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22 septembre 2024 7 22 /09 /septembre /2024 03:34

« Depuis que je suis arrivée dans cette salle d'audience, je me sens humiliée. On me traite d'alcoolique. Je serais la complice de M. Pélicot. Il faut avoir un degré de patience pour supporter ce que j'ai pu entendre ! » (Gisèle Pélicot, le 17 septembre 2024 à Avignon).



 


Ce qu'on appelle parfois l'affaire Pélicot mais que je préfère appeler l'affaire des viols de Mazan (car Pélicot est soit une victime soit un criminel, selon le prénom utilisé), est passée au-delà du simple fait-divers, c'est désormais un fait de société, tellement il peut donner un exemple éloquent et glauque de l'existence sociale et de l'organisation systémique de la violence conjugale. Depuis le 2 septembre 2024 devant la cour criminelle du Vaucluse, à Avignon, se déroute un long procès qui devrait s'achever le 20 décembre 2024.

Je rappelle rapidement l'objet du procès : Dominique Pélicot, un homme de 71 ans, a non seulement violé sa femme Gisèle mais l'a fait violer par des dizaines voire des centaines d'hommes. 92 faits de viol ont été répertoriés par la justice, qui ont été commis entre le 23 juillet 2011 et le 23 octobre 2020, principalement à Mazan, dans le Vaucluse, au domicile du couple, dans la chambre conjugale. 83 violeurs potentiels ont été comptés, dont seulement 54 hommes identifiés, 51 (dont le mari) sont jugés au cours de ce procès, un est décédé et deux autres ont été relaxés faute de preuve.

Jusqu'à cette affaire judiciaire, Gisèle trouvait son mari formidable, « bienveillant et attentionné », « un super mec ». Elle a dit à l'audience : « J'aurais mis mes deux mains à couper que je vivais avec un homme extraordinaire. La première trompée dans ce dossier, c'est moi et mes enfants. ».

Le procédé était particulièrement odieux : le mari recrutait les violeurs sur un site Internet de rencontres à l'occasion d'échanges dans un forum privé (le forum s'intitulait "À son insu" laissant peu de doute sur la réalité des viols) avec un protocole bien précis et rigoureux (éviter d'être parfumé, rester silencieux, etc. pour ne pas réveiller l'épouse ni éveiller ses soupçons) car les viols étaient commis sans le consentement mais aussi sans la conscience de la victime qui était droguée préalablement au Temesta (un anxiolytique). Pendant tous ces viols, Gisèle Pélicot ne savait pas qu'elle était violée, mais elle souffrait de douleurs génitales, de pertes de mémoire pendant la journée, de grosse fatigue, etc. dont elle ne connaissait pas la cause (et elle a même chopé le papillomavirus ; heureusement, pas le sida alors qu'un des violeurs récidiviste était séropositif).

Tout dans cette affaire est instructif, autant instructif que glauque, mais aussi tout ce qu'il y a autour. Avant tout, je souhaite saluer le courage, car c'est bien du courage, de la victime Gisèle Pélicot. Courage pour avoir enduré ce qu'elle a subi, mais aussi courage pour l'extérioriser, courage de s'afficher publiquement, sans anonymat, pour faire éclater la vérité (avec l'accord de sa fille Caroline) et aussi pour faire en sorte que cela ne puisse plus se reproduire. Créer un choc social, un avant et un après ce procès. Chaque fois qu'elle rentre au palais de justice, Gisèle est entourée d'une haie d'honneur qui l'encourage. Des manifestations ont eu lieu pour la soutenir, notamment le samedi 14 novembre 2024, pour soutenir aussi toutes les victimes de viol. Aux milliers de manifestants, Gisèle Pélicot a affirmé : « Grâce à vous, j'ai la force de poursuivre le combat jusqu’au bout. ». Le mérite de la victime, ce n'est pas d'avoir été une victime, d'avoir subi, mais d'avoir voulu médiatiser tout le système dont elle était la victime ignorante pour un combat plus général contre le viol et contre les violeurs.


L'avocat général avait proposé un procès à huis-clos mais la victime a refusé et voulu faire de la publicité à cette affaire judiciaire : « Je n'ai pas à avoir honte ! ». La diffusion d'images pornographiques (scènes de viol, etc.) a cependant été faite dans le cadre d'un huis-clos partiel, le président de la cour ayant faire évacuer la salle de son public (y compris la presse). En raison de la publicité sur les coaccusés, certaines de leurs familles ont été menacées et ont déposé elles-mêmes plainte pour menaces.
 


Il est difficile de savoir exactement quel est le sujet, si c'est le viol collectif, le viol sous soumission chimique, le viol conjugal (le mari peut être considéré comme avoir violé sa femme si les rapports ont lieu sans consentement), le recrutement des violeurs sur Internet, le principe même du procès, son déroulement qui peut aussi provoquer la douleur, la réalité des prédateurs sexuels qui sont souvent très subtils et manipulateurs (loin des dragueurs lourdingues qu'on voit venir à des kilomètres à la ronde), capables de se faire passer pour victimes au lieu de bourreaux, etc. Sans doute tous ces sujets à la fois.

L'origine de l'affaire est aussi assez troublante car c'est par hasard qu'on a découvert ce système dégueulasse. Le mari a été pris le 12 septembre 2020 par un agent de sécurité d'un supermarché de Carpetras en train de filmer sous la jupe de plusieurs clientes du magasin. L'analyse de son ordinateur a montré des dizaines de vidéos et photos de viols de sa femme, ce qui a permis de remonter les dates et les violeurs. Du reste, Dominique Pélicot a avoué le 2 novembre 2020, laissant croire qu'il regrettait les faits. Son épouse a appris l'existence de ces viols le même jour, ce qui a dû provoquer en elle un choc psychologique monstrueux (comment n'ai-je pas pu ressentir de telles atteintes à mon corps pendant si longtemps ?). Elle a immédiatement demandé le divorce et l'a obtenu heureusement avant le début du procès, le 22 août 2024. Les 51 prévenus sont donc jugés pour viols avec circonstances aggravantes.

La lecture des profils de ces 50 coaccusés auteurs de viols avec la complicité du mari semble montrer qu'ils seraient des hommes ordinaires de 26 à 73 ans, de grande diversité de profession, âge, etc. Mais étaient-ce des messieurs toutlemonde ? Pas forcément car certains avaient été déjà condamnés pour viols ou violence conjugale. Les féministes qui voudraient faire l'amalgame entre ces coaccusés et les hommes en général ne vont certainement pas faire avancer efficacement la cause de femmes : non ! tous les hommes ne sont pas comme ça, tous ne sont pas forcément des prédateurs sexuels, tous n'ont pas besoin de contraindre pour aimer, et même, ce qu'il y a de plus beau dans l'amour, c'est justement le consentement libre et réciproque, le sentiment d'être sur la même longueur d'onde.

Après des reports d'audience en raison de l'état de santé du principal prévenu, Dominique Pélicot, hospitalisé pour une infection rénale, ce dernier a pris la parole au procès pour la première fois le 17 septembre 2024 pour reconnaître les faits mais aussi accuser ses complices : « Aujourd'hui, je maintiens : je suis un violeur comme tous ceux qui sont concernés dans cette salle. Ils savaient tous, ils ne peuvent pas dire le contraire. Elle ne méritait pas ça, je le reconnais. (…) Je regrette ce que j'ai fait, je demande pardon même si ce n'est pas pardonnable. ».

Lui-même aurait été une victime de viols pendant son enfance, mais les analyses ADN ont révélé qu'il pourrait être coupable du meurtre ou du viol de Sophie Narme, une jeune fille de 23 ans en stage dans une agence immobilière, tuée en décembre 1991 à Paris. Il a été mis en examen le 14 octobre 2022 pour cette affaire parce que le schéma d'agression serait le même qu'une autre agression sexuelle sur une jeune agente immobilière de 19 ans le 11 mai 1999 à Villeparisis pour laquelle il a avoué après avoir nié (en raison de l'ADN retrouvée).

Dominique Pélicot a été confronté le 18 septembre 2024 à des images de sa fille nue endormie, mais il a nié avoir violé sa fille et même avoir pris ces clichés. Certains des coaccusés ont rejeté la réalité du viol dont ils sont accusés, si bien que le tribunal a fait diffuser dans une salle sans public et avec l'accord de la victime, la vidéo qui les incriminent le cas échéant dans toute leur crudité. Pour sa part, Gisèle Pélicot est pour l'étalement médiatique le plus large, selon son avocat : « Il faut qu’on ait le courage de se confronter à ce qu’est véritablement le viol, dans un dossier, justement, où il est exceptionnel d’avoir la représentation précise et réelle de ce qu’est un viol, et pas simplement une description sur un procès-verbal. ».

On voit bien que cette affaire est très compliquée car il faut pouvoir décortiquer la responsabilité des uns et des autres et tous n'ont pas le même intérêt. Ainsi, en faisant embarquer tous les coaccusés dans une responsabilité collective, Dominique Pélicot est autant un accusé qu'un accusateur.

Mais la stratégie de défense de certains des coaccusés est plutôt révoltante. Ainsi, ont été diffusées des images de Gisèle Pélicot dénudée avant ces viols (et même d'autres personnes qui n'ont rien à voir) en renversant le procès comme si c'était le procès de la victime ! Comme si le fait de faire du naturisme ou d'être plus ou moins audacieuse sur le plan moral justifierait le fait d'être violée ! Ce type de dénigrement de la victime est absolument abject et dans tous les cas, un viol reste un viol, quelle que soit la victime, quels que fussent ses faits et gestes avant, pendant, après le viol.

De quoi mettre en colère la victime qui a protesté : « Les 50 [accusés] derrière ne se sont pas posés la question [du consentement]. C'est quoi, ces hommes, c'est des dégénérés ou quoi ? Pas à un moment ils se sont posé la question ! ». Le pire, c'est que la version de certains coaccusés ne serait peut-être pas incompatible avec la vérité, ce sera aux jurés d'en déterminer les exactes limites. En effet, certains coaccusés ont prétendu ne pas savoir qu'il n'y avait pas consentement de la part de Gisèle. Le mari leur aurait fourni le scénario précis de ces "jeux sexuels" et ils devaient trouver Gisèle endormie, comme si elle simulait un endormissement. Toutefois, comme ils ne se connaissaient pas, c'est difficile d'admettre que ces "libertins" n'ont pas cherché à savoir si madame Pélicot était réellement consentante, quels que soient les manipulations ou mensonges de son mari.

Cette réécriture de l'histoire, ce relativisme d'oser dire qu'il y avait « viol et viol », sous prétexte que le violeur n'aurait pas eu conscience de violer, a profondément heurté Gisèle Pélicot : « Quand on voit une femme endormie sur leur lit, il n'y a pas un moment où on s'interroge ? Il n'y a pas quelque chose qui cloche ? (…) Un viol est un viol. Que ça soit trois minutes ou une heure. C'est absolument abject ! ».

Un des coaccusés n'aurait pas violé Gisèle mais aurait obtenu de son mari le médicament incriminé pour endormir sa propre femme et la violer plusieurs fois. Son avocat a déclaré : « Mon client est le produit de la perversion de Pélicot. Je suis intimement persuadé que si X ne rencontre pas Pélicot, il ne se passe rien. ». On voit le niveau de glauque et de dégueulasserie qui va faire surface, avec plusieurs victimes qui ne se savaient pas victimes.

Jouer au faux candide d'un côté, attaquer la victime de l'autre. Ce genre de défense risque fortement d'agacer les jurés qui devront pourtant tenter la neutralité, évacuer toute pression médiatique ou populaire, pour juger en leur âme et conscience sur les faits établis, les seuls faits établis. Mais sans préjuger du niveau de culpabilité, du niveau d'ignorance ou de connaissance, de complicité avec le mari, on peut quand même dire que tous ces coaccusés étaient avant tout de gros dégueulasses. Cela n'en fait pas une raison seule de les condamner, mais le contexte donne une tournure particulièrement grave de leurs dégueulasseries.

