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31 mars 2014 1 31 /03 /mars /2014 20:11

L’Élysée sort son jocker avec Manuel Valls et …son nouvel outil, le "pacte de solidarité". RIP gouvernement Ayrault !


yartiFH20140331A01Le Président de la République François Hollande a voulu réagir très rapidement aux résultats désastreux (pour les socialistes) des élections municipales, par une allocution télévisée très solennelle de huit minutes le lundi 31 mars 2014 à 20h00. Heureusement que c’était l’heure d’été, sinon, François Hollande serait apparu en plein jour alors que la nuit tombait dans les chaumières (ce décalage aurait-il eu un sens pour décrire le fossé qui le sépare des Français ?).

François Hollande a confirmé la démission du Premier Ministre Jean-Marc Ayrault et la nomination de Manuel Valls à Matignon. Une double information qui avait été rendue publique dès 18h00 par une fuite organisée par Jean-Marc Ayrault plein d’amertume.

François Hollande n’a pas manqué de mauvaise foi dans sa communication, invoquant à deux reprises (au début et à la fin) l’héritage qu’il avait trouvé en prenant ses fonctions (il y a quand même deux ans !) et, à la fin, en regrettant un pays divisé par de « vaines querelles », constatant : « La France souffre de ses divisions. ». Pourtant, c’est bien lui, tel le pompier pyromane, qui a été à l’origine de l’une des plus grandes divisions de la société française avec la mise en œuvre du mariage gay qui a provoqué plusieurs manifestations d’au moins un million de personnes.

Qu’importe, c’est de l’emballage, et après avoir rapidement remercié Jean-Marc Ayrault, il a donné quelques indications sur son action future et ses consignes.

Comme d’habitude (la communication n’est pas nouvelle), le nouveau gouvernement sera "resserré" et "de combat". François Hollande a donné trois missions à Manuel Valls.

La première est de poursuivre le "pacte de responsabilité" pour renforcer la santé des entreprises.

La deuxième, pour plaire à l’aile gauche (quelle inventivité sémantique), est de mettre en place un "pacte de solidarité" avec trois branches : l’éduction, la sécurité sociale, plus particulièrement la santé, et enfin, le pouvoir d’achat (il n’a peur de rien). On ne parle plus d’inversion de courbe, tant pis pour le chômage. L’objectif serait une baisse d’impôts et des cotisations salariales pour 2017 (après tant de hausses, on croit rêver : ne se moque-t-on pas des Français ?).

En somme, pour ces deux pactes, le premier à 50 milliards d’euros introuvables, le second à estimation indéterminée encore, on rase gratis.

D’où la troisième mission de Manuel Valls, une vaste réforme structurelle de l’État et des territoires, annoncée depuis deux ans et toujours sans aucun début de signe d’indice de commencement de proposition concrète. Les mots, toujours les mots, suffisamment vagues pour brasser l’air, à condition qu’il ne soit pas trop pollué.

Et une mission de communication : convaincre la Commission Européenne que la France, avec un tel programme, va dans la bonne direction. Convaincre les partenaires européens que Manuel Valls est le Matteo Renzi français !

François Hollande stagne toujours dans cette indécision molle de mettre le "pacte de solidarité" pour plaire à son aile gauche et aux écologistes (qu’il compte bien garder dans sa majorité, mais c’est trop tard, Cécile Duflot a déjà annoncé qu’ils quittaient le gouvernement) et le "pacte de responsabilité" toujours en cours à l’Élysée malgré son inconsistance.

Concrètement, donc, pas grand chose de nouveau tout au long des prestations télévisées présidentielles depuis deux ans.

Les écologistes quittent le navire comme les communistes ont quitté le navire lors de l'arrivée de Laurent Fabius à Matignon en juillet 1984, c'est-à-dire, à contre-temps.

yartiFH20140331A02

Attardons-nous plutôt sur le nouveau Premier Ministre Manuel Valls. Mea culpa, je considérais encore très récemment que sa nomination à Matignon ne me paraissait pas très plausible. Dont acte. Errare humanum est.

Visiblement, François Hollande voudrait retrouver la situation (exceptionnelle) où il était vu comme déterminé et décidé. C’était pendant sa campagne présidentielle entre janvier et mai 2012. Or, celui qui l’a rendu aussi incisif, c’était Manuel Valls, simple directeur de communication de sa campagne mais qui, en importance, avait phagocyté le directeur de campagne en titre, à savoir Pierre Moscovici, l’actuel Ministre de l’Économie et des Finances.

Il est indéniable que Manuel Valls a deux qualités, en plus de son ambition dévorante : il a un réel talent dans la communication politique (c’était son métier), et il est un vrai meneur d’hommes et il est probable que, dans un premier temps, un peu comme à l’époque du gouvernement d’Alain Juppé, les ministres n’oseront pas trop s’exprimer de façon intempestive et désordonné. Manuel Valls, nouveau Jules Moch ?

Cela dit, il y a fort à parier que le petit état de grâce consécutif à cette "nouveauté" ne va pas durer plus d’un mois et que la campagne des élections européennes restera très difficile pour les socialistes. Quelle serait alors la réaction de François Hollande si le FN atteignait la tête des listes aux européennes et que le PS faisait un score encore catastrophique ? Que vaudrait encore Manuel Valls à la bourse de Matignon ?

Indépendamment de l’échéance européenne, il y a de fortes probabilités pour que l’actuelle popularité du ministre Manuel Valls se transforme en impopularité du Premier Ministre Manuel Valls, exactement à l’instar de Dominique de Villepin lorsqu’il est arrivé à Matignon. Ou, du moins, que sa popularité soit indexée sur les statistiques du chômage.

Comme je souhaite la réussite de mon pays, je souhaite donc bonne chance à Manuel Valls ainsi que à sa future équipe gouvernementale. Mais sans aucune illusion…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 mars 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Composition du gouvernement de Manuel Valls (quand elle sera connue).
Second tour des élections municipales du 30 mars 2014.
François Hollande.
Manuel Valls à Matignon ?
Jean-Marc Ayrault.

yartiFH20140331A03


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-hollande-grincement-de-150122

 

 

 

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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 07:21

« Tâtonner : tâter dans l’obscurité pour se diriger, pour trouver quelque chose ; faire différents essais dans une direction approximative pour arriver à un résultat. »


yartiFH2014011401C’est exactement cela. Le Président de la République François Hollande ne cesse de tâtonner depuis qu’il a pris ses fonctions à l’Élysée il y a vingt mois. On ne peut pas dire que la direction soit forcément mauvaise (la baisse des déficits publics et l’encouragement à l’activité économique sont deux principes de base plutôt favorables au redressement national) mais visiblement, il y va avec hésitation, voire honteusement, et sans réelle vision du comment alors qu’il sait à peu près expliquer le pourquoi.

Ce mardi 14 janvier 2014, François Hollande s’est prêté en effet au jeu de la conférence de presse très cérémoniale dans le salon d’honneur du Palais de l’Élysée, réunissant à grandes pompes six cents journalistes accrédités de la presse présidentielle et l’ensemble du gouvernement (à l’exception de deux ministres retenus dans des débats au Parlement). Une prestation interminablement longue, comme à son habitude, après huit minutes de retard : trois quarts d’heure laborieux d’introduction (vingt minutes étaient prévues) et deux heures de réponses aux questions des journalistes. Prévue initialement en novembre 2013, c’est sa troisième conférence de presse présidentielle après celles du 13 novembre 2012 et du 16 mai 2013.


Gestion médiatique de la conférence de presse

Avant de poursuivre sur cette intervention, permettez-moi de vous faire part mon incompréhension sur la "gestion" des médias et des journalistes en général : tout a tourné, avant, pendant et après, autour de la vie privée du Président.

Alors que la France ne cesse de voir s’effondrer son dynamisme économique au point de mettre en péril sa cohésion sociale, alors que la France est impliquée dans des interventions militaires qui coûtent la vie à certains de ses soldats, tout le microcosme n’a d’yeux que pour quelques photos prises à la sauvette à l’heure du laitier (qui n’existe plus).

Certes, l’image de la France est passablement écornée auprès de nos partenaires internationaux, certes, la vie privée peut relever de la vie publique lorsqu’il est question d’engager de l’argent public, mais il me semble qu’au lieu de se focaliser sur ce sujet, somme toute mineur, les journalistes présents auraient pu poser quelques questions plus utiles, comme demander de préciser les quelques propositions floues qu’il a lancées au cours de ces trois heures.

Mon autre sujet d’agacement, c’est que les médias parlent presque tous d’un "tournant" dans le quinquennat de François Hollande, alors que je n’y vois rien d’autre que la poursuite d’une conduite dans le brouillard. Comme l’explique la définition du tâtonnement, on change rapidement d’orientation quand on se dirige sans assurance dans le brouillard.


La forme

Passons rapidement sur la forme. Le cérémonial élyséen est bien rôdé et on est loin des velléités initiales d’aller discuter avec les journalistes chez eux. Le Président est normal pour la Ve République, avec ce caractère monarchique, d’allégeance et presque obséquieux des conférences de presse de tous ses prédécesseurs. Seule, la position debout, adoptée aussi par Nicolas Sarkozy, change des conférences gaulliennes ou pompidoliennes.

yartiFH2014011404

Et c’est bien le monarque qui gouverne (ce qui est normal puisque les Français l’ont élu pour cela). À chaque nouvelle intervention présidentielle correspond un nouveau "train" de mesures économiques et sociales. Il n’y a en ce sens aucune continuité, ce ne sont que des discontinuités permanentes dans la politique du gouvernement.

Ce gouvernement a d’ailleurs reçu le soutien rassurant du chef de l’État : alors que, dans ses vœux aux Français, François Hollande avait carrément oublié la grande réforme fiscale initiée par le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault il y a quelques semaines (le 25 novembre 2013), il l’a confirmée et a affirmé que le gouvernement continuerait sa politique avec l’objectif de 2017, sans néanmoins vouloir répondre aux questions sur un éventuel remaniement. La logique institutionnelle du quinquennat fait que le Premier Ministre a de grandes chances de rester pendant tout le mandat présidentiel, vu que Matignon n’est plus un fusible puisque le Président est toujours en première ligne (mardi encore).

François Hollande continue toujours à singer François Mitterrand dans sa manière de parler ; pourtant, il n’a jamais été meilleur que lorsqu’il était naturel et authentique (avant 2010). Un journaliste lui a demandé quel était celui dont il était le plus proche, Lionel Jospin ou Tony Blair et il a répondu qu’il se sentait proche de lui-même, en ne marchant sur les traces de personne.

Sur la forme, à part cette raideur de l’expression, François Hollande a été plutôt bon, très présidentiel, réussissant à garder un peu son humour mais en laissant un souvenir principalement de gravité et de combativité en raison du contexte actuel qui n’est pas à la fête.

Il a cependant commis quelques boulettes, ne sachant pas par exemple quand auront lieu les prochaines élections européennes (il a parlé de "juin" alors qu’elles auront lieu le 25 mai 2014), ou encore, montrant qu’il ne sait pas vraiment conduire correctement une automobile (ou un scooter ?) : après avoir parlé d’une "accélération" dans ses réformes, François Hollande a répondu à un journaliste qui lui demandait s’il s’agissait d’un "tournant" et il a expliqué que non, puisque à un tournant, on serait obligé de ralentir (au code de la route, on m’avait appris qu’au contraire, pour négocier un virage, il fallait accélérer un peu).

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Il a aussi lancé des formules qui n’ont pas vraiment d’effet, comme : « En dix-huit mois, il n’y a jamais eu autant de réformes structurelles que depuis des années, je dis bien des années ! ». En insistant sur le "des années", cela n’avait pas beaucoup de sens sans préciser combien, dix ans, cinquante ans etc. car si c’était deux ans, ce serait un peu une lapalissade.

Souvent botteur en touche, François Hollande a aussi adopté largement la tactique de Nicolas Sarkozy de renvoyer une question miroir aux journalistes, comme : « Est-ce que vous croyez que c’est facile ? » (facile de présider, facile d’augmenter les impôts, etc.). De même, je ne suis pas sûr que le contribuable qui l’a écouté dire que sa première mesure était d’augmenter les impôts, que ce n’était pas facile car sa cote de popularité a dégringolé, se douterait que le Président ait bien compris ses problèmes de pouvoir d’achat.

Passons maintenant au fond.


L’information essentielle

Pour moi, l’annonce qui engage le plus les Français et la France, ses valeurs et son éthique, et qui me paraît particulièrement scandaleuse, c’est sa décision de mettre en place l’euthanasie active. Sans même attendre un nouvel avis du Comité d'éthique. Pour moi, c’est un coup porté aux valeurs les plus importantes de la République. En annonçant cette réforme d’une "aide médicalisée" à mourir, il s’est soumis aux lobbies des marchands de la mort (j’y reviendrai plus tard).

Ce qui est navrant, c’est qu’aucun journaliste n’a semblé utile de l’interroger sur ce sujet très important, et un nouveau "fait divers" avec implications judiciaires (concernant Vincent Lambert au CHU de Reims, à ne pas confondre avec feu Vincent Humbert) commence même à être exploité dans cette optique d’imposer l’euthanasie active alors que la loi Leonetti du 22 avril 2005 est suffisante pour répondre à tous les cas sans empêcher la justice d’enquêter sur tous les homicides de quelque nature que ce soit.

Cela dit, François Hollande voulait mettre avant tout sa prestation sous le signe de l’économie et du social.


Le pacte de responsabilité

S’il fallait résumer en une seule expression la conférence de presse présidentielle, ce serait avec le "pacte de responsabilité". C’est une nouvelle expression sortie de la sacoche du bricoleur en chef le 31 décembre 2013 et dont il fallait bien étoffer le concept. Et ce pacte sera officiellement "lancé" par François Hollande le 21 janvier 2014 à l’Élysée.

