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4 janvier 2026 7 04 /01 /janvier /2026 14:49

« Nous ne mettons pas les moyens là où il faut. Pourquoi ? Parce que la parole politique ne dit pas aux Français et aux Européens quelle est l'urgence. Nous avons changé de monde. Nous sommes devant des menaces existentielles pour l'Europe. Je le dis bien, comme l'Ukraine est confronté à une menace existentielle, nous sommes confrontés aujourd'hui à une menace existentielle. Si nous voulons que l'Europe existe encore dans cinq ans ou dans dix ans, si nous voulons que la France ne soit pas balayée par les forces identitaires et populistes et que nous ayons encore la capacité à vivre libres dans notre pays, eh bien, nous devons retrouver le goût de l'action et le goût de la vérité de ce que nous sommes. Car nous sommes en train de nier notre propre identité historique. » (Dominique de Villepin, le 4 janvier 2026 sur BFMTV).





 


Que le verbe est grand ! L'ancien Premier Ministre Dominique de Villepin, candidat à l'élection présidentielle de 2027, s'est exprimé longuement sur l'actualité brûlante du monde ce dimanche 4 janvier 2026 à midi sur BFMTV. Autant le dire clairement, j'ai certes été impressionné par son fameux discours au Conseil de Sécurité de l'ONU contre l'invasion de l'Irak par les troupes américaines, mais je suis très opposé à certaines de ses positions, en particulier sur la situation en Israël, et, plus généralement, sur une tendance personnelle qui tend à devenir de plus en plus un porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. Il était même l'invité de la Fête de l'Humanité à la rentrée 2024 !

Pour autant, avec son expérience internationale, sa vision du monde a le mérite de la cohérence globale et reste toujours intéressante à écouter et lire, d'où cet article qui évoque des sujets de fond passés en revue par les journalistes de BFMTV (on pourra réécouter l'intégralité de son interview à la fin de cet article).


1. La catastrophe à Crans-Montana

Le premier sujet concernait l'horrible incendie dans un bar de Crans-Montana pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. Selon les dernières macabres identifications, 40 personnes y ont péri, dont 9 Français, et 119 ont été très gravement blessés, dont 23 Français. L'émotion ne doit pas faire oublier, dès maintenant, le sens des responsabilités, et c'était le sens de la réaction de Dominique de Villepin qui n'hésitait pas à s'imaginer comme un parent de ces (généralement) jeunes victimes : « Qui peut imaginer perdre un enfant dans de telles conditions un 31 décembre ? ».

Que dit-il ? Cet événement, selon lui, non seulement appelle un besoin d'information, un besoin de justice, mais aussi un besoin de responsabilité : « Tous ceux qui accueillent du public, dans quelques circonstances que ce soient, un bar, une boîte de nuit, un restaurant, doivent aujourd'hui se préoccuper de cette exigence de sécurité. Ces drames arrivent, et quand ils arrivent, c'est trop tard pour réagir. Et donc, les accès de sécurité, les données sensibles, un plafond en plastique, un plafond en bois, tout ce qui peut contribuer à créer un tel drame, eh bien, c'est au-de-là des contrôles qui sont nécessaires, c'est la responsabilité bien sûr de ceux qui tiennent de tels locaux. Et j'espère que chacun ce matin a à cœur de faire le tour de ses installations, de faire le point pour que de tels événements ne se reproduisent pas. Cela n'arrive pas qu'aux autres. ».

Cet appel à la responsabilité est raisonnable mais original. Il interroge tous les gérants d'établissements recevant du public de France, d'Europe et plus généralement, du monde. L'incendie du Constellation n'est hélas pas le premier mais il faudrait tout faire pour qu'il soit le dernier.


2. L'intervention américaine au Venezuela

L'expertise de l'ancien Ministre des Affaires étrangères l'a évidemment amené à commenter avec passion le deuxième sujet, à savoir l'enlèvement de Nicolas Maduro à Caracas et son transfert à New York : « Nous avons un peu plus changé de monde, changé de seuil. Progressivement, nous nous habituons à un monde où toutes les règles sont effacées, où le droit n'existe plus, le droit international censé régir les relations entre États, cela n'existe plus. (…) Nous avons également, au-delà de l'éloignement, le sentiment que tout cela est passager, après Donald Trump, les choses reviendront à la normale. Non ! C'est un changement profond, qui se prépare depuis des années. C'est la marche vers des nouveaux empires, et l'Amérique d'aujourd'hui est prise par une forme d'hubris où tout est possible. Et c'est la marque d'un illimitisme ; Il n'y a plus de limite. Pas de limite à la puissance, pas de limite à l'appétit, à l'appétit prédateur, la quête de ressources derrière Nicolas Maduro et derrière l'argument du narcotrafic qu'on peut comprendre compte tenu du drame que cela représente. ».

Toutefois, comme tout démocrate, Dominique de Villepin s'est quand même réjoui de la chute de Maduro : « Il faut, d'abord et avant tout, dire à quel point personne ne regrettera Nicolas Maduro. (…) Nicolas Maduro est à la tête d'un régime qu'il a mis en faillite. Un pays richissime, un pays pétrolier, un pays qu'il a mis en ruine, un pays qui connaît depuis des années une catastrophe humanitaire absolument sans précédent pour cette région. (…) Avec huit millions d'exilés qui sont en Amérique latine, et en Europe et aux États-Unis. Et bien sûr, une complicité avec un certain nombre de trafics, et donc complicité mafieuse. ».

En revanche, il a voulu anticiper un monde où l'on ouvrait la boîte de Pandore : « Est-ce que cela justifie une opération comme celle-ci ? Clairement, non ! La souveraineté d'un État ne peut pas être mise en cause unilatéralement. Il y a un processus pour ça. Est-ce que les Nations Unies ont donné leur accord ? Est-ce qu'il y a le consentement de l'État ? Non. (…) Et est-ce que le narcotrafic est la vraie raison ? Ne l'oublions pas, Donald Trump a pris une mesure très importante il y a quelques jours. Il a gracié l'ancien Président du Honduras, accusé pour plusieurs dizaines d'années de prison de narcotrafic, le Président Hernandez. Donc, manifestement, il y a d'autres arguments. ».

Dominique de Villepin s'est plus généralement inquiété de l'évolution des relations internationales : « Il faut prendre la mesure de ce qui se passe. Mépris du droit international, atteinte à la souveraineté du Venezuela, convoitise, je parlais d'illimitisme, bien sûre, nous sommes dans un monde de rareté, et la quête, par les nouveaux empires, de ressources, de territoires constituent un objectif majeur. Le Venezuela, c'est la première réserve de pétrole au monde. Donald Trump vient de mettre la main sur la plus grosse station d'essence du monde. ».

Et de se poser la question de la légitimité de l'intervention américaine : « Il y a une argumentation qui s'appuie sur le narcotrafic pour des raisons de légalité, également sur une opération de police qui trouve son fondement dans la décision de l'État de New York en 2020 et qui peut justifier un mandat d'arrêt contre Maduro. Mais nous voyons bien que cela ne suffit pas à justifier l'opération américaine, d'autant que nous sommes au milieu d'un processus dont nous ne connaissons pas exactement aujourd'hui l'aboutissement. Les forces américaines sont intervenues pour exfiltrer le Président, sa famille, ses enfants. (…) Contrairement à ce qui s'est passé en Irak, il y a un changement de personne, pas encore un changement de régime. Les principaux protagonistes du régime sont en place, le Ministre de l'Intérieur, M. Diosdado Cabello, la Vice-Présidente Delcy Rodriguez, le Président du Parlement, le frère de Mme Rodriguez, tous ceux-ci sont en place. La vraie question, c'est : est-ce que c'est une opération qui se fait avec le maintien en place du régime, quitte à ce qu'une couverture soit donnée à ce régime pour prendre la main sur les ressources pétrolières américaines, ou est-ce que c'est une véritable opération de régime et de protectorat sous direction américaine ? ».

Pour l'avenir du Venezuela, l'idéal, pour Dominique de Villepin, serait ceci : « La première décision des États-Unis, c'est de reprendre le fil là où il a été interrompu sur le plan démocratique, et donc de faire en sorte que le Président élu, M. Urrutia, puisse prendre le pouvoir, que Mme Corina Machado, la Prix Nobel de la Paix, puisse jouer un rôle compte tenu de la force morale qu'elle représente, et que le peuple vénézuélien puisse être amené à choisir. ».

Mais, selon lui, on ne s'acheminerait pas vers cela : « Manifestement, nous sommes dans une opération qui, aujourd'hui, laisse présager une transition au long cours, le temps pour les États-Unis, et il l'affirme, (…) et bien sûr que ça me choque, établir un protectorat, et à partir de là, gérer bien sûr les ressources du Venezuela. Ne l'oublions pas, le Venezuela est frontalier du Guyana où viennent des découvertes également des ressources pétrolières tout à fait considérables. Donc, il y a un enjeu économique majeur. (….) C'est une intervention totalement illégale, qui porte atteinte à la souveraineté du Venezuela. C'est un protectorat qui est établi sur le Venezuela, et c'est en cela que nous devons (…) prendre la mesure de ce qui est en train de se passer. ».



3. Un basculement historique et la faiblesse de la réaction européenne

Ce changement de paradigme est d'une très grave portée : « C'est un basculement historique, et la réaction que nous devons avoir doit prendre en copte ce qui est susceptible de venir, ce qui est en train de venir. (…) Premier élément qui doit guider notre réaction : le message qui est apporté est interprété par certains comme un message très dur vis-à-vis de la Chine et vis-à-vis de la Russie. Je crois exactement l'inverse. Parce que c'est un message d'un empire qui se comporte de façon impériale et qui, en quelque sorte, dit aux autres empires : moi, dans ma zone d'influence, selon les principes de la doctrine Monroe, dans l'hémisphère occidental, je fais ce que je veux, je me sers, je prends les richesses là où elles sont. Et le message donc adressé à la Chine et à la Russie, dans votre propre hémisphère, libre à vous de vous servir. Voilà ce qu'aujourd'hui le Président Xi et le Président Poutine peuvent comprendre. C'est la logique des blocs et c'est la logique de l'influence. Et malheureusement, qu'est-ce qu'on constate ? C'est que s'il y a un endroit, un continent où ceci n'est pas compris, c'est l'Europe. ».

D'où, selon lui, la mauvaise réaction de l'Europe qui ne se rend pas compte du point de bascule : « La réaction des dirigeants européens, la réaction d'Emmanuel Macron montre deux choses. (…) Ce qui se joue va bien au-delà du Venezuela, a une dimension politique et symbolique extrêmement forte. Ce qui se joue, et c'est en cela que ça nous concerne, nous Français et Européens, c'est un changement complet de l'ordre international. Et le mépris du droit, l'illimitisme des empires va nous conduire à des situations où Emmanuel Macron, les Européens, tous les dirigeants seront devant une situation qui les concernera de beaucoup. ».


Dominique de Villepin a ainsi qualifié la réaction du Président français Emmanuel Macron, qui n'a pas condamné la perte de souveraineté du Venezuela, comme « aveugle, inconsciente des réalités, irresponsable en ce qui concerne l'avenir de notre pays et l'avenir de l'Europe ». Il a argumenté ce jugement très sévère ainsi : « Que fera-t-on demain quand Donald Trump fera le même raisonnement qu'il a fait pour adapter bien sûr aux circonstances, qu'il fait aujourd'hui pour le Venezuela, quand il le fera pour le Groenland ? Quelle réaction sera celle de M. Macron ? Quelle réaction sera celle des dirigeants européens ? Il faut comprendre que ce qui se joue, c'est un changement de monde. ».

Ceux qui vont perdre à ce bouleversements, ce seront les démocraties : « Les nouveaux empires ne travaillent pas seuls. Ils ont des complices, des complicités. Les nouveaux empires, ils agissent avec des forces oligarchiques qui leur servent de soutien. Forces oligarchiques numériques, on le voit en Europe très fortement, j'attends toujours la condamnation par les Européens de ce qui s'est passé, des mesures prises par les Américains concernant Thierry Breton et un certain nombre d'autres Européens... Donc, alliance avec des forces puissantes, oligarchiques, numériques, financières, technologiques, médiatiques. Ce sont ceux qui soutiennent aujourd'hui ces nouveaux empires. C'est vrai du côté russe, c'est vrai du côté chinois, c'est vrai du côté américain. Et deuxièmes type de forces qui soutiennent l'action des nouveaux empires, ce sont les forces identitaires, populistes, illibérales. Nous voyons donc qu'il ne s'agit pas d'une situation ponctuelle. Nous changeons de monde. Et quels sont ceux qui sont visés ? Ce sont les démocraties. Et au premier chef, les États-nations forts, des pays comme la France. Ces États-nations, eh bien, ils constituent une gêne pour ces empires. Ils sont embarrassants. Et donc, il faut balayer tout ce qui est susceptible de gêner ces empires. ».

Alors, que faire ? « La meilleure défense, elle est double. Elle est d'abord de comprendre que tout est lié. Nous sommes dans un monde où tout est lié, le national et l'international. La première défense, c'est la défense de ce que nous sommes, de nos valeurs, des principes du droit contre la force. Face à cela, il y a une première leçon à tirer. C'est que le droit, c'est très sympathique, mais ça ne suffit pas. (…) Il faut la puissance. C'est la première leçon que nous devons tirer, nous, aujourd'hui, ce matin, et les Européens, c'est que nous devons nous doter des attributs de la puissances. Ça commence aujourd'hui par un grand pacte européen de souveraineté. Parce que ce qui est visé par les États-Unis, comme par la Russie, voire par la Chine, c'est la souveraineté européenne et la souveraineté française. Cette souveraineté, elle est menacée, je l'ai dit, sur le plan du numérique, sur le plan technologique, sur le plan financier, et évidemment sur le plan de la défense. Donc, ce que nous pouvons faire, c'est rappeler l'importance de la règle de droit, se doter des moyens de la puissance, et la première chose que devraient faire les Européens, c'est d'abord marquer clairement ce qui est inacceptable pour nous dans la décision américaine, se doter des leviers, et ça, c'est une urgence absolue... ».


L'ancien Premier Ministre était très sévère avec Emmanuel Macron : « C'est l'inverse de ce qu'il a fait et ça fait des mois que les Européens tergiversent. Les Européens sont dans l'illusion (…). Nommer les choses sur le plan international, c'est une première barrière. Nommer, s'organiser, se doter des moyens, et c'est pour cela, je dis un grand pacte de souveraineté qui implique que nous réagissions quand nous sommes agressés sur le plan du numérique, quand nous sommes agressés par les stable coins, quand nous voyons la prédation américaine sur le plan de la planète... ».
 


Dominique de Villepin n'avait pas besoin de journalistes pour parler, il faisait sa conférence et les journalistes devaient lui couper la parole s'ils voulaient poser quelques questions. Mais le verbe villepinien suffit-il à la situation internationale actuelle ? Quelle est sa crédibilité quand il estime que la réaction des Européens face à une éventuelle invasion américaine du Groenland serait de papoter : « réagir, s'organiser, structurer une réponse à l'échelle internationale » ? La réponse était un peu faible de l'expert : « Si l'Europe, avec le bloc des puissances du Sud global, tous les États qui souhaiteraient voir se développer un certain multilatéralisme, qui souhaiteraient éviter que ces logiques de puissance et ces logiques impériales ne se multiplient, sont susceptibles d'être les alliés de l'Europe. ».

Et de fustiger la soumission du Président de la République : « Le problème, c'est que nous nous trompons de combat. Aujourd'hui, nous sommes saisis par la peur, et donc, nous nous soumettons en pensant que cela va passer. (…) Emmanuel Macron se soumet. Quelle est la logique à laquelle nous sommes confrontés ? (…) Cette logique de soumission et de vassalisation, elle nous conduit peu à peu, et c'est là où nous retrouvons un clivage qui était déjà celui de 2003 quand les États-Unis ont décidé d'intervenir en Irak, et quelle était l'objectif en 2003 ? En 2003, l'objectif, c'était d'éviter une bataille structurée par les États-Unis avec les pays européens contre l'Irak, contre un autre monde, et qui engageait les États-Unis dans une véritable bataille de civilisation. Aujourd'hui, ce qui est derrière la démarche américaine, c'est une logique de combat d'un monde contre un autre, c'est-à-dire des États-Unis contre la Chine. Et la question, c'est de savoir si l'Europe sera une variable d'ajustement dans ce combat, si l'Europe sera le champ de bataille ou si l'Europe sera capable d'être la puissance qui jouera son rôle d'équilibre et empêchera cet affrontement. Nous devons prendre conscience que nous avons un rôle actif à jouer pour empêcher ce monde. ».


