Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
3 mars 2026 2 03 /03 /mars /2026 20:00

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260303-macron.html




ALLOCUTION TÉLÉVISÉE D'EMMANUEL MACRON









3 mars 2026
ADRESSE DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE AUX FRANÇAIS

consacrée à la situation au Proche et au Moyen-Orient



Mes chers compatriotes,

Depuis samedi dernier, la guerre s’empare une nouvelle fois du Proche et du Moyen-Orient. Ouverte par les frappes que les États-Unis d’Amérique et Israël ont initiées contre l’Iran, elle s’étend à présent dans la région et emporte de graves conséquences pour la paix et la sécurité de tous.

La République islamique d’Iran porte la responsabilité première de cette situation. C’est elle qui a développé un programme nucléaire dangereux et des capacités balistiques inédites, qui a armé et financé des groupes terroristes dans les pays voisins, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen, les milices chiites en Irak, et qui a soutenu le Hamas et a toujours affirmé son objectif de détruire l’État d’Israël. C’est la République islamique d’Iran qui a une nouvelle fois, en janvier dernier, donné l’ordre de tirer sur son propre peuple.

Compte tenu de tout cela, et des négociations qui ne progressaient plus, les États-Unis d’Amérique et Israël ont décidé de lancer des opérations militaires, elles ont été conduites en dehors du droit international, ce que nous ne pouvons pas approuver. Il reste que l’Histoire ne pleure jamais les bourreaux de leur peuple. Et aucun ne sera regretté.

Une nouvelle situation est en train d’apparaitre. Les frappes devraient continuer dans les prochains jours pour affaiblir l’Iran et détruire ses capacités de riposte. Et en représailles les frappes de l’Iran dans toute la région devraient alors se poursuivre. Dans ce contexte, avec l’Allemagne et le Royaume-Uni, nous avons clairement dit qu’un arrêt au plus vite des frappes est souhaitable, et qu’une paix durable dans la région ne se fera que par la reprise de négociations diplomatiques. Et je veux ici former le vœu pour le peuple iranien qu’il puisse lui-même librement décider de son destin.

Face à cette guerre en train de s’étendre et dont nul ne sait dire aujourd’hui le terme, Ma responsabilité est d’agir pour protéger notre pays, garantir la sécurité de nos compatriotes, et défendre l’intérêt national.

Nous avons renforcé la sécurité de nos bases militaires dans la région. Deux d’entre elles ont subi des frappes limitées ayant causé des dégâts matériels. Je veux redire ici mon soutien, ma confiance à l’ensemble de nos forces armées. Nous avons aussi renforcé la sécurité de nos ambassades et de nos intérêts présents dans ces pays. Et je demeure particulièrement vigilant sur ce point.

Près de 400 000 de nos compatriotes sont présents dans la région, soit comme résidents soit de passage. Nous sommes en train d‘organiser en bon ordre le rapatriement de nos concitoyens qui le souhaitent, en commençant par les plus vulnérables. Deux premiers vols seront à Paris dès ce soir. Je sais l’angoisse, l’impatience qui existent et je veux ici vous dire que les équipes sont pleinement mobilisées, dans les pays concernés comme à Paris, pour organiser les retours dans les meilleures conditions. Vous continuerez d’être informés en temps réel.

Nous veillons évidemment à la sécurité sur le sol national aussi. À ma demande, le gouvernement a renforcé le dispositif de protection militaire Sentinelle et la vigilance autour des lieux et des personnes les plus exposées.

Ensuite, au-delà de ces éléments de sécurité premiers pour nos compatriotes, nos bases, nos emprises nous devons être aux côtés de nos amis et alliés de la région pour leur sécurité et leur intégrité territoriale. C’est en effet notre responsabilité. Elle est strictement défensive elle vise à protéger et restaurer le plus vite possible la paix. Il en va de la crédibilité de la France d’être ce partenaire de confiance qui honore ses engagements, surtout dans ces temps troublés.

Nous avons des accords de défense qui nous lient, le Qatar, le Koweït, et les Émirats Arabes Unis, ces derniers sont tout particulièrement ciblés, et nous leur devons solidarité. Nous sommes aussi liés par des engagements solides avec la Jordanie, l’Irak, et notamment là-bas nos alliés kurdes. Nous avons réagi immédiatement et avons abattu en légitime défense des drones dès les premières heures du conflit pour défendre l’espace aérien de nos alliés qui savent pouvoir compter sur nous. En plus des moyens déjà présents, des Rafales, des systèmes de défense anti-aériennes et de radars aéroportés ont été déployés ces dernières heures. Et nous continuerons autant que de besoin cet effort.

Chypre, membre de l’Union Européenne, pays avec lequel nous venons de signer un partenariat stratégique, a été frappé également ces derniers jours, ceci requiert notre soutien. C’est pourquoi, j’ai décidé l’envoi là aussi de moyens de défense anti-aérienne supplémentaires et d’une frégate française, le Languedoc, qui arrivera au large de Chypre dès ce soir. Nous assurons par ailleurs une coordination étroite avec nos alliés, nos partenaires européens, en premier lieu nos amis grecs, afin que cet effort en Méditerranée orientale soit consolidé par les Nations volontaires.

Depuis ces dernières heures, la guerre s’étend au Liban, à partir duquel le Hezbollah a commis la faute majeure de frapper Israël et mettre les Libanais en danger. Israël serait en train de décider une opération terrestre : ce serait là aussi une escalade dangereuse et une erreur stratégique. Le Hezbollah doit impérativement cesser toute frappe. Et j’appelle Israël à respecter le territoire libanais et son intégrité.

Enfin, nous avons des intérêts économiques à préserver car les prix du pétrole, les prix du gaz, la situation du commerce international sont profondément perturbés par cette guerre. Aujourd’hui le détroit d’Ormuz est de fait fermé. Et c’est par ce détroit que transitent environ vingt pour cent du pétrole et du gaz naturel liquéfié dans le monde. Le canal de Suez et la mer Rouge sont aussi sous tension et menacés. Nous sommes à l’initiative pour bâtir une coalition afin de réunir les moyens, y compris militaires, pour reprendre et sécuriser le trafic dans ces voies maritimes essentielles à l’économie mondiale. C’est ce que nous avons su faire il y a plusieurs mois en mer Rouge. C’est ce que nous devons faire aujourd’hui là-bas.

Face à cette situation instable et aux incertitudes des jours à venir, j’ai donné ordre au porte-avions Charles de Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée.

Mes chers compatriotes, je voulais ce soir vous rendre compte de la situation et de nos actions.

Beaucoup de choses sont encore instables mais la France demeure une puissance qui protège les siens, une puissance attachée à la paix, fiable, prévisible et déterminée.

Vive la République,
Vive la France.

Emmanuel Macron, le 3 mars 2026 à 20 heures au Palais de l'Élysée, à Paris.


Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260303-allocution-macron.html


 

Partager cet article
Repost0
1 mars 2026 7 01 /03 /mars /2026 03:01

« Les bombardements lourds et de précision continueront sans interruption tout au long de la semaine ou aussi longtemps que nécessaire pour atteindre notre objectif de paix au Moyen-Orient et, en effet, dans le monde entier ! » (Donald Trump, le 28 février 2026).





 


L'assassinat de Khamenei par les bombardements américains et israéliens du 28 février 2026, devrait aujourd'hui faire réfléchir tous les dictateurs du monde entier. C'est un avertissement de Donald Trump, on ne peut pas être plus clair. Dans son message sur son réseau social, il a en effet insisté sur son objectif, écrit en lettres capitales, la PAIX dans le monde entier, avec, implicitement, ce morceau de phrase : je veux la paix, et je suis prêt à mettre toute la planète à feu et à sang pour cela !

Le premier avertissement avait eu lieu il y a quelques semaines avec l'enlèvement de Nicolas Maduro. Si vous n'arrêtez pas de faire des misères à votre peuple, et si, en plus, vous avez des ressources que je voudrais exploiter (restons cyniques), je vous exfiltrerai, je vous arrêterai, je vous ferai juger et vous expierez en prison jusqu'à la fin de votre vie. Et si vous êtes encore plus affreux jojo, si vous vous entêtez à massacrer votre peuple, à tirer sur lui quand il manifeste, si vous êtes décidément insupportable, je vous retrouverai partout sur terre, mer, ciel, espace, avec tous les moyens immenses de la technologie, et je vous assassinerai sans préavis, sans sommation.

Dans ce message parfaitement clair du Président des États-Unis, il y a une sorte d'oxymore. Certes, Donald Trump n'est pas un dictateur, il a été élu, puis battu, puis réélu, et bien réélu par le peuple américain, mais comment ne pas penser, franchement, qu'il s'approche des méthodes de ceux dont il critique justement les méthodes ?


En tout cas, nous sommes très loin de l'isolationnisme qu'il était censé vouloir prôner. En fait d'isolationnisme, il s'agit plutôt d'un protectionnisme commercial car l'obsession viscérale de Donald Trump, ce sont les tarifs douaniers qui devraient remplacer les impôts des Américains.
 


En quelques heures, Donald Trump a fait pire que tous ses prédécesseurs depuis la Seconde Guerre mondiale qui prétendaient faire des États-Unis le Gendarme du monde. Il n'y a plus de droit international, plus de traités internationaux, plus d'ONU, plus d'OTAN, plus de conventions internationales, juste une sorte d'arbitraire, de caprice qui voudrait régler les problèmes avec des bombardements qui, rappelons-le, insistons, ne sont jamais "chirurgicaux", horrible mot dans ce contexte alors que la chirurgie est censée réparer, soigner, guérir, faire vivre. Tous ces bombardements ont provoqué la mort de nombreux civils innocents.
 


Par conséquent, après le Venezuela et l'Iran, on ne peut qu'être inquiet de la tournure des relations internationales. Sans doute les États-Unis se sont fait manœuvrer par Israël pour s'impliquer directement dans la volonté du renversement du régime des mollahs. Comme prévu, d'ailleurs, celui-ci a réagi très vivement, entraînant un embrasement général de la région. Pas sûr que le peuple iranien y trouvera une victoire. Pour l'heure, les Iraniens ont raison de se réjouir de la mort de Khamenei, un dictateur de la pire espèce, massacrant ses opposants avec une sorte de folie froidement rationnelle. Mais leur réveil risque d'être douloureux.

Le message de Donald Trump est plus général que la situation au Moyen-Orient. Il souhaite la liberté des peuples, la démocratie, et la paix. Ce n'est plus : si tu veux la paix, prépare la guerre, il faut maintenant dire : si tu veux la paix, fais la guerre. On a vu en Irak et en Afghanistan que l'objectif n'était pas vraiment atteint malgré vingt années d'intervention militaire.

Les Américains sont des moralisateurs. George W. Bush parlait du camp du mal, de la croisade contre les méchants. Les films américains ont toujours une leçon de morale à donner aux spectateurs, même les meilleurs films comme "Le Dictateur" de Charlie Chaplin dont la dernière scène est un plaidoyer très moral pour la paix, la démocratie et l'entente entre les peuples.

 


En ce sens, il y a une certaine naïveté chez Donald Trump, celle de croire que son volontarisme guerrier pourrait résoudre tous les problèmes du monde. Pour l'heure, il n'a rien réglé du tout et tout reste à faire. Le chaos est-il meilleur que la dictature qu'on a connue, en Iran ou ailleurs ? Pas sûr. L'Irak, la Libye, entre autres, ont montré que l'absence d'une organisation étatique efficace peut engendrer des monstres à la Frankenstein (prononcez à l'allemande, svp), comme Daech, etc.

Car à mon avis, il y a un autocrate qui peut s'effrayer d'une vision décomplexée des relations internationales selon Donald Trump, c'est Vladimir Poutine qui sait désormais qu'il peut être atteint dans ses bunkers. C'est vrai, la Russie a une puissance de feu nucléaire bien réelle par rapport à l'Iran, et la mort du Président actuel de la Fédération de Russie ne résoudrait rien en Ukraine. Mais les Américains ont l'habitude de tirer d'abord et de réfléchir après. Avis aux dictateurs de tous poils !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dictateurs de tous les pays, fuyez !
Ali Khamenei.
Ebrahim Raïssi.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeini.
Nicolas Maduro.
Pierre Laval.
Philippe Pétain.
Pol Pot.
Bachar El-Assad.
Vladimir Poutine.
Wojciech Jaruzelski.
Didier Ratsiraka.

Lénine.
Staline.
Trotski.
Mussolini.
Hitler.
Robert Mugabe.
Li Peng.
Mao Tsé Toung.
Nicolae Ceaucescu.
Jean-Bedel Bokassa.
Idi Amin Dada.
Laurent Gbagbo.
François Duvalier.
Kim Jong-Un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Ferdinand Marcos.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Pieter Botha.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Alexandre Loukachenko.

Saint-Just.

 




 https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260301-dictateurs.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/dictateurs-de-tous-les-pays-fuyez-267179

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/01/article-sr-20260301-dictateurs.html


.

Partager cet article
Repost0
4 janvier 2026 7 04 /01 /janvier /2026 14:49

« Nous ne mettons pas les moyens là où il faut. Pourquoi ? Parce que la parole politique ne dit pas aux Français et aux Européens quelle est l'urgence. Nous avons changé de monde. Nous sommes devant des menaces existentielles pour l'Europe. Je le dis bien, comme l'Ukraine est confronté à une menace existentielle, nous sommes confrontés aujourd'hui à une menace existentielle. Si nous voulons que l'Europe existe encore dans cinq ans ou dans dix ans, si nous voulons que la France ne soit pas balayée par les forces identitaires et populistes et que nous ayons encore la capacité à vivre libres dans notre pays, eh bien, nous devons retrouver le goût de l'action et le goût de la vérité de ce que nous sommes. Car nous sommes en train de nier notre propre identité historique. » (Dominique de Villepin, le 4 janvier 2026 sur BFMTV).





