« Je l'ai emmené voir les Invalides. Brigitte, Melania, lui [Donald Trump] et moi avons vu le tombeau de l'Empereur. (…) Il sait apprécier l'histoire de France. » (Emmanuel Macron, le 19 août 2025 dans "Paris Match").
Cela faisait un peu l'allure d'une communication pontificale, à l'époque de Benoît XVI puis du pape François, ils s'exprimaient aux journalistes souvent dans l'avion, lors du retour d'un déplacement. C'est un peu ce qu'a fait le Président de la République française Emmanuel Macron le matin du mardi 19 août 2025. Il était de retour du Sommet crucial qui s'est tenu la veille sur l'Ukraine à Washington, avec Donald Trump (États-Unis), Volodymyr Zelensky (Ukraine), et de nombreux dirigeants européens, notamment Ursula von der Leyen (UE), Keir Starmer (Royaume-Uni), Friedrich Merz (Allemagne), Giorgia Meloni (Italie), etc. C'est le journaliste Darius Rochebin qui l'a interviewé pour "Paris Match" et LCI.
Cette intervention du chef de l'État n'a pas été très médiatisée en raison de la période estivale, mais il a pu ainsi remettre les pendules à l'heure, tant sur le plan international que sur le plan intérieur. Il avait en gros deux messages à délivrer aux Français : d'abord, que le Sommet de Washington du 18 août 2025 est une petite victoire diplomatique pour l'Ukraine et pour l'Europe en réussissant à faire adhérer Donald Trump aux vues des Européens ; ensuite, l'idée était de montrer qu'il serait actif sur le plan intérieur, et notamment à l'occasion de la préparation du budget 2026. En voici quelques éléments intéressants.
Emmanuel Macron, qui a été à l'initiative pour rassembler les Européens et alliés (31 pays) dans la Coalition des volontaires pour soutenir l'Ukraine, avait compris qu'il ne fallait pas laisser Volodymyr Zelensky seul face à Donald Trump : « Je pense que depuis son arrivée au pouvoir, en janvier, nous avons fait changer le Président Trump. (…) Nous nous sommes levés, en étant unis, en tant qu'Européens, et il l'a pris en compte. Il apporte aussi un atout fondamental face à la Russie : son imprévisibilité. (…) Donald Trump a compris que la Russie n'est pas aussi simple qu'il le croyait. Le grand changement des derniers jours, c'est qu'il a pris acte qu'il faut garantir la sécurité de l'Ukraine. ».
Ainsi, le Président français a milité pour la présence des Européens lors d'un éventuel sommet autour de Vladimir Poutine, Volodymyr Zelensky et Donald Trump. Lui-même serait prêt à y aller : « Parce que je suis pragmatique. La diplomatie, ce n'est pas la morale. Par conséquent, il faut parler avec les gens, même quand on ne partage pas leurs valeurs. Je pourrai lu serrer la main et essayer d'avoir les meilleurs accords possibles, mais il faut se donner les moyens aussi de se faire respecter. ».
Ce pragmatisme présidentiel a souvent été moqué ou critiqué, plus par habitude de Macron-bashing que par une analyse fine de la diplomatie française. On lui avait reproché de téléphoner à Vladimir Poutine quelques jours avant la tentative d'invasion de l'Ukraine par les troupes russes. Et puis, on lui a reproché de refuser tout contact diplomatique avec Vladimir Poutine. Et récemment, on lui a reproché un entretien téléphonique avec le chef du Kremlin. Il faudrait savoir ! Le message d'Emmanuel Macron est clair et net : tout ce qui peut faire avancer la paix en Ukraine est bon à prendre, et, la formule est cruelle, cynique et sera reprise même si les médias français ne semblent pas l'avoir totalement digérée aujourd'hui : « la diplomatie, ce n'est pas la morale » !
Dans ses relations avec Donald Trump, Emmanuel Macron a parlé de franchise dans les échanges, mais il s'est toujours refusé à se moquer de son homologue américain. Il a aussi confié que c'était un plus aux yeux du Président américain « le fait que j'ai travaillé dans la finance ».
Du reste, au risque d'être taxé de flagorneur, Darius Rochebin a fait observer qu'au Sommet de Washington, Emmanuel Macron avait la priorité protocolaire, en tant que doyens des chefs d'État présents malgré son jeune âge de 47 ans (Valéry Giscard d'Estaing avait 48 ans en accédant à l'Élysée en 1974).
Mais c'est sur le plan intérieur que la parole présidentielle aura plus d'impact dans l'opinion de ses compatriotes, en raison des quelques jours qui nous séparent de la rentrée qui promet d'être très chaude (avec un mouvement sociale qui démarre le 10 septembre 2025).
Et d'abord, voici que ce qu'il a dit sur une éventuelle nouvelle dissolution : « Non. La dissolution, je l'ai faite (…). J'ai été huit ans aux responsabilités en continu, sans alternance, sans perte de majorité au Parlement. Cela n'était jamais arrivé depuis le Général De Gaulle et je ne me compare pas à lui. C'était une autre époque. Il y avait l'ORTF. On soumettait même les programmes au pouvoir ! Maintenant, en 2025, après la dissolution, on a un Parlement qui reflète les fractures du pays. C'est aux responsables politiques de savoir travailler ensemble. ».
Si, effectivement, il n'y a eu aucune alternance depuis 2017, Emmanuel Macron a cependant perdu sa majorité absolue en 2022 et sa majorité relative en 2024, et le gouvernement actuel, comme le précédent dirigé par Michel Barnier, est un gouvernement de coalition. La structure éclatée de l'Assemblée en trois blocs de même importance reflète la structure éclatée de la société française et c'est pourquoi une nouvelle dissolution ne changerait rien au problème, car elle ramènerait la même illisibilité d'absence de majorité qu'en 2024. D'où son conseil de prendre exemple sur l'Allemagne, actuellement sous un gouvernement de grande coalition (CDU/CSU et SPD).
Malgré quelques tensions aperçues au début de l'été entre le Président de la République et le Premier Ministre, Emmanuel Macron a rendu hommage à François Bayrou, en espérant qu'il resterait à Matignon jusqu'à la fin du quinquennat en 2027 (il vient de dépasser la longévité de Gabriel Attal). Des mots élogieux qui ne sont pas passés inaperçus dans le monde politique : « François Bayrou, c'est mon ami. (….) Je vous l'ai dit, il est mon ami. Je le connais intimement. C'est mon compagnon de route. Il a les capacités pour tenir ce gouvernement qui n'est pas habituel. ».
Et surtout, il a rendu hommage à son projet de budget 2026 qui risque d'être très fortement contesté tant dans la rue que dans l'hémicycle du Palais-Bourbon : « Je pense que le plan qu'il a proposé, que nous avons longuement préparé ensemble, et qu'il a travaillé avec ses ministres, est un bon plan. Il est lucide et courageux. ».
Emmanuel Macron en a profité pour mettre les députés en garde contre une censure qui serait un coup politique : « Les responsables politiques doivent vraiment faire attention à ce qu'ils feront. Dans le contexte international, le pays a vraiment besoin de stabilité. Donc, pas de coups politiques. Et du courage pour prendre des décisions fortes. ». On se doute bien que ces paroles n'auront aucun effet sur les responsables de l'opposition, en particulier sur Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, mais elles auront certainement un effet sur "l'opinion publique" qui comprend bien que la France mérite mieux que des manœuvres politiciennes. Une censure pourrait se retourner contre ses auteurs.
Dans son éditorial du 20 août 2025 sur France Info, le journaliste Renaud Dély considérait que ce soutien pourrait même être contre-productif : « Ce soutien présidentiel risque d'attiser la colère contre le gouvernement, parce qu'Emmanuel Macron est un président détesté, vilipendé par une partie de l'opinion, a fortiori depuis la dissolution ratée, qui reste incomprise. Emmanuel Macron a beau jeu de redire que le pays a besoin de stabilité. Il faut voir dans cette confidence une manière de s'accrocher à son propre bilan économique. Quand il dit que le budget de François Bayrou est bon, il dit que ce qui a été fait depuis 2017 est bon : une politique pro-business, la baisse des impôts, la sacralisation du budget des armées. Ce soutien à François Bayrou ne change rien à l'équation politique. Le Premier Ministre ne se réveille pas mercredi matin avec une majorité. Il est à la merci des oppositions, sous la menace d'une motion de censure. Pour ne rien arranger, celui qui s'est souvent présenté comme le pape de la démocratie sociale s'est aussi mis à dos les syndicats en proposant de supprimer deux jours fériés. ».
Ce point de politique intérieure sur le soutien sans faille, avec engagement présidentiel, du gouvernement de François Bayrou, était le premier point des deux messages qu'il voulait adresser aux Français en dehors des relations internationales. L'autre concernait son soutien à son épouse Brigitte qui est actuellement victime d'une invraisemblable campagne de harcèlement sur Internet, en particulier en France et aux États-Unis, ce qui a résolu le couple à réagir fermement.
Emmanuel Macron s'en est expliqué franchement : « Il y avait une tradition consistant à dire : il faut laisser couler. C'est ce que nous avons fait au début. Au début, c'était en France. On nous a recommandé de ne pas déposer plainte. Cela risquait de provoquer un "effet Streisand", qui attire encore plus l'attention sur ces mensonges. Mais cela a pris une telle ampleur aux États-Unis que nous devions réagir. Il est question de faire respecter la vérité. ».
Et d'affirmer la provenance politique de cette campagne : « C'est n'importe quoi. C'est quelqu'un qui savait très bien qu'elle détenait des informations fausses et le faisait dans le but de nuire, au service d'une idéologie et avec des connexions établies avec des dirigeants d'extrême droite. ». Voilà, c'est dit, inutile d'en dire plus car cela fait trop la part belle à un sujet d'actualité particulièrement dérisoire dans un monde très bousculé par le retour des sentiments belliqueux et égoïstes. Parlons plutôt budget, et voyons ce que les responsables politiques proposent de concret pour réduire le déficit public de 44 milliards d'euros...
« Notre pronostic vital comme État est engagé, comme nation, comme société et comme pays. » (François Bayrou, conférence de presse du 15 juillet 2025).
Incontestablement, c'était du grand Bayrou ! C'est l'affaire de sa vie. Le budget. Le budget de l'année 2026. Il a 74 ans, il aurait pu choisir de se reposer, de prendre une paisible retraite pendant qu'il est encore en forme (il est maintenant le chef du gouvernement le plus âgé en exercice, à l'exception de Pétain), et surtout, il n'avait rien à y gagner avec cette histoire, subissant une impopularité record, des forces d'opposition prêtes à se coaliser (dans une collusion gauche/extrême droite qui rappelle étrangement l'époque du maréchal, justement) pour le censurer. Rien à y gagner sinon l'intérêt général. Rien à y gagner sinon la postérité d'un homme fort, d'un homme droit, d'un homme courageux, comme ce fut le cas pour Pierre Mendès France, décidément une référence indispensable.
Je ne suis pas madame Soleil et je suis donc bien incapable d'imaginer les suites de cette affaire (censure ou pas en octobre), mais ce qui est sûr, c'est que la conférence de presse que le Premier Ministre François Bayrou a tenue ce mardi 15 juillet 2025 à 16 heures pendant deux heures (qu'on peut relire ou réécouter ici) restera dans les annales de l'histoire politique de la France, et c'est sans doute la déclaration la plus importante de sa carrière (même si tout le monde s'en fiche de cela) : « Il est des moments dans l'histoire des peuples où ils ont rendez-vous avec eux-mêmes, et ce moment est un de ceux-là. Il ne s'agit plus de savoir seulement quelles sont nos exigences, quelles sont nos préférences, mais qui nous sommes ? Quel peuple formons-nous ? À quoi ce peuple croit-il ? De quel ciment est-il soudé ? Et quelle part chacun de nous, citoyennes et citoyens, est-il prêt à prendre à notre avenir collectif ? ».
On aura maintenant compris que François Bayrou n'était pas un paresseux, qu'il a beaucoup bossé pour cette conférence de presse si attendue, qu'il est aussi un meneur, directif, un chef qui décide, au point qu'il est allé présenter son projet budgétaire à l'Élysée au Président Emmanuel Macron le matin même, en l'annonçant et l'expliquant... « par courtoisie républicaine » ! C'est donc bien François Bayrou qui est aux commandes de la France.
La voix un peu éraillée par les temps, le Premier Ministre a présenté ce qui, pour lui, est l'essentiel de son engagement politique. Éviter à la France de se retrouver comme la Grèce il y a une dizaine d'années, obligée de baisser les pensions de retraite de 30% et la rémunération des fonctionnaires de 15% : « Alors bien sûr, pendant longtemps, on ne voit pas le risque, on s'en accommode, on détourne les yeux, et puis un jour, on est rattrapé et on ne peut plus payer ce qu'on doit. Alors c'est la crise, la vraie crise. Votre pays est acculé, il est traqué et vous ne pouvez plus éviter le piège. Un pays qui ne peut pas faire ses fins de mois sans emprunter et qui un beau jour ne retrouve plus de prêteurs : il ne peut plus payer les fonctionnaires, il ne peut plus payer les retraites, alors il n'y a plus aucune échappatoire. Et alors, sans l'ombre d'un doute, sans l'ombre d'une hésitation, ce pays-là ne peut pas survivre, il est obligé de plier. Et ceci n'est pas une théorie en l'air. C'est arrivé à des pays aussi dignes et aussi respectables que le Canada ou la Suède dans les années 90, que le Portugal, l'Italie ou l'Espagne au début des années 2010. Tout d'un coup, les prêteurs cessent d'avoir confiance et nous l'avons vu sous nos yeux arriver à la Grèce. ».
Le tableau financier de la France est alarmant, forcément alarmant, et résulte d'une cinquantaine d'années de budgets déficitaires issus de gouvernements paresseux et négligents. François Bayrou veut rompre avec ça pour reprendre de la marge financière. Pour cela, il faut d'abord se rendre compte de la gravité de la situation : « La dette de notre pays représente aujourd'hui plus de 3 300 milliards d'euros. Ça signifie 114% du produit national de chaque année, ce qui signifie que cette dette représente plus d'une année de la totalité de ce que notre pays a produit dans toutes ses activités agricoles, industrielles, intellectuelles, dans le secteur du commerce, des services, de la santé ou du soin, la totalité de cela, la dette le dépasse d'au moins deux mois entiers. (…) Et la charge de la dette devient un poste budgétaire écrasant. En 2029, si nous ne changeons rien, la part des dépenses publiques consacrées au paiement des intérêts de cette dette serait de 100 milliards d'euros, c'est-à-dire de loin le premier poste budgétaire de l'État, bien plus que le budget consacré à l'Éducation nationale. (…) Cette dette augmente de plus de 150 milliards par an. Et pour le dire plus simplement, et pour que chacun mesure exactement la charge immense qui pèse sur nos épaules, ça signifie que chaque seconde qui passe, chaque seconde, la dette de la France augmente de 5 000 euros. 5 000 euros de dette supplémentaire par seconde. Voilà où nous en sommes. ».
La longue introduction a servi à justifier les mesures qu'il propose pour le budget de 2026. Certes, ce sont juste des orientations et il explique bien qu'il va continuer tout l'été à discuter, négocier avec les partis politiques, avec les groupes politiques, avec les syndicats, avec diverses institutions comme le CESE (Conseil Économique Social et Environnemental), etc. pour affiner, améliorer son projet budgétaire. C'est la première fois que les lois de finances sont présentées aussi en amont du processus, au début de l'été alors que généralement, cela se passe au début de l'automne.
Pour François Bayrou, et c'était le titre de sa conférence, c'est un moment de vérité : « parce que nous ne pouvons plus, en tout cas c'est notre conviction et c'est la mienne, nous ne pouvons plus ni éluder ni retarder cette menace. Je crois qu'il est tard, mais qu'il est encore temps. Il est encore temps, dans les temps de crise grave, c'est le mot d'ordre des peuples courageux. Alors il faut agir, agir vite et agir fort, mais il faut agir avec justesse et justice. Et pour cela, il faut essayer de comprendre ce qui s'est passé dans notre pays plus que dans aucun autre pour que nous nous retrouvions dans la situation où nous sommes aujourd'hui. ».
Deux raisons à cette situation gravissime.
La première, c'est le dopage à la dépense publique : « Nous avons considéré comme normal dans notre pays depuis des années, des décennies, que l'État, puissance publique et sécurité sociale, que l'État paie tout. Nous sommes devenus accros à la dépense publique. Il n'y a pas de difficulté du pays, il n'y a pas de changement nécessaire, il n'y a pas d'obstacle à surmonter, ni d'ordre sanitaire, ni d'ordre climatique, ni d'ordre énergétique ou familial devant lesquels les élus, les citoyens, les médias n'aient eu chaque fois qu'une seule réponse à la bouche, se tourner vers l'État. Que l'État prenne en charge les difficultés sectorielles. Ça a été réclamé pour tous les secteurs, des personnes, aux familles et aux entreprises. Et la France est ainsi devenue le pays du monde qui dépense le plus d'argent public : 57% de notre production nationale chaque année, 57% dépensés, contre 50% seulement de recettes. Je vous invite à mesurer avec moi le paradoxe français : nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques, nous sommes le pays du monde qui a les impôts et les charges sociales les plus élevés. Et si l'abondance des impôts faisait la richesse et le bien-être d'une nation, nous serions le pays le plus prospère et le plus heureux de la planète. Et pourtant, les Français sont de plus en plus mécontents de leurs services publics. Et pourtant, notre économie souffre. Et pourtant, ce qui est plus frappant encore, nous sommes le pays le plus pessimiste au monde, selon la mesure de tous les sondages disponibles. Le pays le plus pessimiste au monde est le pays où l'on dépense le plus d'argent public. ».
La seconde raison, c'est le manque de production, ce qui rend déficitaire la balance du commerce extérieur : « Nous avons peu à peu perdu de vue que pour distribuer, il fallait produire. Or, distribuer toujours plus en produisant toujours moins, c'est une condamnation. Et cela se traduit dans notre commerce extérieur sur les 25 dernières années, depuis le début des années 2000 jusqu'en 2024. Notre solde, notre résultat du commerce extérieur, ce que nous achetons contre ce que nous vendons, notre résultat du commerce extérieur est passé de l'équilibre dans les années 2000 à un déficit massif tous les ans répété, qui est une fois de plus cette année comme depuis 5 ans, supérieur à 100 milliards d'euros pour la quatrième année consécutive. ».
