« François Patriat s'est éteint. La Côte d'Or et la Bourgogne perdent l'un de leurs plus fidèles serviteurs. La République, l'un de ses plus infatigables artisans. Pour ma part, je perds un ami cher. À sa famille, à ses proches, à ceux qui comme moi l'aimaient, j'adresse mes condoléances les plus émues. » (Emmanuel Macron, le 19 août 2026 sur Twitter).
Un jour après l'ancienne ministre Yvette Roudy, le sénateur François Patriat a tiré sa révérence ce mercredi 19 août 2026 à Dijon, à l'âge de 83 ans (il est né le 21 mars 1943 à Semur-en-Auxois). Pas par vieillesse. Pas même de maladie. Il est mort des suites d'un grave accident de vélo, qu'il a eu le 17 juillet 2026. On pouvait le penser insubmersible, car déjà en 2017, il avait été victime d'un grave accident de la circulation et il se sentait un rescapé de la vie, ce qui lui a fait renoncer à prendre quelques responsabilités nationales.
Ami fidèle du Président Emmanuel Macron qu'il a rejoint dès 2016, quand rien n'était acquis, François Patriat ne s'est jamais éloigné d'Emmanuel Macron jusqu'à aujourd'hui, malgré l'impopularité, malgré des maladresses, malgré l'usure du pouvoir. Il ne s'est jamais éloigné de lui et il ne lui a jamais rien demandé. Il aurait pu être un ministre important depuis 2017, mais il n'a jamais voulu s'ennuyer avec ça, il avait juste accepté de structurer le macronisme sénatorial. J'y reviendrai plus loin.
Vous allez voir, des complotistes vont laisser entendre que François Patriat avait des révélations à dire sur Emmanuel Macron et que c'est pour cela qu'il a disparu. Mais une telle récupération ne peut pas fonctionner, justement parce qu'il a été jusqu'au bout un ami fidèle et désintéressé. Même eux peuvent disparaître (oserais-je dire stupidement ? mais il n'y a jamais de mort intelligente), comme disparaissent des milliers de Français, et il n'y a pas besoin de complot à cela (le dernier complotisme concernerait le vice-amiral Olivier Lebas que personne ne connaissait, pas plus les complotistes en question que les autres).
J'évacue cette possibilité complotiste qui est très irrespectueuse de François Patriat lui-même et de la peine de ses proches et de sa famille et amis, mais j'ai voulu la citer pour montrer que des réseaux sociaux et d'Internet peut sortir du mauvais alors que c'est un outil fantastique de communication.
Autre récupération plus réelle, celle-ci, certains apparatchik du parti socialiste insistent aujourd'hui pour dire que François Patriat était un grand socialiste. Il est vrai qu'il a été au PS de 1974 à 2016, ce qui n'était pas rien, mais justement, il a quitté le PS pour le laisser à ses divisions, sa vacuité programmatique et son dogmatisme suicidaire. Tenter d'en faire un des siens me paraît aussi irrespectueux que l'éventuel complotisme que j'ai évoqué plus haut.
L'engagement politique de François Patriat, jeune vétérinaire de Pouilly-en-Auxois, sorti major de sa promotion à l'École nationale vétérinaire de Maison-Alfort, date de 1968 et a pour nom Michel Rocard. Il a adhéré au PSU et a soutenu la candidature de Michel Rocard en 1969. Cinq années plus tard, il a rejoint le PS de François Mitterrand dans le sillage de Michel Rocard et a milité pour le courant de cette seconde gauche, la gauche moderne, et (mais au PS, c'était un gros mot) la social-démocratie.
Son militantisme était d'abord une implantation locale, sur le terrain, en Côte d'Or. Il a d'abord été élu conseiller général de 1976 (il avait alors 33 ans) à 2008 du canton de Pouilly-en-Auxois, et pendant longtemps (sauf entre 1979 et 1982), conseiller d'opposition car le département était à droite ou au centre droit, même s'il a été élu vice-président du conseil général de 1994 à 1998 sous la présidence d'un élu RPR (Louis de Broissia). François Patriat a ensuite été élu député dans la vague rose de 1981 à l'âge de 38 ans, battant le député sortant et ministre Jean-Philippe Lecat, et constamment réélu sauf en 1993, ce qui fait qu'il a siégé au Palais-Bourbon de juin 1981 à mars 1993 et de juin 1997 à octobre 2000. (Il a été nommé membre du Conseil Économique et Social de 1993 à 1994 pour compenser la perte de sa circonscription).
Il fut conseiller régional de Bourgogne de 1980 à 1986, puis de 2004 à 2016, et cette fois-ci comme président du conseil régional pour deux mandats, détrônant l'indéboulonnable Jean-Pierre Soisson. Il n'a pas renouvelé son mandat en 2016 avec la fusion de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Par ailleurs, il a été élu maire de Chailly-sur-Armançon de 1989 à 2001.
Soutien du rocardisme, François Patriat n'a pourtant pas participé aux gouvernements après la réélection de François Mitterrand en 1988. Il a en revanche été nommé dans le gouvernement de Lionel Jospin, d'abord Secrétaire d'État chargé des PME, du Commerce et de l'Artisanat du 18 octobre 2000 au 25 février 2002, puis Ministre de l'Agriculture et de la Pêche du 25 février 2002 au 6 mai 2002 pour remplacer Jean Glavany préférant s'occuper à plein temps de la campagne présidentielle de Lionel Jospin. Au gouvernement, il côtoyait un collègue socialiste, Jean-Luc Mélenchon.
En septembre 2008, François Patriat a fait son entrée au Sénat pour un premier mandat, il a été réélu en septembre 2014 sénateur, toujours tête de liste socialiste. En 2020, en revanche, il s'est présenté à la tête d'une liste divers centre et a été réélu, au détriment de la liste socialiste concurrente. Il allait terminer son troisième mandat en septembre, il n'en a pas eu le temps.
En 2010, dans le courant de Pierre Moscovici, François Patriat a été un grand soutien de Dominique Strauss-Kahn, mais sa candidature ayant eu un revers du destin, dirions-nous, il a soutenu (plus mollement) François Hollande. Ensuite, dès 2016, il a vu en Emmanuel Macron l'incarnation d'un nouveau Michel Rocard. Il a fait partie des premiers parlementaires socialistes à croire en Emmanuel Macron. En particulier, il a contribué, aux côtés de Gérard Collomb, à l'implantation locale du macronisme naissant. Dès juin 2017, François Patriat a rassemblé les sénateurs macronistes (issus du groupe socialiste) au sein du groupe LREM puis RDPI (Rassemblement des démocrates, progressistes et indépendants) qu'il présidait (mais qui ne comptait pas une nombre très élevé de sénateurs).
Ses amis regretteront ce caractère toujours positif et constructif qui imposait le respect également à ses adversaires politiques qui le pleurent autant que ses alliés.
« Être Premier Ministre est une tâche difficile, sans doute encore un peu plus difficile en ce moment, mais on ne peut pas être Premier Ministre quand les conditions ne sont pas réunies. (…) J'ai du respect pour celles et ceux qui s'engagent, mais il faut toujours préférer son pays à son parti. Et il faut savoir écouter ses militants, mais toujours penser aux Françaises et aux Français. » (Sébastien Lecornu, allocution du 6 octobre 2025).
C'était il y a huit mois. Sébastien Lecornu était sur le point d'être le Premier Ministre le plus bref de la Cinquième République, vingt-sept jours ! Sa démission le 6 octobre 2025 était consécutive à la râlerie de Bruno Retailleau, pourtant membre éminent du gouvernement, à propos de la composition de celui-ci (en particulier sur la nomination de Bruno Le Maire comme Ministre d'État, Ministre des Armées). Sébastien Lecornu restera dans tous les cas le chef du gouvernement le plus bref de toutes les républiques, quatorze heures ! Mais à la demande du Président de la République, voire la supplication du Président de la République, il a accepté d'être reconduit à Matignon pour une mission choc, faire adopter le budget.
Sébastien Lecornu va fêter son 40e anniversaire jeudi 11 juin 2026. Il aura eu par avance un joli cadeau d'anniversaire, totalement improbable et inédit, la stabilité institutionnelle à Matignon avec une Assemblée ingouvernable.
En effet, depuis ce dimanche 7 juin 2026, Sébastien Lecornu peut avoir sa petite fierté. Il vient de dépasser la durée du gouvernement de François Bayrou, à savoir deux cent soixante-dix jours (environ neuf mois). Ce n'est pas beaucoup, certes, mais c'est le record en période d'absence totale de majorité, depuis l'été 2024. C'est un exploit.
L'humilité, la simplicité, la modestie de Sébastien Lecornu ont une efficacité redoutable. Il pourrait recevoir la palme de l'habileté en période minoritaire. L'air de rien, il s'est présenté aux Français sans autre ambition que de les servir. Pas d'arrière-pensée pour se positionner dans l'optique d'une candidature à l'élection présidentielle, pas de posture pour son parti, pas de magouilles pour favoriser ses copains. Seul, le sens de l'intérêt national semble guider Sébastien Lecornu au point de s'opposer parfois à Emmanuel Macron lui-même, pourtant son mentor.
La survie de son second gouvernement dépend arithmétiquement de l'humeur des députés LR et de la mésentente des socialistes avec les insoumis. En proposant de sacrifier la réforme des retraites, ce que d'aucuns considéraient comme doublement irresponsable en raison de l'état déficitaire des finances publiques et de la courbe démographique, il a obtenu une bienveillante neutralité du groupe PS que n'avait pas réussi à obtenir son prédécesseur François Bayrou, pourtant plus ouvert aux compromis.
L'épreuve du budget 2026 est passée mais tout le monde l'a déjà oubliée. Déjà, parce qu'il y a un nouveau budget à préparer, moins dur parce qu'il n'y a pas d'élections municipales, mais en fait beaucoup plus dur parce qu'il y a l'élection présidentielle et donc, les surenchères de postures d'opposition au supposé vilain Président sortant. Ensuite parce que la fonction de Premier Ministre n'est jamais de tout repos et qu'il gère en permanence les urgences : Lyhanna assassinée et le bug de la justice, les guerres en Iran et en Ukraine, etc.
Pour autant, Sébastien Lecornu, heureusement, ne fait pas que gérer les urgences, il tente aussi de préparer la France à l'avenir. En particulier avec les lois de programmation militaire pour doubler en dix ans le budget des armées dans un contexte géopolitique où les États-Unis (de Donald Trump) se désengagent de la défense de l'Europe et où la Russie (de Vladimir Poutine) se montre agressive et hostile.
Mais quels sont les enjeux d'avenir ? D'abord l'intelligence artificielle (c'est le programme de Gabriel Attal), ensuite les retraites, car ce sujet devrait absolument revenir dans les thèmes de la prochaine campagne présidentielle : voulons-nous plomber les jeunes pour permettre aux aînés d'avoir une retraite décente ...ou imaginons-nous un autre système avec une part de capitalisation car la répartition exclusivement ne peut plus continuer avec une telle baisse de natalité ?
Le chef du gouvernement n'est jamais à l'abri d'une crise soudaine. Celle de la justice avec l'assassinat de Lyhanna aurait pu être une affaire politique si le gouvernement n'avait pas pensé à augmenter le budget de la justice (c'est pourquoi une demande de démission de Gérald Darmanin n'a aucun sens politique). L'État est un navire très difficile à manœuvrer, lent à bouger, à réformer, mais il dépend surtout des volontés politiques.
Il est sans doute le moins mauvais Premier Ministre possible en cette période institutionnelle très difficile que Sébastien Lecornu avait décrite en ces termes : « Les partis politiques continuent d'adopter une posture comme s'ils avaient tous la majorité absolue à l'Assemblée Nationale. Et au fond, je me suis retrouvé dans une situation dans laquelle j'étais prêt à des compromis, mais chaque parti politique veut que l'autre parti politique adopte l'intégralité de son programme. ».
La méthode Lecornu a donc fait ses preuves. Ne pas afficher d'ambition politique mais seulement une ambition gouvernementale pour que la période actuelle ne soit pas du temps perdu pour la France. Ne pas se regarder le nombril mais regarder la France et seulement la France. Cette méthode semble avoir au moins un admirateur.
Auteur d'une biographie référence sur De Gaulle chez Grasset dont le deuxième tome est sorti le 22 octobre 2025 ("De Gaulle, une Vie" ; le premier tome, sorti le 18 octobre 2023, avait reçu le Prix Renaudot Essai), Jean-Luc Barré, invité de l'émission "Pour tout dire" le 28 mai 2026 sur la nouvelle chaîne T18, s'est permis de délivrer un brevet de vrai-gaullisme : « Le gaullisme, c’est comme l’amour, il y a des preuves de gaullisme. ». Or, Sébastien Lecornu semble en apporter, des preuves de gaullisme, selon le biographe. Refuser de jouer le nombrilisme médiatique et gouverner toujours avec hauteur.
Jean-Luc Barré a en effet déclaré : « Je pense que c'est dans les actes publics, aujourd'hui, qu'on peut le démontrer. Moi, je suis de ceux qui pensent qu'aujourd'hui, le Premier Ministre actuel est un homme qui témoigne, par un certain nombre d'actes, je connais en plus son exigence gaulliste et je sais à quel point il est gaulliste pour l'avoir accompagné dans le livre sur l'armée... Un homme qui a été ministre des armées, c'est un homme qui a déjà une connaissance du monde, qui a des connaissances approfondies, aussi, de ce qu'est la société française. Je pense que cet homme-là a une vision gaulliste. (…) Un homme d'État, c'est d'abord quelqu'un qui ne s'appartient pas. Or il y a trop de gens qui s'appartiennent aujourd'hui, qui sont dans leur petit ego, etc. ».
Sébastien Lecornu ne semble pas s'appartenir aujourd'hui... mais il aura à franchir quelques obstacles encore pour arriver jusqu'au bout du second quinquennat d'Emmanuel Macron, et en particulier préparer la loi de finances pour 2027, sujette à toutes les démagogies préélectorales.
« Nous préférons, quant à nous, le débat au grand jour et la libre compétition à ce sombre panier de crabe. Au surplus, on ne gouverne pas chez nous sans la France, fût-on maréchal de France. (…) Le grand problème des temps modernes sera de détecter des hommes ayant l'esprit du peuple et gouvernant pour la Nation. » (Rapport de politique générale présenté le 26 novembre 1944 au congrès constitutif).