 


Que le verbe est grand ! L'ancien Premier Ministre Dominique de Villepin, candidat à l'élection présidentielle de 2027, s'est exprimé longuement sur l'actualité brûlante du monde ce dimanche 4 janvier 2026 à midi sur BFMTV. Autant le dire clairement, j'ai certes été impressionné par son fameux discours au Conseil de Sécurité de l'ONU contre l'invasion de l'Irak par les troupes américaines, mais je suis très opposé à certaines de ses positions, en particulier sur la situation en Israël, et, plus généralement, sur une tendance personnelle qui tend à devenir de plus en plus un porte-parole de Jean-Luc Mélenchon. Il était même l'invité de la Fête de l'Humanité à la rentrée 2024 !

Pour autant, avec son expérience internationale, sa vision du monde a le mérite de la cohérence globale et reste toujours intéressante à écouter et lire, d'où cet article qui évoque des sujets de fond passés en revue par les journalistes de BFMTV (on pourra réécouter l'intégralité de son interview à la fin de cet article).


1. La catastrophe à Crans-Montana

Le premier sujet concernait l'horrible incendie dans un bar de Crans-Montana pendant la nuit de la Saint-Sylvestre. Selon les dernières macabres identifications, 40 personnes y ont péri, dont 9 Français, et 119 ont été très gravement blessés, dont 23 Français. L'émotion ne doit pas faire oublier, dès maintenant, le sens des responsabilités, et c'était le sens de la réaction de Dominique de Villepin qui n'hésitait pas à s'imaginer comme un parent de ces (généralement) jeunes victimes : « Qui peut imaginer perdre un enfant dans de telles conditions un 31 décembre ? ».

Que dit-il ? Cet événement, selon lui, non seulement appelle un besoin d'information, un besoin de justice, mais aussi un besoin de responsabilité : « Tous ceux qui accueillent du public, dans quelques circonstances que ce soient, un bar, une boîte de nuit, un restaurant, doivent aujourd'hui se préoccuper de cette exigence de sécurité. Ces drames arrivent, et quand ils arrivent, c'est trop tard pour réagir. Et donc, les accès de sécurité, les données sensibles, un plafond en plastique, un plafond en bois, tout ce qui peut contribuer à créer un tel drame, eh bien, c'est au-de-là des contrôles qui sont nécessaires, c'est la responsabilité bien sûr de ceux qui tiennent de tels locaux. Et j'espère que chacun ce matin a à cœur de faire le tour de ses installations, de faire le point pour que de tels événements ne se reproduisent pas. Cela n'arrive pas qu'aux autres. ».

Cet appel à la responsabilité est raisonnable mais original. Il interroge tous les gérants d'établissements recevant du public de France, d'Europe et plus généralement, du monde. L'incendie du Constellation n'est hélas pas le premier mais il faudrait tout faire pour qu'il soit le dernier.


2. L'intervention américaine au Venezuela

L'expertise de l'ancien Ministre des Affaires étrangères l'a évidemment amené à commenter avec passion le deuxième sujet, à savoir l'enlèvement de Nicolas Maduro à Caracas et son transfert à New York : « Nous avons un peu plus changé de monde, changé de seuil. Progressivement, nous nous habituons à un monde où toutes les règles sont effacées, où le droit n'existe plus, le droit international censé régir les relations entre États, cela n'existe plus. (…) Nous avons également, au-delà de l'éloignement, le sentiment que tout cela est passager, après Donald Trump, les choses reviendront à la normale. Non ! C'est un changement profond, qui se prépare depuis des années. C'est la marche vers des nouveaux empires, et l'Amérique d'aujourd'hui est prise par une forme d'hubris où tout est possible. Et c'est la marque d'un illimitisme ; Il n'y a plus de limite. Pas de limite à la puissance, pas de limite à l'appétit, à l'appétit prédateur, la quête de ressources derrière Nicolas Maduro et derrière l'argument du narcotrafic qu'on peut comprendre compte tenu du drame que cela représente. ».

Toutefois, comme tout démocrate, Dominique de Villepin s'est quand même réjoui de la chute de Maduro : « Il faut, d'abord et avant tout, dire à quel point personne ne regrettera Nicolas Maduro. (…) Nicolas Maduro est à la tête d'un régime qu'il a mis en faillite. Un pays richissime, un pays pétrolier, un pays qu'il a mis en ruine, un pays qui connaît depuis des années une catastrophe humanitaire absolument sans précédent pour cette région. (…) Avec huit millions d'exilés qui sont en Amérique latine, et en Europe et aux États-Unis. Et bien sûr, une complicité avec un certain nombre de trafics, et donc complicité mafieuse. ».

En revanche, il a voulu anticiper un monde où l'on ouvrait la boîte de Pandore : « Est-ce que cela justifie une opération comme celle-ci ? Clairement, non ! La souveraineté d'un État ne peut pas être mise en cause unilatéralement. Il y a un processus pour ça. Est-ce que les Nations Unies ont donné leur accord ? Est-ce qu'il y a le consentement de l'État ? Non. (…) Et est-ce que le narcotrafic est la vraie raison ? Ne l'oublions pas, Donald Trump a pris une mesure très importante il y a quelques jours. Il a gracié l'ancien Président du Honduras, accusé pour plusieurs dizaines d'années de prison de narcotrafic, le Président Hernandez. Donc, manifestement, il y a d'autres arguments. ».

Dominique de Villepin s'est plus généralement inquiété de l'évolution des relations internationales : « Il faut prendre la mesure de ce qui se passe. Mépris du droit international, atteinte à la souveraineté du Venezuela, convoitise, je parlais d'illimitisme, bien sûre, nous sommes dans un monde de rareté, et la quête, par les nouveaux empires, de ressources, de territoires constituent un objectif majeur. Le Venezuela, c'est la première réserve de pétrole au monde. Donald Trump vient de mettre la main sur la plus grosse station d'essence du monde. ».

Et de se poser la question de la légitimité de l'intervention américaine : « Il y a une argumentation qui s'appuie sur le narcotrafic pour des raisons de légalité, également sur une opération de police qui trouve son fondement dans la décision de l'État de New York en 2020 et qui peut justifier un mandat d'arrêt contre Maduro. Mais nous voyons bien que cela ne suffit pas à justifier l'opération américaine, d'autant que nous sommes au milieu d'un processus dont nous ne connaissons pas exactement aujourd'hui l'aboutissement. Les forces américaines sont intervenues pour exfiltrer le Président, sa famille, ses enfants. (…) Contrairement à ce qui s'est passé en Irak, il y a un changement de personne, pas encore un changement de régime. Les principaux protagonistes du régime sont en place, le Ministre de l'Intérieur, M. Diosdado Cabello, la Vice-Présidente Delcy Rodriguez, le Président du Parlement, le frère de Mme Rodriguez, tous ceux-ci sont en place. La vraie question, c'est : est-ce que c'est une opération qui se fait avec le maintien en place du régime, quitte à ce qu'une couverture soit donnée à ce régime pour prendre la main sur les ressources pétrolières américaines, ou est-ce que c'est une véritable opération de régime et de protectorat sous direction américaine ? ».

