« Pour empêcher la présence de Jean-Luc Mélenchon (presque 81 ans à la fin du prochain quinquennat) au second tour, il faut un candidat issu des partis de gouvernement susceptible d'emporter l'adhésion des Français, mais aussi éviter la division du camp central. » (23 août 2026).
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Le député européen Raphaël Glucksmann a été désigné candidat des socialistes à l'élection présidentielle de 2027 dès le premier tour de la primaire du PS, ce dimanche 11 octobre 2026, avec 66,2% (79 613 voix). En tout, 120 587 personnes ont voté sur les 134 467 inscrits (plus de 5 000 inscrits étaient des doublons et ont été éliminés), et, avec les votes nuls ou blancs, il y a eu 120 307 suffrages exprimés.
Incontestablement, la victoire de Raphaël Glucksmann est massive et sans ambiguïté. Pour une fois, les sondages et surtout les médias, les journalistes ont eu raison en considérant cette primaire comme une formalité pour Raphaël Glucksmann, homme effectivement très médiatique mais pas vraiment politique.
Les électeurs de la primaire ont donc fait comme à la primaire fermée du PS du 16 novembre 2006, à savoir, voter utile pour le ou la candidate la plus haute dans les sondages, en l'occurrence, une certaine Ségolène Royal, qui avait recueilli 60,6% des suffrages à l'époque. Oui oui, la même Ségolène Royal que celle qui a concouru cette année, vingt années plus tard ! Avec dix fois moins de pourcentages.
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Dans sa déclaration de vainqueur, peu avant 19 heures, Raphaël Glucksmann n'a rien dit de transcendant, se répétait même, tout en mélangeant "ennemi" et "adversaire" pour désigner l'extrême droite (il a utilisé ces deux mots dans deux phrases différentes). Son discours récurrent ne tient qu'à une seule chose : voter pour moi pour battre l'extrême droite. Mais le problème, c'est qu'il ne faut jamais faire une campagne négative. Cela peut porter contre la dite extrême droite, mais pour autant, cela n'encourage pas les électeurs à voter pour vous. Quand on est candidat, il faut être constructif et dire pourquoi les électeurs voteraient pour vous, pour faire quoi ?
Mais revenons à l'avant-veille. Ce n'était pas de chance pour les socialistes et leurs alliés car le premier jour du premier tour de la primaire du PS, qui aurait dû avoir lieu du vendredi 9 octobre 2026 au samedi 10 octobre 2026 à 20 heures, a été télescopé par une attaque de hackers sur le site du vote électronique. Le résultat a été que seulement 20 000 électeurs sur les 134 000 inscrits ont pu voter dans la soirée du vendredi. Les organisateurs ont donc dû repousser au dimanche 11 octobre 2026 à 18 heures la période où le vote pouvait avoir lieu. En fin de journée du samedi, près de 90 000 inscrits ont pu voter, ce qui est déjà pas mal.
Certes, pourquoi s'inscrire (et payer une cotisation) si on ne vote pas ? Il y a mille raisons, évidemment, mais il faut savoir que pour 98 000 personnes, cette inscription s'est faite dans le cadre d'une cotisation à l'un des trois partis participants (Parti socialiste, Place publique, Gauche républicaine et socialiste), et donc, leur inscription d'office provient d'une adhésion au parti politique et pas forcément d'une volonté de participer à la primaire (certes, beaucoup d'adhésions ont eu lieu après l'annonce de la primaire, ainsi, Place publique a triplé le nombre de ses adhérents en quelques semaines, certainement pour soutenir Raphaël Glucksmann).
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La campagne de cette primaire du PS a suscité un petit intérêt politique, une curiosité (dans le sens d'un musée des curiosités), grâce à la participation de Ségolène Royal, seule candidate à avoir un peu de notoriété, après plus de trente ans de vie politique, et deux autres participations à une primaire, et surtout, un candidature à l'élection présidentielle en 2007 où elle a été qualifiée au second tour.
"L'état des lieux"des quatre autres candidats n'était plus trop à refaire.
Raphaël Glucksmann, le chouchou des médias, n'est pas vraiment connu de ceux des Français qui ne sont pas nourris d'une forte passion pour la politique, il est sur le marché électoral seulement depuis 2019 (il y a sept ans), ce qui est court pour avoir une stature présidentielle (certes, il y a eu Emmanuel Macron).
