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16 avril 2019 2 16 /04 /avril /2019 19:36

(verbatim et deux vidéos)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190418-notre-dame-de-paris.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190415-notre-dame-de-paris.html



Déclaration du Président Emmanuel Macron du 15 avril 2019



Emmanuel Macron, le 15 avril 2019 à minuit  à Paris.



Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron du 16 avril 2019




Françaises, Français,

Mes chers compatriotes, l’incendie de Notre-Dame de Paris a profondément atteint dans leur esprit, dans leur cœur les Parisiens, les Français et le monde entier.

Cette nuit, nous sommes entrés dans cette cathédrale qui est celle de tout un peuple et de son histoire millénaire. Le feu venait d’être vaincu à peine. Les pompiers avaient arrêté l’incendie en prenant les risques les plus extrêmes et ils étaient là, autour de nous, avec leurs chefs, explorant les toitures dévastées. Ils avaient 20 ou 25 ans et venaient de tous les endroits de France, de tous les milieux mais ce que nous avons vu cette nuit ensemble à Paris c’est cette capacité de nous mobiliser, nous unir pour vaincre. Au cours de notre histoire, nous avons bâti des villes, des ports, des églises. Beaucoup ont brûlé ou ont été détruites par les guerres, les révolutions ou les fautes des hommes. A chaque fois, à chaque fois, nous les avons reconstruites.

L’incendie de Notre-Dame nous rappelle que notre histoire ne s’arrête jamais, jamais et que nous aurons toujours des épreuves à surmonter et que ce que nous croyons, en quelque sorte, indestructible peut aussi être atteint. Tout ce qui fait la France matérielle et spirituelle est vivant et, pour cette raison même, est fragile et nous ne devons pas l’oublier. Et c’est à nous les Françaises et les Français d’aujourd’hui qu’il revient d’assurer au long du temps cette grande continuité qui fait la nation française et c’est pour cela que ce soir je voulais de manière directe m’adresser à vous parce que c’est notre devoir aujourd’hui et c’est celui qu’il nous faut avoir en tête, rien de moins.

Je reviendrai vers vous comme je m’y étais engagé dans les jours prochains pour que nous puissions agir collectivement suite à notre grand débat mais ça n’est pas le temps aujourd’hui. Demain la politique et ses tumultes reprendront leur droit, nous le savons tous, mais le moment n’est pas encore venu. Souvenons-nous plutôt de ces dernières heures. Hier soir, cette nuit, ce matin, chacun a donné ce qu’il avait. Les pompiers ont combattu au péril de leur vie avec héroïsme. Les policiers, les soignants étaient là, comme à chaque fois. Les Parisiens se sont réconfortés. Les Français ont tremblé, émus. Les étrangers ont pleuré. Les journalistes ont écrit, les écrivains ont rêvé, les photographes ont montré au monde ces images terribles. Des riches comme des moins riches ont donné de l’argent. Au fond, chacun a donné ce qu’il a pu, chacun à sa place, chacun dans son rôle, et je vous le dis ce soir avec force nous sommes ce peuple de bâtisseurs. Nous avons tant à reconstruire. Alors oui, nous rebâtirons la cathédrale Notre-Dame plus belle encore, et je veux que cela soit achevé d’ici 5 années. Nous le pouvons, et là aussi, nous mobiliserons. Après le temps de l’épreuve viendra celui de la réflexion, puis celui de l’action, mais ne les mélangeons pas.

Ne nous laissons pas prendre au piège de la hâte.

J’entends, comme vous, je sais toutes les pressions. Je sais, en quelque sorte, l’espèce de fausse impatience qui voudrait qu’il faille réagir à chaque instant, pouvoir dire les annonces qui étaient prévues à telle date, comme si être à la tête d’un pays n’était qu’administrer des choses, et pas être conscient de notre histoire, du temps des femmes et des hommes. Je crois très profondément qu’il nous revient de changer cette catastrophe en occasion de devenir tous ensemble, en ayant profondément réfléchi à ce que nous avons été et à ce que nous avons à être, devenir meilleurs que nous ne le sommes. Il nous revient de retrouver le fil de notre projet national, celui qui nous a fait, qui nous unit, un projet humain, passionnément français.

Françaises, Français et vous tous, étrangers qui aimez la France et qui aimez Paris, je veux vous dire ce soir que je partage votre douleur, mais je partage aussi votre espérance. Nous avons maintenant à faire. Nous agirons et nous réussirons.

Vive la République et vive la France.

Emmanuel Macron, le 16 avril 2019 à 20h00 à Paris.


Source : www.elysee.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190416-allocution-macron.html


 

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19 mars 2019 2 19 /03 /mars /2019 03:22

« Il y a trois sortes d’hommes politiques : ceux qui troublent l’eau ; ceux qui pêchent en eau trouble ; et ceux, plus doués, qui troublent l’eau pour pêcher en eau trouble. » (Arthur Schnitzler, 1987 posthume).



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En feu. Le fameux restaurant où Nicolas Sarkozy avait passé sa soirée d’élection le 6 mai 2007 en bonne compagnie. Un symbole pour certains extrémistes de ce qu’ils haïssent le plus et qui, pourtant, n’est qu’un restaurant comme les autres, avec sa clientèle qui existe et qu’il sert, et qui fait vivre de nombreuses familles. Au moins, un restaurant ne vend pas d’armes.

C’est sûr que deux images se sont télescopées avec le très violent acte 18 des gilets jaunes de ce samedi 16 mars 2019. D’une part, la présence du très léger Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner dans une boîte de nuit dans la nuit du 9 au 10 mars 2019 (quelques heures après l’acte 17), et, d’autre part, la journée de ski du Président Emmanuel Macron à La Mongie le 15 mars 2019, à la veille d’une journée qui était annoncée comme très difficile et violente. Personne ne devrait reprocher aux responsables de l’État de se détendre entre deux stress, mais les images font mal et la moindre des décences reste qu’il leur aurait fallu se détendre avec discrétion et pas en fanfaronnant, volontairement ou pas.

C’est peut-être ce qui est reproché le plus à Emmanuel Macron, sa trop grande confiance en lui, penser que la résolution de la crise des gilets jaunes va passer par le grand débat national dont on ne sait pas vraiment s’il est déjà clos ou s’il joue aux prolongations. Déjà, ceux qui ont participé n’ont pas le même profil sociologique que ceux qui manifestaient au début sur les ronds-points. Ensuite, si la participation a été très élevée, et il faut le saluer, ceux qui ont participé n’ont aucune représentativité du peuple français, en tout cas, pas plus, mais pas moins non plus, que les gilets jaunes. Les sondages peuvent être trompeurs. Ils ne sont jamais faux, mais ils ne révèlent qu’une photographie instantanée d’un état d’opinion très versatile, très volatile, qui se périme très vite.

Le gouvernement a limogé le 18 mars 2019 le préfet de police de Paris. Il était déjà dans le viseur du gouvernement lors de l'affaire Benalla. Christophe Castaner a annoncé le même jour des sanctions dans la hiérarchie policière ; pense-t-il à lui-même ?

Samedi 16 mars 2019, les Parisiens ont vécu la même ultra-violence que le samedi 1er décembre 2018. Des actes honteux. Mise à sac. Vandalisme, notamment sur une plaque commémorative honorant la mémoire d’un policier victime de l’attentat du 20 avril 2017 aux Champs-Élysées, à quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle (probablement par homophobie). Le pire fut l’incendie d’un bâtiment en présence, au deuxième étage, d’une mère et son enfant, particulièrement éprouvés mais heureusement sauvés. Ce n’est rien d’autre qu’une double tentative d’assassinat, ou même, car c’est bien le but, un acte terroriste. Le but de ces groupes violents d’extrême gauche qui ne représentent qu’eux, c’est de terroriser les Français, les dirigeants politiques, les institutionnels.

Ne parlons pas de l’image déplorable de la France à l’étranger ni même des effets économiques de la crise des gilets jaunes (au moins 70 000 pertes d’emploi en quatre mois). Car c’est trop tôt pour en parler, il faut d’abord arrêter cette hémorragie de l’intelligence collective de toute urgence. Le seul bilan qu’il faut réduire au maximum, c’est le nombre des personnes blessées ou tuées. Le bilan humain était déjà désastreux. Le bilan politique est autre chose, mais ce qu’on peut imaginer sans trop se tromper, c’est que, quelles que soient les mesures prises à l’issue du grand débat national, rien n’arrêtera ces manifestations de la violence tous les samedis dans les centres-villes, d’autant plus que le printemps apporte un temps plus clément qu’en hiver.

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Je reviens au bilan humain. Il n’y a eu, à ce jour, heureusment aucun "Malik Oussékine", mais les provocateurs cherchent à ce qu’il y en est. C’est tout l’enjeu de la politique de sécurité que le gouvernement essaie de mettre en place. Il peut se rassurer sur les critiques qui lui sont adressées : si à gauche, pendant ces dernières semaines, on lui a reproché d’être trop violent, trop répressif, de blesser trop de manifestants avec des séquelles parfois irréversibles, à droite, on lui a reproché exactement l’inverse, de ne pas avoir assez riposté, d’avoir laissé faire les casseurs, d’être trop mou.

La vérité, c’est qu’aucun de ceux qui font ce genre de reproches ne ferait mieux que le gouvernement, même si le gouvernement pourrait sans doute mieux faire, et c’est ce qu’essaie de faire le Premier Ministre Édouard Philippe ce lundi 18 mars 2019 (notons qu’Édouard Philippe semble être redevenu le Ministre de l’Intérieur effectif, et qu’il semble compétent à ce poste).

Pourquoi ai-je écrit cela ? Parce qu’il n’y a pas à se voiler la face : ou les forces de l’ordre empêchent réellement les casseurs de casser, au point d’avoir contact et donc, confrontation physique, ou elle laisse faire. Dans la première hypothèse, il n’est pas exclu qu’il puisse y avoir des morts. D’où, pour l’instant, la seconde hypothèse qui a prévalu jusqu’à maintenant.

Dans sa chronique du 18 mars 2019, Laurent Joffrin explique assez clairement cette dualité : « Le gouvernement se pose en défenseur de l’ordre : il apporte donc une réponse avant tout répressive. Avec cette hantise compréhensible, qui est à son honneur : s’il provoque la mort d’un manifestant, il portera ce décès comme une croix et la situation risque de lui échapper encore plus. D’où les consignes contradictoires données aux forces de l’ordre : réprimez, mais pas trop. » ("Libération").