Pour l'avenir du Venezuela, l'idéal, pour Dominique de Villepin, serait ceci : « La première décision des États-Unis, c'est de reprendre le fil là où il a été interrompu sur le plan démocratique, et donc de faire en sorte que le Président élu, M. Urrutia, puisse prendre le pouvoir, que Mme Corina Machado, la Prix Nobel de la Paix, puisse jouer un rôle compte tenu de la force morale qu'elle représente, et que le peuple vénézuélien puisse être amené à choisir. ».

Mais, selon lui, on ne s'acheminerait pas vers cela : « Manifestement, nous sommes dans une opération qui, aujourd'hui, laisse présager une transition au long cours, le temps pour les États-Unis, et il l'affirme, (…) et bien sûr que ça me choque, établir un protectorat, et à partir de là, gérer bien sûr les ressources du Venezuela. Ne l'oublions pas, le Venezuela est frontalier du Guyana où viennent des découvertes également des ressources pétrolières tout à fait considérables. Donc, il y a un enjeu économique majeur. (….) C'est une intervention totalement illégale, qui porte atteinte à la souveraineté du Venezuela. C'est un protectorat qui est établi sur le Venezuela, et c'est en cela que nous devons (…) prendre la mesure de ce qui est en train de se passer. ».



3. Un basculement historique et la faiblesse de la réaction européenne

Ce changement de paradigme est d'une très grave portée : « C'est un basculement historique, et la réaction que nous devons avoir doit prendre en copte ce qui est susceptible de venir, ce qui est en train de venir. (…) Premier élément qui doit guider notre réaction : le message qui est apporté est interprété par certains comme un message très dur vis-à-vis de la Chine et vis-à-vis de la Russie. Je crois exactement l'inverse. Parce que c'est un message d'un empire qui se comporte de façon impériale et qui, en quelque sorte, dit aux autres empires : moi, dans ma zone d'influence, selon les principes de la doctrine Monroe, dans l'hémisphère occidental, je fais ce que je veux, je me sers, je prends les richesses là où elles sont. Et le message donc adressé à la Chine et à la Russie, dans votre propre hémisphère, libre à vous de vous servir. Voilà ce qu'aujourd'hui le Président Xi et le Président Poutine peuvent comprendre. C'est la logique des blocs et c'est la logique de l'influence. Et malheureusement, qu'est-ce qu'on constate ? C'est que s'il y a un endroit, un continent où ceci n'est pas compris, c'est l'Europe. ».

D'où, selon lui, la mauvaise réaction de l'Europe qui ne se rend pas compte du point de bascule : « La réaction des dirigeants européens, la réaction d'Emmanuel Macron montre deux choses. (…) Ce qui se joue va bien au-delà du Venezuela, a une dimension politique et symbolique extrêmement forte. Ce qui se joue, et c'est en cela que ça nous concerne, nous Français et Européens, c'est un changement complet de l'ordre international. Et le mépris du droit, l'illimitisme des empires va nous conduire à des situations où Emmanuel Macron, les Européens, tous les dirigeants seront devant une situation qui les concernera de beaucoup. ».


Dominique de Villepin a ainsi qualifié la réaction du Président français Emmanuel Macron, qui n'a pas condamné la perte de souveraineté du Venezuela, comme « aveugle, inconsciente des réalités, irresponsable en ce qui concerne l'avenir de notre pays et l'avenir de l'Europe ». Il a argumenté ce jugement très sévère ainsi : « Que fera-t-on demain quand Donald Trump fera le même raisonnement qu'il a fait pour adapter bien sûr aux circonstances, qu'il fait aujourd'hui pour le Venezuela, quand il le fera pour le Groenland ? Quelle réaction sera celle de M. Macron ? Quelle réaction sera celle des dirigeants européens ? Il faut comprendre que ce qui se joue, c'est un changement de monde. ».

Ceux qui vont perdre à ce bouleversements, ce seront les démocraties : « Les nouveaux empires ne travaillent pas seuls. Ils ont des complices, des complicités. Les nouveaux empires, ils agissent avec des forces oligarchiques qui leur servent de soutien. Forces oligarchiques numériques, on le voit en Europe très fortement, j'attends toujours la condamnation par les Européens de ce qui s'est passé, des mesures prises par les Américains concernant Thierry Breton et un certain nombre d'autres Européens... Donc, alliance avec des forces puissantes, oligarchiques, numériques, financières, technologiques, médiatiques. Ce sont ceux qui soutiennent aujourd'hui ces nouveaux empires. C'est vrai du côté russe, c'est vrai du côté chinois, c'est vrai du côté américain. Et deuxièmes type de forces qui soutiennent l'action des nouveaux empires, ce sont les forces identitaires, populistes, illibérales. Nous voyons donc qu'il ne s'agit pas d'une situation ponctuelle. Nous changeons de monde. Et quels sont ceux qui sont visés ? Ce sont les démocraties. Et au premier chef, les États-nations forts, des pays comme la France. Ces États-nations, eh bien, ils constituent une gêne pour ces empires. Ils sont embarrassants. Et donc, il faut balayer tout ce qui est susceptible de gêner ces empires. ».

Alors, que faire ? « La meilleure défense, elle est double. Elle est d'abord de comprendre que tout est lié. Nous sommes dans un monde où tout est lié, le national et l'international. La première défense, c'est la défense de ce que nous sommes, de nos valeurs, des principes du droit contre la force. Face à cela, il y a une première leçon à tirer. C'est que le droit, c'est très sympathique, mais ça ne suffit pas. (…) Il faut la puissance. C'est la première leçon que nous devons tirer, nous, aujourd'hui, ce matin, et les Européens, c'est que nous devons nous doter des attributs de la puissances. Ça commence aujourd'hui par un grand pacte européen de souveraineté. Parce que ce qui est visé par les États-Unis, comme par la Russie, voire par la Chine, c'est la souveraineté européenne et la souveraineté française. Cette souveraineté, elle est menacée, je l'ai dit, sur le plan du numérique, sur le plan technologique, sur le plan financier, et évidemment sur le plan de la défense. Donc, ce que nous pouvons faire, c'est rappeler l'importance de la règle de droit, se doter des moyens de la puissance, et la première chose que devraient faire les Européens, c'est d'abord marquer clairement ce qui est inacceptable pour nous dans la décision américaine, se doter des leviers, et ça, c'est une urgence absolue... ».


L'ancien Premier Ministre était très sévère avec Emmanuel Macron : « C'est l'inverse de ce qu'il a fait et ça fait des mois que les Européens tergiversent. Les Européens sont dans l'illusion (…). Nommer les choses sur le plan international, c'est une première barrière. Nommer, s'organiser, se doter des moyens, et c'est pour cela, je dis un grand pacte de souveraineté qui implique que nous réagissions quand nous sommes agressés sur le plan du numérique, quand nous sommes agressés par les stable coins, quand nous voyons la prédation américaine sur le plan de la planète... ».
 


