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14 octobre 2025 2 14 /10 /octobre /2025 19:38

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251014-lecornu.html



DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE
DU PREMIER MINISTRE SÉBASTIEN LECORNU
LE MARDI 14 OCTOBRE 2025
À L'ASSEMBLÉE NATIONALE













XVIIe législature
Session ordinaire de 2025-2026
Séance du mardi 14 octobre 2025

Avertissement: version provisoire établie à 08:10
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet

Mme la présidente

La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quinze heures.)

 5. Déclaration du gouvernement et débat

Mme la présidente

L’ordre du jour appelle la déclaration du gouvernement, suivie d’un débat, en application de l’article 50-1 de la Constitution.
La parole est à M. le premier ministre.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Il faut savoir tirer les bienfaits d’une crise. J’ai accepté la mission que m’a confiée le président de la République, parce que la France doit avoir un budget, parce qu’il y a des mesures d’urgence à prendre, sans attendre. C’est un devoir. Je l’accomplirai, sous certaines conditions, qui découlent, d’évidence, de la composition de cette assemblée.
Certains aimeraient voir cette crise parlementaire virer à la crise de régime.

Quelques députés du groupe EcoS

C’est déjà le cas !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Cela n’aura pas lieu, grâce aux institutions de la Ve République et à ses soutiens. Mais cette crise a des racines. D’autres crises sont palpables, profondes, entremêlées : crises sociale, économique, financière, écologique, climatique, culturelle, internationale.
Aux crises habituelles s’ajoutent les crises imprévisibles, comme celles du covid ou de l’énergie, sans oublier les guerres. En s’ajoutant à certaines dépenses qui augmentent de manière automatique, elles expliquent pour l’essentiel la situation financière dans laquelle nous sommes. Là non plus, il ne faut rien oublier.

M. Laurent Jacobelli

C’est totalement faux !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

En vérité, plus qu’une crise, je crois que nous changeons de monde, créant des fractures tout aussi locales que mondiales et des bouleversements géopolitiques majeurs.
Une révolution de même ampleur que la révolution industrielle remet tout en cause. Cette révolution digitale, sociétale, bouleverse notre façon de vivre : elle choque, elle effraie. Il y a le monde d’avant, il y a ce monde de demain. L’irruption de ce nouveau monde provoque mille conflits, mille raidissements. Nous vivons –⁠ et nous vivrons – dans une époque de crises. Soit on les subit, soit les utilise. Soit on change, soit on sera changé. Le dégagisme, c’est cela.

M. Hadrien Clouet

Là, on change !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Ceux qui ne changent pas, ceux qui s’agrippent aux vieux réflexes et aux postures, disparaîtront. (Rires et applaudissements sur plusieurs bancs des groupes RN et LFI-NFP.)

M. Aurélien Le Coq

Ceux qui s’accrochent, c’est vous !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

En politique, comme en tout. En France, comme ailleurs. Le basculement du monde ne s’arrêtera pas.
Au fond, c’est la place de la France et des Français dans ce nouvel environnement qui est en jeu. Restera-t-elle parmi les pays dont la voix compte ? Restera-t-elle indépendante ? Le déclin n’est pas certain, le progrès non plus. Tout dépend de notre capacité à innover, en matière politique comme en matière sociale, économique ou scientifique.
Innover, c’est vrai pour le gouvernement. J’ai pris acte de cet impératif. Innover, c’est assumer des ruptures. Le monde n’attend pas. Dans la vraie vie, nos concitoyens –⁠ pas les statistiques – travaillent, s’inquiètent, attendent des solutions. J’ai proposé un gouvernement de mission, d’objectifs. Il n’agira qu’avec l’Assemblée nationale et le Sénat. À nous, au-delà des divergences, des écoles de pensée,  des confrontations, de valoriser ce qu’il est possible de faire ensemble.
La défiance de nos concitoyens n’épargne personne. Ou bien la politique sert à quelque chose et les politiques trouvent des terrains d’entente ; ou bien ils ne les trouvent pas et la déception se répand autant que l’impuissance. Je vous propose d’avancer.
L’Assemblée, dans sa diversité et ses divisions, ressemble aux Français. Elle est le fruit du choix des Français. Elle traduit les doutes, peurs et espérances de millions de nos compatriotes. En un mot, cette assemblée n’a jamais été aussi représentative des Français. Il faut en tirer toutes les conséquences : jusqu’ici, on en a tiré essentiellement des conséquences négatives. On peut aussi en tirer des conséquences positives –⁠  il serait temps.

M. François Cormier-Bouligeon

Très bien !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Pour avancer, la première condition, élémentaire, est de pouvoir compter sur le soutien des députés qui défendent le besoin de stabilité. Je remercie toutes celles et ceux qui ont annoncé leur soutien.
,ai proposé au président de la République un gouvernement pour donner un budget sérieux et fiable pour la France, utile et bon pour les Français, dans les trois mois. Ce gouvernement incarne le renouvellement, avec l’entrée d’experts parmi les plus compétents de notre pays. (Rires, exclamations et applaudissements ironiques sur les bancs des groupes RN, LFI-NFP, EcoS et UDR.)
Chacun apporte une expérience incontestable. Je les en remercie : ils quittent des fonctions stables pour se frotter à une vie politique qui n’a pas toujours montré sa meilleure face ces derniers jours. Ils serviront le pays avec une nouvelle génération de parlementaires qui partagent l’envie d’avancer. Toutes et tous ont une feuille de route, tous ont conscience des difficultés.
Pour réussir à faire avancer notre pays avec une Assemblée nationale divisée, la seconde condition –⁠ que j’avais sans doute insuffisamment mesurée, je le reconnais devant vous – est de tenir le gouvernement le plus éloigné possible des divergences légitimes qui s’expriment à travers les partis politiques. Il est logique que chacun affirme ses convictions. Chacun pose ses lignes rouges, avec d’autant plus de force que des élections se profilent. C’est tout naturel.
Le gouvernement de la République assure la continuité de l’action de l’État et porte ses propres convictions, dans le respect de la diversité de ses membres, mais il doit incarner l’ouverture au débat et aux compromis. Qui recherche les points d’accord et d’action, plutôt que de cultiver les différences ? Parce que dans la situation du monde, marquée par une instabilité financière, militaire, économique, commerciale, migratoire et climatique, mieux vaut montrer une France unie qu’une France divisée.
C’est une évidence, qui est tellement évidente qu’elle disparaît, tant on se complaît dans des querelles intérieures. Ce que je vous propose, c’est de trouver un chemin commun, malgré les divergences. Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez. Là encore, c’est une rupture. (Rires, exclamations et applaudissements ironiques sur les bancs des groupes RN et LFI-NFP ainsi que sur quelques bancs du groupe EcoS.)
La troisième condition, pour réussir cette mission, est de redonner du sens à la politique. Pas par des mots, mais par des actes, par une nouvelle pratique du pouvoir, qui doit amener plus de progrès pour nos concitoyennes et nos concitoyens.
Partager le pouvoir avec le Parlement, voici incontestablement une rupture. Dans une assemblée divisée, un gouvernement, même en s’appuyant sur la majorité la plus relative, ne peut agir dans la durée sans tenir compte des oppositions. Ce n’est pas possible, ce n’est plus possible et, surtout, ce n’est pas souhaitable.
J’ai renoncé à utiliser l’article 49 alinéa 3 de la Constitution. C’est la garantie pour l’Assemblée nationale que le débat –⁠ notamment budgétaire, mais pas seulement –, dans tous les domaines, vivra et ira jusqu’au bout, jusqu’au vote. Cette décision est forte de changements radicaux. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes DR et HOR.)

M. Sébastien Chenu

C’est du pipeau !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

« La légitimité démocratique, c’est une démocratie où le Parlement a un rôle politique » expliquait Michel Debré, père de notre Constitution, le Parlement et le gouvernement ayant « chacun une semblable importance dans la marche de l’État et assurant les moyens de résoudre les conflits qui sont, dans tout système démocratique, la rançon de la liberté ».

M. François Cormier-Bouligeon

Très bien !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

La rançon de la liberté, pour reprendre ce terme, c’est la responsabilité. Le gouvernement présente le budget qu’il estime souhaitable. Le Parlement l’examine, le discute, le modifie. C’est sa liberté. Et sans 49.3, sans majorité absolue, le Parlement aura le dernier mot. (Mme Dieynaba Diop, M. Olivier Faure et M. Emmanuel Grégoire applaudissent.) C’est sa responsabilité, et nous devons lui faire confiance. Nous ne devons pas en avoir peur ! (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, Dem et HOR ainsi que sur quelques bancs du groupe DR.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Cela paraît de bon sens, c’est pourtant presque une révolution. À vous de saisir ce pouvoir qui est une chance, un bel exercice de responsabilité pour montrer à toutes celles, à tous ceux qui en doutent que la démocratie représentative n’est pas morte, que l’Assemblée nationale et le Sénat restent l’endroit du pouvoir de décision, du pouvoir d’agir. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR et Dem.) Quel parlementaire dira à ses concitoyens qu’il ne veut pas discuter le budget de l’État, le budget social de la nation ? N’est-ce pas le cœur même de la fonction parlementaire ? En renonçant au 49.3 il n’y a plus de prétexte pour une censure préalable. N’est-ce pas, d’ailleurs, ce que réclamait une grande partie de cette assemblée ? Je ne reprendrai pas ici les déclarations des uns et des autres.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Vous le demandiez : c’est fait. J’avais promis une rupture, cela en est une. Les débats sur la fiscalité, sur le niveau des dépenses publiques, sur le déficit public : chaque parlementaire se prononcera. Les débats sur les moyens à allouer pour l’écologie, la sécurité, l’éducation, le logement, les collectivités locales, la culture, l’agriculture, nos services publics, chaque parlementaire s’en saisira. (Mme Christine Arrighi s’exclame.) Cette fois, son vote dictera la copie finale. On verra la position de chacun sur la dette, les impôts, les dépenses, les économies. Chaque vote sera un acte.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Le budget sera donc au cœur du débat. Que contient ce budget initial ? Une maîtrise des comptes publics qui réduira le déficit : dans la copie proposée par le gouvernement, celui-ci est réduit à 4,7 % du PIB, contre 4,6 % après retrait de la suppression de deux jours fériés. Je l’ai déjà annoncé, dans tous les cas de figure, à la fin de la discussion budgétaire, ce déficit devra être à moins de 5 % du PIB, car cet impératif de souveraineté s’impose à nous tous. Nous ne pouvons placer notre pays dans la dépendance durable de prêteurs étrangers et je ne serai pas le premier ministre d’un dérapage des comptes publics. Aussi, dès 2025, nous aurons respecté les 5,4 % de déficit prévus par mon prédécesseur.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Le gouvernement proposera un projet qui, par essence, est perfectible. Il est urgent de continuer à dépenser moins. L’État a engagé une revue de ses dépenses. Des économies seront faites ; il faudra désormais qu’elles s’inscrivent dans un cadre pluriannuel en s’appuyant sur une véritable réforme de l’État –⁠ j’y reviendrai dès demain devant le Sénat et devant vous dans les jours qui viennent. Concernant les dépenses de l’État, on peut faire beaucoup à la condition de repenser en profondeur l’action de celui-ci, de réussir sa transformation numérique, de moderniser ses interventions et d’alléger considérablement certaines procédures qui ne sont plus explicables. Tout le monde prône la simplification, nombre d’acteurs dans le pays la réclament : une majorité d’idées dans les deux chambres est possible à ce sujet.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

D’autres économies seront engagées en luttant plus rigoureusement contre les fraudes, qu’elles soient sociales ou fiscales. Là encore, c’est une question de justice. Trop d’argent public est gaspillé parce qu’on ne contrôle pas assez à quoi il sert. Un projet de loi contre les fraudes a été déposé ce matin, en même temps que le budget de l’État et celui de la sécurité sociale. C’est la première fois. Vous pouvez vous en emparer. (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) Il y aura par ailleurs des baisses d’impôts pour les petites et moyennes entreprises, il y aura des hausses d’impôts ciblées et exceptionnelles pour certaines très grandes entreprises. Baisse d’impôts d’un côté, hausse de l’autre, afin de mieux répartir les efforts au sein des contribuables et garder une maîtrise de nos prélèvements obligatoires (Exclamations sur quelques bancs du groupe RN), qui sont déjà très élevés, pour financer notre modèle de redistribution au profit des plus modestes.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

La fiscalité des très grandes fortunes, parmi nos compatriotes, a pu interpeller un certain nombre d’entre vous. Là aussi, il faut reconnaître qu’il peut y avoir des anomalies. Nous croyons que réussir par son travail est une bonne chose, nous voulons une société où il est bon de travailler, de réussir et d’innover. Nous voulons aussi être vigilants au consentement à l’impôt. Encadrer l’optimisation fiscale –⁠ en particulier celle qui passe par les holdings – est une première réponse. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Nous demanderons à créer une contribution exceptionnelle des grandes fortunes que nous proposons d’affecter au financement des investissements du futur qui touchent à notre souveraineté, pour les infrastructures, la transition écologique ou la défense. Là encore, le débat parlementaire aura lieu. Il permettra à chacun de faire valoir ses arguments, en ne perdant jamais de vue que derrière la fiscalité se pose la question du consentement à l’impôt, de la confiance et de la justice. Le débat fiscal doit être aussi un débat sur l’emploi et la croissance, raison pour laquelle je ne suis pas favorable à ce que le patrimoine professionnel soit touché. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR. –⁠ « Ben voyons ! » sur quelques bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Je ne détaillerai pas maintenant les mesures fiscales. J’ai ouvert le débat, sans tabou. Je vous exposerai moi-même, avec les ministres, les propositions que j’ai faites, les modifications que je soutiendrai et celles que je combattrai. Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez. Sans utilisation du 49.3, le gouvernement devra changer de méthode : il faudra des discussions préalables, des compromis, le souci du détail et ne jamais refuser la technicité, l’âpreté du débat. La loi se fera ici, pas à Bercy. (Rires sur quelques bancs du groupe RN.) Je montrerai l’exemple en portant ici même, dans les tout prochains jours, la discussion générale du budget de l’État et du budget de la sécurité sociale. Une fois de plus, le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez. (Applaudissements sur les bancs du groupe EPR ainsi que sur quelques bancs des groupes DR, Dem et HOR.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Mesdames et messieurs les parlementaires, je veux maintenant vous parler d’un sujet majeur qui a traversé notre pays, qui l’a parfois fracturé : le mérite, la dignité et le courage des travailleurs, la légitimité d’une bonne retraite.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

La fierté d’être travailleur, c’est la fierté de nos entreprises, qui ne sont pas seulement l’affaire des patrons mais aussi celle de tous les salariés. C’est celle de notre industrie, de toutes nos industries, et de leurs filières : électronique, automobile, nucléaire, chimique, métallurgique, aéronautique, militaire, etc.

M. Jean-Philippe Tanguy

Il n’en reste pas grand-chose !

Une députée du groupe EcoS

Et les aides-soignantes ? Les AESH ?

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Cette fierté, c’est celle du goût de l’effort partout et pour tous. L’effort mérite reconnaissance et récompense.

M. Sylvain Maillard

Il a raison !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Le gouvernement sera du côté des travailleurs et de celles et ceux qui veulent travailler. Le travail est la condition indispensable de la croissance comme du financement de notre modèle social. Il nous faut nous attaquer à deux problèmes majeurs. Les Français, quand ils travaillent, sont productifs ; en revanche, ils accèdent trop tard au travail et en sortent parfois trop tôt. Le deuxième problème est qualitatif : nous avons en proportion trop d’emplois de service moins rémunérés et pas assez d’emplois industriels qualifiés.

M. Hervé de Lépinau

Il n’y a plus d’industrie !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

C’est la raison pour laquelle il est urgent d’accélérer la réindustrialisation de notre pays par l’investissement et l’innovation (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR), mais aussi par notre politique énergétique.

M. Sylvain Maillard

Très bien !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Nous croyons à la promotion interne, à l’ascenseur social. Je demanderai au ministre du travail et des solidarités d’engager dès cet automne des négociations par branche…

M. Jean-Philippe Tanguy

Ça fait trois ans !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

…pour développer des parcours permettant aux salariés en bas de l’échelle de devenir agents de maîtrise et cadres. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.) Le travail, le mérite, la volonté de progresser doivent être encouragés et récompensés. Comme le disait Gabriel Attal (Exclamations sur les bancs du groupe RN –⁠ Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR) à cette tribune, on ne peut pas rester des années au smic sans perspective de progression.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Des nouveaux ministres sont arrivés avec de nouvelles idées. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’ils sont là.

M. Jean-Philippe Tanguy

Ce n’est pas la bonne raison !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Le gouvernement présente un budget pour l’emploi, pour produire, pour que le travail paye. Nous soutiendrons la rémunération, le logement, la santé des travailleurs. Ce sera aussi un budget pour préserver l’outil de production, avec la reprise de la baisse de la CVAE (cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises), impôt qui pèse sur la production de nos petites et moyennes entreprises. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.) Des propositions ont émergé de plusieurs groupes parlementaires, ici même, pour le pouvoir d’achat des travailleurs ;…

Une députée du groupe EcoS

Et les travailleuses ?

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

…là aussi, toutes seront examinées. Toutes seront débattues et font actuellement l’objet d’un travail technique préalable des ministres compétents. Une fois encore, le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Être auprès des travailleuses (« Ah ! » sur quelques bancs du groupe EcoS), des travailleurs, c’est aussi être auprès de celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie et sont à la retraite. Nous respectons les travailleurs, donc nous respectons les retraités. Je vis avec quelques convictions simples : qu’il faut garantir l’équilibre de notre système, qu’il faut le financer pour les générations futures, qu’il faut pour chacun une retraite digne et pérenne. Il y a moins de cotisants qu’avant et plus de retraités. Cela s’impose à nous, comme dans plusieurs pays européens ; plus personne ne peut le nier. Mais je ressens aussi ce que la dernière réforme, pourtant nécessaire, a provoqué : des tensions, des inquiétudes, de la lassitude, parfois un sentiment d’injustice ou d’incompréhension, y compris –⁠ à tort ou à raison – dans sa dimension démocratique.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Le gouvernement est-il prêt à un nouveau débat sur l’avenir de notre système de retraite ? La réponse est oui. Une réforme sociale, aussi nécessaire soit-elle, ne peut tenir que si elle est comprise et équitable. Cet enjeu reste un enjeu d’avenir. J’ai toujours indiqué que l’avenir de nos retraites serait au cœur de la prochaine campagne présidentielle. Mais nous devons entendre que ce débat est demandé dès maintenant par des forces politiques et syndicales légitimes. Paradoxalement, cette période de quelques mois d’ici à l’élection présidentielle peut être une chance pour avancer, y compris sur ce sujet difficile des retraites.

M. Erwan Balanant

Tout à fait !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

J’ajoute que la plus grande richesse, pour notre pays, c’est la stabilité et la capacité à recréer la confiance entre les acteurs, notamment chez les partenaires sociaux. La maîtrise des comptes publics, la croissance, l’emploi, le renforcement de notre défense, la perspective de réformes utiles votées d’ici à 2027 reposent sur notre capacité collective à traduire en actes cette stabilité politique. La plus grande richesse du pays, c’est sa capacité collective à aller de l’avant. C’est pourquoi je proposerai au Parlement, dès cet automne, que nous suspendions jusqu’à l’élection présidentielle la réforme de 2023 sur les retraites. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC et sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ M. Yannick Monnet applaudit également.) Aucun relèvement de l’âge n’interviendra à partir de maintenant jusqu’à janvier 2028, comme l’avait précisément demandé la CFDT. En complément, la durée d’assurance sera elle aussi suspendue et restera à 170 trimestres jusqu’à janvier 2028. (Applaudissements sur les bancs du groupe SOC. –⁠ Mme Violette Spillebout applaudit aussi.) Je le dis très directement : suspendre pour suspendre n’a aucun sens.

M. Erwan Balanant

Aucun !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

La suspension en préalable de rien serait irresponsable. Cette suspension doit installer la confiance nécessaire pour bâtir de nouvelles solutions. La suspension pour faire mieux est la solution, si chaque acteur sait en tirer quelque chose. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR. –⁠ M. Jérôme Guedj applaudit également.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Mesdames et messieurs les parlementaires, résumons. L’Assemblée voulait que je n’utilise pas le 49.3 : je m’y suis engagé. L’Assemblée voulait débattre à nouveau des retraites : elle en débattra, et chaque parlementaire défendra ses opinions. L’Assemblée voulait que le gouvernement suspende la réforme en attendant un débat, une solution, un vote. Je le fais, ce qui permettra d’éclairer le débat lors de la future élection présidentielle. En revanche, je veux être très clair : je n’endosserai pas n’importe quoi.

M. Jean-Philippe Tanguy

Mais si ! C’est trop tard !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Le coût de la suspension pour notre système de retraite est de 400 millions d’euros en 2026 et 1,8 milliard en 2027. Cette suspension profitera, à terme, à 3,5 millions de Français. (Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Elle devra donc être compensée financièrement, y compris par des mesures d’économie. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR. –⁠ M. Jérôme Guedj applaudit également.) Elle ne pourra se faire au prix d’un déficit accru. J’ai pris des engagements, ceux que les oppositions demandaient. J’en prends un supplémentaire et il doit être entendu par chacun, y compris par nos prêteurs sur les marchés financiers : je n’endosserai pas un résultat qui mettrait en danger la crédibilité de notre pays,…

M. Éric Ciotti

C’est ce que vous faites !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

…encore moins notre système de retraite tout entier. Je fais des pas en avant, à chacun, aussi, d’en faire. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Suspendre doit être une opportunité. Débattre de la question des retraites n’est pas seulement une équation financière. Cette question fait partie intégrante de notre contrat social et ce contrat a besoin, lui aussi, d’une refondation, d’innovations, de ruptures. (Mme Justine Gruet et M. Erwan Balanant applaudissent.) Ce gouvernement est prêt à renforcer le paritarisme, à faire confiance à la démocratie sociale. Une fois encore, suspendre la réforme n’a de sens que si c’est pour aller plus loin. Je propose, dans les prochaines semaines, d’organiser une conférence sur les retraites et le travail, en accord avec les partenaires sociaux. (Exclamations sur divers bancs.)

