséquences de la dette sur la vie des Français et d’envisager les implications pour le destin de la France.

M. Jean-Paul Lecoq

C’est de la politique fiction !

M. François Bayrou, premier ministre

Nous tous, d’où que nous venions, sommes les héritiers de la France. C’est ce destin, unique entre les peuples, d’une puissance moyenne par le nombre de ses habitants, mais à vocation universelle, qui a fait de nous ce que nous sommes.
Aujourd’hui, le destin de la France, notre nation inscrite dans l’histoire, se trouve menacé par nos quotidiennes impérities. Pour une nation, la question de l’influence, sa capacité à faire rayonner ses valeurs, est vitale. Nos valeurs, françaises et universelles, partout menacées, les droits de l’homme, et d’abord le droit des femmes, le droit au respect et à la liberté des femmes, le droit des enfants (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS),…

Mme Sabrina Sebaihi

Et Bétharram, ça relève de quoi ?

M. François Bayrou, premier ministre

…le droit à la liberté et au respect de la vie privée, le droit à la libre opinion, à la libre conviction, le droit à la libre religion, à la libre philosophie, le droit à se former –⁠ cet ensemble de droits comme il n’y en eut jamais de plus complet dans le monde, depuis que le monde est monde, qui le défend, sinon la France ?
Comment la France peut-elle défendre cet ensemble de valeurs, lui donner du sens en son sein et à travers l’Union européenne, si elle s’avère faible, si elle a perdu sa crédibilité en perdant sa souveraineté ? Nous ne sommes donc pas, à cet instant, défenseurs de nos seuls intérêts, de notre santé et de notre prospérité, mais les défenseurs menacés d’un bloc de valeurs lui aussi en danger. Notre capacité d’influence dépend de notre indépendance et de notre souveraineté. Du respect que la France impose aux autres dépend le respect qu’on portera à ses valeurs.

M. Emeric Salmon

En Algérie, par exemple ?

M. François Bayrou, premier ministre

La soumission à la dette est similaire à la soumission par la force militaire.

Mme Sandrine Rousseau

Non, cela n’a rien à voir !

M. François Bayrou, premier ministre

Que nous soyons dominés par les armes ou par nos créanciers du fait d’une dette qui nous submerge, nous perdons notre liberté.

Mme Sandrine Rousseau

Mais arrêtez ! C’est honteux !

M. François Bayrou, premier ministre

Dans les deux cas, il ne tient qu’à nous de nous émanciper en retrouvant le chemin de la liberté. Cela ne demande qu’un effort sur nous-mêmes.
C’est pourquoi la France s’est dotée, sous l’autorité du président de la République et par le vote de ses parlementaires, d’un plan d’équipement de ses armées en hommes et en matériel, la loi de programmation militaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem, sur plusieurs bancs du groupe EPR et sur quelques bancs des groupes DR et HOR.)

Mme Danielle Simonnet

C’est mou !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette loi doit non seulement être respectée mais aussi abondée par des investissements complémentaires décidés en raison des dangers de toute nature auxquels notre pays et notre continent sont exposés.

M. Jean-Michel Jacques

Il a raison !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces investissements complémentaires nécessaires –⁠ 3 milliards supplémentaires dès cette année – sont inscrits dans le plan présenté aux Français au mois de juillet.
De la même manière, le gouvernement propose au pays un plan pour aller vers le désendettement, afin que la France échappe en quelques d’années à l’inexorable marée de dettes qui la submerge. Dans quatre années –⁠ c’est un délai raisonnable dans la vie d’un pays et de ses habitants –, la dette existera toujours, mais elle n’augmentera plus.
Voici le plan : atteindre en 2029 le seuil de 3 % de déficit public, seuil à partir duquel la dette n’augmente plus. Si la dette n’augmente plus, le travail des Français, leur inventivité, leur créativité, leur confiance retrouvée remettront le pays à flot, plus vite qu’on ne le croit.
Tout nous y invite : les technologies d’un monde qui va de révolution en révolution, l’intelligence artificielle, notre créativité intellectuelle, culturelle et artistique ainsi que notre recherche.
Si nous nous libérons de ces chaînes qui nous entravent, tous les épanouissements deviendront possibles pour les Français d’aujourd’hui et pour les générations qui viennent. Tout est prêt, tout est en germe. Ne manque que la détermination de ceux qui veulent s’en sortir.
Cela oblige à des efforts, mais à des efforts modérés,…

Une députée du groupe EcoS

On parle de 40 milliards !

M. François Bayrou, premier ministre

…qu’un pays doit considérer supportables. Il s’agit de dépenser un peu moins que ce qui était attendu ou programmé, de freiner les dépenses ou de les étaler dans le temps, tout en affirmant devant nos concitoyens et à la face du monde que si personne ne sera abandonné, ce sont d’abord et avant tout les plus jeunes d’entre nous dont nous devons nous occuper.

Mme Sandrine Rousseau

Oui mais pas trop quand même !

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai été frappé des messages que j’ai reçus pour avoir évoqué les plus jeunes et le poids qui pèse sur leur génération.

Un député du groupe LFI-NFP

Et le climat ?

M. François Bayrou, premier ministre

Ils portent et porteront pendant vingt ou trente ans, peut-être davantage, le poids des milliers de milliards de dettes que leurs aînés ont contractés…

M. Emmanuel Fouquart

Que vous avez contractées !

M. François Bayrou, premier ministre

…et qu’ils devront endosser. Ces dettes n’ont pas été contractées pour équiper le pays comme il aurait convenu ou pour décider de l’avenir des jeunes. Ces milliers de milliards de dettes ont été consacrés à éponger les dépenses courantes de la vie de tous les jours, qu’un pays normal devrait assumer à chaque génération pour son compte.

M. Emeric Salmon

Et c’est le responsable de la situation qui s’exprime !

M. Jean-Paul Lecoq

Mais qui gouverne, qui est au pouvoir ?

M. François Bayrou, premier ministre

Depuis des décennies, nous avons rompu sur ce point le contrat de confiance entre générations qui est la base du contrat social. J’ai été frappé de constater combien les plus jeunes ont le sentiment d’être une génération sacrifiée.

M. Jean-Paul Lecoq

Tant que vous serez au pouvoir !

Mme Sabrina Sebaihi

Vous étiez ministre !

M. François Bayrou, premier ministre

Ils affirment qu’ils n’auront pas de retraite, que ce ne sera pas pour eux.
Le double défi qu’ils rencontrent… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je sais bien que vous voulez qu’on augmente encore les charges qui pèsent sur leurs épaules. Nous pensons exactement le contraire : il faut alléger ce poids pour les libérer de l’esclavage dans lequel on les plonge ! (Mêmes mouvements. –⁠ Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe HOR.)

Mme la présidente

Je vous en prie ! Un peu de silence !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces jeunes rencontrent un double défi, souvent synonyme de double échec : la recherche d’un travail et celle d’un logement, notamment dans certaines villes et certaines régions –⁠ je ne parle même pas de la question du logement étudiant.

M. Inaki Echaniz

À qui la faute ?

Mme Sandrine Rousseau

Eh bien construisez des logements étudiants !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette génération ne se voit pas d’avenir commun.

Un député du groupe LFI-NFP

Pourtant, ils ont voté pour nous !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette situation est insupportable du point de vue démocratique et civique autant que du point de vue moral.
C’est aussi de cela qu’il faut prendre conscience. Les plus avancés en âge doivent unir leurs efforts pour alléger la dette que les plus jeunes devront acquitter. Ne leur dites pas que vous les aimez, que vous veillez sur eux, si vous faites semblant d’ignorer la charge écrasante qui s’accumule sur leurs épaules !

Mme Sophia Chikirou

Nous on ne protège pas des pédophiles !

M. François Bayrou, premier ministre

À chaque fois que vous criez, je peux prendre une gorgée d’eau, donc c’est une bonne chose ! (Applaudissements et sourires sur les bancs du groupe EPR.)

Mme la présidente

Je vous en prie, chers collègues !

M. Ian Boucard

Heureusement que nous ne sommes pas en Chine !

M. François Bayrou, premier ministre

Ayant vécu ces derniers mois cet exercice inédit, et je crois sans précédent, de transparence entre citoyens, j’ai vu la puissance des forces qui veulent qu’on continue à fermer les yeux.

Un député du groupe LFI-NFP

Comme à Bétharram ?

M. François Bayrou, premier ministre

Il y a certes un fait nouveau. Depuis le début du travail que nous avons engagé il y a quelques semaines, les représentants de ces forces commencent leurs discours par : « Nous ne nions pas la situation. » Mais ils ajoutent aussitôt : « Nous sommes en désaccord avec la méthode, les décisions prises, le rythme du désendettement, l’identification des causes, et nous combattrons tout cela de toutes nos forces. C’est pourquoi nous voulons faire tomber le gouvernement qui nous invite à l’effort. » (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Les uns disent –⁠ ne croyez pas que j’ignore l’efficacité de ce discours – que ce sont les immigrés qu’il faut mettre à contribution,…

M. Aurélien Le Coq

Votre ministre de l’intérieur le dit !

M. François Bayrou, premier ministre

…que ce sont les étrangers qui sont la cause de tout,…

M. Emeric Salmon

Pas du tout, vous avez une grande part de responsabilité !

M. François Bayrou, premier ministre

…et que c’est auprès de ceux-là que nous gaspillons notre argent et qu’il faut taper dans la caisse. Ils ont aussi une variante : la cause, c’est l’Europe, nous nous ruinons pour respecter nos engagements. Vingt milliards là, dix milliards ici –⁠ c’est plus facile.
Je l’ai dit : je suis d’accord pour qu’on vérifie, mesure par mesure, s’il y a des anomalies, des injustices commises au détriment de nos compatriotes.

M. Jean-Philippe Tanguy

On l’a fait !

M. Alexis Corbière

Quelle horreur !

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai pris la décision d’intervenir au sujet de l’aide médicale de l’État pour faire entrer dans la norme les préconisations du rapport présenté par Claude Évin et Patrick Stefanini. (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe RN. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Je me suis réjoui qu’ils rappellent que nous sommes le premier gouvernement à prendre en compte ce rapport remis il y a deux ans. Mais j’ai entendu des voix qui disaient : « Tout cela nous soulève le cœur ! »
En tout état de cause, l’addition des économies est très loin de représenter un ordre de grandeur à la dimension du problème. Ou bien, autre discours : ce sont les riches qu’il faut faire payer. (« Oui ! », « bravo ! » et applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR. –⁠ Mme Dieynaba Diop applaudit aussi..) Là encore, je ne sous-estime pas l’efficacité du discours. Bernard Arnault et ses semblables sont devenus les cibles emblématiques d’une pensée magique ; ils sont comme des poupées vaudou dans lesquelles on plante des aiguilles pour les atteindre –⁠ j’imagine ! –, au portefeuille.
On m’accordera que je ne suis ni un défenseur attitré ni un stipendié de ces réussites. Mais je n’oublie pas ce qu’elles font tous les jours pour le pays.

M. Alexis Corbière

Ça se discute !

M. François Bayrou, premier ministre

L’excédent du commerce extérieur dans le secteur du luxe, ce sont 40 milliards d’euros par an ;…

M. Alexis Corbière

Grâce aux travailleurs !

M. François Bayrou, premier ministre

…et la valorisation de l’image de la France, qui contribue à l’industrie comme au tourisme, représente des dizaines de milliers d’emplois.
On nous dit qu’il suffit de leur prendre ce qu’ils ont, ou une large part de ce qu’ils ont, ou chaque année 2 % de ce qu’ils ont, et que les problèmes de la France seront réglés. On oublie deux choses essentielles : la première est qu’un pays comme le nôtre a besoin d’investisseurs. Le 1 % des plus hauts contribuables assume une large part de l’investissement privé dans l’appareil productif en France. Et on oublie une deuxième conséquence : dans le monde de frontières ouvertes où nous vivons (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP)…

M. Hadrien Clouet

Les fameuses frontières ouvertes !

M. François Bayrou, premier ministre

…ceux qui sont ciblés ont une réplique très simple et très immédiate : ils déménagent. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

Mme Clémentine Autain

C’est faux !

M. François Bayrou, premier ministre

Ils ont pléthore de pays où ils peuvent trouver un refuge fiscal, en Europe même : le Luxembourg, la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, pour les entreprises.

M. Alexis Corbière

Lisez les rapports de vos propres services !

M. François Bayrou, premier ministre

Demandez à nos voisins britanniques ! Ils ont décidé de taxer les étrangers qui étaient exonérés de fiscalité.

M. Éric Coquerel

Ça n’a rien à voir !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces derniers ont déménagé et cela a eu pour conséquence immédiate l’explosion du prix de l’immobilier à Milan. Mentionnons au passage, et François Hollande le sait bien (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP),…

M. Fabien Di Filippo

Vous avez appelé à voter pour lui à l’époque !

M. François Bayrou, premier ministre

…que ce type de fiscalité est interdit par le Conseil constitutionnel, qui l’a depuis longtemps déclaré confiscatoire, donc inconstitutionnel ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Arnaud Le Gall

Vous êtes le porte-parole des 1 % !

Mme la présidente

Chacun pourra s’exprimer, le moment venu. Merci d’écouter le premier ministre dans le calme.

M. François Bayrou, premier ministre

Mais je veux réaffirmer ici qu’il conviendra de trouver un type de contribution qui fasse que les très hauts revenus et les très hauts patrimoines soient appelés à participer spécifiquement à l’effort national ; un travail en profondeur doit être conduit pour éviter que soient mis en place ou que se perpétuent des stratégies d’optimisation fiscale manifestement antiégalitaires qui, bien que juridiquement correctes, sont moralement discutables.

M. Aurélien Le Coq

Juridiquement correctes à cause de qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai proposé dès la mi-juillet que les commissions parlementaires soient invitées à participer au travail de mise au point de cette fiscalité de solidarité. Les solutions de facilité, celles qu’on vend aux Français à longueur de discours ne suffiront jamais.
Notons au passage qu’entre ceux qui affirment « Nous allons instituer 20 ou 30 milliards d’impôts nouveaux » et ceux qui stipulent « Pas un euro d’impôts supplémentaires ! », entre ceux qui disent « Nous allons prendre les ressources dépensées pour les étrangers » et ceux qui déclarent qu’ils s’y opposeront « jour et nuit et jusqu’au bout », la conjonction des forces qui annoncent qu’elles veulent additionner leurs voix pour faire tomber le gouvernement, c’est un tohu-bohu qui se prépare pour la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem et sur quelques bancs du groupe HOR.)
Et –⁠ pardonnez-moi de le rappeler à ce moment –, le problème, la menace, le risque pour la France demeureront entiers ! Parce que, mesdames et messieurs les députés, vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement (« Oui ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP), mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel. Le réel demeurera inexorable ; les dépenses continueront d’augmenter, –⁠ plus encore ! –, et le poids de la dette, déjà insupportable, sera de plus en plus lourd et de plus en plus cher.

Mme Sabrina Sebaihi

Et la carte vitale ne fonctionnera plus, on sait !

M. François Bayrou, premier ministre

Il n’y a qu’un seul chemin pour que notre pays s’en sorte, aujourd’hui comme dans les années 1950, quand le général de Gaulle et, un peu plus tôt, Pierre Mendès France,…

M. Emmanuel Maurel

Laissez Mendès France tranquille !

M. François Bayrou, premier ministre

…affirmaient, tous deux dans le même sens : le premier, que l’équilibre des finances publiques ne devait pas se faire par l’accroissement chronique de la dette et, le deuxième, qu’« un pays qui n’est pas capable d’équilibrer ses finances publiques est un pays qui s’abandonne ».

M. Nicolas Meizonnet

Ils étaient démissionnaires !

M. François Bayrou, premier ministre

C’est précisément la question qui est posée aujourd’hui. Mesdames et messieurs les députés, dans cette démarche inédite qui vise à mettre tous les parlementaires face à leur responsabilité propre, personnelle, humaine –⁠ tous ceux qui voient bien que quelque chose ne va pas, même s’il est plus commode d’ignorer cette évidence –, dans cette démarche, il y a une certaine idée de la démocratie et du gouvernement d’un peuple. J’ai choisi de m’adresser à vous comme si le destin n’était pas écrit.

Un député du groupe RN

Vous vivez dans un monde parallèle !

M. François Bayrou, premier ministre

Comme si la réponse de l’Assemblée nationale à l’engagement de responsabilité n’avait pas été annoncée à cors et à cris, sur tous les tons et toutes les antennes, de la part du plus grand nombre des groupes de cette assemblée.

Un député du groupe RN

C’est ce qu’on appelle le déni !

M. François Bayrou, premier ministre

Je m’adresse à vous en prenant au pied de la lettre les principes énoncés à l’article 27 de la Constitution : « Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. ». Ce qui veut dire qu’en principe, les mots d’ordre n’ont pas leur place ici. Ce qui a sa place ici, c’est la conscience personnelle de chacun des députés de la nation. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Emeric Salmon

Nous représentons nos électeurs ! Ils nous demandent de voter contre !

Mme la présidente

S’il vous plaît !

M. François Bayrou, premier ministre

Tous les partis politiques qui ne font pas partie du gouvernement ont annoncé leur décision de le renverser. C’est un exploit tout relatif, permettez-moi de le signaler, puisque ce gouvernement est sans majorité, ni majorité absolue, ni majorité relative…

M. Alexis Corbière

En effet !

M. François Bayrou, premier ministre

…et que sa chute irrévocable était annoncée depuis la première minute de son existence.

M. Sébastien Chenu

La faute à qui ?

M. Pierre Cordier

Kamikaze !

M. François Bayrou, premier ministre

Je veux apporter ici une précision. J’ai une haute idée des mouvements politiques. Je me suis engagé quand j’avais à peine plus de vingt ans dans celui auquel j’adhère encore aujourd’hui. Je ne l’ai jamais quitté. Je l’ai défendu quand nous n’étions qu’une poignée à y croire encore. Je l’ai porté envers et contre tous et je suis fier de la génération de responsables qui m’entourent aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Je   suis certain que, sur beaucoup de ces bancs, vous partagez le même sentiment d’intime fidélité et de fierté vis-à-vis du parti auquel vous adhérez.
Mais les partis politiques ont aussi un défaut fondamental, qu’a si précisément vu, y compris à son détriment, le général de Gaulle,…

M. Arnaud Le Gall

Arrêtez de vous comparer avec lui, c’est ridicule !

M. François Bayrou, premier ministre

…c’est que leur logique toujours les conduit à la division. C’est une malédiction, que nous vérifions à cet instant. Notre pays a le plus urgent besoin de lucidité, il a le plus urgent besoin d’unité. Et c’est la division qui menace de l’emporter, qui menace son image et sa réputation. Les forces politiques qui annoncent qu’elles vont faire tomber le gouvernement…

M. Hadrien Clouet

Excellent !

M. François Bayrou, premier ministre

…ce sont les forces politiques les plus opposées entre elles, celles qui se désignent comme ennemies, celles qui sont incompatibles, par les idées autant que par les arrière-pensées, et qui échangent, d’un bout à l’autre de l’hémicycle, les injures et les mises en cause. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

M. Emeric Salmon

Vous avez appelé à voter pour eux ! C’est vous qui les avez fait élire !

M. François Bayrou, premier ministre

Ce qu’elles préparent, si leur logique de division l’emporte, je l’ai déjà dit, c’est le tohu-bohu (Sourires), le désordre où chacun hurle dans son coin et dont rien de bon ne peut sortir.
Le gouvernement, par ma voix, engage devant vous sa responsabilité. Ce qui signifie que, par ma voix, à la tribune, il dit : « mesdames et messieurs les députés, le problème dont nous vous saisissons, comme représentants de la nation, nous paraît si grave, il implique si profondément chacun de nos concitoyens, qu’il requiert votre soutien. » Sans un soutien minimal de la part des Français, représentés ici par leurs députés, l’action exigeante et courageuse que la situation implique n’a aucune chance de pouvoir s’imposer.
Et sans ce soutien minimal, sans cette entente minimale entre les grandes sensibilités du pays, sur le constat et sur l’impérieuse trajectoire de redressement, alors l’action du gouvernement serait vouée à l’échec et, pire encore, elle n’aurait pas de sens. S’il s’agit toujours de faire semblant, de ménager la chèvre pour obtenir le chou, de se rendre aux logiques de marchandages et de divisions (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP)…

M. Pierre Cordier

C’est ce que vous avez fait pendant toute votre carrière !

M. François Bayrou, premier ministre

…de dissimuler l’essentiel pour communiquer sur le secondaire, en sachant qu’on continue la marche vers l’accident, je vous le dit : je ne serai pas l’homme d’une telle politique. Je crois aux compromis, mais aux compromis qui respectent l’essentiel. La vérité des hommes et des choses, la hiérarchie des ordres et des urgences.

M. Emmanuel Maurel

Vous n’êtes pas un homme de compromis !

M. François Bayrou, premier ministre

Je crois aux compromis qui ne se construisent pas sur l’ambiguïté. Requérir le soutien du pays quand il faut agir, c’est pour moi l’article 1er du contrat démocratique. Dans des domaines aussi sensibles, je n’ai jamais cru à l’épreuve de force.

M. Alexis Corbière

Et le 49.3 ?

M. François Bayrou, premier ministre

Je crois à la conviction partagée. Et je crois qu’il convient de vérifier cet accord de fond auprès des Français ou de leurs représentants chaque fois que c’est nécessaire. Ma conviction, c’est qu’au fond, au point où nous en sommes arrivés, il ne reste plus que deux chemins.
Le chemin sur lequel, sur toute la planète, le monde bascule : celui qui considère que la destinée des peuples, c’est d’obéir et que, pour que s’instaure cette logique autoritaire, contre le droit des peuples et le droit de l’homme et du citoyen, tous les coups sont permis ; celui qui considère que la fin justifie les moyens, notamment l’utilisation de tous les conflits, de toutes les mésententes, de toutes les calomnies, qu’il convient de faire flamber.
Et vous voyez sans peine, de l’Est lointain à l’Ouest qu’on croyait proche –⁠ l’ouest américain – combien cette conception de la politique au bulldozer…

Mme Sandra Regol et Mme Danielle Simonnet

Et le 49.3 ?

M. François Bayrou, premier ministre

…cette loi du plus fort, ce rapport de force brutal paraissent s’imposer ! Sous les applaudissements des uns et le découragement des autres.
Et nous, nous sommes là pour ranimer l’autre projet. Le projet même de la démocratie qui considère plus juste, plus intéressant, plus fructueux, de respecter le citoyen, même minoritaire, et de le considérer comme partenaire et coresponsable de son propre destin. Cette démarche, cette méthode, fait de la vérité partagée avec les Français son arme suprême. Cette démarche, cette méthode, conduit à l’unité du pays et elle écarte la malédiction de la division perpétuelle.
Le philosophe et militant Marc Sangnier, que j’aime beaucoup et qui siégea dans votre assemblée à deux reprises, après la première guerre mondiale et après la deuxième, a défini la démocratie comme l’organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience et la responsabilité du citoyen.

Un député du groupe GDR

Et qui respecte le résultat des élections !

M. François Bayrou, premier ministre

La conscience, c’est-à-dire la plus juste, la plus lucide compréhension des choses et des événements. La responsabilité, c’est-à-dire l’engagement. Nous, citoyens, ne sommes pas là pour être condamnés soit à obéir, soit à la révolte. Nous sommes là pour prendre notre part du destin, les yeux ouverts, avec la vérité comme boussole.
Nous sommes un peuple qui s’interroge, non pas seulement sur son avenir, sur l’avenir du monde et de la planète, mais sur le chemin que l’on peut emprunter pour construire cet avenir. Ce que dit le moment que nous vivons, mesdames et messieurs les députés, c’est qu’il y a un chemin, et un seul, pour la France : celui de la vérité partagée, et du courage qu’on choisit ensemble. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DEM et HOR, dont les membres se lèvent. –⁠ Quelques députés du groupe DR applaudissent également.)

Mme la présidente

Nous allons maintenant entendre les orateurs des groupes.





Source : Assemblée Nationale.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250908-discours-bayrou.html

 

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7 septembre 2025 7 07 /09 /septembre /2025 15:01

(vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE DIMANCHE 7 SEPTEMBRE 2025 POUR BRUT









Source : Brut.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250907-interview-bayrou.html

 

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5 septembre 2025 5 05 /09 /septembre /2025 10:01

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE VENDREDI 5 SEPTEMBRE 2025
À LA MATINALE DE RTL









François Bayrou : « Cette politique, on ne peut pas la conduire s'il n'y a pas la prise de conscience par le pays. »
Le 5 septembre 2025
De 7h30 à 8h30, François Bayrou était au micro de RTL Matin, interrogé par Thomas Sotto et Marc-Olivier Fogiel.





Thomas Sotto : Le Premier Ministre François Bayrou est avec nous jusqu'à 8h30 à mes côtés pour l'interroger, Marc-Olivier Fogiel. Bonjour Marc-Olivier.

Marc-Olivier Fogiel : Bonjour Thomas, bonjour à toutes et à tous.

Thomas Sotto : Et bonjour et bienvenue donc Monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Bonjour.

Thomas Sotto : Merci d'avoir accepté notre invitation et d'être là ce matin sur RTL. Parce que vous vous faites un peu rare ces jours-ci, on vous voit peu, on vous entend peu. C'est évidemment un clin d'œil car les Français ont remarqué votre hyperactivité médiatique. Ils ont remarqué que vous vous battez. Les Français justement, François Bayrou, mais aussi vos opposants politiques et même une partie de ceux qui sont censés vous soutenir à l'Assemblée, disent et répètent en boucle, « Bayrou c'est fini. Ils ont déjà tourné la page. »

Vous l'avez dit hier soir au 20h de France 2, vous êtes là pour convaincre. Mais quand on vous écoute François Bayrou, on a l'impression que vous avez renoncé à convaincre les politiques que vous vous adressez maintenant aux Français, que vous les prenez à témoin du désastre annoncé, que le match est plié. C'est ça ? Vous en êtes là ?


François Bayrou : Bonjour d'abord.

Thomas Sotto : Rebonjour.

François Bayrou : Qu'est-ce qui est important ? C'est le monde politique avec ses habitudes et ses manières d'être qui semblent en effet avoir décidé à l'avance.

Marc-Olivier Fogiel : En tout cas, il a le monde politique, monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Ou bien ce sont les Français.

Marc-Olivier Fogiel : Oui, mais il a votre sort entre les mains, le monde politique.

François Bayrou : Oui, il a le sort du gouvernement entre ses mains.

Marc-Olivier Fogiel : Donc là, vous parlez en français ?

François Bayrou : Et donc, ce qui est essentiel pour moi, c'est que grandisse dans l'esprit des Français, s'installe dans leur esprit, l'idée que nous sommes comme pays, comme nation, devant un problème que nous ne pouvons pas écarter, éluder, qu'on écarte depuis des décennies...

Marc-Olivier Fogiel : Mais ça ils le savent, pardon monsieur, ils le savent, les sondages le prouvent, ils savent que la dette est un problème. Et ce n'est pas un référendum lundi.

François Bayrou : Excusez-moi, vous dites qu'ils le savent, moi je pense que s'ils le savaient, le monde politique ne serait pas dans ce sentiment de vouloir abattre le gouvernement.

Marc-Olivier Fogiel : Mais en gros, monsieur le Premier Ministre, vous faites donc une tournée d'adieu sous les applaudissements pour que les Français comprennent, à votre départ, que la situation est très grave. C’est ça la réalité.

François Bayrou : Vous présentez les choses comme si la politique et le spectacle, c'était la même chose.

Marc-Olivier Fogiel : Non, pas du tout. Vous avez entendu tout à l'heure les papiers du service politique de Hertel qui disaient que vous faisiez semblant d'y croire. Le théâtre, manifestement, vous y participez aussi en faisant semblant.

François Bayrou : Monsieur Fogiel, est-ce qu'on peut s'écouter jusqu'au bout de nos phrases ?

Marc-Olivier Fogiel : Absolument !

François Bayrou : Je vous écouterai, je vous le promets, je m'y engage. Et il faut qu'on puisse s'entendre dans tous les sens, dans les deux sens. La politique, ce n'est pas du spectacle. Ce n'est pas une tournée, entre guillemets, d'adieu, comme vous dites. Je suis un responsable politique. Je l'étais avant d'être Premier Ministre et je le resterai après. La question, elle est beaucoup plus simple, c'est est-ce que notre pays a mesuré la gravité de la situation devant laquelle il se trouve ?

Et la situation, elle est de deux piliers, si j'ose dire.

Premier pilier, la France est un pays qui ne produit pas assez, qui ne produit plus assez. Si on regarde la différence entre la production de la France, la production, c'est ce qui va faire des salaires et de l'activité et des emplois. Si on regarde la différence entre la production des Français et la production de nos voisins, de nos voisins allemands, de nos voisins néerlandais, alors on s'aperçoit qu'avec les Allemands, il y a 16%. Ils produisent 16% par habitant de plus que nous…

Thomas Sotto : Pardon, monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : …Et les Néerlandais, les Pays-Bas, ils produisent 35% de plus que nous. Imaginez-vous ce que ça serait si nous avions 16% de plus de salaire.

Marc-Olivier Fogiel : Vous le dites depuis 10 jours, M. le Premier Ministre.

Thomas Sotto : Pardon, Monsieur le Premier Ministre, mais on n'en est plus là dans le calendrier. Parce que vous avez choisi d'accélérer ce calendrier. Pardonnez la familiarité de ma question, mais c'est un mot qu'on entend beaucoup. Y compris dans votre famille politique, en demandant ce vote de clarification. Est-ce que vous avez fait « une connerie » ? Beaucoup de gens disent ça dans votre entourage. Dans le sens que le commun, c'est le mot qui revient. Est-ce que c'est une erreur ? Est-ce que c'est une faute politique ? Parce que précisément, vous sacrifiez ce pour quoi vous vous battez.

François Bayrou : Eh bien, vous vous trompez sur toute la ligne. Et ceux qui disent ça, évidemment, ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Qu'est-ce qui était en train de se produire ? C'est que, je viens de décrire la question de la production, sur la deuxième question, qui est la question de l'endettement du pays, qui est une voie d'eau dans la coque du navire, et l'eau monte dans la cale.

Thomas Sotto : C'est Simone, vous en avez déjà parlé.

François Bayrou : Oui, enfin, je ne suis pas sûr. Si vous interrompez chaque fois celui qui essaie de décrire une situation en disant vous l'avez déjà dit, si je l'avais déjà dit, tout le monde en serait persuadé.

Marc-Olivier Fogiel : Sauf que monsieur le Premier Ministre, cette situation que vous décrivez, qu'on a bien entendue et qu'on va vous laisser décrire bien entendu, concrètement, lundi, probablement vous ne serez plus là pour la régler cette situation. C'est en ça que la question de Thomas est évidemment légitime. C'est que, d'une certaine manière, est-ce une connerie ? De partir dans cette situation-là, certes en la décrivant si bien, mais en même temps, presque en l'aggravant et en la laissant à votre successeur, qui va forcément faire des concessions et donc pas la régler.

François Bayrou : Je disais, vous vous trompez sur toute la ligne. Alors allez-y. Pourquoi ? Comme vous savez, j'ai donné en plusieurs étapes au pays, une photographie de la situation qui est une photographie alarmante d'une situation alarmante. Et en avril et puis au mois de juillet, on a proposé un plan, la dimension d'un plan. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Pendant l'été, pendant tout l'été, le débat s'est focalisé, non pas du tout sur la situation, sa gravité et son urgence.

Thomas Sotto : On a parlé des jours fériés.

François Bayrou : Mais le débat s'est focalisé, comme vous dites, sur des mesures. Et il n'y avait plus que ça.

Thomas Sotto : Et pourquoi ne pas avoir déminé ? Pourquoi ne pas avoir déminé cette question dont on sentait qu'elle était bloquante ?

François Bayrou : J'ai déminé cette question tous les jours en indiquant que, bien entendu, j'étais prêt. Dès l'instant qu'on me ferait des propositions, à condition qu'on s'accorde sur le but atteint.

Thomas Sotto : Donc ça veut dire que c'est un faux procès que vous font les oppositions et même vos partenaires. Nicolas Sarkozy qui dit que vous n'avez pas suffisamment consulté les forces politiques. Les deux Présidents de l'Assemblée, Yael Braun-Pivet qui dit « il aurait peut-être fallu davantage dialoguer cet été ». Et Gérard Larcher qui dit « il est dans une forme de solitude ». Donc c'est un faux procès qu'on vous fait ?

François Bayrou : C'est un faux procès, mais les procès en politique, vous le savez bien, c'est quotidien. Toute la journée on vous fait des procès simplement il faut savoir si vous avez un cap et si vous êtes capable de suivre ce cap et si vous êtes capable de défendre ce cap et c'est ce que je fais. Pourquoi ? Quel est le fond de cette affaire ? Le fond de cette affaire c'est vous ne pouvez pas conduire une politique qui est une politique exigeante pas impossible, pas de sacrifice pas d'austérité on n'en est pas là.  On y sera je crains dans quelques temps mais on n'en est pas là. Simplement, cette politique-là, elle demande des efforts à chacun, et ces efforts à chacun, on ne peut pas les conduire, s'il n'y a pas la prise de conscience par le pays, que ceci est vital pour notre avenir.