Dominique de Villepin n'avait pas besoin de journalistes pour parler, il faisait sa conférence et les journalistes devaient lui couper la parole s'ils voulaient poser quelques questions. Mais le verbe villepinien suffit-il à la situation internationale actuelle ? Quelle est sa crédibilité quand il estime que la réaction des Européens face à une éventuelle invasion américaine du Groenland serait de papoter : « réagir, s'organiser, structurer une réponse à l'échelle internationale » ? La réponse était un peu faible de l'expert : « Si l'Europe, avec le bloc des puissances du Sud global, tous les États qui souhaiteraient voir se développer un certain multilatéralisme, qui souhaiteraient éviter que ces logiques de puissance et ces logiques impériales ne se multiplient, sont susceptibles d'être les alliés de l'Europe. ».

Et de fustiger la soumission du Président de la République : « Le problème, c'est que nous nous trompons de combat. Aujourd'hui, nous sommes saisis par la peur, et donc, nous nous soumettons en pensant que cela va passer. (…) Emmanuel Macron se soumet. Quelle est la logique à laquelle nous sommes confrontés ? (…) Cette logique de soumission et de vassalisation, elle nous conduit peu à peu, et c'est là où nous retrouvons un clivage qui était déjà celui de 2003 quand les États-Unis ont décidé d'intervenir en Irak, et quelle était l'objectif en 2003 ? En 2003, l'objectif, c'était d'éviter une bataille structurée par les États-Unis avec les pays européens contre l'Irak, contre un autre monde, et qui engageait les États-Unis dans une véritable bataille de civilisation. Aujourd'hui, ce qui est derrière la démarche américaine, c'est une logique de combat d'un monde contre un autre, c'est-à-dire des États-Unis contre la Chine. Et la question, c'est de savoir si l'Europe sera une variable d'ajustement dans ce combat, si l'Europe sera le champ de bataille ou si l'Europe sera capable d'être la puissance qui jouera son rôle d'équilibre et empêchera cet affrontement. Nous devons prendre conscience que nous avons un rôle actif à jouer pour empêcher ce monde. ».


L'ancien Premier Ministre a condamné le pragmatisme inefficace d'Emmanuel Macron : « Emmanuel Macron a préféré... il a fait un choix. Il a préféré ne pas surréagir, puisqu'il a craint à un moment donné d'irriter Donald Trump. Il a préféré ne pas surréagir par rapport à la décision américaine d'intervenir à Caracas, parce qu'il a le sentiment de devoir mener un combat qui pour lui est plus important, ce qui est le combat de l'Ukraine. Et donc, il a choisi en quelque sorte sa cible. Ce qu'il ne comprend pas, ce qui lui échappe, c'est que l'ensemble de ces sujets sont aujourd'hui liés. Ne pas réagir à ce qui se passe au Venezuela, c'est s'affaiblir dans la négociation sur l'Ukraine. Comme ne pas réagir à ce qui se passait au Proche-Orient, c'était s'affaiblir dans le combat pour l'Ukraine. ».


4. L'exception française


Les belles paroles pour relancer l'élan romantique voire l'arrogance politique de la France, donneuse de leçons : « La règle qu'il faut éviter à tout prix, c'est ce qui nous a affaiblis en Ukraine, par rapport à ce qui se passait à Gaza, c'est la loi du deux poids, deux mesures. Nous ne sommes pas crédibles quand nous ne sommes plus sur nos principes. Et c'est en cela que nous, Français, on a une responsabilité historique dans ce qui se déroule aujourd'hui. On a un rôle unique qui est celui d'incarner un combat qui vient de loin, depuis la Révolution française, qui est un combat de principes, de valeurs, de respect de l'autre, de valeurs universelles, d'humanisme. Cette responsabilité-là est la seule qui puisse nous permettre d'éviter ce combat de civilisation qui se prépare. ».

Et de marteler le jugement sévère contre le chef de l'État : « [Emmanuel Macron] privilégie ce qu'il croit être sa capacité à agir sur l'Ukraine avec les Européens, et donc, au nom de l'action nécessaire sur l'Ukraine, il considère comme secondaire ce qui se passe à Caracas parce qu'il n'attache pas d'importance aux principes. Vous savez, il y a, dans le fond, deux types de responsables. (…) Dans la vie politique française, il y a ceux qui se vantent d'être pragmatiques et de vouloir privilégier l'efficacité. Dans les deux cas, ils se trompent. (…) Ce n'est pas être pragmatique de ne rien dire à un empereur décrété qui agit au Venezuela. Ce n'est pas être pragmatique, c'est ne pas voir la nature de son comportement et de sa politique, qui, une fois de plus, est marqué par l'illimitisme. Les ressources pétrolières au Venezuela, les ressources en terres rares du Groenland, ou les ressources en Afrique ou ailleurs en Amérique latine, tout cela, c'est un même ensemble dans le monde (…). Premièrement donc, pragmatisme, ce n'est pas être pragmatique, c'est être, au contraire, hypocrite et ne pas voir l'ampleur de la menace qui nous saisit. Deuxièmement, sur l'efficacité, nous ne serons pas plus efficaces sur l'Ukraine en fermant les yeux sur le Venezuela. Au contraire, nous serons encore moins crédibles. (…) Mais regardons Emmanuel Macron, regardons ce qui s'est passé à travers l'Ukraine et à travers le deal qui a été signé par Mme von der Leyen à Bruxelles. L'absence de réaction à l'attitude américaine, dans les deux cas, a conduit les Européens à un comportement d'une très grande servilité, à l'image des bourgeois de Calais. Ils sont venus comme des élèves dans une classe autour du bureau ovale devant Donald Trump. Ils ont accepté l'augmentation des tarifs douaniers sans réagir. Ils ne réagissent pas sur le numérique. Ils croient être courageux en se concentrant sur certains sujets. La vérité, c'est que, de seuil en seuil, les États-Unis deviennent irrattrapables. Et la soumission européenne devient encore plus grande. Donc, on ne sera pas plus efficace sur l'Ukraine en ne revoyant pas ce qui se passe au Venezuela. ».

 


Malgré ces attaques très acides contre Emmanuel Macron, Dominique de Villepin a pourtant le même discours quand il explique qu'il faut que la France et l'Europe se dotent des outils de la puissance. Emmanuel Macron prône la souveraineté européenne depuis 2017, et au début, il était bien seul, et martèle sa volonté de doter la France et l'Europe de moyens de défense puissants et indépendants des États-Unis (durant ses deux quinquennats, il a doublé le budget de la défense de la France, ce n'est pas rien).

Du reste, Dominique de Villepin a taclé l'ensemble de la classe politique en dénonçant son « côté misérabiliste » et en rappelant la puissance de la France : « Nous sommes un pays riche. Nous sommes un pays qui est doté. Nous sommes un pays qui a d'énormes possibilités. ». C'est exactement ce que dit Emmanuel Macron depuis huit ans.



