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8 novembre 2023 3 08 /11 /novembre /2023 04:18

« Cette année, nous avons voulu donner à cette journée une ampleur inédite. Jeudi prochain, les cours s’arrêteront pendant deux heures dans toutes les classes de France pour un temps dédié à la lutte contre le harcèlement. Les équipes éducatives échangeront avec les élèves sur ce phénomène et un outil d’auto-évaluation sera proposé à tous les élèves. (…) Nous pousserons plus loin notre action avec le développement de temps dédiés à l’apprentissage de l’autre, de la différence, de la tolérance et de la bienveillance dans toutes les écoles primaires dès la rentrée de septembre prochain, et dans une école par département à partir de janvier. » (Gabriel Attal, le 7 novembre 2023 à l'hémicycle).





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Ce jeudi 9 novembre 2023, c'est la Journée nationale de lutte contre le harcèlement scolaire. Depuis quelques années, la société s'inquiète du harcèlement, pas seulement en milieu scolaire, aussi dans les milieux familiaux, associatifs, politiques et professionnels, etc. Le harcèlement est une plaie qui pourrit la vie de près d'un enfant scolarisé sur dix (plus de 700 000 élèves !) et de nombreux adultes : harcèlement des femmes, sexuel, professionnel, etc.

L'État a pris de plus en plus la mesure de l'ampleur de la difficulté en milieu scolaire car cet harcèlement s'abat sur des êtres qui ont encore du mal à prendre du recul, à se défendre. Plusieurs suicides d'adolescents ont alerté ces dernières années et les pouvoirs publics veulent agir en conséquence. En particulier, le suicide de Nicolas à Poissy a fait de la lutte contre le harcèlement scolaire une « priorité absolue » du gouvernement pour cette rentrée scolaire 2023. Une enveloppe de 30 millions d'euros consacrée à la lutte contre le harcèlement scolaire a été votée dans la nuit du 3 au 4 novembre 2023 dans l'examen du projet de loi de finances de 2024. Il s'agit notamment de la création de brigades anti-harcèlement dans chaque académie représentant 150 emplois.

La Première Ministre Élisabeth Borne a ainsi présenté un plan d'action globale de lutte contre le harcèlement à l'école le mercredi 27 septembre 2023 : « Que vous soyez un élève victime de harcèlement, un témoin d'actes inacceptables, un parent désemparé face à ce que subit son enfant, un enseignant ou membre de la communauté éducative inquiet devant certains faits, vous n'êtes pas seuls ! ». Le plan du gouvernement pourrait se résumer à ce triple mot d'ordre : 100% prévention, 100% détection et 100% solutions. Parmi les solutions, la chef du gouvernement a mis en garde : « Nous allons permettre d'exclure les élèves harceleurs des réseaux sociaux. (…) Nous voulons des sanctions rapides en classe comme sur les réseaux sociaux. ».

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Le Ministre délégué chargé de la Transition numérique Jean-Noël Barrot a complété : « Nous allons ouvrir la possibilité pour le juge de la détention et de la liberté et le juge d'instruction, de prescrire cette mesure de bannissement dans le cadre d'un contrôle judiciaire sans attendre qu'une peine soit prononcée. (…) Lorsque l'on est victime ou témoin de violences en ligne et en particulier de cyberharcèlement scolaire, il y a une chose à faire c'est signaler. ». Le Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti a évoqué aussi la confiscation automatique du smartphone de l'élève harceleur : « S'il a bien sûr servi pour les faits de harcèlement, la confiscation définitive sera décidée par la juridiction pour mineurs. ».

L'un des points forts de ce plan, c'est aussi que, lorsque le harcèlement est grave, c'est l'élève qui est l'auteur du harcèlement qui devra quitter l'établissement et pas sa victime comme c'était trop souvent le cas : « Un décret important prévoit désormais que c'est au harceleur de changer d'établissement et non plus harcelé. ». Dans la prévention, l'institution de « cours d'empathie » (à partir de 2024) est prévue sur le modèle de pays comme le Danemark : « Le harcèlement scolaire s'est effondré dans ce pays grâce à cette stratégie. » a précisé Gabriel Attal le 27 septembre 2023.

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La détermination du nouveau Ministre de l'Éducation nationale et de la Jeunesse, grand animal médiatique et politique, ne fait aucun doute et il a passé beaucoup de temps à se rendre dans des établissements scolaires pour apporter la "bonne parole". Le harcèlement scolaire est désormais un délit, il est grave puisqu'il peut entraîner jusqu'au suicide de la victime. Tout doit donc être mis en place pour que des signalements puissent empêcher le pire.

Le principal outil pour lutter efficacement contre le harcèlement scolaire, c'est donc la parole ! Parler. L'enfant harcelé est généralement honteux de sa situation et se livre rarement (parfois) à sa famille, à ses parents. La communauté éducative est là aussi pour recueillir ces signaux. Un module électronique sera proposé aux parents à partir de janvier 2024 pour détecter les signaux faibles d'un harcèlement.

Il y a une multitude de raisons pour harceler un gamin. D'abord, parce qu'il peut être Autre, la différence avec les autres : religion (supposée), sexe, couleur de peau, poids, taille, handicap physique, milieu social très différent, "fayot" (bon élève), accent linguistique, etc. Ou tout simplement parce qu'il a montré une faiblesse quelconque, un isolement, une asociabilité, une tristesse, etc. Les harceleurs sont plutôt des lâches, s'en prennent aux plus faibles, à ceux qui ne peuvent pas (ou ne savent pas) se défendre, et souvent à plusieurs, par effet de groupe, de meute.

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L'introduction des réseaux sociaux depuis une dizaine d'années a renforcé le phénomène car le harcèlement peut devenir rapidement du cyberhacèlement, ce qui rend la vie impossible à la victime tout le temps puisque le harcèlement dont elle est la victime la poursuit au-delà du temps scolaire jusque dans sa chambre à coucher, chez elle, un lieu normalement qui est synonyme de sécurité absolue face à l'extérieur possiblement hostile.

L'efficacité de la lutte contre le harcèlement scolaire se repose aussi sur les témoins, les élèves qui ne participent pas au harcèlement mais qui sont présents. C'est la principale action du gouvernement et l'utilité d'une Journée nationale du harcèlement scolaire : impliquer les témoins, initialement qui ne se sentaient pas concernés, en leur donnant la responsabilité d'alerter voire de faire arrêter ce harcèlement, d'être acteur de la lutte contre le harcèlement qui, demain, pourrait les rendre eux-mêmes victimes.

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Le problème a souvent été que dans les établissements scolaires, la direction entendait réduire au maximum les "affaires" et les scandales, en dédramatisait voire en ignorant, pour qu'il n'y ait "pas de vagues" ni de mauvaise réputation. Donc l'action du gouvernement est de sensibiliser tous les acteurs de l'Éducation nationale : les élèves pour ne pas laisser un de leur camarade dans les difficultés du harcèlement ou pour prendre conscience, le cas échéant, qu'ils sont eux-mêmes des fauteurs de harcèlement en se moquant ainsi en croyant que c'est sans conséquence, les parents pour qu'ils s'aperçoivent rapidement d'un harcèlement de leur enfant, le personnel éducatif, soit pour alerter, soit pour prendre en charge le dossier (proviseur, principal).

Ce 9 novembre 2023, le Ministère a mis en place un questionnaire très détaillé à faire remplir aux 7,5 millions d'élèves du CE2 à la Terminale jusqu'au 15 novembre 2023. Le questionnaire, dont les réponses resteront anonymes, a été construit avec des spécialistes de la santé mentale de l’enfant et de l’adolescent et des spécialistes du climat scolaire : le professeur Marcel Rufo, Éric de Barbieux et le docteur Nicole Catheline. Cela permettra à l'administration d'avoir une vision d'ensemble du phénomène, et aussi à certains élèves qu'ils sont en situation de harcèlement, car la prise de conscience n'est pas toujours là.

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Répondant à la question d'une députée de la majorité (Céline Calvez) à la séance de questions au gouvernement le 7 novembre 2023 à l'Assemblée Nationale, Gabriel Attal a justifié ce questionnaire : « On constate que les élèves qui subissent du harcèlement finissent malheureusement par élever leur seuil de tolérance, sans même s’en rendre compte, et acceptent, pour se protéger eux-mêmes, des choses qui ne peuvent pas être acceptées. Ce questionnaire permettra de libérer davantage la parole. Il nous permettra aussi de collecter des données actualisées au niveau national : les dernières données sur le harcèlement dont nous disposons datent de 2011, à l’époque, TikTok et Snapchat n’existaient pas. ».

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En parler, prendre le temps d'en parler, si possible par anticipation, avant tout harcèlement, sera la meilleure lutte contre le harcèlement à l'école. Des résultats forts sont donc attendus très prochainement pour apporter la preuve de l'efficacité de ces mesures. Les enfants n'attendent pas.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Journée de lutte contre le harcèlement scolaire : est-elle utile ?
L'assassinat de Dominique Bernard au lycée Gambetta d'Arras.
G. Bruno.
Gabriel Attal.
Pap Ndiaye.
Les vacances scolaires sont-elles trop longues ?
Nos enseignants sont des héros !
Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
La sécurité des personnes.
Lycée Toulouse-Lautrec.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
L’école publique gratuite de Jules Ferry.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
Genrer la part du Lyon ?
Daniel Pennac, ministre de l'éducation nationale.
René Haby.
Le handicap et l'école.
La féminisation des noms de métiers et de fonctions.
Les écoles ne sont pas des casernes.
La laïcité.
La réforme du baccalauréat.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
Le patriotisme français.
Jean-Michel Blanquer.
Jean Zay.
Vincent Peillon.
Alain Devaquet.
Alain Savary.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231109-harcelement-scolaire.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/journee-de-lutte-contre-le-251429

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/11/09/40102001.html







 

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7 septembre 2023 4 07 /09 /septembre /2023 05:47

« Ce ne sont pas des personnes évidemment que je veux mettre en cause, c’est la réponse de l’institution Éducation nationale face à l’urgence du harcèlement scolaire qu’il nous faut continuer à profondément changer. » (Gabriel Attal, le 6 septembre 2023 à l'AFP, à propos du suicide d'un adolescent).




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Il est dans l'actualité des drames auxquels on ne voudrait pas être confronté. Étaient-ils évitables ? La perpétuelle question à cent balles qui ne fera pas revenir à la vie ceux qui l'ont déjà perdue, mais qui pourrait en sauver peut-être d'autres. Ces deux derniers jours, deux adolescents sont morts, chacun dans des conditions très différentes, et le choix même d'en évoquer un plutôt qu'un autre pourrait presque être "politique".

Deux drames très différents, qui pourraient être de simples faits-divers, expression horrible pour les parents et les amis des victimes, mais qui se renouvellent tellement fréquemment qu'on pourrait y voir des faits de société.

D'autres drames ont eu lieu aussi, des actes de délinquance voire de criminalité, des viols, des meurtres, etc. souvent exploités lorsque l'auteur est d'une "certaine catégorie" ou la victime d'une "autre catégorie", j'utilise exprès le mot très vague de "catégorie" (on y mettra ce qu'on veut, religion, nationalité, ethnie, âge, sexe, niveau de formation, niveau de vie, etc.) car vouloir généraliser, catégoriser des faits, souvent monstrueux mais surtout singuliers, est à mon avis une erreur intellectuelle et une facilité politicienne : l'homme (dans le sens d'humain) est parfois un loup et il n'y a pas besoin d'appartenir à une "catégorie" pour péter les plombs, plus ou moins volontairement. Et depuis plus d'une dizaine d'années (depuis mars 2012), on se posera toujours la question du terrorisme, si c'était un crime terroriste ou de droit commun.

Mais les deux drames dont je veux parler sont, en revanche, exclus de ce type de "catégorisation", car ils sont scandaleux au-delà du propre scandale constitutif du drame : ils font référence à des autorités publiques et celles-ci, malgré leur bonne volonté, leurs compétences, leur courage, etc., ont peut-être failli pour en arriver là (les enquêtes judiciaires en diront plus).


Deux drames et deux adolescents. Ils ne sont malheureusement pas les seuls mais l'actualité, une coïncidence chronologique, les fait se croiser dans la réflexion politique : comment les éviter ? Stupeur, tristesse, colère. Et réflexion.