Thomas Sotto : Monsieur Bayrou, les Français semblent prendre conscience. Il y a un sondage Toluna Harris Interactive pour RTL qui disait cette semaine que 56% d'entre eux sont favorables à la réduction des déficits. Mais peut-être qu'ils ne vous comprennent pas. Est-ce que votre problème aujourd'hui n'est pas d'être devenu le pompier pyromane, celui qui veut éteindre le feu qu'il a contribué à allumer ?

Valérie Pécresse, qui était là il y a quelques jours, disait ici même « François Bayrou, je le mets dans le sac de ceux qui ont cramé la caisse ».


François Bayrou : Oui, vous voyez, ça me rappelle un autre sondage hier. On a demandé aux Français est-ce que la classe politique est à la hauteur de la situation ? Est-ce que les partis politiques sont à la hauteur de la situation ? Et 85%. Et donc moi je mets dans le sac tous ceux qui interviennent sur les aspects secondaires.

Marc-Olivier Fogiel : Non mais elle s'appuie quand même sur des faits puisque vous avez soutenu Ségolène Royal puis François Hollande.

François Bayrou : Je n'ai pas soutenu Ségolène Royal.

Marc-Olivier Fogiel : Vous avez voté pour eux.

François Bayrou :  Non mais non, vous répétez ce que Nicolas Sarkozy dit…

Marc-Olivier Fogiel : …On se rappelle aussi de 2007 et 2012.

François Bayrou : …On peut faire ce choix. En 2007 je n'ai pas soutenu Ségolène Royal et je n'ai pas voté pour elle. Je n'ai pas voté non plus pour Nicolas Sarkozy pour des raisons qui sont apparues, évidemment…

Marc-Olivier Fogiel : Alors, en 2017, vous avez accompagné Emmanuel Macron, évidemment, jusqu'à l'Élysée, et la dette s'est alourdie, on sait pour quelles conditions, puisqu'il y a eu des crises, mais en même temps...

François Bayrou : Eh bien, vous ne décrivez pas la réalité. Alors, on va le faire ensemble. Quand Emmanuel Macron était élu, pendant les deux premières années du mandat, il a, au contraire, baissé les déficits, baissé les dépenses publiques.

Thomas Sotto : C'est difficile de prendre que les deux premières années. Il y avait 2281 milliards de dettes quand il est arrivé. Il y en a plus de 3300, presque 3350 aujourd'hui.

François Bayrou : Est-ce qu'on peut réfléchir ensemble ? Qu'est-ce qui s'est passé en 2020 ?

Thomas Sotto : Oui, on connaît les crises. On connaît le Covid, on connaît la guerre en Ukraine, on connaît les problèmes de l'énergie. Eh bien, le Covid, le monde entier s'est arrêté. Et la France a dit, « nous allons sauver les entreprises », c'est-à-dire sauver les emplois, c'est-à-dire sauver les familles.

Marc-Olivier Fogiel : Mais ça veut dire que vous, en responsabilité, vous n'étiez pas à l'époque, mais vous n'étiez pas loin, vous auriez fait les mêmes choix pour alourdir cette dette, pour sauver les entreprises ?

François Bayrou : Sur le Covid, certainement oui.

Marc-Olivier Fogiel : Et sur le reste ?

François Bayrou : Certainement oui. Et après est arrivée la guerre en Ukraine, et après est arrivée l'explosion du prix de l'énergie à cause de la guerre en Ukraine, et après est arrivée la crise de l'inflation, et après est arrivé ce qui est en train de se produire avec les Etats-Unis et Trump.

Marc-Olivier Fogiel : Et donc vous auriez fait la même chose ?

François Bayrou : Non, j'aurais certainement essayé. Une fois qu'on a fait le « quoi qu'il en coûte », vous vous souvenez, on a sauvé toutes les entreprises françaises.

Thomas Sotto : Et personne ne l'a contesté à l'époque ?

François Bayrou : Non seulement personne ne l'a contesté.

Thomas Sotto : Et les gens s'en sont réjouis à l'époque ?

François Bayrou : Non seulement personne ne l'a contesté, mais les responsables politiques que vous indiquiez, alors ils sont tous montés à la tribune pour demander plus. C'est d'ailleurs le cas parce que la réalité de ce qu'un gouvernement décide en matière de dette du pays, c'est pour les Français qui en bénéficient directement, qui le décident. En particulier, comme vous savez, une très grande partie de la dette : c'est les retraites.

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre, revenons à la situation actuelle, à ce qui va se passer d'ici lundi. Il y a une question que beaucoup se posent. Vous avez appelé à des solidarités entre générations, on vous a même reproché de stigmatiser les boomers. Mais pourquoi cette solidarité ne devrait-elle pas s'appliquer aux riches ? Pourquoi ne pas faire payer les très riches ? Pourquoi ne devrait-il pas être solidaire, eux aussi ?

François Bayrou : Eh bien, j'ai annoncé, si vous vous en souvenez, le 15 juillet, en effet, que nous allions prendre une décision fiscale qui est une décision de participation des plus aisés, des plus fortunés à la dépense commune. Et cette participation, j'ai indiqué que nous allions en fixer le cadre. Je vous donne le cadre. Il faut une participation des plus hauts revenus. Il faut une participation des plus hauts patrimoines.

Marc-Olivier Fogiel : Les deux.

François Bayrou : Il faut que les deux s'accordent dans une...

Thomas Sotto : Et pas jusqu'à la taxe Zucman qui prévoit 2% d'imposition sur les patrimoines de plus de 100 millions.

François Bayrou : Alors, arrêtons-nous sur cette idée. J'ai commencé en disant, le premier problème de la France c'est qu'on ne produit pas assez. C'est que tous les autres autour de nous, en Europe même, arrivent à produire exactement les sommes qui nous manquent pour avoir des salaires convenables et pour avoir des rentrées pour l'État qui soient à la hauteur.

Marc-Olivier Fogiel : Donc ça serait contre-productif cette taxe, c'est ça ?

François Bayrou : Et donc, si vous dites ça, alors vous voyez que créer une fiscalité dérogatoire sur, je devrais dire, contre les entreprises, c'est évidemment, et contre les investisseurs, c'est évidemment contradictoire. J'ajoute une deuxième chose qui est très simple, cette taxe est inconstitutionnelle.

Thomas Sotto : Alors ça s'est discuté entre les constitutionnalistes, mais ce débat-là...

François Bayrou : Non, non, ça n'est pas discuté, on fait comme si les faits n'existaient pas. C'est ça le problème des débats que nous avons aujourd'hui. C'est vrai sur la dette, c'est vrai sur ce point. Il y a une décision du Conseil constitutionnel en 2011, qui dit que ce type de taxe qui va frapper au-delà d'un certain seuil de revenu...

Thomas Sotto : Oui, le seuil confiscatoire. On ne va pas rentrer dans les détails trop techniques. Non mais vous voyez, M. Bayrou.

François Bayrou : M. Sotto, on s'arrête une seconde. Vous dites que c'est très discuté et après dans votre phrase vous indiquez que, en effet, cette définition du seuil confiscatoire existe.

Marc-Olivier Fogiel : Pour vous, ce n'est pas possible pour ces raisons-là.

François Bayrou : Ça n'est pas l'essentiel de ce que je dis. Ce n'est pas juridique.

Thomas Sotto : La question, elle est économique. Mais il n'empêche que ça nourrit, et ça on l'entend dans les reportages qu'on fait, on le voit dans les messages qu'on reçoit, un sentiment d'injustice chez les Français. Ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas pourquoi ce sont toujours ceux qui ont l'impression d'être en bas de l'échelle à qui on demande le plus d'efforts. C'est justifié ce sentiment d'injustice ? Vous répondez quoi à ça ?

François Bayrou : Je pense qu'on doit faire des progrès sur ce point. Je pense que le sentiment que vous décrivez parmi les Français qui sont au travail ou les Français retraités, il existe. Vous avez tout à l'heure dit quelque chose qui est inexact sur les boomers. Moi je n'ai jamais ciblé. Boomers, qu'est-ce que c'est ? C'est les enfants du baby-boom. Ceux qui sont nés entre 45 et 65, on va dire, pour simplifier ces 20 années-là. Est-ce qu'ils sont responsables ? Ils ne le sont pas. Est-ce que je propose qu'on les cible ? Jamais. Je propose une chose, c'est qu'ils soient à côté de moi. pour faire baisser la dette qu'ils vont laisser aux enfants.

Thomas Sotto : Alors justement…

Marc-Olivier Fogiel : Baisser la dette qu'ils vont laisser aux enfants, vous avez encore trois jours pour convaincre. Manifestement, arithmétiquement, pour la classe politique, ça semble cuit. Même si le PS s'abstient, ça ne passe pas. Qu'est-ce que vous pouvez mettre sur la table, en plus, là vous avez parlé avec Thomas de la taxation des riches, en plus, pour essayer de faire bouger les lignes, ou alors c'est cuit. Là, il reste trois jours à par venir, et on vous remercie de le faire encore ce matin sur RTL, faire de la pédagogie. Qu'est-ce que vous mettez sur la table ?

François Bayrou : Ça n'est pas de la pédagogie, c'est du combat. Du combat.

Marc-Olivier Fogiel : Qu'est-ce que vous mettez sur la table concrètement pour faire bouger les lignes ? Politique, puisque c'est là où ça se joue, lundi à l'Assemblée, à 14h.

François Bayrou : J'ai été frappé, j'ai reçu, comme vous savez, tous les groupes politiques, et j'en recevrai encore ce matin. Et ce qui était extraordinairement frappant, c'est qu'ils sont en désaccord profond sur toutes les décisions à prendre.

Marc-Olivier Fogiel : Mais ils sont en accord ? profond sur le fait de vous faire sortir lundi.

François Bayrou : Oui, très bien. Il y a pire catastrophe dans la vie que la chute d'un gouvernement.

Marc-Olivier Fogiel : Pas pour le pays, manifestement, puisque vous allez laisser une dette abyssale et avec des successeurs qui ne vont pas la régler.

François Bayrou : Vous avez exactement raison dans cette formule. Les conséquences de, en effet, cette décision qui sera, pourrait être prise lundi. Les conséquences, c'est qu'on va désormais revenir en arrière sur cette exigence.

Marc-Olivier Fogiel : Et donc, qu'est-ce que vous mettez sur la table dans les trois jours qui viennent pour ne pas revenir en arrière ?

François Bayrou : Je n'ai pas à mettre sur la table, j'ai suffisamment de confiance, on devrait avoir suffisamment de confiance dans les responsables politiques du pays pour que devant une évidence aussi aveuglante, elle n'est devenue, permettez-moi cette remarque, elle n'est devenue cette exigence aveuglante que parce que nous avons fait cette prise de rendez-vous, ce défi...

Thomas Sotto : D'accord, mais en attendant, M. le Premier Ministre, il faut bien que ça passe. Il n’est pas question d'être une feuille blanche, de redire, voilà, on repart à zéro, l'objectif c'est le même, c'est 44 milliards, et on se met tous autour de la table, toutes couleurs politiques.

François Bayrou : C'est exactement ce que j'ai dit, c'est ce que j'ai proposé à toutes les forces politiques. Pour l'instant, ça n'a pas eu l'air de marcher.

Marc-Olivier Fogiel : Mais, dites-le avec le cœur, M. le Premier Ministre. Vous avez un espoir ? pour lundi ou vous faites semblant ?

François Bayrou : Il n'y a pas à faire semblant. Non, quand vous décidez qu'un combat est vital pour votre pays, vous entendez les mots que je dis ? Un combat vital pour votre pays. Quand vous décidez, quand vous voyez et quand vous choisissez de l'affronter, il n'y a pas à faire semblant.

Marc-Olivier Fogiel : Vous y croyez ?

François Bayrou : Il y a à mener le combat et avec la certitude que de toute façon, en ayant ouvert cette voie...

Marc-Olivier Fogiel : Mais donc vous ne vous dites pas j'y crois ?

François Bayrou : Si je vous écoute matin, midi et soir...

Marc-Olivier Fogiel : C'est vous qu'on écoute ça.

François Bayrou : …Alors, précisément, vous dites matin, midi et soir, c'est décidé, tout est réglé, les forces politiques ont décidé, elles finissent par dire, oui en effet il y a un problème, nous sommes d'accord pour l'affronter, mais il ne faut pas prendre de mesures trop fortes pour l'affronter. Ça veut dire, il faut ne rien faire qui change l'orientation du mouvement que nous sommes en train de vivre et de subir. Et il faut continuer un peu plus, plusieurs années de plus, à faire monter la dette du pays que les plus jeunes vont payer. Vous savez ce qui m'a ému, vous parlez de cœur, vous savez ce qui m'a ému le plus ? C'est cette déclaration-là sur les jeunes générations. J'ai reçu nombre de messages de jeunes qui disent « c'est la première fois qu'on parle de nous ». C'est la première fois, notre génération à nous, qui se vit comme une génération sacrifiée, et d'une certaine manière, elle l'est. Quand j'avais 20 ans, il n'y avait pas de dette en France. Et aujourd'hui, comme vous savez, chaque mois, nous prenons de l'activité du pays, des richesses créées par le pays et nous les envoyons à nos créanciers.

Thomas Sotto : Pour rembourser les intérêts de la dette, ça fait depuis 1974 qu'il n'y a pas eu un budget à l'équilibre. Donc c'est une responsabilité collective. Monsieur le Premier Ministre, vous restez avec nous. On vous retrouve juste après le journal de 8h. Et puis petit décalage horaire pour Alex Vizorek qui viendra nous rejoindre, rassurez-vous. Mais ce sera à 8h25 pour débriefer à sa manière votre interview. À tout de suite sur RTL.

Marc-Olivier Fogiel : Il est 8h08 sur RTL. Merci d'être resté avec nous, Monsieur le Premier Ministre François Bayrou. Avec Thomas Sotto, on continue de vous interroger jusqu'à 8h30 sur cette stratégie que peu de gens ont compris, ce que vous êtes là pour expliquer, qui pourrait conduire à une crise politique. Lundi, à 14h, vous allez prononcer votre discours de politique générale, puis il y aura le vote, et puis ce sera un peu le saut dans l'abîme. Existe-t-il, selon vous, une chance pour que le Président de la République vous renomme Premier Ministre, si jamais vous n'avez pas la confiance, comme l'avait fait le général De Gaulle avec Georges Pompidou en 1962 ?

François Bayrou : Le général De Gaulle l'a fait avec Georges Pompidou en 1962, après avoir provoqué des élections qui ont donné la victoire au camp du ministre sortant. Moi je pense qu'il faut être simple, la Constitution dit « si l'engagement de responsabilité n'est pas approuvé par l'Assemblée Nationale, le gouvernement présente sa démission et on ne peut pas aller à l'encontre de cette vérité institutionnelle ». Je présente ma démission, après il faut que le Premier Ministre trouve une solution qui puisse affronter ça, ce qui au passage n'est pas si simple, ce qui peut- être montre que la décision que nous avons prise, que j'ai prise, je ne suis pas là pour me cacher derrière mon petit doigt, cette décision, elle est la recherche d'une nouvelle voie de gouvernement. Je décris en deux phrases ce qui allait se passer. Ce qui était en train de se passer, le diagnostic, le constat qui avait provoqué le plan, qui avait entraîné le plan que j'avais proposé, ce constat avait complètement disparu…

Marc-Olivier Fogiel : C'est parce que vous dites Marine Le Pen.

François Bayrou : …Et il ne restait...

Marc-Olivier Fogiel : Mais Marine Le Pen, elle vous dit, mais arrêtez, monsieur le Premier Ministre, on sait très bien ce constat-là, nous ce qu'on rejette, c'est vos propositions. Le constat, arrêtez de jouer sur les mots, tout le monde fait le même constat que vous.

François Bayrou : Excusez-moi cette manière de parler n'est pas juste. C'est ce qu'elle dit en s'entendant. Oui, mais c'est ce que dit Marine Le Pen…

Marc-Olivier Fogiel : C'est ce que je dis, oui.

François Bayrou : Et le Parti Socialiste dit le contraire. Exactement, ou plus exactement, il prononce les mêmes phrases qui signifient exactement le contraire.

Thomas Sotto : Mais il dit aussi qu'il faut faire des économies. Il présente aussi un projet de contre-budget. Tout le monde a conscience de ça.

François Bayrou : Non, ce n'est pas vrai. Si tout le monde avait conscience de ça, depuis des décennies qu'on est en train de creuser ce déficit-là, si tout le monde avait conscience de ça, alors on serait autour de la table pour trouver des solutions. Et ces solutions, elles ne peuvent pas être. Alors, que dit Marine Le Pen ?

Thomas Sotto : Vos interlocuteurs politiques disent, on veut bien se mettre autour de la table, mais pour être autour de la table, il faut avoir quelqu'un qui est prêt à nous parler et à nous écouter. C'est ça qu'on vous reproche ?

François Bayrou : Oui, je répète. Que dit Marine Le Pen ? Elle dit deux choses. Il faut arrêter de payer la contribution que la France paye à l'Europe, en tout cas la descendre drastiquement. Alors que nous recevons plus que nous ne payons.

Thomas Sotto : C'est inexact. Hier, François Lenglet a fait les comptes et a constaté que c'était inexact.

François Bayrou : Eh bien, parce qu'il ne prend pas en compte, François Lenglet, les prêts de la Banque Européenne d'Investissement que nous recevons pour à peu près une dizaine de milliards par an.

Thomas Sotto : Il les prend en compte, mais il dit qu'il faudra les rembourser.

François Bayrou : Oui, quand on vous fait un prêt.

Thomas Sotto : L'erreur de la France, c'est de ne pas avoir négocié de rabais. Est-ce que ça, ça a été une faute ?

François Bayrou : Nous avons négocié. le rabais et obtenu le rabais pour cette année, près de 2 milliards de rabais. Et d'ailleurs Marine Le Pen l'a reconnu en disant, « vous voyez, ils ont obtenu un rabais donc on pouvait l'obtenir.

Marc-Olivier Fogiel : Donc ça peut être pire évidemment selon vous avec elle, avec Jordan Bardella à votre place manifestement c'est peut-être ce qui peut se passer.

François Bayrou : Oui, ce qui va se passer c'est que le Président de la République va nommer un Premier Ministre qui va former un gouvernement en tout cas et essayer de le faire et c'est moins facile qu'on ne le croit.

Je répète, je reprends le scénario qui était en train de se produire à force d'ignorer la situation qui oblige à agir, à force d'ignorer le diagnostic pour définir une thérapeutique, il n'y avait plus que des débats sur les mesures. Et le débat sur les mesures prenait un tour qui, à mon sens, est insoutenable pour le pays. Parce qu'on était en train de faire croire aux Français que le pouvoir les ignorait, voulait les ponctionner, voulait les faire travailler, et que c'était eux contre nous, en tout cas les puissants contre le peuple.

Marc-Olivier Fogiel : Ce que vous dites en creux, en expliquant correctement aux auditeurs d'RTL, c'est que de toute façon, vous alliez sortir par la censure, et donc vous avez préféré mettre ce débat sur la table pour sortir en connaissance de cause pour les Français. Mais en fait, c'est ça que vous dites aux Français « j'allais sortir de toute façon avec la censure de mon budget ».

François Bayrou : Mais il allait y avoir ce mouvement-là, mais c'est pire que ça. Parce que ce mouvement-là allait s'appuyer, était en train de faire naître, cherchait à faire naître un affrontement entre les Français et les responsables…

Marc-Olivier Fogiel : Donc vous vous sacrifiez pour ça ?

François Bayrou : Oui en tout cas, je mets le destin du gouvernement…

Marc-Olivier Fogiel : En vrai ça veut dire ça, vous vous sacrifiez pour ça, vous laissez votre poste pour qu'il n'y ait pas une espèce de crise entre les élites et le peuple et vous partez pour essayer d'apaiser, pour qu'il n'y ait pas ce faux procès…

François Bayrou : Eh bien ceci est absolument juste. Et donc en tout cas ça fait progresser les problèmes parce que ce que les Français ressentaient, ressentent, c'est qu'il y a au pouvoir des gens qui refusent d'affronter la situation, qui veulent conserver leurs avantages et leurs privilèges, et qui passent leur temps à repousser la poussière sous le tapis. Ce n'est pas ce que je veux faire.

Thomas Sotto : Vous évoquiez vous-même dans la première partie de l'émission ce sondage. Ce sondage est là pour nos confrères de BFM TV : plus de 8 Français sur 10 jugent que la situation politique est un spectacle navrant. Ils sont inquiets à 64%, ils sont exaspérés, ils sont en colère.

François Bayrou : Vous voyez qu'ils ont raison.

Thomas Sotto : Oui, mais en quoi votre décision est une réponse à cette colère ? Qu'est-ce qui va se passer lundi ou mardi si votre gouvernement tombe ? Ça veut dire quoi ? Qu'Emmanuel Macron va nommer un autre Premier Ministre ? Est-ce que les mêmes causes produiront les mêmes effets ? Et est-ce qu'on aura réglé le moindre des problèmes ?

François Bayrou : Oui, on aura réglé un problème essentiel. Un dirigeant du PS me disait hier, « au moins, il y a une chose que vous avez obtenue, c'est que désormais ce problème ne pourra plus jamais être ignoré ».

Marc-Olivier Fogiel : Sauf qu'il y aura une crise politique, comme il y en a eu après la dissolution, et est-ce que justement la colère des Français, et c'est contre celle-là que vous vous battez, d'une certaine manière, vous l'alimentez quand même ?

François Bayrou : Non.

Marc-Olivier Fogiel : La dissolution l'a alimenté, et votre départ va conduire à une crise politique qui l'alimentera davantage ?

François Bayrou : Non, j'y fais écho. Qu'est-ce qu'ils disent ? Je reprends les mots de Thomas Sotto que vous avez utilisés. Un spectacle navrant…

Thomas Sotto : C'est le sondage.

François Bayrou : Des forces politiques qui ne sont pas à la hauteur du moment. Ils ont raison. Parce que si nous étions, si toutes les forces politiques étaient à la hauteur du moment, elles diraient bon, l'urgence maintenant c'est de s'asseoir autour de la table et que nous essayons de dégager parce qu'il y a du vrai dans...

Marc-Olivier Fogiel : Avec qui ? Avec qui à partir de mardi ?

François Bayrou : Tout le socle républicain.

Marc-Olivier Fogiel : Et donc un macroniste à la tête de ce socle ?

François Bayrou : D'abord, j'ai jamais utilisé l'expression de macroniste de ma vie.

Thomas Sotto : Vous ne l'avez pas été ? Vous n'êtes plus ? Vous ne l’êtes pas ?

François Bayrou : J'ai souvent dit au Président de la République, je faisais de la politique avant qu'Emmanuel Macron ne soit élu Président de la République, avant même qu'on ne connaisse son existence. Je défendais les mêmes idées. La campagne que j'ai conduite en 2007, c'était précisément sur ce sujet-là.

Marc-Olivier Fogiel : Mais est-ce que vous en ferez après qu'il soit parti ?

François Bayrou : Après qu'il soit parti, je ne sais pas quand il partira. Mais je peux vous assurer, en tout cas, de la manière la plus forte, que je suis un citoyen engagé, un responsable politique engagé, à la tête d'un courant politique qui est un courant politique majeur de l'histoire du pays. Et cette responsabilité-là, elle ne s'interrompra pas. Même si la responsabilité gouvernementale s'interrompt…

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Parce que ce combat-là, qui l'a mené ? Faites le tour dans votre esprit. Qui sont les responsables politiques qui ont mené ce combat depuis des années ? Aucun.

Marc-Olivier Fogiel : Donc vous continuerez à le mener, où ?

François Bayrou : Je continuerai à le mener pour que le pays... Vous savez, je voyais ce matin en feuilletant un album la campagne présidentielle que j'ai conduite en 2012.

Thomas Sotto : Est-ce qu’on en aura une autre ? Pardon de vous interrompre, mais parce que là, on tourne un peu autour du pot, monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Non, je vous réponds après. Je voyais l'affiche que j'avais à l'époque, et l'affiche que j'avais à l'époque, le slogan était très simple, c'était « Instruire et produire ». Eh bien, ce combat pour l'éducation nationale, il est vital et il est aujourd'hui dans la situation que vous savez. Et le combat sur la production, je viens de le décrire devant vous, ceci est absolument non seulement d'actualité, mais une projection vers le futur.

Thomas Sotto : Alors, projection vers le futur. On vous écoute et on peut s'interroger. On se dit, et Marc-Olivier le disait, en gros vous soignez votre sortie en avertissant les Français. Ça c'est vrai, personne ne pourra vous reprocher de ne pas avoir prévenu du chaos, pour reprendre le mot que vous avez utilisé souvent, qui vient et qui nous attend. Est-ce que dans votre tête, il y a un scénario qui dirait, je vais peut-être quitter Matignon lundi ? Mais je serai là en 2027 pour défendre mes convictions. Est-ce que ça, ça existe dans votre tête ou est-ce que vous l'excluez ?

François Bayrou : Alors je serai là en 2027, mais ça ne veut pas dire candidat à l'élection.

Marc-Olivier Fogiel : Mais vous ne l'excluez pas ?

François Bayrou : Ça n'est pas dans mon objectif aujourd'hui.

Thomas Sotto : D'accord.

Marc-Olivier Fogiel : Mais c'est possible ?

François Bayrou : C'est toujours possible, mais ça n'est pas le sujet.

Marc-Olivier Fogiel : En tout cas, c'est pas le plan, là.

François Bayrou : Ça n'est pas mon plan, je ne fais pas ça pour obtenir quelque chose qui serait une manière de préparer un autre acte. Je fais ça parce que le destin du pays est entre les mains de ceux qui nous écoutent et que le destin ne bougera pas du pays, on continuera à s'enfoncer s'il n'y a pas la prise de conscience nécessaire. Et ce que j'ai fait en prenant ce risque, en effet inédit, en prenant ce risque, c'est de montrer que c'est tellement important que je n'hésite pas à mettre en jeu les responsabilités qui sont les miennes.

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre, c'est un risque qui n'est pas sans conséquences. Beaucoup disent qu'on ne pourra pas s'en sortir sans une dissolution. Ce n'est pas votre avis. Vous n'êtes pas favorable à une dissolution. Mais au final, est-ce que vous ne fragilisez pas le chef de l'État ? Est-ce que la démission du Président de la République ne va pas devenir inéluctable ?

François Bayrou : Vous savez, un jour, François Mitterrand, à qui on posait cette question, il a dit avec la voix inimitable et les faits, qu'il savait donner à ces phrases, il a dit, vous savez, on ne peut rien contre la volonté d'un homme. Et je ne connais pas un responsable politique digne de ce nom, qui n'ait pas le souci de maintenir nos institutions. Nos institutions, elles reposent sur un fait simple, quand quelqu'un est élu, son devoir, sa mission et son honneur. et d'aller au bout de son mandat.

Marc-Olivier Fogiel : Il ira au bout mais fragilisé. Avec qui à Matignon, manifestement sans vous, ça sera avec qui le connaisseur politique et de la situation préconise ?

François Bayrou : Alors, un, si j'avais une réponse à la question, je me garderais bien de vous le dire.

Marc-Olivier Fogiel : Dommage, on est deux pourtant.

François Bayrou : Mais il se trouve que je n'ai pas la réponse à la question. Parce que c'est si compliqué que ça. Je pense que c'est extrêmement difficile.

Marc-Olivier Fogiel : Donc vous pouvez rester à Matignon assez longtemps, le temps qu'il trouve.

François Bayrou : Oui, de toute façon. Il n'y a jamais d'interruption du gouvernement en France. Et donc, oui, je remplirai ma mission avec tout ce que j'ai de conscience et de volonté de préserver les choses. Et je serai là pour aider mon pays. Je l'étais hier, je le suis aujourd'hui, je le serai demain.

Marc-Olivier Fogiel : Et peut-être même après demain, on a compris d'ailleurs.

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre, une dernière question d'actualité avant de retrouver Alex Vizorek. Hier, sur France 2, vous avez dit que vous étiez favorable au doublement des franchises médicales. 2 euros par boîte de médicaments, 4 euros sur la consultation des généralistes, le plafond annuel de ces franchises qui passerait à 100 euros. Vous avez dit « oui, j'y suis ». La vraie question, c'est est-ce qu'avant lundi et donc l'éventuelle chute de votre gouvernement, vous allez, oui ou non, prendre les décrets d'application ?

François Bayrou : Je ne fais jamais rien de manière dissimulée. Je ne fais pas les choses loin des yeux des Français. Mais je dis, la dernière partie de la phrase de la présentation que vous avez faite est la plus importante. Ces franchises sont limitées à 50 euros sur une année et on passe pour les plus à 100 euros. 100 euros c'est 4 euros par mois.

Thomas Sotto : Et vous allez le signer le décret ou pas ?

François Bayrou : Je ne ferai pas les choses de manière dissimulée et abritée.

Thomas Sotto : Donc ça veut dire que vous ne le faites pas ?

François Bayrou : Et donc je soutiendrai cette idée et je suis sûr que les décisions vont être prises dans les semaines qui viennent.

Thomas Sotto : Voilà qui est clair. Ça ne sera pas signé d'ici lundi. Merci beaucoup M. Bayrou d'être venu nous voir ce matin.

François Bayrou : Je vous explique, je dis les mots justes, je suis contre les passages en force. Précisément la décision que j'ai prise, c'est une décision pour qu'il n'y ait pas d'affrontement et pas de passage en force. On a besoin de regarder la situation en face et de prendre des décisions, mais de le faire dans un climat de sérénité et de « concitoyenneté ». On est concitoyens, on a des problèmes à régler ensemble.

Marc-Olivier Fogiel : Vivre ensemble. C'était le slogan de RLT il y a très longtemps.

François Bayrou : Eh bien, c'était un très bon slogan.

Thomas Sotto : Absolument. C'était RTL c'est normal.

Marc-Olivier Fogiel : Merci, Monsieur le Premier Ministre.

Thomas Sotto : Merci beaucoup d'être venu. Merci, Marc-Olivier.



Source : MoDem.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250905-interview-bayrou.html

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4 septembre 2025 4 04 /09 /septembre /2025 22:01

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE JEUDI 4 SEPTEMBRE 2025 À 20 HEURES
AU JOURNAL DE LÉA SALAMÉ SUR FRANCE 2





 



François Bayrou : « Quand on croit en quelque chose dans la vie, on se bat jusqu'à la dernière minute. »
Le 4 septembre 2025
François Bayrou, Premier Ministre, était l'invité de Léa Salamé sur le plateau du 20h de France 2.





Léa Salamé : François Bayrou, bonsoir Monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Bonsoir.

Léa Salamé : Merci d'être avec nous ce soir. À 4 jours du vote de confiance que vous avez demandé et qui a peu de chance de passer. Ce sera lundi. Vous êtes quelqu'un de direct François Bayrou, ma première question sera très directe. Franchement, vous regrettez ?

François Bayrou : Je regrette quoi ?

Léa Salamé : D'avoir demandé ce vote de confiance ?  

François Bayrou : Absolument pas. D'abord ce n’est pas un vote de confiance, mais on ne va pas faire du droit institutionnel. Ce n'est pas un vote de confiance…

Léa Salamé : Vous regrettez ?

François Bayrou : …Le vote de confiance était sous la IVème République. Maintenant, c'est un vote où le gouvernement engage sa responsabilité sur une déclaration de politique générale. Est-ce que je regrette ? En aucune manière.

Léa Salamé : En aucun cas ?

François Bayrou : Et c'est exactement le choix que j'ai fait. Je vais vous expliquer pourquoi. Depuis des mois, la France découvre, mais sans en tirer de conclusion, la situation que j'ai moi-même mise en évidence depuis des années, qu'elle croule sous les dettes. Et un pays qui croule sous les dettes, c'est un pays dont toute l'activité, toute la création de richesses est pompée par le fait qu'on doit payer nos créanciers tous les ans. Nos créanciers ne sont même pas en France, ils sont pour 60% à l'étranger. Et donc, cette question, qui est pour moi une question vitale, et notamment une question vitale pour les jeunes, parce que c'est eux qui vont pendant 30 ans être obligés de trimer pour porter la dette qu'on leur laisse.

Léa Salamé : Mais je vous entends dire ça, les Français vous entendent dire ça. Ça fait 10 jours qu'on vous entend, François Bayrou, partout. Vous êtes là, vous expliquez la dette, la dette, le matin à la radio, le soir à la télé, vous êtes là, vous essayez de convaincre. Et franchement, arithmétiquement, on la tourne dans tous les sens, ça ne passe pas lundi, vous n'avez pas convaincu. Est-ce que vous dites ce soir, j'ai tenté, j'ai essayé, j'ai raté ?

François Bayrou : En aucune manière. D'abord, vous dites, vous êtes le matin à la radio, le soir à la télé, c'est vous qui m'avez invité.

Léa Salamé : Très content de vous avoir.