Ce procès ne doit donc pas éveiller le combat des féministes contre les méchants hommes. Il est avant tout le combat de toute l'humanité contre les violences faites aux femmes, parmi lesquelles la manipulation et le mensonge sont des moteurs particulièrement efficaces.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pélicot et compagnie...
Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
La France criminelle ?
La nuit bleue de Lina.
La nuit de Célya.
La nuit d'Émile Soleil.
Affaire Grégory : la vérité sans la boue ?
Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
Meurtre de Lola.
Nos enseignants sont des héros.
La sécurité des personnes face aux dangers.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240921-pelicot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/viols-de-mazan-quelques-reflexions-256863

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/22/article-sr-20240921-pelicot.html




 

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10 septembre 2024 2 10 /09 /septembre /2024 03:04

« Certains vont essayer de relativiser l’étendue et l’horreur des violences conjugales. Certains auront peut-être l’indécence de temporiser, au lieu d’agir. Ce n’est pas notre intention. Car on ne le répétera jamais assez : l’absolue singularité des violences conjugales, c’est qu’elles se produisent à l’endroit où l’on devrait se sentir le plus en sécurité. » (Édouard Philippe, le 3 septembre 2019).


 


Ce que disait Édouard Philippe, alors Premier Ministre, le 3 septembre 2019 au Grenelle contre les violences conjugales, est vrai aussi pour les enfants à l'école : en effet, pour les enfants, l'école, comme la famille, doit être le lieu de la sécurité absolue. Sécurité physique et sécurité affective. Alors, lorsqu'il y a des faits de violence à l'école, c'est un véritable scandale.

Souvent, il est question de violences entre élèves, de harcèlement scolaire, voire de violences commises par des élèves sur des enseignants. Le fait médiatique du jour, c'est encore pire : la violence vient de l'autorité, vient de l'enseignant, et encore pire que pire, sur une enfant à peine sortie de la petite enfance.

La vidéo que l'avocate de la famille, Vanessa Edberg, a mise en ligne ce lundi 9 septembre 2024 a provoqué consternation et malaise tant dans la classe politique que dans la communauté éducative. De quoi s'agit-il ? L'unité de lieu : une école maternelle dans le quinzième arrondissement de Paris. L'unité de temps : le jeudi 5 septembre 2024.

Une fillette de 3 ans qui venait de rentrer pour la première fois à l'école (rappelons-nous que l'école est désormais obligatoire à partir de 3 ans) a été frappée par sa maîtresse et aspergée de liquide. En fait, dès le deuxième jour de la rentrée, la petite fille avait expliqué à sa maman que sa maîtresse lui avait donné des coups. C'est la mère d'une autre camarade de la classe, présente, qui, étonnée puis choquée par le comportement de l'institutrice vis-à-vis de ses écoliers, a filmé la scène (cette mère étant étrangère se demandait si c'était normal en France).

Dans son message sur Twitter accompagnant la vidéo, l'avocate a écrit : « Une Maîtresse violente une petite fille de petite section et lui asperge un liquide sur la tête dans une école du 15ème arrondissement de Paris. Une plainte a été déposée. En tant qu’avocate je mènerai ce combat main dans la main avec la famille, en tant que maman mon cœur saigne. ». À la fin de la scène filmée de moins d'une minute, on entend l'enseignante dire à la fillette qui pleurait et criait : « Voilà, ça te fait du bien, là ? ».

Selon la mère de l'enfant (qui a affirmé : « Au départ, je n'y ai pas cru ! »), sa fillette ne fait plus que pleurer à la maison. La famille est sous le choc, et le choc pour l'enfant est énorme car sa première expérience avec l'école, peut-être avec l'extérieur sans sa mère, est de la violence. Elle aura du mal à ne pas avoir peur d'un enseignant dans son avenir proche.

Le parquet de Nanterre a ouvert le 10 septembre 2024 une enquête préliminaire confiée au commissariat d'Issy-les-Moulineaux à la suite de la plainte déposée le 5 septembre 2024 par la famille, pour des « faits qualifiés à ce stade de violence sur mineur de 15 ans sans incapacité ». Selon certains spécialistes, l'institutrice encourrait sept ans de prison en raison de trois circonstances aggravantes : cela se passe à l'école (lieu sanctuarisé pour l'enfant) ; sur une "mineure de 15 ans" (cela veut dire : enfant de moins de 15 ans) ; par une personne ayant autorité (enseignante). Le parquet de Nanterre devrait être rapidement dessaisi de l'affaire au profit du parquet de Paris où se trouve l'école.

De même, le recteur de l'académie de Paris Bernard Beignier a pris immédiatement une mesure de suspension de l'enseignante, dans l'attente des conclusions de l'enquête, visant à mettre en sécurité tant la fillette et les autres écoliers, les collègues de l'institutrice qu'elle-même. : « L’arrêté de suspension de cette enseignante, ce qui n’est pas une sanction mais une mesure de protection et ensuite il y aura à la fois une enquête pénale puisqu’une plainte a été déposée et une enquête administrative qui pourra conduire très certainement à un conseil de discipline, voire des sanctions qui vont du blâme à la révocation. ».

Le maire du quinzième arrondissement de Paris, Philippe Goujon (ancien député) a réagi sur BFMTV : « C’est tout à fait insoutenable, ce comportement est inqualifiable, venant d’une enseignante confirmée, qui était dans cette école depuis déjà une dizaine d’années. [Elle] connaît bien l’école, les parents, les élèves, et c’est une enseignante qui a une cinquantaine d’années (…), qui [ne] se laisse pas emporter normalement par ses émotions. ». Guislaine David, la secrétaire générale de la FSU-SNUIPP, principal syndicat des enseignants du premier degré, s'est déclarée choquée : « En tant qu’enseignants, nous devons assurer la sécurité physique et affective des élèves. ».

De son côté, selon son avocat, l'enseignante suspendue a regretté ses gestes dus, selon elle, à un emportement : « L'institutrice est en état de choc. Elle regrette profondément ce qu'il s'est passé. ». On peut imaginer surtout le choc émotionnel sur les médias et les réseaux sociaux d'être montrée du doigt, mais il y a une part d'indécence à exprimer cet état de choc alors qu'elle est l'auteure de cette violence et que c'est sur la victime, la fillette et sa famille, elles aussi en état de choc, qu'il faut se concentrer, que la société doit se concentrer, du moins les pouvoirs publics.

On pourra s'étonner sans doute de l'explosion médiatique de cette "affaire" alors que l'intérêt de tous les protagonistes (victime, famille, écoliers, établissement) serait plutôt de ne pas enflammer les passions publiques... sauf si c'est pour empêcher d'autres faits de violence à l'avenir, ce qui semblerait être l'objectif de l'avocate. En quelque sorte, le scandale est lui-même très instructif, car cela signifie que la société évolue. Il n'est plus possible de violenter les enfants sans créer un scandale, ce qui est relativement nouveau.

Il y a cinq ans, les parlementaires avaient adopté la loi n°2019-721 du 10 juillet 2019 relative à l’interdiction des violences éducatives ordinaires. Elle signifiait, surtout aux parents, qu'on n'avait plus le droit de frapper physiquement ses enfants, ni gifles, ni fessées. Pour les "vieux" parmi lesquels je pourrais me compter, on a souvent estimé qu'une bonne claque pouvait être efficace et salutaire, déclencheur d'une maturité qui tardait à venir. La réalité, c'est qu'il y a des nourrissons qui meurent de la violence de leurs parents. Car il y a claque et claque, grosse claque qui blesse profondément le corps et petite tapette qui blesse surtout psychologiquement l'âme. Mais qui est le juge de paix de la pondération des claques ? Interdire sauve des enfants de la maltraitance, d'où cette loi.

A fortiori, un enseignant a encore moins le droit de frapper un élève que ses parents. Selon certains témoignages, ce n'était pas la première fois que cette enseignante frappait, mais pourquoi est-ce seulement aujourd'hui qu'on le lui reproche ? Sans doute un élément simple : la vidéo. L'image est parlante et remplace tout jugement. Cela fait cinquante ans que nous sommes dans une société de l'image (avec la télévision, puis Internet), mais c'est très récemment (depuis une dizaine d'années) que n'importe qui peut diffuser à grande échelle des images (en l'occurrence, ici, une mère sur la violence d'une enseignante).


Les réactions des internautes de Youtube à la vidéo de cette scène sont, elles aussi, instructives (et je soupçonne que ce sont issues de personnes plutôt âgées, en tout cas, qui ont le temps et l'oisiveté de se consacrer à réagir sur Internet). J'en ai pioché quelques-uns sur deux vidéos données. On voit à quel point le relativisme dénoncé par Édouard Philippe (voir au début de l'article) sévit et reste bien vivace.
 


Majoritairement, beaucoup disent qu'il ne faudrait pas exagérer, qu'il n'y a pas mort d'homme, que c'est une petite violence, jusqu'à faire part de leur expérience (j'ai été frappé et tout va bien maintenant, je n'en suis pas mort), voire se retournent contre les parents en demandant ce qu'ils ont fait de leur éducation pour cette pauvre fillette (rappelons-le : c'était sa première rentrée scolaire). Heureusement, d'autres s'insurgent contre cette violence et s'imaginent les parents de cette fillette.
 


Je ne doute pas que ces réactions d'hostilités vont perdurer parce qu'il y a toujours un fond de complotisme résiduel sur Internet et le complot, ici, ce serait de dire que la vidéo était un coup monté pour mettre en difficulté l'enseignante. Que celle-ci en soit consciente ou pas, taper des enfants de 3 ans ne sont pas des méthodes pédagogiques et si elle ne s'en sort pas avec ses élèves dans sa classe, il faudra penser sérieusement à évoluer vers un autre métier que l'enseignement. On s'étonnera aussi que personne, au rectorat, n'avait reçu auparavant de signalement sur cette violence dont serait coutumière cette enseignante.
 


Mais celle-ci ne doit pas payer non plus pour les autres, pour la violence à l'école en général. Les faits sont tristes pour tout le monde. Je laisse la justice enquêter au-delà des apparences médiatiques et donner ses conclusions. Ce que je retiens, c'est que cette sortie médiatique est une bonne mesure préventive voire dissuasive pour les enseignants susceptibles de violenter leurs élèves, surtout s'ils sont en très bas âge, car finalement, un lynchage médiatique peut faire plus mal qu'une véritable condamnation judiciaire. Alors, restons modérés dans les réactions, c'est plusieurs vies qui sont en jeu dans cette triste affaire, et heureusement, toutes ne sont pas finies.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 septembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu

Pour aller plus loin :
Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
La foi de Sœur Marguerite contre l'exclusion scolaire.
Il y a 40 ans, l'énorme manifestation pour l'école libre.
Amélie Oudéa-Castéra.
Journée de lutte contre le harcèlement scolaire : est-elle utile ?
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
L'assassinat de Dominique Bernard au lycée Gambetta d'Arras.
G. Bruno.
Gabriel Attal, nouveau ministre de l'éducation nationale.
Pap Ndiaye.
Les vacances scolaires sont-elles trop longues ?
Nos enseignants sont des héros !
Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
La sécurité des personnes.
Lycée Toulouse-Lautrec.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
L’école publique gratuite de Jules Ferry.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
Genrer la part du Lyon ?
Daniel Pennac, ministre de l'éducation nationale.
René Haby.
Le handicap et l'école.
La féminisation des noms de métiers et de fonctions.
Les écoles ne sont pas des casernes.
La laïcité.
La réforme du baccalauréat.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
Le patriotisme français.
Jean-Michel Blanquer.
Jean Zay.
Vincent Peillon.
Alain Devaquet.
Alain Savary.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240910-violence-scolaire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/violence-scolaire-quand-une-256724

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/09/10/article-sr-20240910-violence-scolaire.html



 

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5 août 2024 1 05 /08 /août /2024 03:26

« Ça donne un peu d’espoir pour retrouver une trace. Est-ce qu’elle est vivante ? On l’espère tous... » (un habitant de Plaine, le 27 juillet 2024 sur France Info).


