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6 avril 2026 1 06 /04 /avril /2026 04:54

« Ce que je sais, c’est qu’il faut que ces dix-huit mois [avant l'élection présidentielle] soient utiles ! » (Jean-Louis Borloo, le 9 octobre 2025 à Toulouse).



 


L'ancien ministre centriste Jean-Louis Borloo fête ses 75 ans ce mardi 7 avril 2026. Il revient de loin, car il y a exactement douze ans, le 6 avril 2014, il avait démissionné de tous ses mandats électifs et politiques (il était député de Valenciennes et président de l'UDI) en raison de complications d'un pépin de santé grave : « Je n'ai pas, en l'état, toute l'énergie nécessaire pour remplir complètement mes responsabilités (…). J'ai donc décidé de mettre un terme à mes fonctions et mandats. ». Pour un homme d'action passionné comme lui, on imagine le courage qu'il lui a fallu pour renoncer à son action publique.

Ce fut une période personnelle particulièrement difficile qu'il a réussi heureusement à passer, si bien qu'il est désormais, depuis une dizaine d'années, une personnalité politique populaire, en retrait de la vie politique et néanmoins débordant toujours, comme à son habitude, bouillonnant même, d'idées nouvelles.

Soutenant la candidature du Président actuel, Emmanuel Macron, en 2017 puis en 2022, Jean-Louis Borloo s'est senti très "sous-utilisé" par le chef de l'État. Le pire a même été une humiliation publique : commandé par Emmanuel Macron le 14 novembre 2017, Jean-Louis Borloo lui a remis le 26 avril 2018 un rapport sur les banlieues : "Vivre ensemble, vivre en grand : pour une réconciliation nationale" qui a été immédiatement mis dans un tiroir par son commanditaire, comme si son travail n'avait servi à rien. Cela ne l'a pas empêché de le soutenir pour la réélection de 2022, en laissant entendre qu'il pourrait être disponible pour l'aider.

En juillet 2019, Jean-Louis Borloo avait renoncé à devenir le président de Huawei Technologies France, une grande entreprise chinoise dont il était membre du conseil d'administration depuis décembre 2016 (et jusqu'en mai 2020). Avant encore, dès la septembre 2014, il avait présidé le club de football de Valenciennes.


Et il a développé un projet très intéressant qui l'a amené à rencontrer près d'une cinquantaine de chefs d'État : il a lancé un plan massif pour rendre l'électricité accessible partout en Afrique. Il l'a présenté publiquement entre autres le 28 septembre 2014. Pour cela, il a créé le 3 mars 2015 sa fondation, Énergies pour l'Afrique, capable de réunir plusieurs centaines de milliards d'euros pour cette ambition. Jean-Louis Borloo a présidé aussi, à partir de juillet 2017, la Fondation Énergies pour le monde, créée en 1990.

Comme on le voit, son retrait de la vie politique n'est pas inactif, ses idées restent nombreuses et son envie de faire, sa capacité à lancer des projets utiles tout aussi intactes. Mais il y a une sorte de goût d'inachevé avec la vie politique. En 2011, Jean-Louis Borloo avait renoncé à se présenter à l'élection présidentielle de 2012 car il n'avait pas d'espace électoral entre Nicolas Sarkozy, François Bayrou et François Hollande. Et depuis 2014, il a abandonné définitivement l'idée de se présenter parce que, dans tous les cas, il faut une énergie physique trop importante pour ce qu'il serait capable de fournir (surtout l'âge venant).

Mais il reste encore, dans les coulisses, très présent, ou sa présence se faire sentir de manière très sensible. Il faut dire qu'il a déjà une carrière prestigieuse, notamment une grande expérience au gouvernement. Rester au gouvernement pendant plus de huit ans n'est pas une chose commune, surtout sans discontinuité : du 7 mai 2002 au 13 novembre 2010, effectivement, il a été responsable de la Ville et de la Rénovation urbaine, de l'Emploi, du Travail et de la Cohésion sociale, du Logement, de l'Économe et des Finances, de l'Écologue, de l'Énergie, du Développement et Aménagement durables, de la Mer, des Technologies vertes, des Négociation sur le climat... le tout en grimpant dans la hiérarchie gouvernement jusqu'au grade de ministre d'État (sous Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy).

Rival et ami de François Bayrou, soutien d'Emmanuel Macron, Jean-Louis Borloo aurait dû s'épanouir politiquement entre 2017 et 2027, mais il y a eu une sorte d'incompréhension ou de cynisme entre lui et le Président de la République. Pourtant, s'il n'est pas à l'avant-scène politique, s'il n'est pas question d'envisager une candidature à l'élection présidentielle de 2027, Jean-Louis Borloo est bel et bien encore très présent dans la vie politique.

 


Ainsi, lors de la chute, après un jour, du premier gouvernement de Sébastien Lecornu (chute due à un retour d'humeur incompréhensible du Ministre de l'Intérieur et président de LR Bruno Retailleau), alors que Sébastien Lecornu n'avait aucune intention de rempiler, on évoquait la possible nomination de Jean-Louis Borloo à Matignon. Le 8 octobre 2025, le proposé était même vivement soutenu à la fois par Jean-Pierre Raffarin... mais aussi Bruno Retailleau qui l'a eu au téléphone le 9 octobre 2025. L'homme fidèle de l'Élysée a été finalement préféré.

Du reste, Jean-Louis Borloo n'a jamais reçu d'appel téléphonique d'Emmanuel Macron à l'époque. Il a fait une pirouette lorsqu'un élu lui a demandé sa réaction si ce coup de fil avait lieu : « J'appelle ma femme ! » a-t-il immédiatement répondu, mettant les rires de son côté, en poursuivant : « Je ne sais pas s’il y aura une conversation, et au fond, ma personne n’a aucune espèce d’importance. ».


Pourtant, Jean-Louis Borloo avait développé un nouveau projet qui lui tient à cœur. Au-delà de l'électrification de l'Afrique, indispensable à son développement économique mais aussi social (en particulier pour la santé), la réorganisation territoriale de la France fait partie de ses ambitions disruptives. Il souhaiterait en effet transformer la France en une République fédérale dont il a esquissé les contours le 9 octobre 2025 à Toulouse, puis le 16 novembre 2025 au journal de France 2, interrogé par Laurent Delahousse, et le 24 novembre 2025 sur France Inter, interrogé par Yaël Goosz. Considérant que le mille-feuilles territorial n'était pas performant (affirmation qui peut être discutable), il voudrait ainsi une optimisation de l'action publique par cette fédéralisation du pays.

Nul doute que Jean-Louis Borloo présentera encore ses idées originales lors de la précampagne pour l'élection présidentielle 2027. D'une manière ou d'une autre, il sera toujours présent dans le paysage politique.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Louis Borloo.
André Santini.
Daniel Hoeffel.
Olivier Stirn.
Claude Malhuret.
Didier Borotra.
François Bayrou.
Jean-François Kahn.
Laurence Vichnievsky.
Monique Pelletier.
Olivier Falorni.
Henri Grouès.
Anne-Marie Comparini.
Marielle de Sarnez.

 


 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260407-borloo.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/jean-louis-borloo-le-joker-268023

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/04/article-sr-20260407-borloo.html

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28 novembre 2025 5 28 /11 /novembre /2025 03:38

« Je lui en veux beaucoup d’avoir pris cette décision que je trouve funeste et absurde. » (Édouard Philippe, le 21 septembre 2025 dans la chaîne Youtube Legend, évoquant le Président de la République et sa décision de dissoudre).




 


L'ancien Premier Ministre Édouard Philippe fête ses 55 ans ce vendredi 28 novembre 2025. On ne peut pas dire que c'est très vieux, mais il faut quand même rappeler qu'à cet âge-là, Valéry Giscard d'Estaing était déjà ancien Président de la République à l'époque du septennat, et Nicolas Sarkozy Président de la République en exercice depuis trois ans. En revanche, à 55 ans, Georges Pompidou n'était pas encore Président de la République, et il allait le devenir deux ans plus tard. Édouard Philippe, quant à lui, aura 57 ans... en 2027.

Comment ne pas évoquer la prochaine élection présidentielle prévue au printemps 2027 quand on évoque Édouard Philippe. Depuis qu'il a quitté Matignon en juillet 2020, Édouard Philippe est en effet le chouchou des sondages, ou plutôt, était le chouchou des sondages, en particulier des intentions de vote (si l'élection présidentielle avait lieu dimanche prochain, pour voteriez-vous ?).

Je mets la phrase au passé parce que la situation pour Édouard Philippe n'est pas aussi enviable que précédemment dans les sondages. À l'origine, il était le meilleur compétiteur de la droite et du centre, au premier tour, le seul certain de se qualifier au second tour face au candidat du RN qui, lui, serait déjà certain d'être présent au second tour. Et dans les hypothèses de second tour, Édouard Philippe réussissait à gagner face au RN, ou à être à égalité. Or, le sondage réalisé par Odoxa avec Mascadet publié le 25 novembre 2025 pour Public-Sénat et la presse quotidienne régionale, la possibilité d'un échec au second tour devient probable : Jordan Bardella recueillerait le double des intentions de vote pour Édouard Philippe au premier tour (38% vs 17%) et gagnerait face à lui au second tour (53% vs 47%).

Le maire du Havre n'est pas né de la dernière pluie et savait bien qu'être le favori dans les sondages n'est pas forcément un gage de réussite ultérieure, Édouard Balladur en 1995, Ségolène Royal en 2007, Dominique Strauss-Kahn en 2012, Alain Juppé puis François Fillon en 2017 le savent trop bien ! Cela reste valable tant pour Édouard Philippe que pour Jordan Bardella.

Néanmoins, la dégringolade depuis six mois est réelle pour Édouard Philippe dans la sacro-sainte "opinion publique". Son niveau de premier tour serait très bas et il serait talonné par Raphaël Glucksmann et j'ajouterais aussi par Jean-Luc Mélenchon et même par Bruno Retailleau.

Lorsqu'il était Premier Ministre, j'ai beaucoup apprécié Édouard Philippe, et en particulier, son exigence de rigueur et sa communication très maîtrisée, au contraire de celle du Président de la République prompte à enflammer les foules et à créer du buzz stérile. Comme lui, je n'ai pas compris son éviction de Matignon en juillet 2020, mais elle était prévisible. Durer plus de trois ans à Matignon est finalement très rare depuis le début de la Cinquième République, puisqu'ils ne sont que dix (sur vingt-neuf) à avoir atteint cette durée : les deux tiers de nos Premiers Ministres ont eu des mandats de moins de trois ans.

 


J'ai compris, bien sûr, l'intérêt pour lui de s'organiser au sein d'un parti politique, en l'occurrence Horizons qui rassemble de nombreux élus locaux (souvent ex-LR) et qui a réussi à former un groupe parlementaire à l'Assemblée Nationale (et aussi au Sénat). Cette base arrière est indispensable pour assumer des ambitions présidentielles (ce que n'a pas fait Gérald Darmanin).

En revanche, je n'ai pas compris pourquoi Édouard Philippe, depuis quelques mois, s'en prend systématiquement au Président de la République Emmanuel Macron, et est même le premier à réclamer sa démission, ce qui me paraît contraire à l'esprit de nos institutions dont le respect passe d'abord par le fait que la légitimité d'un mandat doit être inattaquée.

J'ai compris que le président d'Horizons souhaitait s'éloigner de plus en plus d'Emmanuel Macron au fur et à mesure que la popularité présidentielle s'effondre, mais ce n'est pas faire preuve de loyauté et de courage, alors qu'il avait justement prouvé ces deux valeurs lorsqu'il était Premier Ministre et en particulier, lors de la crise sanitaire du covid-19. C'est donc assez décevant.

Et surtout, je n'ai pas compris pourquoi il attaquait, car il s'agit bien d'attaques, aussi fortement le Président de la République alors que les électeurs d'Emmanuel Macron et de Renaissance resteraient, à l'heure actuelle, le cœur de son électorat naturel. En diabolisant ainsi Emmanuel Macron, il incite les électeurs macronistes à ne pas faire campagne pour lui, voire à ne pas voter pour lui.


Je citerai par la suite l'une de ses plus importantes interventions télévisées récentes, celle du jeudi 16 octobre 2025 sur France 2 (l'émission "L'Événement").





Et reprenons d'abord cette demande de démission qui paraît totalement surréaliste : « Je ne suis pas du tout pour qu’il démissionne demain matin, ce serait désastreux. (…) [Emmanuel Macron] devrait peut-être, en prenant exemple sur des prédécesseurs et notamment le Général De Gaulle, essayer d’organiser un départ qui nous évite pendant dix-huit mois de continuer à vivre dans cette situation de blocage, d’instabilité, d’indétermination. ». Rappelons d'abord plusieurs éléments avant de passer en revue l'argumentation d'Édouard Philippe.

D'une part, Emmanuel Macron a été réélu pour cinq ans en 2022 et donc, son mandat court jusqu'en 2027. C'est constitutionnel. Même De Gaulle (contrairement à ce qu'on dit) était pour achever ses mandats présidentiels (malgré son âge). Le 22 janvier 1969, il insistait ainsi : « Dans l'accomplissement de la tâche nationale qui m'incombe, j'ai été le 19 décembre 1965 réélu Président de la République pour sept ans par le peuple français. J'ai le devoir et l'intention de remplir ce mandat jusqu'à son terme. ». Exactement ce qu'a dit Emmanuel Macron le 29 août 2025.

D'autre part, vouloir la démission du Président de la République, c'est comme dissoudre : c'est refuser un débat électoral long et pourtant nécessaire pour toucher tout le peuple, c'est encore court-circuiter une campagne électorale par une période électorale trop courte (quatre à six semaines) et empêcher le véritable débat de fond. Au contraire, les dix-huit mois qui viennent vont permettre de s'établir une campagne longue et approfondie avec des débats de fond sur tous les enjeux nationaux.


Remarquons aussi qu'on ne peut pas planifier une démission à moyen terme (par exemple, comme l'a proposé Édouard Philippe, après le vote du budget, vote du reste hypothétique, ou encore, comme l'a souhaité Jean-François Copé, après les élections municipales de mars 2026 : ou le Président démissionne, et il faut immédiatement le remplacer et élire son successeur, ou le Président ne démissionne pas et aucune campagne ne peut commencer avant la fin de son mandat (élection à date régulière) ou la réalité de sa démission. La démission du Président comme la dissolution de l'Assemblée, c'est confisquer le débat sur notre avenir.

Enfin, d'un point de vue politique et électorale, vouloir la démission du Président, c'est aujourd'hui aussi masochiste que la dissolution après le désastre électoral des élections européennes de 2024 : c'est apporter sur un plateau d'argent la victoire au RN. Cette victoire n'est pas irrésistible ni inéluctable (la preuve par les élections législatives de 2024), mais elle est fort probable si l'on en croit les différents sondages.

Écoutons les déclarations d'Édouard Philippe le 16 octobre 2025. Il s'est justifié ainsi : « Je n’ai pas pris cette position parce que je pensais que je serais populaire ou parce que j’espérais convaincre le Président. Le Président, il a envie d’aller au terme de son mandat, et je peux le comprendre. Je l’ai dit parce que c’est la seule décision digne qui permet d’éviter dix-huit mois d’indétermination et de crise, qui se terminera mal, je le crains. ».


Pourtant, l'indétermination, elle provient de l'éclatement de l'électorat en trois blocs de taille équivalente et donc, à une absence de majorité à l'Assemblée. La dissolution n'est pas la cause de l'ingouvernabilité, mais son catalyseur, sa mise en évidence. C'est le peuple qui a élu les députés, pas le Président de la République ! Le maire du Havre a dénié l'idée que le Président de la République était la force de stabilité : « Ça n’est pas simplement une crise politique à l’Assemblée Nationale à laquelle nous assistons. C’est une crise très profonde sur l’autorité de l’État, sur la légitimité des institutions. (…) J’entends le Président de la République dire qu’il est le garant de la stabilité. Mais, objectivement, qui a créé cette situation de très grande instabilité et pourquoi ? Il se trouve que c’est lui. ». Et de déplorer « une Assemblée ingouvernable », « des politiques publiques qui n’avancent plus, des réformes nécessaires qui ne sont pas faites ». En d'autres termes : « La fragilité des institutions, c’est le maintien de la situation actuelle. ».

Toutefois, en voulant écourter le mandat présidentiel, Édouard Philippe s'est situé dans la droite ligne de Jean-Luc Mélenchon et du principe particulièrement catastrophique du mandat révocable. C'est ce principe-là qui plongerait définitivement le pays dans l'immobilisme et l'indétermination.

Édouard Philippe a démenti toute querelle personnelle avec Emmanuel Macron mais a prétendu qu'il ne lui devait rien : « Il est venu me chercher, je ne me suis pas roulé par terre pour qu’il me nomme. ». Et en 2020 : « Je ne me suis pas roulé par terre pour rester. ». C'est vrai que les observateurs politiques le connaissaient bien avant le développement du macronisme, d'ailleurs, il était antimacroniste en 2016, mais il n'aurait sans doute jamais obtenu Matignon avec Alain Juppé ou François Fillon à l'Élysée. Sa nomination de Premier Ministre l'a placé à l'avant-scène de la vie politique et sans elle, il n'aurait jamais pu prétendre à devenir un candidat sérieux à l'élection présidentielle.

Ce qu'il est aujourd'hui, il le doit par ses qualités propres, les moyens qu'il a mis en œuvre à partir de 2020 pour prendre son indépendance tout en respectant une certaine loyauté que je ne vois plus vraiment aujourd'hui, mais se hisser parmi les numéros uns, c'est bien Matignon qui lui a permis cela.