28,2% le parti centriste, ce n'est pas un sondage, c'est la réalité, c'est l'histoire. Parti considéré comme un parti centriste en ce sens qu'il rassemblait à la fois des personnes de sensibilité de droite et des personnes de sensibilité de gauche, toutes portées par des convictions fortes d'inspiration démocrate chrétienne. Ce parti, ce fut le MRP, le Mouvement républicain populaire, qui, il y a quatre-vingts ans, le 2 juin 1946, lors des secondes élections constituantes pour doter la France d'une Constitution (le premier projet ayant échoué lors du référendum du 5 mai 1946), a dominé la classe politique en rassemblant 28,2% des voix (5,6 millions de voix), soit le premier parti de France. Ce fut l'apogée électorale du MRP.
Revenons en arrière. Pendant la guerre, de nombreux résistants souhaitaient construire un nouveau parti issu de la Résistance qui ne reprît pas l'héritage des anciens partis de la Troisième République.
Un projet, souhaité par Jean Moulin et Pierre Brossolette, était de bâtir un unique parti de la Résistance qui prendrait le pouvoir après la Libération. Mais les deux résistants ont été assassinés par les nazis (Pierre Brossolette, torturé, a réussi à se suicider pour ne pas trahir ses camarades) et la grande implication des communistes dans la Résistance (après un début de guerre mitigé) a fait que De Gaulle a renoncé à ce projet (Pierre Brossolette avait été exclu de la SFIO à la veille de son arrestation à cause de ses critiques trop vives de la Troisième République, et c'était un point de désaccord avec Jean Moulin ; en ce sens, la Cinquième République a repris des idées de Pierre Brossolette).
Ainsi, l'idée de regrouper tous les résistants dans un même parti a été abandonnée. Les résistants d'inspiration démocrate chrétienne ont alors voulu se regrouper et ont eu plusieurs projets d'organisation politique.
Le premier aurait été de reprendre des partis existants issus des idées de Marc Sangnier et Emmanuel Mounier, comme le PDP (parti démocrate populaire) créé en 1924 sous la Troisième République (plutôt de gauche) et Jeune République (également de gauche). Le deuxième projet, souhaité notamment par Gilbert Dru (résistant assassiné à 24 ans), aurait été plus ambitieux puisqu'il s'agissait de créer un grand parti travailliste à la française regroupant à la fois les démocrates chrétiens et les socialistes (SFIO), les partis cités pour le premier projet faisaient partie du Front populaire même s'ils n'ont pas beaucoup compté à cause de leur faible audience. Mais ce projet faisait un parti trop à gauche pour les catholiques. Enfin, le troisième projet, celui qui a été retenu, proposé par Georges Bidault, était de créer un nouveau parti d'inspiration chrétienne en regroupant aussi des organisations chrétiennes non politiques, comme la CFTC (syndicat) et l'ACJF (Association catholique de la jeunesse française, créée en 1886 par Albert de Mun).
En janvier 1944 a donc vu le jour le Mouvement républicain de libération (MRL) regroupant les différentes sensibilités démocrates chrétiennes. Quelques semaines plus tard, André Colin et Maurice-René Simonnet ont rédigé le manifeste du MRL. D'autres mouvements ont été créés localement pendant l'été 1944 comme le Rassemblement démocratique des résistants d'inspiration chrétienne (RIC) dans le Nord (par Jules Catoire et Jean Catrice). La première grande réunion du MRL a eu lieu le 3 septembre 1944 et ce mouvement s'est rebaptisé Mouvement républicain populaire, le MRP dont le congrès constitutif a eu lieu quelques jours plus tard, les 25 et 26 novembre 1944, avec l'élection du résistant gaulliste Maurice Schumann à la présidence du MRP.
Entre-temps, le Gouvernement provisoire s'est complété sous la Présidence de De Gaulle le 10 septembre 1944, notamment en intégrant trois ministres MRP importants : Georges Bidault aux Affaires étrangères, François de Menthon à la Justice et Pierre-Henri Teitgen à l'Information. C'est le début d'une longue trajectoire ministérielle du MRP qui allait être présent dans tous les gouvernements entre 1944 et 1954 sans discontinuer. Le MRP fut le parti majeur de la futur Quatrième République comme le parti radical le fut pour la Troisième République et le parti gaulliste (de l'UNR à LR) le fut aussi pour la Cinquième République.
Une série d'élections, d'abord locales avant d'être nationales, a montré la prééminence de ce parti de résistants sur d'autres plus anciens. Seul, le PCF, lui aussi pouvant se prévaloir d'être un parti de la Résistance (malgré le Pacte germano-soviétique), avait une audience plus forte que le MRP. Aux élections municipales des 29 avril et 13 mai 1945, le MRP a remporté 34 095 sièges sur les 435 277 à pourvoir. Les élections cantonales des 23 et 30 septembre 1945 ont aussi montré la prédominance du MRP dans certaines régions comme en Alsace.
Le premier test national a eu lieu le 21 octobre 1945 aux élections constituantes (pour élire une Assemblée qui aurait pouvoir de rédiger la Constitution). Le MRP a obtenu 23,9% des voix, soit 4,6 millions de suffrages, et gagné 151 sièges de députés (dont l'abbé Pierre) sur un total de 586. Il a eu la deuxième place derrière le PCF, 26,2% des voix et devant la SFIO 23,4%. Le centre droit (républicains modérés et indépendants) n'a obtenu que 15,7% et les radicaux ont chuté à 10,5%.
C'étaient les premières élections législatives depuis le Front populaire et le début de la guerre. Le scrutin a bouleversé complètement le paysage politique : les radicaux et les indépendants ont été sanctionnés à cause des ambiguïtés de l'Occupation, la gauche marxiste a eu quasiment la majorité absolue des suffrages (en 1936, elle n'avait que 34,4%), et le MRP a attiré à la fois les soutiens de De Gaulle et le centre droit inquiet de l'envolée de la gauche marxiste. C'étaient par ailleurs les premières élections législatives auxquelles pouvaient participer les femmes (il y a eu 33 femmes élues députées à cette occasion).
Le même jour de scrutin, De Gaulle avait soumis aux Français deux référendums : le premier pour tourner officiellement la page de la Troisième République (l'Assemblée serait Constituante), et le second pour donner la règle du jeu : l'Assemblée élue n'aurait que sept mois de durée de vie ; le projet de nouvelle Constitution devrait être approuvé par référendum ; enfin, l'Assemblée ne pourrait renverser le Gouvernement provisoire qu'en cas de majorité absolue de ses membres (c'est-à-cire, comme la motion de censure sous la Cinquième République). Le MRP avait prôné oui aux deux référendums, comme toute la classe politique, sauf les radicaux (non aux deux référendums), et les communistes avaient aussi appelé à voter non au second référendum. Le premier référendum a eu 96,4% de oui et le second 66,5% de oui.
Il était évident qu'avec une Assemblée comportant 305 députés PCF ou SFIO sur 586, elle serait un jour ou l'autre en conflit avec De Gaulle. Heureusement, le MRP est resté le premier soutien du Président du Gouvernement provisoire dans ses vues constitutionnelles : le MRP a prôné un Parlement à deux chambres (bicaméralisme) au contraire des communistes, et surtout, un renforcement des pouvoirs du Président de la République (conformément au futur discours de Bayeux du 16 juin 1946).
Le MRP a donc tenté de faire une coalition avec la SFIO et le PCF, mais cela s'est avéré très difficile. La signature du protocole d'accord définissant les conditions d'exercice du tripartisme a eu lieu le 24 janvier 1946 à la suite du deuxième congrès du MRP à Paris du 13 au 16 décembre 1945. Rejetant ce tripartisme, De Gaulle avait jeté l'éponge dès le 20 janvier 1946. Six jours plus tard, le socialiste Félix Gouin lui a succédé.
Très difficile en particulier pour le projet de nouvelle Constitution qui donne tous les pouvoirs à l'unique Assemblée. François de Menthon, rapporteur de la commission de la Constitution, a démissionné pour exprimer le désaccord du MRP. On craignait notamment que l'Assemblée fût majoritairement communiste avec un risque de prise de contrôle du pays par l'URSS. Le MRP a donc appelé à voter non à ce projet lors du référendum du 5 mai 1946. Heureusement, le peuple français l'a suivi avec plus d'un million de voix d'avance pour le non, atteignant 52,8%. De nouvelles élections constituantes ont donc été organisées.
C'est dans ce contexte de la victoire du non que le MRP a abordé les élections du 2 juin 1946. Il a donc, comme indiqué plus haut, remporté ces élections constituantes en faisant élire 169 députés sur 586. Jamais le MRP n'a été aussi haut de l'histoire de la Quatrième République. Georges Bidault a donc été élu Président du Gouvernement provisoire le 24 juin 1946.
Le divorce avec De Gaulle (retiré du pouvoir) a eu lieu le 29 septembre 1946 quand le MRP a approuvé le nouveau projet de Constitution, contrairement à De Gaulle qui, à Épinal, a appelé à voter non, car il donnait trop de pouvoir à l'Assemblée. La seule concession par rapport au premier projet, c'était la préservation du bicamérisme. Le 13 octobre 1946, le peuple a approuvé par référendum ce nouveau projet, la Quatrième République était née.
De nouvelles élections législatives ont été organisées le 10 novembre 1946 pour installer la nouvelle République. Le MRP a maintenu son niveau fort de représentation avec 167 députés sur 560, mais a baissé à 26,0% des voix. Il a été doublé par le PCF redevenu premier parti de France avec 27,8%. Baisse aussi pour la SFIO à 17,9% des voix, et les radicaux ont fait 11,1%. Le MRP a gagné les élections sénatoriales du 8 décembre 1946 en formant le premier groupe de la Haute Assemblée (appelée Conseil de la République), et, le 27 décembre 1946, le MRP Auguste Champetier de Ribes en est devenu le premier Président. Le 16 décembre 1946, Léon Blum s'est retrouvé à la tête du Gouvernement provisoire dans l'attente de l'installation définitive des institutions (avec l'élection du Président de la République le 16 janvier 1947). Comme un liquidateur judiciaire de la guerre.
Dès lors, le MRP a décidé de participer pleinement à cette République au contraire des gaullistes qui ont voulu rester en marge. De Gaulle a créé le RPF le 14 avril 1947, rompant définitivement avec le MRP. Pour beaucoup de responsables résistants, c'était difficile car il fallait choisir entre les convictions démocrates chrétienne (MRP) et la fidélité au Général (RPF). Edmond Michelet et Louis Terrenoire ont ainsi quitté le MRP pour De Gaulle, d'autant plus que le MRP a décidé le 27 avril 1947 d'interdire toute double appartenance au MRP et au RPF. Maurice Schumann allait rejoindre les gaullistes bien plus tardivement, en 1967.
Dans un prochain article, j'évoquerai le programme politique du MRP et sa philosophie, voire son originalité, qui n'est pas sans faire penser à l'époque contemporaine d'après-2017.
« Au-delà de sa réputation d’homme misogyne, despotique, sanguin, orgueilleux, André Santini a réellement transformé le visage de cette commune. Ce qui lui a valu le qualificatif de maire "visionnaire" et "bâtisseur" (…). Il a sollicité le gotha des architectes pour réhabiliter les anciennes friches industrielles des bords de Seine. » (Marjorie Lenhardt, le 1er juin 2026 dans "Le Parisien").
Le maire d'Issy-les-Moulineaux André Santini s'est éteint dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2026 à l'âge de 85 ans et demi. Il venait d'être réélu maire pour un neuvième mandat. C'est évidemment avec beaucoup d'émotion que j'ai reçu cette triste nouvelle.
Mais l'émotion était présente depuis plusieurs mois. La silhouette et le visage, d'un jovial bon vivant, adorant les cigares à y consacrer deux tiers de SMIC par mois, s'étaient transformés rapidement, ravagés par la maladie et l'épuisement. Il avait besoin d'aide pour se déplacer.
André Santini avait été hospitalisé à partir du 11 octobre 2025 à cause d'une mauvaise chute et de problèmes cardiaques, et sa santé l'obligeait à rester au lit à son hôpital. Mais la politique était toute sa vie et sa ville était toute sa vie (il était célibataire, ce qui, pour un homme politique, pouvait être interprété d'une certaine manière à l'époque ; il fanfaronnait en disant que sa femme, c'était Marianne), alors, pas question de rater une élection municipale. Le voici s'engageant le 6 février 2026 dans un dernier combat électoral, aux élections municipales des 15 et 22 mars 2026 pour Issy-les-Moulineaux. Contrairement à d'habitude, il n'a pas fait campagne sauf le dimanche 8 mars 2026, à une semaine du premier tour, avec une autorisation de sortie de l'hôpital, pour participer à son unique meeting de campagne, un brunch dans une pizzeria de la ville où il a réuni 200 militants le soutenant.
Pour les raisons qu'on imagine (ne serait-ce que son visage), une polémique a vivement occupé l'actualité à Issy car certains de l'opposition considéraient qu'il aurait dû passer la main. Résultat, au lieu d'être reconduite dès le premier tour, sa liste s'est retrouvée en ballottage au premier tour avec seulement 43,9% des voix, et elle n'a obtenu que 47,9% des voix au second tour dans le cadre d'une triangulaire, ce qui a fait passer 37 élus sur 49.
Voici un homme plein de dynamisme, d'énergie, de passions, qui a consacré sa vie pendant quarante-six ans au devenir d'Issy-les-Moulineaux. L'homme n'était pas facile, avec ses collaborateurs, ses colistiers. Quand un jeune élu de sa majorité arrivait en retard, c'était l'engueulade publique assurée. Il a encore joué son ultime « numéro de vieux grognon » en ouvrant la séance inaugurale du conseil municipal en fustigeant les retardataires. Capable de colère et apprécié des journalistes pour ses beaux mots, ses belles formules qui ont agrémenté la vie politique pendant un demi-siècle, il a reçu de nombreux prix d'humour politique et même des prix de récidive d'humour.
Par exemple, à la mort de François Mitterrand, André Santini, toujours pince-sans-rire, constatait : « Je me demande si l'on n'en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu'on en ait fait autant pour Giscard. ». Depuis 2020, cette petite phrase ne fait plus vraiment rire, mais en 1996, cela faisait beaucoup rire puisque Valéry Giscard d'Estaing était encore vivant. Du reste, elle reste valable après la mort de l'ancien chef de l'État puisqu'il a été enterré très discrètement au contraire de ses prédécesseurs et successeurs.