L'ancien Premier Ministre a condamné le pragmatisme inefficace d'Emmanuel Macron : « Emmanuel Macron a préféré... il a fait un choix. Il a préféré ne pas surréagir, puisqu'il a craint à un moment donné d'irriter Donald Trump. Il a préféré ne pas surréagir par rapport à la décision américaine d'intervenir à Caracas, parce qu'il a le sentiment de devoir mener un combat qui pour lui est plus important, ce qui est le combat de l'Ukraine. Et donc, il a choisi en quelque sorte sa cible. Ce qu'il ne comprend pas, ce qui lui échappe, c'est que l'ensemble de ces sujets sont aujourd'hui liés. Ne pas réagir à ce qui se passe au Venezuela, c'est s'affaiblir dans la négociation sur l'Ukraine. Comme ne pas réagir à ce qui se passait au Proche-Orient, c'était s'affaiblir dans le combat pour l'Ukraine. ».


4. L'exception française


Les belles paroles pour relancer l'élan romantique voire l'arrogance politique de la France, donneuse de leçons : « La règle qu'il faut éviter à tout prix, c'est ce qui nous a affaiblis en Ukraine, par rapport à ce qui se passait à Gaza, c'est la loi du deux poids, deux mesures. Nous ne sommes pas crédibles quand nous ne sommes plus sur nos principes. Et c'est en cela que nous, Français, on a une responsabilité historique dans ce qui se déroule aujourd'hui. On a un rôle unique qui est celui d'incarner un combat qui vient de loin, depuis la Révolution française, qui est un combat de principes, de valeurs, de respect de l'autre, de valeurs universelles, d'humanisme. Cette responsabilité-là est la seule qui puisse nous permettre d'éviter ce combat de civilisation qui se prépare. ».

Et de marteler le jugement sévère contre le chef de l'État : « [Emmanuel Macron] privilégie ce qu'il croit être sa capacité à agir sur l'Ukraine avec les Européens, et donc, au nom de l'action nécessaire sur l'Ukraine, il considère comme secondaire ce qui se passe à Caracas parce qu'il n'attache pas d'importance aux principes. Vous savez, il y a, dans le fond, deux types de responsables. (…) Dans la vie politique française, il y a ceux qui se vantent d'être pragmatiques et de vouloir privilégier l'efficacité. Dans les deux cas, ils se trompent. (…) Ce n'est pas être pragmatique de ne rien dire à un empereur décrété qui agit au Venezuela. Ce n'est pas être pragmatique, c'est ne pas voir la nature de son comportement et de sa politique, qui, une fois de plus, est marqué par l'illimitisme. Les ressources pétrolières au Venezuela, les ressources en terres rares du Groenland, ou les ressources en Afrique ou ailleurs en Amérique latine, tout cela, c'est un même ensemble dans le monde (…). Premièrement donc, pragmatisme, ce n'est pas être pragmatique, c'est être, au contraire, hypocrite et ne pas voir l'ampleur de la menace qui nous saisit. Deuxièmement, sur l'efficacité, nous ne serons pas plus efficaces sur l'Ukraine en fermant les yeux sur le Venezuela. Au contraire, nous serons encore moins crédibles. (…) Mais regardons Emmanuel Macron, regardons ce qui s'est passé à travers l'Ukraine et à travers le deal qui a été signé par Mme von der Leyen à Bruxelles. L'absence de réaction à l'attitude américaine, dans les deux cas, a conduit les Européens à un comportement d'une très grande servilité, à l'image des bourgeois de Calais. Ils sont venus comme des élèves dans une classe autour du bureau ovale devant Donald Trump. Ils ont accepté l'augmentation des tarifs douaniers sans réagir. Ils ne réagissent pas sur le numérique. Ils croient être courageux en se concentrant sur certains sujets. La vérité, c'est que, de seuil en seuil, les États-Unis deviennent irrattrapables. Et la soumission européenne devient encore plus grande. Donc, on ne sera pas plus efficace sur l'Ukraine en ne revoyant pas ce qui se passe au Venezuela. ».

 


Malgré ces attaques très acides contre Emmanuel Macron, Dominique de Villepin a pourtant le même discours quand il explique qu'il faut que la France et l'Europe se dotent des outils de la puissance. Emmanuel Macron prône la souveraineté européenne depuis 2017, et au début, il était bien seul, et martèle sa volonté de doter la France et l'Europe de moyens de défense puissants et indépendants des États-Unis (durant ses deux quinquennats, il a doublé le budget de la défense de la France, ce n'est pas rien).

Du reste, Dominique de Villepin a taclé l'ensemble de la classe politique en dénonçant son « côté misérabiliste » et en rappelant la puissance de la France : « Nous sommes un pays riche. Nous sommes un pays qui est doté. Nous sommes un pays qui a d'énormes possibilités. ». C'est exactement ce que dit Emmanuel Macron depuis huit ans.



5. Le soutien à l'Ukraine

À force d'insister sur Emmanuel Macron, on comprend que Dominique de Villepin n'est pas macroniste : « Je vous ai dit ce que je pense de la réaction d'Emmanuel Macron. Je ne la crois pas adaptée. Je crois que le calcul qu'il fait de se soumettre à la décision américaine au Venezuela en espérant pouvoir faire un meilleur deal sur l'Ukraine est une erreur. Vous savez, dans une table de jeu, dans l'esprit de quelqu'un comme Donald Trump, quand on fait un deal, on évalue la capacité du partenaire à réagir... ».

Sur l'Ukraine envahie par les armées de Poutine, Dominique de Villepin a considéré que, d'une part, Volodymyr Zelensky a fait beaucoup de concessions, d'autre part, Vladimir Poutine n'a pas du tout bougé sa position, enfin, Donald Trump s'en moquait des victimes ukrainiennes : « Donald Trump se moque complètement de ce qui se passe en Ukraine. Il se moque de l'Ukraine comme il se moque de Gaza. (…) Je ne suis pas sûr que Donald Trump ait encore compris la nécessité à un moment donné d'expliquer à Vladimir Poutine que l'Ukraine a fait tous les gestes de bonne volonté pour marquer sa volonté de paix, puisque, rappelons-le, Volodymyr Zelensky a accepté le gel dans la région du Donbass et avoir une zone démilitarisée entre les deux lignes de front. Je crois qu'il y a là une série de gestes, des garanties, et c'est pour cela que nous serions sur le papier très près d'un accord de cessez-le-feu. Encore faut-il convaincre Vladimir Poutine, et de ce point de vue-là, tout reste à faire. (…) Encore faut-il que Donald Trump veuille convaincre Vladimir Poutine. Parce qu'aujourd'hui, nous voyons bien, l'Ukraine a fait les gestes. Un accord sur le papier est possible. Mais Vladimir Poutine n'a pas cnagé d'un iota sa position. Donald Trump espère que la relation avec la Russie lui permettra, dans le même esprit que ce qu'il fait au Venezuela ou ce qu'il aimerait faire au Groenland, lui permettra des débouchés illimités de gestion de richesse, de gestion de ressources avec la Russie. L'objectif de Donald Trump, à travers l'Ukraine, ce n'est pas l'Ukraine, c'est véritablement la Russie. ».

Bref, la guerre, c'est la faute à... : « Les bases d'un cessez-le-feu sont possibles. Une fois de plus, le seul obstacle, c'est que jusqu'à maintenant, nous n'avons pas vu le moindre élément témoignant de la volonté de Vladimir Poutine de négocier. ».



6. Les manifestations en Iran

Autre point chaud, l'Iran : « Nous sommes là encore devant un régime qu'il n'est pas possible de soutenir politiquement, puisque c'est un régime théocratique qui a fait connaître à son peuple des souffrances immenses. Et nous voyons bien aujourd'hui qu'il y a plusieurs dimensions dans la colère qui s'exprime. Bien sûr une dimension qui s'est exprimée à partir de la mobilisation des commerçants, du bazar, des étudiants, mais qui dépasse et de loin la simple dimension économique, même s'il faut savoir, les femmes bien sûr, il faut savoir qu'il y a un stress hydrique, une grande sécheresse qui frappe l'Iran et qui est en partie responsable de cette mobilisation. Mais il y a un rejet très profond du régime. ».

Dominique de Villepin a rejeté le principe d'une intervention militaire extérieure : « Face à cela, quelle est la bonne attitude ? Est-ce que c'est, là encore, l'ingérence, une intervention israélo-américaine ? Je ne le crois pas. Je crois que les Iraniens doivent agir par eux-mêmes et je crois que toute intervention, toute immixtion, toute ingérence serait contre-productive. Il y a un très fort nationalisme persan, il y a une très forte identité persane. Et je crois que autant nous devons apporter notre soutien au peuple iranien, autant toute idée d'immixtion serait contre-productive et irait à l'encontre de ce que nous souhaitons, c'est la libération du peuple iranien. (…) Tirons les leçons de l'histoire. L'histoire se répète. Nous avons fait déjà fait ce rêve d'une intervention qui réglerait les problèmes, d'un régime qui serait changé par la force. Et que s'est-il passé en Afghanistan ? Et que s'est-il passé en Irak ? Que s'est-il passé en Libye ? Que s'est-il passé au Sahel ? Exactement l'inverse de ce que nous souhaitions. Le chaos, la misère, et un peu plus de drame sur le plan humain pour ces populations. Donc, nous ne pouvons pas aujourd'hui faire abstraction de l'expérience de ce qui s'est passé historiquement à chaque fois. Nous devons donc prendre cette mesure et agir avec les yeux ouverts avec un esprit de responsabilité pour éviter une nouvelle fois que le pire se produise. ».


7. Et l'élection présidentielle de 2027...


Il la prépare mais n'a pas (encore) annoncé sa candidature : « L'enjeu de 2027 sera un enjeu majeur, un enjeu historique comme on en a rarement eu, parce que c'est toute la question de la démocratie qui sera mise en avant. C'est la question du maintien de la France comme démocratie, c'est la question de la défense de la souveraineté française et de la souveraineté européenne, menacées par ces nouveaux empires, menacées par des forces, je le redis, qui sont à la fois oligarchiques et identitaires, qui servent de point d'appui dans ce combat et qui ont donc des relais sur le plan politique dans un pays comme le nôtre. Et cette défense de la démocratie, c'est un combat terrible parce qu'il faut être capable, dans le même temps, de répondre aux problèmes des Français, de répondre aux aspirations des Français. Or, l'un des drames de notre pays depuis des années (…), je constate l'effondrement de l'État. Or, tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés suppose un État fort, suppose une capacité à remettre en marche des politiques publiques concernant l'hôpital, concernant l'école, concernant l'écologie, alors que l'on voit une régression dans le domaine écologique. ».

Sa candidature ? « Je le dirai le moment venu. Nous ne sommes pas dans ce combat-là. (…) Ce n'est pas le moment d'en parler. Mais manifestement, c'est un combat qui suppose une capacité, aujourd'hui, à remettre en marche notre État et à mettre en avant de l'expérience. ».

Et de critiquer la concurrence, par exemple Jordan Bardella : « Vous savez, je ne sais pas si vous prenez l'avion de temps en temps. Est-ce que vous monteriez dans un avion, vous avec vos enfants, qui serait piloté pour un vol de cinq ans, sans escale, par quelqu'un qui a zéro heure de vol à son compteur ? ».

Quant à la comparaison avec Jacques Chirac faite par Nicolas Sarkozy, elle serait absurde : « Je reste perplexe car, en effet, j'ai connu le RPR, l'UMP de la grande époque, et j'ai bien connu Jacques Chirac, j'ai occupé le bureau voisin pendant sept ans, et j'ai travaillé avec lui pendant vingt-cinq ans. Jacques Chirac a mené un combat toute sa vie, sans faiblir, contre l'extrême droite, contre l'intolérance, contre la xénophobie, contre l'antisémitisme. Et il serait comparé à quelqu'un qui a pour idole,ou a eu pour idole, Jean-Marie Le Pen, condamné pour injures raciales à plusieurs reprises, condamné pour antisémitisme ? Vous voyez, un des drames de l'époque, c'est la confusion, la confusion des esprits. Comment voulez-vous, quand vous commettez de telles confusions, regarder le monde avec lucidité, regarder le monde avec la capacité d'agir ? Aujourd'hui, regarder le monde lucidement, c'est le préalable indispensable si on veut offrir aux Français un nouvel horizon. ».

Puis, une nouvelle théorie politique (dont DDV est friand) : « Les Français, s'ils sont malheureux, c'est parce qu'il y a un dérèglement du temps. Nous avons le sentiment aujourd'hui de ne plus avoir d'avenir. Nous avons le sentiment que tout devient flou, de douter. Cet avenir, nous ne le voyons pas pour nous et nous ne le voyons pas pour nos enfants. Et de la même façon, le passé devient un passé fiévreux. Nous n'arrivons pas à digérer la décolonisation. Nous restons dans des combats très anciens. ».


Dominique de Villepin, qui aura 73 ans à l'échéance présidentielle, voudrait tout miser sur son expérience (mais il n'a jamais eu de mandat électif) : « Et surtout, [les Français] ne sont pas dans l'élection présidentielle. Ils ne se sont pas posé la question : est-ce que vous monteriez dans un A380, avec à sa tête, un pilote qui aurait zéro heure de vol au compteur ? Zéro heure de vol au compteur. Ça ne veut pas dire, et je refuse ceux qui font un procès en compétence à Jordan Bardella ou à tout autre candidat. La question, elle n'est pas seulement de la compétence, elle est surtout d'expérience. ».

Et d'en remettre encore une couche dans le Macron bashing (sport national depuis 2017) : « Alors, me dira-t-on que les Français, à juste titre, peuvent penser qu'Emmanuel Macron avait de l'expérience, François Hollande avait de l'expérience. Et pourtant, les résultats n'ont pas été au rendez-vous. Eh bien, c'est là où il faut être capable de différencier les responsables politiques. Il y a des responsables politiques qui n'apprennent pas. Et malheureusement, la marque de fabrique d'Emmanuel Macron, tout au long des presque dix ans, c'est qu'il n'a jamais été capable de tirer des leçons de ses erreurs.
 ».

Ensuite, une page de publicité (Villepin, c'est comme du bon vin) : « Avec le temps, on se bonifie. Et moi, j'ai essayé de le faire. J'ai essayé de le faire parce que, d'abord, dix-huit ans d'éloignement de ce qui fait votre vocation. Servir, servir la France, servir les Français, ça vous rend humble. Ça vous rend humble. Ce qui ne veut pas dire qu'on devienne modeste pour la France et pour les Français. Parce que je fais partie de ceux qui pensent que la France a un destin, que les Français ont un rôle à jouer dans le monde. Et aujourd'hui, nous le voyons bien, il n'y a plus de frontière entre le national et l'international. C'est une seule et même chose. Le combat que nous menons en France pour redresser la France, il est indispensable pour pouvoir peser dans le monde. Retrouver un destin, retrouver une histoire, c'est tout simplement la garantie que nous allons pouvoir rester nous-mêmes dans un pays libre, dans un pays qui fera respecter le droit pour tous, dans un pays qui sera fidèle à ses valeurs, des valeurs universelles et humanistes. C'est ça, la France, c'est la France à laquelle j'aspire. ».

Un dernier coup de bec à Emmanuel Macron (pour la route) mâtiné d'un peu d'autosatisfaction : « L'expérience peut s 'acquérir rapidement, à condition de ne pas se tromper de combat. Si l'expérience, c'est se regarder dans un miroir, dans un exercice de communication avec des effets de manche et de style, alors oui, on n'apprend pas. Mais si l'expérience, c'est se coltiner avec le terrain, avec les dures réalités, les rugueuses réalités, alors, oui, on apprend. Et c'est pour cela que, hier, j'ai servi Jacques Chirac, qui m'a appelé au gouvernement, pour diriger le gouvernement de notre pays. ».

Et la conclusion qui signifie, en quelque sorte, qu'il n'y a que maître De Villepin qui peut jouer dans la cour des grands : « Le Président ou la Présidente qui, en 2027, prendra l'immense responsabilité de la France devra être capable de jouer dans la cour des grands. Et jouer dans la cour des grands, ça veut dire être capable de défendre non seulement les intérêts de la France, mais de défendre la vision de la France, les idéaux de la France, dans un monde en profond bouleversement, profondément marqué par des douleurs immenses. Et la France doit être capable d'apporter les réponses. ».