Il faudra aussi que les gilets jaunes prennent leurs responsabilités. C’est évident qu’il ne faut pas confondre gilets jaunes et casseurs, mais il est aussi clair que certains gilets jaunes sont des casseurs, et même, que beaucoup de gilets jaunes laissent faire d’un œil bienveillant. Sans gilets jaunes qui entourent les casseurs, les casseurs seraient plus facilement appréhendables.

On entend d’ailleurs beaucoup de gilets jaunes "pacifiques" dire qu’ils sont contre la violence, mais… : "c’est déplorable, mais la violence est le seul moyen de se faire entendre". "Se faire entendre" ? Mais que disent-ils vraiment ? Pour l’instant, on n’a toujours pas la réalité de "se faire entendre", quelles sont les revendications concrètes et explicites des gilets jaunes, à part être contre les institutions démocratiques ? Et vu comment les 15 milliards d’euros alloués le 10 décembre 2018 ont été accueillis, il est difficile de savoir ce qui satisferait réellement tous les gilets jaunes (en sachant en plus que les caisses de l’État sont complètement vides). J’écris bien "tous les gilets jaunes", car sinon, la crise se poursuivrait.

C’est cela aussi le terrorisme : face à des terroristes, un gouvernement même lâche ne pourra jamais leur montrer qu’il les a entendus. On frappe, on casse, on détruit, on tue seulement pour montrer qu’on peut le faire, certainement pas pour se faire entendre. Heureusement, on n’est pas encore au stade de tuer, mais les discours belliqueux de certains sur les réseaux sociaux peuvent faire craindre le pire.

Peut-être que c’est différent en termes d’échos : les médias sont plus friands d’actes violents que d’actes pacifistes, il suffit de voir comment la manifestation "pour le climat" (?) a été couverte en comparaison, alors qu’il y avait dix fois plus de participants.

Quatre-vingt-onze boutiques ont été détruites. S’en prendre aux boutiques et restaurants de luxe des Champs-Élysées (et même aux kiosques à journaux !), serait-ce vraiment le meilleur moyen de se faire entendre ? Au-delà des clichés habituellement entendus à cette occasion ("la plus belle avenue du monde") qu’on peut conjuguer simultanément avec des néologismes dont l’auteure est friande ("ensauvagement" selon Ségolène Royal le 17 mars 2019, mot qui existe déjà mais est très nouveau dans le vocabulaire politique, qui rappelle les "sauvageons" évoqués par Jean-Pierre Chevènement), ces dégradations s’en prennent autant aux riches qu’aux pauvres (au point d’avoir mis en danger la vie d’une famille), mais aussi révèlent l’archéo-idéologie de certains commentateurs.

Par exemple, comment peut-on parler de "lutte des classes" alors que ce sont des groupuscules extrémistes très violents qui ne représentent rien en termes démographiques ou sociologiques ? La grande délinquance et le crime organisé seraient-ils aussi l’illustration d’une "lutte des classes" ? À part le jeu d’enfants du gendarme et des voleurs, je ne vois pas où se situe la lutte des classes. Mais elle peut se révéler effectivement dans les commentaires de certains gilets jaunes disant en substance qu’ils ne vont pas pleurer le sort du propriétaire du Fouquet’s. C’est à cela qu’on perçoit les germes de totalitarisme et du terrorisme : quand la jalousie l’emporte sur l’État de droit.

Le gouvernement semble aujourd’hui changer de doctrine et le nouveau préfet de police de Paris va sans doute donner des consignes de confrontation directe avec les casseurs. Il y a un réel danger de bain de sang. Les responsables ne seront pas le gouvernement mais ceux qui, en actes ou seulement en paroles, prêchent depuis quatre mois la violence contre les institutions.

On a souvent moqué le "pas d’amalgame" entre terroristes islamistes et musulmans pacifiques. Pour éviter l’amalgame entre casseurs et gilets jaunes, il est temps que chaque gilet jaune dise clairement dans quel camp où il veut se placer : celui du droit ou celui du sang.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gilets jaunes : le syndrome du Fouquet’s.
Le vandalisme des radars par les gilets jaunes coûte cher en vies humaines.
Alain Finkielkraut, l’antisémitisme et la bêtise.
Gilets jaunes : les gros sabots de François Berléand.
Les risques d’un référendum couplé aux européennes.
Quatre idées reçues du Président Macron.
Grand débat national : un état des lieux plutôt que des opinions.
Marianne en gilet jaune sans filtre : Emmanuel Macron face aux citoyens.
L’incroyable prestation d’Emmanuel Macron à Grand-Bourgtheroulde.
Le grand n’importe quoi national selon Emmanuel Macron.
80 km/h : 116 vies humaines sauvées en 6 mois.
Vers la suppression de la limitation à 80 km/h ?
Rosa Luxemburg aurait-elle été gilet jaune ?
Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !
Les vœux du Président Emmanuel Macron pour l’année 2019.
L’an 2019, la peur jaune et l’état d’urgence économique et sociale.
Gilets jaunes : un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
La hotte du Père MacroNoël.
Ne cassons pas nos institutions !
Vive la Cinquième République !
La réforme Macron des institutions.
Non à la représentation proportionnelle aux élections législatives !
Gilets jaunes : angoisse versus raison.
Allocution du Premier Ministre Édouard Philippe le 4 décembre 2018 à Matignon (texte intégral).
Gilets jaunes : est-ce un soulèvement ?
La Révolution en deux ans.
Discours du Président Emmanuel Macron le 27 novembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
Gilets jaunes : Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Christophe Castaner, à l’épreuve du feu avec les "gilets jaunes".
L’irresponsabilité majeure des "gilets jaunes".
Gilets jaunes : démocratie des urnes et grognement des rues.
Les taxes sur les carburants compenseraient-elles la baisse de la taxe d'habitation ?
Le bilan humain très lourd de la journée des "gilets jaunes" du 17 novembre 2018.
Gilets jaunes, au moins un mort et plusieurs blessés : arrêtez le massacre !
Emmanuel Macron, futur "gilet jaune" ?
Le Mouvement du 17-novembre.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190316-gilets-jaunes-syndrome-fouquets.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gilets-jaunes-le-syndrome-du-213605

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/18/37188737.html



 

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26 février 2019 2 26 /02 /février /2019 17:51

(verbatim)

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190226-assurance-chomage.html


Discours du Premier Ministre Édouard Philippe sur l'assurance-chômage le 26 février 2019 à Matignon


La lutte contre le chômage reste notre premier objectif. La tendance que nous connaissons est meilleure : le taux de chômage est passé à la fin de l’année 2018 en dessous de 9% pour la première fois depuis 10 ans. On peut donc saluer ce résultat, mais il faut également constater que ce niveau reste trop élevé avec le 4ème plus fort taux de chômage européen, la France est l’un des seuls pays développés à ne pas avoir su apporter une réponse durable à cette question du chômage de masse.

Nous avons eu l’occasion de dire, avec Muriel Pénicaud, très tôt après la désignation du Gouvernement, qu’il n’existait pas un seul instrument qui permettrait d’avoir des résultats significatifs contre ce chômage de masse, et que nous allions devoir conjuguer différentes réformes pour obtenir des résultats.

Nous avons engagé ces réformes en commençant par refonder le cadre de notre droit du travail. Ça a été l’objectif des ordonnances de 2017 en donnant un espace sans précédent au dialogue social au plus près du terrain et en offrant plus de sécurité aux entreprises en matière de rupture du contrat de travail. Les premiers effets sont là, avec une baisse des contentieux et une hausse du nombre d’accords signés notamment dans les TPE : pour vous donner une illustration, dans une région comme la Bretagne, on a 15% d’accords de plus en un an à un niveau de 5400 accords et un quasi-doublement dans les entreprises de moins de 50 salariés.

Nous avons en 2018 engagé une réforme en profondeur de notre système d’apprentissage et de formation professionnelle avec le choix de privilégier enfin l’alternance en levant les blocages à son développement, et le choix de privilégier la formation des demandeurs d’emploi plutôt que les emplois aidés, avec le plan d’investissement pour les compétences qui engage des moyens financiers sans précédent pour la formation des demandeurs d’emplois.
Là aussi, les premiers résultats sont là : une hausse sans précédent depuis 1996 des contrats d’apprentissage et une baisse du chômage qui se confirme avec un taux de chômage de 8,8%.

La modification des règles de l’indemnisation du chômage constitue le troisième levier pour transformer notre marché du travail. Je voudrais commencer par dire ce qui semble évident mais ce qui doit néanmoins être dit : le principe d’une indemnisation chômage est un des fondements de notre modèle social. Il est bon, il est sain que nous ayons un système permettant de ne pas laisser seul et sans indemnisation, ceux qui, dans leur vie professionnelle, connaissent une interruption liée à l’activité économique. Il ne s’agit donc pas de revenir sur ce principe, mais bien au contraire de faire en sorte que ce principe puisse trouver une application efficace et durable. Car le système tel qu’il fonctionne aujourd’hui, qui s’est composé par une addition de règles, par une sédimentation de règles, pose un certain nombre de problèmes ou connait un certain nombre de dysfonctionnements.

D’abord, il ne permet pas de lutter efficacement contre le recours abusif aux contrats courts. Je voudrais donner quelques chiffres pour que chacun ait bien à l’esprit l’ampleur du sujet. En 15 ans, le recours au CDD de moins d’un mois a été multiplié par 3. 70% des embauches se font aujourd’hui en contrats de moins d’un mois et, c’est peut-être le chiffre qu’il faut le plus significativement soulever, dans 8 cas sur 10 c’est la même personne que l’on réembauche. Autrement dit, l’addition des règles telles qu’elles existent aujourd’hui - qui résultent de choix qui ont été faits bien avant ce Gouvernement - a conduit à une multiplication des contrats très courts qui concernent les mêmes personnes. Les salariés subissent des mois, voire des années une précarité continue, sans perspective d’évolution.

Ce statu quo n’est pas tenable et nous considérons que les entreprises doivent être beaucoup plus responsabilisées dans leur choix de recourir aux contrats courts. C’est d’autant plus nécessaire que les entreprises ont acquis plus de souplesses et de sécurité depuis la réforme du droit du travail. La contrepartie – vous avez noté que j’apprécie ce terme -, c’est une responsabilité accrue dans le recours aux contrats courts.