Assurément, André Santini manquera au monde politique, mais le monde politique d'aujourd'hui n'était déjà plus le sien. Le monde d'aujourd'hui demande de la transparence, de la codécision, du participatif, du non-cumul des mandats, des mandats pas trop longs successivement, etc. Lui, c'était au contraire du dirigisme éclairé.
Lui, c'était une sorte de monument francilien, un monstre sacré des Hauts-de-Seine. En 1971, à l'âge de 30 ans, il a été élu adjoint au maire de Courbevoie. Et puis Charles Pasqua, son ami du département, lui a conseillé d'aller plutôt à Issy-les-Moulineaux. À l'époque, la cité était industrielle, ouvrière (plus pour longtemps), et elle était dirigée par Raymond Menand, membre du petit Mouvement démocrate socialiste de France (MDSF), créé le 9 décembre 1973 avec des anciens membres du PS qui refusaient l'alliance avec les communistes, parti qui allait devenir le Parti social-démocrate le 23 octobre 1982 avant de fusionner dans Force démocrate (ex-CDS) le 25 novembre 1995, donc, à l'origine, un maire de gauche. En 1977, André Santini a été élu premier adjoint de Raymond Menand qui est mort les bottes (de maire) aux pieds, en 1980 (c'est une manie à Issy). C'est André Santini qui a repris le flambeau et il s'est fait élire maire d'Issy-les-Moulineaux le 3 février 1980.
André Santini a repris aussi l'héritage du PSD en devenant son secrétaire général de 1985 à 1995 (dans ce parti, outre lui et son prédécesseur Max Lejeune, il y a eu, entre autres, Joseph Klifa, Charles Baur, Émile Muller, Georges Donnez, Étienne Gagnaire, Éric Hintermann, Paul Alduy, Francis Decourrière, Valérie Létard, Hervé Marseille, Pierre-Christophe Baguet, etc.).
Jusqu'à ce lundi 1er juin 2026, André Santini n'a jamais cessé d'être maire d'Issy-les-Moulineaux, réélu chaque fois au premier tour (sauf en mars 2026), mars 1983, mars 1989, juin 1995, mars 2001, mars 2008, mars 2014 et mars 2020. André Santini, qui a été aussi premier vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine (de mars 2001 à juillet 2002), président de pas mal de syndicats intercommunaux et de sociétés d'économie mixte, dont le très important SEDIF (Syndicat des eaux d'Île-de-France) qu'il a présidé sans discontinuer du 20 mai 1983 au 21 mai 2026 (pour ce mandat municipal, il avait finalement jeté l'éponge), a eu une vie politique nationale puisqu'il a été élu député des Hauts-de-Seine de 1988 à 2017 (sauf quelques années de ministre ou cumul). En 2017, il a abandonné sa circonscription pour cause de cumul mais a raté sa succession car il a soutenu son suppléant UDI qui a été battu au second tour par un certain... Gabriel Attal (qu'il allait soutenir par la suite). Sa circonscription regroupe en effet la ville d'Issy-les-Moulineaux et la ville de Vanves.
Par ailleurs, il a été nommé trois fois ministre : Secrétaire d'État aux Rapatriés du 20 mars 1986 au 29 septembre 1987, puis Ministre délégué chargé de la Communication du 29 septembre 1987 au 10 mai 1988 dans le second gouvernement de Jacques Chirac, puis Secrétaire d'État chargé de la Fonction publique du 19 juin 2007 au 23 juin 2009 dans le deuxième gouvernement de François Fillon. J'aurais tendance à dire : seulement ! Il faut dire que son humour vachard n'était pas apprécié de tous ses collègues ; il le reconnaissait lui-même : « L’humour a été ma façon d’exister. Cela m’a probablement coûté des portefeuilles ministériels. ». Allez, j'en redonne une dernière blague dite en 1996 dans "Libération" : « Pour la présidentielle, je me suis toujours trompé : j’ai voté Giscard en 1981, Barre puis Chirac en 1988, Balladur en 1995… Je me demande même si je n’ai pas voté Poher en 1969 ! ».
L'élu, né à Paris mais d'origines corses, a également eu des responsabilités politiques importantes, non seulement au sein de son micro-parti (PSD) mais aussi au sein de l'UDF puisque le PSD en était une composante. Ainsi, il fut secrétaire général de Force démocrate en 1995, puis secrétaire général adjoint puis vice-président de l'UDF, et président de l'importante fédération UDF d'Île-de-France. En raison de son soutien dès le premier tour à Nicolas Sarkozy en 2007, il a été exclu de l'UDF et s'est retrouvé président délégué puis vice-président du Nouveau centre, avant d'être un des membres fondateurs en 2012 de l'UDI. En mars 2004, il n'était pourtant pas collé à l'UMP puisqu'il avait présenté une liste UDF autonome aux élections régionales (j'ai participé à sa campagne ; André Santini avait une voiture à son effigie et savait rencontrer les gens dans les cafés ou sur les marchés).
C'est bien sûr à Issy-les-Moulineaux, parce qu'il avait la durée, prêtée par ses électeurs, qu'il a pu montrer tout son talent d'élu. Avec une véritable vision du long terme, il a su préparer l'avenir d'une ville qui n'était plus que des friches industrielles. Il a donc réaménagé tous les bords de Seine jusqu'à la Porte de Saint-Cloud à Paris, et a su mobiliser les meilleurs architectes, et surtout, a misé sur la haute technologie, si bien qu'il a accueilli le siège social de nombreuses grandes entreprises comme Microsoft, Orange, CapGemini, et même Coca-Cola, Warner Bros, TF1, etc. Issy est une ville prospère, l'une des plus riches de la région parisienne, et ce n'est pas par hasard mais grâce à l'anticipation géniale d'un maire ambitieux.
Dans la classe politique, beaucoup de responsables politiques ont rendu hommage à André Santini, à l'instar du Président de la République Emmanuel Macron : « Pendant plus de quarante ans, il transforma profondément cette ancienne ville ouvrière, attirant entreprises et médias, jusqu’à faire de sa commune l’un des pôles économiques et de rayonnement les plus dynamiques de l’ouest parisien. (…) Son esprit, son style, et ses formules malicieuses firent de lui une figure reconnaissable de notre vie publique. Ces dernières années, placé dans un combat face à la maladie, André Santini continua d’honorer son mandat et n’abandonna jamais Issy-les-Moulineaux. ».
Présidente du conseil régional d'Île-de-France et ancienne collègue au gouvernement, Valérie Pécresse a exprimé sur Twitter son émotion : « Une figure de la vie politique disparaît. Jusqu'au dernier jour, il avait gardé la poigne, l'intelligence et l'humour qui le caractérisait. On lui doit la transformation totale de sa ville d’Issy-les-Moulineaux qu’il chérissait et l’arrivée en Île-de-France de nombreux sièges sociaux d’entreprises étrangères qu’il allait convaincre une par une. ». La Présidente de l'Assemblée Nationale Yaël Braun-Pivet a salué l'édile en ces termes sur Twitter : « Certains élus administrent une ville. D’autres entrent dans son histoire. André Santini était de ceux-là. ».
Sa dernière apparition publique a eu lieu le samedi 28 mars 2026 dans la matinée lors du premier conseil municipal d'installation de la nouvelle mandature (en arrivant, constatant des retards, il a rappelé, grognon, l'importance de la ponctualité des élus : « Soyez à l'heure, honorez vos mandats ! »). Il a été réélu maire et, à cette occasion, il a affirmé qu'il avait encore assez d'énergie pour être maire et diriger la ville, malgré ses 85 ans et surtout, malgré son état de santé fragile (il se disait « plein d'énergie » et « prêt à assumer » son nouveau mandat). Toutefois, malheureusement, il n'a pas pu venir aux conseils municipaux suivants car sa santé s'est gravement détériorée. Il est mort comme un grand artiste, en fonction. RIP.
« Entre l'homme et cette grande communauté, d'autres, plus limitées, sont insérées : familles, régions, cultures, patrie... Elles ne sont pas antagonistes, mais complémentaires. Être de chair et de sang, l'homme a besoin de ces communautés pour se réaliser. Il lui faut donner et recevoir pour s'accomplir. Libre, mais solidaire, il devient responsable. (…) Parce que nous croyons en la dignité de l'être humain, en sa faculté au progrès, en son droit à la liberté, parce que nous croyons en l'identité de nature entre tous les hommes, nous nous refusons d'ériger la violence en principe. À la révolution brutale, nous opposons la réforme permanente et l'effort continu vers une plus grande justice. » ("L'autre solution", André Diligent, 1977).
Comme il n'avait pas vocation à être majoritaire, le CDS était réduit à n'être qu'un parti supplétif, allié à d'autres partis plus importants pour participer au pouvoir. Dans une telle coalition, il donnait, selon le mot d'un de ses dirigeants historiques André Diligent, un « supplément d'âme » et dans la réalité, loin d'être hors du terrain parce qu'idéalistes, les ministres CDS sous le septennat de Valéry Giscard d'Estaing comme sous les deux cohabitations sous François Mitterrand, ont toujours eu des ministères techniques très importants.
Pendant la durée de son existence, soit une vingtaine d'années (dix-neuf ans à proprement parler, vingt-deux ans si on inclut Force démocrate qui n'était que la continuité du CDS), le CDS a eu trois présidents : Jean Lecanuet (1976-1982), Pierre Méhaignerie (1982-1994) et François Bayrou (1994-1998). Effet du hasard ? Tous les trois ont été, dans leur carrière politique respective, Ministre d'État, Ministre de la Justice, le premier sous Valéry Giscard d'Estaing, le deuxième sous Édouard Balladur, Premier Ministre de cohabitation, et le troisième très brièvement sous Emmanuel Macron.
Le CDS était un parti inspiré par des convictions très fortes, qu'on pourrait appeler le personnalisme communautaire, même si l'adjectif "communautaire" peut aujourd'hui prêter à confusion, car évidemment, il ne s'agit pas de soutenir les communautarismes qui seraient en fait du séparatisme. Le fond de doctrine du CDS, d'inspiration chrétienne, c'était que l'homme (l'humain) est tout, donc que la personne humaine est au centre de tout projet politique (ce qui signifie la liberté, l'égalité, la fraternité, la dignité, la solidarité, etc.), et en plus de la personne humaine, celle-ci ne peut pas s'épanouir seule mais en communauté avec d'autres personnes humaines, en communion pourrait-on oser dire en restant dans l'inspiration chrétienne, et ces communautés, ce sont la patrie, la région, la famille, l'association, etc., tout ce qui élève l'âme humaine.
En 1988, la création d'un groupe parlementaire spécifiquement de députés centristes par Pierre Méhaignerie et Jacques Barrot avait pour objectif de réaffirmer l'identité propre des démocrates sociaux au sein de l'opposition UDF-RPR dominée par les néogaullistes. Le nom même du groupe, qui pouvait paraître anodin, l'UDC, Union du centre, pouvait aussi s'envisager comme l'Union des démocrates chrétiens à l'image du paysage politique d'autres pays européens, en particulier de l'Allemagne (avec la CDU).
Quoique catholique pratiquant, François Bayrou, rapidement, a veillé à ce que toute référence religieuse fût évitée pour définir ce parti très chrétien dans son appellation, et il a été l'un des promoteurs avant l'heure de la laïcité à une époque où elle se vivait encore comme une adversaire de l'Église catholique (aujourd'hui, elle est devenue l'adversaire de l'islamisme politique). Du reste, la laïcité est l'une des conditions du christianisme, il faut rappeler que dans l'Évangile de saint Matthieu, Jésus déclare aux pharisiens : « Redde Caesari quae sunt Caesaris, et quae sunt Dei Deo », ce qui donne en français par : « Rends à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu ». La séparation de l'État et des églises, du politique et du religieux, du temporel et du spirituel, était une nécessité qu'il a fallu réaffirmer surtout auprès de l'Église catholique qui a longtemps confondu les deux jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle.
Jusqu'au congrès de Vincennes, le CDS ne comptait pas, dans ses rangs, de présidentiable, et même pire, de personnalité susceptible de vouloir se présenter sérieusement à l'élection présidentielle pour la gagner. Or, sous la Cinquième République, c'est un problème, car toute la vie politique et même le paysage politique sont modelés par chaque élection présidentielle. D'ailleurs, l'histoire des centristes montre bien que l'élection présidentielle transforme souvent leurs structures partisanes quand l'un qui n'est pas des leurs devient candidat voire élu à l'Élysée, une partie le soutient, une autre partie ne le soutient pas (1969, 1974, 1981, 1995). La seule exception était en 1988 où Raymond Barre, bien que non-membre du CDS, était soutenu totalement par ce parti. Simone Veil aussi a toujours été en dehors du CDS mais le CDS lui a toujours été fidèle, en particulier lorsque les conditions ont été difficiles (aux élections européennes de 1989).
Pour autant, il y avait beaucoup de personnalités politiques de grande valeur, parmi lesquelles il faut citer (la plupart ont été des maires ou des chefs d'exécutifs locaux) : Jean Lecanuet (Rouen), Pierre Méhaignerie (Ille-et-Vilaine), André Diligent (Roubaix), Jacques Barrot (Haute-Loire), Bernard Stasi (Épernay), Dominique Baudis (Toulouse), Bernard Bosson (Annecy), François Bayrou (Pyrénées-Atlantiques), René Monory (Président du Sénat), Alain Poher (Président du Sénat), Pierre Pflimlin (Strasbourg), Daniel Hoeffel (Bas-Rhin), Adrien Zeller (Alsace), Marcel Rudloff (Strasbourg), Jean-Marie Rausch (Metz), Didier Borotra (Biarritz), Charles Béraudier (Rhône-Alpes), Christine Boutin (Rambouillet), Edmond Alphandéry (Maine-et-Loire), Philippe Douste-Blazy (Lourdes puis Toulouse), Jean Arthuis (Mayenne), Claude Goasguen (Paris), Jean-Luc Moudenc (Toulouse), Georges Chavanes (Angoulême), Bruno Durieux (Lille), Jean-Louis Borloo (Valenciennes), Jean-Marie Vanlerenberghe (Arras), André Santini (Issy-les-Moulineaux), Jean-Christophe Lagarde (Drancy), Jean-Pierre Abelin (Châtellerault), François Sauvadet (Côte d'or), Michel Mercier (Rhône), etc.