Il s’agirait d’une sorte de contrat entre l’État et les entreprises, l’État s’engagerait à faciliter la vie des entreprises (baisse des charges, simplification administrative) et les entreprises s’engageraient à embaucher. Encore une fois, ce type de contrat, intéressant sur le papier, ne fonctionnerait qu’en lisière de l’économie : les entreprises recrutent seulement s’il y a un marché, des clients, des investisseurs pour produire. Pas parce que l’État le veut ou le leur demande gentiment.

Rien ne marche alors, on tâtonne comme on peut. C’est donc le énième outil d’une boîte à outils déjà bien fournie, après le pacte de compétitivité, après les emplois aidés etc. C’est surtout la conclusion que son CICE (crédit impôt compétitivité emploi) ne fonctionne pas puisqu’il s’agit finalement de le remplacer. C’est un véritable constat d’échec et François Hollande rendrait les choses un peu plus éclairantes s’il avait eu l’humilité de dire qu’il s’était trompé.

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C’est le rapport Gallois qui avait proposé une baisse des charges le 5 novembre 2012. Au lieu de cela, François Hollande avait décidé huit jours plus tard de construire une usine à gaz : pas de baisse de charges mais un crédit d’impôt qui serait versé par l’État aux entreprises d’un montant équivalent à une baisse des charges. Une logique toute shadok : pourquoi faire simple alors qu’on peut faire compliqué ? En 2014, il s’agit de 12 milliards d’euros (4% de la masse salariale) et en 2015, de 20 milliards d’euros (6%).

Ce qui est proposé, c’est finalement d’abandonner (sans le dire !) le CICE et de revenir à la solution (nettement plus simple) préconisée dans le rapport Gallois, à savoir une baisse des charges sur les salaires, et la décision est de supprimer d’ici 2017 les cotisations familiales, soit entre 30 et 35 milliards d’euros. C’est donc une baisse supplémentaire de 10 à 15 milliards d’euros par rapport au pacte de compétitivité. C’est donc toujours cela de gagné pour les entreprises, pour augmenter leurs marges et favoriser les investissements (et donc l’emploi). Il a d’ailleurs annoncé aussi que le CIR (crédit impôt recherche) serait facilité pour les PME-TPE et pourrait aussi porter également sur les dépenses d’innovation.

Sur le fond, la direction me paraît donc plutôt bonne, favoriser l’investissement. Mais la méthode est désastreuse. Car évidemment, cela nécessitera bien de trouver les 30 à 35 milliards d’euros ailleurs (j’y reviendrai plus loin) mais l’effet sur le monde économique n’est qu’édulcoré. Si le 13 novembre 2012, François Hollande avait annoncé un choc de compétitivité de 35 milliards d’euros (au lieu des 12 milliards seulement deux ans après), cela aurait eu un effet beaucoup plus dopant pour l’économie française.

Surtout que François Hollande a bien compris que le principal problème de la France, ce n’est pas sa capacité à être dynamique économiquement (elle en a les moyens ; la France a une excellente recherche scientifique, de grandes entreprises mondiales très performantes, comme Airbus) mais le manque global de confiance en eux-mêmes des Français. Or, la méthode Hollande plombe cette confiance.

Cette méthode, c’est de ne pas dire clairement les choses, sans doute parce que dans l’esprit présidentiel, les choses ne sont pas encore très claires. Il a cependant franchi une étape sémantique supplémentaire en se revendiquant clairement de la social-démocratie. Il avait d’ailleurs déjà cité deux fois ce mot ("je suis social-démocrate" et "c’est une démarche social-démocrate") quand le journaliste Ivan Levaï lui a posé la question "Quand allez-vous donc vous dire social-démocrate ?" ; l’éditorialiste aurait mieux fait d’écouter avant de poser sa question, il a été gentiment "cassé" par le Président.


Le pacte de "déresponsabilité"

L’autre mesure des deux principales annoncées le 14 janvier 2014, ce fut la réduction des dépenses publiques. Pour baisser le déficit public, il s’est donné un objectif de baisser de 50 milliards d’euros les dépenses publiques d’ici 2017 : 18 milliards en 2015, 18 milliards en 2016 et 17 milliards en 2017.

Là aussi, l’objectif est louable et il a eu raison quand il a parlé de vouloir créer un cercle vertueux (moins de déficit, donc moins de dette, donc moins d’impôt, donc plus de pouvoir d’achat, donc plus de croissance, donc plus d’emplois, donc moins de déficit etc.).

Pourtant, j’ai vu repointer l’illusionniste du Bourget, dans ces tirades sur la baisse de réduction des dépenses publiques. Déjà, il a fait une affirmation fausse en disant qu’il a baissé de 15 milliards d’euros les dépenses publiques. C’est faux. Il a au contraire augmenter de 20 milliards d’euros les dépenses publiques. Mais il a parallèlement augmenter de 35 milliards d’euros les impôts et taxes, ce qui a réduit effectivement le déficit de 15 milliards d’euros. Il aurait mieux fait de ne pas avoir d’abord augmenté de 20 milliards d’euros les dépenses publiques, cela aurait été plus cohérent dans son discours et plus efficace pour ses objectifs.

yartiFH2014011403

Comment va-t-il s’y prendre ? Là, François Hollande a sorti un lapin de son chapeau : le futur "conseil stratégique de la dépense publique" qui va siéger tous les mois pour dire ce qu’il faudrait réduire dans la voilure sans avoir d’effet sur les missions sociales de l’État. En clair, il se déresponsabilise complètement du processus très politique de réduire les dépenses. C’est pourtant à lui de prendre les décisions, pas à un comité Théodule qui n’aurait d’ailleurs de légitimité que si toutes les formations, du moins parlementaires, y étaient représentées.


Esprit partisan et embrouilleur

Mais la démarche de François Hollande ne paraît pas vraiment consensuelle. S’il a annoncé que le gouvernement mettrait en jeu sa responsabilité sur le pacte de responsabilité, il a dénoncé par avance l’opposition de ne pas vouloir le redressement de la France si jamais elle désapprouvait ce pacte (alors qu’il n’a pas indiqué qu’il voulait la consulter pour le définir en commun).

D’ailleurs, la démarche paraît bien partisane quand, au détour d’une question sur ce qui le distinguait de Nicolas Sarkozy, il a expliqué que lui, il n’avait pas augmenté la dette publique de 600 milliards d’euros de 2007 à 2012 (voir les conclusions de la Cour des Comptes du 2 juillet 2012 sur le sujet), avec une mauvais foi phénoménale puisqu’il n’a pas évoqué du tout la crise de septembre 2008 et que, dans l’opposition, il avait critiqué le projet de relance trop peu ambitieux du gouvernement de l’époque (il faudrait savoir ce qu’on veut). En revanche, il ne s’est pas privé d’évoquer la crise depuis 2012 (qu’il n’avait pas appréciée à sa juste mesure ! …devant les électeurs). Inutile aussi de faire le bilan de vingt mois sur le front du chômage pour faire des comparaisons…

Sur la baisse du déficit public, François Hollande a montré par ailleurs dans ses propos une nette propension à embrouiller le cerveau de ses auditeurs. En effet, il a décidé de réduire de 50 milliards d’euros les dépenses de l’État pour réduire le déficit. J’en prends acte. Mais au détour d’une question, il a expliqué aussi que le financement du pacte de responsabilité se ferait par la baisse des dépenses publiques.

Alors, le magicien pourra-t-il tromper longtemps son auditoire ? Ces 50 milliards d’euros ne peuvent pas se dédoubler : ils ne pourraient pas être affectés en totalité à la réduction du déficit public si, parallèlement, il finançait les 35 milliards d’euros du pacte de responsabilité. Ce qui paraît d’autant plus prévisible qu’il ne veut (selon lui) plus imposer davantage les ménages ni les entreprises. En fait, cet énorme effort sur l’État ne ferait qu’une réduction de 15 milliards d’euros du déficit, ce qui serait nettement insuffisant.


Rationaliser les collectivités territoriales

Pour réduire les dépenses publiques, François Hollande a bien sûr indiqué quelques vagues pistes avec notamment la réforme des collectivités territoriales. Il avait abrogé la réforme de Nicolas Sarkozy et il avait même rajouté de la complexité entre les collectivités, et voici que quelques mois après, il voudrait proposer une nouvelle réforme (quelle instabilité). À noter le beau mot de Pouria Amirshahi, un député socialiste qui s’exprimait quelques heures plus tard sur BFM-TV : « Les histoires de mille-feuilles, c’est la tarte à la crème ! ».

Il y a beaucoup à faire pour "rationaliser" le fonctionnement des collectivités locales. François Hollande l’a d’autant mieux admis qu’il a rappelé qu’il a été maire, président de conseil général, et même député européen. Il a évoqué le précédent heureux du département du Rhône (dont le conseil général est présidé par Michel Mercier, ex-MoDem et ancien Ministre de la Justice de Nicolas Sarkozy) et de la communauté urbaine de Lyon (présidée par le sénateur socialiste Gérard Collomb) pour se répartir les compétences entre zone urbaine et zone rurale.

Mais il a oublié aussi le précédent de l’unification de l’Alsace, pourtant très identitaire, qui n’a pas été capable de faire aboutir le 7 avril 2013 la fusion pourtant logique des trois collectivités (deux départements, une région).

Or, la méthode de François Hollande consiste ici à demander aux élus de s’autodétruire : cela ne fonctionnera pas. Il faudrait passer par la loi, être plus contraignant, et éventuellement, faire ratifier par référendum la refonte complète du maillage territorial (de plus grandes régions, des départements en complément rural aux intercommunalités urbaines, etc.).


Trois sujets sur lequel il a été convaincant

François Hollande s’est bien sorti de la question sur la liberté d’expression et l’interdiction confirmée par le Conseil d’État contre des spectacles à connotations supposées antisémites. Il a estimé que le meilleur moyen de lutter contre l’antisémitisme, c’est de lutter contre l’irrespect de toutes les religions, évoquant à mots couverts les initiatives des Femen.

Son bilan de l’action de la France au Mali a été également très convaincante, sur le rétablissement de l’État de droit, l’organisation d’élections et la mise en place d’un fonds de 3 milliards d’euros d’aide internationale dont 800 millions déjà débloqués. Sur le Centrafrique, c’était un peu moins clair si ce n’est la nécessité de l’intervention pour éviter un massacre annoncé. François Hollande a aussi insisté sur le fait que la France aurait été techniquement et immédiatement prête à envoyer des missiles à la Syrie si la situation l’avait exigé.

yartiFH2014011406

Enfin, j’ai trouvé François Hollande convaincant aussi sur l’Europe et la construction européenne. Pas sur le flou de certaines initiatives qu’il souhaiterait prendre avec l’Allemagne (sur la transition énergétique), ou sur une gouvernance de la zone euro qui devient de plus en plus nécessaire (le dernier sommet européen a finalement décidé uniquement pour les membres de la zone euro). Mais pour sa volonté de ne pas renoncer à se dire favorable à la construction européenne à l’occasion des élections européennes, à ne pas laisser le terrain aux "populistes" qui sont, selon lui, avant tout des "extrémistes" qui veulent saccager ce beau projet européen : « Je ne laisserai pas faire au cours des prochains mois ceux qui veulent en terminer avec l’idée européenne, pas seulement France, il y en a, parfois même au gouvernement ! » [Il s’est rattrapé en disant qu’il parlait de membres de gouvernements étrangers]. Il a évoqué pour cela le centenaire de la Première guerre mondiale et cette patiente construction de la paix sur le continent.


De l’utilité d’un pape

François Hollande a été particulièrement impoli en justifiant sa (première) visite au Vatican le 24 janvier 2014 ; il a dit ("sauf le respect qui lui est dû") qu’il pensait le pape François "utile". Parler d’utilitarisme pour se justifier d’aller voir le pape me paraît d’un très mauvais goût, comme s’il s’agissait d’instrumentaliser le pape.

Et en quoi serait-il utile ? Pour favoriser la paix en Syrie, pour protéger les chrétiens d’Orient pourchassés dans les pays musulmans et (là, j’ai "halluciné", comme on dit), pour conforter le prochain sommet mondial sur l’environnement en 2015 (Nicolas Hulot est déjà allé au Vatican dans ce but).

Je ne sais pas comment seront ressenties ces déclarations au Vatican, mais je pense que Nicolas Sarkozy a été bien plus performant dans ce domaine diplomatique.


Au lourd maintien

François Hollande m’a donné l’impression qu’il ne savait toujours pas où il allait. Il est certes pragmatique, il cherche ce qui pourrait effectivement redonner de l’emploi en France, mais il ne redonnera pas la confiance car il n’est pas franc avec les Français. Comment ne pourraient-ils pas douter alors que lui-même doute sans cesse de sa propre politique ?

Empêtré médiatiquement par une stupide affaire affective (Dominique Strauss-Kahn n’est finalement pas le seul) et incompris sur sa politique économique, François Hollande croit pouvoir redorer son image auprès de ses anciens électeurs les plus à gauche en renonçant scandaleusement aux valeurs de la République par sa décision d’autoriser l’euthanasie active. J’espère qu’une mobilisation sera réelle pour rappeler au Président de la République un minimum d’éthique sur ce sujet essentiel de la vie et de la mort, abordé avec une si grande légèreté.