C'est la raison pour laquelle le chef du gouvernement a présenté deux plans d'action, un pour réduire la dépense publique et un pour augment la production nationale, seule génératrice de richesse.
I. Stop à la dette !
Cinq principes dominent ce plan :
1° un retour à l'équilibre de la dette en quatre ans (en 2029), avec une trajectoire ambitieuse du déficit : 5,8% du PIB en 2024 ; 5,4% en 2025 ; 4,6% en 2026 ; 4,1% en 2027 ; 3,4% en 2028 ; 2,8% en 2029 (on considère l'équilibre à moins de 3%).
2° la réduction du déficit passe par la réduction de la dépense publique.
3° l'équité : « Tout le monde devra participer à l'effort. Face à l'ampleur de l'enjeu, il est illusoire de penser qu'une catégorie ou une autre puisse seule porter le fardeau. ».
4° préserver nos entreprises : « Le travail et la compétitivité de nos entreprises doivent être autant que possible épargnées. Ils sont notre seule arme pour aller de l'avant et pour ne pas vivre dans le cauchemar de l'amputation perpétuelle des dépenses et investissements que nous avons à faire. ».
5° l'acceptabilité : « Cet effort, enfin, est défini pour être supportable par tous. Il n'impose pas de baisse des salaires dans la fonction publique, ni de baisse des pensions de retraite. Il ralentit la croissance des dépenses mais ne la supprime pas et il n'entraîne pas de récession. ».
Il en résulte qu'il faut réduire le déficit en 2026 de 43,8 milliards d'euros. Ce qui est énorme ! La réduction de la dépense publique se fera dans tous les domaines, avec suppression des « agences improductives » ; le non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois qui partent à la retraite ; une maîtrise des dépenses des collectivités territoriales ; une optimisation des dépenses de l'assurance-maladie (environ 5 milliards d'euros) qui ne nuira pas la qualité des soins ; l'institution d'une année blanche en 2026, c'est-à-dire non-augmentation de toutes les prestations de l'État (7 milliards d'euros), avec un effort réduit grâce à la faible inflation (1%) ; la lutte renforcée contre la fraude (et un meilleur recouvrement de la fraude connue) ; la « chasse aux niches fiscales inutiles, inefficaces » ; etc.
Des dizaines de mesures sont ainsi proposées au public. Parmi certaines, des emblématiques. Ainsi, François Bayrou n'a pas souhaité supprimer l'abattement fiscal de 10% des retraités (qui n'ont plus de frais professionnels), mais le transformer en abattement forfaitaire de 2 000 euros (les petites pensions y gagnent, les forte pensions y perdent).
En outre, le Premier Ministre a proposé aussi une contribution des très riches (qu'il a définis par des revenus annuels de 250 000 euros pour un célibataire et 500 000 euros pour un couple) : « Cet effort de justice doit passer par une contribution des plus fortunés. Une contribution de solidarité sera créée, que nous définirons avec les commissions compétentes des deux assemblées et cette contribution devra faire participer à l'effort national les plus hauts revenus. Et comme je m'y suis engagé lors de l'adoption du budget, nous prendrons des mesures complémentaires pour lutter contre l'optimisation abusive des patrimoines non productifs. L'effort de la nation se doit d'être équitable, c'est-à-dire de demander peu à ceux qui ont peu et plus à ceux qui ont davantage. ».
II. En avant la production !
Cheval de bataille de sa campagne présidentielle de 2012, François Bayrou a beaucoup insisté sur la croissance de notre production nationale : « La reconquête de la production dans notre pays est aussi cruciale que la lutte contre les déséquilibres budgétaires. Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens, nous n'aurions plus de déficit budgétaire, et nos concitoyens qui gagnent 2 000 euros par mois approcheraient les 2 500, et ceci changerait leur vie. ».
II.1. D'abord, il faut favoriser le travail : « Il faut travailler plus, il faut que toute la nation travaille plus pour produire et pour que l'activité du pays dans son ensemble soit plus importante dans l'année et pour que la situation de la France s'améliore. ».
Et l'une des réponses à cela, entre autres, et ça va faire couler beaucoup d'encre, c'est de supprimer deux jours fériés, par exemple le lundi de Pâques et le 8 mai : « Ce sont des propositions. Je suis prêt à en accepter ou en examiner d'autres. Si d'autres idées surgissent, bienvenue, et nous pourrons voir. Mais vous voyez bien que ça n'est pas du tout la même chose pour les spécialistes parlementaires que d'autres idées qui avaient été proposées l'année dernière, qui était qu'il y ait pour chaque travailleur une journée de solidarité dont on ne vérifierait pas vraiment si elle est accomplie ou pas, et qui se traduirait uniquement par des prélèvements sur les entreprises. Ce n'est pas du tout la même chose. C'est le pays tout entier qui se met au travail, ou qui se remet au travail, un jour où, depuis longtemps, il ne travaillait plus. Au passage, cette modification de notre calendrier des jours fériés rapportera plusieurs milliards au budget de l'État, simplement parce que les entreprises, les commerces, la fonction publique, la nation travaillera et que notre production sera améliorée. ».
Aussi, il faut augmenter la population qui travaille : « Il n'est pas normal qu'un pays comme le nôtre, avec autant d'emplois offerts, conserve un taux de chômage au-dessus de 7% et que le nombre d'emplois non pourvus soit aussi élevé. L'accent doit notamment être mis sur les jeunes et les seniors pour qui les taux d'emploi sont particulièrement faibles, par comparaison avec nos voisins européens. ». Avec deux chantiers avec les partenaires sociaux, un sur l'assurance-chômage, un autre sur le droit du travail, en particulier pour faciliter les recrutements. Et un troisième chantier : « En coordination avec les collectivités, je proposerai au Parlement avant la fin de l'année un projet de loi créant une allocation sociale unifiée pour une solidarité plus lisible et qui donne toujours la priorité au travail. ».
François Bayrou a par ailleurs confirmé ce qu'il avait dit à l'issue du conclave sur les retraites, à savoir qu'il inclurait dans la loi de financement de la sécurité sociale les accords sur les femmes qui sont devenues mères et sur la prise en compte de la pénibilité.
II.2. Ensuite, il faut faciliter la vie des entreprises avec une sorte de pacte. Le Sénat vient de sortir un rapport qui fait état de 211 milliards d'euros d'aides aux entreprises. Le mot "aides" est parfois excessif car souvent, il s'agit de réductions fiscales ou sociales. Toutefois, François Bayrou a envisagé de simplifier encore beaucoup plus la vie des entreprises, trop accaparées par des tâches administratives et bureaucratiques en compensation d'une réduction de ces 211 milliards d'euros : « Moins de subventions contre plus de liberté, de simplification et de confiance. Les normes surtransposées, surabondantes, supplémentaires, les obligations bureaucratiques toujours plus pénalisantes, les absurdités de dossiers imposées à ceux qui peuvent le moins en avoir la maîtrise, imposées aux artisans, aux maîtres d'œuvre, à l'achat public, les retards de paiement, c'est un autre chapitre très important. Tout cela plombe les acteurs de la production et pénalise, une étude européenne l'a montré, de quelque 4% ou davantage leur chiffre d'affaires. Et pénalise bien sûr davantage les "petits" qui travaillent seuls ou en famille, avec peu de collaborateurs, que les plus gros qui ont à leur disposition des services juridiques, administratifs ou des directions des ressources humaines puissantes. Mais c'est vrai que ça pénalise davantage les petits que les plus importants, mais c'est un filet qui ralentit et paralyse tout le monde. ».
II.3. Il faut améliorer la compétitivité, avec plusieurs leviers.
Le premier est l'énergie : « Nous devons améliorer de manière générale la compétitivité, comme on dit, c'est-à-dire la capacité, l'efficacité, l'attractivité de notre économie. Le premier facteur sur lequel nous allons agir, c'est l'énergie, car nous avons en France un atout immense, disposant d'une énergie bon marché en plus d'être abondante, souveraine et décarbonée. Nous devons davantage miser sur cet atout et remercier tous ceux qui ont, au travers du temps, permis l'édification de cette production d'électricité. Nous devons permettre aux industriels de bénéficier d'accords qui réduisent leur exposition à la volatilité des prix. ».
Le deuxième est l'accès au financement : « Le rapport de Mario Draghi, qui devrait servir de référence à un très grand nombre des acteurs économiques et politiques dans notre Union Européenne, le rapport de Mario Draghi a montré que nous devons d'abord mettre les financements européens au service de la croissance des entreprises européennes. C'est dans ce but que le Ministre de l'Économie, Éric Lombard, a lancé un label européen pour l'investissement de long terme qui permettra d'assurer le développement de produits d'épargne finançant notre croissance. Ce qu'on appelle le capital-risque, c’est un outil puissant pour l'innovation et la croissance des entreprises. Nous consacrerons 900 millions d'euros de financement en fonds propres supplémentaires à l'investissement dans les entreprises. ».
Troisième levier, réduire les retards de paiement (15 milliards d'euros de trésorerie) : « C'est une manne considérable et dont nous ne pouvons pas accepter qu'on baisse les bras en face des conduites qui la produisent. L'État est déterminé à renforcer les sanctions à l'égard des débiteurs en cas de retard de paiement de ces créances. À l'avenir, ces sanctions pourront aller jusqu'à 1% du chiffre d'affaires pour mettre fin à des pratiques qui fragilisent notre tissu économique. ».
II.4. Redresser le commerce extérieur : « Nous allons passer en revue toutes les filières déficitaires, repérer les produits les plus propices à une localisation de la fabrication sur notre sol, en vue de réduire nos importations. Nous devrons également soutenir nos filières d'excellence pour qu'elles le restent. Et donc, des stratégies de filières, associant les grandes entreprises et les pouvoirs publics locaux et nationaux, devront rapidement être définies et mises en œuvre. L'État fédérera les grandes entreprises, entreprises moyennes et entreprises débutantes, il les réunira, mais il ne peut pas faire tout seul. Et donc, nous avons devant nous un important enjeu de redéfinition d'une stratégie nationale de reconquête de notre commerce extérieur. Il faut aussi que cela s'accompagne de changements dans nos modes de consommation, en encourageant davantage les circuits courts et les commerces de proximité. C'est pourquoi une taxe va être proposée sur les petits colis, afin de protéger nos commerces et nos producteurs de la marée de concurrence déloyale qui les assaille. ».
II.5. Promouvoir l'innovation avec un soutien massif au développement de l'intelligence artificielle : « Dans tous les secteurs de notre activité, l'intelligence artificielle peut et doit devenir un outil concret utile qui améliore la productivité des entreprises. On estime, dans les études les plus sérieuses, à 20% le gain de productivité lié à l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus productifs. ».
II.6. Former beaucoup plus d'ingénieurs : « D'ici 2035, l'économie française devra recruter près de 100 000 nouveaux ingénieurs et techniciens par an. ».
Dans sa conclusion, l'agrégé de lettres a cité Hannah Arendt et a souligné le besoin de courage et de sens des responsabilités de la classe politique : « Ce que j'ai voulu faire en m'exprimant devant vous aujourd'hui, c'est permettre à tous de juger la gravité de la situation, d'examiner une proposition cohérente, un plan global d'action du gouvernement, dont nous avons la conviction qu'il est le seul qui puisse permettre à notre pays d'affronter ces défis. Défis que nous ne pouvons plus faire semblant de ne pas voir. Et ainsi donner à tous la capacité d'agir et d'avancer ensemble. ».
Mais malgré la situation, François Bayrou a voulu finir sur un note d'espoir et de fierté du peuple français : « Nous ne devons jamais oublier qu'il n'y a pas beaucoup de peuples comme le nôtre. Pas beaucoup de peuples qui comptent autant de réussites scientifiques, techniques et industrielles. Pas beaucoup de peuples qui portent un projet de société à vocation universelle construit autour d'idées fondatrices comme la laïcité, une idée qui affirme qu'on n'a pas besoin, parce qu'on croit quelque chose, de vouloir obliger les autres à abandonner leurs idées. Cette idée qui fait que nous formons, c'est l'étymologie du mot laïcité, que nous formons un seul peuple. Toutes ces réussites ont scandé l'histoire et fait de notre pays une puissance. Parfois, souvent, la France a failli céder, mais toujours elle s'est reprise pour résister au totalitarisme, aux guerres nationales et européennes. Elle s'est reprise chaque fois pour résister à la force brutale. La mission des gouvernants, c'est d'identifier les risques, de les affronter en mobilisant l'énergie du pays sans crainte et sans préoccupation personnelle. ».
La balle est désormais dans le camp des oppositions : joueront-elles leur jeu personnel, égoïste et électoraliste, comme d'habitude, ou se ressaisiront-elles pour le bien commun et l'intérêt général ? J'ai déjà ma petite idée...
CONFÉRENCE DE PRESSE
DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE MARDI 15 JUILLET 2025 À 16H00 À MATIGNON
Introduction
Mesdames et messieurs les ministres d'État, mesdames et messieurs les ministres, mesdames et messieurs les députés et sénateurs, mesdames et messieurs.
Il est des moments dans l'histoire des peuples où ils ont rendez-vous avec eux-mêmes, et ce moment est un de ceux-là. Il ne s'agit plus de savoir seulement quelles sont nos exigences, quelles sont nos préférences, mais qui nous sommes ? Quel peuple formons-nous ? À quoi ce peuple croit-il ? De quel ciment est-il soudé ? Et quelle part chacun de nous, citoyennes et citoyens, est-il prêt à prendre à notre avenir collectif ?
Alors je ne vais pas refaire sur cette question des finances publiques la longue histoire de notre étrange défaite, comme disait Marc Bloch, pour un autre temps. Il y a plus de 50 ans que notre pays, tout courant politique confondu, n'a pas présenté un budget en équilibre. 50 années que nos dépenses publiques dépassent chaque année les recettes. Et peu à peu, on s'est habitué à ce déficit et cette habitude du déficit a gagné aussi - ce qui est invraisemblable - les budgets sociaux, santé et retraite qu'on devrait pourtant assumer ensemble chaque année. Et les collectivités locales contribuent, par leur dynamisme même, aux besoins de financement public.
Or, le déficit en soi, ça n'existe pas. Le déficit, c'est purement et simplement de la dette. C'est comme ça dans toutes les familles, c'est comme ça dans toutes les associations, dans toutes les entreprises : ce qu'on dépense en plus de ses revenus, en plus de ses ressources, il faut l'emprunter.
Alors, encore faut-il savoir à quoi servent les sommes empruntées. Si dans votre famille vous avez de quoi boucler les fins de mois sans difficulté et que vous empruntez pour l'avenir, pour construire une maison ou pour investir dans un appartement ou dans de nouvelles technologies ou des équipements, tout va bien, c'est normal. C'est un effort bien sûr, mais c'est un effort pour la famille, pour l'entreprise. C'est le développement, l'éternel mouvement des êtres humains qui permet d'avancer.
Et si vous êtes un État, si vous empruntez pour construire des universités, des voies de chemin de fer ou des hôpitaux, alors ce sont les générations qui viennent qui en profiteront autant que vous, il est donc normal qu'elles remboursent leur part des annuités qu'elles assument une partie de la charge.
Mais si vous êtes tous les mois en déficit, si vous êtes obligé d'emprunter non pas pour investir pour une maison ou pour un équipement, mais pour payer les dépenses de tous les jours. Et que tous les mois, votre mensualité augmente. Mois après mois, vous vous asphyxiez, et ça s'appelle le surendettement. Tous les Français savent de quelle malédiction il s'agit. C'est une malédiction pour les familles, pour les entreprises, et pour un pays, c'est la même chose.
Être obligé d'emprunter tous les mois pour payer les retraites ou payer les salaires des fonctionnaires, c'est une malédiction qui n'a pas d'issue.
Alors bien sûr, pendant longtemps, on ne voit pas le risque, on s'en accommode, on détourne les yeux, et puis un jour, on est rattrapé et on ne peut plus payer ce qu'on doit. Alors c'est la crise, la vraie crise. Votre pays est acculé, il est traqué et vous ne pouvez plus éviter le piège. Un pays qui ne peut pas faire ses fins de mois sans emprunter et qui un beau jour ne retrouve plus de prêteurs : il ne peut plus payer les fonctionnaires, il ne peut plus payer les retraites, alors il n'y a plus aucune échappatoire. Et alors, sans l'ombre d'un doute, sans l'ombre d'une hésitation, ce pays-là ne peut pas survivre, il est obligé de plier.
Et ceci n'est pas une théorie en l'air. C'est arrivé à des pays aussi dignes et aussi respectables que le Canada ou la Suède dans les années 90, que le Portugal, l'Italie ou l'Espagne au début des années 2010. Tout d'un coup, les prêteurs cessent d'avoir confiance et nous l'avons vu sous nos yeux arriver à la Grèce. Et je pense qu'il ne faut jamais oublier l'histoire de la Grèce ou l'exemple de la Grèce. Le Premier Ministre d'alors s'appelait Aléxis Tsípras. Il était à la tête d'une coalition qui s'appelait Syriza, de gauche et d'extrême-gauche. Et pour éviter cet obstacle, il a convoqué un référendum du peuple grec pour que son pays dise non et que, officiellement, son pays derrière lui refuse les conditions de redressement qui lui étaient faites par l'Union européenne et le FMI. Ce référendum pour dire non, Aléxis Tsípras l'a gagné très largement le dimanche et le jeudi, quatre jours après, il a été obligé de signer tout ce qu'on lui demandait, tout ce qu'il avait juré de ne jamais accepter. Et le peuple grec, l'État grec, ont dû consentir des sacrifices immenses, ils ont dû baisser de 30% les retraites et de 15% le salaire des fonctionnaires.
Et c'est exactement ce que nous ne voulons pas. Et c'est pourquoi il faut constater que c'est là que nous en sommes et c'est pourquoi c'est notre moment de vérité.
La dette de notre pays représente aujourd'hui plus de 3 300 milliards d'euros. Ça signifie 114% du produit national de chaque année, ce qui signifie que cette dette représente plus d'une année de la totalité de ce que notre pays a produit dans toutes ses activités agricoles, industrielles, intellectuelles, dans le secteur du commerce, des services, de la santé ou du soin, la totalité de cela, la dette le dépasse d'au moins deux mois entiers.