François Bayrou : Non, non, ce n’est pas très content de vous avoir. Vous ne pouvez pas dire, « écoutez, vous faites le tour des plateaux » alors que vous avez insisté…

Léa Salamé : Oui, bien sûr, mais je suis très heureuse de vous recevoir.

François Bayrou : … Beaucoup pour que je vienne.

Léa Salamé : Mais la question est, qui vous arrivez à convaincre ?

François Bayrou : Mais peu importe. La question est qu'il ne peut pas y avoir de politique courageuse sans que le pays la soutienne. Parce qu'autrement, on se trouve dans un affrontement dont vous avez entendu des présentations qui sont des présentations fallacieuses, en disant « mais c'est le pouvoir contre les Français ». Moi je ne suis pas du côté du pouvoir, je suis du côté des Français.

Léa Salamé : Mais le pays vous soutient ? Vous avez l'impression que les gens descendent dans les rues en disant « la dette, la dette » ? Au contraire, ils disent « on ne veut pas des deux jours supprimés ».

François Bayrou : Peut-être vous ne lisez pas attentivement, par exemple, les sondages. Il y a un sondage qui sort ce soir, je ne sais pas s'il est encore public. Quand on demande aux gens si c'est vraiment les jeunes qui vont devoir payer ça pendant 30 ans ? La réponse est oui à 66%. Vous ne trouvez pas que ça pose une question d'équilibre du pays, d'équilibre des générations ? Et depuis, d'habitude, quand il y a un problème qui apparaît, on a l'impression, les Français ont l'impression que les gouvernants se défilent, qu'ils mettent la poussière sous le tapis pour sauver…

Léa Salamé : leur poste.

François Bayrou : …Leur poste, et ce que les Français croient leur privilège. Eh bien, pour une fois, ça n'est pas un gouvernement qui se défile, ça n'est pas des gens qui veulent se cacher. Moi, je dis, il est impossible de conduire une politique comme celle-là, qui est une politique acceptable, modérée, pour rééquilibrer les choses. Il est impossible de conduire une politique comme celle-là si les Français ne prennent pas conscience, ne sont pas persuadés. Et pour que les Français soient persuadés, vous dites, est-ce que vous regrettez ? Pour que les Français voient la gravité des choses. Alors j'ai dit, très bien, je mets sur la table l'avenir du gouvernement.

Léa Salamé : C'est un gouvernement qui ne se défile pas, vous dites, c'est un Premier Ministre qui ne se défile pas, en parlant de vous, mais c'est un Premier Ministre qui risque très fortement de tomber dans quatre jours. Qu'est-ce qui vous laisse penser que vous avez une chance d'éviter la chute dans quatre jours ?

François Bayrou : Vous ?

Léa Salamé : Moi ?

François Bayrou : Le journal de France 2 à 20h, c'est un grand journal. Le journal de France 2 à 20h, il y a beaucoup de millions de spectateurs qui le regardent. Et s'ils sont convaincus que celui qui leur parle leur dit la vérité, alors eux, leur prise de conscience sera entière et elle joue sur les parlementaires.

Léa Salamé : Mais ce ne sont pas eux qui votent lundi, ce sont les députés. Et pour cela, il fallait les convaincre. Vous avez reçu aujourd'hui le Parti Socialiste. Emmanuel Macron a dit « la clé est au Parti Socialiste, il faut travailler avec les socialistes ». Est-ce que vous avez réussi, à convaincre, à faire changer d'avis, à faire signer Olivier Faure ?

François Bayrou : Je ne fais signer personne. Le Parti Socialiste et d'autres, le Rassemblement National, Place Publique, sont venus et ont dit « Mais en fait, sur le bilan, vous avez raison. C'est un énorme progrès. Si nous pouvions nous arrêter à cette phrase, sur le constat, vous avez raison. » Après, les forces politiques en question sont venues défendre devant nous, avec courtoisie, sont venues défendre des positions radicalement inverses entre elles. On va s'arrêter une seconde à ça, si vous voulez bien. Le parti socialiste dit « il faut créer 32 milliards d'impôts supplémentaires, en particulier sur les entreprises ». Et à côté, en face, le Rassemblement national, dit « pas un euro d'impôt supplémentaire ». Le Rassemblement national dit « il faut mettre la charge sur les immigrés ». Et le Parti socialiste dit que vous avez pris ces jours-ci une décision sur l'aide médicale d'État, c'est-à-dire l'aide médicale réservée aux immigrés en situation irrégulière et vous avez enlevé un certain nombre de prestations. C'est la vérité.

Léa Salamé : Oui, c'est la vérité, parce que vous vouliez faire un geste en direction du Rassemblement national.

François Bayrou : Je ne voulais faire aucun geste en direction de personne, Madame.

Léa Salamé : Alors pourquoi vous avez décidé ça ?

François Bayrou : Excusez-moi, parce que j'essaie de trouver de la justice. Et par exemple, dans la liste des aides et des prises en charge qu'on faisait pour les immigrés en situation irrégulière, il y avait la balnéothérapie. Vous trouvez normal, juste ? Les Français, en tout cas, je suis sûr, ils disent « mais ce n'est pas possible parce qu'on ne peut pas donner à des étrangers en situation irrégulière, on ne peut pas leur donner des avantages qui sont supérieurs aux avantages des Français ».

Léa Salamé : Mais François Bayrou, vous auriez pu avoir cette discussion, tout ce que vous nous dites là, sur l'AME, sur l'aide médicale, avec le Rassemblement national, sur la taxe et les plus riches, avec le PS, sans demander ce vote de confiance et en estimant que vous n'aviez pas la majorité et qu'il fallait composer. Or vous n'avez rien fait de tout cela.

François Bayrou : Vous vous trompez complètement. Mais je peux vous affirmer avec certitude que toute l'exploration que nous avions faite, tout le travail de discussion préalable qu'on avait avec les uns et les autres jusqu'au mois de juillet, jusqu'à la fin du mois de juillet, c'était un travail qui conduisait à penser qu'on se focalisait uniquement sur des mesures, pardon de dire, secondaires. Vous avez tout à l'heure dit, la question c'est les jours fériés. Les jours fériés c'est 10% de l'effort qu'il faut faire…

Léa Salamé : Mais ça a heurté tout le monde !

François Bayrou : …Sur 44 milliards.

Léa Salamé : Est-ce que ce soir, vous nous dites, vous dites qu'il y a des millions de gens qui vous regardent, et c'est la vérité ce soir, est-ce que vous leur dites, les deux jours fériés que je vous demande, la suppression des deux jours fériés, je la retire, ça ne passe pas, je la retire ?

François Bayrou : Je n'emploie pas ce genre de phrase, parce que ce genre de phrase veut dire des marchandages qui ne sont pas justes. J'ai dit à mes interlocuteurs, tous mes interlocuteurs, par exemple LR, qui sont venus me voir avec cette idée des formations politiques du socle central, le Renaissance et le MoDem, ils ont dit on a d'autres idées que les jours fériés. Très bien, je les prends. Pourquoi les jours fériés ? On s'arrête juste à cette idée qui n'est qu'une proposition qu'on peut changer, qu'on peut bouger, qu'on peut amender. Pourquoi les jours fériés ? Parce que le drame de la France, c'est qu'elle produit moins que les autres.

Les chiffres sont sortis hier, vous les avez vus, alors je les répète. Quand la France produit 100 par Français, l'Allemagne produit 116, les Pays-Bas produisent 135. Si nous avions 16% de production de plus. Les salaires seraient 16% plus hauts et les ressources de l'État seraient 16% plus importantes.

Léa Salamé : Mais vous savez ce que disent les Français, vous les entendez, vous les avez entendus. Vous leur dites « il va falloir travailler deux jours de plus, parce qu'on ne travaille pas comme les autres et parce qu'il y a cette dette ». Et ils disent « nous, on n'en peut plus. On n'en peut plus d'être taxés, on n'en peut plus de faire des efforts quand le gouvernement de François Bayrou et depuis huit ans qu'Emmanuel Macron est au pouvoir, la dette a augmenté de 1000 milliards. C'est insupportable qu'on nous dise à nous il va falloir bosser encore plus ».

François Bayrou : Excusez-moi de dire, cette manière de présenter les choses est insuffisante. Parce que la dette, elle a commencé en 1974. Et tous les gouvernements, de toutes les tendances, ont été au pouvoir l'un après l'autre. Et la dette a constamment augmenté. Elle a augmenté les deux dernières fois les plus importantes, sous Nicolas Sarkozy, parce qu'il y a eu la crise qu'on a appelée des subprimes, vous savez, une crise financière internationale, partie des États-Unis, et elle a augmenté à partir de 2020. Entre 2017 et 2020, les gouvernements du quinquennat précédent avaient diminué. Mais à partir de 2020, pourquoi ? Parce qu'il y a eu le Covid, on a dépensé, on a emprunté pour le Covid 250 milliards. Et on a continué les années suivantes, parce qu'il y a eu la guerre en Ukraine. Parce qu'il y a eu…

Léa Salamé : l’inflation.

François Bayrou : …La crise de l'énergie d'abord, il a fallu subventionner à la pompe pour que les pleins de carburant ne soient pas trop lourds, et ça a continué avec l'Ukraine et avec l'inflation. Oui, il y a eu une succession de crises terribles. La question de la France, c'est parce qu'on n'a pas conscience de la gravité de la situation. Vous créez des dépenses et on ne revient jamais sur ces dépenses. Et ce que nous disons, très simple, ce n'est pas l'austérité qu'on plaide. On plaide un ralentissement des dépenses. Et s'il n'y a pas de ralentissement des dépenses, la dette continue à augmenter et le poids qu'on met sur le sac à dos des plus jeunes devient de plus en plus important.

Léa Salamé : Monsieur le Premier Ministre, la journée de mobilisation du 10 septembre, un mot sur ce mouvement « bloquons tout ! », qui est maintenu, une note des renseignements. dit qu'il sera très suivi, 100 000 personnes peut être attendues avec des actions peut-être violentes, des actions de sabotage. Est-ce que vous la redoutez cette journée ?

François Bayrou : Non, mais excusez-moi, 100 000 personnes, c'est un chiffre, vous qui connaissez, assez bas pour la société française. Parce que 100 000 personnes, ça veut dire 1 000 personnes en moyenne par département. D'habitude, pour les grandes journées de mobilisation, c'est beaucoup plus.

Léa Salamé : Donc, vous n'êtes pas inquiet ?

François Bayrou : Je suis inquiet de la situation du pays. Je suis inquiet de l'absence de prise de conscience. Et c'est pourquoi je vais plus loin qu'aucun gouvernement ne va jamais en disant voilà, nous mettons en jeu la vie même du gouvernement pour que le pays comprenne que ce sont des choses graves. Et les parlementaires que vous évoquiez, les groupes politiques prendront chacun leurs responsabilités. Ce que je sais, c'est que nous les avons prises.

Léa Salamé : Il y a une question qui intéresse beaucoup de Français, il y a les affaires courantes, puisqu'il y a la politique et il y a les affaires courantes. Est-ce que vous allez signer ces prochains jours le décret pour doubler les franchises médicales ? Est-ce que les Français vont payer leurs médicaments plus chers ?

François Bayrou : Doubler les franchises médicales, c'est un mot qui fait peur à tout le monde. Les franchises médicales, c'est actuellement à 50 euros par an. Et ce que le gouvernement et la sécurité sociale, envisagent, c'est de les passer de 50 euros par an à 100 euros par an. Et le sommet, c'est pour des gens qui gagnent à peu près 4000 euros par mois. Passer de 50 à 100 euros, c'est 4 euros par mois. C'est-à-dire, je ne sais pas, un tiers d'un abonnement pour ceux qui vont au sommet des franchises, pour ceux qui dépensent ou qui achètent beaucoup.

Léa Salamé : Donc oui, le décret, vous allez le signer ?

François Bayrou : Et donc je trouve que c'est une mesure qui fait en effet partie des efforts normaux qu'on devrait pouvoir tous accepter pour que notre pays se sauve. Ce qui est en question aujourd'hui, ça n'est pas des agréments, ça n'est pas faire des sacrifices excessifs. C'est faire chacun un geste pour que le pays se sauve.

Léa Salamé : Le 9, peut-être que la France n'aura pas Premier Ministre, ou plus de Premier Ministre.

François Bayrou : Elle en aura un, mais il sera peut-être, comme on appelle, en situation d'expédition des affaires courantes.

Léa Salamé : Voilà, il gérera les affaires courantes, ce sera vous.

François Bayrou : Il y a toujours un Premier Ministre en France.

Léa Salamé : Mais il faudra quoi ensuite ? Parce qu'on sera dans une situation de blocage, vous savez que les Français, les chefs d'entreprise, n'aiment pas l'incertitude. Il faudra quoi ? Vous avez une liberté de parole, vous conseillez Emmanuel Macron depuis longtemps, il faudra nommer un autre Premier Ministre ? Ou il faut une dissolution ?

François Bayrou : Oui…

Léa Salamé : Ou il faut une dissolution ?

François Bayrou : Non, il faudra nommer un autre Premier Ministre et c'est le jeu normal des institutions. Alors je vous dis ce que je pense, la décision appartient au Président de la République. Une dissolution, ça ne résout absolument rien. On a dissout il y a un an, après les élections européennes, le Président de la République a pris la décision de dissoudre. Qu'est-ce qui est sorti ? Une assemblée encore plus paralysée que la précédente. Et qu'est-ce qui risque de sortir d'une dissolution prochaine ? C'est une assemblée encore plus divisée que celle-ci. Et donc, cette situation-là, c'est une situation que je ne recommanderais pas pour le pays. Il y a des gens qui en rêvent. Pourquoi ? Parce qu'ils croient que l'extrême droite va avoir la majorité et que ça ouvre des perspectives aux uns et aux autres. Je ne trouve pas que ce soit quelque chose qui peut permettre au pays d'avancer. Je suis persuadé que si on accepte de regarder les choses en face, comme je le propose, et si on accepte après, comme un certain nombre de forces politiques me l'ont proposé, de se mettre autour de la table, peut-être on pourra avancer mieux. En tout état de cause, je sais qu'on ne peut pas éluder, on ne peut pas mettre sous le tapis une question aussi importante que celle-là, et c'est pourquoi j'ai pris la décision de courir le risque. Les gouvernants ne prennent jamais le risque.

Léa Salamé : De tomber ?

François Bayrou : Oui, ça arrive à des gouvernements de tomber. Et à des gouvernements très bien, vous savez. Ça arrive à des gouvernements de tomber.

Léa Salamé : Le 9 septembre, François Bayrou, vous serez où ?

François Bayrou : J'imagine que je serai exactement encore assis au même bureau parce que je doute que d'ici au 9 septembre, on aura les nominations que les institutions imposent.

Léa Salamé : Vous avez déjà…

François Bayrou : De toute façon…

Léa Salamé : …Accepté l'issue du 8 en fait.

François Bayrou : Exactement, non. Pourquoi je suis venu sur votre plateau ? Pourquoi ? Parce que vous m'avez invité. Je suis venu sur le plateau parce qu'on a besoin de convaincre. On a besoin, quand on croit quelque chose dans la vie, on se bat jusqu'à la dernière minute, on se bat au-delà de la dernière minute, on se bat au lendemain de la dernière minute parce que la situation de la France, ça n'est pas le gouvernement. La situation de la France, c'est hélas l'équilibre que nous avons perdu de nos comptes et peut-être un peu de nos repères.

Léa Salamé : Merci François Bayrou. Merci d'avoir été notre invité. Vous avez vu Un petit truc en plus ?

François Bayrou : Mes enfants l'ont vu. Nombreux. Ils ont trouvé ce film formidable. Je crois qu'ils n'ont pas été les seuls parce qu'il paraît qu'il y a eu 11 millions de spectateurs.

Léa Salamé : 11 millions de spectateurs, c'est le plus gros succès de la décennie.

François Bayrou : Et si on avait 11 millions de voix ? On trouverait que c'est une bonne chose.

Léa Salamé : Ah là, vous avez de la marge. Merci infiniment d'avoir été là. C'est Artus qu'on reçoit, le réalisateur et l'acteur d'Un petit truc en plus. Dans quelques instants, deuxième invité. Merci, monsieur le Premier Ministre.



Source : MoDem.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250904-interview-bayrou.html


 

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4 septembre 2025 4 04 /09 /septembre /2025 04:46

« J'ai parlé avec toutes les forces politiques représentées au Parlement, à la différence de tout le monde. Mon affirmation, c'est que les députés sont tous égaux en dignité, et tous égaux en responsabilité. » (François Bayrou, le 3 septembre 2025 sur BFMTV).



 


Le Premier Ministre poursuit sa campagne de communication sur l'endettement de la France, le besoin impérieux de réduire le déficit public et de convaincre les parlementaires de maintenir la stabilité du gouvernement. Ce mercredi 3 septembre 2025, à la matinale de BFMTV et RMC, François Bayrou était l'invité d'Apolline de Malherbe (interview qu'on peut écouter ou lire ici).

Il y aura beaucoup à étudier sur cette période de notre histoire contemporaine dans les années à venir. On se pose encore la question sur l'entêtement de De Gaulle à maintenir son référendum sur la participation avec engagement de sa propre responsabilité (en clair, il démissionnerait en cas de victoire du non) alors que les sondages étaient clairement pessimistes. Les électeurs n'ont pas répondu à la question et ne voulaient plus de De Gaulle au pouvoir après dix ans de pouvoir.

Eh bien, pour François Bayrou, qui n'a pas encore atteint ses neuf mois de chef du gouvernement, cet entêtement d'engager sa responsabilité à l'Assemblée, comme la Constitution le lui permet, d'ailleurs, alors que l'ensemble des oppositions ont confirmé dès la première minute leur volonté de renverser le gouvernement, et cela de manière irrévocable, donne un sentiment d'aveuglément étonnant et peu compréhensible. Appelez-moi kamikaze.


Évidemment, il y a toujours l'hypothèse, à la probabilité ultramince, où il parviendrait à faire changer d'avis, mais qui ? Les députés socialistes ? Mais pas les dissuader seulement de voter contre le gouvernement, il faut qu'ils votent, quasiment tous, pour le gouvernement si ce dernier veut survivre. Quant au RN, un changement brutal de ton étonnerait tout autant et laisserait croire à une collusion avec le macronisme, ce qui serait pour lui la pire des publicités !
 


À l'évidence, et cela explique sa présence très intense dans les médias, le Premier Ministre ne cherche pas à convaincre les députés de l'opposition, mais il cherche à convaincre les Français devant l'histoire, ce qui est paradoxal pour l'un des chefs de gouvernement les plus impopulaires de l'histoire.

Mais cette impopularité ne l'effraie pas. Il sait d'expérience que lorsqu'on est au pouvoir, on n'est jamais populaire, car il faut prendre des décisions et il y a toujours des malheureux à la fin. Les rares Premiers Ministres populaires n'ont du reste pas eu une destinée présidentielle très heureuse : Michel Rocard (éliminé aux élections européennes de1994), Édouard Balladur et Lionel Jospin (éliminé au premier tour de l'élection présidentielle, respectivement de 1995 et de 2002)... et c'est tout, car c'est rare. Tandis que des Premiers Ministres impopulaires à Matignon et populaires après, il y en a beaucoup, à commencer par Raymond Barre, et même Édouard Philippe.
 


Incontestablement, François Bayrou a deux modèles de chef du gouvernement, les deux mettant en avant la vérité à dire aux Français même si cela ne fait pas plaisir : Pierre Mendès France et Raymond Barre. L'éditorialiste Patrick Cohen en a aussi parlé dans sa chronique du 2 septembre 2025 sur France Inter : « Lui, Bayrou, sera donc celui qui dit la vérité, qui soulève les vrais problèmes. "L'éveilleur des consciences" (…). Le ton est parfois messianique, souvent grandiloquent (…), mais au moins, on ne peut pas lui intenter un procès en incohérence. En avril déjà, pour sa première conférence de presse consacrée aux finances publiques, François Bayrou avait fait afficher derrière lui en lettres majuscules : "La vérité permet d’agir". (…) Voilà sans doute ce qui guide le Premier ministre, voilà l’une des clés de l’énigme : la marque indélébile laissée par ces prédécesseurs dont le souvenir est inversement proportionnel aux succès électoraux. Une place dans les livres, un statut d’éveilleur des consciences. Un destin de perdant magnifique. ». Le grandiloquent, c'est par exemple quand François Bayrou parlait de sa propre initiative : « ce geste inédit, on va dire, original ». Ou la situation qu'il a décrite : « Vous êtes devant quelque chose qui ne s'est jamais produit depuis des décennies, peut-être depuis un siècle. ».
 


Au cours de cette interview sur BFMTV, François Bayrou a réitéré ses déclarations précédentes depuis le 15 juillet 2025 : rien n'était figé, tout était discutable dans les mesures d'économies budgétaires. Ainsi, la suppression des deux jours fériés : « Je l'ai dit dès le premier jour, je suis prêt à examiner toutes les solutions. (…) Je renonce dès l'instant que nous aurons trouvé, et c'est ça tout le but du travail que nous devrions conduire. (…) Je ne dirais pas des choses qui paraîtraient ne pas tenir compte de la situation. Je suis prêt, on ne peut pas le dire mieux, je suis prêt dès l'instant que nous aurons trouvé et je pense que c'est possible. J'avais dit moi-même, on peut avoir un jour, on peut faire autrement. ».
 


François Bayrou a précisé qu'il n'était pas défaitiste mais réaliste quand même : « Les parlementaires peuvent faire tomber le gouvernement. Ils en ont le pouvoir. Et ils prévoient de le faire. Est-ce que ça va rendre service au pays ? Qui sont les parlementaires qui menacent ou qui annoncent qu'ils vont faire tomber le gouvernement ? Tu parles d'un exploit de faire tomber le gouvernement. C'est un gouvernement qui n'a, depuis le premier jour, pas de majorité absolue, pas de majorité relative. On a dû construire un budget parce qu'il n'y avait pas de budget. On a dû récupérer la totalité des textes qui étaient en grande difficulté. On les a fait adopter et on dit, ben voilà, on va abattre ce gouvernement. Ils en ont le pouvoir. (…) Cette décision qu'ils prendront, qu'ils annoncent qu'ils vont prendre, cette décision-là, elle va semer, elle va créer l'instabilité dans notre pays. Et que veulent les Français ? Tous les sondages le montrent, ils veulent de la stabilité. Et donc, si vous êtes représentant du peuple, comme c'est la vocation d'un député, si vous êtes représentant du peuple, alors vous devez vous demander où est l'intérêt national. J'ai dit une chose très simple, ce vote-là, c'est un vote sur le constat de la situation du pays : est-ce que oui ou non, cette situation dans le monde comme je viens de le montrer, est-ce que cette situation, elle est grave et urgente ? Ma réponse, elle est grave et urgente. ».

Et de marteler : « Ma mission, ma tâche, c'est de faire que chaque minute d'ici lundi, chaque temps d'antenne que je trouverai, nous prenions ensemble la mesure de ce qui va se passer si la décision est que le gouvernement tombe. Parce que si c'était le gouvernement qui tombe, pour aller dans le même sens, pour trouver un effort du même ordre, pour dire "non, vous avez raison, mais nous allons relever le défi d'une autre manière". Bon, l'avis d'un gouvernement, ce n'est pas si important. ».
 


À l'instar de la consigne du Président Emmanuel Macron le 2 septembre 2025, François Bayrou serait heureux de trouver un accord avec le parti socialiste, mais pas à n'importe quel prix : « Vous connaissez ces deux grands courants ? Ceux qui disent qu'il faut faire payer les étrangers, ceux qui disent qu'il faut faire payer les riches. Et ces deux grands courants se trompent sur plusieurs choses, et notamment sur le fait que chaque fois que vous augmentez les impôts dans le pays qui a déjà les impôts les plus élevés au monde, et notamment chaque fois que vous augmentez les impôts des entreprises. À ce moment-là, vous portez atteinte au dynamisme du pays, aux choses les plus essentielles. (…) L'idée de créer 27 milliards d'impôts plus 5, ça fait près de 32 milliards d'impôts, qui reposeront pour l'essentiel sur les entreprises et sur les investisseurs. Si vous lisez la presse économique ce matin, il y a des réflexions sur ce sujet et des réactions hostiles sur ce sujet partout. Vous ne pouvez pas déséquilibrer un pays en touchant à sa force de production. C'est un pays dont le problème principal est qu'il ne produit pas assez. ».

Et pourtant, le chef du gouvernement est prêt à tout : « Je suis prêt à discuter avec eux [les socialistes] sur tout, y compris sur le travail. Je vous rappelle que j'ai lancé une concertation avec le conclave, comme on disait à l'époque. (…) Dans la situation du pays, moi, je demande que les responsables politiques mesurent le degré de déstabilisation dans lequel nous sommes. Et je n'ai pas l'intention de dire que pour trouver des accords d'appareil, il suffirait de surcharger encore le sac à dos plein de fonte qu'on met sur le dos des jeunes Français. ».

 


Quoi qu'il en soit, François Bayrou se voulait fédérateur : « Je tends la main à toutes les forces politiques et à tous les représentants du peuple qui sont parlementaires, en disant "nous avons à construire l'avenir ensemble". Si vous êtes prêts à participer à cette construction de l'avenir, quant à moi j'y suis prêt, le gouvernement y est prêt, le Président de la République y est prêt. La question est de savoir si on partage un accord. Vous voyez bien que la démarche que j'ai choisie, c'est une démarche dont il ne faut pas faire sauter la première étape, c'est : est-ce que nous sommes d'accord pour dire la gravité des choses ? ».

Pourtant, les dirigeants socialistes, que François Bayrou va recevoir à Matignon ce jeudi 4 septembre 2025, sont dans une tout autre optique, celle d'un changement de gouvernement, et le Premier Ministre a bien compris les arrière-pensées d'Olivier Faure : « Ne faisons pas de mystère. Olivier Faure pense qu'il peut être nommé Premier Ministre. Vous le savez, il l'a dit et tout le monde le dit. (…) Olivier Faure dit "je vais constituer un gouvernement sans LFI". Fort bien, je pense en effet que l'alliance du PS avec LFI est un problème pour le pays et pour le PS. On va constituer un gouvernement sans LFI. Et pendant tout le week-end précédent, aux universités de LFI, tout le monde scandait, tout le monde déteste le PS. Donc ce n'est pas très amical, ce n'est pas très cohérent pour le pays. ».
 


Autre point qui posera un problème, rejeter le bloc central avant de quémander ensuite sa bienveillance : « Et puis il va censurer, il va abattre (…). Il va ou il veut abattre le gouvernement qui est soutenu par ce qu'on appelle le bloc central, de LR jusqu'aux formations du centre et du centre-gauche. Est-ce que c'est le bon moyen de trouver une majorité ? Est-ce qu'il est logique, cohérent de dire je vais abattre votre gouvernement et après vous me soutiendrez ? Je ne suis pas sûr que ça marche, parce qu'il y a un minimum de logique dans la vie. La démarche d'Olivier Faure, dont il ne fait pas mystère, il veut devenir Premier Ministre, cette démarche-là, elle me paraît, comment dire, risquée. C'est, peut-être, le moins qu'on puisse dire, pas très cohérente et pas très logique. C'est une des raisons pour lesquelles la réflexion sur une abstention lundi prochain devrait être à l'ordre du jour, si on veut constituer un gouvernement. (…) Le moment où nous sommes, c'est le moment de vous asseoir autour de la table tous ensemble et de faire avancer les choses. C'est ça que les Français pensent au fond d'eux-mêmes et c'est eux qui ont raison. ».
 


Enfin, François Bayrou a conclu sur le message qu'il avait délivré à l'inauguration de la 79e foire de Châlons-en-Champagne le 29 août 2025, à savoir, que son devenir de Premier Ministre n'était pas son premier souci : « Peut-être, vous vous dites ça, mais ça supposerait que j'accepte un verdict contre lequel je me bats tous les jours, à chaque minute, parce que ce qui est en jeu, ce n'est pas mon sort, ce n'est pas le sort du gouvernement, c'est secondaire. Ce qui est en jeu, c'est le sort du pays, et c'est ce qu'il ne faut jamais perdre de vue dans les débats que nous avons. ». Et s'il y a un homme d'État qui a théorisé le clivage entre intérêt national et intérêt partisan, intérêt des partis dans les poisons et délices de leur intérêt d'appareil, c'est bien De Gaulle. François Bayrou ne fait pas reprendre ce message gaullien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250903-bayrou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-tend-la-main-a-263017

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/03/article-sr-20250903-bayrou.html



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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 18:01

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE MERCREDI 3 SEPTEMBRE 2025 DANS "PARIS MATCH"




Florent Barraco, Florian Tardif 03/09/2025 à 16:01,
Mis à jour le 04/09/2025 à 09:15


François Bayrou : « Aucun parent ne peut regarder ses enfants dans les yeux et leur dire : "Vous rembourserez ma dette." »

ENTRETIEN - Le Premier Ministre joue son va-tout. Prêt à prendre des coups pour rassembler autour de sa priorité : redresser les comptes de la France.
Quelques jours avant le vote de confiance, le vertige de la solitude. Après avoir présenté son plan pour désendetter le pays, le Béarnais risque sa survie à ­Matignon. L’enjeu de ce coup de poker est double : alerter sur l’extrême gravité de la situation économique et appeler à la concorde face à la menace de faillite. Critiqué à droite comme à gauche, le maire de Pau, en admirateur d’Henri IV, joue la carte du panache. « La question, ce n’est pas le destin du Premier Ministre, c’est le destin de la France. » Il a ouvert les portes de son bureau à Paris Match. Dernières confidences avant l’heure de vérité.

Propos recueillis par Florent Barraco et Florian Tardif.



Paris Match : Sommes-nous en 1788, veille de la Révolution française, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, ou en 1957, un an avant la fin de la IVe République, comme l'évoquent certains constitutionnalistes ?

François Bayrou : Nous sommes en 2025. Mais un jour, 2025 figurera sur cette liste des années charnières. Nous nous trouvons à un moment où la planète entière est prise dans un orage qui bouleverse tous nos repères : le réchauffement climatique, la remise en cause des règles qui régissent les relations internationales depuis la Seconde Guerre mondiale, la guerre de prédation de Poutine contre l'Ukraine, l'offensive industrielle et commerciale de la Chine, et Donald Trump, qui décide unilatéralement de taxer ses alliés. Tout d'un coup, l'univers est régi par la force. La force brutale ! Et dans notre pays, nous nous trouvons au terme de décennies de reports continus sur les générations suivantes des facilités que nous nous accordons. Depuis 1974, c'est-à-dire depuis plus d'un demi-siècle, il n'y a pas eu un seul budget en équilibre. Tous les ans, nous plongeons dans les déficits. Et tous les ans, ces déficits se traduisent par des emprunts. Cette dette, qui va la payer ? C'est très simple : ceux qui travaillent et les générations suivantes. Un grand économiste américain de l'université Harvard a déclaré hier : “Plus vous retarderez cette prise de conscience, plus l'effort sera terrible à supporter.” Il a évidemment raison.

Lors de son premier quinquennat, Emmanuel Macron a souhaité faire payer les “boomers” en ciblant la CSG [contribution sociale généralisée]. Il a très vite reculé…

Ce n'est pas exact. Les premières années du quinquennat, jusqu'en 2019, ont été consacrées au rééquilibrage. Puis est arrivé le Covid-19. La pandémie a provoqué un véritable tsunami, bloquant totalement l'économie mondiale. Il fallait sauver, coûte que coûte, les entreprises : du petit restaurant à la multinationale. La France a donc mobilisé d'immenses moyens, financés par l'emprunt. Ensuite, au moment où nous aurions pu souffler, il y a eu la guerre en Ukraine, l'explosion des prix de l'énergie et l'instabilité venue des États-Unis. Résultat : la dette s'est accrue. Ce n'est pas l'État qui a dépensé cet argent, ce sont les Français. Ces milliards ont servi à soutenir l'économie, les emplois et les familles, donc chacun d'entre nous.

Vous dites donc : « On a dépensé, vous avez dépensé, maintenant vous allez rembourser… »

Non. Je dis qu'il faut stopper cette fuite en avant. En 2020, le service de la dette – les seuls intérêts – coûtait 30 milliards à l'État. L'an dernier, c'était 60 milliards. Cette année, 67. L'an prochain, 75. Et la Cour des comptes annonce plus de 100 milliards en 2029. C'est de l'argent pris sur notre vie quotidienne, qui ne crée ni richesses nouvelles ni emplois nouveaux. Et 60% partent à l'étranger. Il y a une brèche dans la coque du navire, l'eau entre à flots. Et ceux qui veulent colmater sont accusés d'être « méchants ». Mais regardez-les bien ! Ce sont eux les seuls et véritables défenseurs des Français. Sans une prise de conscience partagée, nous allons droit à l'accident.

Votre constat sur la dette est implacable, et nul ne le conteste. Mais les Français se disent : « Nous travaillons, nous cotisons, nous payons des impôts. Pourquoi, alors, nous demander de faire des efforts supplémentaires ? » Que leur répondez-vous ?