Cette conférence de presse m’a finalement fait penser à une chanson populaire écrite par Charles-François Panard (1694-1765), ancien clerc de procureur, intitulée "Le Hollandais" (citée dans un ouvrage de Louis Montjoie) et qui commence ainsi :

« Un Hollandais, riche comme  un Crésus,
Au lourd maintien, à face ronde,
Se dit un jour : "Consacrons mes écus
Aux jouissances de ce monde ;
Rassemblons à la fois
Les objets dont le choix
Offre au mortel la plus suave ivresse
Pour me bien divertir ce soir,
Dans mon logis je veux avoir
Pot de bière, pipe et maîtresse". »

La chanson finit tristement :

« Faibles mortels, c’est ainsi qu’à vos yeux
Le bonheur s’envole en fumée,
Soit qu’à l’amour vous adressiez vos vœux,
Soit à l’or, à la renommée.
Un grand perd ses États,
Un gourmand un repas,
L’auteur sa rime, un traitant sa richesse.
Hélas ! au moment de jouir,
On voit tomber, s’éteindre ou fuir,
Pot de bière, pipe et maîtresse ! »


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Une empathie combative ?
L’humour présidentiel à la radio.
Jusqu’où descendra-t-il ?
La courbe du chômage…
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
La République du couac …ou du non dit.
Interview présidentielle sur TF1 (15 septembre 2013).
Pourquoi il ne fallait pas voter pour Hollande ?
Aucune autorité sur ses ministres.
Interview présidentielle du 14 juillet 2013.
Remous électoraux du FN.
Première année du quinquennat de François Hollande.
Seconde conférence de presse de François Hollande (16 mai 2013).
Interview présidentielle sur France 2 (27 mars 2013).
Première conférence de presse de François Hollande (13 novembre 2012).
Interview présidentielle sur TF1 (9 septembre 2012).
Interview présidentielle sur France 2 (29 mai 2012).

yartiFH2014011408


http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-hollande-grand-tatonneur-146415


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1 janvier 2014 3 01 /01 /janvier /2014 07:48

Pas évident de souhaiter bonne année à une nation en pleine défiance. François Hollande a réussi cependant à montrer qu’il pouvait rebondir et aller dans la bonne direction. Reste que du discours présidentiel aux actes, il y a souvent un fossé...


yartiFHvoeux201401Se prêtant à l’exercice traditionnel des vœux télévisés le 31 décembre 2013 à 20 heures, le Président de la République François Hollande s’est voulu "combatif" après une année de grande impopularité où quatre Français sur cinq rejettent sa politique.

Enregistrés à l’avance, ces vœux de dix minutes n’étaient pas une perfection dans la forme, avec une image mal réalisée (le fond plaqué de la cour de l’Élysée a rendu la séquence proche d’une vieille série télévisée) et un ton était haletant et peu posé, mais François Hollande pouvait-il faire mieux ? Sans doute pas.

Il a d’abord laissé entendre qu’il comprenait tous ceux qui lui en veulent, et en particulier les contribuables en admettant (en avouant !) que les impôts étaient bien trop lourds pour les Français. La méthode Coué, dont il n’a pas encore réussi à se débarrasser (sale maladie), en rappelant que les résultats "bons" sont là mais tardent à venir (ce qui constitue un paradoxe hollandien), a donc semblé s’éclipser derrière une séquence de Docteur Jekyll et Mister Hyde, car regretter les hausses d’impôts tout en les décrétant ne convaincra pas beaucoup de Français de sa sincérité… Le 1er janvier 2014, justement, la TVA est en hausse, parfois de manière brutale (passage de 7 à 10%).

Mais avait-il le choix vu le contexte budgétaire ?

Le problème, et il l’a répété ce 31 décembre, c’est que François Hollande n’aurait pas prévu une telle crise. Il pensait, lorsqu’il était candidat, que la croissance reviendrait par sa simple présence à l’Élysée. Une sorte d’opération du saint Esprit. La plupart des "connaisseurs" de l’économie avaient beau rappeler la réalité, les rêves (à réenchanter) ne s’arrêtent que lorsqu’ils deviennent cauchemars.

Sur le discours présidentiel, il n’y a rien de vraiment critiquable sur le fond. Au contraire, il a même annoncer une série de mesures pour 2014 qui pourraient être intéressantes même si le moment de ces annonces était mal choisi. Mais comme pour le discours du Bourget, on remarquera que François Hollande est un beau parleur mais un piètre acteur, un piètre réalisateur.

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Le pacte de responsabilité avec les entreprises ? Pourquoi pas, c’est sympathique, en effet. Une sorte de contrat gagnant/gagnant : l’État réduit les contraintes sur les entreprises et les entreprises embauchent. Oui, mais le problème, c’est que les entreprises n’embaucheraient pas pour les beaux yeux de François Hollande. Elles embaucheraient parce qu’elles auraient besoin de salariés supplémentaires parce que leurs activités seraient en croissance, parce que l’environnement seraient favorables, pas parce que l’État le déciderait (du reste, cela met à mal aussi le principe des baisses des charges : cela ne créerait pas d’emploi si celui-ci n’avait pas une raison avant tout économique). C’est un peu ce qu’a rappelé Marielle de Sarnez, vice-présidente du MoDem en réaction à cette allocution présidentielle.

Réduire les dépenses de l’État ? C’est une nécessité que François Hollande n’avait semble-t-il pas compris l’été 2012 lorsqu’il a voulu recruter en masse de nouveaux fonctionnaires. 2014 va sans doute faire "mal" à l’État puisque le Président de la République s’est engagé sur sa propre personne à réduire la voilure étatique. Nul doute que cela va provoquer des remous.

Peut-être d’ailleurs que la piste, c’est la profonde réforme des collectivité locales qu’il va proposer cette année 2014 : réduire le trop grand nombre d’échelons administratifs. C’est pertinent mais concrètement, il a abrogé la réforme (mal ficelée à mon sens) réalisée par son prédécesseur et a remultiplié le nombre des élus (avec un redécoupage complet des cantons qui laissent augurer une grande manipulation électorale pour mars 2015).

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Autre annonce qui peut paraître pertinente sans pour autant être analysable puisque son contenu est encore dans l’attente, c’est cette "initiative" avec l’Allemagne pour la construction européenne. Faut-il donc que les considérations de politique intérieure prennent en otage la vision européenne pour essayer d’en esquisser les futurs aspects ?

En oubliant le million de manifestants bons enfants dans les rues contre le mariage gay, François Hollande a également insisté sur le dialogue social en évoquant tant l’accord du début 2013 sur le code du travail que celui de la fin de l’année sur la formation professionnelle. Si le dialogue se réduit à la méthode pour un passage en force de l’euthanasie active, alors, effectivement, il y a dialogue… mais biaisé.

François Hollande a néanmoins eu de la chance puisque le même jour, il a pu annoncer la libération d’un otage français au Cameroun, le père Georges Vandenbeusch, que, accompagné de Laurent Fabius, le Président de la République a accueilli tôt à l’aéroport de Villacoublay le lendemain matin. Il a cependant rappelé la présence d’autres otages français et également la disparition de neuf soldats français au Mali et en Centrafrique.

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Sa conclusion également n’était pas sans pertinence : dire que c’est une chance d’être Français est une évidence pour beaucoup de nations au monde, mais comment peut réagir celui qui vient de perdre son emploi, ou un autre qui vient de voir s’effondrer une grande partie de son pouvoir d’achat à cause de la hausse délirante des taxes et des impôts ? Sûrement pas un sentiment de fierté. Plus l’idée d’une colère incomprise.

L’exercice présidentiel n’était donc pas aisé, mais l’épreuve a été passée avec un relatif succès sur ses objectifs : montrer qu’il comprenait les difficultés des Français (malgré sa joie d’être à l’Élysée), et laisser entendre qu’il allait (enfin) prendre de bonnes décisions. Il sera évidemment jugé à ses actes. François Hollande donnera probablement des précisions sur ses intentions dans sa nouvelle conférence de presse programmée pour le 14 janvier 2014.

Quant à moi, puisque c’est également le jour, j’en profite pour exprimer, aux lecteurs qui me font l’honneur de leur attention, mes meilleurs vœux pour la nouvelle année, avant tout de bonne santé, car c’est l’essentiel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er janvier 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’humour présidentiel à la radio.
Jusqu’où descendra-t-il ?
La courbe du chômage…
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
La République du couac …ou du non dit.
Interview présidentielle sur TF1 (15 septembre 2013).
Pourquoi il ne fallait pas voter pour Hollande ?
Aucune autorité sur ses ministres.
Interview présidentielle du 14 juillet 2013.
Remous électoraux du FN.
Première année du quinquennat de François Hollande.
Seconde conférence de presse de François Hollande (16 mai 2013).
Interview présidentielle sur France 2 (27 mars 2013).
Première conférence de presse de François Hollande (13 novembre 2012).
Interview présidentielle sur TF1 (9 septembre 2012).
Interview présidentielle sur France 2 (29 mai 2012).

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/voeux-2014-de-francois-hollande-145683






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6 décembre 2013 5 06 /12 /décembre /2013 07:09

L’État en viendra-t-il à recruter des policiers à poster devant chaque lit de France et de Navarre ? Et devant chaque porte cochère ?


yartiProstitu01La proposition de loi visant à pénaliser les clients de la prostitution a été adoptée en première lecture par l’Assemblée Nationale ce mercredi 4 décembre 2013, avec 268 voix contre 138 (dont les députés écologistes). 79 députés se sont abstenus et 92 n’ont pas pris part au vote. Le texte va donc aller au Sénat.

La loi énonce trois éléments :
- Premièrement, elle sanctionne les clients de la prostitution, par une amende de 1 500 euros voire 3 000 euros en cas de récidive (ce qui fait cher la "passe").
- Deuxièmement, elle abroge le délit de racolage passif mis en place en 2003.
- Enfin, troisièmement, elle prévoit quelques mesures pour favoriser la réinsertion des prostituées.

Précisons avant de commenter que le milieu de la prostitution m’est totalement étranger. Je considère même que la plupart des prostituées auraient plutôt un effet répulsif qu’attractif sur ma libido. Je ne sais pas si je suis normal (probablement pas, vu le nombre de fantasmes qui s’inspirent du look des prostituées) mais je reste toujours perplexe face à ce type de demandes que l’État a su très vite taxer comme n’importe quelle autre activité professionnelle.

Précisons également que je reste toujours abasourdi devant les sujets que ce gouvernement considère comme prioritaires (à l’instar du mariage gay) et dont les discussions polémiques polluent les vraies urgences d’aujourd’hui (qui restent avant tout économiques : l’emploi, le logement, la réindustrialisation de la France, le déficit du commerce extérieur, etc.). Je sais que c’est une proposition de loi et pas un projet d’origine gouvernementale, mais la ministre Najat Vallaud-Belkacem semblait prendre à coeur la défense de ce texte devant les députés. Je sais aussi qu’un gouvernement doit pouvoir agir sur plusieurs fronts à la fois, mais point trop n’en faut.

Vu l’importance secondaire du sujet, il ne me paraîtrait pas vraiment raisonnable, par exemple, de vouloir manifester pour défendre le "droit à la prostitution". Il y a d’autres causes bien plus essentielles dans ce monde si imparfait pour se mobiliser ainsi.

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D’un point de vue intellectuel, ce texte peut être compréhensible : au lieu de se focaliser sur l’offre (notamment en rendant délictueux le racolage passif sur voie publique, ce qui ne m’apparaissait pas vraiment souhaitable), la majorité parlementaire s’est concentrée sur la demande, les clients. Et disons-le clairement, pour la très grande majorité, il s’agit d’hommes et pas de femmes.

Sur le plan intellectuel, on peut cependant douter de bien comprendre ce texte : la prostitution reste encore autorisée mais les clients seront pénalisés. C’est un peu hypocrite, c’est comme si on autorisait la libre circulation en automobile mais qu’on obligerait les automobilistes à payer des PV …dans tous les cas !

D’un point de vue moral, il se comprend aussi. Mais en reprenant la morale de la fin du XIXe siècle. Inutile de pointer ici l’incohérence du gouvernement à soutenir un texte qui pénalise les relations extraconjugales à finalités pécuniaires et parallèlement, toute une batterie de textes ou de futurs textes qui rompent avec cette même morale : le mariage gay et l’autorisation d’expérimentation sur des embryons humains, en attendant d’autres sujets que je n’ose même pas imaginer, tant une partie de cette majorité socialiste se montre "ultra" sur ces questions.

Incohérence aussi avec le principal "financeur" des campagnes électorales socialistes qui n’hésitait pas il y a quelques mois à comparer la location d’utérus avec l’utilisation de ses bras pour un ouvrier, on le supposera donc agacé ici qu’on ne puisse plus disposer tranquillement de son corps comme outil de travail.

Incohérence également quand on laisse entendre que la Ministre de la Justice Christiane Taubira préparerait un projet pour dépénaliser la consommation de cannabis.

Je conçois également qu’il n’y a pas de liberté absolue à disposer de son propre corps, pour la simple raison que cet unique principe encouragerait le trafic d’organes. Dans un État de droit, les libertés doivent être encadrées de manière à ce qu’aucun citoyen ne soit lésé, d’une manière ou d’une autre, par la liberté d’autrui.

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En revanche, d’un point de vue social, cette décision me paraît aberrante. Encore une fois, il faut revenir à l’objectif : l’objectif n’est pas d’interdire à de misérables hommes d’aller fréquenter des prostituées (en écrivant cela, j’ai vraiment l’impression que la vie politique s’est désormais immiscée sous les couettes), mais de venir en aide aux personnes (essentiellement des femmes) qui ont décidé, parfois par défaut, de "vendre" leur corps pour quelques minutes de plaisir tarifé. Et surtout, d’éviter qu’elles le fassent sous la contrainte.

J’imagine là aussi que devenir prostituée ne doit pas être follement enthousiasmant. Comme on deviendrait acteur ou footballeur. J’imagine que, malgré parfois des articles de pages entières du journal "Le Monde" consacrés à des femmes qui, pour garder un certain niveau de vie, sacrifient quelques-unes de leurs soirées pour remettre à niveau leur porte-monnaie, c’est toujours une honte d’en arriver jusque-là.

Encore une fois, je reste personnellement dans l’incompréhension de ces personnes qui séparent les relations sexuelles des relations affectives. Mais j’admets que la réalité montre que cette séparation, tout comme l’incidence de l’argent à un stade ou à un autre d’une relation, existent parfois. L’État doit-il culpabiliser les miséreux du sexe ? Est-ce son rôle ? (Quand je parle de "miséreux du sexe", cela peut tout autant évoquer les timides, les novices, les aigris, que les malades de la chose, etc.).