Heureusement, sur le plan parlementaire, cette loyauté s'exprime encore bien réellement. Opposé fermement à la suspension de la réforme des retraites, les parlementaires proches d'Édouard Philippe ont voté et voteront contre un tel budget... mais les députés Horizons ne voteront jamais une motion de censure déposée par le RN ou les insoumis car ils n'ont aucune envie de gouverner avec ces groupes extrémistes.

À la fin de cet article, je propose la totalité de l'interview plutôt intimiste d'Édouard Philippe par la chaîne Youtube Legend, diffusée le 21 septembre 2025, qui peut donner quelques éléments sur la vie actuelle et passée de l'ancien Premier Ministre. Édouard Philippe a confié ainsi que Sébastien Lecornu, qu'il connaît bien, se fait appeler... Cornichon !

Et, enfin, pour finir, connectons cet anniversaire avec un autre, celui du tube "Fade to Grey" du groupe britannique new age Visage, qui est sorti il y a quarante-cinq ans, le 28 novembre 1980 (Édouard fêtait ses 10 ans). Rare pour une œuvre anglophone, les paroles sont chantées à la fois en anglais et en français, avec ces mots récurrents que je me garderais bien d'interpréter à l'aune de la situation politique française du moment : Devenir gris...



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Édouard Philippe sera-t-il le 9e Président de la Ve République ?
Édouard Philippe et sa partition particulière contre l'indolence.
Édouard Philippe massivement candidat à la succession d'Emmanuel Macron !
Édouard Philippe prêt à décoller.
De nouveaux Horizons.












https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251128-edouard-philippe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/edouard-philippe-sera-t-il-le-9e-264784

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/27/article-sr-20251128-edouard-philippe.html

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20 novembre 2025 4 20 /11 /novembre /2025 19:19

« Pour nous, il n’y a pas de politique sans morale. Quand on fait de la politique, bien entendu, c’est pour gagner, mais pas à n’importe quel prix. C’est-à-dire qu’il y a des moyens, des compromissions, des alliances qui permettent peut-être de remporter un succès électoral, mais on y perd sa dignité. » (Bernard Stasi, le 6 septembre 1983).



 


Ces mots, prononcés à l'occasion des élections municipales partielles à Dreux, résonnent et résonneront encore. Et raisonnent. Il est des personnalités politiques qui font honneur à notre histoire politique. L'ami Bernard Stasi l'avait formulé avec son talent : pas de politique sans morale ! Jean-François Humbert, qui s'est éteint à Issoudun, dans l'Indre, ce jeudi 20 novembre 2025 alors que le jour n'était pas encore levé, à la suite d'une très coriace maladie, était de ces hommes qui rappellent que la politique peut être servie par de véritables serviteurs du peuple et pas seulement par des arrivistes et des carriéristes. Il venait d'atteindre 73 ans (né le 17 octobre 1952 à Besançon) et laisse dans l'indicible son épouse Agnès et ses trois filles Éléonore, Bérangère et Clothilde. L'actuel maire LR de Belfort, Damien Meslot, a salué « un centriste humaniste, homme de valeurs qui ne transigeait pas sur ses idées ».

Ne pas transiger sur ses idées. Il aurait pu être une personnalité politique "ordinaire". Conseiller régional de Franche-Comté dès mars 1986 (il avait alors 33 ans), il suivait une "carrière" classique : il allait rester conseiller régional, en se faisant réélire, jusqu'en mars 2010 (vingt-quatre ans). En mars 1992, il s'est fait élire conseiller général (l'équivalent maintenant de conseiller départemental) du Doubs, réélu en mars 1998 dès le premier tour dans son canton de Russey, jusqu'à sa démission en novembre 1998. Une démission à cause du cumul des mandats puisqu'il s'est fait aussi élire sénateur du Doubs en septembre 1998, mandat qu'il s'est fait renouveler jusqu'en septembre 2014 (seize ans).

Comme des élus de ce type, à la frontière entre le local et le national (un mandat parlementaire est par nature national, sans forcément nourrir une notoriété nationale), Jean-François Humbert a eu des succès mais aussi des échecs électoraux.

En mars 1998, Jean-François Humbert devait recevoir son bâton de maréchal, ce qui lui donnerait un poids politique important et lui permettrait d'agir et d'appliquer ses idées... Mais quelles idées ?

Revenons en arrière. Dès 1973, il était déjà encarté. Jean-François Humbert, à 21 ans, séduit par la personnalité de Valéry Giscard d'Estaing, alors en pleine ascension politique, s'est engagé chez les jeunes giscardiens. Il y a retrouvé des personnalités comme Jean-Pierre Raffarin, Dominique Bussereau, etc. Pas étonnant, donc, qu'on le retrouvât à l'UDF en 1978, lors de sa création, et dans sa composante très giscardienne, les clubs Perspectives et Réalités puis son émanation partisane bien plus tard, le PPDF (parti populaire pour la démocratie française) regroupant les encore-giscardiens même après 1995.

Conseiller juridique, il est parvenu à s'imposer dans la vie politique franc-comtoise en tant que tête de liste UDF/RPR pour les élections régionales de mars 1998. Le président du conseil régional sortant, Pierre Chantelat, ancien député-maire UDF de Vesoul, successeur en avril 1988 de l'imposant Edgar Faure à la présidence du conseil régional et suppléant de Christian Bergelin, ne se représentait pas. En mars 1992, Pierre Chantelat s'était fait réélire à la présidence du conseil régional de Franche-Comté avec 22 sièges UDF/RPR sur 43, mais il avait reçu en plus de ces 22 voix du centre droit, les voix de 3 conseillers régionaux FN (l'un fut même désigné vice-président du conseil régional).

 


Il faut s'arrêter ici pour rappeler le mode de scrutin des élections régionales de l'époque : à un tour, à la proportionnelle intégrale, avec des listes départementales. Le résultat, avec la dispersion des voix (et en présence de nombreuses listes fantaisistes, beaucoup voyaient des opportunités commerciales, la notoriété, ou financières, le remboursement des frais de campagne, à partir de la loi sur le financement des partis politique en 1988), c'est que beaucoup de conseils régionaux en 1992 et en 1998 étaient ingouvernables, car la droite et la gauche totalisaient le même nombre de sièges, ou quasiment. Cela a abouti à une modification du mode de scrutin par l'instauration de deux tours de scrutin et d'une prime majoritaire, à l'instar de l'élection des conseils municipaux.

Or, si en mars 1992, la Franche-Comté était à la limite de l'ingouvernabilité (majorité de 22 sur 43), en mars 1998, les résultats étaient encore plus partagés. Les listes UDF/RPR ont recueilli 31,4% des voix et celles de la gauche plurielle (PS-PCF-LV) 30,0% des voix, ce qui, en sièges, était une catastrophe : 16 sièges pour la coalition UDF/RPR, sur 43, 16 sièges aussi pour la gauche. À ces sièges, il fallait ajouter 1 siège de divers gauche, 1 siège de CPNT (Chasse pêche nature et traditions), plutôt à droite, et... 9 sièges de l'extrême droite. En clair, le FN était en mesure d'arbitrer l'élection du futur président, comme dans beaucoup d'autres régions.

Les élections régionales ont eu lieu le 15 mars 1998 et l'élection du président du conseil régional a eu lieu le 20 mars 1998. Jean-François Humbert a été élu parce que les conseillers régionaux FN ont voté pour lui, si bien qu'il devançait très largement la gauche. Comme il n'avait pas demandé ce soutien, la situation de Jean-François Humbert était très confortable, il était élu et il n'avait pas négocié le soutien du FN. Pour autant, pendant toute la campagne électorale, il avait annoncé qu'il refuserait tout soutien des élus FN en cas de score très serré.

Cette situation politique, il n'était pas le seul à s'y trouver. Trois autres grands barons de l'UDF, présidents de conseil régional sortants, s'étaient retrouvés dans le même cas : Jacques Blanc en Languedoc-Roussillon (22 sièges UDF/RPR sur 67 et 13 sièges FN contre 31 sièges de gauche, sans oublier 1 siège CPNT) ; Charles Baur en Picardie (19 sièges UDF/RPR sur 57 et 11 sièges FN contre 23 sièges de gauche, sans oublier 3 sièges LO et 1 CPNT). La différence, c'est que Jacques Blanc et Charles Baur ont été très satisfaits de leur réélection mais comme ils avaient été élus avec des voix du FN, ils ont été exclus de l'UDF. C'était le cas aussi de Charles Millon en Rhône-Alpes (60 sièges UDF/RPR sur 157 et 35 sièges FN contre 60 sièges de gauche, sans oublier 1 siège régionaliste, plutôt à gauche, et 1 siège CPNT, plutôt à droite), qui a brûlé tout son (grand) capital politique pour des chauffeurs et un beau bureau. L'élection de Charles Millon a été invalidée pour des raisons de formalisme et la centriste Anne-Marie Comparini a été élue avec la bienveillante neutralité du parti socialiste. Il y a eu aussi Jean-Pierre Soisson en Bourgogne, qui avait néanmoins la majorité relative avec CPNT (24 sièges UDF/RPR sur 57 contre 24 sièges de gauche, plus 7 sièges FN et 2 sièges CPNT).

En revanche, au même moment, Jean-François Humbert, sans hésitation, a immédiatement démissionné de son mandat de président de conseil régional, refusant d'être élu pendant six ans avec ce sparadrap du capitaine Haddock que serait ce soutien du FN. Son épouse Agnès allait témoigner dans "L'Est républicain" ainsi : « On a ensuite tenté de faire croire qu’il avait hésité. Pas un seul instant ! Il était hors de question pour lui d’être élu avec une quelconque approbation du FN, qui, de toute façon, agissait à des fins de stratégie politicienne. Bien sûr, il était malheureux à l’idée de faire perdre son camp, mais pour lui, il n’y avait aucune autre décision à prendre. Le jour de sa démission, ses filles avaient mis des petits papiers dans ses poches, où elles avaient marqué : “c’est pas grave, on t’aimera toujours”. ».


Il faut se souvenir de la stratégie très politicienne de Jean-Marie Le Pen à l'époque du gouvernement de la gauche plurielle dirigé par Lionel Jospin : il voulait aider tous les leaders de la droite pour mieux les souiller de son soutien et récupérer le leadership à droite ! Il voulait faire croire à un accord secret entre le FN et la coalition UDF/RPR qui discréditerait pour longtemps le centre droit. Jean-François Humbert, par sa démission courageuse, a pu montrer qu'il était possible de s'opposer à l'extrême droite et refuser cette stratégie incohérente. La démission de Jean-François Humbert a discrédité Charles Baur, Jacques Blanc et Charles Millon parce que ces derniers justifiaient leur réélection par des explications oiseuses teintées d'un fatalisme politique.

Avant un nouveau tour d'élection pour la présidence du conseil régional de Franche-Comté, Jean-François Humbert s'est mis à discuter avec le parti socialiste pour négocier une bienveillante abstention (comme quoi, la situation d'ingouvernabilité de l'Assemblée de 2024-2025 n'est pas nouvelle).


Là encore, il faut se replacer dans l'époque. La Franche-Comté était une région laissée (par les socialistes) au MDC (mouvement des citoyens) de Jean-Pierre Chevènement, grand élu de Belfort (ancien maire), qui présida d'ailleurs le conseil régional de Franche-Comté de 1981 à 1982, en outre important Ministre de l'Intérieur en exercice. Cela signifiait qu'en cas de victoire de la gauche, c'était le MDC qui présiderait la région et pas le PS.

Or, c'était bien avec le responsable des socialistes au sein du conseil régional de Franche-Comté que Jean-François Humbert a négocié la neutralité du PS, à savoir Pierre Moscovici, lui aussi membre du gouvernement, Ministre délégué chargé des Affaires européennes, par ailleurs conseiller municipal de Montbéliard, conseiller général de Sochaux, et aussi conseiller régional de Franche-Comté.

 


Jean-François Humbert a donc pu présider le conseil régional de Franche-Comté sans le concours des voix de l'extrême droite. Il a même été le premier président de conseil régional à avoir privé les indemnités d'un de ses conseillers régionaux, un élu FN, pour son manque d'assiduité aux séances publiques.

Le geste très noble de Jean-François Humbert, sa démission malgré son intérêt personnel, a été l'exemple franc-comtois qui démontrait qu'un autre comportement politique, plus proche de ses convictions, était possible... sans perdre pour autant son mandat exécutif.

Six mois plus tard, Jean-François Humbert s'est fait élire sénateur du Doubs, et est resté seize ans au Palais du Luxembourg. Il a notamment présidé le groupe d'information internationale sur le Tibet (il a rencontré le dalaï lama le 15 août 2011 à Toulouse) et la commission d'enquête sur le dopage (il pratiquait le judo et était un admirateur des footballeurs de Sochaux).

En 2002, Jean-François Humbert a rejoint l'UMP comme ses autres collègues de l'UDF de la région, mais en mars 2004, de nouveau tête des listes UMP pour les élections régionales, il devait affronter des listes UDF. Plus de risque d'avoir une élection biaisée par l'extrême droite grâce au changement du mode de scrutin, mais la gauche l'a largement emporté. Au premier tour du 21 mars 2004, les listes UMP n'ont recueilli que 24,8% des voix contre 31,3% aux listes de gauche, les listes FN (dirigées par Sophie Montel) ont atteint 18,7% et les listes UDF 7,8% qui ont probablement fait la différence. Au second tour du 28 mars 2004, la gauche a gagné avec 26 sièges sur 42 et 60,4% des voix contre 12 sièges et 27,9% pour les listes UMP et 5 sièges et 11,6% pour les listes FN. Le socialiste Raymond Forni a alors été élu président du conseil régional de Franche-Comté (jusqu'à sa mort en janvier 2008, et lui a succédé la première vice-présidente socialiste Marie-Guite Dufay).


 

 

 


Jean-François Humbert a été un peu sonné par cette défaite alors qu'il avait cru que son action pour la région était très appréciée. Il a compris sans doute trop tard que des considérations de politique nationale l'emportaient sur les enjeux locaux, notamment avec la perspective de l'élection présidentielle de 2007. Aux élections régionales de mars 2010, Jean-François Humbert voulait mener des listes dissidentes (« en homme libre et indépendant ») en affrontant les listes UMP dirigées par le ministre Alain Joyandet, mais il y a renoncé au dernier moment le 11 février 2010.

Reprenant ainsi son autonomie, Jean-François Humbert a quitté la présidence du groupe UMP au conseil régional dès 2009 pour ne plus être caporalisé, tenant beaucoup à son indépendance. Toutefois, l'histoire n'était pas encore terminé. Jean-François Humbert a mené son dernier baroud d'honneur en se présentant aux élections municipales de mars 2014 à Besançon pour détrôner le maire socialiste sortant Jean-Louis Fousseret.

Affichant une étiquette centriste en menant une liste municipale intitulée "Besançon au centre", Jean-François Humbert a axé son programme sur une gestion saine et équilibrée de la ville avec l'objectif de ne pas augmenter les impôts locaux. Il a mis en avant son expérience politique (sénateur et président de région), son âge (61 ans, le maire sortant avait alors 67 ans) et son centrisme compatible avec de nombreux électeurs de gauche. Dans sa liste, on retrouvait en numéro deux Nathalie Wolff, une maître d'œuvre dans le domaine du bâtiment, un ex-MoDem Michel Josse et aussi une conseillère sortante Martine Jeannin. Toutefois, le MoDem et l'UDI (ces formations, centristes par excellence, sont les héritières de l'UDF) ont fait une liste commune avec l'UMP dont la liste était menée par Jacques Grosperrin (conseiller régional UMP, ancien conseiller général d'un canton de Besançon, ancien député et futur sénateur).

Le résultat du premier tour du 23 mars 2014 était très décevant pour Jean-François Humbert puisqu'il n'a même pas franchi le seuil de 5% (seulement 4,0%) face à la liste du maire sortant Jean-Louis Fousseret (33,6%), la liste UMP-UDI-MoDem (31,6%) et la liste FN (11,8%). Ces trois listes se sont retrouvées dans une triangulaire pour le second tour du 30 mars 2014, qui a fini par la réélection de Jean-Louis Fousseret (sa liste obtenant 47,4% des voix et 41 sièges sur 55).

En septembre 2014, Jean-François Humbart, déjà gravement malade, a renoncé à solliciter un nouveau mandat de sénateur et s'est retiré dans l'Indre où il avait un autre combat à mener, celui-ci beaucoup plus rude, hélas. RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2025)
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Pour aller plus loin :
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La France est-elle un pays libéral ?
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24 octobre 2025 5 24 /10 /octobre /2025 23:07

« Je mesure pleinement le changement culturel qui est ainsi demandé aux deux chambres. Le compromis, c’est la noblesse du débat démocratique tandis que l’intransigeance est son contraire. Le compromis respecte le vote, l’intransigeance le méprise. Si notre histoire parlementaire s’est bâtie sur les rapports de force, il est temps d’adopter la culture du compromis, de cesser de gouverner grâce à la seule discipline d’un camp mais de le faire au moyen d’un débat exigeant entre parlementaires initialement animés de convictions différentes. La démocratie moderne appelle ce changement de culture, qui s’apparente à une révolution tranquille pour le Parlement, consistant à ne plus demander l’application intégrale d’un programme comme si on disposait seul de la majorité. Ce changement d’état d’esprit, qui doit advenir maintenant, montrera une nouvelle fois la solidité des institutions de la Ve République lorsque les femmes et les hommes qui les font vivre sont capables de s’adapter à la volonté des Français. C’est ce que je souhaite faire en renonçant à l’usage de l’article 49, alinéa 3, de notre Constitution : les débats devront aller jusqu’au bout. » (Sébastien Lecornu, le 24 octobre 2025 dans l'hémicycle).