Beaucoup de téléspectateurs ont dû se perdre durant cette heure d'interview. Cependant, je demeure impressionné par la grande capacité de Dominique de Villepin à donner du sens au chaos. En ce sens, il reste indispensable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique de Villepin fustige la soumission d'Emmanuel Macron et de l'Europe.
Dominique de Villepin toujours pro-palestinien ?
Dominique de Villepin votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Quai d’Orsay.
Cassandre ?
Mais où est donc Dominique de Villepin ?
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260104-dominique-de-villepin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/dominique-de-villepin-fustige-la-265755

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/05/article-sr-20260104-dominique-de-villepin.html



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14 décembre 2025 7 14 /12 /décembre /2025 21:57

« En ces instants précis, nos sœurs et frères de Sydney, en Australie, ont été victimes d'une attaque terroriste odieuse contre des Juifs venus allumer la première bougie de Hanoucca sur la plage de Bondi. » (Isaac Herzog, Président de l'État d'Israël, le 14 décembre 2025).





 


La meilleure réponse de l'antisémitisme meurtrier, c'est le courage de la vie. Ce dimanche 14 décembre 2025, dans la soirée pour les Australiens (18 heures 45 heure locale), un horrible attentat terroriste a été commis près de la plage très touristique de Bondi, à Sydney, en Australie. À ce jour, il faut hélas déplorer au moins 15 personnes tuées (plus l'un des deux terroristes) ainsi que 40 blessés (dont deux policiers).

Cet attentat islamiste a eu lieu lors de la première nuit de la fête juive de Hanoucca, et la plupart des victimes sont de confession juive. En cette fin d'année, partout dans le monde, des alertes sont régulièrement émises depuis une décennie sur les risques d'attentats contre les Juifs et aussi contre les chrétiens (pour la célébration de Noël) et cette année restera encore en pleine vigilance, notamment en France.

 


Le Premier Ministre australien Anthony Albanese a décrété un deuil national. La France et les Français sont très concernés par cet attentat au bout du monde, déjà parce que lorsque l'humain est touché, toutes les nations humaines sont touchées, mais aussi parce que, parmi les victimes, s'est trouvé un ressortissant français, un informaticien de 27 ans, Dan Elkayam, dont la famille est dévastée à l'annonce de la nouvelle. « C'était une personne en or. » selon ses proches.
 


Les deux assaillants étaient un homme de 50 ans et son fils de 24 ans, soupçonnés de liens avec Daech. Les deux ont tué en tirant au fusil semi-automatique contre des victimes innocentes. Le père a été abattu par la police au cours d'un échange de tirs et le fils a été blessé, dans un "état grave mais stable". Un engin explosif artisanal a été découvert dans la voiture des assaillants. Selon la police, cette attentat visait la communauté juive de Sydney.
 


L'Australie est en proie à l'antisémitisme plus particulièrement (par rapport à d'autres nations), et il s'est renforcé depuis le massacre du 7 octobre 2023, mais Israël reproche aussi au pays de l'avoir encouragé en reconnaissant l'État palestinien (du reste, comme la France) et de ne pas assurer suffisamment la sécurité des Juifs en Australie, victimes de nombreux actes ou agressions antisémites. Les autorités israéliennes ont rappelé qu'elles avaient régulièrement alerté le gouvernement australien sur des menaces d'attentat antisémite en Australie.
 


Comment trouver du bien dans cette horreur absolue ? Eh bien, pourtant, c'est possible. En effet, lors de cet attentat, un homme de 43 ans s'est distingué car il s'est comporté de manière particulièrement courageuse et héroïque. Il a réussi à se battre contre l'assaillant le plus âgé en le plaquant au sol et à lui prenant son fusil semi-automatique. Le terroriste a pu fuir (le héros ne l'a pas tué) mais l'assaillant allait mourir un peu plus tard dans un échange de tirs avec la police. Le héros lui-même a été blessé.
 


Et pour la petite histoire, ce héros s'appelle Ahmed Al Ahmed, il est vendeur de fruits et musulman. Avec lui, l'évidence se fait homme. Ce n'est pas le fait d'être musulman qui est le problème, c'est le fait d'avoir l'esprit englouti par la pensée sectaire d'islamistes radicalisés qui cultivent la mort comme seule base de salut. Que ce héros soit remercié pour avoir défendu l'humanité et la vie et espérons que son état de santé lui permettra de continuer à vivre sans séquelles physiques, à défaut d'éviter les séquelles psychologiques.

D'autres héros se sont distingués. Des sauveteurs en mer ont couru sous les balles pour protéger des enfants visés par les terroristes sur une aire de jeu, et une femme enceinte s'est réfugiée dans un club sportif avant d'être emmenée à l'hôpital pour accoucher. Des commençants ont accueilli les personnes présentes, certaines se sont réfugiées pendant plusieurs heures dans la chambre froide d'une épicerie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Attentat de Sydney : courage versus antisémitisme.
Bataclan, ten years after.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...

Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
L’esprit républicain.
Fête nationale : cinq ans plus tard…


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251214-attentat-sydney.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/attentat-de-sydney-courage-versus-265267

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/14/article-sr-20251214-attentat-sydney.html


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3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 04:00

« Le matin était redevenu calme, tranquille. On n’entendait aucun bruit d’avion. Alors, soudain, le ciel fut déchiré par un flash lumineux, jaune et brillant comme dix mille soleils. Nul ne se souvient avoir entendu le moindre bruit à Hiroshima quand la bombe a éclaté. (…) Un nuage de poussière commença à s’élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. » (John Hersey, août 2005 dans "The New Yorker").




 


On commémore, ce mercredi 6 août 2025, le 80e anniversaire de la première explosion voulue d'une bombe nucléaire sur un terrain de guerre, dans la ville japonaise de Hiroshima, suivie, trois jours plus tard à Nagasaki, de la seconde explosion nucléaire. On se posera toujours la question de le pertinence d'avoir bombardé Nagasaki, alors que la démonstration de force à Hiroshima semblait bien suffisante.

Si on commémore, on ne fête pas ; il n'y a pas de quoi fêter l'application concrète négative jusqu'à son extrême d'une découverte scientifique pourtant très heureuse (l'énergie nucléaire et, pour avoir une idée, la possibilité de passer l'hiver au chaud et, aussi, de produire une énergie sans carbone). 140 000 habitants de Hiroshima et 80 000 habitants de Nagasaki auraient perdu la vie par ces deux explosions infernales, immédiatement ou dans les mois qui ont suivi. Je l'ai déjà évoqué plus précisément il y a quelques années.

Cette date est une singularité dans l'histoire de l'humanité. Non pas qu'elle puisse détruire la planète (il en faut beaucoup plus pour cela, la Terre est forte et solide), mais elle peut se détruire elle-même, et ça suffit amplement pour angoisser des générations entières.


Cela a donc entraîné de nombreuses réflexions et inspiré de nombreuses œuvres.

Des œuvres d'art, bien sûr, toute sorte d'art, comme la musique ; par exemple, parmi d'autres, le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark a sorti le 26 septembre 1980 cet excellent tube, qui fut un succès mondial, "Enola Gay", du nom du bombardier qui a lancé la bombe à Hiroshima. Il y a eu aussi le fameux film "Hiroshima mon amour", sorti le 10 juin 1959, réalisé par Alain Resnais et scénarisé par Marguerite Duras, avec la participation notamment d'Emmanuelle Riva et Bernard Fresson parmi les acteurs.





Comme la peinture, avec ces silhouettes (bleues) du peintre Yves Klein réalisées le 28 février 1960 (voir en fin d'article). Une anthropométrie que le jeune peintre, choqué comme tout le monde, commentait ainsi : « Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair. ».

De ces silhouettes, on ne peut que repenser à cette célèbre photographie prise à Nagasaki par Matsumoto Elichi, dans les débris d'une base militaire détruite par l'explosion. Le corps a été désintégré par le rayonnement mais son ombre a marqué le mur. Cela fait penser aux victimes de Pompéi et aussi, dans une autre mesure, mais c'est un tout autre sujet, au saint Suaire de Turin supposé (ou pas) représenté le visage du Christ (juste au moment de la Résurrection ?).

 


Ces deux explosions nucléaires ont fait poursuivre les réflexions philosophiques permanentes sur la science sans conscience qui ne serait, selon Rabelais, que ruine de l'âme, et la capacité des hommes (et des femmes) à contrôler (ou pas) des énergies et des choses beaucoup plus grandes qu'eux-mêmes. Ce débat a eu lieu ensuite sur l'informatique, la génétique, etc. et il est actuellement posé par le développement ultrarapide de l'intelligence artificielle.

Ces réflexions ne sont pas nouvelles, elles ont au moins un demi-millénaire et sans doute bien plus si on relit les philosophes classiques. En effet, dans son livre publié en 1532, "La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme", Rabelais faisait écrire par Gargantua dans une lettre s'adressant à Pantagruel, son fils donc : « Mais parce que selon les dire du sage Salomon, Sapience n’entre point en âme malveillante, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui remettre toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi charitable, lui être fidèle, en sorte que jamais tu ne t’en écartes par péché. ».

Vouloir contrôler le monde, être capable de diriger la Nature... Le mythe de Prométhée nous rappelle qu'on n'est pas forcément gagnant lorsqu'on veut s'attaquer au dieu des dieux.
 


Mais ce sont les réflexions militaires et géostratégiques qui ont bouleversé le monde postmoderne : dans les années 1950, l'idée était que la possession d'une arme nucléaire permettait la protection par dissuasion nucléaire. Cela se passait en pleine guerre froide avec une surenchère de l'armement nucléaire. Le raisonnement, c'est qu'on ne peut plus attaquer et détruire l'ennemi sans être en retour attaqué et détruit. Dans ce dogme de la dissuasion nucléaire, l'armement nucléaire n'est pas tout, et on le voit maintenant, c'est aussi la manière de bombarder, c'est-à-dire la technologie des missiles qui fait beaucoup dans le processus de la dissuasion.

Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, et puis Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël, Iran... le risque de la multiplication des pays possédant l'arme nucléaire a encouragé le monde à se doter d'un traité de non-prolifération nucléaire plus ou moins bien respecté. Du reste, rappelons que la salutaire politique de dissuasion nucléaire n'a pas été initiée par De Gaulle (qui l'a poursuivie et consolidée) mais par des hommes d'État de la Quatrième République, en particulier Félix Gaillard, aussi Jules Moch, etc.

La guerre en Ukraine a montré les limites de cette dissuasion nucléaire puisqu'elle n'empêche pas le retour au cœur de l'Europe d'une guerre de type Première Guerre mondiale. En raison de la tentative d'invasion orchestrée par Vladimir Poutine, la Russie s'est positionnée agressivement contre l'Europe et les États-Unis. L'arrivée de Donald Trump n'en changera pas cet état des choses ; sa naïveté finira bien par s'écraser au mur de la réalité. Et c'est même maintenant !

Le dernier épisode est une réponse à des déclarations toujours inconséquentes et excessives de Dimitri Medvedev. Depuis février 2022, on a du mal à comprendre qui est cet ancien Président de la Fédération de Russie (2008 à 2012), servant de prête-nom à Vladimir Poutine (interdit d'un troisième mandat en 2008 ! Il en est à son cinquième mandat, et encore, en rallongeant de 50% leur durée et sans compter son temps de Premier Ministre), actuellement vice-président du conseil de sécurité de la Russie. Alors qu'il était initialement considéré comme "raisonnable" et "sérieux", avec des bonnes connaissances économiques, etc., il s'est transformé en pire que Vladimir Poutine, comme s'il y avait un concours de surenchères de celui qui propose le plus de menaces de guerre contre un supposé "Occident".

Dimitri Medvedev a réagi à la déclaration de Donald Trump réclamant la paix en Ukraine d'ici au 8 août 2025. L'ancien Président russe a écrit sur Twitter : « Chaque nouvel ultimatum est une menace et un pas vers la guerre. ». Or, pour une fois, au lieu d'ignorer les propos surbelliqueux de Dimitri Medvedev, Donald Trump l'a pris au mot en considérant que les déclarations ainsi exprimées étaient graves et menaçaient l'intégrité des États-Unis : « Soyons prudents, une menace a été proférée et nous avons estimé que ce n'était pas approprié ! ».

 


Résultat : le 1er août 2025, Donald Trump a annoncé le déploiement de deux sous-marins nucléaires américains vers la Russie. Concrètement, cela ne changera rien dans la mesure où les États-Unis n'avaient pas besoin de ce déploiement pour être défendus et en capacité de répondre aux éventuelles attaques nucléaires de la Russie, mais cela permet de montrer un changement de ton. La naïveté semblerait laisser maintenant place à la lucidité.

Après tout, prendre au sérieux toutes les logorrhées de Dimitri Medvedev a cet avantage qu'il la ramènera un peu moins la prochaine fois, et ce n'est pas dans l'intérêt de Vladimir Poutine de se montrer grossièrement belliqueux (ce qu'il est pourtant). Donald Trump, qui est bien du niveau de cette cour de récréation "virile" (celui qui a la plus longue), pourrait montrer à Vladimir Poutine qu'il a désormais trouvé un maître en la matière.

Quant à la dissuasion nucléaire, elle ne tient que si les protagonistes agissent avec raison et pas avec émotion. À l'ère de Trump, les invariants se réduisent à peau de chagrin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
Le syndrome d'Hiroshima.
En France, record mondial pour la fusion nucléaire !
Dominique Voynet, la fossoyeuse de l'énergie nucléaire française.
La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
La filière nucléaire en crise, par Marc Endeweld dans "La Tribune" du 9 février 2022.
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Tchernobyl (1986).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

 





http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-hiroshima.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/hiroshima-et-nagasaki-le-mythe-262455

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/04/article-sr-20250806-hiroshima.html


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18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 04:52

« Ni despotisme ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce. » (Victor Hugo, "Les Misérables", 1862).



 


Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d'appel de Paris a rendu un jugement important puisqu'elle autorise la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah avec expulsion immédiate vers son pays, le Liban, le 25 juillet 2025. Cette décision de la justice française était le résultat de l'appel du parquet national antiterroriste contre la décision du tribunal d'application des peines du 15 novembre 2024 permettant sa libération conditionnelle, sous condition « qu'il quitte le territoire français et n'y apparaisse plus ».

Contrairement à ce que laisse entrevoir ce visage de grand-père bienveillant et sympathique, à la barbe blanche du père Noël, George Ibrahim Abdallah (74 ans) est un terroriste libanais, qui a été un proche du Palestinien Georges Habache, chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Militant communiste, activiste pro-palestinien, chef en France de la FARL, fraction armée révolutionnaire libanaise, communiste, marxiste, pro-syrienne et anti-israélienne, il a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon en possession d'un faux passeport algérien, puis des armes ayant servi à des assassinats ont été retrouvées chez lui (25 kilogrammes d'explosifs, des mitraillettes, des roquettes, des pistolets, etc.), si bien que le 28 février 1987, à l'issue d'un procès très médiatisé (il fut défendu par Jacques Vergès), la cour d'assises spéciale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa complicité dans l'assassinat du diplomate américain Charles R. Ray le 18 janvier 1982 à Strasbourg et celui du diplomate israélien Yacov Barsimantov le 3 avril 1982 à Paris.
 


Pendant plus de quarante ans, il a été soutenu par un fort mouvement communiste et pro-palestinien, qui considère que Georges Ibrahim Abdallah serait un prisonnier politique dans un État impérialiste à la solde de la CIA et du Mossad. La réalité, c'est que celui qui ose toujours s'afficher à côté d'un portrait du cruel Che Guevara a du sang sur les mains et dans sa conscience et qu'il a été condamné à perpétuité par une justice indépendante. La preuve, c'est que la politique a tenté de s'en mêler justement pour le libérer en échange de la libération d'un otage en Algérie, ce que la justice française a finalement refusé.

Faut-il pour autant s'indigner de cette libération qui laisse entendre, pour les organisations d'extrême gauche qui voudraient en faire un nouveau Nelson Mandela (ce qu'il n'est pas), qu'il s'agit d'une
« victoire politique » (alors qu'elle n'est qu'une décision d'une justice indépendante) ? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais réjoui d'une peine de prison qui est une peine toujours traumatisante, et j'ai toujours été pour une condamnation sévère (afin de rappeler l'interdiction de crimes de sang) avec une peine adaptée, à savoir que la morale triomphe indépendamment de l'application des peines qui est l'affaire des juges d'application des peines.

 


En revanche, ce qui m'inquiète, c'est que Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de militer pour ses causes extrémistes depuis sa cellule, bénéficiant d'ailleurs d'un ordinateur et de moyens pour militer (ce qui peut paraître étrange). La question est donc de savoir s'il serait capable de récidiver et de continuer à organiser des actions armées contre des individus ou des États. La libération conditionnelle, qui n'a jamais été un dû, est autorisée par la justice dans le cas où elle considère qu'une fois libre, le prisonnier ne constitue pas un danger pour l'ordre public et pour la population (ce qui a expliqué la libération prochaine de Serge Atlaoui), mais pour cet ancien terroriste libanais visiblement pas repenti, sa libération est conditionnée à une expulsion immédiate vers le Liban et l'interdiction de revenir sur le territoire français. On peut encore être terroriste à 74 ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Ibrahim Abdallah.
Mahmoud Abbas.
Yasser Arafat.
Les Accords d'Oslo.
Shimon Peres.