 


Lina Delsarte a été, avec Émile Soleil, l'une de des enfants disparus de l'année 2023, en période estivale (ou quasi-estivale). Les deux disparitions étaient très différentes, l'une concernant un petit bout de chou de 2 ans, disparu le 8 juillet 2023, l'autre une adolescente déjà grande de 15 ans, disparue le 23 septembre 2023. Mais elles avaient un point commun.

Les deux enquêtes étaient telles, dans leur incapacité à privilégier une piste ou l'autre, avec même parfois des fausses pistes, qu'à la fin de l'année 2023, il y avait une quasi-certitude que la disparition de ces deux enfants resterait un mystère complet. Pendant longtemps, les enquêtes ont pédalé dans la semoule, les recherches pourtant très élaborées n'ont abouti à rien, aucun indice, aucune piste sérieuse.

Lina a disparu sur le chemin entre chez elle et la gare pour prendre le train pour Strasbourg et rejoindre son petit ami de 19 ans, le samedi 23 septembre 2023 en fin de matinée. La dernière géolocalisation de son smartphone a été enregistrée à 11 heures 22, ce qui correspond aussi à l'heure où des témoins l'ont aperçue. C'est le petit ami qui l'attendait à la gare de Strasbourg qui a alerté la mère de Lina de son absence, et les caméras de surveillance n'ont pas vu Lina embarquer dans le train prévu. La gendarmerie a publié un avis de disparition inquiétante dès l'après-midi du samedi. Plusieurs opérations de ratissage ont eu lieu les jours qui ont suivi, sans résultat. Le petit ami a été menacé plusieurs fois par des accusateurs qui le considéraient comme responsable de la disparition.

Grâce à l'ADN, les enquêtes ont cependant pu avancer d'un bond. Hélas, pas pour de bonnes nouvelles. Le corps d'Émile a été retrouvé dans une forêt, ses ossements, identifiés par une analyse génétique, ont été retrouvés par une randonneuse et, si on ne sait pas ce qui est réellement arrivé au malheureux Émile, on sait, trois fois hélas, qu'il n'est plus de ce monde depuis longtemps.
 


Pour Lina, qui a disparu à Plaine, dans le Bas-Rhin, la situation reste encore très mystérieuse même si l'enquête a beaucoup avancé grâce à son ADN, le premier indice de cette enquête, qu'on a retrouvé dans une voiture volée qui se trouvait pas loin de lieu de disparition de l'adolescente le jour de sa disparition et qui a été retrouvée dans le Languedoc-Roussillon fin mai et début juin 2024 (cette information a été communiquée par la justice le 26 juillet 2024). La procureure de Strasbourg a annoncé le 30 juillet 2024 que le véhicule volé incriminé a été saisi et son propriétaire, après avoir été entendu par la police pour le vol de son véhicule, s'est suicidé peu de temps après, le 10 juillet 2024 à Besançon, en laissant une lettre à ses deux enfants disant ses regrets et sa honte, sans évoquer Lina.

De nouvelles fouilles ont été effectuées du 30 juillet au 2 août 2024, en Alsace et dans les Vosges, sans résultat non plus, malgré la géolocalisation de la voiture dans cette zone au moment de la disparition de Lina (le conducteur y aurait fait un arrêt d'une heure trente).

Le principal suspect, le propriétaire de la voiture qui aurait transporté Lina le jour de sa disparition, est mort sans avoir indiqué s'il était le responsable de la disparition voire de la mort de Lina et sans avoir indiqué le cas échéant où elle se trouvait, elle ou son corps.

La presse a évoqué largement le profil chaotique de ce suspect, un quadragénaire qui a eu de lourds antécédents de drogue, de bipolarité, de problèmes psychiques, et aussi de vols, d'enlèvements de jeunes filles, etc. Il était très dépressif et connu de la justice. Ce qui est notable également, c'est que, contrairement à un assassin d'enfants comme Michel Fourniret, dont le visage et la silhouette laissent deviner une personne inquiétante, le suspect n'effrayait pas physiquement, semblait tout à fait normal, sans allure inquiétante, avec du reste un nom et une apparence bien français (je le précise car il est souvent de bon ton de répéter, à tort, que les auteurs de meurtres seraient souvent issus de l'immigration, pour rester soft).

La justice a communiqué avec parcimonie et retard ces nouveaux éléments de l'enquête, probablement avec un objectif précis. Peut-être envisage-t-elle une autre personne impliquée ? Les chances de revoir Lina sourire à nouveau, bien vivante, se réduisent malheureusement depuis ces nouveaux faits.

Ce qui est troublant aussi, c'est que deux autres affaires, qui n'ont en principe rien à voir avec sa disparition, ont eu lieu : la mort de son premier petit ami (à 22 ans) le 1er octobre 2023 d'un accident de voiture (il roulait trop vite et a été flashé à 185 kilomètres par heure ; l'enquête a conclu qu'il ne s'agissait pas d'un suicide). En outre, Lina avait déposé plainte en juin 2022 car victime d'un viol en réunion (elle avait 13 ans), plainte initialement classée sans suite mais reprise par l'ouverture d'une information judiciaire en février 2024, là aussi sans rapport avec sa disparition.

Lina avait obtenu le brevet des collèges en juin 2023 et préparait un CAP Aide à la personne. Elle aurait dû fêter son 16e anniversaire ce samedi 10 août 2024. Un anniversaire de larmes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 août 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La nuit bleue de Lina.
La nuit de Célya.
La nuit d'Émile Soleil.
Affaire Grégory : la vérité sans la boue ?
Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
Meurtre de Lola.
Nos enseignants sont des héros.
La sécurité des personnes face aux dangers.


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240730-lina.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-nuit-bleue-de-lina-256111

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/07/30/article-sr-20240730-lina.html




 

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15 juillet 2024 1 15 /07 /juillet /2024 04:20

« Fabuleux, quel bonheur ! C'est juste génial, génial ! Bonheur total, promesse tenue ! Engagement tenu, pari tenu ! (…) C'était un pari, on s'était dit : si je deviens porte-drapeau, on nage dans la Seine ensemble. Ça y est : on l'a fait ce matin ! C'est extraordinaire. C'est vraiment hyper-émouvant ! » (Amélie Oudéa-Castéra, le 13 juillet 2024 à Paris).


 


C'est fait ! La Ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra et l'un des porte-drapeau français pour les Jeux paralympiques d'été de 2024 à Paris, Alexis Hanquinquant, champion du monde de paratriathlon et médaille d'or aux Jeux paralympiques de 2021 à Tokyo, se sont baignés dans les eaux pas très transparentes (!) de la Seine à Paris, près du pont des Invalides, pas loin de l'Assemblée Nationale et avec la Tour Eiffel à l'horizon.

Le bain a eu lieu peu après 7 heures 30 du matin le samedi 13 juillet 2024, histoire de rester discrets et de ne pas en faire non plus une montagne. Apparemment, seules les caméras de BFMTV étaient présentes pour marquer les mémoires. C'est Amélie Oudéa-Castéra, portant une combinaison de plongeur, qui est entrée la première dans l'eau, glissant sur la rive en raison probablement du sol couvert d'algues.
 


La ministre, comme dans son habitude, était très spontanée et la petite fille sportive a refait surface au-delà de la gestionnaire rigoureuse des Jeux olympiques et paralympiques de Paris qui commencent treize jours plus tard, le 26 juillet 2024. Des cris de gamine, de joie sur l'eau, des mots banals, l'eau est douce, et cette énorme émotion d'être entrée dans les livres d'histoire de la ville de Paris avec l'eau du bain.
 


En effet, la Seine était très polluée déjà en amont et se baigner à Paris était un véritable challenge, une sorte d'Arlésienne qui revenait sans arrêt dans la vie municipale, un pari souvent lancé mais jamais tenu. On se souvient que le maire de Paris, "le" maire historique de Paris, Jacques Chirac, avait lancé un tel pari en 1990 : il s'était engagé à se baigner dans l'eau de la Seine à Paris dans les trois ans. Pari non tenu par le futur Président de la République, et c'était heureux car ce qu'on risque, en plus de maladie de peau, c'est d'être infecté par diverses bactéries qui peuvent mener à la mort. On ne rigole pas avec les eaux polluées. Les sportifs olympiques sont d'ailleurs encouragés à se faire vacciner de diverses maladies (typhoïde, hépatite, etc.).
 


Dans les relevés du vendredi 12 juillet 2024, l'eau était "baignable" en termes de pollution. En revanche, samedi matin, le débit du fleuve était encore très élevé, plus de 500 mètres cubes par seconde, ce qui est trop fort pour la cérémonie d'ouverture et pour les épreuves de natation libre et de triathlon prévues dans la Seine (la ministre a même été un peu emportée par le courant). On n'a plus qu'à espérer qu'il ne pleuve pas dans la seconde quinzaine de juillet.

Le mois dernier, la Seine n'était pas encore "baignable" en raison de la météorologie indélicate avec les nombreuses pluies qui ont entraîné des rejets pollués dans le fleuve. Des épreuves de natation devraient se faire dans ces eaux lors des Jeux olympiques et paralympiques. Un pari donc fou quand on voit d'où l'on part et il a bien fallu une ministre pour convaincre les sportifs olympiques que l'eau serait utilisable.
 


Pour le coup, Amélie Oudéa-Castéra a grillé la politesse à deux autres personnalités qui avaient annoncé qu'elles feraient trempette dans l'eau de la Seine : le Président de la République Emmanuel Macron et la maire de Paris Anne Hidalgo. Cette dernière avait reporté plusieurs fois la date de sa baignade, maintenant prévue le 17 juillet 2024. Ce ne sera donc plus un exploit ni un événement mondial pour madame 1% à l'élection présidentielle de 2022. En raison de la dissolution et du futur changement de gouvernement, Amélie Oudéa-Castéra devait se dépêcher d'aller au bain si elle voulait encore le faire ès qualités, puisque dans quelques jours, elle ne sera plus ministre (elle l'est depuis le 20 mai 2022, avec également un passage éclair de moins d'un mois au Ministère de l'Éducation nationale et de la Jeunesse en janvier 2024).

Je ne sais pas si l'engagement de la maire de Paris de permettre aux Parisiens (et aux autres !), tous, pas seulement quelques sportifs, de se baigner dans la Seine à Paris pour l'année 2025 sera tenu car il est fort probable que la pollution, surveillée au jour le jour avec des seuils bien déterminés, ne donne pas forcément entière satisfaction : en effet, dépendre des conditions météorologiques pour assurer la sécurité d'une baignade serait particulièrement difficile à gérer si c'était accessible au grand public.


Bien entendu, dans les réseaux sociaux, cet exploit a été diversement commenté : admiration pour le courage de la ministre, et, comme souvent avec des oisifs qui passent leur temps sur Internet, aigreurs et dénigrements. Cependant, il y a eu deux autres types de commentaires qui reviennent souvent et qui sont intéressants.
 


Les premiers sont portés à se faire les vertueux du budget de l'État, et ils ont raison avec plus de 3 000 milliards d'euros de dette publique (aujourd'hui, le risque politique que la dette s'aggrave est très élevé), en rappelant que le projet pour dépolluer les eaux de la Seine coûte en argent public autour de 1,4 milliard d'euros (je n'ai pas vérifié mais cela me paraît un ordre de grandeur cohérent). Évidemment, le débat est : qu'aurait-on pu faire avec cet argent pour les hôpitaux, pour les écoles, pour la justice, pour le logement, etc. ?

D'un point de vue théorique, ceux qui s'interrogent ont raison, et l'engagement politique, justement, à mon sens, se résume à faire des priorités budgétaires, des choix de financer tels projets plutôt que tels autres. Mais avec ce raisonnement, on ne ferait plus rien tant que demeureraient la misère humaine, la pauvreté, etc. Or, on sait bien aussi que des projets fous, qu'on penserait même issus de caprices de dirigeants, ont fait beaucoup pour l'humanité, pour les nouvelles technologies, etc. L'exemple le plus démonstratif est sans doute l'homme qui a marché sur la Lune, totalement inutile d'un point de vue scientifique pour l'objectif, mais tellement utile pour la méthode et les moyens avec de nombreuses retombées technologiques (sur l'isolation thermique par exemple). Et puis, il y a aussi un facteur difficilement quantifiable, le facteur d'émotion ou de psychologie : probablement que la victoire lunaire des Américains a contribué, ce n'est pas la seule cause bien sûr, à l'échec définitif du communisme et de l'Union Soviétique.