 


Ça y est, la discussion budgétaire pour l'année 2026 est engagée en séance publique à l'Assemblée Nationale (on peut lire les premières interventions ici). La première journée a eu lieu ce vendredi 24 octobre 2025 à 15 heures avec la présentation du gouvernement, du rapporteur général du budget et du président de la commission des finances. Quelques heures auparavant, dans la nuit du 22 au 23 octobre 2025, la commission des finances avait rejeté le projet de loi de finances, montrant ainsi l'âpreté des débats et la difficulté à trouver des... compromis. Car il s'agit bien de cela : aucun camp politique n'ayant la majorité, chacun devra faire preuve d'esprit de compromis si on veut un budget pour la France l'année prochaine.

Dans ce projet de budget présenté par le gouvernement, il est prévu une réduction de 31 milliards d'euros du déficit (donc, beaucoup moins ambitieux que ce qu'envisageait François Bayrou il y a deux mois, 44 milliards d'euros), répartis ainsi : 14 milliards d'euros supplémentaires de recettes (c'est-à-dire d'impôts et de taxes supplémentaires), et 17 milliards d'euros de réduction des dépenses publiques.

Parce que le RN a annoncé la couleur en disant qu'il censurerait à chaque occasion, il a donné au PS une position essentielle, un pouvoir de vie et de mort du budget disproportionné par rapport à son importance arithmétique, que son premier secrétaire Olivier Faure, encore à la matinale de BFMTV le 24 octobre 2025, a bien l'intention d'user et d'abuser pour imposer ses vues. Le problème du PS, qui veut augmenter les impôts à outrance (François Hollande l'avait déjà fait en arrivant à l'Élysée en 2012, 30 milliards d'euros d'impôts et de taxes en plus, merci messieurs !), c'est qu'il va s'apercevoir que la gauche est très minoritaire dans cette Assemblée éclatée.


Le maître mot du Premier Ministre Sébastien Lecornu, dans son discours préliminaire, reste donc celui de son prédécesseur François Bayrou, le compromis ! On ne peut plus parler de ligne rouge, il faut parler de ce qui rassemble. En ce sens, un compromis, cela signifie que chacun change de position, se rapproche des autres en faisant des concessions. En tout cas, c'est la volonté du gouvernement d'aller débattre, et c'est aux députés, ensuite, de trancher. Cette méthode, qui redonne un plein pouvoir au Parlementaire, devrait être applaudie pour l'ensemble des groupes parlementaires, et en particulier ceux qui fustigeaient encore récemment un Président Jupiter.

En présentant le budget, Sébastien Lecornu a d'abord tenté un consensus minimaliste, l'indépendance de la France : « Il y a dans cet hémicycle une ligne de convergence : la volonté que la France soit indépendante. Ce cap politique, qu’aucun député de cette assemblée ne conteste, peut nous réunir. ».


Et le chef du gouvernement a traduit cette indépendance : cela signifie des moyens pour assurer une sécurité militaire (budget de la défense) et une souveraineté industrielle, d'une part, et la réduction du déficit et, à terme, de la dette publique, d'autre part, afin de ne plus dépendre des marchés financiers : « L’indépendance de la France n’est possible que sous réserve d’accomplir un double effort, d’abord pour réduire le déficit, ensuite pour investir dans l’avenir. Le déficit ne doit pas entraîner un recours toujours plus important à la dette, donc à des prêteurs étrangers. Ce qui est vrai de notre modèle énergétique, de notre défense ou de notre alimentation vaut avant tout en matière financière. Personne ici ne veut dépendre durablement de capitaux venant des États-Unis, de la Chine ou des pays du Moyen-Orient. Nous demandons donc aux Français un effort car c’est de nous-mêmes que nous devons tirer notre indépendance et notre souveraineté. Le nier reviendrait à nier les efforts accomplis par le peuple français, notamment depuis les années cinquante et soixante. C’est la juste répartition de cet effort entre nos compatriotes qui doit être ici en débat, pas autre chose. ».
 


Mais il a insisté sur l'idée : « effort ne veut pas dire austérité ». Son projet de loi de finances fait en sorte de préserver la croissance pour permettre de rembourser plus rapidement la dette et d'investir dans les projets d'avenir, seuls moyens pour protéger notre modèle social de redistribution (unique au monde !) : « La croissance est possible. La production de richesses est possible et nécessaire pour la défense de notre modèle social. L’économie repose sur la psychologie des acteurs, la visibilité sur l’avenir et sur la confiance. Soyons-en collectivement capables. L’année 2026 ne doit pas être une année perdue pour la France ; elle doit nous permettre d’avancer. ».

L'objectif du déficit pour 2026 est d'être en dessous de 5% du PIB, tandis que 2025 devra être à 5,4%. L'effort demandé doit donc être réel mais selon cette règle : « Le gouvernement est conscient que tout nouvel effort demandé aux Français suppose de donner aux citoyens et aux contribuables à la fois la garantie que l’usage fait de leur argent est indiscutable et que chacun contribue pour sa juste part. ».

Ancien Ministre des Armées, le Premier Ministre a tenu à préserver le budget des armées, et même de l'augmenter de 6,7 milliards d'euros : « Cet effort peut faire débat, mais notre modèle de défense est souverain, c’est-à-dire que nous développons et produisons nos propres armements, dont la dissuasion nucléaire, et que nous refusons de dépendre de l’étranger, y compris de nos propres alliés comme les États-Unis. C’est notre histoire, fruit du modèle dessiné jadis par le Général De Gaulle, Michel Debré et Pierre Messmer, entretenu et protégé depuis par les différents Présidents de la République. Ce modèle a un prix mais, au-delà de notre liberté, il garantit de nombreuses retombées pour notre innovation, nos territoires, nos emplois, notre modèle industriel global et notre balance commerciale. Voilà encore un effort pour notre indépendance. Il est significatif, mais il déterminera notre avenir et notre capacité à garantir la paix pour nous-mêmes et notre continent. ».


Parmi les moyens de faire des économies dans les dépenses de l'État, une grande réforme de l'État, souvent évoquée et rarement appliquée : « L’indépendance, c’est assumer plus clairement des priorités. Reconnaissons-le : l’État s’est parfois dispersé. Je le disais, on ne peut pas faire d’économies sur la dépense publique sans une réforme profonde et intelligente de l’État. Celle-ci ne peut advenir sans un acte de décentralisation fort, permettant de définir ce que doit faire l’État et ce qu’il doit cesser de faire parce que d’autres acteurs, plus proches de concitoyens, sont mieux placés que lui pour rendre un service public. Un nouvel acte de décentralisation est nécessaire et attendu : il refusera les rabots à l’aveugle car nous devons apprendre du passé. Le temps est venu de la grande clarification. Avant la fin de l’année, le gouvernement présentera en conseil des ministres un texte ayant pour ambition de clarifier qui est chargé de quoi, sur la base d’un principe simple : un seul responsable par politique publique. L’esprit de réforme doit nous guider dans le respect des convictions de chacun. ». Je reviendrai sans doute, dans un autre article, sur cet enjeu sans forcément être en accord avec cette proposition.

Autre réforme indispensable pour mettre plus de clarté et éviter que certains ayant-droit ne soient pas privés de leurs droits, mettre en place l'allocation sociale unique : « Je pense notamment à l’allocation sociale unique. Il faut mettre fin au maquis des aides et défendre le début d’un droit clair et lisible garantissant à chacun un socle de protection adapté à sa situation, sans complexité ni redondance. C’est une réforme d’efficacité mais aussi de justice sociale : chaque euro versé doit aller à celui qui en a besoin. Nos concitoyens nous demandent de préserver un juste équilibre entre solidarité et incitation à l’activité et au travail. ».

L'une des raisons pour lesquelles il faut avancer et ne pas attendre l'élection présidentielle de 2027, c'est que les concurrents avancent aussi. Par exemple, sur l'intelligence artificielle : « La France ne doit pas rater la révolution digitale en cours. Elle n’est d’ailleurs pas en retard par rapport aux autres pays européens. Elle est le premier pays en matière d’investissements et elle le restera si nous continuons d’investir. Ces technologies doivent aussi permettre à l’État de se moderniser. À l’heure de l’intelligence artificielle, on ne peut plus expliquer aux Français qu’il faut six mois pour obtenir un rendez-vous médical, deux ans pour voir fixée une audience au tribunal et cinq ans pour passer un marché public. ».

Dans ce débat budgétaire, la partie fiscalité a le plus grand impact politique, bien sûr : « Vos travaux débutent par l’examen de la partie recettes, qui fixe la fiscalité et les différents prélèvements obligatoires. On le sait, cette question est sans doute une des plus sensibles de la période parlementaire à venir car les enjeux sont autant politiques que techniques. Le débat sur la juste répartition de l’effort doit avoir lieu sur la base de chiffres objectifs et de mesures justes. Dans cette perspective, les prélèvements obligatoires doivent être regardés dans leur globalité. Il faut évaluer l’impact potentiel de chaque amendement sur notre compétitivité globale, sur l’emploi, sur le pouvoir d’achat des ménages et sur le fonctionnement final de nos services publics. C’est la grande vigilance à avoir, notamment s’agissant du patrimoine professionnel, vous connaissez nos convictions en la matière. On ne peut parler de fiscalité sans parler d’économie mais, à l’inverse, on ne peut débattre des prélèvements obligatoires si l’on refuse, par principe, tout dialogue sur la justice fiscale et sur la progressivité de l’effort au sein des contribuables. C’est aussi simple que cela. ».


Après la présentation générale du Premier Ministre, le Ministre de l'Économie et des Finances Roland Lescure a pris la parole pour entrer dans les détails. Il a commencé son intervention en parlant de la situation passée du Canada : « Le 14 octobre 1992, le Canada, pays que je connais bien, perdait son triple A. Sa dette culminait alors à 70% du PIB, ce qui fait presque rêver, et son déficit annuel à 6%, ce qui fait moins rêver. Le "Wall Street Journal" en parlait comme d’un État "en faillite". Le gouvernement centriste de l’époque se réunit alors autour d’un objectif ferme de retour à 3% de déficit sous trois ans, sans renoncer à la croissance ni à son modèle social. En moins de cinq ans, le Canada avait rétabli l’équilibre budgétaire. En moins de dix ans, la dette était ramenée à 33% du PIB. Le 29 juillet 2002, dix ans après l’avoir perdu, le Canada retrouva son triple A. Le Canada n’est bien sûr qu’un exemple parmi d’autres. La Suède, dans les années 1990, a connu l’une des situations budgétaires les plus dégradées de l’Union Européenne, avec une explosion de la dette publique. Depuis, elle a retrouvé un budget à l’équilibre, sans nuire à son modèle social ni à sa croissance. Ce pays est désormais le royaume de l’innovation. Ces exemples ne prouvent pas seulement qu’un chemin de rétablissement est possible, mais aussi et surtout que l’on peut sortir de la spirale de l’endettement sans renoncer à la croissance ni à son modèle social, à la condition d’un consensus efficace sur l’objectif et sur la méthode. (…) Plus on reporte le rétablissement de nos finances publiques, plus il est douloureux. Au Portugal, la TVA a été fortement relevée, affectant directement la population ; en Italie, la réforme abrupte des retraites a conduit à des départs après 67 ans ; en Lituanie, les salaires des fonctionnaires et les pensions de retraite ont baissé drastiquement. Aucun d’entre nous ne souhaite que ces programmes austéritaires et imposés s’appliquent en France. C’est maintenant et collectivement qu’il nous faut faire le choix d’efforts structurels. ».

L'objectif de la France reste donc ce qui a toujours été dit depuis deux ans, un déficit ramené à 3% du PIB en 2029. Roland Lescure a évoqué la situation économique de la France, pas aussi désespérée que ne le voudraient les dénigreurs de la France : « Il faut agir maintenant car les chiffres de cette année confirment, et c’est important, que nos fondamentaux économiques restent sains. La cible à 5,4% de déficit que nous avions votée pour 2025, je siégeais alors parmi vous, sera respectée et la croissance sera, comme prévu, de 0,7%. Pour 2026, malgré le contexte international tourmenté, nous prévoyons une croissance de 1%, soit une légère accélération. Notre taux de chômage reste stable à 7,5%, proche de son plus bas niveau historique depuis quarante ans. Avec une inflation ramenée à 1,1%, la crise inflationniste est derrière nous, si bien que le pouvoir d’achat des Français, en hausse de 0,8% cette année, continue d’augmenter. Elle nous permet de tabler sur un redressement de la consommation des ménages en 2026, dans un contexte où l’épargne des ménages est au plus haut. Pour y parvenir, le rétablissement de la confiance est essentiel. ».

Pour le superviseur de Bercy, un budget, c'est avant tout un outil économique : « Le projet de budget que nous vous soumettons aujourd’hui constitue un point de départ, certainement pas un point d’arrivée. Ce n’est pas seulement un exercice comptable : il doit aussi être un outil au service de notre économie, de nos entreprises. C’est un budget d’équité qui mobilise les plus fortunés. Il renforce notre souveraineté mais préserve aussi notre compétitivité et poursuit le verdissement de notre économie. Pour défendre notre tissu d’entreprises, notamment industrielles, nous proposons de poursuivre la baisse des impôts de production, dont bénéficieront 300 000 entreprises, qui représentent des millions d’emplois partout en France, je pense notamment aux petites et moyennes entreprises. Les moyens en faveur de la recherche seront accrus et le crédit d’impôt recherche, atout de notre attractivité, devra être préservé. Le libre-échange n’est pas une religion mais un modèle économique qui fonctionne quand tout le monde joue le jeu. Aussi protégerons-nous les commerces de nos territoires menacés par la concurrence déloyale grâce à une taxe sur les importations de petits colis. Sur ce dossier, je vous envoie un message : protégeons nos postiers. ».

Comme Sébastien Lecornu, Roland Lescure a basé ce texte sur de futurs compromis, mais il entendait préciser ce que veut dire compromis pour lui : « Ce texte est désormais le vôtre. Discutez-le, critiquez-le, amendez-le et votez-le. Que ce budget vienne consacrer notre capacité au compromis.Je me montrerai particulièrement vigilant, car concession ne veut pas dire déraison. Il faut d’abord veiller au respect de notre trajectoire budgétaire car le compromis politique que nous atteindrons ne fera pas de lui-même disparaître notre dette. Il y va de notre responsabilité collective, y compris devant les générations futures. Ainsi, dans nos débats, face à chaque "plus", il nous, et vous, faudra trouver un "moins". Je serai également sensible à la préservation des moteurs de notre croissance et de la solidité de nos entreprises car ce sont elles qui portent l’investissement, l’innovation et l’emploi. Enfin, ma boussole, c’est l’équilibre des efforts entre recettes et dépenses. Je souhaite que la réduction des dépenses l’emporte sur la hausse des prélèvements car notre dépense publique est excessive et notre fiscalité déjà très lourde. La justice fiscale n’est pas la surenchère fiscale. ».

Dernière oratrice à s'exprimer pour le compte du gouvernement, la Ministre de l'Action et des Comptes publics Amélie de Montchalin : « Plus que jamais sous la Ve République, c’est le Parlement qui a le pouvoir. Le texte qui vous est soumis est un projet : il sera amendé et transformé et, si vous le décidez, il sera voté. Ce ne sera pas le budget d’un parti, mais le budget de la nation, adopté par ses représentants et transformé par eux. Je salue le travail des services de l’État, en particulier celui des agents du ministère de l’action et des comptes publics, ainsi que du ministère de l’économie, des finances et de la souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Ils n’ont pas compté leurs heures pour soumettre au Parlement ce projet de budget dans les délais prévus par la Constitution, quelles que soient les circonstances et les péripéties de la vie politique. Il y a deux semaines, on nous disait qu’il n’y aurait pas de budget. Aujourd’hui, il y en a un, et c’est le projet que nous vous proposons. Il y a une semaine, on disait qu’il n’y aurait pas de débat. Il y en a eu un en commission et il y en aura un à compter d’aujourd’hui, devant tous les Français, dans cet hémicycle. Désormais, on nous dit qu’il n’y aura pas de compromis. Je vous le dis : il peut y en avoir un et nous le construirons tous ensemble. ».
 


Amélie de Montchalin a énuméré les trois priorités du projet de loi de finances pour 2026.

La première, ce sont les investissements dans le régalien : « Continuer à investir dans notre souveraineté et dans notre sécurité, avec une augmentation de 6,7 milliards du budget de nos armées pour financer l’accélération de notre effort en matière de défense, accélération dont les modalités seront discutées dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire (LPM). Cette priorité se traduira également par le renforcement des moyens des ministères de la justice et de l’intérieur de plusieurs centaines de millions d’euros pour faire face à l’insécurité, à la criminalité organisée et au narcotrafic. ».

La deuxième priorité : « Investir dans l’avenir, grâce à la hausse des moyens de l’éducation nationale et de la recherche, notamment pour mener à bien la réforme essentielle de la formation initiale des personnels enseignants, dès la licence, mais aussi grâce à la poursuite de nos efforts en matière de transition écologique et énergétique, le défi du siècle. ».

La troisième priorité : « Investir pour anticiper et adapter notre société face au vieillissement de la population. Le gouvernement vous propose de financer ces priorités avant tout par des mesures de maîtrise et de réallocation de la dépense publique. Il nous faut retrouver des marges de manœuvre pour servir les Français. Nous ne voulons pas raboter pour moins servir. C’est la ministre de la fonction publique qui vous le dit : le service public n’est pas une variable d’ajustement ; il est indissociable de la République et indispensable aux Français. Chaque ministre défendra devant vous des priorités lisibles et des mesures d’économie réalistes : l’argent public doit aller là où il est le plus utile. En dehors de la défense, le budget des ministères, des agences et des opérateurs est en baisse. C’est la promesse du premier ministre de mieux maîtriser le train de vie de l’État et de le rendre efficace, notamment en baissant ses dépenses de communication de 20%. ».