M. Sébastien Chenu

Un conclave !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Grâce à la suspension, cette conférence aura le temps de se prononcer avant l’élection présidentielle. Elle se posera la question de l’ensemble de la gestion de notre système de retraite. Certains veulent des systèmes par points, d’autres par capitalisation (Applaudissements sur quelques bancs du groupe EPR), d’autres veulent abandonner toute référence à l’âge. Ces propositions ne valent que si l’on sait qui est responsable. Aux partenaires sociaux de s’emparer ou non de cette responsabilité de gérer le régime. Ce serait revenir aux sources historiques de notre modèle de retraite, c’est d’ailleurs ce que font toujours nos voisins européens. Le gouvernement y est prêt.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

J’ai confiance dans la démocratie sociale, confiance dans la démocratie parlementaire. (Rires sur les bancs du groupe RN.) Si la conférence se conclut par un accord, le gouvernement le transposera dans la loi et le Parlement décidera. Sinon, il appartiendra aux candidats à l’élection présidentielle de faire leurs propositions et aux Français de les trancher. La conférence pourra rendre ses premières conclusions au printemps prochain.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Mais il y a aussi des urgences : comme s’y était engagé mon prédécesseur, j’ai inscrit dans le budget de la sécurité sociale une amélioration concernant les retraites des femmes. Là aussi, il s’agit d’un sujet consensuel. Inutile d’attendre ! (Applaudissements sur de nombreux bancs des groupes EPR, DR, Dem et HOR ainsi que sur plusieurs bancs du groupe SOC.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

La conférence devra aborder d’autres sujets cruciaux, comme l’attractivité de certains métiers indispensables, le travail pénible, l’usure au travail et les carrières longues. Voilà une discussion qui était bloquée depuis vingt-trois ans. (Mêmes mouvements.) Paradoxalement, la rupture, c’est de conclure. Là encore, le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Je le dis sans détour : suspendre, ce n’est pas renoncer, ce n’est pas reculer, si nous savons utiliser ce temps avec intelligence et avec la volonté d’avancer. La cohésion sociale, l’unité du pays et donc sa stabilité sont une force. La division, elle, a un coût. Chacun doit l’assumer.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Mesdames et messieurs les parlementaires, il faut un partage du pouvoir entre le gouvernement et l’Assemblée, un partage du pouvoir entre le gouvernement et les partenaires sociaux, un partage du pouvoir aussi avec les collectivités locales –⁠ pas pour faire plaisir aux élus locaux, j’en suis un, mais pour être efficace, au service des Français. On le dit souvent, on le fait rarement.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Pour commencer, nous avons une urgence sensible : la réforme institutionnelle concernant la Nouvelle-Calédonie. La fin de l’accord de Nouméa a laissé un vide institutionnel qu’il faut combler pour permettre la paix sur le Caillou. L’accord de Bougival permet une réconciliation. Il doit être transcrit dans la Constitution. Le gouvernement proposera ce texte avant la fin de l’année afin que les Calédoniens puissent être consultés au printemps 2026. C’est une urgence.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Mais ce serait une erreur de croire que la Nouvelle-Calédonie est un cas à part. La question des outre-mer se pose aussi avec la même urgence. Un projet de loi concernant la vie chère est prêt. Il ne faut pas attendre. Certains territoires, aux Antilles et en Guyane notamment, réfléchissent par ailleurs à leur avenir institutionnel. Nous devons les accompagner. Un projet de loi constitutionnelle concernant la Corse, fruit de deux années de discussion, est également prêt. Rien ne serait pire pour l’État que de renier sa parole. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes SOC et LIOT.) Là encore, l’Assemblée nationale et le Sénat débattront et trancheront.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Nos concitoyens veulent que le pouvoir soit proche d’eux, adapté aux réalités de terrain. Je proposerai donc en décembre un projet de loi pour renforcer le pouvoir local : seul ce nouvel acte de décentralisation permettra de réformer l’État de manière globale et d’améliorer le fonctionnement de tous nos services publics.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Qu’attend-on de l’État ? C’est la question centrale. La police, la justice, la sécurité, la défense, les relations internationales : dans ces domaines, les budgets ont augmenté depuis 2017 et continueront d’augmenter. L’État s’est renforcé parce que ce sont des missions que lui seul peut exercer. Pour le reste, quel doit être le niveau de décision local ? Qui est responsable de quoi ? Je proposerai un principe simple, celui de l’identification d’un seul responsable par politique publique. Il s’agira soit d’un ministre, soit d’un préfet, soit d’un élu. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, DR et Dem.) Il ne faut pas décentraliser des compétences, mais décentraliser des responsabilités, avec des moyens budgétaires et fiscaux et des libertés, y compris normatives. C’est aussi une formidable occasion de repenser complètement notre planification écologique et énergétique. Nous ferons des propositions précises sur le sujet.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Le gouvernement peut-il engager cette réforme dans les trois mois ? Vous vous dites que cela prendra du temps ? C’est précisément parce que cela prendra du temps qu’il faut engager cette réforme tout de suite. Sinon, elle sera reportée une fois de plus, et jusqu’à quand ? Au plus tôt dans deux ans, après l’élection présidentielle. Nous n’attendrons pas. Des majorités sur ce texte sont possibles dans les deux chambres. Le gouvernement proposera, nous débattrons, vous voterez.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Mesdames et messieurs les députés, nous ne pouvons pas attendre, il y a urgence : urgence de tenir le calendrier d’adoption du budget et de voter le meilleur budget possible ; urgence de renforcer le dialogue social ; urgence, avant les élections municipales, de mieux répartir les compétences et de réformer l’État. Si les débats de cette assemblée débutent cette semaine, les discussions budgétaires permettront de répondre aux urgences pour la santé et l’accès aux soins avec France Santé, de défendre l’environnement et la sécurité, grâce à la loi de programmation militaire.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Il y a des urgences et des projets de loi qui sont prêts : pour les polices municipales et la sécurité du quotidien, pour le statut de l’élu. Des discussions sensibles doivent se poursuivre, notamment sur la fin de vie. Des combats doivent sans cesse être menés, contre le racisme, l’homophobie et l’antisémitisme, pour l’égalité entre les femmes et les hommes. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR, SOC et Dem. –⁠ Mme Justine Gruet applaudit également.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

La soif absolue de nos compatriotes pour leur sécurité, pour la justice et le respect de la loi doit être entendue sur chaque banc de cette assemblée. Les enjeux migratoires à venir, liés tant à la démographie, au réchauffement climatique qu’au terrorisme, sont un défi imminent qui ne peut être nié –⁠ j’y reviendrai, les ministres y reviendront.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

À condition d’oser discuter, d’agir et d’avancer, tout cela nous pouvons le faire ensemble dans les mois qui viennent si nous mettons fin à cette crise. Désormais, cela dépend de vous.

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Je sais, je n’ai pas obéi à l’exercice de style habituel d’une déclaration de politique générale en recensant chaque domaine d’intervention de l’État, en citant chacune des préoccupations de nos concitoyens dans leur travail, pour leur famille, leur village ou leur ville. Que personne ne se sente oublié : je pense sinon à tout, je n’en ai pas la prétention, en tout cas à toutes et à tous.

M. Aurélien Le Coq

Et le vote de confiance ?

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Cela est facile : il me suffit de me sentir utile à mon pays. Et je vous le dis avec toute ma conviction, avec tout ce que j’ai appris aussi au ministère des armées, les seuls qui se réjouiraient d’une crise, d’une panne budgétaire en France, ne sont pas les amis de la France. (Applaudissements nourris sur les bancs des groupes EPR, DR, Dem, HOR et LIOT. –⁠ Applaudissements sur quelques bancs du groupe SOC.) Qui, parmi les Français, se sentira mieux si la France se divise plus encore,…

M. Emeric Salmon

C’est vous qui la divisez !

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

…si elle est plus faible, si elle repousse les questions de fond et les questions d’urgence à plus tard ? (Exclamations sur les bancs des groupes RN et LFI-NFP.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Je ne vous ai pas fait un discours de politique général convenu. Je reviendrai ici pour expliquer la politique que le gouvernement entend mener sur les sujets fondamentaux. Je me suis engagé à revenir pour expliquer le budget, parce qu’il traduit une politique pour la France, mais je reviendrai aussi pour aborder les questions de sécurité, d’immigration, d’énergie, de transition écologique, d’éducation et du numérique (Exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP)  : sur tout cela, nous ferons des propositions, nous débattrons et à la fin vous voterez. (Mme Mathilde Panot s’exclame.)

M. Sébastien Lecornu, premier ministre

Je ne vous ai pas non plus présenté un programme de long terme, car ce gouvernement est un gouvernement de mission. L’urgence est de redonner son sens à la politique, de redonner confiance en la politique, de respecter les engagements de chacun, y compris ceux des oppositions. La vraie démocratie permet à celles et à ceux qui ne sont pas d’accord de travailler ensemble sans rien renier de leurs convictions. (Vives exclamations sur quelques bancs du groupe LFI-NFP suscitant des protestations sur plusieurs bancs des groupes EPR, DR et HOR.) C’est ce qui se passe dans toutes les démocraties du monde et même dans tous les conseils municipaux de France. Osons : il suffit de faire un pas ; c’est comme cela que l’on avance pour la France et pour les Français ! (Les députés des groupes EPR, Dem et HOR ainsi que quelques députés des groupes LIOT et DR se lèvent et applaudissent. –⁠ Mmes Océane Godard, Céline Hervieu et Claudia Rouaux applaudissent aussi.)

M. Hervé de Lépinau

Alors les socialistes, vous allez être reconnaissants ?

Mme la présidente

Nous allons entendre les orateurs des groupes. La parole est à M. Laurent Wauquiez.





 







 


Source : Assemblée Nationale.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20251014-discours-lecornu.html

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14 octobre 2025 2 14 /10 /octobre /2025 04:55

« Je pense que le meilleur moyen d'y arriver, au fond, c'est d'avoir une éthique collective, personnelle, personnelle dans le collectif qui soit parfaite. Et donc, évidemment, moi, je compte sur vous pour faire preuve de la plus grande des sobriétés et de la plus grande des humilités. Je pense que le service est quelque chose justement qui nécessite de mettre les ego de côtés, et donc, je souhaite que ce gouvernement, au fond, traduise la diversité de ce que nous sommes. Vous ne pensez pas tous la même chose. » (Sébastien Lecornu aux ministres, le 13 octobre 2025 à Matignon).





 


Discrétion, sobriété, humilité, désintéressement, pragmatisme... les qualités de Sébastien Lecornu ont été régulièrement déclinées depuis sa nomination à Matignon le 9 septembre 2025 et sont à l'opposé d'une supposée arrogance dont est qualifié parfois le Président de la République Emmanuel Macron.

Mais est-ce que cela sera suffisant pour permettre une survie de quelques semaines, au mieux soixante-dix jours, pour organiser la discussion budgétaire au Parlement et faire adopter les lois de finances, car c'est bien la quasi-seule mission du second gouvernement de Sébastien Lecornu, avec le traitement législatif de la Nouvelle-Calédonie dont l'urgence est grande (il faut une révision constitutionnelle pour reporter les élections locales).

La première étape était donc la composition du gouvernement Lecornu II qui reste toujours un exercice d'autant plus périlleux que son espérance de vie est extrêmement faible. LR et l'UDI ont refusé de participer à ce gouvernement et après la nomination de 6 ministres LR (dont Annie Genevard, à l'Agriculture, l'influente présidente de la commission des investitures) et de 1 ministre UDI, ces partis ont annoncé leur rapide exclusion, ce qui continue le vaudeville stupide de l'ancien parti de Nicolas Sarkozy (dont l'actualité judiciaire s'entrechoque : on sait désormais qu'il ira à la prison de la Santé à partir du 21 octobre).

 


Celle-ci, repoussée en début de semaine, a finalement été rattrapée par une accélération présidentielle. Le problème, c'était le départ d'Emmanuel Macron pour l'Égypte ce lundi 13 octobre 2025. Finalement, la liste officielle a été communiquée par l'Élysée le dimanche 12 octobre 2025 peu avant 22 heures.

Dix-neuf ministres et quinze ministres délégués ont été nommés, avec un panachage d'expérimentés, de dits "société civile", de députés de base, etc. Dans l'après-midi, Julien Dive (député LR) était pressenti à l'Industrie mais ce dernier a confirmé qu'il avait refusé la proposition.


Parmi les ministres résistants (à l'usure du temps), ceux qui étaient déjà présents au gouvernement de Gabriel Attal, ils sont peu nombreux : Sébastien Lecornu, bien sûr, mais aussi Catherine Vautrin, bombardée aux Armées, Gérald Darmanin à la Justice, avec une éclipse en automne 2024 puisqu'il n'était pas membre du gouvernement de Michel Barnier, et l'indéboulonnable Rachida Dati qui s'accroche à la Culture comme on s'accrocherait à la mairie de Paris. À eux s'ajoutent aussi Roland Lescure à l'Économie et aux Finances, Jean-Noël Barrot aux Affaires étrangères et Amélie de Montchalin aux Comptes publics (en d'autres termes, au Budget).
 


Tous les nouveaux ministres nommés le 5 octobre 2025 sont confirmés le 12 octobre 2025, à l'exception, bien sûr, de Bruno Le Maire. Il y a un fort renouvellement des personnes. Le préfet de police de Paris Laurent Nunez devient comme prévu Ministre de l'Intérieur, premier dans l'ordre protocolaire (il n'y a plus de ministres d'État, sobriété oblige). Il a déjà été sous-ministre en binôme avec Christophe Castaner. L'ancien président de la SNCF Jean-Pierre Farandou, très connaisseur des relations avec les syndicats, est nommé Ministre du Travail et des Solidarités, avec les délicates et très sensibles missions sur les retraites et l'assurance-chômage. Un chef d'entreprise Serge Papin va s'occuper des PME et aussi du pouvoir d'achat. Édouard Geffray est affecté à l'Éducation nationale, Stéphanie Rist à la Santé (députée d'Orléans et médecin).

Aussi Naïma Moutchou, ancienne vice-présidente de l'Assemblée, aux Outre-mer ; Françoise Gatel à l'Aménagement du territoire et à la Décentralisation ; Vincent Jeanbrun à la Ville et au Logement (après le passage éclair du Premier Ministre à L'Haÿ-les-Roses dont il était le maire jusqu'en 2024, son entrée au gouvernement, malgré le refus de son parti, ne faisait aucun doute). Enfin, il faut noter le retour de Maud Bregeon comme porte-parole et la nomination de l'ancien socialiste Laurent Panifous aux Relations avec le Parlement, choix plutôt judicieux si l'idée est de s'attacher à la bienveillante neutralité du groupe socialiste.

Dans ce gouvernement, il y a beaucoup de très estimables inconnus qui n'auront peut-être pas la chance ni le temps, comme en 2017, de se faire connaître par leur réalisations ministérielles. Ce que Sébastien Lecornu a absolument voulu faire dans cette composition, c'est évincer tous ceux qui pouvait apparaître comme un facteur de friction, en particulier pour le parti socialiste, et il y en avait beaucoup : Élisabeth Borne, Manuel Valls (ce qui est dommage car il a bien bossé le dossier néo-calédonien et il fallait quelqu'un d'opérationnel à ce poste), et bien entendu Bruno Le Maire, Bruno Retailleau et Éric Woerth.

Montrant son indépendance vis-à-vis de l'Élysée, Sébastien Lecornu a réuni ses ministres à Matignon la veille, le 13 octobre 2025, ce qu'on appelle un conseil de cabinet, pour les remercier de jouer aux kamikazes et les exhorter à la sobriété et à l'humilité.

 


Le discours du Premier Ministre aux nouveaux ministres était assez peu ambitieux et se contentait de peu, vivre quelques jours pour une mission commando : « Merci d'avoir accepté de rentrer au gouvernement de la République dans un moment que l'on sait qui est difficile et, au fond, dont notre seul objectif et seule mission, évidemment de surpasser, de dépasser cette crise politique dans laquelle nous nous trouvons et qui sidère une partie de nos concitoyennes et de nos concitoyens, qui peut aussi sidérer une partie du monde qui nous regarde et sur lequel la responsabilité qui est la vôtre, qui est la mienne, qui est la nôtre devant le pays et un peu peut-être devant l'histoire, toutes choses égales par ailleurs, mérite évidemment un engagement de chaque instant, et je mesure chaque risque que vous avez pris, parce que vous êtes issus parfois de la société civile, et donc vous quittez parfois des situations peut-être plus confortables, en tout cas, plus douces, pour venir servir votre pays, parce que vous êtes parlementaires et que vous avez décidé de rentrer librement au gouvernement de votre pays pour servir nos concitoyennes et nos concitoyens. Alors, tout cela, je voulais évidemment vous en remercier. ».
 


Le premier conseil des ministres a été convoqué pour ce mardi 14 octobre 2025 à 10 heures, avec la présentation du projet de loi de finances pour 2026, suivi l'après-midi, à 15 heures, de la très attendue déclaration de politique générale (prévue le 7 octobre).

Toutes les attentions vont se porter sur cette déclaration. Est-ce que Sébastien Lecornu va prononcer le mot totem "suspension" en évoquant la réforme des retraites, ou, comme cela semble le cas, dira-t-il seulement qu'il ouvrira le débat sur cette "suspension". Le parti socialiste, enfermé par sa propre posture, du reste intenable, va-t-il imploser en plein vol après l'implosion de LR ?

Certes, au moins deux motions de censure ont déjà été déposées sur le bureau de la Présidente de l'Assemblée Nationale ce lundi 13 octobre 2025, une du RN et une de FI. Les écologistes vont probablement faire de même avec les communistes. En tout, avec le RN et alliés, FI, EELV, PCF, ces motions de censure, qui seront discutées le mercredi 15 ou le jeudi 16 octobre 2025, manqueraient 24 voix pour être adoptées, mais sans compter les autres groupes et en sachant qu'un tiers des députés socialistes serait prêt à les voter également... ainsi qu'une partie des députés LIOT et non-inscrits... et peut-être même de LR.
 


Seul signe du destin positif pour le gouvernement : l'économiste français Philippe Aghion, normalien, docteur en économie et professeur au Collège de France, à l'INSEAD et à la London School of Economics, vient de recevoir le même jour le Prix Nobel d'économique (qu'il partage avec deux autres économistes Joel Mokyr et Peter Howitt) pour leurs travaux sur l'impact des nouvelles technologies sur la croissance économique, plus précisément, « pour leur théorie de la croissance durable à travers la destruction créatrice » (Wikipédia explique : « Il est reconnu pour ses contributions à l'analyse des liens entre innovation, concurrence et croissance à long terme. »).

Inspirateur du Président de la République pour sa politique pro-business qui a fait de la France le pays européen le plus attractif pour les investisseurs, du moins jusqu'en été 2024, Philippe Aghion connaît très bien Emmanuel Macron qui a assisté à sa leçon inaugurale le 1er octobre 2015 au Collège de France (il était alors jeune ministre et le connaissait depuis cinq ans), et qui a repris sa théorie de l'innovation comme facteur durable de croissance. Philippe Aghion a par la suite émis quelques critiques, notamment le trop faible soutien de l'État aux innovations de rupture émergentes et aux petits acteurs, et il a souhaité que les gains de l'innovation soient répartis à tous et pas seulement aux déjà privilégiés. Mais on est loin de la taxe Zucman...



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'humilité de Sébastien Lecornu II sera-t-elle efficace ?
Composition du Gouvernement Sébastien Lecornu II nommé le 12 octobre 2025.
Sébastien Lecornu II, homme de devoir et gouvernement libre.
Le moine-soldat Sébastien Lecornu.
Un gouvernement de 14 heures...
Le gouvernement Lecornu sera-t-il éphémère ?
Composition du Gouvernement Sébastien Lecornu I nommé le 5 octobre 2025.
Le retour de Michel Barnier.
Nicolas Sarkozy bientôt en prison : choc septique pour nos institutions !
Les 25 ans du quinquennat.
La France reconnaît l'État de Palestine aux Nations-Unies.
Fitch : ne pas surinterpréter la rétrogradation de la note de la France.
Jordan Bardella a-t-il l'étoffe d'un Premier Ministre ?
Du Tohu-bohu à Sébastien Lecornu.
Sébastien Lecornu après François Bayrou.
Matignon : qui succédera à François Bayrou ?
François Bayrou et la victoire du tohu-bohu.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 7 septembre 2025 pour Brut (vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).

Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251013-gouvernement-lecornu_ii.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/l-humilite-de-sebastien-lecornu-ii-263804

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/10/13/article-sr-20251013-gouvernement-lecornu-ii.html


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11 septembre 2025 4 11 /09 /septembre /2025 04:24

« Il va falloir des ruptures. Et pas que sur la forme. Et pas que dans la méthode. Des ruptures aussi sur le fond. » (Sébastien Lecornu, le 10 septembre 2025 à Matignon).





 


Qu'a-t-il voulu dire par « falloir des ruptures » ? Le nouveau Premier Ministre Sébastien Lecornu a pris ses fonctions à Matignon ce mercredi 10 septembre 2025 à midi. La passation des pouvoirs avec son prédécesseur François Bayrou s'est faite de manière très courte, trois minutes le sortant et deux minutes l'entrant ! C'est inédit. Inédit pour François Bayrou qui est d'habitude plus long, et inédit pour un nouveau Premier Ministre qui entend généralement annoncer les grandes lignes de sa politique et ses éventuels dadas.

Là, Sébastien Lecornu a parlé d'humilité, pas besoin de grands discours et son objectif à très court terme, c'était de rencontrer tous les groupes parlementaires, dès l'après-midi qui arrivait. On reste cependant un peu frustré d'autant de concision.


François Bayrou a joué au paternaliste en proposant trois mots, trois verbes, à son successeur : aider, rassembler et inventer. Il peut l'aider, et Sébastien Lecornu a accepté son aide. Il faut rassembler, et Sébastien Lecornu compte bien rassembler pour faire un budget. Il faut inventer, et Sébastien Lecornu compte bien changer de méthode. C'est sans doute le seul message politique de cette passation des pouvoirs.
 


Comme François Bayrou, Sébastien Lecornu a beaucoup de sens politique, c'est un politique à 100% (on est loin de la "société civile" de 2017). Contrairement à ce que certains disent depuis mardi, à 39 ans, Sébastien Lecornu est loin d'être le plus jeune Premier Ministre de la Cinquième République, il y en a eu deux, avant lui, encore plus jeune, Gabriel Attal (34 ans) et Laurent Fabius (37 ans). Et Jordan Bardella est impatient d'occuper la fonction (30 ans samedi prochain).

Dans son très court discours, Sébastien Lecornu a d'abord remercié François Bayrou pour son action et son courage au service des Français : « Je veux saluer l'extraordinaire courage avec lequel vous avez défendu vos intimes convictions de militant et de citoyen jusqu'à cette dernière minute à Matignon. Et je crois moi aussi à une forme de justice qui fait qu'un jour, tout cela sera reconnu. ».


Ensuite, il a délivré deux messages politiques, courts et sans développement.

D'une part, une ode à l'optimisme : « C'est de dire aux Françaises et au Français qu'on va y arriver ! (…) Il n'y a pas de chemin impossible. Il faut qu'on arrive à mettre fin, au fond, à ce double décalage : le décalage entre la situation politique et le décalage avec ce qu'attendent légitimement nos concitoyennes et nos concitoyens, pour leur vie quotidienne, pour la situation économique et sociale, leur sécurité, bref, ce pour quoi évidemment nous sommes missionnés. Et ce décalage entre la vie politique et la vie réelle devient préoccupant. ».

Deux décalages, un entre la vie quotidienne des Français et la vie politique, et l'autre (sur lequel qu'il n'a pas insisté) entre la vie politique et la situation internationale très tendue (Ukraine, Gaza, OCS, États-Unis, etc.). Le décalage entre les Français et la classe politique est un marronnier. En quoi cela changerait-il, surtout par un politique pur ? Le langage de vérité qu'a tenu François Bayrou n'a pas semblé l'aider à convaincre les Français.

D'autre part, et c'est le plus important, une sorte de perspective de changement de méthode et de politique : « Alors, pour cela, il va falloir aussi changer, être sûrement plus créatif, parfois plus technique, plus sérieux dans la manière de travailler avec nos oppositions (…). Et je le dis aussi : il va falloir des ruptures. Et pas que sur la forme. Et pas que dans la méthode. Des ruptures aussi sur le fond. ».
 


Sébastien Lecornu n'a pas précisé quelles ruptures, tant sur la forme que sur le fond. S'il cherche à établir le budget avant de nommer son gouvernement, ce dernier risque de ne pas être formé très vite. De toute façon, l'affaire est assez facile : à part le socle commun, aucune force politique ne souhaite participer à ce gouvernement. Sébastien Lecornu n'a pour l'instant pas changé les comportements antérieurs : il consulte toutes les forces politiques, comme l'avait fait François Bayrou en décembre 2024.

Son problème majeur, c'est que le RN et les insoumis veulent la dissolution de l'Assemblée Nationale et la démission du Président de la République. Donc, seul un comportement bienveillant et responsable du parti socialiste peut faire survivre ce gouvernement naissant alors qu'ils ont renversé le précédent avec un chef beaucoup plus accommodant.

Le Premier Ministre a aussi un caractéristique majeure par rapport à ses prédécesseurs : c'est un très proche du Président Emmanuel Macron. Est-ce un atout ou un handicap ? On pourrait penser que c'est un handicap en raison de l'impopularité présidentielle (sur son propre nom, Sébastien Lecornu est peu connu des Français), mais c'est aussi un atout s'il souhaite infléchir la politique voulue par le Président (mais Michel Barnier et François Bayrou l'avaient aussi infléchie).

 


Le réponse d'Emmanuel Macron ne s'est pas fait très attendre. Du moins, si l'on en crois l'information de France Info. La radio publique a en effet pu avoir une conversation en off avec l'Élysée (un proche d'Emmanuel Macron), et ce dernier a expliqué : « Il faudra bouger des choses qui n'ont pas été comprises. Mais il faut continuer la politique de l'attractivité, de l'accroissement, du travail. La réforme des retraites, c'est bon pour le pays. (…) Le poids de la dette et la hausse des taux d'intérêts sont liés à l'instabilité politique, pas à notre stratégie économique. ».