Pourtant, si l’esprit de la proposition de loi est louable, à savoir, se focaliser sur les prostituées, les aider à s’en sortir, je pense qu’elle manque à son but. Certes, en abrogeant le délit de racolage passif, on leur enlève une épée de Damoclès, ce que j’approuve.

Mais la proposition ne s’attaque pas au vrai problème : à savoir, le proxénétisme, qui a toujours été réprimé par la loi. Plus clairement, le fait que des personnes soient dans une quasi-obligation de se prostituer à cause de pressions parfois violentes.

Empêcher que les jeunes Roumaines qu’on peut voir sur le bord de certaines routes franciliennes, parfois au péril de leur vie, seules et sans protection pendant une journée, se retrouver piégées dans un réseau qui a dû confisquer leur passeport, oui, ce serait louable.

Mais alors, il faudra aussi m'expliquer pourquoi empêcher "l’activité" de la prostituée (réellement) "indépendante", qui a dû réfléchir suffisamment longtemps avant de franchir cette étape peu heureuse de sa vie, et dont le sens moral ne regarde qu’elle. Et ses éventuels clients. Tant que les deux soient vraiment consentants et majeurs.

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Au contraire, la pénalisation du client va renforcer les réseaux de prostitution qui vont avoir plus les moyens pour cacher leur "business" que les "indépendantes". Il paraît d’ailleurs tout à fait utopique de croire qu’une poignée de députés serait capable de supprimer la prostitution. Utopique et prétentieux. Ce lien vénal entre sexe et argent est aussi mécanique et ancestral que le lien sexe et pouvoir. Il n’est certes pas fatal mais présent dans toutes les sociétés. Le réalisme impose de prendre en compte cet état de fait au lieu de le nier purement et simplement. Comme une autruche.

Mohamed Douhane, policier du syndicat Synergie Officiers, ne dit pas autre chose : « Ce n’est pas en traquant les clients des prostituées qu’on va assécher la prostitution. Au contraire, les prostituées auront le loisir de rentrer dans la clandestinité pour pouvoir travailler. Alors, elles rentreront automatiquement sous l’autorité, sous le contrôle de réseaux proxénètes mafieux. On est vraiment dans la loi ubuesque. » (sur iTélé le 4 décembre 2013).

Et l’idéalisme du texte n’est pas sans conséquence sur l’action de la police qui a d’autres chats à fouetter que d’aller surveiller les porte-monnaie à proximité des oreillers. Le même policier ajoute : « Nous n’avons pas aujourd’hui les effectifs suffisants pour pouvoir pénaliser les comportements des clients. Je crois que nous avons aujourd’hui d’autres priorités que de traquer les clients de prostituées. ».

Bref, même adoptée, ce serait une loi inapplicable, comme de nombreuses autres.

Ce texte, discuté sans concertation avec les personnes concernées (mais y a-t-il un syndicat des prostituées ?), supposé être un outil de défense des femmes et du féminisme, va en fait enfoncer les femmes qui sont déjà dans ce cycle infernal. Les enfoncer financièrement. Les enfoncer physiquement.

En quelques sortes, l’horizon sous-tendu par ce texte va être la mort du commerce de proximité et le renforcement des hypermarchés de la prostitution. Était-ce vraiment cela que voulait le législateur ? Les sénateurs, dans leur sagesse, sauront peut-être infléchir l’impétuosité des députés.

J’ai toujours eu peur quand l’idéalisme était au pouvoir.
Car il est nécessairement totalitaire, imposant sa morale aux autres.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 décembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Hollande.
Najat Vallaud-Belkacem.
"Le mariage pour tous".
Dépénaliser le cannabis ?

yartiProstitu05 

 

http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/prostitution-le-retour-a-l-ordre-144685

 

 

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28 novembre 2013 4 28 /11 /novembre /2013 16:48

François Hollande prendrait-il les Français pour des gogos ? Jamais la langue de bois n’aura fait autant de dégâts dans la cohésion nationale de la France en provoquant une colère populaire chaque jour de plus en plus justifiée.


yartiInversion01Dans quelques heures, les nouvelles statistiques du chômage portant sur le mois d’octobre 2013 vont être rendues publiques. Celles du mois de septembre 2013 ont été catastrophiques pour le pouvoir en place et pour le pays : 60 000 demandeurs d’emploi supplémentaires en un mois, soit 3,3 millions en tout, un record (et uniquement pour la première catégorie).

Le Président de la République François Hollande vient de commettre son second parjure en quelques mois. En déplacement improvisé dans les ateliers du groupe de chimie Solvay, dans la matinée du jeudi 28 novembre 2013 à Aubervilliers, il a en effet prudemment remisé dans son placard la promesse butoir de la fin de l’année 2013 pour l’inversion de la courbe du chômage : « ça prendra le temps nécessaire. Ce qui compte, c’est la tendance. ».

Plus exactement, le Président de la République a déclaré ceci : « C’est vrai que j’ai fixé l’objectif de l’inversion de la courbe du chômage, pour parler plus clair encore, de la baisse du chômage. (…) C’est une bataille que nous avons engagée, elle se fera mois par mois, et nous devons y travailler sans cesse et ça nous prendra tout le temps qui est nécessaire. Ce mois-ci, comme les autres mois. Ce qui compte, c’est cette tendance que nous devons maintenant imposer : le chômage doit cesser d’augmenter. ». Beau parleur, beau phraseur, qui joue avec les mots (mais aussi avec le désastre humain que représente le chômage).

Cela faisant pourtant depuis le 9 septembre 2012 (« Nous devons inverser la courbe du chômage d’ici un an. ») que le pouvoir mène le peuple en bateau, enfin, en barque, ou plutôt en pédalo. L’exécutif avait inlassablement soutenu que le chômage baisserait d’ici la fin de 2013 (dès le début de cette année, on avait prudemment repoussé l’échéance de septembre à décembre). Au point de devenir sourd à la réalité du pays. Il s’était basé, non sur une relance de l’activité, mais sur un effet mécanique de la courbe démographique. Cela n’a cependant pas suffi. Il faut dire que la politique économique brouillonne, illisible et instable (les entreprises ne savent pas sur quel pied danser) et des annonces décourageantes (comme la suppression du statut de l’auto-entrepreneur) n’ont pas dû aider à redresser la conjoncture. L’annonce d’une refonte du système fiscal a plutôt fait l’effet d’une déflagration thermonucléaire.

Le 5 novembre 2013, le Ministre de l’Économie et des Finances Pierre Moscovici y croyait encore : « L’objectif d’inversion de la courbe du chômage d’ici la fin de l’année 2013 est maintenu. ». Le 20 novembre 2013 encore, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault s’était montré toujours confiant : « L’objectif, c’est que la courbe s’inverse à la fin de l’année, mais elle ne s’inversera que si la croissance revient. ».

Même les moins malins des citoyens savaient que l’Élysée et son gouvernement fonçaient dans le mur des évidences en persévérant si longtemps dans ce déni de réalité.

C’est le second parjure, parce que François Hollande avait déjà vite renoncé à soutenir que le déficit public serait de 3% du PIB pour l’année 2013 (on en est maintenant très loin) après avoir sans arrêt martelé pendant des mois qu’il n’était pas question de s’éloigner de cet objectif. La méthode Coué n’a pas l’efficacité escomptée.

Inutile de dire que la valeur de la parole présidentielle en a pris un sérieux coup supplémentaire, et on se demande vraiment quelle est la raison réelle de cette persévérance dans l’erreur : sincérité suicidaire dans son aveuglément intégral ? incapacité complète à gouverner ? inexpérience majeure de l’exercice du pouvoir ? ou aider au mieux le FN à faire son lit électoral pour empêcher l’UMP de reconquérir le pouvoir ?

Toujours est-il que le petit mécano avec sa boîte à outils se trouve bien ennuyé d’avoir prêché si inutilement dans le désert. En fait, ce n’est pas dans le désert, c’est dans un monde parallèle, un monde que seuls les éléphants socialistes sont capables d’entrer… mais incapables d’en ressortir pour s’occuper des Français.

Ce n’est pas une pratique présidentielle, c’est une comédie de boulevards. Ou même une tragédie pour les millions de personnes touchées de près ou de loin par le chômage. Ce n’est pas un fléau venu des cieux, c’est une inadéquation circonstancielle et structurelle entre nos forces de production et nos ressources humaines.

Circonstancielle car le traumatisme de la crise de 2008 est encore palpable. Mais structurelle aussi car depuis trente ans, le monde est en crise durable, et en France, il n’y aura pas de retour à la (grande) croissance (supérieur à 3 ou 4%) avant longtemps ; il faudra bien faire avec si peu.

Ce n’est pas en disant que l’essentiel est dans la compétitivité des entreprises que cela réussira. C’est en donnant les conditions réelles de cette compétitivité : pas avec des usines à gaz comme le CICE, mais avec des allégements, réels, tant administratifs que fiscaux ou sociaux. Avec un climat qui favorise la création d’activités, ce qui exclut la chasse aux sorcières dogmatiques des "riches" patrons (le cas de PSA est encore l’arbre qui cache la forêt des entrepreneurs qui prennent des risques) et ce qui devrait encourager l’État à récompenser les "faiseurs d’emplois".

Mais la première condition pour que le climat soit propice à cette reprise d’activité, à l’investissement et au redressement économique, c’est d’abord la confiance, et cette confiance a un seul mot d’ordre : la vérité.

Le pouvoir doit parler le langage de la vérité aux Français et cesser une fois pour toutes de les infantiliser comme un médecin de l’ancienne école qui veut rassurer le patient en phase terminale. Il faut en finir avec le Père Noël et son improbable hotte remplie d’emplois venus des cieux. Il faut le langage de Churchill qui promettait du sang et des larmes. C’est la première condition pour sortir de ce monde parallèle d’idéologies et de théories mal digérées. Et redonner courage à ceux qui travaillent.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 novembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Hollande.
Jean-Marc Ayrault.
Pierre Moscovici.
Réforme fiscale.
Auto-entrepreneur ?

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27 novembre 2013 3 27 /11 /novembre /2013 07:45

« On aura beau multiplier les concours Lépine de la fiscalité, une ponction trop lourde sera toujours une charge et un frein sur l’activité économique. » (François Bayrou, 7 octobre 2013)


yartiReformeFiscale01Le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a "lancé" ses consultations ce lundi 25 novembre 2013 pour préparer sa réforme fiscale. Précisons bien qu’il s’agit de "sa" réforme fiscale et de la réforme de personne d’autre.

Il y a un petit côté magique dans ce coup politique extraordinaire qui a mis sur le fait accompli non seulement tous les ministres, le Ministre des Finances Pierre Moscovici compris, premier concerné, absent de la première journée de consultations pour cause de voyage en Chine, mais aussi, apparemment, le Président de la République François Hollande lui-même ! Il a profité de l’éloignement présidentiel en Israël (Pierre Moscovici était aussi en Israël) pour envoyer son missile fiscal.

Jean-Marc Ayrault a délivré son message dans "Les Échos", le soir du 18 novembre 2013, en ces termes : « Le système fiscal est devenu très complexe, quasiment illisible, et les Français, trop souvent, ne comprennent plus sa logique ou ne sont pas convaincus que ce qu’ils paient est juste, que le système est efficace. Or, dans un État démocratique, l’impôt est un acte citoyen : c’est la contribution à l’effort collectif, c’est la base du pacte social. (…) Jusqu’ici, nous avons répondu à l’urgence pour redresser la barre. Il nous faut désormais bâtir pour l’avenir. (…) Cette remise à plat va bien évidemment nécessiter un dialogue approfondi. (…) Au terme de la concertation, le gouvernement prendra ses responsabilités comme il l’a fait pour les retraites (…). Il faut avoir le courage et la lucidité de remettre les choses à plat. (…) L’objectif, c’est de parvenir à des règles plus justes, plus efficaces, et plus lisibles. ».

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Commentant l’initiative du Premier Ministre, le président de la Commission des finances du Sénat, Philippe Marini (UMP), qui est pourtant favorable au principe d’une réforme fiscale, a refusé la méthode adoptée sans cohérence : « Une vraie initiative en termes de stratégie fiscale doit être menée en début de quinquennat, et pas après dix-huit mois de démarches incertaines et contradictoires. ».

L’instinct de survie est ce qu’il y a de plus résistant dans tout écosystème et l’environnement politique n’y échappe guère. À court terme, l’audace de Jean-Marc Ayrault lui vaut quelques semaines de répit. On le disait "partant" bien avant la fin de l’année, la maire de Lille Martine Aubry avait même déjeuné avec François Hollande à l’Élysée il y a quelques jours, et le voici remis en selle avec la bénédiction obligée de l’Élysée.

Il est sûr qu’à force d’entendre les opposants de toutes parts réclamer à corps et à cris une réforme fiscale, Jean-Marc Ayrault les a pris au mot et leur a répondu "chiche !" ; François Hollande ne peut même pas protester, puisqu’elle faisait partie de l’une de ses promesses électorales de 2012.

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Non seulement Matignon a repris l’initiative là où le gouvernement s’était enlisé avec l’écotaxe sur le thème du matraquage fiscal et de "l’hyperfiscalité", selon l’expression de François Bayrou qui expliquait dans "Les Échos" du 7 octobre 2013 : « L’hyperfiscalité est un frein au moral des entreprises et des ménages, à l’efficacité, à l’investissement, à l’esprit d’entreprise. Elle interdit les anticipations et décourage la prise de risque. Il y a en plus l’aspect improvisé et bricolé qui prend des allures de record. Mais le fond de l’affaire est que lorsque les prélèvements sont trop lourds, il n’y a pas de bonne base sur lesquels les asseoir. On aura beau multiplier les concours Lépine de la fiscalité, une ponction trop lourde sera toujours une charge et un frein sur l’activité économique. ».

Le leader centriste a bien compris l’ADN de ce gouvernement : l’improvisation et le bricolage. Pourtant, il n’avait pas encore été au courant de cette annonce (c’était un mois et demi avant), une annonce qui a surpris tous les ministres, c’est dire le degré d’impréparation.