Le député LR Philippe Juvin a ensuite pris la parole en tant que rapporteur général de la commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire. Longtemps membre de l'opposition au Président Emmanuel Macron, il a simplement exprimé une évidence : « Depuis des années, la France vit à crédit : elle paie ses fonctionnaires à crédit, ses retraites à crédit, ses investissements à crédit. Si nous avons 3 400 milliards de dette, ce n’est pas parce que n’avons pas assez de taxes. Nous avons 3 400 milliards de dette parce que nous avons tout simplement trop dépensé ! Notre priorité doit être de baisser notre dette pour retrouver la maîtrise de notre destin. Où est votre souveraineté quand ce sont vos prêteurs qui vous obligent à lever l’impôt ? L’accumulation des déficits est une menace pour la justice sociale et une dette insoutenable pour ceux qui nous suivront. Du fait de cette dette, nous sommes chaque année plus pauvres. Prenons le PIB par habitant, un indicateur robuste de prospérité : en 1980, un Français était plus riche qu’un Américain ; aujourd’hui, c’est le contraire. ».
 


Philippe Juvin a exprimé deux observations factuelles. La première : « Nous dépensons trop et mal. ». La seconde : « La France ne produit pas assez. Quand vous divisez l’ensemble des heures travaillées en France par la population en âge de travailler, vous constatez que nous sommes parmi les derniers en Europe. Nous avons plus de cinq millions de chômeurs et pourtant je ne connais pas un seul hôpital, pas une seule PME, pas un seul artisan qui ne connaisse pas de difficulté pour embaucher. Si nous avions l’activité économique de certains de nos voisins, une grande partie de notre déficit serait réglé. Si nous encouragions le travail, par exemple en détaxant complètement les heures supplémentaires, nous enrichirions et le pays et les Français. ».

Ce qui était intéressant, c'est que malgré son appartenance au groupe LR, Philippe Juvin a prôné, comme le gouvernement, le compromis pour doter la France d'un budget et redonner confiance aux acteurs économiques et financiers : « Nous devons, malgré nos différences, donner un budget à la France. Bien sûr, ce budget ne conviendra à personne totalement, puisque ce sera un budget de compromis, mais le pire serait l’absence de budget et l’image terrible que nous offririons au monde d’un pays qui ne se gouverne plus. Le premier ministre a annoncé la couleur : ce budget est totalement amendable. À nous de trouver les voies de sortie sans nous trahir ni trahir les évidences économiques. Nous devons réduire notre endettement pour préserver nos marges de manœuvre et protéger notre activité économique pour garantir l’avenir. Si notre croissance devenait durablement inférieure aux taux d’intérêt, nous nous exposerions à un terrible effet boule de neige. Chaque année, tous les efforts des Français, c’est-à-dire leurs impôts, iraient enrichir ceux qui nous prêtent au lieu de financer notre avenir. Préférez-vous payer les retraites des cadres américains en remboursant leurs fonds de pension ou investir dans l’avenir de notre éducation et de notre recherche ? ».
 

Philippe Juvin a poursuivi son intervention par deux réflexions sur la méthode.

D'une part, sur le trop grand nombre d'amendements qui ne permettent pas de débattre en toute sincérité et l'incapacité de les faire analyser et évaluer par le Conseil d'État : « Le projet de loi de finances pour 2026 fait 390 pages et nous avons dû passer en revue 1 500 amendements en trois jours. Je vous le dis, mes chers collègues, nous devons vraiment réfléchir à changer nos méthodes de travail. Pour faire des compromis, le Parlement doit avoir du temps pour travailler et se doter de méthodes d’évaluation des propositions du gouvernement. Non seulement les députés travaillent dans la précipitation, mais ils n’ont pas les moyens d’évaluer le coût des mesures proposées par le gouvernement ni même celui de leurs propres propositions. Cela doit changer ! En tant que rapporteur général, dans un délai trop court, j’ai essayé d’écouter tous les groupes politiques, de lire leurs propositions, de les expertiser et de les juger, non sous le prisme de l’idéologie, mais sous celui de leur faisabilité juridique et technique, en gardant toujours à l’esprit le contexte dégradé de nos finances publiques. ».

D'autre part, la manière de débattre, qui veut que les députés ne débattent pas simultanément des recettes et des dépenses : « Je m’interroge sur un point qui ne relève ni du Parlement ni du gouvernement : il s’agit du déroulement des débats. Nous examinons les recettes avant les dépenses et indépendamment. Cette distinction fausse nos débats. Dans l’idéal, nous discuterions les deux simultanément pour pouvoir proposer des mesures cohérentes. Je vous donne un exemple : d’une part, l’État verse des milliards d’euros d’aides aux entreprises tandis que d’autre part, il les ponctionne massivement, bien plus qu’ailleurs ! Si nous voulions tout remettre à plat en réduisant, par un double effacement, les aides publiques et la fiscalité des entreprises, nous ne pourrions pas le faire. En effet, il est tout simplement impossible d’étudier une mesure de ce type, qui prévoirait à la fois des baisses de recettes et des réductions de dépenses. C’est comme si tout était fait pour favoriser l’accumulation de taxes d’un côté, de dépenses de l’autre. ».

Le rapporteur général a regretté qu'il y ait une hausse des recettes et que la réduction du déficit ne se fasse pas complètement par la baisse des dépenses : « Mon sentiment, c’est qu’il n’y a pas suffisamment de réflexions de fond au sujet des dépenses, en particulier au sujet des dépenses inutiles. L’État a peu à peu élargi ses fonctions et, à force de vouloir tout faire, il en est venu à l’impuissance quand il s’agit d’assurer l’essentiel. Savez-vous que, sur 100 euros d’impôts payés, seuls 6 euros sont utilisés pour financer la sécurité intérieure et extérieure ? L’État finance le reprisage des vêtements, le changement des lacets et la taille des braguettes ! Eh oui ! Mais il a de plus en plus de mal à assurer la protection de nos concitoyens ou encore les investissements dans la recherche et dans l’avenir. Pour dépenser moins, nous devons accepter de faire ce que d’autres pays ont fait, le ministre Roland Lescure a évoqué tout à l’heure le Canada du Premier Ministre Jean Chrétien : une revue générale, ligne après ligne, de nos dépenses publiques. Réduire la dépense est difficile et nous savons tous que le chœur des pleureuses se met en mouvement dès qu’on leur demande ne serait-ce que de ne pas plus dépenser que l’année dernière. Ce sera donc difficile. Mais je veux que vous ayez une chose en tête : les Français vous soutiennent. Quelque 72% d’entre eux pensent que l’effort doit passer par la baisse de la dépense. Et si nous dépensons trop, nous taxons trop. Trop taxer, c’est retirer à chaque famille de l’argent qu’elle pourrait dépenser pour elle-même. Si nous dépensons moins, nous redonnons du pouvoir d’achat aux Français. C’est une chose extrêmement simple : c’est justement parce que nous dépensons trop que nous sommes le pays le plus taxé du monde. Quand un Français produit 100 euros, l’État, la puissance publique, lui en prend 43. Certains impôts sont d’ailleurs si élevés qu’ils ne rapportent plus ce qu’ils devaient rapporter, parce qu’on tue la base taxable. Enfin, il faut offrir une stabilité fiscale aux ménages et aux entreprises. Faute de stabilité politique, promettons du moins à nos concitoyens que les règles ne changeront pas d’une année à l’autre et qu’il n’y aura pas de modification de taux, de nouvelle taxe ou de nouvelle règle. Rappelons-le : le pire ennemi du budget des familles et des entreprises, c’est l’instabilité. Les chefs d’entreprise nous demandent chaque année de cesser de changer les règles. Avec 3 400 milliards d’euros de dettes, le jour s’approche où ceux qui nous prêtent nous diront stop. À force de nous voir nous engager à mener des réformes qui ne voient jamais le jour, ils finiront par cesser de nous prêter ou par nous prêter trop cher, ce qui revient au même. Nos voisins sont fatigués. ».

Et le médecin-député LR des Hauts-de-Seine de conclure par l'énoncé de ses quatre principes d'évaluation des amendements : « dépenser moins, taxer moins, stabiliser les règles, encourager le travail ».

Le dernier orateur à intervenir dans la présentation générale du débat budgétaire, c'est un député insoumis, Éric Coquerel, président de la commission des finances, de l'économie générale et du contrôle budgétaire. Rappelons d'ailleurs que la tradition de laisser cette fonction importante à un membre de l'opposition n'est pas dans les textes mais voulue par le Président Nicolas Sarkozy. Éric Coquerel a ainsi commencé anecdotiquement par faire remarquer la présence de Sébastien Lecornu : « La présence d’un Premier Ministre dans l’hémicycle lors du débat budgétaire est inédite depuis un demi-siècle, mais Raymond Barre portait alors la double casquette de Premier Ministre et de ministre des finances. Cela montre peut-être la gravité du moment, ou votre inquiétude, monsieur le Premier Ministre. ».
 


Naturellement, comme les insoumis n'ont rien compris à l'intérêt de la France et des Français, de ses entreprises et de ses familles, Éric Coquerel a dès le début de ses propos, évoqué le "musée des horreurs", car pour eux, efforts égalent horreurs : « Cet énième projet de budget macroniste ne fait donc que prolonger et aggraver les effets néfastes des budgets précédents. C’est un budget antisocial et antiécologique qui, associé à celui de la sécurité sociale, constitue un musée des horreurs inégalitaires, qu’un sursis de trois mois s’agissant de l’âge de départ en retraite, payé par les pensions des retraités, ne saurait atténuer ! ». De même, pour lui, efforts signifient austérité, sans savoir ce que c'est, car il faut observer ce qui s'est passé récemment en Grèce, en Espagne, au Portugal et même en Italie pour comprendre qu'en France, il n'y a encore jamais eu d'austérité !

Le plus hypocrite, c'est de considérer le taux de chômage de manière négative alors que justement, malgré l'incertitude politique et l'instabilité institutionnelle, dont les insoumis sont en grande partie responsables, le chômage est resté heureusement stabilisé à son taux le plus bas depuis une quarantaine d'années : « L’austérité nuit à l’emploi. Le budget Bayrou avait déjà conduit à une aggravation du chômage, passé de 7,4% en 2024 à 7,5% en 2025. Le budget qui nous est présenté pour 2026 accentuerait encore cette tendance. ».

Grâce à Éric Coquerel, on a une petite idée du programme catastrophique de Jean-Luc Mélenchon, sous prétexte démagogique du pouvoir d'achat : « Tout cela est insensé et irresponsable et, comme son prédécesseur de 2025, le budget proposé pour 2026 ne permet pas de répondre aux urgences de l’heure et de l’époque. Face à la baisse organisée du pouvoir d’achat, il faut changer de voie en soutenant les salaires et la consommation populaire. Il faut affirmer la solidarité en renforçant les minima sociaux, les retraites et l’assurance chômage. Il faut une relance écologique et sociale. La hausse des revenus bénéficiera à la consommation. La hausse de la consommation bénéficiera aux carnets de commandes des entreprises. Face au mur climatique, il faut immédiatement faire bifurquer tous les grands secteurs de la vie économique. Il nous faut raisonner et agir en fonction des besoins écologiques de la population. ». Ce député n'a pas encore compris qu'une hausse de la consommation ne se ferait pas forcément au bénéfice des entreprises françaises en raison du lourd déficit du commerce extérieur, si bien que cela n'enrichirait pas la France ni les Français. Ce raisonnement n'est valable que dans un système fermé, une société qui couperait complètement les ponts commerciaux avec ses partenaires étrangers (ce que tend d'ailleurs à faire Donald Trump).

L'idéologie et la démagogie se sont ainsi poursuivies en proposant un choc fiscal de près de 200 milliards d'euros : « Il ne faut pas se résigner. Contrairement à ce que claironnent les porte-voix de la politique de l’offre, il y a bien une possibilité alternative. Oui : en n’allant chercher qu’une partie des cadeaux fiscaux aux plus riches accumulés depuis plusieurs années et sans toucher à ceux de la quasi-totalité des Français, on peut récupérer près de 180 milliards d’euros de recettes. On pourrait ainsi dépenser 80 milliards pour répondre aux besoins sociaux et 50 pour répondre aux besoins écologiques, et on ferait même mieux que vous en termes de déficit ! Il serait possible de revaloriser le SMIC et les minima sociaux, d’introduire une garantie jeunes, de recruter des enseignants et d’investir massivement dans l’hébergement d’urgence pour que personne ne dorme à la rue. Il serait possible de décarboner, d’anticiper et de réparer, au lieu de mégoter sur le budget des sapeurs-pompiers. Nous pourrions bifurquer vers le 100% renouvelable, soutenir sérieusement la conversion agricole vers le bio, garantir le droit à l’eau et mieux protéger nos forêts. Cette bifurcation ne sera pas possible si l’on se contente d’amender ce budget à la marge. Son examen en commission des finances a bien montré qu’il n’est pas possible de l’aménager. Cette semaine, dans la nuit de mercredi à jeudi, la commission des finances que je préside a rejeté le projet de loi de finances pensé par François Bayrou et présenté par le Premier Ministre Sébastien Lecornu, par un vote sans appel, historique : trente-sept voix contre onze. Cette débâcle paraissait inévitable tant ce budget ne pouvait satisfaire aucun bloc. Ce texte était invotable lors de son dépôt à l’Assemblée ; il l’est toujours à l’issue de la discussion en commission. Son essence n’a pas changé : il demande toujours trop à ceux qui ont peu, et toujours trop peu à ceux qui ont beaucoup. ».


C'est bien l'idéologie qui empêche l'extrême gauche d'accepter les mesures pour réduire le déficit, en particulier deux pourtant logiques et raisonnables (c'est la situation actuelle qui n'est pas normale) : « Comment accepter l’article du gouvernement qui prévoit de faire passer à 200 ou 300 euros le prix d’une demande de naturalisation ou de renouvellement de titre de séjour ? C’est une attaque honteuse, violente et injustifiable contre les personnes étrangères. Comment accepter l’amendement qui tend à diviser par deux l’exonération de taxe foncière pour les bailleurs sociaux, en vue de gagner 400 millions d’euros ? ». L'exonération de la taxe foncière pour les bailleurs sociaux est un véritable scandale financier contre les communes qui, d'une part, ne peuvent pas maîtriser l'ensemble des attributions du parc social et, d'autre part, voient leurs finances diminuer d'autant par ce manque-à-gagner.
 


Ce qui est notable, c'est qu'Éric Coquerel a reconnu quand même que la gauche est minoritaire dans cette Assemblée, mais qu'il ne l'assume pas : « Il y a eu de nombreux votes communs entre le bloc central et l’extrême droite s’agissant de la culture, de l’environnement, des droits humains, des plus défavorisés. Tous ces votes alarmants sont sans doute le signe d’une trumpisation des esprits, jusque dans notre assemblée. ».

Pour finir, le président de la commission a prôné la censure au plus tôt, ce qui laisse entendre une collusion tacite avec l'extrême droite (ce qui n'est pas nouveau dans l'histoire politique) : « Comme je l’ai dit, ce texte était invotable à l’origine. Il l’est toujours après avoir été discuté en commission, et je ne vois pas comment il en irait autrement en séance. Si d’aventure certains à l’Élysée cherchaient encore à rejeter la faute sur l’Assemblée au nom de sa prétendue incapacité à voter un budget, force est de constater pourtant que le travail parlementaire a été bien mené, et je salue d’ailleurs le rapporteur général, les commissaires et nos administrateurs. Tous les arguments ont été échangés, l’Assemblée Nationale étant représentative du peuple. Le problème, la cause du blocage, réside dans l’obstination à pousser un texte dès le départ minoritaire et qui, à l’issue de son examen en commission, n’est plus soutenu que par un seul groupe. Je ne vois donc pas comment un tel parcours n’aboutirait pas à un échec en séance et à la censure du gouvernement pour éviter que celui-ci ne soit tenté de jouer la montre pour passer son texte par voie d’ordonnance en cas de dépassement des soixante-dix jours. En cas de censure, la loi spéciale pourrait être une solution, pas pire que le budget qu’on nous prépare, en attendant de nouvelles élections, que je souhaite présidentielles, et qui permettraient au peuple de dire quel cap il souhaite pour le pays. ».

Cet argument est doublement ridicule. D'abord, vu l'éclatement de l'Assemblée, aucun texte budgétaire présenté ne pourrait être autrement que "minoritaire", même et surtout s'il était présenté par les insoumis ! Ensuite, il est faux de dire qu'une loi spéciale serait votée. Il est probable qu'en cas de nouvelle censure, le Président Emmanuel Macron prendrait la décision de dissoudre l'Assemblée et il n'y aurait plus de députés pour voter la loi spéciale avant le 31 décembre 2025 (de nouvelles élections, dans un tel cas, seraient organisées en pleines vacances de Noël !). C'est d'autant plus surprenant de la part d'Éric Coquerel que la loi spéciale qu'il a proposée serait en fait la reconduction du budget 2025 qu'il affirmait l'an dernier être catastrophique !

Le débat s'est ensuite poursuivi par l'examen d'une motion de rejet préalable déposée par le groupe insoumis, qui a heureusement été rejetée. Le dépôt de cette motion a montré le très peu de sens des responsabilités du groupe insoumis qui ne voulait pas examiner le projet de loi des finances, alors que s'il y a bien une seule obligation morale pour un parlementaire, c'est de voter le budget de la nation. Les insoumis seraient-ils des fainéants en plus d'être des irresponsables ?