Yitzhak Rabin.
L'horreur du Hamas.
L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
Massacre à Gaza.
La chute de Bachar El-Assad.
Michel Aoun.



 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-s-indigner-de-la-262183

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html



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13 juillet 2025 7 13 /07 /juillet /2025 20:17

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-macron.html










DISCOURS AUX ARMÉES
DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON
LE DIMANCHE 13 JUILLET 2025
À L'HÔTEL DE BRIENNE À PARIS





13 juillet 2025
Discours du Président de la République aux armées depuis l'Hôtel de Brienne



Monsieur le chef d'état-major des armées,
Monsieur le délégué national de l'Ordre de la Libération,
Monsieur le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale,
Monsieur le délégué général pour l'Armement,
Monsieur le secrétaire général pour l'Administration,
Messieurs les chefs d'État-major,
Monsieur le directeur de la Gendarmerie nationale,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le gouverneur militaire de Paris,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les directeurs, officiers, sous-officiers, officiers mariniers, militaires du rang, marins et aviateurs, personnels civils des Armées,
Mesdames et Messieurs.

C'est aujourd'hui la neuvième fois que je m'exprime devant vous, à la veille de notre fête nationale. Vous, soldats, qui, partout où vous êtes déployés, agissez pour assurer la protection des Français, la défense de nos intérêts et le respect de la parole donnée.

Vous, qui êtes le bras armé de la France et dont l'engagement porte grandeur et acceptation du risque.

Je vais tout à l'heure saluer la mémoire de nos soldats tombés cette année, je verrai également tout à l'heure et demain nos blessés. Et je veux ici redire à leurs familles, à leurs frères d'armes, le soutien entier et la reconnaissance de la nation, notre reconnaissance et notre affection. Votre engagement est inestimable.

Il l'est d'autant plus que nous vivons un moment de bascule. Nous en apercevons depuis longtemps l'imminence et ces bascules sont aujourd'hui effectives. Et sans doute jamais, depuis 1945, la liberté n'avait été si menacée et jamais à ce point, la paix sur notre continent n'avait dépendu de nos décisions présentes.

Oui, nous replongeons dans des années où l'histoire se fait. Et à ce titre, je tiens, en ce 13 juillet 2025, à remercier la Mission Libération, présidée par Philippe Étienne, qui achèvera ses travaux en fin d'année et a scandé les deux années que nous venons de vivre à travers les commémorations, le travail scientifique, académique, le travail de mémoire et la mobilisation de tant et tant de nos anciens combattants et vétérans. Comme je remercie tous nos anciens combattants, nos associations, associations d'anciens combattants et de mémoire qui, partout sur le territoire national, portent cette mémoire collective, nous rappellent la force de cette histoire et sont aussi le socle de la mémoire de la nation.

Je le disais, jamais, sans doute, notre liberté n'avait été si menacée. Liberté des peuples attaqués par les impérialismes et les puissances d'annexion, liberté bafouée quand les règles de la guerre sont effacées, quand chacun s'exonère du droit international, quand l'espérance de la paix est anéantie en Europe, au Proche et Moyen-Orient, comme en Afrique. Et quand il n'y a plus de règles, c'est la loi du plus fort qui l'emporte.

Liberté de notre Europe mise en danger au moment où la guerre a été portée sur notre sol avec l'invasion de l'Ukraine, alors que les États-Unis ont ajouté une forme d'incertitude et que notre Europe se trouve placée à la lisière d'un vaste arc de crise qui part du golfe de Guinée, traverse le Sahel jusqu'au Proche-Orient et en Iran. Soyons clairs, nous, Européens, devons désormais assurer notre sécurité nous-mêmes.

Liberté de notre modèle économique aussi, quand les entreprises s'imaginent devenir des États, les États devenir des empires, et quand les terres sont à confisquer, les ressources à accaparer ou le commerce mondial à capturer.

Liberté de notre modèle démocratique et politique, objet, de tentatives de manipulation par des États étrangers, notamment sur les réseaux sociaux et cibles de forces obscurantistes.

Liberté individuelle également, parce que dans l'ère des écrans, c'est l'esprit des hommes, en particulier des jeunes générations, qui devient la ligne de front de la guerre économique, technologique et culturelle.

Liberté de la nation, enfin, quand les risques de la division menacent notre unité et que nous devons affronter tant de défis pour rester libres, maître de notre destin.

Alors, face à tous ces risques qui pèsent sur notre liberté, nous avons initié en janvier dernier un état des lieux de notre environnement et des défis à venir. Ce travail est aujourd'hui achevé, et la revue nationale stratégique qui a été pilotée par le SGDSN et à laquelle nombre d'entre vous, et je vous en remercie, ont largement contribué, sera publiée demain.

Cette revue pose un diagnostic clair et précis. Une désinhibition du recours à la force, avec une violence accrue qui n'est pas toujours l'apanage d'États et qui ne cible pas toujours des belligérants.

La menace particulière que représente le terrorisme, et singulièrement le terrorisme islamiste, 10 ans après les attentats de Paris. Si en une décennie, nous avons beaucoup fait, le risque est là, toujours.

Une remise en question des solidarités et un effacement des cadres qui ont été définis après la Seconde Guerre mondiale. L'hybridité croissante des conflits, ce qui brouille tous les effets de seuil.

La permanence d'une menace russe aux frontières de l'Europe, du Caucase à l'Arctique. Une menace préparée, organisée, durable et à laquelle nous devrons être capables de faire face. Notre avenir européen est déterminé par cela et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace et la dissuader pour maintenir la paix.

La course technologique qui se joue en parallèle avec l'irruption de l'intelligence artificielle, l'émergence des drones, le retour de la guerre électronique, de nouveaux espaces d'affrontement que sont l'espace, le cyber ou les fonds marins, mais aussi le virage quantique qui a déjà commencé et sur lequel nous avons nombre d'atouts.

Autant de révolutions accélérées par les champs de bataille où la nécessité de survivre et de s'adapter démultiplient l'ingénierie et l'ingéniosité. Une guerre que chaque citoyen observe sur les réseaux sociaux, en particulier notre jeunesse, sans mesurer les opérations de propagande qui s'y déploient. Nos schémas devront changer profondément pour intégrer ces réalités.

Ces menaces, c’est ce que définit et décrit très bien notre Revue Nationale Stratégique, vous y êtes confrontés directement. Tant engagés au sein de l'OTAN sur son flanc Est, vous assistez aux violations de souveraineté, aux tentatives de déstabilisation hybrides, aux menaces sur les élections et la stabilité des pays d'Europe. Vous y êtes confrontés en Mer Rouge, je l'ai encore vu à vos côtés il y a quelques mois, à Noël, à Djibouti, où nos marins et aviateurs abattent missiles et drones et sont garants d'une liberté de navigation, et en Afrique aussi, où les groupes terroristes s'en prennent aux populations civiles.

Vous y êtes confrontés au Proche-Orient où, sous vos yeux, les tabous sont transgressés, l'impensable survient parfois, et où vous répondez présents pour défendre des pays partenaires ou évacuer nos ressortissants. Je salue ici nos forces armées intégrées à la FINUL, au Liban, comme le rôle que nous jouons directement dans le mécanisme de suivi au sud de ce même pays.

Vous y êtes confrontés, sur le territoire national et en particulier dans nos Outremers, placés aux avant-postes des nouvelles zones de conflit. Oui, nos territoires ultramarins sont de plus en plus — et la loi de programmation militaire l'avait bien identifié — des territoires qui seront testés et où les puissances de déstabilisation viennent aujourd'hui nous déstabiliser. Vous êtes confrontés à ces menaces et leurs évolutions, non pas comme spectateurs, mais comme acteurs de plain-pied dans ce monde qui bascule. Et tout peut en effet advenir.

Ces dernières années ont été marquées par le retour de l'impensable. Et regardez encore ces derniers mois l'accélération des événements, les bombardements sur l'Iran, les combats entre l'Inde et le Pakistan, avec sans doute l'un des combats aériens de la plus grande intensité des dernières décennies. Les à-coups dans le soutien américain à l'Ukraine, la guerre commerciale entre alliés dans ce même contexte. Oui, nous assistons au retour du fait nucléaire, de la prolifération des conflits majeurs.

Parce que la nation est confrontée à toutes ces menaces hybrides, à cette accélération de l'histoire, il n'y a plus d'arrière et il n'y a plus de front. Les conflits sont multiformes, multichamps, et supposent de la densité, ils supposent de durcir nos capacités, nos forces et la nation dans son entier. Je le dis ici devant vous : nous y arriverons.

Nous y arriverons, pas seulement parce que nous serons mieux armés, mais parce que nous sommes lucides et unis, comme nous le sommes depuis neuf ans, parce que nous avons anticipé ces transformations du monde, anticipé les investissements indispensables. Et à cet égard, il ne suffit pas d'abord de viser des pourcentages de budget, mais de viser ce qui nous élève et nous unit, une force d'âme, une détermination, comme je l'évoquais ici même à vos côtés il y a trois ans. Au fond, soyons simples : pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant.

La nation, pour cela, doit être plus forte, car c'est à la nation avant tout de défendre la nation. Cela passe d'abord par une meilleure prise de conscience de chaque Français et de tous les acteurs civils des menaces hybrides qui nous entourent. Je veux remercier le général Burkhard pour sa prise de parole il y a deux jours à ma demande, qui y a contribué. La mobilisation interministérielle est aussi essentielle à la défense nationale, chacun doit être à son poste de combat.

Des efforts ont été faits et doivent se poursuivre. Sous l'autorité du Premier Ministre, nous poursuivrons dans chaque ministère, dans chaque domaine, ces efforts. À l'international, et je pense au Quai d'Orsay et au travail d'influence, une organisation dédiée, des moyens renforcés, une posture plus offensive ont été décidés et seront maintenues dans la durée. Je pense aussi à ce qui a été fait à l'ANSSI, à VIGINUM, qui protège les Français contre les attaques cyber et les ingérences. Je pense à nos services de renseignement extérieur et intérieur. Mais je pense aussi à l'indispensable sursaut qui est demandé, organisé et qui continuera d'être renforcé dans nos entreprises, nos collectivités territoriales, nos laboratoires de recherche, dans nos infrastructures des plus sensibles, mais aussi parfois les moins attendus. Car c'est là parfois que se logent nos vulnérabilités, c'est là aussi que nous devons durcir la posture. Il nous faut partout être préparés.

Nous y arrivons aussi parce que nous sommes soucieux que nos armées servent dans les bonnes conditions. Voilà pourquoi j'ai veillé à la condition militaire portée par vos chefs et éclairée par le Haut-Comité d'évaluation de la condition militaire. Le statut général des militaires est une force pour notre défense. La condition militaire engage la nation, entretient une force morale, des principes essentiels, et la reconnaissance de votre condition, c'est aussi vos rémunérations. J'ai demandé à ce titre leur remise à niveau et ce qui a été prévu par la loi de programmation militaire sera à l'euro près, au mois près, réalisé. Cela est fait pour les militaires de rang et pour les sous-officiers. Cela le sera totalement d'ici la fin de l'année pour les officiers. La condition militaire suppose aussi la certitude de la solidarité de la nation lorsqu'il le faut. Le plan blessé et le plan famille ont été mis en place. C'était indispensable. Je sais, je mesure tout ce qu'il reste à faire dans certaines bases pour améliorer le quotidien et la qualité de vie et nous le ferons. Et je remercie la ministre déléguée, chère Patricia Mirallès, pour l'ensemble des améliorations que je souhaite voir poursuivies. Je pense aussi à l'attention nécessaire à l'emploi des conjoints des militaires et aux propositions faites en ce sens par le HCECM. La condition militaire, c'est aussi l'attention aux conditions de réalisation de vos missions, l'attention à l'organisation et au mode de fonctionnement.

Vous avez le devoir d'agir lorsque plus rien ne marche. Au milieu du chaos, vous êtes à ce titre le dernier rempart. Ceci exige de l'agilité, de la souplesse, de la subsidiarité, de la capacité d'initiative. Or, la dérive opérée durant les années de réduction des dépenses de défense a conduit parfois à compromettre ces principes essentiels. Alors, dans ce moment de bascule, j'attends du ministère des Armées et le Ministre au premier chef et du Chef d'état-major des Armées des propositions qui me seront faites pour la fin d'année, et je l'en remercie. Ceci afin que le fonctionnement du ministère et des Armées continue de se réformer, que des leviers soient redonnés aux chefs militaires pour réaliser les missions que je peux être amené à vous confier, mais aussi aux ingénieurs, aux techniciens, aux agents du ministère pour qu'ils innovent et soutiennent le développement rapide de nos capacités militaires.

Nous y arriverons ensuite si nous prenons la mesure du tournant capacitaire à engager. Voilà pourquoi, depuis 2017, j'ai décidé de faire de la défense une priorité. Il fallait redonner à la France une défense solide, complète, souveraine. Les lois de programmation auront été réalisées scrupuleusement, ce qui est inédit. L'effort que cela représente est indispensable face à tous les défis. Et en presque dix ans, nous avons réparé, modernisé, innové avec la mise en œuvre des lois de programmation militaire. Et je remercie le ministre des Armées, cher Sébastien Lecornu, pour l'énergie qu'il consacre à ce sujet essentiel pour la France. J'associe à ces remerciements madame Florence Parly, qui a porté cela à mes côtés durant le quinquennat précédent.

Nous y arriverons enfin si nous savons trouver les nouvelles manières d'opérer. Nous avons déjà révisé nos outils et nous nous sommes dotés de nouveaux instruments. Le nouveau centre pour les opérations spatiales que j'inaugurerai cet automne à Toulouse en est un exemple. Nous avons aussi révisé notre doctrine stratégique, je pense en particulier à l'approche nouvelle développée avec les pays d'Afrique. Il nous fallait reposer les bases d'un partenariat répondant à nos attentes respectives et vous l'avez mis en œuvre avec beaucoup d'efficacité.

Il reste que ces transformations profondes n'épuisent pas tous les défis qui sont posés. À l'heure des prédateurs, nul ne peut demeurer immobile. Nous avons une avance, mais demain au même rythme, nous serions dépassés. J'avais annoncé le 5 mars dernier aux Français la nécessité de prendre des décisions historiques face aux menaces existentielles qui pèsent sur notre liberté et que je viens de rappeler. Ces décisions sont indispensables à mes yeux pour garantir notre sécurité et notre indépendance. Alors que notre allié américain affiche une volonté de désengagement ou crée pour nous, étant allié, des incertitudes nouvelles, voulons-nous une fois pour toutes prendre notre sécurité et celle du continent en main et bâtir un vrai pilier européen de l'OTAN ?

Sommes-nous capables d'offrir un débouché à cette formidable envie d'engagement et de réalisation qui anime notre jeunesse ? Sommes-nous capables, surtout, de résister en cas de conflits de haute intensité sur le sol européen dans les trois à quatre années qui viennent ?

À toutes ces questions, nous répondrons oui.

Parce que nous, Français, entendons demeurer libres dans le siècle qui vient. Pour avoir ce pouvoir de dire oui, la Nation doit être fidèle à l'enseignement de Clemenceau et appliquer sa maxime : « il faut savoir ce que l'on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire ».

Aussi, l'heure est-elle venue de tirer toutes les conclusions de ce que nous savons ? Et c'est ma responsabilité de Président de la République, chef des armées. Cela passe d'abord par l'exécution certaine des décisions déjà prises. Il faut que les crédits prévus soient disponibles à l'euro près. La constance est essentielle, car notre stratégie est la bonne depuis 9 ans, celle de l'indépendance de la France et de la souveraineté de l'Europe. Nous avons commencé les efforts plus tôt. Nous avons plus tôt vu ces menaces nouvelles. Il nous faut donc, avec constance, continuer de faire ce qui a été décidé. Comme l'a annoncé ce matin le ministre, grâce aux décisions du Premier Ministre que je remercie, le dégel des crédits sera effectué. Je le sais, nos PME et nos industriels ont subi les retards provoqués par la censure votée par les parlementaires au mois de décembre dernier.

Alors, je le dis ici à chacun, de prendre ses responsabilités pour l'année prochaine. Aux parlementaires, pour que le budget soit voté en heure, car les censures de fin d'année ont une conséquence simple, elles décalent le budget des armées, entre autres.

Au Gouvernement ensuite de procéder en temps et en heure aux crédits décidés.

Aux grands groupes de la filière de donner de la visibilité nécessaire à leurs sous-traitants, et je compte sur eux, et aux investisseurs et à la place financière de continuer de soutenir ces entreprises.