C'est-à-dire que lorsque le Premier Ministre a parlé de ruptures sur le fond, l'Élysée a tout de suite fait savoir qu'il ne fallait pas quitter le paradigme général de la Présidence, à savoir continuer à promouvoir l'attractivité économique du pays pour permettre croissance et emploi. Ce que François Bayrou voulait aussi, puisqu'il voulait une augmentation de la production nationale.
 


Et sur le mode d'une inquiétude, le conseiller anonyme à l'Élysée a confié à France Into, mais cela s'adressait surtout au parti socialiste : « Soit ces familles politiques décident de travailler ensemble et de passer des compromis pour l'ordre et le progrès, soit elles décident de se diviser et elles disparaîtront. Elles auront trop de mal à résister aux radicalités, RN et LFI. Le dégagisme ne s'arrêtera pas au Premier Ministre et au Président. ».

Ce qui est clair, c'est qu'une nouvelle dissolution n'améliorera pas la stabilité politique du gouvernement. En juin 2022, le bloc central avait perdu la majorité absolue mais bénéficiait d'une majorité relative. Avec LR, le bloc central aurait pu préserver la majorité absolue et il n'y aurait pas eu de problème. Mais il fallait la menace d'un gouvernement RN pour que LR réagît et acceptât une alliance gouvernementale avec le bloc central, comme cela s'est passé après la dissolution.
 


Sauf qu'en juillet 2024, le socle commun (bloc central et LR) n'a plus la majorité absolue et pour l'obtenir, il lui faudrait l'alliance avec le PS. Il paraît assez certain qu'une Assemblée après une seconde dissolution serait ainsi : le socle commun et le PS n'auraient plus la majorité absolue, ce qui signifierait que le pays serait à la merci des seuls députés RN et FI, qui veulent saboter nos institutions. Et une nouvelle dissolution liera le Président de la République, l'actuel ou l'éventuel futur en cas de démission, puisqu'il ne pourra pas redissoudre avant l'année d'après.

La porte est donc très étroite pour Sébastien Lecornu. Comme les mêmes causes font les mêmes conséquences, il n'est a priori pas naturel d'avoir confiance en l'avenir proche sur le sens des responsabilités des acteurs des partis gouvernementaux. J'espère me tromper. Cela dépend principalement des socialistes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Du Tohu-bohu à Sébastien Lecornu.
Sébastien Lecornu après François Bayrou.
Matignon : qui succédera à François Bayrou ?
François Bayrou et la victoire du tohu-bohu.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
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Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).

Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
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Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.










https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250910-lecornu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/du-tohu-bohu-a-sebastien-lecornu-263157

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8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 21:40

« La conjonction des forces qui annoncent qu’elles veulent additionner leurs voix pour faire tomber le gouvernement, c’est un tohu-bohu qui se prépare pour la France. Et, pardonnez-moi de le rappeler à ce moment, le problème, la menace, le risque pour la France demeureront entiers ! Parce que, mesdames et messieurs les députés, vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement, mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel. » (François Bayrou, le 8 septembre 2025 dans l'hémicycle).




 


Triste fin de gouvernement. Comme annoncé le 25 août 2025, le Premier Ministre François Bayrou a fait sa déclaration de politique générale sur la dette ce lundi 8 septembre 2025 à 15 heures devant les députés convoqués en session extraordinaire d'un jour. Sans surprise, ce fut une mise à mort.

Il n'y avait pas beaucoup d'incertitude. Certes, François Bayrou n'habite pas loin de Lourdes et croit aux miracles, mais là, il fallait vraiment un super-miracle pour déjouer l'arithmétique entêtée des oppositions. C'est bien la première fois, depuis le début de la Cinquième République, qu'un chef du gouvernement a initié un vote de confiance selon l'article 49 alinéa 1er de la Constitution alors qu'il ne disposait pas d'une majorité absolue (pas même d'une majorité relative). Une opération kamikaze.

La différence est énorme, dans le choix des procédures, pour une force politique d'opposition qui souhaiterait jouer la bienveillance, entre une motion de censure dont elle n'aurait simplement pas à participer au vote, et ce vote de confiance pour lequel il lui faudrait voter pour le gouvernement, auquel cas elle se discréditerait auprès de ses électeurs. François Bayrou, dont l'habileté et la grande expérience politiques ne peuvent être mises en doute, le savait, et c'est donc avec cette certitude d'aller au casse-pipe qu'il a engagé la responsabilité du gouvernement.


À cet égard, son discours, qui serait sans doute le dernier qu'il aura prononcé dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, qu'il voulait mémorable et historique, a le petit goût amer de la déception. À force de répéter les arguments dans tous les médias ces deux dernières semaines, le Premier Ministre n'a pas beaucoup innové, et surtout, pas donné des arguments à ses adversaires pour revenir au dernier moment, sans perdre la face, sur leur décision de voter contre le gouvernement.

Pour autant, son discours a eu quelques moments forts que je propose ici de relater (et qu'on peut réécouter ici).

La déraison, François Bayrou l'a presque admise : « J’ai voulu ce rendez-vous, et certains d’entre vous, les plus nombreux, les plus sensés probablement, ont pensé que c’était déraisonnable, que c’était un trop grand risque. Or je pense exactement le contraire. Le plus grand risque était de ne pas en prendre, de laisser continuer les choses sans que rien ne change, de faire de la politique comme d’habitude, de vouloir durer sans prendre les décisions courageuses qui s’imposent, jusqu’au moment où l’irréparable est là et où l’on arrive au bord de la falaise. ».

 


La différence entre politique et historique : « Ce dont nous traitons aujourd’hui, ce n’est pas une question politique, c’est une question historique. Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les partis, les rivalités des uns avec les autres et les enjeux de pouvoir. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les peuples et les nations. Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les adultes qui se disputent tout le temps. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les enfants et le monde que nous leur construisons. Les questions politiques, ce sont des questions pour la prochaine élection. Les questions historiques, ce sont des questions pour la prochaine génération, des questions pour demain qui se jouent aujourd’hui. ».

La première priorité, selon François Bayrou, c'est de produire plus, ou du moins, autant que nos voisins : « Imaginez ce que seraient nos revenus familiaux et les ressources de l’État, si nous disposions de 15 ou de 30% de plus à partager, si nos salaires étaient de 15 ou 30% plus élevés et les ressources de l’État de 15 à 30% plus abondantes. Si nous avions la production de nos voisins, la France n’aurait aucun problème de déficit ou de dette. La production, c’est donc notre urgence nationale. ».
 


Les autres priorités, ce sont l'éducation, le logement, l'écologie, la sécurité, les migrations, l'aménagement du territoire, mais l'urgence de réduire la charge de la dette est énorme : « Comme capitaine du navire, informé de la voie d’eau qui s’élargit sans cesse, des flots qui envahissent nos cales, j’affirme que notre devoir à tous est d’abord de nous mettre à l’étancher sans attendre ! On me rétorque que ce n’est pas urgent, que cela peut attendre, que je suis trop impatient et que je veux aller trop vite. Le bateau flotte encore et il ne faut troubler ni les passagers, ni l’équipage ! Là est la confrontation des points de vue, là est la prise de responsabilité de chacun. Je dis au contraire que si nous voulons la sauvegarde du navire sur lequel nous et nos enfants naviguons, il faut agir sans tarder, et que ce n’est pas hors d’atteinte. Si nous nous y prenons à temps, cela demande seulement la mobilisation de tous et un effort modéré de chacun. ».

Et François Bayrou a mis un parallèle entre notre bonne santé budgétaire et notre défense : « Notre capacité d’influence dépend de notre indépendance et de notre souveraineté. Du respect que la France impose aux autres dépend le respect qu’on portera à ses valeurs. La soumission à la dette est similaire à la soumission par la force militaire. Que nous soyons dominés par les armes ou par nos créanciers du fait d’une dette qui nous submerge, nous perdons notre liberté. ».

Le ravage des solutions simplistes : « Les uns disent, ne croyez pas que j’ignore l’efficacité de ce discours, que ce sont les immigrés qu’il faut mettre à contribution, que ce sont les étrangers qui sont la cause de tout, que ce sont les étrangers qui sont la cause de tout (…). En tout état de cause, l’addition des économies est très loin de représenter un ordre de grandeur à la dimension du problème. Ou bien, autre discours : ce sont les riches qu’il faut faire payer. Là encore, je ne sous-estime pas l’efficacité du discours. ».

D'où la sortie sur Bernard Arnault : « Bernard Arnault et ses semblables sont devenus les cibles emblématiques d’une pensée magique ; ils sont comme des poupées vaudou dans lesquelles on plante des aiguilles pour les atteindre, j’imagine !, au portefeuille. On m’accordera que je ne suis ni un défenseur attitré ni un stipendié de ces réussites. Mais je n’oublie pas ce qu’elles font tous les jours pour le pays. L’excédent du commerce extérieur dans le secteur du luxe, ce sont 40 milliards d’euros par an ; et la valorisation de l’image de la France, qui contribue à l’industrie comme au tourisme, représente des dizaines de milliers d’emplois. On nous dit qu’il suffit de leur prendre ce qu’ils ont, ou une large part de ce qu’ils ont, ou chaque année 2% de ce qu’ils ont, et que les problèmes de la France seront réglés. On oublie deux choses essentielles : la première est qu’un pays comme le nôtre a besoin d’investisseurs. Le 1% des plus hauts contribuables assume une large part de l’investissement privé dans l’appareil productif en France. Et on oublie une deuxième conséquence : dans le monde de frontières ouvertes où nous vivons, ceux qui sont ciblés ont une réplique très simple et très immédiate : ils déménagent. Ils ont pléthore de pays où ils peuvent trouver un refuge fiscal, en Europe même. ».
 


Si François Bayrou a semblé tenir à cette démarche de solliciter la confiance de l'Assemblée, et à y croire, alors que les jeux paraissaient déjà faits, c'est qu'il a rappelé que le mandat des députés n'était pas impératif, qu'ils votaient librement, en conscience, sans forcément se soumettre aux consignes et ordres des appareils partisans : « Dans cette démarche, il y a une certaine idée de la démocratie et du gouvernement d’un peuple. J’ai choisi de m’adresser à vous comme si le destin n’était pas écrit. Comme si la réponse de l’Assemblée Nationale à l’engagement de responsabilité n’avait pas été annoncée à cors et à cris, sur tous les tons et toutes les antennes, de la part du plus grand nombre des groupes de cette assemblée. Je m’adresse à vous en prenant au pied de la lettre les principes énoncés à l’article 27 de la Constitution : "Le droit de vote des membres du Parlement est personnel". Ce qui veut dire qu’en principe, les mots d’ordre n’ont pas leur place ici. Ce qui a sa place ici, c’est la conscience personnelle de chacun des députés de la nation. ».

Le chef du gouvernement, dès sa nomination, se savait en sursis : « Tous les partis politiques qui ne font pas partie du gouvernement ont annoncé leur décision de le renverser. C’est un exploit tout relatif, permettez-moi de le signaler, puisque ce gouvernement est sans majorité, ni majorité absolue, ni majorité relative et que sa chute irrévocable était annoncée depuis la première minute de son existence. ».
 


Citant deux fois De Gaulle et une fois Pierre Mendès France, laissant entendre que ces deux hommes d'État l'avaient inspiré, François Bayrou a décrit les délices et poisons du régime des partis : « [La] logique [des partis] toujours les conduit à la division. C’est une malédiction, que nous vérifions à cet instant. Notre pays a le plus urgent besoin de lucidité, il a le plus urgent besoin d’unité. Et c’est la division qui menace de l’emporter, qui menace son image et sa réputation. Les forces politiques qui annoncent qu’elles vont faire tomber le gouvernement, ce sont les forces politiques les plus opposées entre elles, celles qui se désignent comme ennemies, celles qui sont incompatibles, par les idées autant que par les arrière-pensées, et qui échangent, d’un bout à l’autre de l’hémicycle, les injures et les mises en cause. Ce qu’elles préparent, si leur logique de division l’emporte, je l’ai déjà dit, c’est le tohu-bohu, le désordre où chacun hurle dans son coin et dont rien de bon ne peut sortir. ».

Mais quel est le chemin de l'unité ? Pour François Bayrou, il faut négocier : « S’il s’agit toujours de faire semblant, de ménager la chèvre pour obtenir le chou, de se rendre aux logiques de marchandages et de divisions de dissimuler l’essentiel pour communiquer sur le secondaire, en sachant qu’on continue la marche vers l’accident, je vous le dit : je ne serai pas l’homme d’une telle politique. Je crois aux compromis, mais aux compromis qui respectent l’essentiel. La vérité des hommes et des choses, la hiérarchie des ordres et des urgences. Je crois aux compromis qui ne se construisent pas sur l’ambiguïté. Requérir le soutien du pays quand il faut agir. ».


Je m'arrête à ce moment du discours pour faire une remarque importante. On ne peut pas comprendre la décision de François Bayrou de recours à ce vote de confiance, supposé suicidaire, sans comprendre sa propre motivation : « Dans des domaines aussi sensibles, je n’ai jamais cru à l’épreuve de force. ». Et de citer d'ailleurs des pays où le passage en force, genre bulldozer, devient l'ordinaire d'une gouvernance, y compris chez notre géant démocratique qu'étaient les États-Unis.
 


En d'autres termes, le Premier Ministre ne voulait pas imposer des mesures budgétaires du haut de son pouvoir à un peuple opposé et contestataire. Il voulait convaincre le peuple par l'intermédiaire de la représentation nationale qu'est l'Assemblée, il voulait ne jamais opposer le pouvoir d'en-haut et le peuple d'en-bas. Et mine de rien, cette motivation fait que François Bayrou, comme l'a fait De Gaulle en 1940, 1944 et 1958, nous raconte une histoire, un contexte, et bien peu de personnalités politiques, même les plus populaires aujourd'hui, ne proposent un tel roman national. Cette histoire nationale est d'ailleurs pour lui plus importante que détenir lui-même le pouvoir, souvent vain et dérisoire par rapport aux enjeux de la planète et de notre siècle.

Ce n'est pas étonnant qu'il vive cette histoire nationale car il s'est toujours inscrit, dès son plus jeune âge, dans le courant politique de la démocratie sociale, d'inspiration catholique. Avec des sources philosophiques dans son action politique, c'est ce qui manque sans doute à Emmanuel Macron. Ce n'est pas étonnant qu'il ait voulu finir son ultime discours de Premier Ministre par une pensée de Marc Sangnier : « Cette démarche, cette méthode, fait de la vérité partagée avec les Français son arme suprême. Cette démarche, cette méthode, conduit à l’unité du pays et elle écarte la malédiction de la division perpétuelle. Le philosophe et militant Marc Sangnier, que j’aime beaucoup et qui siégea dans votre assemblée à deux reprises, après la première guerre mondiale et après la deuxième, a défini la démocratie comme l’organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience et la responsabilité du citoyen. La conscience, c’est-à-dire la plus juste, la plus lucide compréhension des choses et des événements. La responsabilité, c’est-à-dire l’engagement. Nous, citoyens, ne sommes pas là pour être condamnés soit à obéir, soit à la révolte. Nous sommes là pour prendre notre part du destin, les yeux ouverts, avec la vérité comme boussole. Nous sommes un peuple qui s’interroge, non pas seulement sur son avenir, sur l’avenir du monde et de la planète, mais sur le chemin que l’on peut emprunter pour construire cet avenir. Ce que dit le moment que nous vivons, mesdames et messieurs les députés, c’est qu’il y a un chemin, et un seul, pour la France : celui de la vérité partagée, et du courage qu’on choisit ensemble. ».
 


Cette belle conclusion, qui fait honneur à notre tradition politique, a été saluée par une ovation de l'ensemble des forces politiques qui soutiennent son gouvernement, les députés se levant pour applaudir.

À la suite de cette déclaration de politique générale, au sens de l'article 49 alinéa 1er de la Constitution, un débat s'est engagé dans l'hémicycle avec l'intervention d'un représentant par groupe politique. J'y reviendrai peut-être ultérieurement.
 


Le vote a ensuite eu lieu, sans surprise, donc, puis l'Assemblée Nationale a très largement rejeté la déclaration du Premier Ministre François Bayrou : sur 573 votants, 194 députés ont voté pour, 364 ont voté contre et 15 se sont abstenus. La participation était très forte (même la Présidente de l'Assemblée, Yaël Braun-Pivet a pris part au vote, ce qui est très rare), puisqu'un seul député était absent (un non-inscrit) sur les 577 (les trois autres manquants étaient déclarés démissionnaires d'office après l'invalidation de leur élection et leur inéligibilité déclarée le 11 juillet 2025 par le Conseil Constitutionnel.

Chaque groupe politique a voté comme un seul homme, sauf deux : LR et LIOT. Pour les autres, les 123 députés RN sur 123, les 15 députés ciottistes sur 15s, les 71 députés insoumis sur 71, les 66 députés PS sur 66 (dont François Hollande), les 38 députés EELV sur 38 et les 17 députés PCF sur 17 ont voté, massivement donc, contre le gouvernement. Et les 90 députés EPR sur 91 (Violette Spillebout s'est abstenue), les 36 députés MoDem sur 36 et les 34 députés Horizons sur 34 ont voté massivement pour le gouvernement.

Parmi les 11 députés non-inscrits, 3 ont voté pour (dont Stella Dupont et Lionel Vuibert), 6 ont voté contre (dont l'ancien macroniste Sacha Houlié et deux anciens LR Aurélien Pradié et Raphaël Schellenberger) et 1 s'est abstenu.

 


Parce qu'il est un groupe hétéroclite, le groupe LIOT était naturellement désuni pour le vote : 4 députés LIOT sur 23 ont voté pour (dont Yannick Favennec-Bécot et David Habib), 15 députés LIOT ont voté contre (dont Charles de Courson, Harold Huwart, Stéphane Lenormand, Paul Molac, Christophe Naegelen, Laurent Panifous, Olivier Serva, Jean-Luc Warsmann et Estelle Youssouffa), et 4 députés LIOT se sont abstenus. (Je dois dire que j'ai un peu de mal à comprendre le vote contre de Charles de Courson et Jean-Luc Warsmann).

Quant au groupe LR, il était très divisé pour le vote, ce qui ne manquait pas d'incohérence puisque LR participait à ce gouvernement, parfois avec des ministres très en vue, Bruno Retailleau, Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur, et en plus, il est aussi le président de LR (cette division provient de la rivalité entre Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez) : 27 députés LR sur 49 ont voté pour (dont Laurent Wauquiez, Xavier Breton, Marie-Christine Dalloz, Philippe Gosselin, Michel Herbillon, Patrick Hetzel, Vincent Jeanbrun, Philippe Juvin, Michèle Tabarot, Jean-Louis Thiériot), 13 députés LR ont voté contre (dont Pierre Cordier et Fabien Di Filippo) et 9 députés LR se sont abstenus (dont Thibault Bazin et Julien Dive). Même si Laurent Wauquiez a voté pour le gouvernement, il l'a fait comme Jacques Chirac a voté pour Valéry Giscard d'Estaing en 1981, à titre personnel, en laissant la liberté de vote au groupe qu'il préside, pas mécontent de voir Bruno Retailleau quitter Place Beauvau.

S'il y avait eu plus de solidarité gouvernementale chez LR, le gouvernement aurait obtenu 22 voix de plus, c'est-à-dire 216 voix pour. Ce n'est évidemment pas la majorité et cela n'aurait pas changé le cours des événements à très court terme, à savoir le renversement du gouvernement, mais c'était important pour la suite, pour savoir si le socle commun était encore numériquement plus important que les députés élus sous l'étiquette de la nouvelle farce populaire (NFP), qui sont au nombre de 192. Donc, le socle commun est encore supérieur au NFP mais seulement de deux voix (même si, aujourd'hui, il n'existe plus de NFP puisque les insoumis seraient opposés à un gouvernement dirigé par un socialiste !).

 


Concrètement, François Bayrou a réuni ses ministres le lundi soir à 20 heures 30, puis remettra au Président de la République la démission de son gouvernement mardi 9 septembre 2025 à 8 heures. Emmanuel Macron devra alors choisir un nouveau Premier Ministre qui ne soit pas censuré immédiatement après sa nomination. Mais on ne voit pas pourquoi les censeurs d'aujourd'hui redeviendraient des députés bienveillants de demain. Rendez-vous dans quelques jours.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou et la victoire du tohu-bohu.
Déclaration de politique générale du Premier Ministre François Bayrou le 8 septembre 2025 à l'Assemblée Nationale (texte intégral et vidéo).
Journée critique pour Bayrou... et la France !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 7 septembre 2025 pour Brut (vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 4 septembre 2025 dans le journal de 20 heures sur France 2 (texte intégral et vidéo).
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 dans "Paris Match" (texte intégral).

Démission, destitution... Emmanuel Macron peut-il écourter son second mandat présidentiel ?
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.



 

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250908-bayrou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-et-la-victoire-du-263096

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/08/article-sr-20250908-bayrou.html


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8 septembre 2025 1 08 /09 /septembre /2025 19:47

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250908-bayrou.html



DÉCLARATION DE POLITIQUE GÉNÉRALE
DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE LUNDI 8 SEPTEMBRE 2025
À L'ASSEMBLÉE NATIONALE








XVIIe législature
2e session extraordinaire de 2024-2025
Séance du lundi 08 septembre 2025

Avertissement: version provisoire établie à 23:09
Présidence de Mme Yaël Braun-Pivet

Mme la présidente

La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à quinze heures.)

 3. Déclaration de politique générale, débat et vote sur cette déclaration

Mme la présidente

L’ordre du jour appelle la déclaration de politique générale du gouvernement faite en application de l’article 49, alinéa 1er, de la Constitution, le débat et le vote sur cette déclaration.
La parole est à M. le premier ministre, chargé de la planification écologique et énergétique.

M. François Bayrou, premier ministre, chargé de la planification écologique et énergétique

Cette épreuve de vérité, comme chef du gouvernement, avec l’assentiment du président de la République, je l’ai voulue. J’ai voulu ce rendez-vous, et certains d’entre vous, les plus nombreux, les plus sensés probablement, ont pensé que c’était déraisonnable, que c’était un trop grand risque. Or je pense exactement le contraire. Le plus grand risque était de ne pas en prendre, de laisser continuer les choses sans que rien ne change, de faire de la politique comme d’habitude,…

Un député du groupe LR

Comme à votre habitude !

M. François Bayrou, premier ministre

…de vouloir durer sans prendre les décisions courageuses qui s’imposent, jusqu’au moment où l’irréparable est là et où l’on arrive au bord de la falaise.

Un député du groupe LFI-NFP

Ça fait huit ans !

M. François Bayrou, premier ministre

Car ce dont nous traitons aujourd’hui, ce n’est pas une question politique, c’est une question historique. (Sourires sur les bancs des groupes LFI-NFP et Ecos.)

Quelques députés du groupe LFI-NFP

Ah bon ?

M. François Bayrou, premier ministre

Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les partis, les rivalités des uns avec les autres et les enjeux de pouvoir. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les peuples et les nations. Les questions politiques, ce sont celles qui concernent les adultes qui se disputent tout le temps. Les questions historiques, ce sont celles qui concernent les enfants et le monde que nous leur construisons. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem ainsi que sur quelques bancs des groupes EPR et HOR.)

Mme Danielle Simonnet

Les applaudissements sont un peu mous !

M. François Bayrou, premier ministre

Les questions politiques, ce sont des questions pour la prochaine élection. Les questions historiques, ce sont des questions pour la prochaine génération, des questions pour demain qui se jouent aujourd’hui.
Tous, nous savons que notre pays, au-delà de l’orientation décisive qui sera tranchée aujourd’hui, se trouve devant un immense champ de questions qui appeleront, dans les années qui viennent, des changements profonds.
Je veux, en cinq minutes, vous citer les plus graves de ces questions. Nous sommes devenus, depuis l’an 2000, un pays qui produit moins que les autres, moins que ses voisins.

Un député du groupe RN

La faute à qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

Mesuré par le PIB par habitant, notre retard de production sur nos voisins les plus proches, qu’ils soient allemands ou belges, est de 15 %. Sur nos voisins néerlandais, il est de plus de 30 %, et ce malgré les efforts faits ces dernières années sur la création d’entreprises, sur l’emploi et sur l’investissement, notamment avec France 2030.
Imaginez ce que seraient nos revenus familiaux et les ressources de l’État, si nous disposions de 15 ou de 30 % de plus à partager, si nos salaires étaient de 15 ou 30 % plus élevés et les ressources de l’État de 15 à 30 % plus abondantes. Si nous avions la production de nos voisins, la France n’aurait aucun problème de déficit ou de dette. La production, c’est donc notre urgence nationale.
Parallèlement, et non sans lien, nous sommes devant un immense problème d’éducation nationale.