Ceux qui refusent des efforts modérés aujourd'hui subiront demain des efforts terribles. Cela fait vingt ans que j'alerte sur l'iceberg. Tout le monde détourne le regard parce que ce n'est pas populaire. Mais un capitaine ne détourne pas les yeux sous prétexte que l'iceberg n'est pas populaire. On peut encore agir maintenant. Sinon nous connaîtrons ce qu'ont vécu l'Espagne ou le Portugal, l'Italie ou la Grèce : réduction des pensions de retraite de 20% à 30%, baisse des salaires dans la fonction publique et coupes massives dans les effectifs. Nul besoin de préciser que ces décisions ont été prises par des dirigeants socialistes. Même en Grande-Bretagne, un gouvernement de droite est tombé en quarante-deux jours parce qu'il allait franchir la limite de l'endettement. Tout cela, ce ne sont pas des opinions, c'est la réalité.

En 1958, le général De Gaulle parlait d'efforts « rudes ». C'est ce qui nous attend ?

Ce sont des efforts supportables, si nous agissons maintenant. Travailler un peu plus – 1% de plus –, ne pas augmenter les salaires publics et les retraites pendant une année – alors que l'inflation est très faible –, freiner les dépenses de santé… Tout cela représente 1% à 2% d'effort. Ce n'est pas l'austérité, mais la sauvegarde du pays. À condition que chacun contribue selon ses moyens.

« Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes », écrivait Chateaubriand. On vous sent libéré depuis le 15 juillet et l'annonce de votre plan budgétaire, comme si vous saviez que vous n'aviez plus rien à perdre.

C'est le sens de ma vie. Je ne me suis pas engagé en politique pour que les choses soient faciles. J'aurais pu me soumettre à l'un des partis dominants de l'époque et « faire carrière », mais j'ai choisi de dire ce que je pensais et d'alerter face à la catastrophe. Et ce dès les années 1990. Je ne veux pas que cette situation nous amène à des affrontements de rue. Il y a des gens dont c'est le projet et qui manœuvrent pour en arriver là. Mais, à la fin, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent.

Avez-vous pensé à votre famille, vos enfants, vos petits-enfants, en décidant d'évoquer cette « responsabilité intergénérationnelle » ?

Bien sûr. Ils savent combien cela m'importe. Mes enfants sont la prunelle de mes yeux. Je pense à eux chaque fois que l'orage gronde. C'est pour eux que je me bats. Beaucoup de jeunes m'ont écrit après ma déclaration sur les « boomers » : « Enfin quelqu'un parle de nous. » Car ils se sentent sacrifiés. Alléger leur fardeau commence par arrêter de l'alourdir. Or certains proposent encore d'augmenter la dette. Pour moi, c'est une non-assistance à génération en danger. Aucun parent ne peut regarder ses enfants dans les yeux et leur dire : « Vous rembourserez ma dette. » Je ne pense pas, comme d'autres, qu'il faut faire payer les retraités. Mais il est nécessaire que les retraités s'unissent à moi pour alléger la dette qui pèsera sur nos enfants. Il n'y a qu'un « boomer » qui pouvait déclarer ça. [Il rit.]

Qu'est-ce que l'expérience à Matignon vous a appris sur vous-même et sur la France ?

Sur moi-même ? Pas grand-chose. Très souvent, lorsque mes enfants me disent : « Quand même, c'est difficile ce que tu subis », je leur réponds : « Il y a une règle simple dans la vie. Si tu ne veux pas prendre de coups dans la gueule, ne deviens pas boxeur. » Et je me suis fait boxeur. Alors peut-être que je ne pouvais pas faire autrement. Je crois beaucoup au destin. Comme je crois que la vie a un sens, que nous ne sommes pas seuls. Nous portons avec nous les générations passées et les générations à venir. Les morts sont présents dans nos vies et les enfants à naître aussi. Nous sommes le prolongement de gens qui sont venus avant nous, de gens qui sont partis, qui nous ont quittés, avec des espoirs, des combats, des choses déchirantes. Et je crois que tout cela participe à notre aventure humaine.

Sentez-vous parfois la présence de vos prédécesseurs dans ce bureau ?

Non. Je ne suis pas hanté par l'histoire, mais par des visages, des destins. Le dernier de ma famille politique à avoir siégé ici était Pierre Pflimlin, en 1958. Et j'ai été son dernier collaborateur, lorsque j'avais 24 ans. La vie est pleine de coïncidences étonnantes. Je suis davantage hanté par des gens qui ont partagé des choses avec moi. Et je sais ce que mon père et ma mère auraient pensé de cette situation.

Et qu'auraient-ils pensé ?

Ils auraient estimé que c'est une bien lourde charge. Mais que si quelqu'un doit la porter, alors autant que ce soit moi. Car je viens de loin. Quand j'étais enfant, les routes de mon village, imaginez-vous, n'étaient pas goudronnées. Et je vous épargne les détails concernant le confort dans nos maisons. Quand on vient de loin, comme moi, on fait plus attention aux gens qui vivent au-delà du périphérique.

Vous venez de loin. Est-ce que vous pensez aller loin, plus loin ? Certains vous accusent d'orchestrer votre départ pour penser à la suite : la présidentielle.

Je ne me suis jamais comporté comme cela. Je ne suis pas un avare qui met des avantages de côté pour s'en servir après. Si nous ne faisons rien, la crise que nous affrontons va nous conduire à de graves accidents. Pas seulement économiques et financiers, mais aussi démocratiques. Si je montais des manœuvres pour spéculer sur l'avenir, je serais totalement stupide – et j'espère ne pas l'être.

Il y a trente ans, vous avez publié un livre : « Henri IV, le roi libre ». Dans l'introduction, vous écriviez ceci : “Rien n'est plus fascinant que le spectacle d'un homme en train de se faire et qui ignore le fin mot de sa propre histoire.” Vous ignorez le fin mot de votre propre histoire ?

Cela prouve que je n'écris pas si mal. [Il sourit.] Qui peut savoir comment cela finira ? Que ce soit en mal ou en bien ? Vous évoquiez 1957 au début de l'entretien. On pourrait remonter aux années 1930. La France de 1958 s'est redressée ; celle des années 1930 s'est effondrée. Alors est-ce qu'on met des souliers de marche pour aller sur la route ? Ou est-ce qu'on met des pantoufles en attendant la catastrophe ? Qui pourrait le faire à ma place ? Les grandes forces politiques, qui sont majoritaires et qui s'opposent à moi, disent : « Il n'y a pas de problème, il suffit de faire payer les immigrés, ou les riches, ou de s'endetter encore plus… ou encore de continuer à courir vers la falaise. » Le problème, c'est que je n'ai pas le choix. Et d'ailleurs, s'il y avait eu le choix, ce n'est pas moi qui serais là.

Votre livre sur Henri IV insistait sur son rôle de réconciliateur. C'est ce dont a besoin la France de 2025, qui est plus divisée que jamais et dont votre phrase sur les « boomers » a montré les querelles générationnelles.

Je suis un militant de la réconciliation. Mon livre commençait par ces mots [il récite de mémoire] : « Ce livre est dédié aux amoureux de la réconciliation. Il a été écrit pour eux dans les petits matins et les nuits avancées des deux pays, au pied des Pyrénées bleues et au bord de la Seine, où vécut Henri de Navarre et de France. » C'est ma vocation. Je passe ma vie à essayer, parfois en parlant, parfois en ne parlant pas, de faire que les liens ne se rompent pas. C'est pour cette raison que j'ai pris le risque d'engager la responsabilité de mon gouvernement. On allait tout droit vers des blocages, des manifestations, des affrontements. Pour moi, c'est inacceptable. D'habitude, les gouvernants s'accrochent. Ils font tout pour durer. Pas moi. Durer, si nous n'avons pas les moyens de faire quelque chose d'utile pour le pays, ça ne m'intéresse pas.




Source : "Paris Match".

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250903-interview-bayrou-paris-match.html

 

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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 10:27

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250903-bayrou.html



INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE MERCREDI 03 SEPTEMBRE 2025 SUR BFMTV







 

François Bayrou : « Ce qui est en jeu, ce n'est pas mon sort, ni celui du gouvernement, c'est secondaire. Ce qui est en jeu, c'est le sort du pays ».
François Bayrou, Premier Ministre, était l'invité d'Apolline de Malherbe ce mercredi 3 septembre 2025 sur le plateau de BFMTV.





Apolline de Malherbe : Il est 8h20 et vous êtes bien sur RMC et BFM TV, horaire exceptionnel parce qu’invité exceptionnel. Bonjour, François Bayrou.

François Bayrou : Bonjour.

Apolline de Malherbe : Vous êtes Premier Ministre, merci d'avoir accepté de répondre à mes questions. J'ai aussi reçu de nombreux messages de Français, d'auditeurs dont je me ferai le porte-voix. Vous êtes Premier Ministre, dis-je, mais sans doute pas pour longtemps, vous le savez, dans cinq jours, c'est fini.

François Bayrou :  Alors, cette formulation, c'est absolument le contraire de ce que je suis. Chacun a ses travers, ses qualités et ses défauts, les miens sont sûrement très nombreux. Mais il y a un défaut que je n'ai pas, c'est d'être défaitiste. C'est de considérer que tout est écrit, qu'il suffit de baisser les bras.

Apolline de Malherbe : Mais là, ce n’est peut-être pas défaitiste, c'est juste réaliste.

François Bayrou : Laissez-moi vous répondre

Apolline de Malherbe : Peut-être réaliste.

FB : Peut-être réaliste, mais à coup sûr défaitiste. Et ça n'est pas ma manière de voir les choses. Ce qui se passe pour la France est très important, on va en parler, mais je vous ai apporté un journal d'hier, Le Monde d'hier.

Apolline de Malherbe : D'hier soir, le journal Le Monde, avec à la une la Chine.

François Bayrou : Pas la Chine. La Chine au centre d'un front anti-Occident. Et qui y a-t-il dans ce front, dans ce rassemblement-là ? Il y a 3 milliards d'êtres humains représentés par leur gouvernement. Le pays le plus peuplé au monde, l'Inde. Le pays le plus riche industriellement, commercialement, monétairement du monde, la Chine. Le pays le plus vaste du monde, la Russie. Et tous ces pays unis sur des valeurs, et une volonté qui sont de prendre la place de ce que nous, l'Occident…

Apolline de Malherbe : Anti-Occident

François Bayrou : nous sommes. Anti-Occident ça rappelle ce vers célèbre, une très célèbre ballade de Rudyard Kipling qui dit : « East is East and West is West and the twain never shall meet», l'Est et l'Est, l'Ouest et l'Ouest, et jamais ces deux-là ne se rencontreront.

On est revenus à une période du monde…

Apolline de Malherbe : Mais François Bayrou, en fait, je vous arrête un instant.

François Bayrou : Non, non, ne m'arrêtez pas. Non.

Apolline de Malherbe : Si, je vais vous arrêter, mais vous allez reprendre. Je vais vous arrêter pour une raison. C'est que ça fait des jours que vous dites que c'est la catastrophe. Ça fait des jours que vous dites qu'on est comme des petits bonhommes qui courraient sur une falaise dans les dessins animés, mais en fait, sans se rendre compte que le sol s'est déjà dérobé sous nos pieds. Ça fait des jours que vous êtes comme un petit garçon qui crie au loup, mais qui a tellement crié au loup qu'on ne le croit plus quand le loup est là. Est-ce que vous vous rendez compte de ça ?

François Bayrou : Cette manière désobligeante de présenter des choses...

Apolline de Malherbe : Non, ce n'est pas désobligeant.

François Bayrou : Excusez-moi. C'est, au contraire, très insultant. Excusez-moi. Vous êtes observatrice…

Apolline de Malherbe : Je vous écoute.

François Bayrou : …Journaliste. Vous êtes devant quelque chose qui ne s'est jamais produit depuis des décennies, peut-être depuis un siècle, et vous faites des commentaires de dessins animés.

Apolline de Malherbe : Non, je dis qu'il n'est plus temps de dire que c'est la catastrophe, il est temps d'agir. Qu'avez-vous à proposer ? François Bayrou, qu'avez-vous à dire ce matin aux socialistes, au Rassemblement National, aux LR ?

François Bayrou : Je le dis d'abord aux Français, parce que vous vous êtes pris dans le jeu des appareils politiques.

Apolline de Malherbe : Non.

François Bayrou : Si, c'est votre manière.

Apolline de Malherbe : Non, j'ai ici de très nombreuses questions de Joseph, d'Alain, de Fred, de Christophe, de Jean-Pierre, d'Alexandrin.

François Bayrou : C'est votre manière de voir les choses. Ne vous défendez pas, on n'est pas en débat l'un contre l'autre. On essaie de regarder la situation dans laquelle on se trouve, et la situation de la France. Dans cet Occident dont je viens de dire à quel point il était « challenger » comme on dit en franglais, c'est une manière de dire…

Apolline de Malherbe : Il est mis au défi.

François Bayrou : …qu'il est mis au défi et qu'on veut le dominer, dans cet Occident-là il y a l'Europe et dans l'Europe il y a la France. Et la France, elle a une situation particulière qui est une situation d'affaiblissement incroyable. Je ne crie pas au loup, je dis les choses précises comme elles se passent. Quelles sont ces choses précises ? C'est que nous nous sommes laissés entraîner, et j'ai mis le sort du gouvernement en jeu pour cette raison, pour qu'on ouvre les yeux, pour qu'on voie ce qu'il en est. D'habitude, les gouvernements, comme vous savez, les Français disent « ils se planquent ».

Apolline de Malherbe : Vous avez mis votre tête, en effet, sur le billot.

François Bayrou : Pour que tout le monde se rende compte de la situation. Quand je parle de la dette, je parle de quoi ? Je vous dis précisément les choses.

Chaque année, la France crée un peu plus de richesses que l'année précédente, à peu près 50 milliards. La totalité de ces 50 milliards, et plus encore, elle est versée à nos créanciers. Et elle part à l'étranger, c'est-à-dire qu'il y a une hémorragie du pays, une hémorragie de tout ce que le pays produit, de tout ce que nous produisons tous ensemble, qui va vers nos créanciers, ceux qui nous ont prêté et qui sont pour 60% à l'étranger. Ce qui est très différent d'autres pays, le Japon par exemple, qui a une dette très importante, mais ce sont les Japonais qui la détiennent, d'une certaine manière, c'est un circuit fermé.

Et donc, cette situation-là, elle nous affaiblit durablement. Alors il y a des gens que vous citiez ; des formations politiques, des appareils politiques, qui disent « on ne veut pas le voir », « ce n'est pas grave, ça ne nous intéresse pas », « vous voyez bien que ce n'est pas si grave, le bateau continue à flotter », comme j'ai eu l'occasion de le dire.

Apolline de Malherbe : Vous avez dit « Simone, ne t'inquiète pas, le bateau continue à flotter ». Mais vous vous adressez aux Français, sauf pour les parlementaires, qui auront le doigt sur le bouton lundi.

François Bayrou : Les parlementaires peuvent faire tomber le gouvernement. Ils en ont le pouvoir.

Apolline de Malherbe : Et ils prévoient de le faire.

François Bayrou : Et ils prévoient de le faire. Est-ce que ça va rendre service au pays ? Qui sont les parlementaires qui menacent ou qui annoncent qu'ils vont faire tomber le gouvernement ? Tu parles d'un exploit de faire tomber le gouvernement. C'est un gouvernement qui n'a, depuis le premier jour, pas de majorité absolue, pas de majorité relative. On a dû construire un budget parce qu'il n'y avait pas de budget. On a dû récupérer la totalité des textes qui étaient en grande difficulté. On les a fait adopter et on dit, ben voilà, on va abattre ce gouvernement. Ils en ont le pouvoir.

Apolline de Malherbe : Alors, que dites-vous ?

François Bayrou : Et j'ai précisément voulu…

Apolline de Malherbe : Que leurs dites-vous ce matin ?

François Bayrou : …En faisant ce geste inédit, on va dire, original…

Apolline de Malherbe : De provoquer ce vote lundi.

François Bayrou : Parce qu'il s'agit d'une prise de conscience. Je leur dis, regardez ce qui se passe dans le monde, regardez ce qui se passe en France.

Apolline de Malherbe : Mais François Bayrou, on va parler un peu franchement. Vous avez compris que pour l'instant, ça n'a pas pris.

François Bayrou : Vous avez l'impression que je ne parle pas franchement ?

Apolline de Malherbe : Si, mais il y a un point sur lequel, sauf le respect que je vous dois, vous êtes dans le déni, c'est que les chiffres ne sont pas bons, ça ne passe pas. Qu'avez-vous à dire ce matin aux différentes organisations politiques que vous avez commencé à rencontrer hier, que vous rencontrerez encore demain, pour les convaincre de ne pas appuyer sur le bouton "éjecte" lundi ?

François Bayrou : Je dis, si vous avez ce qui est votre fonction, votre vocation, si vous représentez les Français, demandez-vous où est l'intérêt national.

Apolline de Malherbe : Allez-vous…

François Bayrou : Non, laissez-moi dire les choses. Cette décision qu'ils prendront, qu'ils annoncent qu'ils vont prendre, cette décision-là, elle va semer, elle va créer l'instabilité dans notre pays. Et que veulent les Français ? Tous les sondages le montrent, ils veulent de la stabilité. Et donc, si vous êtes représentant du peuple, comme c'est la vocation d'un député, si vous êtes représentant du peuple, alors vous devez vous demander où est l'intérêt national. J'ai dit une chose très simple, ce vote-là, c'est un vote sur le constat de la situation du pays : est-ce que oui ou non, cette situation dans le monde comme je viens de le montrer, est-ce que cette situation, elle est grave et urgente ?

Ma réponse, elle est grave et urgente. Et si vous connaissez quelqu'un d'averti qui pense que ça n'est pas le cas... Tout à l'heure, j'étais avec vos journalistes dans le couloir. Tous disaient, en effet, c'est grave et urgent, mais comment vous pouvez faire ?

Apolline de Malherbe : Alors, je vous repose la question, est-ce que vous renoncez à supprimer les deux jours fériés ?

François Bayrou : J'ai dit le jour où j'ai annoncé cette mesure, alors, les jours fériés, précisons les chiffres, c'est 10% de l'effort qu'il faut faire...

Apolline de Malherbe : C'est 4 milliards.

François Bayrou : Je l'ai dit hier soir, j'ai reçu des formations politiques, par exemple les Républicains, qui disent nous avons possiblement des réponses qui permettent de faire autrement pour trouver cet effort que les deux jours fériés. Très bien, je l'ai dit dès le premier jour, je suis prêt à examiner toutes les solutions.

Apolline de Malherbe : Mais je n’ai pas compris. Vous continuez à les examiner ou vous dites ce matin je renonce à supprimer les deux jours fériés ?

François Bayrou : Je renonce dès l'instant que nous aurons trouvé, et c'est ça tout le but du travail que…

Apolline de Malherbe : Donc si nous trouvons…

François Bayrou : nous devrions conduire

Apolline de Malherbe : 4 milliards d'économies ailleurs.

François Bayrou : 4 milliards, c'est 4 000 millions d'euros.

Apolline de Malherbe : Non, non, mais on a commencé à comprendre. Mais ça veut dire que vous dites, « je suis OK, mais j'attends qu'ils me fassent une proposition sur les 4 milliards ».

François Bayrou : Ils m'ont dit, et ils ne sont pas les seuls.

Apolline de Malherbe : Laurent Wauquiez sera à ce micro demain matin, le président du groupe Les Républicains.

François Bayrou : Laurent Wauquiez, précisément, il était là, il a dit pour nous : « nous reconnaissons l'importance de l'effort. Nous ne nions pas la gravité de la situation, c'est très important. » Voilà une formation politique importante, majeure, qui est représentée au gouvernement.

Apolline de Malherbe : Mais il a dit, je cite, que vous étiez prêt à bouger. Est-ce que ce matin vous nous dites je renonce à supprimer ces deux jours fériés ?

François Bayrou : Je ne dirais pas des choses qui paraîtraient ne pas tenir compte de la situation. Je suis prêt, on ne peut pas le dire mieux, je suis prêt dès l'instant que nous aurons trouvé et je pense que c'est possible. J'avais dit moi-même, on peut avoir un jour, on peut faire autrement.

Pourquoi j'ai choisi les jours fériés ? On m'avait proposé autre chose qui était de passer de 35 heures de travail par semaine à 36 heures de travail par semaine. On me dit, pourquoi ne l'ai-je pas fait ? Parce que 35 heures, c'est le seuil de déclenchement des heures supplémentaires. Et il y a des salariés, des familles françaises pour qui cette rémunération supplémentaire qui entraîne une heure supplémentaire...

Apolline de Malherbe : Pourquoi ils perdraient du salaire si ça devenait des heures régulières ?

François Bayrou : Exactement. Et donc, j'ai dit il y a peut-être autre chose, il y a les jours fériés. Et je suis tout à fait...

Apolline de Malherbe : Vous êtes ouvert ce matin, mais vous ne dites pas « je les supprime ».

François Bayrou : Et je suis tout à fait prêt. Je l'ai dit à ceux avec qui nous examinions cela ensemble, c'était mon idée initiale.

Apolline de Malherbe : J’ai l’impression qu’on retourne à la case départ, François Bayrou.

François Bayrou : Non…

Apolline de Malherbe : On est toujours à être ouvert à l’idée…

François Bayrou : N’ayez pas l’air catastrophé, ne prenez pas l'air journalistiquement catastrophique.

Apolline de Malherbe : Non mais je le prends parce que je sais que l'heure tourne, que vous n'avez plus que cinq jours et que vous en êtes encore ce matin à me dire je suis ouvert à la discussion.

François Bayrou : Mais c'est pas je suis ouvert à la discussion. Je dis, ce qui est en jeu lundi, c'est de savoir si oui ou non, nous pouvons nous accorder entre parlementaires, les parlementaires vis-à-vis du gouvernement...

Apolline de Malherbe : Sur l'ampleur du désastre. De l'effort à consentir.

François Bayrou : J'essaie de ne pas ne pas employer des mots qui soient des mots déplacés. Je ne dis pas désastre, je dis que toutes les forces politiques du pays qui ont figuré au gouvernement depuis 50 ans ont participé au creusement de ce déficit qui a entraîné une dette qui est tellement immense qu'elle pompe, elle aspire tous les jours toutes les richesses nouvelles que créent les Français. Ça ne vous heurte pas ? Vous ne dites pas qu'elle a quelque chose de très grave ?

Apolline de Malherbe : C’est sûr qu’en tant que « bonne mère de famille », si je puis reprendre l’expression « bon père de famille », et l'adapter aux femmes. En effet, un budget comme ça dans une famille ou dans une entreprise, ça ne passe pas. Je crois que là-dessus, tout le monde est d'accord. Simplement eux…

François Bayrou : Non, tout le monde n'est pas d'accord.

Apolline de Malherbe : …Eux vous disent, si vous faites un geste, le geste n'est toujours pas vraiment 100% là.

François Bayrou : Apolline de Malherbe, arrêtons-nous une seconde. On a le temps dans votre émission. Vous venez de dire une chose absolument suffocante, essentielle. Vous dites, « moi qui suis une maman, s'il y avait un budget comme ça à la maison, ça ne passerait pas ». Mais le budget comme ça à la maison, le budget comme ça dans les entreprises, c'est ce qu'un certain nombre de forces politiques considèrent comme normal. On va continuer comme ça, on va aggraver encore un peu les choses.

Nous avons prévu de baisser de plusieurs dizaines de milliards l'emprunt que nous devons faire cette année. Ils disent « non, il faut emprunter à nouveau 30 milliards de plus ».

Apolline de Malherbe : Mais vous n'avez pas envie que ça marche en fait ? Vous n'avez pas envie de rester lundi ?

François Bayrou : Pourquoi vous pouvez dire...

Apolline de Malherbe : Bah, parce que si vous vouliez rester, vous feriez des gestes. Là, vous savez que ça ne passe pas.

François Bayrou : Excusez-moi, ne prenez pas mal ce que je vais dire. Il y a deux manières de faire du journalisme. Je ne donne pas de leçons. Mais je suis en face de vous et vous posez des questions.

Apolline de Malherbe : Allez-y. Je n'ai pas peur des leçons.

François Bayrou : Je ne donne pas de leçons…

Apolline de Malherbe : Je veux simplement obtenir des réponses.

François Bayrou : …Je dis, mais la manière dont vous présentez les choses, c'est une manière pour faire du sensationnel…

Apolline de Malherbe : Non, vous faites de la pédagogie…

François Bayrou : …Moi je dis, vous venez de prononcer.

Apolline de Malherbe : Moi je dis vous faites de la pédagogie. Et c'est formidable de faire de la pédagogie, mais il n'est plus temps de faire de la pédagogie.

François Bayrou : Eh bien, vous vous trompez absolument. Jusqu'à lundi, il est absolument temps de la prise de conscience.

Apolline de Malherbe : Le problème, c'est que là, vous vous adressez aux Français, et je le comprends parfaitement, et je crois d'ailleurs que les Français ont davantage compris, sans doute, que les politiques, la gravité dont vous parlez. Mais quand je dis « il n'est plus temps », c'est que cette pédagogie-là, vous avez passé l'été à la faire. Vous l'avez d'ailleurs parfois faite de manière très directe sur votre chaîne YouTube. Le problème, c'est que le moment dans lequel on est là, les cinq jours qui vous séparent du vote, c'est un moment politique, parce que ceux qui détiennent la clé, sauf si vous nous dites « on fait un référendum » ou « on refait des élections », dans ce cas-là, c'est en effet les Français qui détiendront la clé. Entre-temps, ce sont les élus qui la détiennent, et c'est eux qui, lundi, devront être convaincus de vous garder.

François Bayrou : Oui, et donc, après avoir fait le constat dans votre bouche, dans votre phrase, le plus accablant, le défi le plus important qu'on puisse dire. Ma mission, ma tâche, c'est de faire que chaque minute d'ici lundi, chaque temps d'antenne que je trouverai, nous prenions ensemble la mesure de ce qui va se passer si la décision est que le gouvernement tombe. Parce que si c'était le gouvernement qui tombe, pour aller dans le même sens, pour trouver un effort du même ordre, pour dire « non, vous avez raison, mais nous allons relever le défi d'une autre manière ». Bon, l'avis d'un gouvernement, ce n'est pas si important.

Apolline de Malherbe : Alors, posons des questions précises sur les deux jours fériés, sur l'AME, sur la taxe sur les plus riches. Sur les deux jours fériés, on a bien compris, vous ne dites pas ce matin, « je supprime la suppression des deux jours fériés », « je suis ouvert, dites-vous, à en discuter ».

François Bayrou : Je suis ouvert à ce que nous trouvions une organisation qui permette d'obtenir les mêmes buts sans avoir les inconvénients, à supposer que ces inconvénients soient majeurs, comme un certain nombre de gens le pensent ou le disent.

Apolline de Malherbe : Très bien. Quelles sont les pistes ? Quelles sont les pistes ? C'est les 4 milliards qu'ont promis les formations politiques pour dire...

Donc la balle est dans le camp des LR. La réponse sera ici même demain matin. Maintenant sur la question de l'AME. C'est une des questions que vous pose le RN. Et selon les informations de la rédaction de BFM Business, le gouvernement a donc adressé ce mardi, hier, pour avis au Conseil de la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie, ça a été confirmé sur BFM TV hier soir par le patron de la Caisse Nationale de l'Assurance Maladie, deux projets de décret qu'on a pu consulter qui durcissent les conditions d'accès à l'AME et qui réduisent la liste des soins auxquels on a droit, notamment je pense par exemple à la question des prothèses auditives ou des lunettes. Ça c'est un signal que vous envoyez aussi au RN. Est-ce que vous assumez ces deux décrets ?


François Bayrou : J'assume les décrets que je signe, ou que le gouvernement signe. C'est une mesure de bon sens. Lorsque vous demandez des efforts aux Français, il n'est pas possible que le sentiment que les Français éprouvent, c'est qu'eux doivent faire des efforts, et les étrangers, puisque l'aide médicale d'État, c'est destiné aux étrangers. Pas possible que tout le monde n'y soit pas associé.

Par exemple, il y avait dans la liste des soins de la balnéothérapie. Ce n'est pas normal, ce n'est pas raisonnable que le pays avec libéralité et sûrement générosité, ne prenne pas soin de l'équilibre que les Français ressentent, que les Français qui se sentent eux-mêmes appelés à un effort, disent « mais c'est pas possible que d'autres, qui sont les étrangers que nous accueillons et que nous aidons, pas possible qu'ils ne soient pas associés à cet effort ».

Apolline de Malherbe : Vous en avez parlé avec le Rassemblement national ? Vous les avez vus hier, vous leur avez dit que vous aviez fait ces deux décrets-là ?

François Bayrou : Ils savent bien que je le fais. Nous avons évoqué cette question souvent, pas seulement avec eux, mais il y a des forces politiques dans le gouvernement.

Apolline de Malherbe : Enfin, vous avouerez que le timing, le fait d'avoir fait ces décrets hier...

François Bayrou : Vous ne pouvez pas tenir les deux rôles à la fois. Vous dites, comment ? Mais vous ne bougez pas ! Vous nous avez promis de bouger, et vous ne bougez pas !

Apolline de Malherbe : Oui, mais vous n'avez pas dit jusqu'à présent que vous vouliez travailler forcément directement avec le RN.

François Bayrou :  J'ai parlé avec toutes les forces politiques représentées au Parlement, à la différence de tout le monde. Mon affirmation, c'est que les députés sont tous égaux en dignité, et tous égaux en responsabilité.

Apolline de Malherbe : Font-ils d'ailleurs partie de l'arc républicain ? C'est ce que dit Nicolas Sarkozy dans une interview au Figaro ce matin.

François Bayrou : Alors, la République, c'est très compliqué. La République, c'est deux choses. La première, c'est un certain nombre de règles. La démocratie, on est élu. Ça, c'est la République. Et tous ceux qui sont élus font partie de l'ensemble républicain. Et puis, la République, c'est un ensemble de valeurs qui sont liberté, égalité, fraternité. Et fraternité n'est pas le mot le plus mince dans tout ça. Et de ce point de vue-là, ceux qui sont situés à l'extrême droite ou à l'extrême gauche de l'échiquier...

Apolline de Malherbe : Je précise pour ceux qui nous écoutent sur RMC que vous mettez la main droite et la main gauche des deux côtés, comme si ça encerclait, désignant ainsi l'extrême droite et l'extrême gauche.

François Bayrou : Exactement.

Apolline de Malherbe : Pour vous, ça veut dire que ni RN et ni LFI ne font pas partie de l'arc de la République ?

François Bayrou : Et de ce point de vue des valeurs de la République, à ce moment-là, il y a, comme vous le savez, des débats tels que nous avons dû conduire des campagnes électorales les uns contre les autres, précisément sur le sujet des valeurs.

Apolline de Malherbe : On vient de parler des LR, on vient de parler du RN. Emmanuel Macron vous a, semble-t-il, demandé hier de travailler davantage avec le Parti Socialiste. On vient de parler de l'AME, la réaction ce matin de l'ancien ministre de la Santé, Aurélien Rousseau, aujourd'hui député socialiste, il dit « j'ai les boules ».

François Bayrou : Oui, vous voyez bien la quadrature du cercle.

Apolline de Malherbe : Exactement.

François Bayrou : Et donc, cette idée qu'en France, on est capable d'ignorer complètement la responsabilité qu'on a, le moment qu'on est en train de vivre, la gravité des choses, simplement parce que chacun veut imposer son point de vue. Le RN dit, « il faut regarder la situation des étrangers ». Et de notre côté, le Parti Socialiste dit, « il faut absolument dépenser plus et créer ». Vous connaissez ces deux grands courants ? Ceux qui disent qu'il faut faire payer les étrangers, ceux qui disent qu'il faut faire payer les riches. Et ces deux grands courants se trompent sur plusieurs choses, et notamment sur le fait que chaque fois que vous augmentez les impôts dans le pays qui a déjà les impôts les plus élevés au monde, et notamment chaque fois que vous augmentez les impôts des entreprises. À ce moment-là, vous portez atteinte au dynamisme du pays, aux choses les plus essentielles.

Apolline de Malherbe : Vous dites donc non à la demande du Parti Socialiste d'augmenter la fiscalité des dividendes. C'est non ?

François Bayrou : C’est pas les dividendes. Sur les dividendes, on peut avoir des sujets. Mais on peut avoir des zones de rencontre, si c'est modéré, si c'est sérieux. Mais l'idée de créer 27 milliards d'impôts plus 5, ça fait près de 32 milliards d'impôts, qui reposeront pour l'essentiel sur les entreprises et sur les investisseurs. Si vous lisez la presse économique ce matin, il y a des réflexions sur ce sujet et des réactions hostiles sur ce sujet partout. Vous ne pouvez pas déséquilibrer un pays en touchant à sa force de production. C'est un pays dont le problème principal est qu'il ne produit pas assez.

Apolline de Malherbe : Alors sur quoi, je reprends la phrase d'Emmanuel Macron qui vous a demandé, je cite, de travailler avec le Parti Socialiste, vous les recevrez demain, sur quoi êtes-vous prêt à discuter avec eux ?