Il faut, à ce titre, poursuivre l'effort que nous avons entrepris ces trois dernières années pour pouvoir continuer d'innover plus rapidement, de produire plus rapidement, de produire de la masse nouvelle, de nous adapter à la demande, et de remettre les financements privés vers la base industrielle et technologique de défense. Ces changements, opérés depuis 2022, doivent être confortés, intensifiés encore.

Deuxièmement, on doit s'interroger sur la suffisance de l'effort consenti par les deux LPM. Il faut combler nos zones de fragilité. C'est tout le travail qui a été fait ces dernières semaines par le ministre des Armées, le CEMA et la DGA. Combler nos zones de fragilité et, au premier titre, nos stocks de munitions, dont les munitions téléopérées, renforcer nos armes de saturation et nos armes de précision, nous doter de drones pour nos groupes de combat, nos frégates et nos bases aériennes encore davantage, et des équipements nécessaires au quotidien pour que les opérations soient menées, renforcer notre défense aérienne et nos moyens de guerre électronique, augmenter nos capacités spatiales, pousser au maximum les curseurs de l'entraînement des soldats, des marins, des aviateurs, développer encore davantage la réserve, décidée par son accroissement en 2022, mais que nous devons encore intensifier. Nous avons des armées solides, mais sur tout ce que je viens de nommer, il nous faut durcir le modèle, gagner aussi en masse. Tels sont les axes d'efforts qui ont été identifiés et qui seront les axes de priorité dans les efforts supplémentaires à la loi de programmation militaire en cours.

La guerre en Ukraine démontre que pour tenir, il faut de la bravoure, mais aussi des stocks et une industrie de défense adaptée. Il faut une Nation capable de tenir, d'être mobilisée. C'est aussi pourquoi nous devons accélérer les efforts sur notre réserve. Et je crois aussi que l'on doit donner à la jeunesse un nouveau cadre pour servir, selon d'autres modalités, au sein de nos armées. Je donnerai mes orientations et mes décisions en ce sens à l'automne, sur la base des travaux demandés au mois de janvier dernier aux ministres et au CEMA, revenant sur l'avenir du SNU, l'organisation, la mobilisation de notre jeunesse comme de nos réserves.

Troisièmement, cette nouvelle ère pour la Nation suppose de nouveaux budgets pour nos armées. En conscience, nous assumons de porter un effort nouveau et historique. La première loi de programmation, lancée lors du précédent quinquennat, a permis de réparer. La seconde est une loi de projection qui a anticipé les bascules du monde, mais ces bascules interviennent plus vite que prévues. Alors que nous avions prévu de doubler le budget d'ici 2030, nous allons le doubler d'ici à 2027. À cette fin, une actualisation de la loi de programmation militaire sera présentée à l'automne, qui prévoira l'effort que nous devrons porter jusqu'en 2027 sous ma responsabilité. Et j'en appelle à ce titre à la responsabilité nationale. Le budget des armées en 2017 était de 32 milliards d'euros. S'ajoutera à la loi de programmation militaire actuelle un effort de 3,5 milliards d'euros en 2026 et de 3 milliards d'euros supplémentaires l'année suivante. Nous consacrerons donc 64 milliards d'euros pour notre défense en 2027. C'est le double du budget dont les armées disposaient en 2017. Cet effort nouveau, historique et proportionné, il est crédible, il est indispensable, il est juste ce qu'il nous faut, mais vraiment ce qu'il nous faut. Comment le financer ?

Le Premier Ministre l'annoncera dès le 15 juillet après-midi. Et je veux ici le remercier pour son travail et celui à ses côtés de tous les ministres qu'il a mobilisés. En tout état de cause, nous refusons que ce réarmement passe par l'endettement. Notre indépendance militaire est indissociable de notre indépendance financière. Il sera donc financé par plus d'activité et plus de production. L'effort de toute la Nation pour la défense de tous les Français. J'avais dit le 5 mars aux Français, la patrie a besoin de vous. Je vous le dis en cette veille de fête nationale, c'est maintenant. Maintenant qu'il nous faut consentir à cet effort, parce que nous l'avons travaillé, documenté, et il est précisément calibré. Un effort ponctuel de tous pour préserver notre sécurité et notre indépendance. Le salut de la patrie suppose que nous dépensions plus pour notre défense et que chacun prenne sa part de cet investissement et que nous veillons à la souveraineté financière de notre Nation qui passe par des réformes, des transformations et plus de production. Si notre liberté a un prix, le voici.

Nous sommes cette génération qui n'a pas connu la guerre, déterminée à ce que nos enfants ne connaissent rien d'autre que la paix. Mais soyons lucides, nous n'avons plus les dividendes de la paix dont nos parents avaient bénéficié. C'est terminé. Cet effort ne sera pas sans gain au demeurant pour la Nation et les dépenses militaires sont et seront aussi source de richesse pour notre produit intérieur brut, notre économie et nos territoires. Car cet effort devra aussi être celui de nos industriels. Et je le sais, c'est leur motivation, leur credo, mais ils devront porter aux côtés de nos armées ce patriotisme. Ils devront produire encore davantage, plus vite, à moindre coût. La DGA y veillera strictement. Et ils continueront aussi de privilégier nos territoires pour des capacités nouvelles, des sites de production nouveaux, comme nous l'avons vu ensemble il y a quelques mois encore à Bergerac.

C'est grâce à cet effort que nous pourrons affirmer avec fierté, avec lucidité, avec confiance : nous y arriverons. Oui, nous y arriverons.

Parce que ce surcroît de budget nous permettra d'avancer aussi avec nos partenaires. Notre force est supérieure lorsqu'elle est collective, et c'est le sens même de l'engagement pris lors du sommet de l'OTAN à La Haye le 25 juin dernier, venant poursuivre la prise de conscience du sommet de Versailles en 2022. Nous devons faire plus pour notre défense, nous devons faire plus sur le plan militaire, industriel et technologique afin, en Européens, d'être plus souverains. C'est cet effort qui nous permettra d'assurer notre crédibilité face à nos partenaires, de disposer encore et toujours de l'armée la plus efficace d'Europe, de nouer des partenariats nouveaux comme cette semaine avec le Royaume-Uni. Après la déclaration de Northwood que nous venons de signer, l'Allemagne et le Royaume-Uni se retrouveront dans quelques jours et nous retrouverons nos partenaires allemands à la fin du mois d'août pour un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité où nous aurons de nouvelles décisions à prendre.

Bâtissons avec nos principaux partenaires, agissons en Européens, car nous affrontons les mêmes menaces, à commencer par la menace russe. Mais nos investissements, combinés, une coopération renforcée, nous permettra de bâtir ce pilier européen de l'OTAN que la France a annoncé et voulu avant tant d'autres.

Rappelez-vous, il y a neuf ans, c'était un gros mot ; il y a quelques années, il était impossible de le défendre et de le voir soutenu par d'autres. Maintenant, c'est devenu un credo. Ils nous ont tous rejoints, mais à nous d'en faire une réalité et d'agir ensemble. Face à cette même menace, nous devons agir ensemble, produire ensemble, acheter ensemble. C'est le sens du programme SAFE, (Security Action for Europe), adopté il y a un mois et demi par le Conseil européen et qui permettra, avec 150 milliards d'euros, de financer des achats conjoints d'équipements militaires. Il faut impérativement les mettre en œuvre. Et nous avons pour cela des atouts. Nos industriels ont des atouts. Nous avons des capacités qui sont au point d'excellence internationale et doivent devenir des solutions européennes. Le système de défense aérienne, SAMP/T, nouvelle génération, nos missiles dans toutes les gammes, nos avions Rafale, les premières constellations de satellites en orbite basse, nos champions de l'intelligence artificielle, nos systèmes radars et anti-drones, et j'en passe.

Ces solutions, cette innovation de pointe, nous en disposons. Nous la produisons souvent déjà en partenariat avec plusieurs autres grands industriels européens ou par nos groupes qui ont déjà une empreinte et un actionnariat européen. Alors achetons européen en masse. Malgré l'incertitude américaine et face à la volonté chinoise, face à la menace russe, la puissance européenne est notre meilleur bouclier.

Une Europe capable d'innover et de produire sur son sol, c'est une Europe qui sera plus souveraine et maîtrisera son destin, assumera sa puissance.

Et sortons des vieux débats ridicules, ceci n'enlève rien à l'indépendance et la souveraineté française. Cela la renforce, cela l’accroit, car nous n'avons rien cédé, en neuf ans, de notre souveraineté et de notre indépendance, au contraire. Mais en ayant des alliés dont les armées travaillent avec nous, opèrent avec nous, en ayant des industriels partout en Europe, qui produisent avec nous, en poussant nos partenaires européens à acheter avec nous nos matériels, nous renforçons de fait notre souveraineté et notre indépendance. Partout en Europe, la force de la France est attendue. Et dans notre monde dangereux et incertain, il est un pilier de notre sécurité qui ne vacillera pas, c'est notre dissuasion nucléaire. Totalement et invariablement souveraine, elle garantit notre liberté. Elle a également un rôle dans la sécurité de l'Europe. Je l'ai réaffirmé avec le Premier Ministre britannique cette semaine, il n'existe pas de menace extrême contre l'Europe qui ne susciterait pas de réponse de nos deux Nations.

Afin de mesurer pleinement le rôle de notre dissuasion dans la sécurité collective, j'ai mandaté le ministre des Armées et le CEMA pour engager un dialogue stratégique avec nos partenaires européens qui y sont prêts. Je reviendrai sur la base de ce travail, plus précisément, à la fin de cette année, afin de décrire les évolutions que cela emporte.

Notre pays, le seul de l'Union européenne doté de la dissuasion nucléaire, fort de ce partenariat renouvelé avec le Royaume-Uni, a aussi une responsabilité majeure pour que le réarmement conventionnel de notre Europe soit efficace, crédible et cohérent. Tout cela est un tout. Partout en Europe, les nations se réarment et la France ne peut laisser ses alliés européens en première ligne face aux menaces de très court terme.

Partout en Europe, la force de la France est attendue et partout dans le monde, la liberté est menacée. Alors défendons-la.

Défendons-la en Ukraine parce que notre sécurité et notre liberté sont liées au destin de ce pays. C'est la raison pour laquelle, avec le partenaire britannique, la France a regroupé une coalition de pays volontaires, en vue de contribuer à garantir durablement la paix qu'il faut sur notre continent. Cette Coalition des volontaires initiée à Paris en février dernier regroupe maintenant 30 nations. Son état-major opérationnel est constitué et basé à Paris, c'est une première. Mais c'est le sens même de ce que nous voulons faire, le sens même d'une partie des efforts capacitaires et opérationnels que nous sommes en train de conduire qui a vocation à faire de la France la Nation cadre d'opérations à venir.

Défendons notre liberté en Europe où tant de nations, je pense en particulier à nos amis finlandais engagés à nos côtés dans la FINUL au Liban, voient avec appréhension les nuages s'accumuler à l'horizon.

Défendons notre liberté pour notre jeunesse, cette jeunesse dont vous êtes les visages, qui veut servir, croire, espérer, et a soif plus que toute autre d'une immense liberté.

Défendons notre liberté dans tous les domaines, comme je viens de l'évoquer, sans oublier celui de la sécurité cognitive, nouvelle frontière qui est devant nous et que nous aurons à intégrer, tant nos populations comme nos armées seront confrontées à des informations manipulées, des propagandes à démasquer, et sur lesquelles nous avons à nous préparer.

Défendons notre liberté comme sont prêts à la défendre, génération après génération, ces femmes et ces hommes qui répondent à l'appel du drapeau, comme le fit jadis un Saint-Syrien de la promotion Les Cadets de la France libre, le Général d'Armée Thierry Burkhard, que je salue et remercie aujourd'hui. Mon général, vous avez ma confiance et ma reconnaissance pour votre action à mes côtés à la tête des armées françaises. À travers vous, je salue le patriotisme et le sens des responsabilités de tous ceux qui font le choix des armées pour défendre la liberté.

Défendons cette liberté aux côtés des grandes Nations qui sont là, nos partenaires européens, nos alliés, mais aussi ces Nations venues de plus loin comme l'Indonésie, invitées du 14 juillet, qui entendent refuser en Indopacifique la logique des blocs et la loi des impérialismes comme nous.

Défendons notre liberté.

Et en cette veille de 14 juillet, soyons fidèles au peuple de la Révolution qui clamait sa grandeur et la liberté universelle des peuples.

Défendons nos armées qui défendent notre liberté.

Soyons à leurs côtés, à l'arrière, prêts à tous les engagements, tous les combats, comme chaque jour ces femmes et ces hommes sont prêts à l'ultime sacrifice pour la Nation. Alors demain, je serai à vos côtés, une fois encore, avec reconnaissance, avec confiance et avec fierté, comme depuis le 1er jour, car je sais combien c'est cet engagement, cette acceptation du sacrifice et jusqu'au sacrifice ultime qui fait la force de nos Armées, la force de notre Nation.

Demain, je serai à vos côtés, une fois encore, avec cette même fierté. Vive la République et vive la France !


Emmanuel Macron, le 13 juillet 2025 à Paris.


Source : www.elysee.fr

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250713-discours-macron.html
 

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11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 20:45

(vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-macron.html




CONFÉRENCE DE PRESSE
DU GÉNÉRAL THIERRY BURKHARD, CHEF D'ÉTAT-MAJOR DES ARMÉES,
LE VENDREDI 11 JUILLET 2025












https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250711-discours-burkhard.html

 

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26 juin 2025 4 26 /06 /juin /2025 04:36

« NOUS, PEUPLES DES NATIONS UNIES, RÉSOLUS à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances (…). » (Préambule de la Charte des Nations Unies, 26 juin 1945).




 


Ce jeudi 26 juin 2025, les Nations Unies fêtent le 80e anniversaire de la signature de leur Charte. Inspirée de la Société Des Nations (SDN) et des conférences internationales entre alliés pendant la Seconde Guerre mondiale (en particulier la Conférence de Téhéran en décembre 1943, la Conférence de Dumbarton Oaks en octobre 1944 et la Conférence de Yalta en février 1945), la Charte des Nations Unies a été signée à la fin de la Conférence de San Francisco qui s'est tenue du 25 avril au 26 juin 1945 (on peut la lire dans son intégralité à ce lien).

Rédigée en six langues originales, l'anglais, le français, l'espagnol, le russe, le mandarin et l'arabe, cette charte décrit le fonctionnement des différentes institutions de la future Organisation des Nations Unies (ONU) dont le siège a été fixé à New York, en particulier le Secrétariat Général de l'ONU (chapitre XV), la Cour internationale de Justice (chapitre XIV) et le Conseil de Sécurité de l'ONU (chapitre V). Ce texte est entré en vigueur le 24 octobre 1945 et l'est toujours, pour 193 États membres. À l'origine, le 26 juin 1945, 51 États l'ont signé (en fait, seulement 50, car le 51e État, la Pologne, était alors sans gouvernement).
 


On aurait pu appeler ce texte Traité de San Francisco, mais cette appellation n'aurait pas apporté cette note de morale, de mental, d'esprit, de contexte : c'est à la fois une sorte de Constitution d'un gouvernement mondial (c'est le cas avec le Conseil de Sécurité) et une déclaration d'intention des droits humains.

L'article 103 établit sans ambiguïté la priorité hiérarchique de la Charte sur les autres textes internationaux : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront. ».
 


La Charte commence avec une force inattendue pour un texte juridique, un préambule court et clair, qui énonce la finalité des Nations Unies :

« 1. Préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances,
2. Proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,
3. Créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,
4. Favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande ».

Et les moyens pour y parvenir :

« 1. Pratiquer la tolérance, à vivre en paix l'un avec l'autre dans un esprit de bon voisinage,
2. Unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales,
3. Accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu'il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l'intérêt commun,
4. Recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples ».

Dès l'article premier, on y lit les quatre buts des Nations Unies :

« 1. Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ;
2. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde ;
3. Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion ;
4. Être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes ».

En lisant ces lignes et avec le recul de quatre-vingts années de fonctionnement, ou de non-fonctionnement, on mesure le niveau d'enthousiasme mais aussi d'utopie dont les diplomates du monde entier avaient fait preuve en rédigeant ce texte.
 


S'il fallait résumer d'un seul mot l'idée générale de l'ONU, son mot d'ordre, c'est la paix. La PAIX !

Mais le ver était dans le fruit dès son mûrissement, car c'était la grande différence avec la SDN : le vote est à la majorité avec le droit de veto accordé aux cinq grandes puissances qui ont gagné la Seconde Guerre mondiale : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Ce veto donné aux grandes puissances a souvent engendré une grande ...impuissance dans les conflits régionaux.