Et plus la dette s'accroît, plus c'est la double peine. Car si les taux d'intérêt progressent, il faut emprunter toujours davantage si l'on veut continuer à dépenser autant et payer en même temps les mensualités de la dette. Et la charge de la dette devient un poste budgétaire écrasant. En 2029, si nous ne changeons rien, la part des dépenses publiques consacrées au paiement des intérêts de cette dette serait de 100 milliards d'euros, c'est-à-dire de loin le premier poste budgétaire de l'État, bien plus que le budget consacré à l'Éducation nationale.
Alors ce sont des chiffres qu'on a beaucoup de mal à se représenter. 3 300 milliards, c'est 3 300 fois 1 000 millions d'euros. Et cette dette augmente de plus de 150 milliards par an. Et pour le dire plus simplement, et pour que chacun mesure exactement la charge immense qui pèse sur nos épaules, ça signifie que chaque seconde qui passe, chaque seconde, la dette de la France augmente de 5 000 euros. 5 000 euros de dette supplémentaire par seconde. Voilà où nous en sommes.
Et c'est pourquoi je crois que, comme nous le disons depuis l'installation du gouvernement, nous avons désormais le devoir de prendre nos responsabilités. Je crois que c'est la dernière station avant la falaise. Et l'écrasement par la dette, il faut l'appeler par son nom, c'est un danger mortel pour un pays. Voilà si l'on voit dans la vérité l'arme des citoyens, voilà ce qu'il faut partager avec les Français.
La vie a fait que j'ai, personnellement, comme citoyen engagé, comme candidat, comme élu depuis plus de 20 ans, identifié ce risque, que j'en ai fait le sujet de plusieurs campagnes présidentielles et que le hasard ou le destin, qui est un autre nom du hasard, m'a confié la charge d'en saisir le pays à ce moment critique de notre histoire.
Je dis moment critique parce que l'urgence est là. Moment critique parce qu'il n'y a pas de majorité à l'Assemblée nationale, ni majorité absolue, ni majorité relative, pour affronter les choses avec détermination et constance. Et c'est la première fois depuis plus de 60 ans que nous sommes dans une telle situation politique. Un moment critique parce que, disons la vérité, le monde politique depuis des années n'est pas en voie de ressaisissement, mais disons-le, en voie de division, de progressive violence et de délitement, sans doute aussi à l'image de la société française tout entière.
C'est donc un moment de vérité, parce que nous ne pouvons plus, en tout cas c'est notre conviction et c'est la mienne, nous ne pouvons plus ni éluder ni retarder cette menace. Je crois qu'il est tard, mais qu'il est encore temps. Il est encore temps, dans les temps de crise grave, c'est le mot d'ordre des peuples courageux.
Alors il faut agir, agir vite et agir fort, mais il faut agir avec justesse et justice. Et pour cela, il faut essayer de comprendre ce qui s'est passé dans notre pays plus que dans aucun autre pour que nous nous retrouvions dans la situation où nous sommes aujourd'hui. Et je vois deux grandes raisons. Nous avons considéré comme normal dans notre pays depuis des années, des décennies, que l'État, puissance publique et sécurité sociale, que l'État paie tout. Nous sommes devenus accros à la dépense publique. Il n'y a pas de difficulté du pays, il n'y a pas de changement nécessaire, il n'y a pas d'obstacle à surmonter, ni d'ordre sanitaire, ni d'ordre climatique, ni d'ordre énergétique ou familial devant lesquels les élus, les citoyens, les médias n'aient eu chaque fois qu'une seule réponse à la bouche, se tourner vers l'État. Que l'État prenne en charge les difficultés sectorielles. Ça a été réclamé pour tous les secteurs, des personnes, aux familles et aux entreprises.
Et la France est ainsi devenue le pays du monde qui dépense le plus d'argent public : 57% de notre production nationale chaque année, 57% dépensés, contre 50% seulement de recettes. Je vous invite à mesurer avec moi le paradoxe français : nous sommes le pays du monde qui mobilise le plus de dépenses publiques, nous sommes le pays du monde qui a les impôts et les charges sociales les plus élevés. Et si l'abondance des impôts faisait la richesse et le bien-être d'une nation, nous serions le pays le plus prospère et le plus heureux de la planète. Et pourtant, les Français sont de plus en plus mécontents de leurs services publics. Et pourtant, notre économie souffre. Et pourtant, ce qui est plus frappant encore, nous sommes le pays le plus pessimiste au monde, selon la mesure de tous les sondages disponibles. Le pays le plus pessimiste au monde est le pays où l'on dépense le plus d'argent public.
Et en revanche, si vous comparez avec les pays que j'ai cités tout à l'heure où les efforts de réduction des dépenses publiques ont été mis en œuvre, alors ce sont précisément ceux qui se déclarent, dans les mêmes comparaisons internationales, les plus heureux, alors que deux tiers des Français se déclarent pessimistes pour l'avenir national.
Ça, c'est la première raison. Accro aux dépenses publiques, accro aux dépenses de l'État. Mais la seconde de ces raisons, de fuite vers la dette, c'est que nous avons peu à peu perdu de vue que pour distribuer, il fallait produire. Or, distribuer toujours plus en produisant toujours moins, c'est une condamnation. Et cela se traduit dans notre commerce extérieur sur les 25 dernières années, depuis le début des années 2000 jusqu'en 2024. Notre solde, notre résultat du commerce extérieur, ce que nous achetons contre ce que nous vendons, notre résultat du commerce extérieur est passé de l'équilibre dans les années 2000 à un déficit massif tous les ans répété, qui est une fois de plus cette année comme depuis 5 ans, supérieur à 100 milliards d'euros pour la quatrième année consécutive.
Nous sommes donc devant deux mouvements d'affaiblissement face auxquels nous devons mettre en œuvre deux plans d'action que je vous propose d'examiner maintenant et qui forment un ensemble cohérent. Un plan pour dire stop à la dette et un plan pour dire en avant la production.
Un tel mouvement de redressement serait déjà difficile en temps ordinaire. Mais les temps que nous vivons aujourd'hui à l'échelle de la planète sont menaçants comme ils ne l'ont jamais été.
Le changement climatique est une menace en soi, même si plusieurs continents ne peuvent pas y faire face et que d'autres ont décidé de l'ignorer. Mais surtout, le grand basculement que nous avons vécu, c'est que la violence est devenue la loi universelle. Le basculement du monde qui a commencé avec l'invasion de l'Ukraine par les armées de la Russie de Poutine, ce basculement du monde nous a montré, avec d'autres, avec le 7 octobre, avec le drame à Gaza, que le monde était prêt à s'embraser. Et on nous annonce régulièrement des mouvements de cet ordre du côté de la mer de Chine. Et nous avons vu récemment, avec le conflit opposant l'Iran à Israël, que tout cela était en train de devenir une règle générale pour, hélas, toutes les régions de notre planète.
Et cela nous dicte un devoir qu'il faut oser formuler. Cela nous oblige à organiser notre propre défense pour l'avenir. Cela nous oblige à organiser et à renforcer notre autonomie stratégique. Cela nous oblige à un effort d'amélioration de notre capacité militaire. Et cet effort inédit de réarmement, il mobilise en même temps toutes les nations européennes et la France ne peut pas rester à la traîne. Nous savons tous que l'armée française, et nous croyons tous, j'imagine, que l'armée française doit rester au niveau de ses responsabilités, afin de faire face aux nouvelles menaces, aux nouvelles formes d'affrontements dont nous connaissons les visages, l'espace, le numérique, la désinformation, les armes nouvelles, les drones, les missiles, tout ce qui fait aujourd'hui l'actualité et la vie quotidienne de tant de nations soumises à la violence.
Et donc, il faut dire clairement que nous devons nous donner les moyens d'affronter ces enjeux, ce qui passe d'abord par le respect de la loi de programmation militaire 2024-2030. Mais aussi exigeant que cela paraisse et presque hors d'atteinte, nous allons en plus devoir accentuer cet effort.
Tous les pays européens se réveillent face à la même obligation. À la même urgence, et tout d'un coup ils comprennent ce que la France leur dit depuis longtemps, depuis 60 ans, depuis le général de Gaulle, et spécialement depuis 8 ans, depuis l'élection du président de la République, et qui se résume en une formule toute simple : dans le monde qui vient, vous ne pouvez compter que sur vous-même.
Et tout se réveille donc sous la pression de la même urgence et des mêmes menaces. Partout, la guerre est revenue et elle se mondialise. Nous savons tous que les armes avec lesquelles la Russie écrase les villes ukrainiennes, ce sont pour partie l'Iran et la Corée du Nord qui les produisent. La guerre est revenue et nous ne pouvons pas laisser notre continent désarmé ou soumis au seul choix américain.
D'autant plus que, pour compliquer encore les choses, non seulement il y a cette violence partout dans le monde, mais cette violence s'est aussi étendue dans le monde économique. Industrielle, commerciale. Et la bataille des droits de douane fait de nous une cible, en tout cas nous impose une fragilité en face de laquelle nous allons devoir réagir. Et c'est pourquoi le gouvernement veut une politique européenne déterminée dans la guerre des droits de douane.
Et c'est pourquoi, pour parler de notre responsabilité et de notre devoir, le gouvernement assume en accord avec le président de la République et dans la ligne qu'il a tracée dimanche, assume l'impératif de protection de notre défense nationale vers l'avenir, vers les nouvelles menaces et vers les armes nouvelles qui garantissent la liberté. Et cela se traduira par quelques 3,5 milliards d'investissements supplémentaires en 2026 et 3 milliards de plus en 2027. Et bien sûr, nous aurions tous préféré des temps plus paisibles, mais ce sont les nôtres, et la responsabilité est la nôtre. Alors nous devons faire face, et quelle que soit la difficulté des temps, nous ne braderons pas notre impératif de sécurité.
Plans d’action
Alors j'en viens donc, si vous voulez bien, à la présentation des deux plans. Stop à la dette, par lequel je vais commencer, et en avant la production que je traiterai ensuite et qui vise à enrayer l'engrenage néfaste dans lequel nous sommes entraînés, ou pour être plus exact, dans lequel nous nous sommes laissés entraîner.
Ces plans n'ont pas été pensés par le gouvernement en solitaire. Les contributions à cette réflexion ont été nombreuses. Issues notamment des travaux des parlementaires, des partenaires sociaux, des groupes politiques, des associations d'élus locaux, des think tanks et de la société civile au sens large. Je veux remercier en particulier le président du Sénat et les commissions de la Haute Assemblée pour leurs propositions concrètes. Je remercie aussi tous les groupes parlementaires de l'Assemblée nationale qui ont pris part aux rencontres organisées avec le gouvernement sur la préparation du budget 2026.
Toutes ces propositions ont été utiles, mais il est vrai que c'est moi, dans mes fonctions de chef de gouvernement qui ai tranché, je l'ai fait en conscience, sans aucune considération de quelque intérêt personnel ou catégoriel que ce soit. Je l'ai fait avec le seul souci du retour de notre nation à l'équilibre ou pour commencer à un meilleur équilibre. Et je l'ai fait pour défendre notre liberté. Et de tous ces choix, bien sûr, je suis content de rendre compte aux Français.
« Stop à la dette »
Alors d'abord, le plan Stop à la dette. Ce plan repose sur cinq principes.
Il s'agit d'un plan pluriannuel de retour à l'équilibre de la dette sur quatre ans. 2026, 2027, 2028 et 2029. C'est un plan réaliste et un objectif que nous affirmons atteignable. La promesse de ce plan et de notre engagement devant les Français est toute simple, c'est d'arrêter l'augmentation de la dette en quatre ans. C'est une trajectoire que nous avons choisie et qui se décline précisément. Nous sommes entrés en fonction alors que la France était presque à 6% de déficit, 5,8%. Nous réaliserons, conformément à notre engagement, un déficit de 5,4% en 2025. Ce déficit doit passer, la marche est haute, à 4,6% en 2026, à 4,1% en 2027, à 3,4% en 2028 pour atteindre le seuil de 2,8% en 2029. Alors 2,8%, c'est un peu moins de 3%, ce ne sont pas des chiffres choisis au hasard. C'est un chiffre qui a une signification extrêmement simple : c'est le seuil à partir duquel, dans un pays comme le nôtre, la dette n'augmente plus. Elle est stabilisée. Alors, on peut sans doute souffler un peu, on peut compter sur, comme les bateaux, sur la marée de la croissance pour remettre le navire à flot.
Et ce plan, deuxième principe, passe avant tout par la stabilisation et la baisse de la dépense publique. Parce que son emballement n'est compatible ni avec l'accroissement de notre richesse nationale, ni, puisque nous sommes le pays le plus imposé du monde, en tout cas de l'OCDE, ni avec une hausse continue des impôts.
Troisième principe : tout le monde devra participer à l'effort. Face à l'ampleur de l'enjeu, il est illusoire de penser qu'une catégorie ou une autre puisse seule porter le fardeau.
Quatrième principe : le travail et la compétitivité de nos entreprises doivent être autant que possible épargnées. Ils sont notre seule arme pour aller de l'avant et pour ne pas vivre dans le cauchemar de l'amputation perpétuelle des dépenses et investissements que nous avons à faire.
Cinquième principe et dernier : cet effort, enfin, est défini pour être supportable par tous. Il n'impose pas de baisse des salaires dans la fonction publique, ni de baisse des pensions de retraite. Il ralentit la croissance des dépenses mais ne la supprime pas et il n'entraîne pas de récession.
Alors, la première étape dans notre plan pluriannuel de retour à l'équilibre de la dette concerne l'année 2026. Nous devons réduire pour l'année prochaine, pour 2026, notre déficit annuel à 4,6%. C'est ça la marche que nous avons définie pour arriver à retrouver cet équilibre en 2029. Alors ça a une signification précise, c'est que nous devons retrouver la maîtrise de la dépense publique, nous devons contenir l'accroissement quasi mécanique des charges, et cela signifie un effort, je vous épargne le calcul que nous avons défini depuis longtemps, au moins à hauteur de 40 milliards d'euros.
Mais, comme je vous l'ai indiqué, nous vivons au milieu de dangers particuliers qui pèsent sur le monde cette année, que l'effort de notre défense ne peut pas être éludé, et nous ne pouvons pas courir le risque de laisser se dégrader notre situation faute de prévoyance. Au lieu de 40 milliards prévus si la situation ne s'était pas aggravée en matière de défense, nous avons décidé de porter ce chiffre à 43,8 milliards, soit près de 44 milliards.
Alors tout ceci a des conséquences. Il faut que nous contenions de manière durable la progression des dépenses de l'État, des collectivités et du système social. Et c'est tout d'abord l'État qui va montrer l'exemple et stabiliser ses dépenses et même réduire son train de vie. L'État se fixe comme première règle de ne pas dépenser davantage à l'euro près en 2026 qu'en 2025, à l'exception de l'augmentation de la charge de la dette et des dépenses supplémentaires pour le budget des armées. Les dépenses d'intervention seront contenues et s'il le faut réorientées. Pour y parvenir, aucun département ministériel ne sera exempté. Tous les ministères seront solidaires de cet effort collectif. Il pourra arriver que certains projets de loi de programmation soient décalés de quelques mois, pas davantage, et que le lancement de grands projets coûteux programmés soit reporté par exemple de six mois.
L'État va diminuer ses charges. Il va reprendre sa maîtrise de la masse salariale en réduisant de 3 000 postes le nombre d'emplois publics des 2026, hors les postes d'élèves-professeurs créés dans le cadre de la réforme des enseignants. Cet effort sera inscrit dans la durée. Les administrations et les opérateurs devront repenser leurs moyens en anticipant dès à présent une règle que nous fixons pour les années qui viennent et qui sera une règle de non-remplacement d'un fonctionnaire sur trois partant à la retraite.
Mais l'État doit aussi mieux maîtriser son patrimoine. L'État est propriétaire de très nombreux biens immobiliers pour un montant de plusieurs centaines de milliards, il y a même des chiffres plus importants encore qui sont articulés. Patrimoine qu'il ne connaît pas toujours en détail et dont il ne fait pour ainsi dire rien, patrimoine important et improductif. Nous allons créer une société foncière pour réduire, réaliser chaque fois que possible en tout cas gérer et rendre utile le patrimoine improductif de l'État.
L'État détient aussi des participations dans de grandes entreprises. Plusieurs sont essentielles, elles doivent être protégées pour jouer leur rôle stratégique. Mais dans certaines de ces entreprises, la participation de l'État pourrait être diminuée sans réduire son influence. Et le patrimoine ainsi dégagé doit être mise en œuvre, par exemple, pour aider à de grands programmes de recherche.
Enfin, l'ensemble des opérateurs de l'État, et en particulier les très nombreuses, j'avais écrit innombrables agences ou comités, prendront pleinement leur part à cet effort. Je salue le travail initié par la commission d'enquête sénatoriale sur lequel nous nous appuierons. Nous allons supprimer des agences improductives qui dispersent l'action de l'État. Les dépenses seront recentrées. Plusieurs centaines, peut-être entre 1 000 et 1 500 emplois seront supprimés, mais surtout dans le cadre de l'exercice de la refondation de l'action publique. Une réorganisation des opérateurs doit être menée, qui passera soit par des ré-internalisations, l'État reprendra la responsabilité de certaines de ses actions, soit par des fusions.
À cet effort de maîtrise des dépenses publiques, les collectivités devront aussi prendre leur part. Elles sont proches des Français, elles sont au cœur de l'investissement public, mais elles doivent participer à l'effort général. La règle sera que leurs dépenses ne dépassent pas dans les années qui viennent la progression des ressources de la nation. Pour ce faire, le dispositif qui porte un nom compliqué de lissage, de lissage conjoncturel est-il écrit, des recettes fiscales, dans le monde des initiés, on appelle ça le DILICO, sera reconduit et les financements apportés par l'État aux collectivités territoriales seront régulés. Mais en contrepartie, un soutien exceptionnel de 300 millions d'euros sera accordé aux départements les plus en difficulté, avec un travail conjoint pour maîtriser durablement la dynamique de la dépense sociale.
Enfin, la maîtrise des dépenses publiques passe aussi par celle des dépenses sociales. Nous sommes, et nous pouvons être fiers de notre système de santé, mais nous devons aussi être conscients que si nous ne faisons rien, la dérive automatique nous conduit à des déséquilibres que nous ne pourrons pas supporter. Si nous ne faisons rien, cette dépense augmentera l'année prochaine de 10 milliards d'euros. Ce n'est pas soutenable. Je propose que nous fassions l'effort de limiter cette hausse de moitié, ce qui fait que nous devons collectivement réaliser un effort de l'ordre de 5 milliards d'euros.