François Bayrou : Je suis prêt à discuter avec eux sur tout, y compris sur le travail. Je vous rappelle que j'ai lancé une concertation avec le conclave, comme on disait à l'époque. Le conclave a conclu à une réflexion sur la pénibilité. Le conclave a conclu à une amélioration de la situation des femmes devant la retraite. Parce que des femmes qui ont à traverser les maternités, vous savez bien que du point de vue de la carrière professionnelle, ça présente un certain nombre de difficultés. Et le conclave que j'avais lancé est arrivé à un accord…

Apolline de Malherbe : À un presque accord, on va dire un presque accord, François Bayrou.

François Bayrou : Disons que ce presque accord est pour moi un accord, en tout cas une incitation à traduire cet accord dans la loi. Que sur la pénibilité, que sur la situation des femmes devant la retraite, oui, nous pouvons avancer. Et il y a bien d'autres sujets…

Apolline de Malherbe : Lesquels ?

François Bayrou : …Notamment sur le travail, sur lesquels nous pouvons avancer…

Apolline de Malherbe : Ils demandent de diviser par deux l'effort…

François Bayrou : …Le Parti Socialiste le sait bien.

Apolline de Malherbe : …Notamment, donc, ça veut dire une réduction du déficit qui ne serait plus que de 21,7 milliards plutôt que 44 milliards. Là-dessus, pouvez-vous être d'accord ?

François Bayrou : Ça n'est pas diviser l'effort. C'est décider qu'on va de nouveau emprunter 20 et quelques milliards supplémentaires. Dans la situation du pays, moi je demande que les responsables politiques mesurent le degré de déstabilisation dans lequel nous sommes. Et je n'ai pas l'intention de dire que pour trouver des accords d'appareil, il suffirait de surcharger encore le sac à dos plein de fonte qu'on met sur le dos des jeunes Français.

Apolline de Malherbe : Mais êtes-vous prêt à tendre la main au Parti Socialiste ? C'est-à-dire, qu'est-ce que vous leur dites ce matin ?

François Bayrou : Je tends la main à toutes les forces politiques et à tous les représentants du peuple qui sont parlementaires, en disant « nous avons à construire l'avenir ensemble ». Si vous êtes prêts à participer à cette construction de l'avenir, quant à moi j'y suis prêt, le gouvernement y est prêt, le Président de la République y est prêt. La question est de savoir si on partage un accord. Vous voyez bien que la démarche que j'ai choisie, c'est une démarche dont il ne faut pas faire sauter la première étape, c'est est-ce que nous sommes d'accord pour dire la gravité des choses ?

Apolline de Malherbe : Vous ne regrettez pas d'avoir peut-être mis la charrue avant les bœufs ? C'est-à-dire d'avoir demandé d'abord la confiance, et eux ont le sentiment que du coup la discussion de toute façon ne se fera pas.

François Bayrou : C'est exactement comme si vous me disiez, en réalité, lorsque vous avez un patient qui a des médecins, il faut commencer par l'ordonnance avant de faire le diagnostic. Vous voyez bien que ça serait absurde. Quand on a une situation de santé devant laquelle il faut que la médecine intervienne, et bien, il faut qu'on s'accorde sur le diagnostic d'abord.

Apolline de Malherbe : Pensez-vous encore qu'il soit possible que les socialistes ne votent pas contre vous lundi ?

François Bayrou : Je pense que c'est possible. Je pense que ça dépend d'eux. Je pense que ça dépend du contact qu'ils ont avec les Français. Mais je sais que toutes les forces politiques, si elles étaient devant la situation les yeux ouverts, elles diraient : « écoutez, on se met d'accord sur le constat et on va ensemble négocier après la totalité des décisions qu'on doit prendre ».

Apolline de Malherbe : Sauf qu'ils sont déjà dans l'idée que vous n'êtes plus là. Olivier Faure, il l'a dit hier, « j'ai dit à mes camarades, si l'un d'entre vous a son téléphone qui sonne et que c'est le Président de la République, il décroche. Et s'il lui propose d'être Premier Ministre, il répond oui. »

 Ça veut dire qu'ils sont déjà dans l'après. Pour eux, c'est déjà fini.


François Bayrou : Ne faisons pas de mystère. Olivier Faure pense qu'il peut être nommé Premier Ministre. Vous le savez, il l'a dit et tout le monde le dit.

Apolline de Malherbe : Il peut l'être ? Quand Emmanuel Macron dit qu'il faut bosser avec les socialistes ?

François Bayrou : Le Premier Ministre, c'est celui qui est choisi par le Président de la République. C'est ça, les institutions. Et c'est très important. Et donc la question c'est avec quelle majorité ? Parce que si j'ai bien compris, alors c'est de la politique politicienne et vous savez qu'en ce moment ce n'est pas ce que j'ai envie de faire, mais bon, sacrifions une seconde à ce sujet. Olivier Faure dit « je vais constituer un gouvernement sans LFI » . Fort bien, je pense en effet que l'alliance du PS avec LFI est un problème pour le pays et pour le PS. On va constituer un gouvernement sans LFI. Et pendant tout le week-end précédent, aux universités de LFI, tout le monde scandait, tout le monde déteste le PS. Donc ce n'est pas…

Apolline de Malherbe : Non ce n’est pas très amical…

François Bayrou : …Très amical, ce n'est pas très cohérent pour le pays. Et puis il va censurer, il va abattre...

Apolline de Malherbe : Donc vous êtes en train de dire, ça ne marchera pas mieux que moi ?

François Bayrou : Laissez-moi finir juste en deux phrases la démonstration. Il va ou il veut abattre le gouvernement qui est soutenu par ce qu'on appelle le bloc central, de LR jusqu'aux formations du centre et du centre-gauche. Est-ce que c'est le bon moyen de trouver une majorité ? Est-ce qu'il est logique, cohérent de dire je vais abattre votre gouvernement et après vous me soutiendrez ? Je ne suis pas sûr que ça marche, parce qu'il y a un minimum de logique dans la vie. La démarche d'Olivier Faure, dont il ne fait pas mystère, il veut devenir Premier Ministre, cette démarche-là, elle me paraît, comment dire, risquée. C'est, peut-être, le moins qu'on puisse dire, pas très cohérente et pas très logique. C'est une des raisons pour lesquelles la réflexion sur une abstention lundi prochain devrait être à l'ordre du jour, si on veut constituer un gouvernement.

Apolline de Malherbe : Vous espérez qu'ils s'abstiennent de voter contre vous ? François Bayrou, si toutefois...

François Bayrou : Je veux corriger votre formule. Ma disposition d'esprit, ce n'est pas d'être dans les marchandages d'appareils de parti. C'est bizarre, parce que c'est le réflexe naturel. Ça n'est pas ce que je pense. Je pense que nous sommes à un moment historique, et que dans les moments historiques, c'est avec les Français, et en s'adressant à ce qu'ils ont de plus précieux, c'est-à-dire le souci de leurs enfants, le souci de leur avenir, qu'on fait bouger les choses.

Apolline de Malherbe : Si toutefois vous n'obtenez pas la confiance lundi et que vous êtes contraint de démissionner, pensez-vous que la seule solution soit la dissolution ? Vous venez d'en faire la démonstration, il n'y a pas de majorité.

François Bayrou : La dissolution est un risque, on l'a vécue il y a un an. On a vécu il y a un an une dissolution dont le Président de la République attendait une clarification et ce qu'on a eu, c'est à peu près le contraire. Est-ce qu'il est logique et cohérent d'imaginer qu'une prochaine dissolution apporterait plus de clarté ? Je ne le crois pas. C'est la décision du Président de la République. Mais nous, comme citoyens français, est-ce que nous avons envie de nous enfoncer dans le chaos ? Ou est-ce que nous avons envie de dire « Écoutez, forces politiques, vous êtes gentilles, on apprécie vos jeux, vos personnalités ». Le moment où nous sommes, c'est le moment de vous asseoir autour de la table tous ensemble et de faire avancer les choses. C'est ça que les Français pensent au fond d'eux-mêmes et c'est eux qui ont raison.

Apolline de Malherbe : François Bayrou, pendant ce temps-là, il y a eu à Marseille cinq personnes qui ont été poignardées. Il y a eu une répartie dans les Corbières. Un mot sur Marseille. Cinq personnes donc poignardées, grièvement blessées hier. auteur a été abattu par la police, un Tunisien connu des services de renseignement et de justice. Il avait eu une première condamnation en première instance, mais qui n'était pas, je cite, définitive, puisqu'il avait fait appel. Une procédure judiciaire était également en cours depuis le mois d'août pour des propos antisémites devant la mosquée de Sète. Cet individu est de nationalité tunisienne, il a 35 ans, il avait une carte de séjour qui devait se terminer en 2032. Voilà ce qu'a affirmé le ministre de l'Intérieur sur place hier. Condamné donc une première fois pour suivi avec une carte de séjour, considéré comme dangereux avec des troubles psychiatriques. Qu'attendons-nous ?

François Bayrou : Il fallait le renvoyer.

Apolline de Malherbe : Vous savez comme moi qu'une carte de séjour, on ne peut pas la suspendre.

François Bayrou : Si. La justice peut parfaitement la suspendre, mais allons un peu plus loin, vous vous dites propos antisémites. C'est pire que ça. Cet individu-là, il menaçait sa famille. Sa femme a dit « j'avais peur qu'il me tue ». Alors, des gens qui sont atteints de troubles psychiatriques, dans la société, il y en a beaucoup, et c'est très important de le mesurer. Et quand ils se livrent à des exactions, et qu'ils sont étrangers, et bien, il faut les renvoyer dans leur pays.

Apolline de Malherbe : Donc il aurait dû être renvoyé ? mais il avait fait appel. Donc, la condamnation n'était pas définitive.

François Bayrou : C'est ça, c'est un état de droit. Et cet état de droit, il est protecteur pour un très grand nombre de Français. Et pour ceux qui sont en dehors de la raison et du fait qu'on vive ensemble, on se réfugie derrière des procédures plus droites.

Apolline de Malherbe : Il n’avait pas sa place en France. Il n'avait plus sa place en France.

François Bayrou : Quelqu'un qui ne respecte pas la loi et qui est dangereux pour ses semblables n'a pas sa place en France. Encore faut-il que son pays l'accepte. Et c'est ça la difficulté devant laquelle nous sommes.

Apolline de Malherbe : La rave party, il y a une chose qui m'a frappé, François Bayrou, c'est quand j'ai échangé avec le maire de la commune des Corbières, où a eu lieu cette rave party. Il dit : « la moitié des voitures de ses participants à la rave sont immatriculées en Espagne ou en Italie. Pourquoi ? Parce que l'Espagne et l'Italie, ils ont dû durcir leurs lois ». Est-ce qu'on n'est pas, sur la rave party comme sur tout le reste, les « dindons de la farce » ?

François Bayrou :  On est les dindons de la farce si on n'a pas le sérieux et la volonté de faire respecter nos lois. Les autres ne le font pas. Donc, d'une certaine manière, ça accorde des facilités à ceux qui ne veulent pas respecter la loi. Mais le devoir, la responsabilité d'un gouvernement, quelle que soit son orientation, c'est de faire respecter la loi. Et que ceux qui ne sont pas de notre pays et qui, de surcroît, ne respectent pas la loi, cela, il est capital qu'on les reconduise à la frontière, et que le pays d'où ils viennent les accepte. Et c'était exactement le bras de fer dans lequel nous sommes avec l'Algérie, par exemple.

Apolline de Malherbe : François Bayrou, encore Premier Ministre, vous serez candidat aux élections municipales à Pau ?

François Bayrou : Vous le verrez quand je parlerai aux Palois. Il se trouve que c'est une ville que j'aime beaucoup, comme vous savez, pour laquelle j'essaie de faire le maximum, comme vous le savez. Mais je ne parle pas à mes concitoyens par l'intermédiaire de médias nationaux. Je leur parle directement.

Apolline de Malherbe : Donc il y a le national, le local, ça pourrait être en tout cas la suite de vos aventures, si je puis me permettre.

François Bayrou : Si vous croyez que les aventures sont finies, vous vous trompez beaucoup de ce point de vue-là, parce qu'une vie d'homme, c'est de l'engagement. Et l'engagement, il prend plusieurs formes, mais en tout cas, il ne s'arrête jamais, à mes yeux…

Apolline de Malherbe : Enfin, le job de Premier Ministre en lui-même, il a sans doute une fin lundi quand même.

François Bayrou : Peut-être, vous vous dites ça, mais ça supposerait que j'accepte un verdict contre lequel je me bats tous les jours, à chaque minute, parce que ce qui est en jeu, ce n'est pas mon sort, ce n'est pas le sort du gouvernement, c'est secondaire. Ce qui est en jeu, c'est le sort du pays, et c'est ce qu'il ne faut jamais perdre de vue dans les débats que nous avons.

Apolline de Malherbe : Merci François Bayrou d'avoir répondu à mes questions ce matin. François Bayrou, Premier Ministre, donc bien sûr, je vous laisse partir pour ce Conseil des ministres qui pourrait être votre dernier conseil des ministres, mais on a bien compris que vous alliez vous battre jusqu'au bout.

 







https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250903-interview-bayrou.html




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1 septembre 2025 1 01 /09 /septembre /2025 04:18

« Alors, est-ce que c'est un risque ? Oui ! Bah, c'est un risque pour le Premier Ministre. Bon ! Il s'en remettra, ce n'est pas ça la question. C'est un risque pour le gouvernement ; il y aura toujours un gouvernement. Mais le risque maximal, c'est de ne rien faire dans une situation comme celle-là. » (François Bayrou, le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne).




 


Une communication totale. Cette petite phrase sur son propre sort, le Premier Ministre l'a soufflée alors qu'il inaugurait la 79e foire de Châlons-en-Champagne le vendredi 29 août 2025, avec l'emploi de la troisième personne : « Il s'en remettra » ! Comprendre : s'il perd ce bras de fer avec l'Assemblée Nationale (on pourra l'écouter ici).

Comme tout véritable animal politique majeur (c'était le cas aussi avec François Mitterrand, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy), François Bayrou n'est jamais aussi à l'aise que lorsqu'il est le dos au mur et doit s'expliquer, expliquer aux Français sa politique. Depuis sa conférence de presse du 25 août 2025, le chef du gouvernement se livre ainsi à une bataille d'explication tout azimut.


Avec une étape cruciale, celle du dimanche soir : le 31 août 2025 à 18 heures, François Bayrou a reçu à Matignon, dans le bureau du Premier Ministre (il a bien insisté, ce n'est la son bureau, mais celui du Premier Ministre) quatre journalistes représentant les quatre chaînes d'information continue : Sonia Mabrouk (CNews), Darius Rochebin (LCI), Myriam Encaoua (franceinfo) et Marc Fauvelle (BFMTV) pour répondre aux questions pendant près d'une heure trente (qu'on peut réécouter ici). Il faut bien le dire, les journalistes n'écoutaient que rarement la réponse de leur interlocuteur, le coupaient sans arrêt, ne le laissaient pas aller jusqu'au bout du fil, mais il faut dire aussi que le chef du gouvernement était assez coriace, voulait prendre le temps d'expliquer et de répéter, marteler ce qu'il a dit pendant toute cette semaine. Séance de pédagogie dominicale.

Mais avant d'évoquer l'émission, revoyons le contexte. Lundi 1er septembre 2025, ce n'est pas seulement la rentrée scolaire, c'est aussi le début des consultations des partis politiques que François Bayrou entend superviser pour tenter de convaincre les parlementaires le lundi 8 suivant.


Or, au dimanche midi, la situation est plutôt désespérée pour le gouvernement. D'une part, dans sa propre majorité, les partisans d'Édouard Philippe font la fine bouche (pensant une nouvelle dissolution « inéluctable »), et chez LR, les proches de Laurent Wauquiez comptent bien prendre leur revanche sur Bruno Retailleau (Aurélien Pradié a déjà annoncé qu'il voterait contre la confiance). D'autre part, les oppositions ont confirmé leur volonté de renverser le gouvernement. Inutile de parler des insoumis et de leurs porte-serviette, les écologistes, mais le RN a dit très clairement qu'ils ne voteraient pas la confiance, dans une position dure qui aboutirait à la dissolution pour une convenance personnelle de Marine Le Pen (elle voudrait justifier sa capacité à se présenter à une élection avec des législatives anticipées), et le PS, non seulement a dit que ses députés voteraient contre la confiance, mais son chef a dit que c'était irrévocable. On tremble.
 


Parlons rapidement du PS : François Bayrou n'a plus grand-chose à attendre de ce côté-là depuis qu'il a lu le « contre-budget » que vient de proposer le PS qui correspond à 27 milliards d'euros d'impôts en plus contre les Français (et un déficit réduit de seulement 21,7 milliards d'euros, ce qui n'est pas dans la trajectoire du 3%). Ce contre-projet a été présenté quelques heures avant l'interview et le Premier Ministre a été visiblement étonné par une telle irresponsabilité venant des socialistes qui ont définitivement abandonné leur optique de parti de gouvernement : « Le PS dit “Nous voulons abattre le gouvernement”. (…) Les propositions du parti socialiste, ce sont les plus éloignées de toutes celles qui ont été faites sur le champ politique. Pourquoi ? Parce que ce que propose le parti socialiste, ce n’est pas de freiner la dépense, c’est de laisser repartir la dépense. ».

Ah oui, beaucoup de questions se posaient depuis le 25 août 2025 et François Bayrou a dû répéter inlassablement les réponses, encore à la télévision ce dimanche. Ainsi, pourquoi 44 milliards d'euros ? Ils ne viennent pas de nulle part. En fait, nous avons en gros un déficit de 150 milliards d'euros chaque année. La trajectoire que le gouvernement a négocié avec nos partenaires européens, c'est d'atteindre 3% du PIB en 2029, c'est-à-dire en quatre ans. Et comme on ne peut pas le faire en une fois, il faut des étapes. Les 44 milliards d'euros permettra d'aller d'environ 6% en 2024 à 4,5% en 2026 : « La France s’est engagée à ne pas dépasser 3% de déficit, ce qui veut dire que l’on doit revenir, d’ici 2029, à ce seuil. [Ce n’est pas] un seuil théorique. (…) On était à presque 6% de déficit, nous serons à 5,4% grâce au budget que nous avons adopté et nous avons pris l’engagement auprès de nos partenaires européens d’arriver à 4,6%. ». François Bayrou a admis que cela pouvait être 42 milliards (tout ce qui n'est pas fait en 2026 sera plus difficile à faire en 2027), mais certainement pas 35 milliards, voire 25 milliards ! Même François Hollande a reconnu le 25 août 2025 sur France Inter que l'objectif budgétaire du gouvernement était pertinent.

Dès le début de l'interview, François Bayrou a assuré : « Je ne dis sûrement pas au revoir aux Français ! », en réponse à une parole du premier secrétaire du PS Olivier Faure. Le maire de Pau a déclaré : « Le sujet est crucial, la question [du 8 septembre] n’est pas le destin du Premier Ministre ou du gouvernement, mais le destin de la France. Si le gouvernement tombe, on changera de politique qui est, pour moi, vitale pour le pays. On abandonnera la politique sans laquelle le pays se place en danger extrême. ».

 


François Bayrou a aussi dû revenir sur des mots qu'il avait lancés au cours de la semaine. Deux revenaient régulièrement dans des polémiques dérisoires : vacances et boomers.

Vacances : le Premier Ministre n'a pas fustigé l'opposition de partir de vacances, il a même trouvé cela souhaitable, interrogeant même les journalistes sur leurs propres vacances (N'êtes-vous pas partie vous-même en vacances ? a-t-il demandé à Sonia Mabrouk), mais il a constaté que la plupart des responsables politiques étaient absents de Paris en début août. Il a également bien reçu un courrier du RN, affirmant qu'il voulait étudier précisément les propositions budgétaires faites par le RN : « Je l’ai reçue le 29 juillet, je ne l’ai pas lue. J’ai l’intention de la rencontrer cette semaine. ».
 


Boomers : là encore, il n'a jamais fustigé les boomers dont il fait partie (il est né en 1951). François Bayrou a juste énoncé l'idée que cette génération (qu'il dit être née entre 1945 et 1965, mais je dirais plutôt entre 1945 et 1960), a pu bénéficier d'une forte croissance, de la reconstruction par leurs parents, d'un taux élevé d'emploi (les Trente glorieuses) dans une période où il n'y avait pas beaucoup d'endettement et qu'on a commencé à s'endetter pour payer le courant (retraites, etc.) à partir des années 1980. Les boomers eux-mêmes n'y sont pour rien mais en ont bien profité par rapport aux générations suivantes, et François Bayrou n'a fait que dire que les boomers sont certainement d'accord pour être solidaires des générations ultérieures qui devront assumer ce fort endettement, et donc prendre leur part. Ses mots : « Je n'ai jamais ciblé les boomers, j’ai dit que cette génération devrait être avec moi pour faire baisser la dette des plus jeunes. Car la jeune génération se sent sacrifiée, elle ne trouve pas de travail ni de logement. Elle se sent sans destin. ». D'ailleurs, l'effort ne porte pas seulement que sur les retraités puisque la suppression de deux jours fériés pénaliserait au contraire les actifs.

Et de rajouter un peu plus tard : « Je veux réveiller les aînés car je suis sûr qu’ils comprennent et qu’ils ne sont pas indifférents au sort de leurs enfants et de leurs petits-enfants. Vous ne pensez pas qu’ils sont inquiets face à leur avenir ? ».

Bien entendu, les journalistes ont surtout cherché à interroger François Bayrou sur le fond, c'est-à-dire, sur les mesures pour réduire le déficit. Il aurait préféré d'abord parler du diagnostic qui semble pourtant admis pour tout le monde, mais pas par les parlementaires qui veulent profiter de l'engagement de la responsabilité du gouvernement le 8 septembre pour le renverser (le PS croit même, de manière totalement erronée, qu'il pourrait récupérer Matignon dans huit jours).
 


Pour toutes les mesures énoncées le 15 juillet 2025, et il l'avait déjà dit à l'époque, François Bayrou est prêt à discuter, négocier, modifier son point de vue. Rien n'est figé.

Parmi les mesures emblématiques, il y a d'abord la suppression de deux jours fériés. François Bayrou a complété en disant qu'il avait hésité à proposer cette mesure ou d'augmenter la durée hebdomadaire de travail de 35 à 36 heures. Il a renoncé à cette dernière mesure en expliquant qu'au-delà de la 35e heure, c'est compté comme des heures supplémentaires et rehausser le seuil ferait donc perdre de l'argent à ceux qui travaillent plus. De plus, un pays travaillant un jour férié, c'est toute la nation qui recrée de la richesse. Cela permettrait une économie de 4 milliards d'euros. Il a admis que cela pourrait être la suppression d'un seul jour férié... en insistant sur l'objectif du déficit : « Bien sûr que je suis prêt à faire un geste, je l’ai dit dix fois. Cette mesure est tout à fait discutable. (…) [Je suis] ouvert à la discussion, à la condition impérative, qu’on considère qu’on ne peut pas ne rien faire. ».


Toujours à propos de boomers, le chef du gouvernement avait proposé la suppression de l'abattement de 10% des revenus des retraités mais en le remplaçant par un abattement forfaitaire qui serait plus favorable aux bas revenus : « Nous avons remplacé l’abattement de 10% pour frais professionnels pour des gens à la retraite. Était-ce bien sérieux de le conserver ? Nous l’avons remplacé par un abattement forfaitaire. C’est une évolution de la mesure qui va faire gagner de l’argent aux retraités modestes. ».

Le Premier Ministre a aussi énoncé le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois qui partent à la retraite, ce qui ferait 200 à 300 000 fonctionnaires de moins par an : « Cela veut dire une réorganisation générale, et très souvent cela marche mieux. ».
 


Parmi les mesures proposées par l'opposition de gauche, il y a la fameuse taxe Zucman (2% du patrimoine des plus riches chaque annnée) qui pourrait même être payable de l'étranger, cela afin d'éviter le départ des investisseurs. Le président du MoDem a rapidement démoli cette mesure : « Ils disent : ah, mais il n'y a pas de risque que les gens partent, parce qu'on ira les choper (…) où qu'ils soient. Il se trouve que notre pays, depuis cinquante ans, a conclu cent vingt-six conventions fiscales avec cent vingt-six pays étrangers, et l'article premier de cette convention fiscale, c'est : si vous changez de pays, c'est le pays d'accueil qui prélève les impôts. Et comme vous le savez (…), un traité international, c'est au-dessus des lois. Alors, il faudrait changer, faire des référendums... Et pendant ce temps, hélas, les gens partent. Parce que désormais, il y a une espèce de nomadisme fiscal qui fait que les redevables vont s'installer là où [c'est moins imposé]. ».

Si François Bayrou a semblé avoir renoncé définitivement à convaincre le PS qui est parti dans une irresponsabilité nationale sur le plan budgétaire, il a fait quelques clins d'œil au RN. Ainsi, les propositions de Marine Le Pen n'ont pas été rejetées immédiatement par François Bayrou.

En particulier, la baisse de la contribution de la France à l'Union Européenne, même si actuellement, la France et les Français y gagnent plus qu'y perd à être dans l'Union Européenne (grâce aux aides de la PAC et des fonds régionaux) : « Elle a noté qu’on avait déjà réussi à la baisser. Je suis d’accord avec elle : si on peut la baisser encore, il faut le faire. On va payer quelque chose comme 27 milliards après le vote du budget, nous en touchons environ 32 milliards. Ils ont raison, je suis d’accord avec eux je suis pour qu’on expertise. ».

Autre proposition de RN, réduire les supposés avantages aux immigrés. Il a certes rejeté l'idée « qu’on présente la situation du pays comme étant la conséquence de la présence d’immigrés », mais n'est pas opposé à une étude dans ce domaine : « Je suis d’accord pour qu’on regarde s’il y a pour des étrangers des avantages, comme le dit le RN, dont les Français ne profiteraient pas. Ce ne serait pas juste, mais je ne suis pas d’accord pour qu’on fasse de l’immigration la cause de la situation du pays. ». Sur l'immigration elle-même, François Bayrou s'est déclaré inquiet à propos de l'intégration : « La vraie voie d’intégration c’est le travail, la langue et l’acceptation de nos principes de vie en commun et de nos coutumes. Je suis inquiet sur tous ces points car on a l’impression d’un blocage généralisé. ».

Par ailleurs, et je m'y oppose très fermement, François Bayrou a rappelé qu'il avait dans les tiroirs un projet tout prêt de nouveau mode de scrutin pour les élections législatives, à base de proportionnelle. Il a beau observer que le scrutin majoritaire ne donnait pas forcément une majorité absolue (surtout quand le paysage politique est tripolaire), la bipolarisation de la vie politique (pour ou contre) provient avant tout du second tour de l'élection présidentielle et le changement du mode de scrutin aux élections législatives ne changerait donc pas les comportements ni politiques ni électoraux. Mettre le scrutin proportionnel, c'est vouloir la chienlit actuelle comme représentation ordinaire. Paralysie assurée et fin du régime par instabilité récurrente, comme sous la Quatrième République. Comment peut-on avoir une si mauvaise analyse de l'histoire institutionnelle ? C'est très grave de vouloir ainsi jouer avec les institutions. Surtout pour un Premier Ministre dont l'un des objectifs majeurs est la stabilité politique.
 


François Bayrou a aussi évoqué d'autres sujets nationaux.

En particulier, l'antisémitisme qui sévit en France par des actes antisémites en hausse continuelle. Rappelant son discours au CRIF, qui a été salué et apprécié, François Bayrou a affirmé : « L’âme juive fait partie intégrante de notre pays. (…) Je suis un défenseur de l’unité de la France et de sa société. Au-delà de tout. L’âme juive fait partie intégrante de notre pays, le nombre de savants, créateurs et qui participent à la vie intellectuelle du pays, ils sont l’âme de la France. (…) En raison du pogrom du 7-Octobre et de la suite : le Liban, l’Iran... la communauté juive est ciblée car ceux qui la ciblent pensent qu’ils sont Israël. Mais pour moi, les Juifs et la politique d’Israël, ce n’est pas la même chose. ».

Également, sur la détention scandaleuse de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal dans une prison algérienne : François Bayrou s'est engagé à voir ce qu'est devenue la lettre des proches adressée au Président de la République qui aurait été sans réponse. Le maire de Pau a annoncé que les proches de Boualem Sansal seraient présents à Pau en novembre 2025 et que son sort l'affectait tout particulièrement en tant qu'admirateur de ses romans.

 


En conclusion de cette longue interview où le Premier Ministre s'est montré très combatif et pas du tout défait par avance, malgré l'entêtement de l'arithmétique parlementaire, il a réexpliqué l'engagement de la responsabilité de son gouvernement : « Si je n’ai pas l’assentiment minimum des Français et de ceux qui les représentent, il n’y a aucune politique courageuse possible. S’il n’y a pas cet accord minimal, cette entente sur le diagnostic, alors la situation est présentée comme étant : le pouvoir contre les Français, le haut contre le bas. Toute ma vie je me suis battu pour que le bas, les Français de la base soient reconnus et respectés. ».

Imaginant un vote positif à l'Assemblée le 8 septembre, François Bayrou s'est mis à rêver : « Si on gagne, on aura franchi un obstacle considérable. Prendre des risques, c’est la mission d’un politique. On le soupçonne toujours de rester dans son confort. Les gens diraient grâce à cet épisode que les choses peuvent changer. ». Dans le cas contraire, le plus probable : « Le Premier Ministre doit remettre sa démission au Président. ». Quant à la possible reconduction par Emmanuel Macron de son mandat à Matignon, il a répondu : « Quand vous êtes renversé vous êtes renversé. Commence alors le militantisme, la bagarre, la rencontre avec les Français. ».

Il a encore martelé : « S’il n’y a pas cet accord minimal, cette entente sur le diagnostic, alors la situation est présentée comme étant le pouvoir contre les Français, le haut contre le bas. (…) Vous êtes obligés de battre en retraite sur chacune des mesures. ». Pas de doute, François Bayrou se décarcasse pour la France, mais il paraît bien seul. L'avenir lui donnera raison, hélas.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.




 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250831-bayrou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-le-combatif-262934

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/31/article-sr-20250831-bayrou.html

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31 août 2025 7 31 /08 /août /2025 19:00

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250831-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE DIMANCHE 31 AOÛT 2025 À 18H00
À LA TÉLÉVISION FRANÇAISE (BFMTV, franceinfo, LCI, CNews)















Ce dimanche 31 août 2025, le Premier Ministre François Bayrou a accordé une longue interview aux 4 chaînes d'information en continu et a répondu aux questions des journalistes Darius Rochebin (LCI), Myriam Encaoua (Franceinfo), Marc Fauvelle (BFM TV) et Sonia Mabrouk (CNews).


MYRIAM ENCAOUA : Bonsoir à tous et bienvenue en direct de l'hôtel de Matignon. Bonsoir Monsieur le Premier ministre.

FRANÇOIS BAYROU : Bonsoir.

Merci de nous recevoir pour cette grande interview inédite. Pour la première fois, les quatre chaînes d'information en continu sont réunies pour vous interroger à huit jours du vote que vous avez sollicité à l'Assemblée. Un vote crucial pour la France et pour vous-même.

SONIA MABROUK : Bonsoir Monsieur le Premier ministre et bonsoir à tous.

FRANÇOIS BAYROU : Bonsoir.

SONIA MABROUK : Dans ce moment politique... inédit, dans ce moment politique déterminant. Les Français ont le droit de savoir si la France, si leur pays a encore son destin en main. Et les dirigeants, vous, François Bayrou, vous avez un devoir de vérité pour nous expliquer comment nous en sommes arrivés là, quelle est la responsabilité des uns et des autres et vers quoi nous nous dirigeons. La première question, François Bayrou, vous est posée par Marc Fauvelle.

MARC FAUVELLE : Bonsoir, monsieur le Premier ministre. Depuis votre annonce surprise lundi dernier, depuis que vous avez demandé la confiance aux députés, on peut dire que rien ne s'est passé comme prévu. Le Rassemblement National puis l'ensemble de la gauche ont dit qu'ils ne vous accorderaient pas leur confiance, ce qui rend vos chances de maintien à Matignon assez faibles, voire nulles. Ma question est donc relativement simple. À qui allez-vous parler ce soir ? Aux députés pour tenter de renverser la vapeur ou aux Français pour leur dire au revoir ?

FRANÇOIS BAYROU : Alors, sûrement pas au revoir. D'ailleurs c'est pour ça que vous m'invitez, si vous avez monté une émission aussi inédite, comme vous avez dit, aussi différente et aussi originale c'est parce que le sujet est crucial. Et le sujet, la question ce n'est pas le destin du premier ministre ou de François Bayrou et ce n’est même le destin du gouvernement la question c'est le destin de la France. Parce que vous voyez bien ce qui est en train de se préparer de s'affirmer tous les jours. C'est que si le gouvernement tombe, comme le souhaitent certains, comme l'annoncent certains. Et bien ça veut dire qu'on changera de politique : on abandonnera ou on abandonnerait la politique, pour moi, vitale pour le pays.