Alors, faire de ces Jeux olympiques et paralympiques la devanture d'une France qui gagne, qui trouve des solutions technologiques à des problèmes qui n'ont jamais été résolus depuis des dizaines d'années, rendre la France et les Français fiers de leur pays, leur redonner confiance (malgré la pagaille parlementaire ou justement à cause de la pagaille parlementaire), une France qui donne de l'émotion, ce ne sera jamais inutile et cela peut aussi engager les investisseurs, aujourd'hui dans l'expectative depuis la dissolution et les élections législatives, à continuer à faire confiance à la France, à s'y installer et à y créer encore plus d'emplois (pour le bien des Français, et de leurs budgets publics).

 


Les seconds types de commentaires sur lesquels je veux aussi m'arrêter, c'est évidemment l'humour. Et les réseaux sociaux sont très généreux avec l'humour. Beaucoup d'internautes proposent ainsi des photographies de la ministre avant et après son bain, bien sûr, le "après" montre une sorte de monstre avec plein de bouton, c'est selon les trouvailles des uns et des autres. Il y a aussi des jeux de mots sympathiques, comme celui-ci : « Elle est ressortie avec tellement de bactéries que Macron l'a nommée Ministre des Spores. ».
 


Ou quelques moqueries sur la ministre elle-même (si elles sont bon enfant, pourquoi pas ?) : « On annonce son passage à Rouen, en direction du Havre... ».
 


Et la palme, à mon avis, pour cette mise en situation, revient au conseil de cabinet à Matignon, avec Gabriel Attal qui dit : « Je vous propose de reprendre cette réunion un peu plus tard, le temps de trouver d'où vient cette odeur de vase et de rat crevé. » !
 



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juillet 2024)
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Pour aller plus loin :
Pas d'Éducation nationale pour AOC.
Amélie Oudéa-Castéra se baigne dans la Seine : Paris tenu !
Adèle Milloz.
Éric Tabarly.

Coupe de France de football 2023 : victoire de Toulouse ...et d'Emmanuel Macron !
France-Argentine : l'important, c'est de participer !
France-Maroc : mince, on a gagné !?
Qatar 2022 : vive la France, vive le football (et le reste, tant pis) !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
Vincent Lindon contre la coupe au Qatar.
Neil Armstrong.
John Glenn.
Michael Collins.
Thomas Pesquet.
Youri Gagarine.
Le burkini dans les piscines.
Les seins nus dans les piscines.
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Novax Djocovid.
Jean-Pierre Adams.
Bernard Tapie.
Kylian Mbappé.
Pierre Mazeaud.
Usain Bolt.












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13 juillet 2024 6 13 /07 /juillet /2024 03:55

Tristesse infinie. Petite pitchounette meurtrie. Dont on a ôté la vie.


 


Les téléspectateurs de ce vendredi 12 juillet 2024, dans la soirée, ont pu apprendre la nouvelle : une alerte enlèvement. Le nom de l'enfant disparu, Célya, son âge, 6 ans, ses vêtements, les lieux où elle pourrait être, etc. Et une photo. Rien n'est inutile pour retrouver un enfant. On sait bien que c'est aux premières heures qu'on peut retrouver un enfant et plus le temps s'allonge, plus la probabilité des retrouvailles s'écroule.

Dans une sorte d'insensé espoir, on se dit que c'est une erreur, l'enfant s'est perdue, on va vite la retrouver et on en sera pour une bonne peur, qu'on racontera plus tard, comme souvenir d'un été particulièrement stressant. Peut-être en rigolant. Et puis l'optimisme s'écroule, s'effondre, lorsqu'on lit un macabre communiqué, comme un couperet de guillotine, cette nuit, du parquet de Rouen : « Le corps sans vie de Célya a été retrouvé. ».

Des dizaines, peut-être des centaines de personnes ont communié à cette disparition, ont aidé, ont cherché à s'informer, à avoir des nouvelles de la petite, se sont mis à la place de sa mère, se sont inquiétés pour elle. Incontestablement, même si c'est très anecdotique, il y a encore des pistes de progression pour le Ministère de la Justice dans la communication avec le grand public. Sans ménagement. Sans ambages, on apprend que le pire est arrivé. Effondrement infini.

Un peu plus tard, on apprend que l'alerte enlèvement a été très utile, et il faut s'en féliciter car la procédure est maintenant bien rodée et peut sauver des vies. Hélas, ici, cela n'a pas suffi. Un témoin a pu informer la police qu'il avait vu le véhicule du beau-père de Célya.
 


C'est à partir de cette information que la brigade des recherches de la gendarmerie nationale d'Yvetot, en Seine-Maritime, a pu faire des investigations dans les environs et a trouvé le corps sans vie de Célya dans un bois, pas loin du véhicule. Le propriétaire du véhicule et auteur présumé du meurtre de la petite fille de 6 ans est encore en fuite et peut d'ailleurs être dangereux (des conseils de prudence et de vigilance sont donnés).

Dans le communiqué du procureur de la République de Rouen publié au milieu de la nuit (lire en fin d'article), il est précisé que la mère de Célya a d'abord été victime de coups de son compagnon et a été hospitalisée, sans que ses jours, heureusement, ne soient en danger. Enfin, c'est une façon de parler, car lorsqu'elle s'apercevra de la situation, sa vie sera foutue, elle aura une blessure indélébile, incicatrisable, le monde s'est écroulé pour elle. Perdre un enfant. Toujours innocent. Insurmontable.

Beaucoup de réactions affluent, en particulier sur Twitter, même des politiques, dont le député FI Carlos Martens Bilongo. Soit les internautes s'adressent à l'enfant pour lui souhaiter la paix, un monde doux dans le ciel, soit ils pensent à la famille, à sa mère (qui est hospitalisée). Compassion. Certains se demandent si la mort remonte à avant ou après l'alerte enlèvement, d'autres évoquent la peine de mort, se lâchent même sur leur propre idéologie qui y voit matière à récupération politique, mais heureusement, ils sont très peu nombreux. Face à l'amour d'une vie, au départ d'un enfant, la décence reste relativement bien partagée. Quelques-uns enfin ont publié la photographie du suspect, le compagnon de la mère, comme pour inciter au lynchage, alors qu'il faut rappeler que la sanction doit être prononcée par la justice et tant qu'un suspect n'est pas jugé, il est présumé innocent. Je sais, c'est dur de l'écrire, mais qui est-on pour condamner alors qu'on ne connaît rien de rien ?

Entre les statistiques des homicides volontaires et la photo de la petite Célya, entre les arguments nauséeux de gros bourrins qui se nourrissent, comme des vampires, des victimes, et l'innocence de cette âme assassinée, il y a effectivement un immense fossé. La violence, celle de la maison d'à-côté, la guerre, lointaine ou proche, dans les cœurs, les arguments de force, de brutalité, hélas, font partie inhérente de cette humanité qui peut le meilleur et le pire, et parfois en même temps.


Est-ce un féminicide d'avoir voulu assassiner sa mère, d'avoir assassiné sa belle-fillette ? On pourrait aussi appeler un célyacide, tellement chaque victime, chaque meurtre est une histoire entière, spécifique, singulière et doit prendre un nom différent. Quelles qu'en soient ses raisons, ou ses déraisons, l'auteur de cette horreur définitive, suprême, de prendre la vie d'un enfant a nécessairement tort, mérite jugement, condamnation et châtiment. Mais de grâce, nous, hommes et femmes libres et éclairés de la société des Lumières, endeuillés, enlarmés par cette tragique, par les autres et par les suivantes hélas, restons humains et n'imitons pas les bourreaux. Ce serait assassiner une seconde fois l'enfance.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juillet 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La nuit de Célya.
La nuit d'Émile Soleil.
Affaire Grégory : la vérité sans la boue ?

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240713-celya.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-nuit-de-celya-255815

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3 avril 2024 3 03 /04 /avril /2024 04:30

« La cause de son décès reste inexpliquée (…). Aucune hypothèse ne peut être privilégiée. » (Jean-Luc Blachon, le procureur d'Aix-en-Provence, le 2 avril 2024).


 


Triste journée de Pâques qui aurait dû être la fête de la Résurrection et qui n'est que la confirmation de la mort. Depuis le 8 juillet 2023, le petit Émile Soleil était porté disparu. Un garçon de 2 ans et demi, plein de vie, déjà tout d'un petit homme potentiel. Aucune trace, aucun indice, et même si le temps, surtout pour un enfant de cet âge, ne pouvait que faire grandir le pessimisme, il y avait toujours l'espoir qu'il fût enlevé et qu'il soit toujours vivant. Hélas, ce dimanche 31 mars 2024, les analyses ADN ont parlé et ont confirmé la mort du petit garçon, après que des ossements avaient été retrouvés par une randonneuse la veille. Le crâne et les dents appartiennent bien à l'enfant.

Ces restes ont été retrouvés dans un lieu boisé très escarpé, difficile d'accès, à seulement 1,7 kilomètre du petit village (hameau) où il séjournait avec ses grands-parents, le Haut Vernet, dans les Alpes-de-Haute-Provence, soit à 25 minutes de marche à pied d'adulte. Quelques-uns de ses vêtements ont été retrouvés par la suite, à 150 mètres du lieu où se trouvaient les ossements. La gendarmerie continue à fouiller les lieux pour tenter d'établir ce qui s'est réellement passé.

Dans sa conférence de presse du 2 avril 2024, le procureur de la République d'Aix-en-Provence, Jean-Luc Blachon, a admis que tout reste possible sur la cause de la mort d'Émile. Ce qui aurait pu passer pour une nouvelle affaire Grégory pourrait n'être qu'un très malheureux accident.

Pour le procureur, les trois hypothèses sont encore en études, celle de la mort accidentelle par l'enfant lui-même, celle de l'homicide involontaire (un accident de circulation, voire de moissonneuse), et celle du meurtre. Mais la possibilité d'un meurtre devient de plus en plus faible car le crâne n'aurait reçu aucun coup, il aurait été à cet endroit depuis longtemps (ces restes n'ont pas été amenés pour Pâques, juste après une reconstitution, ou plutôt, "mise en situation", rassemblant dix-sept personnes, famille et voisinage, le 28 mars 2024), et présente des traces de morsures qui semblerait être provoquées par des animaux sauvages. Tout laisse entendre que le malheureux Émile ait chuté et que des animaux ou l'eau l'aient transporté plus loin, disséminant restes et affaires. Certes, dans d'autres disparitions, le meurtrier a déjà laissé un corps sans vie, sans l'enterrer, et c'est pour cela qu'il faut garder cette prudence qui n'est pas que verbale. Ainsi, la porte-parole de la gendarmerie Marie-Laure Pezant a déclaré le 31 mars 2024 sur BFMTV : « Il y a la possibilité que ces ossements aient été amenés par une personne, par un animal ou par des conditions météo qui ont pu modifier la zone. ».


Ce n'est pas, hélas, impossible qu'après une chute, dans un relief particulièrement difficile, une personne disparaisse pendant un temps long, voire n'est jamais retrouvée (auquel cas on ne pourrait pas dire s'il s'agissait d'une chute). C'était le cas de la jeune actrice Pauline Lafont, qui avait, à 25 ans, tout son avenir devant elle, promis d'être radieux, et qui a disparu le 11 août 1985 en faisant (seule) une randonnée dans les Cévennes. Comme elle était attendue en Suisse, elle fut recherchée, sur alerte de sa mère, Bernadette Lafont, dès la fin d'après-midi, mais les recherches n'ont pas abouti. Elle a été finalement découverte le 21 novembre 1988, à moitié décomposée, par un berger. Elle avait fait une chute de dix mètres qui l'a tuée sur le coup, et était restée au fond du ravin plus de trois mois, tandis que son frère avait déposé une plainte contre X pour arrestation arbitraire et séquestration et que l'emballement médiatique a fait éclore toutes sortes de thèses parmi les plus fantaisistes.
 