 

Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


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Interview du Premier Ministre François Bayrou le 5 septembre 2025 sur RTL (texte intégral et vidéo).
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22 octobre 2025 3 22 /10 /octobre /2025 04:40

« J'ai le sentiment qu'il ne faut jamais bâtir ou vouloir bâtir une carrière politique en ne faisant que cela. On ne peut s'engager dans la vie publique au service de ses concitoyens que si, professionnellement, d'une manière générale, on a eu l'occasion de service ses concitoyens à travers une vie professionnelle différente. Peut-on défendre les intérêts de ses concitoyens et dire qu'en leur nom, on défend telle ou telle cause si on n'a pas eu l'occasion de pratiquer autre chose d'une manière moins conflictuelle mais ô combien instructive. » (Daniel Hoeffel, le 19 décembre 2019).



 


L'ancien ministre alsacien Daniel Hoeffel est mort le mardi 14 octobre 2025 à l'âge de 96 ans (il est né le 23 janvier 1929). Il faisait partie, avec Marcel Rudloff, des deux centristes alsaciens qui ont repris la succession de l'historique Pierre Pflimlin, ancien Président du Conseil, dans l'incarnation politique de Strasbourg et de l'Alsace, tant en France qu'en Europe, à qui on doit que Strasbourg est une capitale européenne, siège du Parlement Européen.

Parce que protestant (il a eu de nombreux pasteurs dans sa famille, en particulier son grand-père Charles-Frédéric Hoeffel, et aussi son frère Michel Hoeffel, président de l'Église protestante de la confession d'Augsbourg, d'Alsace et de Lorraine), il ne paraissait pas forcément très jovial d'un premier abord, néanmoins, il avait de l'humour et n'hésitait pas à en user. Daniel Hoeffel a longtemps était le fils de son père, Robert Hoeffel, agriculteur, sénateur RPF sous la Quatrième République de 1948 à 1959 (plus exactement, membre du Conseil de la République, chambre haute). Daniel Hoeffel a ainsi été élu maire de Handschuheim en mars 1965, reprenant la succession de son père (ce dernier, maire de 1937 à 1965), et l'est resté jusqu'en mars 2008, soit pendant quarante-trois ans !

Mais maire n'était pas forcément une véritable activité politique pour Daniel Hoeffel et il a toujours milité pour qu'un responsable politique ne vienne pas de nulle part mais de la vie réelle, avec une véritable vie professionnelle, pour comprendre la vie quotidienne des gens.

Toutefois, il était passionné par la politique. D'abord, son père parlementaire, ensuite, ses études le prédisposaient à la politique : diplômé de l'Institut d'études politiques de Strasbourg, il a fait une thèse de doctorat en droit sur le droit de dissolution sous la Quatrième République, qui n'est pas sans rappeler une actualité brûlante aujourd'hui. Il a fait une première carrière comme attaché à la chambre patronale du Bas-Rhin et fut membre du cabinet du général Pierre Koenig, Ministre de la Défense nationale te des Forces armées du 23 février 1955 au 6 octobre 1955.
 


Son entrée dans la vie politique s'est faite progressivement jusqu'au sommet du pouvoir politique, le gouvernement. Élu en 1973 au conseil économique et social d'Alsace dont il a été le président de 1976 à 1977, Daniel Hoeffel s'est présenté comme tête d'une liste de la majorité aux élections sénatoriales (où figurait Marcel Rudloff qui fut aussi élu). Il fut élu sénateur du Bas-Rhin de septembre 1977 à septembre 2004, sans discontinuer sauf lorsqu'il était au gouvernement, avec l'étiquette centriste du CDS, faisant partie de l'UDF, puis de l'UMP à partir de 2002.

Bombardé à la présidence du groupe Union centriste au Sénat dès 1977, Daniel Hoeffel est entré par cette qualité au gouvernement de Raymond Barre : Secrétaire d'État (auprès d'abord de Simone Veil) chargé de la Santé et de la Famille, du 3 avril 1978 au 2 octobre 1980, puis aux Postes et Télécommunications par intérim, ainsi que Ministre des Transports du 2 octobre 1980 au 2 mai 1981. Daniel Hoeffel retourna au gouvernement sous la deuxième cohabitation, appelé par Édouard Balladur, comme Ministre délégué auprès de Charles Pasqua chargé de l'Aménagement du territoire et des Collectivités locales du 30 mars 1993 au 11 mai 1995, attributions qui étaient alors une évidence pour lui.

C'est pendant cette période giscardienne (fin années 1970) qu'il est devenu un élu alsacien incontournable : il a été élu président du conseil général du Bas-Rhin de mars 1979 à mars 1998, pendant près de vingt ans, l'un des départements les plus prospères de France (élu d'un canton de Strasbourg). Mine de rien, avec son mandat de maire, il cumulait trois fonctions exécutives ou parlementaires (maire, président de conseil général et sénateur ou ministre), et a pris de nombreuses responsabilités d'élus locaux, en particulier, il a été président de l'Association des maires du Bas-Rhin, et surtout, président de l'Association des maires de France de 2002 à 2004. Au Sénat, il fut aussi premier vice-président du Sénat de 2001 à 2004.


Son élection sur un canton de Strasbourg n'était pas évidente pour lui puisqu'en mars 1979, il s'était présenté contre le sortant, un cacique du RPR, André Bord, qu'il a battu de justesse (moins d'une centaine de voix), ce qui lui a permis de conquérir la présidence du département (cette bataille alsacienne reprenait les enjeux de la querelle nationale entre Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac). André Bord, ancien résistant, député, ancien ministre, élu municipal de Strasbourg, avait présidé le conseil général de 1967 à 1979. Les deux ont cru que l'autre n'irait pas jusqu'au bout de sa candidature. Plus tard, Daniel Hoeffel a lâché sur cette amère bataille ce commentaire désolé : « Fin d’une épreuve moralement, psychologiquement et amicalement très dure ».

En mars 1992, il a mené à la victoire la liste UDF-RPR aux élections régionales en Alsace, mais pour conserver ses mandats de sénateur et président de conseil général, il a laissé la présidence du conseil régional d'Alsace au sortant et ami Marcel Rudloff, ancien maire de Strasbourg de 1983 à 1989, qui a présidé l'Alsace de 1980 à 1996 (en mars 1992, Marcel Rudloff a démissionné de son mandat de sénateur pour siéger... au Conseil Constitutionnel ; à l'époque, ses membres pouvaient conserver leurs mandats locaux, parfois importants).


Pendant une vingtaine d'années, Daniel Hoeffel (comme Marcel Rudloff) représentait les anciens dans la querelle entre les anciens et les modernes au sein du parti centriste, le CDS, hégémonique en Alsace (parlementaires, élus locaux, etc.). Mais il a fini par échouer lorsqu'il s'est trouvé confronté, aux élections sénatoriales de septembre 2004 (il avait alors 75 ans), à un autre centriste, Philippe Richert, son successeur à la présidence du conseil général du Bas-Rhin, qui l'a emporté (la liste dissidente sde Daniel Hoeffel n'ayant recueilli que 12,8% des voix). Ces élections ont été annulées et se sont reproduites quelques mois plus tard, mais Daniel Hoeffel avait compris qu'il était temps pour lui de décrocher et de laisser la place aux jeunes. Il a fini son mandat de maire jusqu'en mars 2008 (il avait 79 ans) et s'est retiré de la vie politique.
 


Passionné par la construction européenne, il n'imaginait pas l'Alsace sans la France, mais non plus sans l'Europe qui fait la force de la France, Daniel Hoeffel, en tant que sénateur, a été membre de l'Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe de novembre 1995 à novembre 2001. En particulier, il a publié le 19 avril 2000 un rapport sur le rôle du Conseil de l'Europe dans l'aménagement du territoire dans lequel il a écrit : « Tout en étant consciente de l'importance du rôle dans ce domaine de l'Union Européenne aux niveaux de ses pays membres et des pays limitrophes à l'Union, l'Assemblée reste convaincue que le Conseil de l'Europe constitue le cadre approprié pour une approche paneuropéenne globale et, plus particulièrement, pour ce qui concerne les pays d'Europe centrale et orientale, non membres de l'Union et non limitrophes de celle-ci. ».

Dans le même esprit, il avait milité pour la création du Conseil d'Alsace en avril 2013, rejeté par référendum mais qui finalement, a réussi à émerger en janvier 2021 sous l'appellation Collectivité européenne d'Alsace, regroupant les deux conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin avec près de 2 millions d'habitants. En bon Alsacien, il s'était auparavant opposé à la fusion de l'Alsace dans la région Grand Est en 2015.

Rendant hommage à Daniel Hoeffel dans "Les Dernières Nouvelles d'Alsace" le 16 octobre 2025, le journaliste Jacques Fortier a écrit : « Il incarna le centriste alsacien fidèle, rigoureux et généreux. (…) Daniel Hoeffel, avec son élocution martelée, ses discours en trois points, son sens de la litote, son humour à froid, a marqué une page de l’histoire alsacienne. Bien des élus actuels lui doivent beaucoup, qui l’ont ensuite un peu oublié. L’homme ne s’en offusquait pas. Ceux qui le connaissaient bien savaient qu’à côté d’une rigueur tout alsacienne, fier de ses ascendances paysannes, il cultivait aussi une bienveillante philosophie. ». RIP.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Pilier de la politique alsacienne, ex-ministre… Daniel Hoeffel, la rigueur et la philosophie", de Jacques Fortier, le 16 octobre 2025, dans "Les Dernière Nouvelles d'Alsace".
André Santini.
Daniel Hoeffel.
Olivier Stirn.
Claude Malhuret.
Didier Borotra.
François Bayrou.
Jean-François Kahn.
Laurence Vichnievsky.
Monique Pelletier.
Olivier Falorni.
Henri Grouès.
Anne-Marie Comparini.
Marielle de Sarnez.

 

 

 

 

 

 

 

 

 







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251014-daniel-hoeffel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/daniel-hoeffel-grand-defenseur-de-263920

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/10/17/article-sr-20251014-daniel-hoeffel.html


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20 octobre 2025 1 20 /10 /octobre /2025 04:44

« Je me demande si l'on n'en a pas trop fait pour les obsèques de François Mitterrand. Je ne me souviens pas qu'on en ait fait autant pour Giscard. »



 


Ci-dessus, c'est un petit échantillon d'un humour décapant. Cela prend moins bien aujourd'hui, mais la phrase a été prononcée en 1996, à l'époque où le Président Valéry Giscard d'Estaing, fondateur de l'UDF, parti auquel son auteur appartenait, remuait toujours (était bien vivant). Bien vivant, bon vivant, c'est sans doute ce qui caractérise ce faux rond de toujours maire centriste d'Issy-les-Moulineaux André Santini qui fête son 85e anniversaire ce lundi 20 octobre 2025.

Cette petite phrase lui a valu le Prix de l'humour politique, auquel il concourt régulièrement, tant ses petites phrases font les délices de ses amis parlementaires. Un humoriste. André Santini, c'est Edgar Faure, Bernard Blier et Jean Lecanuet (pour les mandats) réunis dans le même corps. C'est lui qui disait d'ailleurs que pour faire de la politique, pour rassurer les électeurs, pour avoir l'autorité sur l'administration, il fallait être soit grand soit gros. Lui a choisi assez tôt !

Sa réputation de personnalité drôle n'est plus à refaire. Savourez ces autres échantillons. 1989 : « Saint Louis rendait la justice sous un chêne. Pierre Arpaillange la rend comme un gland ! » [Pierre Arpaillange était Ministre de la Justice]. 1990 : «  Mgr Decourtray n'a rien compris au préservatif. La preuve, il le met à l'index ! ».1996 : « Alain Juppé voulait un gouvernement ramassé, il n'est pas loin de l'avoir. ».

À lui tout seul, il est un monument de la politique française, et à l'époque des mandats furtifs, il est parmi les rares à rester ce qu'étaient généralement les vieux dinosaures d'un ancien monde, à l'époque très ordinaires, mandats longs et cumuls : « Un certain cumul est plus une force qu'une faiblesse ! », disait-il au quotidien "Le Figaro" le 26 juillet 2010.


On considère généralement qu'André Santini est un homme de droite, mais c'est une erreur. À l'origine, il était membre du petit parti politique PSD, le parti social-démocrate, dont il était le secrétaire général de 1985 à 1995. Qu'était ce parti ? Je ne vais pas en faire dix tonnes, il a été créé en décembre 1973 par Max Lejeune, un ancien de la Quatrième République, en scission du parti socialiste en 1972, c'étaient les socialistes qui ont refusé l'union de la gauche et son programme commun, principalement par anticommunisme. Petit à petit, le PSD s'est rapproché du centre, a intégré la confédération centriste qu'était l'UDF puis, le 25 novembre 1995, a fusionné dans Force démocrate, nouveau nom du Centre des démocrates sociaux, le parti de François Bayrou qui a repris quasiment l'ensemble de l'UDF en 1998 sous l'appellation de Nouvelle UDF (devenue MoDem en 2007). Se positionnant au centre droit, il a soutenu Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle dès février 2007, est devenu membre du Nouveau Centre en 2007 puis de l'UDI à partir de 2012. Il a d'ailleurs été l'imposant président de la fédération régionale d'Île-de-France de l'UDF de 2003 à 2007, puis président délégué du Nouveau Centre.

S'il fallait résumer en un seul mandat André Santini, il dirait sans aucun doute maire d'Issy-les-Moulineaux, l'une des villes les plus peuplées de la région parisienne, qu'il dirige d'une main de maître depuis février 1980 (plus de quarante-cinq ans !). Il l'a modernisée, embellie, choyée. Auparavant, il était adjoint à Issy de mars 1977 à février 1980, et encore auparavant, premier adjoint au maire de Courbevoie de mars 1971 à mars 1977. Sa réélection en mars 2020 à l'âge de 79 ans pour un huitième mandat a été faite dès le premier tour avec 60,3% des voix dans une union entre Les Républicains, l'UDI (son parti) et LREM (futur parti Renaissance).

André Santini est entré au gouvernement relativement jeune (à 45 ans), le premier gouvernement de cohabitation dirigé par le maire de Paris Jacques Chirac. Il était Secrétaire d'État aux Rapatriés du 20 mars 1986 au 29 septembre 1987, puis, à la suite de la démission de Philippe de Villiers, Ministre délégué auprès de François Léotard chargé de la Communication du 29 septembre 1987 au 10 mai 1988. Il a retrouvé un portefeuille dans le gouvernement de François Fillon, comme Secrétaire d'État chargé de la Fonction publique du 19 juin 2007 au 23 juin 2009, probablement son cadeau pour avoir soutenu Nicolas Sarkozy dès le premier tour en 2007 (au lieu de François Bayrou, président de l'UDF).

Par ailleurs, il a eu de nombreux autres mandats, notamment à l'échelle nationale, député des Hauts-de-Seine de juin 1988 à avril 2001 (il a démissionné pour des questions de cumul des mandats, à cause du conseil général), et de juin 2002 à juin 2017 (sauf lorsqu'il était ministre). Il a notamment été président de la commission des affaires économiques de l'Assemblée Nationale d'avril 1993 à avril 1994 et vice-président de l'Assemblée Nationale de juin 1997 à septembre 1998. Pour la petite histoire, son suppléant en 2007 était le sarkozyste Frédéric Lefebvre et son successeur dans sa circonscription est Gabriel Attal depuis 2017 (élu en battant le candidat UDI soutenu par André Santini, dont il était le candidat suppléant).

 


Et aussi à l'échelle locale, premier vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine de mars 2011 à juillet 2002 sous la présidence de Charles Pasqua (il a redémissionné pour retrouver son mandat de député), président de la communauté d'agglomération Arc de Seine de 2004 à 2010 et vice-président de la métropole du Grand Paris chargé de la stratégie économique depuis janvier 2016... et plein d'autres fonctions comme l'indéboulonnable présidence du Syndicat des Eaux d'Île-de-France (SEDIF) depuis le 20 mai 1983 (quarante-deux ans !), c'est probablement l'une des fonctions annexes qui importent le plus à André Santini dont le maintien à la présidence n'a jamais été acquis car il avait de solides adversaires politiques, et présidence du conseil de surveillance de la Société du Grand Paris du 21 juillet 2010 au 10 juillet 2015.

Je me suis engagé dans sa campagne régionale en mars 2004. Il voulait être président du conseil régional d'Île-de-France avec l'étiquette de l'UDF, et n'a pas hésité à braver les listes UMP menées par le cacique Jean-François Copé, dans l'optique de battre le président socialiste sortant Jean-Paul Huchon. Les listes Santini ne sont arrivées qu'en troisième place avec 16,1% (ce qui était très honorable) derrière le PS (31,9%) et l'UMP (24,8%), mais devant les listes FN menées par Marine Le Pen (12,3%).


C'est un maire très exigeant et il est capable de piquer des colères contre le retard en séance d'un jeune conseiller municipal, à l'instar d'un prof... qu'il est ! Car André Santini, dans la "vie civile", est un docteur en droit. Il a pondu en 1985 une thèse de plus de 1 000 pages sur "Le régime fiscal des sociétés étrangères en droit comparé", ce qui l'a conduit à avoir une carrière universitaire ; auteur d'une quinzaine d'essais, il est maître de conférences. Il est aussi diplômé de l'IEP Paris (Science Po), des Langues O (Inalco), pour le japonais, et de l'Institut des hautes études internationales (il a aussi été membre de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée Nationale).

J'ai eu la chance de le rencontrer de nombreuses fois au sein de Force démocrate et de l'UDF pour des rencontres nationales (congrès, etc.) ou locales. À l'évidence, on ne s'ennuie jamais à son contact, il a une capacité à formuler les choses avec humour, autodérision et de manière très juste et synthétique. L'art de la formule est l'un de ses meilleurs talents. Il n'est pas donné à tout le monde.