La politique sans laquelle le pays se place en danger extrême. Qu'on abandonnerait cette politique pour en prendre une autre, plus laxiste, plus abandonnée, plus à la dérive, et on va en parler précisément.

MARC FAUVELLE : On va en parler effectivement, vous dites si le gouvernement, vous avez peut-être entendu les propos d'Olivier Faure, le patron du PS aujourd'hui sur BFM, qui dit : « Notre décision de ne pas voter, même de voter contre la confiance, elle est irrévocable. »

Est-ce qu'il y a une part de testament politique dans cet entretien ?

FRANÇOIS BAYROU : Non.

MARC FAUVELLE : Vous y croyez encore ?

FRANÇOIS BAYROU : Alors, un, je pense précisément que les jours qui vont venir sont cruciaux. Et deux, si vous imaginez que je peux abandonner les combats que je mène, que je mène ici, que je menais avant depuis des années, et que je continuerai à mener après, vous vous trompez.

Olivier Faure, qu'est-ce qu'il veut ? Il veut être à Matignon. Il l'a dit, il l'a annoncé, il va s'installer ici, avec un gouvernement dont il aurait exclu LFI. Et je ne vois pas où il trouverait d'autres soutiens et d'autres voix, puisqu'il aurait, par hypothèse, il s'apprête à faire tomber le gouvernement. J'imagine que la majorité actuelle puisse considérer que faire tomber le gouvernement et le remplacer par un autre dont Olivier Faure serait Premier ministre serait naturel, normal et affectueux. Donc, ce n'est pas du tout ça. Peut-être qu'il faut s'arrêter au sujet avant de...

SONIA MABROUK : Justement, M. le Premier ministre, parlons-en, parlons des Français. Les Français savent ce qu'est une dette. Ils l'éprouvent et ils le vivent douloureusement à l'échelle d'un ménage ou à l'échelle de leur pays. La quasi-totalité des Français sait parfaitement qu'un pays endetté, c'est un pays qui n'a plus sa souveraineté, qui n'a plus la liberté. Le diagnostic, votre diagnostic, malgré tout, François Bayrou, est largement partagé.

FRANÇOIS BAYROU : Non.

SONIA MABROUK : La question est la suivante, permettez-moi. La question est la suivante, nous reviendrons sur le diagnostic. Est-ce que vous estimez qu'il n'y a pas d'autre solution que la vôtre ? d'autres alternatives que votre budget, que vos pistes, que vos propositions ? Et par exemple, n'est-il pas temps de s'attaquer aujourd'hui à un État obèse qui est souvent dispendieux et parfois injuste ?

FRANÇOIS BAYROU : Ça c'est vrai, j'ai beaucoup affirmé cette vision de la réforme nécessaire, des changements nécessaires, de la réorganisation nécessaire de l'État. Ça c'est vrai !  On a, au fil du temps, laissé s'organiser des multiplications d'organisations, d'organismes, d'actions, parfois de ministères, et c'est très difficile à lire, et c'est donc très difficile à faire avancer. Donc ça c'est vrai, mais la question, si je vous ai dit non, si les Français prennent dans les jours qui viennent la mesure, comme vous dites, en disant : « tout le monde est d'accord. » Si tout le monde est d'accord, il faut agir tout de suite !

SONIA MABROUK : Laissez-moi expliciter l'État obèse, monsieur le Premier ministre. La France a à peu près 500 taxes et impôts. On taxe notre richesse produite aujourd'hui à un peu près 40% chaque année. Les Français, à partir du 15, du 16 ou du 17 du mois, ils ne travaillent plus tellement pour eux, ils travaillent pour l'État. Est-ce que vous dites aujourd'hui, ça suffit, Nicolas qui paye, il n'en peut plus ?

FRANÇOIS BAYROU : Oui, mais vous voyez... Cette affirmation qui est tout à fait juste, c'est une affirmation en réponse, si on est d'accord, sur le diagnostic. Là, vous venez faire œuvre de médecin, d'expert, qui dit « moi j'ai une ordonnance ». Et puis vos voisins, vos cousins sont aussi des médecins experts et ils disent « j'ai une ordonnance ». Ce n'est pas la même, mais on peut en discuter. Ce dont on ne peut pas peut pas discuter, c'est la gravité du mal et la précision du diagnostic.

Et de ce diagnostic, permettez-moi de vous dire un petit mot quand même, parce qu’autrement, on ne sait pas de quoi on parle.

Le diagnostic, c'est quoi ? C'est un bateau qui a un trou dans la coque, qui a une voie d'eau. Et la cale du bateau se remplit d'eau chaque jour qu'il passe et se remplit d'eau pas depuis aujourd'hui, depuis 50 ans. On n'a pas présenté en France, c'est effrayant de dire ça. On n'a pas présenté en France un budget en équilibre depuis 51 ans. Et donc, budget qui n'est pas en équilibre, ça veut dire déficit tous les ans. Et c'est comme dans un ménage, quand on a un déficit, il faut aller emprunter à la banque pour payer le déficit. Et on en est arrivé à une accumulation, je parle d'eau dans la coque, à une accumulation de 3 350 milliards d'euros. On rappelle, milliards, c'est 1 000 millions. 3 350 milliards d'euros accumulés, et on en arrive au point où, c'est comme à la banque, quand vous empruntez, vous devez acquitter les mensualités. Et là, on emprunte pour acquitter les mensualités.

DARIUS ROCHEBIN : Monsieur le Premier ministre, pardon, la voie d'eau continue. Il y a un chiffre qui est méconnu des Françaises et des Français et qui jette un doute, pas sur vous, vous avez toujours dit qu'il faut économiser davantage, mais sur l'État. Pendant cette année où, en théorie, on demande des efforts aux Françaises et aux Français, l'État non seulement n'a pas maintenu, n'a pas baissé, mais a augmenté la masse des salaires des agents de la fonction publique. Ça paraît...

FRANÇOIS BAYROU : Pendant cette année, excusez-moi. Pendant l'année précédente…

DARIUS ROCHEBIN : Oui, c'est ça. Vous étiez déjà là aux affaires, en fin de 2014.

FRANÇOIS BAYROU : Non, non. Excusez-moi, je veux bien que vous me voyiez partout, que vous m'imaginiez en tout temps, mais j'ai été nommé dans cette responsabilité le 13 décembre.

DARIUS ROCHEBIN : Mais c'est le gouvernement que vous souteniez déjà. Monsieur le Premier ministre, pardon. À TF1, vous avez eu cette formule sur les inconscients, en disant ce qu'ils disent, "t'en fais pas, Simone".

FRANÇOIS BAYROU : Oui.

DARIUS ROCHEBIN : Mais ça, c'est « on ne fait pas, Simone » . C'est l'État qui dit « on ne fait pas, Simone » quand on dit, pardon, on augmente, on continue à augmenter la masse salariale. C'est vraiment dire aux gens « faites un effort, mais nous, nous ne le faisons pas ». Et encore une fois, ce n'est pas contre vous, ce n'est pas polémique, mais comment croire que ça va changer ? Expliquez-nous comment c'est possible. Ce n'est pas une association de boulistes, c'est la septième puissance économique du monde. Il y a bien un haut fonctionnaire qui a vu ce chiffre, plus 6,7 %, et qui s'est dit : « ce n'est pas possible. »

FRANÇOIS BAYROU :  Eh bien, ces augmentations, elles s'expliquent simplement parce que les années précédentes ont été des années d'inflation. Le Covid et puis la guerre en Ukraine, l'explosion des coûts de l'énergie, l'inflation qui a suivi a fait que dans les deux années précédentes... Tout d'un coup, l'inflation a monté…

MYRIAM ENCAOUA : Mais les crises n'expliquent pas tout, monsieur le Premier ministre. Vous n'avez pas une part de responsabilité ? Honnêtement ? En tout cas, le camp présidentiel, plus 1 000 milliards de dettes depuis 2017. Ça fait 8 ans…

FRANÇOIS BAYROU : Madame, excusez-moi.

MYRIAM ENCAOUA : …L’arrivée d'Emmanuel Macron à l'Élysée.

FRANÇOIS BAYROU : Je vais répondre précisément sur deux points. Le premier, part de responsabilité. Tous les opposants, sans exception, exigeaient qu'on fasse plus. Ils sont montés à la tribune. Vous hochez la tête parce que vous les avez vus, sans exception. Ils montaient à la tribune pour dire : « mais ce n’est pas assez, ça ne suffit pas ». Et deuxièmement, votre formule laisse entendre que c'est les gouvernements qui dépensent l'argent. C'est pas vrai ?

DARIUS ROCHEBIN : C'est l'État alors ?

FRANÇOIS BAYROU : Non.

DARIUS ROCHEBIN : Ici c'est l'État.

FRANÇOIS BAYROU : Non. Ce sont les Français à qui on a mis à disposition pour les retraites, une immense somme, et vous savez que j'ai déployé des trésors d'ingéniosité pour que ce chiffre apparaisse. Les retraites, ça coûte à l'État entre 40 et 50 milliards par an. Deuxièmement, pour la Sécu. Troisièmement, pour aider les entreprises, non pas pour les entreprises elles-mêmes, mais parce qu'une grande partie de ces sommes sont faites pour que des Français qui ne pourraient pas trouver un emploi, on appelle ça l'abaissement de charges, soient reçus.

MYRIAM ENCAOUA: C'est clair. Mais les Français le disent dans les sondages, ils sont inquiets, ils le disent tous. Et avec des réponses, des taux très très élevé, ils veulent de l'action.

FRANÇOIS BAYROU : Excusez-moi.

MYRIAM ENCAOUA: La question maintenant, c'est le choix de votre méthode. On peut s'interroger ?

FRANÇOIS BAYROU ; Non, je ne vais pas vous laisser aller trop vite sur ce sujet. Il est 18h10, on a un peu de temps pour...

MYRIAM ENCAOUA:  Bien sûr. Si rien n'est fait, le niveau va couler.

FRANÇOIS BAYROU : Non, ce n'est pas ça que je dis. Il faut qu'on illustre ce qui se passe. Les Français, l'économie française, tous les ans, ce qu'on appelle la croissance, on produit un peu plus que l'année précédente. On produit 50 milliards de plus. Et produisant 50 milliards de plus, on crée 150 milliards de déficit. On produit 50 milliards de plus, 150 milliards de déficit. La dette, ça fait quoi ? Ça veut dire qu'il faut rembourser tous les mois, tous les ans. Des sommes qui deviennent de plus en plus...

SONIA MABROUK : Mais les Français le savent, M. le Premier ministre. Ils le savent. Vous apparaissez aujourd'hui comme un lanceur d'alerte, pardonnez-moi. En quoi ce n'est pas une fuite en avant ? En quoi ce n'est pas courage, fuyons, alors que le 8 septembre, la messe semble dite ?

FRANÇOIS BAYROU : Vous voyez, cette formule-là, les Français le savent. Si les Français le savaient, nous n'en serions pas là.

SONIA MABROUK : Ah bon ?

FRANÇOIS BAYROU : Si les Français le savaient, il y aurait de leur part un mouvement de mobilisation, et de la part des politiques, des députés, un mouvement de mobilisation. Mais ce n'est pas ce qu'ils disent. Le Parti socialiste vient de sortir des propositions hier.

DARIUS ROCHEBIN : Alors parlons-en, parlons de la négociation, et c'est Marc Fauvelle qui poursuit, puisqu'on suit cet ordre, mais parlons exactement de ce qui est possible, ce qui peut être discuté pendant la semaine qui vient avec les partis.

MARC FAUVELLE : Le premier chiffre qu'on a retenu dans votre budget, François Bayrou, ce sont les 44 milliards d'euros d'économie que vous souhaitez en 2026 pour faire baisser un peu notre déficit. Le Parti Socialiste, par exemple, qui a présenté hier son contre-budget, a dit qu'il n'y a pas d'urgence, on peut peut-être lisser l'effort sur plusieurs années et revenir sous les fameux 3% un peu plus tard. Est-ce que ce chiffre de 44 milliards d'euros, monsieur le Premier ministre, est tabou ? Ou est-ce que ça pourrait être un peu moins, 35 ou 30 milliards par an ?

FRANÇOIS BAYROU : Non mais il faut expliquer ce qu'est ce chiffre. J'ai entendu un commentateur dans une émission qui disait : « Mais on n'a toujours pas compris ce que sont ces 44 milliards. » Alors, on va l'expliquer.

MARC FAUVELLE : C’est ce qui nous permettra, dans votre plan, de revenir à 3% de déficit en 2029. Je résume.

FRANÇOIS BAYROU : La France s'est engagée, il y a déjà deux ou trois ans, au moment des crises que nous avons évoquées. Elle s'est engagée. On avait dit qu'on ne dépasserait pas 3% de la richesse produite tous les ans en déficit. Et la France est engagée à ça.

Et 3% de cette richesse, ça veut dire qu'on doit revenir en 4 ans, si ce n'est pas notre engagement, 2025, 2026, 2027, jusqu'en 2029. Et en 2029, on atteint ce seuil qui n'est pas du tout un seuil théorique, inventé...

MARC FAUVELLE : Un peu né sur un coin de table, Paris match, cette semaine, est allé réinterroger les fonctionnaires de Bercy.

FRANÇOIS BAYROU : Peut-être les fonctionnaires de Bercy ne se rendaient-ils pas compte du travail qu'ils ont fait ?

Journaliste : François Bayrou…

FRANÇOIS BAYROU : Mais moi je m’en rends compte.

SONIA MABROUK : …Au-delà des chiffres, est-ce qu'on peut parler ? Il y a une question importante que vous évitez depuis le début de cet entretien, c'est celle de la responsabilité. Vous avez parlé des députés. Vos députés MoDem, M. Bayrou, ont voté tous les budgets déficitaires depuis 2017. Vous-même, vous avez porté au pouvoir et accompagné, et vous avez eu un rôle actif, un président de la République qui a aujourd'hui précipité la dette : 1 300 milliards depuis 7 ans. Si je remonte à une autre époque, monsieur le Premier ministre, à une époque pas si ancienne, un ancien président de la République, Nicolas Sarkozy, a bataillé pour le non-remplacement d'un fonctionnaire sur deux partant la retraite, et à l'époque, je me souviens très bien, vous aviez dit, ce n'est pas comme ça qu'on va trouver des économies. Ma question est simple :  Vous nous dites aujourd'hui en sincérité et en vérité que vous avez lutté contre la dette, mais vous avez voté pour la dette. Alors n'êtes-vous pas responsable de la situation autant que les autres, monsieur François Bayrou ?

FRANÇOIS BAYROU : Alors si vous croyez que vous allez, avec le sourire et gentiment…  

SONIA MABROUK : Le respect qu’on vous doit.

FRANÇOIS BAYROU : …M'entraîner à ne pas répondre à la question que j'avais proposée, à laquelle j'allais proposer une réponse et puis je vous répondrai après.

MARC FAUVELLE : Gravés dans le marbre ou pas les 44 milliards d'euros d'économie ?

FRANÇOIS BAYROU : Si nous devons revenir à en 2029 au seuil qu'on appelle de 3%, qui est simplement le seuil à partir duquel la dette n'augmente plus. Et si la dette n'augmente plus, alors l'activité du pays fait qu'elle devient chaque jour plus supportable. Si on doit en arriver à ça, alors il faut des étapes. On était à presque 6% de déficit. Nous serons cette année, grâce au budget que nous avons fait, adoptés à 5,4%. Et nous avons pris l'engagement d'être à 4,6%, c’est en descendant. L'engagement auprès de qui…  

MARC FAUVELLE : Et les 44 milliards d’euros…

FRANÇOIS BAYROU : …J'y viens. L'engagement auprès de qui ? L'engagement auprès de nos partenaires européens. Nous étions, vous vous souvenez bien, vous avez fait des titres, des émissions là-dessus, nous étions placés en déficit excessif. Et puis, grâce au travail que le gouvernement, que j'ai la chance de conduire, a proposé, alors Bruxelles a dit maintenant vous pouvez sortir parce qu'il y a un scénario crédible. Et les 44 milliards, c'est à peu près, si vous me disiez 42, je peux arriver à imaginer...

MARC FAUVELLE : 35 ?

FRANÇOIS BAYROU : Non mais je ne veux pas...

MARC FAUVELLE : C'est l'ordre de grandeur en tout cas, on a compris

MARC FAUVELLE : L'ordre de grandeur, c'est la marche que nous devons suivre pour que notre pays sorte de la malédiction immédiate de la dette.

SONIA MABROUK : Monsieur le Premier ministre...

FRANÇOIS BAYROU : Et si on ne fait pas ça ? Alors vous me dites...

SONIA MABROUK : Je reviens pardonnez-moi…

FRANÇOIS BAYROU : …Vous me dites, les Français le savent…

SONIA MABROUK : La parole est crédible si on comprend vraiment les responsabilités des aînés.

FRANÇOIS BAYROU : …Je vais répondre à la question que vous avez posée. Vous avez dit : « Nicolas Sarkozy a bataillé »…

SONIA MABROUK : C'est un exemple.

FRANÇOIS BAYROU : …Non, ce n'est pas un exemple. C'est le président de la République qui a conduit une politique qui a créé plus de 1 000 milliards de dettes en 5 ans.

SONIA MABROUK : Comme les autres, tous ceux qui ont été au pouvoir. Vous-même, à la tribune de l'Assemblée, l'avez dit.

FRANÇOIS BAYROU : Vous avez le droit de dire comme les autres…

SONIA MABROUK : Vous contestez que M. Hollande et M. Macron n'ont pas augmenté la dette ?

FRANÇOIS BAYROU : M. Hollande, parce qu'il a eu de la chance…

SONIA MABROUK : Vous-même l'avez dit à la tribune de l'Assemblée, M. Bayrou.

FRANÇOIS BAYROU : Écoutez-moi bien, parce que je l'ai déjà… Depuis 1974…

SONIA MABROUK : Pourquoi vous avez voté ?

FRANÇOIS BAYROU : …Tous les gouvernants…

SONIA MABROUK : Pourquoi vos députés ? Pourquoi les ont-ils votés ?

FRANÇOIS BAYROU : Je n'étais pas à l'Assemblée nationale depuis 15 ans.

SONIA MABROUK : Je crois qu'ils vous obéissent au doigt et à l'œil, si je peux me permettre.

FRANÇOIS BAYROU : Non, je ne crois pas qu'ils m'obéissent au doigt et à l'œil. Ce sont des parlementaires estimables…

SONIA MABROUK : Tout à fait.

FRANÇOIS BAYROU : …pour un grand nombre d'entre eux brillants, en tout cas respectables. Et puis je suis très content qu'ils soient là, parce que c'est comme une famille politique. Et donc, pourquoi est-ce que les gouvernements successifs ont voté ? Parce que les Français le demandaient. Parce que quand Nicolas Sarkozy...

SONIA MABROUK : Monsieur le Premier ministre. Ce n'est pas audible aujourd'hui de dire que c'est la...

FRANÇOIS BAYROU : Ça n'est pas audible pour vous, mais c'est audible pour eux.

SONIA MABROUK : Vous pensez que c’était audible pour la plupart des Français ?

FRANÇOIS BAYROU : Oui, absolument.

SONIA MABROUK : Parce qu'ils voulaient une telle situation ?

FRANÇOIS BAYROU : Nicolas Sarkozy a eu à faire face à une crise terrible qu'on a appelée la « Crise des subprimes », c'est-à-dire la crise financière internationale. Et il a fait du quoi qu'il en coûte. Et le président Macron, il a fait lui aussi le choix, au moment du Covid, qu'on ne laisserait tomber personne. Et il a eu raison de le faire…

DARIUS ROCHEBIN : François Bayrou, la courbe, on la voit depuis 1974-1975, vous le disiez, elle monte. Ça ne sert à rien de dire que c'est la faute à Tartempion ou à Tartemuche. En réalité...

FRANÇOIS BAYROU : C'est la faute à tout le monde !

DARIUS ROCHEBIN :  Ah, la faute à tout le monde, si vous voulez. Donc, vous appelez l'opinion à témoin. Et maintenant, la suite s'écrit avec les partis, et d'une façon ou d'une autre. Il va falloir une forme de compromis parlementaire. Est-ce que vous prenez, d'abord, le mot compromis ?

FRANÇOIS BAYROU : Oui, moi je trouve que c'est beau, le compromis.

DARIUS ROCHEBIN : Parlons-en, s'il vous plaît.

FRANÇOIS BAYROU : Mais je ne suis pas sûr que ça soit possible…

DARIUS ROCHEBIN : Attendez, discutons-en. Pour la première fois, on n'a pas reconnu François Bayrou. Vous êtes un centriste, c'est une espèce très particulière, vous êtes en général des manœuvriers redoutables, qualité ou défaut, et là, par exemple, vous avez laissé passer un été de manière assez étrange, c'est-à-dire que les oppositions, et même parfois certains dans votre camp, disent pourquoi, pourquoi est-ce que pendant un été entier, alors qu'il fallait préparer le terrain... Tout à coup, là, au début, à la rentrée, vous dites « Ah, urgence ! »

FRANÇOIS BAYROU : Vous êtes gonflé, si je puis dire. Parce que je suis venu chez vous pour expliquer le contraire.

DARIUS ROCHEBIN : Oui, mais Mme Le Pen dit, je lui ai écrit, elle montre même, elle dit « Voilà, lettre du 25 juillet » . Elle dit « Vous ne lui répondez pas ».

FRANÇOIS BAYROU : Excusez-moi, j'ai reçu la lettre de Mme Le Pen. Elle a dû arriver dans les services le 29 juillet, c'est-à-dire que... arrivée sur mon bureau…

DARIUS ROCHEBIN : C’est la faute à la poste ?

FRANÇOIS BAYROU : Non.

DARIUS ROCHEBIN : 25, 29, c'est bien. L'avez-vous lue ?

FRANÇOIS BAYROU : Je l'ai lue, je vais vous en parler si vous le voulez.

DARIUS ROCHEBIN : Vous avez répondu ?

FRANÇOIS BAYROU : Mais je n'ai pas répondu, je réponds, j'ai l'intention de la rencontrer, et je la rencontrerai cette semaine.

SONIA MABROUK : Elle n'est plus en vacances, comme vous l'avez sous-entendu.

FRANÇOIS BAYROU : Heureusement qu'elle était en vacances !

SONIA MABROUK : Vous comprenez, monsieur le ministre…

FRANÇOIS BAYROU : Vous aussi vous étiez en vacances ?

SONIA MABROUK : …que ça puisse heurter ?

FRANÇOIS BAYROU : Non, non. Répondez-moi.

SONIA MABROUK : …Expliquez-nous ce paradoxe. Comment vous voulez rassembler le pays, les Français, sur un sujet aussi grave, et en même temps vous dénigrez des oppositions que vous n’estimez pas à leur place dans cette affaire ?

FRANÇOIS BAYROU : Mais vous êtes formidable.

SONIA MABROUK : Je vous remercie.

FRANÇOIS BAYROU : Je n'ai dénigré personne. Personne. Vous étiez en vacances, vous étiez en vacances, vous étiez en vacances. Le seul qui n'était pas en vacances…

SONIA MABROUK : C’était vous.

FRANÇOIS BAYROU : …C'était moi.

SONIA MABROUK : Donc le seul adulte responsable de cette classe, c'est vous.

FRANÇOIS BAYROU : Mais je n'ai pas dit : « adulte responsable », essayez de ne pas caricaturer. On a devant nous des problèmes qui sont des problèmes majeurs qui seront dans les livres d'histoire.

DARIUS ROCHEBIN : Justement. Pardon, de traiter avec une partie… Ce sont des grands partis de la République, que ce soit d'ailleurs le RN, que ce soit LFI, que ce soit tous les partis de cette Assemblée, vous avez toujours dit je les respecte tous. Ça n'est pas très respectueux, disons, les choses qui se sont passées là ne sont pas très respectueuses, que vous ne traitiez pas, que vous ne répondiez pas à leurs objections. Ils ne sont pas très respectueux non plus. Monsieur Bardella dit que c'est parce que vous faisiez la sieste que vous n'avez pas répondu.

FRANÇOIS BAYROU : Je dis qu'ils étaient en vacances. J'ai eu les dirigeants du Parti Socialiste, directement ou par personne interposée, à la même date, à peu près le 30 août. Et il partait en vacances. J'ai eu M. Guedj qui m'a dit…

DARIUS ROCHEBIN : Là, vous avez parlé avec Mme Le Pen ces derniers jours ?

FRANÇOIS BAYROU : Non, je ne lui ai pas parlé directement. Mais, nous avons reçu sa réponse.

Et M. Guedj dit, mais...

DARIUS ROCHEBIN : Jérôme Guedj, c'est l'un des négociateurs

MYRIAM ENCAOUA : Député de l’Essonne.

FRANÇOIS BAYROU : … « Écoute, je ne suis pas à Paris, je ne vais pas y être pendant longtemps, je pars, je ne sais pas où, à l'étranger. » Et Olivier Faure était aussi... Mais vous vous rendez compte…

MYRIAM ENCAOUA : Monsieur le Premier ministre, au-delà du polémique…

FRANÇOIS BAYROU : …à quel point on devient bizarre ? De considérer que, parce que j'ai osé mentionner que tout le monde était en vacances, je peux en attester,

MYRIAM ENCAOUA : Au-delà des polémiques…

FRANÇOIS BAYROU : …à Paris il n'y avait personne. Et donc, franchement, c'est la moindre des choses. On a tout le temps s'ils veulent négocier.

MYRIAM ENCAOUA : Alors il reste huit jours, vous reconnaissez quand même que c'est très très court.

FRANÇOIS BAYROU : Non, pas du tout, pas du tout, vous voyez, c'est précisément ça. Il reste pour négocier plus d'un mois.

MYRIAM ENCAOUA : Plus d'un mois ?

FRANÇOIS BAYROU : Oui.

MARC FAUVELLE : À condition que les députés accordent leur poursuite.

FRANÇOIS BAYROU : Mais la question, excusez-moi… Vous voyez bien qu'on met le doigt, on arrive au doigt précisément sur l'épicentre de ce qu'est en effet un choix historique. Négocier, ça n'a de sens que si on est d'accord sur le diagnostic.

SONIA MABROUK : Mais qui ne l'est pas ?

FRANÇOIS BAYROU : Que si l'on est d'accord sur le constat.

MYRIAM ENCAOUA : Vous recevez les chefs de parti, c'est une semaine importante. Vous avez parlé de négociation. Est-ce que cette semaine qui s'ouvre, ce sera de la négociation ?

FRANÇOIS BAYROU : S'ils le veulent, oui.

MYRIAM ENCAOUA : Alors on y va sur les mesures. Pardonnez-moi, monsieur le Premier ministre, mais vous allez en discuter, de cette copie budgétaire. Sur le fond des mesures, il y a une mesure qui cristallise les oppositions. 80% des Français y sont hostiles. Il s'agit des deux jours fériés supprimés. Travailler gratuitement deux jours de plus. Ils trouvent ça injuste. Alors est-ce que vous pouvez nous dire ce soir que vous êtes prêt à faire un geste ?

FRANÇOIS BAYROU : Mais ce n'est pas à faire un geste. Bien sûr que je suis prêt, je l'ai dit dix fois, y compris le 15 juillet.

MYRIAM ENCAOUA : Ça veut dire, concrètement, quoi ?

FRANÇOIS BAYROU : Attendez, mais je reprends votre formule. Vous dites: travailler gratuitement. Ce n'est pas vrai, c'est travailler, tous les Français ; les artisans, les commerçants, ceux qui ne sont pas salariés. Beaucoup ne sont pas salariés et beaucoup sont salariés qui ne sont pas salariés au temps passé. C'est travailler parce que notre pays est au risque et qu'on donne chacun d'entre nous un peu plus.

MYRIAM ENCAOUA : Mais vous comprenez comment que le pouvoir d’achat est un sujet…

FRANÇOIS BAYROU : Pourquoi j’ai choisi cette mesure ?

MYRIAM ENCAOUA : …Que vous voulez justement que le travail paie davantage, cette mesure, elle est rejetée, elle est même critiquée dans votre propre camp. On entend des ministres, clairement, qui n'y sont pas favorables.

FRANÇOIS BAYROU : Elle est tout à fait discutable.

MYRIAM ENCAOUA : Oui.

FRANÇOIS BAYROU : Je vais vous donner les chiffres précis. Elle est tout à fait discutable, cette mesure. Et je vais vous expliquer pourquoi je l'ai choisie. Parce que j'avais envisagé d'autres mesures. J'avais envisagé, par exemple, qu'on passe de 35 heures à 36 heures de travail par semaine. Et puis je ne l'ai pas fait. Pourquoi je ne l'ai pas fait ? D'abord parce que je vois l'ampleur des réactions. Et là, deuxièmement, parce que 35 heures, c'est le seuil à partir duquel se déclenchent les heures supplémentaires. Et que, comme je veux que le travail paie plus. Après, on peut tout à fait discuter dans chaque entreprise de la manière dont on prend en charge ce surcroît de travail. Mais ça n'est pas une mesure comme les autres.

MYRIAM ENCAOUA : Sur quoi vous êtes ouvert ? Est-ce que vous pourriez renoncer à un des jours fériés ?

FRANÇOIS BAYROU : Je vais essayer de vous répondre.

MYRIAM ENCAOUA : Et lesquels ?

FRANÇOIS BAYROU : Je vais essayer de vous répondre.

MYRIAM ENCAOUA : Je vous écoute.

FRANÇOIS BAYROU : Vous voyez que vous avez réussi à me faire perdre le fil, mais j'y reviens. Cette mesure, ce n'est pas une mesure comme les autres. Pourquoi ? Parce que ce n'est pas des heures de travail en plus. C'est des journées, deux jours, un jour de travail en plus pour le pays. Le pays qui est arrêté, sauf les commerçants, quelques-uns et puis les activités de loisirs. Le pays qui est arrêté, il passe à l'activité. Et ça n'est pas quelque chose qui se mesure en minutes de travail, c'est de la richesse créée pour le pays. Alors les chiffres précisément que je vous ai promis. Ça représente quoi, les jours fériés ?

MARC FAUVELLE : 4 milliards. Un dixième des efforts demandés aux Français.

FRANÇOIS BAYROU : Très bien, c'est ça que je voulais dire.

MARC FAUVELLE : J'ai bien compris ce que vous avez dit tout à l'heure. Vous avez dit si c'est 42 milliards ou 44.

FRANÇOIS BAYROU : 4 milliards sur 44 milliards, c'est-à-dire 10% de l'effort. Ce qui m'intéresse, c'est les 90 autres %.

MARC FAUVELLE : Donc on aura retenu, et je pense que les Français qui nous regardent ont dit que cette mesure est discutable.

FRANÇOIS BAYROU : Je l'ai dit le jour où je l'ai présentée.

MARC FAUVELLE : Cette mesure est discutable François Bayrou.

FRANÇOIS BAYROU : J'ai dit c'est discutable, c'est amendable. Et on peut tout à fait réfléchir à la manière…

MARC FAUVELLE : Et ça pourrait être 1, mais pas 0 pour être très précis.

FRANÇOIS BAYROU : Je pense que ça pourrait être, sans difficulté, si on veut discuter... Je suis ouvert à la discussion. À la condition, qui est une condition impérative, qui est une condition de l'avenir du pays, qu'on considère qu'on ne peut pas ne rien faire.

Or, les propositions, l'PS par exemple, les propositions qu'ils viennent de sortir, ça veut dire qu'on ne fait rien ?

MARC FAUVELLE : Alors, il y a les économies, François Bayrou, et il y a les recettes, si on veut trouver des marges de manœuvre. Le Parti Socialiste, dont vous parliez il y a un instant, a présenté un contre-budget hier. Le PS dit, par exemple : « il faut taxer les Français les plus aisés. Le Parti Socialiste reprend ce qu'on appelle la taxe Zucman, c'est-à-dire qu'on taxe à 2% chaque année les gens qui ont un patrimoine de plus de 100 millions d'euros. Ça fait 0,01% des Français. Je ne vais pas vous demander si vous êtes favorable à la taxe Zucman, je crois connaître la réponse, je crois que c'est non. Mais faut-il exceptionnellement, pour participer à l'effort de redressement des comptes, taxer davantage les Français les plus riches avec un autre dispositif ?

FRANÇOIS BAYROU : J'ai ouvert, dans la conférence que j'évoquais au mois de juillet, non seulement l'idée, mais la perspective du fait que les plus aisés participent davantage à cette affaire-là. Mais derrière ces propositions, avant d'en revenir à cette taxe particulière.

MARC FAUVELLE : 15 milliards par an.

FRANÇOIS BAYROU : Derrière ces propositions, il y a quelque chose d'absolument précis. La question posée, c'est est-ce qu'on va freiner la dépense ou augmenter la dépense ?

Nous, nous avons proposé de freiner la dépense dans les proportions que vous avez indiquées. Si on continue à augmenter la dépense, ça veut dire qu'on augmente l'endettement. Parce que l'argent, nous ne l'avons pas, nous l'empruntons tous les ans…

MARC FAUVELLE : Là, ce sont des recettes.