Un changement de paradigme s'est effectué à ce congrès de Vincennes les 10 et 11 décembre 1994 : au-delà du choix de leur futur président (choix entre François Bayrou et Bernard Bosson), les adhérents devaient aussi choisir leur modèle stratégique : voulaient-ils préserver le CDS comme un parti centriste canal historique et rester toujours minoritaires, la cinquième roue d'un carrosse qui serait toujours guidé par d'autres forces politiques (en l'occurrence, les gaullistes ou les socialistes), ou devaient-il transformer le CDS en parti de masse, dit attrape-tout, permettant à beaucoup plus de monde de s'y retrouver et pouvoir atteindre le sommet de l'État ? Avec l'élection de François Bayrou, le CDS a choisi la seconde option, celle de la transformation en un grand parti.
Le CDS lui-même était le résultat d'une réunification des centristes du MRP puis du Centre démocrate. Le rassemblement allait donc se poursuivre avec deux perspectives : transformer le parti en grand mouvement populaire (« un Parti populaire à la française », avait insisté François Bayrou), et préparer l'échéance reine des institutions, l'élection présidentielle, en préparant sérieusement un candidat (en l'occurrence François Bayrou, évidemment), et cela sans renier ni oublier les valeurs qui fondaient l'unité de ce parti.
Non seulement François Bayrou a transformé le CDS pour qu'il devienne un grand parti de masse (l'objectif ne sera pas vraiment atteint même si le MoDem compte actuellement beaucoup dans la vie parlementaire), mais il l'a surtout doté d'un présidentiable, lui-même ! Jusqu'alors, il n'y a eu que des présidentiables historiques anciens, Jean Lecanuet, Alain Poher, mais aucun qui soit un candidat moderne pour une campagne présidentielle dynamique à partir des années 2000. Pierre Méhaignerie n'y prétendait pas, au mieux, il se voyait plutôt Premier Ministre. Bernard Bosson n'y pensait pas non plus. Seul Dominique Baudis aurait pu être le candidat idéal s'il avait eu plus d'envie. Faute de candidats, François Bayrou allait s'autoproclamer, au risque de perdre un certain nombre d'amis (à partir de 2002).
Alors, reprenons la chronologie. 11 décembre 1994 à Vincennes, François Bayrou est élu président du CDS à la suite d'un combat difficile, voire fratricide, avec Bernard Bosson. 25 novembre 1995 à Lyon, soit moins d'un an plus tard, le CDS a fusionné avec le micro-parti social-démocrate (PSD) d'André Santini (issu du PS refusant l'alliance avec le PCF). Cette fusion était petite et François Bayrou aurait souhaité avoir un rassemblement plus large (avec les radicaux, par exemple). Nouveau nom, issu d'une savante étude de cabinet de communication, Force démocrate. Il n'allait servir que trois ans. Car le 29 novembre 1998, l'UDF a fusionné toutes ses composantes en un seul parti, la Nouvelle UDF, présidée par François Bayrou. Entre-temps, le 12 octobre 1996, Force démocrate a été rejoint par Génération en mouvement, le parti de Patrice Hernu issu d'une scission de Génération Écologie.
Entre 1994 et 1998, il y a eu un rééquilibrage au sein de l'UDF entre le PR (parti républicain) et le CDS (puis FD), au profit de ce dernier. Après la défaite des élections législatives de 1997, FD avait plus de député que le PR qui, sous la houlette d'Alain Madelin, s'est transformé en Démocratie libérale (DL) le 24 juin 1997. Les élections régionales de mars 1998 ont définitivement acté la scission entre Démocratie libérale et le reste de l'UDF : en effet, des présidents de région UDF ont été réélus avec les voix de conseillers régionaux FN, ce qui allait contre les valeurs de l'UDF. Jacques Blanc (DL), Charles Millon (DL), Charles Baur (FD) ont alors été exclus de l'UDF le 8 avril 1998. Démocratie libérale a quitté l'UDF le 16 mai 1998.
Le 16 septembre 1998, succédant à François Léotard, François Bayrou a été élu, directement par les adhérents, président de l'UDF avec 88,9% et au conseil national de l'UDF le 29 novembre 1998, toutes les composantes, sauf le parti radical et le PPDF, ont fusionné dans la Nouvelle UDF, à savoir : Force démocrate, le Pôle républicain indépendant libéral (PRIL) qui étaient les anciens membres de Démocratie libérale préférant rester au sein de l'UDF (comme Gilles de Robien, Gérard Longuet, etc.) et enfin les "adhérents directs de l'UDF".
Le mouvement d'unification des centristes s'est inversé au début des années 2000 avec deux événements : la candidature de François Bayrou à l'élection présidentielle de 2002, créditée dans les sondages autour de 4% d'intentions de vote (6,8% à l'élection, près de 2 millions de voix), beaucoup de centristes ont alors appelé à voter Jacques Chirac dès le premier tour (et ont quitté l'UDF) ; la création de l'UMP, fusion du RPR et d'une partie de l'UDF, le 25 avril 2002, juste après le choc psychologique du premier tour de l'élection présidentielle qui a vu Jean-Marie Le Pen se qualifier pour le second tour.
La création de l'UMP a été une véritable hémorragie pour l'UDF : de nombreux grands élus ont rejoint l'UMP par peur de perdre leur investiture UDF-RPR aux élections législatives de juin 2002. Les radicaux et le PPDF (anciennement Clubs Perspectives et Réalités) ont également rejoint l'UMP. L'UDF s'est retrouvée avec les rares centristes qui voulaient préserver l'offre électorale des centristes. Au regard de l'histoire, ces derniers auront eu raison.
Plus téméraire que courageux, François Bayrou a même osé se rendre le 23 février 2002 à Toulouse lors d'un meeting présidentiel préfigurant la future UMP pour expliquer en face de 7 000 personnes hostiles pourquoi il ne rejoindrait pas la future UMP : « Je suis venu parce qu'il y a une idée que je n'approuve pas et qui chemine depuis des mois, et qui est celle-ci : c'est que l'opposition toute entière devrait se ranger pour les élections présidentielles sous la bannière de Jacques Chirac, et pour la suite, qu'on devrait dissoudre le RPR et l'UDF pour former un parti unique de l'opposition. Je considère que cette idée, et je voulais vous le dire face à face, à ce moment précis, je considère que cette idée est une faute pour l'opposition et une faute pour la France. Et on peut naturellement avoir des débats autour de cette idée, mais ce qui est nécessaire dans ce genre de débats, c'est qu'on les ait, non pas seulement au sommet, dans les couloirs des Assemblées, des partis... Mais avec la base des militants, des sympathisants et des citoyens qui nous soutiennent. Je voudrais, je voudrais vous dire ceci : on entend dire ici ou là que désormais nous penserions tous la même chose : si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien, alors il y a des lieux... il y a des lieux, je vous promets que lorsque vous viendrez dans un meeting de ma formation, on vous écoutera sans siffler, je vous le promets... (…) Je voudrais vous dire pourquoi cette idée ne me parait pas juste : c'est parce que si l'on cuit comme cela, vieille expression politique, si l'on cuit l'omelette à l'eau tiède, l'omelette se rétrécit aux deux bouts... Il y a un peuple, une partie importante, substantielle du peuple français qui est un peuple de droite, qui est un peuple qui a besoin qu'on lui parle de la Nation, qui est forte et qu'il aime, si on ne le fait pas avec les mots qui conviennent, et bien on assiste à ce qui est sous nos yeux aujourd'hui et qui fait que Jean-Pierre Chevènement reçoit des voix et des soutiens qu'il n'aurait jamais reçus si dans nos rangs nous avions assumé l'impératif de parler de la France et de la Nation lorsqu'il faut le faire. Et d'un autre côté, mes chers amis, je parle du centre comme un homme qui a toujours milité. Je lisais les journaux hier et je voyais Lionel Jospin, installer paraît-il, ouvrer les guillemets, "sa candidature au centre" pour l'homme qui est le moins social-démocrate, le plus sectaire, le plus fermé de tous les dirigeants de gauche européens. Si nous voulons tenir le terrain, tenir le terrain de la droite nationale, tenir le terrain du centre européen, eh bien, nous avons besoin d'une droite qui soit fière d'être une droite, qui porte les valeurs qui sont celles de la droite nationale et un centre qui soit fier d'être un centre et que chacun des deux fasse son travail, occupe le terrain pour que nous puissions par la suite additionner les voix qui sont nécessaires pour trouver la victoire... Ça, c'est pour l'opposition. Chacun a son histoire et chacun doit en être fier, je ne suis pas pour le méli-mélo et pour l'eau tiède, je suis pour le partenariat... ».
Le plus important dans ce discours de Toulouse où il fut copieusement sifflé par les militants RPR, à tel point que le futur président de l'UMP Alain Juppé avait dû faire un appel au calme, c'était cette phrase : « Si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien ! ». Ce sont sur ces mots que le centre a éclaté avec l'UMP. Par la suite, ceux des centristes qui avaient fait le choix de rejoindre l'UMP, comme Pierre Méhaignerie et Philippe Douste-Blazy, ont regretté amèrement d'avoir dissous une partie de l'UDF dans le RPR et ont apporté leur soutien à François Bayrou lors de sa candidature de 2012, à l'issue du quinquennat de Nicolas Sarkozy.
En particulier, l'ancien Ministre des Affaires étrangères a publié une tribune le 8 janvier 2012 dans "Le Monde" : « Voilà dix ans, je contribuais avec d'autres à la création de l'Union en mouvement au congrès de Toulouse, devenue l'UMP. Voilà cinq ans que je regarde ce mouvement grandir en prenant des orientations qui ne me conviennent pas. Voilà deux ans que je m'interroge sur ma place à l'UMP face au tournant droitier désormais assumé par l'état-major du mouvement. L'UMP est-il encore un grand parti de centre droit, humaniste et libéral ? C'est parce que telle n'est plus ma conviction qu'il est temps pour moi de rompre le silence, de rappeler les valeurs qui sont les miennes et d'appeler à une union nationale autour de François Bayrou, candidat à l'élection présidentielle. (…) L'UMP d'aujourd'hui s'est abîmée dans sa course permanente à l'urgence, à la surenchère, dans la poursuite du fait divers. Elle a laissé dans sa poche sa boussole principale : la personne humaine. C'est tout l'inverse de l'action que je mène depuis 2007 en tant que secrétaire général adjoint de l'ONU en charge des financements innovants pour les pays en développement et président d'Unitaid, l'agence dédiée à la collecte des contributions de solidarité sur les billets d'avion pour lutter contre les risques sanitaires dans les pays en développement, tout particulièrement en Afrique. ».
Dans les années 2010 et 2020, on a donc retrouvé des démocrates sociaux un peu partout : au MoDem, à l'UMP/LR, à l'UDI, au parti radical, à Horizons, à Renaissance... et même, pour certains, dans des courants souverainistes, voire dans des franges complotistes proches de l'extrême droite. Comme il n'existe, en 2026, aucun présidentiable d'origine du CDS (démocrate social), à part François Bayrou qui semble y avoir renoncé, ce n'est pas en 2027 qu'on les verra se rassembler dans une nouvelle maison commune.
« Nous croyons en la dignité de la personne humaine. L'homme, avec ses élans, ses rêves, ses remords, son petit sac de secrets, son mystère, capable d'atteindre le pire ou le sublime, n'est pas né pour se voir imposer l'humiliation ou l'oppression. Respecter sa dignité, c'est garantir son droit à la liberté. Mais l'homme n'est pas seul. (…) Il est membre de la communauté humaine et nous croyons en l'identité de nature entre tous les hommes. » ("L'autre solution", André Diligent, 1977).
La première fois que j'ai adhéré à un partit politique, un engagement qui m'impressionnait alors, je ne savais pas du tout où je mettais les pieds, c'était en 1987 au CDS, le Centre des démocrates sociaux, une composante de l'UDF. Je m'y étais aventuré sans vraiment connaître ce parti, simplement par soutien total à Raymond Barre, candidat à l'élection présidentielle de 1988, car c'était le seul parti vraiment structuré qui le soutenait sincèrement (j'insiste sur l'adjectif). Je reste d'ailleurs le dernier barriste de l'Univers et s'il en existe encore un autre non identifié (par moi), n'hésitez pas à me contacter pour ne pas être trop seul !
Le Centre des démocrates sociaux a été fondé au congrès de Rennes il y a cinquante ans, du 21 au 23 mai 1976. Cinquante ans ! Je frissonne à l'idée que je suis désormais un ancien combattant prêt à créer l'Amicale des anciens du CDS comme il existe encore une Amicale du MRP (ils n'ont pas osé mettre "Amicale des anciens du MRP", aujourd'hui présidée par Pierre Méhaignerie, car il n'y a plus d'anciens), pancarte que, hilare, je voyais régulièrement accrochée dans une salle du 133 bis, rue de l'Université, à Paris, dit simplement "133 bis", siège historique des centristes, actuellement siège du MoDem de François Bayrou.
Mais il faut dire que ce parti est l'un des seuls vraiment consistants que j'ai connus, à la fois en tradition historique (un courant politique qui date au moins de la création du PDP, en 1924, mais aussi plus ancien) et en tradition philosophique, reprenant la doctrine sociale de l'Église. Parmi les références intellectuelles de ce parti, il faut citer Étienne Borne, Emmanuel Mounier, Marc Sangnier, Frédéric Ozanam, Henri Lacordaire, Félicité de Lamennais, etc.
C'est toute la différence avec les partis actuels qui ne sont que des écuries présidentielles. Le CDS était un courant politique avant d'être une écurie présidentielle, et même, le véritable handicap du CDS, c'était justement de ne pas avoir été une écurie présidentielle.
Il y a déjà quelque temps, j'avais brossé un petit tableau de la famille centriste (c'est une véritable famille, où l'on s'aime et où l'on s'engueule, où l'on se quitte et l'on renoue, et toujours avec des valeurs communes), à l'époque de la création du MoDem. Je recommande de s'y référer le cas échéant.
Reprenons l'événement historique en 1976, car c'était bien le cas même si cela a pu passer inaperçu. Le CDS a été la fusion de deux partis centristes à la stratégie divergente en 1969 : le Centre démocrate de Jean Lecanuet qui était resté dans l'opposition jusqu'à l'élection de Valéry Giscard d'Estaing et le Centre Démocratie et Progrès (CDP), scission du Centre démocrate en 1969, qui a rejoint, sous la direction de Jacques Duhamel, la majorité giscardo-gaulliste lors de l'élection de Georges Pompidou qu'il avait soutenu pendant la campagne présidentielle.
