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11 juin 2026 4 11 /06 /juin /2026 04:59

« À partir de 2019, Patrick Bruel est accusé de violences sexuelles sur plusieurs personnes. Des enquêtes de presse font émerger de nouveaux témoignages en 2026 : au total, une trentaine de femmes, personnalités publiques ou anonymes, parfois mineures au moment des faits, met en cause le chanteur pour des faits survenus entre 1991 et 2019, dont l'intéressé conteste la réalité. En mai 2026, il est l'objet d'au moins treize plaintes et de cinq enquêtes judiciaires pour agressions sexuelles et viols. » (Notice Wikipédia).



 


On a déboulonné des statues de Staline et Lénine... On déboulonne maintenant les stars. Parce qu'ils étaient inattaquables, des maîtres dans leur métier, du talent, de l'audience et de l'argent, bref, du pouvoir, ils étaient insoupçonnables, indéboulonnables... Mais la loi doit passer. Il y a vraiment un changement de point de vue et c'est heureux. Les femmes, les victimes, parfois mineures au moment des faits, doivent être reconnues comme telles face à des prédateurs sexuels qui se sentaient tout-puissants, assurés de leur impunité, protégés par leur célébrité, l'existence aussi de leurs admirateurs (et même admiratrices). La liste est désormais longue, et le dernier en liste, Patrick Bruel, qui, malgré l'air sympa qu'il se donne, aurait agressé et violé de nombreuses femmes.

Il y a encore deux semaines, la question était de savoir si le chanteur pouvait continuer sa tournée ou pas. On a changé de monde. Aujourd'hui, il est question de prison. En effet, pour être entendu sur les neuf plaintes instruites dont il fait l'objet, Patrick Bruel a été placé en garde-à-vue le 8 juin 2026 pendant quarante-huit heures (le 9, elle a été prolongée), et ce mercredi 10 juin 2026, c'est la conclusion d'une grande sévérité, puisque le procureur de la République a requis « sa mise en examen pour des faits de viols, tentatives de viols, agressions sexuelles et harcèlement sexuel concernant 9 victimes, commis entre 2010 et 2019 » ainsi que son placement en détention provisoire.

Patrick Bruel a ensuite été déféré devant quatre juges d'instruction dans la nuit du 10 au 11 juin 2026, où il a été écouté pendant trois heures. Après son audition auprès du juge des libertés et de la détention (chargé de décider d'un placement en détention provisoire), le chanteur a échappé de peu à la prison et a été placé sous contrôle judiciaire, avec interdiction de quitter le territoire, de s'approcher de ses victimes, interdiction de fréquenter un salon de massage, obligation de justifier d'un suivi psychologique et enfin, il n'est pas interdit d'exercer son métier (il y a neuf jours encore, il jouait au théâtre).

Peu avant, il avait été officiellement mis en examen pour « viol, tentative de viol, agressions sexuelles et harcèlement sexuel » dans quatre affaires, il est témoin assisté dans quatre autres affaires, et il a bénéficié d'un non-lieu pour une neuvième affaire pour cause de prescription, et treize autres plaintes sont en cours d'instruction, sans compter d'autres plaintes à venir annoncées par l'avocate de l'une des victimes, l'animatrice Flavie Flament, dont le témoignage public le 16 mai 2026 a fait accélérer les procédures judiciaires.

Même s'il a pu ressortir à moto du palais de justice tard dans la nuit et qu'il n'a été que placé sous contrôle judiciaire, les mesures sont très sévères et à la hauteur de la gravité, désormais considérée aujourd'hui, des délits et crimes dont il est accusé et qu'il a, pour l'instant, toujours niés.

Le télescopage avec une affaire qui a ému la France entière pourrait amener les persifleurs à s'étonner que la justice puisse trouver très rapidement quatre juges d'instruction pour écouter le prévenu Patrick Bruel alors qu'un suspect déjà lourdement accusé n'avait pas encore été écouté par un juge au bout d'un an.

Il ne faut pas sortir du contexte médiatique, la mise en examen de Patrick Bruel, comme la première condamnation de Gérard Depardieu, sont de nouvelles statues qui s'effondrent et le message est très clair, qui veut démentir la fable de La Fontaine ("Les animaux malades de la peste") : « Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir. ». Eh bien non, la République est passée par là, chaque justiciable est égal devant la loi et la justice et même des icônes (ou idoles) comme Patrick Bruel devront répondre devant la justice d'actes délictuels voire criminels qu'ils auraient pu commettre au cours de leur existence. C'est un progrès pour la justice et le vivre ensemble.

Pour autant, je suis pour respecter sa présomption d'innocence qui, médiatiquement, est effectivement mise à mal en raison du témoignage des nombreuses victimes qui commencent à parler et qui raconteraient la même présumée violence de l'homme célèbre à chaque fois. C'est à la justice, et seulement à la justice, en toute connaissance de causes, de le juger, et à personne d'autre.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 juin 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Patrick Bruel a failli être en prison sans passer par la case procès.
Avis de tempête et présomption.
On s'était dit rendez-vous dans quarante ans.
Marilyn Monroe.
Star éternelle.
"Le fabuleux destin d'Amélie Poulain".
Audrey Tautou.
Nathalie Baye.
Isabelle Mergault.
Bruno Salomone.
Brigitte Bardot.
Monstre sacré du cinéma français.
Michel Piccoli.
Rob Reiner.
Jean-Pierre Bisson.
Woody Allen.
Michel Bouquet.
Hommage du Président Emmanuel Macron à Michel Bouquet le 27 avril 2022 aux Invalides (texte intégral et vidéo).
Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
Bouquet final.
Marion Cotillard.
Claudia Cardinale.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Charlie Chaplin.

 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260610-bruel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/patrick-bruel-a-failli-etre-en-269714

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/06/10/article-sr-20260610-bruel.html


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9 avril 2026 4 09 /04 /avril /2026 04:47

« J'ai fait ma part. J'ai fait des lois qui sont bonnes, qui à l'époque symbolisaient l'avenir. Je n'ai pas de regrets : j'ai marqué l'Histoire. » (Yvette Roudy, le 4 août 2019 dans "Le Parisien").



 


L'ancienne ministre socialiste Yvette Roudy fête son 97e anniversaire ce vendredi 10 avril 2026. Son nom est associé à la période du mitterrandisme triomphant puisqu'elle fut ministre des droits de la femme pendant les presque cinq premières années du double septennat de François Mitterrand, du 22 mai 1981 au 20 mars 1986 sous les gouvernements de Pierre Mauroy et Laurent Fabius. Mon titre reprend le titre de l'unique biographie (à ma connaissance) de cette dame politique publiée en 2006 par Élodie Becu et Karine Portrait.

Paradoxalement, alors que les mouvements féministes étaient plutôt considérés de gauche, ce n'est pas l'arrivée de la gauche au pouvoir qui a initié les premières mesures en faveur des femmes au sein d'un gouvernement. Avant même la Libération, De Gaulle a donné aux femmes le droit de vote (tandis qu'elles pouvaient déjà être nommées ministres au Front populaire), et c'est surtout le Président Valéry Giscard d'Estaing qui a modernisé le pouvoir pour l'adapter à la société en pleine évolution. Sans doute aussi que la révolution sociologique de mai 68 est passée par là.

Toujours est-il que c'est Françoise Giroud qui a inauguré le ministère à l'époque de la condition féminine, dès le 16 juillet 1974. Elle était alors rattachée au Premier Ministre Jacques Chirac et était « chargée de promouvoir toutes mesures destinées à améliorer la condition féminine, à favoriser l'accès des femmes aux différents niveaux de responsabilité dans la société française et à éliminer les discriminations dont elles peuvent faire l'objet ». Après elle et avant Yvette Roudy, il y a eu notamment Monique Pelletier et Alice Saunier-Seïté. Mais il faut aussi citer Simone Veil qui a sûrement fait beaucoup plus pour les femmes que toutes les ministres des femmes par la suite.

D'ailleurs, répondant à une interview le 25 décembre 2017 pour un blog d'élues locales, la féministe socialiste ne revendiquait pas être une initiatrice de ce ministère : « J’ignore si j’ai été une pionnière. Ce n’est pas à moi qu’il faut le demander. Mais j’ai beaucoup observé ce qui se faisait dans les pays scandinaves beaucoup plus en avance. ».


Yvette Roudy ne s'est pas vraiment engagée dans la vie politique, même si, à la fin, elle a eu la trajectoire ordinaire d'une femme politique. Elle était d'abord une militante féministe. Elle avait rencontrée Colette Aubry, ancienne résistante et proche de Pierre Mendès France, puis Marie-Thérèse Eyquem, et également Simone de Beauvoir, la référence en la matière. D'où la création du Mouvement démocratique féministe (MDF) en 1962 dont la future ministre est devenue l'une des principales animatrices.

Son engagement politique provient d'une réflexion évidente : pour bouger les choses en faveur des femmes (égalité, parité, etc.), il faut passer par l'action politique, par des lois, par convaincre les autorités et la société qu'il faut une telle évolution. En décembre 1965, elle a soutenu la candidature de François Mitterrand très ouvert sur la condition des femmes, jusqu'à la prendre parmi les responsables du parti socialiste dans les années 1970 (elle avait pourtant voté pour le candidat communiste Jacques Duclos en 1969 !). Yvette Roudy avait alors fait quelques tentatives infructueuses pour se faire élire députée en région parisienne en mars 1967, à Paris en juin 1968 et à Lyon en mars 1978. François Mitterrand l'a alors pris sous son aile dans sa liste aux élections européennes si bien qu'elle a été élue députée européenne en juin 1979.

 


Elle a raconté sa rencontre avec François Mitterrand le 4 août 2019 dans "Le Parisien" : « En fait, tout a commencé avec Colette Audry. J'étais angliciste, alors elle m'a proposé de traduire la "Femme mystifiée", de Betty Friedan. J'ai accepté, et nous nous sommes nouées d'amitié. Elle m'a présenté Marie-Thérèse Eyquem, qui dirigeait le Mouvement démocratique féminin (MDF), et était, elle, proche de Mitterrand. Marie-Thérèse m'a parlé longuement de lui et me l'a présenté en 1965. Il proposait l'union de la gauche : cela m'a plu, j'ai pensé que c'était la bonne stratégie. Et puis, il avait mis De Gaulle en ballottage. Alors, je l'ai rejoint. Mitterrand voulait monter un parti, et il l'a monté avec des amis, dont j'étais. Le sort en était jeté. (…) Nous étions sept autour de François Mitterrand. Parmi eux, Charles Hernu, qui est mort, Claude Estier, qui est mort aussi… Et Marie-Thérèse Eyquem, et moi. Il m'a fait participer à des tas de réunions, où il n'y avait pas beaucoup de femmes. Je suis tombée dans la politique et, quand on tombe dans la politique, on n'en sort pas. ».

Son séjour au Parlement de Strasbourg n'allait pourtant pas durer plus de deux ans car avec la victoire de François Mitterrand, Yvette Roudy fut bombardée ministre des droits de la femme (d'abord déléguée puis ministre plein). Qu'a-t-elle fait dans ce ministère pendant près de cinq années, à part une campagne en faveur de la contraception dès son arrivée et la célébration du 8 mars comme Journée des femmes ?


On lui doit deux lois.

La première loi Roudy est la loi n°82-1172 du 31 décembre 1982 qui vise à donner une « couverture des frais afférents à l'interruption volontaire de grossesse non thérapeutique ». Ce remboursement de l'avortement à toutes les femmes par la Sécurité sociale pouvait être discutable à l'époque, car une partie non négligeable de la population était opposée à l'IVG, ce qui revenait à l'obliger malgré tout à la financer. Pourtant, cette loi n'a jamais été remise en cause, y compris par des gouvernements de centre droit et de droite. Le non remboursement avait en effet créé une inégalité entre les femmes, celles qui pouvaient financièrement se le permettre et les autres qui, faute d'argent, tentaient d'avorter par leurs propres moyens, ce qui allait contre l'esprit de la première loi Veil dont la motivation première était sanitaire. Parmi les opposants à cette loi, de jeunes députés de l'opposition : Michel Barnier, Jacques Toubon, François Fillon, Michel Noir, Charles Millon, Jean-Claude Gaudin, Alain Madelin et Philippe Séguin.

Le 8 mars 2013, Yvette Roudy a rappelé sa propre histoire comme motivation à agir : « Ma mère ne votait pas, n’avait pas le droit de travailler sans autorisation de mon père, ne possédait rien, n’existait pas, et bien sûr ne contrôlait pas ses naissances. ». Son père lui a refusé de faire des études alors qu'elle était une bonne élève, car c'était un vieux machiste.


La second loi Roudy est la loi n°83-635 du 13 juillet 1983 « portant modification du code du travail et du code pénal en ce qui concerne l'égalité professionnelle entre les hommes et les femmes ». L'idée était de réduire voire supprimer les discriminations des femmes à l'embauche et de garantir l'égalité des rémunérations pour un même profil et un même emploi. Le principe de l'égalité salariale n'était pas nouveau dans le code du travail (article L1142-1) avec les loi du 22 décembre 1972 et du 4 juillet 1975, et la directive européenne du 9 février 1976.
 


Cette seconde loi a été peu appliquée sans doute parce qu'elle était peu applicable, car elle remettait en cause notamment une certaine liberté d'expression. Voici ce qu'elle en a dit le 4 août 2019 : « En 1969, j'étais convaincue que le PS était misogyne. Il l'est toujours ! Les quelques femmes qui ont tenté de s'imposer au moment de la prise de pouvoirs, ils n'en ont pas voulu. Ségolène Royal, ils l'ont repoussée, ils l'ont vilipendée. (…) En 1983, j'ai fait une très bonne loi, la loi sur l'égalité professionnelle, qui n'a jamais été appliquée. Parce que le patronat n'a pas envie de l'appliquer. (…) Je ne sais pas quand on va y arriver, à cette foutue égalité professionnelle. C'est le cœur de l'affaire. Le jour où les femmes auront les mêmes moyens que les hommes… Je pense qu'il y en a pour plusieurs siècles ! Il n'y a qu'à regarder ces malheureuses footballeuses, qui se débrouillent aussi bien que les joueurs masculins, et qui gagnent trois fois moins qu'eux ! ». L'exemple des footballeuses est, à mon humble avis, très mal choisi car leur rémunération dépend directement de l'intérêt que le public porte aux matchs, comme pour les artistes en général, et cet intérêt est pour l'instant plus grand pour les footballeurs hommes.

Après son action ministérielle, Yvette Roudy a eu une carrière politique classique : elle a été élue députée du Calvados de mars 1986 à mars 1993 (elle a échoué en 1993, emportée par la vague UDF-RPR), puis de juin 1997 à mai 2002. Par ailleurs, elle a été élue deux fois maire de Lisieux, de mars 1989 à mars 2001. Sans être un ténor du parti socialiste, elle participait à la vie du PS au sein du courant de Jean-Luc Mélenchon et Julien Dray, puis d'Arnaud Montebourg. Elle a soutenu activement Ségolène Royal en 2007, puis François Hollande en 2012, mais a refusé de soutenir Benoît Hamon en 2017.