5. Le soutien à l'Ukraine

À force d'insister sur Emmanuel Macron, on comprend que Dominique de Villepin n'est pas macroniste : « Je vous ai dit ce que je pense de la réaction d'Emmanuel Macron. Je ne la crois pas adaptée. Je crois que le calcul qu'il fait de se soumettre à la décision américaine au Venezuela en espérant pouvoir faire un meilleur deal sur l'Ukraine est une erreur. Vous savez, dans une table de jeu, dans l'esprit de quelqu'un comme Donald Trump, quand on fait un deal, on évalue la capacité du partenaire à réagir... ».

Sur l'Ukraine envahie par les armées de Poutine, Dominique de Villepin a considéré que, d'une part, Volodymyr Zelensky a fait beaucoup de concessions, d'autre part, Vladimir Poutine n'a pas du tout bougé sa position, enfin, Donald Trump s'en moquait des victimes ukrainiennes : « Donald Trump se moque complètement de ce qui se passe en Ukraine. Il se moque de l'Ukraine comme il se moque de Gaza. (…) Je ne suis pas sûr que Donald Trump ait encore compris la nécessité à un moment donné d'expliquer à Vladimir Poutine que l'Ukraine a fait tous les gestes de bonne volonté pour marquer sa volonté de paix, puisque, rappelons-le, Volodymyr Zelensky a accepté le gel dans la région du Donbass et avoir une zone démilitarisée entre les deux lignes de front. Je crois qu'il y a là une série de gestes, des garanties, et c'est pour cela que nous serions sur le papier très près d'un accord de cessez-le-feu. Encore faut-il convaincre Vladimir Poutine, et de ce point de vue-là, tout reste à faire. (…) Encore faut-il que Donald Trump veuille convaincre Vladimir Poutine. Parce qu'aujourd'hui, nous voyons bien, l'Ukraine a fait les gestes. Un accord sur le papier est possible. Mais Vladimir Poutine n'a pas cnagé d'un iota sa position. Donald Trump espère que la relation avec la Russie lui permettra, dans le même esprit que ce qu'il fait au Venezuela ou ce qu'il aimerait faire au Groenland, lui permettra des débouchés illimités de gestion de richesse, de gestion de ressources avec la Russie. L'objectif de Donald Trump, à travers l'Ukraine, ce n'est pas l'Ukraine, c'est véritablement la Russie. ».

Bref, la guerre, c'est la faute à... : « Les bases d'un cessez-le-feu sont possibles. Une fois de plus, le seul obstacle, c'est que jusqu'à maintenant, nous n'avons pas vu le moindre élément témoignant de la volonté de Vladimir Poutine de négocier. ».



6. Les manifestations en Iran

Autre point chaud, l'Iran : « Nous sommes là encore devant un régime qu'il n'est pas possible de soutenir politiquement, puisque c'est un régime théocratique qui a fait connaître à son peuple des souffrances immenses. Et nous voyons bien aujourd'hui qu'il y a plusieurs dimensions dans la colère qui s'exprime. Bien sûr une dimension qui s'est exprimée à partir de la mobilisation des commerçants, du bazar, des étudiants, mais qui dépasse et de loin la simple dimension économique, même s'il faut savoir, les femmes bien sûr, il faut savoir qu'il y a un stress hydrique, une grande sécheresse qui frappe l'Iran et qui est en partie responsable de cette mobilisation. Mais il y a un rejet très profond du régime. ».

Dominique de Villepin a rejeté le principe d'une intervention militaire extérieure : « Face à cela, quelle est la bonne attitude ? Est-ce que c'est, là encore, l'ingérence, une intervention israélo-américaine ? Je ne le crois pas. Je crois que les Iraniens doivent agir par eux-mêmes et je crois que toute intervention, toute immixtion, toute ingérence serait contre-productive. Il y a un très fort nationalisme persan, il y a une très forte identité persane. Et je crois que autant nous devons apporter notre soutien au peuple iranien, autant toute idée d'immixtion serait contre-productive et irait à l'encontre de ce que nous souhaitons, c'est la libération du peuple iranien. (…) Tirons les leçons de l'histoire. L'histoire se répète. Nous avons fait déjà fait ce rêve d'une intervention qui réglerait les problèmes, d'un régime qui serait changé par la force. Et que s'est-il passé en Afghanistan ? Et que s'est-il passé en Irak ? Que s'est-il passé en Libye ? Que s'est-il passé au Sahel ? Exactement l'inverse de ce que nous souhaitions. Le chaos, la misère, et un peu plus de drame sur le plan humain pour ces populations. Donc, nous ne pouvons pas aujourd'hui faire abstraction de l'expérience de ce qui s'est passé historiquement à chaque fois. Nous devons donc prendre cette mesure et agir avec les yeux ouverts avec un esprit de responsabilité pour éviter une nouvelle fois que le pire se produise. ».


7. Et l'élection présidentielle de 2027...


Il la prépare mais n'a pas (encore) annoncé sa candidature : « L'enjeu de 2027 sera un enjeu majeur, un enjeu historique comme on en a rarement eu, parce que c'est toute la question de la démocratie qui sera mise en avant. C'est la question du maintien de la France comme démocratie, c'est la question de la défense de la souveraineté française et de la souveraineté européenne, menacées par ces nouveaux empires, menacées par des forces, je le redis, qui sont à la fois oligarchiques et identitaires, qui servent de point d'appui dans ce combat et qui ont donc des relais sur le plan politique dans un pays comme le nôtre. Et cette défense de la démocratie, c'est un combat terrible parce qu'il faut être capable, dans le même temps, de répondre aux problèmes des Français, de répondre aux aspirations des Français. Or, l'un des drames de notre pays depuis des années (…), je constate l'effondrement de l'État. Or, tous les problèmes auxquels nous sommes confrontés suppose un État fort, suppose une capacité à remettre en marche des politiques publiques concernant l'hôpital, concernant l'école, concernant l'écologie, alors que l'on voit une régression dans le domaine écologique. ».

Sa candidature ? « Je le dirai le moment venu. Nous ne sommes pas dans ce combat-là. (…) Ce n'est pas le moment d'en parler. Mais manifestement, c'est un combat qui suppose une capacité, aujourd'hui, à remettre en marche notre État et à mettre en avant de l'expérience. ».

Et de critiquer la concurrence, par exemple Jordan Bardella : « Vous savez, je ne sais pas si vous prenez l'avion de temps en temps. Est-ce que vous monteriez dans un avion, vous avec vos enfants, qui serait piloté pour un vol de cinq ans, sans escale, par quelqu'un qui a zéro heure de vol à son compteur ? ».