Depuis quelques jours, des détails particulièrement morbides sont développés ad nauseam par certaines chaînes d'information continue sans délicatesse et sans particulièrement de raison sinon de faire de l'audience. Comme lors d'autres tragédies, catastrophes, attentats, etc., il faut toujours penser à la famille, aux proches des victimes. Bien sûr, il faut déterminer la cause du décès, pour savoir si une main humaine en est la cause, volontaire ou involontaire, c'est le rôle de la société, des autorités, de la police (et gendarmerie) et de la justice.

Je pense avant tout aux parents d'Émile, à ses grands-parents, dont la peine infinie les traumatisera de manière irréversible. C'est ce que dit aussi Jérôme Triomphe, l'avocat des parents d'Émile, lors de l'annonce du 31 mars 2024 : « Si cette nouvelle déchirante était redoutée, l’heure est au deuil, au recueillement et à la prière (…). Les enquêteurs continuent leur travail dans le nécessaire secret de l’instruction pour que puissent être découvertes les causes de la disparition et de la mort d’Émile. ». La route du village a été coupée à la circulation pour permettre de continuer les recherches dans les meilleures conditions. Adieu, p'tit bout d'chou souriant !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 avril 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La nuit d'Émile Soleil.
Affaire Grégory : la vérité sans la boue ?

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240331-emile.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-nuit-d-emile-soleil-253962




 

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26 mars 2024 2 26 /03 /mars /2024 04:41

L'ancienne candidate à l'élection présidentielle a prétendu qu'il y avait un lien direct entre le glyphosate et les perturbateurs endocriniens et l'augmentation du nombre d'enfants trans.


 


On pourrait bien invoquer le très classique naufrage de la vieillesse dénoncé par De Gaulle dans ses mémoires à propos de Pétain qu'il connaissait bien pour avoir travaillé avec lui, mais la réalité, c'est que si naufrage il y a (et c'est le cas), cela date de bien plus longtemps que cette vieillesse qui arrive. Ségolène Royal, perpétuelle dame sautillant dans les médias malgré ses 70 ans passés (elle les a eus le 22 septembre dernier), n'a jamais cessé de dire n'importe quoi et chaque embardée médiatique me confirme dans ce choix évident que j'ai eu de n'avoir jamais glissé un bulletin portant son nom dans une urne. Ce qui n'est pas le cas de près de 16,7 millions de mes contemporains (à eux : je ne vous félicite pas !).

Depuis quelques semaines, comme Roselyne Bachelot, mais pas en même temps (à ma connaissance), Ségolène Royal, qualifiée de « finaliste de la présidentielle » (comme si l'élection présidentielle était une compétition sportive), émarge à BFMTV. Officiellement, elle est devenue papoteuse attitrée de quelques soirées plateau sur BFMTV. Une joie pour celle qui aime bien mettre son grain de sel sur beaucoup de sujets (je ne la blâmerais pas là-dessus, j'ai aussi cette fâcheuse manie).

Cependant, cette soirée du mardi 19 mars 2024, elle aurait probablement mieux fait d'être silencieuse, car elle s'est surpassée dans le n'importe-quoi, et même dans le plus-que-n'importe-quoi ! Un intervenant (fort sympathique) et une animatrice (faussement éberluée) ont un peu réagi mais trop mollement pour que les affirmations de Ségolène Royal puissent être stoppées net avant l'arrivée dans le cerveau des téléspectateurs. Non seulement Ségolène Royal a dit n'importe quoi, mais elle a ouvert une porte jusque-là jamais ouverte (ni même imaginée) d'un nouveau complotisme, celui du gang du glyphosate !


De quoi s'agit-il ? Le sujet était le changement de sexe et cette idée sage que cette transformation irréversible ne devrait pas se faire avant l'âge de 18 ans. C'est une proposition loi qui va bientôt être déposée par des sénateurs LR inquiets de la hausse croissante des demandes de changement de sexe chez les enfants et les adolescents. Le sujet est donc les enfants transgenres et pas l'écologie (je précise pour ce qui vient).

Ségolène Royal est favorable à cette proposition de loi (présentée par la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, sénatrice du Val-d'Oise et ancienne maire de Saint-Gratien) : « Je pense en effet que c'est une bonne décision d'interdire les changements quand les enfants sont mineurs. La preuve, c'est qu'ensuite, il peut y avoir des regrets. Et il faut une certaine maturité, ou alors il faut un accompagnement médical, avec une décision médicale, mais je pense en effet que les sénateurs ont raison sur ce point. ». Mais avant ce soutien, elle a balancé une affirmation complètement erronée (et choquante).


Je laisse Ségolène Royal s'exprimer : « Il ne faut pas oublier que l'augmentation de ces cas, vous savez à quoi il [sic] est dû ? Aux perturbateurs endocriniens. Et ça, c'est insuffisamment dit. (…) Ah oui, c'est prouvé ! Mais bien sûr, le glyphosate et tous les perturbateurs endocriniens bouleversent... (…) le cycle hormonal. Et donc, il y a cette incertitude, il y a ces bouleversements hormonaux, et d'ailleurs, dans les territoires où il y a une utilisation du glyphosate massive et des pesticides massifs [sic], l'âge de la puberté des petites filles commence parfois à 8-9 ans. Donc, il y a une perturbation, il ne faut pas cacher ce phénomène-là, liée aux pollutions et aux perturbateurs endocriniens, qui sont aussi dans l'alimentation, qui sont aussi dans les produits de nettoyage... Donc, cette question-là, vous allez voir, elle va revenir sur le devant de l'actualité parce qu'il y a un lien très direct. ».

Après la stupeur (ai-je bien entendu ce que j'ai entendu ?!), les réactions ont oscillé entre tristesse de la pauvreté du débat public, la colère de laisser la parole à tant d'indigence et l'hilarité pour se payer une fois encore la tête de la mère Ségo ! (qui n'en est pas à sa première tentative, comme écrit plus haut). Même les associations de défense des LGBT+ se sont fâchées par ces propos totalement irresponsables qui nient finalement l'idée que les enfants transgenres seraient spécifiquement différents des autres et laissent entendre qu'ils ne seraient victimes simplement que d'une pollution extérieure. Un peu comme, il y a une cinquantaine d'années, lorsque certains considéraient que l'homosexualité était une maladie et qu'il fallait de la charité pour ceux qui en seraient malheureusement atteints. La sénatrice écologiste Mélanie Vogel a été particulièrement dégoûtée par ces propos : « Franchement, c'est insupportable. On peut écouter des personnes qui savent ce que c'est une personne trans plutôt que Ségolène Royal qui raconte juste absolument n'importe quoi ? ».

Dans les réseaux sociaux, en particulier sur Twitter, les internautes ne l'ont évidemment pas ratée. Un premier a dit : « Venant d'une menteuse professionnelle payée par l'industrie agroalimentaire... ça ne manque pas de pesticides crasses dont vous êtes coutumière. Merci de votre bêtise. ». Ce qu'un deuxième a approuvé à sa manière, plus cavalier : « La Royal a sans aucun doute abusé de bon nombre de substances bizarres de chez Monsanto/Bayer pour avoir les tuyaux de la soupière dézingués à ce point là... On la fait redescendre, ou on la laisse collée là-haut ? ». Un troisième a remarqué avec pertinence : « L'excitation de la présentatrice du jeu qui sait qu'elle tient une phrase de "Ségolène" qui va faire mouche... Incroyable... ». Ce qui a fait réagir : « Bah, c'est pour la même raison qu'on donne la parole à des NVB, Philippot et compagnie. Ce sont des bons clients. Va y avoir une punchline, une absurdité, bref, du buzz. ».

Un quatrième internaute a asséné : « Vu les dégâts réalisés en Poitou-Charentes, je ne comprends toujours pas qu’elle soit encore invitée à s’exprimer. ». Plus ironique, une cinquième a lancé : « Elle s’est fiancée avec Francis Lalanne ??? ». Un sixième : « Mais quand tous ces médias populo-populistes vont-ils arrêter d’inviter tous ces has-been qui n’ont apparemment plus leur tête ? ». Un septième, plus vache : « À quel moment s'est-elle dit : je vais faire mieux que le Titanic en terme de naufrage ? ». Plus soupçonneux, un huitième n'a pas hésité à faire des comparaisons osées : « Elle n'est plus très loin des mollahs iraniens qui rendaient les femmes adultères responsables des tremblements de terre. ». Un neuvième éberlué : « Alors là, nous sommes passés dans une autre dimension ! ». Un dixième a décliné la bravitude : « GLY---PH0---SA---TUDE ! ».

Plus précis, un onzième internaute a rappelé : « L'Agence européenne des produits chimiques et l'Autorité européenne de sécurité des aliments ont évalué les preuves disponibles et ont conclu que le glyphosate ne satisfaisait pas aux critères scientifiques pour être classé comme perturbateur endocrinien. ». Un douzième tout aussi précis : « La perturbation endocrinienne est un cut off au niveau de l'EFSA qui rassemble les études sur les pesticides. Si des études fournies ou indépendantes avaient montré le moindre effet PE du glyphosate, il n'aurait pas été réautorisé. Il faut que Ségolène arrête le lait de soja ! ». Très factuel aussi, un treizième a émis une hypothèse, très importante pour le raisonnement scientifique : « C'est parfois à l'adolescence que la quête de changement de genre se manifeste. Les perturbateurs endocriniens sont soupçonnés de favoriser la précocité de l'adolescence. Ça suffit à Ségo pour confondre Concomitance, Corrélation et Causalité. ». Un quatorzième, plus clinique, a tenté l'explication médicale : « Je me demande à quel moment son cerveau a décroché. Serait-ce l'onde de choc de la présidentielle perdue qui la travaille encore ? Elle quand même devenue très bizarre. ».


Un quinzième a lâché sa colère : « Un festival, dans nos médias. Et après, on aura droit à des chroniqueurs et journalistes "étonnés" par les résultats des sondages concernant les différentes théories du complot. Ils participent à la désinformation, c'est dramatique. ». Tandis qu'un seizième était très inquiet : « Alors là c'est officiel, on a totalement et Royalement perdu Ségolène et aucun avis de recherche n'est lancé ! ».
 


Le plus intéressant est sans doute ceux qui argumentaient sur le fond. Un autre internaute a ainsi pensé que l'ancienne ministre de l'écologie a confondu ses lectures car les études scientifiques évoquent des mollusques devenant hermaphrodites à la suite d'une exposition à des perturbateurs endocriniens. En particulier, on peut retrouver les détails dans la publication scientifique qu'il propose, celle de la chercheuse allemande Michaela Tillmann et al., "Effects of endocrine disruptors on prosobranch snails (Mollusca: Gastropoda) in the laboratory. Part III: Cyproterone acetate and vinclozolin as antiandrogens", éditée en décembre 2001 dans la revue "Ecotoxicology" (vol. 10, p373-388).

Je cite la fin du résumé de cette publication : « Each group of endocrine disruptors induces a characteristic set of toxicological effects in prosobranch snails which can be used as endpoints in an organismic invertebrate test for the identification of endocrine mimetic test compounds. Estrogens cause primarily an induction of superfemales resulting in an increased female mortality by the enhancement of spawning mass and egg production. The main effects of androgens are a virilization of females by imposex development and a marked decrease of the fecundity. Compared with estrogens and androgens, the antiandrogen responses seem to be less drastic and might have--in contrast to the two other disruptor classes--no biologically significant effects at the population level. ».