M. Emeric Salmon

C’est le ministre de l’éducation nationale qui est en train de parler ?

M. François Bayrou, premier ministre

Notre école, notre collège, notre lycée, nos universités, jadis autant d’exemples pour la planète entière, sont aujourd’hui déclassés,…

M. Alexis Corbière

C’est pourquoi vous devez partir !

M. François Bayrou, premier ministre

…en raison de la chute de la maîtrise des fondamentaux, de l’écrit, de la lecture, de la langue, de l’arithmétique élémentaire ainsi que des difficultés rencontrées dans l’orientation qui est trop précoce, trop angoissante, trop mécanique et qui n’assure pas la promesse républicaine –⁠ égalité des chances d’où qu’on vienne et, s’il le faut, deuxième, voire troisième chance. (Exclamations sur quelques bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)

M. Philippe Brun

La faute à qui ?

M. Benjamin Lucas-Lundy

Qui gouverne ?

M. Jean-Paul Lecoq

Qui était ministre de l’éducation il y a trente ans ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant une immense question de modèle social. Inventé il y a quatre-vingts ans, sous l’inspiration du Conseil national de la Résistance, celui-ci est aujourd’hui gravement déficitaire, car il est déstabilisé par l’évolution démographique, le vieillissement des Français et le déséquilibre du système de retraites.

Un député du groupe LFI-NFP

Et par vos politiques !

M. Thibault Bazin

Et par le faible taux d’emploi !

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant une immense question de logement. Logement des familles, parcours de la location à la propriété pour ceux qui le souhaitent, logement des jeunes et des étudiants, logement d’urgence : le modèle est à réinventer.
Nous sommes le pays du monde qui a le mieux identifié l’enjeu écologique, le développement durable et la production décarbonée.

Mme Sandrine Rousseau

C’est une blague !

Mme Julie Laernoes

Et le moratoire sur les énergies renouvelables ?

M. François Bayrou, premier ministre

C’est une fierté, mais en un temps où cet enjeu est battu en brèche un peu partout sur la planète, c’est un défi de mobilisation générale.
Nous sommes devant une immense exigence et une inquiétude qui portent sur la sécurité, notamment la sécurité de tous les jours –⁠ le respect de l’intégrité des biens et des personnes. Nous savons que cette inquiétude, c’est d’abord celle des plus fragiles. Sécurité et justice sont les deux faces de notre premier devoir d’État.

Mme Christine Arrighi

Les réponses, c’est quand ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous sommes devant la question que les migrations posent à nos pays et à nos sociétés. (« Ah ! » sur les bancs du groupe RN.)

Mme Sabrina Sebaihi

Les migrations ou l’immigration ?

M. François Bayrou, premier ministre

Les migrations sont liées aux différences de développement, à la misère chez les uns avec une démographie expansive, à l’abondance chez les autres avec une population déclinante, sans compter la déstabilisation climatique. Nous avons donc deux obligations : contrôler et maîtriser les arrivées et intégrer ceux qui sont –⁠ et seront – là, par le travail, par la langue et par l’engagement à respecter nos principes de vie. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
Je dois ajouter l’aménagement du territoire dans l’Hexagone, touché par des déséquilibres entre les métropoles et les nouveaux déserts français. Transports, équipements, centres de décision : les territoires sont en demande et ont souvent l’impression que nul ne les entend. Je pense aussi à nos outre-mer, qui font face à des enjeux de vie quotidienne et de destin, dont nous savons qu’ils doivent être totalement réinventés. Ces enjeux, le gouvernement les a saisis dès son installation.
Tout cela est immense et urgent. C’est une magnifique cathédrale à reconstruire pour un peuple qui le mérite, un peuple avec des capacités à nulle autre pareilles, au premier rang dans le monde pour les sciences fondamentales, pour les mathématiques, pour la physique, pour la chimie, pour la génétique, pour la pharmacie, pour les technologies, pour le quantique, pour l’algorithmique, pour la robotique ; et au premier rang dans le monde, à l’égal des empires, pour le spatial, pour l’aviation, pour les hélicoptères, pour la construction navale, pour les sous-marins, pour les centrales nucléaires.

M. Laurent Jacobelli

Et pour la générosité sociale !

M. François Bayrou, premier ministre

Tout cela, c’est une économie qui a conquis les sommets et qui doit reconstruire les camps de base et rééquilibrer son commerce extérieur, en commençant par le développement de l’agriculture, de l’industrie, de l’automobile, où nous avons des atouts, jusqu’à l’équipement de la maison, dont nous sommes presque absents.

Mme Sophia Chikirou

Vous avez fait quoi au haut-commissariat au plan ? (Exclamations sur les bancs du groupe RN, EPR et DR.)

Mme la présidente

S’il vous plaît, madame Chikirou ! Vous n’avez pas la parole. Merci de laisser M. le premier ministre s’exprimer.

M. François Bayrou, premier ministre

Mais tout cela est aujourd’hui soumis à la question dont tout dépend, à la question vitale, d’urgence vitale –⁠ car notre pronostic vital est engagé – dont dépendent notre État, notre indépendance, nos services publics et notre modèle social : la maîtrise de nos dépenses et du surendettement. (« Oh là là ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Votre soutien, l’accord minimal sans lequel je ne pourrai pas poursuivre ma mission, je le demande à l’Assemblée nationale sur un seul point, qui est décisif : le constat de la situation du pays. La France n’a pas connu de budget en équilibre depuis cinquante et un ans.

M. Hervé de Lépinau

La faute à qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

Depuis cinquante et un ans, tous les ans, les dépenses s’accroissent, les déficits se répètent et les dettes s’accumulent.

M. Laurent Jacobelli

Laissez la place !

M. François Bayrou, premier ministre

Tous les ans, nous dépensons plus –⁠ et souvent, beaucoup plus – que nos ressources de l’année. Cela se justifie, bien sûr, lorsqu’il faut passer des crises : la crise des subprimes, crise financière mondiale sous Nicolas Sarkozy, et l’incroyable succession de coups du sort depuis 2020 –⁠ le covid, la guerre en Ukraine, la crise énergétique, l’inflation et les menaces en tout genre. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP. –⁠ Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem.)
Mais nous ne revenons jamais en arrière : nous continuons à dépenser. C’est devenu un réflexe –⁠ pire encore, une addiction. Les dépenses ordinaires du pays, les dépenses pour notre vie de tous les jours, pour les services publics, pour les retraites, pour le remboursement de nos feuilles de sécurité sociale, nous avons pris l’habitude de les financer à crédit.

M. Jean-Paul Lecoq

Et les cadeaux aux riches ?

M. François Bayrou, premier ministre

Cela entraîne donc un dépassement systématique des dépenses.
Tous les ans, pour acquitter chaque euro de ces dépassements de dépenses, il a fallu emprunter, comme un ménage ou une entreprise empruntent à la banque en cas de déficit. (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.) Un euro de déficit, c’est un euro de dette supplémentaire. L’addition des déficits, qui atteint plusieurs milliards chaque année, nous a conduits à une écrasante accumulation –⁠ 3 415 milliards d’euros de dette à cette heure précise.

M. Christophe Bentz

À qui la faute ?

M. François Bayrou, premier ministre

Cette accumulation a un prix : la ponction que le service de la dette représente tous les ans, c’est-à-dire ce qu’il faut payer aux créanciers pour les intérêts et la part de capital qu’on doit rembourser. Impossible de ne pas l’acquitter ; sinon, c’est la banqueroute. Sans honorer ces paiements, nous ne trouverions plus à emprunter un centime. Or, dans un pays comme le nôtre, nous ne pouvons pas vivre sans emprunter : nous en avons besoin pour payer les fonctionnaires, financer les retraites et la sécurité sociale ainsi que pour remplir nos obligations d’emprunteurs.
Nos obligations de remboursement annuel –⁠ intérêts et part à rembourser du capital – dépassent d’ores et déjà, et de loin, ce que notre pays produit en plus chaque année grâce à la croissance et à ses progrès.
Il faut avoir les chiffres précis en tête : ils ne sont nullement abstraits, mais disent une chose évidente que nous ne pouvons pas faire semblant d’ignorer. À notre rythme annuel de croissance et d’inflation,  la France produit chaque année un peu plus de richesses que l’année précédente, pour un montant de 50 milliards d’euros environ. (« Non ! » sur plusieurs bancs du groupe LFI-NFP.)
Or, en 2020, les annuités qu’il nous fallait verser représentaient environ 30 milliards ; en 2024, 60 milliards et cette année, 67 milliards. L’année prochaine, en 2026, cette somme devrait atteindre 75 milliards et 85 milliards l’année suivante. À la fin de la décennie, d’après la Cour des comptes, nous devrons verser 107 milliards. (Exclamations sur les bancs du groupe RN.)

M. Matthias Tavel

Et combien pour le capital ?

M. François Bayrou, premier ministre

Nous créerons donc 50 milliards par le travail et transférerons plus de 100 milliards à nos créanciers, soit le double !
Autrement dit, le fruit de tout le travail, de l’inventivité dont fait preuve le pays pour avancer chaque année, de tout ce progrès que nous voulons pour les nôtres, pour nos enfants, est entièrement reversé à nos créanciers !

M. Emeric Salmon et M. Frédéric Boccaletti

À qui la faute ?

M. Jean-Paul Lecoq

Qui gouverne ?

M. François Bayrou, premier ministre

La majorité de nos créanciers sont étrangers –⁠ 60 %. Ces dépenses obligatoires sont donc complètement improductives. Elles n’entraînent la création d’aucun emploi, l’amélioration d’aucun service, la construction d’aucun équipement.
Notre pays travaille et croit s’enrichir, mais s’appauvrit tous les ans un peu plus. C’est une hémorragie silencieuse, souterraine, invisible et insupportable.

M. Alexis Corbière

Comme votre politique !

M. François Bayrou, premier ministre

Or si c’est insupportable, on ne doit pas le supporter ! C’est le sens de la déclaration du gouvernement devant l’Assemblée nationale.
Comme capitaine du navire, informé de la voie d’eau qui s’élargit sans cesse, des flots qui envahissent nos cales, j’affirme que notre devoir à tous est d’abord de nous mettre à l’étancher sans attendre !

M. Jean-Paul Lecoq

Mais vous quittez le navire, tel un capitaine qui part en courant ! Normalement ce sont les femmes et les enfants d’abord, pas le capitaine !

M. Emeric Salmon

Il faut changer de capitaine !

M. François Bayrou, premier ministre

On me rétorque que ce n’est pas urgent, que cela peut attendre, que je suis trop impatient et que je veux aller trop vite. Le bateau flotte encore et il ne faut troubler ni les passagers, ni l’équipage ! Là est la confrontation des points de vue, là est la prise de responsabilité de chacun.
Je dis au contraire que si nous voulons la sauvegarde du navire sur lequel nous et nos enfants naviguons, il faut agir sans tarder,…

Mme Sophia Chikirou

Comme à Bétharram ?

M. François Bayrou, premier ministre

…et que ce n’est pas hors d’atteinte. Si nous nous y prenons à temps, cela demande seulement la mobilisation de tous et un effort modéré de chacun.
Mais il convient d’élargir l’analyse, même brièvement, de dépasser cette description des conséquences de la dette sur la vie des Français et d’envisager les implications pour le destin de la France.

M. Jean-Paul Lecoq

C’est de la politique fiction !

M. François Bayrou, premier ministre

Nous tous, d’où que nous venions, sommes les héritiers de la France. C’est ce destin, unique entre les peuples, d’une puissance moyenne par le nombre de ses habitants, mais à vocation universelle, qui a fait de nous ce que nous sommes.
Aujourd’hui, le destin de la France, notre nation inscrite dans l’histoire, se trouve menacé par nos quotidiennes impérities. Pour une nation, la question de l’influence, sa capacité à faire rayonner ses valeurs, est vitale. Nos valeurs, françaises et universelles, partout menacées, les droits de l’homme, et d’abord le droit des femmes, le droit au respect et à la liberté des femmes, le droit des enfants (Vives exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS),…

Mme Sabrina Sebaihi

Et Bétharram, ça relève de quoi ?

M. François Bayrou, premier ministre

…le droit à la liberté et au respect de la vie privée, le droit à la libre opinion, à la libre conviction, le droit à la libre religion, à la libre philosophie, le droit à se former –⁠ cet ensemble de droits comme il n’y en eut jamais de plus complet dans le monde, depuis que le monde est monde, qui le défend, sinon la France ?
Comment la France peut-elle défendre cet ensemble de valeurs, lui donner du sens en son sein et à travers l’Union européenne, si elle s’avère faible, si elle a perdu sa crédibilité en perdant sa souveraineté ? Nous ne sommes donc pas, à cet instant, défenseurs de nos seuls intérêts, de notre santé et de notre prospérité, mais les défenseurs menacés d’un bloc de valeurs lui aussi en danger. Notre capacité d’influence dépend de notre indépendance et de notre souveraineté. Du respect que la France impose aux autres dépend le respect qu’on portera à ses valeurs.

M. Emeric Salmon

En Algérie, par exemple ?

M. François Bayrou, premier ministre

La soumission à la dette est similaire à la soumission par la force militaire.

Mme Sandrine Rousseau

Non, cela n’a rien à voir !

M. François Bayrou, premier ministre

Que nous soyons dominés par les armes ou par nos créanciers du fait d’une dette qui nous submerge, nous perdons notre liberté.

Mme Sandrine Rousseau

Mais arrêtez ! C’est honteux !

M. François Bayrou, premier ministre

Dans les deux cas, il ne tient qu’à nous de nous émanciper en retrouvant le chemin de la liberté. Cela ne demande qu’un effort sur nous-mêmes.
C’est pourquoi la France s’est dotée, sous l’autorité du président de la République et par le vote de ses parlementaires, d’un plan d’équipement de ses armées en hommes et en matériel, la loi de programmation militaire. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem, sur plusieurs bancs du groupe EPR et sur quelques bancs des groupes DR et HOR.)

Mme Danielle Simonnet

C’est mou !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette loi doit non seulement être respectée mais aussi abondée par des investissements complémentaires décidés en raison des dangers de toute nature auxquels notre pays et notre continent sont exposés.

M. Jean-Michel Jacques

Il a raison !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces investissements complémentaires nécessaires –⁠ 3 milliards supplémentaires dès cette année – sont inscrits dans le plan présenté aux Français au mois de juillet.
De la même manière, le gouvernement propose au pays un plan pour aller vers le désendettement, afin que la France échappe en quelques d’années à l’inexorable marée de dettes qui la submerge. Dans quatre années –⁠ c’est un délai raisonnable dans la vie d’un pays et de ses habitants –, la dette existera toujours, mais elle n’augmentera plus.
Voici le plan : atteindre en 2029 le seuil de 3 % de déficit public, seuil à partir duquel la dette n’augmente plus. Si la dette n’augmente plus, le travail des Français, leur inventivité, leur créativité, leur confiance retrouvée remettront le pays à flot, plus vite qu’on ne le croit.
Tout nous y invite : les technologies d’un monde qui va de révolution en révolution, l’intelligence artificielle, notre créativité intellectuelle, culturelle et artistique ainsi que notre recherche.
Si nous nous libérons de ces chaînes qui nous entravent, tous les épanouissements deviendront possibles pour les Français d’aujourd’hui et pour les générations qui viennent. Tout est prêt, tout est en germe. Ne manque que la détermination de ceux qui veulent s’en sortir.
Cela oblige à des efforts, mais à des efforts modérés,…

Une députée du groupe EcoS

On parle de 40 milliards !

M. François Bayrou, premier ministre

…qu’un pays doit considérer supportables. Il s’agit de dépenser un peu moins que ce qui était attendu ou programmé, de freiner les dépenses ou de les étaler dans le temps, tout en affirmant devant nos concitoyens et à la face du monde que si personne ne sera abandonné, ce sont d’abord et avant tout les plus jeunes d’entre nous dont nous devons nous occuper.

Mme Sandrine Rousseau

Oui mais pas trop quand même !

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai été frappé des messages que j’ai reçus pour avoir évoqué les plus jeunes et le poids qui pèse sur leur génération.

Un député du groupe LFI-NFP

Et le climat ?

M. François Bayrou, premier ministre

Ils portent et porteront pendant vingt ou trente ans, peut-être davantage, le poids des milliers de milliards de dettes que leurs aînés ont contractés…

M. Emmanuel Fouquart

Que vous avez contractées !

M. François Bayrou, premier ministre

…et qu’ils devront endosser. Ces dettes n’ont pas été contractées pour équiper le pays comme il aurait convenu ou pour décider de l’avenir des jeunes. Ces milliers de milliards de dettes ont été consacrés à éponger les dépenses courantes de la vie de tous les jours, qu’un pays normal devrait assumer à chaque génération pour son compte.

M. Emeric Salmon

Et c’est le responsable de la situation qui s’exprime !

M. Jean-Paul Lecoq

Mais qui gouverne, qui est au pouvoir ?

M. François Bayrou, premier ministre

Depuis des décennies, nous avons rompu sur ce point le contrat de confiance entre générations qui est la base du contrat social. J’ai été frappé de constater combien les plus jeunes ont le sentiment d’être une génération sacrifiée.

M. Jean-Paul Lecoq

Tant que vous serez au pouvoir !

Mme Sabrina Sebaihi

Vous étiez ministre !

M. François Bayrou, premier ministre

Ils affirment qu’ils n’auront pas de retraite, que ce ne sera pas pour eux.
Le double défi qu’ils rencontrent… (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)
Je sais bien que vous voulez qu’on augmente encore les charges qui pèsent sur leurs épaules. Nous pensons exactement le contraire : il faut alléger ce poids pour les libérer de l’esclavage dans lequel on les plonge ! (Mêmes mouvements. –⁠ Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem ainsi que sur plusieurs bancs du groupe HOR.)

Mme la présidente

Je vous en prie ! Un peu de silence !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces jeunes rencontrent un double défi, souvent synonyme de double échec : la recherche d’un travail et celle d’un logement, notamment dans certaines villes et certaines régions –⁠ je ne parle même pas de la question du logement étudiant.

M. Inaki Echaniz

À qui la faute ?

Mme Sandrine Rousseau

Eh bien construisez des logements étudiants !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette génération ne se voit pas d’avenir commun.

Un député du groupe LFI-NFP

Pourtant, ils ont voté pour nous !

M. François Bayrou, premier ministre

Cette situation est insupportable du point de vue démocratique et civique autant que du point de vue moral.
C’est aussi de cela qu’il faut prendre conscience. Les plus avancés en âge doivent unir leurs efforts pour alléger la dette que les plus jeunes devront acquitter. Ne leur dites pas que vous les aimez, que vous veillez sur eux, si vous faites semblant d’ignorer la charge écrasante qui s’accumule sur leurs épaules !

Mme Sophia Chikirou

Nous on ne protège pas des pédophiles !

M. François Bayrou, premier ministre

À chaque fois que vous criez, je peux prendre une gorgée d’eau, donc c’est une bonne chose ! (Applaudissements et sourires sur les bancs du groupe EPR.)

Mme la présidente

Je vous en prie, chers collègues !

M. Ian Boucard

Heureusement que nous ne sommes pas en Chine !

M. François Bayrou, premier ministre

Ayant vécu ces derniers mois cet exercice inédit, et je crois sans précédent, de transparence entre citoyens, j’ai vu la puissance des forces qui veulent qu’on continue à fermer les yeux.

Un député du groupe LFI-NFP

Comme à Bétharram ?

M. François Bayrou, premier ministre

Il y a certes un fait nouveau. Depuis le début du travail que nous avons engagé il y a quelques semaines, les représentants de ces forces commencent leurs discours par : « Nous ne nions pas la situation. » Mais ils ajoutent aussitôt : « Nous sommes en désaccord avec la méthode, les décisions prises, le rythme du désendettement, l’identification des causes, et nous combattrons tout cela de toutes nos forces. C’est pourquoi nous voulons faire tomber le gouvernement qui nous invite à l’effort. » (Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Les uns disent –⁠ ne croyez pas que j’ignore l’efficacité de ce discours – que ce sont les immigrés qu’il faut mettre à contribution,…

M. Aurélien Le Coq

Votre ministre de l’intérieur le dit !

M. François Bayrou, premier ministre

…que ce sont les étrangers qui sont la cause de tout,…

M. Emeric Salmon

Pas du tout, vous avez une grande part de responsabilité !

M. François Bayrou, premier ministre

…et que c’est auprès de ceux-là que nous gaspillons notre argent et qu’il faut taper dans la caisse. Ils ont aussi une variante : la cause, c’est l’Europe, nous nous ruinons pour respecter nos engagements. Vingt milliards là, dix milliards ici –⁠ c’est plus facile.
Je l’ai dit : je suis d’accord pour qu’on vérifie, mesure par mesure, s’il y a des anomalies, des injustices commises au détriment de nos compatriotes.

M. Jean-Philippe Tanguy

On l’a fait !

M. Alexis Corbière

Quelle horreur !

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai pris la décision d’intervenir au sujet de l’aide médicale de l’État pour faire entrer dans la norme les préconisations du rapport présenté par Claude Évin et Patrick Stefanini. (Exclamations et sourires sur les bancs du groupe RN. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP et EcoS.)
Je me suis réjoui qu’ils rappellent que nous sommes le premier gouvernement à prendre en compte ce rapport remis il y a deux ans. Mais j’ai entendu des voix qui disaient : « Tout cela nous soulève le cœur ! »
En tout état de cause, l’addition des économies est très loin de représenter un ordre de grandeur à la dimension du problème. Ou bien, autre discours : ce sont les riches qu’il faut faire payer. (« Oui ! », « bravo ! » et applaudissements sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR. –⁠ Mme Dieynaba Diop applaudit aussi..) Là encore, je ne sous-estime pas l’efficacité du discours. Bernard Arnault et ses semblables sont devenus les cibles emblématiques d’une pensée magique ; ils sont comme des poupées vaudou dans lesquelles on plante des aiguilles pour les atteindre –⁠ j’imagine ! –, au portefeuille.
On m’accordera que je ne suis ni un défenseur attitré ni un stipendié de ces réussites. Mais je n’oublie pas ce qu’elles font tous les jours pour le pays.

M. Alexis Corbière

Ça se discute !

M. François Bayrou, premier ministre

L’excédent du commerce extérieur dans le secteur du luxe, ce sont 40 milliards d’euros par an ;…

M. Alexis Corbière

Grâce aux travailleurs !

M. François Bayrou, premier ministre

…et la valorisation de l’image de la France, qui contribue à l’industrie comme au tourisme, représente des dizaines de milliers d’emplois.
On nous dit qu’il suffit de leur prendre ce qu’ils ont, ou une large part de ce qu’ils ont, ou chaque année 2 % de ce qu’ils ont, et que les problèmes de la France seront réglés. On oublie deux choses essentielles : la première est qu’un pays comme le nôtre a besoin d’investisseurs. Le 1 % des plus hauts contribuables assume une large part de l’investissement privé dans l’appareil productif en France. Et on oublie une deuxième conséquence : dans le monde de frontières ouvertes où nous vivons (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP)…

M. Hadrien Clouet

Les fameuses frontières ouvertes !

M. François Bayrou, premier ministre

…ceux qui sont ciblés ont une réplique très simple et très immédiate : ils déménagent. (Applaudissements sur quelques bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ Exclamations sur les bancs des groupes LFI-NFP, EcoS et GDR.)

Mme Clémentine Autain

C’est faux !

M. François Bayrou, premier ministre

Ils ont pléthore de pays où ils peuvent trouver un refuge fiscal, en Europe même : le Luxembourg, la Belgique, la Suisse, les Pays-Bas, pour les entreprises.

M. Alexis Corbière

Lisez les rapports de vos propres services !

M. François Bayrou, premier ministre

Demandez à nos voisins britanniques ! Ils ont décidé de taxer les étrangers qui étaient exonérés de fiscalité.