Le 13 novembre 2018, malgré son âge, elle a créé la Fondation Yvette Roudy pour récompenser les bonnes initiatives féministes. En outre, Yvette Roudy est l'auteure de six ouvrages politiques consacrés à la cause des femmes ou à son parcours politique. Le dernier, "Lutter toujours" est paru chez Robert Laffont le 5 mars 2020, quelques jours avant la Journée des femmes... mais aussi de la crise du covid. Une occasion de célébrer la trente-huitième Journée des femmes, en s'insurgeant encore contre les hommes, affirmant ainsi le 8 mars 2020 dans "Le Parisien" : « Je suis heureuse que les femmes se soient emparées de cette date. Les hommes, eux, ne la comprennent pas toujours. Ce n'est certainement pas le moment où on offre des fleurs… ». Pas étonnant qu'elle se considère toujours comme une "perpétuelle révoltée".



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yvette Roudy.
Benoît Hamon.
Lionel Jospin.
Jack Lang.
Jérôme Guedj.
Caroline Lang.
Entre culture et imposture.
François Mitterrand.

Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.



 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260410-yvette-roudy.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/yvette-roudy-madame-la-ministre-267905

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/08/article-sr-20260410-yvette-roudy.html


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16 février 2026 1 16 /02 /février /2026 10:59

« Si l'affaire fascine, ce n'est pas seulement à cause de l'ignominie des actes, dans leur ampleur et leur horrible banalité, mais à cause de la figure unique de la victime. Après des années d'abus, Pelicot est devenue une héroïne, une icône du féminisme. » (Roula Khalaf, le 6 décembre 2024 dans le "Financial Times").





 


Ce mardi 17 février 2026 sort chez Flammarion le livre "Et la joie de vivre". Un livre intéressant car son auteure est Gisèle Pelicot (livre qu'elle a coécrit avec la romancière Judith Perrignon), la malheureuse victime des viols de Mazan.

Au cours du procès de ses violeurs, en particulier son ex-mari, Gisèle Pelicot a été saluée par les médias et les gens parce qu'elle avait eu le courage de ne pas demander le huis-clos, ce qui a fait dire par un journaliste de l'AFP le 19 décembre 2024 : « Devenue l'incarnation des victimes de violences sexuelles, icône féministe planétaire, Gisèle Pelicot a affronté ses bourreaux la tête haute pendant les quatre mois du procès des viols de Mazan, femme toujours debout même si elle se dit "détruite" à l'intérieur. ». C'est tout juste si cette Gisèle-là n'a pas détrôné Gisèle Halimi (1927-2020) dans l'incarnation du féminisme : « J'ai été heureuse d'offrir mon prénom en étendard, et aussi mon histoire en exemple, parce que je pense que cette histoire a réveillé beaucoup de conscience collective et ça a fait écho aussi à la souffrance de certaines femmes. Elles se sont identifiées à mon histoire. ».

Depuis quelques jours, Gisèle Pelicot a commencé une offensive tout azimut dans les médias pour accompagner la sortie de son livre, sortie immédiatement internationale, car elle n'est pas connue seulement en France, le monde entier l'a regardée, fasciné par sa force d'âme et son courage ; elle a même été placée 25e femme la plus influente du monde en 2024 par le "Financial Times". Car s'il y a une personne capable de personnifier dans sa chair ce combat contre la violence faite aux femmes, les violences conjugales, ce combat contre la soumission chimique, contre le viol, les viols à répétition, c'est bien Gisèle Pelicot qui a su faire de son terrible drame une occasion non seulement de se reconstruire mais aussi de lutter pour les autres femmes victimes de violences similaires.

 


En particulier, Gisèle Pelicot a été l'invitée de Laurent Delahousse dans le journal de 20 heures le dimanche 15 février 2026 sur France 2. À la première question, "comment allez-vous ?", la victime de Mazan a répondu : « Aujourd'hui, je vais beaucoup mieux, bien sûr. Je me suis réattribué ma vie depuis la fin de ce procès et j'essaie de profiter des beaux moments qui se présentent à moi tous les jours. ». En fait, c'est même mieux que cela, elle a divorcé juste avant le procès de son ex-mari après cinquante ans de mariage, et après le procès, elle a trouvé un nouvel amour, une stabilité, qu'elle n'aurait jamais imaginé pouvoir retrouver à l'âge de 73 ans. Tout est possible et c'est sans doute le principal message de Gisèle : on peut se reconstruire après des horreurs, mais sans doute pas tout seul.

Et, oui, elle a songé un moment au suicide, lorsqu'on lui a appris, à la police, les nombreux viols dont elle a été victime sans jamais le savoir : « J'y ai pensé quand je suis revenue du commissariat. Ça a duré quoi, dix secondes ? J'avais eu l'intention de prendre ma voiture avec mon petit bouledogue et de me dire que... Pourquoi ? Parce que c'était compliqué, je devais annoncer ça à mes enfants. Et je me suis dit "Comment je vais pouvoir annoncer une telle chose à mes enfants, une telle histoire sordide ?". Et en effet, j'ai dit "Je n'ai pas le droit, il faut que je tienne". Et je n'ai jamais regretté, heureusement, de ne pas l'avoir fait, parce que ça aurait été dommage, je n'aurais pas pu témoigner de tout ce qui s'est passé aujourd'hui. ».
 


Gisèle Pelicot a aussi été l'invitée de la matinale de France Inter ce lundi 16 février 2026. Elle est revenue sur son anonymat qu'elle souhaitait préserver au cours du procès de son ex-mari, mais finalement, elle a renoncé au huis-clos : « Il m'a fallu quatre ans pour prendre cette décision. Parce que justement, je ne voulais pas qu'on me voie. Je ne voulais pas qu'on me connaisse vraiment. Je ne voulais pas que mon visage soit publié dans la presse. Et au fur et à mesure, j'ai commencé à reprendre confiance en moi et à me réattribuer ma vie. Et au mois de mai 2024, alors que le procès est prévu en septembre 2024, je me dis qu'il serait peut-être bon que je que je me réveille et que j'ose m'opposer au huis-clos. Je pense aussi à mes enfants qui me l'avaient suggéré. Au fur et à mesure, j'avance et je me dis : "Je vais le faire". Parce que non seulement cette honte, c'est la double peine qu'on s'inflige à soi-même, mais je n'ai pas pensé qu'à moi à ce moment-là : j'ai pensé aux autres victimes. Il fallait que tout le monde puisse se dire : "Il faut le faire, il ne faut pas qu'on ait honte, il faut s'opposer au huis-clos". ».

C'est le point très important de ce qu'elle a retenu de ce drame et un nouveau message à faire passer. Il ne faut pas que les victimes aient honte, et le meilleur moyen, c'est qu'elle s'affiche courageusement au procès pour faire face à ses bourreaux, les regarder droit dans les yeux, leur renvoyer cette honte qu'ils lui ont infligée : « Ce mode de honte, toutes les victimes l'ont (…). Je pense que c'est le mot que toutes les victimes prononcent en premier. On a honte parce que c'est la double peine pour nous, parce qu'on a été violées. On a cette honte et on a du mal à se séparer de ce mot. C'est une souffrance qu'on s'inflige à soi-même à ce moment-là. On se sent coupable de ce qu'on a subi, parce qu'on se dit : "Qu'est ce qu'on a fait ? Pourquoi on nous a fait subir tout ça ?". Je pense que toutes les victimes ressentent cette honte et cette solitude. ».

Le jour où la police lui a expliqué que « 53 hommes étaient venus dans ma chambre à coucher pour me violer » avec l'accord et la participation de son ex-mari, Gisèle Pelicot a parlé de « déflagration qui a tout emporté », notamment sa famille, car elle a dû aussi l'expliquer à ses enfants : « Il est faux de penser qu'un tel drame rassemble une famille, chacun essaye de se reconstruire comme il peut. ».

Enfin, Gisèle s'est rendue compte assez tardivement qu'elle était devenue une icône, internationale même, de la lutte pour les femmes : « Je pense que ce procès aura libéré la parole des femmes et il fallait le faire, il était temps qu'on sorte de cette société patriarcale et machiste, il faut reprendre un peu le pouvoir, nous les femmes (…). Je ne pensais pas que ma parole aurait trouvé un écho aussi large, y compris au-delà de nos frontières. J'ai commencé à le réaliser quand toutes ces femmes, justement, sont arrivées [devant le tribunal]. (…) Elles m'ont témoigné leur soutien et elles m'ont donné une force incroyable (…). Leur présence dehors apaisait pour moi ce qui se passait à l'intérieur de cette salle d'audience ».

Ainsi, au lieu d'être, au cours du procès, une femme brisée, grâce à ces soutiens, elle a pu être une femme toujours debout qui demandait des comptes à son ex-mari et à ses violeurs. Et pour cela, elle n'a pas non plus négligé sa tenue : « L'élégance, je l'ai soignée, c'était une manière aussi de redresser ce corps supplicié, tout ce que le viol cherche à détruire. ».

Aujourd'hui, Gisèle Pelicot a encore un grand agacement et une interrogation.

L'agacement, c'est la « lâcheté incroyable » de ses violeurs qui n'assumaient pas leurs actes, voire étaient dans le déni malgré des vidéos accablantes (dont certaines, très crûes, ont été diffusées dans la salle d'audience avec sa permission), si bien qu'eux-mêmes se considéraient plus comme des victimes de son ex-mari que bourreaux, le comble ! Un renversement accusatoire qui l'a scandalisée et la scandalise encore : « La victime est forcément l'accusée, et les accusés sont des victimes ; ça aussi, il faut que ça s'arrête. ».

Quant à l'interrogation, elle devra sans doute attendre longtemps, c'est la réponse à la question du pourquoi. Pourquoi son ex-mari a-t-il organisé tous ces viols ? Alors qu'ils se sont connus tous les deux à 19-20 ans, chacun de son côté avec quelques problèmes familiaux et qu'ils pensaient qu'ensemble, ils allaient se sauver mutuellement. C'est pourquoi elle mettra sa rancune de côté et ira visiter en prison ce Dominique Pelicot si lâche et si odieux : « Il est important pour moi et pour sa famille aussi, de le rencontrer dans les yeux, droit dans les yeux, et de lui dire pourquoi, pourquoi tu nous as fait ça ? ». Pas sûr qu'elle aura un jour une réponse. Et toujours bravo à votre courage et à votre joie de vivre, Dame Gisèle !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gisèle Pelicot, une femme toujours debout !
L'assassinat de Quentin et les récupérations politiques.
La mort de Clément Méric.
Narcotrafic : la drogue, est-ce (aussi) la faute des consommateurs ?
Cédric Jubillar.
Delphine Jubillar.
Pourquoi reparle-t-on de l'affaire Grégory ?
Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
Mélanie, la douceur incarnée.
L'Affaire Joël Le Scouarnec.
L'Affaire Bétharram.
Agathe Hilairet.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Le mystère Émile sur le point d'être percé ?
La profanation du cimetière juif de Carpentras.
Crash de l'A320 de Germanwings.
L'accident de Villa Castelli.
Morts mystérieuses à Santa Fe.
Repose en paix Louise, on ne t'oubliera pas !
Gisèle Pelicot, femme de l'année 2024 ?
5 ans de prison dont 2 ferme pour Pierre Palmade.
40 ans de confusions dans l'Affaire Grégory.
Philippine : émotion nationale, récupérations politiques, dysfonctionnements de l'État ?
Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pelicot et compagnie...
Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
La France criminelle ?
La nuit bleue de Lina.
La nuit de Célya.
La nuit d'Émile Soleil.
Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
Meurtre de Lola.
Nos enseignants sont des héros.
Patricia Bouchon.
Sémantique de l'horreur.
La société de vigilance et le faux Xavier Dupont de Ligonnès.
Mortelle méprise.
L’affaire Seznec.
La sécurité des personnes face aux dangers.





 

 


















https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260216-gisele-pelicot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/gisele-pelicot-une-femme-toujours-266838

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/16/article-sr-20260216-gisele-pelicot.html


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29 octobre 2025 3 29 /10 /octobre /2025 03:04

« Et moi, si je n'y vais pas, si je ne fais rien, alors que ça fait quatre ans que je suis contre le harcèlement, je ne suis pas audible. On va me dire : mais vous, vous ne faites rien. » (Brigitte Macron, le 14 janvier 2022 sur RTL).




 


On sait que beaucoup d'hommes se mettent en colère lorsque leur virilité est mise en doute. Ce type de réaction est même parfois testée dans des tests psychologiques lorsqu'on postule à un poste à responsabilités demandant du sang-froid. On peut imaginer qu'il en est de même pour une femme lorsqu'on met en doute sa féminité. En tout cas, on peut l'imaginer non seulement pour la personne elle-même, mais aussi la famille, ses enfants, et même ses petits-enfants lorsque leurs camarades de classe se moquent d'eux pour avoir une grand-mère supposée homme. Selon la rumeur.

Face à la rumeur, il n'y a pas beaucoup de bonne réaction. Rester silencieux, c'est ne pas la démentir, donc, la confirmer. Au contraire, en parler, la démentir, c'est s'abaisser à répondre aux médisants et, surtout, c'est propager la rumeur sur des territoires qui n'étaient pas encore conquis par elle.

Depuis l'année 2021, des médisants (donc) répandent la fausse information selon laquelle Brigitte Macron serait un homme, ou un transgenre. Difficile de parler de diffamation sans devenir soi-même transphobe. Petit à petit, les arguments douteux s'affinent, les raisonnements vaseux se multiplient, avec ce mystérieux frérot, Jean-Pierre Trogneux, de huit ans son aîné. Notez que ce genre de rumeur est très sexiste : jamais on a entendu une rumeur dire qu'un homme serait en fait une femme, mais plutôt l'inverse, comme avec Michelle Obama, etc.

Il n'y a pas besoin d'être très futé pour comprendre l'agenda. Cette rumeur a été propagée par des militants d'extrême droite de la fachosphère complotiste juste avant l'élection présidentielle de 2022 pour détruire Emmanuel Macron (c'est à croire qu'il n'y a pas d'autres critiques à faire sur sa politique). Mais, contrairement à ce qu'on pourrait croire, ceux qui ont relayé cette rumeur ne sont pas toujours d'extrême droite (certains ont même voté Emmanuel Macron en 2017) et ne sont pas toujours complotistes.

Beaucoup pensent même que si cette rumeur a pris autant d'importance sur Internet, c'est par une tendance anti-élite présente dans toutes les couches de la société. Cette tendance veut croire que l'élite a des mœurs dissolues, différentes du peuple. C'est ainsi qu'un tel complotisme se nourrit même parmi une population dite "raisonnable".


Et contrairement à ce qu'on a souvent dit, Brigitte Macron n'a pas choisi le silence face au développement de cette rumeur. Au contraire. Dès janvier 2022, alors qu'elle s'était médiatisée pour l'Opération Pièces jaunes (le 12 janvier 2022, elle était devant la Poste du Louvre), elle avait décidé d'en parler avec une motivation bien supérieure à sa petite personne : elle s'était engagée depuis quatre ans dans la lutte contre le harcèlement, en particulier le cyberharcèlement, alors, elle-même victime, elle ne pouvait pas la laisser passer sans une réponse de la justice.

Pour autant, Brigitte Macron ne s'est pas abaissé à vouloir prouver qu'elle est une femme : elle n'a de justification à donner à personne, et certainement pas à ces relayeurs de fake news. Du reste, chaque preuve (photo, analyse, etc.) serait disséquée, discutée et, bien entendu, rejetée comme des faux, puisque le but de la manœuvre est d'aboutir à cette conclusion démente : Brigitte serait son frère !