Alors comment va-t-on faire ? Des parlementaires, des partenaires sociaux, des acteurs de la santé, au premier rang desquels la Caisse nationale d'assurance maladie, ont fait dans des études courageuses de nombreuses propositions sur lesquelles le gouvernement entend s'appuyer.
Nous devons responsabiliser les patients pour que le coût de la santé soit plus concret pour nos concitoyens. Nous consommons par exemple en France deux fois plus d'antibiotiques qu'en Allemagne. Et je ne crois pas que nous soyons en meilleure santé que les Allemands. Chaque fois que nous achetons une boîte de médicaments, nous en payons une partie. La somme totale que nous déboursons, additionnée, est plafonnée à 50 euros par an. Nous pousserons ce plafond à 100 euros, ce qui signifie pour ceux qui consomment le plus de médicaments, une dépense de l'ordre de 8 euros par mois. La responsabilisation passe aussi par la prévention, notamment la vaccination. Je voudrais que vous ayez ce chiffre en tête que donne souvent la ministre de la Santé : les trois quarts des personnes en réanimation au moment des épidémies de grippe ne sont pas vaccinées.
Un autre défi auquel nous devons nous attaquer concerne les infections de longue durée. 20% des Français sont en infection de longue durée, contre 5% de la population allemande. Et je ne crois pas davantage que tout à l'heure que les Français sont en plus mauvaise santé que les Allemands. De la même manière, la multiplication déraisonnable, un certain nombre de pratiques qu'il faut réguler. La multiplication déraisonnable par certains patients, des visites pour contrôler un diagnostic ou pour contrôler ce que leur a dit le médecin précédent. Ou la multiplication, toujours déraisonnable, des mêmes radios ou des mêmes scanners, parfois à 15 jours d'intervalle. Tout cela n'apporte rien au patient. La santé ne peut pas être seulement un marché sur lequel les consommateurs soient sans frein et sans limite.
La mise au point définitive, je m'exprime avec prudence, la mise au point définitive parce qu'il y a 30 ans qu'on en parle, du dossier médical partagé sur lequel chacun aura la totalité des examens qu'il a reçus pour que le médecin suivant sache à quel patient et à quelle pathologie il peut avoir affaire. Le dossier médical partagé et sa tenue obligatoire par les praticiens feront, avec le concours de l'intelligence artificielle, faire des pas de géant au diagnostic et à la prévention et à l'aggravation des affections. Cela, tous les médecins et tous les professionnels de santé le savent. Nous allons donc engager une réforme en profondeur de prise en charge de ces affections, avec dès 2026, des mesures visant à sortir du remboursement à 100% des médicaments qui sont sans lien avec l'affection déclarée. Évidemment, il ne s'agit pas des médicaments qui touchent l'affection en question. Et aussi à pousser qu'on puisse sortir du statut d'affection de longue durée lorsque l'état de santé ne le justifie plus.
Une plus grande efficience, comme on dit, une plus grande efficacité, sera demandée à l'hôpital, notamment dans les achats, et grâce à la médecine ambulatoire. Et de la même manière dans les soins de ville. Je donne un exemple de meilleure gestion qui ne coûterait rien, bien au contraire. Lorsqu'un médicament, lorsqu'un hôpital, pardon, a un médicament, même très coûteux, et que ce médicament approche de la date de péremption, il ne peut ni le donner ni le vendre à un autre établissement. Il est obligé de le détruire. Et l'autre doit l'acquérir au prix fort. C'est de bon sens qu'on puisse ainsi faire des économies en partageant ou en mutualisant les achats et le risque.
De la même manière, toujours été frappé que les dispositifs médicaux et médicalisés, les fauteuils pour les personnes infirmes gravement malades, en fin de vie, les cannes anglaises, le nombre si important d'aides, de matériel mobilisé pour une personne gravement atteinte, il faut pouvoir les réutiliser après que la personne n'en a plus besoin, par exemple après qu'elle a disparu.
En ce qui concerne les arrêts maladie, nous devons mettre fin à une dérive. Les contrôles qui ont été exécutés sur les arrêts maladie de plus de 18 mois, ont montré que pour 50% d'entre eux, ces arrêts de travail n'étaient plus justifiés au moment où le contrôle a lieu. Et ceci n'est pas acceptable dans un pays comme le nôtre et dans une période comme celle que nous vivons.
Il y a d'autres blocages que je trouve à contre-courant. Par exemple, au-delà de 30 jours d'arrêt, le salarié ne peut pas reprendre le travail sans l'avis d'un médecin du travail. Or, comme nous manquons cruellement de médecins du travail, comme d'autres spécialités, des dizaines de milliers de personnes qui souhaiteraient reprendre le travail en sont empêchées. Et je trouve que c'est absurde. Ça fait des dépenses inutiles, ça pourrait faire des économies utiles, et surtout ça pourrait servir à leur vie, au meilleur équilibre de leur vie. Eh bien, à l'exception des maladies professionnelles et des accidents du travail, on dira que c'est le médecin, généraliste ou spécialiste, qui déterminera la possibilité de reprise du travail.
Ce sont ainsi, c'était des exemples pour montrer que ce sont des modifications dans nos comportements individuels qui contribueront au retour à l'équilibre, en tout cas à un meilleur équilibre de la sécurité sociale sans dégrader la qualité des soins.
Tous ces efforts qui impliquent l'État, les collectivités, les dépenses sociales que je viens de décrire, si je fais des additions exactes, ils ne suffiront pas à eux seuls. Ils représentent quelque chose comme 21 milliards. Or, nous nous sommes fixés, je vous rappelle, d'atteindre 44 milliards. Il nous faut donc mettre en œuvre d'autres stratégies. Et je vous propose plusieurs de ces autres stratégies.
La première, c'est que nous devons partager en 2026 une année blanche. Qu'est-ce que c'est une année blanche ? C'est une année dans laquelle on n'augmente plus ni les prestations, ni les barèmes. Une année blanche, c'est une année où, en 2026, on aura exactement le même montant des retraites pour chaque pensionné que celle qu'on avait en 2025. C'est un effort collectif qui concerne toutes les catégories de Français et cette règle sera de ne pas dépenser plus en 2026 qu'en 2025. Pas moins, mais pas plus pour chacun d'entre nous. C'est un effort très important, temporaire, demandé à tous, mais qui n'aura de sens que s'il est juste et si chacun contribue à hauteur de ses moyens.
Donc l'ensemble des prestations sociales seront maintenues en 2026 à leur niveau de 2025 et il n'y aura pas d'exception. Les Français concernés, c'est-à-dire un grand nombre d'entre nous, seront aidés dans cet effort par la presque disparition de l'inflation qui nous a tant pénalisé ces dernières années. Vous savez que l'inflation est prévue cette année à 1% ou un peu moins de 1%. Ce qui veut dire que les retraites, dans leur montant, ne baisseront pas et qu'elles seront l'année prochaine maintenues au même montant que cette année. Et je le disais, la règle, ce n'est pas plus, mais pas moins.
Cela concernera aussi la masse salariale publique. En 2026, il n'y aura pas de mesures de revalorisation générale ou catégorielle dans les ministères. En revanche, nous avons tenu à ce que les règles d'avancement dans la carrière des fonctionnaires soient intégralement respectées. Toujours la même idée, le travail mérite d'être pris en compte et valorisé. Les barèmes de l'impôt sur le revenu et de la contribution sociale généralisée seront eux aussi maintenus à leur niveau de cette année.
Au total, l'ensemble de ces décisions d'année blanche permettront de contenir pour 7 milliards d'euros la progression des dépenses sur une totalité des dépenses dont vous savez qu'elles représentent 1 700 milliards ou quelque chose de cet ordre-là. Ces efforts sont exigeants et j'en ai pleinement conscience, et ils ne seront acceptables que si nous prenons des initiatives fortes en termes de justice sociale et fiscale.
Tout d'abord, nous devons être intransigeants avec ceux qui cherchent à rompre l'équité, à frauder et à ne pas remplir donc leur part du contrat social. Nous accentuerons la lutte contre la fraude en améliorant la détection des fraudes et surtout le recouvrement de ces fraudes et des amendes. En 2023, 15 milliards de fraudes ont été détectées. Mais seulement 11 milliards ont été recouvrés. En 2024, c'est presque 17 milliards de fraudes, 16,6 milliards qui ont été mis en évidence, mais seulement 11 milliards qui ont été recouvrés. Il y a donc, vous le voyez bien, une possibilité d'améliorer de beaucoup le recouvrement des fraudes, des amendes et des pénalités constatées dans la fraude. Nous nous attaquerons à tous les types de fraudes. La fraude fiscale, en lien avec les travaux qui ont été menés au Sénat, la fraude aux aides publiques comme celle qui concerne Ma Prime Rénov' ou le Compte Personnel De Formation, la fraude à la dépense de santé. Cette lutte doit s'inscrire dans la durée. Nous allons déposer un projet de loi à l'automne contre la fraude sociale et fiscale pour mieux la détecter, la sanctionner et recouvrer l'argent perdu. Une mission sera confiée à trois parlementaires pour suivre la mise en œuvre de ce plan.
Ensuite, nous allons demander un effort particulier à ceux qui ont la capacité de contribuer davantage, soit parce qu'ils bénéficient d'un certain nombre d'avantages fiscaux, soit parce que leur capacité leur permettrait de prendre une plus grande part de la solidarité. Nous nous concentrerons d'abord sur les niches fiscales, niches fiscales et sociales, qui profitent d'abord aux ménages les plus aisés et aux grandes entreprises. Nous ferons la chasse aux niches fiscales inutiles, inefficaces, en commençant par les dispositifs qui arrivent à extinction.
Nous ferons enfin la différence entre ceux des foyers qui ont besoin d'aide ou dont les revenus méritent qu'on s'y attache, et ceux qui sont au-dessus en termes de capacité. C'est pourquoi le fameux abattement de 10% pour le calcul de l'impôt sur les revenus, sur le revenu pour les retraités, alors ce n’est pas les pensions de retraite, c'est la part dans le calcul de l'impôt sur le revenu de ces pensions de retraite. Ce sont des pensions de retraite pour frais professionnels. On peut vérifier que des avantages pour frais professionnels pour les retraités ne sont pas absolument justifiés, mais il ne faut pas toucher les petites retraites et les retraites moyennes. C'est pourquoi nous n'exprimerons plus en pourcentage cette possibilité, mais nous allons créer un forfait annuel, ce qui permettra d'avantager les petites retraites, de garantir un pouvoir d'achat inchangé aux retraites moyennes et de remettre dans le droit commun les retraites les plus importantes.
Enfin, cet effort de justice doit passer par une contribution des plus fortunés. Une contribution de solidarité sera créée, que nous définirons avec les commissions compétentes des deux assemblées et cette contribution devra faire participer à l'effort national les plus hauts revenus. Et comme je m'y suis engagé lors de l'adoption du budget, nous prendrons des mesures complémentaires pour lutter contre l'optimisation abusive des patrimoines non productifs.
L'effort de la nation se doit d'être équitable, c'est-à-dire de demander peu à ceux qui ont peu et plus à ceux qui ont davantage.
Voilà donc l'ensemble des mesures qui permettront de sortir de la spirale de l'endettement. Et puis je voudrais passer maintenant au deuxième volet du plan, c'est-à-dire en avant la production.
« En avant la production ! »
La reconquête de la production dans notre pays est aussi cruciale que la lutte contre les déséquilibres budgétaires. Si notre production par habitant était dans la même gamme que celle de nos voisins européens, nous n'aurions plus de déficit budgétaire, et nos concitoyens qui gagnent 2 000 euros par mois approcheraient les 2 500, et ceci changerait leur vie.
Notre dette, je l'ai dit, représente 114% du PIB, et nous devons avoir l'obsession, non pas seulement de diminuer la dépense, mais d'augmenter notre produit national. Nous ne produisons pas assez et il n'y a aucune raison acceptable pour un tel retard. Et de même que notre objectif est de réduire le déficit budgétaire, à 3% d'ici 2029, nous devons réduire notre déficit commercial. Ce qui passera par le renforcement de notre tissu productif et le soutien à nos entreprises partout en France.
Je voudrais d'abord aborder la question du travail. J'ai la conviction qu'il faut réconcilier notre pays avec le travail, avec l'emploi, avec l'épanouissement au travail. Il est devenu insupportable pour beaucoup d'entre nous, j'en suis sûr, quel que soit le courant de pensée auquel nous appartenons… Il est devenu insupportable de voir toutes les entreprises artisanales, tous les commerces, tous les secteurs industriels, se plaindre et parfois mettre la clé sous la porte parce qu'ils ne trouvent plus les salariés, jeunes ou motivés, dont leurs entreprises ont besoin et dont ils espéraient qu'ils pourraient un jour prendre la succession.
Ce blocage-là, ce désenchantement face au travail, c'est un ennemi public et je vous propose que nous le combattions. Il faut travailler plus, il faut que toute la nation travaille plus pour produire et pour que l'activité du pays dans son ensemble soit plus importante dans l'année et pour que la situation de la France s'améliore.
Je propose donc que deux jours fériés soient supprimés pour tout le pays. Je cite comme exemple, mais je suis prêt à accepter d'autres idées, le lundi de Pâques, qui n'a aucune signification religieuse, et le 8 mai, dans un mois de mai devenu un véritable gruyère, où l'on saute de pont en viaduc de congés, et qui est en avance de phase, comme on dit, un mois qui porte vers les vacances. Ce sont des propositions. Je suis prêt à en accepter ou en examiner d'autres. Si d'autres idées surgissent, bienvenue, et nous pourrons voir. Mais vous voyez bien que ça n'est pas du tout la même chose pour les spécialistes parlementaires que d'autres idées qui avaient été proposées l'année dernière, qui était qu'il y ait pour chaque travailleur une journée de solidarité dont on ne vérifierait pas vraiment si elle est accomplie ou pas, et qui se traduirait uniquement par des prélèvements sur les entreprises. Ce n'est pas du tout la même chose. C'est le pays tout entier qui se met au travail, ou qui se remet au travail, un jour où, depuis longtemps, il ne travaillait plus.
Au passage, cette modification de notre calendrier des jours fériés rapportera plusieurs milliards au budget de l'État, simplement parce que les entreprises, les commerces, la fonction publique, la nation travaillera et que notre production sera améliorée.
Si nous ne produisons pas assez aujourd'hui, c'est aussi parce que nous ne sommes pas assez nombreux à travailler. Alors ça a une signification très simple, nous devons augmenter la part de nos concitoyens qui travaille, faire en sorte que ceux qui le veulent puissent travailler davantage et que tous travaillent dans de meilleures conditions. Il n'est pas normal qu'un pays comme le nôtre, avec autant d'emplois offerts, conserve un taux de chômage au-dessus de 7% et que le nombre d'emplois non pourvus soit aussi élevé. L'accent doit notamment être mis sur les jeunes et les seniors pour qui les taux d'emploi sont particulièrement faibles, par comparaison avec nos voisins européens.
Pour améliorer cette situation, nous devons lever les obstacles qui tiennent beaucoup de Français éloignés du marché du travail. Dans les prochains jours, je vais proposer deux négociations, s'ils l'acceptent aux partenaires sociaux, un nouveau chantier sur l'assurance chômage dont beaucoup d'analyses indiquent qu'elle porte une responsabilité dans son organisation actuelle sur l'absence de reprise d'emploi ; et aussi un chantier sur le droit du travail pour améliorer les conditions de travail pour tous, faciliter les recrutements, augmenter les offres de travail lorsque c'est possible.
Nous devons avoir comme but que le travail soit toujours un choix gagnant, qu'il n'y ait plus aucun frein au fait de travailler ou de travailler plus. En coordination avec les collectivités, je proposerai au Parlement avant la fin de l'année un projet de loi créant une allocation sociale unifiée pour une solidarité plus lisible et qui donne toujours la priorité au travail.
Et si le travail devient un choix gagnant, alors notre système de retraite en sortira aussi gagnant. Comme je m'y suis engagé à l'issue du conclave, entre guillemets, avec les partenaires sociaux, les mesures assurant l'équilibre financier du régime et un traitement plus juste, notamment pour les femmes dont la maternité est venue bousculer les carrières, et la prise en compte de la pénibilité, figureront dans le projet de loi de financement de la Sécurité Sociale à l'automne. Tous ces progrès seront réalisés sans alourdir le coût du travail.
Nous devons enfin, et c'est un chantier vraiment très important, c'est une reconfiguration de notre système social au moment où il a 80 ans. Et si nous voulons qu'il dure 80 années de plus, nous devons moins faire peser sur le travail le financement de notre système social. C'est une question pas seulement de compétitivité et de pouvoir d'achat, mais de justice. Nous devons refonder ce modèle de financement en cherchant d'autres bases pour le financer que le travail. Ce basculement d'assiettes, comme disent les initiés, est un des très grands chantiers que nous avons devant nous.
Deuxième option dans ce chapitre « produire », c'est la simplification. Nous devons créer un environnement propice à la production par l'allègement et la simplification de toutes les procédures bureaucratiques qui n’asphyxient pas seulement les entreprises, mais les foyers et les personnes, les artisans par exemple, en créant des obligations de dossier toujours plus lourdes et des normes toujours plus nombreuses.
Un rapport du Sénat vient de mettre en évidence la somme si importante que l'État apporte aux entreprises : 211 milliards sur une seule année. Alors j'ai tout à fait conscience, sans vouloir critiquer la Haute Assemblée, que cette addition ajoute de manière un peu rapide des allègements de charges à des subventions et à de multiples avantages de nature très différentes. Tout cela est un peu vertigineux, mais 211 milliards, disons en tout cas plus de 100 milliards, ce sont des sommes très importantes. Et il me semble qu'il faut reprendre la réflexion sur tout cet ensemble à partir d'orientations nouvelles et franches.