Le premier drame, c'est le suicide de Nicolas, un adolescent de 15 ans, qui s'est pendu à son domicile, aux barreaux de son lit en mezzanine, le mardi 5 septembre 2023 à Poissy, dans les Yvelines. Sa mère l'a découvert en fin de journée, en ouvrant la porte de sa chambre. Au-delà de l'enquête policière, une enquête administrative a été ouverte et une cellule d'écoute et de soutien psychologique ouverte dans les lycées de l'enfant (qui avait changé de lycée cette année).

Selon les premiers éléments à la connaissance publique, il aurait été victime du harcèlement scolaire. Selon le Ministre de l'Éducation nationale Gabriel Attal, toujours très présent dans la communication politique, « il était fait état de brimades et d'injures répétées de la part de plusieurs élèves nommément désignés ».

Ce harcèlement fut signalé dès décembre 2022. Les parents avaient prévenu l'établissement scolaire et avaient été entendus en mars 2023 ainsi que l'adolescent et les élèves mis en cause, mais face à la passivité de la direction dénoncée par la famille, l'adolescent lui-même a fait la démarche de déposer une main-courante au commissariat (ou à la gendarmerie ?) en avril 2023.

Tout le monde était donc averti, l'établissement scolaire a déclaré avoir agi en conséquences en prenant certaines dispositions (lesquelles ?)... mais certainement de manière insuffisante car le "résultat" est hélas que l'enfant s'est quand même suicidé. Où est la faille ? Une mauvaise prise en compte de l'établissement scolaire ? Un manque de moyen (notamment pour faire des suivis psychologiques) ? Comment réagir vraiment alors que pour les auteurs du harcèlement, souvent des camarades qui se liguent contre un "bouc émissaire", n'imaginent pas la cruauté de leur comportement ? Nicolas, hélas, n'est pas le seul adolescent à avoir mis fin à ses jours pour cette raison. La liste est maintenant longue.

Pourtant, cela fait plusieurs années que ce danger, renforcé par les réseaux sociaux (en ceci que les harcèlements sont permanents et pas seulement pendant le temps scolaire), a été identifié et pris en compte à l'Éducation nationale et que des communications vers les enseignants et personnels éducatifs, vers les élèves et vers les parents sont régulièrement faites pour les prévenir. Un décret d'ailleurs s'applique à partir de cette rentrée scolaire pour permettre l'exclusion des élèves harceleurs et éviter que l'élève victime du harcèlement doive changer d'établissement. La situation existe aussi dans le milieu professionnel (et pas seulement du harcèlement sexuel) et c'est toujours assez délicat de le définir et de faire la part entre une surestimation et une sous-estimation des faits.


Le second drame, c'est la mort cérébrale d'un adolescent de 16 ans ce mercredi 6 septembre 2023 dans la soirée. Conduisant un deux-roues, il aurait été percuté à Élancourt, dans les Yvelines, par une voiture de police (ou inversement, l'enquête le déterminera). Il aurait été accusé d'un refus d'obtempérer et suivi à distance par une voiture de police, et à un croisement, une autre voiture de police l'aurait percuté vers 18 heures 40, selon plusieurs sources policières. Les secours ont pu réanimer sur place l'adolescent en arrêt cardiaque respiratoire mais après son transfert à l'hôpital, il a succombé à ses blessures. Un escadron de gendarmes mobiles a été immédiatement envoyé à Élancourt pour empêcher tout éventuel débordement. La mort de Nahel, 17 ans, le 27 juin 2023 et la semaine d'émeutes qui a suivi restent dans toutes les mémoires.

Si la mort de Nahel a suscité autant d'indignation, c'était parce que celle-ci a été filmée, montrant un comportement inadapté des forces de l'ordre, mais aussi parce que la première version des policiers en cause ne correspondait pas à la réalité manifeste. Le parquet de Versailles a ouvert deux enquêtes judiciaires, l'une pour "refus d'obtempérer" confiée à la sûreté territoriale des Yvelines, et l'autre pour "homicide involontaire par conducteur" confiée à l'IGPN (la police des polices) dans le cadre de laquelle deux policiers ont été placés en garde-à-vue afin d'y faire la lumière.

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Connaître les circonstances exactes de la collision est essentiel pour déterminer les responsabilités. Il peut s'agir d'un "simple" et malheureux accident de la circulation comme il en existe tout le temps (plus de 3 000 personnes meurent ainsi chaque année, les deux-roues sont de plus en plus touchés), comme cela peut être la conséquence d'une suite logique après course poursuite et pression de la part des forces de l'ordre ou encore la conséquence d'une conduite défaillante de l'adolescent (d'une moto-cross ou d'un scooter sans casque, par exemple ?).

Il reste inacceptable qu'un nouvel adolescent, aussi sauvageon soit-il, meurt encore des conséquences de son refus d'obtempérer. Il n'est pas question ici de prôner le laxisme, tout le monde doit respecter la loi et le premier respect est dû aux forces de l'ordre à qui il faut obéir, mais dès lors que celles-ci s'occupent d'une personne, cette personne est en quelque sorte sous leur responsabilité, aussi sous leur protection.

Le travail des forces de l'ordre n'est pas facile. Le délit de refus d'obtempérer, défini par l'article L.233-1 du code de la route ainsi que par l'article L.435-1 du code de la sécurité intérieure, à la suite de l'adoption de la loi n°2017-258 du 28 février 2017 relative à la sécurité publique, est commis plus de 22 000 fois chaque année en moyenne (quasiment 3 fois par heure !). Il faut bien que force reste à la loi.

Entre janvier 2021 et juin 2023, dix-huit personnes ont été tuées et trente-neuf blessées par des tirs de policiers après un refus d'obtempérer, dont treize en 2022 (selon la direction générale de la police nationale). L'Inspection générale de la police nationale a été saisie 71 fois pour des enquêtes sur des ouvertures de feu consécutives à des refus d'obtempérer, dont 57 ont entraîné des blessures ou un décès (rappelons que pour l'adolescent blessé mortellement le 6 septembre 2023 à Élancourt, il ne s'agit pas de tirs de policiers mais d'une collision).

Même si leur nombre est, dans l'absolu et à mon sens, énorme, elles sont toujours de trop et à déplorer, les morts dans ces circonstances restent rares et ne correspondent qu'à 0,06% des délits, elles restent des exceptions, la police ne tue pas, je dois l'écrire puisque certains pensent le contraire et veulent généraliser avec des arrière-pensées politiciennes, mais des faits de société, assurément ils le sont, ces délits de refus d'obtempérer qui sont bien trop souvent commis et qui sapent l'autorité même de l'État de droit. C'est justement ce que veut rappeler le Président Emmanuel Macron dans les écoles à cette rentrée scolaire...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (07 septembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


(Première illustration : chambre d'enfant, catalogue sur Internet, deco.fr).


Pour aller plus loin :
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Création du délit d'homicide routier.
Bœuf carottes et blanquette de Veaux.
Le Sénat s'inquiète de l'avenir de la gendarmerie.
Violences urbaines : à quoi s'attendre pour la fête nationale ?
Soutien total à Vincent Jeanbrun, maire de L'Haÿ-les-Roses.
Nahel n'était pas un ange : et alors ?
Mort de Nahel : la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et l'huile sur le feu...
Nanterre : le refus d'obtempérer ne vaut pas la peine de mort.
Agression à Bordeaux : attention, un train de violence peut en cacher un autre...
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
Émotion, compassion et soutien aux victimes du criminel d'Annecy.
La sécurité des personnes face aux dangers.
Meurtre de Lola.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Jacqueline Sauvage.
Éric de Montgolfier.


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230907-harcelement-scolaire-refus-obtemperer.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/deux-drames-faits-divers-ou-faits-250271

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/09/07/40032096.html






 

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12 août 2023 6 12 /08 /août /2023 05:16

« Cette enfant du pays était une fierté pour nous. Toute la station est touchée. » (Serge Revial, maire de Tignes).




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Ce samedi 12 août 2023, j'ai une petite pensée pour l'ancienne championne de ski-alpinisme Adèle Milloz qui a trouvé la mort il y a un an, le vendredi 12 août 2022 dans un accident de montagne. En effet, des alpinistes ont découvert vers 18 heures 15 les corps de deux jeunes femmes dans le massif du Mont-Blanc et ont alerté aussitôt le peloton de gendarmerie de haute-montagne de Chamonix. Adèle Milloz et sa compagne d'infortune ont été retrouvées sans vie dans la voie pour gravir l'aiguille du Peigne, l'une des aiguilles de Chamonix, qui culmine à 3 192 mètres d'altitude, en Haut-Savoie. Elles étaient en train d'escalader une pente et ont fait une chute qui, selon les secours, ne serait pas due à un éboulement. L'une aurait dévissé et aurait pu entraîner l'autre dans sa chute, a précisé "Le Dauphine libéré".


Les deux femmes avaient emprunté la voie normale pour faire cette ascension. La première ascension avait eu lieu en 1906, par une autre voie. Selon la gendarmerie : « La haute-montagne est devenue plus dangereuse avec la sécheresse, mais l'accès ne faisait pas l'objet d'interdiction particulière. » (AFP). Quelques jours auparavant, le 5 août 2022, deux refuges relais pour gravir le Mont-Blanc avaient été fermés pour danger de mort provoqué par les nombreuses chutes de pierres consécutives à la sécheresse.

Adèle Milloz était une sportive de haut niveau ; elle a gagné trois médailles d'or en ski-alpinisme, une discipline qui correspond au ski de randonnée ou ski de montagne, dont les épreuves sont des courses chronométrées, parfois en cordée en cas de passage sur un glacier (ce n'est donc ni de l'alpinisme, ni du ski sur pistes).

Adèle Milloz a effectivement remporté deux médailles d'or aux Jeux mondiaux militaires d'hiver de février 2017 à Sotchi, en Russie, en individuel et en course par équipe (créés en 2010, les Jeux mondiaux militaires d'hiver ont lieu tous les quatre ans), et une médaille d'or aux Championnats d'Europe de février 2018 à Nicolosi, en Sicile, en sprint (créés en 1992, les Championnats d'Europe de ski-alpinisme sont organisés tous les deux ans, en alternance avec les Championnats du monde organisés, eux aussi, tous les deux ans).

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Durant ces Jeux mondiaux militaires d'hiver à Sotchi, en 2017, la France était arrivée en troisième position avec 24 médailles d'or (dont les 2 décrochées par Adèle Milloz), derrière la Russie (29 médailles d'or) et l'Italie (25 médailles d'or). 25 pays y ont concouru et l'équipe de France était composée de 42 sportifs. Adèle Milloz a fait 1m09,01 en individuel et, avec sa coéquipière Laetitia Roux, 2h28m09 en course d'équipe. Sa coéquipière Laetitia Roux (née le 21 juin 1985 à Gap), qui avait un contrat avec la gendarmerie, est l'une des sportives les plus titrées au monde, avec 17 médailles d'or aux championnats du monde, 9 aux championnats d'Europe et 25 aux championnats de France.

Adèle Milloz, née le 5 mai 1996 à Bourg-Saint-Maurice, dans la vallée de la Tarentaise, et originaire de Tignes, en Savoie, n'avait que 26 ans quand elle a péri. Elle a commencé le ski de randonnée à l'âge de 6 ans, c'était devenu une passion qui l'a conduit à commencer une carrière internationale à l'âge de 15 ans en remportant une médaille d'argent aux Championnats d'Europe de ski-alpinisme de février 2012 à Pelvoux, dans le Massif des Écrins. Elle était aussi championne de France en sprint, en individuel et en course par équipe. À l'âge de 19 ans, Adèle Milloz s'est engagée comme gendarme volontaire.

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En 2019, elle avait arrêté la compétition (ou mis en sourdine la compétition) pour se consacrer à ce qu'elle envisageait de faire, guide de haute-montagne. Elle a ainsi repris des études et devait justement passer l'examen final à la fin de ce triste été 2022 pour obtenir son diplôme. Elle aurait alors été la plus jeune femme guide de haute-montage de France.

Invitée par Amandine Renévot à expliquer son mode de vie au magazine de Tignes, Adèle Milloz affirmait : « Pour rester motivée toute ma saison de ski-alpinisme, je varie ma pratique sportive et je ne mets pas de dossards le reste de l'année (sauf exception). Je pratique et adore tous les sports de montagne. L'été, je fais essentiellement de l'alpinisme et de l'escalade, mais je touche à tout pour être surmotivée lorsque je remets les skis à l’automne ! Les choses les plus simples sont les plus belles : un coucher de soleil, la neige qui brille comme de l'or, une sortie avec des amis ou en famille. Les belles montagnes qui nous entourent nous donnent leur énergie ! ».