D'où le procès qui s'est tenu au début de cette semaine contre à la fois des initiateurs et des propagateurs de cette désinformation concernant le sexe de l'épouse du Président de la République. Insistons sur le fait que si l'épouse était un homme, ça ne changerait strictement rien au schmilblick : être transgenre n'est pas illégal, être homosexuel n'est pas puni par la loi, deux êtres de même sexe ont le droit de se marier (tout à fait légalement, même avant l'adoption du mariage pour tous, c'est l'état-civil qui compte).
 


Parce qu'elle est l'épouse du chef de l'État, Brigitte Macron ne s'est pas déplacée pour intervenir au tribunal. C'est sa fille Tiphaine Auzière, avocate de 41 ans, qui s'est chargée de témoigner à quel point la vie de sa maman s'est dégradée avec cette rumeur. Elle a expliqué à l'audience du 28 octobre 2025 que sa mère devait redoubler de vigilance sur ses postures, sur ses vêtements, pour ne pas être prise pour un homme. Et ses petits-enfants sont impactés à l'école.

La défense a employé quelques arguments dont le principal est la liberté d'expression. Pourtant, le principe de responsabilité de la liberté, c'est que la liberté des uns s'arrête là où la liberté des autres commencent. Certains prévenus ont dédramatisé leur forfait en expliquant que c'était de l'humour, ou qu'ils ne faisaient que relayer des fake news pour les faire connaître. Cette absence de conscience que ce harcèlement peut être grave, peut atteindre l'intégrité même de la victime (certaines adolescentes en sont mortes, hélas), c'est très fréquent dans le harcèlement, en particulier le cyberharcèlement. Une irresponsabilité technologique, en quelque sorte.

Comme je l'ai indiqué précédemment, les prévenus accusés d'avoir propagé cette rumeur sont des personnes comme tout le monde, souvent bien insérées dans la société, un ingénieur, un élu, etc., j'oserais presque dire : comme les violeurs de Gisèle Pélicot. Avec cette différence, c'est que leur délit ne vaut pas un viol. Et la justice est très clémente pour les harceleurs, ils n'encourent qu'une peine de prison avec sursis : qu'importe que leurs victimes puissent se suicider.

Ce procès ne doit donc pas être celui dont la femme du Président de la République est victime, mais celui, hélas ordinaire, dont la victime est une femme qui est harcelée de façon mondiale sur les réseaux sociaux. Elle a le droit à sa tranquillité, à sa sérénité.


Cet acharnement contre Brigitte Macron n'a d'ailleurs plus aucune raison d'exister aujourd'hui d'un point de vue idéologique ou politique puisque son mari de Président ne pourra pas être candidat à l'élection présidentielle de 2027. Si les influenceurs persistent dans leur harcèlement, c'est tout simplement que c'est un business model très rentable. Ces harceleurs s'enrichissent sur la crédulité de leurs "cliqueurs", "suiveurs" et lecteurs, ou, du moins, sur leur curiosité malsaine.

Internet n'a pas le beau rôle, mais il n'est qu'un outil. Parmi les rumeurs qui ont happé des personnalités politiques dans le passé, sans qu'il n'y ait eu besoin d'Internet, on peut citer le scandale de Roger Salengro, Ministre de l'Intérieur de Léon Blum, qui n'aurait pas accompli son service militaire (ce qui était faux), cela a mal fini puisqu'il s'est suicidé ; l'affaire Markovic, autrement dit le meurtre d'un garde du corps d'Alain Delon, où a été faussement impliquée Claude, l'épouse de Georges Pompidou, candidat à la succession de De Gaulle, dans d'aussi obscures que fausses histoires de parties fines ; l'affaire des diamants de Bokassa, qui n'ont pas enrichi Valéry Giscard d'Estaing (mais le scandale l'a coulé pour sa réélection, car il avait choisi le silence et le mépris) ; plus récemment, l'accusation mensongère contre Dominique Baudis qui a décidé de s'exprimer dans un journal de 20 heures, un dimanche soir à la télévision, pour démentir catégoriquement toutes les accusations dont il a été l'objet (les juges l'ont blanchi par la suite, mais il a gardé une certaine amertume dans cette affaire).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brigitte Macron.
Rumeurs sur Brigitte Macron.
Le panda chouchouté.
Reine de France.
Mazarine Pingeot.
Danielle Mitterrand.
Jacques Chirac.
Bernadette Chirac.
Anne-Aymone Giscard d'Estaing.
Carla Bruni.
Ségolène Royal.
Valérie Trierweiler.
"Merci pour le moment".
Julie Gayet.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251028-brigitte-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/cyberharcelement-brigitte-macron-264128

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/10/29/article-sr-20251028-brigitte-macron.html


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7 août 2025 4 07 /08 /août /2025 04:48

« C'est qu'il vieillit plus vite que prévu. Il est en train de me rattraper ! » (Brigitte Macron sur son mari, le 15 mars 2022 à Épinay-sur-Seine).




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Elle ne manque pas d'humour, celle que les journalistes paresseux appellent la "Première dame de France" ! On ne peut pas dire qu'elle n'a pas tout fait pour que son mari Emmanuel Macron soit Président de la République (ça fait vieillir énormément, sauf Valéry Giscard d'Estaing qui était déjà chauve avant d'entrer à l'Élysée), mais, bon, elle, Brigitte Macron, elle n'est pas Présidente de la République, elle ne représente pas les Français et les Français ne doivent rien attendre d'elle. Enfin, en principe.

Le Président de la République voulait créer un statut de conjoint de Président de la République, mais c'était trop compliqué. Le prédécesseur François Hollande en avait plusieurs sur le feu, des officiels et des pas officiels, alors comment vraiment faire ?

Pourtant, elle a un rôle, incontestablement. On lui donne au moins deux rôles majeurs. Le "on" étant ce que vous voulez : à l'extérieur de la France, elle fait partie intégrante du protocole, avec même un agenda pour les conjoints (visite, tourisme, etc.) qui doit être assez ennuyeux sinon énervant, et dans les grandes réceptions, il faut faire fière allure. Nicolas Sarkozy a dû épouser Carla Bruni pour être reçu en visite d'État et voir Élisabeth II, la reine du Royaume-Uni.

Notez que ce rôle de conjoint se retrouve à toutes les strates de la diplomatie : on attendra de la femme d'un ambassadeur qui invite, la supervision parfaite de la réception (propos profondément sexistes et j'imagine mal que le mari d'une ambassadrice fasse de même, après tout, c'est un métier, mais le conjoint a souvent un rôle dans la vie professionnelle de l'autre époux, ne serait-ce que lorsque vous invitez des collègues de travail pour le barbecue du samedi).


Mais c'est peut-être parce qu'elle est femme, et cela a été le cas pour l'instant de tous les conjoints de Présidents de la République en France (j'allais écrire "hélas", et puis, finalement, pour connaître les deux seules candidates au second tour qu'on a jusqu'à maintenant, je me dis quand même "heureusement")... c'est peut-être parce qu'elle est une femme que les Français, ou les Françaises (?), préfèrent lui écrire à écrire au Président de la République lui-même. Elle, Brigitte, mais aussi, avant elle, Bernadette, Danielle, Claude...

Bref, Brigitte Macron n'a pas demandé de devenir un phare de la société, mais on lui écrit des centaines, des milliers de lettres par jour. Cela explique pourquoi elle a un service, elle a un budget, du secrétariat pour être au moins polie et répondre à tous ceux qui lui adressent un courrier, qui ont fait l'effort de lui écrire, voire, dans certains cas, leur répondre concrètement, répondre aux demandes, s'engager dans certains combats...

Bon, tout ceci est un peu banal, et la plupart des femmes de Président ont des fondations, font dans l'humanitaire, et il n'y a vraiment eu que Danielle Mitterrand pour avoir voulu faire une diplomatie parallèle pas forcément en accord avec son mari (par exemple, Fidel Castro était son grand ami).

Ainsi, Brigitte Macron a "épousé" le train des pièces jaunes comme Bernadette Chirac. Mais l'une des préoccupations importantes de Brigitte Macron, c'est le harcèlement, surtout, le harcèlement contre des adolescents, entre adolescents, particulièrement, des jeunes filles en sont victimes et peuvent aller jusqu'au suicide, hélas, parce qu'elles restent dans le silence, elles ne se confient pas à un adulte, etc. Et évidemment, le combat contre le harcèlement des femmes y compris adultes l'engage beaucoup.

Banal ? En fait, pas si banal. L'époque veut cela : l'actualité immédiate, la surréaction des chaînes d'information continue, et surtout, les réseaux sociaux qui permettent au premier imbécile venu d'amplifier l'écho du bistrot du quartier (lorsqu'il est aviné) jusqu'aux confins de la planète : avec Internet, la planète est un village ! Cela donne quelques minutes de gloire à certains anonymes, et même, car il faut toujours se méfier des menteurs et des manipulateurs, cela peut rapporter gros, chaque clic valant tant de dollar !


Et donc, si le niveau de haine contre le Président de la République, bien que réélu très largement il n'y a pas si longtemps que ça, trois ans (j'insiste), a atteint des sommets inimaginables, et son successeur aura encore un niveau de haine supérieur, Brigitte Macron en pâtit, elle aussi, car elle fait partie des victimes collatérales habituelles (la famille souvent).

Or, Brigitte Macron est aussi une femme harcelée, et de la manière la plus conne (je n'ai pas d'autre mot), sur sa propre identité, celle de femme, celle de mère, celle d'être, tout simplement. Ce n'est pas la première fois, Michele Obama aussi a eu ce genre de mésaventure.

On a raconté n'importe quoi et, comme ça tourne à vide, et grâce aux algorithmes, cela s'est embolisé. Par exemple, elle serait son propre frère, et plein d'autres choses du même acabit, sans l'ombre d'une preuve (de vraies preuves, évidemment), mais certains, comme dans une secte, y croient fermement, sont même jusqu'à en devenir sincère (il reste encore beaucoup de crédulité dans ce bas-monde).

Le pire, c'est le renversement de la preuve. Ces gens-là voudraient que Brigitte prouve qu'elle est une femme ! Et eux, ils sont quoi ? Car que leur faut-il ? Qu'elle se mette à poils devant les 68 millions de Français ? La prochaine fois, je veux dire, à la prochaine élection, on fera le contrôle technique complet ? Et puis quoi ? Une analyse ADN, comme un délinquant voire un criminel ? Et le pire, c'est que cela ne lui servira à rien : les complotistes trouveront mille raisons pour réfuter les vraies preuves (fausse analyse ADN, image truquée, que sais-je ?).

Soyons clairs : ces attaques contre Brigitte Macron, répétées, continuelles, multiples, sont honteuses, ne relèvent pas de la liberté d'expression et il n'y a pas de liberté de dire n'importe quoi car justement, le combat contre le harcèlement, c'est de mettre au pas les harceleurs, de retirer la honte des victimes, et surtout, d'empêcher les victimes de sombrer corps et âmes pour simplement que quelques abrutis puissent ricaner en prenant leur café. Ces attaques montrent d'ailleurs que s'il n'y a plus que ce terrain pour attaquer Emmanuel Macron, alors il aura réussi son double quinquennat !

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Alors, on parle maintenant de "l'affaire Brigitte" dans les médias autorisés. Ainsi, ce sujet est devenu le thème de l'émission "C dans l'air" diffusé le 26 juillet 2025 sur France 5. On restera indulgent car ce sont les vacances estivales et cela doit être bien pénible de trouver tous les jours un sujet intéressant. Et pourquoi en parle-t-on maintenant ?

La question se pose bien car ce n'est pas nouveau que Brigitte Macron a réagi. Pour tout dire, elle a réagi seulement quelques mois après les premières supputations exprimées en 2021. En effet, elle a évoqué le sujet à l'occasion d'un passage sur l'antenne de RTL, invitée d'Alba Ventura dans la matinale du 14 janvier 2022, donc seulement quelques mois après les premières rumeurs poubelles.

Ce qui l'a mise hors d'elle, c'était : « Ils ont changé mon arbre généalogique ! ». Puisque, dans ces raisonnements vaseux, elle devrait être son propre frère (qui est plus âgé qu'elle) !

Alors, qu'on ne vienne pas dire qu'elle ne réagisse que maintenant. Au contraire, elle s'est sentie solidaire de toutes les femmes harcelées. À l'origine, comme beaucoup de personnalités publiques victimes de commérages, elle refusait de les prendre en considération, mais elle s'est dit aussi une chose très importante : pour s'en sortir, il faut en parler, au contraire. C'était le même problème pour Dominique Baudis.

C'est au nom de toutes les victimes de harceleurs notamment sur Internet, que Brigitte Macron a donc décidé de réagir, notamment en abordant le sujet publiquement (dès janvier 2022, j'insiste aussi lourdement) : « Et moi, si je n'y vais pas, si je ne fais rien, alors que ça fait quatre ans que je suis contre le harcèlement, je ne suis pas audible. On va me dire : mais vous, vous ne faites rien. ».






Et puis, à part pour des raisons d'homophobie ou de transphobie, je ne vois même pas l'intérêt politique de faire courir ces rumeurs imbéciles. Ce n'est pas la politique de la France, c'est ce qui se passe sous le couette, et à part les deux êtres qui peuvent y être, cela ne regarde personne. Le principe de la vie privée, c'est de se poser la question de la victime : souhaitez-vous être à la place de Madame Macron dans ces rumeurs pestilentielles ?

Alors, je le dis aux complotistes qui se font beaucoup d'argent avec ces rumeurs (hélas, je crains que ceux qui s'en mettent le plus dans leurs poches ne soient même pas français !), et pour paraphrasez Georges Pompidou, arrêtez d'emmerder Brigitte et aidez la France à maintenir sa grandeur ! Un vrai patriote ne va pas déblatérer sur la femme du Président de tous les Français, élu par eux deux fois dans un vote libre, sincère et secret. Il va simplement apporter ses idées originales aux enjeux complexes que connaît notre Nation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2025)
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Pour aller plus loin :
Brigitte Macron.
Le panda chouchouté.
Reine de France.
Mazarine Pingeot.
Danielle Mitterrand.
Jacques Chirac.
Bernadette Chirac.
Anne-Aymone Giscard d'Estaing.
Carla Bruni.
Ségolène Royal.
Valérie Trierweiler.
"Merci pour le moment".
Julie Gayet.


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27 juillet 2025 7 27 /07 /juillet /2025 04:34

« Gisèle Halimi devint ainsi la figure du féminisme contemporain, d'un féminisme qui veut éveiller les consciences, anéantir les inégalités, tendre avec exigence et détermination vers un monde de concorde entre les femmes et les hommes. Choisir la cause des femmes pour Gisèle Halimi, ce n'était pas faire le procès des hommes, c'était mettre à bas un système où les hommes dominent, endossent des représentations qui les favorisent. C’était retrouver une évidence universelle. Il est injuste, insupportable qu’une petite fille doive servir son frère aîné à table mais quel que soit son sexe, chacun est lié par une fraternité de destin. » (Emmanuel Macron, le 8 mars 2025 à Paris).