Mais dans cette audace de Matignon, qui a dû bluffer tous les hiérarques du PS, il y a une part de provocation quasi-suicidaire.

Car comment aboutir à une réelle réforme fiscale qui satisfasse les Français dans une situation politique, économique et sociale aussi dégradée que celle d’aujourd’hui ?

Le Premier Ministre a assuré que cette réforme fiscale se ferait "à imposition constante". Vous l’avez donc bien compris, cela signifie tout simplement que "vous" payeriez plus après cette réforme. Pourquoi ? Parce que ce gouvernement considère qu’un ménage est riche lorsqu’il gagne plus de 1 700 euros net par mois. C’est donc le seuil facilement prévisible à partir duquel on payerait forcément plus (ce qui est déjà le cas depuis dix-huit mois).

À court terme toujours, Jean-Marc Ayrault peut donc se donner une image d’ouverture de responsable qui consulte le peuple, à savoir, les organisations syndicales et patronales, les formations politiques et parlementaires etc. (à l’exception du FN, semble-t-il). Les consultations du 25 novembre ont déjà montré une extrême inquiétude des syndicats. Force ouvrière, avec raison à mon sens, a pleinement insisté sur son opposition très ferme à la retenue à la source.

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En fait, au sein des services de Bercy, il n’y a pas d’improvisation : les réformes sont déjà prêtes depuis belle lurette, depuis des années, mais elles risqueraient d’être politiquement explosives.

De quoi s’agit-il ? Essentiellement de la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu (IR). Dit comme cela, cela ne veut pas dire grand chose. En traduction plus libre, cela donne : instaurer un taux progressif à la CSG (actuellement à taux presque unique) en fonction de l’ensemble des revenus du ménage.

Comme on le voit, la créativité initiée par le Premier Ministre Michel Rocard (la CSG a été appliquée à partir du 1er février 1991) est sans limite : les pointilleux s’apercevront qu’une part de la CSG payée sur le salaire reste imposable sur le revenu, exactement de la même manière que l’État assujettit à la TVA ses propres taxes sur l’énergie (l’imagination fiscale est un trésor de subtilités). En 2013, la CSG devrait recueillir plus de 90 milliards d’euros, soit 50% de plus que l’impôt sur les sociétés et 20% de plus que l’impôt sur le revenu. Quant à la TVA, elle récolterait le double de la CSG (186 milliards d’euros).

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L’élément majeur de cette supposée "justice fiscale" serait donc d’imposer plus lourdement …tous les revenus qui ne sont pas issus de salaires, à savoir, les revenus du capital. Y aurait-il alors un effet néfaste sur l’investissement qui ne va déjà pas très fort en ce moment ? C’est fort probable. La taxation de l’épargne des gens (PEL, PEA, assurance-vie etc.) a déjà beaucoup découragé l’investissement. La CSG à taux progressif renforcerait immanquablement ce cercle vicieux alors que l’investissement est la pierre angulaire de toute reprise de l’activité et de l’emploi.

Le président du Medef Pierre Gattaz a été abasourdi par l’annonce de Matignon : « Il dit qu’il veut améliorer la fiscalité, mais sans toucher aux niveaux de prélèvements obligatoires. (…) La CSG progressive va toucher la classe moyenne et l’épargne. C’est dogmatique et politique, alors qu’il faudrait une fiscalité intelligente. » (19 novembre 2013).

Parmi les chantiers qui vont sortir de la boîte de Pandore, il devrait aussi y avoir la fiscalité des collectivités locales qui pèse actuellement environ 120 milliards d’euros, reposant sur des valeurs locatives complètement fantaisistes établies il y a plus de quarante ans.

Le plus grave, c’est que la situation se prête très mal à engager une réforme fiscale qui bouleverserait la vie des Français. Car plusieurs conditions sont manquantes pour son succès.

D’une part, pour être valable et durable, la réforme devrait recevoir l’adhésion d’une grande majorité des Français. Or, 80 à 85% des Français sont déjà en colère contre ce gouvernement aveugle, sourd et autiste. Comment une majorité de l’opinion publique pourrait-elle faire confiance à une équipe en bout de course ?

D’autre part, ce qui importe le plus aux contribuables, ce n’est pas la simplicité ou la complexité des impôts et taxes (au contraire, celle-ci dénote justement une prise en compte de cas multiples), c’est simplement le niveau global des prélèvements obligatoires. Aujourd’hui, la coupe est pleine et rééquilibrer l’imposition, à pression constante, c’est faire nécessairement des mécontents, et pas seulement chez ceux, très rares, qui gagnent plus d’un million d’euros par an.

Par conséquent, une réforme fiscale ne peut réussir sur du long terme que si elle est associée à une baisse effective de la pression fiscale, du moins pour le plus grand nombre des contribuables. C’est d’ailleurs le meilleur moyen de la rendre populaire.

Évidemment, sur ce point, il y a une impasse, pas seulement pour la majorité présidentielle mais aussi pour l’opposition. L’ancien Ministre des Finances François Baroin en a convenu sur RTL le 25 novembre 2013, dans la situation budgétaire actuelle, il serait irresponsable de baisser l’imposition (pourtant trop élevée).

Ce n’est donc qu’en période de relative "prospérité" (réduction des déficits publics, retour à la croissance etc.) qu’une telle réforme pourrait s’imaginer. C’est ce qu’avait d’ailleurs rappelé prudemment le Ministre des Finances Pierre Moscovici le 5 novembre 2013 (il y a donc peu de temps) : « C’est une fois que la croissance aura repris que, peut-être, nous pourrons passer à des réformes plus importantes. ».

Par ailleurs, le gouvernement croit-il vraiment que les initiatives économiques vont se renforcer dans un climat de terreur fiscale renouvelée, de peur et d’inquiétude sur l’instabilité fiscale et sociale qui en fait autant d’épées de Damoclès pour les entrepreneurs et créateurs d’activités ? Cette annonce au contraire renforcera l’attentisme des investisseurs à un moment où il est d’autant plus crucial de les attirer mieux qu’un frisson de reprise se fait sentir chez nos partenaires économiques.

La résultante de tout cela, c’est que la réforme fiscale doit passer APRÈS la nécessaire réduction de la dépense publique. Il faut de la marge pour faire ce type de réforme et sans marge, pas d’adhésion populaire, pourtant indispensable si les pouvoirs publics ne veulent pas engendrer une grève de l’impôt. Jusqu’à maintenant, les citoyens français ont été, pour la plupart, honnête et légaliste et sont conscients de la nécessité de payer des impôts : il ne faudrait pas les noyer dans une situation à laquelle ils ne pourraient plus faire face financièrement, malgré toute leur bonne volonté.

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Finalement, la solution la plus souhaitable, ce serait que cette réforme fiscale ayraut-hic soit oubliée par le prochain gouvernement qui sera probablement nommé après les désastres électoraux de l’année 2014. Après tout, l’essentiel de ce qu’on demande aux gouvernants en temps de crise, c’est qu’ils mettent en œuvre tous les moyens de l’État au service d’un retour à l’activité économique créatrice d’emplois. Et l’un de ces moyens, c’est de baisser considérablement les dépenses publiques qui valent aujourd’hui 57% du PIB ! Tout le reste n’est que considérations purement politico-politiciennes, qui n’ont comme incidence que la colère grandissante de la "France d’en bas" qui se meurt.

Dans leur tour d’ivoire des palais nationaux, visiblement, les éléphants socialistes sont encore loin des réalités du peuple. Que faudrait-il donc pour qu’ils ouvrent les yeux et s’alarment vraiment du sort de leurs compatriotes ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’impôt retenu à la source, est-ce une bonne idée ?
François Hollande.
Jean-Marc Ayrault.
L’écotaxe.
Jean-Marc Ayrault dans "Les Échos" du 18 novembre 2013.

yartiReformeFiscale02

 

 

  http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/ayrault-et-l-impossible-reforme-de-144313

 

 

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22 novembre 2013 5 22 /11 /novembre /2013 07:02

« Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde ! » (John F. Kennedy, 1961).


yartiJFK01Il y a exactement cinquante ans, le vendredi 22 novembre 1963, à Dallas, vers midi, le plus jeune Président des États-Unis John Fitzgerald Kennedy a été assassiné à l’âge de 46 ans après seulement deux ans et demi de mandat à la Maison-Blanche.

Beaucoup de manifestations ont lieu à cette occasion notamment pour saluer la mémoire d’un homme qui aura beaucoup compté dans le monde d’après-guerre, d’un charisme exceptionnel et devenu de son vivant l’une des légendes comme l’Amérique aime se façonner, aux côtés de George Washington et d’Abraham Lincoln, une personnalité qui a marqué toute une génération, pas seulement dans son pays mais aussi dans le monde entier.

Ce sera sans doute aussi l’occasion de reparler des circonstances de son assassinat, complot ou pas complot, même si les enjeux, un demi-siècle plus tard, apparaissent maintenant assez incertains, mis à part l’intérêt purement scientifique des historiens et la curiosité des gens en général.

L’une des phrases qui a beaucoup impressionné les Américains, ce fut lors de son discours d’investiture comme 35e Président des États-Unis le 20 janvier 1961 : « Vous qui, comme moi, êtes Américains, ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays. Vous qui, comme moi, êtes citoyens du monde, ne vous demandez pas ce que les États-Unis peuvent faire pour le monde, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour le monde ! ».


Un nouveau concept en communication politique, la Nouvelle Frontière

Je profiterais plutôt de l’occasion de ce cinquantenaire pour m’arrêter à un célèbre discours de Kennedy, celui d’acceptation de son investiture lors de la Convention du parti démocrate le 15 juillet 1960 au Los Angeles Memorial Coliseum (texte qu’on peut relire ici). Il n’était donc pas encore élu et son concurrent républicain, le Vice-Président Richard Nixon, poulain du grand général Dwight Eisenhower, était plutôt le favori.

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C’était son fameux discours sur la nouvelle frontière (« new frontier ») qui a imprimé les États-Unis pour la décennie des années 1960, avec comme point le plus symbolique, des hommes marchant sur la Lune le 21 juillet 1969 (le programme spatial fut formellement lancé le 25 mai 1961 : « Notre nation doit s’engager à faire atterrir l’homme sur la Lune et à le ramener sur Terre sain et sauf avant la fin de la décennie. » ; mission remplie).

Il est des expressions qui sont irrémédiablement associées à certaines personnalités. "Nouvelle frontière" colle à JFK comme "Nouvelle société" colle à Jacques Chaban-Delmas (pour ne prendre qu’un exemple parmi de multiples).

Le concept de "frontière" a été même replacé assez curieusement par Nicolas Sarkozy dans sa campagne présidentielle de 2012, mais avec un sens très différent du sens kennédien. Alors que Kennedy l’imaginait pierre angulaire d’ouverture et de progrès, cette frontière circonstancielle néosarkozyenne se voulait plutôt caresser les partisans du protectionnisme frileux et ceux qui veulent fermer les frontières et supprimer l’immigration.

Dans l’acceptation kennédienne, on pourrait aussi citer le pseudo-Dominique de Villepin croqué dans une excellente bande dessinée "Quai d’Orsay" (par Abel Lanzac et Christophe Blain, éd. Dargaud), dont l’adaptation cinématographique est actuellement diffusée dans les salles. Le personnage est montré excité par ses propres réflexions qu’il ne peut s’empêcher de faire partager à son malheureux bras droit : « Il faut inventer un nouvel esprit de la frontière. La frontière, c’est la conquête, c’est l’ouest, les espaces libres… le défi… Depuis la fin des territoires vierges et de la conquête spatiale, on a perdu l’esprit de la frontière. C’est ça qu’il faut retrouver. (…) La nouvelle frontière, c’est le grand souffle. C’est la conscience collective. (…) La nouvelle frontière, c’est se tourner vers l’autre. C’est l’amour. Les Américains, eux, ils sont toujours en train de courir après l’ancienne frontière, la conquête, les territoires… ».

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Mais laissons l’humour plus ou moins fidèle à la réalité et revenons à ce fameux discours de Kennedy du 15 juillet 1960.


Le discours du 15 juillet 1960

Dans le texte, Kennedy expliquait avec plein de dynamisme : « For the problems are not solved and the battles are not all won, and we stand today on the edge of a New Frontier, the frontier of the 1960’s, a frontier of unknown opportunities and perils, a frontier of unfulfilled hopes and threats. (…) But I tell you the New Frontier is here, whether we seek it or not. Beyond that frontier are the uncharted areas of science and space, unsolved problems of peace and war, unconquered pockets of ignorance and prejudice, unanswered questions of poverty and suplus. (…) But I believe the times demand invention, innovation, imagination, decision. I am asking each of you to be new pionners on that New Frontier. My call is to the young in heart, regardless of age, to the stout in spirit, regardless of party, to all who respond to the Scriptural call : "Be strong and of a good courage ; be not afraid, neither be thou dismayed" !  ».

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Ce qui peut se traduire approximativement (je ne suis pas traducteur) par :

« Pour tous les problèmes que nous n’avons pas résolus et les batailles que nous n’avons pas toues gagnées, nous somme aujourd’hui devant une nouvelle frontière, la frontière des années 1960, une frontière d’occasions à saisir et de périls inconnus jusqu’alors, une frontière des espérances inassouvies et des menaces. (…) Mais je vous dis que nous sommes devant une nouvelle frontière, que nous le voulons ou non. Au-delà de cette frontière, s’étendent des champs inexplorés de la science et de l’espace, des problèmes non résolus de paix et de guerre, des poches d’ignorance et de préjugés non encore réduites, des questions laissées sans réponse sur la pauvreté et de la surproduction. (…) Mais je crois que notre époque demande de l’invention, de l’innovation, de l’imagination et de la décision. Je demande à chacun d’entre vous d’être les nouveaux pionniers de cette nouvelle frontière. Mon appel est aux jeunes de cœur, quel que soit l’âge, aux vaillants d’esprit, quel que soit le parti, à tous ceux qui se reconnaissent dans cet appel : "Soyez forts et courageux ; n’ayez pas peur, ne soyez pas non plus inquiets" ! »

Parmi les deux idées fortes, c’est qu’un candidat dit à son peuple : "Soyez les pionniers de la nouvelle frontière" et "n’ayez pas peur, soyez courageux", une interpellation d’ailleurs que reprendra dès le début de son pontificat le pape Jean-Paul II ("N’ayez pas peur !").