M. Éric Coquerel

Ça n’a rien à voir !

M. François Bayrou, premier ministre

Ces derniers ont déménagé et cela a eu pour conséquence immédiate l’explosion du prix de l’immobilier à Milan. Mentionnons au passage, et François Hollande le sait bien (« Ah ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP),…

M. Fabien Di Filippo

Vous avez appelé à voter pour lui à l’époque !

M. François Bayrou, premier ministre

…que ce type de fiscalité est interdit par le Conseil constitutionnel, qui l’a depuis longtemps déclaré confiscatoire, donc inconstitutionnel ! (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Arnaud Le Gall

Vous êtes le porte-parole des 1 % !

Mme la présidente

Chacun pourra s’exprimer, le moment venu. Merci d’écouter le premier ministre dans le calme.

M. François Bayrou, premier ministre

Mais je veux réaffirmer ici qu’il conviendra de trouver un type de contribution qui fasse que les très hauts revenus et les très hauts patrimoines soient appelés à participer spécifiquement à l’effort national ; un travail en profondeur doit être conduit pour éviter que soient mis en place ou que se perpétuent des stratégies d’optimisation fiscale manifestement antiégalitaires qui, bien que juridiquement correctes, sont moralement discutables.

M. Aurélien Le Coq

Juridiquement correctes à cause de qui ?

M. François Bayrou, premier ministre

J’ai proposé dès la mi-juillet que les commissions parlementaires soient invitées à participer au travail de mise au point de cette fiscalité de solidarité. Les solutions de facilité, celles qu’on vend aux Français à longueur de discours ne suffiront jamais.
Notons au passage qu’entre ceux qui affirment « Nous allons instituer 20 ou 30 milliards d’impôts nouveaux » et ceux qui stipulent « Pas un euro d’impôts supplémentaires ! », entre ceux qui disent « Nous allons prendre les ressources dépensées pour les étrangers » et ceux qui déclarent qu’ils s’y opposeront « jour et nuit et jusqu’au bout », la conjonction des forces qui annoncent qu’elles veulent additionner leurs voix pour faire tomber le gouvernement, c’est un tohu-bohu qui se prépare pour la France. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem et sur quelques bancs du groupe HOR.)
Et –⁠ pardonnez-moi de le rappeler à ce moment –, le problème, la menace, le risque pour la France demeureront entiers ! Parce que, mesdames et messieurs les députés, vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement (« Oui ! » sur les bancs du groupe LFI-NFP), mais vous n’avez pas le pouvoir d’effacer le réel. Le réel demeurera inexorable ; les dépenses continueront d’augmenter, –⁠ plus encore ! –, et le poids de la dette, déjà insupportable, sera de plus en plus lourd et de plus en plus cher.

Mme Sabrina Sebaihi

Et la carte vitale ne fonctionnera plus, on sait !

M. François Bayrou, premier ministre

Il n’y a qu’un seul chemin pour que notre pays s’en sorte, aujourd’hui comme dans les années 1950, quand le général de Gaulle et, un peu plus tôt, Pierre Mendès France,…

M. Emmanuel Maurel

Laissez Mendès France tranquille !

M. François Bayrou, premier ministre

…affirmaient, tous deux dans le même sens : le premier, que l’équilibre des finances publiques ne devait pas se faire par l’accroissement chronique de la dette et, le deuxième, qu’« un pays qui n’est pas capable d’équilibrer ses finances publiques est un pays qui s’abandonne ».

M. Nicolas Meizonnet

Ils étaient démissionnaires !

M. François Bayrou, premier ministre

C’est précisément la question qui est posée aujourd’hui. Mesdames et messieurs les députés, dans cette démarche inédite qui vise à mettre tous les parlementaires face à leur responsabilité propre, personnelle, humaine –⁠ tous ceux qui voient bien que quelque chose ne va pas, même s’il est plus commode d’ignorer cette évidence –, dans cette démarche, il y a une certaine idée de la démocratie et du gouvernement d’un peuple. J’ai choisi de m’adresser à vous comme si le destin n’était pas écrit.

Un député du groupe RN

Vous vivez dans un monde parallèle !

M. François Bayrou, premier ministre

Comme si la réponse de l’Assemblée nationale à l’engagement de responsabilité n’avait pas été annoncée à cors et à cris, sur tous les tons et toutes les antennes, de la part du plus grand nombre des groupes de cette assemblée.

Un député du groupe RN

C’est ce qu’on appelle le déni !

M. François Bayrou, premier ministre

Je m’adresse à vous en prenant au pied de la lettre les principes énoncés à l’article 27 de la Constitution : « Le droit de vote des membres du Parlement est personnel. ». Ce qui veut dire qu’en principe, les mots d’ordre n’ont pas leur place ici. Ce qui a sa place ici, c’est la conscience personnelle de chacun des députés de la nation. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem. –⁠ Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP.)

M. Emeric Salmon

Nous représentons nos électeurs ! Ils nous demandent de voter contre !

Mme la présidente

S’il vous plaît !

M. François Bayrou, premier ministre

Tous les partis politiques qui ne font pas partie du gouvernement ont annoncé leur décision de le renverser. C’est un exploit tout relatif, permettez-moi de le signaler, puisque ce gouvernement est sans majorité, ni majorité absolue, ni majorité relative…

M. Alexis Corbière

En effet !

M. François Bayrou, premier ministre

…et que sa chute irrévocable était annoncée depuis la première minute de son existence.

M. Sébastien Chenu

La faute à qui ?

M. Pierre Cordier

Kamikaze !

M. François Bayrou, premier ministre

Je veux apporter ici une précision. J’ai une haute idée des mouvements politiques. Je me suis engagé quand j’avais à peine plus de vingt ans dans celui auquel j’adhère encore aujourd’hui. Je ne l’ai jamais quitté. Je l’ai défendu quand nous n’étions qu’une poignée à y croire encore. Je l’ai porté envers et contre tous et je suis fier de la génération de responsables qui m’entourent aujourd’hui. (Applaudissements sur les bancs du groupe Dem.) Je   suis certain que, sur beaucoup de ces bancs, vous partagez le même sentiment d’intime fidélité et de fierté vis-à-vis du parti auquel vous adhérez.
Mais les partis politiques ont aussi un défaut fondamental, qu’a si précisément vu, y compris à son détriment, le général de Gaulle,…

M. Arnaud Le Gall

Arrêtez de vous comparer avec lui, c’est ridicule !

M. François Bayrou, premier ministre

…c’est que leur logique toujours les conduit à la division. C’est une malédiction, que nous vérifions à cet instant. Notre pays a le plus urgent besoin de lucidité, il a le plus urgent besoin d’unité. Et c’est la division qui menace de l’emporter, qui menace son image et sa réputation. Les forces politiques qui annoncent qu’elles vont faire tomber le gouvernement…

M. Hadrien Clouet

Excellent !

M. François Bayrou, premier ministre

…ce sont les forces politiques les plus opposées entre elles, celles qui se désignent comme ennemies, celles qui sont incompatibles, par les idées autant que par les arrière-pensées, et qui échangent, d’un bout à l’autre de l’hémicycle, les injures et les mises en cause. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR et Dem.)

M. Emeric Salmon

Vous avez appelé à voter pour eux ! C’est vous qui les avez fait élire !

M. François Bayrou, premier ministre

Ce qu’elles préparent, si leur logique de division l’emporte, je l’ai déjà dit, c’est le tohu-bohu (Sourires), le désordre où chacun hurle dans son coin et dont rien de bon ne peut sortir.
Le gouvernement, par ma voix, engage devant vous sa responsabilité. Ce qui signifie que, par ma voix, à la tribune, il dit : « mesdames et messieurs les députés, le problème dont nous vous saisissons, comme représentants de la nation, nous paraît si grave, il implique si profondément chacun de nos concitoyens, qu’il requiert votre soutien. » Sans un soutien minimal de la part des Français, représentés ici par leurs députés, l’action exigeante et courageuse que la situation implique n’a aucune chance de pouvoir s’imposer.
Et sans ce soutien minimal, sans cette entente minimale entre les grandes sensibilités du pays, sur le constat et sur l’impérieuse trajectoire de redressement, alors l’action du gouvernement serait vouée à l’échec et, pire encore, elle n’aurait pas de sens. S’il s’agit toujours de faire semblant, de ménager la chèvre pour obtenir le chou, de se rendre aux logiques de marchandages et de divisions (Exclamations sur les bancs du groupe LFI-NFP)…

M. Pierre Cordier

C’est ce que vous avez fait pendant toute votre carrière !

M. François Bayrou, premier ministre

…de dissimuler l’essentiel pour communiquer sur le secondaire, en sachant qu’on continue la marche vers l’accident, je vous le dit : je ne serai pas l’homme d’une telle politique. Je crois aux compromis, mais aux compromis qui respectent l’essentiel. La vérité des hommes et des choses, la hiérarchie des ordres et des urgences.

M. Emmanuel Maurel

Vous n’êtes pas un homme de compromis !

M. François Bayrou, premier ministre

Je crois aux compromis qui ne se construisent pas sur l’ambiguïté. Requérir le soutien du pays quand il faut agir, c’est pour moi l’article 1er du contrat démocratique. Dans des domaines aussi sensibles, je n’ai jamais cru à l’épreuve de force.

M. Alexis Corbière

Et le 49.3 ?

M. François Bayrou, premier ministre

Je crois à la conviction partagée. Et je crois qu’il convient de vérifier cet accord de fond auprès des Français ou de leurs représentants chaque fois que c’est nécessaire. Ma conviction, c’est qu’au fond, au point où nous en sommes arrivés, il ne reste plus que deux chemins.
Le chemin sur lequel, sur toute la planète, le monde bascule : celui qui considère que la destinée des peuples, c’est d’obéir et que, pour que s’instaure cette logique autoritaire, contre le droit des peuples et le droit de l’homme et du citoyen, tous les coups sont permis ; celui qui considère que la fin justifie les moyens, notamment l’utilisation de tous les conflits, de toutes les mésententes, de toutes les calomnies, qu’il convient de faire flamber.
Et vous voyez sans peine, de l’Est lointain à l’Ouest qu’on croyait proche –⁠ l’ouest américain – combien cette conception de la politique au bulldozer…

Mme Sandra Regol et Mme Danielle Simonnet

Et le 49.3 ?

M. François Bayrou, premier ministre

…cette loi du plus fort, ce rapport de force brutal paraissent s’imposer ! Sous les applaudissements des uns et le découragement des autres.
Et nous, nous sommes là pour ranimer l’autre projet. Le projet même de la démocratie qui considère plus juste, plus intéressant, plus fructueux, de respecter le citoyen, même minoritaire, et de le considérer comme partenaire et coresponsable de son propre destin. Cette démarche, cette méthode, fait de la vérité partagée avec les Français son arme suprême. Cette démarche, cette méthode, conduit à l’unité du pays et elle écarte la malédiction de la division perpétuelle.
Le philosophe et militant Marc Sangnier, que j’aime beaucoup et qui siégea dans votre assemblée à deux reprises, après la première guerre mondiale et après la deuxième, a défini la démocratie comme l’organisation sociale qui porte à son plus haut la conscience et la responsabilité du citoyen.

Un député du groupe GDR

Et qui respecte le résultat des élections !

M. François Bayrou, premier ministre

La conscience, c’est-à-dire la plus juste, la plus lucide compréhension des choses et des événements. La responsabilité, c’est-à-dire l’engagement. Nous, citoyens, ne sommes pas là pour être condamnés soit à obéir, soit à la révolte. Nous sommes là pour prendre notre part du destin, les yeux ouverts, avec la vérité comme boussole.
Nous sommes un peuple qui s’interroge, non pas seulement sur son avenir, sur l’avenir du monde et de la planète, mais sur le chemin que l’on peut emprunter pour construire cet avenir. Ce que dit le moment que nous vivons, mesdames et messieurs les députés, c’est qu’il y a un chemin, et un seul, pour la France : celui de la vérité partagée, et du courage qu’on choisit ensemble. (Applaudissements sur les bancs des groupes EPR, DEM et HOR, dont les membres se lèvent. –⁠ Quelques députés du groupe DR applaudissent également.)

Mme la présidente

Nous allons maintenant entendre les orateurs des groupes.





Source : Assemblée Nationale.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250908-discours-bayrou.html

 

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7 septembre 2025 7 07 /09 /septembre /2025 15:01

(vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE DIMANCHE 7 SEPTEMBRE 2025 POUR BRUT









Source : Brut.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250907-interview-bayrou.html

 

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5 septembre 2025 5 05 /09 /septembre /2025 10:01

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE VENDREDI 5 SEPTEMBRE 2025
À LA MATINALE DE RTL









François Bayrou : « Cette politique, on ne peut pas la conduire s'il n'y a pas la prise de conscience par le pays. »
Le 5 septembre 2025
De 7h30 à 8h30, François Bayrou était au micro de RTL Matin, interrogé par Thomas Sotto et Marc-Olivier Fogiel.





Thomas Sotto : Le Premier Ministre François Bayrou est avec nous jusqu'à 8h30 à mes côtés pour l'interroger, Marc-Olivier Fogiel. Bonjour Marc-Olivier.

Marc-Olivier Fogiel : Bonjour Thomas, bonjour à toutes et à tous.

Thomas Sotto : Et bonjour et bienvenue donc Monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Bonjour.

Thomas Sotto : Merci d'avoir accepté notre invitation et d'être là ce matin sur RTL. Parce que vous vous faites un peu rare ces jours-ci, on vous voit peu, on vous entend peu. C'est évidemment un clin d'œil car les Français ont remarqué votre hyperactivité médiatique. Ils ont remarqué que vous vous battez. Les Français justement, François Bayrou, mais aussi vos opposants politiques et même une partie de ceux qui sont censés vous soutenir à l'Assemblée, disent et répètent en boucle, « Bayrou c'est fini. Ils ont déjà tourné la page. »

Vous l'avez dit hier soir au 20h de France 2, vous êtes là pour convaincre. Mais quand on vous écoute François Bayrou, on a l'impression que vous avez renoncé à convaincre les politiques que vous vous adressez maintenant aux Français, que vous les prenez à témoin du désastre annoncé, que le match est plié. C'est ça ? Vous en êtes là ?


François Bayrou : Bonjour d'abord.

Thomas Sotto : Rebonjour.

François Bayrou : Qu'est-ce qui est important ? C'est le monde politique avec ses habitudes et ses manières d'être qui semblent en effet avoir décidé à l'avance.

Marc-Olivier Fogiel : En tout cas, il a le monde politique, monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Ou bien ce sont les Français.

Marc-Olivier Fogiel : Oui, mais il a votre sort entre les mains, le monde politique.

François Bayrou : Oui, il a le sort du gouvernement entre ses mains.

Marc-Olivier Fogiel : Donc là, vous parlez en français ?

François Bayrou : Et donc, ce qui est essentiel pour moi, c'est que grandisse dans l'esprit des Français, s'installe dans leur esprit, l'idée que nous sommes comme pays, comme nation, devant un problème que nous ne pouvons pas écarter, éluder, qu'on écarte depuis des décennies...

Marc-Olivier Fogiel : Mais ça ils le savent, pardon monsieur, ils le savent, les sondages le prouvent, ils savent que la dette est un problème. Et ce n'est pas un référendum lundi.

François Bayrou : Excusez-moi, vous dites qu'ils le savent, moi je pense que s'ils le savaient, le monde politique ne serait pas dans ce sentiment de vouloir abattre le gouvernement.

Marc-Olivier Fogiel : Mais en gros, monsieur le Premier Ministre, vous faites donc une tournée d'adieu sous les applaudissements pour que les Français comprennent, à votre départ, que la situation est très grave. C’est ça la réalité.

François Bayrou : Vous présentez les choses comme si la politique et le spectacle, c'était la même chose.

Marc-Olivier Fogiel : Non, pas du tout. Vous avez entendu tout à l'heure les papiers du service politique de Hertel qui disaient que vous faisiez semblant d'y croire. Le théâtre, manifestement, vous y participez aussi en faisant semblant.

François Bayrou : Monsieur Fogiel, est-ce qu'on peut s'écouter jusqu'au bout de nos phrases ?

Marc-Olivier Fogiel : Absolument !

François Bayrou : Je vous écouterai, je vous le promets, je m'y engage. Et il faut qu'on puisse s'entendre dans tous les sens, dans les deux sens. La politique, ce n'est pas du spectacle. Ce n'est pas une tournée, entre guillemets, d'adieu, comme vous dites. Je suis un responsable politique. Je l'étais avant d'être Premier Ministre et je le resterai après. La question, elle est beaucoup plus simple, c'est est-ce que notre pays a mesuré la gravité de la situation devant laquelle il se trouve ?

Et la situation, elle est de deux piliers, si j'ose dire.

Premier pilier, la France est un pays qui ne produit pas assez, qui ne produit plus assez. Si on regarde la différence entre la production de la France, la production, c'est ce qui va faire des salaires et de l'activité et des emplois. Si on regarde la différence entre la production des Français et la production de nos voisins, de nos voisins allemands, de nos voisins néerlandais, alors on s'aperçoit qu'avec les Allemands, il y a 16%. Ils produisent 16% par habitant de plus que nous…

Thomas Sotto : Pardon, monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : …Et les Néerlandais, les Pays-Bas, ils produisent 35% de plus que nous. Imaginez-vous ce que ça serait si nous avions 16% de plus de salaire.

Marc-Olivier Fogiel : Vous le dites depuis 10 jours, M. le Premier Ministre.

Thomas Sotto : Pardon, Monsieur le Premier Ministre, mais on n'en est plus là dans le calendrier. Parce que vous avez choisi d'accélérer ce calendrier. Pardonnez la familiarité de ma question, mais c'est un mot qu'on entend beaucoup. Y compris dans votre famille politique, en demandant ce vote de clarification. Est-ce que vous avez fait « une connerie » ? Beaucoup de gens disent ça dans votre entourage. Dans le sens que le commun, c'est le mot qui revient. Est-ce que c'est une erreur ? Est-ce que c'est une faute politique ? Parce que précisément, vous sacrifiez ce pour quoi vous vous battez.

François Bayrou : Eh bien, vous vous trompez sur toute la ligne. Et ceux qui disent ça, évidemment, ils ne voient pas plus loin que le bout de leur nez. Qu'est-ce qui était en train de se produire ? C'est que, je viens de décrire la question de la production, sur la deuxième question, qui est la question de l'endettement du pays, qui est une voie d'eau dans la coque du navire, et l'eau monte dans la cale.

Thomas Sotto : C'est Simone, vous en avez déjà parlé.

François Bayrou : Oui, enfin, je ne suis pas sûr. Si vous interrompez chaque fois celui qui essaie de décrire une situation en disant vous l'avez déjà dit, si je l'avais déjà dit, tout le monde en serait persuadé.

Marc-Olivier Fogiel : Sauf que monsieur le Premier Ministre, cette situation que vous décrivez, qu'on a bien entendue et qu'on va vous laisser décrire bien entendu, concrètement, lundi, probablement vous ne serez plus là pour la régler cette situation. C'est en ça que la question de Thomas est évidemment légitime. C'est que, d'une certaine manière, est-ce une connerie ? De partir dans cette situation-là, certes en la décrivant si bien, mais en même temps, presque en l'aggravant et en la laissant à votre successeur, qui va forcément faire des concessions et donc pas la régler.

François Bayrou : Je disais, vous vous trompez sur toute la ligne. Alors allez-y. Pourquoi ? Comme vous savez, j'ai donné en plusieurs étapes au pays, une photographie de la situation qui est une photographie alarmante d'une situation alarmante. Et en avril et puis au mois de juillet, on a proposé un plan, la dimension d'un plan. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Pendant l'été, pendant tout l'été, le débat s'est focalisé, non pas du tout sur la situation, sa gravité et son urgence.

Thomas Sotto : On a parlé des jours fériés.

François Bayrou : Mais le débat s'est focalisé, comme vous dites, sur des mesures. Et il n'y avait plus que ça.

Thomas Sotto : Et pourquoi ne pas avoir déminé ? Pourquoi ne pas avoir déminé cette question dont on sentait qu'elle était bloquante ?

François Bayrou : J'ai déminé cette question tous les jours en indiquant que, bien entendu, j'étais prêt. Dès l'instant qu'on me ferait des propositions, à condition qu'on s'accorde sur le but atteint.

Thomas Sotto : Donc ça veut dire que c'est un faux procès que vous font les oppositions et même vos partenaires. Nicolas Sarkozy qui dit que vous n'avez pas suffisamment consulté les forces politiques. Les deux Présidents de l'Assemblée, Yael Braun-Pivet qui dit « il aurait peut-être fallu davantage dialoguer cet été ». Et Gérard Larcher qui dit « il est dans une forme de solitude ». Donc c'est un faux procès qu'on vous fait ?

François Bayrou : C'est un faux procès, mais les procès en politique, vous le savez bien, c'est quotidien. Toute la journée on vous fait des procès simplement il faut savoir si vous avez un cap et si vous êtes capable de suivre ce cap et si vous êtes capable de défendre ce cap et c'est ce que je fais. Pourquoi ? Quel est le fond de cette affaire ? Le fond de cette affaire c'est vous ne pouvez pas conduire une politique qui est une politique exigeante pas impossible, pas de sacrifice pas d'austérité on n'en est pas là.  On y sera je crains dans quelques temps mais on n'en est pas là. Simplement, cette politique-là, elle demande des efforts à chacun, et ces efforts à chacun, on ne peut pas les conduire, s'il n'y a pas la prise de conscience par le pays, que ceci est vital pour notre avenir.

Thomas Sotto : Monsieur Bayrou, les Français semblent prendre conscience. Il y a un sondage Toluna Harris Interactive pour RTL qui disait cette semaine que 56% d'entre eux sont favorables à la réduction des déficits. Mais peut-être qu'ils ne vous comprennent pas. Est-ce que votre problème aujourd'hui n'est pas d'être devenu le pompier pyromane, celui qui veut éteindre le feu qu'il a contribué à allumer ?

Valérie Pécresse, qui était là il y a quelques jours, disait ici même « François Bayrou, je le mets dans le sac de ceux qui ont cramé la caisse ».


François Bayrou : Oui, vous voyez, ça me rappelle un autre sondage hier. On a demandé aux Français est-ce que la classe politique est à la hauteur de la situation ? Est-ce que les partis politiques sont à la hauteur de la situation ? Et 85%. Et donc moi je mets dans le sac tous ceux qui interviennent sur les aspects secondaires.

Marc-Olivier Fogiel : Non mais elle s'appuie quand même sur des faits puisque vous avez soutenu Ségolène Royal puis François Hollande.

François Bayrou : Je n'ai pas soutenu Ségolène Royal.

Marc-Olivier Fogiel : Vous avez voté pour eux.

François Bayrou :  Non mais non, vous répétez ce que Nicolas Sarkozy dit…

Marc-Olivier Fogiel : …On se rappelle aussi de 2007 et 2012.

François Bayrou : …On peut faire ce choix. En 2007 je n'ai pas soutenu Ségolène Royal et je n'ai pas voté pour elle. Je n'ai pas voté non plus pour Nicolas Sarkozy pour des raisons qui sont apparues, évidemment…

Marc-Olivier Fogiel : Alors, en 2017, vous avez accompagné Emmanuel Macron, évidemment, jusqu'à l'Élysée, et la dette s'est alourdie, on sait pour quelles conditions, puisqu'il y a eu des crises, mais en même temps...

François Bayrou : Eh bien, vous ne décrivez pas la réalité. Alors, on va le faire ensemble. Quand Emmanuel Macron était élu, pendant les deux premières années du mandat, il a, au contraire, baissé les déficits, baissé les dépenses publiques.

Thomas Sotto : C'est difficile de prendre que les deux premières années. Il y avait 2281 milliards de dettes quand il est arrivé. Il y en a plus de 3300, presque 3350 aujourd'hui.

François Bayrou : Est-ce qu'on peut réfléchir ensemble ? Qu'est-ce qui s'est passé en 2020 ?

Thomas Sotto : Oui, on connaît les crises. On connaît le Covid, on connaît la guerre en Ukraine, on connaît les problèmes de l'énergie. Eh bien, le Covid, le monde entier s'est arrêté. Et la France a dit, « nous allons sauver les entreprises », c'est-à-dire sauver les emplois, c'est-à-dire sauver les familles.