Recruter en contrat de chantier ou en CDI intérimaire, aménager le temps de travail pour gérer les périodes de creux d’activité, c’est possible, et c’est possible dans une atmosphère et dans un dialogue social renouvelé au sein de l’entreprise. C’est une vraie alternative à l’usage de contrats très courts. Vous comprenez bien qu’ayant libéré les entreprises des règles qui créaient des incertitudes défavorables à l’embauche, nous pouvons désormais refaire du CDI et des contrats longs la norme à l’embauche.

Deuxième sujet : il faut que le travail paye toujours plus que le chômage. Evidemment dans la plupart des cas, les règles d’indemnisation sont bien faites, elles sont justes et nous n’allons pas chercher à les remettre en cause. Mais il y existe des cas où le montant de l’allocation chômage mensuelle est plus élevé que le salaire mensuel moyen perçu antérieurement. Ce n’est pas la majorité des cas, mais ça existe. Et ce système a évidemment pour conséquence de maintenir les chômeurs dans une forme de précarité. Il est faussement à leur avantage puisqu’il permet aux entreprises de faire payer par la collectivité cette précarité, et qu’il installe les chômeurs dans une alternance entre le travail et le chômage. Or tout ceci existe à un moment où les entreprises expriment le fait, partout en France, et dans tous les secteurs, qu’elles ne parviennent pas à recruter durablement dans leur secteur. C’est quelque chose que nous ne pouvons plus accepter.

Enfin, c’est le troisième point, nous devons revoir notre système qui permet d’obtenir des niveaux d’indemnisation, pour les salaires élevés, qui sont 3 fois supérieurs à ce qui se passe chez nos voisins. La ministre du Travail donnera un certain nombre de chiffres en la matière. Il est clair que les règles d’assurance-chômage, qui ne protègent pas suffisamment contre la précarité, indemnisent dans le même temps à un niveau dépassant de très loin ce qui existe ailleurs en Europe, alors même que le marché du travail des cadres est au plein emploi.

J’ajouterai à ces objectifs, à ces trois dysfonctionnements qu’il nous faut corriger, un quatrième qui est celui d’un accompagnement plus efficace des chômeurs. Si nous formulons des règles plus exigeantes, ces règles doivent aller de pair avec une meilleure prise en charge des demandeurs d’emploi.

Nous devons donc agir. Tous ces constats, toute la nécessité d’y répondre, nous les avons formalisés dès septembre dernier, dans un document de cadrage qui a été transmis aux partenaires sociaux.

Nous avons laissé toutes ses chances à la négociation. Nous avons rédigé le document qui leur a été adressé après les avoir consultés et après avoir tenu compte de leur avis pour en élaborer le contenu. En affirmant le nécessaire désendettement de l’Unedic, nous avons pris soin de mentionner non pas un objectif budgétaire mais une fourchette d’économies suffisamment large pour que l’espace de discussion soit réel. Et nous avions indiqué aux partenaires sociaux que dès lors qu’ils atteindraient une cible à l’intérieur de cette fourchette, nous pourrions suivre leurs recommandations.

Je regrette évidemment très profondément qu’un accord n’ait pu être trouvé. J’ai parfaitement confiance qu’il n’était pas facile d’obtenir cet accord, parce que c’est toujours difficile de remettre à l’endroit un système qui s’est constitué par une sédimentation de règles année après année.

Nous allons donc reprendre ce dossier. La ministre du Travail va dès cette semaine engager de très larges consultations auprès des différents acteurs du marché du travail. Les partenaires sociaux seront évidemment consultés dans ce cadre, mais nous irons au-delà. Elle vous dira comment et autour de quels axes ces consultations vont être organisées.

A l’issue de cette phase de quelques semaines, j’indiquerai au printemps les paramètres et les mesures que nous retiendrons. Le décret sera ensuite élaboré afin d’être mis en œuvre pendant l’été 2019.

Édouard Philippe, Paris le 26 février 2019

Source : gouvernement.fr

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190226-discours-edouard-philippe.html

 

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21 février 2019 4 21 /02 /février /2019 03:27

« Et s’ils cherchent un responsable, dites-leur, dites-leur chaque jour, vous l’avez devant vous ! Le seul responsable de cette affaire, c’est moi et moi seul ! (…) Celui qui a fait confiance à Alexandre Benalla, c’est moi, le Président de la République. Celui qui a été au courant et qui a validé l’ordre, la sanction de mes subordonnés, c’est moi et personne d’autres ! (…) S’ils veulent un responsable, qu’ils viennent le chercher ! » (Emmanuel Macron, le 24 juillet 2018 à Paris).


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Fanfaronnade présidentielle ? Quelle imprudence, quelle témérité, ou, à choisir, quel sentiment de toute-puissance a donc piqué le Président Emmanuel Macron quelques jours après l’éclatement de l’affaire Benalla ? C’était le 24 juillet 2018, à la Maison de l’Amérique latine à Paris où le Président de la République était venu à l’improviste parler devant son gouvernement et l’ensemble des députés LREM réunis avant le début de la pause estivale. Une déclaration dont il ne pouvait pas ignorer l’écho médiatique dévastateur à court et long termes. Cette dernière phrase ("Qu’ils viennent me chercher !") fut même reprise ad nauseam par les gilets jaunes comme motif de son arrogance et de leur colère.

Sentiment de toute-puissance ou sentiment d’impunité ? Non, un Président de la République n’a pas de sentiment d’impunité. À la rigueur, il a une immunité qui le protège pour pouvoir exercer son mandat sans querelles judiciaires qui mettraient la parole de la France en péril dans un monde en grande transformation. Non, ce n’est pas le Président de la République qui peut avoir ce sentiment d’impunité, mais tout son entourage, son aréopage, petits ou importants, qui gravite autour de lui. Cocarde, gyrophare, passeport diplomatique, et même arme illégalement portée en présence du Président de la République. Un proche du Président de la République, on ne le contredit pas, on ne le vexe pas, on ne l’empêche pas d’aller là où il veut aller, d’obtenir les papiers administratifs qu’il veut. Au-delà de toutes les procédures.

C’est un peu cela que les sénateurs, lentement mais sûrement, ont voulu pointer en présentant ce mercredi 20 février 2019 le rapport de la commission des lois concernant l’affaire Benalla, le rapport, pour être plus exact, de la "mission d’information sur les conditions dans lesquelles des personnes n’appartenant pas aux forces de sécurité intérieure ont pu ou peuvent être associées à l’exercice de leurs missions de maintien de l’ordre et de protection de hautes personnalités et le régime des sanctions applicables en cas de manquements", ayant les prérogatives d’une commission d’enquête selon l’article 5 ter de l’ordonnance n°58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires et conformément à l’article 51-2 de la Constitution (depuis la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008). Cette commission, présidée par Philippe Bas, ancien ministre et actuel président de la commission des lois, a été créée le 23 juillet 2018 pour une période de six mois (jusqu’au 23 janvier 2019) et a pour corapporteurs une représentante de la majorité sénatoriale, Muriel Jourda, et un représentant de l’opposition sénatoriale, Jean-Pierre Sueur (lui-même ancien ministre et ancien président de la commission des lois). Le rapport a été publié le 20 février 2019 et peut être lu ici.

L’affaire Benalla n’est pas une simple péripétie individuelle d’un collaborateur de l’Élysée qui s’est pris un peu trop pour Dieu et qui a fait n’importe quoi. Il s’agit du fonctionnement du cœur de nos institutions, et en ce sens, les sénateurs estiment que c’est une affaire très grave : « Le Président de la République française a donc des responsabilités particulières. Il peut engager de lui-même la force armée. La dissuasion nucléaire repose sur lui. Dans un monde où la compétition entre les nations s’accélère et où le terrorisme peut à tout instant se manifester par de nouvelles actions criminelles, la sécurité du Président français n’est donc pas seulement importante pour sa personne, sa famille et ses proches, elle est vitale pour la continuité de la Nation et pour la défense de nos idéaux et de nos intérêts dans le monde. Elle concerne la République tout entière. Elle ne peut donc être traitée comme étant l’affaire du seul chef de l’État. ».

Philippe Bas a voulu que les auditions fussent filmées et retransmises en direct à la télévision dans un souci de transparence et de démocratie. En tout, la commission a rassemblé 30 documents complémentaires correspondant à plus de 500 pages et a organisé 34 auditions pendant plus de 44 heures. Elle a entendu en tout 48 personnes, en particulier : Alexis Kohler, Patrick Strzoda, François-Xavier Lauch, général Éric Bio Farina, Alexandre Benalla, Vincent Crase, Jacques Toubon, Jean-Yves Le Drian, Gérard Collomb, Christophe Castaner, Michel Delpuech, Alain Bauer, etc.

Philippe Bas a aussi affirmé une chose très grave à propos d’Alexandre Benalla : « Ayant minutieusement examiné les déclarations de M. Benalla, sans même qu’il soit nécessaire de s’interroger par ailleurs sur l’infraction qu’il a pu commettre aussi en refusant de répondre à des questions qui lui étaient posées, [le président et les rapporteurs de la commission] ont estimé que celui-ci avait fait sous serment des réponses mensongères sur plusieurs points : les motifs de sa demande de permis de port d’arme à la préfecture de police, la restitution des passeports diplomatiques qui lui avaient été attribués et sa participation à un contrat de protection conclu entre la société Mars et les représentants d’un chef d’entreprise russe, sans préjudice d’autres mensonges susceptibles d’être mis en évidence par une enquête judiciaire. Ils ont donc décidé de demander au bureau du Sénat de saisir le procureur de la République de Paris pour que des poursuites puissent être engagées à l’encontre de M. Benalla, mais aussi de M. Crase, en raison des contradictions apparues entre les dépositions sous serment et les informations crédibles publiées au cours des dernières semaines des travaux de la commission par plusieurs médias. ».

Les deux hommes risquent cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende pour un témoignage mensonger sous serment. Alexandre Benalla avait aussi refusé de répondre à certaines questions lors de sa seconde audition pour éviter, selon lui, de s’auto-incriminer.

Par ailleurs, Patrick Strzoda et d’autres proches collaborateurs d’Emmanuel Macron pourraient être, eux aussi, inquiétés pour faux témoignage : « Si les plus proches collaborateurs du chef de l’État, et en particulier M. Strzoda, directeur de cabinet, ont utilement contribuer à la recherche de la vérité sur de nombreux points, la présentation qu’ils ont faite des missions exercées par M. Benalla était contredite par les éléments de fait réunis au cours des travaux de la commission, qui témoignent d’une implication réelle de l’intéressé dans la mise en œuvre de la sécurité du Président de la République. Le procureur de la République de Paris devrait donc se prononcer sur ce point. ».