Traduction approximative : « Chaque groupe de perturbateurs endocriniens induit un ensemble caractéristique d'effets toxicologiques chez les mollusques prosobranches qui peuvent être utilisés comme paramètres dans un essai sur des organismes invertébrés pour l'identification de composés de test mimétique endocrinien. Les œstrogènes provoquent principalement une induction de superfemelles, ce qui entraîne une mortalité accrue des femelles par l'amélioration de la masse reproductrice et de la production d'œufs. Les principaux effets des androgènes sont une virilisation des femelles par développement de l'imposex et une diminution marquée de la fécondité. Comparées aux œstrogènes et aux androgènes, les réponses antiandrogènes semblent moins drastiques et pourraient n'avoir, contrairement aux deux autres classes de perturbateurs, aucun effet biologiquement significatif au niveau de la population. » [Certains escargots de mer femelles (gastéropodes) développent des caractéristiques sexuelles mâles à la suite d'une exposition au TBT (tributylétain). On appelle ce phénomène "imposex". ; le terme "superfemelle" est utilisé pour désigner une femelle ayant le syndrome chromosomique triple X].

Du reste, la chaîne BFMTV a fait son travail, même si on peut la suspecter de faire du buzz, car le 21 mars 2024, elle a interrogé le professeur Jean-Claude Carrel, chef du service d'endocrinologie pédiatrique à l'hôpital Robert-Debré à Paris, qui a rétabli la vérité scientifique : « La transidentité est la différence entre l’identité de genre et le sexe chromosomique, génétique. Mais lorsqu’on évalue le profil hormonal des personnes transgenre et de celles qui ne le sont pas, il n’y a pas de différence. Même chose au niveau génétique (…). Les mécanismes de la transidentité ne sont pas connus. Il n’y a pas de base biologique connue. ». Et de clarifier : « Actuellement, aucune donnée solide ne relie l’exposition aux perturbateurs endocriniens à l’âge du début de la puberté, nous sommes au niveau de la suspicion. Il y a un constat que cet âge avance. D’autres facteurs pourraient jouer un rôle comme la nutrition. (…) Le début de la puberté est une notion très variable. On estime que le développement des seins se fait entre 8 et 13 ans; il y a donc 5 ans de variation d'amplitude. ».

Jean-Claude Carrel a estimé que, de façon générale, « les perturbateurs endocriniens peuvent jouer un rôle, ils peuvent être l'un des cofacteurs, mais ne sont pas les seuls responsables » du déclenchement de la puberté. En revanche, il a affirmé : « Sur le plan épidémiologique, il existe des données solides qui lient les perturbateurs endocriniens au risque de cryptorchidie, c’est-à-dire de testicules mal descendus, ou d’hypospadias, une malformation qui touche le pénis. », ce qui n'a absolument rien à voir avec la transidentité.

De même, le 22 mars 2024, "20 Minutes" a contacté le sociologue Arnaud Alessandrin, spécialiste de la jeunesse et des identités de genre : « Il n’y a clairement aucun lien établi entre les perturbateurs endocriniens et le nombre d’enfants trans. Rien dans la littérature scientifique ne permet de l’affirmer. (…) Des modifications dans la sexuation peuvent apparaître chez les animaux (…). Mais chez les humains, l’identité de genre signifie le sentiment d’être un genre ou un autre. La traduction à l’humain est de ce point de vue impossible. (…) Ce mouvement [qui affirme un lien de causalité entre perturbateurs et transidentité] va considérer que l’identité de genre relève de la perturbation. C’est une vision pathologisante, de l’ordre de la suspicion. On considère qu’il n’est pas normal que les jeunes se déclarent trans. ».

L'ancienne ambassadrice des pingouins, qui officie également chez Cyril Hanouna, a bien compris qu'elle avait fait une grosse boulette et a fait du rétropédalage le 21 mars 2024 sur son compte Twitter, bien obligée d'en convenir même si sa grande mauvaise foi lui interdit de le reconnaître ouvertement : « Ce n'est pas du tout ce que j'ai dit, je n'ai même pas évoqué "le nombre d'enfants trans". J'ai parlé de l’âge de la puberté, fragilisé quand il est impacté par les perturbateurs endocriniens (…). La brièveté de mes propos a pu porter à confusion et je m’en excuse auprès de ceux qui les ont honnêtement mal interprétées. J’ai toujours combattu les théories médicalisées de l’identité de genre, qui me font horreur, comme mes amis le savent. ». Et d'ajouter : « Les accusations de transphobe, proférées ici ou là, sont non seulement diffamatoires mais blessantes car volontairement malhonnêtes. ». Ce que je sais, c'est que lorsqu'on est poli et qu'on s'exprime correctement, on ne s'excuse pas soi-même mais on demande à être excusé par ceux que les propos ont choqués. En tout cas, la France est revenue de loin, le 6 mai 2007 (« En avant vers de nouvelles victoires ! »).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mars 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ségolène Royal et la boulimie médiatique du plus-que-n'importe-quoi.
Ségolène Royal, candidate de l’écologie intégrale en 2022 ?
Ségolène Royal et la baisse du chômage…
Ségolène Royal, adepte de la castritude aiguë.
Ségolène Royal et l’écotaxe.
Ségolène Royal avant la primaire socialiste de 2011.
Procédés égyptiens : le débat rayonnant sur le nucléaire.
Intégralité du débat Sarkozy vs Royal le 2 mai 2007.
Ségolène Royal et la démocratie participative.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240319-segolene-royal.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/segolene-royal-et-la-boulimie-253732



 

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2 février 2024 5 02 /02 /février /2024 04:01

« Hybristophilie : déviation sexuelle dans laquelle la personne est attirée par des criminels, assassins et meurtriers. » (provenant du grec hybrizo, ὑϐριζω, "commettre un outrage contre quelqu'un", et philo, φιλω, "aimer").




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Précédemment, j'ai évoqué la figure de l'abbé Pierre qui avait 41 ans au moment de lancer son fameux appel pour venir en aide aux sans-abri. 41 ans, c'est l'âge que va avoir Nordahl Lelandais dans quelques semaines (le 18 février 2024), mais la comparaison s'arrêtera évidemment là. L'un est le symbole de la bonté et de la générosité, bonté et générosité efficaces, une personnalité qui a su faire du bien à grande échelle, voire à l'échelle industrielle (Emmaüs). L'autre, au contraire, est l'un des symboles de ce qu'il y a de pire chez l'humain, de l'horreur, de la brutalité et surtout, de la mort, du chagrin infini des familles.

Je voudrais revenir sur un fait récent concernant ce multi-meurtrier.

Rappelons d'abord très rapidement qui est cet homme : Nordahl Lelandais a été condamné le 11 mai 2021 par les assises de Chambéry à vingt ans de réclusion criminelle dont quatorze ans de sûreté pour le meurtre d'Arthur Noyer (23 ans), disparu dans la nuit du 11 au 12 avril 2017 à Chambéry et dont le corps a été retrouvé le 7 septembre 2017 à Montmélian, et il a ensuite été condamné le 18 février 2022 par les assises de Grenoble à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de vingt-deux ans pour le meurtre de Maelys de Araujo (8 ans), disparue dans la nuit du 26 au 27 août 2017 à Pont-de-Beauvoisin et dont le corps a été retrouvé le 14 février 2018 dans la Chartreuse.

Pour ces deux meurtres, Nordahl Lelandais a reconnu devant la justice avoir été à l'origine de la mort de ses victimes, respectivement le 14 février 2018 (Maelys) et le 6 avril 2018 (Arthur Noyer). Au-delà de ses aveux, des éléments matériels ont établi sa culpabilité (des traces de sang dans la voiture et la géolocalisation des téléphones mobiles, très efficace pour retrouver un itinéraire).

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Par ailleurs, Nordahl Lelandais a été condamné le 12 janvier 2024 par le tribunal correctionnel de Charleville-Mézières d'une peine d'un an de prison pour l'agression sexuelle sur l'une de ses petites-cousines en mars 2017.


La police enquête encore et a même rouvert des affaires déjà classées concernant une vingtaine de disparitions mystérieuses pour vérifier si Nordahl Lelandais pouvait en être l'auteur. Pour l'instant, aucun élément ne semble l'accuser, mais c'était par cette méthode que le meurtre d'Arthur Noyer a été résolu, après avoir enquêté sur lui pour le meurtre de la petite Maelys.

Tout cela est très glauque, même si les circonstances des meurtres ne sont pas bien claires, puisque le meurtrier nie toute motivation sexuelle, mais celle-ci n'est pas à exclure. Après ses deux procès aux assises, Nordahl Lelandais est désormais incarcéré à la prison d'Ensisheim, entre Colmar et Mulhouse, en Alsace.

L'information la plus récente a été donnée par "Le Parisien" le 12 janvier 2024 et reprise en une par la chaîne d'information continue BFMTV le 15 janvier 2024. Cette chaîne, spécialisée dans les faits-divers les plus glauques et sordides, n'hésite pas à en faire des tonnes sur tout ce qui a rapport avec des affaires criminelles qui, par définition (il suffit de voir le succès des romans policiers et des séries policières à la télévision), font de l'audience : « Le détenu, qui purge une peine de prison à perpétuité pour les meurtres du caporal Arthur Noyer et de Maëlys de Araujo, a eu un petit garçon avec sa compagne il y a deux mois. ».

Évidemment, les familles des deux victimes ont exprimé leur colère en apprenant qu'on pouvait être un double meurtrier condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec une peine de sûreté de vingt-deux ans et pouvoir concevoir un enfant, donc, avoir des rapports sexuels avec une femme en prison.

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Disons-le tout de suite : la naissance d'un être humain, quelles qu'en soient les conditions, est pour moi toujours l'œuvre
d'une grâce infinie. De plus, dans tous les cas, l'enfant qui vient de naître, même si, avouons-le, il commence un peu difficilement dans la vie, est innocent, vierge, blanc de toute tache paternelle, il n'est responsable d'aucun crime commis par son père, et j'espère pour lui que son existence trouvera la voie du bonheur et de la félicité. Je lui souhaite surtout de la discrétion médiatique pour qu'il puisse se construire hors de l'ombre d'un père forcément absent.


Si on fouille un peu le sujet, on apprend vite que Nordahl Lelandais avait bénéficié dans sa prison de Saint-Quentin-Fallavier (en Isère), depuis 2020, de la disposition d'une unité de vie familiale, un espace permettant au détenu d'avoir l'intimité requise pour des relations amoureuses. Son ancienne compagne et visiteuse de prison, Élisabeth (50 ans), que le meurtrier a ensuite larguée (à la fin de décembre 2021), a reconnu le 13 janvier 2022, devant la police, lui avoir fourni en septembre 2021 deux smartphones (en plastique, indécelables dans les portiques), ainsi que, selon "Le Dauphiné libéré", « deux chargeurs, trois cartes SIM, deux grammes de cocaïne et du rhum » (une enquête est donc en cours). L'ex-compagne l'avait aussi accompagné à l'enterrement de son père en janvier 2021 (il avait alors obtenu la permission de sortir de sa prison).

Et le 28 avril 2022, shocking ! Nordahl Lelandais a été pris en flagrant délit, surpris en plein ébat sexuel dans une salle de parloir, considérée comme un lieu public et donc ces relations ont été qualifiées d'exhibition en public. Avec qui ? Avec une nouvelle compagne, mais ce qui est troublant, c'est que c'était sa première visite, elle a longtemps correspondu avec le meurtrier et a mis beaucoup de temps pour obtenir l'autorisation de le visiter.

On voit bien qu'il n'y a pas de réel isolement du détenu puisque des relations sexuelles peuvent avoir lieu, avec des femmes différentes d'ailleurs. Il n'est donc pas étonnant qu'il puisse ainsi devenir père. Si je comprends la réaction scandalisée des familles des victimes, je le suis moins sur le fait de cette paternité-là, même si je subodore qu'il ne devait pas nécessairement y avoir de projet parental de sa part et que son objectif aurait été plutôt de satisfaire ses besoins primaires (mais ça ne regarde que lui). Cette information pose en fait deux (autres) problèmes.