Je propose deux exemples d'histoires qu'il a racontées et qui étaient très intéressantes.

La première, comme maire d'Issy-les-Moulineaux. Comme tous les grands maires qui veulent durer, il dorlote ses habitants, parfois, cela peut être dangereux. Ainsi, lors d'un événement public à Issy, André Santini s'est fait apostropher très vertement par un habitant, mais il n'a pas compris pourquoi. Il a demandé à un proche d'aller chercher à comprendre ce qui s'était passé. La raison était amusante : la mairie offre un petit lot de bienvenue à chaque naissance, un paquet rose ou un paquet bleu selon le sexe de l'enfant (André Santini est de la vieille école). C'est très sympathique pour les parents et c'est une manière de fêter le nouvel habitant (et pour André Santini, cela peut fidéliser le futur nouvel électeur, car lorsqu'on reste en mairie quarante-cinq ans, dix-huit ans est finalement une période assez courte !). Le problème, c'est que ce cadeau avait été adressé à la famille officielle alors que l'enfant en question était né d'une liaison extraconjugale, ce qui a révélé une liaison inappropriée et cassé un foyer.

L'autre histoire, elle est plus grave et je la date d'autour de 1996-1997. Devant une cinquantaine de personnes de son parti, lors d'un dîner-débat, André Santini tenait une conférence, parlait à bâtons rompus, comme dans un one-man-show, et il en est venu à un sujet très sérieux. Il est né à Paris mais ses origines sont corses, comme son nom, et il a bien sûr des "réseaux corses" qui lui permettaient de bien comprendre ce qui se passait en Corse depuis plusieurs décennies. Et il expliquait, même, il mettait en garde le gouvernement sur le fait que, d'après tout ce qu'il a entendu, il était hélas probable qu'il allait y avoir un fait d'une extrême gravité, un attentat ou un action violente d'une extrême gravité. Il ne menaçait pas, bien sûr, mais il s'inquiétait de ce qu'il entendait depuis la Corse. Ses analyses politiques ont souvent été justes et, hélas, celles pour la Corse aussi puisque le 6 février 1998, le préfet de région Claude Érignac (que j'ai connu à Nancy lorsqu'il était préfet de Meurthe-et-Moselle) a été (sauvagement) assassiné... (il n'imaginait pas que cela serait allé jusqu'à l'assassinat d'un préfet, ce qui est très rare).

Avec André Santini, on ne rigole donc pas toujours. Mais on ne s'ennuie jamais. Bon anniversaire à lui !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2025)
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Pour aller plus loin :
André Santini.
Daniel Hoeffel.
Olivier Stirn.
Claude Malhuret.
Didier Borotra.
François Bayrou.
Jean-François Kahn.
Laurence Vichnievsky.
Monique Pelletier.
Olivier Falorni.
Henri Grouès.
Anne-Marie Comparini.
Marielle de Sarnez.

 


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251020-andre-santini.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/andre-santini-le-grand-seigneur-263515

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19 octobre 2025 7 19 /10 /octobre /2025 21:11

« Pour ma part, si je suis pour une économie libérale et sociale, c'est-à-dire pour une économie de marché faisant toute sa place à une juste répartition des richesses, je suis une progressiste sincère dans le domaine des problèmes de société. Je n'aime pas les réactionnaires et les conservateurs : mieux vaut accompagner les évolutions que les refuser, car cela permet d'en maîtriser les effets pervers quand il y en a. (…) Suis-je à gauche ou à droite ? Aujourd'hui, je n'en sais rien et cela n'a guère d'importance. Seuls comptent à mes yeux le comportement que l'on adopte, la sincérité, le courage, l'amour des autres et de la vie. » (Monique Pelletier, 2011).



 


Femme moderne, femme discrète. Monique Pelletier est partie sur la pointe des pieds ce dimanche 19 octobre 2025, laissant ses sept enfants, et ses nombreux petits-enfants et arrière-petits-enfants dans le manque d'une femme forte, présente, aimante. Elle venait d'atteindre 99 ans cet été.

Monique Pelletier, c'était des réalisations durables voire révolutionnaires sans tambours ni trompettes. Elle n'était pas dans la posture comme de nombreuses féministes revendiquées d'aujourd'hui, mais dans l'efficacité discrète, celle d'accompagner une société en perpétuelle évolution, celle d'accepter la modernité sociétale pour mieux l'encadrer, mieux en éviter les débordements.

Avocate puis juge pour enfants, Monique Pelletier connaissait particulièrement bien les problèmes familiaux au début des années 1970, en particulier les problèmes d'avortement mais aussi de drogues. Par les hasards d'une rencontre avec Michel Poniatowski, elle a été la première responsable à présenter un rapport sur la drogue sur demande du Président Valéry Giscard d'Estaing en 1977, demandant une meilleure prise en charge des toxicomanes dans les instances médicales. Le rapport est resté lettre morte à cause du conservatisme de la majorité de l'époque, mais le Président de la République a vu dans son auteure un potentiel très fort.

C'est donc par la "société civile" que Monique Pelletier a fait son entrée en politique, par une petite porte comme élue municipale à Neuilly-sur-Seine de mars 1971 à mars 1983 (adjointe du maire Achille Peretti chargée des commerces et des marchés à partir de mars 1977), et par la grande porte lorsque le Premier Ministre Raymond Barre lui a proposé d'intégrer son gouvernement comme Secrétaire d'État à la Justice (auprès du garde des sceaux Alain Peyrefitte) du 10 janvier 1978 au 12 septembre 1978, puis comme Ministre déléguée à la Condition féminine du 12 septembre 1978 au 4 mars 1981 (et aussi à la Famille à partir de février 1980), succédant à Françoise Giroud (et précédant la socialiste Yvette Roudy).

 


Considérée avant tout comme giscardienne, elle était membre du CDP (Centre démocratie et progrès), entre 1969 et 1974, un parti centriste issu du Centre démocrate (CD) de Jean Lecanuet (issu du MRP) mais qui a choisi de soutenir Georges Pompidou en 1969 (le CDP et le CD se sont réunifiés au sein du CDS en 1976). Elle travaillait sur la condition féminine au sein de ce parti. À l'élection président de 1974, son soutien à VGE l'a amenée naturellement à rejoindre les Républicains indépendants (RI, puis PR, Parti républicain). PR ou CDS, finalement, il y a peu de différence à part la philosophie politique d'origine (libérale ou démocrate chrétienne), car les deux familles politiques se sont unies en 1978 dans l'UDF. Au sein du PR, d'ailleurs, elle n'était pas vraiment en phase avec la jeune garde François Léotard, Alain Madelin et Charles Millon qui incarnaient plus un libéralisme conservateur que son progressisme n'a jamais vraiment supporté. En 1988, Monique Pelletier a fait très activement campagne pour la candidature de Raymond Barre à l'élection présidentielle.

Parmi ses réalisations de ministre, elle a fait adopter la reconduction de la loi Veil en 1979 (loi n°79-1204 du 31 décembre 1979), la loi Veil était une loi sur cinq ans qui devait être reconduite par une nouvelle loi ; c'est elle qui a insisté pour qu'elle puisse s'en charger car le sujet lui tenait à cœur (elle était ainsi en ce sens une seconde Simone Veil qu'elle a côtoyée au gouvernement et qu'elle a retrouvée au Conseil Constitutionnel), même si elle aurait préféré aller plus loin, ce que les socialistes au pouvoir ont fait, à savoir le remboursement de l'IVG par la sécurité sociale. Elle a en outre fait adopter la loi qui criminalise le viol, en 1980 (loi n°80-1041 du 23 décembre 1980) ; avant, le viol n'était qu'un simple délit (aux yeux de ces messieurs législateurs !).

 


En décembre 1978, alors qu'elle venait d'être nommée ministre, son mari (qui avait 58 ans) a été victime d'un AVC et a eu des séquelles graves, restant en situation de grand handicap jusqu'à sa mort en 2015. Monique Pelletier a profité de l'échec de son camp (et de sa candidature aux élections législatives) de 1981 pour quitter la scène politique et se recentrer sur ses activités d'avocate des familles, d'une part, et de proche aidant pour accompagner son mari dans ses difficultés au quotidien, d'autre part. Monique Pelletier a ainsi pu comprendre l'enjeu terrible de ces situations de dépendance, dues à un accident (de santé ou de la vie) ou à la vieillesse, ce qui l'a conduit à présider le Conseil national Handicap pour faire évoluer la société sur le regard qu'on peut porter aux personnes en situation de handicap.

Elle a raconté cette aventure humaine dans un livre en octobre 1995 : « Si le mot bonheur a un sens, je peux me flatter de l’avoir compris mieux que les autres. J’avais tout : un mari brillant qui m’aimait, sept enfants merveilleux, un travail passionnant. On était en 1978 : je venais d’être nommée ministre. Pouvait-il rien m’arriver ? Le bonheur ? La chance ? Le hasard ? Qu’on appelle cela comme on voudra. Mais trop de bonheur, peut-être, trop de chance, trop de hasard. Le jour de Noël de cette année-là, notre vie a basculé. Jean-Marc, mon mari, victime d’une thrombose de la carotide, a sombré dans un coma profond qui l’a conduit aux portes de la mort. Quand, enfin, il s’est réveillé, je l’ai regardé sans comprendre. Rien ne me rappelait l’homme que j’aimais, sinon la certitude que c’était ainsi qu’il était désormais : vivant, oui, mais paralysé, hémiplégique et aphasique. Nous avons dû, l’un et l’autre, reconstruire nos vies. Elles ont, l’une et l’autre, trouvé un nouveau sens, pris une nouvelle direction, au-delà de la ligne brisée. » ("La Ligne brisée", éd. Flammarion).


On peut comprendre que ces difficultés de la vie l'ont durablement éloignée des vicissitudes de la vie politique. Elle a néanmoins fait un petit retour remarqué lorsque le Président Jacques Chirac l'a nommé membre du Conseil Constitutionnel de mars 2000 à mars 2004, lorsqu'il a fallu terminer le mandat de Roland Dumas qui avait démissionné en raison d'affaires judiciaires.

Son expérience avec son mari très diminué, Monique Pelletier en a fait aussi un combat politique pour, d'une part, promouvoir une véritable politique de solidarité portée sur la dépendance (cette fameuse cinquième branche de la sécurité sociale qu'on peine à édifier), et d'autre part, pour dénoncer l'éventuelle légalisation de l'euthanasie qui serait une solution financièrement trop facile et désastreuse face à ces personnes dépendantes. L'ancienne ministre se révoltait contre le scandale de certains EHPAD privés (bien avant que l'affaire Orpea fût révélée), dès novembre 2018 : « En témoignent les énormes bénéfices de ces EHPAD privés, d'autant plus que tout y est rationné : le nombre des aides-soignantes est insuffisant. Chacune d'entre elles assure les soins de quatre résidents au moins et de dix, vingt, voire trente la nuit. Le temps des soins quotidiens consacrés à chaque résident ne dépasse pas dix minutes. Ils n'ont qu'une douche par semaine et quelques minutes de toilette les autres jours. Ajoutons que la somme allouée aux cuisiniers pour quatre repas par jour est rarement supérieure à 4 euros par résidents ! Ces carences graves expliquent les grèves inédites, en début d'année, de ces aides-soignantes qui ne peuvent dispenser les soins nécessaires et se sentent responsables de ces maltraitances. Ce régime accélère la mort des personnes dépendantes (en moyenne, deux ans après leur entrée), laquelle intervient souvent en service d'urgences hospitalières, faute de présence médicale dans l'établissement. Ces "maltraitances" ne sont pas acceptables. ».


En fin de vie elle-même, elle résidait en EHPAD lorsqu'elle est venue à disparaître, après une vie bien chargée et occupée par l'attention portée aux autres. Emmanuel Macron a rendu hommage à cette grande dame ainsi : « Le Président de la République et son épouse saluent ce parcours de cette avocate universelle, femme de tête et femme d’État, qui défendit une vision de la France dont nous sommes aujourd’hui tributaires. ». RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Humaniste et féministe sans l'appellation.
Une femme en avance.
Monique Pelletier.
Jean-Claude Gaudin.
Claude Malhuret.
Valéry Giscard d’Estaing.
Philippe de Villiers.
Jean-Pierre Soisson.
François Léotard.
Michel Poniatowski.
Jean-Pierre Raffarin.
Jean-Pierre Fourcade.
Jean de Broglie.
Christian Bonnet.
Gilles de Robien.
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.


 




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29 août 2025 5 29 /08 /août /2025 13:15

« La social-démocratie, la collaboration de classes, est la seule solution courageuse. Car comprendre, c’est plus difficile que de combattre ou de dominer. Le vrai courage, c’est d’être ensemble. (…) Seule une social-démocratie adaptée au continent européen permettra de faire progresser notre société. » (Olivier Stirn en 1981).





 


"Une certaine idée du centre" est un ouvrage politique qu'il a sorti en 1985 (chez Albin Michel). L'ancien ministre Olivier Stirn est mort ce jeudi 28 août 2025 à l'âge de 89 ans et demi (il est né le 24 février 1936). C'était une grande figure de la Cinquième République et en même temps, une sorte d'OVNI de la vie politique associé à la valse des étiquettes.

Membre de cabinets ministériels sous De Gaulle (il a notamment été le chef de cabinet de Jacques Chirac lorsque ce dernier était Secrétaire d'État à l'Emploi), il a été élu député à 32 ans et a été nommé ministre sous Georges Pompidou, sous Valéry Giscard d'Estaing et sous François Mitterrand. Il a même failli revenir encore sous Jacques Chirac !

Parlementaire assidu et combatif à l'Assemblée Nationale, il s'est particulièrement préoccupé, au sein du gouvernement, aux DOM-TOM, procédant à la départementalisation de Saint-Pierre-et-Miquelon et à l'indépendance des Comores (sauf Mayotte) et de Djibouti, et au Tourisme. Il fut implanté en Normandie, maire de Vire, dans le Calvados, conseiller général, parlementaire, puis il a essayé de s'installer dans la Manche, à Cherbourg.


J'ai évoqué assez précisément la carrière politique d'Olivier Stirn il y a quelques années. Ce qui a marqué, comme écrit plus haut, c'était la valse des étiquettes. Ses convictions étaient pourtant réelles : un attachement constant à la construction européenne, le sentiment que la France pourra garder sa puissance seulement au sein d'une Europe organisée et solide, et aussi la revendication d'un centrisme politique fort, qui soit indépendant des camps politiques. Il se revendiquait social-démocrate, et très étrangement, il a fait partie à peu près de tous les partis de gouvernement sauf du CDS, le Centre des démocrates sociaux (parti fondé par Jean Lecanuet et qui fut présidé par la suite par François Bayrou).

La liste des étiquettes donne le vertige : d'abord député gaulliste, étiqueté UDR en 1968, puis RPR. Social-libéral en 1977, dans un microparti qu'il a créé, puis en 1978, il s'est retrouvé radical au sein de l'UDF dans la nouvelle Assemblée entre 1978 et 1984. Avant la victoire de François Mitterrand, il a cherché à rencontrer le futur Président de la République. Pourquoi ? Pour lui assurer, le cas échéant, une place d'ouverture au même titre que Michel Jobert, alors que les sondages prédisaient la réélection de VGE ?

Olivier Stirn a pris réellement son risque politique aux élections européennes de juin 1984. Le mode de scrutin et le contexte européen (panne d'idée et de projet) étaient favorables, selon lui, à une liste centriste qui dépassait le clivage gauche/droite dans un pays particulièrement divisé par ce clivage politique. Lui, issu de la droite, s'est allié avec François Doubin, le patron du MRG (radicaux de gauche) et Brice Lalonde, de Génération Écologie (candidat des écologistes en 1981). À eux trois, au sein d'une liste qu'ils ont baptisée ERE (Entente radicale et écologiste pour les États-Unis d'Europe), ils ont rafraîchi la campagne européenne par une communication résolument tournée vers l'Europe et pas vers la politique intérieure française, avec des candidats plutôt jeunes.

 


Toutefois, la situation politique intérieure était loin d'être porteuse d'une telle liste. La France était profondément divisée avec la volonté de revanche, à cause du projet d'interdire l'enseignement privé, si bien que des millions de manifestants protestaient contre la réforme Savary. En outre, Jacques Chirac, président du RPR, et Jean Lecanuet, président de l'UDF, ont conclu un accord pour présenter une liste commune UDF-RPR menée par Simone Veil, ancienne Présidente du Parlement Européen, malgré les différences d'approches politiques sur l'Europe, afin de rendre plus efficace leur opposition politique au gouvernement socialo-communiste. Le succès de la liste Veil (43,0%), remportant 41 sièges sur les 81 réservés à la France, ainsi que les débuts électoraux du Front national (l'extrême droite a fait jeu égal avec le parti communiste français), ont effacé tout espace politique pour la liste menée par Olivier Stirn qui n'a obtenu que 3,3%.

L'ancien ministre de droite Olivier Stirn a franchi le Rubicond pour les élections législatives de mars 1986 puisqu'il a quitté son étiquette UDF pour rejoindre celle du PS, alors même que le PS allait perdre ces élections. Néanmoins, réélu député PS en 1988, il a effectué un come-back au gouvernement de Michel Rocard dans le cadre de l'ouverture aux centristes (Michel Rocard ,n'ayant qu'une majorité relative à l'Assemblée, a beaucoup joué sur la bienveillance du groupe centriste appelé UDC, Union du centre). Pendant deux ans, il était donc ministre de l'ouverture et si cela a mal fini pour lui en 1990, c'était à cause d'une maladresse plutôt comique lors d'un colloque : il avait payé des figurants pour y assister et montrer une certaine participation. Après un nouveau passage à l'UDF puis au microscopique Mouvement des réformateurs créé par Jean-Pierre Soisson, Jacques Pelletier et Michel Durafour pour rassembler les ministres d'ouverture de centre droit, Olivier Stirn a adhéré à l'UMP en 2002, tout en tentant (depuis 1993), sans succès, un retour à l'Assemblée.