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Mais le plus grave pour la sûreté de l’État, c’est ce "contrat de sécurité privée d’un oligarque russe" : « De telles relations d’affaires ont pu faire de MM. Benalla et Crase les maillons faibles de la sécurité du chef de l’État en les plaçant sous la dépendance d’intérêts étrangers. ». Cette réflexion peut faire froid dans le dos : si Alexandre Benalla n’avait pas violenté un manifestant le 1er mai 2018, probablement que ce genre de contrat serait passé totalement inaperçu et qu’Alexandre Benalla serait toujours en service à l’Élysée !

Rappelons enfin que les sénateurs n’étaient pas en rivalité avec la justice : « La commission n’a pas empiété sur les prérogatives de l’autorité judiciaire : bien au contraire, quand la Justice a reçu la demande de communication du dossier de permis de port d’arme d’Alexandre Benalla qu’elle avait saisi, elle a admis la compatibilité de cette demande avec l’instruction en cours et levé les scellés, afin de permettre aux rapporteurs de la commission d’obtenir la copie que le gouvernement refusait de leur adresser. ».

Le rapport s’est focalisé sur quatre points :

1. Les sanctions pour Alexandre Benalla après le 1er mai 2018 : la commission « regrette l’incompréhensible indulgence de la hiérarchie ». Avec cette interrogation : « Ce qui frappe, ce n’est pas la sanction infligée en mai, mais bien la confiance maintenue jusqu’en juillet. ». En clair, la commission estime que les sanctions n’étaient pas réelles.

2. La nature de l’activité réelle d’Alexandre Benalla à l’Élysée : ce point reste toujours aussi obscur à la fin des auditions. Le rapport pointe les contradictions entre la hiérarchie d’Alexandre Benalla qui a toujours affirmé que son rôle était mineur et les grands avantages (rémunération, voiture et appartement de fonction, arme, passeports diplomatiques, etc.) dont il bénéficiait (l’appartement étant réservé à ceux qui ont une "mission exceptionnelle").

3. Les graves défaillances des autorités compétentes pour s’assurer du retrait effectif d’Alexandre Benalla après son licenciement : passeports, téléphone secret, etc. sont restés en possession d’Alexandre Benalla jusqu’en décembre 2018 voire janvier 2019, une fois seulement le fait connu dans les médias.

4. Enfin, avec l’affaire dans l’affaire, probablement la plus grave, cette histoire des contrats russes qui révèle l’insuffisance des contrôles lors du recrutement des collaborateurs de l’Exécutif : « Les révélations sur "l’affaire des contrats russes" tendent à établir l’existence de conflits d’intérêts majeurs. ». Si cette existence était confirmée, cela « constituerait non seulement une faute déontologique majeure pour les intéressés, mais également un risque pour la Présidence de la République et, à travers elle, pour l’État. ». En résumé, par ces recrutements un peu "légers" : « Il est certain que la Présidence de la République a pêché par manque de précaution, en ne prenant pas toutes les mesures qui paraissaient nécessaires pour s’assurer que les intérêts privés de certains e ses collaborateurs n’interféreraient pas avec l’exercice de leurs fonctions et ne compromettaient pas leur indépendance. ».

L’objectif d’un tel rapport n’est pas de critiquer le pouvoir exécutif (il n’y a donc aucune "manœuvre politique" comme voudrait le faire croire l’Élysée), mais de formuler des propositions ou recommandations pour éviter, à l’avenir, la répétition des dysfonctionnements constatés. Le rapport en précise ainsi treize dans trois domaines : la sécurité du Président de la République, la transparence dans le fonctionnement de l’Exécutif (notamment la fin des collaborateurs "officieux" et la fin des conseillers communs au Président de la République et au Premier Ministre « pour respecter la distinction constitutionnelle des fonctions présidentielles et gouvernementales ») et, enfin, les pouvoirs de contrôle renforcés du Parlement.

Malgré la sévérité du rapport, il faut aussi savoir le mettre en perspective : c’est la première fois qu’une assemblée parlementaire critique ouvertement la gestion de l’Élysée. Ce n’est pas forcément parce que, auparavant, l’Élysée était irréprochable. Au contraire, jusqu’à une période récente, ce qu’il se passait à l’intérieur de l’Élysée était complètement opaque et aucune enquête ni parlementaire ni judiciaire n’était même envisageable.

Il faut se rappeler les écoutes téléphoniques massives organisées depuis l’Élysée sous François Mitterrand pour éviter que ne fût ébruitée l’existence de Mazarine. Il faut se rappeler les activités opaques puis le suicide suspect le 7 avril 1994 de François de Grossouvre, chargé justement de gérer l’existence de cette famille parallèle et ayant eu aussi de nombreuses relations diplomatiques secrètes, à l’intérieur même des locaux de l’Élysée et qui ne firent l’objet d’aucune enquête sérieuse et approfondie (alors qu’il bénéficiait toujours d’un bureau à l’Élysée, d’une voiture avec chauffeur et d’un garde du corps, François de Grossouvre n’avait plus aucune fonction officielle depuis 1985 !).

Il faut aussi se rappeler qu’il n’y a un budget de l’Élysée que depuis 2005 (grâce à la LOLF, loi organique n°2001-692 du 1er août 2001 relative aux lois de finances). Avant, il y avait de l’argent, mais toujours opaque, sans que les parlementaires ne pussent contrôler la manière dont il était dépensé à la Présidence de la République.

On revient donc de loin, mais la transparence fait maintenant partie des demandes légitimes des citoyens pour respecter leurs élus. À l’évidence, la publication de ce rapport sénatorial est une nouvelle étape dans la démocratisation de nos institutions, dans le fait que le chef de l’État ne peut pas tout chez lui, qu’il est aussi astreint aux règles classiques de l’État de droit. C’est l’honneur des sénateurs d’avoir su le faire de manière très courtoise et dépassionnée.

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Car c’est aussi la leçon de cette "séquence" : Jacqueline Laffont, l’avocate d’Alexandre Benalla, a eu tort, à mon avis, de répandre sur les plateaux de télévision le 20 février 2019 le fait que les sénateurs seraient tombés dans la passion des circonstances et dans la vague médiatique contre Alexandre Benalla, voire contre Emmanuel Macron. La réalité, c’est que les sénateurs ont, au contraire, refusé d’être influencés par les pressions médiatiques et qu’ils ont pris leur temps (sept mois !), qu’il n’ont jamais voulu juger Alexandre Benalla mais simplement le fonctionnement de l’État, des différentes administrations, qu’ils ont voulu écouter le point de vue de tout le monde, mais il fallait bien admettre, et constater publiquement, que certains ont pris les sénateurs de la mission d’enquête pour des imbéciles.

La commission d’enquête de l’Assemblée Nationale s’est auto-dissoute dès le 26 juillet 2019 (après seulement sept jours d’existence), la majorité refusant d’interroger des membres du cabinet présidentiel. Au contraire, la commission d’enquête du Sénat a été beaucoup plus perspicace et tenace, a su faire son travail malgré des pressions (le corapporteur Jean-Pierre Sueur a parlé de pressions exercées par la Ministre de la Justice Nicole Belloubet sur leurs travaux), et a fait un travail de recherche des faits, donc d’éléments indiscutables.

À ceux qui n’en seraient pas convaincus, le Sénat a montré son utilité, sa précieuse utilité : par son mode d’élection, les sénateurs ne subissent pas les pressions politiciennes et partisanes que subissent nécessairement les députés. Ils ont pu donc enquêter dans le calme pour chercher finalement l’intérêt national (cette recherche est constructive puisqu’ils ont proposé treize mesures pour améliorer le fonctionnement de l’État).

À cela, il faut ajouter un dernier point : la remise en cause de l’existence même du Sénat par le Président Emmanuel Macron dans sa lettre aux Français du 13 janvier 2019, alors qu’Emmanuel Macron n’avait même pas prévenu le Président du Sénat Gérard Larcher, a sans doute renforcé les sénateurs dans leur détermination, dans leur soif d’indépendance pour mener leur enquête le plus loin possible, sans concession et hors de toute pression.

Non seulement le Sénat est utile aux institutions, mais probablement qu’il est leur salut pour que la Cinquième République retrouve sa pleine respectabilité. C’est d’ailleurs dans la tradition républicaine depuis 1958 que le Sénat s’est  toujours retrouvé en opposition avec le Président de la République, courtoisement mais fermement. Que les sénateurs ici en soient vivement remerciés et encouragés à rester aussi indépendants du pouvoir exécutif !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Affaire Benalla : l’attaque frontale des sénateurs.
Rapport de la mission sénatoriale sur l’affaire Benalla le 20 février 2019 (à télécharger).
Benalla en prison : vers la fin de l’impunité ?
Alexandre Benalla dans les traces de Jérôme Cahuzac.
Jérôme Cahuzac.
Audition de Jérôme Cahuzac le 26 juin 2013 (texte intégral).
Audition d’Alexandre Benalla au Sénat le 21 janvier 2019 (vidéo à télécharger).
Audition d'Alexandre Benalla au Sénat le 19 septembre 2018 (vidéo à télécharger).
Benalla vs Sénat : 1 partout.
Audition de Patrick Strzoda au Sénat le 25 juillet 2018 (vidéo à télécharger).
Patrick Strzoda et le code du travail à la sauce Benalla.
Exemplaire et inaltérable la République ?
Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190220-benalla.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/affaire-benalla-l-attaque-frontale-212847

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/20/37117227.html


 

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 14:42

La commission des lois du Sénat a examiné le mercredi 20 février 2019 dans la matinée le rapport réalisé par la mission d'enquête sur l'affaire Benalla. On peut désormais lire ce rapport.

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport sénatorial (fichier .pdf) :
http://www.senat.fr/rap/r18-324-1/r18-324-11.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190219-benalla.html
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190220-benalla.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190220-rapport-senat-benalla.html


 

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20 février 2019 3 20 /02 /février /2019 03:18

« Fondez une Société des honnêtes gens, tous les voleurs en seront. » (Alain, 1914).


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Personne ne se réjouira de la mise en détention d’une personne, surtout si elle n’est pas une criminelle. Mais il est probable que l'arrestation et la mise en détention provisoire de l’individu Alexandre Benalla le mardi 19 février 2019 dans la soirée, à la veille de la publication du rapport sénatorial sur l’affaire qui porte son nom, n’attristeront pas ceux qui pensent que l’ancien collaborateur de l’Élysée doit être traité de la même manière que n’importe quel justiciable.