 


L'avocate de la cause des femmes, Gisèle Halimi, est morte il y a cinq ans, le 28 juillet 2020 au lendemain de son 93e anniversaire (elle est née le 27 juillet 1927). On parle d'elle (des pétitions circulent) pour que ses restes soient transférés au Panthéon et l'Élysée n'y serait pas hostile.

J'ai évoqué il y a quelques jours la figure de Monique Pelletier, qui est de la même génération (à un an près) que Gisèle Halimi. Les deux femmes ont fait beaucoup pour la cause des femmes, les deux ont été des avocates douées. Mais j'aurais une préférence pour Monique Pelletier, celle qui a fait des réalisations concrètes, hors des échos médiatiques mais essentielles pour les femmes, comme le reconduction définitive de la loi sur l'IVG (la loi Veil n'avait qu'une durée limitée de cinq ans) et aussi la loi qui considère le viol comme un crime et pas comme seulement un délit. Gisèle Halimi, qui s'est aussi frottée à la politique (mais les deux n'ont pas eu de "carrière", comme on dit), n'était pas dans la décision mais dans l'influence, dans le changement des mentalités.

La jeune avocate tenace s'est d'abord fait connaître au début des années 1960 pour sa défense de Djamila Boupacha, militante du FLN en Algérie (qui est encore en vie, elle a 87 ans), qui fut arrêtée, violée et torturée par l'armée française pour une tentative d'attentat à Alger (qu'elle a reconnue). Grâce à la défense de Gisèle Halimi et au remue-ménage médiatique orchestré par Simone de Beauvoir, avec aussi Aimé Césaire, Louis Aragon, Germaine Tillion, Geneviève Anthonioz-De Gaulle, ce fut le procès de la torture en Algérie et les Accords d'Évian ont amnistié Djamila Boupacha qui fut libérée le 21 avril 1962 (et a bénéficié d'une ordonnance de non-lieu le 7 mai 1962). Djamila Boupacha fut l'une des égéries de l'indépendance de l'Algérie mais vite écartée par les hiérarques machos du FLN (et le Président algérien actuel Abdelmadjid Tebboune lui a proposé le 15 février 2022 de la nommer sénatrice mais elle a refusé).

 


Le deuxième combat très médiatique de Gisèle Halimi, qui consacra sa réputation de militante des causes pour les femmes, c'est au début des années 1970 sa défense de Marie-Claire Chevalier, jeune fille de 16 ans victime d'un viol en août 1971 et accusée d'avoir pratiqué un avortement (par une "faiseuse d'anges" qui l'a conduite à être hospitalisée en raison d'une grave hémorragie). Gisèle Halimi a alors eu l'audace d'attaquer la loi même qui interdisait l'avortement. C'est le fameux procès de Bobigny en 1972 qui a agrégé toutes les militantes féministes derrière ce combat pour la justice, car Gisèle Halimi considérait comme une immense injustice de considérer une femme violée comme d'abord une coupable (cinq femmes y étaient jugées, en particulier la mère de Marie-Claire, modeste employée de la RATP, pour l'avoir aidée à avorter). Elle a gagné ce procès très médiatisé avec une relaxe de Marie-Claire le 11 octobre 1972 (Marie-Claire, qui a fait une tentative de suicide peu après son procès, a réussi à être mère et même grand-mère, et est morte le 23 janvier 2022 d'une tumeur au cerveau ; le Président de la République a salué sa mémoire).

Il faut insister sur l'aspect très glauque de ce procès : le violeur, un jeune homme mineur qui se trouvait dans le même lycée, l'avait dénoncée (avait dénoncé sa victime qui avait pratiqué l'avortement !) car lui-même avait été arrêté par la police pour un vol de voitures et pensait que cette délation lui permettrait plus d'indulgence de la justice.
 


Deux ans plus tard, la loi Veil a rendu ce genre de procès anachronique. Beaucoup considèrent encore aujourd'hui que c'est ce procès de Bobigny qui a permis la loi Veil, mais en fait, son principe était déjà dans les tuyaux des ministères, en particulier au Ministère de la Santé, pour des raisons de santé publique. Les femmes qui se faisaient avorter risquaient trop leur vie avec des hémorragies et des infections, d'où le besoin de légiférer pour arrêter les pratiques douteuses des "faiseuses d'ange", celle de Marie-Claire ayant écopé d'un an de prison avec sursis et d'une amende.

Avant le procès de Bobigny, Gisèle Halimi avait signé le "Manifeste des 343", une tribune publiée le 5 avril 1971 dans "Le Nouvel Observateur" qui réclamait une loi pour l'avortement et dont les 343 femmes signataires reconnaissaient qu'elles s'étaient fait avorter, risquant ainsi des poursuites pénales. Parmi les signataires, au-delà de Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir : Françoise Sagan, Marguerite Duras, Ariane Mouchkine, Stéphane Audran, Jeanne Moreau, Micheline Presle, Catherine Deneuve, Marceline Loridan, Bernadette Lafont, Antoinette Fouque, Françoise Fabian, Bulle Ogier, Marie-France Pisier, Yvette Roudy, Delphine Seyrig, Nadine Trintignant, Marina Vlady, Agnès Varda, etc. Il est à noter que Gisèle Halimi était la seule avocate de ces 343 signataires (elle risquait aussi de perdre son travail puisqu'elle se rendait coupable d'un délit). Ce manifeste a conduit la fondation du mouvement militant Choisir la cause des femmes, créé le 9 juin 1971 par Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir.

Évidemment, la loi Veil n'a pas tout résolu pour l'égalité, la justice, la parité des femmes et le combat de Gisèle Halimi n'est toujours pas achevé. Bien sûr, elle avait bien compris qu'il fallait se placer sur le plan politique.

Proche de la gauche et surtout de François Mitterrand qu'elle avait soutenu dès 1965, elle s'est d'abord présentée dans le quinzième arrondissement de Paris aux élections législatives de mars 1967 avec l'étiquette de la FGDS (la fédération de la gauche non-communiste), mais n'a recueilli que 13,5% des voix au premier tour, éliminée et devancée par le candidat communiste qui échoua face au député sortant et ancien ministre gaulliste Jacques Marette (la FGDS avait réservé, pour le Mouvement démocratique féminin de Marie-Thérès Eyquem dont faisait partie Gisèle Halimi, sept circonscriptions, mais ingagnables à gauche !).

Gisèle Halimi a fait une deuxième tentative dans une autre circonscription du quinzième arrondissement en mars 1978, cette fois-là sans investiture du PS, avec le soutien de son seul mouvement (Choisir la cause des femmes), ce qui fut un désastre électoral pour elle avec seulement 4,3% des voix derrière quatre candidats, celui du PCF, de l'UDF, du PS et enfin du RPR, sortant, Claude Roux, qui fut réélu (circonscription où allait être élu en juin 1981 le futur ministre Jacques Toubon).

Mais en juin 1981, il n'était plus question de perdre alors que la gauche gagnait. François Mitterrand a refilé à Gisèle Halimi une circonscription en Isère, la quatrième (celle de Grenoble-Nord, Voiron, Vinay, Tullins, Rives, Saint-Marcellin), une circonscription déjà occupée par un député socialiste sortant, et pas des moindres puisqu'il s'agissait de Jacques-Antoine Gau, député-maire de Voiron depuis 1977 et même président du groupe PS à l'Assemblée Nationale en 1978, qui est mort le 29 mai 1981, trois semaines après l'élection de François Mitterrand à la Présidence de la République. Gisèle Halimi fut en tête au premier tour avec 33,2% et gagna largement au second tour avec 53,1% contre le futur député et maire de Voreppe Michel Hannoun (et futur président du conseil général de l'Isère).


À l'origine, cette circonscription était réservée au suppléant de Jacques-Antoine Gau, à savoir le maire de Pont-en-Royans Yves Pillet (futur député de 1988 à 1993) et Gisèle Halimi avait reçu un accueil très froid des militants socialistes des lieux (comme elle fut rejetée de la première circonscription de Loir-et-Cher, celle de Pierre Sudreau, qui était le premier parachutage envisagé par elle en 1981). Elle était soutenue par Louis Mermaz, mitterrandiste (député-maire de Vienne, président du conseil général de l'Isère et ministre depuis quelques jours), son suppléant fut Maurice Rival, le maire de Chirens, un proche de Louis Mermaz, mais la venue de l'avocate était contestée par le député-maire de Grenoble Hubert Dubedout, rocardien, qui considérait cette circonscription réservée aux rocardiens. Pendant les quelques jours de campagne, elle fut aussi soutenue par Pierre Joxe (qui allait être un président du groupe PS très désagréable pour elle, apparentée PS), Michel Crépeau et Michel Jobert. Le jeune avocat André Vallini, futur député-maire de Tullins, futur président du conseil général de l'Isère et futur ministre, opposé à la candidature de Gisèle Halimi, est devenu son collaborateur parlementaire.
 


Le mandat de députée de l'Isère a beaucoup déçu Gisèle Halimi, dès le premier jours, lorsqu'elle s'est rendue au Palais-Bourbon et qu'elle s'est aperçue qu'il y avait moins de femmes qu'à la Libération en 1945 (28, soit 5,7%, au lieu de 33), et cela malgré l'arrivée de nombreux nouveaux et jeunes députés socialistes : ils étaient quasiment tous des hommes !

Toutefois, elle n'a pas été députée pour rien ! Bien que bridée par les socialistes qui se méfiaient d'une députée incontrôlable et inclassable, elle a contribué notamment à deux réalisations concrètes, aux côtés du Ministre de la Justice Robert Badinter.

D'une part, elle a transformé le contenu de la prestation de serment des avocats. Son problème, c'était que dans l'ancien serment, le futur avocat s'engageait à prendre de la distance avec la cause de ses clients, or, elle considérait que l'avocat pouvait au contraire épouser cette cause. Ainsi, en 1982, la prestation de serment a été plus raccourcie, sans référence aux bonnes mœurs, à la sûreté de l'État et à la paix publique : « Je jure, comme avocat, d'exercer mes fonctions avec dignité, conscience, indépendance, probité et humanité. » (article 1er de la loi n°82-506 du 15 juin 1982 relative à la procédure applicable en cas de faute professionnelle commise à l'audience par un avocat).


D'autre part, Gisèle Halimi a pris pleinement part à l'élaboration de la loi n°82-683 du 4 août 1982 relative à l'abrogation du deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal, ce qui allait dépénaliser l'homosexualité pour les mineurs de plus de 15 ans. En tant que rapporteure de la proposition de loi (déposée par Raymond Forni, président de la commission des lois), Gisèle Halimi est intervenue dans l'hémicycle de l'Assemblée le 20 décembre 1981 : « On peut se demander, avec le recul, comment des députés français, c'est-à-dire par définition des femmes et des hommes qui devraient avoir l'intelligence de nos libertés fondamentales puisqu'ils sont chargés de les défendre, ont pu légiférer pour réprimer l'homosexualité. Car, s'il est un choix individuel par essence et qui doit échapper à toute codification c'est bien celui de la sexualité. Il ne peut y avoir de " morale sexuelle » de tous qui s'impose à la " morale sexuelle » de chacun. Chacun connaît la nécessité, pour l'individu, de vivre en accord avec ce qui reste le plus profondément inexprimé, par peur, honte, conditionnement social ou répression, je veux dire sa sexualité. Et qu'il s'agisse d'hétérosexualité ou d'homosexualité, cette relation à l'autre ne peut jouer comme un facteur d'équilibre que débarrassée de la clandestinité ou de l'autocensure auxquelles contraint bien souvent notre environnement et, en premier lieu, nos lois qui, dans notre culture, provoquent au changement des mentalités, avant de changer elles-mêmes. Certes, comme toute liberté, ce droit de choisir sa sexualité connaît ses limites, classiques au demeurant. (…) Pour le législateur de 1950, les homosexuels étaient donc considérés comme un fléau social, pêle-mêle avec les bouilleurs de cru, les proxénètes, et tant d'autres. ».

Et de préciser clairement les conséquences de cette proposition de loi : « Pour qu'il y ait délit au titre du deuxième alinéa de l'article 331, quatre éléments doivent être réunis. Il faut qu'un acte matériel ait été commis. Il est nécessaire, en second lieu, que cet acte revête un caractère impudique ou contre nature. La troisième condition tient à l'absence de violence ou de contrainte. Enfin, quatrième élément constitutif de l'infraction, les participants doivent être du même sexe et l'un d'entre eux au moins doit être un mineur âgé de 15 ans à 18 ans. L'énumération même des éléments constitutifs de l'incrimination montre que l'abrogation de ce texte n'aurait pas pour effet d'accorder la moindre impunité aux homosexuels en matière d'attentat aux mœurs. L'abrogation a simplement pour objet de signifier que les homosexuels sont des citoyens qui doivent répondre de leurs actes au même titre que les hétérosexuels, quand ces actes constituent des délits. Resteraient punissables tous les attentats à la pudeur avec violence, les attentats à la pudeur sans violence, c'est-à-dire toute relation homosexuelle avec un mineur de moins de 15 ans, de même que le proxénétisme tendant à favoriser la prostitution homosexuelle des mineurs, que ceux-ci soient âgés de plus ou de moins de 15 ans, en vertu de l'article 334-1 du code pénal. N'oublions pas non plus l'article 356 du même code (…) qui punit le détournement de mineurs, quel que soit le sexe du coupable et de la victime. ».


Tout aussi clairement, Gisèle Halimi a exposé les raisons de son indignation pour cet article du code pénal (alinéa 2 de l'article 331) qui serait abrogé : « Il devient clair que le texte actuel crée une inacceptable inégalité, devant la loi, de deux catégorie de citoyens. Aujourd'hui encore, la loi laisse subsister des différences discriminatoires à l'égard d'une certaine catégorie, nombreuse, de citoyens, je veux parler de citoyennes. Mais le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal va, me semble-t-il, encore plus loin dans la discrimination. Ce n'est pas de racisme ni de sexisme qu'il s'agit : il s'agit simplement de créer, à l'intérieur de chaque sexe, une catégorie de sous-citoyens qui, parce qu'ils sont homosexuels, devraient répondre plus que les autres de leurs actes délictuels. Le délit qui leur est reproché est, de plus, et cela est grave en matière pénale, particulièrement mal défini. Qu'est "l'acte impudique et contre nature" quand il y a consentement ? Toute forme de relation sexuelle pourrait, à la limite, être définie comme un acte impudique ou contre nature et donc considérée comme une infraction, selon l'appréciation du juge ou du Parquet, selon la vie que ce juge mène, en fin de compte selon sa propre sexualité. Ce flou volontaire est particulièrement inacceptable dans une loi qui réprime. Ce texte crée, ce n'est pas la moindre de ses anomalies, une double majorité pénale. En effet, les jeunes âgés de quinze à dix-huit ans sont considérés comme mineurs au regard de telle incrimination et comme majeurs au regard de telle autre. Le deuxième alinéa de l'article 331 du code pénal crée ainsi une curieuse frange, où tantôt l'on est mineur, tantôt l'on est majeur, tantôt on a atteint l'âge du consentement, tantôt on est censé ne pas l'avoir atteint. Cette étrange dualité est choquante selon laquelle la majorité hétérosexuelle serait acquise à 15 ans et la majorité homosexuelle ne serait atteinte qu'à l'âge de 18 ans. Il n'est pas possible, me semble-t-il, de prévoir des solutions différentes pour les hétérosexuels et les homosexuels, car cette discrimination repose en vérité, qu'on le dissimule ou non sous des arguments politiques ou de droit constitutionnel, sur un jugement moral implicite ou explicite : l'homosexualité est l'anormalité. On en revient toujours au même constat, à savoir qu'entre les partisans du maintien de ce texte et les partisans de son abrogation, la divergence est inconciliable. Nous estimons, nous, que la liberté sexuelle inclut l'homosexualité et nos adversaires affirment le contraire. ».