Remontons encore : le Centre démocrate était l'héritier du MRP, le Mouvement républicain populaire, fondé à la Libération pour rassembler tous les résistants épris de liberté et les démocrates chrétiens. La plupart des gaullistes étaient également dans ce parti avant la création du RPF par De Gaulle en 1947. Pour donner une idée générale, le MRP était à la Quatrième République ce que le parti radical était à la Troisième République et le parti gaulliste (de l'UNR à l'UMP) est à la Cinquième République (du moins jusqu'en 2017), à savoir le parti dominant, hégémonique.
Ce courant politique, qui n'a jamais été majoritaire en France, l'a été dans de nombreux pays d'Europe, et en particulier en Allemagne avec la CDU. Il est souvent désigné comme la démocratie chrétienne ou le catholicisme social, mais dans un pays de laïcité comme la France, toute référence à une religion est à proscrire car elle exclut. Ainsi, le nom de ce parti, Centre des démocrates sociaux, disait bien ce qu'il voulait dire : il était au centre de la vie politique et rassemblait les démocrates sociaux, partie donc centriste du centre droit, à ne surtout pas confondre avec les sociaux-démocrates qui sont, par exemple en Allemagne, opposés aux démocrates chrétiens,et en France, c'est une aile du PS. Le CDS a d'ailleurs fait partie des partis européens fondateurs du Parti populaire européen (PPE) censé regrouper les partis démocrates chrétiens européens. L'héritier du CDS a néanmoins changé son affiliation européenne en rejoignant l'Alliance démocrate libérale européenne (devenue Renaissance sous Emmanuel Macron) quand le PPE a intégré le RPR, les conservateurs britanniques, etc. qui n'étaient pas des démocrates chrétiens mais des partis de droite classique.
Le 23 mai 1976 à Rennes, donc, le CDS s'est doté d'un premier bureau. Le président en était Jean Lecanuet (56 ans), député-maire de Rouen, ministre d'État et surtout, ancien candidat à la Présidence de la République en 1965, celui qui a mis De Gaulle en ballottage. Jacques Barrot (39 ans), futur ministre, a été désigné secrétaire général du mouvement. Il était issu du CDP, pas pour longtemps car André Diligent, député-maire de Roubaix, lui a succédé en octobre 1977 et lui était issu du CD (Centre démocrate). L'importance des centristes sous Giscard était réelle, et la meilleure preuve, c'est que Jean Lecanuet a cumulé la présidence du CDS avec celle de l'UDF lorsque celle-ci fut créée par VGE en 1978.
Dans la vie du CDS, il y a eu trois périodes.
La première, entre 1976 et 1982, qui a été dominée par Jean Lecanuet et André Diligent. C'était du MRP moderne, mais à l'ancienne, à l'époque où les centristes et les gaullistes s'affrontaient férocement. L'objectif en 1981 était la réélection de Valéry Giscard d'Estaing et un possible Premier Ministre CDS.
La deuxième période provient de l'élection de François Mitterrand en 1981 : l'équipe dirigeante du CDS a laissé la place à une nouvelle génération. Au congrès de Versailles, du 29 au 31 mai 1982, c'est Pierre Méhaignerie, ancien ministre, député breton, issu du CD qui a été élu de justesse au second tour (soutenu par Jacques Barrot) face à Bernard Stasi, plus à gauche et autonomiste bien qu'issu du CDP (ancien ministre de Georges Pompidou). Ce fut donc cette génération Méhaignerie, Barrot et Stasi qui a dirigé les démocrates sociaux : Pierre Méhaignerie à la présidence, Jacques Barrot au secrétariat général et Bernard Stasi à la première vice-présidence. En 1988, Pierre Méhaignerie a pris une décision très audacieuse de créer un groupe parlementaire autonome, l'UDC (Union du centre), indépendant de l'UDF, pour réaffirmer les valeurs du CDS et éventuellement soutenir les bonnes idées du gouvernement minoritaire de Michel Rocard.
Cette génération a tenté, d'ailleurs, de s'accrocher à la fin des années 1980 après l'échec de Raymond Barre à l'élection présidentielle de 1988. Cela s'est fait en trois temps.
Le premier temps a eu lieu en mars 1989 avec l'arrivée des trois "B". Quand j'écris "l'arrivée", cela signifie leur émergence médiatique et politique, qui a montré que le CDS pouvait se rajeunir avec la génération suivante : Dominique Baudis, député-maire de Toulouse, François Bayrou, député des Pyrénées-Atlantiques, et Bernard Bosson, député-maire d'Annecy. Eux trois, ainsi que trois jeunes députés du parti républicain (PR, giscardien, dont Philippe de Villiers) et six jeunes députés du RPR (dont Philippe Séguin), ont créé les Douze rénovateurs pour tourner la page à l'hégémonie de Jacques Chirac et Valéry Giscard d'Estaing sur l'alliance UDF-RPR. L'initiative a tourné court à cause du manque d'audace de Philippe Séguin, mais a permis de révéler au sein du CDS ces trois "B", Baudis, Bayrou, Bosson.
Ce changement de génération s'est réalisé en deux autres temps.
Le congrès d'Angoulême, du 11 au 13 octobre 1991, a permis d'entrevoir un passage de témoin. Là encore, le manque d'audace du très médiatique Dominique Baudis a permis à Pierre Méhaignerie d'avoir un sursis. Il n'a pas osé "tuer le père" (très démocrate chrétien) alors qu'il était prévu que, soutenu par la caution morale qu'était devenu Bernard Stasi, Dominique Baudis se présentât à la présidence (il aurait eu l'appui des adhérents qui attendaient du sang neuf). Résultat, une direction contrastée : Pierre Méhaignerie a sauvé son poste de président du CDS (il faut dire que c'était la préparation des élections législatives de 1993 et qu'il était très fort pour négocier des investitures aux législatives avec le reste de l'UDF et surtout le RPR), Jacques Barrot laissait sa place de secrétaire général à Bernard Bosson et Dominique Baudis devenait un président exécutif, ce qui, sur le papier, ne voulait pas dire grand-chose.
Le changement de président devait avoir lieu au congrès de Rouen du 22 au 24 avril 1994, mais finalement, en raison des élections européennes (Dominique Baudis a mené la liste UDF-RPR), cela a été remis au congrès de Vincennes les 10 et 11 décembre 1994, juste avant l'élection présidentielle de 1995 qui avait pour principale caractéristique l'absence totale de candidat issu de l'UDF et du CDS, même par procuration. En principe, il aurait dû y avoir l'élection triomphale de Dominique Baudis qui aurait pu incarner, par son charisme et sa personnalité, le centre de manière vivante et efficace. Mais finalement, le train était déjà passé et il ne l'a pas pris à Angoulême. Tout le monde, au CDS, ne pensait qu'à Bernard Bosson, secrétaire général, très aimé des fédérations et des adhérents pour sa proximité et ses réflexions.
Mais les six mois de différences ont changé le cours des choses. François Bayrou, le troisième "B", en a profité pour se présenter, lui aussi, à la présidence du CDS, et le combat entre Bayrou et Bosson fut aussi rude qu'en 1982 entre Méhaignerie et Stasi. Imaginant sa revanche, Pierre Méhaignerie a soutenu discrètement François Bayrou qui pouvait compter sur les laissés-pour-compte de Bernard Bosson (candidats non investis, minoritaires au sein de leur fédération, etc.). Mais si François Bayrou, finalement, a gagné cette élection interne, c'était grâce à lui et à son talent de convaincre les centristes qu'ils valaient un grand parti et qu'ils méritaient un présidentiable crédible. François Bayrou voulait associer son ambition (énorme) à celle de son parti. Bernard Bosson, lui, ne semblait vouloir qu'une simple continuité, plus confortable, d'un parti toujours associé à la droite, préservant sa spécificité, et qui n'aurait pas une influence majeure dans la vie politique.
Dans son discours du 10 décembre 1994, Bernard Bosson, soutien du candidat Édouard Balladur, refusait de considérer l'UDF comme un seul parti : « Pour moi, le CDS c'est la clarté et l'exigence ! C'est pourquoi, j'ai toujours été et je suis pour une UDF, confédération, alliance électorale indispensable face au RPR car soyons francs le principal, peut-être même le seul, ciment de l'UDF, c'est l'existence du RPR. Mais l'UDF ne peut pas être un parti politique, et l'erreur qui a été commise au cours des dernières années, c'est d'avoir cherché, en vain d'ailleurs, à ce qu'il le devienne. ».
Avant son élection, François Bayrou exposait son ambition le 10 décembre 1994 : « Je voudrais saluer, au premier rang de cette salle, le dernier chef de gouvernement qui ait appartenu à notre famille politique. Je salue Pierre Pflimlin. Je le salue à la fois comme son ancien collaborateur, et s'il le permet, avec respect, comme son ami. Je le salue aussi comme une sorte de reproche pour nous. Tant que nous n'aurons pas donné à Pierre Pflimlin des successeurs, des collègues, tant que nous n'aurons pas assumé les responsabilités majeures du pouvoir, d'une certaine manière, nous ne serons pas tout à fait fidèles. Voilà trente-six ans, depuis le premier jour de la Ve République, voilà trente-six ans que les décisions majeures se prennent sans nous, loin de nous. Voilà trente-six ans que se poursuit devant, nos congrès la controverse la plus stérile qu'on puisse imaginer, la controverse entre les purs qui veulent rester isolés et les pragmatiques qui veulent se rallier. Et je m'étonne que l'on ne voit pas qu'il s'agit des deux faces de la même médaille d'impuissance. C'est parce qu'on est isolé que l'on est contraint de se rallier. Et parce qu'on se rallie qu'on demeurera isolé. C'est la même médaille. ».
Et d'évoquer la création d'un large rassemblement autour du CDS : « Nous vivons dans des institutions sous la Ve République où toutes les élections majeures se jouent à deux tours et où pour figurer au deuxième tour, il faut être capable de gagner le premier. C'est parce que nous n'avons pas été capables, sur les trente-six années écoulées, de constituer un mouvement assez large, assez fort, assez sûr de lui pour gagner le premier tour que nous n'avons jamais pu gagner le deuxième. Voilà le véritable enjeu. Ou bien nous choisissons de rester entre nous, et nous sommes condamnés à la marginalité. Ou bien nous choisissons au contraire de constituer autour des valeurs du CDS, autour des valeurs de notre histoire, autour de celles de Schuman, de Dru et de Lecanuet que j'évoquais à cette tribune, un grand mouvement politique capable de gouverner la France. Je demande que nous constituions un PPE à la française. Un Parti Populaire à la française, un Parti Populaire Européen chargé de diffuser les valeurs de la démocratie chrétienne dans la société française. Et ce mouvement, ce PPE à la française, c'est le seul moyen dont nous disposons à mes yeux pour faire réellement rayonner l'équipe de responsables remarquables que vous avez au premier rang, dont vous suivez l'action. (…) Si ce centre avait existé, si ce PPE à la française avait existé, il aurait gouverné la France et il aurait rassemblé bien au-delà de ses rangs. Il aurait arrêté tous ceux qui nous ont rencontrés un jour, ont essayé de faire un bout de route avec nous et puis se sont éloignés. S'il avait existé, Raymond Barre aurait été dans ce PPE à la française. Il y aurait eu Simone Veil, il y aurait eu Giscard, il y aurait eu Millon, il y aurait eu Jean François-Poncet. Si ce mouvement avait existé, Balladur et Delors en auraient été membres. C'est notre isolement et l'isolement de nos voisins, c'est notre impuissance qui a organisé la diaspora des forces du Centre, qui a fait que nous avons été écartés du pouvoir et que ceux qui ont gouverné ont été écartés de nous. ».
Dans son discours du 11 décembre 1994, après son élection, François Bayrou a déclaré : « Je disais la crédibilité, et la crédibilité personnelle va naturellement avec la crédibilité politique, c'est à dire avec l'étude des chances. Je suis de ceux qui pensent que l'on ne sert pas sa famille politique si on court le risque de réaliser un score beaucoup trop bas. Les candidatures de témoignage, sauf sur des sujets dramatiques, naturellement, face au totalitarisme, ce n'est pas un service à rendre à sa famille politique. Songez à Gaston Defferre en 1969, le socialisme a été plutôt plus faible après qu'il ne l'était avant. On ne doit pas jouer avec ces choses-là. ».
Au même moment que l'élection de François Bayrou à la tête du CDS, Jacques Delors annonçait sur TF1 qu'il ne serait pas candidat à l'élection présidentielle. C'était une bonne nouvelle pour le CDS car en cas de candidature du Président de la Commission Européenne, le parti centriste risquait l'explosion : les dirigeants soutenaient de toute façon Édouard Balladur ou Jacques Chirac, tandis que les militants auraient soutenu Jacques Delors.
L'élection de François Bayrou, balladuro-sceptique, à la présidence du CDS le 11 décembre 1994 à Vincennes a été une révolution culturelle chez les centristes : eux aussi pouvaient penser un jour occuper le sommet de l'État. Le 25 novembre 1995, le CDS a fusionné au congrès de Lyon avec le petit parti d'André Santini pour former Force démocrate, rapidement fusionné dans la Nouvelle UDF en 1998.
On connaît la suite : François Bayrou a été trois fois candidat à l'élection présidentielle, et en 2007, il n'était pas loin du second tour avec 18,6% des voix, ce qui est plus important que le score de Raymond Barre. Simplement, François Bayrou a tenté de mouler le parti centriste à la Cinquième République, comme l'a fait François Mitterrand avec le PS. Quant au CDS, il reste désormais à le faire renaître !
« Pour demain, il n'a plus en tête d'ambition électorale. Comme l'avait rapporté "La Tribune Dimanche" dès le 31 août, il ne sera pas candidat à la prochaine présidentielle. Ce n'est pas pour autant qu'il ne cherchera pas à peser. N'y était-il pas parfaitement parvenu en 2017 ? » (Ludovic Vigogne, le 17 mai 2026 dans "La Tribune Dimanche").