Cela fait en effet rêver d’avoir un futur chef d’État si capable de "manager" ainsi les citoyens pour les conduire vers le progrès.

L’heure, aujourd’hui, est évidemment bien loin des Trente Glorieuses. Elle serait plus celle "des pleurs et des larmes" de Churchill. Mais des responsables comme François Hollande l’ont-ils bien compris ?

J’avais, il y a quelques jours, fait état d’un certain nombre de carences de l’actuel Président de la République française qui semblait vivre en dehors de toute réalité du pays, enfermé dans le monde clos d’un socialisme sémantique et idéologique qui ne plaît qu’à ses seuls camarades de parti.

La comparaison est bien sûr très déplaisante et l’on aurait pu aussi la faire pour son prédécesseur. Alors, évitons les querelles politiciennes et préférons imaginer quelle serait la "Nouvelle frontière" de notre nouveau monde.


Invention et décision

Elle requiert, comme Kennedy le dit, à la fois de l’imagination, de l’inventivité et de la décision, c’est-à-dire à peu près ce qu’est incapable de fournir l’actuel pouvoir en France. Des idées nouvelles, évidemment qui soient pertinentes par rapport aux problèmes actuels (il ne s’agit pas d’innover pour innover, mais de rechercher des solutions nouvelles aux problèmes posés), mais aussi, si l’on est convaincu qu’elles seraient bonnes à mettre en place, de la volonté politique, un esprit de décision et de la ténacité pour aller jusqu’au bout de ses projets.

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En 1960, Kennedy avait mis la priorité sur trois sujets qu’il considérait comme essentiels : la lutte contre la pauvreté en reprenant les théories keynésiennes de l’État-providence ayant déjà inspiré le "New Deal" de Franklin D. Roosevelt, la lutte contre la ségrégation (permettre notamment à tous l’accès à l’école publique) qui fut surtout menée par son successeur Lyndon B. Johnson ("Great Society"), enfin, l’ambitieux programme Apollo pour concurrencer les Soviétiques sur le terrain de la science et de l’espace.

Sur la pauvreté, Kennedy avait tracé dans son discours une analyse de la surproduction engendrée par l’automatisation des tâches et créant (déjà) du chômage en masse.


Et aujourd’hui, en France ?

Quelle pourrait être la traduction de cette Nouvelle Frontière en 2013 en France ?

Pour la lutte contre la pauvreté, il y a une mesure pour l’instant très minoritaire mais qui a le mérite d’avoir été proposée tant par des personnalités situées très à gauche (altermondialistes par exemple) que par des personnalités plutôt situées à droite, comme Dominique de Villepin et Christine Boutin, ou considérées comme "libérales" comme feu Jacques Marseille, à savoir le revenu inconditionnel de subsistance. Au contraire de toutes les aides sociales actuelles, l’élément innovant est dans l’adjectif "inconditionnel", qui serait compensé par une imposition à ceux qui n’en auraient pas besoin. Son principe a quelques avantages mais son financement resterait évidemment la clef de la mesure : faudrait-il retirer tous les autres "acquis sociaux" et ne faire qu’un transfert ? ou au contraire, faire une imposition nouvelle qui ferait supporter aux plus aisés un tel type de revenu ? Cela dépendrait aussi, bien sûr, du montant à fixer.

Pour la lutte contre la ségrégation, la problématique en France serait plutôt le rapport entre les citoyens français et les étrangers qui souhaitent s’installer en France. Rappelons que les États-Unis favorisent l’immigration, ce qui leur permet d’attirer les "meilleurs cerveaux". Il faudrait aussi rappeler que la fuite des cerveaux, de France, ce n’est pas seulement le départ de diplômés français à l’étranger, c’est aussi la "non-entrée" de cerveaux étrangers en France (j’ai eu l’occasion de connaître plusieurs personnes étrangères très diplômées qui ont été découragées de venir ou de rester en France, ce qui constitue une véritable perte pour le "génie français"). Quelle seraient les mesures pour attirer les "cerveaux" vers la France ? Je n’ai pas de réponse dans ce climat très défavorable si l’on en juge les sondages concernant par exemple l’expulsion de Leonarda.

Peut-être serait-ce une tentative de réponse au deuxième point, la troisième partie de nouvelle frontière selon Kennedy serait évidemment d’investir massivement dans les nouvelles technologies, pas celle de 2013 mais celles qui seraient utiles en 2030 ou 2050. Un candidat à l’élection présidentielle, Jacques Cheminade, avait évoqué, de façon apparue comme très farfelue, un investissement vers la conquête de la planète Mars. Je ne sais pas, je ne crois pas que ce fût très pertinent (je peux me tromper), mais il y a d’autres conquêtes technologiques à entrevoir, que ce soit dans le domaine de l’énergie (évidemment), dans le domaine de la médecine, dans le domaine de l’informatique et de la communication, dans le domaine des matériaux, dans le domaine de l’alimentation etc. Cela nécessite des investissements très onéreux, peu de retours rapides sur investissement, mais, au contraire des dettes souveraines basées sur les coûts de fonctionnement d’une société qui vit au-dessus de ses moyens, un endettement pour des investissements est une solution saine pour les générations à venir. Et la conquête de nouvelles frontières de la science, c’est aussi, avant tout, la réussite d’une instruction efficace à l’ensemble des citoyens. Pas la peine de découvrir de nouvelles connaissances si l’on n’est pas déjà capable de transmettre les connaissances actuelles aux générations futures et leur donner la clef pour en découvrir de nouvelles.

Deux autres éléments pourraient être ajoutés à ces précédents.

La nouvelle frontière pourrait être aussi un "Grenelle de la France industrielle" : répertorier, secteurs après secteurs, tous les domaines où la France est performante, pourrait progresser, savoir pourquoi certains secteurs entiers sont partis à l’étranger, parfois pas très loin (abattoirs, scieries, etc.). Dans sa campagne présidentielle de 2012, François Bayrou avait proposé de lancer un plan de reconquête industrielle exactement dans le même esprit que le chantier qu’avait ouvert le Chancelier Gerhard Schröder pour relancer l’industrie allemande (avec le succès que connaît l’Allemagne moins d’une décennie après).

Enfin, en dernier point, l’essentiel à mon sens pour les peuples et la démocratie, redonner à l’idée européenne une valeur positive et entreprenante. Depuis une dizaine d’années, servie par des responsables nationaux frileux ou maladroits, l’Union Européenne n’a qu’un rôle ingrat de pompier dans l’immense incendie des dettes souveraines provoqués par des gouvernements nationaux inconséquents (là aussi, en bon barriste, François Bayrou avait insisté sur l’enjeu capital de la dette publique, et cela dès …2002 !).

Il faut savoir ce qu’on veut. On critique avec raison le déficit de démocratie dans le fonctionnement des institutions européennes (pas élues directement à part les parlementaires, peu identifiables, bureaucratiques, etc.) alors que les décisions européennes prennent une part croissante dans les décisions nationales. De deux choses l’une : ou l’on enterre cette Union Européenne comme certains esprits forts le professent, ce qui serait une catastrophe française dans l’émergence du monde multipolaire actuel où l’effet de taille est essentiel ; ou l’on réforme en profondeur le fonctionnement de ces institutions si décriées.

Quelle serait cette nouvelle frontière européenne ? Ce serait de franchir le "plafond de verre démocratique" actuel. Une mesure toute simple, toute nette, mais qu’il serait très difficile à faire admettre par tous les gouvernements nationaux bien sûr : élire au suffrage universel direct à l’échelle européenne le prochain Président du Conseil européen pour un mandat de même durée que celui du Parlement européen et lui laisser le choix libre de nommer une Commission européenne dont la composition devra être ratifiée par les députés européens. Quand je dis "libre", cela signifie sans condition d’appartenance nationale comme c’est le cas actuellement (imaginez l’efficacité de la gouvernance française si le gouvernement français était composé uniquement d’un ministre issu de chacune des régions françaises, le critère géographique n’étant pas forcément un critère de compétence).

Je serais d’ailleurs prêt à parier que ceux qui fustigent à longueur de propos le déficit démocratique de l’Europe seraient les premiers à refuser une telle élection au suffrage direct…

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La Nouvelle Frontière peut être, aujourd’hui, française ou européenne

Laissons Kennedy et son mythe américain aux Américains et à l’histoire du XXe siècle, et imaginons plutôt le nouveau mythe français et européen, avec ces cinq priorités : lutte contre la pauvreté par un revenu universel inconditionnel, remise à plat du concept de citoyenneté et de nationalité, investissement massif dans la recherche et l’innovation, Grenelle de la France industrielle et démocratisation des institutions européennes. Mais pour cela, il faudrait des gouvernants courageux, visionnaires, créatifs et charismatiques…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 novembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de John F. Kennedy du 15 juillet 1960 à Los Angeles (texte intégral).
Gerald Ford.
Zéro pointé pour Hollande.
Nouveau monde.
Quai d’Orsay.

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http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/nouvelle-frontiere-144069

 

 

 

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12 novembre 2013 2 12 /11 /novembre /2013 07:22

Veut-on tirer sur une ambulance ? Peut-on encore critiquer François Hollande ? Faut-il s’interdire de faire du "Hollande bashing" sous prétexte que c’est à la mode ?


yartiFHzero30Les huées sur les Champs-Élysées pendant la cérémonie d’hommage aux morts pour la France le 11 novembre 2013 contre le Président François Hollande sont scandaleuses en ce jour particulier de concorde nationale et constituent une véritable insulte aux familles des victimes de guerre.

Pour autant, tout en respectant l’institution présidentielle, il faut bien constater que le plus impopulaire des Présidents offre un large flanc à la critique.

Je n’ai pas voté pour François Hollande et donc, je ne peux pas être un déçu du hollandisme. Je n’attendais rien de lui et pourtant, il est arrivé quand même à me surprendre par sa vacuité. Je l’avais placé plus haut dans mon estime au moment de son élection à la Présidence de la République que maintenant.

Effectivement, l’homme avait deux atouts que je trouvais très précieux, son humour subtil allant jusqu’à l’autodérision (ce qui est assez rare dans la classe politique aux ego surdimensionnés), et son naturel de pondération et de modération.

Mais c’est sa campagne présidentielle qui l’a transformé. En mal. Lui, le "centriste" européen, est devenu une sorte de singe de François Mitterrand version pré-1981, avec toutes les inepties idéologiques qui lui étaient associées, à la limite du couteau entre les dents (mais sans menace des chars soviétiques devant la Tour Eiffel).

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Sa tirade très efficace contre la "finance internationale" et sa taxation à 75% l’ont placé comme une sorte de héros du "peuple de gauche" (résultat d’une stratégie électorale visant à éviter l’hypertrophie à son détriment du vote pour Jean-Luc Mélenchon).

Il fallait être bien naïf pour le croire, mais à mon grand étonnement, comme à chaque scrutin présidentiel d’ailleurs (1981 et changer la vie, 1995 et la lutte contre la fracture sociale, 2007 et ensemble, tout est possible, etc.), la posture a été électoralement payante. D’où la descente actuelle aux enfers des sondages (au contraire d’un produit vendu dans les hypermarchés, ce n’est pas "satisfait ou remboursé").

Évidemment que François Hollande a été élu par défaut, par antisarkozysme primaire, par opposition au caractère d’apparence assez peu conciliatrice d’un Président sortant qui, finalement, a beaucoup remonté la pente pendant les dernières semaines de la campagne. Il a été élu aussi par imitation (assez ridicule à mon goût) de la posture mitterrandienne de 1981. Trente et un ans : à chaque génération son 10 mai, a-t-il réussi à faire passer dans les cœurs du "peuple de gauche".

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Alors que justement, cette clownerie mitterrandesque (pratiquée à l’aide d’un coaching mis en œuvre par deux comédiens depuis l’été 2010) lui a retiré tout l’intérêt que sa personnalité aurait pu apporter à la vie nationale. Jouer au sérieux obséquieux nécessite d’avoir la carrure de crédibilité qui va avec. Là, cela fait plutôt petit "caïd" de banlieue poussant du coude et levant le menton (comme son prédécesseur du reste).

Qu’importe ! Aujourd’hui, il est Président de la République française avec la légitimité que lui consacre une élection au suffrage universel direct. Il est donc peu raisonnable et antirépublicain de réclamer parfois de manière violente sa démission.

Mais le voici, après seulement dix-huit mois, consacré comme le plus impopulaires des Présidents de la Ve République, c’est un exploit assez remarquable. Cela fait depuis septembre 2012 qu’il chute vertigineusement. Les électeurs semblent lui dire : "ça va, on a compris, suivant !" (c’est le "suivant" qui risquerait de faire peur : serait-il encore pire que l’actuel ?).

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Et encore, il a déjà le record d’impopularité, mais ce n’est pas fini ("ce n’est pas tout", comme diraient les documentaires assez énervants qui gangrènent la télévision TNT) : le chômage ne cesse de grimper, la note de la France continue à se dégrader (par Standard & Poor’s le 8 novembre 2013), des industries continuent à se déliter, les impôts et taxes continent à grimper (contrairement à ce qu’affirme pompeusement la communication gouvernementale qui en devient inaudible), et les incapacités décisionnelles de l’Élysée continuent lentement à ne pas être digérées par les Français, que ce soit sur Leonarda, l’écotaxe, etc. le fragilisant à outrance.

Faut-il alors en rajouter dans le "Hollande bashing" ? Faut-il croire à une dissolution de l’Assemblée Nationale ? Faut-il croire qu’il changera ? Il n’y a aucune raison institutionnelle, et ceux qui l’espèrent (certains parmi mes amis) croient un peu trop au Père Noël, à mon sens.