Alexandre Benalla était sous contrôle judiciaire mais selon les derniers rebondissements, il n’aurait pas respecté les conditions de celui-ci, ce qui expliquerait cette détention provisoire (qui ne l’empêche pas de bénéficier de la présomption d’innocence).

Depuis décembre 2018, Alexandre Benalla est "rejeté" par ses anciens employeurs, et en particulier par le Président Emmanuel Macron, mais ce qui était absolument incompréhensible, c’est qu’aucun collaborateur du chef de l’État (dont certains quittent aujourd’hui l’Élysée) n’ait su protéger le Président de la République en installant un cordon sanitaire étanche dès le 2 mai 2018, c’est-à-dire, dès que les faits reprochés à Alexandre Benalla ont été connus des services de l’Élysée.

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Après une première audition plus ou moins convaincante (plutôt plus que moins d’ailleurs) le 19 septembre 2018, les sénateurs de la commission des lois du Sénat se sont vraiment senti pris pour des imbéciles lors de sa seconde audition le 21 janvier 2019, car Alexandre Benalla a refusé de répondre à des questions précises et même, peut-être, leur a menti sous serment.

Les révélations des semaines qui ont suivi laissent entendre qu’Alexandre Benalla, plus ou moins en accord avec l’Élysée (plutôt moins, ou même pas du tout, si l’on en croit le directeur de cabinet Patrick Strzoda), aurait servi d’intermédiaire entre des chefs d’État africains et la France. Le dossier le plus explosif est toutefois la négociation d’un contrat privé alors qu’il était encore salarié de l’Élysée avec un oligarque russe proche de Vladimir Poutine. Il y a dans ces révélations (dont la justice devra démêler le vrai du faux) une impression de mélange des genres qui ne sent pas très bon.

Ce qui est troublant, c’est que cette affaire Benalla est comme des cellules cancéreuses, chaque fois qu’un sujet d’interrogation éclate, il se multiplie et fait plusieurs autres sujets annexes, et ainsi de suite. Il est probable qu’Alexandre Benalla ne sera plus que son affaire pendant au moins plusieurs années.

L’a-t-il cherché ? ou l’a-il mérité ? Je ne le sais pas. Ce qui en revanche paraît certain, c’est que son insolence et sa légèreté face aux institutions de la République, et en particulier au Sénat qui, à cet égard, a de quoi s’enorgueillir pour avoir su gratter là où cela faisait mal tout en respectant scrupuleusement tant sa mission juridique (qui concerne l’organisation des pouvoirs publics), la justice (il n’y a pas rivalité mais complémentarité) que la personne même d’Alexandre Benalla (qui a toujours été respecté et dont la présomption d’innocence a toujours été respectée), ont installé une impression d’impunité dont les gilets jaunes qu’on dira "violents" n’ont pas bénéficié (et cela à juste titre).

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C’était l’histoire d’un type qui côtoyait les puissants, et en particulier les deux derniers Présidents de la République, et qui se croyait puissant lui-même. Le voici en prison pour l’aider à réfléchir sur la légalité de ses actes. L’affaire judiciaire ne fait que commencer.

Quant aux sénateurs de la commission des lois du Sénat, ils se réunissent ce mercredi 20 février 2019 à 8 heures à la Salle n°216 du Palais du Luxembourg pour examiner le rapport de la "mission d’information sur les conditions dans lesquelles des personnes n’appartenant pas aux forces de sécurité intérieure ont pu ou peuvent être associées à l’exercice de leurs missions de maintien de l’ordre et de protection de hautes personnalités et le régime des sanctions applicables en cas de manquements", dont les rapporteurs sont Muriel Jourda (LR) et Jean-Pierre Sueur (PS), ancien président de la commission des lois (2011-2014). Ils devraient notamment demander des poursuites pour faux témoignages. Dès sa publication, ce rapport sera lisible ici.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport de la mission sénatoriale sur l’affaire Benalla le 20 février 2019 (à télécharger quand il sera publié).
Benalla en prison : vers la fin de l’impunité ?
Alexandre Benalla dans les traces de Jérôme Cahuzac.
Jérôme Cahuzac.
Audition de Jérôme Cahuzac le 26 juin 2013 (texte intégral).
Audition d’Alexandre Benalla au Sénat le 21 janvier 2019 (vidéo à télécharger).
Audition d'Alexandre Benalla au Sénat le 19 septembre 2018 (vidéo à télécharger).
Benalla vs Sénat : 1 partout.
Audition de Patrick Strzoda au Sénat le 25 juillet 2018 (vidéo à télécharger).
Patrick Strzoda et le code du travail à la sauce Benalla.
Exemplaire et inaltérable la République ?
Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190219-benalla.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/benalla-en-prison-vers-la-fin-de-l-212820

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5 février 2019 2 05 /02 /février /2019 03:36

« Une belle idée qui n’aboutit pas vaut mieux qu’une mauvaise qui voit le jour. » (Pierre Dac, 1972).



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Au fil des débats auxquels il a participé, le Président Emmanuel Macron a essayé de pourfendre quelques idées reçues, en particulier concernant sa politique engagée depuis vingt mois. Néanmoins, dans ses échanges, il est tombé aussi, parfois, dans certaines idées reçues. Je me permets ici d’en citer quatre, sans prétendre à l’exhaustivité dans ce domaine, évidemment.


Idée reçue numéro une : le chômage se résoudra par la formation professionnelle

L’une des idées d’Emmanuel Macron est de faire une grande réforme de la formation continue. C’est un serpent de mer. On en parlait déjà il y a une dizaine d’années, ce n’est pas nouveau. L’idée est de rendre plus efficace, plus "productif", l’argent dépensée en formation professionnelle : qu’elle soit directement en rapport avec les besoins du marché de l’emploi.

Emmanuel Macron, et il n’a pas été le premier à le dire depuis une dizaine d’années, s’est ainsi plu à parler (souvent à partir d’exemples concrets, réels) d’entreprises qui n’arrivaient pas à recruter les bonnes compétences, qui avaient des postes non pourvus.

Ces situations existent évidemment, et nécessitent une réponse plus adéquate qu’aujourd’hui en termes de formation ou d’immigration (effectivement, s’il n’y a pas la compétence dans la communauté nationale, il faut la recruter à l’extérieur), mais elles sont évaluées à environ 300 000 emplois non pourvus. On est bien loin des plus de 4 millions de demandeurs de "vrai" emploi, c’est-à-dire correspondant à leurs compétences et à leur projet de vie.

Cela signifie que si cette action sur l’efficacité de la formation continue est évidemment nécessaire, elle est très largement loin d’être suffisante pour atteindre le plein-emploi. C’était pourtant la seule piste qu’a donnée Emmanuel Macron à Bourg-de-Péage concernant sa politique contre le chômage.


Idée reçue numéro deux : l’investissement locatif n’est pas productif

Emmanuel Macron n’aime pas les propriétaires d’immobilier. Il pense que ce sont des rentiers d’argent dormant. J’exagère peut-être même s’il y a mille sens au verbe "aimer", mais ce qui est sûr, c’est qu’il ne considère pas que l’argent investi dans la pierre soit de l’argent utilement investi dans l’économie.

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Plusieurs actes le démontrent : il veut supprimer la taxe d’habitation, et on sait bien que par effet ricochet, la taxe foncière (celle qui impose les propriétaires de logement) va forcément augmenter car elle devient l’un de derniers leviers des collectivités territoriales.

De même, la suppression de l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune, basé sur le patrimoine d’un foyer fiscal) a parallèlement été l’occasion de créer un nouvel impôt, l’IFI, qui est le même ISF mais uniquement sur la base du patrimoine immobilier (c’est sûr qu’on ne peut pas délocaliser les logements acquis quelque part).

Au-delà de l’erreur politique de ne pas avoir gardé le même nom à ce nouvel impôt sur la fortune, l’idée d’Emmanuel Macron, c’est qu’il faut encourager l’investissement sur des actions, sans prendre en compte qu’un investisseur anciennement imposé à l’ISF, sauf patriotisme forcené, peut aussi bien investir en France qu’à l’étranger (au même titre que redonner du pouvoir d’achat ferait augmenter la consommation, mais pas forcément au bénéfice des entreprises françaises).

Pourtant, l’investissement locatif est évidemment un investissement utile à l’économie nationale, et il est même indispensable de l’encourager encore pour répondre à la demande de nouveaux logements et réduire aussi les prix du marché qui jouent aussi sur la rareté de l’offre. Il aurait été donc plus cohérent de supprimer vraiment, c’est-à-dire complètement, l’ISF en ne gardant pas plus sa base immobilière que mobilière (notons d’ailleurs que ce nouvel impôt sur le patrimoine immobilier touche plus les petites fortunes que les très grosses qui ont une autre puissance d’investissement que les "petits" épargnants, "petits" restant cependant très relatif puisqu’il s’agit quand même de "fortunés").


Idée reçue numéro trois : on peut distinguer les routes dangereuses et pas dangereuses

S’il y a un domaine où Emmanuel Macron est sur le point de sombrer dans la démagogie, c’est sur la sécurité routière. Grand spécialiste de l’accidentologie routière, le professeur Claude Got l’a récemment épinglé à ce sujet : « Monsieur le Président, quand vous indiquez que l’on peut trouver "une manière plus intelligente de mettre en œuvre" la limitation de vitesse à 80 kilomètres par heure, cette phrase sous-entend un manque d’intelligence chez ceux qui l’ont proposée et décidée. Elle dévalorise la mesure, réduit son acceptabilité et finalement son efficacité. Elle légitime l’absence de respect de cette nouvelle règle. Une caractéristique est constamment vérifiée en matière de sécurité routière : les annonces modifient les comportements avant qu’elles ne deviennent effectives. » (20 janvier 2019).

L’actuel Président serait plutôt du même avis que son lointain prédécesseur, Georges Pompidou, qu’on cite ad nauseam (en oubliant alors qu’il fut aussi employé de chez Rothschild, il n’y a pas de petite récupération ni de grande contradiction), à savoir, qu’il faudrait arrêter d’emm@rder les Français (sous la période pompidolienne, la mortalité se mesurait à plus de 15 000 personnes tuées par an, avec un réseau et un parc automobiles beaucoup moins développés), et comme Emmanuel Macron a besoin de se raccommoder avec les élus locaux, la sécurité routière serait un bon levier qui, grand avantage, n’alourdit pas le budget de l’État.