Elle a été très déçue par le machisme du PS et surtout le cynisme de François Mitterrand : « [Il] me recevait et m'écoutait poliment, mais il ne m'a été d'aucun soutien. (…) Il était bien trop éloigné de nos pensées, de nos révoltes, de notre sensibilité pour être un véritable compagnon de route. (…) Il faisait semblant de réfléchir et je touchais du doigt la toute-puissance du chef de l'État. Nommer, dé-nommer, re-nommer, gratifier... tout cela relevait de son pouvoir et de son bon plaisir. Le fait du prince. Le moins que l'on puisse dire est qu'il n'en a pas abusé pour promouvoir les femmes ! » (2020). C'est pour cela que Gisèle Halimi a quitté son siège de députée en septembre 1984 en démissionnant officiellement parce qu'elle était en mission plus de six mois auprès de Claude Cheysson, le Ministre des Relations extérieures, une mission opportune sur la crise des organisations internationales (son suppléant Maurice Rival lui a alors succédé, sans élection partielle). Cela l'amena finalement à être nommée ambassadrice de la France à l'UNESCO du 13 avril 1985 au 1er septembre 1986 (succédant à une autre femme, Jacqueline Baudrier, l'ancien présidente de Radio France). Puis elle fut présidente du Comité des conventions et des recommandations de l'UNESCO, puis conseillère spéciale de la délégation française à l'Assemblée générale de l'ONU. Mais elle retrouva surtout son activité d'avocate qu'elle n'a jamais quittée jusqu'à sa mort à 93 ans.

Politiquement, elle a rejoint Jean-Pierre Chevènement aux élections européennes de juin 1994, placée en deuxième position sur sa liste mais n'a pas été élue à cause du faible score de la liste (2,5%). En 1998, elle a cofondé Attac, mouvement altermondialiste. Pas étonnant que l'émission "Autant en emporte l'histoire", produite par Stéphanie Duncan et diffusée le 3 avril 2022 sur France Inter, soit intitulée « Gisèle Halimi, la jeune fille insoumise » et ait commencé ainsi : « Mais comment Gisèle Halimi est-elle devenue une rebelle ? Qu’est-ce qui fait qu’un enfant, et singulièrement une petite fille, se mette à dire non, à se révolter contre l’injustice et un jour, à vouloir se battre pour les autres ? Rien n’était pourtant écrit d’avance pour la petite Gisèle née juive, colonisée, pauvre et femme. Avec un père qui ne voulait pas d’une fille et une mère qui ne voyait d’autre avenir pour elle que le mariage, la maternité et la soumission. ».

 


Au point que certains proches (dont un de ses fils) l'ont fait parler outre-tombe en assurant qu'elle aurait milité contre la réforme des retraites deux ans et demi après son décès, raison qui les auraient poussés à contester la tenue de l'hommage national le 8 mars 2023 par le Président Emmanuel Macron (initiative approuvée au contraire par un autre fils de la militante disparue).

C'est en effet dans la salle d'audience de la première chambre de la cour d'appel de Paris le 8 mars 2023 (journée des femmes) qu'Emmanuel Macron a prononcé un discours en hommage à l'action de Gisèle Halimi en faveur des femmes. Il a profité de l'occasion pour annoncer sa volonté de constitutionnaliser la loi sur l'IVG : « Et je veux aujourd’hui que la force de ce message nous aide à changer notre Constitution afin d’y graver la liberté des femmes à recourir à l’interruption volontaire de grossesse pour assurer solennellement que rien ne pourra entraver ou défaire ce qui sera ainsi irréversible. ». Ce qui fut fait exactement un an plus tard, le 8 mars 2024.

Dans son livre posthume "Une farouche liberté" (publié en 2020), Gisèle Halimi a conclu ainsi : « Je suis convaincue que notre expérience de l'injustice, de l'exclusion, de la souffrance nous a conféré une richesse supplémentaire. Et que, sans en avoir conscience, nous puisons dans notre histoire de domination patriarcale des ressorts insoupçonnés. Il a fallu serrer les dents, s'adapter, inventer, résister. Refouler nos envies, mais pas notre imaginaire. Brider nos pulsions, pas notre volonté. Étouffer nos talents, pas notre sensibilité. Sans doute même s'est-elle développée, et nous donne-t-elle un sens de l'autre plus aigu, une indulgence pour la marge, une empathie pour les fragiles... Une nouvelle nature ? Je ne saurais trancher. Mais je sais que de ces valeurs d'opprimés, courage, endurance, résilience, peut jaillir une formidable créativité. ». Il est juste dommage que Gisèle Halimi n'a pas eu, avec les Sandrine Rousseau et consorts, les héritières politiques qu'elle aurait dû mériter...



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gisèle Halimi.
Georges Lemoine.
Jacques Delors.

8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
Congrès du PS : Saloperies antisémites.
Jérôme Guedj.
Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
Congrès du PS : le choc de complexité !
Robert Badinter.
Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
Histoire du PS.
Manuel Valls.
Martine Aubry.
Hubert Védrine.
Julien Dray.
Comment peut-on encore être socialiste au XXIsiècle ?
François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
Lionel Jospin.
Claude Allègre.
François Mitterrand.
Mazarine Pingeot.
Richard Ferrand.
Didier Guillaume.

Pierre Joxe.
André Chandernagor.
Didier Migaud.
Pierre Moscovici.

La bataille de l'école libre en 1984.
Bernard Kouchner.
Hubert Curien.
Alain Bombard.
Danielle Mitterrand.
Olivier Faure.
Lucie Castets.

Bernard Cazeneuve
Gabriel Attal.
Élisabeth Borne.
Agnès Pannier-Runacher.
Sacha Houlié.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250728-gisele-halimi.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/gisele-halimi-une-femme-militante-261660

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8 mars 2025 6 08 /03 /mars /2025 03:02

« À Pointe-à-Pitre, Florence Arthaud, à bout de forces et après avoir été privée d’électronique et de communication depuis les Açores, entrera dans la légende du Rhum en étant la première femme à s’imposer sur une course au large en solitaire. » (Site officiel de la Route du Rhum).




 


Le 8 mars, c'est la fête des femmes. Cela devrait être tous les jours, tant les femmes éclairent de leur beauté, de leur sagacité et de leur intelligence la vie des hommes. Mais n'en faisons pas trop, et cette année, s'il y a une femme à fêter (c'est très arbitraire), je voudrais le faire pour Florence Arthaud, qui est morte accidentellement il y a dix ans, le 9 mars 2015 à l'âge de 57 ans. On pourrait aussi fêter Violette Dorange, mais j'y reviendrai.

Effectivement, il y a dix ans, c'était le choc. Dix personnes ont péri lors de l'accident aérien du 9 mars 2015 près de Villa Castelli, dans la Quebrada del Yeso, dans la province de La Rioja, en Argentine. Ce fut la collision de deux hélicoptères qui transportaient les participants au tournage d'une émission de téléréalité appelée "Dropped" produite pour le compte de TF1. La conséquence probablement d'une erreur de pilotage (angle mort, soleil éblouissant, caméra qui gêne, etc.). L'un des hélicoptères était parti en premier pour les prises de vue et le second transportait trois concurrents du jeu et ils se sont trop rapproché l'un de l'autre. Les deux appareils se sont écrasés et se sont enflammés.

Comme chaque vie se vaut, bien sûr, citons le nom des dix victimes dont huit françaises : la navigatrice Florence Arthaud, la jeune nageuse niçoise Camille Muffat (25 ans), championne olympique de natation (le 29 juillet 2012 à Londres en 400 mètres nage libre), le jeune boxeur Alexis Vastine (28 ans), champion du monde militaire de boxe en 2008, 2010, 2011 et 2014 (et sa sœur était morte dans un accident en janvier 2015, triste hiver pour la famille), c'étaient les trois concurrents du jeu, avec aussi des employés de la société de production, le réalisateur Laurent Sbasnik (40 ans), la journaliste Lucie Mei-Dalby, le chef de projet Volodia Guinard (36 ans), le cameraman Brice Guilbert (32 ans), l'ingénieur du son Édouard Gilles, et, enfin, les deux pilotes argentins Juan Carlos Castillo et César Roberto Abate.
 


D'autres concurrents, présents au sol à quelques centaines de mètres, attendaient leur tour, pour prendre aussi l'hélicoptère, notamment le patineur artistique Philippe Candeloro, la cycliste Jeannie Longo, et quelques autres (en tout, huit sportifs de haut niveau participaient à l'émission de téléréalité, dont un avait déjà été "éliminé" du jeu et était rentré en France). On peut imaginer leur traumatisme.

Parmi les dix victimes, une m'a particulièrement beaucoup ému, c'était Florence Arthaud qui fait partie de ces héroïnes dont la France peut être fière. Elle a été la première femme à gagner la Route du Rhum (entre Saint-Malo et Pointe-à-Pitre) le 18 novembre 1990 en 14 jours et 10 heures avec son trimaran Pierre 1er, après un parcours en solidaire de près de 6 500 kilomètres (le record actuel a été battu le 16 novembre 2022 par Charles Caudrelier en 9 jours et 20 heures, mais avec un type de bateau différent). Une seule autre femme a remporté la Route du Rhum, en 2002, dans une autre catégorie de bateau (monocoque), la navigatrice britannique Ellen MacArthur.
 


Et cette victoire de 1990, Florence Arthaud l'a due à sa très forte ténacité. Elle a participé à la première édition en 1978 alors qu'elle n'avait que 21 ans, puis aux deux autres éditions de 1982 et 1986 avant de gagner la quatrième édition. En novembre 1986, elle a fait un détour pour tenter de secourir, hélas en vain, Loïc Cadarec qui avait chaviré. Elle est arrivée à la onzième position et ne s'avouait pas vaincue : « Ce qui m'intéresse, ce n'est pas d'arriver. Si je fais de la compétition, ce n'est pas pour participer, c'est pour gagner ! Ben, c'est raté, encore une fois ! Il faudra que je recommence dans quatre ans ! ». Et pourtant, malade, elle n'en menait pas très large en 1990 : « J’ai failli abandonner et puis je me suis dit, non je n’abandonnerai pas. Je n'ai jamais abandonné, ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer ! ».
 


Cette victoire a troublé jusqu'aux académiciens puisque, le 10 décembre 1992, dans sa réponse au discours de réception du nouveau membre de l'Académie française Jean-François Deniau, lui aussi infatigable navigateur (en même temps qu'ancien ministre), Alain Peyrefitte a déclaré : « Au détour d’une page, j’ai découvert un trait qui n’est pas sans rapport avec notre cérémonie. Vous estimez que la navigation de plaisance est une affaire d’hommes (comme nous l’estimions, jusqu’à une date récente, de l’Académie). C’était avant que Florence Arthaud ne confirmât la règle par son exception. Cependant, vous admettez qu’ "une femme à bord qui aime la mer est une vraie bénédiction !". Vous le voyez, il y a, sur la participation du beau sexe, une analogie frappante entre la plaisance et l’Académie. Votre livre suggère d’autres rapprochements. Ainsi, quand vous affirmez que "la meilleure façon de survivre est quand même de rester à bord", votre maxime s’appliquerait parfaitement à la vie politique. Vous avez toujours su éviter d’être jeté par-dessus bord. ».

Elle a chanté la célèbre chanson qui lui a été consacrée "Flo" en raison de ses exploits, en duo avec Pierre Bachelet en 1989. Beaucoup plus tard, le Président Nicolas Sarkozy lui a même proposé le poste de Ministre des Sports, qu'elle a refusé dans sa grande sagesse (elle avait d'autres trucs à faire), même si naviguer dans un gouvernement suppose toujours quelques exploits.


Incontestablement, Florence Arthaud était une passionnée enragée. Son père, patron de la plus grande librairie de Grenoble (j'y ai passé des heures entières certains jours anciens), avait édité des récits d’Éric Tabarly, ce qui l’avait mise dans le bain de la navigation assez vite. Libraire et éditeur, Jacques Arthaud a sorti une nouvelle collection avec des livres sur la mer qui ont eu beaucoup de succès, avec aussi Loïck Peyron, Alain Colas, Philippe Jeantot, Yvan Bourgnon, Bernard Moitessier, Isabelle Autissier, etc.

 


Adolescente, elle a commencé à faire de la navigation avec ses deux frères Jean-Marie et Hubert dans la Méditerranée (dont l'un allait se suicider sur le bateau familial). Elle voulait faire des études de médecine, mais un premier coup dur l'en a empêchée : un accident grave l'a plongée dans le coma avec des séquelles supposées irréversibles de paralysie partielle... qu'elle a réussi à contredire au bout de deux ans en se rétablissant complètement par la force de l'esprit et du corps. Elle a passé sa convalescence à traverser l'Atlantique, cette première traversée s'est faite à l'âge de 18 ans. Trois ans plus tard, elle a pris part à la première édition de la Route du Rhum qu'elle a mis un peu moins de 28 jours à parcourir (classée onzième)s. Elle était lancée. La mer resterait son obsession.

Elle a participé à au moins une vingtaine de courses maritimes, en particulier la Route du Rhum, mais aussi la Twostar, la Transat AG2R, la Transat Jacques-Vabre, la Route de l'Équateur (arrivée 2e), la Transpacifique, la Solitaire du Figaro, etc. L'un de ses objectifs était de battre le record du tour du monde en solitaire.

Mourir dans le ciel alors qu'elle a failli perdre la vie plusieurs fois dans la mer, c'était ce drôle de destin de Florence Arthaud qui avait la baraka. Car ses exploits sportifs étaient une chose (elle était aussi une bonne skieuse, entre autres), mais se sortir de situations impossibles, c'en était une autre.

 


L'une des dernières tuiles aurait pu lui être fatale. Le 29 octobre 2011, elle est tombée de son bateau en pleine nuit. Elle naviguait alors au large du Cap Corse. Heureusement, elle avait sur elle une torche frontale et un téléphone mobile étanche. Elle a pu appeler sa mère et les secours sont arrivés à elle trois heures et vingt minutes plus tard, elle était en état d'hypothermie et a été hospitalisée à Bastia. Sans ce téléphone, elle serait morte.

Florence Arthaud a publié sa première autobiographie en 2009, "Un Vent de liberté" (préfacé par son mentor Olivier de Kersauson) aux éditions Arthaud. Elle en a sorti une seconde terminée juste avant sa mort et qui est parue le 19 mars 2015, "Cette nuit, la mer est noire" aux éditions Arthaud. Mais il ne s'agissait plus de mer. Le ciel était beau, elle aurait pu titrer : Ce jour, le ciel était noir. Noir de tristesse pour sa disparition. Dix ans plus tard, son souvenir est toujours présent, dans de nombreuses villes qui ont baptisé une voie ou un bâtiment de son nom.