Le premier, ce sont les conditions carcérales. La France n'est pas au mieux avec la manière dont elle détient ses condamnés, à cause en particulier de la surpopulation carcérale. Certaines prisons sont particulièrement vétustes et le scandale vient plus des conditions d'incarcération dans lesquelles l'hygiène minimale n'est pas assurée, que du confort qu'on permet aux détenus. C'est vrai que les programmes électoraux qui visent à construire plus de prisons ne font pas rêver, on préfère construire des écoles, des hôpitaux et des salles de spectacle. Il y a une quarantaine d'années, une polémique avait éclaté lorsque la gauche a voulu introduire la télévision dans les cellules des prisons (sous réserve de payer une redevance, comme à l'hôpital ou dans les EHPAD !)... Il n'y a plus de bagne ni de galère, et l'idée de prison est à la fois de punir selon une échelle des peines, mais aussi d'envisager une réinsertion après la détention, horizon difficilement accessible pour des condamnés à la réclusion à perpétuité, j'en conviens.

Le second problème est, ici, pour moi, le plus troublant. Être criminel, avoir tué, notamment une petite fille, est un élément qui attirerait donc certaines femmes. Une source d'admiration. C'est plus qu'inquiétant. C'est ainsi que BFMTV a sorti ce moche mot d'hybristophilie : le fait d'aimer des criminels. Quand on lit des livres très précis sur certaines affaires criminelles (il y a plein d'histoires de criminels dans la littérature), on s'aperçoit assez rapidement que lorsqu'il est incarcéré, puis condamné, le meurtrier voire l'assassin reçoit parfois des contacts de personnes intéressées à nouer une relation avec lui. Il n'y a d'ailleurs pas forcément de sexe particulier, le criminel peut être une criminelle, elle attirera aussi des visiteurs de la même sorte (on préférera alors le terme d'enclitophilie). L'hybristophilie et l'enclitophilie peuvent être aussi appelées "syndrome de Bonnie et Clyde".


On lit du reste sur Wikipédia que Landru, qui avait assassiné onze femmes, avait reçu en prison plus de quatre mille lettres enflammées dont huit cents demandes en mariage de femmes séduites par l'abominable et le glauque. On voit donc que cette déviance affective n'est pas nouvelle. Le site donne aussi l'exemple de Monique Olivier, compagne mais aussi complice du pédomeurtrier Michel Fourniret, dont le procès vient d'avoir lieu ; elle a été condamnée le 19 décembre 2023 par les assises de Nanterre à la réclusion criminelle à perpétuité assortie d'une période de sûreté de vingt ans pour la complicité de l'enlèvement, du viol et du meurtre de trois jeunes filles dont Estelle Mouzin, 9 ans (Monique Olivier a rencontré Michel Fourniret pour la première fois en prison, condamné par la cour d'assises de l'Essonne à sept ans de prison dont deux avec sursis, pour des viols et agressions sexuelles).

Ce n'est pas nouveau, mais c'est peut-être de plus en plus visible. Dans la société, chez certains, la violence est une caractéristique essentielle, et si elle s'exprime dans la vie réelle, elle est un danger immédiat pour tout le monde. C'est le double enjeu pour la société : éduquer les jeunes pour réduire la violence et leur donner d'autres modes d'expression ; assurer un réel suivi psychologique de ceux pour qui la violence est un mode de vie.



Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (27 janvier 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nordahl Lelandais, sa paternité et l'hybristophilie.
L’autojustification de la nouvelle prison de Nancy.
Émotion nationale pour Alexandra Sonac et sa fille Camille.
Violences urbaines : à quoi s'attendre pour la fête nationale ?
Soutien total à Vincent Jeanbrun, maire de L'Haÿ-les-Roses.
Nahel n'était pas un ange : et alors ?
La société de vigilance et le faux Xavier Dupont de Ligonnès.
Agression à Bordeaux : attention, un train de violence peut en cacher un autre...
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
Émotion, compassion et soutien aux victimes du criminel d'Annecy.
La sécurité des personnes face aux dangers.
Meurtre de Lola.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Jacqueline Sauvage.
Éric de Montgolfier.


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22 janvier 2024 1 22 /01 /janvier /2024 17:19

« Nous ne savons pas si la situation mondiale est seulement désespérante ou vraiment désespérée. » (Edgar Morin, le 22 janvier 2024 dans "Le Monde").





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Le sociologue et philosophe centenaire Edgar Morin a marqué de son empreinte intellectuelle (et probablement carbone) cette journée du lundi 22 janvier 2024 en publiant dans "Le Monde" une tribune intéressante où il a dressé un tableau apocalyptique de la situation mondiale, non sans y apporter une petite raison d'espérer pour autant. À plus de 102 ans et demi, le multiécrivain étonne par son tempérament éveillé, toujours à l'affût de la course du monde, qu'il sait complexe et c'est même cette complexité qui angoisse et désespère.

Dans cette chronique, il n'y va pas par quatre chemins. En plus de tous les soucis de notre temps, depuis deux ans, deux guerres graves pouvant s'étendre se sont ajoutées aux autres crises, la guerre en Ukraine, bien sûr, et la guerre entre Israël et le Hamas.

Dans son diagnostic, ces deux conflits ont des effets majeurs. L'Ukraine : « Cette guerre a déjà des conséquences considérables : l’autonomisation diversement avancée du Sud par rapport à l’Occident et le resserrement d’un bloc Russie-Chine. ». Israël-Hamas : « C’est une leçon tragique de l’histoire : les descendants d’un peuple persécuté pendant des siècles par l’Occident chrétien, puis raciste, peuvent devenir à la fois les persécuteurs et le bastion avancé de l’Occident dans le monde arabe. ». Personnellement, je trouve le mot "Occident" trop flou et hétérogène, car le mot suppose un clivage entre ce qu'il représente (on y met ce qu'on veut) et le reste du monde.


Mais il n'y a pas que ces deux conflits comme problèmes mondiaux : « Ces guerres aggravent la conjonction de crises qui frappent les nations, entretenues par l’antagonisme virulent entre trois empires : les États-Unis, la Russie et la Chine. Les crises s’entretiennent les unes les autres dans une sorte de polycrise écologique, économique, politique, sociale, civilisationnelle qui va s’amplifiant. ».

En particulier, la crise écologique a des conséquences graves : « L’hégémonie d’un profit incontrôlé (cause majeure de la crise écologique) accroît les inégalités dans chaque nation et sur toute la planète. Les qualités de notre civilisation se sont dégradées et ses carences se sont accrues, notamment dans le développement des égoïsmes et la disparition des solidarités traditionnelles. ». C'est aussi une crise des démocraties : « La démocratie est en crise sur tous les continents : elle se voit de plus en plus remplacée par des régimes autoritaires, qui, en disposant des moyens de contrôle informatique sur les populations et les individus, tendent à former des sociétés de soumission qu’on pourrait appeler néototalitaires. La mondialisation n’a créé aucune solidarité et les Nations Unies sont de plus en plus désunies. ».

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Dans le schéma d'Edgar Morin, le progrès scientifique, loin d'avoir élevé la pensée, l'a au contraire réduite : « Notons, ce qui est difficile à concevoir, que le progrès des connaissances, en les multipliant et en les séparant par des barrières disciplinaires, a suscité une régression de la pensée, devenue aveugle. Lié à une domination du calcul dans un monde de plus en plus technocratique, le progrès des connaissances est incapable de concevoir la complexité du réel et notamment des réalités humaines. Ce qui entraîne un retour des dogmatismes et des fanatismes, ainsi qu’une crise de la moralité dans le déferlement des haines et des idolâtries. ».


D'où la grande probabilité d'autres catastrophes humaines, car il n'y a plus « d'espoir prévisible ». La réflexion du philosophe place la situation actuelle dans un parallélisme avec la situation des années 1930 en Europe, avant la guerre mondiale. Ce qui laisse finalement une porte de sortie : « Cela signifie qu’il faut, avec ou sans espérance, avec ou sans désespérance, passer à la Résistance. (…) Nous ne sommes pas actuellement sous une occupation militaire ennemie : nous sommes dominés par de formidables puissances politiques et économiques et menacés par l’instauration d’une société de soumission. Nous sommes condamnés à subir la lutte entre deux géants impérialistes et l’éventuelle irruption guerrière du troisième. Nous sommes entraînés dans une course vers le désastre. ».

Et la résistance revêt plusieurs forme, dont la plus importante, celle de l'esprit : « Elle nécessite de résister à l’intimidation de tout mensonge asséné comme vérité, à la contagion de toute ivresse collective. Elle nécessite de ne jamais céder au délire de la responsabilité collective d’un peuple ou d’une ethnie. Elle exige de résister à la haine et au mépris. Elle prescrit le souci de comprendre la complexité des problèmes et des phénomènes plutôt que de céder à une vision partielle ou unilatérale. Elle requiert la recherche, la vérification des informations et l’acceptation des incertitudes. ».


Après avoir promu, de manière un peu utopique (ou incantatoire) la fraternité, la vie et l'amour (« La résistance préparerait les jeunes générations à penser et à agir pour les forces d’union de fraternité, de vie et d’amour (…), contre les forces de dislocation, de désintégration, de conflit et de mort. »), le grand écrivain a terminé sa tribune sur une note finalement d'espoir, que tout n'était pas perdu ; qu'il restait quelques étincelles pour retrouver la lumière : « Les tunnels ne sont pas interminables, le probable n’est pas le certain, l’inattendu est toujours possible. ».

Edgar Morin, au soir de vie, ferait-il du catastrophisme ? Peut-être. Peut-être que le catastrophisme, au même titre que l'alarmisme, cela pourrait conduire à mieux faire prendre conscience des enjeux actuels et à plus faire réagir. Malheureusement, le catastrophisme écologique, on l'a vu, a été très contre-productif dans les cinquante dernières années, au point que l'exagération a entraîné, chez certains, un déni bien commode pour continuer très égoïstement un mode de vie aujourd'hui inadapté.

L'athée rejoint ici le croyant : oui, lutter contre les haines, et surtout, aimer, sera une partie des solutions aux problèmes humains complexes d'aujourd'hui. Mais ce ne sera certainement pas suffisant : la Nature, la planète, l'environnement, eux, semblent en revanche bien indifférents à notre amour...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (22 janvier 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Edgar Morin : "Nous allons vers de probables catastrophes" !
Edgar Morin, 102 ans et toute sa vie !
Edgar Morin sur France Inter (à télécharger).
Les 100 ans d’Edgar Morin.
Le dernier intellectuel ?
La complexité face au mystère de la réalité.
97 ans.
Introducteur de la pensée complexe.
"Droit de réponse" du 12 décembre 1981 (vidéo INA).
Université d’été d’Arc-et-Senans avec Edgar Morin le 9 septembre 1990 (vidéo INA).

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240122-edgar-morin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/edgar-morin-nous-allons-vers-de-252673

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2024/01/22/40183631.html





 

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15 janvier 2024 1 15 /01 /janvier /2024 17:47

« Mon message pour la communauté éducative, c'est que je serai une ministre à fond, une ministre à fond avec eux, une ministre à fond derrière eux, absolument déterminée, mais ça ne veut pas dire être H24 derrière le dos de chacun. Il y a une confiance, il y a des expertises, il y a des expériences, il y a des projets qui sont engagés, il y a toute cette énergie au cœur du service public de l'enseignement auquel je vais m'appuyer pour aller vite, faire bien les choses. Et je démontrerai à chacun de ces acteurs ma disponibilité auprès d'eux. » (Amélie Oudéa-Castéra, le 12 janvier 2024 à Andrésy).



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Il y a eu trop peu de femmes nommées à des postes ministériels importants pour ne pas saluer le 11 janvier 2024 la nomination de la Ministre des Sports du précédent gouvernement, à savoir Amélie Oudéa-Castéra (45 ans) comme super Ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse, des Sports et des Jeux olympiques et paralympiques (ouf). Depuis 2017, la Jeunesse a été rattachée à l'Éducation nationale (le service civique par exemple), et depuis 2024, donc, les deux ministères ont été collés (dans le passé, les Sports et la Jeunesse ont souvent été associés). L'objectif déclaré était de réduire le nombre de ministres (c'est sans précédent sous la Cinquième République, seulement onze ministres de plein exercice), et c'est très pertinent d'associer le sport à l'école dans une société qui bouge de moins en moins à cause des écrans.