Quant à Olivier Faure, son principal adversaire dans cette téléréalité, qui a déjà une très longue carrière politique, mais plutôt dans les coulisses, il est sous le feu des projecteurs depuis une dizaine d'années, d'abord comme président du groupe PS à l'Assemblée (à une époque où le PS était au gouvernement), puis comme premier secrétaire du PS depuis 2018. Son manque de charisme peut être compensé par une grande habileté politique, notamment par l'inscription de nombreux amis dans le corps électoral. Cet apparatchik connaît bien la réussite des congrès alors que son autorité était de plus en plus contestée et le vote des adhérents de plus en plus serré.
Les deux autres candidatures, celles de Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel, sont plus personnelles, des candidatures de témoignage. Emmanuel Maurel utilise tous les canaux possibles pour faire entendre ses convictions et ses propositions. L'objectif de Jérôme Guedj est encore plus précis, refuser absolument toute alliance avec Jean-Luc Mélenchon, même au prix d'échecs électoraux. Bien que positionné à l'aile gauche du PS (il a fait partie des députés frondeurs sous François Hollande), Jérôme Guedj pourrait être la clef décisive de pont entre le PS et le Bloc central pour éviter un second tour entre les deux extrémismes.
La victoire massive de Raphaël Glucksmann a surtout montré que tous ceux qui se sont inscrits à l'occasion de cette primaire, que ce soit dans le cadre d'un parti politique, y compris au PS, ou à titre indépendant, l'ont fait principalement pour soutenir Raphaël Glucksmann. Cela lui donne une certaine légitimité, même si, dans ce contexte, il faut relativiser énormément, j'y reviendrai un peu plus loin.
Plus que la victoire du vainqueur, ce sont des claques monumentales des perdants qui resteront dans l'histoire politique, et en particulier, pour l'adversaire favori : Olivier Faure. Ne recueillir que 14,5% alors qu'il est le chef du PS depuis très longtemps n'est pas un accident mais un désaveu complet. On verra s'il s'accroche comme une moule à son poste de premier secrétaire (ce que je pense) ou s'il jette l'éponge (lui, de toute façon, il pense à l'après-élection présidentielle depuis le début).
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En troisième position, Ségolène Royal n'est pas parvenue à créer la surprise, son discours très ennuyeux (et répétitif) n'a pas imprimé. En revanche, elle servait d'arme létale pour le PS, mais, comme a dit un commentateur, le fusil s'est enrayé. Au lieu de flinguer Raphaël Glucksmann, cela a flingué Olivier Faure. Avec 7,6%, Ségolène Royal, néanmoins, a amélioré (un petit peu) son score de la primaire ouverte du PS le 9 octobre 2011 où elle avait montré de grosses larmes de crocodile parce qu'elle n'avait obtenu que 6,9% ! Ce dimanche, avec quinze ans de plus, Ségolène Royal a pris de la maturité, elle a reconnu sa déception, mais était belle joueuse, acceptant d'avoir perdu, d'avoir pu exprimer ses idées, sa parole de femme, et assurant qu'elle soutiendrait le vainqueur du jour.
Enfin, les deux petits candidats de témoignage ont été tous les deux au même niveau. Emmanuel Maurel, avec 5,9%, a fait nettement mieux que le nombre d'adhérents de son micro-partis (il a eu sept fois plus de voix que d'adhérents), ce qui a montré qu'il a su convaincre certains électeurs par les débats télévisés où il avait brillé. Quant à Jérôme Guedj, sans doute déçu d'arriver bon dernier, avec 5,8% des voix, était surtout heureux de la victoire de Raphaël Glucksmann, sans doute favorisé par le vote utile, et a voulu ajouter leur deux scores, qui donnerait 72%, ce que les sondages donnaient sur la volonté de ne faire aucune alliance avec les insoumis. Il est donc content que son point de vue ait été massivement approuvé par les électeurs de la primaire. Pour lui, la question des alliances du PS s'est réglée ce dimanche soir.
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Les médias se sont donc enthousiasmés par la victoire de Raphaël Glucksmann. Mais il faut relativiser quand même, comme je l'ai écrit plus haut. En effet, cette primaire est loin de représenter le peuple français, même celui qui voterait pour le parti socialiste et ses alliés. En résumé, c'est un vote de militants et d'apparatchiks, trop contents d'avoir trouvé un cheval un petit peu plus sexy que Benoît Hamon ou Anne Hidalgo. Probablement qu'il va maintenant grimper dans les sondages, mais on a pu observer que pour Benoît Hamon, cela ne l'a pas favorisé sur le long terme. Certes, il était monté jusqu'à 18% dans les intentions de vote, mais il a reculé jusqu'à 6% au moment de l'élection. On pourrait dire de même avec la désignation de Valérie Pécresse qui a atteint 15% des intentions de vote pour finalement redescendre en dessous des 5% fatidiques.