Aux premières pages de ce dernier livre, elle livrait : « La beauté de cette solitude ne peut être décrite que par ceux qui la vivent. Beauté de ce décor sauvage, beauté de la liberté goûtée ici sans entraves, beauté de cet univers mystique et fascinant, beauté de ces moments magiques où le temps n'existe plus et où les rêves peuvent devenir réalité. (…) Les solitudes marines sont inaccessibles aux crispations humaines. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 mars 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Florence Arthaud.
Marie Marvingt.
Usain Bolt.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250309-florence-arthaud.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/florence-arthaud-chacun-prend-feu-259098

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19 décembre 2024 4 19 /12 /décembre /2024 10:50

« Monsieur veut suivre ses passions ! C'est un déchaîné (…) ! Et la pire espèce de sale voyou ! On peut le retenir par nulle part ! Ni dignité ! Ni raison ! Ni amour-propre ! Ni gentillesse !... Rien !... L'homme qui m'a bafouée, bernée, infecté toute mon existence !... Ah ! il est propre ! Il est mimi ! Ah ! oui alors, je peux le dire ! J'ai été cent mille fois bien trop bonne !... J'ai été poire ! » (Céline dans "Mort à crédit", 1936).

 


La première fois que j'ai été anesthésié (je sortais de l'adolescence), avec mon caractère de cochon, je me disais qu'on ne m'endormirait pas comme ça, aussi facilement. Alors, quand l'anesthésiste a transpercé mon bras pour faire sa piqûre et injecter son produit, j'ai regardé fixement la seringue, sûr de mon état de conscience... et quelques secondes plus tard, un coup de téléphone m'a brutalement surpris, j'étais dans le lit de ma chambre d'hôpital, l'opération était déjà finie depuis longtemps et ma mère venait aux nouvelles. J'ai compris qu'avec un produit chimique, on pouvait être à la merci de n'importe qui, et si possible, de ceux qu'on veut, les chirurgiens par exemple. À ce réveil brutal, ma sensation a été qu'on m'avait volé mon temps !

Une autre petite réflexion anecdotique et pourtant pas si évidente pour qui dormait avec son frère (ou sa sœur) dans une chambre commune étant enfant. Dormir avec quelqu'un pour diverses raisons (à plusieurs dans une tente, dans un dortoir, en colonie de vacances, à l'armée, etc. et bien sûr, en couple dans une chambre conjugale plus ou moins officiellement), est une preuve exceptionnelle de confiance en l'autre. La preuve, pour ceux qui ont fait des exercices de l'armée, quand on bivouaque la nuit, il y a toujours l'un des gars qui ne dort pas pour surveiller (ce qui, en temps de paix dans un terrain militaire, peut être très ennuyeux). Le plus instructif est de dormir avec l'être aimé : n'avez-vous jamais été fasciné par le sommeil de l'autre ? Et pourtant, l'autre est à votre merci, il vous fait une totale confiance, il vous a confié les clefs de son destin. C'est bien sûr réciproque.

Pour Gisèle Pélicot, cette confiance a été totalement trahie. Son mari la droguait et la malmenait, la faisait violer par tout un hall de gare. Cela a duré des années et c'est seulement par hasard, le 12 septembre 2020, par un geste de voyeur qui n'avait rien à voir, que la police a détricoté ce qu'on pourrait appeler un véritable système Dominique Pélicot, le recrutement de violeurs de sa femme par Internet avec un mode d'emploi très précis. Il faut imaginer le choc de cette femme à qui les gendarmes ont annoncé le 2 novembre 2020 que son mari la faisait violer depuis une dizaine d'années. Elle a compris d'où venaient ces douleurs diffuses au bas du ventre qu'elle ne comprenait pas ; on la "tringlait" des heures chaque nuit (92 faits de viol ont été recensés).

Cent quatre-vingts journalistes ont été accrédités, dont quatre-vingts étrangers, pour assister à cette audience historique qui a commencé avec un peu de retard ce jeudi 19 décembre 2024 de 9 heures 45 à 10 heures 50, en présence de Gisèle Pélicot ovationnée par la foule postée à l'entrée et encadrée par cent cinquante policiers.

Le long procès des viols de Mazan qui s'est ouvert le 2 septembre 2024 à la cour criminelle du Vaucluse à Avignon se referme sur le verdict avec une dernière audience le vendredi 20 décembre 2024. Cinquante et une personnes étaient jugées pour viol. La victime, Gisèle Pélicot, se faisait régulièrement violer alors qu'elle était sous sédatif. Le principal bourreau, son mari Dominique Pélicot a organisé lui-même un réseau de personnes pour violer sa femme entre le 23 juillet 2011 et le 23 octobre 2020. À de nombreux titres, ce procès, long, est exceptionnel et promet d'être historique, c'est-à-dire de rester dans les mémoires de la justice.

 


Les cinquante et un prévenus ont été tous reconnus coupables et tous ont été condamnés à des peines de prison, souvent en-dessous des réquisitions (à l'exception d'un accusé). Dominique Pélicot a été condamné à vingt ans de prison et les autres co-accusés entre trois et treize ans de prison (au lieu de huit à dix-huit ans dans les réquisitions). Il n'y a pas une peine identique. Beaucoup contestent la faiblesse des peines.

 


Le pire pour les prévenus qui parfois ont refusé d'admettre les viols qu'ils ont commis, c'est qu'il existe des preuves filmées de ces viols, et ces films ont même été diffusés à l'audience. Gisèle Pélicot, la victime, a refusé le huis-clos et a voulu que tout le monde puisse regarder ces scènes de viol malgré le caractère très "cru" des images. C'est exceptionnel : en général, non seulement le viol n'est pas filmé, mais il est difficilement prouvable, difficilement établi. L'avocat de la victime justifiait ainsi sa demande le 20 septembre 2024 : « Il faut qu’on ait le courage de se confronter à ce qu’est véritablement le viol, dans un dossier, justement, où il est exceptionnel d’avoir la représentation précise et réelle de ce qu’est un viol, et pas simplement une description sur un procès-verbal. ».

C'est pour cela que Gisèle Pélicot, applaudie à la dernière audience avant la délibération, est une femme exceptionnellement courageuse. Elle a préféré s'effacer, effacer presque sa dignité pour un combat qui la transcende contre le viol en général. Officiellement divorcée le 22 août 2024, donc quelques jours seulement avant le début du procès, elle a de quoi en vouloir à son ex-mari : les viols, bien sûr, mais aussi la trahison de son extrême confiance, celle de pouvoir dormir en toute sécurité, une extrême trahison, et aussi ce que j'appellerai un viol de destin en se faisant droguer pour obtenir une perte de conscience, ce qui est particulièrement sournois. La sensation de Gisèle Pélicot a dû être franchement déplaisant de comprendre qu'on lui a volé son temps, qu'on lui a volé ses nuits, qu'elle ne contrôlait plus rien de sa vie, et le pire, c'est qu'elle ne s'en apercevait même pas.
 


Un ex-mari qui ment, qui n'est pas fiable, qui ne laisse rien apparaître, obsédé, calculateur, cynique, lâche... dont la fille ne sait toujours pas si le père a abusé d'elle, directement ou par l'intermédiaire des violeurs recrutés, si elle a été violée aussi comme sa mère ou pas, et comme seuls les viols filmés et prouvés ont été reconnus, sans doute que beaucoup d'autres faits manquent à l'appel dans le jugement. En tout cas, Dominique Pélicot a été reconnu coupable d'avoir filmé sa fille et ses deux belles-filles dans un état d'inconscience.
 


Si la presse française a beaucoup couvert ce procès fleuve, la classe politique française l'a très peu commenté alors qu'elle est pourtant prête à s'emparer du moindre fait-divers de délinquance ou de criminalité. Patrice Spinosi, par ailleurs avocat de Nicolas Sarkozy, a donné une tentative d'explication à ce silence politique, le 11 octobre 2024 dans "La Semaine juridique" : « L'instrumentalisation quotidienne par certains responsables politiques du sentiment d'insécurité tend surtout à stigmatiser le laxisme de l'État à l'égard de populations qu'ils jugent anxiogènes (délinquants récidivistes, étrangers sans-papiers...). Mais le profil des accusés de Mazan ne correspond nullement à celui du criminel type des chantres de la répression. Dans le box, il n'y a que des hommes, tous blancs, sans antécédents judiciaires et socialement intégrés. La gêne des politiques n'en est que plus grande. Quelques rares voix, essentiellement féminines, se sont néanmoins fait entendre pour dénoncer un procès du "patriarcat" ou de la "masculinité toxique" et demander l'insertion de la notion de consentement dans la définition légale du viol. Peut-être comprend-on mieux le manque d'indignation du monde politique au regard de l'extrême tolérance dont notre droit a longtemps fait preuve envers le viol entre époux. ». Il expliquait qu'il a fallu attendre 2010 pour notre droit supprime toute "présomption de consentement" entre époux.


Pour autant, insérer le notion de consentement dans la définition légale du viol peut poser beaucoup plus de problèmes juridiques qu'en résoudre, et en particulier en retournant la charge de la preuve contre la victime dont on fouillerait la vie privée alors que le procès devrait mettre en lumière la personnalité et les actes des seuls prévenus, pas des victimes.

La réflexion de Patrice Spinosi avait commencé par un constat inquiétant : « Le fait que des gens parfaitement ordinaires aient pu penser pouvoir avoir des relations sexuelles avec une femme manifestement endormie, à la seule invitation de son mari, laisse stupéfait sur l'état de notre société. ». D'où sa conclusion : « Espérons que cette affaire édifiante participe, par la crudité de son éclairage, à la dénonciation de l'emprise inacceptable que certains hommes continuent prétendre avoir sur leur femme. ».

La presse internationale était également nombreuse à suivre le procès, fascinée tant par la particularité des faits que par le courage de la victime. "Der Spiegel" (l'hebdomadaire allemand), par exemple, a refusé au début du procès d'appeler les violeurs "des monstres" car cela réduirait la portée de ce procès : « Il [est] bien plus inquiétant de devoir admettre que les violeurs sont tous ancrés dans un tissu social continu de misogynie banalisée. ».

Quant à la BBC, elle a nommé le 3 décembre 2024 Gisèle Pélicot "survivante de viols", parmi les 100 femmes importantes de 2024 ("100 Women" 2024), aux côtés de femmes comme Sharon Stone, Nadia Murad Basee Taha (Prix Nobel de la Paix 2018) ou encore Katalin Kariko (Prix Nobel de Médecine 2023). Elle a souligné le grand courage de la victime qui pouvait revendiquer l'anonymat et qui s'est ainsi exposée afin de faire évoluer les mentalités et changer la honte de camp.

 


Parmi les conséquences secondaires de tous les viols dont elle a été victime, Gisèle Pélicot n'a pas été contaminée par le VIH alors que l'un de ses violeurs était séropositif et l'a violée plusieurs fois (six fois) sans préservatif. Elle a donc eu de la "chance", si l'on peut dire, pour le sida, mais elle a été toutefois infectée de quatre maladies sexuellement transmissibles dont une infection au papillomavirus, elle était proche du coma parfois dans sa vie quotidienne à cause de la drogue absorbée, ce qui aurait pu provoquer des situations très graves, et une fois les viols révélés, elle a eu un terrible choc psychologique.

Pendant l'instruction et le procès, Gisèle Pélicot a pu profiter du soutien de ses trois enfants, dont une fille se demande toujours si elle a été ou pas la victime de son père (elle a sorti un livre le 6 avril 2022 chez Jean-Claude Lattès). Cela l'a confortée dans son choix de ne pas rester anonyme et d'être transparente afin de montrer toute la crudité criminelle de ses violeurs. On remarquera d'ailleurs que dans l'actualité judiciaire récente se sont entrechoquées deux affaires liées à la soumission chimique (l'autre concerne un humoriste bien connu).

Incontestablement, si une femme a fait avancer, en 2024, la cause non seulement des femmes mais des êtres humains dans leur ensemble, c'est bien Gisèle Pélicot. Au fond, son combat est pour le respect des personnes, leur consentement, leur confiance, leur intégrité physique et morale. C'est pour cela qu'il faut bien préciser, et tant pis pour certaines militantes féministes, que Gisèle Pélicot doit être remerciée de son courage non pas par les femmes, mais par tout le monde, les humains en général. La dignité humaine n'a pas de genre.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 décembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gisèle Pélicot, femme de l'année 2024 ?
5 ans de prison dont 2 ferme pour Pierre Palmade.
40 ans de confusions dans l'Affaire Grégory.
Philippine : émotion nationale, récupérations politiques, dysfonctionnements de l'État ?
Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pélicot et compagnie...
Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
La France criminelle ?
La nuit bleue de Lina.
La nuit de Célya.
La nuit d'Émile Soleil.
Affaire Grégory : la vérité sans la boue ?
Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
Meurtre de Lola.
Nos enseignants sont des héros.
La sécurité des personnes face aux dangers.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241219-pelicot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/gisele-pelicot-femme-de-l-annee-258232

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/12/19/article-sr-20241219-pelicot.html



 

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26 novembre 2024 2 26 /11 /novembre /2024 03:44

« C'est aussi avec la plus grande conviction que je défendrai un projet longuement réfléchi et délibéré par l'ensemble du gouvernement, un projet qui, selon les termes mêmes du Président de la République, a pour objet de "mettre fin à une situation de désordre et d'injustice et d'apporter une solution mesurée et humaine à un des problèmes les plus difficiles de notre temps". » (Simone Veil, le 26 novembre 1974 dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale).


 


C'est il y a cinquante ans, le 26 novembre 1974, que l'examen du projet de loi relatif à l'interruption volontaire de grossesse (dite loi Veil) a commencé en séance publique à l'Assemblée Nationale, dans un climat particulièrement houleux et difficile. Le projet de loi a été déposé le 15 novembre 1974 et il a fallu trois jours très intensifs de débat pour aboutir à son adoption en première lecture par les députés.

Il faut rappeler deux contextes : le contexte politique et le contexte social.

Le contexte politique, d'abord. La mort soudaine du Président Georges Pompidou le 2 avril 1974 a traumatisé les responsables UDR (gaullistes), traumatisme renforcé par la division au sein de leur parti pour l'élection présidentielle et la perte de l'Élysée après quinze années. Valéry Giscard d'Estaing, jeune fringant et moderne, a été élu et a promis une libéralisation de la société. Parmi ses engagements, la dépénalisation de l'avortement. Soit dit en passant : VGE a toujours été meurtri, jusqu'à la fin de sa vie, qu'on ne parle pas de loi VGE pour la loi sur l'IVG car il a pris seul l'initiative politique de ce texte.