Marc-Olivier Fogiel : Mais ça veut dire que vous, en responsabilité, vous n'étiez pas à l'époque, mais vous n'étiez pas loin, vous auriez fait les mêmes choix pour alourdir cette dette, pour sauver les entreprises ?

François Bayrou : Sur le Covid, certainement oui.

Marc-Olivier Fogiel : Et sur le reste ?

François Bayrou : Certainement oui. Et après est arrivée la guerre en Ukraine, et après est arrivée l'explosion du prix de l'énergie à cause de la guerre en Ukraine, et après est arrivée la crise de l'inflation, et après est arrivé ce qui est en train de se produire avec les Etats-Unis et Trump.

Marc-Olivier Fogiel : Et donc vous auriez fait la même chose ?

François Bayrou : Non, j'aurais certainement essayé. Une fois qu'on a fait le « quoi qu'il en coûte », vous vous souvenez, on a sauvé toutes les entreprises françaises.

Thomas Sotto : Et personne ne l'a contesté à l'époque ?

François Bayrou : Non seulement personne ne l'a contesté.

Thomas Sotto : Et les gens s'en sont réjouis à l'époque ?

François Bayrou : Non seulement personne ne l'a contesté, mais les responsables politiques que vous indiquiez, alors ils sont tous montés à la tribune pour demander plus. C'est d'ailleurs le cas parce que la réalité de ce qu'un gouvernement décide en matière de dette du pays, c'est pour les Français qui en bénéficient directement, qui le décident. En particulier, comme vous savez, une très grande partie de la dette : c'est les retraites.

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre, revenons à la situation actuelle, à ce qui va se passer d'ici lundi. Il y a une question que beaucoup se posent. Vous avez appelé à des solidarités entre générations, on vous a même reproché de stigmatiser les boomers. Mais pourquoi cette solidarité ne devrait-elle pas s'appliquer aux riches ? Pourquoi ne pas faire payer les très riches ? Pourquoi ne devrait-il pas être solidaire, eux aussi ?

François Bayrou : Eh bien, j'ai annoncé, si vous vous en souvenez, le 15 juillet, en effet, que nous allions prendre une décision fiscale qui est une décision de participation des plus aisés, des plus fortunés à la dépense commune. Et cette participation, j'ai indiqué que nous allions en fixer le cadre. Je vous donne le cadre. Il faut une participation des plus hauts revenus. Il faut une participation des plus hauts patrimoines.

Marc-Olivier Fogiel : Les deux.

François Bayrou : Il faut que les deux s'accordent dans une...

Thomas Sotto : Et pas jusqu'à la taxe Zucman qui prévoit 2% d'imposition sur les patrimoines de plus de 100 millions.

François Bayrou : Alors, arrêtons-nous sur cette idée. J'ai commencé en disant, le premier problème de la France c'est qu'on ne produit pas assez. C'est que tous les autres autour de nous, en Europe même, arrivent à produire exactement les sommes qui nous manquent pour avoir des salaires convenables et pour avoir des rentrées pour l'État qui soient à la hauteur.

Marc-Olivier Fogiel : Donc ça serait contre-productif cette taxe, c'est ça ?

François Bayrou : Et donc, si vous dites ça, alors vous voyez que créer une fiscalité dérogatoire sur, je devrais dire, contre les entreprises, c'est évidemment, et contre les investisseurs, c'est évidemment contradictoire. J'ajoute une deuxième chose qui est très simple, cette taxe est inconstitutionnelle.

Thomas Sotto : Alors ça s'est discuté entre les constitutionnalistes, mais ce débat-là...

François Bayrou : Non, non, ça n'est pas discuté, on fait comme si les faits n'existaient pas. C'est ça le problème des débats que nous avons aujourd'hui. C'est vrai sur la dette, c'est vrai sur ce point. Il y a une décision du Conseil constitutionnel en 2011, qui dit que ce type de taxe qui va frapper au-delà d'un certain seuil de revenu...

Thomas Sotto : Oui, le seuil confiscatoire. On ne va pas rentrer dans les détails trop techniques. Non mais vous voyez, M. Bayrou.

François Bayrou : M. Sotto, on s'arrête une seconde. Vous dites que c'est très discuté et après dans votre phrase vous indiquez que, en effet, cette définition du seuil confiscatoire existe.

Marc-Olivier Fogiel : Pour vous, ce n'est pas possible pour ces raisons-là.

François Bayrou : Ça n'est pas l'essentiel de ce que je dis. Ce n'est pas juridique.

Thomas Sotto : La question, elle est économique. Mais il n'empêche que ça nourrit, et ça on l'entend dans les reportages qu'on fait, on le voit dans les messages qu'on reçoit, un sentiment d'injustice chez les Français. Ils ne comprennent pas. Ils ne comprennent pas pourquoi ce sont toujours ceux qui ont l'impression d'être en bas de l'échelle à qui on demande le plus d'efforts. C'est justifié ce sentiment d'injustice ? Vous répondez quoi à ça ?

François Bayrou : Je pense qu'on doit faire des progrès sur ce point. Je pense que le sentiment que vous décrivez parmi les Français qui sont au travail ou les Français retraités, il existe. Vous avez tout à l'heure dit quelque chose qui est inexact sur les boomers. Moi je n'ai jamais ciblé. Boomers, qu'est-ce que c'est ? C'est les enfants du baby-boom. Ceux qui sont nés entre 45 et 65, on va dire, pour simplifier ces 20 années-là. Est-ce qu'ils sont responsables ? Ils ne le sont pas. Est-ce que je propose qu'on les cible ? Jamais. Je propose une chose, c'est qu'ils soient à côté de moi. pour faire baisser la dette qu'ils vont laisser aux enfants.

Thomas Sotto : Alors justement…

Marc-Olivier Fogiel : Baisser la dette qu'ils vont laisser aux enfants, vous avez encore trois jours pour convaincre. Manifestement, arithmétiquement, pour la classe politique, ça semble cuit. Même si le PS s'abstient, ça ne passe pas. Qu'est-ce que vous pouvez mettre sur la table, en plus, là vous avez parlé avec Thomas de la taxation des riches, en plus, pour essayer de faire bouger les lignes, ou alors c'est cuit. Là, il reste trois jours à par venir, et on vous remercie de le faire encore ce matin sur RTL, faire de la pédagogie. Qu'est-ce que vous mettez sur la table ?

François Bayrou : Ça n'est pas de la pédagogie, c'est du combat. Du combat.

Marc-Olivier Fogiel : Qu'est-ce que vous mettez sur la table concrètement pour faire bouger les lignes ? Politique, puisque c'est là où ça se joue, lundi à l'Assemblée, à 14h.

François Bayrou : J'ai été frappé, j'ai reçu, comme vous savez, tous les groupes politiques, et j'en recevrai encore ce matin. Et ce qui était extraordinairement frappant, c'est qu'ils sont en désaccord profond sur toutes les décisions à prendre.

Marc-Olivier Fogiel : Mais ils sont en accord ? profond sur le fait de vous faire sortir lundi.

François Bayrou : Oui, très bien. Il y a pire catastrophe dans la vie que la chute d'un gouvernement.

Marc-Olivier Fogiel : Pas pour le pays, manifestement, puisque vous allez laisser une dette abyssale et avec des successeurs qui ne vont pas la régler.

François Bayrou : Vous avez exactement raison dans cette formule. Les conséquences de, en effet, cette décision qui sera, pourrait être prise lundi. Les conséquences, c'est qu'on va désormais revenir en arrière sur cette exigence.

Marc-Olivier Fogiel : Et donc, qu'est-ce que vous mettez sur la table dans les trois jours qui viennent pour ne pas revenir en arrière ?

François Bayrou : Je n'ai pas à mettre sur la table, j'ai suffisamment de confiance, on devrait avoir suffisamment de confiance dans les responsables politiques du pays pour que devant une évidence aussi aveuglante, elle n'est devenue, permettez-moi cette remarque, elle n'est devenue cette exigence aveuglante que parce que nous avons fait cette prise de rendez-vous, ce défi...

Thomas Sotto : D'accord, mais en attendant, M. le Premier Ministre, il faut bien que ça passe. Il n’est pas question d'être une feuille blanche, de redire, voilà, on repart à zéro, l'objectif c'est le même, c'est 44 milliards, et on se met tous autour de la table, toutes couleurs politiques.

François Bayrou : C'est exactement ce que j'ai dit, c'est ce que j'ai proposé à toutes les forces politiques. Pour l'instant, ça n'a pas eu l'air de marcher.

Marc-Olivier Fogiel : Mais, dites-le avec le cœur, M. le Premier Ministre. Vous avez un espoir ? pour lundi ou vous faites semblant ?

François Bayrou : Il n'y a pas à faire semblant. Non, quand vous décidez qu'un combat est vital pour votre pays, vous entendez les mots que je dis ? Un combat vital pour votre pays. Quand vous décidez, quand vous voyez et quand vous choisissez de l'affronter, il n'y a pas à faire semblant.

Marc-Olivier Fogiel : Vous y croyez ?

François Bayrou : Il y a à mener le combat et avec la certitude que de toute façon, en ayant ouvert cette voie...

Marc-Olivier Fogiel : Mais donc vous ne vous dites pas j'y crois ?

François Bayrou : Si je vous écoute matin, midi et soir...

Marc-Olivier Fogiel : C'est vous qu'on écoute ça.

François Bayrou : …Alors, précisément, vous dites matin, midi et soir, c'est décidé, tout est réglé, les forces politiques ont décidé, elles finissent par dire, oui en effet il y a un problème, nous sommes d'accord pour l'affronter, mais il ne faut pas prendre de mesures trop fortes pour l'affronter. Ça veut dire, il faut ne rien faire qui change l'orientation du mouvement que nous sommes en train de vivre et de subir. Et il faut continuer un peu plus, plusieurs années de plus, à faire monter la dette du pays que les plus jeunes vont payer. Vous savez ce qui m'a ému, vous parlez de cœur, vous savez ce qui m'a ému le plus ? C'est cette déclaration-là sur les jeunes générations. J'ai reçu nombre de messages de jeunes qui disent « c'est la première fois qu'on parle de nous ». C'est la première fois, notre génération à nous, qui se vit comme une génération sacrifiée, et d'une certaine manière, elle l'est. Quand j'avais 20 ans, il n'y avait pas de dette en France. Et aujourd'hui, comme vous savez, chaque mois, nous prenons de l'activité du pays, des richesses créées par le pays et nous les envoyons à nos créanciers.

Thomas Sotto : Pour rembourser les intérêts de la dette, ça fait depuis 1974 qu'il n'y a pas eu un budget à l'équilibre. Donc c'est une responsabilité collective. Monsieur le Premier Ministre, vous restez avec nous. On vous retrouve juste après le journal de 8h. Et puis petit décalage horaire pour Alex Vizorek qui viendra nous rejoindre, rassurez-vous. Mais ce sera à 8h25 pour débriefer à sa manière votre interview. À tout de suite sur RTL.

Marc-Olivier Fogiel : Il est 8h08 sur RTL. Merci d'être resté avec nous, Monsieur le Premier Ministre François Bayrou. Avec Thomas Sotto, on continue de vous interroger jusqu'à 8h30 sur cette stratégie que peu de gens ont compris, ce que vous êtes là pour expliquer, qui pourrait conduire à une crise politique. Lundi, à 14h, vous allez prononcer votre discours de politique générale, puis il y aura le vote, et puis ce sera un peu le saut dans l'abîme. Existe-t-il, selon vous, une chance pour que le Président de la République vous renomme Premier Ministre, si jamais vous n'avez pas la confiance, comme l'avait fait le général De Gaulle avec Georges Pompidou en 1962 ?

François Bayrou : Le général De Gaulle l'a fait avec Georges Pompidou en 1962, après avoir provoqué des élections qui ont donné la victoire au camp du ministre sortant. Moi je pense qu'il faut être simple, la Constitution dit « si l'engagement de responsabilité n'est pas approuvé par l'Assemblée Nationale, le gouvernement présente sa démission et on ne peut pas aller à l'encontre de cette vérité institutionnelle ». Je présente ma démission, après il faut que le Premier Ministre trouve une solution qui puisse affronter ça, ce qui au passage n'est pas si simple, ce qui peut- être montre que la décision que nous avons prise, que j'ai prise, je ne suis pas là pour me cacher derrière mon petit doigt, cette décision, elle est la recherche d'une nouvelle voie de gouvernement. Je décris en deux phrases ce qui allait se passer. Ce qui était en train de se passer, le diagnostic, le constat qui avait provoqué le plan, qui avait entraîné le plan que j'avais proposé, ce constat avait complètement disparu…

Marc-Olivier Fogiel : C'est parce que vous dites Marine Le Pen.

François Bayrou : …Et il ne restait...

Marc-Olivier Fogiel : Mais Marine Le Pen, elle vous dit, mais arrêtez, monsieur le Premier Ministre, on sait très bien ce constat-là, nous ce qu'on rejette, c'est vos propositions. Le constat, arrêtez de jouer sur les mots, tout le monde fait le même constat que vous.

François Bayrou : Excusez-moi cette manière de parler n'est pas juste. C'est ce qu'elle dit en s'entendant. Oui, mais c'est ce que dit Marine Le Pen…

Marc-Olivier Fogiel : C'est ce que je dis, oui.

François Bayrou : Et le Parti Socialiste dit le contraire. Exactement, ou plus exactement, il prononce les mêmes phrases qui signifient exactement le contraire.

Thomas Sotto : Mais il dit aussi qu'il faut faire des économies. Il présente aussi un projet de contre-budget. Tout le monde a conscience de ça.

François Bayrou : Non, ce n'est pas vrai. Si tout le monde avait conscience de ça, depuis des décennies qu'on est en train de creuser ce déficit-là, si tout le monde avait conscience de ça, alors on serait autour de la table pour trouver des solutions. Et ces solutions, elles ne peuvent pas être. Alors, que dit Marine Le Pen ?

Thomas Sotto : Vos interlocuteurs politiques disent, on veut bien se mettre autour de la table, mais pour être autour de la table, il faut avoir quelqu'un qui est prêt à nous parler et à nous écouter. C'est ça qu'on vous reproche ?

François Bayrou : Oui, je répète. Que dit Marine Le Pen ? Elle dit deux choses. Il faut arrêter de payer la contribution que la France paye à l'Europe, en tout cas la descendre drastiquement. Alors que nous recevons plus que nous ne payons.

Thomas Sotto : C'est inexact. Hier, François Lenglet a fait les comptes et a constaté que c'était inexact.

François Bayrou : Eh bien, parce qu'il ne prend pas en compte, François Lenglet, les prêts de la Banque Européenne d'Investissement que nous recevons pour à peu près une dizaine de milliards par an.

Thomas Sotto : Il les prend en compte, mais il dit qu'il faudra les rembourser.

François Bayrou : Oui, quand on vous fait un prêt.

Thomas Sotto : L'erreur de la France, c'est de ne pas avoir négocié de rabais. Est-ce que ça, ça a été une faute ?

François Bayrou : Nous avons négocié. le rabais et obtenu le rabais pour cette année, près de 2 milliards de rabais. Et d'ailleurs Marine Le Pen l'a reconnu en disant, « vous voyez, ils ont obtenu un rabais donc on pouvait l'obtenir.

Marc-Olivier Fogiel : Donc ça peut être pire évidemment selon vous avec elle, avec Jordan Bardella à votre place manifestement c'est peut-être ce qui peut se passer.

François Bayrou : Oui, ce qui va se passer c'est que le Président de la République va nommer un Premier Ministre qui va former un gouvernement en tout cas et essayer de le faire et c'est moins facile qu'on ne le croit.

Je répète, je reprends le scénario qui était en train de se produire à force d'ignorer la situation qui oblige à agir, à force d'ignorer le diagnostic pour définir une thérapeutique, il n'y avait plus que des débats sur les mesures. Et le débat sur les mesures prenait un tour qui, à mon sens, est insoutenable pour le pays. Parce qu'on était en train de faire croire aux Français que le pouvoir les ignorait, voulait les ponctionner, voulait les faire travailler, et que c'était eux contre nous, en tout cas les puissants contre le peuple.

Marc-Olivier Fogiel : Ce que vous dites en creux, en expliquant correctement aux auditeurs d'RTL, c'est que de toute façon, vous alliez sortir par la censure, et donc vous avez préféré mettre ce débat sur la table pour sortir en connaissance de cause pour les Français. Mais en fait, c'est ça que vous dites aux Français « j'allais sortir de toute façon avec la censure de mon budget ».

François Bayrou : Mais il allait y avoir ce mouvement-là, mais c'est pire que ça. Parce que ce mouvement-là allait s'appuyer, était en train de faire naître, cherchait à faire naître un affrontement entre les Français et les responsables…

Marc-Olivier Fogiel : Donc vous vous sacrifiez pour ça ?

François Bayrou : Oui en tout cas, je mets le destin du gouvernement…

Marc-Olivier Fogiel : En vrai ça veut dire ça, vous vous sacrifiez pour ça, vous laissez votre poste pour qu'il n'y ait pas une espèce de crise entre les élites et le peuple et vous partez pour essayer d'apaiser, pour qu'il n'y ait pas ce faux procès…

François Bayrou : Eh bien ceci est absolument juste. Et donc en tout cas ça fait progresser les problèmes parce que ce que les Français ressentaient, ressentent, c'est qu'il y a au pouvoir des gens qui refusent d'affronter la situation, qui veulent conserver leurs avantages et leurs privilèges, et qui passent leur temps à repousser la poussière sous le tapis. Ce n'est pas ce que je veux faire.

Thomas Sotto : Vous évoquiez vous-même dans la première partie de l'émission ce sondage. Ce sondage est là pour nos confrères de BFM TV : plus de 8 Français sur 10 jugent que la situation politique est un spectacle navrant. Ils sont inquiets à 64%, ils sont exaspérés, ils sont en colère.

François Bayrou : Vous voyez qu'ils ont raison.

Thomas Sotto : Oui, mais en quoi votre décision est une réponse à cette colère ? Qu'est-ce qui va se passer lundi ou mardi si votre gouvernement tombe ? Ça veut dire quoi ? Qu'Emmanuel Macron va nommer un autre Premier Ministre ? Est-ce que les mêmes causes produiront les mêmes effets ? Et est-ce qu'on aura réglé le moindre des problèmes ?

François Bayrou : Oui, on aura réglé un problème essentiel. Un dirigeant du PS me disait hier, « au moins, il y a une chose que vous avez obtenue, c'est que désormais ce problème ne pourra plus jamais être ignoré ».

Marc-Olivier Fogiel : Sauf qu'il y aura une crise politique, comme il y en a eu après la dissolution, et est-ce que justement la colère des Français, et c'est contre celle-là que vous vous battez, d'une certaine manière, vous l'alimentez quand même ?

François Bayrou : Non.

Marc-Olivier Fogiel : La dissolution l'a alimenté, et votre départ va conduire à une crise politique qui l'alimentera davantage ?

François Bayrou : Non, j'y fais écho. Qu'est-ce qu'ils disent ? Je reprends les mots de Thomas Sotto que vous avez utilisés. Un spectacle navrant…

Thomas Sotto : C'est le sondage.

François Bayrou : Des forces politiques qui ne sont pas à la hauteur du moment. Ils ont raison. Parce que si nous étions, si toutes les forces politiques étaient à la hauteur du moment, elles diraient bon, l'urgence maintenant c'est de s'asseoir autour de la table et que nous essayons de dégager parce qu'il y a du vrai dans...

Marc-Olivier Fogiel : Avec qui ? Avec qui à partir de mardi ?

François Bayrou : Tout le socle républicain.

Marc-Olivier Fogiel : Et donc un macroniste à la tête de ce socle ?

François Bayrou : D'abord, j'ai jamais utilisé l'expression de macroniste de ma vie.

Thomas Sotto : Vous ne l'avez pas été ? Vous n'êtes plus ? Vous ne l’êtes pas ?

François Bayrou : J'ai souvent dit au Président de la République, je faisais de la politique avant qu'Emmanuel Macron ne soit élu Président de la République, avant même qu'on ne connaisse son existence. Je défendais les mêmes idées. La campagne que j'ai conduite en 2007, c'était précisément sur ce sujet-là.

Marc-Olivier Fogiel : Mais est-ce que vous en ferez après qu'il soit parti ?

François Bayrou : Après qu'il soit parti, je ne sais pas quand il partira. Mais je peux vous assurer, en tout cas, de la manière la plus forte, que je suis un citoyen engagé, un responsable politique engagé, à la tête d'un courant politique qui est un courant politique majeur de l'histoire du pays. Et cette responsabilité-là, elle ne s'interrompra pas. Même si la responsabilité gouvernementale s'interrompt…

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Parce que ce combat-là, qui l'a mené ? Faites le tour dans votre esprit. Qui sont les responsables politiques qui ont mené ce combat depuis des années ? Aucun.

Marc-Olivier Fogiel : Donc vous continuerez à le mener, où ?

François Bayrou : Je continuerai à le mener pour que le pays... Vous savez, je voyais ce matin en feuilletant un album la campagne présidentielle que j'ai conduite en 2012.

Thomas Sotto : Est-ce qu’on en aura une autre ? Pardon de vous interrompre, mais parce que là, on tourne un peu autour du pot, monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Non, je vous réponds après. Je voyais l'affiche que j'avais à l'époque, et l'affiche que j'avais à l'époque, le slogan était très simple, c'était « Instruire et produire ». Eh bien, ce combat pour l'éducation nationale, il est vital et il est aujourd'hui dans la situation que vous savez. Et le combat sur la production, je viens de le décrire devant vous, ceci est absolument non seulement d'actualité, mais une projection vers le futur.

Thomas Sotto : Alors, projection vers le futur. On vous écoute et on peut s'interroger. On se dit, et Marc-Olivier le disait, en gros vous soignez votre sortie en avertissant les Français. Ça c'est vrai, personne ne pourra vous reprocher de ne pas avoir prévenu du chaos, pour reprendre le mot que vous avez utilisé souvent, qui vient et qui nous attend. Est-ce que dans votre tête, il y a un scénario qui dirait, je vais peut-être quitter Matignon lundi ? Mais je serai là en 2027 pour défendre mes convictions. Est-ce que ça, ça existe dans votre tête ou est-ce que vous l'excluez ?

François Bayrou : Alors je serai là en 2027, mais ça ne veut pas dire candidat à l'élection.

Marc-Olivier Fogiel : Mais vous ne l'excluez pas ?

François Bayrou : Ça n'est pas dans mon objectif aujourd'hui.

Thomas Sotto : D'accord.

Marc-Olivier Fogiel : Mais c'est possible ?

François Bayrou : C'est toujours possible, mais ça n'est pas le sujet.

Marc-Olivier Fogiel : En tout cas, c'est pas le plan, là.

François Bayrou : Ça n'est pas mon plan, je ne fais pas ça pour obtenir quelque chose qui serait une manière de préparer un autre acte. Je fais ça parce que le destin du pays est entre les mains de ceux qui nous écoutent et que le destin ne bougera pas du pays, on continuera à s'enfoncer s'il n'y a pas la prise de conscience nécessaire. Et ce que j'ai fait en prenant ce risque, en effet inédit, en prenant ce risque, c'est de montrer que c'est tellement important que je n'hésite pas à mettre en jeu les responsabilités qui sont les miennes.

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre, c'est un risque qui n'est pas sans conséquences. Beaucoup disent qu'on ne pourra pas s'en sortir sans une dissolution. Ce n'est pas votre avis. Vous n'êtes pas favorable à une dissolution. Mais au final, est-ce que vous ne fragilisez pas le chef de l'État ? Est-ce que la démission du Président de la République ne va pas devenir inéluctable ?

François Bayrou : Vous savez, un jour, François Mitterrand, à qui on posait cette question, il a dit avec la voix inimitable et les faits, qu'il savait donner à ces phrases, il a dit, vous savez, on ne peut rien contre la volonté d'un homme. Et je ne connais pas un responsable politique digne de ce nom, qui n'ait pas le souci de maintenir nos institutions. Nos institutions, elles reposent sur un fait simple, quand quelqu'un est élu, son devoir, sa mission et son honneur. et d'aller au bout de son mandat.

Marc-Olivier Fogiel : Il ira au bout mais fragilisé. Avec qui à Matignon, manifestement sans vous, ça sera avec qui le connaisseur politique et de la situation préconise ?

