(dépêches)
265 sans-abri sont morts dans la rue en France cette année
France
PARIS (AFP) - 26/11/08 13:50
Deux cent soixante-cinq personnes sans abri sont mortes "dans la rue cette année en France", a affirmé mercredi devant la presse Didier Cusserne, délégué général de l'association Emmaüs, qui s'occupe de la réinsertion des personnes en situation précaire.
Trois SDF et leur chien dorment le 21 février 2008 au pied du métro aérien à Paris.
"Les gens ne meurent pas à la rue que l'hiver, ils meurent aussi l'été. Il y a des gens sans abri qui décèdent dans la rue très régulièrement", a précisé M. Cusserne lors de la présentation d'un plan de la Ville de Paris pour renforcer la prise en charge des personnes sans abri.
Quatre sans-abri ont été retrouvés mort en un peu plus d'un mois en région parisienne, alors que la France s'interroge, comme chaque année lors des premiers grands froids, sur le sort de ces personnes contraintes de dormir dans la rue ou à la périphérie des villes.
Trois des quatre victimes occupaient des cabanons de fortune dans le bois de Vincennes, à la périphérie de Paris. Les autorités estiment à environ 200 le nombre de sans-abri qui vivent dans ce bois fréquenté le week-end par les promeneurs.
Mercredi 26 novembre 2008 - 21h33
Trois sans-domicile fixe campant dans le Bois de Vincennes ont accepté d'être hébergés mercredi dans des structures d'accueil, c'est ce qu'il est notamment ressorti d'une réunion qui a réuni ce jour le secrétaire général de la préfecture de Paris, les services de la ville de Paris, ainsi que l'association Emmaüs.
D'après un communiqué de presse de la préfecture de Paris, au cours de cette réunion, "il a été décidé que les maraudes de la brigade d'assistance aux personnes sans-abri, de la ville de Paris et du Samusocial déjà en vigueur toute l'année seront renforcés pour permettre une meilleure couverture du site".
"Dans le but de venir en aide aux personnes physiquement les plus fragiles, de nouvelles dispositions ont été prises", précise le communiqué. "Des visites médicales seront organisées dès jeudi matin par la préfecture de police avec des médecins des sapeurs-pompiers de Paris et du SAMU".
"Toutes les personnes présentes dans le Bois se verront, à nouveau, proposer un hébergement". Dès mardi, un dispositif associant les services de l'Etat et de la ville a été mis en place pour recenser les personnes sans-abris du bois. Un dispositif similaire est à l'étude en ce qui concerne le Bois de Boulogne. AP
Hébergement forcé des SDF: tollé des associations après la proposition de Boutin
Mercredi 26 novembre 2008 - 21h01 -Anne-Marie LADOUES
Après la mort de quatre SDF en un mois en région parisienne, le gouvernement envisage de recourir à l'hébergement obligatoire des sans-abri, proposition qui a suscité un tollé chez les associations s'employant depuis des années à tenter d'amortir la crise du logement.
La ministre du Logement Christine Boutin a annoncé le lancement d'une réflexion sur l'opportunité de rendre obligatoire la mise à l'abri des SDF quand la température descend sous -6 degrés, avant d'indiquer sur France Info que ce seuil restait à affiner.
Le président Nicolas Sarkozy a estimé en Conseil des ministres que le gouvernement a "le devoir et la responsabilité" de "ne pas laisser mourir" les SDF de froid, selon des propos rapportés par Luc Chatel, porte-parole du gouvernement.
L'hébergement forcé "serait une grave régression", a immédiatement jugé Xavier Emmanuelli, fondateur du Samu social, évoquant "le délit de vagabondage" en vigueur jusqu'en 1994.
"Elle n'y arrivera pas, dit-il, elle n'a de toute façon pas les moyens légaux de porter ainsi atteinte aux droits de la personne".
Pour lui, "l'exclusion, ce n'est pas une question d'hiver: elle est là pour longtemps, c'est structurel".
Les associations rappellent inlassablement la promesse du candidat Sarkozy, le 18 décembre 2006. "D'ici deux ans, plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d'y mourir de froid", avait-il dit.
"Nous sommes furieux", a déclaré Patrick Doutreligne, secrétaire général de la Fondation Abbé Pierre. "Quelques jours à peine après le jugement contre le Dal et les Enfants de Don Quichotte qu'elle a approuvé, Mme Boutin sort cette idée bête. Une idée qui n'a de réalité que parce que la société a peur d'être accusée de laisser ses pauvres mourir de froid....".
"En Allemagne, où la police embarque de force les SDF, les autorités se sont donné les moyens d'avoir des places d'hébergement dignes, des chambres individuelles. Ici, on prend les choses à l'envers!", a-t-il estimé.
Mme Boutin a fait valoir qu'aucune des 66 personnes installées durablement dans le bois de Vincennes "vues personnellement cette nuit" n'avait accepté de venir dans un centre d'hébergement. Selon elle, il restait 40 places libres en hébergement d'urgence, le week-end dernier dans le XIIe arrondissement, limitrophe du Bois.
Jean-Baptiste Legrand, président des Enfants de Don Quichotte, a exprimé son "ras-le-bol": "Chaque année, on pose cette même question de la mise à l'abri. Catherine Vautrin (ministre déléguée à la Cohésion sociale à l'époque, NDLR) la posait déjà il y a deux ans sur le canal Saint-Martin... C'est compliqué de comprendre pourquoi les gens ne veulent pas aller dans les gymnases? Allez au centre Yves Garrel, dans le XIe, vous comprendrez...".
La Ville de Paris a annoncé, après la "mission Bois de Vincennes", une "mission Bois de Boulogne" pour convaincre les sans-abri d'accepter un hébergement.
Deux cent soixante-cinq sans-abri sont morts dans la rue cette année, a annoncé Didier Cusserne, délégué général de l'association Emmaüs. Face "au manque de places" d'hébergement d'urgence, il a plaidé pour la réquisition. "Ce serait le marquage d'une volonté politique", a-t-il dit, estimant qu'il "ne faut pas qu'il y ait des bâtiments vides autour du bois de Vincennes quand des sans-abri y meurent".
Un hommage a été rendu mercredi soir à la fontaine des Innocents, au centre de Paris, aux 150 morts "de la rue" tombés au cours des six derniers mois.