La relativisation n'est pas seulement pour les sondages qui vont suivre dans les prochains jours. La victoire elle-même est à relativiser. Car il n'y a eu que 120 587 votants, ce qui est extrêmement faible. Rappelons que le 9 octobre 2011, lors de la primaire socialiste pour l'élection présidentielle de 2012, quelque 2 661 231 personnes avaient pris part au vote, et à l'époque, il fallait se déplacer, car ce n'était pas un vote électronique (l'attaque a montré qu'il ne faut pas faire de vote électronique, car ce ne sera pas la dernière). En gros, 20 fois plus qu'en 2026. 120 000, c'est beaucoup pour le nombre d'adhérents d'un parti politique, mais c'est archinul pour le scrutin d'une primaire. À l'époque, Manuel Valls (qui avait terminé avec 5,6%) avait recueilli deux fois plus de suffrages que Raphaël Glucksmann ce dimanche ! Et Jean-Michel Baylet (avec 0,6% !) avait obtenu à peu près le même nombre de voix qu'Olivier Faure. En 2026, on n'est pas dans la même cour qu'en 2011.
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Sur le plan politique, l'élection présidentielle de 2027 va donc être la première élection présidentielle sans présence d'un candidat du parti socialiste. C'est historique ! En clair, c'est l'acte de décès du parti socialiste qui a été signé ce dimanche 11 octobre 2026 à 18 heures 16, quand le bon "docteur" Patrick Mennucci (le médecin légiste, par ailleurs président de la commission d'organisation de cette primaire), a dévoilé les résultats du vote électronique (plus rapide, concédons-le, et sans fraude, sans polémique sur leur réalité, que les scrutins lors des congrès de ce parti).
On pourrait d'ailleurs s'étonner et se dire : ah bon, je croyais que le PS était déjà mort. Oui, c'est vrai, mais le PS ne le savait pas encore. Il continuait encore à vivre comme un canard sans tête, du moins depuis la désastreuse performance d'Anne Hidalgo en 2022 (1,8% des voix). On imagine ce que ça va donner en 2027 (aucune voix, donc).
Le responsable ? Certainement Olivier Faure, le véritable fossoyeur du parti socialiste. Il a d'ailleurs la responsabilité d'être venu chercher Raphaël Glucksmann deux fois, en 2019 et en 2024, pour conduire la liste socialiste aux élections européennes. Il ne fallait donc pas s'étonner que ce dernier puisse prendre son envol à titre personnel.
Pour la petite histoire, lors de la primaire socialiste de 2011, Olivier Faure avait soutenu François Hollande, Emmanuel Maurel avait soutenu Martine Aubry, Ségolène Royal avait soutenu... elle-même, et les deux autres candidats n'existaient pas encore dans l'appareil du PS de l'époque.
Les conséquences extérieures de la victoire de Raphaël Glucksmann sont assez claires. Jean-Luc Mélenchon, qui était en meeting à Clermont-Ferrand, a de quoi être se réjouir : il serait donc le seul vrai candidat de la vraie gauche, et aurait beau jeu de dénoncer son concurrent et ses supposées velléités de proximité avec le centre droit. Et c'est là où c'est plus grave : cette victoire va aider Jean-Luc Mélenchon à se hisser au second tour en divisant les voix des anciens électeurs macronistes au lieu de les ajouter. Je le redis : la candidature Raphaël Glucksmann n'est qu'un mirage, et va contribuer à établir un second tour entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. La sirène médiatique ne doit pas franchir le mur du peuple.
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Primaire du PS : la victoire du stagiaire de la gauche bobo.
Mort du parti socialiste (décès constaté le 11 octobre 2026 à 18h16 à Paris).
Résultats officiels du premier tour de la primaire du PS le dimanche 11 octobre 2026 à 18h16.
L'anaphore de Jérôme Guedj contre Mélenchon.
Primaire 2026 du PS : débat à la sulfateuse !
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Affaire Bardella : Soral confirme !
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Affaire Bardella : le piège !
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Primaire 2026 du PS : un débat télévisé qui fera date.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20261011-glucksmann.html
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/10/11/article-sr-20261011-glucksmann.html
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