Le "deal", en effet, ce serait à la fin de donner aux présidents des conseils départementaux la responsabilité de mettre la limitation de vitesse à 80 ou à 90 kilomètres par heure sous prétexte qu’ils sont responsables de l’entretien des routes départementales. Ce serait très habile car cela flatterait les élus locaux, mais ce ne serait pas très cohérent ni très responsable.

Pas très cohérent : depuis quand les mesures de sécurité routière doivent-elles être décentralisées ? comment serait-il possible qu’il y ait des routes qui traverseraient les départements avec des limitations de vitesse différentes ? où serait la logique du conducteur de bonne volonté ?

Mais surtout, pas très responsable, car, je le répète ici encore une fois, la mortalité routière ne dépend pas de l’état de la route, mais de la densité du trafic. Les routes les plus mortelles sont les plus denses en trafic, pas les plus abîmées.

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Je termine ce point par l’excellente réflexion de l’éditorialiste politique Thomas Legrand le 29 janvier 2019, lui-même sanctionné à cause d’excès de vitesse : « Quel est le chiffre, le taux, que l’on veut faire diminuer ? Celui de l’impopularité des responsables politiques ou celui des morts sur la route et de l’émission de carbone dans l’air ? Si c’est le premier, alors il faut revenir sur les 80 km/h, si c’est les seconds, alors il faut garder la mesure sur l’ensemble du réseau routier, au moins pour la tester quelques années. ».

Et d’affirmer avec force : « Les élus locaux ne sont-ils pas les mieux placés pour en juger ? Eh bien non. S’il y a un domaine où il faut faire confiance aux spécialistes (osons le gros mot, aux technocrates), c’est bien celui-là. Il n’y a rien de plus contre-intuitif que l’accidentologie. Ce sont (hors autoroutes) sur les routes droites, apparemment sûres, bref, celles sur lesquelles on s’autorise à aller vite, qu’il y a le plus de morts. Alors que sur les petites routes tortueuses, sur lesquelles on ne peut pas aller vite, on constate moins d’accidents. La mortalité dans les Alpes n’est pas plus élevée que dans la plate Beauce. (…) Mais en ces temps de "gilet-jaunisation" forcée de tous les sujets, la complexité n’est pas particulièrement de mise. ».


Idée reçue numéro quatre : le scrutin proportionnel représente mieux le peuple

Le mode de scrutin est un sujet que j’ai déjà évoqué ici (et là). C’est un sujet crucial dans la bonne marche de notre démocratie représentative et je comprends mal qu’il ne soit pas constitutionnalisé pour empêcher qu’une majorité de circonstance ne cherche à se perpétuer en changeant la règle du jeu dans son propre intérêt (ce qu’avait tenté de faire François Mitterrand pour les élections législatives du 16 mars 1986).

Emmanuel Macron a dit à Bourg-de-Péage comme si c’était une évidence que le scrutin proportionnel permettait une meilleure représentation du peuple, ce qui est faux à plusieurs titres. C’est un sujet pour lequel il n’avait pas semblé avoir beaucoup de conviction avant la campagne présidentielle de 2017 et il avait d’ailleurs accepté et ajouté cet élément de son programme pour sceller son alliance avec François Bayrou.

Parlons déjà du projet précis d’Emmanuel Macron qui est en attente au Palais-Bourbon : un rapport (mystérieux) a prouvé, par des projections reprenant les résultats des élections de juin 2017, que le projet préconisé réduirait la représentation pluraliste de groupes politiques de l’opposition actuellement présents. Au lieu de l’augmenter, comme il l’affirme.

Mais plus généralement, le scrutin proportionnel, qui veut que les partis politiques décident totalement, complètement, des noms et de l’ordre des candidats, permettrait une meilleure représentation des partis politiques, et en particulier des partis les plus établis, mais pas du tout une meilleure représentation du peuple, des citoyens.

Il y a une réelle incohérence intellectuelle et politique de la part d’une majorité des gilets jaunes qui voudraient le scrutin proportionnel alors qu’en même temps, ils dénigrent, parfois avec raison, l’ensemble des partis politiques (et des syndicats, et des institutions en général). Or, le scrutin proportionnel ne fera la part belle qu’aux partis, aux partis déjà existants, et sûrement pas au citoyen qui n’aura plus la possibilité de choisir ses candidats, qui sera bloqué de choisir entre plusieurs listes.

D’ailleurs, son "opposé", l’actuel scrutin majoritaire, est le scrutin de l’électron libre par excellence : combien de candidats, fustigés et condamnés par leur parti respectif, et donc "dissidents", ont-ils malgré tout été élus contre les candidats "officiels" de leur parti ? L’exemple le plus frappant le 17 juin 2012 fut l’élection d’Olivier Falorni (réélu en 2017), candidat dissident du PS contre Ségolène Royal (aidé d’ailleurs de Valérie Trierweiler, mais ça, c’est une autre histoire).

Enfin, comment les députés pourraient-ils mieux représenter les Français si aucune majorité n’était capable de se former, si le gouvernement redevenait aussi impuissant qye sous la Quatrième République alors qu’il y a tant défis économiques, écologiques, diplomatiques, militaires aujourd’hui ?

Ce serait la mort, assurément, de la démocratie représentative qu’on tente aujourd’hui, dans un esprit responsable, de vouloir la sauvegarder en l’améliorant. Mais il faut se garder de préconiser des remèdes qui l’achèveraient. À l’instar de Pierre Dac (cité au début de l’article), il vaut mieux ne rien entreprendre que de créer de nouveaux problèmes très graves.

Car les institutions républicaines sont aujourd’hui la seule chose de réellement efficace dans notre pays, il faut absolument les maintenir et les stabiliser si l’on veut résoudre les problèmes économiques et sociaux bien plus importants et urgents, aux yeux des Français, que de précipiter le pays dans une aventurière paralysie des institutions qui pourrait être définitive et fatale. Nous n’aurons pas de second De Gaulle


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les risques d’un référendum couplé aux européennes.
Quatre idées reçues du Président Macron.
Grand débat national : un état des lieux plutôt que des opinions.
Emmanuel Macron face aux citoyens : Marianne en gilet jaune sans filtre.
Grand débat avec Emmanuel Macron le 24 janvier 2019 à Bourg-de-Péage (vidéo intégrale).
Les leçons du Traité d’Aix-la-Chapelle.
Texte intégral du Traité franco-allemand signé le 22 janvier 2019 à Aix-la-Chapelle (Aachen).
Débat citoyen avec Emmanuel Macron et Angela Merkel le 22 janvier 2019 à Aix-la-Chapelle (vidéo intégrale).
Grand débat avec Emmanuel Macron le 18 janvier 2019 à Souillac (vidéo intégrale).
L’incroyable prestation d’Emmanuel Macron à Grand-Bourgtheroulde.
Grand débat avec Emmanuel Macron le 15 janvier 2019 à Grand-Bourgtheroulde (vidéo intégrale).
Le grand n’importe quoi national selon Emmanuel Macron.
La lettre à tous les Français d’Emmanuel Macron le 13 janvier 2019 (à télécharger).
Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !
Les vœux du Président Emmanuel Macron pour l’année 2019.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 31 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
L'an 2019, la peur jaune et l'urgence économique et sociale.
Gilets jaunes : un référendum sur l’ISF ? Chiche !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
Allocution du Président Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 à l’Élysée (texte intégral).
La hotte du Père MacroNoël.
Ne cassons pas nos institutions !
La Révolution en deux ans.
Ivan Tourgueniev, toujours d'actualité ?
Emmanuel Macron, futur "gilet jaune" ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 11 novembre 2018 à Paris.
10 et 11 novembre 2018 : la paix, cent ans plus tard.
Emmanuel Macron et le Vel’ d’Hiv’.
Dossiers de presse à télécharger sur les célébrations de 1918.
La Grande Guerre, cent ans plus tard.
Maréchal, vous revoilà !
Texte intégral de l’allocution du Président Emmanuel Macron le 16 octobre 2018.
Emmanuel Macron : la boussole après les horloges.
Les nouveaux ministres dans le détail (16 octobre 2018).
Les étagères de l’Élysée.
La Cinquième République.
La réforme des institutions.
L’affaire Benalla.
La démission de Gérard Collomb.
La démission de Nicolas Hulot.
La démission de François Bayrou.
Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
Édouard Philippe, invité de "L’émission politique" sur France 2 le 27 septembre 2018.
La France conquérante d’Édouard Philippe.
Le second gouvernement d’Édouard Philippe du 21 juin 2017.
Le premier gouvernement d’Édouard Philippe du 17 mai 2017.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Pourquoi voter Bayrou ?
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.

_yartiMacron2019012404



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https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/quatre-idees-recues-du-president-212294

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3 février 2019 7 03 /02 /février /2019 02:24

« Afin que les espérances dominent les peurs, il est nécessaire et légitime que nous nous reposions ensemble les grandes questions de notre avenir. (…) Au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre. » (Emmanuel Macron, Lettre aux Français, 13 janvier 2019).



_yartiMacron2019011505

Depuis trois semaines, les deux têtes de l’Exécutif ne lésinent pas sur leur énergie faire vivre ce grand débat national. Le Président de la République Emmanuel Macron a débattu avec des maires de Normandie le 15 janvier 2019 à Grand-Bourgtheroulde, avec des maires d’Occitanie le 18 janvier 2019 à Souillac, avec de "simples citoyens" (dont des gilets jaunes) le 24 janvier 2019 à Bourg-de-Péage, avec des maires de communes d’Outremer réunis le 1er février 2019 à l’Élysée, enfin, avec d’autres citoyens le 4 février 2019 à Évry. Le Premier Ministre Édouard Philippe a lui aussi débattu avec les Français le 25 janvier 2019 à Sartrouville, le 31 janvier 2019 à Juvisy-sur-Orge, et le 31 janvier 2019 à Lénax (dans l’Allier). Quasiment tous ces débats avec le pouvoir exécutif ont été retransmis en direct par les chaînes d’information continue, sauf le débat avec les maires d’Outremer (LCI a commencé à diffuser les premières minutes et s’est vite lassée, si bien que France Ô, vouée à disparaître sur le réseau national TNT, a pris la relève). Sans compter qu’Emmanuel Macron a rencontré des journalistes à l’Élysée le 31 janvier 2019 (ce qui est rare, au contraire de son prédécesseur).