Le principal organe des Nations Unies est le Conseil de Sécurité dont la mission est indiquée dans l'article 24 de la Charte : « Afin d'assurer l'action rapide et efficace de l'Organisation, ses Membres confèrent au Conseil de Sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent qu'en s'acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le Conseil de Sécurité agit en leur nom. ».

Cela signifie d'une part le vote de résolutions pour éviter, prévenir ou arrêter une guerre, difficilement adoptées en raison des droits de veto et, le cas échéant, lorsqu'elles sont adoptées, souvent restées lettres mortes. Le Conseil de Sécurité peut alors voter l'envoi de troupes des Nations Unies (les Casques bleus) pour faire des opérations de maintien de la paix, elles-mêmes souvent impuissantes en raison de leur interdiction de se défendre en cas d'agression. Ce sont alors des « forces armées, l'assistance et les facilités, y compris le droit de passage, nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales » définies dans l'article 43.
 


Deux chapitres sont importants dans la Charte.

Le chapitre VI y traite du règlement pacifique des différends : « Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d'enquête, de médiation, de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques de leur choix. » (article 33).

Le chapitre VII y traite de l'action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression. Il évoque toutes les gradations d'action contre les éventuels États belligérants, comme dans l'article 41 : « Le Conseil de Sécurité peut décider quelles mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à ses décisions, et peut inviter les Membres des Nations Unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques. ».

Le droit international peut globalement se résumer à ceci, en plus de tous les traités internationaux : tous les actions visant à maintenir ou retrouver la paix doivent être acceptées par le Conseil de Sécurité de l'ONU.

C'est ce qu'avait cherché et que n'avait pas obtenu le Président américain George W. Bush pour envahir l'Irak. Ce dernier concevait qu'une telle invasion devait se faire dans les formes juridiques du droit international, mais le rejet par l'ONU de sa demande ne l'a pas empêché d'envahir l'Irak avec toutes les conséquences que nous payons encore aujourd'hui.
 


Aujourd'hui, son lointain successeur Donald Trump n'a pas ces pudeurs de gazelle : pour lui, une intervention militaire dans un pays tiers n'a pas la nécessité d'obtenir l'accord de l'ONU, il suffit qu'elle soit considérée par les États-Unis comme nécessaire pour la paix mondiale. Leur intervention du 22 juin 2025 en Iran est allée dans ce sens et les humoristes et caricaturistes ont de quoi faire pour fustiger son mépris du droit international. C'est la fin, j'espère provisoire, du multilatéralisme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Charte des Nations Unies est une grand-mère de 80 ans !
La Charte des Nations Unies (texte intégral).
Kofi Annan.
Antonio Guterres.
Les candidats au Secrétariat Général de l'ONU.
Ban Ki-Moon.
Boutros Boutros-Ghali.
Kurt Waldheim.
La COP21.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250626-onu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-charte-des-nations-unies-est-260750

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/25/article-sr-20250626-onu.html


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25 juin 2025 3 25 /06 /juin /2025 04:13

Le 26 juin 1945 à San Francisco, 50 nations ont signé la Charte des Nation Unies qui a donné naissance à l'Organisation des Nation Unies. On peut la lire sur Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger la Charte (en fichier .pdf) :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a4/Uncharter.pdf

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250626-onu.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250626-charte-nations-unies.html









 

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13 juin 2025 5 13 /06 /juin /2025 20:20

(vidéo et verbatim)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250613-macron.html



CONFÉRENCE DE PRESSE DU
PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON
LE VENDREDI 13 JUIN 2025 À L'ÉLYSÉE








Conférence de presse sur la situation au Proche et Moyen-Orient


Emmanuel MACRON

Monsieur le ministre, mon général, Mesdames et Messieurs. Merci beaucoup pour votre présence. Israël a donc conduit, ces dernières heures, des attaques contre l'Iran, son programme nucléaire et ses missiles. La France n'a pas participé à la conduite de ces frappes. Elles ont repris cet après-midi et elles devraient probablement durer. C'est une étape nouvelle dans la guerre qui se joue dans la région. Je sais l'inquiétude légitime de nos compatriotes face à ces événements.

La France a condamné depuis longtemps et à de multiples reprises l'accélération du programme nucléaire et balistique iranien. L'Iran a continué d'enrichir de l'uranium sans aucune justification civile et à des niveaux désormais très proches de ce qui est nécessaire pour un engin nucléaire, accumulant près de 40 fois plus d'uranium enrichi que ce qui lui était autorisé. Elle s'est ainsi affranchie de toutes ses obligations vis-à-vis de la Communauté internationale, rompant ses propres promesses. Cette semaine encore, l'Agence internationale de l'énergie atomique, juge de paix en la matière, a constaté l'impossibilité d'assurer qu'il s'agissait d'un programme pacifique. Parallèlement, l'Iran développe à marche forcée un programme de missiles. Certains sont en théorie capables d'emporter un engin nucléaire et d'autres ont la portée permettant d'atteindre certaines parties de notre territoire national.

L'Iran porte une lourde responsabilité dans la déstabilisation de toute la région, a soutenu le Hamas, le Hezbollah, les Houthis, s'est félicité de l'attentat terroriste du 7 octobre, à la suite duquel 50 compatriotes ont perdu la vie, et détient toujours deux otages français, Cécile Kohler et Jacques Paris. Et je veux ici redire à leur famille notre solidarité et notre détermination à obtenir leur libération. L'Iran fournit aussi des missiles à la Russie pour l'aider dans son agression contre l'Ukraine. Et donc, je le dis avec la plus grande clarté, le risque de cette marche vers l'arme nucléaire par l'Iran menace la région, l'Europe et, plus généralement, la stabilité collective. Nous ne pouvons pas vivre dans un monde où l'Iran posséderait la bombe atomique, car c'est une menace existentielle et une menace pour notre sécurité à tous. Mais nul n'est plus directement visé qu'Israël, dont l'Iran appelle sans relâche à la destruction.

Je l'ai souvent répété, Israël a le droit, comme chaque peuple, de vivre délivré de l'angoisse de l'anéantissement, du risque de l'attaque et de la menace du terrorisme. Nous restons attachés à cette exigence pour la sécurité d'Israël. Je l'ai réaffirmé ce matin au premier ministre Benyamin Netanyahou. Face au risque majeur de déstabilisation pour toute la région, la France appelle désormais toutes les parties à la plus grande retenue pour éviter l'escalade. La question du nucléaire iranien est une question grave, une question existentielle. C'est par la négociation qu'elle doit désormais être réglée. C'est pourquoi je regrette que l'Iran n'ait pas pris au sérieux les propositions avancées par les États-Unis et a refusé jusqu'alors toutes les concessions comme les gestes nécessaires. Nous appelons à la reprise du dialogue, à la conclusion d'un accord, seul chemin pour désamorcer la situation, et nous sommes prêts à mettre tous nos efforts pour atteindre cet objectif.

Depuis ce matin, j'ai eu l'occasion de m'entretenir avec le président Trump, nos alliés européens, en particulier britanniques et allemands, ainsi que nos partenaires dans la région, jusqu'à l'instant même, les dirigeants d'Arabie saoudite, du Bahreïn, de la Jordanie, du Qatar, des Émirats arabes unis, de l'Égypte ou du Liban. Nous serons aux côtés de nos partenaires dans la région, auxquels j'ai rappelé notre solidarité et notre engagement, y compris celui de nos forces pour les protéger. Ce matin, j'ai tenu un Conseil de sécurité et de défense nationale sur la situation au Proche et Moyen-Orient et ses conséquences pour notre pays. Avec les ministres concernés, nous avons pris toutes les décisions pour faire face aux évolutions de la situation et pour assurer la sécurité des Français partout sur notre territoire. Nous avons, en particulier, décidé du renforcement de notre dispositif SENTINELLE pour faire face à toutes les potentielles menaces sur le territoire national. Plusieurs mesures ont aussi été actées pour garantir la sécurité de nos ressortissants, de nos troupes et de nos ambassades dans la région. Je demande à nos compatriotes de ne pas se rendre sur place, quel que soit le prétexte. Notre dispositif militaire dans la région est quant à lui en alerte.

Mesdames et Messieurs, ces événements de la nuit et ce que je viens de rappeler sont évidemment à remettre dans la perspective du conflit plus large qui se joue dans la région et l'histoire plus longue, et en particulier depuis les attaques terroristes du 7 octobre 2023 et la guerre en cours à Gaza. Et ces dernières heures ne doivent pas nous détourner de la nécessité d'établir un cessez-le-feu permanent à Gaza, assorti de la libération de tous les otages et d'une aide massive à la population palestinienne soumise à un blocus humanitaire injustifiable. Je viens ici de rappeler tout ce que nous avons à faire et la gravité de la situation depuis cette nuit, mais ceci en aucun cas ne doit nous faire oublier Gaza. Les efforts pour rétablir le cessez-le-feu, rompus depuis le 1er mars, n'ont à ce stade pas abouti. Pourquoi ? Parce que cette logique militaire, celle de l'occupation, des déplacements, du siège, ne mènent nulle part, si ce n'est à un conflit permanent. Pour arrêter la guerre, il faut redonner une perspective de paix afin de bâtir les deux États et assurer la paix et la sécurité pour tous. C'est ce que porte la France depuis le 7 octobre, fidèle en cela à son engagement historique. Et c'est aussi le rappel qu'une vie vaut une vie et que pour la France, il n'y a pas de double standard. C'est par cette exigence que seront restaurées la paix et la sécurité régionales.

Aujourd'hui, à Paris, la société civile israélienne et la société civile palestinienne étaient venues porter ce message, et je regarde leur engagement avec espérance. Elles se sont réunies au Conseil économique, social et environnemental et ont remis au ministre des Affaires étrangères un appel à l'action, l'appel de Paris, auquel je compte désormais donner suite. Ces voix soutiennent en particulier l'initiative annoncée avec le prince héritier d'Arabie saoudite pour relancer la création d'un État palestinien et la pleine intégration d'Israël au Moyen-Orient qui se traduira par une conférence internationale sous l'égide des Nations unies à New-York. Les objectifs que nous poursuivons à travers cette conférence internationale coorganisée avec l'Arabie saoudite sont les suivants. En premier lieu, sécuriser la libération des otages et permettre l'arrivée dans la bande de Gaza d'une aide humanitaire massive. Ensuite, consolider le cessez-le-feu le plus durable possible. Troisièmement, enclencher un processus politique qui se substitue aux armes et qui permette d'obtenir une réforme de l'autorité palestinienne et la mise en place d'une administration sous l'autorité palestinienne dans la bande de Gaza, excluant le Hamas, qui doit être désarmé. L'objectif, c'est donc un État palestinien démilitarisé, reconnaissant l'existence et la sécurité d'Israël, qui doit recevoir le soutien d'une mission internationale de stabilisation. C'est le préalable indispensable à l'intégration régionale d'Israël et à l'établissement de sa reconnaissance mutuelle. Si nous devons décaler la tenue de cette conférence pour des raisons logistiques et sécuritaires, dans la mesure où les dirigeants de l'autorité palestinienne ne peuvent rejoindre les Nations unies, elle aura lieu au plus vite. Et dès les prochains jours, en lien évidemment avec les dirigeants de la région et plus particulièrement avec l'Arabie saoudite, une date sera refixée. Ce report ne saurait remettre en cause notre détermination à avancer vers la mise en œuvre de la solution des deux États, quelles que soient les circonstances.

J'ai dit ma détermination à reconnaître l'État de Palestine. Elle est entière et c'est une décision souveraine. En ces heures, l'urgence d'un Moyen-Orient en paix est d'autant plus grande. Je mettrai à profit les grandes échéances des prochains jours et notamment le sommet du G7 dès la semaine prochaine pour rapprocher les points de vue de nos partenaires, nous concerter plus avant avec les États-Unis d'Amérique et avancer dans ce sens. Chaque jour, chaque heure, la France agit pour la paix et la sécurité pour tous au Moyen-Orient. Je vous remercie et je vais maintenant répondre à vos questions.

Journaliste

Vous avez détaillé l'état d'avancement du programme nucléaire iranien. Est-ce que, selon les renseignements que vous avez, cet état d'avancement, à quel délai est-il de la fabrication d'une bombe atomique ? Est-ce que vous avez quelque chose de plus précis à nous dire là-dessus ? Et donc, si je comprends bien votre démonstration, ces renseignements que vous aviez, en tout cas cet état d'avancement, justifiaient l'opération menée cette nuit et encore aujourd'hui par Israël ? Est-ce que c'est cela votre conclusion ? Et est-ce qu'elle justifie aussi que ces opérations continuent dans la durée comme vous l'avez dit et comme l'a dit le gouvernement israélien ? Et par ailleurs, est-ce que le timing au moment où tout de même, il y avait un effort diplomatique entre les États-Unis et l'Iran, ne fait pas que cette opération vient troubler de possibles avancées diplomatiques. Merci.

Emmanuel MACRON

Les informations que nous avons et que nous partageons avec nos partenaires, ce dont nous disposons aussi des informations de nos partenaires, et je dirais plus encore les informations qui ont été partagées par l'AIEA, l'Agence internationale de l'énergie atomique, qui est en charge du suivi de ce programme, sont plus que préoccupantes. Et c'est sur la base de ces informations que nous avons d'ailleurs eu un vote majoritaire qui a, comme je le disais, qualifié le programme en cours, remis de la pression sur l'Iran et demandé des précisions nouvelles. Et donc, oui, L'Iran a poursuivi son programme ces derniers mois, a continué d'enrichir, et est proche d'un stade critique, c'est-à-dire le stade qui permet, en effet, de produire des engins nucléaires, et ensuite qui déclenche la mécanique qui permet ensuite, en effet, d'avoir des armes nucléaires.

Donc, la situation est aujourd'hui très préoccupante à cet égard, et ce programme ne répond pas aujourd'hui aux engagements qui avaient été pris, naguère, l'Iran elle-même. Pour autant, la voie que la France continue avec constance de poursuivre est une voie diplomatique, c'est-à-dire celle qui consiste à redonner la légitimité à l'AIEA de poursuivre son programme, à demander de suivre l'ensemble des sites d'enrichissement et de revenir à des seuils qui correspondaient aux engagements internationaux.

Nous avons été parmi les pays les plus exigeants et les plus constants sur la question du nucléaire iranien comme du balistique iranien, mais nous avons toujours privilégié la voie de la discussion diplomatique et des exigences techniques de l’AIEA plutôt que l'intervention militaire. C'est pourquoi la France n'était pas engagée dans une discussion avec Israël sur ce sujet, et c'est pourquoi la France ne recommandait pas des attaques de la part d'Israël.

La situation que je viens de décrire a conduit Israël à prendre cette décision. Est-ce que, pour autant, nous la soutenons, nous avons voulu l'accompagner, nous l'avons planifiée avec eux ? La réponse est non.

Je rappelais simplement un contexte qui fait que, oui, la situation dans laquelle nous étions entrés était très clairement une menace pour Israël et une menace pour nous tous. Nous, nous avions privilégié une autre voie. Les choses se sont passées comme elles se sont passées ces dernières heures. Elles ont d'ailleurs conduit à la neutralisation de responsables qui avaient eux-mêmes, par leurs déclarations, parfois par leurs actes, conduit des activités qui étaient dangereuses pour notre propre pays.

Aujourd'hui, notre souhait, comme je viens de le rappeler, c'est que les discussions reprennent. Et donc, nous appelons d'une part à ce qu'il n'y ait pas d'escalade dans les représailles iraniennes, et d'autre part, à ce qu'au plus vite, Israël puisse, au contraire, aider les États-Unis d'Amérique, les Européens, à reprendre les discussions avec les Iraniens pour se remettre autour de la table et reprendre le contrôle sur ce programme.

La situation qui a été créée par ces frappes ouvre une ère nouvelle, je l'ai dit, de la guerre dans la région et doit conduire Israël à accepter enfin le cessez-le-feu, la libération des otages et une reprise des discussions politiques. Je l'ai dit tout à l'heure au premier ministre Netanyahou, parce que s'il y a une chose qui unit Israël avec tous ses voisins dans la région, c'est la menace iranienne. Puisque celle-ci est redevenue aujourd'hui la priorité, et puisqu’aujourd’hui, les heures, les jours, les semaines qui viennent seront structurées par les risques de riposte, et donc, évidemment, la sécurité d'Israël et de toute la région, plus que jamais, c'est l'intérêt même politique et sécuritaire d'Israël d'acter un cessez-le-feu, d'obtenir la libération des otages par le Hamas et de réenclencher cette dynamique.

Je pense que c'est cette fenêtre que nous devons saisir et c'est le travail que nous conduirons dans les prochains jours avec Israël, d'une part, mais aussi avec les États-Unis, le Qatar, l'Égypte et l'ensemble des négociateurs qui sont impliqués dans cette discussion.