L'autre malheureuse victime de cet accident de montagne était Margaux Catan, sa cliente, âgée de 29 ans (elle allait atteindre ses 30 ans quelques jours plus tard), originaire de Cogolin, dans le Var, infirmière anesthésiste à l'Institut Universitaire de la Face et du Cou (IUFC) de Nice, puis, depuis 2015, au Centre Antoine-Lacassagne de lutte contre le cancer de Nice : « Sa belle fraîcheur et son aura merveilleuse ont été emportées. » avait déclaré une de ses collègues sur Facebook ; une autre : « Une super collègue toujours souriante, dévouée, dynamique. » ; un troisième : « Un ange qui veillait sur les malades. ». Une émotion qui a dépassé les frontières du milieu professionnel puisque le maire de Nice (et ancien ministre) Christian Estrosi ainsi que le président de LR, député de Nice, Éric Ciotti avaient aussi exprimé publiquement leur (« immense ») émotion.

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Cet accident mortel n'était hélas pas le seul sur cette pente de l'aiguille de la Peigne. L'Américain Steven Scott Gubser, physicien ayant travaillé sur la théorie des cordes, les trous noirs, la chromodynamique quantique et la physique de la matière condensée, professeur à l'Université de Princeton de 47 ans (né le 4 mai 1972 à Tulsa, dans l'Oklahoma), y est mort également le 3 août 2019 à la suite d'un accident d'escalade.

Hélas, les accidents sont relativement fréquents dans la haute-montagne, milieu très hostile, au même titre que la mer. Ainsi, un mois après l'accident qui a coûté la vie à Adèle et Margaux, une autre championne de ski-alpiniste, l'Américaine Hilaree Nelson, est morte le 26 septembre 2022 à l'âge de 49 ans (née le 13 décembre 1972 à Seattle), d'une chute fatale. Elle descendait à ski les pentes du Mont Manaslu, une montagne de l'Himalaya, après être allée à son sommet à 8 163 mètres d'altitude. Considérée le 22 juin 2023 par le site "Men's Journal" comme l'une des quarante-cinq femmes les plus aventurières au monde des quarante-cinq dernières années, elle a été la première femme à gravir en 24 heures deux sommets de l'Himalaya, l'Everest (8 849 mètres)) et le Lhotse (8 516 mètres) le 25 mai 2012 : « Mon esprit a dû prendre complètement le dessus au-delà du physique. J'ai beaucoup appris sur le pouvoir de la détermination. ». L'idée lui est venue quand elle était montée sur l'Everest qui était fréquenté par beaucoup trop de randonneurs pour elle. Elle a vu en face le Lhotse beaucoup plus calme et l'a atteint le jour même : « J'ai regardé et regardé cette belle montagne, j'ai réalisé que nous pouvions escalader une autre montagne et être seuls, ce qui était plus conforme à ce à quoi je suis habitué lorsque je grimpe. ». En 1996, elle était la championne européenne du ski extrême.

En pleine mer ou en haute-montagne, les exemples sont nombreux, hélas, où les passionnés de sports extrêmes en perdent leur vie. C'est la seule consolation qu'on peut imaginer pour compenser ces vies inachevées si écourtées, celle que ces passionnés sont allés jusqu'aux limites de leur passion...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (12 août 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Adèle Milloz.
Éric Tabarly.

Coupe de France de football 2023 : victoire de Toulouse ...et d'Emmanuel Macron !
France-Argentine : l'important, c'est de participer !
France-Maroc : mince, on a gagné !?
Qatar 2022 : vive la France, vive le football (et le reste, tant pis) !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
Vincent Lindon contre la coupe au Qatar.
Neil Armstrong.
John Glenn.
Michael Collins.
Thomas Pesquet.
Youri Gagarine.
Le burkini dans les piscines.
Les seins nus dans les piscines.
Roland Garros.
Novak Djokovic.
Novax Djocovid.
Jean-Pierre Adams.
Bernard Tapie.
Kylian Mbappé.
Pierre Mazeaud.
Usain Bolt.

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30 juillet 2023 7 30 /07 /juillet /2023 05:50

« La connaissance de la patrie est le fondement de toute véritable instruction civique. On se plaint continuellement que nos enfants ne connaissent pas assez leur pays : s'ils le connaissaient mieux, dit-on avec raison, ils l'aimeraient encore davantage et pourraient encore mieux le servir. » (1877).



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Il y a un peu plus de 100 ans, le 8 juillet 1923, G. Bruno est mort à Paris, dans le septième arrondissement. Il avait alors un peu moins de 90 ans, puisqu'il est né il y a 190 ans, le 31 juillet 1833 à Laval. Dans G. Bruno, le G correspondait à Giordano. Pour Giordano Bruno.

Non, je ne me suis pas trompé de siècle ni de personne, même si le philosophe dominicain est mort brûlé vif en 1600, car il s'agissait d'un pseudonyme. Derrière ce mystérieux G. Bruno (mystérieux, il le fut pour moi pendant une quinzaine d'années), se cachait en fait une dame exceptionnelle, Augustine (très joli prénom), Augustine Tuillerie à sa naissance, Augustine Guyau à son premier mariage, et, à partir de 1885, après son divorce (son premier mari la battait) autorisé par une loi très récente, Augustine Fouillée.

Il n'y a pas grand-chose de connu sur elle, très peu d'images à ma connaissance, car
l'institutrice s'était totalement effacée derrière son œuvre (ce qui est rare pour un auteur de best-sellers), œuvres composée de quelques manuels scolaires. Elle s'est fait ainsi connaître en 1869 avec la publication de "Francinet", qui est un manuel d'instruction civique et de morale, proposant des informations très diverses sur l'économie, l'hygiène, etc., Francinet étant le nom du héros dont l'histoire permettait d'enseigner un certain nombre de choses. Ce livre a reçu le Prix Montyon de l'Académie française en 1871.

Il est important de bien regarder les dates car en 1869, on était encore au Second Empire. Pourtant, Augustine était probablement l'une des égéries de la Troisième République triomphante, celle qui a fait de l'instruction publique une priorité absolue. Une république triomphante mais réconciliée, puisqu'elle était l'auteure de manuels scolaires qui ont été utilisés tant dans les écoles publiques que dans les écoles catholiques.


Moi, bien sûr, je ne l'ai pas "connue" pour Francinet mais pour André et Julien Volden, qui ont été mes héros pendant de nombreuses années. En effet, André et Julien sont les héros d'un autre manuel qui a fait le tour de la France, justement : "Le Tour de France par Deux Enfants". Sous-titré : "Devoir et Patrie". L'indication de l'auteure, "G. Bruno", est suivie de cet argument d'autorité : "Lauréat de l'Académie française, auteur de Francinet". Elle l'a publié aux éditions parisiennes Eugène Belin, en 1877, en pleine République des hussards, dans un environnement qui, en ce qui me concerne, faisait sens puisque les deux enfants sont des Lorrains, juste à la frontière de la partie annexée. Du mauvais côté.

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Je dois dire ici que je suis Lorrain, et j'oserais dire, du bon côté de la frontière, celle de Nancy. Mon arrière-grand-mère que j'ai connue me parlait de la guerre de 70 (de 1870 bien sûr), alors qu'elle-même ne l'avait pas connue, mais elle avait vécu, dans sa propre enfance, avec cette idée de revanche, de spoliation, d'injustice, qui a fait ruminer deux générations de Lorrains au moins. Elle a été institutrice et son beau-père (mon arrière-arrière-grand-père, donc, si vous me suivez), a été professeur d'histoire et aussi de morale. Dans le grenier de ma grand-mère, dans les années 1980, j'ai retrouvé un précieux manuel de morale, livret du professeur, qui datait de la même époque. Une succession de leçons, courtes, de (pseudo-)morale, comme : à table, on ne parle pas sauf si on est invité à parler, on se tient droit, on met les mains au-dessus de la table, etc. Plutôt un code de savoir-vivre aussi paternaliste que sexiste.

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Dans le manuel que le producteur de France Inter a qualifié en 2012 de "catéchisme républicain", André et Julien quittent leur ville natale, Phalsbourg, dite la Porte de France, pour parcourir, à pied, la France (on dirait aujourd'hui la "France éternelle", expression qu'a reprise d'ailleurs France Culture en 1976) et y connaître toutes ses richesses. La lecture de nos jours pourrait laisser une impression de livre très ringard, avec ses 212 de gravures réalisées par "Perot" et un peu surannées (on y apprend cependant ce que sont des images d'Épinal, toujours en Lorraine), mais il était au contraire très moderne à l'époque. C'était un moyen presque ludique de faire apprendre l'histoire, la géographie, l'industrie, etc. au travers d'une histoire d'enfants auxquels les jeunes lecteurs, des enfants aussi, pouvaient s'identifier. André a 14 ans et Julien 7 ans, et ils sont orphelins.

Au-delà de l'objectif documentaire voire encyclopédique du manuel, il y avait un évident objectif moral : chaque chapitre commence par une leçon de morale dont l'épisode démontre l'intérêt. Voici quelques leçons (il y en a autant que de chapitres, c'est-à-dire beaucoup, 127). La première est :
« Rien ne soutient mieux notre courage que la pensée d'un devoir à remplir. ». La dernière est : « Ne crains pas les efforts qu'il te faudra faire pour rendre les autres heureux. Je te l'assure, mon enfant, celui qui cherche à faire le bonheur d'autrui a déjà fait le sien. ». En passant par : « C'est surtout quand le malheur arrive, qu'on est heureux d'avoir une petite épargne. ». Ou encore : « C'est l'amour de la science et le courage des savants qui ont fait faire de nos jours tant de progrès à l'humanité. ». Certainement que le ton très paternaliste serait aujourd'hui contesté, mais il avait l'avantage d'être très efficace chez les enfants (ce qui est d'ailleurs curieux, c'est qu'il provient d'une femme et pas d'un homme).

Ce manuel a été utilisé dans les écoles pendant de longues décennies, jusque dans les années 1950. On y apprenait de tout : sciences, histoire, géographie, biographies, économie, industrie, médecine, art, culture, etc. Des centaines de rééditions ont eu lieu avec, parfois, de profonds changements. En 1906, après la loi sur la séparation de l'Église et de l'État, G. Bruno a ôté toutes les références à Dieu et à la religion, et à la 362
e édition, en 1912, un "épilogue" a été rajouté.

En 1914, à la 400
e édition, 7,4 millions d'exemplaires de ce livre ont déjà été vendus. En un peu moins d'un siècle et demi, on aurait évalué ce nombre à 8,6 millions (selon un article de Delphine Peras dans "L'Express" du 27 décembre 2015). Il a été réédité au moins 500 fois, et la dernière réédition daterait de 2012 (par les éditions Tallandier), selon l'émission de Jean Lebrun "La Marche de l'Histoire" du 25 juin 2012 sur France Inter.

J'ai eu la très grande chance d'avoir une institutrice (on disait une "maîtresse") en or pour apprendre à lire. Bien que ce fût hors programme depuis plusieurs décennies, Miss Corny, que j'ai eue au cours préparatoire et au cours élémentaire première année, m'a appris à lire avec "Le Tour de France par Deux Enfants". Ce fut pour moi l'éveil véritable à la France et la soif de la connaissance. Je n'ai jamais su si c'était l'amour pour ce livre qui m'a donné la curiosité ou si c'est ma curiosité d'origine qui m'a fait aimer ce livre. Toujours est-il qu'il fut mon livre de chevet dans mes jeunes années, ma bible.

Le 7 février 1991, par hasard, j'en ai retrouvé un exemplaire dans un hypermarché, "Continent" à Saint-Égrève, tout près de Grenoble pour ne pas le citer. Je l'ai tout de suite acheté. Un exemplaire neuf, une réédition bien sûr, des éditions Eugène Belin (l'éditeur existe depuis 1777 pour les manuels scolaires). Il est indiqué qu'il a été imprimé en juillet 1990 à Évreux (à l'époque, on imprimait encore en France). Il est également indiqué qu'il est parmi les 8 566
es milliers d'exemplaires. L'estimation de 8,6 millions d'exemplaires vendus paraît donc possible... et c'était il y a plus de trente ans. Je l'ai acheté 47,50 francs (ce qui fait 7,23 euros).