FRANÇOIS BAYROU …Et sur le dos de qui on emprunte ? On emprunte sur le dos des plus jeunes. Jamais une famille ne ferait ça. J'espère, j'espère. C'est-à-dire, nous décidons de continuer notre train de vie, mais c'est les plus jeunes qui paieront.

SONIA MABROUK : Alors, venons-en.

FRANÇOIS BAYROU : Et c'est la raison pour laquelle j'ai eu tellement de réactions de jeunes après que j'ai prononcé cette phrase sur les Boomers.

SONIA MABROUK : Vous avez aussi des réactions de boomers qui ont vécu France Bayrou comme une profonde injustice.

DARIUS ROCHEBIN : Je suis le seul boomer ici, je crois, de nous quatre, ça s'arrête à 65.

MYRIAM ENCAOUA: Avec le Premier ministre peut-être.

DARIUS ROCHEBIN : Ça fait deux boomers.

FRANÇOIS BAYROU : Je vais répondre précisément.

SONIA MABROUK : François Bayrou, pardonnez-moi. Je voudrais préciser parce que je pense que beaucoup nous regardent et nous écoutent ce soir sur Europe 1. Ils ont travaillé, ils ont cotisé toute une vie, ils ont fait des enfants, ils ont assuré l'équilibre de la sécurité sociale. Ils ont payé souvent avec une retraite, disons, autour de 2000 euros, le crédit de la maison. Ils aident leurs enfants, ils aident leurs petits-enfants. Pourquoi, monsieur le Premier ministre, activer ou réactiver aujourd'hui un conflit ou une guerre générationnelle ?

FRANÇOIS BAYROU : Et bien, vous vous trompez complètement. D'abord, boomers, nous en sommes. Ceux qui sont nés entre 45 et 65, pour simplifier, c'est les enfants du baby-boom. C'est pour ça que les jeunes avaient inventé cette formule boomer. Je vais vous dire la différence entre les boomers et les autres. Quand nous avions 20 ans…  

SONIA MABROUK : C'était hier ?

FRANÇOIS BAYROU : …La France. Oui. Peut-être encore maintenant, je me sens encore de cette énergie-là. La France avait zéro dette.

DARIUS ROCHEBIN : Mais une croissance magnifique.

FRANÇOIS BAYROU : Et une croissance magnifique. Quand vous êtes un pays qui n'a pas de dette. Alors vous pouvez lancer des politiques. Dieu sait qu'on en a lancées : le TGV, les avions. Et puis on a trouvé facilement du travail.

SONIA MABROUK : Pardonnez-moi, sur le marché du travail, dans les années 80, pour ceux qui sont rentrés, c'est la plus longue...

FRANÇOIS BAYROU : Excusez-moi, je ne parle pas des années 80…

SONIA MABROUK : Mais pour ceux qui sont nés...

FRANÇOIS BAYROU : …Je parle des boomers.

SONIA MABROUK : Oui, mais monsieur le Premier ministre...

FRANÇOIS BAYROU :  Et donc, je peux vous dire que quand nous sommes entrés, quand nous avions 20 ans, un pays qui n'a pas de dette, il peut développer des politiques. Après, il y a eu des crises, il y a toujours des crises et tout ça. Nous n'avions pas cette charge de la dette sur le dos. Et c'est au cours du temps que ça s'est équilibré. Et qu'est-ce que j'ai dit ? Je n'ai jamais dit qu'il fallait cibler les boomers dont je suis.

DARIUS ROCHEBIN : Vous l'avez fait un peu, c'est votre électorat, une grande partie.

FRANÇOIS BAYROU : Non, j'ai dit une chose très précise, très simple et très sérieuse. J'ai dit que cette génération-là, elle devrait être avec moi pour faire baisser la dette des plus jeunes.

SONIA MABROUK : Quelle est la méthode ?

FRANÇOIS BAYROU : …Allons aux solutions parmi nous.

SONIA MABROUK : C'est important, monsieur le Premier ministre…

FRANÇOIS BAYROU : …C'est une chose extrêmement lourde. C'est une génération qui se sent sacrifiée. elle n'arrive pas à trouver de travail facilement, elle n'a pas de CDI, elle n'arrive pas à trouver de logement. La politique du logement doit être, pour moi, une des politiques cardinales, un des chapitres essentiels. Cette génération-là, elle se sent sans destin, sans horizon…

SONIA MABROUK : Il y a les mots pour le dire, François Bayrou.

DARIUS ROCHEBIN : Avançons, si vous permettez un peu, parce que regardez, 18h32, on a envie de vous entendre sur les ouvertures. Vous avez répondu en partie à Marc Fauvelle sur l'ouverture, disons les choses, franchement. Une partie de la gauche dit : « pour le minimum, pour le soutien, c'est de faire un effort pour faire payer les plus riches. » D'ailleurs, sur le principe, c'est oui ou c'est non ? On n'a pas très bien compris.

FRANÇOIS BAYROU : J'ai dit oui, je l'ai annoncé le 15 juillet.

DARIUS ROCHEBIN : D’accord, d’accord.

FRANÇOIS BAYROU : Je suis sûr que vous avez été attentif.

DARIUS ROCHEBIN : Non, on a été distrait, pardon. Donc c'est oui.

FRANÇOIS BAYROU Donc je pense qu'il faut...

DARIUS ROCHEBIN : C'est clair. Sur votre droite.

FRANÇOIS BAYROU : …Disons-le sans essayer de mettre en cause...

DARIUS ROCHEBIN : Vous ne voulez pas marchander, on a compris.

FRANÇOIS BAYROU : Non, parce qu'on a besoin aussi que cette partie de la population qui est celle qui investit dans les entreprises. On a aussi besoin qu'elle soit là. Je vais vous dire la vérité, moi ce qui me gêne, ce n'est pas qu'il y ait des riches en France, c'est qu'il y ait des pauvres.

DARIUS ROCHEBIN : Très bien. Monsieur le Premier ministre, maintenant sur votre droite, parce que vous êtes tiraillé de tous les côtés, vous êtes comme l'âne de Buridan, vous devez trouver...

FRANÇOIS BAYROU : Je ne suis pas comme l'âne de Buridan, je suis comme le type qui est pris sous plusieurs feux…

DARIUS ROCHEBIN : Ah bah voilà !

FRANÇOIS BAYROU : …De droite, de gauche, et peut-être d'ailleurs.

DARIUS ROCHEBIN : On va parler de tous les feux. Le feu de droite, la droite libérale, même dans votre camp, qui commence à sortir du bois. Le patronat qui est sorti avec cette étude, le Front économique. Plusieurs propositions, une qui est très provoquante, réduire les agents de fonction publique de 1,5 million, je crois qu'ils sont 5,7, 5,8, sur plusieurs années. Je sais que vous n'allez pas dire ça, vous vous feriez pendre tout de suite en sortant de Matignon.

FRANÇOIS BAYROU: Mais, est-ce que vous allez articuler, pour la première fois, on a l'impression que c'est le tabou suprême en France, je ne suis en rien contre les fonctionnaires mais un nombre de postes de fonctionnaires que l'État devra accepter pour maigrir. Sonia Mabrouk parlait de l'État obèse, ça passe par là, vous le savez bien, tôt ou tard. Et beaucoup de vos prédécesseurs, quand on leur pose la question, on dit « Ah, c'est compliqué, on ne peut pas… ». Oui, à un moment donné, c'est un chiffre. Eh bien, vous voyez, c'est un désespoir pour moi, parce que ça prouve que je croyais que s'il y avait un journaliste en France qui m'écoutait quand je parlais, c'était vous.

DARIUS ROCHEBIN : Vous êtes bien bon. Mais ce n'est pas une réponse, ça c'est les boomers. Ce n'est pas une réponse. C'est la solidarité des vieux boomers.

FRANÇOIS BAYROU : J'ai dit, lors de la conférence récente, qu'il fallait ne pas remplacer un fonctionnaire sur trois partant à la retraite. Ça représenterait combien au total ? Un fonctionnaire sur trois partant à la retraite, tous les ans, ça doit faire, je ne sais pas, peut-être que je me trompe dans les chiffres, 200 ou 300 000. Et donc, on a un engagement. Je suis certain qu'on peut. Mais...

DARIUS ROCHEBIN : Pardon, pardon, pardon.

FRANÇOIS BAYROU : …Non pas pardon, pardon.

DARIUS ROCHEBIN : …Mais ça veut dire qu'en 2027, il y aura 300 000 fonctionnaires au moins en France ?

FRANÇOIS BAYROU : Je finis la réponse.

FRANÇOIS BAYROU : Oui. Excusez-moi.

DARIUS ROCHEBIN : Allez-y.

FRANÇOIS BAYROU : Les questions vous appartiennent, mais j'essaie d'avoir la maîtrise des réponses.

 

DARIUS ROCHEBIN : Comme Georges Marchais.

FRANÇOIS BAYROU : Ça veut dire une réorganisation générale. Et très souvent, ça marche mieux. Je suis à la tête d'une collectivité locale, comme vous savez, qui est formidable, magnifique, et humainement extrêmement riche. Et nous avons, avec l'ensemble des responsables, et des salariés, et des fonctionnaires, et des organisations syndicales, réorganisé, parce qu'il arrive très souvent, vous avez une équipe de sept, vous réorganisez les choses, vous êtes six et ça marche mieux. Pas aussi bien, mieux.

Je suis absolument certain, on vient de réorganiser, vous l'avez sans doute vu, l'organisation locale de l'État sur le terrain. Parce que c'était dispersé, il y avait des administrations, des agences, des ministères, tout ça indépendants les uns des autres. On a dit : « ça ne peut pas marcher comme ça, il faut un responsable ».

MYRIAM ENCAOUA : Justement, on parlait des conditions à droite. La droite réclame plus…

FRANÇOIS BAYROU : Et en France…

MYRIAM ENCAOUA : …des suppressions d’agents…

FRANÇOIS BAYROU : …Les responsables, c'est le préfet. Et donc on a mis la totalité, je dis ça pour ceux qui nous écoutent, la totalité des organismes qui portent l'action de l'État sous l'autorité du préfet, parce que quand vous fermez des classes ou que vous réorganisez la carte scolaire, c'est l'État. Quand vous vous occupez des hôpitaux ou des territoires de santé, c’est l’État.

MYRIAM ENCAOUA : Il y a de l'argent à trouver dans la réforme de l'État.

Monsieur le Premier ministre, on parlait des concessions. On va parler du Rassemblement national, qui a des demandes spécifiques aussi, mais toujours sur la droite. On parlait des boomers. La droite n'est pas d'accord avec les efforts supplémentaires demandés aux retraités. Aucun gouvernement n'a jamais réussi à faire faire des sacrifices à cette tranche d'âge. Il y a deux mesures dans votre budget. Il y a l'abattement, la suppression de cet abattement de 10% sur les revenus, sur les pensions, ceux qui payent de l'impôt sur le revenu. Et puis, il y a cette année blanche qui va toucher aussi les retraités. On se souvient de ce qui s'est passé avec la volonté de désindexer les pensions de l'inflation.

Vous ne bougerez pas là-dessus ? Vous qui voulez réveiller les aînés au nom des générations futures.

FRANÇOIS BAYROU : Oui, je veux réveiller les aînés parce que je suis sûr qu'ils sont solidaires avec ce que je dis…

MYRIAM ENCAOUA : Donc vous ne bougerez pas là-dessus ?

FRANÇOIS BAYROU : Attendez, ce sont leurs enfants, ce sont leurs petits-enfants, et vous croyez qu'ils sont indifférents à leur sort ?

MYRIAM ENCAOUA : L'abattement de 10%, vous le gardez ?

FRANÇOIS BAYROU : …Vous ne croyez pas qu'ils sont malheureux quand ils les voient tellement inquiets de leur avenir et tellement avec le sentiment qu'on ne s'occupe pas d'eux ?

MYRIAM ENCAOUA : Vous l'avez bien expliqué.

FRANÇOIS BAYROU : Et donc, moi c'est le contraire.

MYRIAM ENCAOUA : Donc vous tenez à cette mesure ?

FRANÇOIS BAYROU : Vous dites : « abattement de 10% ». Vous dites : « vous l'avez supprimé ».

MYRIAM ENCAOUA : Vous l'avez proposé…

FRANÇOIS BAYROU : Non.

MYRIAM ENCAOUA : …Enfin, vous l'avez envisagé.

FRANÇOIS BAYROU : Non. Nous avons remplacé l'abattement de 10%. Je rappelle, c'est un abattement pour frais professionnels. Et 100 fois, la Cour des comptes, les grandes associations qui s'occupent d'argent public, 100 fois, ils ont dit : « Franchement, 10% d'abattement pour frais professionnels, pour des gens qui sont à la retraite, est-ce que c'est bien sérieux ? ».  Alors nous n'avons pas supprimé, nous avons remplacé l'abattement par un abattement forfaitaire.

MYRIAM ENCAOUA: Donc, vous y tenez ?

FRANÇOIS BAYROU : Non. Vous n’avez pas écouté. Je vous assure que c'est intéressant. Enfin, j'ai l'impression, stupidement, que c'est intéressant. L'abattement forfaitaire, c'est une évolution de la mesure qui va faire gagner des centaines d'euros aux retraités modestes, aux retraités du bas de l'échelle…

MARC FAUVELLE : Et qui va faire perdre à ceux qui ont un peu plus de 20 000…

FRANÇOIS BAYROU : …Qui va maintenir ce qu'ils sont, moyens,

MARC FAUVELLE : À Noël.

FRANÇOIS BAYROU : …Et va être, en effet un peu plus lourd, ou va autoriser une fiscalité juste pour ceux qui sont, et donc un petit effort de l'ordre de 200 euros…

MYRIAM ENCAOUA : Un petit effort.   

FRANÇOIS BAYROU : …par an pour ceux qui sont au plafond.

MYRIAM ENCAOUA : Vous recevrez aussi le Rassemblement national…

FRANÇOIS BAYROU : Donc, 18 euros par mois. C'est un effort, je ne dis pas le contraire. Mais vous voyez bien que pour ceux qui sont au plafond, c'est-à-dire 4 000 euros de retraite, c'est un effort modeste. Et ceux qui sont en bas de l'échelle y gagnent. Et ça mérite d'être dit. Parce que la justice, c'est la condition de l'effort.

MARC FAUVELLE : François Bayrou, on va parler dans un instant de ce qui va se passer demain, dans huit jours précisément, c'est-à-dire le jour où vous allez demander la confiance à l'Assemblée nationale et arithmétiquement, si on s'arrêtait aujourd'hui, sans doute ne pas l'obtenir. On va en parler dans une minute, mais on a évoqué tout à l'heure la lettre Marine Le Pen vous a adressée à la fin du mois de juillet. On a parlé des délais de la poste, mais regardons aussi ce qu'il y a à l'intérieur.…

FRANÇOIS BAYROU : …Ce qu'il y a à l'intérieur,

MARC FAUVELLE : …C'est intéressant. À l'intérieur, le Rassemblement national vous demandait deux choses au minimum pour négocier le budget. C'était une baisse drastique de la contribution de la France au budget de l'Union européenne. Ce n'est pas tout à fait nouveau, mais c'était rappelé dans cette lettre. Et moins d'argent pour l'immigration. Ces deux choses-là…

FRANÇOIS BAYROU : Pas seulement.

MARC FAUVELLE : Pas seulement. J'ai dit notamment, je crois. Sinon, je rajoute notamment…

FRANÇOIS BAYROU …Il y avait trois choses.

MARC FAUVELLE : …Est-ce qu'elles sont pour vous négociables ? Ou est-ce que, très concrètement, pour vous, qui avez toujours milité pour l'Europe depuis longtemps, on ne touche pas au budget de l'Union et on ne touche pas à l'argent qui sert aujourd'hui à accueillir des immigrés en France ?

FRANÇOIS BAYROU : D'abord, votre formule est inexacte. Vous avez dit qu'elle demandait ces conditions pour négocier. Jamais ça n'a été le cas. Probablement parce que, évidemment, dans ce cas-là, j'aurais préparé. Mais, je trouve intéressant qu'on discute de ces mesures-là. La contribution à l'Union européenne, c'est un très grand risque si on ne la paie pas. Marine Le Pen a noté dans ses réactions que nous avions déjà réussi à baisser la contribution…

MARC FAUVELLE : C'est vrai.

FRANÇOIS BAYROU : …Par une négociation, et elle a dit, c'est la première fois, donc c'est la preuve qu'on peut, je suis d'accord avec elle pour dire que si on peut, il faut le faire. Mais dire, nous ne remplirons pas nos engagements, ça a des conséquences extrêmement simples qui sont dans les chiffres. Nous payons, on va payer cette année, quand le budget sera voté, on va payer quelque chose comme 27 milliards de contributions à l'Union européenne. Nous en touchons 32, 31 et demi.

Comment on les touche ? La politique agricole commune, c'est quasiment 10 milliards. Les fonds régionaux, les subventions que les régions donnent quand vous avez sur les travaux des panneaux avec ici la région investie. C'est la région, si j'ose dire, porte-plume de l'Union européenne. Ces fonds régionaux, plus les prêts de la Banque européenne d'investissement…

DARIUS ROCHEBIN : Mais pardon, même les Allemands se plaignent de la gourmandise de Bruxelles. Ils disent que Bruxelles veut vraiment beaucoup de milliards.

FRANÇOIS BAYROU : Et bien, ils ont raison. Je suis d'accord avec eux.

DARIUS ROCHEBIN : Vous dites la même chose.

FRANÇOIS BAYROU : Je suis d'accord avec eux. Et je suis d'accord pour qu'on expertise. Et je suis d'accord pour qu'on regarde tout ce qu'on peut faire.

SONIA MABROUK : Donc il n'y a pas de sujet de tabou pour François Bayrou.

FRANÇOIS BAYROU : Non.

SONIA MABROUK : Le coût de l'immigration n'est pas un sujet d'abstention.

FRANÇOIS BAYROU : Attendez, j'y viens.

DARIUS ROCHEBIN : Quand vous dites expertiser, vous dites, on peut expertiser la Charte de l’Union Européenne, la revoir.

FRANÇOIS BAYROU : Je suis d’accord, qu’on regarde parce que, comment dire, ça n'est pas une approche négligeable et qu'on peut écarter du revers de la main. Et donc sur l'immigration, il y a infiniment moins d'argent que le Rassemblement national ne le dit.

SONIA MABROUK : On peut préciser de quoi il s'agit quand même, monsieur le Premier ministre, pour ceux qui nous regardent et nous écoutent. C'est l'AME, c'est les allocations et les aides non contributives qui sont versées aux étrangers, ce sont les associations d'aide aux migrants. Est-ce que vous dites ce soir qu'il n'y a pas de tabou à mettre sur la table, ces sujets-là ?

FRANÇOIS BAYROU : Alors, je n'aime pas qu'on présente la situation du pays comme étant la conséquence de la présence des immigrés.

SONIA MABROUK : Qui le fait ? J'ai pris les chiffres de l'Observatoire de l'immigration, ça coûte 3,4 points de PIB.

FRANÇOIS BAYROU : Oui, mais je ne suis pas sûr que l'Observatoire de l'immigration n'ait pas... Je suis d'accord…

SONIA MABROUK : Et quel est votre organisme de référence ?

FRANÇOIS BAYROU : …Je suis d'accord pour qu'on regarde. Je suis d'accord s'il y a pour des étrangers. Des avantages, comme le dit le Rassemblement national, dont les Français ne profiteraient pas. Ça ne serait pas juste, et je suis d'accord pour qu'on les regarde. Mais, je ne suis pas d'accord pour qu'on fasse de l'immigration la cause de la situation du pays. Parce que quand le pays va bien, alors l'immigration c'est une machine à intégrer et ça marche mieux. Et je vais vous dire, je suis absolument persuadé qu'il faut que notre politique de l'immigration évolue.

SONIA MABROUK : C’est-à-dire ?

FRANÇOIS BAYROU : Évolue dans deux directions. La première, une capacité à maîtriser les entrées sur le territoire. Une capacité à maîtriser la sortie du territoire. Parce que notre question principale aujourd'hui avec l'immigration... C'est que ceux qui sont indésirables, qui sont frappés d'une obligation de quitter le territoire français, décision juridique OQTF, OQTF qui ne sont pas exécutées pour un certain nombre de pays.

SONIA MABROUK : Monsieur le Premier ministre, pardonnez-moi, on a l'impression que sur ces sujets-là, on est sur du verglas. Qu'est-ce que nous maîtrisons encore ? Est-ce que le pouvoir a vraiment le pouvoir sur ces sujets-là ? Quand on voit le nombre d'entrées, malgré les déclarations du ministre de l'Intérieur, est-ce que très sincèrement, ce soir, les yeux dans les yeux, vous pouvez dire aux Français que leur pays a encore son destin entre les mains. Je le dis avec d'autant plus de certitude que nous avons fait obtenir des décisions européennes qui permettent pour la première fois de mieux maîtriser les flux et ça se voit dans les chiffres. Vous savez bien qu'on a fait adopter des règles européennes qui font qu'on va pouvoir suivre les gens depuis un an, qu'on va pouvoir suivre les gens qui entrent, où sont-ils entrés, où sont-ils et j'espère bien qu'on va pouvoir. en particulier grâce à l'Union européenne, convaincre, je pense à l'Algérie, les pays qui sont en situation de blocage et de rupture.

DARIUS ROCHEBIN : Monsieur le Premier ministre…

FRANÇOIS BAYROU : Non, je corrige une phrase de Sonia Mabrouk. Elle a dit « en dépit des déclarations du ministre de l'Intérieur ». Moi, je crois que le ministre de l'Intérieur dit la vérité. Je pense qu'il est…

SONIA MABROUK : Il parle d'immobilisme, il parle d'impossibilisme, le ministre de l'Intérieur. Il dit donc la vérité. S'il dit la vérité, ça veut dire que vous ne pouvez pas faire grand-chose.

FRANÇOIS BAYROU : Vous avez dit, c'est votre phrase exacte.

SONIA MABROUK : Il dit la vérité.

FRANÇOIS BAYROU : C'est mon métier. Votre phrase exacte, c'était sur les chiffres en dépit d’une déclaration du ministre de l'Intérieur, on voit bien que, moi je dis le ministre de l'Intérieur dit la vérité.

DARIUS ROCHEBIN : Monsieur le Premier ministre ?

FRANÇOIS BAYROU : Et autrement, il ne serait pas ministre de l'Intérieur dans ce gouvernement.

DARIUS ROCHEBIN : Les choses…

SONIA MABROUK : Simplement une pensée pour Boualem Sansal. Pardonnez-moi, on sera tous d’accord.

FRANÇOIS BAYROU : Très bien.

SONIA MABROUK : Vous avez parlé de l'Algérie. Pouvez-vous ce soir adresser un mot à la famille de Boualem Sansal ? Nous avons reçu sa fille. Il y a quelques jours, sa lettre au président de la République n'a reçu aucune réponse. Aucune réponse, monsieur le Premier ministre. C'est un compatriote, c'est un Français amoureux de notre pays. Et de notre langue. C'est quelqu'un qui a la voix, comment dire, douce, mais le verbe haut. On attend de vous des paroles importantes ce soir.

FRANÇOIS BAYROU : C'est d'autant plus important pour moi que le goût qui est le mien pour les lettres, pour la langue française, pour la capacité de romancier ou d'essayiste, pour moi, Boualem Sansal, bien que n'étant pas français d'origine, il illustre la France. Vous savez, il y a une procédure dans la législation française qui fait qu'on devient Français, par exemple quand on a servi dans la Légion étrangère. On dit : « Français par le sang versé ». Et bien il y a aussi Français par la beauté que l'on crée, par la pensée que l'on crée. Et je ne peux pas croire que la lettre n'ait pas reçu de réponse, en tout cas je vais m'en assurer, et je dis au passage que dans un grand événement à Pau au mois de novembre, qui s'appelle « Les idées mènent le monde » , je recevrai les proches de Boualem Sansal qui vont organiser un événement.

DARIUS ROCHEBIN : Les choses bougent dans le domaine que vous venez d'évoquer, qui est l'immigration en Europe. Même des gouvernements socio-démocrates veulent qu'il y ait une politique plus restrictive. On voit l'Allemagne, on voit la Pologne qui est rétablie et qui met de façon assez durable maintenant le contrôle aux frontières, et qui le développe. Est-ce que ça fait partie des possibilités pour vous ?

FRANÇOIS BAYROU : C'est l'Union qui a décidé de faire son contrôle aux frontières. Mais pour moi, ça ne s'arrête pas là. Vous voyez, je pense qu'une très grande partie de notre politique à l'égard de ces femmes et de ces hommes, plus souvent des hommes et des jeunes hommes, une partie de notre politique est fausse.

DARIUS ROCHEBIN : Mais sur les contrôles, parce que là, Schengen et Dublin sont tout à fait respectés, pour être un peu précis.

FRANÇOIS BAYROU : Je vous assure, sur les contrôles, je suis d'accord pour que, dans le cadre de l'Union européenne, et s'il le faut, on l'a fait plusieurs fois dans le cadre des frontières françaises, on déploie ce qui convient comme contrôle, mais ce n'est pas ce que je voulais aborder comme sujet. Je pense que la situation de ces femmes et de ces hommes, elle devrait permettre que soient précisées les conditions d'intégration, pas seulement les conditions de rejet. Et les conditions d'intégration pour quelqu'un qui est depuis longtemps sur le territoire français, qui est inexpulsable, vous savez que quand vous êtes une jeune femme et que vous avez eu des enfants dans notre pays, on ne peut pas vous expulser en raison des enfants, je pense qu'il faudrait qu'on ait les idées claires sur ce sujet. C'est-à-dire, un, la vraie voie d'intégration, ce n'est pas de vous maintenir dans des logements qu'on paie les yeux de la tête, qui coûtent à l'État 15 000 euros par an par personne, dans des logements qu'on appelle d'urgence et qui ne sont plus d'urgence, parce qu'on ne peut pas accueillir... par exemple des femmes avec enfants, parce qu'on y entre mais on n'en sort jamais. Un, la vraie voie d'intégration, c'est le travail. Deux, c'est la langue. Et trois, c'est l'acceptation de nos principes de vie en commun et de nos coutumes.

SONIA MABROUK : Et vous êtes inquiet sur ce dernier point ?

FRANÇOIS BAYROU : Je suis inquiet sur tous ces points, parce qu'on a l'impression d'une espèce de blocage généralisé. qui fait que les affrontements, c'est pour ou contre les immigrés, pour ou contre, pas seulement l'immigration, mais les personnes. Et ça fait des situations de dingue. Ils sont maintenus dans des lieux d'accueil, d'anciens hôtels, le Formule 1, je parle de ce que je connais le mieux. Interdiction de travailler, les municipalités les font jouer au foot pour essayer de les occuper, alors qu'ils pourraient travailler, et alors qu'un très grand nombre d'entre eux ne s'en ira pas. Et ceux qui disent qu'ils ne travaillent pas se trompent, parce qu'ils travaillent au noir. Et donc c'est une situation d'abus, c'est une situation de désordre complet.

Je voudrais préciser l'idée que nous sommes le plus intraitables possible, je parle avec prudence, sur les entrées, que nous sommes le plus efficaces possible sur les sorties, notamment en cas de délinquance, et que la voie d'intégration existe pour ceux qui sont là depuis un moment, il me semble qu'il y a là un équilibre…

DARIUS ROCHEBIN : François Bayrou, revenons, si vous le voulez bien, à la semaine qui commence. Vous avez dit pas de marchandage, et on comprend très bien, il ne s'agit pas de dire je te donne tel ministère, tu me donnes tel soutien, mais quand même, le premier nom que vous avez cité, je crois que c'était M. Faure, pour le tacler un peu.

FRANÇOIS BAYROU : Non, non. C'est parce que c'est vous qui l'avez cité.

DARIUS ROCHEBIN : Quoi qu’il en soit.

FRANÇOIS BAYROU : Alors j'ai dit, il a annoncé qu'il voulait être à Matignon, ce n'est pas moi qui l'ai annoncé.

DARIUS ROCHEBIN : Vous avez besoin, et ce n'est pas un calcul mesquin, il faut élargir le compromis. Vous dites vous-même, il y a un besoin de stabilité. Est-ce qu'il est possible qu'un remaniement ait lieu, ou en tout cas que vous en parliez dès cette semaine avec les partis, et par exemple que des ministres, vous souriez, vous avez raison, que des ministres, par exemple, socialistes, rejoignent le gouvernement de la France ?

FRANÇOIS BAYROU : Vous êtes un humoriste dans ce genre.

DARIUS ROCHEBIN : Vous croyez ?

FRANÇOIS BAYROU : Le Parti socialiste dit, nous voulons abattre ce gouvernement.

DARIUS ROCHEBIN : Pour l'instant, on dit ça avant de négocier, comme ça et comme moi. Après, quand un ministère se profile c’est autre chose.

FRANÇOIS BAYROU : Si la piste que vous ouvrez est réelle...

DARIUS ROCHEBIN : Sur un programme, bien sûr. Il ne s'agit pas de dire, je te donne Bercy, etc.

FRANÇOIS BAYROU : Excusez-moi de dire, les propositions du Parti socialiste, ce sont les plus éloignées de toutes celles qui ont été faites sur le champ politique. Pourquoi ? Parce que ce que propose le Parti socialiste, ce n'est pas de freiner la dépense, c'est de laisser repartir la dépense. Et de le faire en créant, selon mes comptes, 32 milliards d'euros d'impôts, principalement sur les entreprises.

MARC FAUVELLE : Il n'y a rien à négocier avec le Parti socialiste ?

FRANÇOIS BAYROU : Je ne dis pas qu'il n'y ait rien à négocier, je ne connais pas leurs arrières-pensées. Je vois...

DARIUS ROCHEBIN : Vous les présumez, vous les présumez.

FRANÇOIS BAYROU : Non, vous êtes plus savant que moi…

DARIUS ROCHEBIN : En ce domaine, je suis sûr que non.

FRANÇOIS BAYROU : …Ou plus intuitif que moi. Je connais des dirigeants socialistes qui me disent « ils sont devenus fous ». Je connais des dirigeants socialistes qui disent « il faut un compromis ».

MARC FAUVELLE : Pardon, mais vous dites le Parti socialiste c'est le plus éloigné de ce que je présente aujourd'hui, plus encore que le RN ou la France Insoumise.

FRANÇOIS BAYROU : Non, je n'ai pas dit cela. C'est le plus éloigné de tout ce qu'on entend. Je suis persuadé, ou bien qu'ils n'ont pas très bien réfléchi à la manière, ou bien que dans leur fond intérieur. Ils pensent que ce n'est pas possible. Je prends un exemple que vous avez abordé, la taxe Zucman, qu'on appelle taxe Zucman.

MARC FAUVELLE : 2% sur les patrimoines de plus de 100 millions.

FRANÇOIS BAYROU : Par an.

MARC FAUVELLE : Je l'ai dit tout à l'heure, je ne le répète pas.

FRANÇOIS BAYROU : La taxe Zucman, elle est inconstitutionnelle.

DARIUS ROCHEBIN : C'est une folie d'après vous ?

FRANÇOIS BAYROU : C'est honnêtement une menace sur les investissements en France. Parce que, qu'est-ce qu'ils vont faire ? Ils vont partir.

SONIA MABROUK : Comme au Royaume-Uni, ça a été le cas. Il y a une politique qui a conduit à cet effet-là.

FRANÇOIS BAYROU :  Au Royaume-Uni, ce n'était pas la taxe Zucman au Royaume-Uni, c'était moins grave que ça si j'ose dire. C'était taxer les étrangers, créer sur les étrangers.

MYRIAM ENCAOUA : Monsieur le Premier ministre, Gabriel Zucman, l'économiste, n'est pas sur ce plateau, mais il vous répondrait, sur l'exil fiscal qu'il y a un dispositif dans cette taxe, c'est exactement ce que font les États-Unis, l'extra territorialisation de l'impôt. Vous le payez même si vous êtes à l'étranger, même si vous avez quitté la France.

FRANÇOIS BAYROU : Et bien, c'est que vous n'avez pas regardé, en tout cas…

MYRIAM ENCAOUA : C’est la taxe Zucman aujourd’hui.

FRANÇOIS BAYROU :  …Que si vous avez regardé, vous n'avez pas vu les mêmes choses que les miennes. Il se trouve, donc ils disent « ah, mais il n'y a pas de risque que les gens partent parce qu'on ira les choper », pardon, c'est du caractère un peu familier de l'expression, où qu'ils soient. Il se trouve que notre pays depuis 50 ans, a conclu 126 conventions fiscales avec 126 pays étrangers. Et l'article premier de ces conventions fiscales, c'est « Si vous changez de pays, c'est le pays qui vous accueille qui prélève les impôts ». Et comme vous savez, parce que vous êtes fine juriste, une convention internationale, un traité international, c'est au-dessus des lois. Et donc il faudrait changer, faire des référendums. Et pendant ce temps, hélas, les gens partent. Parce que désormais, il y a une espèce de, comment on dit, de nomadisme fiscal qui fait que les redevables vont s'installer là où l'Italie est aujourd'hui en train de faire une politique…

MYRIAM ENCAOUA: Donc vous extrêmement sceptique sur ce que proposent les socialistes ?