On présentait généralement Amélie Oudéa-Castéra comme une ancienne championne (de tennis) lorsqu'elle est arrivée au Ministère des Sports en 2022 (déjà pressentie en 2017 et 2018), parce que c'est assez fréquent, depuis Georges Pompidou, de nommer des sportifs de haut niveau à cette fonction (on peut citer Pierre Mazeaud, Alain Calmat, Roger Bambuck, Guy Drut, Jean-François Lamour, Bernard Laporte, Chantal Jouanno, David Douillet, Laura Flessel, Roxana Maracineanu, etc.).

Pourtant, la carrière sportive d'Amélie Oudéa-Castéra a été très courte, de 1992 à 1996 (elle a arrêté à l'âge de 18 ans pour faire des études), et son meilleur niveau au tennis fut la 251e place mondiale en mai 1995. En revanche, elle n'est pas "que cela" ! Elle a suivi par la suite des études brillantes : Sorbonne, IEP Paris, ESSEC et ENA (même promotion qu'un certain Emmanuel Macron), et elle n'est pas n'importe quelle énarque, elle est sortie dans la botte, à la Cour des Comptes. C'est donc avant tout une magistrate de la Cour des Comptes (conseillère référendaire depuis avril 2007), en d'autres termes, une haut fonctionnaire, et donc, diriger un ministère, quel qu'il soit, est une fonction à laquelle elle était préparée.

Toutefois, elle a définitivement démissionné de la fonction publique en juin 2018 pour se consacrer à des activités dans le privé au sein du groupe Axa (notamment directrice de la planification stratégique). En 2018, elle a refusé la proposition d'être nommée directrice générale de l'Agence national du sport par un autre magistrat de la Cour des Comptes, un certain Jean Castex, alors président de cette agence. Elle a pris des responsabilités dans le groupe Carrefour, également Plastic Omnium, a été nommée directrice générale de la Fédération française de tennis en février 2021. Elle est l'une des rares au gouvernement qui a pu dire qu'en y entrant, elle divisait par dix sa rémunération.

En outre, Amélie Oudéa-Castéra est dans un environnement CSP++, à savoir, qu'elle est la nièce des deux éditorialistes Alain Duhamel et Patrice Duhamel, cousine du journaliste Benjamin Duhamel, et son second mari (depuis juillet 2006),, Frédéric Oudéa, polytechnicien et énarque, était le président-directeur général de la Société Générale de mai 2008 à mai 2023 (président en fait seulement entre mai 2009 et mai 2015), désigné à la suite de l'affaire Jérôme Kerviel, et maintenant, il est président de Sanofi.

Son premier déplacement comme Ministre de l'Éducation nationale, qui était aussi le premier déplacement du Premier Ministre Gabriel Attal (et ancien Ministre de l'Éducation nationale) après la nomination de son gouvernement, a été dans le collège Saint-Exupéry, à Andrésy, dans les Yvelines, le vendredi 12 janvier 2024 après-midi, après le premier conseil des ministres. C'était l'occasion, pour ces deux dirigeants politiques, de réaffirmer que l'école était la première priorité du gouvernement.

Toutefois, Amélie Oudéa-Castéra, qui a montré pourtant son sens politique dans le précédent gouvernement dirigé par Élisabeth Borne, a commis une maladresse qui risque de devenir comme le sparadrap du capitaine Haddock. À la question de ses enfants (elle en a trois) qui sont scolarisés dans une école privée (le lycée Stanislas), au lieu de répondre que c'était de l'ordre de sa vie privée et que cela ne regardait pas les journalistes, elle a commencé à se justifier et à s'enfoncer en disant que son aîné avait été dans une école publique (qu'elle va visiter ce mardi 16 janvier 2024), et que par manque de remplacement, elle a préféré opter pour l'école privée, laissant entendre que l'école publique avait beaucoup de dysfonctionnements (remplacement des professeurs absents, etc.).

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Le problème, c'est que des témoignages, loin de confirmer ce qu'elle a raconté, au contraire, les infirmaient en disant qu'il n'y a pas eu d'absence cette année-là. Résultat, on soupçonne la ministre d'avoir menti. Pour tenter de clore l'affaire, ce lundi 15 janvier 2024, Amélie Oudéa-Castéra, en déplacement à Saint-Denis avec son collègue Gérald Darmanin, s'est encore enfoncée un peu plus en disant que dans tous les cas, comme tous les parents, ils n'avaient pris leur décision que dans l'intérêt des enfants, laissant entendre que l'intérêt de leurs enfants étaient de ne pas être scolarisés dans une école publique.

La maladresse d'origine a été de vouloir se justifier et de suivre les journalistes dans cette voie hasardeuse, alors que le sort de sa famille ne concerne qu'elle seule. Certains enseignants ont déjà avancé l'idée d'une grève pour cette raison, ce qui est particulièrement stupide puisque la ministre n'a encore présenté aucune mesure et qu'elle a répété qu'elle voudrait aider toute la communauté éducative.


Cela rappelle ainsi que le sujet est ultrasensible, alimenté par une ultragauche sectaire et revendicative qui voudrait réanimer la guerre scolaire (comme en 1984), comme si les Français pouvaient encore se permettre de perdre leur temps dans des querelles de clocher. Polémiques inutiles seulement nourries par des esprits politiciens chagrin qui souhaitent que rien ne marche, que rien ne bouge, que rien ne s'améliore, pour permettre de critiquer et de dénigrer, comme d'habitude.

Un exemple de journaliste qui alimente ce genre de polémique, Daniel Schneidermann le 15 janvier 2024 : « Comment a-t-elle pu penser qu'il faudrait davantage que 48 heures pour dévoiler le mensonge ? (…) Amélie Oudéa-Castéra fait incontestablement partie de l'élite, politique, économique, médiatique. Dans l'acception générale, l'élite est peut-être cynique, cupide, prévaricatrice, mais elle est au moins créditée d'intelligence et d'efficacité dans la défense de ses intérêts. Rien de plus faux. L'élite peut être aveugle et bornée. (…) Le glissement de la haute bourgeoisie libérale, celle des 0,01%, de l'Alsacienne vers Stanislas, dix minutes à pied entre les deux, selon Google Maps, comme un symbole du racornissement du recrutement des élites à un micro-quartier de la capitale. La désinvolture décomplexée. Dix fois de quoi déclencher une révolution. ».

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Sur le fond, le fait que des gens sont indignés par la scolarisation des enfants de la ministre (et d'un ancien président d'une grande banque française, ne l'oublions) dans un établissement privé m'étonne et m'est incompréhensible. Ils ne sont pas les seuls : 18% des élèves sont scolarisés dans un établissement privé sous contrat. C'est le droit de toute chaque de France de scolariser ses enfants dans les établissements de leur choix, du moins ceux qui les acceptent. Au même titre qu'elle peut se faire soigner dans des hôpitaux publics ou privés.


Je me sens un peu connaisseur du sujet car mes deux parents étaient des profs, mais l'un dans le public et l'autre dans le privé. La vraie différence n'est pas entre privé ou public, mais entre public et privé sous contrat et privé hors contrat. La plupart des établissements scolaires privés sont sous contrat avec l'État, c'est-à-dire que les professeurs sont payés par l'État (moins bien que dans le public, car la retraite est dans le régime général du privé), et le projet éducatif doit suivre les programmes scolaires du public. Du privé sous contrat, c'est donc un public par délégation, les deux sont des écoles de la République, avec les mêmes programmes, les mêmes exigences (par exemple de mixité).

Il est faux de dire que le privé est réservé à l'élite. Certes, l'élite y va, soit par effet de mode, soit par intérêt pour les activités hors programme (par exemple, Gabriel Attal, scolarisé à l'École alsacienne, a expliqué qu'il avait du théâtre), etc. mais le privé sauve aussi beaucoup de "cancres" rejetés par l'école publique (et ces boîtes privées ont alors une très mauvaise réputation). Il est faux aussi de dire que l'école privée serait plus sûre, en termes de sécurité. Le premier attentat islamiste en France, perpétré en mars 2012 par Merah, fut dans une école juive en assassinant des petits enfants. Les réputations des établissements ne dépendent souvent pas du caractère privé ou public, mais bien de la qualité des enseignants et de celle de l'administration associée. C'est donc établissement par établissement qu'il s'agit de distinguer.

Ce qui était amusant, c'est que la jeunesse peut apporter son (in)expertise : mon premier emploi fut comme opérateur pupitreur pour une grande banque, un job d'été alors que j'étais encore étudiant (j'avais 19 ans). Mon boulot, la nuit, était d'installer de grandes bandes magnétiques dans des lecteurs géants pour enregistrer toutes les opérations nocturnes (des distributeurs automatiques de billets, par exemple). Il fallait prendre la bande de la bonne couleur, chaque couleur indiquant la durée de stockage (un jour, un mois, etc.). Un travail, je dois bien l'avouer, pas très fatigant (entre deux changements de bandes !) à part le décalage horaire (très intéressant pour les primes). Cela conduisait souvent à de bonne discussion, car je n'étais jamais seul. J'avais un collègue, un vrai, qui travaillait là depuis quelque temps, la trentaine, jeune père de famille, qui devait scolariser son fils à la rentrée et qui s'interrogeait sur le mettre dans le privé ou dans le public. À ma grande surprise, il m'a demandé ce que j'en pensais (malgré ma totale inexpérience professionnelle et même de la vie !), et je lui ai simplement répondu que ce n'était pas le critère ; le critère, c'était la qualité de l'établissement choisi, privé ou public (je vivais dans une région où il y avait beaucoup d'écoles privées). J'appréciais la question, en dehors de tout dogmatisme, avec la recherche du seul intérêt des enfants.


Pour l'anecdote, j'ai moi-même suivi toute ma scolarité dans le privé car j'y trouvais mon compte, tandis que mon frère a préféré, au lycée, être dans le public qui lui convenait mieux. A priori, nous restons avec les mêmes valeurs, celles que la République nous a léguées (qui du reste sont assez proches de la morale chrétienne : tu ne voleras point, tu ne tueras point, etc.).

Ah... j'ai oublié de répondre à ma question initiale : pour sa maladresse, Amélie Oudéa-Castéra doit-elle démissionner immédiatement comme le réclament déjà quelques enragés de l'opposition ? À mon sens, non, évidemment. Le sort de ses enfants ne regarde qu'elle et sa famille et n'a aucune légitimité à sortir du cadre personnel. Si c'est la seule chose qu'on reproche à une Ministre de l'Éducation nationale, on doit alors être dans un monde idéal où tout va bien ! Amélie Oudéa-Castéra est volontaire, dynamique, ouverte, elle a la ferme détermination d'améliorer un système qui, depuis des années, semblent se scléroser, non pas par une absence de crédit (nous sommes une des nations qui consacre le plus gros budget par habitant pour l'éducation), mais par un manque d'efficacité et d'organisation probablement. C'est une chance pour les élèves, les enseignants et les parents d'élève d'avoir cette détermination. Et avant tout, la moindre des corrections, c'est de la juger aux actes. Aux seuls actes !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (15 janvier 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Amélie Oudéa-Castéra.
Journée de lutte contre le harcèlement scolaire : est-elle utile ?
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
L'assassinat de Dominique Bernard au lycée Gambetta d'Arras.
G. Bruno.
Gabriel Attal, nouveau ministre de l'éducation nationale.
Pap Ndiaye.
Les vacances scolaires sont-elles trop longues ?
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Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
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Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
La sécurité des personnes.
Lycée Toulouse-Lautrec.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
L’école publique gratuite de Jules Ferry.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
Genrer la part du Lyon ?
Daniel Pennac, ministre de l'éducation nationale.
René Haby.
Le handicap et l'école.
La féminisation des noms de métiers et de fonctions.
Les écoles ne sont pas des casernes.
La laïcité.
La réforme du baccalauréat.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
Le patriotisme français.
Jean-Michel Blanquer.
Jean Zay.
Vincent Peillon.
Alain Devaquet.
Alain Savary.

 








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240115-oudea-castera.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/amelie-oudea-castera-pourra-t-elle-252543

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2024/01/15/40176152.html


 

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