Alors je vous propose que cette réflexion soit organisée autour d'un principe d'échange d’avantages. Moins de subventions contre plus de liberté, de simplification et de confiance. Les normes surtransposées, surabondantes, supplémentaires, les obligations bureaucratiques toujours plus pénalisantes, les absurdités de dossiers imposées à ceux qui peuvent le moins en avoir la maîtrise, imposées aux artisans, aux maîtres d'œuvre, à l'achat public, les retards de paiement, c'est un autre chapitre très important. Tout cela plombe les acteurs de la production et pénalise, une étude européenne l'a montré, de quelque 4% ou davantage leur chiffre d'affaires. Et pénalise bien sûr davantage les « petits » qui travaillent seuls ou en famille, avec peu de collaborateurs, que les plus gros qui ont à leur disposition des services juridiques, administratifs ou des directions des ressources humaines puissantes. Mais c'est vrai que ça pénalise davantage les petits que les plus importants, mais c'est un filet qui ralentit et paralyse tout le monde.
Et je considère qu'au moment où nous sommes, au moment où, comme j'essaie de le prouver depuis le début de cette intervention, notre pronostic vital comme État est engagé, comme nation, comme société et comme pays, alors nous avons le devoir de supprimer tout de suite ces handicaps. Et donc, baisser les obligations, les contraintes, la bureaucratie, et en échange, baisser les subventions et les aides de toute nature. Et je propose à tous les acteurs, depuis les artisans, depuis les start-up, depuis les sociétés individuelles jusqu'aux petites, aux moyennes entreprises et aux grandes, de mettre au point avec le gouvernement, dès cet été, la liste des simplifications et des allègements de liberté qui sont nécessaires, qui sont utiles ou qui sont souhaitables.
Et le gouvernement qui a constaté que dans les assemblées, ce problème de la simplification n'avançait pas à la vitesse la plus grande qu'on puisse souhaiter, le gouvernement proposera de régler ces questions par ordonnance. Parce qu'il s'agit d'urgence nationale, tout de suite et dès l'automne. Et ensuite, sans trêve et tout au long de l'année, de nouveaux textes de simplification seront proposés, toujours par voie d'ordonnance, afin de lever les obstacles identifiés dans chaque secteur selon leurs besoins spécifiques.
Ainsi, je crois, peut-être par naïveté, que tout le monde y gagne. L'action publique retrouve des moyens, fait des économies, et les entreprises, petites, toutes petites, moyennes et grandes, elles gagnent des marges de liberté, d'action et d'efficacité. Les salariés y gagnent parce qu'ils pourront se concentrer sur des actions utiles et l'efficacité du pays y gagne puisqu'il est déterminé à se débarrasser du joug d'absurdité dont il est accablé depuis si longtemps.
Ma conviction est que dès cette première année, nous pouvons attendre de ce travail de donnant-donnant que je n'ai pas chiffré dans le plan, mais que je considère comme possible à atteindre, nous pouvons, sur ces quelques 200 milliards à la destination des entreprises, gagner plusieurs milliards d'économies pour l'État. Je ne les comptabilise pas, mais je les crois plausibles.
Troisième grand chapitre dans cette action en faveur de la production, la compétitivité. Nous devons améliorer de manière générale la compétitivité, comme on dit, c'est-à-dire la capacité, l'efficacité, l'attractivité de notre économie. Le premier facteur sur lequel nous allons agir, c'est l'énergie, car nous avons en France un atout immense, disposant d'une énergie bon marché en plus d'être abondante, souveraine et décarbonée. Nous devons davantage miser sur cet atout et remercier tous ceux qui ont, au travers du temps, permis l'édification de cette production d'électricité. Nous devons permettre aux industriels de bénéficier d'accords qui réduisent leur exposition à la volatilité des prix. Plus d'une dizaine d'accords ou de contrats de long terme ont déjà été signés par les industriels avec EDF, au coût de production nucléaire. Mais au-delà de ces dizaines d'accords, je pense qu'on peut viser l'équivalent de 30 TWh de contrat d'ici la fin de l'année, soit près de 10% de la production nucléaire.
Le deuxième facteur de compétitivité, c'est l'accès des entreprises au financement. Le rapport de Mario Draghi, qui devrait servir de référence à un très grand nombre des acteurs économiques et politiques dans notre Union européenne, le rapport de Mario Draghi a montré que nous devons d'abord mettre les financements européens au service de la croissance des entreprises européennes. C'est dans ce but que le ministre de l'Économie, Éric Lombard, a lancé un label européen pour l'investissement de long terme qui permettra d'assurer le développement de produits d'épargne finançant notre croissance. Ce qu'on appelle le capital-risque, c’est un outil puissant pour l'innovation et la croissance des entreprises. Nous consacrerons 900 millions d'euros de financement en fonds propres supplémentaires à l'investissement dans les entreprises.
Enfin, parler de financement, c'est s'attaquer à l'un des problèmes fondamentaux auxquels les entreprises, et notamment les PME, se trouvent confrontées : les retards de paiement qui représentent aujourd'hui quelques 15 milliards d'euros de trésorerie. C'est une manne considérable et dont nous ne pouvons pas accepter qu'on baisse les bras en face des conduites qui la produisent. L'État est déterminé à renforcer les sanctions à l'égard des débiteurs en cas de retard de paiement de ces créances. À l'avenir, ces sanctions pourront aller jusqu'à 1% du chiffre d'affaires pour mettre fin à des pratiques qui fragilisent notre tissu économique.
Il nous faut aussi une stratégie globale de redressement de notre commerce extérieur. C'est, comme vous le savez, un sujet, comme le savent quelques-uns d'entre vous, c'est un sujet sur lequel j'ai beaucoup produit lorsque j'étais dans la responsabilité de commissaire au plan. Nous allons passer en revue toutes les filières déficitaires, repérer les produits les plus propices à une localisation de la fabrication sur notre sol, en vue de réduire nos importations.
Nous devrons également soutenir nos filières d'excellence pour qu'elles le restent. Et donc, des stratégies de filières, associant les grandes entreprises et les pouvoirs publics locaux et nationaux, devront rapidement être définies et mises en œuvre. L'État fédérera les grandes entreprises, entreprises moyennes et entreprises débutantes, il les réunira, mais il ne peut pas faire tout seul. Et donc, nous avons devant nous un important enjeu de redéfinition d'une stratégie nationale de reconquête de notre commerce extérieur.
Il faut aussi que cela s'accompagne de changements dans nos modes de consommation, en encourageant davantage les circuits courts et les commerces de proximité. C'est pourquoi une taxe va être proposée sur les petits colis, afin de protéger nos commerces et nos producteurs de la marée de concurrence déloyale qui les assaille.
L'une des clés pour la relance de la production, c'est l'innovation. Comme je l'ai annoncé, nous orienterons davantage les financements de France 2030 vers les secteurs prioritaires de l'intelligence artificielle et du cyber. Dans tous les secteurs de notre activité, l'intelligence artificielle peut et doit devenir un outil concret utile qui améliore la productivité des entreprises. On estime, dans les études les plus sérieuses, à 20% le gain de productivité lié à l'intégration de l'intelligence artificielle dans les processus productifs. Et c'est l'objectif que vise le plan qui a été défini, qui s'appelle « Oser l'intelligence artificielle ».
Mais, madame la ministre de l'Éducation nationale et de la recherche, pour tenir le rythme de l'innovation, nous avons besoin d'ingénieurs et de techniciens. Nous avons sur notre sol des talents très nombreux, mais nous manquons cruellement, notamment de femmes ingénieurs. Et comme d'ici 2035, l'économie française devra recruter près de 100 000 nouveaux ingénieurs et techniciens par an, alors le plan « filles et mathématiques » que vous avez mis en œuvre est un plan très important. Il vise à encourager l'orientation des femmes, des filles d'abord, et des femmes, vers les sciences de l'ingénieur et du numérique.
Enfin, la commande publique sera aussi un élément déterminant dans la reconquête de la production. Et pour cela, nous devons innover et, par exemple, ne pas craindre de réformer l'union des groupements d'achats publics, l'UGAP, que connaissent tous les élus locaux, assouplir le cadre national afin d'éviter les lenteurs et les surcoûts dans les achats publics.
Nous devons également changer les règles au niveau européen pour nous permettre d'acheter européen et de soutenir notre industrie dans un contexte géopolitique, comme on dit, dans un contexte de la planète nouveau. C'est l'introduction d'une véritable préférence européenne que nous appelons de nos vœux, que des critères de contenu local puissent être introduits dans les marchés publics, mais aussi dans les aides publiques ou dans les normes.
Conclusion
Mesdames et messieurs, j'ai tenu à vous parler un langage clair et vrai. Si notre vie politique est menacée de dissolution aujourd'hui, c'est aussi parce que nous craignons trop souvent de nommer les choses par leur nom, parce que nous avons cessé de faire de la vérité le critère qui nous permette d'orienter notre action. Hannah Arendt disait qu'un peuple à qui on a cessé de dire la vérité ne peut plus rien croire. Il est privé, disait-elle, non seulement de sa capacité d'agir, mais de sa capacité de penser et de juger.
Ce que j'ai voulu faire en m'exprimant devant vous aujourd'hui, c'est permettre à tous de juger la gravité de la situation, d'examiner une proposition cohérente, un plan global d'action du gouvernement, dont nous avons la conviction qu'il est le seul qui puisse permettre à notre pays d'affronter ces défis. Défis que nous ne pouvons plus faire semblant de ne pas voir. Et ainsi donner à tous la capacité d'agir et d'avancer ensemble.
J'ai voulu le faire très tôt dans l'année, beaucoup plus tôt que d'habitude. Plus de deux mois avant les dates habituelles, pour que nous ayons plusieurs mois de réflexion et de travail. Toutes les idées d'amélioration seront les bienvenues. Ce plan, s'il est perfectible, nous ne demandons qu'à le perfectionner. Toutes ces idées seront examinées, qu'elles proviennent des partis politiques, des groupes parlementaires, du Conseil économique, social et environnemental, ou des partenaires sociaux, des collectivités territoriales ou des citoyens de notre pays. Mais améliorer ne peut pas signifier reculer, amoindrir ou atermoyer. Le gouvernement, il est bien sûr libre de ses moyens, mais il considère qu'il est devant une obligation de résultat. Un changement de pratique qui rende à la France son image et sa liberté, son indépendance et sa souveraineté.
Ce plan pour l'année 2026 n'est qu'un préambule, car c'est un ensemble de réformes de fonds dont notre pays a besoin. Pas seulement pour faire des économies, mais pour rendre plus efficaces, plus proches, plus réactives, plus souples, plus compréhensibles et compréhensives toutes les organisations qui sont celles de l'action publique, nationale et locale, et de la solidarité. C'est un travail d'architecte dont nous avons besoin. Et l'année 2026, qui précède l'année 2027, si vous voyez ce que je veux dire, l'année 2026 se prêtera particulièrement à un tel travail de refondation.
Nous ne devons jamais oublier qu'il n'y a pas beaucoup de peuples comme le nôtre. Pas beaucoup de peuples qui comptent autant de réussites scientifiques, techniques et industrielles. Pas beaucoup de peuples qui portent un projet de société à vocation universelle construit autour d'idées fondatrices comme la laïcité, une idée qui affirme qu'on n'a pas besoin, parce qu'on croit quelque chose, de vouloir obliger les autres à abandonner leurs idées. Cette idée qui fait que nous formons, c'est l'étymologie du mot laïcité, que nous formons un seul peuple.
Toutes ces réussites ont scandé l'histoire et fait de notre pays une puissance. Parfois, souvent, la France a failli céder, mais toujours elle s'est reprise pour résister au totalitarisme, aux guerres nationales et européennes. Elle s'est reprise chaque fois pour résister à la force brutale.
La mission des gouvernants, c'est d'identifier les risques, de les affronter en mobilisant l'énergie du pays sans crainte et sans préoccupation personnelle. Alors, dans l'annonce de ce plan, y a-t-il des risques pour le gouvernement ? La réponse est : il n'y a que des risques. Le gouvernement n'a pas de majorité, il arrive même que ses soutiens ne soient pas totalement convaincus. Tout concourt au fatalisme, à ce qu'on ne fasse rien, à ce qu'on décrète impossible les changements nécessaires et qu'on laisse dériver les choses. Je vous rassure, le gouvernement le sait bien. Il sait parfaitement qu'il est à la merci des oppositions, autant qu'ici ou là des doutes de ses soutiens. On voit cela depuis des années.
Mais le gouvernement a le devoir, il a le désir et l'envie de renverser les obstacles, de rendre à notre pays ses raisons de vivre, ses raisons d'y croire, raisons de s'estimer notre peuple et de s'aimer. Et il n'a, le gouvernement, aucune autre préoccupation. Il ne cherche pas à se préserver, il ne cherche pas à durer, il veut changer les choses, et pardonnez-moi de le dire ainsi, qu'importe le risque. Par-dessus tout, le gouvernement croit. Et le gouvernement sait que toujours notre pays a su retrouver le chemin de sa liberté et reprendre son destin en main.
C'est à ce moment de vérité que nous sommes aujourd'hui. Nous savons que le chemin est difficile, que la voie est étroite, mais que le chemin existe d'indépendance, de prospérité et de progrès humain. Et qu'ensemble nous pouvons le choisir. Je devrais dire qu'ensemble nous allons le choisir.
« Au fond, soyons simples : pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. » (Emmanuel Macron, le 13 juillet 2025 à Paris).
À la veille de la Fête nationale, ce dimanche 13 juillet 2025, le Président de la République Emmanuel Macron a prononcé un important discours adressé aux armées à l'Hôtel de Brienne, le siège du Ministère des Armées, le neuvième discours aux armées depuis qu'il est à l'Élysée, qu'on peut relire ou réécouter ici.
À ses côtés à la tribune se tenaient le Premier Ministre François Bayrou que le Président a remercié chaleureusement pour son action, le Ministre des Armées Sébastien Lecornu et la ministre déléguée Patricia Mirallès. Dans l'assistance, on pouvait reconnaître une ancienne Ministre de la Défense, Michèle Alliot-Marie, qu'Emmanuel Macron est venu embrasser à la fin de son discours.
Domaines privilégiés du Président, la politique étrangère et la défense sont des sujets sur lesquels Emmanuel Macron a beaucoup travaillé. Il est le premier Président à avoir augmenté, dès son arrivée au pouvoir en 2017, le budget de la défense alors que pendant une trentaine d'années, c'était le parent pauvre du budget, victime des dépenses clientélistes et des déficits publics : « Nous sommes lucides et unis, comme nous le sommes depuis neuf ans, parce que nous avons anticipé ces transformations du monde, anticipé les investissements indispensables. Et à cet égard, il ne suffit pas d'abord de viser des pourcentages de budget, mais de viser ce qui nous élève et nous unit, une force d'âme, une détermination. ».
Mieux que d'autres, Emmanuel Macron a perçu qu'on avait changé d'époque et qu'il y a un retour, hélas, aux équilibres traditionnels : le meilleur moyen de maintenir la paix, ce n'est pas de sous-traiter à un géant outre-atlantique sa sécurité, mais de l'assurer soi-même : « Soyons clairs, nous, Européens, devons désormais assurer notre sécurité nous-mêmes. ».
La guerre déclarée par la Russie à l'Ukraine en février 2022 a montré que les frontières pouvaient être transgressées par la force et que le meilleur moyen de les faire respecter, c'est encore d'avoir la capacité militaire de les défendre. Emmanuel Macron a compris avant d'autres dès février 2024 qu'il fallait soutenir à fond l'Ukraine car le projet militaire de Vladimir Poutine est la Grande Russie. L'Europe se retrouve ainsi avec la même communauté de destin que l'Ukraine : « La permanence d'une menace russe aux frontières de l'Europe, du Caucase à l'Arctique. Une menace préparée, organisée, durable et à laquelle nous devrons être capables de faire face. Notre avenir européen est déterminé par cela et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace et la dissuader pour maintenir la paix. ».
Le retour au pouvoir de Donald Trump aux États-Unis a encore donné raison à Emmanuel Macron en ce sens que le désengagement tant ukrainien qu'européen des États-Unis rend les pays européens en situation très fragile face aux empires hostiles. Heureusement, la France a toujours su préserver sa souveraineté militaire et nucléaire, ce qui lui permet aujourd'hui d'être le leader d'une défense européenne.
Le chef de l'État a appelé cela des moments de bascule : « Nous vivons un moment de bascule. Nous en apercevons depuis longtemps l'imminence et ces bascules sont aujourd'hui effectives. Et sans doute jamais, depuis 1945, la liberté n'avait été si menacée et jamais à ce point, la paix sur notre continent n'avait dépendu de nos décisions présentes. Oui, nous replongeons dans des années où l'histoire se fait. ».
En ce moment, il y a multiplication des conflits armés durables : « Ces dernières années ont été marquées par le retour de l'impensable. Et regardez encore ces derniers mois l'accélération des événements, les bombardements sur l'Iran, les combats entre l'Inde et le Pakistan, avec sans doute l'un des combats aériens de la plus grande intensité des dernières décennies. ».
Chef des armées, Emmanuel Macron a proposé de renforcer la capacité militaire, c'est-à-dire de passer de 53 000 à 65 000 militaires aptes au combat, ainsi que d'améliorer leurs conditions de vie (et de revaloriser leurs rémunérations) : « Parce que la Nation est confrontée à toutes ces menaces hybrides, à cette accélération de l'histoire, il n'y a plus d'arrière et il n'y a plus de front. Les conflits sont multiformes, multichamps, et supposent de la densité, ils supposent de durcir nos capacités, nos forces et la Nation dans son entier. ». Quant à une nouvelle forme de service national, le Président présentera son projet à l'automne prochain.
Emmanuel Macron a fait référence deux fois à son allocution télévisée du 5 mars 2025. D'abord, pour évoquer le retour aux empires : « À l'heure des prédateurs, nul ne peut demeurer immobile. Nous avons une avance, mais demain au même rythme, nous serions dépassés. J'avais annoncé le 5 mars dernier aux Français la nécessité de prendre des décisions historiques face aux menaces existentielles qui pèsent sur notre liberté et que je viens de rappeler. ».
Ensuite, pour évoquer le prix de notre défense : « J'avais dit le 5 mars aux Français, la patrie a besoin de vous. Je vous le dis en cette veille de fête nationale, c'est maintenant. Maintenant qu'il nous faut consentir à cet effort, parce que nous l'avons travaillé, documenté, et il est précisément calibré. Un effort ponctuel de tous pour préserver notre sécurité et notre indépendance. Le salut de la patrie suppose que nous dépensions plus pour notre défense et que chacun prenne sa part de cet investissement et que nous veillons à la souveraineté financière de notre Nation qui passe par des réformes, des transformations et plus de production. Si notre liberté a un prix, le voici. ».