Que devient l'ancien Premier Ministre François Bayrou ? Il s'active ! On aurait pu croire qu'il allait progressivement se retirer de la vie politique. Après tout, il a une belle carrière politique derrière lui. Il n'a plus de mandat exécutif, après sa défaite le 22 mars 2026 à la mairie de Pau à cause de quelque 344 voix de retard (il en était le maire depuis mars 2014, mais la ville était plutôt socialiste), et mine de rien, de la même année que Michel Barnier, Jean-Louis Borloo et Jean-Luc Mélenchon, il va fêter son 75e anniversaire lundi 25 mai 2026. Par comparaison, De Gaulle a eu 75 ans en novembre 1965, juste avant de se représenter.
Hors-jeu le président du MoDem pour l'élection présidentielle de 2027 ? C'est ne rien comprendre au personnage dont l'ambition a toujours été, au-delà de son ambition personnelle, de porter l'existence d'une force politique centrale, durable et surtout indépendante. La venue du candidat Emmanuel Macron était très atypique en 2017 dans sa conception. Le parti présidentiel (devenu Renaissance pour le second quinquennat) ne peut pas vraiment être considéré comme une formation centriste. Certes, il y a des anciens socialistes et des anciens LR, mais justement, un mélange de droite et de gauche ne fait pas forcément du centre. Pour François Bayrou, le centre est un courant politique très ancré dans la tradition historique et philosophique, celle de Léon XIII, du catholicisme social, de la démocratie chrétienne. Une volonté farouche de solidarité sociale, humaniste, mais avec l'indispensable efficacité économique sans laquelle on ne peut rien redistribuer.
près avoir saturé les antennes de télévision juste avant son non-vote de confiance, en août et septembre 2025, où il n'a jamais cessé d'appeler les députés à la rigueur budgétaire, François Bayrou est resté très silencieux une fois parti de Matignon. Déjà parce qu'il avait besoin de se reposer, mais aussi parce qu'il voulait laisser son successeur, fort habile, Sébastien Lecornu, gouverner tranquille, sans avoir sur lui un regard paternaliste. Il n'a accordé qu'une interview six mois plus tard, en mars (j'y reviendrai sans doute). Il faut dire aussi qu'il voulait se consacrer à sa campagne municipale à Pau qu'il a ratée de justesse à cause, selon lui, du scandale de Bétharram et de la volonté odieuse et sournoise de l'impliquer de la part de certains députés populistes.
Toutefois, son agenda va devenir un peu plus chargé dans les semaines à venir. Ce lundi 18 mai 2026, François Bayrou a participé à un colloque à l'Assemblée Nationale sur l'État de droit avec notamment ses deux prédécesseurs Élisabeth Borne et Bernard Cazeneuve (ce dernier ayant une envie irrésistible d'être candidat à l'élection présidentielle). Le 18 juin 2026, la date n'est pas choisie par hasard, il sort son nouveau livre aux éditions de L'Observatoire intitulé "Alerte sur la France qui vient". Rien qu'au titre, on devine que l'observateur politique (puisqu'il ne sera pas candidat) restera vigilant et n'hésitera pas à faire des recommandations. Ce ne sera donc pas un livre de souvenirs mais un livre pour l'avenir.
Depuis son échec aux municipales, François Bayrou n'est pas inerte. Au contraire. Il trouve qu'il y a une fenêtre de tir historique qui risque de se refermer l'été prochain. En effet, dès la rentrée scolaire de septembre 2026, la vie politique sera occupée par la précampagne présidentielle puis la campagne présidentielle.
Ce que veut faire François Bayrou nécessite du doigté et aussi de la rapidité : réunir toutes les formations centristes dans un pôle uni et constructif. Il est parti du postulat que la réunion des trois formations du Bloc central, à savoir Renaissance, le MoDem et Horizons, la formation de l'ancien Premier Ministre Édouard Philippe, sous l'appellation Ensemble Citoyens, n'a jamais fonctionné, car Emmanuel Macron n'a jamais compris l'intérêt de faire vivre son parti présidentiel et Édouard Philippe avait des visées autonomistes.
Conclusion, il faut revenir à la base des formations centristes, aujourd'hui toutes orphelines, soit d'une alliance avec la droite gaulliste classique (l'époque UDF-RPR), soit avec le macronisme triomphant (mais Emmanuel Macron ne pourra plus se présenter en 2027). Quelles sont-elles ? Il y a le MoDem, issu de l'UDF ; l'UDI, qui était déjà une première tentative, en 2012, d'unifier le centre droit avec Jean-Louis Borloo, Hervé Morin (oui oui) et Jean-Christophe Lagarde ; enfin le parti radical, de vieille tradition républicaine. En 2013, Jean-Louis Borloo et François Bayrou, pourtant rivaux, avaient réussi à s'entendre pour faire une liste commune UDI-MoDem aux élections européennes de 2014 (ce fut l'Alternative). Toutefois, la défection de Jean-Louis Borloo de la vie politique, pour raison de santé, a fait renaître toutes les forces centrifuges au sein de l'UDI : les centristes d'Hervé Morin s'en sont retirés, puis les radicaux également.
La chance de François Bayrou, après les multilessivage du paysage politique depuis treize ans, c'est que le MoDem est une formation qui sort renforcée de son alliance avec Emmanuel Macron, si bien qu'avec 37 députés, il est largement supérieure à l'UDI (seulement 7 députés à l'Assemblée) et au parti radical (1 député). Certes, l'UDI est très forte au Sénat avec l'Union centriste (un groupe de 59 sénateurs présidé par l'influent Hervé Marseille, ancien maire de Meudon, aussi président de l'UDI), mais c'est bien à l'Assemblée que se vivent et se nouent les alliances politiques. Le MoDem est aussi supérieur à Horizons qui ne compte que 35 députés, et pas si éloigné que cela de LR seulement 48 députés.
François Bayrou voudrait rassembler tous ces petits partis centristes dans une nouvelle confédération (comme le fut l'UDF en 1978), en ajoutant également ...Bâtissons Ensemble, la nouvelle formation de centre gauche lancée par Élisabeth Borne avec qui François Bayrou entretient de bonnes relations, et avec Élisabeth Borne, sont associés les anciens ministres Agnès Buzyn et Éric Dupond-Moretti.
Quel est l'intérêt ? Rappeler que la majorité macroniste repose sur trois piliers : Renaissance, bien sûr, aujourd'hui incarné par Gabriel Attal, bientôt candidat à l'élection présidentielle, Horizons, dont le président Édouard Philippe sera candidat à l'élection présidentielle également, et le pôle historique du centrisme reposant essentiellement sur le MoDem. Rassembler autour du MoDem d'autres formations dont les vues politiques sont proches (à savoir construction européenne et décentralisation) pourrait lui donner plus d'influence, d'abord dans la désignation finale du candidat à l'élection présidentielle, ensuite dans les investitures aux prochaines élections législatives.
François Bayrou et son bras droit au MoDem, Marc Fesneau, ancien Ministre de l'Agriculture et actuel président du groupe MoDem à l'Assemblée, multiplient ainsi les contacts, ces derniers temps, pour arriver à cette réunification. Ont été consultés Jean-Louis Borloo, mais aussi Élisabeth Borne et même Bernard Cazeneuve (on se souvient qu'au moment de la nomination de François Bayrou à Matignon, Bernard Cazeneuve l'avait soutenu). Même l'ancien Président de la République François Hollande a fait partie des visiteurs de François Bayrou pour tenter de le séduire et de privilégier la candidature d'un social-démocrate (du genre de Raphaël Glucksmann). Bernard Cazeneuve avait d'ailleurs demandé à Marc Fesneau de venir s'exprimer devant les députés MoDem, mais ce dernier a refusé comme il l'aurait refusé à tout autre présidentiable.
Comme l'a compris "La Tribune Dimanche", les indiscrétions de BFMTV vont dans le même sens : François Bayrou ne sera pas candidat à l'élection présidentielle, donc, son soutien aura la force électorale de l'ancien candidat qui, en 2007, avait réussi à séduire 18,6% des Français : « D'après ses proches, le septuagénaire n'a "plus aucune ambition présidentielle". (…) Mais il ne compte cependant pas s'effacer. Pour tenter de peser, le centriste veut donc tirer les ficelles en coulisses. ».
Le député MoDem Richard Ramos, qui n'a pas l'habitude de mâcher ses mots, a donné à BFMTV la feuille de route : « poser des idées sur la table et montrer qu'on doit rassembler autour de quelques thèmes forts plutôt qu'autour d'une personne ». On retrouve les thèmes de prédilection de François Bayrou : lutte contre les déficits, rétablissement de la réforme des retraites, création d'une banque de la démocratie (qui financerait par des prêts garantis par l'État les campagnes électorales), etc.
L'objectif principal de ces manœuvres, c'est donc d'avoir un groupe parlementaire beaucoup plus nombreux en juin 2027 après une très probable dissolution de l'Assemblée consécutive à l'élection présidentielle. Et certains députés MoDem n'excluent pas que François Bayrou pourrait être candidat aux élections législatives pour revenir à l'Assemblée (comme l'ont fait Michel Barnier, Laurent Wauquiez et François Hollande) et éventuellement présider un groupe centriste renforcé, incontournable, pour ainsi peser sur le débat parlementaire des prochaines années. Et, pourquoi pas, diriger à nouveau un gouvernement de coalition ?
« Quand on voit ce qu'on voit, que l'on entend ce qu'on entend et que l'on sait ce que qu'on sait, on a raison de penser ce qu'on pense. » (Pierre Dac, "L'Os à moelle").
Ils sont trois Premiers Ministres, ou anciens Premiers Ministres, du Président Emmanuel Macron. Ils sont adhérents du parti présidentiel Renaissance (ex-LREM). Ils sont un peu encombrés de leur caractéristique de "chouchous" d'un Président de la République fort impopulaire et qui ne peut même plus se représenter à cause de la Constitution. Et ils se demandent s'il faut vraiment concourir pour 2027.
Trois dauphins présomptifs. Élisabeth Borne (65 ans) est l'aînée mais probablement la moins politique des trois. Gabriel Attal, président du groupe Renaissance à l'Assemblée et, en même temps, secrétaire général de Renaissance, est le plus jeune (37 ans), aussi le plus jeune chef du gouvernement de toutes les républiques confondues (nommé à 34 ans), et sans doute le plus ambitieux des trois, ambitieux dans le sens dents qui raient le parquet. Sébastien Lecornu (39 ans), est à peine plus âgé que Gabriel Attal (ou que Laurent Fabius à sa nomination à Matignon), il a l'air tranquille, modeste, mais il est un redoutable responsable politique.
Et parlons justement de Sébastien Lecornu. Cela s'est passé ce jeudi 7 mai 2026, très discrètement, personne n'en a parlé, et pourtant, c'est une petite satisfaction du Premier Ministre. En effet, Sébastien Lecornu a duré ce jour-là au moins 240 jours à Matignon, à peu près 8 mois, soit la durée du passage de Gabriel Attal. Cela reste court, c'est vrai, mais en période d'absence de majorité à l'Assemblée, cela reste un petit exploit qu'avait aussi réussi son prédécesseur direct, François Bayrou. À cela près que justement, le président du MoDem, dans une sorte de suicide de confiance, a été renversé un mois après ce premier exploit.
Pour se donner une petite comparaison, d'une autre république, il faut donner la durée du gouvernement de Pierre Mendès France ; c'était 7 mois et demi. Sébastien Lecornu a de grandes chances de durer aussi longtemps que François Bayrou (à partir du 6 juin 2026)... voire qu'Élisabeth Borne. Car au train où vont les choses, les socialistes n'ont aucun intérêt à renverser un gouvernement quelques mois avant l'élection présidentielle (même s'il reste une dernière épreuve de fond, la loi de finances pour 2027), car de toute façon, le divorce est déjà consommé avec les insoumis.
Élisabeth Borne est restée 603 jours à Matignon, soit 1 an et un peu moins de 8 mois. Or, si Sébastien Lecornu réussissait (ce n'est pas certain !) à dépassionner les parlementaires en raison de la précampagne présidentielle, il pourrait terminer le quinquennat avec Emmanuel Macron, dont le mandat expire vers le 10 mai 2027, ce qui ferait à peu près 1 an et 8 mois (nommé le 9 septembre 2025). L'exploit n'est évidemment pas de durer, car beaucoup de Premiers Ministres sont restés bien plus longtemps que lui et parfois sans autre mérite que d'être fidèles et loyaux au Président de la République qui les a nommés, mais d'avoir su traverser cette zone de fortes turbulences politiques en assurant un minimum de stabilité institutionnelle. L'exploit, ce serait surtout de faire voter deux budgets par cette Assemblée impossible. Pour l'instant, il n'a accompli que la moitié de l'objectif.
Face à lui, Gabriel Attal paraît ainsi un peu léger. Certes, il communique beaucoup (c'est même le contraire de Sébastien Lecornu), mais on ne lui a reconnu que de l'action agitée lorsqu'il était à Matignon. Sébastien Lecornu, au contraire, est posé et discret, il tente de cimenter les passerelles du Socle commun pour assurer une victoire politique à l'élection présidentielle de 2027.
Et indéniablement, il existe une forte rivalité entre les deux hommes, entre Gabriel Attal et Sébastien Lecornu. Quelques jours après la nomination de Sébastien Lecornu à Matignon, le journaliste Tristan Quinault-Maupoil avait écrit dans "Le Figaro" du 18 septembre 2025 : « Longtemps rivaux, ces deux-là vont devoir apprendre à se supporter. Conscients que leur espace politique respectif serait menacé de disparition s’ils se déchiraient, ils sont contraints de tisser des liens. L’un a besoin de l’appui des députés pour durer à la tête du gouvernement, l’autre ne peut pas se permettre une dissolution s’il veut asseoir son ambition présidentielle. ».
La rivalité est réelle. Pour preuve, ces petits épisodes (très dérisoires dans l'histoire politique nationale) du premier mai. Le 1er mai devient une date symbole, refuge presque, pour montrer son envie de transformer le pays.
Le 1er mai, c'est la fête du travail, et s'il y a un jour où (presque) tout est fermé, c'est bien le 1er mai, au contraire des autres jours fériés et dimanches. C'est le code du travail, et c'est, nous dit-on, le résultat d'une lutte des travailleurs (même si Pétain avait un peu aidé...). Tout est dans le "presque". En effet, il y a quand même des gens qui bossent le 1er mai, ne seraient-ce que les policiers, les pompiers, les soignants, et toute l'industrie des loisirs, de la culture, du tourisme (restaurants, hôtels, parcs de loisirs, artistes, etc.)... ainsi que les journalistes, bien sûr !