Au contraire, il serait plutôt du genre à baisser la tête et à continuer à courir en espérant un improbable miracle économique (lui aussi croit au Père Noël), celui du retour spontané à la croissance malgré la conjoncture fiscale à 32 milliards d’euros de prélèvements supplémentaires. Foncer tête baissée, il l’avait fait quand tout le monde riait de ses ambitions présidentielles en 2010. Son expérience personnelle le conforte dans son "autisme".

J’avais cru qu’en sortant de HEC et de l’ENA, qu’en "travaillant" à la Cour des Comptes (officiellement, car il n’a jamais fait que de la politique), François Hollande aurait été capable par exemple de faire la grande réforme fiscale dont la France a besoin. Il en avait fait le thème phare de sa précampagne de primaire en 2010.

Mais non, tout cela est oublié ! Tout ce qu’il disait n’était que du vent, comme un joueur d’échecs, manipulant les concepts pour son jeu, cherchant seulement à gagner (et il a gagné), sans se préoccuper du "quoi faire après".

C’était du vent et ses défauts l’ont largement emporté dans sa pratique du pouvoir. J’en avais listé trois qui collent maintenant à la peau non seulement de l’Élysée mais du pays.


1. Son inexpérience ministérielle.

L’Élysée doit bien sûr être accessible à tous les citoyens (ne serait-ce que pour permettre les alternances), mais ne pas avoir connu l’exercice du pouvoir comme ministre est évidemment un handicap majeur pour comprendre les rouages de l’État. Et s’il avait été performant, il en aurait eu l’occasion, tant au cours du second septennat de François Mitterrand que du "quinquennat" gouvernemental de Lionel Jospin (comme sa condisciple Ségolène Royal).

Sa seule carte de visite, c’est celle de premier secrétaire du Parti socialiste pendant onze ans (un record historique depuis Guy Mollet). On voit d’ailleurs qu’il continue à se croire le chef du PS, à vouloir réaliser des synthèses improbables entre les courants, à vouloir ménager des partenaires électoraux qui ne lui rapportent rien, et cela de manière complètement déconnectée de la réalité sociologique de la France.

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Et dans les faits, il confond son ancien boulot de chef du PS et son mandat actuel de chef de l’État. C’est assez grave. Il est par exemple complètement aberrant de vouloir toujours garder au gouvernement toutes les tendances de sa majorité même lorsqu’elles sont autant divergentes et contradictoires.


2. Son indécision

Le deuxième défaut est son esprit consensuel. Cela aurait pu être au contraire un extrême avantage. Cela l’a sans doute aidé à conquérir le pouvoir face à Nicolas Sarkozy trop friand de créer des clivages dans une société déjà très fragile. La France a besoin d’unité nationale et elle pouvait être impressionnée par ce faiseur de synthèse (François Bayrou a été impressionné, mais il en est revenu).

Hélas, il n’est faiseur de synthèse qu’au sein du PS (et avec brio, pouvoir recoller les morceaux d’un parti scié en deux par le TCE lors du référendum du 29 mai 2005, est une performance rare dans l’histoire politique), mais ne sait pas la faire au sein de la République.

Pour preuve, le profond clivage qu’il a provoqué, l’esprit léger, avec le mariage gay. Quand dix à trente mille Bretons manifestent (parfois avec une violence condamnable), le gouvernement est en émoi, mais quand un million marchent plusieurs dimanches dans la rue pour s’opposer au "mariage pour tous", il reste impassible. Pourquoi ? Où est la synthèse de la cohésion républicaine ?

En fait, son esprit consensuel n’est pas propice à l’unité nationale mais à un balladurisme d’État, à savoir, à une sorte de doctrine de l’indécision qui veut qu’on recule plus que l’on n'avance, ce qui peut même aller jusqu’à se transformer en un impensable jugement de Salomon. C’est là son troisième défaut.


3. Ni pour ni contre une certaine éthique

C’est qu’il n’a aucune morale ni aucune éthique. Je ne dis pas qu’il est immoral, pas du tout, mais que la morale ou l’éthique lui sont aussi étrangères que le reste. L’éthique n’est qu’une variable d’ajustement à sa communication.

J’avais insisté sur ce point au moment de l’élection présidentielle. Ses faits et gestes prouvent qu’ils ne sont pas gouvernés par des principes et des valeurs, du moins cohérentes. Et cet opportunisme sans colonne vertébrale est grave pour la France.

Le mariage gay n’est pas l’unique illustration de cette affirmation, ni même la pire. Sa réaction visant à isoler Leonarda de sa famille est plus grave. Mais il y a aussi l’autorisation de l’expérimentation sur les embryons humains à un moment où la science n’en a même plus nécessité pour progresser. Il y a aussi les funestes perspectives sur l’euthanasie active et le suicide assisté, sur la PMA voire la GPA s’il était trop poussé par ses ultras.

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Et même, ce qui n’était pas surprenant quand on observait bien les positionnements entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012 (et la course auprès de l'électorat du FN), dès le lendemain du premier tour, François Hollande a usé du thème de l’immigration sans aucune éthique ; il n’a pas hésité à manier l’amalgame immigration/insécurité habituellement servi par l’extrême droite, en continuant à pourchasser les gens du voyage et en défendant son ministre Manuel Valls qui a laissé entendre la prétendue impossibilité d’une communauté entière à s’intégrer à la société nationale, confortant certaines thèses que son parti était pourtant censé réprouver.

Pire, son absence de considérations éthiques l’a même engagé dans un processus douteux de déclaration de guerre contre la Syrie qui, sur la lancée d’une intervention militaire au Mali considérée comme une réussite mais qui n’a pas été sans effet sur les vies humaines, lui a fait croire qu’une nouvelle guerre viendrait à propos dans une situation intérieure désastreuse pour son image présidentielle. Le comble, c’est que la France n’a plus les moyens d’une intervention militaire en Syrie, la Défense étant le premier poste budgétaire à être en chute libre (le moins soumis aux clientélismes, puisque l’armée reste la grande "muette").


4. Mauvaise communication interne et externe

Je peux même rajouter un quatrième défaut, visible seulement depuis qu’il est en situation et peu prévisible : sa totale inaptitude à la communication politique. Un bon manager est celui qui est capable de bien gérer sa communication interne et externe.

Sur le plan interne, à part l’exemple du limogeage de Delphine Batho dont les accusations très graves ont fait un flop médiatique, il n’a aucune autorité vis-à-vis de ses ministres pour leur imposer un minimum de solidarité gouvernementale : Arnaud Montebourg, Manuel Valls, Christiane Taubira, Cécile Duflot, Benoît Hamon, Vincent Peillon… tous rament dans des directions différentes et le pauvre Premier Ministre Jean-Marc Ayrault est même submergé par les demandes de communication publique de ses ministres, par une sorte de grève du zèle des conseillers ministériels, alors qu’il aurait bien d’autres choses à faire.

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Ce qui en résulte, c’est un aspect brouillon, une absence complète de vision, de cap, une succession de décisions à court terme, sans cohérence, sans logique, sans suivi (comme le plan pour Marseille, dernier avatar de cette politique).

Sur le plan externe, ce n’est pas mieux. François Hollande fait fort ; il rate toutes ses interventions télévisées. Certes, il a réussi, un temps, à séduire quelques dizaines de journalistes en caressant leur ego dans le sens du poil en les invitant personnellement à ses deux premières conférences de presse semestrielles (en fera-t-il une troisième en novembre 2013 ?) mais à aucune prestation, il n’a délivré de message. Alors, à quoi servent-elles ? À rien. À énerver le citoyen téléspectateur contribuable et consommateur en même temps. Il ne s’est contenté que de son autosatisfaction et de sa boîte à outils.

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Même sur la Syrie, où la position de la France, dissonante, grave, n’a jamais fait l’objet d’une allocution télévisée, alors qu’il en est capable pour un affaire mineure comme l’expulsion de Leonarda et sa famille.


5. Amateurisme et idéologie

L’incompétence de François Hollande n’est pas seulement gouvernementale, elle est aussi parlementaire. Il faut dire qu’il ne s’était pas particulièrement investi dans ses quatre mandats de député. Jean-Marc Ayrault, président du groupe PS pendant quinze ans (1997-2012) aurait pu quand même être un peu plus performant, mais non : le mardi 5 novembre 2013, événement inouï dans la République, le Sénat a rejeté en première lecture le projet de réforme sur les retraites (qui ne résout cependant toujours pas leur financement) à …l’unanimité ! Pas un seul sénateur n’a voté pour le texte certes très modifié, mais dans ce cas, que font ces parlementaires de la majorité ? Le Parlement a-t-il déjà connu pareille absurdité ? À quoi joue-t-on ?

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Et sur l’écotaxe, qui porte sur seulement 1,15 milliards d’euros par an, soit, comme le rappelle l’ancienne ministre Chantal Jouanno (UDI) sur LCP le 8 novembre 2013, une goutte d’eau par rapport au matraquage fiscal de 32 milliards d’euros, le gouvernement est mauvais en tout ; il commence à remettre en cause une mesure qu’il a lui-même fait reconfirmer par le Parlement (à l’unanimité) en février 2013 (Chantal Jouanno a parlé de « concours du plus hypocrite ») alors qu’il aurait pu la remettre en cause il y a un an et demi avec beaucoup moins de frais pour l’État (les portiques n’étaient pas encore montés). 

De même, le principe d’un contrat de partenariat privé/public n’est ni nouveau ni un problème. La gestion des radars sur la route a également été confiée à une entreprise privée. Ce n’était pas le rôle de l’État qui, de toute façon, n’avait pas la technologie pour faire le repérage par satellite des camions.

Les Français ont été mis sur le fait accompli pour l’écotaxe. Moi-même je me suis étonné de la construction des portiques, même inquiété, alors qu’il aurait pu être assez pertinent de communiquer avant leur construction pour expliquer à quoi cela allait servir, d’autant plus que taxer les camions auraient pu être une mesure populaire auprès des automobilistes empruntant souvent les routes et gênés par la densification du trafic des poids lourds.

Chaque jour apporte sa séquence d’incompétence, les impairs, les maladresses, ou les gaffes du pouvoir actuel. Il ne serait peut-être même plus utile de s’opposer à lui, le pouvoir le fait lui-même à la manière d’un chat qui se mordrait la queue.

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Certains membres de cabinet ministériel restent abasourdis devant l’amateurisme flagrant de cette équipe gouvernementale, de son incapacité à comprendre la réalité sociale et économique du pays. Aucun ministre n’a jamais été salarié ne serait-ce que quelques mois d’une entreprise privée. Comment comprendre le fonctionnement d’une entreprise, ses difficultés, sociales, commerciales, fiscales ?

Tous sont des forts en thème, certes, avec probablement des personnalités intéressantes, mais d’abord des idéologues et des théoriciens qui basent leurs décisions sur des idéologies (comme refuser de continuer les internats d’excellence ou casser le statut de l’auto-entrepreneur), en dehors de toute logique sur le terrain. La réforme des rythmes scolaires (encore une mesure ubuesque) l’illustre aussi à merveille.

Dans ce gouvernement, tout n’est que considérations politiciennes, dans un but de positionnement vis-à-vis de certains groupes politiques ou de certains groupes de pression, tant à l’intérieur de la majorité qu’à l’extérieur (positionnement d’ailleurs très inefficace puisque le pouvoir, en voulant contenter tout le monde, mécontente tout le monde).

Cet amateurisme fait grincer les dents à bien des collaborateurs de ministres qui s’inquiètent de leur trajectoire professionnelle. Certains ainsi évitent d’approfondir un sujet imposé par leur ministre parce qu’ils savent qu’il sera rejeté par le Conseil d’État (inutile de travailler pour rien). La taxe de 75%, la loi sur le logement, la loi sur le bonus/malus énergétique… combien de textes proposés et votés par ce pouvoir ont été annulés parce que contraires aux principes constitutionnels élémentaires de notre République ?

Après dix-huit mois de pratique du pouvoir, rester débutant relève du cancre, même si les François feront sans doute le nécessaire pour éviter le redoublement.


Monarchie élective

L’éditorialiste Jean-François Kahn a été très sévère dans son analyse publiée dans "Marianne" du 4 novembre 2013 : « Il est inapproprié à la situation. À cette situation qui, hier, assommait le pays, le taraude aujourd’hui et risque de l’enflammer demain. Or, cette inadéquation est devenue un problème. Disons-le même plus franchement : c’est devenu LE problème. (…) On avait besoin d’un moteur ; on n’a hérité que du mécanicien. Pas un démiurge, un bricoleur. (…) Demain, quoi ? Sur fond de dégoût et de consternation, les aigreurs corporatistes déchaînées serviront de marchepied aux rages les plus revanchardes. (…) Ce qu’il va se passer ? Qui en doute ? Un jour ou l’autre, un sondage affligera le Président d’une impopularité au-dessous des 20%. Séisme. » et de proposer le retour à un régime parlementaire où le gouvernement gouvernerait réellement : « Le Président qui décide de tout, intervient sur tout, s’approprie tout, redevient un arbitre, un juge de paix, une référence. Il ne gouverne plus, il préside. Il n’impulse plus, puisque, de toute façon, il n’impulse pas, il incarne. ».

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Et on peut se poser effectivement la question : le principe de l’élection présidentielle au suffrage universel direct, voulue par De Gaulle en 1962 pour apporter une onction populaire incontestable au chef de l’État, permet-il de choisir le "meilleur d’entre nous" ?

Aujourd’hui, c’est fort possible que depuis trente ans, elle ne fait que distinguer le meilleur candidat en campagne électorale (François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande) mais est-ce si pertinent que cela que de mettre à la tête de l’État le meilleur bateleur de France ?