Au fil des débats, les thèmes et les réponses reviennent forcément, ce qui laisse une certaine limite au principe de ces échanges. Je crois, comme je l’ai dit, que ce grand débat national, qui est un grand déballage national, a peut-être son utilité "psychologique" (le sentiment de ne pas se sentir écouté est très partagé), mais risque de mal finir "politiquement", car comment assurer qu’on écoute si l’on ne concrétise pas les propositions multiples des uns et des autres, parfois antagonistes ? Cela va forcément engendrer des frustrations et des déceptions, sans compter l’angoisse de la déstabilisation sociale, économique, fiscale, institutionnelle, de toute la société pendant cette période de grande incertitude.

_yartiMacron2019011302

Pour l’instant, la participation au grand débat national est plutôt un succès : au 2 février 2019, il y a 3 234 réunions passées ou prévues et 161 060 contributions (je ne retrouve pas le nombre de 550 000, communiqué par le gouvernement il y a quelques jours, mais je n’ai pas compté les comptes-rendus de réunions locales).

Le sociologue Bruno Latour, invité de la matinale de France Inter le 18 janvier 2019, ne trouvait pas cohérent, quand on est au pouvoir, élu sur un projet, d’inciter les citoyens à donner leurs propositions pour leur pays, car c’est le rôle d’une campagne présidentielle, mais il aurait trouvé judicieux que cette expression des citoyens fût provoquée par une autre question : pas "que proposez-vous ?" mais "quels sont les problèmes que vous rencontrez dans la vie de tous les jours ?". Cela aurait eu l’avantage de poser un audit, un diagnostic avant de chercher à proposer des solutions. On ne résout bien les problèmes qu’en les posant bien initialement.

En clair, Bruno Latour aurait préféré inciter les Français à faire un état des lieux exhaustif des difficultés rencontrées dans le pays, plutôt que leur demander leurs opinions alors que certains sujets demandent à prendre de la hauteur, nécessitent parfois des connaissances approfondies, et surtout, imposent de prendre en considération l’intérêt général et pas son propre intérêt (résoudre mes problèmes personnels) ou des intérêts catégoriels de toutes sortes.

La responsabilité d’un gouvernement, l’acte politique fort, c’est ce qu’il propose comme réponse à cet état des lieux, pas satisfaire les propositions de tout le monde. C’est le gouvernement qui est le mieux placé (et c’est son boulot d’ailleurs) de faire des propositions politiques, mais ce sont les citoyens qui sont les plus aptes à décrire la situation réelle du pays. En substance : "Il ne faut pas demander aux gens leurs opinions, il faut leur demander de décrire les situations dans lesquelles ils sont".

Ce n’est pas vers quoi l’on tend avec ce grand débat national. Cela ressemble plus à une campagne électorale où l’Exécutif veut autant écouter que se justifier, c’est-à-dire, expliquer sa propre politique. Et dans cet art, Emmanuel Macron excelle, évidemment. On aura du mal à parler d’arrogance après ces échanges. On peut parler de distance, voire de fossé (sa vie n’est pas celle que partagent la plupart des Français), mais parler d’arrogance, c’est concrètement contradictoire avec ce qu’il est en train de faire maintenant, s’asseyant humblement au milieu des autres à prendre en face, yeux dans les yeux, les critiques les plus vives et à y répondre le plus simplement possible.

Chose intéressante, Emmanuel Macron est prêt à ramer à contre-courant et à chasser les idées reçues. Dans ses échanges à Bourg-de-Péage, le 24 janvier 2019, il l’a fait plusieurs fois, notamment à propos de lui-même, de la critique d’avoir été chez Rothschild, etc.

Visiblement, il était en colère froide (« Je ne suis pas né avec une cuillère dans la bouche. », oubliant "en argent") lorsqu’il a rappelé qu’il s’est fait tout seul et grâce à l’éducation de ses parents, qu’il n’a pas été le fils d’énarque, qu’il n’a pas été le fils d’un banquier, et que toutes les responsabilités qu’il a obtenues étaient méritées. Il a même été jusqu’à dire que si son ancien employeur bancaire n’avait pas été Rothschild mais un nom plus "ordinaire", il n’y aurait pas eu toutes ces critiques, laissant entendre que l’antisémitisme était une part de la motivation de toutes ces critiques.

Notons au passage que je ne vois aucun problème à ce qu’une personne ayant travaillé pour un grand groupe privé fasse de la politique et s’investisse au service de tous les citoyens et de l’intérêt général (dès lors qu’il a quitté ses fonctions et son emploi dans ce groupe privé). Ce qui est plus douteux et critiquable, voire scandaleux, c’est plutôt l’inverse : après avoir eu de grandes responsabilités politiques (du moins publiques), ayant eu accès à des réseaux et à des informations parfois très sensibles, les utiliser pour son intérêt privé et celui d’un éventuel employeur privé (ce fut le cas de José Manuel Barroso, mais pourrait aussi l’être, dans une moindre mesure, celui d’Alexandre Benalla). Chez les hauts fonctionnaires (au service du bien public), on appelle cela d’ailleurs "pantouflage" qui est une pratique malsaine de mélange des genres.

Mais là, Rothschild, c’était personnel et pas politique. Plus intéressant, ce fut sur le (fameux) "référendum d’initiative citoyenne". Pour s’opposer au principe généralisé du référendum pour tous les sujets, Emmanuel Macron a fait un développement intéressant sur le déficit de confiance vis-à-vis d’institutions intermédiaires chargées de donner la "vérité" sur des sujets très techniques (scientifiques, médicaux, économiques, juridiques, etc.).

Or, aujourd’hui, avec ce qu’on appelle "fake news", il y a une offensive très intense pour mettre les citoyens dans l’erreur en diffusant des fausses informations, qui sont crues d’autant plus facilement qu’ils ne portent plus crédits à des organismes qui ont cette connaissance et cette compétence. Il est vrai que les communiqués optimistes sur les nuages radioactifs après la catastrophe de Tchernobyl n’ont pas aidé au maintien de cette confiance.

_yartiMacron2019012403

Beaucoup d’exemples sont à l’esprit : récemment, sur le Traité d’Aix-la-Chapelle, mais aussi sur le TCE où n’importe quoi a été dit (rétablissement de la peine de mort, augmentation du temps de travail à 48 heures par semaine, etc.), ce qui a fait infléchir l’opinion de beaucoup d’hésitants.

Emmanuel Macron a donné l’exemple très instructif du Brexit : il y a trois ans, les promoteurs du "oui" (au Brexit) ont dit n’importe quoi pour faire triompher leurs vues, que les Britanniques gagneraient immédiatement 30 ou 40 milliards d’euros, que l’immigration serait stoppée, qu’il serait facile de quitter l’Union Européenne du jour au lendemain. Maintenant qu’on a du recul (et ce n’est pas terminé), on voit comment c’est compliqué de sortir de l’Union Européenne, à la suite de près de trois ans de négociations douloureuses et épuisantes, que le mur avance à vitesse rapide sans aucune solution (Brexit sans "deal"), que cela va coûter très cher aux Britanniques, que l’immigration n’est pas stoppée. Et d’ailleurs, les promoteurs démagogues du Brexit ne s’y sont pas trompés, poules mouillées, ils ont déserté les responsabilités politiques, ils se sont bien gardé de faire le service après-vente de leur victoire référendaire…

Dès lors qu’il n’y aurait plus d’institutions dignes de confiance pour délivrer une parole de vérité, scientifique, économique, etc., quand je dis "dignes de confiance", c’est-à-dire dont les informations, vérifiables, sont comprises et acceptées de tous, une campagne référendaire serait une pleine jungle sans règles où les groupes de pression les plus habiles ou les plus puissants imposeraient "leurs" vérités et influenceraient de manière déterminante la réponse des citoyens. En somme, le règne de l’ultralibéralisme si décrié, mais décliné sur le plan démocratique. Cela sert à cela, la démocratie représentative : des régulations pour que la parole du peuple ne soit pas une parole de tyrannie (je rappelle la belle définition de la démocratie par Albert Camus : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. »).

C’est pourquoi Emmanuel Macron considère qu’il y a un travail à faire en amont avant de verser systématiquement dans la "démocratie directe" pour que tous les citoyens puissent être éclairés convenablement de la réalité, c’est-à-dire, du point de départ, de l’existant, avant de prendre position pour l’avenir.

Cette confrontation des idées, Emmanuel Macron l’apprécie et même l’adore, et sans doute que cela l’a aidé dans sa conquête inattendue (et parfaitement démocratique) de l’Élysée. Cette capacité à tordre les idées reçues est intéressante, mais malheureusement, cela ne l’exonère pas de diffuser lui-même des idées reçues et de les prendre comme bases pour de futures propositions politiques. C’est l’objet de mon prochain article.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Quatre idées reçues du Président Macron.
Grand débat national : un état des lieux plutôt que des opinions.
Emmanuel Macron face aux citoyens : Marianne en gilet jaune sans filtre.
Grand débat avec Emmanuel Macron le 24 janvier 2019 à Bourg-de-Péage (vidéo intégrale).
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Institutions : attention aux mirages, aux chimères et aux sirènes !
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Édouard Philippe, invité de "L’émission politique" sur France 2 le 27 septembre 2018.
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La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
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Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Pourquoi voter Bayrou ?
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.

_yartiMacron2019011501



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25 janvier 2019 5 25 /01 /janvier /2019 03:27

« Donnez-moi un pays où ces discussions entre les citoyens et le Président de la République, on peut les avoir. » (Emmanuel Macron, le 24 janvier 2019 à Bourg-le-Péage).


_yartiMacron2019012401

C’est tout le paradoxe de la démocratie et de la liberté, on peut crier librement qu’on n’est pas en démocratie et que la liberté est bafouée. Pour des nations comme la France, la démocratie et la liberté sont certes toujours à perfectionner, à améliorer, à renforcer, elles ne sont jamais acquises, mais il est faux de dire que nous ne sommes pas en démocratie et que nous ne sommes pas en liberté. Le fait de pouvoir l’exprimer publiquement infirme le propos lui-même !

Ce qu’a rappelé le Président Emmanuel Macron ce jeudi 24 janvier 2019 devant trois cents citoyens, dont des gilets jaunes, à Bourg-de-Péage (dans la Drôme), dans un échange direct qui n’était pas initialement prévu (les participants au débat animé notamment par Didier Guillaume, ancien sénateur-maire PS de Bourg-de-Péage et nouveau Ministre de l’Agriculture, ne savaient pas qu’ils auraient la visite de cet illustre débatteur). On peut regarder la vidéo de l’événement ici.