Journaliste

Bonjour. Vous avez souligné dès ce matin le soutien de la France au droit d'Israël à se défendre. Je voulais savoir jusqu'où pourrait aller ce soutien. Est-ce qu'il s'agit, puisque les forces françaises, comme vous l'avez dit, sont en alerte dans la région, d'aider Israël en cas de riposte massive de l'Iran, dans les prochaines heures ou prochains jours ? Est-ce qu'il s'agit éventuellement d'accompagner également Israël dans ses opérations offensives sur le territoire iranien ? Ou est-ce que vous placez la frontière dans le soutien de la France donc à Israël ? Et puis vous parlez de la reprise des négociations que vous appelez de vos vœux. Sous quelle forme ? Est-ce que c'est une négociation qui doit continuer dans la forme actuelle, c'est-à-dire entre Washington et Téhéran ? Ou est-ce que les Européens doivent y être associés dorénavant, puisqu'on a vu que la première phase n'a pas tellement été concluante, les Européens, voire la Chine et la Russie, comme au temps du JCPOA ?

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup. Le soutien, celui que nous avons toujours apporté, j'ai toujours été clair, ce n'est pas un soutien inconditionnel et sans limites. J'ai d'ailleurs été clair lorsqu'il s'agit de lutter contre le terrorisme du Hamas, que nous avons condamné avec force le 7 octobre dernier. Nous avons soutenu toutes les opérations ciblées d'Israël, sa volonté de, très clairement, se protéger du terrorisme, mais en aucun cas, nous n'avons soutenu les opérations qui mettaient en danger la vie des civils, et c'est pourquoi nous avons appelé, dès la fin octobre 2023, à un cessez-le-feu sur le territoire.

Pour ce qui est de l'Iran, nous soutenons la sécurité d'Israël. Si Israël devait être attaqué dans le cadre d'une représaille par l'Iran, la France, compte tenu de ses emprises, et si elle était en situation de le faire, participerait aux opérations de protection et de défense d'Israël. J'ai marqué notre disponibilité en ce sens. À l'inverse, je n'envisage aucunement de participer à quelque opération offensive que ce soit. Ce n'est pas notre rôle et ce n'est pas le chemin que nous choisissons, je l'ai déjà dit. Nous sommes pour un chemin diplomatique sur la question du nucléaire et du balistique iranien.

Pour ce qui est des négociations de cessez-le-feu, comme des négociations nucléaires et balistiques, je crois à l'efficacité d'impliquer les Européens, qui sont des partenaires de confiance. Nos contacts, comme notre travail, sont permanents. J'ai passé la journée à échanger avec l'ensemble des négociateurs du cessez-le-feu, comme avec tous les acteurs de la sous-région. Oui, mon souhait, c'est que nous puissions être réinclus dans ces actions et ces opérations, qu'il s'agisse du cessez-le-feu ou de la discussion sur le nucléaire iranien.

Néanmoins, la lucidité me conduit à dire que si je vois une fenêtre rouvrir sur les négociations sur le cessez-le-feu à Gaza, les prochaines heures et les prochains jours seront difficiles pour rouvrir des négociations efficaces avec l'Iran sur la question du nucléaire. Mais nous devons y travailler, nous devons nous réengager sur ce sujet.

Journaliste

Bonjour, Monsieur le Président. Vous vous êtes entretenu aujourd'hui avec un grand nombre de dirigeants régionaux et internationaux. Quel était le message que vous avez pu passer à vos partenaires au nom de la France ? Et craignez-vous aujourd'hui un conflit généralisé au Proche-Orient ? Craignez-vous des répercussions sur le Liban, qui a souvent été la caisse de résonance des conflits régionaux ? Merci.

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup. J'ai d'abord voulu partager l'analyse de la situation avec tous les partenaires de la région, ensuite insister sur la sécurité de la France, de ses emprises, de nos ressortissants, de nos diplomates comme de nos troupes, et avec beaucoup de ces pays, voulu aussi apporter mon soutien et dire aussi la présence de la France en cas de riposte qui pourrait affecter la sécurité de ces derniers.

Quant au Liban, la France reste comme toujours vigilante et préoccupée par la sécurité du Liban, qui, vous avez raison, peut être menacée depuis son propre sol comme depuis l'extérieur dans ce contexte. Nous avons aussi des contacts multiples pour essayer de limiter ce risque et de tout faire pour qu'il n'y ait pas un embrasement.

La situation aujourd'hui, soyons honnêtes et lucides, est une situation à haut risque. Nul ne peut dire qu'elle est maîtrisée. Et les risques d'escalade, y compris d'escalade non contrôlée, existent. C'est pourquoi il faut la plus grande vigilance, c'est pourquoi il faut redoubler d'efforts de prise de contact et il faut garder un calme, une lucidité, un sérieux dans tout ce qui est fait. C'est ce que nous essayons de faire, mais très clairement, les heures, les jours qui viennent sont extrêmement dangereux pour toute la région et au-delà.

Journaliste

Bonjour Monsieur le Président. Je rebondis sur ce que vous disiez avec cette réunion à New York le 18 juin, donc reportée, vous l'avez annoncée. Est-ce que c'est un échec de manière globale ? Si oui, qui est responsable de cette situation aujourd'hui ? Et vous avez également évoqué tout à l'heure le risque de contagion, si je comprends bien, à d'autres conflits. Est-ce que vous pouvez nous expliquer votre point de vue ? Notamment, vous avez fait référence à la Russie, je vous remercie.

Emmanuel MACRON

C'est d'abord un choix de pragmatisme et de sécurité. Quel sens aurait une telle conférence, dans laquelle le prince héritier d'Arabie saoudite et moi-même devions être, que nous coprésidions, où le président de l'Autorité palestinienne devait prendre verbalement des engagements forts, au-delà même de la lettre qu'il a déjà écrite, et qui sont des engagements historiques et des déclarations historiques, si tous les dirigeants de la région, pour des raisons évidentes, sont tenus chez eux ? Aujourd'hui même, le prince héritier, comme le président de l'Autorité palestinienne, m'ont indiqué qu'il n'était pas en situation logistique, physique, sécuritaire et politique de se rendre à New-York. C'est juste des raisons pragmatiques et de la pure lucidité.

Néanmoins, la dynamique créée par cette conférence est une dynamique inarrêtable. D'abord parce que nous avons obtenu, ces dernières semaines, des engagements historiques de plusieurs. De l'Autorité palestinienne, qui a enfin reconnu et condamné les attaques terroristes du 7 octobre, qui s'est engagée, comme elle ne l'avait jamais fait, dans un processus elle-même de reconnaissance avec Israël et dans sa volonté de créer les conditions politiques sécuritaires des deux États et d'une sécurité régionale. Dans la volonté affichée et réaffichée, obtenue il y a quelques semaines lors de mon voyage en Égypte, d'avoir une implication égyptienne dans la sécurité de Gaza le jour d'après. Mais aussi dans les engagements obtenus, eux aussi historiques, il y a quelques jours à peine, en Indonésie, du président Prabowo, affirmant pour la première fois haut et fort une fois ce processus déclenché, sa capacité à reconnaître Israël et sa sécurité.

Tout ça, c'est la dynamique de cette conférence qui l'a créée. Ce que la rencontre d'aujourd'hui entre les sociétés civiles israéliennes et palestiniennes, la convergence de vues, la même détresse, les mêmes souffrances exprimées durant toute cette journée, mais exprimées depuis des mois et parfois non entendues à travers le monde, de ces deux peuples nous obligent. Donc, je vous le dis, ce mouvement est inarrêtable. Dès que les conditions sécuritaires nous le permettront, nous le ferons.

Ensuite, pour les risques, je ne vais pas ici documenter le pire, mais nous nous préparons à tout. Il est évident que selon les ripostes qui seront décidées par l'Iran, mais aussi si Israël devait continuer des opérations en Iran, sur le sol iranien qui aille au-delà des cibles jusqu'alors indiquées, nous rentrerions dans des situations dont aujourd'hui, nul ne peut totalement se figurer les conséquences.

Ensuite, nous restons très vigilants sur les solidarités qui se sont dessinées ces derniers mois. Je note que les mêmes drones iraniens sont utilisés sur le théâtre ukrainien par les Russes. Je note les propos que la Fédération de Russie a commencé à tenir dès ce matin. Je vois des solidarités inquiétantes, mais je les ai déjà dénoncées et nous avons marqué cette vigilance depuis des mois. C'est pourquoi je pense qu'il est indispensable que les discussions reprennent, sur la question du cessez-le-feu à Gaza et de la libération des otages, et sur la question d'un cessez-le-feu en Ukraine et d'une reprise de discussion sur une paix juste et durable, et sur la question du nucléaire iranien pour lui donner un cadre négocié. C'est ce à quoi appelle la France et ce à quoi elle œuvrera. Mais vous voyez les liens entre les acteurs les plus dangereux et vous voyez le risque d'escalade lorsque certains de ces acteurs ont manifesté ces derniers mois leur incapacité à calibrer leurs gestes.

Journaliste

Bonjour, M. le Président. Vous avez annoncé le renforcement de l'opération Sentinelle sur le territoire français. Ce matin, le Premier ministre François Bayrou a également réagi. Il a évoqué, je cite, « des risques qui vont impacter notre vie de tous les jours, comme la guerre en Ukraine a impacté notre vie de tous les jours ». Est-ce que vous aussi, vous considérez que ce conflit entre Israël et l'Iran aura des conséquences en France ? Et si oui, sur quel plan, on le comprend sécuritaire, peut-être économique. Merci pour vos précisions.

Emmanuel MACRON

Il est trop tôt pour les identifier, mais il y en a de manière évidente. Il y a très clairement, de toute façon, une vigilance sécuritaire. C'est pourquoi nous décidons de ce renforcement. Parce que l'Iran, par le passé, a aussi montré sa capacité dans ses ripostes ou ses actions, à mener des actions terroristes sur des sols étrangers. Ensuite, parce que l'Iran a des capacités balistiques qui peuvent toucher le sol européen, et donc elle est aussi une menace à cet égard, même si, comme je le rappelle, la France, comme d'ailleurs tous ses autres partenaires européens et comme les États-Unis d'Amérique, n'ont en aucun cas participé ni aux opérations des dernières heures ni à leur planification. Ensuite, il est très clair qu'en fonction de l'évolution de la situation, des bombardements, des cibles qui seront prises, l'économie mondiale peut être impactée. Qu'il s'agisse des routes commerciales et des menaces sur le détroit d'Ormuz, qu'il s'agisse des capacités de production pétrolière mondiales, qu'il s'agisse de tous les autres sujets pour lesquels la région a un impact très clair.

Notre principale préoccupation est sécuritaire aujourd'hui, mais compte tenu de l'incapacité de qui que ce soit à se prononcer sur la durée, l'étendue des opérations et des ripostes, nous devons nous préparer aussi à des conséquences économiques. Il est trop tôt pour répondre à votre question de manière précise, mais il n'est pas trop tôt pour nous tenir groupés, unis, conscients, solidaires dans ce moment que nous avons à vivre. Et je sais que nous en avons la capacité. Le peuple français a su le faire lorsque nous avons été frappés par la crise énergétique qui était liée au conflit, à la guerre d'agression russe menée en Ukraine. Et nous avons aussi continué à mener l'effort de soutien. Donc, nous sommes aussi résistants. Simplement, il faut à chaque fois dire les choses telles qu'elles sont, de la manière la plus précise. Et donc, je vous dis aujourd'hui tout ce que je sais, je vous dis aussi tout ce que je ne sais pas, et je reviendrai vers vous dès que, évidemment, la situation évoluera pour vous en tenir informés et pour vous dire les conséquences pour nos compatriotes qui sont dans la région, qu'ils soient diplomates, militaires ou que ce soit nos ressortissants, mais aussi pour notre pays.

Journaliste

Oui, Monsieur le Président. Je voudrais demander sur l'attaque israélienne contre l'Iran, qui est en cours, est-ce qu'il y a un élément positif d'une attaque de force pareille ? Deuxièmement, est-ce que la France programme avec les Européens, une possibilité de calmer les choses ? Troisièmement, concernant vos rapports personnels, et avec Monsieur Netanyahou et avec le gouvernement israélien, est-ce que le fait que vous avez menacé Israël des sanctions peut aider dans l'avenir que vous voyez pour la région ? Est-ce que, finalement, l'attaque contre l'Iran aide à l'instauration d'une solution régionale avec un plan palestinien et vos projets que vous avez donc voulus effectuer dans votre conférence ?

Emmanuel MACRON

Écoutez, comme je vous l'ai dit, nous n'avons pas participé à ces frappes. Nous ne partageons pas cette approche et la nécessité d'une opération militaire. Néanmoins, quand je regarde les résultats de ces frappes, elles ont permis de réduire des capacités d'enrichissement, elles ont permis de réduire des capacités balistiques. Elles ont donc des effets qui vont dans le sens recherché. Maintenant, il faut reprendre la discussion et essayer d'avancer sur un terrain, je le disais, plus diplomatique et technique. Pour ce qui est ensuite des Européens, je pense qu'ils ont, je le disais, un rôle à jouer dans la mesure où les Européens, d'abord, ont la continuité du dossier nucléaire en tête et que nous avons tenu une position constante et que nous nous sommes avérés être, je dirais, pour tous les interlocuteurs de ce dossier, au fond, les seuls à être véritablement constants. C'est-à-dire que nous avons été un moment plus exigeant que les Américains à l'égard du programme nucléaire iranien. Nous avons d'ailleurs durci la position en 2015 dans les dernières étapes de cette négociation. Qu'ensuite nous, nous sommes restés attachés au JCPOA et que nous n'avons pas quitté quand les Américains, eux, ont changé d'avis, et que nous considérons que c'est toujours le même cadre qui doit préexister et que d'ailleurs les discussions qui s'étaient tenues encore cette semaine à l'AIEA se faisaient dans ce cadre. Et donc je pense que pour toutes les parties prenantes, les Européens ont à la fois la connaissance dans la profondeur du dossier, les compétences, en particulier pour la France, qui est un État doté avec des compétences techniques nucléaires fortes, et une cohérence.

Enfin, je considère qu'au fond, notre responsabilité, notre rôle, notre position est toujours la même. Nous sommes attachés à la paix et la sécurité pour tous. Eh oui, parfois, nous avons des désaccords avec Israël, et nous les assumons. Ou plutôt, nous avons des désaccords avec le Premier ministre Netanyahou et son gouvernement, et nous les assumons. Parce que parfois, nous considérons que les décisions qu'il prend sont mauvaises pour la sécurité d'Israël elle-même. Et lorsqu'il mène une opération massive, terrestre, qui fait tant de victimes civiles à Gaza, nous considérons que c'est à la fois une trahison de ce qu'est l'histoire même et l'identité d'Israël et dangereux pour la sécurité d'Israël aujourd'hui et demain. Voilà. Et donc si je devais vous résumer les choses et la position française, elle est assez simple. Nous sommes pour la paix, la sécurité et la stabilité pour tous dans la région. Nous ne voulons pas d'un Proche et Moyen-Orient avec un Iran qui soit doté de l'arme nucléaire. Nous ne voulons pas d'un Proche et Moyen-Orient où Gaza soit durablement occupée, des civils maltraités. Et nous croyons que la solution est la stabilité, c'est un Israël vivant en paix à côté d'un État palestinien, vivant en paix et en sécurité, et ayant reconnu l'existence et les droits d’Israël à se défendre dans la région. C’est ça ce que nous poursuivons. Et je crois que c’est honnêtement une perspective honnête, cohérente, et j’espère, réaliste.

Intervenant

I'm the grandchild of Oded and Yocheved Lifshitz. My question will be behalf of the forum of the hostages and Amos Gitaï as well. My question is for you. Who will govern Gaza? Who can we trust not to be preoccupied with returning to terror or turning it into a haven for Hamas? And I want to appreciate your sensibility for the people of Israel and Gaza as well, your unwavering support for the families of the hostages. Thank you, Mr. President.

Emmanuel MACRON

Thank you very much. Let me just reiterate the fact that the release of all the hostages, the demilitarization of Hamas and the ceasefire are clearly the three preconditions we see in this process and our key objectives on the short run. But they are as well to be taken into consideration with the administration of Gaza the day after as a step towards a full-fledged Palestinian state. But this is why the conference is so important. And the recognition of a Palestinian state is the trigger of everything and should be, I mean, is inseparable from the release of hostages, clearly the demilitarization of Hamas and this stage in Gaza and this is all interlinked. But as for your very precise question, our objective is to get a long-term ceasefire, the release of hostages and a civilian administration of Gaza in which the Palestinian Authority will have a preponderance role which will involve some key people of the region with the vetting of Israel and excluding obviously any Hamas leader.