Monsieur Hollande,
Ne pensez plus au PS,
Ne pensez plus à votre majorité,
Ne pensez plus à vos illusions,
Ne pensez plus à votre réélection,
Mais pensez à la réalité,
Pensez à la France et aux Français.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 novembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
La République du couac …ou du non dit.
Interview présidentielle sur TF1 (15 septembre 2013).
Pourquoi il ne fallait pas voter pour Hollande ?
Aucune autorité sur ses ministres.
Interview présidentielle du 14 juillet 2013.
Remous électoraux du FN.
Première année du quinquennat de François Hollande.
Seconde conférence de presse de François Hollande (16 mai 2013).
Interview présidentielle sur France 2 (27 mars 2013).
Première conférence de presse de François Hollande (13 novembre 2012).
Interview présidentielle sur TF1 (9 septembre 2012).
Interview présidentielle sur France 2 (29 mai 2012).

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/hollande-jusqu-ou-descendra-t-il-143542

 

 

 

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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 07:23

L’équivalence immigration/insécurité était le fonds de commerce exclusif et récurrent du Front national. Elle semble partagée maintenant par l’ensemble de la classe politique.


yartiLeonardaD01Comme beaucoup l’ont déjà écrit, l’expulsion de Leonarda et de sa famille, ainsi que la polémique qui en a suivi, ont été un révélateur de quelques caractéristiques essentielle de l’Exécutif : indécision, irresponsabilité, incapacité à appréhender une situation dans son ensemble, décalage avec le pays, etc.

Si cette information, concernant le cas de quelques individus, a pris une dimension si grande, confirmée et transformée en affaire d’État par le Président de la République François Hollande lui-même, c’est parce qu’elle est symbolique de l’évolution de la société politique d’aujourd’hui.


Une victoire idéologique du FN ?

Le 16 octobre 2013, j’écrivais : « Ce n’est pas à Brignoles que le Front national a gagné. C’est dans l’esprit de bien des personnalités politiques, réparties sur tout l’échiquier politique (…). ».

C’est passé assez inaperçu, mais la courte allocution présidentielle du 19 octobre 2013 a confirmé ce que j’avais évoqué. Cela n’a pas été repris par beaucoup d’observateurs mais c’est, à mon sens, très important.

En effet, François Hollande, pour justifier l’expulsion, a fait appel (avec raison) aux règles de droit, à savoir, à la loi, qu’il faut appliquer tant qu’on ne la change pas (je n’ai pas entendu beaucoup de parlementaires qui ont protesté contre l’expulsion de Leonarda proposer une modification des lois existantes). Il ajoutait alors : « Et la force de la loi, c’est aussi la condition pour qu’il y ait à la fois une politique d’immigration et une politique de sécurité. ».

Les bras ne pouvaient plus m’en tomber car ils étaient déjà tombés avec la proposition d’isoler une adolescente de sa famille, mais cette phrase est probablement bien plus grave que la proposition indécente à une mineure.

Car justement, mettre en parallèle, par opposition, immigration et sécurité, c’est laisser croire que les "immigrés" sont a priori des facteurs d’insécurité. Il faudrait d’ailleurs définir correctement le mot "immigré", sont-ils des étrangers ? des naturalisés qui sont donc devenus des citoyens français comme les autres ? à partir de combien de générations cesse-t-on d’être un "immigré" ? etc.

Depuis trente-cinq ans, il n’y en avait qu’un qui faisait cette équivalence globalisante sans prendre en compte la responsabilité individuelle des personnes, c’était Jean-Marie Le Pen et le parti qu’il a fondé, le FN. Et sa fille Marine Le Pen ne l’a jamais démenti et a repris régulièrement cette assertion démagogique.


Immigration et sécurité

En somme, c’est dire que les immigrés sont, dans leur essence, des délinquants, du moins, des délinquants en puissance, et que si on réduisait efficacement l’immigration, on contribuerait à lutter contre l’insécurité. Alors que la maîtrise de l’immigration est principalement motivée par des considérations économiques et financières.

Il y a une trentaine d’années, cette équivalence basée sur aucun raisonnement, fondée uniquement sur l’émotion et la xénophobie, était combattue par quasiment toute la classe politique confondue.

Les arguments pour réfuter cette équivalence ne manquent pas : la responsabilité personnelle est l’élément clef ; les contre-exemples sont très nombreux où, au contraire, le migrant a apporté beaucoup à la France, pas seulement en terme de gloire (sportive, culturelle, cinématographique, industrielle, économique, etc.) mais aussi en terme de patriotisme (les nouveaux arrivants sont beaucoup plus amoureux de leur pays d’adoption que les autres) ; enfin, s’il semble effectivement s’avérer qu’une part des délinquants proportionnellement plus grande que dans la population totale est d’origine étrangère (ce qui peut être vrai mais provient surtout du ressenti du téléspectateur des journaux télévisés), ce n’est pas une relation de cause à effet (d’origine étrangère donc délinquant) car la cause est plus généralement sociale (peu aisé donc délinquant) et les migrants sont, par définition, en moyenne, moins aisés que les nationaux puisqu’ils ont tout perdu en émigrant, leur situation professionnelle (parfois très confortable) ainsi que leur éventuel patrimoine d’origine.

Tous ces arguments sont des évidences de bon sens. On ne peut reprocher à des "immigrés" qu’à titre individuel des faits concrets. Pas collectivement et vaguement. En s’en prenant globalement à une population pour des faits jamais précisés, on ne fait que stigmatiser cette population.


À droite et au centre, quelques imprégnations

Il est exact que depuis longtemps, des personnalités parmi les plus importantes de la droite et du centre avaient commencé à "se lepéniser" ponctuellement dans la formulation de leur expression : "le bruit" et "l’odeur" de Jacques Chirac (à Orléans le 19 juin 1991), "l’invasion" de Valéry Giscard d’Estaing (au "Figaro Magazine" du 21 septembre 1991), mais cela ne les avait pas empêché de garder des digues politiques et institutionnelles, à savoir, en situation de pouvoir, de rester responsables et raisonnables.

Cependant, depuis une dizaine d’années et l’arrivée de Nicolas Sarkozy comme leader incontesté de la droite, certaines digues ont sauté. Ce fut la création du Ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale, laissant croire que l’immigration pouvait mettre en péril l’identité nationale des Français (il faut vraiment avoir beaucoup de faiblesse dans sa propre identité pour croire qu’elle peut être ébranlée par l’arrivée de nouveaux arrivants), une mesure qui avait choqué non seulement des personnalités de gauche mais également de la majorité sarkozyste, comme Simone Veil.

Nicolas Sarkozy n’a pas cessé de prononcer des discours qui allaient parfois dans le sens de la stigmatisation de certaines catégories de la population, jusqu’au discours de Grenoble et jusqu’à l’évocation d’une apparence musulmane (le délit de sale gueule), ce qui a encouragé certains parlementaires de son aile droite à faire de la surenchère (à base de saucisson et de vin rouge).


La nouveauté : imprégnations à gauche aussi

Beaucoup d’électeurs modérés ont cru qu’en votant François Hollande en 2012, ils auraient enfin évacué toute cette rhétorique d’exclusion qui a clivé la société française pendant de nombreuses années, et ce choix souvent au détriment de leurs convictions sur la politique économique et fiscale à tenir. Ils ont donc aujourd’hui de quoi être déçus car on s’aperçoit que le pouvoir écolo-socialiste tient le même type de rhétorique.

Les propos du 24 septembre 2013 du Ministre de l’Intérieur Manuel Valls, motivés par son ambition présidentielle elle-même alimentée par une forte popularité (ceci expliquant cela), sur les "Roms" montrent que la stigmatisation des populations étrangères (et parmi les plus faibles d’entre elles, les "Roms") n’est donc plus l’apanage de la droite plus ou moins extrême mais également de la gauche gouvernementale.

L’amalgame de François Hollande du 19 octobre 2013 constitue cependant un nouveau sommet dans la lepénisation des esprits car elle est prononcée par le Président de la République en personne, élu d’une majorité des Français, garant de la cohésion nationale. Elle renforce évidemment le parti originaire de l’idée (on préfère l’original à la copie), à savoir le FN.


Hollande, tout sur la forme, rien sur le fond

Je sais bien que François Hollande n’est pas un méchant homme et qu’il n’a aucune animosité envers personne. Ce qu’on peut lui reprocher, c’est surtout son absence totale de valeur. Il n’a aucune éthique personnelle, aucun guide moral dans son esprit pour son action. C’est cela qui effraie. C'est cela qui le transforme en pion docile qui véhicule complaisamment les idées du FN.

En prononçant la phrase citée, il n’a fait que reprendre ce qu’il croit entendre "du peuple", comme si c’était une vérité acquise, il veut surtout essayer de surfer sur l’écume de l’opinion publique, pour ne pas la prendre à rebrousse-poil, sans se rendre compte qu’il renforce le clivage de la société.

En fait, il doit plutôt être un "sans opinion" sur tout. Donc, toute décision (ou indécision plutôt) n’a qu’une fonctionnalité parasitaire : ici, essayer de raccommoder les deux ailes de sa majorité ; là, ménager deux tendances incompatibles, etc.

C’est comme ça que sa politique fiscale et sociale est illisible et incohérente. C’est comme ça qu’il a laissé filer la bioéthique dans les marécages de la marchandisation du corps humain (ce fut le cas sur les embryons humains, cela risque d’être le cas avec la PMA et l’euthanasie active, peut-être plus tard la GPA). C’est comme ça qu’il a coupé la France en deux avec un "mariage pour tous" qu’il a toujours boudé pour lui-même. C’est comme ça qu’il a confirmé l’expulsion d’une famille entière dans un pays qui n’est pas le sien tout en se proposant d’isoler l’un des enfants pour tenter de faire un geste aux lycéens protestataires. C’est comme ça aussi qu’il a failli engager la France dans une guerre terrible et irresponsable en Syrie sans avoir pris la mesure des conséquences géopolitiques que cela entraînerait.

On peut imaginer que dans la tête de François Hollande, il ne s’agit que de jouer dans un but très politicien (maintenir sa majorité, protéger son seul atout Manuel Valls, etc.) sans comprendre qu’il dirige un pays en crise profonde et durable et qu’il a besoin de tenir un cap (depuis dix-huit mois, il n’a cessé de répéter qu’il avait un cap et qu’il savait décider, mais pourquoi insister autant si ce n’est pas parce que ce n’est justement pas du tout visible ?).


Vers un post-lepénisme ?

Cette contribution à la lepénisation a été également observée par l’éditorialiste Daniel Schneidermann qui, en regardant l’émission "Mots croisés" du 21 octobre 2013, consacrée à Leonarda et contestée par Marine Le Pen, qui aurait voulu parler de sujets plus graves, remarquait le 22 octobre 2013 avec grande pertinence : « Que se passe-t-il à cet instant ? Cette horreur : devant son poste, on se sent exprimé par Marine Le Pen. Quelques secondes, on se sent totalement en accord avec elle. Un par un, elle nous enlève les mots de la bouche. (…) Ensuite, on réfléchit. On tente de comprendre à quoi l’on vient d’assister. Simplement à ce moment inouï : la dénonciation, par Marine Le Pen, de la lepénisation du débat public. Le simple fait que Calvi et France 2 aient décidé de consacrer l’émission "Mots croisés" à ce sujet unique, est l’éclatante consécration de sa victoire. Et cette victoire actée, engrangée, il est temps pour Casanovette de partir à la conquête de territoires nouveaux, de pousser son avantage aussi loin que possible. (…) Alors que le système se débat, englué, dans le lepénisme, elle est déjà dans les vastes plaines du post-lepénisme. ».

Il a raison, Daniel Schneidermann. Maintenant que son idéologie est bien ancrée dans les consciences, Marine Le Pen pourrait même se payer le luxe d’apparaître modérée et raisonnable, comme elle l’avait fait le 17 septembre 2013, lors de l’affaire du bijoutier de Nice en rappelant que ce n’était pas un cas de légitime défense et que des innocents auraient pu recevoir une balle perdue dans la rue.


Pourquoi certains ministres ne démissionnent pas ?

Tout cela fait qu’il est donc un peu logique que les professionnels de la posture au sein même de la majorité, que ce soit au PS ou chez les écologistes d’EELV, on commence à s’inquiéter sérieusement du virage élyséen, tout en s’accrochant paradoxalement à ses avantages ministériels : la lepénisation des esprits est désormais revendiquée au plus au niveau de l’État.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport du 18 octobre 2013 sur l'expulsion de Leonarda (à télécharger).
La dignité humaine n’est pas une variable d’ajustement.
Le Kosovo a bon dos.
Le jugement de Salomon.
Message de Benoît XVI pour la journée mondiale des migrants et des réfugiés (12 octobre 2012).
Koztoujours sur Leonarda (18 octobre 2013).
Dominique Quinio sur Leonarda ("La Croix" du 16 octobre 2013).
Le candidat François Hollande et les "Roms" (27 mars 2012).
Les valeurs de la République à Grenoble (30 juillet 2010).
Hollande et Sarkozy, même combat (23 avril 2012).
Le syndrome bleu marine.
Lampedusa (3 octobre 2013).
La gauche dans le piège (Gérard Grunberg le 22 octobre 2013).

yartiLeonardaD02


 

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/leonarda-la-lepenisation-de-142564

 




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20 octobre 2013 7 20 /10 /octobre /2013 09:29

Après l'expulsion de Leonarda et sa famille le 9 octobre 2013, puis la polémique qui en suivit à partir du 14 octobre 2013, le Premier Ministre Jean-Marc Ayrault a demandé le 16 octobre 2013 à Manuel Valls de faire une enquête administrative d'inspection pour connaître la régularité des faits. Ce rapport a été remis à Manuel Valls le soir du 18 octobre 2013 à son retour (précipité) des Antilles, et présenté à François Hollande et Jean-Marc Ayrault le matin du 19 octobre 2013 juste avant l'allocution présidentielle à 13h15.


Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport complet (fichier .pdf) :
http://www.lefigaro.fr/assets/pdf/Leonarda_Dibrani.pdf


Sur Leonarda, lire en particulier ceci :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-120678542.html



SR


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