François Bayrou : Alors, un, si j'avais une réponse à la question, je me garderais bien de vous le dire.

Marc-Olivier Fogiel : Dommage, on est deux pourtant.

François Bayrou : Mais il se trouve que je n'ai pas la réponse à la question. Parce que c'est si compliqué que ça. Je pense que c'est extrêmement difficile.

Marc-Olivier Fogiel : Donc vous pouvez rester à Matignon assez longtemps, le temps qu'il trouve.

François Bayrou : Oui, de toute façon. Il n'y a jamais d'interruption du gouvernement en France. Et donc, oui, je remplirai ma mission avec tout ce que j'ai de conscience et de volonté de préserver les choses. Et je serai là pour aider mon pays. Je l'étais hier, je le suis aujourd'hui, je le serai demain.

Marc-Olivier Fogiel : Et peut-être même après demain, on a compris d'ailleurs.

Thomas Sotto : Monsieur le Premier Ministre, une dernière question d'actualité avant de retrouver Alex Vizorek. Hier, sur France 2, vous avez dit que vous étiez favorable au doublement des franchises médicales. 2 euros par boîte de médicaments, 4 euros sur la consultation des généralistes, le plafond annuel de ces franchises qui passerait à 100 euros. Vous avez dit « oui, j'y suis ». La vraie question, c'est est-ce qu'avant lundi et donc l'éventuelle chute de votre gouvernement, vous allez, oui ou non, prendre les décrets d'application ?

François Bayrou : Je ne fais jamais rien de manière dissimulée. Je ne fais pas les choses loin des yeux des Français. Mais je dis, la dernière partie de la phrase de la présentation que vous avez faite est la plus importante. Ces franchises sont limitées à 50 euros sur une année et on passe pour les plus à 100 euros. 100 euros c'est 4 euros par mois.

Thomas Sotto : Et vous allez le signer le décret ou pas ?

François Bayrou : Je ne ferai pas les choses de manière dissimulée et abritée.

Thomas Sotto : Donc ça veut dire que vous ne le faites pas ?

François Bayrou : Et donc je soutiendrai cette idée et je suis sûr que les décisions vont être prises dans les semaines qui viennent.

Thomas Sotto : Voilà qui est clair. Ça ne sera pas signé d'ici lundi. Merci beaucoup M. Bayrou d'être venu nous voir ce matin.

François Bayrou : Je vous explique, je dis les mots justes, je suis contre les passages en force. Précisément la décision que j'ai prise, c'est une décision pour qu'il n'y ait pas d'affrontement et pas de passage en force. On a besoin de regarder la situation en face et de prendre des décisions, mais de le faire dans un climat de sérénité et de « concitoyenneté ». On est concitoyens, on a des problèmes à régler ensemble.

Marc-Olivier Fogiel : Vivre ensemble. C'était le slogan de RLT il y a très longtemps.

François Bayrou : Eh bien, c'était un très bon slogan.

Thomas Sotto : Absolument. C'était RTL c'est normal.

Marc-Olivier Fogiel : Merci, Monsieur le Premier Ministre.

Thomas Sotto : Merci beaucoup d'être venu. Merci, Marc-Olivier.



Source : MoDem.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250905-interview-bayrou.html

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4 septembre 2025 4 04 /09 /septembre /2025 22:01

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE JEUDI 4 SEPTEMBRE 2025 À 20 HEURES
AU JOURNAL DE LÉA SALAMÉ SUR FRANCE 2





 



François Bayrou : « Quand on croit en quelque chose dans la vie, on se bat jusqu'à la dernière minute. »
Le 4 septembre 2025
François Bayrou, Premier Ministre, était l'invité de Léa Salamé sur le plateau du 20h de France 2.





Léa Salamé : François Bayrou, bonsoir Monsieur le Premier Ministre.

François Bayrou : Bonsoir.

Léa Salamé : Merci d'être avec nous ce soir. À 4 jours du vote de confiance que vous avez demandé et qui a peu de chance de passer. Ce sera lundi. Vous êtes quelqu'un de direct François Bayrou, ma première question sera très directe. Franchement, vous regrettez ?

François Bayrou : Je regrette quoi ?

Léa Salamé : D'avoir demandé ce vote de confiance ?  

François Bayrou : Absolument pas. D'abord ce n’est pas un vote de confiance, mais on ne va pas faire du droit institutionnel. Ce n'est pas un vote de confiance…

Léa Salamé : Vous regrettez ?

François Bayrou : …Le vote de confiance était sous la IVème République. Maintenant, c'est un vote où le gouvernement engage sa responsabilité sur une déclaration de politique générale. Est-ce que je regrette ? En aucune manière.

Léa Salamé : En aucun cas ?

François Bayrou : Et c'est exactement le choix que j'ai fait. Je vais vous expliquer pourquoi. Depuis des mois, la France découvre, mais sans en tirer de conclusion, la situation que j'ai moi-même mise en évidence depuis des années, qu'elle croule sous les dettes. Et un pays qui croule sous les dettes, c'est un pays dont toute l'activité, toute la création de richesses est pompée par le fait qu'on doit payer nos créanciers tous les ans. Nos créanciers ne sont même pas en France, ils sont pour 60% à l'étranger. Et donc, cette question, qui est pour moi une question vitale, et notamment une question vitale pour les jeunes, parce que c'est eux qui vont pendant 30 ans être obligés de trimer pour porter la dette qu'on leur laisse.

Léa Salamé : Mais je vous entends dire ça, les Français vous entendent dire ça. Ça fait 10 jours qu'on vous entend, François Bayrou, partout. Vous êtes là, vous expliquez la dette, la dette, le matin à la radio, le soir à la télé, vous êtes là, vous essayez de convaincre. Et franchement, arithmétiquement, on la tourne dans tous les sens, ça ne passe pas lundi, vous n'avez pas convaincu. Est-ce que vous dites ce soir, j'ai tenté, j'ai essayé, j'ai raté ?

François Bayrou : En aucune manière. D'abord, vous dites, vous êtes le matin à la radio, le soir à la télé, c'est vous qui m'avez invité.

Léa Salamé : Très content de vous avoir.

François Bayrou : Non, non, ce n’est pas très content de vous avoir. Vous ne pouvez pas dire, « écoutez, vous faites le tour des plateaux » alors que vous avez insisté…

Léa Salamé : Oui, bien sûr, mais je suis très heureuse de vous recevoir.

François Bayrou : … Beaucoup pour que je vienne.

Léa Salamé : Mais la question est, qui vous arrivez à convaincre ?

François Bayrou : Mais peu importe. La question est qu'il ne peut pas y avoir de politique courageuse sans que le pays la soutienne. Parce qu'autrement, on se trouve dans un affrontement dont vous avez entendu des présentations qui sont des présentations fallacieuses, en disant « mais c'est le pouvoir contre les Français ». Moi je ne suis pas du côté du pouvoir, je suis du côté des Français.

Léa Salamé : Mais le pays vous soutient ? Vous avez l'impression que les gens descendent dans les rues en disant « la dette, la dette » ? Au contraire, ils disent « on ne veut pas des deux jours supprimés ».

François Bayrou : Peut-être vous ne lisez pas attentivement, par exemple, les sondages. Il y a un sondage qui sort ce soir, je ne sais pas s'il est encore public. Quand on demande aux gens si c'est vraiment les jeunes qui vont devoir payer ça pendant 30 ans ? La réponse est oui à 66%. Vous ne trouvez pas que ça pose une question d'équilibre du pays, d'équilibre des générations ? Et depuis, d'habitude, quand il y a un problème qui apparaît, on a l'impression, les Français ont l'impression que les gouvernants se défilent, qu'ils mettent la poussière sous le tapis pour sauver…

Léa Salamé : leur poste.

François Bayrou : …Leur poste, et ce que les Français croient leur privilège. Eh bien, pour une fois, ça n'est pas un gouvernement qui se défile, ça n'est pas des gens qui veulent se cacher. Moi, je dis, il est impossible de conduire une politique comme celle-là, qui est une politique acceptable, modérée, pour rééquilibrer les choses. Il est impossible de conduire une politique comme celle-là si les Français ne prennent pas conscience, ne sont pas persuadés. Et pour que les Français soient persuadés, vous dites, est-ce que vous regrettez ? Pour que les Français voient la gravité des choses. Alors j'ai dit, très bien, je mets sur la table l'avenir du gouvernement.

Léa Salamé : C'est un gouvernement qui ne se défile pas, vous dites, c'est un Premier Ministre qui ne se défile pas, en parlant de vous, mais c'est un Premier Ministre qui risque très fortement de tomber dans quatre jours. Qu'est-ce qui vous laisse penser que vous avez une chance d'éviter la chute dans quatre jours ?

François Bayrou : Vous ?

Léa Salamé : Moi ?

François Bayrou : Le journal de France 2 à 20h, c'est un grand journal. Le journal de France 2 à 20h, il y a beaucoup de millions de spectateurs qui le regardent. Et s'ils sont convaincus que celui qui leur parle leur dit la vérité, alors eux, leur prise de conscience sera entière et elle joue sur les parlementaires.

Léa Salamé : Mais ce ne sont pas eux qui votent lundi, ce sont les députés. Et pour cela, il fallait les convaincre. Vous avez reçu aujourd'hui le Parti Socialiste. Emmanuel Macron a dit « la clé est au Parti Socialiste, il faut travailler avec les socialistes ». Est-ce que vous avez réussi, à convaincre, à faire changer d'avis, à faire signer Olivier Faure ?

François Bayrou : Je ne fais signer personne. Le Parti Socialiste et d'autres, le Rassemblement National, Place Publique, sont venus et ont dit « Mais en fait, sur le bilan, vous avez raison. C'est un énorme progrès. Si nous pouvions nous arrêter à cette phrase, sur le constat, vous avez raison. » Après, les forces politiques en question sont venues défendre devant nous, avec courtoisie, sont venues défendre des positions radicalement inverses entre elles. On va s'arrêter une seconde à ça, si vous voulez bien. Le parti socialiste dit « il faut créer 32 milliards d'impôts supplémentaires, en particulier sur les entreprises ». Et à côté, en face, le Rassemblement national, dit « pas un euro d'impôt supplémentaire ». Le Rassemblement national dit « il faut mettre la charge sur les immigrés ». Et le Parti socialiste dit que vous avez pris ces jours-ci une décision sur l'aide médicale d'État, c'est-à-dire l'aide médicale réservée aux immigrés en situation irrégulière et vous avez enlevé un certain nombre de prestations. C'est la vérité.

Léa Salamé : Oui, c'est la vérité, parce que vous vouliez faire un geste en direction du Rassemblement national.

François Bayrou : Je ne voulais faire aucun geste en direction de personne, Madame.

Léa Salamé : Alors pourquoi vous avez décidé ça ?

François Bayrou : Excusez-moi, parce que j'essaie de trouver de la justice. Et par exemple, dans la liste des aides et des prises en charge qu'on faisait pour les immigrés en situation irrégulière, il y avait la balnéothérapie. Vous trouvez normal, juste ? Les Français, en tout cas, je suis sûr, ils disent « mais ce n'est pas possible parce qu'on ne peut pas donner à des étrangers en situation irrégulière, on ne peut pas leur donner des avantages qui sont supérieurs aux avantages des Français ».

Léa Salamé : Mais François Bayrou, vous auriez pu avoir cette discussion, tout ce que vous nous dites là, sur l'AME, sur l'aide médicale, avec le Rassemblement national, sur la taxe et les plus riches, avec le PS, sans demander ce vote de confiance et en estimant que vous n'aviez pas la majorité et qu'il fallait composer. Or vous n'avez rien fait de tout cela.

François Bayrou : Vous vous trompez complètement. Mais je peux vous affirmer avec certitude que toute l'exploration que nous avions faite, tout le travail de discussion préalable qu'on avait avec les uns et les autres jusqu'au mois de juillet, jusqu'à la fin du mois de juillet, c'était un travail qui conduisait à penser qu'on se focalisait uniquement sur des mesures, pardon de dire, secondaires. Vous avez tout à l'heure dit, la question c'est les jours fériés. Les jours fériés c'est 10% de l'effort qu'il faut faire…

Léa Salamé : Mais ça a heurté tout le monde !

François Bayrou : …Sur 44 milliards.

Léa Salamé : Est-ce que ce soir, vous nous dites, vous dites qu'il y a des millions de gens qui vous regardent, et c'est la vérité ce soir, est-ce que vous leur dites, les deux jours fériés que je vous demande, la suppression des deux jours fériés, je la retire, ça ne passe pas, je la retire ?

François Bayrou : Je n'emploie pas ce genre de phrase, parce que ce genre de phrase veut dire des marchandages qui ne sont pas justes. J'ai dit à mes interlocuteurs, tous mes interlocuteurs, par exemple LR, qui sont venus me voir avec cette idée des formations politiques du socle central, le Renaissance et le MoDem, ils ont dit on a d'autres idées que les jours fériés. Très bien, je les prends. Pourquoi les jours fériés ? On s'arrête juste à cette idée qui n'est qu'une proposition qu'on peut changer, qu'on peut bouger, qu'on peut amender. Pourquoi les jours fériés ? Parce que le drame de la France, c'est qu'elle produit moins que les autres.

Les chiffres sont sortis hier, vous les avez vus, alors je les répète. Quand la France produit 100 par Français, l'Allemagne produit 116, les Pays-Bas produisent 135. Si nous avions 16% de production de plus. Les salaires seraient 16% plus hauts et les ressources de l'État seraient 16% plus importantes.

Léa Salamé : Mais vous savez ce que disent les Français, vous les entendez, vous les avez entendus. Vous leur dites « il va falloir travailler deux jours de plus, parce qu'on ne travaille pas comme les autres et parce qu'il y a cette dette ». Et ils disent « nous, on n'en peut plus. On n'en peut plus d'être taxés, on n'en peut plus de faire des efforts quand le gouvernement de François Bayrou et depuis huit ans qu'Emmanuel Macron est au pouvoir, la dette a augmenté de 1000 milliards. C'est insupportable qu'on nous dise à nous il va falloir bosser encore plus ».

François Bayrou : Excusez-moi de dire, cette manière de présenter les choses est insuffisante. Parce que la dette, elle a commencé en 1974. Et tous les gouvernements, de toutes les tendances, ont été au pouvoir l'un après l'autre. Et la dette a constamment augmenté. Elle a augmenté les deux dernières fois les plus importantes, sous Nicolas Sarkozy, parce qu'il y a eu la crise qu'on a appelée des subprimes, vous savez, une crise financière internationale, partie des États-Unis, et elle a augmenté à partir de 2020. Entre 2017 et 2020, les gouvernements du quinquennat précédent avaient diminué. Mais à partir de 2020, pourquoi ? Parce qu'il y a eu le Covid, on a dépensé, on a emprunté pour le Covid 250 milliards. Et on a continué les années suivantes, parce qu'il y a eu la guerre en Ukraine. Parce qu'il y a eu…

Léa Salamé : l’inflation.

François Bayrou : …La crise de l'énergie d'abord, il a fallu subventionner à la pompe pour que les pleins de carburant ne soient pas trop lourds, et ça a continué avec l'Ukraine et avec l'inflation. Oui, il y a eu une succession de crises terribles. La question de la France, c'est parce qu'on n'a pas conscience de la gravité de la situation. Vous créez des dépenses et on ne revient jamais sur ces dépenses. Et ce que nous disons, très simple, ce n'est pas l'austérité qu'on plaide. On plaide un ralentissement des dépenses. Et s'il n'y a pas de ralentissement des dépenses, la dette continue à augmenter et le poids qu'on met sur le sac à dos des plus jeunes devient de plus en plus important.

Léa Salamé : Monsieur le Premier Ministre, la journée de mobilisation du 10 septembre, un mot sur ce mouvement « bloquons tout ! », qui est maintenu, une note des renseignements. dit qu'il sera très suivi, 100 000 personnes peut être attendues avec des actions peut-être violentes, des actions de sabotage. Est-ce que vous la redoutez cette journée ?

François Bayrou : Non, mais excusez-moi, 100 000 personnes, c'est un chiffre, vous qui connaissez, assez bas pour la société française. Parce que 100 000 personnes, ça veut dire 1 000 personnes en moyenne par département. D'habitude, pour les grandes journées de mobilisation, c'est beaucoup plus.

Léa Salamé : Donc, vous n'êtes pas inquiet ?

François Bayrou : Je suis inquiet de la situation du pays. Je suis inquiet de l'absence de prise de conscience. Et c'est pourquoi je vais plus loin qu'aucun gouvernement ne va jamais en disant voilà, nous mettons en jeu la vie même du gouvernement pour que le pays comprenne que ce sont des choses graves. Et les parlementaires que vous évoquiez, les groupes politiques prendront chacun leurs responsabilités. Ce que je sais, c'est que nous les avons prises.

Léa Salamé : Il y a une question qui intéresse beaucoup de Français, il y a les affaires courantes, puisqu'il y a la politique et il y a les affaires courantes. Est-ce que vous allez signer ces prochains jours le décret pour doubler les franchises médicales ? Est-ce que les Français vont payer leurs médicaments plus chers ?

François Bayrou : Doubler les franchises médicales, c'est un mot qui fait peur à tout le monde. Les franchises médicales, c'est actuellement à 50 euros par an. Et ce que le gouvernement et la sécurité sociale, envisagent, c'est de les passer de 50 euros par an à 100 euros par an. Et le sommet, c'est pour des gens qui gagnent à peu près 4000 euros par mois. Passer de 50 à 100 euros, c'est 4 euros par mois. C'est-à-dire, je ne sais pas, un tiers d'un abonnement pour ceux qui vont au sommet des franchises, pour ceux qui dépensent ou qui achètent beaucoup.

Léa Salamé : Donc oui, le décret, vous allez le signer ?

François Bayrou : Et donc je trouve que c'est une mesure qui fait en effet partie des efforts normaux qu'on devrait pouvoir tous accepter pour que notre pays se sauve. Ce qui est en question aujourd'hui, ça n'est pas des agréments, ça n'est pas faire des sacrifices excessifs. C'est faire chacun un geste pour que le pays se sauve.

Léa Salamé : Le 9, peut-être que la France n'aura pas Premier Ministre, ou plus de Premier Ministre.

François Bayrou : Elle en aura un, mais il sera peut-être, comme on appelle, en situation d'expédition des affaires courantes.

Léa Salamé : Voilà, il gérera les affaires courantes, ce sera vous.

François Bayrou : Il y a toujours un Premier Ministre en France.

Léa Salamé : Mais il faudra quoi ensuite ? Parce qu'on sera dans une situation de blocage, vous savez que les Français, les chefs d'entreprise, n'aiment pas l'incertitude. Il faudra quoi ? Vous avez une liberté de parole, vous conseillez Emmanuel Macron depuis longtemps, il faudra nommer un autre Premier Ministre ? Ou il faut une dissolution ?

François Bayrou : Oui…

Léa Salamé : Ou il faut une dissolution ?

François Bayrou : Non, il faudra nommer un autre Premier Ministre et c'est le jeu normal des institutions. Alors je vous dis ce que je pense, la décision appartient au Président de la République. Une dissolution, ça ne résout absolument rien. On a dissout il y a un an, après les élections européennes, le Président de la République a pris la décision de dissoudre. Qu'est-ce qui est sorti ? Une assemblée encore plus paralysée que la précédente. Et qu'est-ce qui risque de sortir d'une dissolution prochaine ? C'est une assemblée encore plus divisée que celle-ci. Et donc, cette situation-là, c'est une situation que je ne recommanderais pas pour le pays. Il y a des gens qui en rêvent. Pourquoi ? Parce qu'ils croient que l'extrême droite va avoir la majorité et que ça ouvre des perspectives aux uns et aux autres. Je ne trouve pas que ce soit quelque chose qui peut permettre au pays d'avancer. Je suis persuadé que si on accepte de regarder les choses en face, comme je le propose, et si on accepte après, comme un certain nombre de forces politiques me l'ont proposé, de se mettre autour de la table, peut-être on pourra avancer mieux. En tout état de cause, je sais qu'on ne peut pas éluder, on ne peut pas mettre sous le tapis une question aussi importante que celle-là, et c'est pourquoi j'ai pris la décision de courir le risque. Les gouvernants ne prennent jamais le risque.

Léa Salamé : De tomber ?

François Bayrou : Oui, ça arrive à des gouvernements de tomber. Et à des gouvernements très bien, vous savez. Ça arrive à des gouvernements de tomber.

Léa Salamé : Le 9 septembre, François Bayrou, vous serez où ?

François Bayrou : J'imagine que je serai exactement encore assis au même bureau parce que je doute que d'ici au 9 septembre, on aura les nominations que les institutions imposent.

Léa Salamé : Vous avez déjà…

François Bayrou : De toute façon…

Léa Salamé : …Accepté l'issue du 8 en fait.

François Bayrou : Exactement, non. Pourquoi je suis venu sur votre plateau ? Pourquoi ? Parce que vous m'avez invité. Je suis venu sur le plateau parce qu'on a besoin de convaincre. On a besoin, quand on croit quelque chose dans la vie, on se bat jusqu'à la dernière minute, on se bat au-delà de la dernière minute, on se bat au lendemain de la dernière minute parce que la situation de la France, ça n'est pas le gouvernement. La situation de la France, c'est hélas l'équilibre que nous avons perdu de nos comptes et peut-être un peu de nos repères.

Léa Salamé : Merci François Bayrou. Merci d'avoir été notre invité. Vous avez vu Un petit truc en plus ?

François Bayrou : Mes enfants l'ont vu. Nombreux. Ils ont trouvé ce film formidable. Je crois qu'ils n'ont pas été les seuls parce qu'il paraît qu'il y a eu 11 millions de spectateurs.

Léa Salamé : 11 millions de spectateurs, c'est le plus gros succès de la décennie.

François Bayrou : Et si on avait 11 millions de voix ? On trouverait que c'est une bonne chose.

Léa Salamé : Ah là, vous avez de la marge. Merci infiniment d'avoir été là. C'est Artus qu'on reçoit, le réalisateur et l'acteur d'Un petit truc en plus. Dans quelques instants, deuxième invité. Merci, monsieur le Premier Ministre.



Source : MoDem.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250904-interview-bayrou.html


 

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4 septembre 2025 4 04 /09 /septembre /2025 04:46

« J'ai parlé avec toutes les forces politiques représentées au Parlement, à la différence de tout le monde. Mon affirmation, c'est que les députés sont tous égaux en dignité, et tous égaux en responsabilité. » (François Bayrou, le 3 septembre 2025 sur BFMTV).



 


Le Premier Ministre poursuit sa campagne de communication sur l'endettement de la France, le besoin impérieux de réduire le déficit public et de convaincre les parlementaires de maintenir la stabilité du gouvernement. Ce mercredi 3 septembre 2025, à la matinale de BFMTV et RMC, François Bayrou était l'invité d'Apolline de Malherbe (interview qu'on peut écouter ou lire ici).

Il y aura beaucoup à étudier sur cette période de notre histoire contemporaine dans les années à venir. On se pose encore la question sur l'entêtement de De Gaulle à maintenir son référendum sur la participation avec engagement de sa propre responsabilité (en clair, il démissionnerait en cas de victoire du non) alors que les sondages étaient clairement pessimistes. Les électeurs n'ont pas répondu à la question et ne voulaient plus de De Gaulle au pouvoir après dix ans de pouvoir.

Eh bien, pour François Bayrou, qui n'a pas encore atteint ses neuf mois de chef du gouvernement, cet entêtement d'engager sa responsabilité à l'Assemblée, comme la Constitution le lui permet, d'ailleurs, alors que l'ensemble des oppositions ont confirmé dès la première minute leur volonté de renverser le gouvernement, et cela de manière irrévocable, donne un sentiment d'aveuglément étonnant et peu compréhensible. Appelez-moi kamikaze.


Évidemment, il y a toujours l'hypothèse, à la probabilité ultramince, où il parviendrait à faire changer d'avis, mais qui ? Les députés socialistes ? Mais pas les dissuader seulement de voter contre le gouvernement, il faut qu'ils votent, quasiment tous, pour le gouvernement si ce dernier veut survivre. Quant au RN, un changement brutal de ton étonnerait tout autant et laisserait croire à une collusion avec le macronisme, ce qui serait pour lui la pire des publicités !
 