Cela ne l'a pas empêché en 1995 de soutenir la candidature de Jacques Chirac à l'élection présidentielle, puis de Nicolas Sarkozy en 2007. Pourquoi n'a-t-il pas soutenu François Bayrou en 2007 alors qu'il proposait justement un centre fort, déterminé, de conviction et, surtout, indépendant des deux grands partis de gouvernement qu'étaient le PS et le RPR puis l'UMP ? En tout cas, il a eu l'occasion de saluer la volonté politique de consolider l'Europe énoncée par Emmanuel Macron.

 


En ces temps politiques très difficiles à cause d'une Assemblée éclatée en trois blocs qui sont incapables de s'entendre, l'enseignement d'Olivier Stirn qui avait théorisé la clef du vivre ensemble politique pourrait être utile. En 1981, il le disait très explicitement en soutenant une social-démocratie à la française qui n'a jamais pu percer : « La social-démocratie, la collaboration de classes, est la seule solution courageuse. Car comprendre, c’est plus difficile que de combattre ou de dominer. Le vrai courage, c’est d’être ensemble. (…) Seule une social-démocratie adaptée au continent européen permettra de faire progresser notre société. ». Cette phrase, le vrai courage, c'est d'être ensemble, illustre excellemment bien le courage politique actuel du Premier Ministre François Bayrou.

À la même occasion (en 1981), Olivier Stirn préconisait une candidature centriste à l'élection présidentielle, mais il n'a jamais soutenu celui qui s'y positionnait comme tel (Raymond Barre en 1988, François Bayrou à partir de 2002) : « Ni l’argent ni le pouvoir ne m’intéressent vraiment. Je ne désire qu’une chose : faire triompher les idées auxquelles je crois. Mon ambition est de susciter un grand mouvement centriste n’est pas un objectif personnel, vous savez. Bien sûr, il faudra un homme pour symboliser ce mouvement d’idées. Notamment aux présidentielles. ». Finalement, ce mouvement, cet homme, c'était Emmanuel Macron. RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Olivier Stirn.
Vœux 2021 d’Olivier Stirn (vidéo à télécharger).
Les girouettes ne font pas le printemps.
Lionel Stoléru.
Jacques Pelletier.
Édouard Bonnefous.
Bernard Tapie.
Michel Durafour.
François Doubin.
Georges Clemenceau.
Édouard Daladier.
Félix Gaillard.
Georges Mandel.
André Rossinot.
Les Radicaux en marche vers l’Europe.
Laurent Hénart en 2019.
Le Manifeste européen du Mouvement radical adopté le 6 février 2019 (à télécharger).
L’unité des radicaux.
La famille centriste.
La défense de la laïcité.
Laurent Hénart en 2014.
Jean-Louis Borloo.
Programme de Sylvia Pinel.
Jean-Michel Baylet.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Robert Fabre.
Jean Moulin.
Maurice Faure.
Edgar Faure.
Édouard Herriot.
Pierre Mendès France.
Jean Zay.
Jules Jeanneney.
René Cassin.
Joseph Caillaux.
Jean-François Hory.
Évelyne Baylet.
Yves Jégo.
Rama Yade.
Christiane Taubira.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250828-olivier-stirn.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/olivier-stirn-une-certaine-idee-du-262900

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20 août 2025 3 20 /08 /août /2025 04:37

« Cette nuit au moment où j’écris ces lignes, je suis abasourdi de cette terrible nouvelle, si subite. J’ai été son adjoint durant 14 ans, son premier adjoint pendant 6 ans. Je l’ai combattu, soutenu, estimé, apprécié et même parfois détesté mais j’ai toujours ressenti chez Didier une force de caractère hors du commun, une vision rare de l’avenir de Biarritz, une passion pour sa ville et un sens absolu de l’intérêt général. J’ai beaucoup appris à ses côtés. Biarritz a perdu celui qui fut un de ses grands maires et moi un des marqueurs, un des repères de mes près de 40 ans d’engagement public et, au delà des péripéties de la vie politique, un ami. » (Max Brisson, le 22 août 2024 sur Facebook).



 


C'était il y a un an. L'émotion est venue du sénateur LR Max Brisson, professeur agrégé d'histoire, élu de Biarritz, actuel conseiller général des Pyrénées-Atlantiques et assez proche de François Bayrou. Le mercredi 21 août 2024, est mort à Bayonne l'ancien sénateur-maire de Biarritz, Didier Borotra, quelques jours avant ses 87 ans (il est né le 30 août 1937), des suites d'un AVC. Personnalité centriste très influente des Pyrénées-Atlantiques, Didier Borotra est connu pour avoir redynamisé la ville de Biarritz dont il fut le maire pendant vingt-trois ans. La journaliste Raphaëlle Gourin, pour décrire ses obsèques le 26 août 2024 dans le quotidien "Sud Ouest", résumait ainsi : « Entre vie publique et personnelle, c’est à la fois le politique brillant et le patriarche attaché à son cocon familial qui a été dépeint touche par touche pendant près de deux heures. ».

Didier Borotra était le frère jumeau de Franck Borotra qui fut ministre, député et président du conseil général des Yvelines. À la différence de son frère RPR proche de Charles Pasqua, Didier Borotra était membre du CD (Centre démocrate) puis du CDS (Centre des démocrates sociaux), parti composante de l'UDF, puis du MoDem. Le champion de tennis dans les années 1920 et 1930 (et ministre de Pétain) Jean Borotra (1898-1994) était leur oncle. En outre, Didier Borotra était l'oncle de l'actrice Claire Borotra (fille de Franck) et le beau-frère de Pierre Letamendia (1943-1995), politologue de Bordeaux très engagé dans la démocratie-chrétienne (CDS).

Biarritz, Bayonne et toute leur agglomération (dont Arbonne, Anglet, Saint-Jean-de-Luz, etc.) sont désormais (depuis 2017) regroupés dans la communauté d'agglomération du Pays Basque qui compte 320 000 habitants dans 158 communes. Depuis longtemps, dans cette zone-là, très touristique mais aussi très identitaire en terme territorial, la politique a souvent fait ménage avec le sport.


Dans ce territoire, se sont implantées plusieurs personnalités politiques nationales, en particulier Alain Lamassoure, Michel Inchauspé, Bernard Marie (arbitre de rugby), sa fille Michèle Alliot-Marie, Henri Grenet, son fils Jean Grenet, Jean-René Etchegaray, Jean-Pierre Destrade, etc. À eux, il faut ajouter un voisin, béarnais, François Bayrou qui était député des Pyrénées-Atlantiques et aussi président du conseil général de ce département.
 


Didier Borotra a d'abord été élu maire d'Arbonne de mars 1971 à mars 1977 (Arbonne était le "fief" familial des Borotra). Il a également été élu conseiller général des Pyrénées-Atlantiques de 1973 à 1976 puis de 1982 à 1994.

En juin 1968 et en mars 1973, Didier Borotra a échoué aux élections législatives face au député UDR sortant Bernard Marie. Pour ces deux élections, il est arrivé en troisième position mais a pu rester présent au second tour malgré la présence du candidat socialiste, notamment Jean-Pierre Destrade en mars 1973 qui allait encore échouer en mars 1978 mais battre Bernard Marie en juin 1981 avec la vague rose en prenant Nicole Péry comme suppléante (cette circonscription, redécoupée en 1986, fut ensuite celle de Michel Inchauspé RPR de 1988 à 2002 puis celle de son suppléant Jean Lassalle UDF de 2002 à 2022). Dans son dernier mandat, de 1978 à 1981, la suppléante de Bernard Marie était sa fille Michèle Alliot-Marie. Bernard Marie en a voulu à Didier Borotra de ne pas s'être désisté en sa faveur dans sa circonscription en 1968 et 1973, au risque de faire élire un candidat socialiste.

En mars 1977, le sénateur-maire RI de Biarritz, Guy Petit, après trente et un ans de mandats, ne se représentait plus et a proposé à Didier Borotra, jeune maire de la commune limitrophe, de mener la campagne pour sa succession. Ce dernier a repris sur sa liste beaucoup des élus de Guy Petit. Contre lui, le député de la ville Bernard Marie a présenté une liste RPR et a largement gagné les élections. Pendant une trentaine d'années, Bernard Marie et Didier Borotra furent donc en complète rivalité, tant municipale que parlementaire, et se sont détestés.

Didier Borotra a donc été conseiller municipal d'opposition à Biarritz en 1977, puis a rejoint la majorité gaulliste en devenant le premier adjoint de Bernard Marie, maire RPR de Biarritz de mars 1977 à mars 1991. Didier Borotra est également devenu entre 1986 et 1991 le premier vice-président du conseil régional d'Aquitaine présidé par Jacques Chaban-Delmas, député-maire de Bordeaux (et Président de l'Assemblée Nationale). Il y était chargé des infrastructures, du tourisme, des relations avec la Communauté européenne et des relations avec les régions espagnoles.

En 1991, la majorité municipale UDF-RPR a éclaté sur la question du casino de Biarritz, ce qui a provoqué des élections municipales partielles. Bernard Marie, tête de liste RPR, a alors été battu en mars 1991 par son ancien premier adjoint Didier Borotra, à la tête d'une liste UDF ouverte au PS et aux nationalistes basques. Cette conquête a été un retournement en faveur du centriste dans leur rivalité. Didier Borotra a été réélu en juin 1995, mars 2001 et mars 2008.


Il a donc été maire de Biarritz de mars 1991 à mars 2014 (vingt-trois ans), et a retrouvé une majorité UDF-RPR (Max Brisson UMP a été son premier adjoint lors de son dernier mandat). Près d'un quart de siècle aux commandes de Biarritz. Le journal "Sud Ouest" l'a décrit comme celui qui « a dessiné le visage moderne de la cité balnéaire cossue ».

Indépendant politiquement, ce qui a sans doute inspiré François Bayrou un peu plus tard, Didier Borotra, devenu MoDem (après l'UDF), a eu du mal à organiser sa succession : à 76 ans, il ne s'est pas représenté en mars 2014, et sa majorité municipale s'est divisée, le MoDem Michel Veunac, qu'il soutenait officiellement en 2014 (mais pas en 2020), a battu l'UMP Max Brisson. En 2020, c'est la candidate LR Maider Arosteguy a qui a gagné (contre le maire sortant Michel Veunac).
 


Interviewé par Stéphane Micoud le 20 septembre 2024 pour "La Semaine du Pays Basque", un mystérieux Monsieur X, qui connaît bien la vie politique à Biarritz, affirmait ainsi, sur ce que l'ancien sénateur-maire avait fait pour la ville de Biarritz : « Didier Borotra avait le sens de la prospective dès le départ. Il n’a rien raté ! Même la Cité de l’Océan qui a été un dossier plus délicat à mener fonctionne correctement aujourd’hui depuis qu’elle été regroupée avec le Musée de la Mer. Son redressement a d’ailleurs été l’une des réussites du mandat de Michel Veunac. Les infrastructures sont là désormais. À l’avenir, ce qui n’a pas pu être construit à Biarritz aura probablement des difficultés à l’être. Il y a de moins en moins d’argent aujourd’hui et les plans d’urbanisme permettent plus difficilement de construire de tels grands bâtiments. On ne pourrait plus aujourd’hui construire ce qu’on a construit à quelques centaines de mètres de la plage. Le bilan de Didier Borotra à la tête de Biarritz est totalement positif et incontestable dans ce domaine. Ce qui est intéressant c’est de se dire qu’il avait probablement une vision "supplémentaire" pour la suite et que l’on ne connaît pas vraiment. Cette vision n’a pas été portée par Michel Veunac, qui s’est pourtant longtemps présenté comme son dauphin. Didier Borotra l’a d’ailleurs, sinon combattu, du moins désavoué, et a par là même soutenu Nathalie Motsch en 2020. Il est ainsi allé dans des meetings contre son ancien poulain lorsque celui-ci était maire sortant. Mais c’est un peu comme Jean-René Etchegaray avec Jean Grenet [à Bayonne], Michel Veunac ne consultait pas Didier Borotra à tout propos une fois élu maire, et Borotra en était quelque peu mari… Sans jeu de mots ! (…) Didier Borotra a marqué une époque et l’époque s’est terminée avec lui. Mais Dieu merci, il a donné beaucoup d’avance à cette ville, ce qui fait que les maires suivants peuvent, dans un contexte aujourd’hui difficile, encore beaucoup surfer sur ce qui s’est fait. Ce que n’a peut-être pas su créer Borotra en revanche, et que n’a pas réussi à créer Michel Veunac, c’est le "vivre ensemble", le fait d’habiter cette ville qui est belle et bien équipée. Mais c’est aujourd’hui ce qu’est en train de réussir Maider Arosteguy. Quand on interroge les uns et les autres à Biarritz, même ceux qui n’ont pas voté pour elle, ils vous disent qu’elle est une maire qui a su recréer ce type de lien. C’est ce qui a fortement manqué dans les derniers mandats de Borotra et malheureusement que n’a pas su mettre en place Michel Veunac au cours de son mandat. (…) [Didier Borotra] avait une très grande culture politique, mais on ne lui connaissait pas une vraie passion personnelle pour les arts ou la littérature. En revanche, il a pensé qu’en plus d’une grande politique urbanistique pour une ville et pour une station balnéaire de premier plan, il fallait aussi se hisser au plus haut niveau culturel. Il a eu la chance d’avoir une personne à ses côtés : son ami d’enfance, Pierre Lefay, c’est d’ailleurs en revenant de l’hommage qui lui était rendu que Didier Borotra s’est senti mal et qu’il a été hospitalisé avant de décéder. Il a su orienter ses choix artistiques pour la ville de Biarritz. Didier Borotra a constitué un patrimoine de sculptures important et on ne peut pas dire qu’il a jeté l’argent par les fenêtres ! Il a su investir sur de grands artistes. Il a donc placé l’argent des Biarrots en quelque sorte. (…) C’est un grand maire. Il restera vraiment dans l’histoire de Biarritz. Il restera là où ne resteront pas Guy Petit ou Bernard Marie. Ça devait être sa préoccupation parce que, toujours avec cette dent très aiguisée, il a dit : "Michèle Alliot-Marie a fait une grande carrière politique mais il ne restera rien d’elle". Et vous voyez, je pense que pour Borotra, il restera très longtemps beaucoup de choses signées de lui à Biarritz, non seulement dans le bâti, mais aussi dans l’âme de la ville, qui n’était franchement pas jojo quand il est devenu maire en 1991. ».

Quant à sa succession : « Il a soutenu Michel Veunac face à Max Brisson sur le bout des lèvres, tout en disant à Max Brisson qu’il était le plus brillant des deux… Il a fait la politique de la terre brûlée, d’autant plus qu’il a annoncé vers le milieu de son dernier mandat qu’il ne se représenterait pas, ce qui a favorisé tous les coups bas dans l’équipe. Je suis persuadé qu’il y a plus de satisfaction chez ces hommes quand ils quittent le pouvoir, de voir un successeur qui ne réussit pas, plutôt qu’un dauphin qui soit à la hauteur. ».

Et à propos de sa retraite : « Il y a eu du temps passé devant les tribunaux avec au final une condamnation notamment pour ce qu’on a appelé l’affaire des procès verbaux de la ville de Biarritz. C’est une affaire un peu tirée par les cheveux, mais où il n’avait pas respecté la loi. Il s’est donc fait attraper. Tout cela a eu comme conséquence qu’il n’a pas reçu le titre de maire honoraire, qu’il aurait mérité plus que d’autres, ni la Légion d’honneur à laquelle il ne pouvait plus prétendre, contrairement à un Jean Grenet. (…) Il en était meurtri. C’est le revers de la médaille mais c’est comme ça… ».
 


Par ailleurs, au-delà de son mandat de maire de Biarritz, Didier Borotra a été élu et réélu sénateur des Pyrénées-Atlantiques de septembre 1992 à septembre 2011 et s'est inscrit dans le groupe de l'Union centriste, membre de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées. Didier Borotra était ce qu'on appelait encore récemment un seigneur électoral, en pouvant cumuler des mandats locaux et nationaux, qui plus est sur une longue durée.

Et l'implacable Monsieur X était aussi capable de dire des vacheries sur le bilan de ces dix-neuf années de mandat sénatorial : « On n’en retient rien ! Il y avait eu un reportage télévisé où l’équipe le suivait dans les couloirs du Sénat. Et on le voyait qui n’arrivait pas à retrouver son propre bureau au palais du Luxembourg ! Le Sénat lui a servi avant tout à la promotion de Biarritz. Il a été une agence biarrote au restaurant du Sénat ! Il n’a pas travaillé en tant que sénateur. Il aurait travaillé, il aurait probablement été un très bon sénateur de haut niveau, comme l’est Max Brisson. ».

En fait, son vrai nom était plutôt Didier Biarritz !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Didier Borotra.
François Bayrou.
Jean-François Kahn.
Laurence Vichnievsky.
Monique Pelletier.
Olivier Falorni.
Claude Malhuret.
Henri Grouès.
Anne-Marie Comparini.
Marielle de Sarnez.

 

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250821-didier-borotra.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/didier-borotra-le-brillant-maire-256444

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/20/article-sr-20250821-didier-borotra.html


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24 juillet 2025 4 24 /07 /juillet /2025 04:02

« Les victimes parlent. Enfin, bravo ! Ministre des femmes en 1979, j’ai été agressée par un sénateur. Honte à moi de mon silence ! » (Monique Pelletier, le 10 mai 2016 à 09:23 sur Twitter).