On peut aussi travailler quand on est indépendant, mais on n'a pas le droit d'employer des salariés ce jour-là. C'était donc l'objet d'une proposition de loi pour permettre aux commerçants de proximité, en particulier les boulangers et les fleuristes, de pouvoir faire travailler des salariés ce jour-là. Gabriel Attal l'avait défendue avec forte conviction et en a même fait un marqueur idéologique, la défense de la valeur travail. Mais Sébastien Lecornu a été très mécontent de la tournure des débats, car le texte parlementaire risquait de généraliser le travail le 1er mai, ce que ne voulait à aucun prix le Premier Ministre qui aurait alors risqué de prendre en pleine figure une motion de censure de la part du parti socialiste.
Le chef du gouvernement a résolu le problème en proposant de prendre un décret autorisant ce travail salarié, mais à titre exceptionnel, ce qui permettait de satisfaire et l'aile gauche de sa base majoritaire (en l'occurrence le PS) et l'aile droite (LR). Cette habileté politique n'est pas commune et il faut une grande expérience et une personnalité très subtile pour arriver à cela. Car le travail salarié le 1er mai était l'une des nombreuses bombes qui pouvaient éclater à la figure de Sébastien Lecornu en cette période sans majorité, et l'habileté, c'est de savoir des désamorcer. Le décret n'est finalement pas sorti car il a été retoqué le 30 avril 2026 par le Conseil d'État.
En illustration, les deux rivaux n'ont donc pas hésité à se rendre, le vendredi 1er mai 2026, dans une boulangerie avec caméras et micros. Gabriel Attal, ainsi, a fait un retour aux sources dans sa propre circonscription, dans une boulangerie de Vanves ("Les Toqués du pain"), et y a acheté du pain (et aussi est passé de l'autre côté du comptoir pour encaisser l'achat d'une cliente). Pas de quoi pavoiser mais, semble-t-il, c'était hors du commun quand même. L'idée était de la com', bien sûr : « Ce serait un scandale s'il y avait des verbalisations qui étaient mises par des inspecteurs du travail aujourd'hui, sur des boulangers et des fleuristes, j'espère que l'intelligence collective prévaudra ! (…) Il faut sortir de cette situation ubuesque et avoir un peu de bon sens. ». L'ancien Premier Ministre a également acheté un brin de muguet dans la rue. RMC a révélé qu'un premier commerçant avait été verbalisé peu avant midi dans l'Isère (et risquait jusqu'à 5 000 euros d'amende, selon la loi actuelle).
L'opération de Gabriel Attal aurait pu être bénéfique médiatiquement mais il n'était pas le seul à le faire, et, par comparaison, s'est montré ainsi isolé car il était venu seul. Sébastien Lecornu, de son côté, a effectivement fait le même genre de visite, mais bien mieux organisée et après lui, or l'ordre de passage compte à la télévision, le neuf chasse l'ancien, dans les infos. Le Premier Ministre venait sur l'invitation de Laurent Wauquiez, président du groupe LR à l'Assemblée et ancien président du conseil régional d'Auvergne-Rhône-Alpes, dans la circonscription de celui-ci, en Haute-Loire. Très exactement, à Saint-Julien-Chapteuil. Les deux leaders politiques se sont présentés ensemble, rigolards, à la dernière boulangerie de la commune, rue Chaussade. Auparavant, Sébastien Lecornu et Laurent Wauquiez étaient allés chez une fleuriste pour y acheter un brin de muguet (offert à Sébastien par Laurent, malgré la supposée radinerie des Auvergnats, selon ce dernier).
Laurent Wauquiez a expliqué au boulanger de "Un brin gourmand" que Sébastien Lecornu s'était « beaucoup battu » pour avoir cette réflexion sur le travail le premier mai, et le chef du gouvernement a renchéri : « On n'a pas une Assemblée Nationale toujours bien facile... », ajoutant en regardant son compère de LR : « Après, on a des copains ! ». À la fleuriste ravie d'être ouverte ce jour-là, Sébastien Lecornu a lâché : « C'est du bon sens ; le débat a été trop inutilement politisé. Seul le résultat compte. ».
Cette petite sortie en bonne entente entre Sébastien Lecornu et Laurent Wauquiez (ils étaient dans le même parti, LR, avant 2017) n'est pas anodine. Le Premier Ministre veut bien sûr garder des liens forts avec le président du groupe LR partisan d'une participation gouvernementale actuelle, au contraire du président et candidat de LR Bruno Retailleau. De plus, les deux ont intérêt à ce que le gouvernement survive jusqu'à la fin du quinquennat pour éviter une nouvelle crise politique dont les conséquences sur l'élection présidentielle seraient difficilement prévisibles.
Mais je pense que cette bonne entente va au-delà de la simple situation parlementaire du moment. Les responsables du Socle commun savent bien qu'il n'y aura pas de victoire présidentielle sans unité de candidature de l'ensemble du Socle commun, afin d'éviter un second tour terrifiant entre les extrêmes (RN vs FI). Dans ce registre d'union des modérés, Sébastien Lecornu est sans doute le mieux placé et le plus crédible (du moins pour faire accoucher d'un bon candidat). De même, Laurent Wauquiez est suffisamment lucide pour savoir que son ambition présidentielle devra attendre après 2027 : il n'est pas assez populaire pour se présenter à l'élection de 2027, et en plus, rien ne se présente correctement pour lui puisque Bruno Retailleau vient d'avoir eu, le 19 avril 2026, la confirmation de sa candidature (donc, une candidature Wauquiez serait nécessairement dissidente). En revanche, Laurent Wauquiez pourrait être un faiseur de roi en facilitant une candidature qui serait gagnante. Et donc, il pourrait se repositionner comme un éventuel successeur de Sébastien Lecornu à Matignon.
Et Élisabeth Borne, dans tout cela ? Lorsque Renaissance a dû se trouver un nouveau chef après la nomination de Stéphane Séjourné à la Vice-Présidence de la Commission Européenne, Gabriel Attal, ancien Premier Ministre et président du groupe Renaissance à l'Assemblée, dans une volonté de verrouiller le parti présidentiel dans l'optique de l'élection présidentielle, s'est présenté. Élisabeth Borne a fait aussi connaître sa volonté de se présenter à la tête du parti. Finalement, elle y a renoncé et en compensation, elle a été désignée présidente du conseil national de Renaissance (l'équivalent du parlement du parti), tandis que Gabriel Attal a été élu secrétaire général de Renaissance le 8 décembre 2024 par ce même conseil national à 94,9%.
Or, invitée de la matinale de France Inter le mercredi 6 mai 2026, l'ancienne Première Ministre Élisabeth Borne a annoncé qu'elle démissionnait de la direction de Renaissance ainsi que de la présidence du conseil national de ce parti : « Je ne me retrouve pas complètement dans la ligne, qui n’est pas forcément débattue au sein de Renaissance. Donc j’ai décidé de démissionner du conseil national de Renaissance, de me mettre en retrait du bureau exécutif et de me consacrer à la structure que j’ai créée, Bâtissons ensemble. ». Elle a confirmé son désaccord avec Gabriel Attal, notamment sur « le respect du droit international », « le respect de l'État de droit » et insistant qu'il n'était pas question pour elle de « supporter quand on remet en cause le Conseil Constitutionnel, [et dire] que notre Constitution est un carcan. ».
La réaction des parlementaires attalistes ne s'est pas fait attendre sur Public Sénat. Pour la députée (et ex-ministre) Prisca Thevenot, ce n'était pas étonnant : « Il n’y a ni surprise, ni étonnement. C’est un non-événement. Elle quitte des responsabilités, qu’elle n’a pas honorées, sans quitter le parti. (…) Je n’ai pas compris la démarche. Elle voulait être présidente du conseil national, mais n’en a rien fait. Elle voulait être dans les instances du parti, mais n’a jamais rien dit. ». Pour le sénateur Xavier Iacovelli, au contraire, c'était étonnant : « Je ne vois pas aujourd’hui quelle est la différence de ligne politique qui peut l’amener à quitter la direction. Je vois plutôt un problème de personne et le fait qu’il y a unanimité des instances pour lancer le processus de désignation de Gabriel Attal comme notre candidat naturel pour la présidentielle. (…) On a plutôt besoin de rassembler, plutôt que de créer une division artificielle, qui n’existe pas. ». D'autres, sous couvert d'anonymat, ont ironisé sur le nom de la structure personnelle, Bâtissons ensemble, avec les initiales d'Élisabeth Borne, comme En Marche d'un certain Emmanuel Macron : « Et après, c’est nous qui faisons de la com’ ? Allez… ». Une autre a ramené l'événement à un simple plan médias : « Elle lance son livre. Le vrai sujet, ce n’est pas tant par rapport à l’année prochaine, c’est une campagne de promo qui est lancée… ».
Toutefois, tous ne sont pas favorables à la démarche de Gabriel Attal qui veut accélérer le processus pour se déclarer candidat à l'élection présidentielle avant l'été, en particulier François Patriat, président du groupe Renaissance au Sénat et soutien historique du macronisme, qui, dans une interview à Public Sénat le 6 mai 2026, a trouvé peu pertinent d'aller trop vite : « Il faut prendre un peu de recul avec la présentielle. Se précipiter, comme font certains aujourd’hui, laissant croire qu’ils ont la solution à tout, me paraît contre-productif. (…) Je ne suis pas favorable à cette accélération. Je pense qu’il faut attendre l’automne pour savoir quel est le meilleur candidat pour s’opposer aux extrêmes demain. (…) Gabriel Attal peut être légitime aujourd’hui à montrer qu’il sera candidat. Il a un programme, qu’il développe, il a écrit un livre. C’est tout à fait logique. Et en même temps, il représente notre parti. Mais déclarer sa candidature aujourd’hui et figer les choses ne me paraît pas être le bon principe. ».
D'autres responsables Renaissance ont critiqué la ligne de Gabriel Attal, en particulier la ministre Aurore Bergé qui se verrait bien, elle aussi, en position de représenter ses idées à l'élection présidentielle.
Petit à petit, Sébastien Lecornu continue son bonhomme de chemin. Les agitations de ses amis ou de ses adversaires ne le gênent pas beaucoup. Au contraire. Eux font dans la posture, dans la politique politicienne, dans la com' ; et lui, il agit, il gouverne, il assure la continuité de l'État dans l'une des périodes les plus difficiles de son histoire. Candidat en 2027 ? Pensez-vous ! Il ne sait même pas s'il existera encore politiquement la semaine prochaine.
« Ce que je sais, c’est qu’il faut que ces dix-huit mois [avant l'élection présidentielle] soient utiles ! » (Jean-Louis Borloo, le 9 octobre 2025 à Toulouse).
L'ancien ministre centriste Jean-Louis Borloo fête ses 75 ans ce mardi 7 avril 2026. Il revient de loin, car il y a exactement douze ans, le 6 avril 2014, il avait démissionné de tous ses mandats électifs et politiques (il était député de Valenciennes et président de l'UDI) en raison de complications d'un pépin de santé grave : « Je n'ai pas, en l'état, toute l'énergie nécessaire pour remplir complètement mes responsabilités (…). J'ai donc décidé de mettre un terme à mes fonctions et mandats. ». Pour un homme d'action passionné comme lui, on imagine le courage qu'il lui a fallu pour renoncer à son action publique.
Ce fut une période personnelle particulièrement difficile qu'il a réussi heureusement à passer, si bien qu'il est désormais, depuis une dizaine d'années, une personnalité politique populaire, en retrait de la vie politique et néanmoins débordant toujours, comme à son habitude, bouillonnant même, d'idées nouvelles.
Soutenant la candidature du Président actuel, Emmanuel Macron, en 2017 puis en 2022, Jean-Louis Borloo s'est senti très "sous-utilisé" par le chef de l'État. Le pire a même été une humiliation publique : commandé par Emmanuel Macron le 14 novembre 2017, Jean-Louis Borloo lui a remis le 26 avril 2018 un rapport sur les banlieues : "Vivre ensemble, vivre en grand : pour une réconciliation nationale" qui a été immédiatement mis dans un tiroir par son commanditaire, comme si son travail n'avait servi à rien. Cela ne l'a pas empêché de le soutenir pour la réélection de 2022, en laissant entendre qu'il pourrait être disponible pour l'aider.
En juillet 2019, Jean-Louis Borloo avait renoncé à devenir le président de Huawei Technologies France, une grande entreprise chinoise dont il était membre du conseil d'administration depuis décembre 2016 (et jusqu'en mai 2020). Avant encore, dès la septembre 2014, il avait présidé le club de football de Valenciennes.
Et il a développé un projet très intéressant qui l'a amené à rencontrer près d'une cinquantaine de chefs d'État : il a lancé un plan massif pour rendre l'électricité accessible partout en Afrique. Il l'a présenté publiquement entre autres le 28 septembre 2014. Pour cela, il a créé le 3 mars 2015 sa fondation, Énergies pour l'Afrique, capable de réunir plusieurs centaines de milliards d'euros pour cette ambition. Jean-Louis Borloo a présidé aussi, à partir de juillet 2017, la Fondation Énergies pour le monde, créée en 1990.
Comme on le voit, son retrait de la vie politique n'est pas inactif, ses idées restent nombreuses et son envie de faire, sa capacité à lancer des projets utiles tout aussi intactes. Mais il y a une sorte de goût d'inachevé avec la vie politique. En 2011, Jean-Louis Borloo avait renoncé à se présenter à l'élection présidentielle de 2012 car il n'avait pas d'espace électoral entre Nicolas Sarkozy, François Bayrou et François Hollande. Et depuis 2014, il a abandonné définitivement l'idée de se présenter parce que, dans tous les cas, il faut une énergie physique trop importante pour ce qu'il serait capable de fournir (surtout l'âge venant).
Mais il reste encore, dans les coulisses, très présent, ou sa présence se faire sentir de manière très sensible. Il faut dire qu'il a déjà une carrière prestigieuse, notamment une grande expérience au gouvernement. Rester au gouvernement pendant plus de huit ans n'est pas une chose commune, surtout sans discontinuité : du 7 mai 2002 au 13 novembre 2010, effectivement, il a été responsable de la Ville et de la Rénovation urbaine, de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, du Logement, de l'Économe et des Finances, de l'Écologue, de l'Énergie, du Développement et Aménagement durables, de la Mer, des Technologies vertes, des Négociation sur le climat... le tout en grimpant dans la hiérarchie gouvernement jusqu'au grade de ministre d'État (sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy).