Emmanuel Macron a surtout annoncé ce dimanche une augmentation du rythme budgétaire. Le budget de la défense devra atteindre 64 milliards d'euros en 2027 au lieu de 2030 comme le prévoyait la loi de programmation militaire, cela signifie qu'il aura doublé par rapport à 2017. Mauvais coup pour François Bayrou qui devra donc trouver, en plus des 40 milliards d'euros pour baisser le déficit budgétaire, 3,5 milliards d'euros complémentaires pour intensifier le renforcement militaire de la France.
Le Président de la République a justifié cette hausse du budget par ce constat lucide : « Nous sommes cette génération qui n'a pas connu la guerre, déterminée à ce que nos enfants ne connaissent rien d'autre que la paix. Mais soyons lucides, nous n'avons plus les dividendes de la paix dont nos parents avaient bénéficié. C'est terminé. ».
Cela signifie qu'il faut expliquer cette nécessité, d'où l'importance de ces communications présidentielles depuis quelques mois : « La Nation, pour cela, doit être plus forte, car c'est à la nation avant tout de défendre la nation. Cela passe d'abord par une meilleure prise de conscience de chaque Français et de tous les acteurs civils des menaces hybrides qui nous entourent. ». Le chef de l'État avait même dépêché le général Thierry Burkhard, le chef d'état-major des armées, pour expliquer, au cours d'une conférence de presse le vendredi 11 juillet 2025, que la menace russe allait durablement planer sur la France et sur l'Europe (on peut écouter cette déclaration ici).
Sur le plan politique, Emmanuel Macron a blâmé les parlementaires d'avoir censuré le gouvernement à la fin de l'année dernière, en plein processus budgétaire, ce qui a eu pour effet de retarder la loi de programmation militaire : « Je le sais, nos PME et nos industriels ont subi les retards provoqués par la censure votée par les parlementaires au mois de décembre dernier. Alors, je le dis ici à chacun, de prendre ses responsabilités pour l'année prochaine. Aux parlementaires, pour que le budget soit voté en heure, car les censures de fin d'année ont une conséquence simple, elles décalent le budget des armées, entre autres. ». Ces propos peuvent être pris pour de la simple provocation politique et risquent de ne pas entraîner l'effet souhaité.
Emmanuel Macron réussira-t-il à convaincre les Français de l'importance de se doter d'une défense puissante et dissuasive ? Probablement. Son allocution du 5 mars 2025 avait été comprise et convaincante. En revanche, sera-t-il écouté par l'opposition à l'Assemblée Nationale pour qu'elle ne vote pas la censure au moment de la discussion budgétaire ? Ça, c'est moins sûr, et il faudra se fier à toute l'habileté politique de François Bayrou. Pour l'heure, le premier rendez-vous sera le mardi 15 juillet 2025 ; le chef du gouvernement donnera ses premiers arbitrages budgétaires. Ça risque d'être piquant.
« Il n'y a qu'une seule politique du gouvernement, c'est moi qui la définis, c'est moi qui tranche. » (François Bayrou, le 3 juillet 2025 sur BFMTV).
C'est ce lundi 7 juillet 2025 que le Président de la République Emmanuel Macron retrouve son droit de dissolution, un an après le second tour des élections législatives qu'il a anticipées par la dissolution du 9 juin 2024. Cela fait un peu penser au permis à points, où il faut attendre trois ans pour retrouver la totalité de ses points, à moins de ne plus pouvoir conduire du tout à cause d'un solde de points réduit à zéro (auquel cas il faut repasser l'examen du permis de conduire, on pourrait imaginer alors que c'est, pour continuer l'analogie, une nouvelle élection présidentielle).
Évidemment que la dissolution du 9 juin 2024 était une erreur, voire une faute politique. La question est : apprend-on toujours de ses erreurs ? Dissoudre à l'issue d'un scrutin qui vous a complètement laminés n'était pas en tout cas inspiré de la meilleure stratégie politique. D'autant plus que cela a fait fi de tous les enjeux européens, nombreux, que portaient les élections européennes.
On en connaît la raison : Emmanuel Macron pensait que la division à gauche entre le PS, FI et EELV et la peur de l'arrivée au pouvoir du RN donnerait un boulevard au bloc central, qui avait pourtant perdu sa majorité absolue en juin 2022. La réalité, c'est que les profondes divisions de fond à gauche n'ont pas empêché un accord électoral pour préserver quelques plats de lentilles, ce qui a abouti à un hémicycle (et à un paysage politique national) divisé en trois forces à peu près du même ordre de grandeur, le RN, la gauche mélenchonée et un socle commun qui n'a pour seule unité que la volonté d'éviter l'arrivée au pouvoir de partis extrémistes.
La leçon devrait être comprise désormais : une nouvelle dissolution devrait aboutir à la même conséquence, une fracturation en trois forces. Et auparavant, malgré les divisions affichées, à un nouvel accord électoral entre le PS, FI et EELV qui ne sont d'accord sur rien sauf sur leurs réélections respectives.
Toutefois, retrouver l'usage du droit de dissolution permettrait un meilleur rapport des forces entre l'exécutif et les oppositions, car personne, aucun parti, à part les insoumis qui sont pour tout brûler, du moins pour brûler toutes les institutions possibles, ne souhaite une nouvelle dissolution. Ni le RN, parce que Marine Le Pen n'est plus éligible et ne pourrait plus s'exprimer à l'Assemblée Nationale, et aussi parce que si le RN, d'aventure, gagnait les élections, il devrait prendre des mesures suffisamment impopulaires pour risquer de perdre l'élection présidentielle (à l'instar de Jacques Chirac entre 1986 et 1988). Ni le PS qui a déjà eu la chance de sauver quelques circonscriptions après le désastre historique de l'élection présidentielle (1,7%). Ni les écologistes qui seraient confrontés à un fort courant anti-écologie punitive dans le pays (on imagine la traduction électorale de ce que signifient les ZFE, l'interdiction provisoire de grands ouvrages comme l'autoroute A69, etc.). Ni bien sûr l'union gouvernementale du socle commun dont la fragilité (numérique mais aussi programmatique) rendrait plus compliquée sa reconduction à l'issue de nouvelles élections législatives.
Grâce à la défaite numérique de la gauche malgré son unité électorale de façade (et sa désinformation postélectorale), face au socle commun, les partis non extrémistes ont réussi à se maintenir au pouvoir mais sans aucune majorité ni absolue ni relative. Ainsi, seule la collusion du PS avec le RN lors d'un vote d'une motion de censure pourrait faire sauter le gouvernement. Ce n'est pas la théorie puisque c'est arrivé le 4 décembre 2024 au gouvernement du malheureux Michel Barnier qui n'a pas compris que ce n'était pas un gouvernement de cohabitation mais un gouvernement minoritaire de coalition.
Dans tous les cas, le Président de la République a perdu son pouvoir d'initiative, du moins en politique intérieure, dans la mesure où ce sont les relations entre le gouvernement et les groupes de l'Assemblée Nationale qui deviennent essentielles. En l'occurrence, comme pour les temps de cohabitation, le Premier Ministre a un rôle central, mais pas pour imposer ses vues à une majorité qui n'existe pas, pour négocier de manière fragile à un certain nombre de textes.
Comme je l'ai déjà écrit, notamment ici, François Bayrou était l'homme de la situation à Matignon. Certes, il s'est imposé, mais tout le monde ne peut pas s'imposer à Matignon. À ma connaissance, deux Premiers Ministres seulement se sont imposés à un Président de la République affaibli par un scrutin populaire : François Bayrou, donc, qui a eu la chance de ne pas être nommé dès l'été 2024 à Matignon (le précédent de la censure du 4 décembre 2024 fait un peu l'effet de la dissuasion nucléaire illustrée par les explosions nucléaires à Hiroshima et à Nagasaki les 6 et 9 août 1945), après l'échec de la dissolution et des élections législatives anticipées, et Dominique de Villepin qui s'est imposé au Président Jacques Chirac après l'échec du référendum du 29 mai 2005. S'il s'est imposé, c'est parce que ses arguments pour devenir Premier Ministre ont convaincu Emmanuel Macron (et on sait qu'il est difficile de convaincre le Président de la République).
La volonté de François Bayrou, c'est de restreindre les possibilités d'application de l'article 49 aliéna 3 de la Constitution aux seuls textes budgétaires. Et de ne pas déposer de texte d'origine gouvernementale pour le reste, mais d'inciter les proposition de loi (d'origine parlementaire) afin de donner aux parlementaires une plus grande influence. Ainsi, tous les textes débattus à l'Assemblée, parfois très polémiques, ne sont pas à l'initiative du gouvernement mais du Parlement. C'est important de le signaler car la période actuelle est sans doute celle qui a donné le plus de pouvoir au Parlement depuis 1958.
Ces derniers jours, François Bayrou est intervenu dans deux grandes émissions politiques : "Le grand jury" diffusé en direct le 29 juin 2025 sur RTL, M6, Public Sénat et "Le Figaro", et "Face à Duhamel" diffusé en direct le 3 juillet 2025 sur BFMTV. Notons pour l'anecdote que cette dernière émission est bel et bien la dernière émission de télévision du grand éditorialiste Alain Duhamel qui a pris ce soir-là sa retraite après soixante-deux ans de bons et loyaux services, l'un des politologues qui connaît le mieux la vie politique de la France depuis 1958. Une encyclopédie à lui tout seul. Une érudition monumentale de la vie politique.
À cette occasion, François Bayrou a rappelé les règles de gouvernance. Il a expliqué qu'il a choisi de constituer un gouvernement fait de poids lourds de la politique (deux anciens Premiers Ministres, deux ministres très importants, etc.) et que, par conséquent, il était normal que chacun de ceux-ci expriment eux-mêmes leurs convictions. Il a expliqué qu'il ne pouvait pas demander à ces poids lourds de se taire comme dans une classe de primaire. Mais il a bien rappelé qu'en cas de désaccord, c'est bien lui le chef, le chef du gouvernement, c'est lui qui arbitre et qui prend la décision.
Ces émissions étaient une sorte de teasing car il n'a pas annoncé de mesures nouvelles. Le rendez-vous important est après la fête nationale du 14 juillet, lorsqu'il présentera les premières esquisses concrètes du budget de 2026. Au menu, 40 milliards d'euros d'économie pour réduire le déficit et une trajectoire avec pour objectif de ne plus augmenter la dette en 2029. En ce qui le concerne, il se moque de son impopularité (80% de mauvaises opinions) car il sait que son intérêt électoral aurait été de ne pas prendre ses responsabilités.
Ce sondage et d'autres sondages ont confirmé sa grande impopularité, mais, comme le dit Patrick Cohen le 26 juin 2025 sur France Inter : « Aucun des remplaçants potentiels du Premier Ministre, comme aucun de ceux qui rêvent de succéder au Président de la République, ne peut se frotter les mains à la lecture d'un tel sondage. Ses opposants sont déterminés à le faire tomber, mais pas en même temps. C'est incompréhensible, mais c'est sa chance. Ce qui lui donne un sursis jusqu'en octobre. ».
Le rôle de François Bayrou sera au contraire la consécration de son action politique : sa première conviction était qu'il était scandaleux de laisser une dette publique aussi élevée aux générations futures pour ne financer que le fonctionnement du moment, sans investissements d'avenir. Il a donc averti que tout le monde sera appelé à faire un effort.
François Bayrou a refusé de confirmer ou d'infirmer l'idée d'une hausse d'impôt et dans tous les cas, le problème général est de faire baisser le niveau des dépenses publiques. Le problème, c'est de déterminer lesquelles (car chaque fois qu'on touche à quelque chose, c'est la révolte des impactés). La grande victoire intermédiaire de François Bayrou, c'est qu'un nombre croissant de Français est sensibilisé et comprend l'importance de réduire la dette et les déficits, ce qui signifie que sa communication porte, même si ce n'est pas pour sa pomme.
Le Premier Ministre va demander donc de l'esprit de responsabilité à l'ensemble des partis politiques du Parlement face aux mesures qu'il va considérer comme courageuses pour réduire le déficit budgétaire. Ce sera historique... ou pas. À l'unisson d'Alain Duhamel qui regrette les trop faibles audaces des gouvernements précédents, François Bayrou sait que ses jours sont comptés (ce qui, du reste, est le lot de tous les Premiers Ministres, même bénéficiant d'une large majorité à l'Assemblée).
Pour la postérité, s'il devait être renversé par une motion de censure, autant que ce soit pour un projet ambitieux, responsable et courageux. Il y a dans cette ambition un petit air de Pierre Mendès France qui n'a pu gouverner que sept mois et demi avant d'être censuré. François Bayrou, lui, est en passe d'égaler cette longévité à la fin du mois de juillet 2025 (exactement le 28 juillet 2025), ce qui semble assuré après l'échec de la huitième motion de censure déposée contre son gouvernement en six mois et demi. Et le 10 août 2025, il pourra même se vanter d'avoir dépassé Gabriel Attal en longévité. Quatre-vingts ans après Hiroshima et Nagasaki !
Je propose au bas de cet article les deux émissions politiques citées ainsi que, pour l'occasion (depuis le titre, elle me trotte dans la tête), l'excellente chanson de Jacques Brel, "Vesoul", sortie en septembre 1968.
« T'as voulu voir Paris, et on a vu Paris T'as voulu voir Dutronc, et on a vu Dutronc
J'ai voulu voir ta sœur, j'ai vu le Mont Valérien
T'as voulu voir Hortense, elle était dans le Cantal
Je voulais voir Byzance, et on a vu Pigalle
Gare Saint-Lazare, j'ai vu les Fleurs du Mal
Par hasard »
« Je veux le dire devant vous, ce travail, contrairement à ce qui a été abondamment dit et écrit, a été remarquablement utile.(...) Je suis impressionné par les progrès, je crois que vous allez en avoir la preuve, qui ont été faits depuis quatre mois. Il y a pu y avoir des moments de tension, parfois d'agacement, c'est inévitable dans de telles négociations, et sur un sujet aussi passionné. Mais, j'affirme que les représentants des salariés et des entreprises ont chacun pris en compte les attentes de leurs interlocuteurs et ont ensemble pris en compte ce qui est plus important encore : l'intérêt général » (François Bayrou, conférence de presse du 26 juin 2025 à Matignon).
L'indignation de François Bayrou, c'est de faire payer par les jeunes d'aujourd'hui, qui ne sont pas encore sur le marché du travail, et même des plus jeunes encore, les pensions de retraite des retraités d'aujourd'hui et d'hier. Car tant que le système des retraites n'est pas à l'équilibre financier, c'est bien la dette, et donc, les générations futures, qui financent ces pensions. Une situation inacceptable que l'ancien candidat à l'élection présidentielle avait dénoncée déjà il y a plus de vingt ans à une époque où il était seul à s'inquiéter des déficits publics et de la dette publique.
Mais l'indignation du Premier Ministre, c'est aussi de considérer que le conclave sur les retraites, qui a duré quatre mois (du 27 février au 24 juin 2025) se serait soldé par un échec. François Bayrou a assuré qu'il n'en était rien et qu'il entendait encore poursuivre la concertation entre les partenaires sociaux pour arriver à un accord, et si, malgré ce nouveau round de négociations, il n'y avait pas d'accord, alors le gouvernement prendrait ses responsabilités et déposerait quand même un texte à l'Assemblée à la rentrée parlementaire d'octobre 2025 sur les points actuels d'accord. C'est ce qu'il a expliqué au cours d'une conférence de presse tenue ce jeudi 26 juin 2025 à 17 heures à Matignon. Il avait au préalable fait une déclaration le mardi 24 juin 2025 à 7 heures à Matignon pour conclure le conclave sur les retraites terminé la veille.
Le calendrier politique du Premier Ministre est très serré. François Bayrou a rejeté les accusations qui laisseraient croire que le principe du conclave sur les retraites lui permettrait de gagner du temps. En fait, en déposant le même jour, ce jeudi, une motion de censure sur la question des retraites, avant même d'écouter la conférence de presse du Premier Ministre, le parti socialiste est retombé dans sa décomposition la plus crasse de l'irresponsabilité politique, surfant sur l'électoralisme municipal (il craint la concurrence de listes écolo-insoumises aux élections municipales de mars 2026).
Donc, le mardi 1er juillet 2025, les députés vont examiner la motion de censure déposée par les socialistes. Une initiative pas très utile et très politicienne puisque le RN a déjà annoncé qu'il n'entendait pas se prêter à ce jeu politique. La session parlementaire ordinaire s'achèvera le 4 juillet 2025 mais sera prolongée par une courte session extraordinaire jusqu'au 11 juillet 2025. Un arrêt mis à profit par François Bayrou pour annoncer la semaine suivante ses premières propositions budgétaires pour réduire le déficit de 40 milliards d'euros. Les parlementaires reprendront leur travail dans l'hémicycle à la prochaine session ordinaire, le 1er octobre 2025. Si le gouvernement franchit l'étape de la huitième motion de censure (rien n'est totalement sûr), alors il pourra tabler sur une durée de vie d'encore trois mois au moins avec le sujet qui sera explosif cet automne, le prochain budget 2026.
Reprenons la chronologie de sa communication de cette semaine.
Le lundi 23 juin 2025, ce fut la dix-huitième et dernière journée du conclave sur les retraites. Aucun accord n'en est ressorti, mais il semblerait qu'on n'était pas loin de cet accord. L'échec serait à mettre plutôt sur l'intransigeance du Medef qui refuse de financer par des augmentations de charges les quelques avancées sur lesquelles tout le monde est d'accord, en particulier sur la revalorisation des pensions pour les mères de famille (moyenne des vingt-trois meilleures années, au lieu de vingt-cinq pour les mères d'au moins deux enfants) et fin de la décote du calcul de la pension à partir de 66 ans et demi au lieu de 67 ans. Enfin, tous les partenaires sociaux ont accepté le principe d'un système financièrement équilibré à l'horizon 2030.
Le lendemain matin, mardi 24 juin 2025 à 7 heures, François Bayrou a fait une courte déclaration à Matignon. Il y a annoncé qu'il reverrait chaque partenaire social, seul dans son bureau, pour tenter une conciliation et aboutir à un accord... qui ne serait pas loin.