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Une des gravures, qui a sans doute le plus marqué des générations d'enfants, est proposée à la page 184, et établit qu'il existe(rait) quatre races, la blanche, la rouge, la jaune et la noire. Cent cinquante ans plus tard, une telle gravure peut choquer, elle est justement intéressante car elle intègre son époque. On sait aujourd'hui, grâce aux analyses ADN, qu'il n'y a pas de races humaines différentes sinon dans le fantasme d'encore trop nombreux contemporains.

Je m'appesantis sur cette idée : il n'y a qu'une seule race humaine. On peut parler d'ethnies différentes, ou de cultures différentes, mais il n'existe aucun critère objectif pour différencier les humains, et encore moins selon la couleur de la peau qui n'est pas au nombre de quatre, mais à peu près de 8 milliards car chaque humain résulte de nombreux échanges et mélanges tellement divers que la notion même de "pureté" en ce domaine est une imposture intellectuelle (d'autant plus que c'est l'altérité qui permet le progrès génétique). Nous étions dans le monde de Balzac, celui du XIX
e siècle, celui aussi du triomphe déterministe des sciences. Le représentant de la "race blanche" est en beau costume, il paraît avoir une position sociale élevée alors qu'il aurait pu être représenté par un ouvrier ou un paysan. Les trois autres représentants ressemblent plus à des caricatures comme on représenterait toutes les Bretonnes avec une coiffe bigoudène.

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Mais les clichés graphiques ne sont rien par rapport à la légende qui les accompagne. Elle commence ainsi :
« La race blanche, la plus parfaite des races humaines, habite surtout l'Europe, l'ouest de l'Asie, le nord de l'Afrique et l'Amérique. ». La légende n'ose pas dire ensuite que les autres races sont plus imparfaites mais l'idée reste la même !

Beaucoup d'éléments documentaires sont donc à modifier ou à compléter avec le temps qui s'est écoulé, non par une sorte de "politiquement correct" que certains appellent wokisme, mais parce que simplement beaucoup de choses ont évolué et en premier lieu la science. En revanche, beaucoup de choses restent aussi actuelles, comme la géographie (les paysages, etc.), l'histoire (à ceci près que la doctrine républicaine joue à fond), etc.

Par exemple, la biographie d'un grand chirurgien
« né près de Laval vers 1517 » (G. Bruno est née à Laval) est proposée, Ambroise Paré : « Toute sa vie est un long exemple de travail, de science, de dévouement et de modestie. Quand la peste éclata à Paris, le roi quitta la ville, mais Ambroise Paré, quoiqu'il fût médecin du roi, refusa de l'accompagner et voulut rester à Paris pour soigner les malades. Il s'exposa à tous les dangers et parvint ainsi à sauver bien des malheureux en risquant lui-même sa vie. ». La leçon de morale du chapitre qui en parle est une citation de Descartes : « Plus on avance dans les sciences, plus on s'aperçoit combien on ignore encore de choses, et plus on devient modeste. » (Ce qui reprend Socrate, selon Platon : « Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien, tandis que les autres croient savoir ce qu'ils ne savent pas. »).

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Je termine par l'évocation d'une autre biographie, celle du chevalier Bayard : « À quelques lieues de Grenoble, au milieu des superbes montagnes du Dauphiné, on trouve les ruines d'un vieux château à moitié détruit par le temps : c'est là que naquit, au quinzième siècle, le jeune Bayard, qui par son courage et sa loyauté mérita d'être appelé "le chevalier sans peur et sans reproche". (…) [Sa mère] lui adressa gravement ces paroles : Pierre, mon ami, je vous fais de toutes mes forces le commandement que vous soyez doux et courtois, ennemi du mensonge, sobre, toujours loyal ; que vous soyez charitable : donner aux malheureux n'appauvrit jamais personne. Le jeune Bayard tint parole à sa mère. (…) Les grandes actions de Bayard sont bien connues ; il serait trop long de les raconter toutes ici. Un jour, il sauva l'armée française au pont du Garigliano, en Italie ; les ennemis allaient s'emparer de ce pont pour se jeter par là à l'improviste sur nos soldats. ». Etc. J'ai visité ce château du côté de Pontcharra, j'ai habité près du pont du Garigliano (mais à Paris !)... et l'évocation de Bayard, mythique, provient du "Tour de France par Deux Enfants".

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Après ce succès éditorial, Augustine Fouillée a publié en 1887 "Les Enfants de Marcel. Instruction morale et civique en action" qui a atteint sa 396e édition en 1930. Et surtout, en 1916 "Le Tour de l'Europe pendant la guerre", en pleine Première Guerre mondiale, la suite du "Tour de France" avec André et Julien et leurs enfants.

G. Bruno est morte en juillet 1923 à Paris mais enterrée à Menton, dans le même cimetière que son second mari Alfred Fouillée, mort en 1912 à Lyon, agrégé de philosophie, membre de l'Académie des sciences morales et politiques. Il semblerait que le choix de Menton provienne de son fils du premier mariage, Jean-Marie Guyau, également philosophe, mort et enterré à 33 ans en 1888 à Menton, victime de la tuberculose. La conjointe de ce dernier, Barbe Marguerite André, se faisait appeler Pierre Ulric, à l'instar de sa belle-mère, pour publier des romans destinés à la jeunesse. Leur propre fils, Augustin Guyau, lui aussi philosophe, est mort au combat à 33 ans en 1917. G. Bruno a donc vécu la mort de son fils et la mort de son petit-fils, tous les deux au même âge. Augustin Guyau s'était spécialisé dans les travaux de son "beau-grand-père" Alfred Fouillée.


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En août 1976, France Culture a consacré vingt-quatre épisodes quotidiens d'environ 25 minutes à ce livre "Le Tour de France par Deux Enfants", une adaptation de Sylvie Albert réalisée par Guy Delaunay, et une lecture faite par le comédien Michel Bouquet accompagné par Nathalie Nerval : « Traversant ses régions, leur voyage devient une découverte de la France, de son histoire et de sa géographie. Ode à l'unité nationale, à l'ordre moral et social, ce livre peint un pays avant tout rural et artisanal, une France éternelle, en évitant les sujets qui fâchaient alors, comme la Révolution, ou évidemment, la Commune. ». Cette série a été rediffusée pendant la nuit en janvier 2021 dans le cadre des Nuits de France Culture, qui reprennent des archives de la station de radio.

Aujourd'hui, on pourrait écrire le Tour du Monde par deux enfants, à moins d'être un peu plus ambitieux et d'oser le Tour du Système solaire par deux enfants...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (29 juillet 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
G. Bruno.
Le Tour de France par Deux Enfants lu par Michel Bouquet en août 1976 sur France Culture.
Miss Corny.
Gabriel Attal.
Pap Ndiaye.
Les vacances scolaires sont-elles trop longues ?
Nos enseignants sont des héros !
Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
La sécurité des personnes.
Lycée Toulouse-Lautrec.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230708-g-bruno.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-mysterieux-g-bruno-un-siecle-249311

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/07/27/39988458.html






 

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7 juillet 2023 5 07 /07 /juillet /2023 05:28

« Nos intermittents du travail vont être très en colère ! » (commentaire provocateur d'un internaute sur "20 Minutes" le 28 juin 2023).




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Ce vendredi 7 juillet 2023, c'est le dernier jour de l'école, la fin de l'année scolaire, le début des vacances estivales et le début des départs en vacances, en bref, la galère des bouchons sur les autoroutes de France tous les week-ends. La vie des Français se branche toujours sur le calendrier scolaire, alors, lorsqu'on en parle, cela intéresse forécement tout le monde.

Un marronnier ? Un serpent de mer ? L'Arlésienne de l'Éducation nationale ? Les mots sont nombreux pour décrire un nouveau sujet mis au débat public par le Président de la République Emmanuel Macron lors de son long déplacement à Marseille (venu faire le bilan de deux ans d'aides de l'État). Lors d'une visite dans une école, le 27 juin 2023, le chef de l'État a en effet déclaré que les vacances scolaires semblaient trop longues et renforçaient les inégalités dans les familles entre celles qui peuvent partir et les autres. Le lendemain, au conseil des ministres, le Président de la République a demandé à ses ministres de réfléchir sur le sujet sans fixer de cadre, ni calendrier ni principes.

On pourrait croire, à la manière dont le sujet a été introduit, à la volonté de créer un contre-feu alors qu'ont eu lieu le première nuit d'émeute consécutive à la mort de Nahel. En tout cas, le sujet a été jeté en pâture aux médias et aux professionnels de la vie scolaire sans guide, sans objectif, juste pour le plaisir de débattre voire de polémiquer, mais avec un véritable volonté d'améliorer l'existant.

L'agenda des mômes est ultra-sensible car il impacte toute la nation : les élèves, donc leurs parents, les enseignants et tous les personnels éducatifs évidemment, mais aussi toute l'économie, le tourisme, les transports, circulation sur les routes, transports en communs, etc.

On a vu il y a dix ans, avec François Hollande, à quel point modifier les rythmes scolaires dans la semaine a été d'une grande maladresse, une mission casse-cou : absence de concertation, fatigue des écoliers qui ont besoin d'une pause dans la semaine, sans compter l'explosion des finances des municipalités qui devaient assurer l'animation des enfants les après-midis (avec l'impossible recrutement de personnes forcément peu qualifiées puisque payées très partiellement avec l'incapacité de travailler ailleurs à cause de leur grande indisponibilité horaire). Il s'agissait en effet d'en finir avec la pause du mercredi, faire travailler les écoliers tous les matins de la semaine et proposer des activités d'éveil, de sport, de créativité les après-midis (sur un modèle allemand déjà dépassé). Heureusement, le ministre Jean-Miche Blanquer a supprimé cette aberration issu d'un cerveau dogmatique, celui de Vincent Peillon dans une préparation très théorique.

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Emmanuel Macron savait donc, en ouvrant ce nouveau chantier, qu'il marcherait sur des œufs, si bien qu'il n'entend pas aller vite, et les vacances de l'année scolaire prochaine 2023-2024 sont de toute façon déjà fixées. Son argument principal pour réduire la durée des vacances d'été est le suivant, formulé par le porte-parole du gouvernement Olivier Véran le 28 juin 2023 : « Beaucoup trop d'enfants dans notre pays, hélas, ne partent pas en vacances et donc peuvent être assignés à la maison pendant plusieurs mois au cours desquels ils n'apprennent pas (…), ce qui nuit à la consolidation des acquis de l'enseignement. ».

Beaucoup d'autres arguments ont été avancés pour les réduire : l'égalité entre les élèves (certains partent, d'autres pas et traînent dans leur quartier à ne rien faire) ; en augmentant le temps scolaire dans l'année, on peut réduire les cadences infernales dans la semaine ; on optimise aussi le temps d'occupation des locaux (les écoles sont vides pendant deux mois alors qu'elles pourraient accueillir d'autres publics), etc.

Si on ne s'étonne pas de la réaction a priori très hostile des syndicats (entre la défense du statu quo et le regret d'un simple effet d'annonce), évacuons d'abord l'idée préconçue selon laquelle les profs ont trop de vacances. Les enseignants ne sont pas l'essentiel ; l'essentiel, ce sont les écoliers et l'emploi du temps des enseignants s'adapte en conséquence.

De plus, si les enseignants bénéficient effectivement de plus de vacances qu'un salarié ordinaire avec ses cinq semaines de congés payés et quelques jours de RTT et de congés négociés avec leur employeur (tandis que les enseignants ont seize semaines de vacances), il faut rappeler qu'ils sont aussi rémunérés en conséquence : pour le même niveau d'indice etc., un enseignant est payé dix mois répartis sur les douze quand son collègue fonctionnaire d'un autre ministère est payé douze mois.

Du reste, les vacances sont rarement des vacances : pour les "petites" vacances, c'est souvent des paquets de copies à corriger, des cours à préparer, etc. Et en été, c'est aussi des préparations quand ils ont changé de niveaux, voire d'établissement. Et puis, si c'était si sympa et facile d'être prof, pourquoi donc manquerait-il autant de candidats dans les concours de recrutement ? On a vu pendant le premier confinement, au printemps 2020, des parents comprendre enfin le métier de prof, parce qu'ils étaient confrontés à l'apprentissage de leurs propres enfants.

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L'idée de créer trois zones n'avait pas d'intérêt pour les enfants. C'était juste un intérêt économique : celui de diluer la circulation et d'augmenter les périodes touristiques.