Rival et ami de François Bayrou, soutien d'Emmanuel Macron, Jean-Louis Borloo aurait dû s'épanouir politiquement entre 2017 et 2027, mais il y a eu une sorte d'incompréhension ou de cynisme entre lui et le Président de la République. Pourtant, s'il n'est pas à l'avant-scène politique, s'il n'est pas question d'envisager une candidature à l'élection présidentielle de 2027, Jean-Louis Borloo est bel et bien encore très présent dans la vie politique.
Ainsi, lors de la chute, après un jour, du premier gouvernement de Sébastien Lecornu (chute due à un retour d'humeur incompréhensible du Ministre de l'Intérieur et président de LR Bruno Retailleau), alors que Sébastien Lecornu n'avait aucune intention de rempiler, on évoquait la possible nomination de Jean-Louis Borloo à Matignon. Le 8 octobre 2025, le proposé était même vivement soutenu à la fois par Jean-Pierre Raffarin... mais aussi Bruno Retailleau qui l'a eu au téléphone le 9 octobre 2025. L'homme fidèle de l'Élysée a été finalement préféré.
Du reste, Jean-Louis Borloo n'a jamais reçu d'appel téléphonique d'Emmanuel Macron à l'époque. Il a fait une pirouette lorsqu'un élu lui a demandé sa réaction si ce coup de fil avait lieu : « J'appelle ma femme ! » a-t-il immédiatement répondu, mettant les rires de son côté, en poursuivant : « Je ne sais pas s’il y aura une conversation, et au fond, ma personne n’a aucune espèce d’importance. ».
Pourtant, Jean-Louis Borloo avait développé un nouveau projet qui lui tient à cœur. Au-delà de l'électrification de l'Afrique, indispensable à son développement économique mais aussi social (en particulier pour la santé), la réorganisation territoriale de la France fait partie de ses ambitions disruptives. Il souhaiterait en effet transformer la France en une République fédérale dont il a esquissé les contours le 9 octobre 2025 à Toulouse, puis le 16 novembre 2025 au journal de France 2, interrogé par Laurent Delahousse, et le 24 novembre 2025 sur France Inter, interrogé par Yaël Goosz. Considérant que le mille-feuilles territorial n'était pas performant (affirmation qui peut être discutable), il voudrait ainsi une optimisation de l'action publique par cette fédéralisation du pays.
Nul doute que Jean-Louis Borloo présentera encore ses idées originales lors de la précampagne pour l'élection présidentielle 2027. D'une manière ou d'une autre, il sera toujours présent dans le paysage politique.
« Je lui en veux beaucoup d’avoir pris cette décision que je trouve funeste et absurde. » (Édouard Philippe, le 21 septembre 2025 dans la chaîne Youtube Legend, évoquant le Président de la République et sa décision de dissoudre).
L'ancien Premier Ministre Édouard Philippe fête ses 55 ans ce vendredi 28 novembre 2025. On ne peut pas dire que c'est très vieux, mais il faut quand même rappeler qu'à cet âge-là, Valéry Giscard d'Estaing était déjà ancien Président de la République à l'époque du septennat, et Nicolas Sarkozy Président de la République en exercice depuis trois ans. En revanche, à 55 ans, Georges Pompidou n'était pas encore Président de la République, et il allait le devenir deux ans plus tard. Édouard Philippe, quant à lui, aura 57 ans... en 2027.
Comment ne pas évoquer la prochaine élection présidentielle prévue au printemps 2027 quand on évoque Édouard Philippe. Depuis qu'il a quitté Matignon en juillet 2020, Édouard Philippe est en effet le chouchou des sondages, ou plutôt, était le chouchou des sondages, en particulier des intentions de vote (si l'élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pour voteriez-vous ?).
Je mets la phrase au passé parce que la situation pour Édouard Philippe n'est pas aussi enviable que précédemment dans les sondages. À l'origine, il était le meilleur compétiteur de la droite et du centre, au premier tour, le seul certain de se qualifier au second tour face au candidat du RN qui, lui, serait déjà certain d'être présent au second tour. Et dans les hypothèses de second tour, Édouard Philippe réussissait à gagner face au RN, ou à être à égalité. Or, le sondage réalisé par Odoxa avec Mascadet publié le 25 novembre 2025 pour Public-Sénat et la presse quotidienne régionale, la possibilité d'un échec au second tour devient probable : Jordan Bardella recueillerait le double des intentions de vote pour Édouard Philippe au premier tour (38% vs 17%) et gagnerait face à lui au second tour (53% vs 47%).
Le maire du Havre n'est pas né de la dernière pluie et savait bien qu'être le favori dans les sondages n'est pas forcément un gage de réussite ultérieure, Édouard Balladur en 1995, Ségolène Royal en 2007, Dominique Strauss-Kahn en 2012, Alain Juppé puis François Fillon en 2017 le savent trop bien ! Cela reste valable tant pour Édouard Philippe que pour Jordan Bardella.
Néanmoins, la dégringolade depuis six mois est réelle pour Édouard Philippe dans la sacro-sainte "opinion publique". Son niveau de premier tour serait très bas et il serait talonné par Raphaël Glucksmann et j'ajouterais aussi par Jean-Luc Mélenchon et même par Bruno Retailleau.
Lorsqu'il était Premier Ministre, j'ai beaucoup apprécié Édouard Philippe, et en particulier, son exigence de rigueur et sa communication très maîtrisée, au contraire de celle du Président de la République prompte à enflammer les foules et à créer du buzz stérile. Comme lui, je n'ai pas compris son éviction de Matignon en juillet 2020, mais elle était prévisible. Durer plus de trois ans à Matignon est finalement très rare depuis le début de la Cinquième République, puisqu'ils ne sont que dix (sur vingt-neuf) à avoir atteint cette durée : les deux tiers de nos Premiers Ministres ont eu des mandats de moins de trois ans.
J'ai compris, bien sûr, l'intérêt pour lui de s'organiser au sein d'un parti politique, en l'occurrence Horizons qui rassemble de nombreux élus locaux (souvent ex-LR) et qui a réussi à former un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale (et aussi au Sénat). Cette base arrière est indispensable pour assumer des ambitions présidentielles (ce que n'a pas fait Gérald Darmanin).
En revanche, je n'ai pas compris pourquoi Édouard Philippe, depuis quelques mois, s'en prend systématiquement au Président de la République Emmanuel Macron, et est même le premier à réclamer sa démission, ce qui me paraît contraire à l'esprit de nos institutions dont le respect passe d'abord par le fait que la légitimité d'un mandat doit être inattaquée.
J'ai compris que le président d'Horizons souhaitait s'éloigner de plus en plus d'Emmanuel Macron au fur et à mesure que la popularité présidentielle s'effondre, mais ce n'est pas faire preuve de loyauté et de courage, alors qu'il avait justement prouvé ces deux valeurs lorsqu'il était Premier Ministre et en particulier, lors de la crise sanitaire du covid-19. C'est donc assez décevant.
Et surtout, je n'ai pas compris pourquoi il attaquait, car il s'agit bien d'attaques, aussi fortement le Président de la République alors que les électeurs d'Emmanuel Macron et de Renaissance resteraient, à l'heure actuelle, le cœur de son électorat naturel. En diabolisant ainsi Emmanuel Macron, il incite les électeurs macronistes à ne pas faire campagne pour lui, voire à ne pas voter pour lui.
Je citerai par la suite l'une de ses plus importantes interventions télévisées récentes, celle du jeudi 16 octobre 2025 sur France 2 (l'émission "L'Événement").
Et reprenons d'abord cette demande de démission qui paraît totalement surréaliste : « Je ne suis pas du tout pour qu’il démissionne demain matin, ce serait désastreux. (…) [Emmanuel Macron] devrait peut-être, en prenant exemple sur des prédécesseurs et notamment le Général De Gaulle, essayer d’organiser un départ qui nous évite pendant dix-huit mois de continuer à vivre dans cette situation de blocage, d’instabilité, d’indétermination. ». Rappelons d'abord plusieurs éléments avant de passer en revue l'argumentation d'Édouard Philippe.
D'une part, Emmanuel Macron a été réélu pour cinq ans en 2022 et donc, son mandat court jusqu'en 2027. C'est constitutionnel. Même De Gaulle (contrairement à ce qu'on dit) était pour achever ses mandats présidentiels (malgré son âge). Le 22 janvier 1969, il insistait ainsi : « Dans l'accomplissement de la tâche nationale qui m'incombe, j'ai été le 19 décembre 1965 réélu Président de la République pour sept ans par le peuple français. J'ai le devoir et l'intention de remplir ce mandat jusqu'à son terme. ». Exactement ce qu'a dit Emmanuel Macron le 29 août 2025.
D'autre part, vouloir la démission du Président de la République, c'est comme dissoudre : c'est refuser un débat électoral long et pourtant nécessaire pour toucher tout le peuple, c'est encore court-circuiter une campagne électorale par une période électorale trop courte (quatre à six semaines) et empêcher le véritable débat de fond. Au contraire, les dix-huit mois qui viennent vont permettre de s'établir une campagne longue et approfondie avec des débats de fond sur tous les enjeux nationaux.
Remarquons aussi qu'on ne peut pas planifier une démission à moyen terme (par exemple, comme l'a proposé Édouard Philippe, après le vote du budget, vote du reste hypothétique, ou encore, comme l'a souhaité Jean-François Copé, après les élections municipales de mars 2026 : ou le Président démissionne, et il faut immédiatement le remplacer et élire son successeur, ou le Président ne démissionne pas et aucune campagne ne peut commencer avant la fin de son mandat (élection à date régulière) ou la réalité de sa démission. La démission du Président comme la dissolution de l'Assemblée, c'est confisquer le débat sur notre avenir.
Enfin, d'un point de vue politique et électorale, vouloir la démission du Président, c'est aujourd'hui aussi masochiste que la dissolution après le désastre électoral des élections européennes de 2024 : c'est apporter sur un plateau d'argent la victoire au RN. Cette victoire n'est pas irrésistible ni inéluctable (la preuve par les élections législatives de 2024), mais elle est fort probable si l'on en croit les différents sondages.
Écoutons les déclarations d'Édouard Philippe le 16 octobre 2025. Il s'est justifié ainsi : « Je n’ai pas pris cette position parce que je pensais que je serais populaire ou parce que j’espérais convaincre le Président. Le Président, il a envie d’aller au terme de son mandat, et je peux le comprendre. Je l’ai dit parce que c’est la seule décision digne qui permet d’éviter dix-huit mois d’indétermination et de crise, qui se terminera mal, je le crains. ».
Pourtant, l'indétermination, elle provient de l'éclatement de l'électorat en trois blocs de taille équivalente et donc, à une absence de majorité à l'Assemblée. La dissolution n'est pas la cause de l'ingouvernabilité, mais son catalyseur, sa mise en évidence. C'est le peuple qui a élu les députés, pas le Président de la République ! Le maire du Havre a dénié l'idée que le Président de la République était la force de stabilité : « Ça n’est pas simplement une crise politique à l’Assemblée Nationale à laquelle nous assistons. C’est une crise très profonde sur l’autorité de l’État, sur la légitimité des institutions. (…) J’entends le Président de la République dire qu’il est le garant de la stabilité. Mais, objectivement, qui a créé cette situation de très grande instabilité et pourquoi ? Il se trouve que c’est lui. ». Et de déplorer « une Assemblée ingouvernable », « des politiques publiques qui n’avancent plus, des réformes nécessaires qui ne sont pas faites ». En d'autres termes : « La fragilité des institutions, c’est le maintien de la situation actuelle. ».
Toutefois, en voulant écourter le mandat présidentiel, Édouard Philippe s'est situé dans la droite ligne de Jean-Luc Mélenchon et du principe particulièrement catastrophique du mandat révocable. C'est ce principe-là qui plongerait définitivement le pays dans l'immobilisme et l'indétermination.
Édouard Philippe a démenti toute querelle personnelle avec Emmanuel Macron mais a prétendu qu'il ne lui devait rien : « Il est venu me chercher, je ne me suis pas roulé par terre pour qu’il me nomme. ». Et en 2020 : « Je ne me suis pas roulé par terre pour rester. ». C'est vrai que les observateurs politiques le connaissaient bien avant le développement du macronisme, d'ailleurs, il était antimacroniste en 2016, mais il n'aurait sans doute jamais obtenu Matignon avec Alain Juppé ou François Fillon à l'Élysée. Sa nomination de Premier Ministre l'a placé à l'avant-scène de la vie politique et sans elle, il n'aurait jamais pu prétendre à devenir un candidat sérieux à l'élection présidentielle.
Ce qu'il est aujourd'hui, il le doit par ses qualités propres, les moyens qu'il a mis en œuvre à partir de 2020 pour prendre son indépendance tout en respectant une certaine loyauté que je ne vois plus vraiment aujourd'hui, mais se hisser parmi les numéros uns, c'est bien Matignon qui lui a permis cela.
Heureusement, sur le plan parlementaire, cette loyauté s'exprime encore bien réellement. Opposé fermement à la suspension de la réforme des retraites, les parlementaires proches d'Édouard Philippe ont voté et voteront contre un tel budget... mais les députés Horizons ne voteront jamais une motion de censure déposée par le RN ou les insoumis car ils n'ont aucune envie de gouverner avec ces groupes extrémistes.
À la fin de cet article, je propose la totalité de l'interview plutôt intimiste d'Édouard Philippe par la chaîne Youtube Legend, diffusée le 21 septembre 2025, qui peut donner quelques éléments sur la vie actuelle et passée de l'ancien Premier Ministre. Édouard Philippe a confié ainsi que Sébastien Lecornu, qu'il connaît bien, se fait appeler... Cornichon !
Et, enfin, pour finir, connectons cet anniversaire avec un autre, celui du tube "Fade to Grey" du groupe britannique new age Visage, qui est sorti il y a quarante-cinq ans, le 28 novembre 1980 (Édouard fêtait ses 10 ans). Rare pour une œuvre anglophone, les paroles sont chantées à la fois en anglais et en français, avec ces mots récurrents que je me garderais bien d'interpréter à l'aune de la situation politique française du moment : Devenir gris...