Il faut rajouter à cette phrase mise en tête d’article que c’est aussi la première fois qu’un Président de la République française se prête au jeu. Emmanuel Macron, excellent dans la confrontation directe, sans discours préalablement écrit (comme Thiers, très bon débatteur mais liseur ennuyeux de ses textes préparés), dans la spontanéité des arguments, s’est déjà prêté à ce jeu du dialogue avec les citoyens trois fois : une fois le 15 janvier 2019 à Grand-Bourgtheroulde devant six cents maires de Normandie (vidéo ici), une fois le 18 janvier 2019 à Souillac devant six cents maires d’Occitanie (vidéo là), et maintenant, sans filet, sans filtre des élus locaux, directement avec le peuple, celui des gilets jaunes mais aussi des autres, de tous les autres, le 24 janvier 2019 à Bourg-de-Péage.

_yartiMacron2019012402

Finalement, le filtre des maires était très mince : les citoyens non élus ont respecté Emmanuel Macron autant que les maires l’ont respecté, ce qui est heureux dans une démocratie avancée où la politesse et la courtoisie sont le minimum qu’on peut attendre d’un dialogue engagé entre le peuple et le pouvoir.

C’est très nouveau en France, mais aussi partout dans le monde. En France, Nicolas Sarkozy aurait sans doute pu, moins bien sûrement, se prêter à cet exercice. Il avait fait une tentative pas très spontanée en se faisant questionner, dans plusieurs émissions de télévision, par plusieurs "citoyens" triés sur le volet (notamment le 12 mars 2012 sur TF1 dans la cadre de la précampagne présidentielle), mais le filtre était bien plus épais que celui des élus locaux. En revanche, François Hollande, trop obsédé par son dialogue avec les journalistes, en aurait été bien incapable, tout comme Valéry Giscard d’Estaing, pour une autre raison, celle de la condescendance quasi-aristocratique. Quant à François Mitterrand et Jacques Chirac, cela n’aurait été que d’éventuelles opérations de communication plus ou moins réussies. François Mitterrand avait vaguement réussi à se montrer blécâ devant Yves Mourousi le 29 avril 1985 sur TF1 alors que Jacques Chirac avait lamentablement avoué à la télévision le 14 avril 2005 à des jeunes qui participaient à l'émission qu’il ne les comprenait pas à l'occasion du débat référendaire sur le TCE.

Cela me fait d’ailleurs penser que la France, du coup, a dépassé les États-Unis dans les échanges directs, ce qui est peut-être une question de génération. Il y a un certain temps, j’ai travaillé pour un grand groupe industriel américain dont le cœur de métier est l’innovation, et je n’avais que trois liens hiérarchiques avec le CEO (l’équivalent de PDG), là où, dans une entreprise français équivalente, j’aurais eu au moins une dizaine de liens hiérarchiques, et l’étonnant, c’était que j’avais la possibilité, chaque année, de le rencontrer et de lui parler personnellement, pas seulement, comme en France, d’assister à des grand-messes avec tous les salariés du groupe, mais j’aurais eu aussi la possibilité de lui parler directement, yeux dans les yeux, si j’avais une idée à laquelle je tenais et que je voulais faire avancer, et que ma "hiérarchie" aurait refusée ou freinée.

Mais sur le plan politique, c’est beaucoup plus rare. Emmanuel Macron, on voit au contraire qu’il s’épanouit dans ce type d’échanges. Il a participé à un débat de ce genre pas plus tard que le 22 janvier 2019 à Aix-la-Chapelle (vidéo ici), en compagnie de la Chancelière Angela Merkel, en marge de la signature du Traité d’Aix-la-Chapelle, avec des étudiants d’Aix-la-Chapelle (Aachen). Il avait déjà eu ce même type d’échanges au même endroit, à Aix-la-Chapelle, le 10 mai 2018.

À Bourg-le-Péage, Emmanuel Macron a ainsi tenté d’expliquer ses positions politiques, j’y reviendrai probablement. Il avait auparavant visité une maison de jour pour personnes âgées, à la retraite donc, qui confectionnaient des décorations pour la Saint-Valentin. Le Président de la République y a passé beaucoup de temps, discutant à droite et à gauche, ses interlocuteurs semblaient à peine intimidés. Quand un retraité lui a montré sa fiche de retraite, il lui a expliqué qu’il faisait partie sans doute de la génération privilégiée du Baby Boom, à savoir, quel lorsqu’ils étaient actifs, ils finançaient la retraite de peu de personnes âgées car il y a eu beaucoup de morts lors des deux dernières guerres, et que maintenant, la natalité a baissé et il y a beaucoup plus de retraités par actif. C’est parce que les retraites sont financées par redistribution et pas par capitalisation (modèle qu’il veut conserver) que le système de retraites est perturbé par les effets démographiques.

J’ai déjà exprimé ici (et je la renouvelle) mes réticences sur ce grand débat national, parce que je le considère comme anxiogène, capable de remettre en cause beaucoup d’éléments de stabilité de la société française, et parce que l’issue de ces débats suscitera forcément beaucoup de frustration et le sentiment de ne pas avoir été écouté par le pouvoir. Par ailleurs, son champ d’application est trop vaste, trop multiple, et le temps imparti (deux mois) beaucoup trop court.

Mais il est néanmoins patent que l’initiative présidentielle est un grand succès. Pour preuve, depuis deux semaines, on ne parle plus que de cela dans les médias et pas des blocages de ronds-points des gilets jaunes. Le grand succès, il peut aussi se mesurer par l’initiative des citoyens et des élus qui ont organisé à ce jour (25 janvier 2019) déjà 1 255 rencontres (passées ou à venir) pour échanger sur les quatre thèmes proposés par le gouvernement. C’est énorme !

Et cela donne une idée du besoin d’expression. En fait, cet exercice, je le faisais au moins deux ou trois soirs par mois quand j’étais étudiant, engagé dans un mouvement politique, avec une dizaine d’autres qui voulaient, comme moi, réinventer le monde, le rendre meilleur, plus juste, plus logique, plus facile. Nos contributions, nous les faisions bien sûr remonter, jusqu’à des ministres, des candidats à la présidentielle, etc. Mais ceux qui n’ont jamais eu d’engagement politique (c’est-à-dire la très grande majorité des citoyens), ils n’ont pas eu accès à ce genre de débat sauf dans des structures de type "café du commerce" sans jamais aucune remontée vers ceux qui décidaient.

_yartiMacron2019012403

C’est cela qu’aura réussi à enclencher Emmanuel Macron : créer du lien. Oui, aller dans une réunion de débat national, il faut être un peu fou, finalement. On peut y aller seul, parmi plein d’inconnus et les moins timides sont capables de prendre la parole, de donner leur point de vue, parfois, d’expliquer la difficulté de leur situation personnelle. Cela crée de l’empathie et cela crée du lien. Une complicité à la fois intellectuelle et affective.

Car finalement, comme tous les mouvements sociaux, le mouvement des gilets jaunes, au-delà de leurs revendications, a lui aussi créé du lien, c’est pour cela qu’il est difficile de l’arrêter (il a même été à l’origine, il me semble, d’un mariage, félicitation !). Au début du mouvement, on entendait beaucoup de gilets jaunes dire qu’ils se croyaient seuls dans la situation de ne pas pouvoir joindre les deux bouts, et sur les ronds-points, ils se sont aperçus qu’ils n’étaient pas seuls, que beaucoup étaient dans ce cas. Cette prise de conscience a aussi créé des liens, des liens humains qui resteront (on peut l’espérer).

D’ailleurs, Laurent Wauquiez, président de LR et président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, a encore raté une occasion de se taire le 24 janvier 2019 lorsqu’il disait qu’Emmanuel Macron était dans une bulle (du reste, la même que la sienne), qu’il n’allait pas au contact avec le terrain, avec le peuple, puisque c’est justement ce qu’il a fait quelques heures plus tard. En disant cela, d’ailleurs, Laurent Wauquiez validait l’idée présidentielle du grand débat national, puisqu’il en demandait plus, tout comme le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a joué le jeu en annonçant que son parti organiserait lui aussi des débats.

Une France qui débat, une France qui se crée des liens, une France considérée comme une grande famille. Certes, une France qui a du temps pour s’investir dans ce type de nouvel engagement. Il est clair que le pari d’Emmanuel Macron est en passe d’être gagné. Pouvoir se redresser face à l’adversité. Même les sondages depuis deux semaines semblent le convaincre qu’il a pris la bonne voie.

Il reste que la conclusion de tous ces débats sera la clef de voûte de cette "séquence", comme on dit, mais il semble maintenant acquis que le mouvement des gilets jaunes a laissé place à ce grand débat national, d’autant plus qu’une liste de gilets jaunes commence à s’organiser pour la campagne des élections européennes du 26 mai 2019, menée par la très médiatique Ingrid Levavasseur, qui aurait un potentiel de …dix élus au Parlement Européen. C’est énorme, plus que Les Républicains et le PS réunis !

Que la violence de la Place de l’Étoile cède la place à des échanges apaisés, même si passionnés, entre citoyens est rassurant pour l’avenir de la France.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 janvier 2019)
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Emmanuel Macron et l’État-providence.
Emmanuel Macron assume.
Édouard Philippe, invité de "L’émission politique" sur France 2 le 27 septembre 2018.
La France conquérante d’Édouard Philippe.
Le second gouvernement d’Édouard Philippe du 21 juin 2017.
Le premier gouvernement d’Édouard Philippe du 17 mai 2017.
La relance de l’Europe à la Sorbonne.
Discours d’Emmanuel Macron au Congrès de Versailles le 3 juillet 2017.
Programme 2017 d’Emmanuel Macron (à télécharger).
Le Président Macron a-t-il été mal élu ?
Audit de la Cour des Comptes du quinquennat Hollande (29 juin 2017).
Pourquoi voter Bayrou ?
Les élections sénatoriales de 2017.
La XVe législature de la Ve République.
Les Langoliers.
Forza Francia.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190124-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/marianne-en-gilet-jaune-sans-212005

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/01/25/37047416.html





 

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24 janvier 2019 4 24 /01 /janvier /2019 21:17

(vidéo)

Le Président Emmanuel Macron a poursuivi le grand débat national avec une réunion trois heures et quart le jeudi 24 janvier 2019 à Bourg-de-Péage, dans la Drôme, rassemblant trois cents citoyens dont des gilets jaune. Cette réunion peut être revue en vidéo ici.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190124-macron.html

La lettre aux Français d'Emmanuel Macron du 13 janvier 2019 :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190113-macron.html







Le site officiel du Grand Débat National :
https://granddebat.fr/


SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20190124-video-macron-bourg-de-peage.html



 

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