On comprend aussi l'importance des parents : comme ils bénéficient de moins de vacances que leurs enfants, il faut pouvoir les garder d'une manière ou d'une autre. Souvent, c'est le rôle des grands-parents (à condition que ceux-ci ne travaillent plus !), des centres aérés proposés par la commune, de camps de vacances, des tantes ou autres membres de la famille, des amis, des correspondants linguistiques, etc. Certains pourraient donc être favorables à une réduction de leur durée pour de simples commodités d'organisation de la famille.

Mais la question doit avant tout être centrée uniquement autour de l'intérêt des élèves. Et la première des choses à observer depuis quelques années, c'est que les étés sont devenus très chauds et sont peu adaptés à la vie scolaire (à moins d'équipements comme la climatisation, coûteuse en argent et en énergie).

Dans les nombreuses réactions que suscite le sujet, celle d'un internaute le 28 juin 2023 sur le site "20 Minutes" me paraît intéressante car elle pointe du doigt une incohérence : « D'un côté il veut réduire les vacances pour diminuer le temps en journée et de l'autre il nous dit vouloir garder les enfants jusque 18h à l'école... va falloir arrêter de balancer des idées sans la moindre réflexion. ». Le même jour, Emmanuel Macron avait effectivement annoncé que les collèges seraient ouverts de 8 heures à 18 heures pour des temps pédagogiques, renforçant l'égalité entre les élèves.

En proie aux débats passionnés, la France pourrait certainement se couper en deux (de manière très artificielle) entre ceux qui sont pour la conservation du calendrier actuel, considérant qu'une longue coupure est nécessaire pour les enfants, pour qu'ils commencent la nouvelle année scolaire avec un reset dans leur esprit, une remise à zéro et un nouveau départ sur des bases nouvelles, et ceux qui seraient séduits par les propos présidentiels et qui voudraient une France qui travaille... un peu plus !

Je n'ai pas d'avis très prononcé sur la question car mon réflexe serait de refuser tout changement sur cette question très sensible car changer dans ce domaine a plus de probabilité de faire pire que mieux, on l'a vu sur les rythmes scolaires il y a dix ans. Emmanuel Macron n'a peut-être pas perçu l'extrême sensibilité du sujet, qui touche à la vie quotidienne des Français, mais aussi à leurs attentes (certains pensent à leurs vacances dès septembre). Il n'a jamais été maire, ou élu local en général, avec un mandat de proximité qui permet de comprendre la diversité des situations et cette extrême sensibilité.

Comme je l'ai écrit, on marche sur des œufs en abordant ce sujet. Si un changement devait améliorer la situation générale, il devra alors être obtenu par une vraie concertation qui aboutira à un certain consensus. Sans cette condition impérative, tout changement du calendrier scolaire sera voué à l'échec.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (07 juillet 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les vacances scolaires sont-elles trop longues ?
Nos enseignants sont des héros !
Pap Ndiaye, un intellectuel dans la fosse politique.
Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
La sécurité des personnes.
Lycée Toulouse-Lautrec.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230707-vacances-scolaires.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/les-vacances-scolaires-sont-elles-249071

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/07/08/39964944.html














 

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30 juin 2023 5 30 /06 /juin /2023 05:54

« Mon soutien et ma confiance renouvelée aux policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers qui assurent leur mission avec courage. » (Élisabeth Borne, le 30 juin 2023).




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Les événements se suivent et ne se ressemblent pas. Qui aurait pu imaginer que la France serait au bord de l'implosion à la veille de la grande trêve estivale ? Certes, beaucoup promettaient une explosion sociale en raison de la contestation de la réforme des retraites. Eh bien, pas du tout, celle-ci a finalement été absorbée, digérée, même si c'est amèrement, par les Français qui sont passés à autre chose. Et malheureusement, le autre chose, c'est ce pays en proie avec ce qu'on pourrait (très mal) appeler une "révolte des banlieues". Il sera assez difficile d'appeler ce que nous vivons depuis trois jours. Émeutes ? Révolte ? Saccages de sauvageons ? Délinquance des "cités" ?

Aujourd'hui, deux familles sont disloquées. Celle de Nahel parce qu'un fils a été enlevé à la vie. Et celle du policier qui va vivre un autre enfer, celui d'un père ou d'un époux en prison, celui de la honte qui rejaillit sur l'entourage avec un risque de vengeance (il semblerait que l'adresse du policier a été révélée dans les réseaux sociaux). Un véritable gâchis. Comprendre ce qui a amené à cette tragédie. Et agir pour que cela ne se reproduise plus.

La mort de Nahel a été une sorte de catalyseur de cette révolte contenue et souterraine dans les "banlieues". Certains pourront toujours dire "je vous l'avais dit", ceux-là n'ont pourtant jamais imaginé ce qui allait se passer, et encore moins pourquoi (il faudra plusieurs mois voire plusieurs années d'investigations) et surtout, ils le disent depuis cinquante ans à vide, à froid, comme un mantra ("attention, les banlieues vont se révolter", etc.) avec la manière de mettre de l'huile sur le feu.

On ne compte plus le nombre de manifestants (selon la police, selon les syndicats), mais le nombre de policiers et gendarmes mobilisés (40 000 dans la nuit du 29 au 30), le nombre de policiers et gendarmes blessés (249 dans la nuit du 29 au 30) et le nombre d'interpellations (667 personnes ont été interpellées dans la nuit du 29 au 30, 150 dans la nuit du 28 au 29 et 31 dans la nuit du 27 au 28).

La situation ne fait qu'empirer, et cela dans de nombreuses communes de France. De nombreux bâtiments publics (écoles, etc.) et privés (agences bancaires, etc.) ont été visés, vandalisés, incendiés. De nombreuses voitures ont été incendiées. Treize bus ont été incendiés. Il est même devenu une certaine "mode" débile de faire rouler un bus dans le feu. Toute cette violence urbaine est d'autant plus stupide qu'elle n'apporte rien, elle s'en prend aux services publics même de ces émeutiers. Ils s'autopunissent. Des communes ont décrété le couvre-feu (la première est Clamart), la région Île-de-France a décidé d'arrêter la circulation de ses bus à 21 heures, etc.

La mort de Nahel est sans doute la goutte qui a fait déborder le vase. Mais quel vas ? Ce n'est qu'un prétexte car la question est : que veulent véritablement les émeutiers ? Juste une reconnaissance ? Ou pouvoir faire leur trafic tranquillement sans être inquiétés par les forces de l'ordre ? Dans certains cas, ce sont d'autres habitants qui ont voulu protéger leurs biens communs, leurs écoles, etc.

Certains mettent de l'huile sur le feu. D'un côté, l'extrême droite qui réclame une répression sévère, l'instauration de l'état d'urgence. Ce qui serait probablement une erreur de communication, car cela dramatiserait une situation qui doit être au contraire apaisée, et c'était l'erreur du Président Jacques Chirac le 8 novembre 2005 (sur demande de son Premier Ministre Dominique de Villepin) en réponse aux émeutes urbaines du 27 octobre 2005 au 17 novembre 2005 (3 morts, 2 921 personnes interpellées) à la suite de la mort de deux adolescents Zyed Benna et Bouna Traoré qui se sont fait électrocuter en se réfugiant dans un poste électrique pour se soustraire à un contrôle de police. En outre, la plupart des prérogatives de l'état d'urgence sont désormais possibles en situation normale. D'un autre côté, celui des émeutiers, on crie contre la police, on préjuge que le policier qui a tué Nahel aurait tiré en raison de son origine ethnique (ce préjugé de racisme n'a rien d'établi), on amalgame le policier qui a (visiblement) fauté et les policiers dans leur généralité alors que la plupart sont courageux, calmes et professionnels.

Et pourtant, tout devait amener vers l'apaisement.

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La mère de Nahel a fait la différence entre ce policier qui a tué son fils et toute la police. La marche blanche en hommage à son fils, qui a rassemblé à Nanterre 6 200 personnes le jeudi 29 mai 2023 s'est déroulée dans le calme même si on pouvait lire quelques banderoles provocatrices.

Le policier lui-même, pendant sa garde-à-vue, s'est déclaré "désolé" selon son avocat, et a demandé pardon à la famille, prétendant qu'il ne voulait pas tuer. Il faudra encore déterminer ce qui l'a conduit à appuyer sur la détente (il a assuré qu'il voulait tirer plus bas mais la voiture aurait bougé). Le policier avait une dizaine d'années d'expérience et était bien noté par sa hiérarchie. On se demandera toujours pourquoi il n'a pas tiré dans les pneus, par exemple. La mère de Nahel était tout à fait d'accord pour que son fils fût interpellé, car il avait commis le délit de refus d'obtempérer, mais, dans tous les cas, cela ne vaut pas la mort.

La justice elle-même a fait son possible pour éviter toute contestation de la procédure judiciaire, la garde-à-vue a duré deux jours, le policier a été mis en examen pour homicide volontaire (c'est très fort comme motif), et surtout, il a été placé en détention provisoire, ce qui est presque incompréhensible car c'est très rare dans ces situations (on imagine mal le policier mettre encore en danger autrui ou même fuir, car il perdrait aussi son travail). Si le policier est en prison aujourd'hui, c'est surtout pour éviter de faire croire qu'il serait impuni et montrer la gravité de son acte. Son avocat a fait appel de la décision.

Enfin, le gouvernement, le pouvoir, dans sa communication et ses actes, a fait tout son possible pour éviter l'embrasement. Dès le premier jour, les plus hautes autorités de l'État (Président de la République, Première Ministre, ministres) ont évoqué la vidéo accablante du tir apparemment inexcusable, et n'ont pas eu ce premier réflexe fréquent chez les gouvernements de défendre les agents de police avant de connaître la réalité des faits. Les hautes autorités de l'État ont pris toute la mesure des enjeux.

Le 29 juin 2023, la Première Ministre Élisabeth Borne était à Garges-lès-Gonesse, le Ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin était à
Marcq-en-Barœul, le Ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti était à Asnières-sur-Seine. Bref, tout le monde était sur le pont, sur le terrain, pour tenter d'apaiser, d'expliquer que la justice passera dans tous les cas mais aussi réaffirmer l'autorité de l'État et que les violences urbaines de ces dernières nuits étaient inacceptables (et il est heureux qu'il n'y ait pas eu de mort, mais jusqu'à quand ?).

Cependant, le risque est grand que les prochaines nuits soient encore plus violentes, car c'est la fin de l'année scolaire, les esprits sont échauffés et certains veulent en découdre. Oui, la situation est très grave car tout peut arriver. Au-delà de ces violences, l'enjeu du gouvernement, c'est de convaincre que la mort de Nahel sera la dernière de cette manière, il ne faut plus qu'une personne soit tuée pour ce simple délit routier. Recrutement, formation, cadre réglementaire ou législatif, à l'évidence, il faut faire évoluer ces procédures d'interpellation qui sont effectivement aussi très dangereuses pour les forces de l'ordre elles-mêmes. Une mission... peut-être impossible mais nécessaire.



Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (30 juin 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mort de Nahel : la goutte d'eau qui a fait déborder le vase et l'huile sur le feu...
Nanterre : le refus d'obtempérer ne vaut pas la peine de mort.
Agression à Bordeaux : attention, un train de violence peut en cacher un autre...
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
La Méditerranée, mère de désolation et cimetière de nos valeurs ?
Émotion, compassion et soutien aux victimes du criminel d'Annecy.
La sécurité des personnes face aux dangers.
Meurtre de Lola.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Jacqueline Sauvage.
Éric de Montgolfier.


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28 juin 2023 3 28 /06 /juin /2023 18:51

« Suivant les textes, Monsieur le Ministre, le refus d’obtempérer peut être sanctionné par trois ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende, non par la peine de mort ! » (Sabrina Sebaihi, le 27 juin 2023 dans l'hémicycle).



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En fait, la députée écologiste s'est trompée : lorsque le refus d'obtempérer est commis avec des circonstances aggravantes, c'est-à-dire avec mise en danger de la vie ou de l'intégrité physique d'autrui, l'article L. 233-1-1 du code de la route laisse la possibilité d'une sanction plus lourde, cinq ans d'emprisonnement (et pas trois), 75 000 euros d'amende, retrait de 6 points et suspension voire annulation du permis de conduire allant jusqu'à une durée de cinq ans d'interdiction de le repasser.

Mais le refus d'obtempérer ne vaut pas la peine de mort. D'ailleurs, rien ne vaut la peine de mort car la peine de mort ne résout rien de l'insécurité habituelle (et même exceptionnelle) et c'est pour cela qu'elle a été abolie dans de nombreux pays. C'était le sens de la question de Sabrina Sebaihi : « Non, le jeune homme n’a pas foncé sur les policiers, comme l’affirment les professionnels de la récupération politique qui siègent à l’extrême droite de cet hémicycle ! (…) Pourquoi, au sein de notre République, le refus d’obtempérer est-il passible d’une balle dans la poitrine ou dans la tête ? ».