Comme pour la majorité à 18 ans, Valéry Giscard d'Estaing entendait aller très vite avec l'IVG, considérant que les grandes réformes, surtout si elles sont très sensibles (comme l'IVG), doivent être réalisées au début d'un mandat présidentiel, en bénéficiant politiquement encore de l'état de grâce de l'élection. En principe, un sujet comme l'IVG, principalement juridique, devait être défendu par le Ministre de la Justice. En l'occurrence, Jean Lecanuet, président du Centre démocrate (CD), le parti des démocrates chrétiens, ne souhaitait pas défendre une telle loi en raison de ses convictions religieuses, même s'il en voyait la nécessité. C'est donc Simone Veil, magistrate peu politisée (c'était son mari Antoine Veil le politique !) bombardée Ministre de la Santé par la volonté de donner plus de responsabilité aux femmes, choisie par le nouveau Premier Ministre Jacques Chirac, par l'entremise d'une grande amie commune, Marie-France Garaud. Lorsqu'elle a accepté sa mission d'entrer au gouvernement, d'une part, elle ne connaissait pas beaucoup de choses dans le domaine de la santé (elle était juge et pas médecin), et d'autre part, on ne lui avait pas dit à sa nomination qu'elle serait sur le front de l'IVG. Peut-être que ses bonnes connaissances juridiques ont aidé, mais je crois avant tout que c'était la femme et c'était la santé publique à assurer qui ont été ses deux moteurs.

Le contexte social ensuite. S'il y avait un responsable politique qui était très conscient de l'importance vitale de faire une loi sur l'IVG, c'était le nouveau Ministre de l'Intérieur, prince des giscardiens, à savoir Michel Poniatowski qui était, juste avant l'élection présidentielle, Ministre de la Santé (le prédécesseur direct de Simone Veil) et qui a bien compris l'horreur sanitaire en cours mais aussi judiciaire. Trop de femmes avortaient clandestinement pour que l'État puisse concrètement toutes less sanctionner pénalement comme le voulait la loi encore en vigueur. La loi d'amnistie du 10 juillet 1974 portait très explicitement sur les faits d'avortement et, dans sa conférence de presse du 25 juillet 1974, VGE a annoncé l'absence de poursuite pour avortement jusqu'à l'adoption d'une loi sur l'IVG. Mais surtout, trop de femmes mouraient au cours d'un avortement clandestin. Il y avait environ 1 000 avortements clandestins par jour en France et un de ces mille entraînait la mort de la femme (en raison des conditions précaires, manque de stérilisation, absence de médecin, etc.).
 


Cette considération sanitaire avait déjà conduit le Premier Ministre précédent Pierre Messmer à déposer un projet de loi sur l'IVG dès le 7 juin 1973, mais lors du début de son examen en séance publique à l'Assemblée, le 14 décembre 1973, le projet a été renvoyé en commission pour pouvoir créer un consensus parlementaire sur le sujet. La mort de Président de la République a fait abandonner ce texte.

Un nouveau texte a donc été adopté au conseil des ministres et déposé à l'Assemblée le 15 novembre 1974. L'examen à l'Assemblée en première lecture a eu lieu au cours de huit séances publiques du 26 novembre 1974 à la nuit du 28 au 29 novembre 1974. Le discours introductif de Simone Veil le 26 novembre 1974 est resté dans les annales de l'histoire. Elle a commencé ainsi : « Si j'interviens aujourd'hui à cette tribune, ministre de la santé, femme et non-parlementaire, pour proposer aux élus de la nation une profonde modification de la législation sur l'avortement, croyez bien que c'est avec un profond sentiment d'humilité devant la difficulté du problème, comme devant l'ampleur des résonances qu'il suscite au plus intime de chacun des Français et des Françaises, et en pleine conscience de la gravité des responsabilités que nous allons assumer ensemble. ».

Reprenant tous les raisons de ne pas légiférer, la ministre a ensuite posé les termes de l'enjeu : « Nous sommes arrivés à un point où, en ce domaine, les pouvoirs publics ne peuvent plus éluder leurs responsabilités. Tout le démontre : les études et les travaux menés depuis plusieurs années, les auditions de votre commission, l'expérience des autres pays européens. Et la plupart d'entre vous le sentent, qui savent qu'on ne peut empêcher les avortements clandestins et qu'on ne peut non plus appliquer la loi pénale à toutes les femmes qui seraient passibles de ses rigueurs. Pourquoi donc ne pas continuer à fermer les yeux ? Parce que la situation actuelle est mauvaise. Je dirai même qu'elle est déplorable et dramatique. ».

Peu après, le passage le plus important : « Je le dis avec toute ma conviction : l'avortement doit rester l'exception, l'ultime recours pour des situations sans issue. Mais comment le tolérer sans qu'il perde ce caractère d'exception, sans que la société paraisse l'encourager ? Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme, je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. Il suffit d'écouter les femmes. C'est toujours un drame et cela restera toujours un drame. C'est pourquoi, si le projet qui vous est présenté tient compte de la situation de fait existante, s'il admet la possibilité d'une interruption de grossesse, c'est pour la contrôler et, autant que possible, en dissuader la femme. Nous pensons ainsi répondre au désir conscient ou inconscient de toutes les femmes qui se trouvent dans cette situation d'angoisse (…). Actuellement, celles qui se trouvent dans cette situation de détresse, qui s'en préoccupe ? La loi les rejette non seulement dans l'opprobre, la honte et la solitude, mais aussi dans l'anonymat et l'angoisse des poursuites. Contraintes de cacher leur état, trop souvent elles ne trouvent personnes pour les écouter, les éclairer et leur apporter un appui et une protection. Parmi ceux qui combattent aujourd'hui une éventuelle modification de la loi répressive, combien sont-ils ceux qui se sont préoccupés d'aider ces femmes dans leur détresse ? Combien sont-ils ceux qui, au-delà de ce qu'ils jugent comme une faute, ont su manifester aux jeunes mères célibataires la compréhension et l'appui moral dont elles avaient grand besoin ? ».
 


Rien n'était acquis et Simone Veil a plus tard raconté qu'elle n'imaginait pas le flot de haine de la part de certains parlementaires. La palme du plus odieux doit être sans doute attribuer au député centriste Jean-Marie Daillet, élu de la Manche, qui a comparé le 27 novembre 1974 l'avortement aux assassinats de bébés dans les fours crématoires à Auschwitz : « On est allé, quelle audace incroyable, jusqu'à déclarer tout bonnement qu'un embryon humain était un agresseur. Eh bien ! ces agresseurs, vous accepterez, madame, de les voir, comme cela se passe ailleurs, jetés au four crématoire ou remplir des poubelles ! ». Adressé à une ancien déportée qui a perdu une partie de sa famille dans les camps de la mort, c'était particulièrement maladroit et malvenu, et disons-le, totalement dégueulasse. Jean-Marie Daillet s'est d'ailleurs rendu compte de ce qu'il avait dit dans la colère de sa passion et est venu présenter ses excuses à Simone Veil. Un soir, à la demande de l'Élysée, Jacques Chirac est venu en renfort dans la discussion pour aider sa ministre, mais elle se sentait particulièrement seule avec son texte.

La situation parlementaire était compliquée parce que, menés par l'ancien Premier Ministre Michel Debré, nataliste réputé, les députés gaullistes étaient prêts à voter contre ou à s'abstenir. C'était sûr que Simone Veil ne pouvait pas ne compter que sur les députés de la majorité. Elle devait aussi négocier avec les socialistes, qui étaient favorables, menés par le président de leur groupe Gaston Defferre (maire de Marseille). Le point crucial était la position des centristes du Centre démocrate, dont les convictions religieuses mettaient en porte-à-faux la morale et la nécessité publique.

Le mari de Simone Veil, Antoine Veil, très introduit dans les cercles centristes, avaient l'habitude de rencontrer les responsables centristes chez lui, à son domicile, au sein du Club Vauban (nom du lieu où les Veil habitaient). Son entremise a été capitale pour convaincre notamment l'ancien résistant et ancien ministre Eugène Claudius-Petit qui avait un grand pouvoir d'influence sur ses collègues centristes. Pour obtenir finalement son soutien, Simone Veil a modifié le texte en retirant l'obligation des médecins à faire une IVG avec une clause de conscience et en supprimant le remboursement de l'IVG par la sécurité sociale, mettant la gauche dans l'embarras mais permettant aux députés centristes de ne pas voter une loi qui encouragerait l'avortement. L'article 1er du texte réaffirme par ailleurs le respect du droit à la vie comme principe intangible.

La conclusion a été souriante pour Simone Veil puisque dans la nuit du 28 au 29 novembre 1974, à 3 heures 40 du matin, le projet de loi a été adopté en première lecture par 284 voix pour et 189 contre, sur 479 votants avec 6 abstentions (scrutin n°120).

Parmi les pour : Paul Alduy, Pierre Bernard-Reymond, André Bettencourt, Jean-Jacques Beucler, Jean de Broglie, Aimé Césaire, Jacques Chaban-Delmas, André Chandernagor, Jean-Pierre Chevènement, Roger Chinaud, Eugène Claudius-Petit, Jean-Pierre Cot, Michel Crépeau, Gaston Defferre, André Delelis, Hubert Dubedout, Jacques Duhamel, André Duroméa, Robert Fabre, André Fanton, Maurice Faure, Georges Fillioud, Henri Fiszbin, Raymond Forni, Joseph Franceschi, Jean-Claude Gaudin, Yves Guéna, Robert Hersant, Pierre Joxe, Didier Julia, Pierre Juquin, André Labarrère, Paul Laurent, Jacques Legendre, Max Lejeune, Louis Le Pensec, Roland Leroy, Charles-Émile Loo, Philippe Madrelle, Georges Marchais, Jacques Marette, Pierre Mauroy, Louis Mermaz, Georges Mesmin, Louis Mexandeau, Hélène Missoffe, François Mitterrand, Guy Mollet, Lucien Neuwirth, Arthur Notebart, Bernard Pons, Jean Poperen, Jack Ralite, Marcel Rigout, Alain Savary, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Jacques Soustelle, Pierre Sudreau, Alain Terrenoire, Alain Vivien, Robert-André Vivien et Adrien Zeller.
 


Parmi les contre : Pierre Bas, Pierre Baudis, Jacques Baumel, Pierre de Bénouville, Jacques Blanc, Robert Boulin, Loïc Bouvard, Claude Coulais, Jean-Marie Daillet, Marcel Dassault, Michel Debré, Jean Foyer, Emmanuel Hamel, Louis Joxe, Jean Kiffer, Claude Labbé, Joël Le Theule, Maurice Ligot, Christian de La Malène, Alain Mayoud, Jacques Médecin, Pierre Méhaignerie, Pierre Messmer, Maurice Papon, Jean Seitlinger et Jean Tiberi, etc. Se sont abstenus notamment Roland Nungesser et Gabriel Kaspereit.

Le Sénat a examiné alors le projet de loi en première lecture les 13 et 14 décembre 1974, l'a adopté le 14 décembre 1974 avec des modifications, ce qui a rendu nécessaire une seconde lecture, puis une commission mixte paritaire le 19 décembre 1974 (portant sur le remboursement de l'IVG). L'Assemblée et le Sénat ont adopté le texte définitif le 20 décembre 1974 (pour l'Assemblée, par 277 voix pour et 192 voix contre sur 480 votants avec 11 abstentions). Valéry Giscard d'Estaing a ensuite, le 17 janvier 1975, promulgué la loi n°75-18 du 17 janvier 1975, qui, à l'origine, prévoyait une dépénalisation expérimentale pendant cinq ans. Une deuxième loi a été ultérieurement votée pour rendre permanente la dépénalisation (loi n°79-1204 du 31 décembre 1979).


Après plusieurs autres modifications du texte, le droit à l'IVG est entré dans la Constitution le 8 mars 2024 au cours d'une cérémonie Place Vendôme, devant le Ministère de la Justice, présidée par Emmanuel Macron. Les études montrent que la loi Veil n'a pas fait augmenter le nombre d'avortements en France qui reste stable, autour de 200 000 par an.
 


Ce vendredi 29 novembre 2024 à 22 heures, la chaîne parlementaire LCP fête ce cinquantenaire en rediffusant le téléfilm de Christian Faure intitulé "La Loi, le combat d'une femme pour toutes les femmes" diffusé pour la première fois le 26 novembre 2014 sur France 2 (pour le quarantième anniversaire). Autant le dire tout de suite, faire un film avec des personnages de la classe politique contemporaine est toujours casse-cou car toujours très différent de la réalité et la fiction peut aussi n'être qu'une pâle imitation des personnages réels.

Néanmoins, on saluera quand même la prestation de l'actrice Emmanuelle Devos dans le rôle principal, celui de Simone Veil, et on regardera avec curiosité Antoine Veil (joué par Lionel Abelanski, dont le rôle dans le scénario est toutefois très insuffisant par rapport à la réalité), Dominique Le Vert, le dircab de Simone Veil (joué par Lorant Deutsch), et j'avoue que j'ai eu du mal à croire aux autres personnages : Gaston Defferre (joué par Michel Jonasz), Michel Debré (Éric Naggar), Jean Lecanuet (Olivier Pagès), Jacques Chirac (Michaël Cohen), Eugène Claudius-Petit (Bernard Menez), et je ne croyais pas du tout en Charles Pasqua (Philippe Uchan), Jean-Marie Daillet (Patrick Haudecœur), Edgar Faure (Laurent Claret) qui présidait ces séances historiques... avec juste une exception, Marie-France Garaud (jouée par Émilie Caen).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 novembre 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
IVG : l'adoption de la loi Veil il y a 50 ans.
Le droit de vote à 18 ans, c'était il y a 50 ans grâce à Giscard !
Lucien Neuwirth  et la contraception.
Le vote des femmes en France.
Femmes, je vous aime !
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
L'IVG dans la Constitution (3) : Emmanuel Macron en fait-il trop ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 8 mars 2024, place Vendôme à Paris, sur l'IVG (texte intégral et vidéo).
L'IVG dans la Constitution (2) : haute tenue !
L'IVG dans la Constitution (1) : l'émotion en Congrès.
La convocation du Parlement en Congrès pour l'IVG.
L'inscription de l'IVG dans la Constitution ?
Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
L’avortement et Simone Veil.
Le fœtus est-il une personne à part entière ?
Le mariage pour tous, 10 ans plus tard.
Rapport 2023 de SOS Homophobie (à télécharger).
Six ans plus tard.
Mariage lesbien à Nancy.
Mariage posthume, mariage "nécrophile" ? et pourquoi pas entre homosexuels ?
Mariage annulé : le scandaleux jugement en faveur de la virginité des jeunes mariées.
Ciel gris sur les mariages.

Les 20 ans du PACS.
Ces gens-là.
L’homosexualité, une maladie occidentale ?
Le coming out d’une star de la culture.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
La PMA pour toutes les femmes.
 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20241128-ivg.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/ivg-l-adoption-de-la-loi-veil-il-y-257490

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/11/26/article-sr-20241128-ivg.html



 

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26 mai 2024 7 26 /05 /mai /2024 03:46

« Vous vous rendez compte qu'il y a douze sujets en un là, il y a douze prises de parole différentes, il y a des scandales. Tout est différent. Il y a des saloperies, il y a des malentendus… Je pense que c'est les médias qui réunissent tout ça dans une grande cause d'époque. » (Édouard Baer, le 12 mai 2024 sur France 2).



 


Très déstabilisé, Édouard Baer répondait le dimanche 12 mai 2024 à cette question de Laurent Delahousse dans le journal de 20 heures de France 2 : « Est-ce que vous considérez que les hommes ne parlent pas assez, ne défendent pas assez ou n'expriment pas une sorte de mea culpa ? ». L'invité, venu pour promouvoir son nouveau spectacle "Ma candidature", n'était pas n'importe qui.