 


La femme qui a culpabilisé il y a neuf ans parce qu'elle a rendu public un cas d'agression sexuelle seulement trente-six ans plus tard est en fait une femme très moderne malgré sa génération. Monique Pelletier fête ses 99 ans ce vendredi 25 juillet 2025. Elle est parmi les premières femmes à avoir mis la politique au féminin, et c'est beaucoup plus efficace pour les femmes que le militantisme féministe. Je lui avais déjà consacré un article il y a quelques années.

Avocate à 20 ans, elle a préféré devenir juge des affaires familiales où elle a pu se rendre compte des graves problèmes de la drogue. C'est sur ce sujet qu'elle a fait une timide entrée dans le monde politique : elle fut chargée par le Président Valéry Giscard d'Estaing d'une rapport sur la drogue en France. Comment a-t-elle reçu cette mission ? Par hasard : elle a perdu son sac à main en ville et c'est le Ministre de l'Intérieur Michel Poniatowski qui l'a fait ramasser par son chauffeur. Il a vu qu'elle militait dans le même parti que lui et l'a fait venir Place Beauvau.

C'était en 1977 et c'était la première fois que les pouvoirs publics voulaient être lucides sur ce grave problème. Ce fut sa clef pour entrer au gouvernement quelques mois plus tard tandis que son rapport sur la toxicomanie est encore aujourd'hui une référence en la matière.


À l'origine CDP (centriste pompidolien), elle avait rejoint en 1974 les giscardiens aux Républicains indépendants (RI) puis au Parti républicain (PR) et à l'UDF. Monique Pelletier, installée dans la ville en 1964, a été élue conseillère municipale de Neuilly-sur-Seine sur la liste du maire Achille Peretti en 1971, puis adjointe au maire chargée des commerces et marchés de 1977 à 1983.

Elle a fait partie du petit groupe de femmes nommées ministres par VGE, en particulier Alice Saunier-Seïté, Françoise Giroud, et bien sûr, Simone Veil qu'elle retrouva au Conseil Constitutionnel car elle en a été nommée membre par Jacques Chirac de 2000 à 2004 pour remplacer Roland Dumas démissionnaire. Au fait, Simone Veil ? Voici ce que la collègue en pensait quarante ans plus tard : « Ce que j'ai préféré chez elle, c'est l'affection qu'elle savait témoigner à ceux qu'elle aimait. ».

Dans les gouvernements de Raymond Barre, Monique Pelletier a donc exercé comme Secrétaire d'État à la Justice auprès du Ministre de la Justice Alain Peyrefitte du 10 janvier 1978 au 11 septembre 1978, puis Ministre déléguée chargée de la Condition féminine du 12 septembre 1978 au 8 mars 1981 (cumulant la Famille à partir de février 1980). Elle a quitté le gouvernement le 8 mars 1981 pour s'engager pleinement dans la campagne présidentielle de Valéry Giscard d'Estaing en tant qu'une de ses porte-parole (avec Jean-François Deniau et Jean-Philippe Lecat, entre autres).

 


Son action au gouvernement n'était pas sans conséquence : elle a ainsi fait adopter la loi n°79-1204 du 31 décembre 1979 qui devait reconduire définitivement la loi Veil sur l'IVG après cinq ans d'application, ainsi que la loi n°80-1041 du 23 décembre 1980 qui définit le viol comme un crime (qu'il n'était qu'un délit avant 1980 !). Monique Pelletier était en avance sur son temps alors qu'elle prônait le remboursement de l'IVG par la sécurité sociale afin de ne pas faire d'inégalités sociales (la gauche allait le faire) et souhaitait la parité hommes/femmes sur les listes de candidats (appliquée vingt ans plus tard).

Mais revenons justement à cette loi qui a reconduit la loi Veil : c'est avec cette loi que Monique Pelletier a eu cette mésaventure qu'elle n'a racontée que le 10 mai 2016 au "Journal du dimanche". Dans le cadre traditionnel, lorsqu'un débat risque d'être difficile, le ministre va s'entretenir avec le parlementaire qui va présider la séance de l'assemblée où sera débattu son projet de loi. C'est une visite de courtoisie. C'est ainsi qu'en décembre 1979, Monique Pelletier s'est rendue dans le bureau du sénateur qui allait présider cette séance quelques jours plus tard.


Elle a parlé d'un baiser "complet" volé qui, heureusement pour elle, n'a pas eu de conséquence, ni politique ni personnelle. Le sénateur a été ensuite désolé d'une telle "indélicatesse" : « Le débat s’annonçait ardu. Toutes sortes de lieux communs circulaient, du genre "Maintenant que c’est permis, on va avorter pour pouvoir aller au ski". C'est un climat dont on a très peu parlé à l’époque, et qui était très difficile. (…) Je m'étais battue pour obtenir le fait de défendre ce texte, parce que j’estimais que c’était une femme qui devait le faire. (…) C’est la tradition quand on est ministre et qu’on a un débat un peu difficile. Nous parlons de la loi, il me dit que ça va être très dur, qu’il a déjà eu des quantités de sénateurs qui sont venus lui en parler. Je me lève pour prendre congé et je m’adosse à la cheminée pour lui dire encore deux mots sur la manière dont je pense entamer le débat. Là, il se jette sur moi et me fait, alors qu’il avait d’énormes lunettes, un baiser avec la langue. J’étais contre la cheminée, je ne pouvais pas bouger et c’était "un baiser complet" ! (…) Je lui dis, mais qu’est-ce qui vous arrive, vous êtes malade ? Je lui ai exprimé que c’était scandaleux, qu’on ne se jetait pas comme ça sur les gens. Il était tout rouge et avait la queue basse, je peux vous le dire. (…) À ce moment-là, je m’apprête à aborder une séance très difficile. J'ai eu un mal fou à obtenir le fait de défendre ce texte et j'ai tout le RPR contre moi. Je ne peux pas lâcher. (…) C'était une minute trente, dans une vie longue. Si j'avais parlé, on aurait remis la séance, car on aurait dit que dans l'état où j'étais, je n'étais pas en état de soutenir le débat. Et je connais quelqu’un qui se serait précipité pour prendre ma place ! ». La ministre bafouée s'est immédiatement lavé les dents.

Qui était donc ce sénateur qui portait de grosses lunettes (ce qui était courant à l'époque) mais surtout, qui présidait certaines séances au Sénat, ce qui signifie qu'il était vice-président du Sénat ? Il y en a certes plusieurs, mais il semblerait (sous réserve de vérifier le compte-rendu exact des séances en décembre 1979 au Sénat) que ce sénateur fût Maurice Schumann lui-même, élu vice-président du Sénat de 1977 à 1983. On imagine le scandale si la ministre avait rendu publique cette agression sexuelle car cela signifiait que les héros ne l'étaient pas tout le temps... Sur Youtube, un internaute s'est même permis d'en conclure : « Quand Maurice ChouChou roulait une pelle à Pelletier... » !

Dans ce témoignage, on comprend surtout les divergences entre UDF et RPR sur la vision de la société, ce qui a abouti à l'échec du centre droit en 1981. Monique Pelletier est alors retournée travailler dans le privé (comme avocate, notamment pour aider les femmes violentées), tout en soutenant en 1988 la candidature de Raymond Barre, le seul candidat qui connaissait les jeunes pour les avoir côtoyés en permanence, comme professeur d'économie politique (c'est ce que Monique Pelletier défendait le 8 mars 1988 dans le journal de FR3).

 


Revenons à son engagement politique. Monique Pelletier pouvait se dire centriste car elle trouvait ses amis du PR trop conservateurs (Alain Madelin, Charles Millon, etc.). Mais centriste n'est pas le bon mot selon elle qui s'est exprimé dans son livre "Le Soleil peut attendre" (sorti en 2011) : « Suis-je de droite ou de gauche ? Un peu des deux sans doute et, pourtant, je ne suis pas sûre, en définitive, d'être centriste : c'est un choix à mes yeux voué à l'opportunisme et à la faiblesse. (…) Pour ma part, si je suis pour une économie libérale et sociale, c'est-à-dire pour une économie de marché faisant toute sa place à une juste répartition des richesses, je suis une progressiste sincère dans le domaine des problèmes de société. Je n'aime pas les réactionnaires et les conservateurs : mieux vaut accompagner les évolutions que les refuser, car cela permet d'en maîtriser les effets pervers quand il y en a. (…) Suis-je à gauche ou à droite ? Aujourd'hui je n'en sais rien et cela n'a guère d'importance. Seuls comptent à mes yeux le comportement que l'on adopte, la sincérité, le courage, l'amour des autres et de la vie. ».

Pourtant, "l'affaire de sa vie", elle n'était pas politique ni professionnelle, mais personnelle. Elle a mis seize ans avant de la rendre publique dans le livre "La Ligne brisée" (sorti en 1995) : son mari, avec qui elle a eu sept enfants, trente-deux petits-enfants et vingt et un arrière-petits-enfants, a eu en 1978 un AVC, d'où coma, hémiplégie et très lourd handicap (il avait alors 58 ans). Elle a pu comprendre ce qu'était l'accompagnement des personnes dépendantes et reste encore présidente d'honneur du Conseil national du Handicap. Le 24 octobre 2017, le Président Emmanuel Macron (qu'elle ne connaissait pas) lui a remis les insignes de grand-croix de la Légion d'honneur pour cet itinéraire hors de l'ordinaire. Ce mari, Jean-Marc Pelletier, était aussi un homme moderne et un « soutien indéfectible » à ses combats : « [Il] était en avance sur son temps, se levait la nuit pour donner les biberons et m'a encouragée dans toutes mes initiatives professionnelles. (…) Entre nous, il y avait comme un pacte tacite. Nous étions dans un rapport d'égalité. Aujourd'hui, cela peut paraître banal. À l'époque, c'était révolutionnaire. ».

Le 5 octobre 2017, Monique Pelletier s'est un peu lâchée en sortant son dernier livre "Souvenirs irrespectueux d'une femme libre", des mémoires où elle parle de la reconduction de la loi Veil, de l'affaire Robert Boulin, etc. En quatrième de couverture, elle s'y livre ainsi : « Je suis une femme du XXe siècle qui a grandi avec son siècle. J'ai eu la chance de participer aux réformes qui ont transformé notre société. J'en ai aimé toutes les étapes. Tout cela paraît simple aujourd'hui, mais il y a quelques décennies, une vie telle que la mienne faisait figure d'exception. Aujourd'hui, j'ai envie de tirer les leçons de mon parcours. Pourquoi ? Parce que les causes qui j'ai défendues sont loin d'être gagnées. Ces combats méritent d'être connus, racontés et défendus. ».

 


Interrogée par le journal "Neuilly Journal" le 2 mars 2018, Monique Pelletier a rappelé le résultat de ses combats : « Nos actions ont facilité la vie des femmes même si elles n’étaient pas toujours spectaculaires. Nous avons obtenu que les veuves-divorcées puissent recevoir la réversion de la retraite de leur mari décédé au prorata des années de mariage, la Caisse d’allocations familiales se chargeant du recouvrement des pensions impayées. Nous avons créé le statut d’assistante maternelle, le statut de femmes de commerçants, artisans ou professions libérales ouvrant des droits à leur rémunération et à leur retraite. Je me suis aussi occupée des conditions de détention des femmes obtenant la possibilité pour une mère incarcérée de garder son enfant auprès d’elle jusqu’à ses 18 mois. Et puis j’ai mené deux grands débats : le premier portant sur la prorogation de la loi Veil de 1974, devenue définitive en 1979, le second sur le viol. En 1980 j’ai obtenu qu’il soit reconnu comme un crime, jusqu’alors ce n’était qu’un délit. ».

Dans "Le Monde" du 8 novembre 2018, Monique Pelletier, qui, après avoir aidé son mari pendant trente-six ans, souffre elle-même de handicaps moteurs, reprenait sa plume pour rendre prioritaire le chantier de la grande dépendance, en ayant une vision très précoce de ce qui allait devenir le scandale des EHPAD : « Tant de familles attendent que l'État cesse de laisser perdurer des situations trop souvent indignes. Les personnes âgées, victimes de maladies dégénératives, ne peuvent plus vivre seules. Elles sont devenues "dépendantes", c'est-à-dire privées d'autonomie. (…) On estime leur nombre à plus de 1 million en 2018, 1,6 million en 2030, soit 10% de leur classe d'âge, les plus de 85 ans. ». Elle a pointé du doigt la « facture demandée aux résidents et à leurs familles [qui] constitue un problème. En témoignent les énormes bénéfices de ces EHPAD privés, d'autant plus que tout y est rationné : le nombre des aides-soignantes est insuffisant. Chacune d'entre elles assure les soins de quatre résidents au moins et de dix, vingt, voire trente la nuit. Le temps des soins quotidiens consacrés à chaque résident ne dépasse pas dix minutes. Ils n'ont qu'une douche par semaine et quelques minutes de toilette les autres jours. Ajoutons que la somme allouée aux cuisiniers pour quatre repas par jour est rarement supérieure à 4 euros par résidents ! Ces carences graves expliquent les grèves inédites, en début d'année, de ces aides-soignantes qui ne peuvent dispenser les soins nécessaires et se sentent responsables de ces maltraitances. Ce régime accélère la mort des personnes dépendantes (en moyenne, deux ans après leur entrée), laquelle intervient souvent en service d'urgences hospitalières, faute de présence médicale dans l'établissement. Ces "maltraitances" ne sont pas acceptables. ».

Au-delà de son cri d'alarme (bien avant le scandale d'Orpea en 2022), Monique Pelletier parlait philosophie : « Le coût que présentent les personnes âgées dépendantes serait insoluble. Ce discours m'indigne, parce que la situation, issue de la démographie, est depuis longtemps prévisible. (…) Cette façon de traiter les personnes âgées comme une charge, un poids mort pour les générations futures, est insupportable. Disons-le haut et claire : les "vieux" sont les mal aimés de notre époque. Ils dérangent. À tel point qu'ils se sentent parfois coupables de vivre trop longtemps. Le taux de suicide chez les plus de 85 ans est deux fois plus élevé que chez les 25-44 ans. Les générations montantes ne pourront assumer seules la charge accrue qui se profile. Ce nouveau partage entre les générations est inéluctable. C'est une obligation salutaire, car elle nous contraint à envisager autrement la fin du parcours avec la participation de toutes les parties prenantes, y compris les personnes âgées. ».

Et de finir par sa situation personnelle : « Je souffre de handicaps moteurs que je maîtrise le moins mal possible. Très entourée par mes enfants, j'ai la chance de vivre une vieillesse heureuse et libre. Ce que je constate trop souvent autour de moi, c'est l'isolement et la désespérance de trop de personnes âgées. Cette injustice est indigne. ».

Ce combat pour la dignité des personnes très âgées, Monique Pelletier l'avait déjà porté lors de l'élection présidentielle de 2017 par une tribune publiée le 16 avril 2017 par le "Journal du dimanche" et intitulée "Les vieux, indignez-vous !". Investir, participer à la vie de la cité, circuler à Paris, communiquer sans ordinateur, etc., tout devient difficile pour les vieux : « Il est inadmissible que l'avancée en âge, étape naturelle de la vie, altère les droits, les devoirs, et, pire, la dignité de la personne. Le placement en EHPAD en est la plus criante illustration. (…) Qui aimerait finir sa vie dans un mouroir, où la maltraitance liée au manque de personnel est un risque réel ? Tous les jours, des "vieux" y souffrent alors que le maintien au domicile est moins onéreux que l'hébergement collectif. ». Et de préconiser quelques mesures simples : « amélioration de l'accès aux droits (allocation personnalisée d'autonomie) ; création d'un deuxième jour férié travaillé en plus du lundi de Pentecôte ; invention d'une profession de "généralistes" de l'aide à domicile, gratuite pour les plus démunis ; incitation à proposer de vraies assurances privées dépendance. (…) Mais l'essentiel est de modifier nos comportements à l'égard des "vieux". Et d'envisager les dernières années de vie avec les personnes âgées elles-mêmes. ».

Dans un reportage publié dans "Paris-Match" le 12 décembre 2017, la journaliste Virginie Le Guay décrivait Monique Pelletier ainsi : « Dans son appartement situé au dixième étage de cette résidence pour personnes âgées dans laquelle elle habite depuis trois ans, le temps ne semblait pas avoir eu prise sur elle. Alerte, vive, drôle, percutante, habillée d'un pantalon slim et d'une veste Roseanna (…), [elle] détonne malgré ses rides qu'elle ne cache pas. (…) Aucune tristesse pourtant chez cette passionnée qui envisage "paisiblement la mort". "Chaque année de plus est une année de moins". ». Aujourd'hui, une année de moins que le siècle, tout simplement. Bon anniversaire, Monique ! Tous mes vœux vous accompagnent.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Humaniste et féministe sans l'appellation.
Monique Pelletier.
Jean-Claude Gaudin.
Claude Malhuret.
Valéry Giscard d’Estaing.
Philippe de Villiers.
Jean-Pierre Soisson.
François Léotard.
Michel Poniatowski.
Jean-Pierre Raffarin.
Jean-Pierre Fourcade.
Jean de Broglie.
Christian Bonnet.
Gilles de Robien.
La France est-elle un pays libéral ?
Benjamin Constant.
Alain Madelin.
Les douze rénovateurs de 1989.
Michel d’Ornano.
Gérard Longuet.
Jacques Douffiagues.
Jean François-Poncet.
Claude Goasguen.
Jean-François Deniau.
René Haby.
Charles Millon.
Pascal Clément.
Pierre-Christian Taittinger.
Yann Piat.
Antoine Pinay.
Joseph Laniel.











https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250725-monique-pelletier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/monique-pelletier-une-femme-en-261627

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/23/article-sr-20250725-monique-pelletier.html


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