Un nouveau fait que je n'ose pas écrire fait-divers tant la mort d'un adolescent n'est jamais "divers". C'était le mardi 27 juin 2023 dans la matinée à Nanterre. Un jeune homme de 17 ans, Nahel, au volant d'une voiture plutôt luxueuse (avec deux passagers dont on ne sait rien à cette heure), a refusé de s'arrêter devant le barrage de la police. Comme il a redémarré, l'un des deux policiers a tiré à bout portant et l'adolescent est mort.

La première pensée ne peut qu'aller à la victime et à sa famille, une considération première de l'émotion, de la sidération, même si, dans un autre temps, plus tard, il faudra aussi comprendre les circonstances exactes, pourquoi le jeune conducteur a-t-il refusé de s'arrêter ? pourquoi roulait-il sans permis (il avait 17 ans) ? pourquoi conduisait-il une voiture qu'il n'avait forcément pas pu s'acheter ? etc. On pourrait aussi rappeler que le jeune conducteur aurait déjà commis un délit routier en 2022 (le même, refus d'obtempérer, à confirmer), etc. mais cela n'explique pas le tir à bout portant en situation qui n'était pas de légitime défense.

On pourra toujours attendre prudemment le verdict de la justice (le policier est actuellement en garde-à-vue pour homicide volontaire par agent détenteur de l'autorité), car la (première ?) version de la police semble en discordance avec une vidéo qui a été diffusée en public. C'est la nouveauté récurrente des temps modernes : il y a toujours dans les parages une personne qui prend la vidéo de la scène (ce qui devrait conduire le Ministre de l'Intérieur a accepté de rendre obligatoire une caméra portative pour chaque policier en train de faire son travail).

Or cette vidéo est particulièrement accablante sur la responsabilité des deux policiers, les phrases qu'ils ont dites juste avant que l'un d'eux n'ait tiré, et l'absence de danger pour d'autres collègues à l'avant du véhicule.

À gauche, la loi du 28 février 2017 sous le quinquennat de François Hollande est mise en cause (gauche qui l'avait votée à l'époque, pourtant) sur la possibilité de tirer en cas de refus de s'arrêter (loi votée à la suite des quatre policiers gravement brûlés dans leur voiture à Viry-Châtillon le 8 octobre 2016
et aussi à la suite de l'attentat de Nice le 14 juillet 2016).

Cette loi serait un assouplissement du concept de légitime défense lorsque le véhicule est susceptible d'être un danger pour autrui, ce qui est très subjectif. En fait, la Cour européenne des droits de l'homme a estimé en 2018 que l'interprétation de cette loi fait qu'il ne devrait pas y avoir de changement avec les pratiques antérieures. La gendarmerie a intégré cela alors que la police y a vu un encouragement à agir plus régulièrement sous la légitime défense. Dans les faits, en 2022, treize personnes sont mortes dans les mêmes conditions que Nahel pour refus d'obtempérer, et cinq policiers poursuivis pour cette raison.

Quelques heures après ce drame, les députés ont réagi à la séance des questions au gouvernement de cette semaine. Un seul a interrogé le gouvernement sur ce sujet et cela s'est fait avec retenue et sagesse, presque consensus.

La députée écologiste Sabrina Sebaihi, loin du discours classique et provocateur de la Nupes ("la police tue"), n'a pas voulu, effectivement, instrumentaliser le tragique événement en faisant la part des choses : « Comme vous, Monsieur le Ministre de l’Intérieur, nous reconnaissons l’action difficile et risquée, partout dans notre pays, des forces de l’ordre, dont les agents sont bien souvent les premiers à faire face au danger. Toutefois, ces représentants de la force publique doivent ne faire usage de leur arme que dans des cas très précis, y compris lorsque leur vie est en péril. ». Mais elle a réclamé la remise en cause de la loi du 28 février 2017, qu'elle a considérée trop ambiguë.

Le Ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin a également répondu avec justesse, sans vouloir faire de ce sujet un sujet politique, par respect pour la famille de Nahel :
« Ce matin, à Nanterre, deux motards de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la préfecture de police ont effectué un contrôle ; sinon par les images extrêmement choquantes que j’ai moi-même, comme beaucoup de Français, visionnées, nous n’en savons pas davantage, puisque ces policiers sont auditionnés en ce moment par la justice. En outre, deux enquêtes ont été confiées à l’IGPN. De toute manière, c’est un drame qu’un conducteur de 17 ans soit manifestement mort des suites de ce contrôle. Comme le maire [de Nanterre, Patrick Jarry], que j’ai eu au téléphone en début d’après-midi et dont je salue les paroles républicaines, je souhaite pour la famille de ce jeune homme, pour la ville de Nanterre, mais aussi pour la police nationale et pour ses membres, que les résultats de l’enquête nous parviennent le plus vite possible, dans le respect, bien entendu, des procédures judiciaires. ».

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En raison de la vidéo, Gérald Darmanin n'a pas défendu, a priori, les policiers en cause, même s'il est resté prudent (une vidéo ne donne pas tout le contexte) :
« Je suis très attaché à la présomption d’innocence : le fonctionnaire de police qui a tiré devra rendre compte de son acte à l’administration et à la justice, mais en ce qui me concerne, madame la députée, je ne suis ni juge ni procureur de la République. (…) De surcroît, je suis désolé de vous le dire, mais beaucoup de membres des forces de l’ordre sont morts à la suite d’un refus d’obtempérer ; sans vouloir assimiler ces cas à celui de ce matin, beaucoup de familles ont également pleuré leur enfant policier ou gendarme. C’est pourquoi le refus d’obtempérer demeure inacceptable, même s’il l’est tout autant que des policiers tirent à bout portant sur un conducteur, jeune ou moins jeune. Respectons donc, encore une fois, le deuil des familles et la présomption d’innocence des policiers ! ».

Mais cette sagesse de réaction, c'était sans compter avec les provocations de l'extrême droite et aussi celle des "quartiers" (et pas seulement à Nanterre, à Bordeaux, à Toulouse, à Mantes-la-Jolie, entre autres) : la nuit du 27 au 28 juin 2023, il y a eu un embrasement de violences à la limite des émeutes, 24 interpellations ont eu lieu. Quant à l'extrême droite, elle a fustigé le gouvernement incapable, selon elle, de maintenir l'ordre et aussi a laissé entendre que le policier avait raison de tirer (
deux exemples de "Riposte laïque", le soir du 27 : « Je suis triste pour le flic qui a tiré, pas pour le jeune de 17 ans tué » ; le soir du 28 : « Minute de silence honteuse à l'Assemblée : soumission de nos députés à la racaille »). De son côté, Marine Le Pen a affirmé : « Rien ne justifie les explosions de violence, derrière cet événement, il y a le problème de l'autorité de la police. ». 2 000 forces de l'ordre sont ainsi mobilisées pour la nuit du 28 au 29 juin 2023.

Le lendemain du drame, mercredi 28 juin 2023, les esprits se sont échauffés dans la classe politique. Si le gouvernement est resté dans une certaine neutralité par respect pour la famille de la victime, le Président de la République Emmanuel Macron, en déplacement à Marseille, a déclaré que cet acte était « inexcusable » sans attendre l'appréciation de la justice.

Il a déclaré notamment : « Rien ne justifie la mort d'un jeune (…). Je veux dire l'émotion de la nation toute entière après ce qui est arrivé et dire toute ma solidarité ) sa famille (…). Nous avons un adolescent qui a été tué, c'est inexplicable et inexcusable (…). Il faut le calme pour que la justice se fasse, nous n'avons pas besoin d'un embrasement (…). Je souhaite que la justice fasse son travail avec célérité et que la vérité puisse être faite dans les meilleurs délais. ».

Si dans un concert bien orchestré, le syndicat Alliance et le RN ont fustigé les mots "inexplicable" et "inexcusable" du Président de la République, l'enjeu pour l'exécutif, c'était avant tout d'apaiser et d'éviter d'envenimer les tensions très fortes qui pourraient reproduire les trois semaines d'émeutes en novembre 2005 (d'autant plus que le calendrier musulman et la fin de l'année scolaire s'y prêteraient bien).

Un peu plus tard, à la séance des questions au gouvernement au Sénat du 28 juin 2023, au sénateur écologiste Thomas Dossus, Gérald Darmanin a réaffirmé : « On tirera les conséquences individuelles et collectives à la fin de cette enquête (…). Nous souhaitons avoir toute la vérité sur ce qui s'est passé, en respectant le temps de la justice. », tandis qu'auparavant, répondant à une question du sénateur communiste Pierre Laurent puis à une autre du sénateur socialiste Patrick Kanner, la Première Ministre Élisabeth Borne n'a pas hésité à donner son opinion de l'affaire : « Les images diffusées hier montrent une intervention qui ne semble manifestement pas conforme aux règles (…). Seule la justice permettra de faire toute la lumière sur ce drame et garantira notre unité. ».

Mais déjà, les sénateurs de la Nupes ont voulu faire de l'instrumentalisation de cette tragédie à des fins politiques, reprochant au gouvernement d'avoir refusé de les écouter pour réduire la liberté d'initiative des forces de l'ordre. Or, ce n'est pas le moment de dégager une nouvelle politique de ce qu'on pourrait appeler cette "bavure" (mais comme l'a rappelé Alain Bauer, un homicide n'est pas qu'une simple tache sur un buvard, cela peut être un meurtre !). C'est le temps de l'émotion, et le temps de réflexion devra venir, mais avec toutes les connaissances bien établies des circonstances de ce qui s'est passé.

Toutes les strates de la société y sont allées de leur réaction, souvent sous le coup de l'émotion, comme le footballeur Kylian Mbappé sur Twitter : « J'ai mal à ma France. Une situation inacceptable ». Tandis que la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a fait une minute de silence dans l'hémicycle à la mémoire de Nahel (le 28 juin 2023).

Selon Alain Bauer (le spécialiste de la criminologie sur les plateaux de télévision), les policiers en cause ont mal agi du début à la fin, et leur troisième faute est le mensonge pour expliquer les circonstances de leurs actes. Le mensonge devrait être sanctionné plus durement encore que maintenant car il rejaillit sur toute l'institution et il devient indéfendable quand une vidéo existe et prouve le contraire (heureusement pour ce cas-là).

Plus tard, dans le temps de la réflexion, il faudra réfléchir sur la modification ou pas des procédures d'interpellation. Si le ministre donne l'ordre de ne pas poursuivre un conducteur qui refuserait de s'arrêter, le risque est le laxisme généralisé. Il faut que la loi de la République soit appliquée, toute la loi, rien que la loi. Il faudrait sans doute rendre plus indépendante l'institution chargée d'enquêter sur les actes des forces de l'ordre.

Et évacuer des forces de l'ordre tous ceux qui, peut-être à cause d'une formation déficiente, d'un encadrement trop léger ou alors de motivations peu avouables qui signifieraient qu'il faudrait repenser le recrutement, se laissent envahir par la peur et par le vague sentiment de justicier, si de pires sentiments. Les forces de l'ordre doivent faire respecter la loi mais ils doivent aussi, eux-mêmes, la respecter. On ne tue pas un homme pour un refus d'obtempérer. Point barre. Le reste est littérature.


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Sylvain Rakotoarison (28 juin 2023)
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Pour aller plus loin :
Nanterre : le refus d'obtempérer ne vaut pas la peine de mort.
Agression à Bordeaux : attention, un train de violence peut en cacher un autre...
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Meurtre de Lola.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Jacqueline Sauvage.
Éric de Montgolfier.


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13 juin 2023 2 13 /06 /juin /2023 05:49

« C'est pas l'homme qui prend la mer
C'est la mer qui prend l'homme, ta-ta-tin »
(Renaud, "Dès que le vent soufflera", 1983).





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J'ai une petite pensée pour le navigateur Éric Tabarly, capitaine de vaisseau à l'armée, qui est mort emporté par la mer il y a vingt-cinq ans, le 13 juin 1998 (dans la nuit du 12 au 13) en mer d'Irlande. Son corps a été retrouvé à près d'une centaine de kilomètres de sa chute le 17 juillet 1998. Il avait 66 ans (né le 24 juillet 1931 à Nantes) et semblait pourtant insubmersible.