Quant à la comparaison avec Jacques Chirac faite par Nicolas Sarkozy, elle serait absurde : « Je reste perplexe car, en effet, j'ai connu le RPR, l'UMP de la grande époque, et j'ai bien connu Jacques Chirac, j'ai occupé le bureau voisin pendant sept ans, et j'ai travaillé avec lui pendant vingt-cinq ans. Jacques Chirac a mené un combat toute sa vie, sans faiblir, contre l'extrême droite, contre l'intolérance, contre la xénophobie, contre l'antisémitisme. Et il serait comparé à quelqu'un qui a pour idole,ou a eu pour idole, Jean-Marie Le Pen, condamné pour injures raciales à plusieurs reprises, condamné pour antisémitisme ? Vous voyez, un des drames de l'époque, c'est la confusion, la confusion des esprits. Comment voulez-vous, quand vous commettez de telles confusions, regarder le monde avec lucidité, regarder le monde avec la capacité d'agir ? Aujourd'hui, regarder le monde lucidement, c'est le préalable indispensable si on veut offrir aux Français un nouvel horizon. ».

Puis, une nouvelle théorie politique (dont DDV est friand) : « Les Français, s'ils sont malheureux, c'est parce qu'il y a un dérèglement du temps. Nous avons le sentiment aujourd'hui de ne plus avoir d'avenir. Nous avons le sentiment que tout devient flou, de douter. Cet avenir, nous ne le voyons pas pour nous et nous ne le voyons pas pour nos enfants. Et de la même façon, le passé devient un passé fiévreux. Nous n'arrivons pas à digérer la décolonisation. Nous restons dans des combats très anciens. ».


Dominique de Villepin, qui aura 73 ans à l'échéance présidentielle, voudrait tout miser sur son expérience (mais il n'a jamais eu de mandat électif) : « Et surtout, [les Français] ne sont pas dans l'élection présidentielle. Ils ne se sont pas posé la question : est-ce que vous monteriez dans un A380, avec à sa tête, un pilote qui aurait zéro heure de vol au compteur ? Zéro heure de vol au compteur. Ça ne veut pas dire, et je refuse ceux qui font un procès en compétence à Jordan Bardella ou à tout autre candidat. La question, elle n'est pas seulement de la compétence, elle est surtout d'expérience. ».

Et d'en remettre encore une couche dans le Macron bashing (sport national depuis 2017) : « Alors, me dira-t-on que les Français, à juste titre, peuvent penser qu'Emmanuel Macron avait de l'expérience, François Hollande avait de l'expérience. Et pourtant, les résultats n'ont pas été au rendez-vous. Eh bien, c'est là où il faut être capable de différencier les responsables politiques. Il y a des responsables politiques qui n'apprennent pas. Et malheureusement, la marque de fabrique d'Emmanuel Macron, tout au long des presque dix ans, c'est qu'il n'a jamais été capable de tirer des leçons de ses erreurs.
 ».

Ensuite, une page de publicité (Villepin, c'est comme du bon vin) : « Avec le temps, on se bonifie. Et moi, j'ai essayé de le faire. J'ai essayé de le faire parce que, d'abord, dix-huit ans d'éloignement de ce qui fait votre vocation. Servir, servir la France, servir les Français, ça vous rend humble. Ça vous rend humble. Ce qui ne veut pas dire qu'on devienne modeste pour la France et pour les Français. Parce que je fais partie de ceux qui pensent que la France a un destin, que les Français ont un rôle à jouer dans le monde. Et aujourd'hui, nous le voyons bien, il n'y a plus de frontière entre le national et l'international. C'est une seule et même chose. Le combat que nous menons en France pour redresser la France, il est indispensable pour pouvoir peser dans le monde. Retrouver un destin, retrouver une histoire, c'est tout simplement la garantie que nous allons pouvoir rester nous-mêmes dans un pays libre, dans un pays qui fera respecter le droit pour tous, dans un pays qui sera fidèle à ses valeurs, des valeurs universelles et humanistes. C'est ça, la France, c'est la France à laquelle j'aspire. ».

Un dernier coup de bec à Emmanuel Macron (pour la route) mâtiné d'un peu d'autosatisfaction : « L'expérience peut s 'acquérir rapidement, à condition de ne pas se tromper de combat. Si l'expérience, c'est se regarder dans un miroir, dans un exercice de communication avec des effets de manche et de style, alors oui, on n'apprend pas. Mais si l'expérience, c'est se coltiner avec le terrain, avec les dures réalités, les rugueuses réalités, alors, oui, on apprend. Et c'est pour cela que, hier, j'ai servi Jacques Chirac, qui m'a appelé au gouvernement, pour diriger le gouvernement de notre pays. ».

Et la conclusion qui signifie, en quelque sorte, qu'il n'y a que maître De Villepin qui peut jouer dans la cour des grands : « Le Président ou la Présidente qui, en 2027, prendra l'immense responsabilité de la France devra être capable de jouer dans la cour des grands. Et jouer dans la cour des grands, ça veut dire être capable de défendre non seulement les intérêts de la France, mais de défendre la vision de la France, les idéaux de la France, dans un monde en profond bouleversement, profondément marqué par des douleurs immenses. Et la France doit être capable d'apporter les réponses. ».

Beaucoup de téléspectateurs ont dû se perdre durant cette heure d'interview. Cependant, je demeure impressionné par la grande capacité de Dominique de Villepin à donner du sens au chaos. En ce sens, il reste indispensable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dominique de Villepin fustige la soumission d'Emmanuel Macron et de l'Europe.
Dominique de Villepin toujours pro-palestinien ?
Dominique de Villepin votera-t-il pour Emmanuel Macron ?
Quai d’Orsay.
Cassandre ?
Mais où est donc Dominique de Villepin ?
Assurancetourix ?
République solidaire et le revenu universel.
Les moulins de l’UMP.
Le gaullisme politique.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260104-dominique-de-villepin.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/dominique-de-villepin-fustige-la-265755

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/05/article-sr-20260104-dominique-de-villepin.html



.

Partager cet article
Repost0
14 décembre 2025 7 14 /12 /décembre /2025 21:57

« En ces instants précis, nos sœurs et frères de Sydney, en Australie, ont été victimes d'une attaque terroriste odieuse contre des Juifs venus allumer la première bougie de Hanoucca sur la plage de Bondi. » (Isaac Herzog, Président de l'État d'Israël, le 14 décembre 2025).





 


La meilleure réponse de l'antisémitisme meurtrier, c'est le courage de la vie. Ce dimanche 14 décembre 2025, dans la soirée pour les Australiens (18 heures 45 heure locale), un horrible attentat terroriste a été commis près de la plage très touristique de Bondi, à Sydney, en Australie. À ce jour, il faut hélas déplorer au moins 15 personnes tuées (plus l'un des deux terroristes) ainsi que 40 blessés (dont deux policiers).

Cet attentat islamiste a eu lieu lors de la première nuit de la fête juive de Hanoucca, et la plupart des victimes sont de confession juive. En cette fin d'année, partout dans le monde, des alertes sont régulièrement émises depuis une décennie sur les risques d'attentats contre les Juifs et aussi contre les chrétiens (pour la célébration de Noël) et cette année restera encore en pleine vigilance, notamment en France.

 


Le Premier Ministre australien Anthony Albanese a décrété un deuil national. La France et les Français sont très concernés par cet attentat au bout du monde, déjà parce que lorsque l'humain est touché, toutes les nations humaines sont touchées, mais aussi parce que, parmi les victimes, s'est trouvé un ressortissant français, un informaticien de 27 ans, Dan Elkayam, dont la famille est dévastée à l'annonce de la nouvelle. « C'était une personne en or. » selon ses proches.
 