En effet, Édouard Baer, à 57 ans, est l'un des acteurs les plus "bankables" de France, comme on dit. Acteur, réalisateur de cinéma, metteur en scène de théâtre, animateur et producteur de télévision et de radio, on le voit et l'entend partout. Initié à la comédie par la savoureuse Isabelle Nanty, sa prof d'art dramatique au cours Florent, il a eu un parcours artistique très flatteur, couronné déjà par un Molière en 2001 (et deux nominations) et par trois nominations aux Césars.

Pourquoi l'acteur était-il si gêné de parler de MeToo à la veille du Festival de Cannes ? Peut-être parce qu'il avait été mis au courant qu'un article incendiaire allait être publié par Mediapart ce jeudi 23 mai 2024. L'article d'Amine Abdelli et Julia Tissier commence d'ailleurs par ce malaise au 20 heures : « Confus et visiblement mal à l’aise, le comédien fronce les sourcils, bafouille et s’embourbe. Lui, le pro de l’impro, apparaît soudainement déstabilisé. ».

Pas étonnant de bafouiller autant quand on sait qu'il va être mis sur le grill de la vindicte populaire par six femmes qui ont été contactées depuis plusieurs mois par Mediapart et qui, dans cet article, accusent Édouard Baer de harcèlement sexuel et d'agressions sexuelles. L'article précise : « Elles livrent le récit de faits de harcèlement et d’agressions sexuelles sur une période s’étalant de 2013 à 2021 (…), majoritairement dans des contextes professionnels », à savoir son bureau parisien, quand il est au théâtre, ou dans les stations de radio, quand il est animateur, c'est-à-dire à Radio Nova puis à France Inter.
 


Le journal "Le Monde", qui en rend compte avec l'AFP, explique : « Selon l’une de ces femmes, Édouard Baer aurait pris son "sein gauche avec sa main" dans un ascenseur. Une autre l’accuse de lui avoir touché "les seins à plusieurs reprises", de l’avoir "prise par la taille" et d’avoir "posé sa main sur [s]es fesses". "Il essaie de m’embrasser dans le cou et sur la bouche. Je le repousse", selon les propos rapportés d’une autre. Certaines évoquent des sollicitations répétées, des compliments insistants sur leur physique. L’une explique ne pas avoir porté plainte car elle a pensé que ce serait "sa parole contre la [s]ienne". ».

Aucune de ces six femmes, âgées d'une vingtaine d'années au moment des faits et qui ont voulu rester anonymes dans leur témoignage, n'a déposé plainte (à ce jour). J'ajoute que dans l'entourage d'une des radios, l'information n'était pas connue même sous forme de rumeur et certains ont été étonnés de l'apprendre.

Comme est étonné Édouard Baer lui-même qui a rapidement publié, en réponse à l'article, un communiqué d'incompréhension mais aussi d'excuses : « C’est avec stupeur et une grande tristesse que je découvre les témoignages que vous me rapportez. Je ne me reconnais pas dans les mots ou les gestes qui me sont attribués, mais je ne peux qu’exprimer mes regrets que mon comportement ait mis mal à l’aise ou blessé ces femmes. Je n’ai pas eu l’intelligence de le percevoir. J’en suis profondément désolé. Je n’ai jamais cherché à les heurter intentionnellement. Je leur présente toutes mes excuses. ».

Si on résume grossièrement le message, c'est ceci : j'ai été assez lourd dans mon approche, aucune ne m'a dit que j'allais trop loin et je m'en veux de ne pas l'avoir vu moi-même, désolé. Dans ce genre d'affaire, on peut supposer que les deux parties, les six femmes, d'un côté, et l'acteur, de l'autre côté, sont complètement sincères. Il faut aussi comprendre qu'Édouard Baer est une grande star qui a fasciné ces six femmes qui ont à peine commencé leur vie active. On peut imaginer qu'il leur était difficile, sans être dotée une personnalité très forte, de rejeter les éventuels gestes déplacés.

La réponse rapide et finalement assez humble (présentant ses excuses) d'Édouard Baer plaide plutôt en sa faveur, ou du moins, pour sa sincérité. Il ne nie pas les éventuels faits sans les reconnaître précisément car il y a plusieurs faits, et la réponse reste assez floue. Ce n'est pas comme Gérard Depardieu ou même comme Patrick Poivre d'Arvor qui, à ma connaissance (sous réserve que je ne me trompe pas, je ne suis peut-être pas en possession d'informations plus récentes), ne reconnaissaient pas les faits et surtout, ne présentaient pas leurs excuses à leurs (nombreuses) accusatrices.

Évidemment, un vieil article de la journaliste Josyane Savigneau publié le 5 novembre 2016 dans "Le Monde" revient en pleine figure d'Édouard Baer. À l'origine, la journaliste voulait faire la promotion de l'acteur redevenu animateur à Radio Nova, responsable de la matinale depuis le 10 octobre 2016. Mais elle s'est sentie très mal accueillie à son arrivée à 6 heures 45 un jour d'octobre 2016, « victime des humeurs du présentateur vedette », si bien qu'elle a exprimé sa colère : « D’emblée il est odieux. Furieux qu’on ait osé désobéir, il aurait exigé qu’on ne vienne qu’à 7h30, il insiste haut et fort : il n’a rien demandé, on a omis de le prévenir, on lui pourrit la vie, on va lui faire rater son émission, qu’on dégage. Avec plaisir. Dans une vie de journaliste, il arrive parfois que l’on rencontre, c’est fatal, des gens désagréables. À ce point d’arrogance et de mépris, c’est plus que rare. Morale de l’histoire : quand on remplace les journalistes par des stars, on s’expose à ce genre de caprices. ».

 


Ce qui n'a pas empêché la journaliste d'en dire aussi du bien (il faut dire que Matthieu Pigasse, actionnaire du "Monde", venait de racheter Radio Nova) : « On retrouve avec plaisir la voix de Baer, son ton décalé, ses improvisations bienvenues, son accueil chaleureux des participants. ». Et de terminer sur l'avis du nouveau patron : « Matthieu Pigasse se félicite de la réussite de la matinale et de l’idée de Bernard Zekri de faire appel à Édouard Baer, "tant Nova et Édouard se correspondent : les 3 C, Culture, Curiosité d’esprit, Carrefour d’échanges". "Elle incarne ce que nous voulons être et faire, précise-t-il : refuser le repli sur soi, être ouverts à tous, donner du sens et s’engager par la culture". ». Édouard Baer a quitté Radio Nova pour France Inter en 2018 (jusqu'en 2022, il me semble).

Pour l'heure, Édouard Baer, qui avait un spectacle à Romans-sur-Isère le vendredi 24 mai 2024 à 20 heures (au théâtre des Cordeliers), l'a maintenu. Le problème qu'il n'y ait pas de dépôt de plainte, c'est de transférer cette affaire du tribunal correctionnel au tribunal médiatique, avec tous les excès que cela peut entraîner, notamment dans les réseaux (a)sociaux. Comme je ne sais que penser des accusatrices sincères et d'un supposé prédateur sexuel qui s'ignorerait et qui affirme que ce n'est pas du tout lui, et n'étant pas juge, je ne peux faire aucun commentaire de soutien aux unes ou à l'autre.

En revanche, ce problème récurrent depuis quelques années (MeToo date de 2018) où des femmes (en général) accusent (parfois plusieurs décennies après les faits) une personnalité (généralement très connue) dans des milieux bien définis (cinéma, sports, médias audiovisuels, etc.) de divers faits allant du simple geste déplacé (voire maladroit) jusqu'au crime (le viol), en passant par des agressions sexuelles ou du harcèlement sexuel (qui sont des délits), est souvent insoluble quand il n'y a aucune preuve (car il faut que la victime prouve l'absence de consentement, ce qui est très difficile). Alors, c'est parole contre parole, et un juge, si cela arrive à la suite du dépôt d'une plainte, ne pourra pas condamner si le doute persiste (principe général du droit). D'un côté, il faut écouter les victimes, les femmes, ou du moins qu'elles soient écoutées, de l'autre, il ne faut pas détruire la réputation d'une personne qui serait injustement accusée (dans l'affaire d'Outreau, une personne injustement accusée s'est même suicidée). C'est du tout ou rien. Ou salaud, ou salopes, en quelque sorte.

Un livre explique très bien ce problème. Il s'agit d'un roman d'une ancienne procureure américaine qui a fait non seulement des études de droit mais avant, des études de psychologie et qui s'est recyclée dans l'écriture de romans à succès. Alafair Burke a en effet publié en 2018 un très bon roman "Un Couple irréprochable" (en anglais "The Wife"), dont le sujet principal est cette accusation contre une personnalité médiatique.

 


L'histoire est celle-ci, et racontée selon le point de vue de l'épouse (mère au foyer) d'un économiste qui, au-delà de donner des cours d'économie à l'université, a écrit un livre devenu best-seller, ce qui lui a donné gloire, fortune et notoriété (il a créé un cabinet de conseil en entreprises et il est invité très fréquemment à la télévision pour donner son avis). Et son expertise, c'est l'éthique dans les entreprises, et sa parole est d'or car il fait et défait des réputations d'entreprises auprès de leurs investisseurs. (L'homme accusé est un parangon de l'éthique, comme Édouard Baer considéré ouvert, sympa).

Et puis soudain, une stagiaire l'accuse de gestes déplacés en déposant plainte. Plus tard, une autre femme avec qui il est en contact sur le plan professionnel l'accuse carrément de viol. L'affaire est suivie par une inspectrice de police spécialisée dans ce domaine (l'Unité spéciale des victimes). Il y a aussi la réaction du procureur adjoint qui ne veut poursuivre que lorsqu'il y a de fortes suspicions de culpabilité, d'autant plus que ce prévenu serait une personnalité célèbre. Comme l'auteure du roman est une spécialiste du droit, cela permet aussi de voir comment fonctionne la justice et la police (ici américaines) dans les coulisses face à une telle affaire. Interviennent aussi dans l'histoire une animatrice de télévision féministe (et amie de l'accusé), une avocate exigeante, etc.

L'inspectrice, parce qu'elle est féministe, veut aller au plus profond des détails pour pincer l'éventuel auteur d'agressions sexuelles voire de viols. Elle admet d'ailleurs que pour la victime, il vaut mieux être violée de façon violente en pleine rue que subir des attouchements sexuels par des personnes familières dans un lieu privé, parce que ce sera beaucoup plus facile à prouver.

La première des réactions, dans ce genre d'affaire (agression sexuelle voire viol), c'est de se focaliser sur la victime et pas sur le prédateur présumé. Et de trouver des éléments chez la victime que son infortune était la conséquence de sa vie et cela, pour se dire qu'on n'est pas comme la victime et donc, que ça ne peut pas arriver à soi : « N'est-ce pas dans la nature humaine que de toujours rejeter la faute sur la victime ? ».

Et pourtant, parfois, les victimes ne disent pas exactement la vérité : « Impossible pour [les policiers] d'affirmer que les victimes ne racontent jamais toute la vérité, parce que cela reviendrait à les traiter de menteuses. Or, elles ne mentent pas, elles tentent de se protéger. Se préparent à affronter le scepticisme. Anticipent déjà toutes les attaques à venir, se forgent un bouclier. ».

L'animatrice de télévision donne aussi les différentes étapes dans ce genre d'affaire : « La première réaction de l'opinion publique, c'est toujours de jeter le discrédit sur la femme, parce que la société ne veut pas admettre que de telles horreurs se produisent. Alors, en réaction, les féministes convaincues ont décrété qu'il fallait croire toutes les femmes, chaque fois. ».

Féministe, l'animatrice est d'accord avec cette réaction : « C'est vrai, a-t-elle admis, je suis toujours la première à défendre les femmes dans les cas d'agression sexuelle où tout repose sur la parole de l'un contre celle de l'autre. Parce que, dans quatre-vingt-dix-neuf pour cent des cas, elles disent la vérité, et que c'est une terrible épreuve pour elles d'en parler. Elles se retrouvent jugées, stigmatisées, blâmées, critiquées. ».

Et dans une affaire de viol, cela retombe toujours sur la même question : « Quelles que soient les allégations de cette fille, ce sera sa parole contre celle de [l'accusé]. Or l'accusation a besoin d'éléments concrets. Et même s'il peut s'appuyer sur l'ADN, le procureur doit démontrer que la relation n'était pas consentie. ».

Mais justement, des petits détails peuvent faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre pour la police. Ainsi, dans ce roman, la policière va voir de façon informelle l'accusé qui ne sait pas encore qu'il est aussi accusé de viol par une seconde femme (il est juste accusé de harcèlement sexuel par une première femme). La policière lui demande alors s'il a eu des relations sexuelles avec cette seconde femme et ce dernier, au lieu de refuser de répondre sans son avocat, fait l'erreur de dire qu'il n'a pas eu de relations sexuelles, sans savoir que la seconde femme avait gardé intacte sa robe avec des traces de lui. Avoir des relations sexuelles ne confirme pas forcément le viol, car ces relations peuvent être consenties, mais mentir sur la réalité des rapports sexuels (même pour éviter d'en informer son épouse), c'est jeter un discrédit sur tout ce qu'il va affirmer.

A contrario, la policière garde aussi des détails sur l'accusatrice qui lui demande une heure avant de passer chez elle, le temps de faire un peu de ménage : « [La policière] venait déjà de découvrir quelque chose à propos de [l'accusatrice] : c'était le genre de personne qui pensait à remettre de l'ordre chez elle avant de recevoir un policier pour dénoncer des actes de harcèlement sexuel. En soi, ça ne signifiait rien, pourtant [l'inspectrice] remisa soigneusement ce détail dans un coin de sa tête, parce qu'elle aimait à penser que rien ne lui échappait. ».

Bref, ce roman est très intéressant pour comprendre la mécanique des accusations, des défenses et des jugements. Plus rien de mal ne doit rester impuni. Mais reste à se mettre d'accord sur ce qui est mal, sur ce qui est un mauvais comportement, un comportement inapproprié. L'homme est décidément détrôné, dans cette société qui se transforme à vive allure.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mai 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Un Couple irréprochable" (2018) d'Alafair Burke.
Édouard Baer.
Lucien Neuwirth.
Le vote des femmes en France.
Femmes, je vous aime !
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
L'IVG dans la Constitution (3) : Emmanuel Macron en fait-il trop ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 8 mars 2024, place Vendôme à Paris, sur l'IVG (texte intégral et vidéo).
L'IVG dans la Constitution (2) : haute tenue !
L'IVG dans la Constitution (1) : l'émotion en Congrès.
La convocation du Parlement en Congrès pour l'IVG.
L'inscription de l'IVG dans la Constitution ?
Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
L’avortement et Simone Veil.
Le fœtus est-il une personne à part entière ?
Le mariage pour tous, 10 ans plus tard.
Rapport 2023 de SOS Homophobie (à télécharger).
Six ans plus tard.
Mariage lesbien à Nancy.
Mariage posthume, mariage "nécrophile" ? et pourquoi pas entre homosexuels ?
Mariage annulé : le scandaleux jugement en faveur de la virginité des jeunes mariées.
Ciel gris sur les mariages.

Les 20 ans du PACS.
Ces gens-là.
L’homosexualité, une maladie occidentale ?
Le coming out d’une star de la culture.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
La PMA pour toutes les femmes.

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240523-edouard-baer.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/edouard-baer-mis-en-accusation-254809

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/05/26/article-sr-20240523-edouard-baer.html


 

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