Effectivement, les "métiers", ou plutôt, les passions de navigateur, d'alpiniste ou de vulcanologue, entre autres activités dangereuses, connaissent beaucoup de disparition dans la mer ou dans la montagne (ou sur les volcans), des lieux toujours hostiles, qui nécessitent une compétence technique excellente et une forme physique exceptionnelle, mais, malheureusement, souvent, cela ne suffit pas à éviter la tragédie parce que la passion peut aussi vouloir faire sortir des limites du possible ou le hasard faire croiser une malchance fatale.

La liste est hélas longue des navigateurs disparus en mer, à commencer par Alain Colas, disparu le 16 novembre 1978 à 35 ans sur la Route du Rhum, Loïc Caradec, disparu le 13 novembre 1986 à 38 ans aussi sur la Route du Rhum, Daniel Gilard, disparu le 23 octobre 1987 à 38 ans dans l'Atlantique entre La Baule et Dakar, Paul Vatine, disparu le 21 octobre 1999 à 42 ans dans l'Atlantique au large des Açores, ou encore Andrew Simpson, noyé le 9 mai 2013 à 36 ans dans la baie de San Francisco, etc.

On pourrait ajouter l'animateur de télévision Philippe de Dieuleveult, disparu le 6 août 1985 à 34 ans dans les chutes d'Inga au Zaïre (même si cette disparition pourrait avoir d'autres causes que purement sportives), et le surfeur Arnaud de Rosnay (frère de Joël de Rosnay), disparu le 24 novembre 1984 à 38 ans en voulant traverser le détroit de Formose, en mer de Chine, à planche à voile. Quant à Florence Arthaud, elle est morte le 9 mars 2015 à 57 ans en Argentine, lors d'un transfert en hélicoptère qui s'est écrasé à l'occasion du tournage d'un stupide jeu de téléréalité.

Mais dans les années 1970 et 1980, et plus généralement toutes ces années avant sa mort depuis qu'il a remporté la Transat anglaise en solitaire sur son Pen Duick II le 19 juin 1964 à l'âge de 32 ans (Alain Colas, Philippe Poupon, Loïck Peyron, Francis Joyon et Michel Desjoyeaux, entre autres Français, l'ont également gagnée plus tard), Éric Tabarly, très présent dans les médias, semblait effectivement insubmersible, invincible, comme s'il ne faisait que de la communication et n'allait jamais en mer, ou, au contraire, comme s'il était tellement fort qu'il avait totalement maîtrisé la mer. Comme s'il était à la fois courageux et prudent et que cela suffisait à empêcher tout accident.

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Pendant une trentaine d'années, vainqueur de nombreuses courses, auteur d'une quinzaine de livres souvent best-sellers, formateur de nombreux marins français à la course au large pour "l'école française" (notamment Alain Colas, Daniel Gilard, Éric Loizeau, Olivier de Kersauson, Philippe Poupon, Marc Pajot, Yves Parlier, Michel Desjoyeaux, Jean Le Cam, etc.), membre de l'Académie de marine à partir de 1990, Éric Tabarly s'est aussi distingué par la recherche d'un voilier performant, en participant activement à l'innovation technologique sur l'hydrodynamique (il a même conçu le prototype d'un hydroptère en 1976 ; pour Pen Duick VI conçu en 1973, la quille est en uranium appauvri, etc.). Il a confié à "Libération" le 13 octobre 1997 : « Je ne suis ni misanthrope, ni misogyne, ni marginal, et (…) je m'intéresse à la vie de notre planète. Mais le bateau est vraiment le seul domaine qui me captive, qui alimente mes idées novatrices. » (cité par Wikipédia).

Selon l'adage les chats ne font pas des chiens (en l'occurrence, elle est spécialiste en éthologie des chevaux), Marie Tabarly, fille d'Éric et Jacqueline Tabarly (elle avait 13 ans quand il a disparu), est également skippeuse et a fait ses "premières armes" en mer sous la protection d'Olivier de Kersauson, un ami de la famille. La voile est comme une évidence pour Marie Tabarly : « Je suis retournée dans cet univers où j’ai été éduquée. J'aimais la convivialité, la bonne ambiance, et puis la beauté de ces bateaux. Je suis aussi retournée dans un monde de compétition où le niveau d’exigence était élevé, on a fait performer le bateau en travaillant beaucoup ! ».

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Elle a fait son premier tour du monde à partir du 3 juillet 2018 à bord de Pen Duick VI, le voilier de 22 mètres de long commandé par Éric Tabarly (construit en 1973) qui a fait gagner son père une seconde fois à la Transat anglaise le 28 juin 1976 (cette édition 1976 de la Transat anglaise a connu trois drames, deux concurrents ont disparu en pleine mer, le Canadien Mike Flanagan et le Britannique Mike MacMullen, ce dernier venait de perdre deux jours avant le départ de la course son épouse électrocutée en l'aidant aux préparatifs).

Marie Tabarly a eu cette idée d'inviter pour quelques semaines, selon les escales durant son tour du monde, diverses personnalités, des artistes, des sportifs, etc., pour les rencontrer et échanger avec eux : « Il y a mon envie mais essentiellement mon besoin, m'épanouir, rencontrer des gens et être utile. Ça fait très longtemps que je me demandais comment ce bateau pouvait être utile, comment moi je pouvais être utile et comment est-ce que ce nom peut être utile. » a-t-elle déclaré le 2 juillet 2018 juste avant de partir.

Éric Tabarly échangeait avec beaucoup de monde à la maison, et Marie voudrait perpétuer l'idée de manière originale : « J'ai eu la chance d'avoir une vie pas forcément facile, mais hyper riche, je ne peux pas la garder que pour ma gueule, ça n'a pas de sens ! ». Et elle adore ce voilier : « Pen Duick VI est très beau, performant, hyper agréable, très marin même si, avec son petit cul, il roule au portant. ». Elle est rentrée en 2021, année où elle a participé pour la première fois à la Transat Jacques-Vabre avec Louis Duc du 7 au 29 novembre 2021 (« Il est Normand, je suis Bretonne, on se met sur la gueule et c’est moi qui gagne ! » s'est-elle vantée le 6 novembre 2021). C'était son rêve d'y concourir car son père avait gagné cette course le 31 octobre 1997 avec Yves Parlier.

À bord de Pen Duick VI, Marie Tabarly fera un nouveau tour du monde à la tête d'un équipage de douze personnes en participant à l'Ocean Globe Race, pour son cinquantième anniversaire, départ en septembre 2023 et arrivée vers avril 2024 (la course impose l'absence de GPS et de moyen de communication moderne, et un équipage avec 70% de bénévoles) : « Le bateau est un catalyseur, il permet aux gens de se déconnecter tout en se reconnectant aux autres et aux valeurs fondamentales (…). On va passer par des pays qui ont une histoire riches, par des routes maritimes, des expériences et moments incroyables qui vont amener à la réflexion. Je suis impatiente de découvrir les travaux des bénévoles du bord ! ».

Le 5 février 2023, elle faisait part de son "statut" de femme navigatrice : « Tellement obsédée par le problème d’être la "fille de", je ne voyais même pas le problème d’être une femme dans la voile. (…) À 38 ans, je suis capitaine d’un maxi de 22 mètres, et d’un équipage de 25 personnes. Actuellement dans l’arc antillais pour aller courir la Caribbean 600, au moment du contrôle de la douane, 2 fois sur 3 je dois convaincre l’agent des douanes que je suis bien la capitaine, et la propriétaire. Idem en métropole, que ce soit dans les salons parisiens ou ailleurs. (…) Pour les médias nous devons sourire, être belles, lumineuses, ouvertes, rayonnantes, de vraies bulles de champagne. Pourtant on ne demande jamais ce genre d’attitude à Francis Joyon, ou Yves Le Blevec, qui eux, ont le droit d’avoir de "vraie gueule de marin burinée par le vent". Pourtant nous sommes tous marins, avec donc un ADN commun et souvent un foutu caractère. Mais c’est aussi ce qui fait que nous allons courir sur l’eau, que nous avons la force de revenir à terre monter des projets, pourquoi pas même de créer une famille, et repartir. ».

Par ailleurs, les proches d'Éric Tabarly voudraient le classement aux Monuments historiques de toute la gamme des Pen Duick, comme l'a expliqué Arnaud Pennarun, le président de l'Association Pen Duick : « Le fait de classer les bateaux interdit les propriétaires de les revendre à l’étranger et leur impose des normes sur les types de réparation ou d’entretien à faire. Tout ça est surveillé par les Monuments historiques. On souhaite que les bateaux restent dans leur état actuel. ». Un manière de perpétuer la mémoire...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (10 juin 2023)
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Pour aller plus loin :
Éric Tabarly.
Coupe de France de football 2023 : victoire de Toulouse ...et d'Emmanuel Macron !
France-Argentine : l'important, c'est de participer !
France-Maroc : mince, on a gagné !?
Qatar 2022 : vive la France, vive le football (et le reste, tant pis) !
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Pas de burkini dans les piscines à Grenoble.
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Jean-Pierre Adams.
Bernard Tapie.
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Pierre Mazeaud.
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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/la-legende-eric-tabarly-et-sa-248649

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23 février 2023 4 23 /02 /février /2023 04:35

« [Un élève] s'est approché d'elle et lui a planté un grand couteau dans la poitrine, sans rien dire. » (témoignage d'Inès, élève de la victime assistant à son cours d'espagnol).



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Une minute de silence est prévue ce jeudi 23 février 2023 à 15 heures dans tous les établissements scolaires de France pour rendre hommage à la professeure d'espagnol de 52 ans qui a été assassinée en plein cours, la veille, par un élève de 16 ans au lycée catholique Saint-Thomas-d'Aquin de Saint-Jean-de-Luz, un établissement coté, sous contrat d'association avec l'État, qui n'avait jamais eu d'histoires jusqu'à maintenant.

Selon la rectrice de l'Académie de Bordeaux Anne Bisagni-Faure, la victime, qui enseignait dans l'établissement depuis 1997, était « une excellente professeure ». Le Ministre de l'Éducation nationale Pap Ndiaye a complété cette évocation avec un « exceptionnel dévouement » pour ses élèves, tandis que l'évêque de Bayonne Marc Aillet a expliqué qu'elle était « très appréciée pour son dynamisme et son engagement ».

On pense en premier à sa famille (en particulier son compagnon) et à ses amis et proches, ainsi qu'à ses élèves qui ont été traumatisés par cette horreur. Une forte émotion secoue le pays, en particulier le secteur éducatif. L'école a toujours été le lieu de l'apprentissage, un lieu protégé du monde extérieur pour apprendre, pour acquérir les savoirs et pour devenir un futur citoyen, capable de résister aux nombreuses tensions du monde adulte. Un assassinat au sein d'un établissement scolaire est donc aussi terrible qu'au sein du cadre familial. Depuis cette funeste matinée, une trentaine d'élèves sont en état de choc d'avoir vécu ce qu'ils ont vécu.

Selon les premiers éléments, l'adolescent et assassin présumé, placé en garde-à-vue à Bayonne, aurait déclaré être possédé et aurait évoqué des voix qui lui auraient dit de tuer. La présence d'un couteau dans son cartable laisse toutefois entendre la préméditation (d'où l'ouverture d'une enquête pour assassinat).

Choc légitime de toute une société, mais aussi brouhaha médiatique : les médias se sont emparés de cette tragédie comme de toute histoire sordide, mais une fois encore, le silence et le recueillement seraient meilleurs conseils face à la douleur des proches. Et le respect que la Nation leur doit demande, impose l'absence de récupération d'une manière ou d'autre.

Toute la classe politique a réagi à cet assassinat. Le Président de la République Emmanuel Macron a tweeté son "intense émotion" : « Je partage la douleur de la famille, de ses collègues, de ses élèves, de nos enseignants qui consacrent leur vie à transmettre le savoir aux générations futures. La Nation est à vos côtés. ». Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran a apporté son soutien à la communauté éducative : « J’imagine à peine le traumatisme que cela peut représenter localement et plus généralement à l’échelle de la Nation. ».

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Ont également exprimé leur émotion la Première Ministre Élisabeth Borne, le Président du Sénat Gérard Larcher, la Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet, et parmi les députés de l'opposition, entre autres, Éric Ciotti (LR), Sandrine Rousseau (EELV), Olivier Faure (PS), Mathilde Panot (FI), Edwige Diaz (RN).