Pour le Premier Ministre, sa première satisfaction, c'est le retour du dialogue social « hors de toute intervention du gouvernement » : « On est passé de l'affrontement au travail en commun, et c'est un grand acquis. ». Sa deuxième satisfaction, c'est qu'on a frôlé l'accord : « Dans la dernière ligne droite, on est arrivé très près d'un accord historique. ».
C'est cette situation que a conduit François Bayrou a refusé le constat d'un désaccord : « Bien sûr, je peux naturellement comprendre qu'on constate un échec lorsqu'on est sur des positions radicalement différentes ou opposées. Mais je ne peux pas accepter sans réagir qu'on se satisfasse d'échouer si près du but. Et encore moins, suffit d'observer l'actualité, encore moins lorsque notre pays est le monde traversent des moments si dangereux et dans lesquels notre première sauvegarde est dans l'unité du pays. Je considère donc que notre devoir est de ne pas baisser les bras et de tout faire pour permettre de dépasser un tel blocage. C'est pourquoi, j'ai décidé d'inviter les organisations qui ont travaillé ensemble durant ces quatre mois à me rencontrer dès ce matin pour rechercher une voie de passage dans l'intérêt de notre pays. ».
Deux jours et demi plus tard, le jeudi 26 juin 2025 en fin d'après-midi, François Bayrou est revenu devant la presse au cours d'une conférence de presse nettement plus longue avec réponse aux questions des journalistes.
Il a donc eu l'occasion de faire un bilan des négociations avec les différents protagonistes : « Il est vrai qu'il n'a pas, au terme de la journée de lundi, débouché dans un premier temps sur un accord immédiat, mais pour avoir fait l'inventaire détaillé, des pas en avant, des points d'accord et de dissonance, pour avoir de manière approfondie échangé avec chacune des organisations sur leurs priorités, sur leur vision de l'avenir. ».
Avant d'expliquer les points d'accord, le chef du gouvernement a rappelé les six objectifs fixés au début de ce conclave des retraites : 1. Garantir l'équilibre financier d'ici à 2030. 2. Encourager le travail des seniors en France. 3. Renforcer la justice sociale : pension des femmes, âge de décote et pénibilité. 4.« Ne pas alourdir le coût du travail » par une augmentation des charges sociales ». 5.« Faire que le débat sur les retraites ne soit plus une fracture politique et sociale, et en particulier qu'il ne devienne pas ce qui est à mes yeux une vraie menace et peut-être une menace en cours de réalisation, un conflit de générations ». 6. Repenser la gouvernance du système des retraites.
Ensuite, François Bayrou a indiqué les différentes avancées dans ces négociations, et la principale à ses yeux : « Tous les participants se sont accordés, et ça n'était pas facile, pour ne pas remettre en cause dans cette négociation, les conditions d'âge fixées par la loi de 2023. C'est une avancée décisive, et je veux saluer le courage des responsables qui se sont accordés sur ce point. ».
Il y a aussi, déjà annoncés ici, l'objectif de l'équilibre financier pour sauver le système par répartition ; « l'âge d'annulation de la décote, c'est-à-dire (…) l'âge des départs à taux plein, ramené de 67 ans à 66 ans et demi » ; la revalorisation des pensions de mères de famille (moyenne des vingt-quatre meilleures années pour un enfant, vingt-trois pour deux enfants et plus, au lieu de vingt-cinq) ; la réduction de deux trimestres de travail par maternité.
Enfin, il y a sans doute le plus difficile techniquement : « Tous les participants se sont accordés, c'était une demande très explicite et très soutenue des organisations syndicales pour que soit mieux prise en compte la pénibilité du travail. ».
François Bayrou a expliqué très précisément où ça coinçait pour la pénibilité, alors que les partenaires sociaux sont d'accord sur deux points et demi sur trois : « Alors je vais énumérer les demandes qui étaient celles des organisations syndicales sur la pénibilité. [Elles] souhaitaient, voulaient d'abord la réintégration des trois critères de pénibilité dits ergonomiques, port de charges lourdes, exposition aux vibrations, et posture difficile, qui avaient été écartés de la liste des critères de pénibilité, six autres critères, le travail de nuit par exemple, au moment de l'adoption de la loi de 2023. Ensuite, ils demandaient la définition à partir de ces trois critères d'une cartographie des métiers exposés : métiers à risque de pénibilité permettant un repérage précoce et donc, d'une certaine manière, permettant une cartographie du risque. C'était la deuxième demande des organisations syndicales. Ces deux premières demandes ont été acceptées telles quelles. Il y avait une troisième demande qui était la définition de la réponse à ces risques de pénibilité. Il y avait deux types de réponses évoquées. Le premier type de réponse, c'est la mise en place d'une politique de prévention généralisée. Et la deuxième réponse, c'est la recherche de réparation. Alors, la politique de prévention généralisée a été acceptée par tout le monde. Donc, deux exigences et demie satisfaites. Il reste une troisième, enfin, il restait la deuxième partie de l'exigence de prévention et de réparation, qui touche à la réparation. Et ici, la négociation n'a pas tout à fait permis d'aboutir. Entreprises et organisations syndicales s'accordant complètement sur la prévention, mais pas sur la réparation. Les uns, les organisations syndicales souhaitant une réparation générale, et les autres, les entreprises, une réparation individuelle sur décision médicale. Et sur ce point, en effet, il demeure une recherche d'accord. Je vais le dire autrement, sur ce point, une recherche d'accord est indispensable. Mais je suis persuadé qu'un chemin d'accord existe. (…) Et si l'on réfléchit à ce que pourrait être une politique générale de lutte contre la pénibilité, j'imagine qu'aucun d'entre nous ne souhaite que la pénibilité soit maintenue tout au long de la carrière. Si l'on se donne comme objectif de repérer, à partir de ces visites médicales et de cette cartographie, les expositions à la pénibilité, on peut souhaiter, vouloir, on peut imaginer qu'on puisse proposer des réorientations aux salariés qui y sont exposés. ».
Dernier point d'achoppement, le financement de ces avancées sociales : « S'agissant du financement de ces changements, deux accords ont été trouvés. Financement de la pénibilité dans le cadre des accidents de travail et des maladies professionnelles, c'est 500 millions. Et rationalisation possible du cumul emploi-retraite, c'est 500 millions supplémentaires. Il n'y a pas encore d'accord trouvé, c'est la même chose, c'est le point qui reste à éclaircir. Pour boucler le financement des mesures de justice et de retour à l'équilibre, c'est 400 millions, mais je suis persuadé pour avoir parlé avec toutes les organisations et envisagé avec elles des possibilités de compromis, ou d'innovation ou de découverte d'un chemin nouveau, je suis persuadé qu'on peut très vite trouver un accord sur ce sujet. ».
Donc, pour résumer, il reste, pour atteindre un accord, l'approfondissement de deux sujets (réparation pour la pénibilité, et partie de son financement) : « Il n'y a plus que deux sujets qui demeurent à résoudre et qui sont des sujets, pardon de le dire, solubles, à portée de la main, alors que la totalité des décisions qui ont été l'objet d'un accord au moins implicite, sont impressionnants. Et vous conviendrez avec moi, j'en suis sûr, que rapporté à l'ampleur des progrès et équilibre de notre système, âge, carrière des femmes, décote et pénibilité, ces deux sujets à traiter sont peu de choses dans les derniers mètres. Les experts et les négociateurs des organisations vont se remettre au travail pour rapprocher les points de vue. ».
Et, voulant rassurer les socialistes qui ont déposé une motion de censure par crainte de ne pas voir arriver de texte à l'Assemblée, François Bayrou a insisté sur la parole donnée : « Si les partenaires ne parvenaient pas à se mettre d'accord, le gouvernement prendrait ses responsabilités et proposerait des dispositions de compromis qui seraient introduites dans le texte qui en tout état de cause, prenant en compte tous ses progrès, sera, comme je m'y étais engagé, soumis au Parlement à l'automne dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il y aura donc une démarche législative, une démarche du Parlement pour répondre à toutes les questions posées. ».
Enfin, avant de répondre aux questions des journalistes, le Premier Ministre a redit sa reconnaissance aux partenaires sociaux qui ont joué le jeu, il a même énuméré les noms des négociateurs pour qu'ils en soient remerciés, et pour lui, c'est un point important de son engagement politique depuis toujours qui se trouve mis en pratique : « Je suis persuadé que la méthode qui a été suivie, elle est un signe d'espoir pour la démocratie sociale. Et pour moi, un espoir pour la démocratie sociale, c'est un espoir pour la démocratie tout court. J'avais dit à propos d'un autre événement, "jamais sans les Français". Je suis persuadé que ce n'est pas en accentuant les conflits qu'on résout les problèmes de la nation, c'est en essayant scrupuleusement de trouver des réponses et de dessiner des accords. C'est ce que nous avons fait et je remercie tous ceux qui y ont participé. ».
Encore une fois, François Bayrou a montré son habileté politique sur la méthode et sa capacité à mener des réformes malgré une situation politique impossible. Il faut vraiment dire qu'il est au sommet de sa vie politique, il doit donc tout donner pendant qu'il est à Matignon. Son mode de gouvernance est étonnant car il n'est pas dans le style classique de la Cinquième République : il ne propose pas des textes déjà ficelés à prendre ou à laisser, mais à accompagner la rédaction même de ces textes, au risque d'être critiqué pour immobilisme. Les parlementaires devraient lui reconnaître cela, leur nouveau pouvoir retrouvé ; jamais les textes votés d'origine parlementaire n'ont été aussi nombreux depuis 1958. C'était bien l'homme qu'il fallait à cet endroit-là, Matignon, à ce moment-là.
CONFÉRENCE DE PRESSE
DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE JEUDI 26 JUIN 2025 À 17H00 À MATIGNON
Bonjour à tous, tous aux féminins et aux masculins.
Je veux saluer mesdames les ministres Catherine Vautrin et Astrid Panosyan-Bouvet. Je veux saluer M. Jean-Jacques Marette qui a joué un rôle de coordination et de facilitateur tout au long de cette période.
Et puis mesdames et messieurs, le sujet de cette rencontre est le travail que nous avons conduit depuis quatre mois pour rechercher les voies d'une amélioration de notre système de retraite. Comme vous le savez, depuis mardi matin, j'ai reçu toutes les organisations qui ont participé à ce conclave de négociations. J'ai fait le point avec chacune d'entre elles, individuellement ou en collège. J'ai entendu leurs positions respectives. Et je leur ai demandé de dresser précisément leurs points d'accord et de désaccord. Ces organisations ont travaillé depuis quatre mois, sans interruption, dans un remarquable climat de franchise, sans intervention du gouvernement comme je m'y étais engagé, et sous la houlette de M. Marette.
Je veux le dire devant vous, ce travail, contrairement à ce qui a été abondamment dit et écrit, a été remarquablement utile. Il est vrai qu'il n'a pas, au terme de la journée de lundi, débouché dans un premier temps sur un accord immédiat, mais pour avoir fait l'inventaire détaillé, des pas en avant, des points d'accord et de dissonance, pour avoir de manière approfondie échangé avec chacune des organisations sur leurs priorités, sur leur vision de l'avenir. Je suis impressionné par les progrès, je crois que vous allez en avoir la preuve, qui ont été faits depuis 4 mois. Il y a pu y avoir des moments de tension, parfois d'agacement, c'est inévitable dans de telles négociations, et sur un sujet aussi passionné. Mais, j'affirme que les représentants des salariés et des entreprises ont chacun pris en compte les attentes de leurs interlocuteurs et ont ensemble pris en compte ce qui est plus important encore : l'intérêt général.
C'est ce bilan précis que je vais point par point détailler devant vous pour que chacun de ceux qui nous écoutent mesurent les progrès qu'un tel effort aura permis d'envisager. Ai-je besoin de dire que ce travail de démocratie sociale, et j'y reviendrai politique, intervient dans un moment particulièrement difficile de l'histoire de notre pays et de l'histoire du monde, où nous nous trouvons sous la pression des risques et des violences, de soubresauts menaçants dans toutes les parties du monde ? C'est-à-dire, selon moi, dans un moment où notre seule arme réelle comme peuple français, comme nation, comme pays, pour défendre ce que nous sommes, est celle de la prise de conscience et de l'unité du pays.
Mais avant de faire ce bilan précis, qui vous le verrez, est incroyablement avancé, Je veux dresser devant vous la liste des objectifs qui étaient ceux du gouvernement à l'ouverture de cette séquence inédite de démocratie sociale. Et ce sont ces objectifs qui demeurent naturellement aujourd'hui. Je vais énumérer ces objectifs d'intérêt général.
Premier objectif et le plus important : garantir l'avenir de notre système de retraite par répartition en rétablissant son équilibre financier d'ici à 2030. C'était la condition préalable, la seule que j'avais fixée aux partenaires sociaux et qui a été acceptée par tous.
Deuxième objectif : augmenter autant que nous le pourrons la proportion de nos compatriotes qui choisissent de rester au travail plus longtemps. La faiblesse de l'emploi des seniors en France est comparativement aux pays voisins un de nos handicaps et ce handicap menace l'avenir des retraites. Et c'est en tout cas à mes yeux un appauvrissement des compétences et des talents.
Troisième objectif : objectif de meilleure justice. Meilleure justice d'abord à l'égard des femmes, pour qui la maternité rend plus difficile l'acquisition des droits à la retraite, et ce n'est pas juste. Justice à l'égard de ceux qui sont contraints de prolonger leurs années de travail parce qu'ils n'ont pas leurs annuités pour éviter la décote, c'est-à-dire la diminution de leur pension. Justice à l'égard des salariés pour qui le travail pénible a des incidences sur leur santé. Femmes, âge, décote, pénibilité, voilà trois sujets sur lesquels nous souhaitions, nous espérions une amélioration du système.
Quatrième objectif : ne pas alourdir le coût du travail. Nous savons avec certitude, spécialement dans une période si difficile et dans une compétition aussi âpre que celle que nous traversons, un alourdissement du coût du travail est une menace directe sur l'emploi et sur les chances de nos entreprises dans la compétition mondiale.
Cinquième objectif, faire que le débat sur les retraites ne soit plus une fracture politique et sociale, et en particulier qu'il ne devienne pas ce qui est à mes yeux une vraie menace et peut-être une menace en cours de réalisation, un conflit de générations. Les plus jeunes se trouvant en droit d'accuser les générations plus anciennes d'avoir construit leur confort sur leur dos et en compromettant leur avenir.
Sixième objectif, poser pour l'avenir la question de la gouvernance. C'est une conviction ancienne pour moi que tous les sujets n'appartiennent pas au champ de la politique partisane, spécialement les sujets sociaux. Il y a d'autres modes de gouvernance et la gestion des retraites complémentaires de l'Agirc-Arrco sous l'égide des partenaires sociaux en apporte la preuve. Même si, et nous en avons peut-être la démonstration aujourd'hui, il peut se faire que la démocratie politique donne un coup de main décisif à la démocratie sociale, lorsque dans les derniers mètres, les blocages classiques doivent être dépassés.
Alors j'en viens maintenant à la négociation, à ce que la négociation a donné et a permis comme avancée et comme accord, pour ainsi dire, acquis. Je dis pour ainsi dire parce qu'il n'y a pas eu de signature, mais on a fait le bilan précis des conversations, des négociations, et ce sont ces avancées que je voudrais maintenant indiquer et partager avec vous.
Première avancée : tous les participants ont accepté le principe du retour à l'équilibre en 2030 pour assurer tout simplement la sauvegarde de notre système par répartition.
Deuxième avancée : tous les participants se sont accordés, et ça n'était pas facile, pour ne pas remettre en cause dans cette négociation, les conditions d'âge fixées par la loi de 2023. C'est une avancée décisive, et je veux saluer le courage des responsables qui se sont accordés sur ce point.
Troisième avancée : tous les participants se sont accordés pour améliorer la condition des personnes, spécialement celles qui ont eu des carrières hachées, souvent des femmes, le plus souvent des femmes, face à l'âge d'annulation de la décote, c'est-à-dire pour diminuer l'âge des départs à taux plein, ramené de 67 ans à 66 ans et demi.
Quatrième avancée : tous les participants se sont accordés pour améliorer sensiblement et immédiatement le droit à la retraite des femmes ayant eu des enfants. Au lieu de la référence aux 25 meilleures années pour calculer la pension de retraite, pour les femmes ayant eu un enfant, on gagne une année, la référence étant ramenée à 24 ans. Et pour celles ayant eu deux [enfants] ou davantage, deux années, en ramenant cette référence à 23 ans, aux 23 meilleures années.
Cinquième avancée : ils ont de la même manière accepté une meilleure prise en compte des trimestres liés à la maternité pour un départ anticipé au titre des carrières longues, gagnant ainsi deux trimestres au titre de la maternité.
Sixième avancée : tous les participants se sont accordés, c'était une demande très explicite et très soutenue des organisations syndicales pour que soit mieux prise en compte la pénibilité du travail.
Alors je vais énumérer les demandes qui étaient celles des organisations syndicales sur la pénibilité. [Elles] souhaitaient, voulaient d'abord la réintégration des trois critères de pénibilité dits ergonomiques - port de charges lourdes, exposition aux vibrations, et posture difficile - qui avait été écarté de la liste des critères de pénibilité, six autres critères, le travail de nuit par exemple, au moment de l'adoption de la loi de 2023. Ensuite, ils demandaient la définition à partir de ces trois critères d'une cartographie des métiers exposés : métiers à risque de pénibilité permettant un repérage précoce et donc, d'une certaine manière, permettant une cartographie du risque. C'était la deuxième demande des organisations syndicales. Ces deux premières demandes ont été acceptées telles quelles. Il y avait une troisième demande qui était la définition de la réponse à ces risques de pénibilité. Il y avait deux types de réponses évoquées. Le premier type de réponse, c'est la mise en place d'une politique de prévention généralisée. Et la deuxième réponse, c'est la recherche de réparation. Alors, la politique de prévention généralisée a été acceptée par tout le monde. Donc, deux exigences et demie satisfaites. Il reste une troisième, enfin, il restait la deuxième partie de l'exigence de prévention et de réparation, qui touche à la réparation. Et ici, la négociation n'a pas tout à fait permis d'aboutir. Entreprises et organisations syndicales s'accordant complètement sur la prévention, mais pas sur la réparation. Les uns, les organisations syndicales souhaitant une réparation générale, et les autres, les entreprises, une réparation individuelle sur décision médicale. Et sur ce point, en effet, il demeure une recherche d'accord. Je vais le dire autrement, sur ce point, une recherche d'accord est indispensable.