À l'évidence, et cela explique sa présence très intense dans les médias, le Premier Ministre ne cherche pas à convaincre les députés de l'opposition, mais il cherche à convaincre les Français devant l'histoire, ce qui est paradoxal pour l'un des chefs de gouvernement les plus impopulaires de l'histoire.

Mais cette impopularité ne l'effraie pas. Il sait d'expérience que lorsqu'on est au pouvoir, on n'est jamais populaire, car il faut prendre des décisions et il y a toujours des malheureux à la fin. Les rares Premiers Ministres populaires n'ont du reste pas eu une destinée présidentielle très heureuse : Michel Rocard (éliminé aux élections européennes de1994), Édouard Balladur et Lionel Jospin (éliminé au premier tour de l'élection présidentielle, respectivement de 1995 et de 2002)... et c'est tout, car c'est rare. Tandis que des Premiers Ministres impopulaires à Matignon et populaires après, il y en a beaucoup, à commencer par Raymond Barre, et même Édouard Philippe.
 


Incontestablement, François Bayrou a deux modèles de chef du gouvernement, les deux mettant en avant la vérité à dire aux Français même si cela ne fait pas plaisir : Pierre Mendès France et Raymond Barre. L'éditorialiste Patrick Cohen en a aussi parlé dans sa chronique du 2 septembre 2025 sur France Inter : « Lui, Bayrou, sera donc celui qui dit la vérité, qui soulève les vrais problèmes. "L'éveilleur des consciences" (…). Le ton est parfois messianique, souvent grandiloquent (…), mais au moins, on ne peut pas lui intenter un procès en incohérence. En avril déjà, pour sa première conférence de presse consacrée aux finances publiques, François Bayrou avait fait afficher derrière lui en lettres majuscules : "La vérité permet d’agir". (…) Voilà sans doute ce qui guide le Premier ministre, voilà l’une des clés de l’énigme : la marque indélébile laissée par ces prédécesseurs dont le souvenir est inversement proportionnel aux succès électoraux. Une place dans les livres, un statut d’éveilleur des consciences. Un destin de perdant magnifique. ». Le grandiloquent, c'est par exemple quand François Bayrou parlait de sa propre initiative : « ce geste inédit, on va dire, original ». Ou la situation qu'il a décrite : « Vous êtes devant quelque chose qui ne s'est jamais produit depuis des décennies, peut-être depuis un siècle. ».
 


Au cours de cette interview sur BFMTV, François Bayrou a réitéré ses déclarations précédentes depuis le 15 juillet 2025 : rien n'était figé, tout était discutable dans les mesures d'économies budgétaires. Ainsi, la suppression des deux jours fériés : « Je l'ai dit dès le premier jour, je suis prêt à examiner toutes les solutions. (…) Je renonce dès l'instant que nous aurons trouvé, et c'est ça tout le but du travail que nous devrions conduire. (…) Je ne dirais pas des choses qui paraîtraient ne pas tenir compte de la situation. Je suis prêt, on ne peut pas le dire mieux, je suis prêt dès l'instant que nous aurons trouvé et je pense que c'est possible. J'avais dit moi-même, on peut avoir un jour, on peut faire autrement. ».
 


François Bayrou a précisé qu'il n'était pas défaitiste mais réaliste quand même : « Les parlementaires peuvent faire tomber le gouvernement. Ils en ont le pouvoir. Et ils prévoient de le faire. Est-ce que ça va rendre service au pays ? Qui sont les parlementaires qui menacent ou qui annoncent qu'ils vont faire tomber le gouvernement ? Tu parles d'un exploit de faire tomber le gouvernement. C'est un gouvernement qui n'a, depuis le premier jour, pas de majorité absolue, pas de majorité relative. On a dû construire un budget parce qu'il n'y avait pas de budget. On a dû récupérer la totalité des textes qui étaient en grande difficulté. On les a fait adopter et on dit, ben voilà, on va abattre ce gouvernement. Ils en ont le pouvoir. (…) Cette décision qu'ils prendront, qu'ils annoncent qu'ils vont prendre, cette décision-là, elle va semer, elle va créer l'instabilité dans notre pays. Et que veulent les Français ? Tous les sondages le montrent, ils veulent de la stabilité. Et donc, si vous êtes représentant du peuple, comme c'est la vocation d'un député, si vous êtes représentant du peuple, alors vous devez vous demander où est l'intérêt national. J'ai dit une chose très simple, ce vote-là, c'est un vote sur le constat de la situation du pays : est-ce que oui ou non, cette situation dans le monde comme je viens de le montrer, est-ce que cette situation, elle est grave et urgente ? Ma réponse, elle est grave et urgente. ».

Et de marteler : « Ma mission, ma tâche, c'est de faire que chaque minute d'ici lundi, chaque temps d'antenne que je trouverai, nous prenions ensemble la mesure de ce qui va se passer si la décision est que le gouvernement tombe. Parce que si c'était le gouvernement qui tombe, pour aller dans le même sens, pour trouver un effort du même ordre, pour dire "non, vous avez raison, mais nous allons relever le défi d'une autre manière". Bon, l'avis d'un gouvernement, ce n'est pas si important. ».
 


À l'instar de la consigne du Président Emmanuel Macron le 2 septembre 2025, François Bayrou serait heureux de trouver un accord avec le parti socialiste, mais pas à n'importe quel prix : « Vous connaissez ces deux grands courants ? Ceux qui disent qu'il faut faire payer les étrangers, ceux qui disent qu'il faut faire payer les riches. Et ces deux grands courants se trompent sur plusieurs choses, et notamment sur le fait que chaque fois que vous augmentez les impôts dans le pays qui a déjà les impôts les plus élevés au monde, et notamment chaque fois que vous augmentez les impôts des entreprises. À ce moment-là, vous portez atteinte au dynamisme du pays, aux choses les plus essentielles. (…) L'idée de créer 27 milliards d'impôts plus 5, ça fait près de 32 milliards d'impôts, qui reposeront pour l'essentiel sur les entreprises et sur les investisseurs. Si vous lisez la presse économique ce matin, il y a des réflexions sur ce sujet et des réactions hostiles sur ce sujet partout. Vous ne pouvez pas déséquilibrer un pays en touchant à sa force de production. C'est un pays dont le problème principal est qu'il ne produit pas assez. ».

Et pourtant, le chef du gouvernement est prêt à tout : « Je suis prêt à discuter avec eux [les socialistes] sur tout, y compris sur le travail. Je vous rappelle que j'ai lancé une concertation avec le conclave, comme on disait à l'époque. (…) Dans la situation du pays, moi, je demande que les responsables politiques mesurent le degré de déstabilisation dans lequel nous sommes. Et je n'ai pas l'intention de dire que pour trouver des accords d'appareil, il suffirait de surcharger encore le sac à dos plein de fonte qu'on met sur le dos des jeunes Français. ».

 


Quoi qu'il en soit, François Bayrou se voulait fédérateur : « Je tends la main à toutes les forces politiques et à tous les représentants du peuple qui sont parlementaires, en disant "nous avons à construire l'avenir ensemble". Si vous êtes prêts à participer à cette construction de l'avenir, quant à moi j'y suis prêt, le gouvernement y est prêt, le Président de la République y est prêt. La question est de savoir si on partage un accord. Vous voyez bien que la démarche que j'ai choisie, c'est une démarche dont il ne faut pas faire sauter la première étape, c'est : est-ce que nous sommes d'accord pour dire la gravité des choses ? ».

Pourtant, les dirigeants socialistes, que François Bayrou va recevoir à Matignon ce jeudi 4 septembre 2025, sont dans une tout autre optique, celle d'un changement de gouvernement, et le Premier Ministre a bien compris les arrière-pensées d'Olivier Faure : « Ne faisons pas de mystère. Olivier Faure pense qu'il peut être nommé Premier Ministre. Vous le savez, il l'a dit et tout le monde le dit. (…) Olivier Faure dit "je vais constituer un gouvernement sans LFI". Fort bien, je pense en effet que l'alliance du PS avec LFI est un problème pour le pays et pour le PS. On va constituer un gouvernement sans LFI. Et pendant tout le week-end précédent, aux universités de LFI, tout le monde scandait, tout le monde déteste le PS. Donc ce n'est pas très amical, ce n'est pas très cohérent pour le pays. ».
 


Autre point qui posera un problème, rejeter le bloc central avant de quémander ensuite sa bienveillance : « Et puis il va censurer, il va abattre (…). Il va ou il veut abattre le gouvernement qui est soutenu par ce qu'on appelle le bloc central, de LR jusqu'aux formations du centre et du centre-gauche. Est-ce que c'est le bon moyen de trouver une majorité ? Est-ce qu'il est logique, cohérent de dire je vais abattre votre gouvernement et après vous me soutiendrez ? Je ne suis pas sûr que ça marche, parce qu'il y a un minimum de logique dans la vie. La démarche d'Olivier Faure, dont il ne fait pas mystère, il veut devenir Premier Ministre, cette démarche-là, elle me paraît, comment dire, risquée. C'est, peut-être, le moins qu'on puisse dire, pas très cohérente et pas très logique. C'est une des raisons pour lesquelles la réflexion sur une abstention lundi prochain devrait être à l'ordre du jour, si on veut constituer un gouvernement. (…) Le moment où nous sommes, c'est le moment de vous asseoir autour de la table tous ensemble et de faire avancer les choses. C'est ça que les Français pensent au fond d'eux-mêmes et c'est eux qui ont raison. ».
 


Enfin, François Bayrou a conclu sur le message qu'il avait délivré à l'inauguration de la 79e foire de Châlons-en-Champagne le 29 août 2025, à savoir, que son devenir de Premier Ministre n'était pas son premier souci : « Peut-être, vous vous dites ça, mais ça supposerait que j'accepte un verdict contre lequel je me bats tous les jours, à chaque minute, parce que ce qui est en jeu, ce n'est pas mon sort, ce n'est pas le sort du gouvernement, c'est secondaire. Ce qui est en jeu, c'est le sort du pays, et c'est ce qu'il ne faut jamais perdre de vue dans les débats que nous avons. ». Et s'il y a un homme d'État qui a théorisé le clivage entre intérêt national et intérêt partisan, intérêt des partis dans les poisons et délices de leur intérêt d'appareil, c'est bien De Gaulle. François Bayrou ne fait pas reprendre ce message gaullien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Bayrou tend la main à toutes les forces politiques.
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 3 septembre 2025 sur BFMTV (vidéo et texte intégral).
François Bayrou le combatif !
Interview du Premier Ministre François Bayrou le 31 août 2025 à la télévision (vidéo et texte intégral).
Déclarations du Premier Ministre François Bayrou le 29 août 2025 à Châlons-en-Champagne (vidéo).
4 conditions pour gagner la nouvelle bataille industrielle selon Bayrou.
Discours du Premier Ministre François Bayrou au Medef le 28 août 2025 à Paris (vidéo et texte intégral).
La question de François Bayrou.
Interview de François Bayrou au journal télévisé de 20 heures le 27 août 2025 sur TF1 (vidéo et texte intégral).
Requiem pour Bayrou : courageux ou suicidaire ?
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 25 août 2025 (vidéo et texte intégral).
La Bataille de Paris.
Loi Duplomb amputée mais promulguée.
L'engagement total d'Emmanuel Macron.
La femme du Président.
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Du grand Bayrou !
Conférence de presse du Premier Ministre François Bayrou le 15 juillet 2025 (vidéo et texte intégral).
Emmanuel Macron veut une France militairement puissante.
Accord de Bougival : les félicitations d'Emmanuel Macron.
Tu as voulu voir la dissolution, et on a vu Bayrou !
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250903-bayrou.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/francois-bayrou-tend-la-main-a-263017

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/03/article-sr-20250903-bayrou.html



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3 septembre 2025 3 03 /09 /septembre /2025 18:01

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250907-bayrou.html




INTERVIEW DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE MERCREDI 3 SEPTEMBRE 2025 DANS "PARIS MATCH"




Florent Barraco, Florian Tardif 03/09/2025 à 16:01,
Mis à jour le 04/09/2025 à 09:15


François Bayrou : « Aucun parent ne peut regarder ses enfants dans les yeux et leur dire : "Vous rembourserez ma dette." »

ENTRETIEN - Le Premier Ministre joue son va-tout. Prêt à prendre des coups pour rassembler autour de sa priorité : redresser les comptes de la France.
Quelques jours avant le vote de confiance, le vertige de la solitude. Après avoir présenté son plan pour désendetter le pays, le Béarnais risque sa survie à ­Matignon. L’enjeu de ce coup de poker est double : alerter sur l’extrême gravité de la situation économique et appeler à la concorde face à la menace de faillite. Critiqué à droite comme à gauche, le maire de Pau, en admirateur d’Henri IV, joue la carte du panache. « La question, ce n’est pas le destin du Premier Ministre, c’est le destin de la France. » Il a ouvert les portes de son bureau à Paris Match. Dernières confidences avant l’heure de vérité.

Propos recueillis par Florent Barraco et Florian Tardif.



Paris Match : Sommes-nous en 1788, veille de la Révolution française, comme le dit Jean-Luc Mélenchon, ou en 1957, un an avant la fin de la IVe République, comme l'évoquent certains constitutionnalistes ?

François Bayrou : Nous sommes en 2025. Mais un jour, 2025 figurera sur cette liste des années charnières. Nous nous trouvons à un moment où la planète entière est prise dans un orage qui bouleverse tous nos repères : le réchauffement climatique, la remise en cause des règles qui régissent les relations internationales depuis la Seconde Guerre mondiale, la guerre de prédation de Poutine contre l'Ukraine, l'offensive industrielle et commerciale de la Chine, et Donald Trump, qui décide unilatéralement de taxer ses alliés. Tout d'un coup, l'univers est régi par la force. La force brutale ! Et dans notre pays, nous nous trouvons au terme de décennies de reports continus sur les générations suivantes des facilités que nous nous accordons. Depuis 1974, c'est-à-dire depuis plus d'un demi-siècle, il n'y a pas eu un seul budget en équilibre. Tous les ans, nous plongeons dans les déficits. Et tous les ans, ces déficits se traduisent par des emprunts. Cette dette, qui va la payer ? C'est très simple : ceux qui travaillent et les générations suivantes. Un grand économiste américain de l'université Harvard a déclaré hier : “Plus vous retarderez cette prise de conscience, plus l'effort sera terrible à supporter.” Il a évidemment raison.

Lors de son premier quinquennat, Emmanuel Macron a souhaité faire payer les “boomers” en ciblant la CSG [contribution sociale généralisée]. Il a très vite reculé…

Ce n'est pas exact. Les premières années du quinquennat, jusqu'en 2019, ont été consacrées au rééquilibrage. Puis est arrivé le Covid-19. La pandémie a provoqué un véritable tsunami, bloquant totalement l'économie mondiale. Il fallait sauver, coûte que coûte, les entreprises : du petit restaurant à la multinationale. La France a donc mobilisé d'immenses moyens, financés par l'emprunt. Ensuite, au moment où nous aurions pu souffler, il y a eu la guerre en Ukraine, l'explosion des prix de l'énergie et l'instabilité venue des États-Unis. Résultat : la dette s'est accrue. Ce n'est pas l'État qui a dépensé cet argent, ce sont les Français. Ces milliards ont servi à soutenir l'économie, les emplois et les familles, donc chacun d'entre nous.

Vous dites donc : « On a dépensé, vous avez dépensé, maintenant vous allez rembourser… »

Non. Je dis qu'il faut stopper cette fuite en avant. En 2020, le service de la dette – les seuls intérêts – coûtait 30 milliards à l'État. L'an dernier, c'était 60 milliards. Cette année, 67. L'an prochain, 75. Et la Cour des comptes annonce plus de 100 milliards en 2029. C'est de l'argent pris sur notre vie quotidienne, qui ne crée ni richesses nouvelles ni emplois nouveaux. Et 60% partent à l'étranger. Il y a une brèche dans la coque du navire, l'eau entre à flots. Et ceux qui veulent colmater sont accusés d'être « méchants ». Mais regardez-les bien ! Ce sont eux les seuls et véritables défenseurs des Français. Sans une prise de conscience partagée, nous allons droit à l'accident.

Votre constat sur la dette est implacable, et nul ne le conteste. Mais les Français se disent : « Nous travaillons, nous cotisons, nous payons des impôts. Pourquoi, alors, nous demander de faire des efforts supplémentaires ? » Que leur répondez-vous ?

Ceux qui refusent des efforts modérés aujourd'hui subiront demain des efforts terribles. Cela fait vingt ans que j'alerte sur l'iceberg. Tout le monde détourne le regard parce que ce n'est pas populaire. Mais un capitaine ne détourne pas les yeux sous prétexte que l'iceberg n'est pas populaire. On peut encore agir maintenant. Sinon nous connaîtrons ce qu'ont vécu l'Espagne ou le Portugal, l'Italie ou la Grèce : réduction des pensions de retraite de 20% à 30%, baisse des salaires dans la fonction publique et coupes massives dans les effectifs. Nul besoin de préciser que ces décisions ont été prises par des dirigeants socialistes. Même en Grande-Bretagne, un gouvernement de droite est tombé en quarante-deux jours parce qu'il allait franchir la limite de l'endettement. Tout cela, ce ne sont pas des opinions, c'est la réalité.

En 1958, le général De Gaulle parlait d'efforts « rudes ». C'est ce qui nous attend ?

Ce sont des efforts supportables, si nous agissons maintenant. Travailler un peu plus – 1% de plus –, ne pas augmenter les salaires publics et les retraites pendant une année – alors que l'inflation est très faible –, freiner les dépenses de santé… Tout cela représente 1% à 2% d'effort. Ce n'est pas l'austérité, mais la sauvegarde du pays. À condition que chacun contribue selon ses moyens.

« Les moments de crise produisent un redoublement de vie chez les hommes », écrivait Chateaubriand. On vous sent libéré depuis le 15 juillet et l'annonce de votre plan budgétaire, comme si vous saviez que vous n'aviez plus rien à perdre.

C'est le sens de ma vie. Je ne me suis pas engagé en politique pour que les choses soient faciles. J'aurais pu me soumettre à l'un des partis dominants de l'époque et « faire carrière », mais j'ai choisi de dire ce que je pensais et d'alerter face à la catastrophe. Et ce dès les années 1990. Je ne veux pas que cette situation nous amène à des affrontements de rue. Il y a des gens dont c'est le projet et qui manœuvrent pour en arriver là. Mais, à la fin, ce sont toujours les plus faibles qui trinquent.

Avez-vous pensé à votre famille, vos enfants, vos petits-enfants, en décidant d'évoquer cette « responsabilité intergénérationnelle » ?

Bien sûr. Ils savent combien cela m'importe. Mes enfants sont la prunelle de mes yeux. Je pense à eux chaque fois que l'orage gronde. C'est pour eux que je me bats. Beaucoup de jeunes m'ont écrit après ma déclaration sur les « boomers » : « Enfin quelqu'un parle de nous. » Car ils se sentent sacrifiés. Alléger leur fardeau commence par arrêter de l'alourdir. Or certains proposent encore d'augmenter la dette. Pour moi, c'est une non-assistance à génération en danger. Aucun parent ne peut regarder ses enfants dans les yeux et leur dire : « Vous rembourserez ma dette. » Je ne pense pas, comme d'autres, qu'il faut faire payer les retraités. Mais il est nécessaire que les retraités s'unissent à moi pour alléger la dette qui pèsera sur nos enfants. Il n'y a qu'un « boomer » qui pouvait déclarer ça. [Il rit.]

Qu'est-ce que l'expérience à Matignon vous a appris sur vous-même et sur la France ?

Sur moi-même ? Pas grand-chose. Très souvent, lorsque mes enfants me disent : « Quand même, c'est difficile ce que tu subis », je leur réponds : « Il y a une règle simple dans la vie. Si tu ne veux pas prendre de coups dans la gueule, ne deviens pas boxeur. » Et je me suis fait boxeur. Alors peut-être que je ne pouvais pas faire autrement. Je crois beaucoup au destin. Comme je crois que la vie a un sens, que nous ne sommes pas seuls. Nous portons avec nous les générations passées et les générations à venir. Les morts sont présents dans nos vies et les enfants à naître aussi. Nous sommes le prolongement de gens qui sont venus avant nous, de gens qui sont partis, qui nous ont quittés, avec des espoirs, des combats, des choses déchirantes. Et je crois que tout cela participe à notre aventure humaine.

Sentez-vous parfois la présence de vos prédécesseurs dans ce bureau ?

Non. Je ne suis pas hanté par l'histoire, mais par des visages, des destins. Le dernier de ma famille politique à avoir siégé ici était Pierre Pflimlin, en 1958. Et j'ai été son dernier collaborateur, lorsque j'avais 24 ans. La vie est pleine de coïncidences étonnantes. Je suis davantage hanté par des gens qui ont partagé des choses avec moi. Et je sais ce que mon père et ma mère auraient pensé de cette situation.

Et qu'auraient-ils pensé ?

Ils auraient estimé que c'est une bien lourde charge. Mais que si quelqu'un doit la porter, alors autant que ce soit moi. Car je viens de loin. Quand j'étais enfant, les routes de mon village, imaginez-vous, n'étaient pas goudronnées. Et je vous épargne les détails concernant le confort dans nos maisons. Quand on vient de loin, comme moi, on fait plus attention aux gens qui vivent au-delà du périphérique.

Vous venez de loin. Est-ce que vous pensez aller loin, plus loin ? Certains vous accusent d'orchestrer votre départ pour penser à la suite : la présidentielle.

Je ne me suis jamais comporté comme cela. Je ne suis pas un avare qui met des avantages de côté pour s'en servir après. Si nous ne faisons rien, la crise que nous affrontons va nous conduire à de graves accidents. Pas seulement économiques et financiers, mais aussi démocratiques. Si je montais des manœuvres pour spéculer sur l'avenir, je serais totalement stupide – et j'espère ne pas l'être.

Il y a trente ans, vous avez publié un livre : « Henri IV, le roi libre ». Dans l'introduction, vous écriviez ceci : “Rien n'est plus fascinant que le spectacle d'un homme en train de se faire et qui ignore le fin mot de sa propre histoire.” Vous ignorez le fin mot de votre propre histoire ?

Cela prouve que je n'écris pas si mal. [Il sourit.] Qui peut savoir comment cela finira ? Que ce soit en mal ou en bien ? Vous évoquiez 1957 au début de l'entretien. On pourrait remonter aux années 1930. La France de 1958 s'est redressée ; celle des années 1930 s'est effondrée. Alors est-ce qu'on met des souliers de marche pour aller sur la route ? Ou est-ce qu'on met des pantoufles en attendant la catastrophe ? Qui pourrait le faire à ma place ? Les grandes forces politiques, qui sont majoritaires et qui s'opposent à moi, disent : « Il n'y a pas de problème, il suffit de faire payer les immigrés, ou les riches, ou de s'endetter encore plus… ou encore de continuer à courir vers la falaise. » Le problème, c'est que je n'ai pas le choix. Et d'ailleurs, s'il y avait eu le choix, ce n'est pas moi qui serais là.

Votre livre sur Henri IV insistait sur son rôle de réconciliateur. C'est ce dont a besoin la France de 2025, qui est plus divisée que jamais et dont votre phrase sur les « boomers » a montré les querelles générationnelles.

Je suis un militant de la réconciliation. Mon livre commençait par ces mots [il récite de mémoire] : « Ce livre est dédié aux amoureux de la réconciliation. Il a été écrit pour eux dans les petits matins et les nuits avancées des deux pays, au pied des Pyrénées bleues et au bord de la Seine, où vécut Henri de Navarre et de France. » C'est ma vocation. Je passe ma vie à essayer, parfois en parlant, parfois en ne parlant pas, de faire que les liens ne se rompent pas. C'est pour cette raison que j'ai pris le risque d'engager la responsabilité de mon gouvernement. On allait tout droit vers des blocages, des manifestations, des affrontements. Pour moi, c'est inacceptable. D'habitude, les gouvernants s'accrochent. Ils font tout pour durer. Pas moi. Durer, si nous n'avons pas les moyens de faire quelque chose d'utile pour le pays, ça ne m'intéresse pas.




Source : "Paris Match".

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250903-interview-bayrou-paris-match.html

 

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