Cette dernière en est déjà à vouloir faire de la récupération en disant : « Nos écoles ne sont plus protégées face à l'explosion de la violence. Il y a urgence à agir. ». Mais que veut-elle ? Que nos élèves entrent chaque matin à l'école comme on entre dans un musée ou dans un ministère, avec portique et fouille des sacs ? Et après, on s'étonnera que les jeunes manquent d'enthousiasme, d'optimisme, de confiance, d'élan pour entreprendre, innover, créer, prendre des risques ?

Il faut d'abord laisser faire la police et la justice, que l'enquête judiciaire puisse déterminer avec précision les circonstances mais aussi les motivations. C'est une horreur extrêmement rare en France, beaucoup moins aux États-Unis. L'assassinat de Samuel Paty, il y a deux ans, à la sortie de ses cours, dans la rue, était un acte de terrorisme islamique. Ce n'est peut-être pas (certainement pas ?) la même explication à Saint-Jean-de-Luz.

Pap Ndiaye est venu sur les lieux dans l'après-midi pour assurer le soutien de la Nation : « C'est un jour triste pour l'Éducation nationale. C'est un jour triste, bien sûr, pour cet établissement. Et le temps de l'enquête va venir, le temps des conclusions éventuelles viendra. Aujourd'hui, c'est le temps de l'émotion. C'est le temps de la solidarité. C'est l'ensemble de la Nation, finalement, qui est présente ici et qui témoigne de son affliction et de son émotion. ».

Il a ajouté : « Nous avons été frappés par la solidarité, par la dignité. Les professeurs ont d'abord demandé des nouvelles de leurs élèves. Cela témoigne de la force, de la solidité de la communauté éducative de cet établissement. (…) Rien ne laissait penser à la survenue d'un drame aussi épouvantable. Cet établissement est un établissement calme, réputé pour son sérieux et pour la sérénité de son climat scolaire. Il n'y a donc pas lieu d'en tirer de conclusion hâtive. ».

Ni récupération, ni amalgame, mais émotion et avant tout, respect que nous devons à la victime et à ses proches. Hommage à Agnès. Et on ne le répétera jamais assez fort : nos enseignants sont des héros !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (22 février 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nos enseignants sont des héros !
Pap Ndiaye, un intellectuel dans la fosse politique.
Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
La sécurité des personnes.
Lycée Toulouse-Lautrec.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230222-assassinat-enseignante.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/nos-enseignants-sont-des-heros-246948

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/02/22/39823464.html




 

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31 janvier 2023 2 31 /01 /janvier /2023 04:29

« L'enjeu est considérable : maintenir l'acquis au profit des générations futures dépend, au-delà de la démographie et de l'économie, de notre capacité à actualiser le pacte de solidarité qui lie les générations entre elles. (…) Il s'agit de préparer l'avenir des jeunes générations pour que notre société, demain, continue à reconnaître à ses anciens la place et le niveau de vie qui leur revient. » (Michel Rocard, Premier Ministre, préface du Livre blanc sur les retraites, 15 avril 1991).



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Ce mardi 31 janvier 2023, c'est une nouvelle journée de manifestations et de grèves contre la réforme des retraites du gouvernement. Principalement dans le secteur public, notamment dans les transports (SNCF, RATP), l'éducation (écoles), les grèves ont pour objectif de créer un rapport de forces avec le gouvernement.

Les conséquences de ces grèves sont cependant loin d'être désastreuses aujourd'hui : en effet, la pandémie de covid-19 est passée par là et la plupart des personnes qui souhaitent quand même travailler cette journée le peuvent désormais, sans prendre les transports en commun, sans non plus saturer la circulation automobile (c'est cela qui est nouveau), car il existe maintenant le télétravail. Seules, les grèves continues pourraient affaiblir l'économie, mais un jour par semaine ne paraît plus en mesure de créer un rapport de forces.

Je ne doute pas de la sincérité de tous ceux qui manifestent ou qui font grève pour sauver les retraites par répartition. Et en quelque sorte, malgré le côté râleur d'un peuple français pourtant souvent responsable et sérieux, c'est une chance : le consensus reste très fort pour que le principe de notre système de retraite, généralisé depuis la Libération, reste par répartition. Car c'est aussi l'objectif du gouvernement, sauver nos retraites par répartition. Un objectif commun, c'est déjà cela. Je suis convaincu qu'un tel consensus n'existera jamais aux États-Unis sur ce sujet, par exemple.

En revanche, si nous voulons vraiment sauver nos retraites par répartition, il nous faut être lucides et anticiper. Sans cela, nous risquons de nous fracasser contre un mur qui est le mur comptable. C'est vrai, le peuple français a envie de rêver.

Les électeurs de François Hollande l'ont cru lorsqu'il disait au Bourget le 22 janvier 2012 que son principal adversaire, c'était le monde de la finance : « Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. (…) Cette emprise est devenue un empire. ». Comment des électeurs de gauche, trompés déjà mille fois par le verbe de François Mitterrand, ont-ils pu retomber dans le panneau ? Cela reste pour moi un grand mystère.

Toujours est-il que le peuple français a envie de rêver, a envie de grandes épopées, qu'elles soient napoléoniennes ou gaulliennes, ou qu'elles soient socialisantes avec le Front populaire, la victoire de François Mitterrand et quelques autres aventures. Plus généralement, les électeurs français croient aux promesses des candidats qui vont gagner, ce qui est terrible et justifie a posteriori la dévaluation de la parole en politique. On veut croire au Père Noël, on veut raser gratis. Les rêves idylliques finissent toujours en cauchemars dans la réalité du monde. La France, heureusement, n'est pas tombée ni dans le nazisme ou le fascisme, ni dans le stalinisme, même si elle n'a pas beaucoup de leçons à donner aux autres peuples quand on observe le bilan humain de Napoléon.

Il y a un véritable contresens dont sont très conscients les meneurs de cette confrontation sociale : on ne remet pas en cause les retraites par répartition quand on recule l'âge légal de la retraite de 62 à 64 ans. Au contraire, cela permet d'anticiper et de les préserver.

Rappelons une chose importante : on cite souvent le programme du CNR (Conseil National de la Résistance). La première chose, c'est qu'il date de 80 ans et qu'il s'est passé beaucoup de choses entre-temps pour ne pas reprendre un vieux programme. Néanmoins, quelques principes fondateurs ont porté notre modèle social qu'il faut préserver (le consensus reste celui-là). La deuxième chose, c'est qu'il n'a jamais promu la retraite à 60 ans ! La généralisation de la Sécurité sociale, y compris des retraites, a été adopté le 26 avril 1946. Et la retraite était à 65 ans avec une espérance de vie bien moindre que maintenant.

En effet, jusqu'en 1981, l'âge légal de départ à la retraite était de 65 ans et personne n'avait protesté. À l'époque (1946-1981), la situation des retraites était très favorable à la répartition : beaucoup de cotisants (avec le baby boom) et peu de retraités (à cause de la guerre). Les actifs pouvaient aisément contribuer au financement des pensions de leurs aînés sans être trop plombés financièrement.

Mais alors que la tendance démographique allait s'inverser (beaucoup de retraités à partir des années 2010 et baisse de la natalité à partir des années 1980), le gouvernement socialo-communiste de 1981 n'a pas trouvé mieux que de réduire de cinq ans l'âge légal de départ de la retraite, ce qui a augmenté fortement le nombre de retraités (et réduit d'autant le nombre de cotisants). Mesure aussi irresponsable que plus tard, les 35 heures, mais qui jouit, dans la vie politique, d'une sorte de nostalgie sociale du Front populaire.

On a laissé croire aux Français qu'ils pouvaient gagner plus en travaillant moins, et cela au moment où la France s'ouvrait dans une globalisation des échanges économiques qui allait rendre la compétition commerciale beaucoup plus rude.

Si le Président Emmanuel Macron voulait détruire les retraites par répartition, il lui suffirait de ne rien faire mais aussi, de ne pas faire payer les déficits déjà actuels des caisses de retraite par les contribuables (on compte actuellement 30 milliards d'euros de financement par l'État des caisses de retraite et cela va croître sans réforme, je reviendrai sur les chiffres dans un autre article).

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C'est parce qu'Emmanuel Macron veut justement les sauver, ces retraites par répartition, à l'instar d'une très grande majorité de personnes dans le pays, qu'il souhaite rendre le système structurellement équilibré et supprimer définitivement l'hypothèse d'une faillite et d'un effondrement du système (qui affectera en premier lieu les moins aisés). C'est à son effondrement qu'on devra proposer la retraite par capitalisation pour compenser. Mais c'est justement ce que le gouvernement veut éviter.

Inversement, si un actif veut être le maître des horloges et le maître de sa vie, décider l'âge de sa retraite en toute liberté, selon ses impératifs et ses envies, ses projets et ses contraintes, la retraite par capitalisation est sa solution : s'il épargne plus pendant sa vie professionnelle, il peut espérer partir plus tôt ; au contraire, s'il dépense toute sa rémunération tout de suite, il lui faudra travailler plus. Ce système par capitalisation est un système individuel, chacun fait comme il le souhaite. J'avais une très proche collègue américaine et elle me disait qu'elle souhaitait prendre sa retraite un peu après ses 50 ans, son désir était de s'acheter un ranch au Texas (d'où elle venait) et de vivre ainsi encore en bon état dans la campagne. Aux États-Unis, chacun décide comme il l'entend.

Bien que jaloux de mes libertés et plutôt individualiste, je préfère quand même le système par répartition qui est un système avant tout de solidarité : solidarité entre les générations (les jeunes paient pour les moins jeunes), mais aussi au sein d'une même génération avec le minimum vieillesse (revalorisé à l'occasion de cette réforme) que n'aurait pas le salarié pauvre dans un système par capitalisation.

Une autre raison aussi : c'est que ma collègue américaine, après la grave crise de l'automne 2001 (éclatement de la bulle des télécommunications), a dû se mettre dans l'idée de travailler encore plus longtemps, car tout son pécule économisé avait été consumé par la crise. C'est l'intérêt du système par répartition, on n'est pas tributaire de crises boursières qui affecteront le montant des pensions dans trente ans. Cette évidence explique le consensus : la France des Lumières, ce n'est pas chacun pour soi.

La répartition, c'est un avantage compétitif énorme. Mais cela exige un sérieux raisonnement pour que le système ne se casse pas la gueule comme dans une pyramide de Ponzi. Pour cela, il faut s'assurer qu'il y ait toujours assez de cotisants pour payer les pensions des plus âgés. En clair, cela signifie une natalité dynamique. Candidat à l'élection présidentielle de 1981, Michel Debré, dont le thème de la natalité l'avait enfermé dans une sorte de niche politique, avait anticipé les conséquences d'une baisse notable de la natalité. François Bayrou, le Haut commissaire au plan, l'a aussi écrit dans un rapport remis le 17 mai 2021. Il proposait deux voies pour augmenter la population active : ou une politique nataliste volontariste (ce qui n'a pas été fait depuis une cinquantaine d'années), ou un accueil de population jeune immigrée pour faire tourner notre modèle social.

L'autre solution, ce que préconise le gouvernement, c'est que les Français travaillent un peu plus qu'auparavant. Comme je l'indiquais dans un précédent article, cet effort demandé aux Français, dont le but est de sauver nos retraites par répartition, doit se faire dans la plus grande justice sociale, c'est-à-dire effectivement que les carrières longues et la pénibilité du travail soient prises en compte réellement et sérieusement. C'est en refusant obstinément de négocier avec le gouvernement que les syndicats s'empêchent d'améliorer la réforme actuelle, ce qui n'est pas très constructif.

De son côté, le gouvernement ira jusqu'au bout (Élisabeth Borne a confirmé sur France Info le 29 janvier 2023 que l'âge de 64 ans n'était pas négociable), et sa détermination est plus financière que politique ou idéologique : il faut sauver nos retraites par répartition.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sauver nos retraites par répartition.
Réforme des retraites 2023 : le projet du gouvernement est-il amendable ?
Dossier des retraites du gouvernement publié le 10 janvier 2023 (document à télécharger).
Conférence de presse de la Première Ministre Élisabeth Borne le 10 janvier 2023 à Matignon (texte intégral et vidéo).
Comprendre la réforme des retraites présentée par Élisabeth Borne ce mardi 10 janvier 2023.
Le non-totem d'Élisabeth Borne sur les retraites.
Le coronavirus supplante la réforme des retraites de 2019-2020.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230130-reforme-retraites.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sauver-nos-retraites-par-246282

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/31/39797926.html










 

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