This transitory period will be accompanied by military presence and military forces of the region. And we would like to have a monitoring and a UN framework for such a deployment. And we got the commitment from many leaders of the region to be part of such a security with a permanent deconflicting process with Israel. In parallel, I want to insist on the fact that we have absolutely to stop the daily attacks against Palestinian people in West Bank. And on the very short run, we have to be clear on the fact that we will refuse any action which could jeopardize the possibility of two states. And especially, there is no justification of what is happening in the west bank today. But our willingness clearly is to trigger a political process to bring with us several countries from our continent and other continents to recognize a Palestinian state with us and to have a step-by-step approach towards a full-fledged recognition and all the capacities which go with a full-fledged member of the United Nations going step by step and delivering the objective I just mentioned. I hope I was clear. But obviously, you know, during month and month, I did hope that we could get ceasefire and release of hostage before any move. I hope because of the situation triggered by the recent strikes, everything will change, and we can reopen and deliver, but we cannot conditionate the process and the recognition to a ceasefire on the release of hostage. We have to get them in the process, but we have to trigger something new in order not to be captured by the absence of willingness to move forward of all parties being involved today.

Animateur

Ceci clôture la conférence de presse. Merci beaucoup Monsieur le Président, merci à tous.

Emmanuel MACRON

Merci beaucoup à toutes et à tous. À bientôt.




Source : elysee.fr

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250613-conference-de-presse-macron.html







 

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30 avril 2025 3 30 /04 /avril /2025 23:37

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250808-malhuret.html







DÉCLARATION DU SÉNATEUR CLAUDE MALHURET
LE 30 AVRIL 2025 À PARIS


Cent jours depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche. Réaction du Président Claude Malhuret
30 avril 2025


[English version below]

Le 4 mars dernier, dans un discours au Sénat français je posais cette question : pourquoi, devant tant de décisions insensées de leur Président, les Américains ne réagissent-ils pas ? Aujourd’hui cette question ne se pose plus : les Américains ont réagi. Des manifestations dans toutes les grandes villes, des parlementaires interpellés dans les town halls, des gouverneurs qui refusent les executive orders illégaux, des juges qui les annulent, des sondages qui chutent. Et je me réjouis de cette résistance.

Mais je dois aussi le dire, avec toute la franchise que l’on se doit entre amis : pour l’heure les protestations, les manifestations, les oppositions n’ont pas empêché la situation  de s’aggraver.

Chaque jour apporte son lot d’annonces hallucinées. Droits de douane invraisemblables, expulsions arbitraires, attaques contre la sécurité sociale, les retraites, la liberté d’expression, l’éducation, la justice, la Constitution, les vétérans, les droits des électeurs, les universités et la science. Donald Trump ne prend pas de décisions, il prend sa revanche.

Chaque jour la confiance dans l’Amérique perd du terrain. En faisant chuter la Bourse et le dollar, fuir les acheteurs d’US bonds, en enfermant son pays derrière une muraille douanière, et, comme Al Capone, en expliquant aux alliés qu’ils paieront ou qu’ils auront des ennuis, celui qui prétend redonner sa grandeur à l’Amérique est en train de la rabougrir.

Chaque jour, l’incertitude augmente. On expose devant toutes les télévisions un tableau surréaliste de tariffs de 10 à 150% avant de les retirer le lendemain. On annonce la guerre économique à la Chine avant de s’aplatir en 48 heures. On menace de limoger le Président de la FED avant de faire machine arrière devant la chute des marchés. Les executive orders sont contestés en justice, ce qui accroît la confusion. Le brouillard est le pire ennemi de l’économie et le Donald krach était inévitable. Il va se poursuivre, au rythme des pirouettes de ce roseau peint en fer. Personne ne sait ce qu’il fera après les 90 jours de pause, mais à l’évidence celui qui le sait le moins est Donald Trump lui-même.

Chaque jour la soumission est préférée à l’expertise. Les membres du cabinet sont nommés non pas malgré mais à cause de leur nullité. Un ministre de la santé qui ne sait même pas localiser sa vésicule biliaire expose ses théories fumeuses sur les dangers des vaccins ou l’origine du SIDA. Le ministre de la Défense, entre deux rasades de gin, papote en ligne avec sa famille et ses amis sur les opérations militaires en cours sous les yeux des services de renseignements du monde entier. Le Chief Counselor for trade, ou plutôt le Chief Forger, invente un  économiste fictif  pour soutenir ses thèses absurdes. Le chargé des négociations sur l’Ukraine fricote depuis des années avec un oligarque proche de Poutine. Quant au Vice-Président, il a réussi l’exploit d’être en quelques jours plus détesté aux États-Unis que tous ses prédécesseurs, mais de l’être aussi dans toute l’Europe après son discours de haine à Munich. Il suffit de l’écouter pour imaginer l’interminable rage de dents qu’est sa vie. Dans mon précédent discours, je comparais le nouveau gouvernement américain à la cour de Néron. Je me trompais. C’est la cour de Caligula, qui avait un jour nommé son cheval Consul. Mais au moins son cheval ne faisait de mal à personne.

Chaque jour dans le bureau ovale, assis dans un fauteuil assorti à ses cheveux Trump fait défiler devant la presse les chefs d’État qui se succèdent comme dans une émission de téléréalité, effarés ou serviles, semblant se demander ce qu’ils font là, forcés d’ingurgiter des discours dégoulinant d’autosatisfaction, d’inculture vaniteuse, de grossièreté revendiquée et d’overdose de lui-même. Ils savent maintenant pourquoi ils ont été invités puisque Trump l’a expliqué : pour « kiss his ass ».

Mais le pire bien sûr, c’est la trahison. Depuis l’humiliation de Zelensky dans le bureau ovale, qui a choqué le monde entier, et beaucoup d’Américains, chaque jour aggrave la capitulation devant Poutine. Vote à l’ONU en faveur de la Russie, aux côtés de la Corée du Nord et du Nicaragua, démantèlement des structures fédérales chargées d’examiner les ingérences russes aux États-Unis, nomination d’une directrice du renseignement que le propagandiste russe Soloviev qualifie lui-même à la télévision d’agent de Poutine, fermeture de Voice of America après 80 ans d’activité. Et ce pauvre Witkoff, l’ami des oligarques, chargé du dossier ukrainien dont il ne connait rien et qui joue le perroquet du Kremlin chaque fois qu’il revient de Moscou. Comme le dit un fonctionnaire du Département de la Sécurité : « Poutine est maintenant à l’intérieur. » Aujourd’hui quand les chats mangent les souris, ils déclarent que les souris les avaient agressés. Et Trump les croit. Est-il sous kompromat  ou simplement d’une crétinerie absolue ? Ce qui est certain, c’est qu’il est le meilleur Président russe de toute l’histoire américaine.

Son plan pour un cessez le feu en Ukraine va au-delà des rêves les plus fous de Poutine : annexion de la Crimée, occupation de quatre oblasts, absence de garanties de sécurité pour Kiev et braquage des richesses minières. Il est bien évidemment inacceptable pour les Uitakrainiens et catastrophique pour les Européens.

Je décrivais les débuts de la Présidence Trump comme une tragédie. Au bout de cent jours il s’avère que c’est une farce. Mais une farce sinistre. Chaque décision du matamore de Mar-A-Lago a eu des effets désastreux. En économie le plongeon de la Bourse et du dollar, la hausse des taux et le début de récession. En politique étrangère le lâchage des alliés, la servilité devant Moscou et la guerre commerciale avortée contre la Chine où l’arroseur s’est retrouvé arrosé. En politique intérieure la bataille généralisée avec les États, les fonctionnaires, les universités et tant d’autres. Trump va de plus en plus vite, mais à reculons.

Les recettes mercantilistes, nationalistes, xénophobes et rabougristes sont en train de donner les résultats qu’elles ont toujours donné dans l’histoire et qu’a très bien résumé un écrivain français, Charles Péguy : « Le triomphe des démagogues est passager, mais les ruines sont éternelles ».

Mais le pire n’est jamais certain. Le trot d’un âne ne dure pas longtemps, disent les Italiens. En trois mois le trumpisme commence à se lézarder. L’alliance contre-nature entre des anywhere milliardaires et une base de somewhere a duré le temps d’une campagne électorale. Depuis, les milliardaires de la tech ont perdu leurs milliards et ceux qui ont cru dans leurs promesses ont perdu leurs emplois. Musk est déjà reparti pour tenter de sauver les meubles chez Tesla. Et Steve Bannon mène la révolte de l’aile populaire contre les oligarques des GAFAM.

Mais il serait naïf de croire que l’édifice va s’écrouler tout seul. Il faut donc résister.

C’est ce que tentent de faire les Européens, avec d’infinies précautions pour ne pas aggraver la crise. Ils ont répondu à la hausse des tarifs par une proposition d’abaisser tous les tarifs à zéro de part et d’autre. Ils répliquent à l’hostilité en tentant de maintenir les canaux de communication. Ils préparent, difficilement, les moyens de continuer à soutenir l’Ukraine le jour où le caniche de Moscou décidera de lâcher définitivement Zelensky. Ils entreprennent, trop timidement, de se réarmer.

Mais bien sûr c’est avant tout des Américains que dépend l’avenir de leur pays, donc en grande partie celui du monde. Voici plus de quatre vingts ans que nous avons construit ensemble le monde libre où nous vivons aujourd’hui. Et voici plus de deux siècles que nous partageons les mêmes valeurs : la démocratie, les droits de l’homme, la liberté d’entreprendre qui fait que chaque Américain et chaque Européen se sent au plus profond de soi appartenir à une même civilisation, au point que jamais les uns et les autres n’auraient pu imaginer qu’un jour, en aussi peu de temps, des dirigeants se donneraient pour but de creuser un fossé entre eux.

J’ai un message pour mes amis américains. Il faut que tous les défenseurs des libertés redoublent d’efforts. Qu’ils convainquent les Républicains du Congrès qui ont cru toute leur vie au libre-échange, à leurs alliances, à l’ordre mondial, à la lutte contre les régimes totalitaires, que Trump est en train de les déshonorer. Qu’ils convainquent les élus Démocrates de faire entendre leur voix plus fortement qu’ils ne le font aujourd’hui. Et qu’ils convainquent enfin tous les Américains de se battre pour les valeurs qui ont fait de leur nation la plus libre, la plus riche et la plus puissante du monde.

Je suis certain que ce moment arrivera plus vite qu’on ne le pense.

Claude Malhuret, le 30 avril 2025 au Sénat à Paris.

Source : Groupe des Indépendants, République et Territoires du Sénat.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250430-discours-malhuret.html


TRADUCTION EN ANGLAIS

This is a message to my American friends.

A few weeks ago, during a speech at the French Senate, I asked this question: why, in the face of so many reckless decisions by their President, aren’t Americans reacting? Today, that question no longer stands: Americans have reacted. You have reacted. Protests in every major city, lawmakers challenged at town halls, governors refusing to enforce illegal executive orders, judges striking them down, plummeting approval ratings. This resistance is heartening

But I must also say this, with the frankness owed between friends: for now, the protests, the demonstrations, and the opposition have not prevented the situation from getting worse.

Every day brings a new batch of delusional announcements. Outlandish tariffs, arbitrary deportations, attacks on Social Security, pensions, free speech, education, justice, the Constitution, veterans, voter rights, universities, and science. Donald Trump doesn’t make decisions; he settles scores.

Each day, America's credibility erodes a little more. By crashing the stock market and the dollar, scaring off US bond buyers, walling off the country behind a tariff barrier, and, like Al Capone, telling allies they must pay up or face trouble, the man who claims he will make America great again is, in fact, diminishing it.

Every day, erratic measures increase uncertainty. Tariffs between 10% and 150% are paraded on television one day, only to be scrapped the next. A trade war is declared on China, then reversed within 48 hours. The President of the Federal Reserve is threatened with dismissal, only for Trump to backpedal when the markets collapse. Executive orders are challenged in court, adding to the chaos. Fog is the economy’s worst enemy, and the "Donald Crash" was inevitable. It will continue, in step with the flip-flopping of this reed painted in iron. Nobody knows what he will do after the ninety day "pause" — least of all apparently, Donald Trump himself.

Every day, loyalty is valued over expertise. Cabinet members are appointed not despite, but because of their incompetence. A Health Secretary who cannot locate his own gallbladder peddles half-baked theories on vaccines and the origins of AIDS. The Defense Secretary, between two sips of gin, chats online with friends and family about ongoing military operations, under the watchful eyes of intelligence services worldwide. The Chief Counselor for Trade — or rather the Chief Forger — invents a fake economist to back his absurd theories. The Ukraine negotiator has long-standing ties with an oligarch close to Putin. And as for the Vice President, he has managed the rare feat of becoming more despised across the United States — and Europe — within days, especially after his hate-filled speech in Munich. Listening to him, one can only imagine the endless toothache that must be his life. In a previous speech, I compared the new American administration to Nero’s court. It also looks like Caligula’s court — Caligula, who once appointed his horse as Consul. But at least his horse didn’t hurt anyone.

Every day in the Oval Office, seated in a chair matching his hair, Trump parades world leaders before the press like on a reality TV show — some stunned, others servile — seemingly wondering what they’re doing there, forced to endure speeches dripping with self-congratulation, ignorant vanity, boastful vulgarity, and a chronic overdose of himself. Now they know why they were invited — Trump has explained it: to "kiss his ass."

But the worst, of course, is the betrayal. Since the humiliation of Zelensky in the Oval Office — an incident that shocked the world, and many Americans — each day worsens the capitulation to Putin. Voting with Russia at the UN, alongside North Korea and Nicaragua. Dismantling federal structures investigating Russian interference. Appointing an intelligence director whom Russian propagandist Soloviev publicly called “a Putin agent.” Shutting down Voice of America after 80 years. And poor Witkoff, the oligarchs’ friend, clueless about Ukraine, dutifully parroting Kremlin talking points after every trip to Moscow. As a Department of Homeland Security official put it: “Putin is inside the house now.” Today, when cats eat mice, they claim the mice attacked them — and Trump believes them. Is he under kompromat, or simply an utter fool? What is certain is that he is the best Russian President in American history.

His so-called ceasefire plan for Ukraine goes beyond Putin’s wildest dreams: Annexation of Crimea, occupation of four oblasts, no security guarantees for Kyiv, and looting of Ukraine’s mineral wealth. Of course, it is unacceptable to Ukrainians and catastrophic for Europeans.

I once described the early Trump presidency as a tragedy. After one hundred days, it turns out to be a farce — but a sinister one. Every decision by the braggart from Mar-A-Lago has had disastrous effects. In economics: plunging markets and dollar, rising rates, and the onset of recession. In foreign policy: betrayal of allies, subservience to Moscow, and a trade war with China that backfired spectacularly. In domestic policy: a general battle with states, civil servants, universities, and more. Trump is moving faster and faster — but in reverse.

Mercantilist, nationalist, xenophobic, and regressive policies are producing the results they always have throughout history, best summed up by French writer Charles Péguy: "The triumph of demagogues is short-lived, but the ruins are eternal."

But the worst is never guaranteed. As the Italians say, “the donkey’s trot doesn’t last long.” In just three months, Trumpism is starting to crack. The unnatural alliance between “anywhere” billionaires and the “somewhere” base lasted only as long as an election campaign. It is now falling apart before our eyes. The tech billionaires have lost their billions, and those who believed their promises have lost their jobs. Musk has already rushed back to Tesla, trying to salvage what's left. Steve Bannon is leading a populist revolt against the tech oligarchs.

But it would be naive to think the structure will collapse on its own. Resistance is necessary.

This is what Europeans are trying to do — cautiously, to avoid worsening the crisis. They responded to tariff hikes with a proposal to eliminate all tariffs on both sides. They are countering hostility by trying to keep communication channels open. They are, slowly and imperfectly, preparing to continue supporting Ukraine the day the little telegraphist from Moscow finally abandons Zelensky. They are beginning — too timidly — to rearm.

But ultimately, it is up to Americans to shape their country’s future — and by extension, the future of much of the world. For over eighty years, we have built the free world together. For more than two centuries, we have shared the same values: democracy, human rights, and free enterprise — values that make every American and every European feel part of the same civilization. So much so that neither side could have imagined that one day, in so short a time, a Président would set out to dig a trench between them.

Every defender of liberty must step up their fight. They must persuade those Republican congressmen who have believed all their lives in free trade, alliances, the world order, and the fight against totalitarian regimes, that Trump is dishonoring them. They must encourage Democratic representatives to speak louder than they do today. And they must convince their fellow Americans to restore the values that made their nation the freest, richest, and most powerful in the world.

I am confident that moment will come sooner than we think.

Claude Malhuret





 

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