FRANÇOIS BAYROU : …de dumping fiscal.

MYRIAM ENCAOUA: Après avoir regardé de près leur contre-projet, vous ne leur tendez plus la main ?

FRANÇOIS BAYROU : Je tends la main à tout le monde. Parce que vous... Pardon de revenir…

MYRIAM ENCAOUA: Y compris aux socialistes, ce soir ?

FRANÇOIS BAYROU :  …À la première phrase de notre entretien. La question, c'est est-ce qu'on est d'accord sur le diagnostic ou pas ? Si on n'est pas d'accord sur le diagnostic, aucune politique ne marchera. Ce n'est pas un accord sûr, ce n'est pas un accord minimal sur la gravité et l'urgence de la situation.

MYRIAM ENCAOUA : Ils vous répondent, mettons-nous d'accord sur les solutions pour parvenir à trouver des économies. Ils vous répondent que vous avez inversé les choses. D'abord la négociation, ensuite le vote. Et ils vous répondent aussi qu'avec ce vote de confiance que vous sollicitez, vous rajoutez de la crise à la crise. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

FRANÇOIS BAYROU : Parce que vous pensez que la crise, elle vient parce que je demande la confiance ou parce qu'on me la refuse ?

MYRIAM ENCAOUA : Peut-être que vous la précipitez, monsieur le Premier ministre.

FRANÇOIS BAYROU : Ni l'un, ni l'autre, l'autre oui, mais pas l'un. Le pays est depuis des années plongé dans une espèce de perpétuelle embuscade des uns contre les autres. Et pardon de dire la formule que vous avez utilisée. C'est une formule, je suis sûr que vous allez vous-même accepter cette vision, une formule complètement à l'envers. Quand vous avez un patient, que vous êtes médecin, vous ne dites pas, on va d'abord s'entendre sur les médicaments, on verra après quel est le diagnostic. Vous savez bien que ce n'est pas ça.

MYRIAM ENCAOUA : Mais la procédure que vous avez choisie, l'article 49.1 de la Constitution.

FRANÇOIS BAYROU : Vous êtes d’accord avec ma formule ?

MYRIAM ENCAOUA: Totalement, le diagnostic, la prescription ensuite.

FRANÇOIS BAYROU : Très bien. Le diagnostic d'abord, l'accord minimal d'abord, autrement, je vous dis le fond de ce que je pense. J'ai vu depuis des mois le pays avec des formulations sympathiques de gens qui disent, mais on est tous d'accord sur ça. On n'est pas d'accord du tout. Un très grand nombre de ceux que nous évoquons, eux, leur vision, c'est que ce n'est pas grave.

SONIA MABROUK : Mais qui sont ces gens, pardonnez-moi, monsieur Bayrou, qui sont ces personnes qui pensent aujourd'hui qu'un pays surendetté est un pays souverain ? Qui sont ces personnes-là ?

FRANÇOIS BAYROU : Je suis vraiment content de vous entendre dire.

SONIA MABROUK : Mais qui sont-ils ?

FRANÇOIS BAYROU : Vous êtes deux journalistes éminents, et si vous lisez, je veux dire deux qui venez de vous exprimer, les autres ne se sont pas...

MYRIAM ENCAOUA : Oui, mais il suffit de regarder les sondages. Quand on demande aux Français, 80% répondent que c'est une préoccupation inquiète et qu'ils réclament des solutions.

FRANÇOIS BAYROU : Les autres ne se sont pas exprimés. Vous dites « Il faut être aveugle ». Et vous dites, il faut être aveugle. Et qui sont ces personnes ? Ils sont dingues. Vous avez raison. Et c'est le cœur du sujet dans lequel nous sommes. Et c'est le cœur du sujet, pour moi, pardon, d'une demi-phrase, de revenir à ça. Parce que c'est le sort des jeunes Français qui est en jeu. C'est eux qui sont surchargés dans leur sac à dos, avec de la fonte, des haltères…

DARIUS ROCHEBIN : Monsieur le Premier ministre, pardon.

FRANÇOIS BAYROU : …Ça empêche d'avancer.

DARIUS ROCHEBIN : Vous ne savez pas, les journalistes qui sont éminents, ce sont les Français. Ils sont adultes, ils voient bien les choses. Un point, et je passe tout de suite la parole à Marc Fauvelle pour respecter notre tour, mais vous avez dit ce mot très surprenant, vous avez dit, attention, la dette de la France est possédée en partie importante par les étrangers.

FRANÇOIS BAYROU : 60%.

DARIUS ROCHEBIN : C'est très intéressant parce que longtemps on a dit, ça c'est un propos complotiste, on exagère, c'est pas dangereux, etc. Et là, on a le Premier ministre de la France qui dit « attention, c'est dangereux ». En quoi c'est dangereux ? Expliquez-nous, parce que ça fait lever le bouclier de beaucoup de monde.

FRANÇOIS BAYROU : C'est extrêmement simple, c'est la gravité de la situation que je décrivais. On a laissé s'accumuler la dette, et donc la charge de la dette, les annuités qu'on doit payer tous les ans ou tous les mois, si c'étaient des mensualités, il faut la prélever sur le travail des Français. Et je vous ai dit les chiffres, 50 milliards nouveaux créés, sur lesquels cette année on pique 10 milliards. L'an prochain, 10 de plus, 20 milliards…  

DARIUS ROCHEBIN : L'étranger ? Qu'est-ce que ça change, que ce soient des étrangers qui tiennent la France ?  

FRANÇOIS BAYROU : 10 de plus, 30 milliards. Eh bien, ça n'est pas de l'argent qui va venir irriguer le pays, c'est de l'argent qui est, comment dire…

DARIUS ROCHEBIN : Détourné ?

FRANÇOIS BAYROU : …dirigé. Non, je ne veux pas dire détourné, ça ne serait pas normal. Dirigé vers des intervenants qui sont des intervenants étrangers, des acteurs économiques qui sont des acteurs économiques étrangers. Vous êtes très averti, donc vous savez ce que je vais dire. Au Japon, la dette est beaucoup plus importante que la nôtre en pourcentage du PIB, mais cette dette est détenue à 99% par les Japonais.

SONIA MABROUK : Monsieur le Premier ministre de la France, de la liquidité. Vous êtes en train de nous dire qu'on pourrait être demain sous tutelle ?

FRANÇOIS BAYROU : Je ne dis pas ça.

MARC FAUVELLE : Il y a eu un débat au sein de votre gouvernement, avec Amélie de Montchalin, la ministre des Comptes publics, qui avait dit il y a quelques mois « on pourrait se retrouver sous tutelle ». Éric Lombard, son patron, son supérieur hiérarchique, à Bercy a dit « absolument pas », cette semaine. Y a-t-il, oui ou non, si votre gouvernement est renversé, un risque financier de krach ou de mise sous tutelle de la France ? Et est-il accentué par ce qui va se passer juste après le 8, le 10, l'appel à bloquer le pays ?

FRANÇOIS BAYROU : Je vois des tas de gens qui disent qu'il n'y a pas de risque. Il y en a ou pas ? Mais j'ai envie de leur dire, excuse-moi Jeannot, va voir en Espagne.

MARC FAUVELLE : Après Simone, Jeannot.

FRANÇOIS BAYROU : Il faut bien qu'on essaie d'expliquer les choses comme dans la vie. Le type, il dit, il n'y a pas de risque. Je dis, c'est pas loin l'Espagne. Passe la frontière. C'est pas loin le Portugal. Passe la frontière. Je dis même pas d'aller en Grèce. C'est pas loin la Grèce. Il y a quelques années...

SONIA MABROUK : Le risque, est-il échéant ?

FRANÇOIS BAYROU : …C'est pas loin le Canada.

MYRIAM ENCAOUA: Il est imminent ou il est sur le long terme ?

FRANÇOIS BAYROU : Le risque, il est imminent dès l'instant que nous... prendrons la décision de ne rien faire.

MARC FAUVELLE : Mais quel est le risque, François Bayrou ?

FRANÇOIS BAYROU : Le risque, c'est extrêmement simple.

MARC FAUVELLE : On est sur une dégradation de la note sur l'épargne des Français ?

FRANÇOIS BAYROU : L'explosion des taux d'intérêt, deux, la dégradation de la note, et trois, un jour, les prêteurs vous disent on ne prête plus. Alors on croit que c'est théorique. En Grande-Bretagne, le Royaume-Uni, très grand pays européen, membre du Conseil de sécurité des Nations Unies. Il y a deux ans et demi, un gouvernement conservateur, c'est-à-dire plutôt du côté de la finance, de la city comme on dit. Un gouvernement conservateur mené par un leader énergique et qui avait une idée précise de ce qu'elle voulait faire, et en général plutôt en phase en 42 jours. En six semaines, jour pour jour, elle a été obligée de démissionner et de s'en aller parce que les prêteurs ont dit qu'on ne prête plus.

SONIA MABROUK : Monsieur le Premier ministre, c'est ce qui rend peut-être votre décision incompréhensible pour certains Français. Et ce soir, c'est peut-être le moment de la clarification, qui n'est d'ailleurs jamais venue véritablement politiquement ni à l'Assemblée, mais peut-être qu'elle viendra de votre part. La situation est donc grave, il n'y a pas de déni.

FRANÇOIS BAYROU : Et urgente.

SONIA MABROUK : Et urgente, nous l'avons compris. Peut-être tomberez-vous le 8 septembre sur le champ d'honneur de la dette. La messe semble dite. Peut-être que vous y croyez encore, mais le trou de souris ressemble aujourd'hui à un trou de fourmi. La question que je voulais poser tout à l'heure, vous n'avez pas répondu, monsieur le Premier ministre. En quoi ce n'est pas une fuite en avant ? Beaucoup, beaucoup de gens reconnaissent que vous êtes un lanceur d'alerte, même si parfois, peut-être, je l'ai dit tout à l'heure, vous avez approuvé certains budgets. Pourquoi prenez-vous le risque de partir de manière certaine le 8 septembre ?

FRANÇOIS BAYROU : Parce que si je n'ai pas l'assentiment minimal des Français et de ceux qui les représentent, il n'y a aucune politique courageuse possible. Vous êtes obligé de battre en retraite sur chacune des mesures. On l'a vu dans les gouvernements précédents. Et puis au bout du compte, vous vous trouvez censuré. Et il y a pire pour moi. S'il n'y a pas cet accord, pire alors à titre personnel et de mon histoire personnelle, s'il n'y a pas cet accord minimal, cette entente sur le diagnostic, alors la situation est présentée comme étant le pouvoir contre les Français, le haut contre le bas. Et toute ma vie, je me suis battu pour qu'au contraire, le bas soit reconnu, les Français de la base soient reconnus et respectés. Je ne veux pas conduire une politique contre eux.

MARC FAUVELLE : Mais on vous écoute depuis tout à l’heure, François Bayrou. On a le sentiment que vous avez presque intégré le fait qu'il n'y aura pas d'accord. Et certains vous soupçonnent même d'avoir en quelque sorte appuyé sur le bouton en réclamant votre confiance, en sachant qu'il n'y aurait pas de majorité, de prendre les Français à témoin comme vous le faites ce soir, sur ce plateau, en disant il faut réformer ce pays. Et si je n'y arrive pas, le projet du Parti Socialiste...

FRANÇOIS BAYROU : Ce n’est pas que je n'y arrive pas !

MARC FAUVELLE : …Tout ça pour être un jour une sorte de recours. Pouvez-vous répondre à cette question par la réponse la plus simple possible en disant si je quitte Matignon ce n'est pas pour briguer par exemple l'Élysée en 2027, donc ce que je fais aujourd'hui c'est pour la France et rien que pour la France.

FRANÇOIS BAYROU : Vous êtes extrêmement sympathique

MARC FAUVELLE : Quand on dit ça en début de réponse, généralement...

FRANÇOIS BAYROU : Mais je n'ai aucune envie d'entrer dans les hypothèses dans lesquelles vous voulez qu'on entre. Alors je vais expliquer le trou de souris.

DARIUS ROCHEBIN : Non, non, non, elle est noble.

FRANÇOIS BAYROU : On y revient après. Moi, je veux expliquer le trou de fourmi.

MARC FAUVELLE : Ça lèverait ce scénario.

FRANÇOIS BAYROU : Le trou de fourmi. Je suis absolument persuadé que ça peut bouger.

Comment ? Si les Français, dans la semaine qui vient, disent « mais tout ça est dingue », pourquoi c'est dingue ? On va avoir, pour faire tomber le gouvernement, Tu parles de l'exploit. C'est un gouvernement minoritaire, pas de majorité absolue, pas de majorité relative, qui depuis le premier jour est promis aux accidents les pires…

MARC FAUVELLE : Il risquait de tomber sur la censure de toute façon.

FRANÇOIS BAYROU : …Ceci, c'est franchement... Mais comment tombe-t-il, par l'alliance de trois partis qui sont non seulement hostiles entre eux, mais haineux entre eux, qui ont, on l'a vu, des propositions et des volontés strictement antagonistes.

DARIUS ROCHEBIN : C'est le jeu parlementaire. Le jeu démocratique

SONIA MABROUK :  C’est l’Assemblée qu’ont choisie les Français.

FRANÇOIS BAYROU : Ce n’est pas le jeu parlementaire. Ça n'est pas le jeu parlementaire. Je suis moi, depuis très longtemps, acquis à l'idée qu'ont les Allemands que quand on fait tomber un gouvernement, il faut se mettre d'accord sur le gouvernement suivant. C'est terriblement dangereux, la période dans laquelle on peut entrer.

SONIA MABROUK : Pour qui ? Est-ce que le roi est nu, monsieur le Premier ministre ? Le Président de la République ?

FRANÇOIS BAYROU : C'est pas de roi que l'on parle. On parle de peuple. C'est le peuple français qui est en danger. Parce que si on entre, comme ça risque beaucoup d'être le cas, dans une période de désordre, de chaos, que certains cherchent...

SONIA MABROUK : Qui ?

FRANÇOIS BAYROU : Vous savez bien.

SONIA MABROUK : Non. La situation est assez grave pour que vous les nommiez, M. le Premier ministre.

FRANÇOIS BAYROU : Et bien, il y a des forces politiques en France qui veulent le chaos.

SONIA MABROUK : Lesquelles ?

FRANÇOIS BAYROU : Et qui pensent que c'est sur le chaos qu'on construit la révolution. Et qui ne s'en cache pas. Jean-Luc Mélenchon a dit dix fois que le chemin c'était de tout conflictualiser, a-t-il dit, c'est-à-dire de transformer toute tension en affrontement, tout affrontement en guerre civile et qu'après il n'y a plus que...

DARIUS ROCHEBIN : François Bayrou, c'est facile d'attaquer les oppositions. Dans votre propre camp, Edouard Philippe, qui est censé vous soutenir, en tout cas dans votre logique, qui vous pousse dans l'escalier, qui dit la dissolution est inéluctable.

FRANÇOIS BAYROU : Et bien, je ne crois pas ça, la dissolution.

DARIUS ROCHEBIN : Qu'est-ce que vous lui répondez ?

FRANÇOIS BAYROU : La dissolution, on l'a vécue. On ne peut pas dire, le président de la République dit ça chaque fois qu'on en parle, on ne peut pas dire que la dissolution était une clarification magnifique. Et comme on n'a pas changé le mode de scrutin, je suis persuadé qu'il faut le faire. Et j'ai un projet prêt qui peut être présenté avec à la fois les avantages du scrutin de circonscription et les avantages du scrutin proportionnel comme nos voisins allemands l'ont. Tant qu'on ne change pas le mode de scrutin, vous avez beau dissoudre, vous allez retrouver exactement les mêmes divisions, les mêmes difficultés, les mêmes forces, les mêmes désordres, la même incapacité d'action.

SONIA MABROUK : Pourquoi l'histoire va se répéter forcément ? Le Front républicain va se répéter forcément ?

FRANÇOIS BAYROU : Non, je ne crois pas. Je pense que le Front républicain deviendrait impossible. Mais je pense que si vous imaginez que la progression de l'extrême droite vers une majorité relative, parce qu'on ne pense pas qu'il puisse en être autrement, ferait avancer les choses, je ne le crois pas.

DARIUS ROCHEBIN : Précisez cela s’il vous plait, c'est très important ce que vous venez de lâcher, parce que ça a été une circonstance déterminante, qu'on soit pour ou contre le barrage anti-RN, ça a été une circonstance déterminante. Pourquoi dites-vous que cette fois-ci, il n'aurait pas lieu ?

FRANÇOIS BAYROU : Parce que vous voyez bien la tension entre les forces qui présentaient le front dit républicain. Cette tension, elle est extrême. Je disais qu'ils se haïssent. Cette semaine…

DARIUS ROCHEBIN : Donc le RN progresserait ?

FRANÇOIS BAYROU : …Je ne remonte pas dans le temps. Cette semaine, aux universités d'été de LFI. Ce qui était chanté par toute la foule en chœur, c'était « tout le monde déteste le PS » . Et qu'a dit Faure ce matin ? Il a dit « je ferai un gouvernement », il imagine qu'il est à Matignon. Mais il n'y aura pas de LFI dans le gouvernement. Vous trouvez qu'on est devant des cohérences dans les temps mauvais comme on est, la stabilité, c'est une chose essentielle. C'est la réponse à votre question. Je me bats pour ça. La stabilité, c'est une chose essentielle. La possibilité de partager avec les citoyens la vision du pays et d'une situation, c'est une chose essentielle. La capacité à rassembler des forces, même différentes. Vous savez ce que pensent beaucoup de Français qui nous écoutent ? Pourquoi vous ne vous entendez pas ? Ils sont plus prêts de penser comme vous que comme moi qu'il y a un diagnostic partagé. Le problème, je crois, c'est qu'il n'y a pas de diagnostic partagé.

SONIA MABROUK : Mais vous avez donné des gages ce soir, M. Bayrou. Il est important de les résumer.

FRANÇOIS BAYROU : Je n'ai pas donné de gages, j'ai dit la vérité de ce que je pense.

SONIA MABROUK : Très bien. Sur la réforme de l'État, vous pouvez avancer. Sur certaines propositions, dispositions énoncées et résumées par le Rassemblement national, la porte n'est pas fermée. Ce sont quand même des mesures, des annonces qui sont assez importantes pour la semaine qui s'ouvre ?

FRANÇOIS BAYROU : Ni pour la question, ni pour le PS. Un certain nombre de questions d'organisation et un certain nombre de questions qui touchent même à la fiscalité. La porte n'est pas fermée.

SONIA MABROUK : Sur les hauts revenus ?

FRANÇOIS BAYROU : Sur les hauts revenus, peut-être sur d'autres organisations pour le patrimoine aussi. Mais penser qu'on va résoudre les problèmes du pays avec 31 milliards d'impôts supplémentaires qui portent sur les entreprises... Pour moi…

DARIUS ROCHEBIN : Mais Monsieur le Premier ministre, quitte à y aller avec panache, vous dites, ok, vous ouvrez les portes à tout le monde. On sent bien que vous avancez un peu masqué, parce que si vous étiez trop d'un côté, comme vous le dites, vous êtes sous le feu de l'autre. Pourquoi ne pas prononcer les mots qu'on a beaucoup entendus dans d'autres pays quand il y a eu de grandes réformes, c'est-à-dire sacrifice, rigueur, austérité ? On a l'impression que vous dites, « je suis monsieur vérité, mais, je m'arrête à un certain stade parce que je n'ose pas prononcer ces mots ». Pourquoi ?

FRANÇOIS BAYROU : J'ai déjà dit que vous étiez gonflé ? Alors je le répète, excusez-moi de vous dire, je suis depuis huit jours sous le feu continu des adversaires et d'un certain nombre d'observateurs parce que j'ai osé dire qu'il y avait un problème vital avec la question de la dette. J'ai osé dire qu'il fallait le résoudre maintenant.

DARIUS ROCHEBIN : C'est pas ça. Ces mots qui font mal à la bouche souvent des politiques…

FRANÇOIS BAYROU : Parce que ça n'est pas vrai. Si on veut vraiment sortir des 3000 milliards et quelque, si, c'est ça.

Eh bien, Darius Rochebin, il faut changer de métier. Il faut arrêter de faire l'observateur. Il faut que vous veniez de mon côté de la table.

DARIUS ROCHEBIN : Vous avez raison.

FRANÇOIS BAYROU : Venez de mon côté de la table. Et au lieu de dire, vous n'osez pas dire les mots que, pourquoi je ne dis pas austérité ? Parce que ce n'est pas de l'austérité.

MYRIAM ENCAOUA : C'est de la rigueur.

FRANÇOIS BAYROU : Non, c'est du sérieux. Encore une fois, des chiffres. Moi, j'aime bien les chiffres. Je suis un faux littéraire, comme vous le savez. Les chiffres. On a dépensé l'an dernier 100. Si on laisse les choses aller, on va dépenser 104 ou 105. Et nous, on dit qu'il faut dépenser 101, 101,5 parce qu'on freine la dépense. Ce n'est pas de l'austérité.

DARIUS ROCHEBIN : Mais vous savez bien que ça n'est qu'un début. François Bayrou, j'ai interviewé le chancelier d'Allemagne hier. Il me disait, il avait cette formule terriblement cruelle :  « Nous, 40 milliards, ce n'est pas beaucoup d'argent pour nous, eux vont investir 500 milliards parce qu'ils ont été vertueux pendant des années et des années. » Donc, même vos 44 milliards, en réalité, ça n'est qu'un début. Et vous le savez très bien.

FRANÇOIS BAYROU : Ça n'est qu'un début parce qu'il faudra l'an prochain faire des efforts du même ordre. Mais si nous avons réorganisé le pays, si nous avons trouvé une efficacité plus grande, si nous avons libéré les énergies comme on a l'habitude de le dire, alors à ce moment-là, l'activité du pays va répondre.

MYRIAM ENCAOUA: Donc vous allez vous battre jusqu'au bout, François Bayrou. On va essayer d'imaginer le jour d'après. Si vous êtes renversé, c'est pour l'heure le scénario qui semble écrit ce soir. Vous n'obtenez pas la confiance, vous présentez votre démission au président de la République, vous refuserez s'il vous renommait ?

FRANÇOIS BAYROU : D'abord, si vous voulez examiner le jour d'après…

MYRIAM ENCAOUA: Dans cette hypothèse.

FRANÇOIS BAYROU : S'il vous plaît, commencez par examiner le jour d'après si on gagne. Parce qu'à mes yeux, le jour d'après, si on gagne, l'horizon s'ouvre. On aura, on aurait franchi un obstacle considérable, et tout d'un coup des gens diraient, « mais ce pays qu'on croyait complètement déchiré, en fait, parce qu'il y a eu une prise de risque », et pour moi, la mission des politiques, on soupçonne toujours de vouloir se mettre à l'abri, éviter les obstacles, conserver leur rang et leurs privilèges, on aura montré là qu'on est capable de prendre des risques. Et les gens diraient, « grâce à cet épisode alors peut-être les choses peuvent changer ». Et comment faire ? Et bien, tous ceux qui nous écoutent, là, ils ont des réseaux, les jeunes, beaucoup dont c'est la vie qui est en jeu, et à qui on demande de se laisser surcharger encore de choses.

MYRIAM ENCAOUA : Mais vous l'avez expliqué longuement, François Bayrou.

FRANÇOIS BAYROU : Pour moi, l'hypothèse...

MYRIAM ENCAOUA : Vous ne répondez pas à ma question.

FRANÇOIS BAYROU : …Mais je vais répondre à votre question, ne vous inquiétez pas. Première hypothèse c'est que oui, en effet, on passe l'obstacle et ça change tout dans la conception même de la vie publique en France.

MYRIAM ENCAOUA : Si ça ne passe pas ?

FRANÇOIS BAYROU : Et si ça ne passe pas la constitution elle est simple, le Premier ministre remet sa démission au Président de la République.

MARC FAUVELLE : Il peut être renommé dans la foulée, est-ce que vous accepteriez ou pas ?

FRANÇOIS BAYROU : Ça dépend du Président de la République et je pense que le Président de la République, il ne fait pas des choses sans y réfléchir et sans penser aux conséquences. Quand vous êtes renversé, excusez-moi de le dire, vous êtes renversé.

MARC FAUVELLE : C'est fini dans ces cas là.

FRANÇOIS BAYROU : Non ce n’est pas fini…

MARC FAUVELLE : Il peut y avoir un Bayrou deux ?

FRANÇOIS BAYROU : …Commence le militantisme, commence la bagarre.

MARC FAUVELLE : La question n'est pas s’il y avait une vie après Matignon. Il peut y avoir deux vies à Matignon.

FRANÇOIS BAYROU : Commence la rencontre avec les Français. Je n'ai pas été Premier ministre toute ma vie. J'ai passé un certain nombre d'années respectables à ne pas être en situation de responsabilité.

MARC FAUVELLE : Mais pardon… est-ce qu’il y a des solutions de remplacement?

SONIA MABROUK : François Bayrou, pardonnez-moi, il y a votre sort. Parlons des Français parce que je sais que cela vous tient à cœur. Nous parlons d'un sujet majeur qui est celui de la dette. Peut-être qu'à l'issue de cet entretien, et d'autres que vous donnez, cette prise de conscience sera salutaire. Il y a d'autres sujets, monsieur le Premier ministre, et vous les connaissez très bien. Vous avez parlé d'un pays déchiré. Déchiré sur l'insécurité, déchiré sur la montée de la délinquance, déchiré aussi après un été marqué par des actes antisémites intolérables, inacceptables. La France ne serait pas la France sans les Juifs. Sauf que cette phrase, le président de la République ne l'a pas prononcée. Vous parlez, monsieur le Premier ministre, on vous entend beaucoup, on n'entend pas le président de la République. Il est muet, il ne parle pas, il est enfermé à l'Élysée sur des sujets majeurs, dont la dette et dont les autres. Est-ce que vous êtes capable de dire la même chose sur l'insécurité, sur la lutte contre l'antisémitisme ? Sur la délinquance et sur les autres sujets régaliens, qu'est-ce que vous venez de dire sur la dette depuis plus d'une heure ?

FRANÇOIS BAYROU : Absolument, et peut-être vous m'avez entendu au Crif, où j'ai prononcé un discours qui a été, je crois, salué par ceux qui étaient là. Je suis un défenseur de l'unité de la France, de l'unité du pays, de l'unité de la société française. Je suis un défenseur de cette unité au-delà de tout et, j'ai dit dans ce discours, l'âme juive, elle fait partie intégrante de l'identité de notre pays qui s'est construite au travers du temps. Le nombre de savants, le nombre de créateurs, le nombre de ceux qui participent à la vie intellectuelle du pays et qui appartiennent à cette immense histoire et à cette communauté essentielle. Ils sont l'âme de la France en même temps. Et je n'ai jamais séparé le pays en communautés. J'ai écrit, comme vous savez, plusieurs livres sur ce sujet-là. L'un d'entre eux, le livre que j'ai consacré à Henri IV, que j'ai appelé « Le roi libre », il y a en suscription cette phrase « Ce livre est dédié aux amoureux de la réconciliation ». Pour moi, il n'y a rien de plus, comment je peux dire, bouleversant que le moment où ceux qui se sont combattus se réunissent. Je sais très bien ce qu'est la force de l'antisémitisme. Il y a des antisémitismes de toute nature dans la société. Et aujourd'hui, en effet, en raison de ce qui s'est passé le 7 octobre, du pogrom du 7 octobre et de la suite du Liban, de l'Iran, de Gaza, aujourd'hui, la communauté juive est ciblée parce que ceux qui la ciblent croient que c'est Israël, que c'est la même chose. Et pour moi, communauté juive, Israël, politique d'Israël, ce n'est pas la même chose. Donc je suis, pas seulement par les déclarations, je suis un militant de l'Union des Français. Et j'ai tout à fait l'intention de l’être. Et ça passe par la sécurité. Je suis à la tête d'une collectivité locale où l'on fait baisser la délinquance. Il n'y en a pas beaucoup. Comment on a fait ? On a mis des caméras de surveillance contre mes oppositions qui prétendaient qu'il y avait là une atteinte aux droits de l'homme. On a mis une police municipale, nombreuse, On a mis une police municipale qui a même des groupes de police avec des chiens. On fait en sorte que jour et nuit, police municipale et police nationale travaillent ensemble. Et dans la lutte contre la drogue, c'est essentiel. Je vous dis un fait très simple. Tous les jours, 365 jours par an en moyenne tous les jours. La justice nous demande des images de ce qui s'est passé dans les rues. Et grâce à ça, on arrête des assassins, des violents, des chauffards, et on fait une ville plus sûre. C'est un droit de l'homme, et c'est un droit des plus fragiles.

DARIUS ROCHEBIN : Monsieur le Premier ministre, nous arrivons au terme, je ne sais pas si les caméras peuvent montrer cet endroit extraordinaire, c'est évidemment votre bureau qui a été un peu réaménagé.

FRANÇOIS BAYROU : Non, c'est le bureau du Premier ministre. Très bien, vous avez raison. Et on verra après le 9 ce qu'il en sera.

DARIUS ROCHEBIN : Ce sont des lieux chargés d'histoire. Je recommande, on peut aller sur l'INA, il y a des très beaux messages que De Gaulle, il arrive ici en 58 et il dit aux Français le régime des partis, c'est terminé, pour les grands choix de la nation, recours au peuple, grandes élections, présidentielles, référendums, etc. Est-ce qu'au fond, c'est la logique de ce que nous vivons aujourd'hui ? Vous avez dit depuis le début de l'émission, c'est très grave, c'est très urgent. Quand on est à ce degré de gravité, Est-ce que la logique, l'esprit de la Ve République ne commanderait pas d'aller voir demain Emmanuel Macron, lui dire, « Vous serez président de la République, il faut dissoudre parce que c'est le peuple français qui doit choisir. » Et ça n'est pas, respect à eux, mais ça n'est pas le président de tel parti, le président du sous-groupe, c'est le peuple français qui doit choisir. Si vous devez regarder dans les yeux les Françaises et les Français, on est solennels, mais comment leur expliquer : vous allez rester chez vous et ce sont les partis entre eux, qui, dans la semaine qui vient, au coin d'une table, vont dire... « Écoute, là-dessus, tu es d'accord, moi, je suis pas d'accord. » Que dire à ça ?

FRANÇOIS BAYROU : Pourquoi est-ce que j'ai fait tout ça, Darius Rochebin ? J'ai fait tout ça pour que les Français s'en soient saisis, directement. On n'a jamais parlé de ce sujet comme on en parle depuis huit jours. Avant, c'était silence, et on parle des mesures.

DARIUS ROCHEBIN : Parler, c'est une chose.

FRANÇOIS BAYROU : Voter. Oui. Et donc, c'est parce que les Français doivent en être saisis. Aujourd'hui, c'est au président de la République de l'apprécier. C'est sa décision. C'est sa prérogative et son pouvoir. Et il en est, je vous assure, absolument conscient avec gravité. Et il a raison de l'être, c'est sa prérogative. Mais les Français sont les arbitres. Quand vous vous trouvez avec des règles électorales qui conduisent inéluctablement à la situation dans laquelle nous sommes, au contraire de ce que tout le monde racontait, vous vous souvenez de ce temps où les gens disaient « mais votre idée est absurde parce que le scrutin majoritaire fait des majorités, le scrutin proportionnel fait des divisions ». Jojo regarde la situation comme elle. Et donc oui, je pense que si on était raisonnable, on changerait la règle électorale, parce que changer la règle électorale, comme vous en êtes un spécialiste en Suisse, changer la règle électorale, avoir la proportionnelle partout, ça veut dire des ententes entre les formations politiques. Et aujourd'hui en France, avec le mode de scrutin impitoyable que nous avons, avec la guillotine du scrutin majoritaire, il faut être pour ou contre, alors les gens choisissent d'être contre, parce que la prochaine élection arrive.

DARIUS ROCHEBIN : Merci beaucoup. Est-ce qu'on dit bonne chance en béarnais ? Vous parlez béarnais.

FRANÇOIS BAYROU : Oui un tout petit peu.

DARIUS ROCHEBIN : Comment est-ce qu'on dit ?

FRANÇOIS BAYROU : « Continuons le combat » (en béarnais).

DARIUS ROCHEBIN : Ah bien, continuons à le combattre.

SONIA MABROUK : C'est clair pour les Français.

DARIUS ROCHEBIN : Merci, monsieur le Premier ministre. Merci au nom des quatre chaînes que nous représentons ici, et avec Europe 1 qui nous diffusait. Merci à toutes celles et à tous ceux qui ont piloté cette émission, et merci évidemment à vous qui nous suivez ce soir. Excellente soirée à toutes et à tous.







https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250831-interview-bayrou.html




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29 août 2025 5 29 /08 /août /2025 14:08

(vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250831-bayrou.html


INAUGURATION DE LA 79E FOIRE DE CHÂLONS-EN-CHAMPAGNE
LE VENDREDI 29 AOÛT 2025
PAR LE PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU













https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250829-discours-bayrou.html



 

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