Mais je suis persuadé qu'un chemin d'accord existe et je voudrais dessiner ce chemin à partir précisément des travaux les plus récents des partenaires sociaux. Au mois de novembre et hier soir, les partenaires sociaux ont progressé beaucoup sur un accord dit transition-reconversion. Cet accord a été défini en novembre à partir de l'obligation d'une visite médicale à 45 ans. Et si l'on réfléchit à ce que pourrait être une politique générale de lutte contre la pénibilité, j'imagine qu'aucun d'entre nous ne souhaite que la pénibilité soit maintenue tout au long de la carrière. Si l'on se donne comme objectif de repérer, à partir de ces visites médicales et de cette cartographie, les expositions à la pénibilité, on peut souhaiter, vouloir, on peut imaginer qu'on puisse proposer des réorientations aux salariés qui y sont exposés.
Et donc si je résume sur ces questions de pénibilité : à la fois de définition il y a un accord complet, de cartographie il y a un accord complet, demeure un accord complet sur la prévention et il y a une discussion possible et souhaitable à propos de laquelle je pense qu'il existe une voie de sortie pour la réparation.
Enfin, s'agissant du financement de ces changements, deux accords ont été trouvés. Financement de la pénibilité dans le cadre des accidents de travail et des maladies professionnelles, c'est 500 millions. Et rationalisation possible du cumul emploi-retraite, c'est 500 millions supplémentaires. Il n'y a pas encore d'accord trouvé, c'est la même chose, c'est le point qui reste à éclaircir. Pour boucler le financement des mesures de justice et de retour à l'équilibre, c'est 400 millions, mais je suis persuadé pour avoir parlé avec toutes les organisations et envisagé avec elles des possibilités de compromis, ou d'innovation ou de découverte d'un chemin nouveau, je suis persuadé qu'on peut très vite trouver un accord sur ce sujet.
Et vous voyez bien qu'il n'y a plus que deux sujets qui demeurent à résoudre et qui sont des sujets, pardon de le dire, solubles, à portée de la main, alors que la totalité des décisions qui ont été l'objet d'un accord au moins implicite, sont impressionnants. Et vous conviendrez avec moi, j'en suis sûr, que rapporté à l'ampleur des progrès et équilibre de notre système, âge, carrière des femmes, décote et pénibilité, ces deux sujets à traiter sont peu de choses dans les derniers mètres.
Les experts et les négociateurs des organisations vont se remettre au travail pour rapprocher les points de vue. J'ai écrit dans mon texte « donnons-leur trois semaines », « donnons-leur quinze jours », parce que certaines organisations m'ont dit « trois semaines, c'est beaucoup trop long », « donnons-leur dix jours ». Je suis persuadé que ces deux points, je ne veux pas dire secondaires, mais seconds, par rapport à l'ampleur des progrès qui ont été faits, ces deux points sont faciles à traiter. Le compromis est à portée, et c'est ce que je souhaite !
Si les partenaires ne parvenaient pas à se mettre d'accord, le gouvernement prendrait ses responsabilités et proposerait des dispositions de compromis qui seraient introduites dans le texte qui en tout état de cause, prenant en compte tous ses progrès, sera, comme je m'y étais engagé, soumis au Parlement à l'automne dans le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale. Il y aura donc une démarche législative, une démarche du Parlement pour répondre à toutes les questions posées.
C'est une méthode qui est fondée sur l'esprit de responsabilité des partenaires sociaux. C'est une méthode de confiance, initiée par le gouvernement, conclue par le gouvernement au moment décisif, lorsqu'il s'agit non pas d'organiser un accord, mais d'entraîner les corps intermédiaires dans les derniers mètres. J'ai été très frappé par le travail et par l'esprit de responsabilité. Et je voudrais vous dire le nom des négociateurs. Parce que c'est eux qui ont fait, autour de M. Marette, le travail. Sous la responsabilité de Marylise Léon pour la CFDT, c'est Yvan Ricordeau. Sous la responsabilité de François Hommeril pour la CFE-CGC, c'est Christelle Thieffinne. Sous la responsabilité de Cyril Chabanier pour la CFTC, c'est Pascale Coton. Sous la responsabilité de Patrick Martin pour le MEDEF, c'est Diane Milleron-Deperrois. Et enfin, sous la responsabilité d’Amir Reza-Tofighi, pour la CPME, c'est Éric Chevée. Je trouve que le nom de ces femmes et de ces hommes qui ont participé à construire un tel accord sans se laisser entraîner dans des blocages définitifs, comme on vient de le voir, méritaient d'être dits.
Je suis persuadé que la méthode qui a été suivie, elle est un signe d'espoir pour la démocratie sociale. Et pour moi, un espoir pour la démocratie sociale, c'est un espoir pour la démocratie tout court. J'avais dit à propos d'un autre événement, « jamais sans les Français ». Je suis persuadé que ce n'est pas en accentuant les conflits qu'on résout les problèmes de la nation, c'est en essayant scrupuleusement de trouver des réponses et de dessiner des accords. C'est ce que nous avons fait et je remercie tous ceux qui y ont participé.
Je viens de faire devant vous la liste exhaustive des sujets abordés et des points d'accord trouvés. Et j'ai beaucoup de reconnaissance pour ceux qui ont consenti à cet effort, pour certains qui n'en avaient pas forcément envie, pour d'autres qui avaient probablement des buts et des ambitions beaucoup plus exigeantes. Mais ceci est fait pour améliorer la vie des Français et la vie de ceux qui, au travail, vont partir à la retraite ou envisagent de partir à la retraite. Il y aura d'autres améliorations dans le temps. Mais en tout cas, là, le texte relevant tous ces accords sera soumis au Parlement à l'automne dans le cadre du projet de loi de financement de la Sécurité sociale.
DÉCLARATION
DU PREMIER MINISTRE FRANÇOIS BAYROU
LE MARDI 24 JUIN 2025 À 07H00 À MATIGNON
Bonjour à tous.
Hier soir, les organisations qui depuis quatre mois participaient aux négociations sur les retraites, à la fois représentants majoritaires des entreprises et trois des principaux syndicats de salariés, se sont séparées sans parvenir à un accord.
Quelle conclusion tirer de cette situation ? D'abord, qu'un travail approfondi, hors de toute intervention du gouvernement, ce qu'avaient demandé les organisations, et grâce en particulier au médiateur M. Marrette à qui je veux rendre hommage, ce travail s'est déroulé pendant quatre mois dans un climat de bonne coopération. On est passé de l'affrontement au travail en commun, et c'est un grand acquis.
Ensuite, que dans la dernière ligne droite, on est arrivé très près d'un accord historique à bien des égards. Et je voudrais faire le bilan de l'accord qui a été ainsi dessiné. D'abord, le principe des règles d'âge pour garantir l'équilibre financier de notre système de retraite a été reconnu par tous, et je veux saluer l'effort de ceux qui ont accepté ce pas décisif. Ensuite, de nombreux points d'accord étaient sur le point d'être actés : sur le sujet si important d'une amélioration des calculs de retraite des mères de famille, sur l'âge auquel on peut partir à taux plein, sur un certain nombre de principes de financement, et un accord majeur se dessinait même sur un changement de gouvernance des retraites du secteur privé.
Alors bien sûr, je peux naturellement comprendre qu'on constate un échec lorsqu'on est sur des positions radicalement différentes ou opposées. Mais je ne peux pas accepter sans réagir qu'on se satisfasse d'échouer si près du but. Et encore moins, suffit d'observer l'actualité, encore moins lorsque notre pays est le monde traversent des moments si dangereux et dans lesquels notre première sauvegarde est dans l'unité du pays. Je considère donc que notre devoir est de ne pas baisser les bras et de tout faire pour permettre de dépasser un tel blocage. C'est pourquoi, j'ai décidé d'inviter les organisations qui ont travaillé ensemble durant ces quatre mois à me rencontrer dès ce matin pour rechercher une voie de passage dans l'intérêt de notre pays. Je me suis entretenu avec la plupart d'entre elles hier soir et je pense que ce principe pourra être accepté par elles. On sait bien que la difficile recherche des solutions nouvelles est une longue marche, et que dans une longue marche, les derniers pas sont souvent les plus exigeants, mais ce sont donc aussi les plus importants. Et c'est pourquoi je rencontrerai ce matin les organisations qui ont participé à ce travail.
« Question redoutable pour une mort insupportable. Les politiques sont légitimement sommés de trouver des remèdes à une situation révoltante : aucun éducateur ne devrait risquer sa vie en encadrant des adolescents. Et le service public encore une fois, n’a pas su protéger l’un de ses serviteurs. Indignation maximale, parfois surjouée, souvent récupérée, mais pour réclamer quoi ? C’est là que les solutions faciles, que les "y'a qu'à, faut qu'on" viennent soudain buter contre le réel. » (Patrick Cohen, le 11 juin 2025 sur France Inter).
Le Président de la République Emmanuel Macron était l'invité d'une très longue émission de télévision sur France 2 ce mardi 10 juin 2025. L'émission, intitulée "Urgence Océan" a duré près de deux heures trente et été diffusée en direct dans la soirée depuis la ville de Nice où se tenait la Conférence des Nations Unies sur l'Océan.
Au contraire de l'émission du 13 mai 2025 sur TF1 où Emmanuel Macron avait maladroitement tenté de revenir dans le jeu de la politique intérieure sans avoir été capable d'annoncer une seule mesure concrète, le chef de l'État n'était pas dans ce cadre, ce mardi, à contre-emploi, au contraire, en plein de son rôle de Président de la République censé prendre de la hauteur et anticiper des enjeux à long terme, dans ce qu'on pourrait appeler une diplomatie du climat.
Certes, seulement 1,5 million de téléspectateurs étaient à l'appel ce mardi soir, mais pour une émission de cette qualité, c'était en fait déjà beaucoup. La longue durée était nécessaire pour présenter les sujets techniques et scientifiques (Thomas Pesquet, entre autres, était parmi les invités), et je recommande vivement de visionner cette émission (vidéo en fin d'article).
Toutefois, l'actualité très chaude de la journée, un pays sous le coup de l'émotion du meurtre de Mélanie, assistante d'éducation à Nogent, en Haute-Marne, par un collégien de 14 ans, a provoqué un nécessaire changement dans l'émission en permettant au Président de la République de consacrer son premier quart d'heure à ce drame terrible.
Au-delà de l'expression de son émotion, Emmanuel Macron est revenu en effet sur les mesures pouvant empêcher de nouveaux drames de ce type : un adolescent utilisant une arme blanche, un couteau, pour tuer une personne. Il a ainsi insisté sur l'importance d'interdire la vente de couteau aux adolescents de moins de 15 ans.
Dans l'après-midi du 11 juin 2025, le Premier Ministre François Bayrou a confirmé au Sénat cette mesure : « Il n'est pas normal que la détention d'armes par des adolescents se développe ainsi. Nous allons interdire la vente de ces armes aux mineurs et multiplier les contrôles de port d'armes. (…) En particulier, on ne pourra plus livrer par internet ce type d'armes sans la signature d'un adulte. ».
Mais tout le développement d'Emmanuel Macron sur la vente des couteaux m'a paru un peu vain. En effet, dans le cas du meurtre à Nogent, l'adolescent avait pris un couteau de 34 centimètres dans la cuisine de ses parents. Rien ne pourra empêcher un adolescent de dérober ou d'acquérir une arme blanche. On peut bien sûr lui mettre plus d'obstacles, mais ce n'est pas une mesure vraiment efficace.
Du reste, je dois donner ma propre expérience. À l'Assemblée Nationale le 10 juin 2025, François Bayrou avait confié cette anecdote qui n'a pas été diffusée avec beaucoup d'écho et pourtant, très significative : « C’est une décomposition de la société dans laquelle nous vivons et c’est le surgissement de pratiques de vie communes. L’un de mes collègues disait à l’instant tout bas que son petit garçon de 10 ans lui a demandé quand il pourrait avoir un couteau à l’école. Cela concerne tous les milieux. ».
J'ai réfléchi à cette anecdote et je me suis rappelé qu'au même âge, autour de 10 ans, et même 9 ans, lorsque j'étais en colonie de vacances, j'étais dans le même état d'esprit, nous voulions, nous, moi et mes compagnons de vacances, avoir des couteaux, des canifs, c'étaient soit des canifs multifonctions (des couteaux suisses), soit des opinels. En montagne, en randonnée, nous étions contents de disposer d'un tel couteau, pour faire des arcs ou encore pour jouer entre nous (nous nous lancions le couteau dans le sol). Précisons, pour rassurer, qu'il n'était pas question d'utiliser ces couteaux comme des armes, mais plutôt comme des accessoires de jeu que nous savions dangereux et auxquels nous faisions attention. Pendant longtemps, j'ai gardé un canif dans ma poche comme pas mal d'hommes (il me semble), jusqu'aux premières vagues d'attentats et à l'instauration des plans Vigipirate ou de ses premiers équivalents, qui interdisait le passage dans certains lieux avec de tels objets considérés comme des armes blanches.
Dans son analyse, Emmanuel Macron a voulu donner une explication de cette supposée recrudescence des violences d'adolescents : d'une part, l'explosion des familles, la cellule familiale permettait d'instaurer un certain nombre de valeurs et aussi un dialogue au sein de la famille ; d'autre part, les réseaux sociaux, où l'enfant s'isole dans une bulle totalement irréelle l'incitant parfois de passer à l'acte.
Il est ressorti de cette analyse que le Président de la République militait très fermement pour l'interdiction des réseaux sociaux avant 15 ans et donc, pour obliger les plate-formes des réseaux sociaux à vérifier que leurs utilisateurs aient plus de 15 ans, comme cela était le cas à 18 ans pour les sites à contenu pornographique.
Au Sénat le mercredi, François Bayrou a reparlé de cette mesure : « Le Président de la République s'est exprimé plusieurs fois sur l'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, qui relève de la compétence de l'Union Européenne. Il l'a dit hier : si l'Union Européenne ne nous suit pas, nous prendrons nos responsabilités en ouvrant ce chemin pour la France. ».
Là encore, si dans le cas général, il peut y avoir un effet, dans le cas du meurtre de Mélanie, le mis en cause était peu présent dans les réseaux sociaux et ces derniers ne sont donc pas en cause dans cette contribution au passage à l'acte.
Deux choses graves ont notamment motivé le meurtre de Mélanie : l'adolescent n'a eu aucune empathie pour sa victime ni ses proches, il se moque qu'elle soit tuée ; la présence de cinq gendarmes à l'entrée de l'établissement ne l'a pas empêché de passer à l'acte. La peur du gendarme n'a pas fonctionné ou a pesé peu face à l'extrême violence qu'il avait en lui.
La troisième vague de mesures, confirmée par François Bayrou au Sénat, concerne la santé mentale : « Nous devons traiter la question des auteurs, la main qui tient l'arme. Un travail considérable est à mener pour protéger la santé mentale des jeunes. À l'adolescence, certains basculent en quelques jours (…) : ce garçon était référent harcèlement et n'était pas considéré comme ayant des problèmes. Tous les signes d'un risque de basculement doivent être identifiés ; nous devons former à cet égard les enseignants et les élèves eux-mêmes. ».
Mais sans doute que le plus important reste la carence éducative des parents que nul ne peut remplacer, et surtout pas l'État. Comme l'a expliqué Emmanuel Macron, l'explosion des familles a fait perdre beaucoup de repères aux enfants, la notion de bien et de mal, aussi la notion de réalité et de virtualité. L'existence de l'autre, le respect qui est dû à l'autre, son intégrité physique.
C'est ce que proposait aussi le journaliste Patrick Cohen dans sa chronique sur France Inter le 11 juin 2025 : « Prendre enfin à bras le corps le sujet de la santé mentale des jeunes, pour laquelle les alertes se multiplient depuis la fin de la crise du covid. Miser sur la prévention. Arrêter de faire croire qu’il est possible de tout contrôler et de tout empêcher. ».
D'ailleurs, l'éditorialiste a voulu pondérer les impressions sur la violence des adolescents : « D’abord l’usage des couteaux n’a rien de français, le fléau est européen. Pour la seule ville de Londres, 10 adolescents sont morts poignardés l’an dernier, 18 en 2023. Ensuite, les chiffres globaux de la délinquance des mineurs en France vont à rebours de ceux qui vous parlent d’ensauvagement généralisé ou d’un pays à feu et à sang. En sept ans, cette délinquance a baissé de 25% ! 65 000 mineurs poursuivis par la justice en 2016. 48 000 en 2023. Avec un recul presque similaire des condamnés, ainsi que des mis en cause par la police et la gendarmerie. En revanche, les actes les plus violents ont bondi. Le nombre d’adolescents poursuivis pour meurtre ou tentative d’homicide, a plus que doublé : 108 en 2016. 255 en 2023. Narcotrafic et règlements de comptes. Cela reste à la fois très minoritaire et très médiatisé. ».
Sur France 5, ce mercredi 11 juin 2025, le docteur Jean-David Zeitoun, spécialiste en épidémiologie clinique et auteur d'un essai sur les causes de la violence, expliquait que la violence n'a cessé de se réduire depuis sept cents ans ! D'un rapport cinquante. On était beaucoup plus violent dans le passé, mais cela reste encore à un niveau aujourd'hui inacceptable.
Le Président du Sénat Gérard Larcher a ouvert la séance du 11 juin 2025 par une minute de silence, comme ses collègues députés la veille : « Aucune forme de violence n'a sa place au sein de l'école de la République. Face à la multiplication de ces événements tragiques, nous devons agir collectivement pour renforcer la sécurité des élèves et du personnel qui les encadre, afin que de tels drames ne puissent se reproduire. ». Dans ce domaine, la démagogie et la récupération politique ne sont d'aucune utilité.
Je voulais évoquer la prestation télévisée d'Emmanuel Macron, mais c'est le drame de Nogent qui est revenu, pressant, imposant, dans les esprits. Oui, c'est important, essentiel même, de se préoccuper du combat pour le climat, du combat pour préserver l'océan. Mais à l'évidence, cette émission pédagogique est arrivée au plus mauvais moment. Elle a au moins le mérite d'avoir été faite et de pouvoir être regardée de nouveau pour bien comprendre les phénomènes en jeu.