Les deux assaillants étaient un homme de 50 ans et son fils de 24 ans, soupçonnés de liens avec Daech. Les deux ont tué en tirant au fusil semi-automatique contre des victimes innocentes. Le père a été abattu par la police au cours d'un échange de tirs et le fils a été blessé, dans un "état grave mais stable". Un engin explosif artisanal a été découvert dans la voiture des assaillants. Selon la police, cette attentat visait la communauté juive de Sydney.
 


L'Australie est en proie à l'antisémitisme plus particulièrement (par rapport à d'autres nations), et il s'est renforcé depuis le massacre du 7 octobre 2023, mais Israël reproche aussi au pays de l'avoir encouragé en reconnaissant l'État palestinien (du reste, comme la France) et de ne pas assurer suffisamment la sécurité des Juifs en Australie, victimes de nombreux actes ou agressions antisémites. Les autorités israéliennes ont rappelé qu'elles avaient régulièrement alerté le gouvernement australien sur des menaces d'attentat antisémite en Australie.
 


Comment trouver du bien dans cette horreur absolue ? Eh bien, pourtant, c'est possible. En effet, lors de cet attentat, un homme de 43 ans s'est distingué car il s'est comporté de manière particulièrement courageuse et héroïque. Il a réussi à se battre contre l'assaillant le plus âgé en le plaquant au sol et à lui prenant son fusil semi-automatique. Le terroriste a pu fuir (le héros ne l'a pas tué) mais l'assaillant allait mourir un peu plus tard dans un échange de tirs avec la police. Le héros lui-même a été blessé.
 


Et pour la petite histoire, ce héros s'appelle Ahmed Al Ahmed, il est vendeur de fruits et musulman. Avec lui, l'évidence se fait homme. Ce n'est pas le fait d'être musulman qui est le problème, c'est le fait d'avoir l'esprit englouti par la pensée sectaire d'islamistes radicalisés qui cultivent la mort comme seule base de salut. Que ce héros soit remercié pour avoir défendu l'humanité et la vie et espérons que son état de santé lui permettra de continuer à vivre sans séquelles physiques, à défaut d'éviter les séquelles psychologiques.

D'autres héros se sont distingués. Des sauveteurs en mer ont couru sous les balles pour protéger des enfants visés par les terroristes sur une aire de jeu, et une femme enceinte s'est réfugiée dans un club sportif avant d'être emmenée à l'hôpital pour accoucher. Des commençants ont accueilli les personnes présentes, certaines se sont réfugiées pendant plusieurs heures dans la chambre froide d'une épicerie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Attentat de Sydney : courage versus antisémitisme.
Bataclan, ten years after.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...

Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
L’esprit républicain.
Fête nationale : cinq ans plus tard…


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251214-attentat-sydney.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/attentat-de-sydney-courage-versus-265267

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/14/article-sr-20251214-attentat-sydney.html


.

Partager cet article
Repost0
3 août 2025 7 03 /08 /août /2025 04:00

« Le matin était redevenu calme, tranquille. On n’entendait aucun bruit d’avion. Alors, soudain, le ciel fut déchiré par un flash lumineux, jaune et brillant comme dix mille soleils. Nul ne se souvient avoir entendu le moindre bruit à Hiroshima quand la bombe a éclaté. (…) Un nuage de poussière commença à s’élever au-dessus de la ville, noircissant le ciel comme une sorte de crépuscule. » (John Hersey, août 2005 dans "The New Yorker").




 


On commémore, ce mercredi 6 août 2025, le 80e anniversaire de la première explosion voulue d'une bombe nucléaire sur un terrain de guerre, dans la ville japonaise de Hiroshima, suivie, trois jours plus tard à Nagasaki, de la seconde explosion nucléaire. On se posera toujours la question de le pertinence d'avoir bombardé Nagasaki, alors que la démonstration de force à Hiroshima semblait bien suffisante.

Si on commémore, on ne fête pas ; il n'y a pas de quoi fêter l'application concrète négative jusqu'à son extrême d'une découverte scientifique pourtant très heureuse (l'énergie nucléaire et, pour avoir une idée, la possibilité de passer l'hiver au chaud et, aussi, de produire une énergie sans carbone). 140 000 habitants de Hiroshima et 80 000 habitants de Nagasaki auraient perdu la vie par ces deux explosions infernales, immédiatement ou dans les mois qui ont suivi. Je l'ai déjà évoqué plus précisément il y a quelques années.

Cette date est une singularité dans l'histoire de l'humanité. Non pas qu'elle puisse détruire la planète (il en faut beaucoup plus pour cela, la Terre est forte et solide), mais elle peut se détruire elle-même, et ça suffit amplement pour angoisser des générations entières.


Cela a donc entraîné de nombreuses réflexions et inspiré de nombreuses œuvres.

Des œuvres d'art, bien sûr, toute sorte d'art, comme la musique ; par exemple, parmi d'autres, le groupe Orchestral Manoeuvres in the Dark a sorti le 26 septembre 1980 cet excellent tube, qui fut un succès mondial, "Enola Gay", du nom du bombardier qui a lancé la bombe à Hiroshima. Il y a eu aussi le fameux film "Hiroshima mon amour", sorti le 10 juin 1959, réalisé par Alain Resnais et scénarisé par Marguerite Duras, avec la participation notamment d'Emmanuelle Riva et Bernard Fresson parmi les acteurs.





Comme la peinture, avec ces silhouettes (bleues) du peintre Yves Klein réalisées le 28 février 1960 (voir en fin d'article). Une anthropométrie que le jeune peintre, choqué comme tout le monde, commentait ainsi : « Hiroshima, les ombres d’Hiroshima ; dans le désert de la catastrophe atomique, elles ont été un témoignage sans doute terrible mais cependant un témoignage tout de même d’espoir de la survie et de la permanence, même immatérielle, de la chair. ».

De ces silhouettes, on ne peut que repenser à cette célèbre photographie prise à Nagasaki par Matsumoto Elichi, dans les débris d'une base militaire détruite par l'explosion. Le corps a été désintégré par le rayonnement mais son ombre a marqué le mur. Cela fait penser aux victimes de Pompéi et aussi, dans une autre mesure, mais c'est un tout autre sujet, au saint Suaire de Turin supposé (ou pas) représenté le visage du Christ (juste au moment de la Résurrection ?).

 


Ces deux explosions nucléaires ont fait poursuivre les réflexions philosophiques permanentes sur la science sans conscience qui ne serait, selon Rabelais, que ruine de l'âme, et la capacité des hommes (et des femmes) à contrôler (ou pas) des énergies et des choses beaucoup plus grandes qu'eux-mêmes. Ce débat a eu lieu ensuite sur l'informatique, la génétique, etc. et il est actuellement posé par le développement ultrarapide de l'intelligence artificielle.

Ces réflexions ne sont pas nouvelles, elles ont au moins un demi-millénaire et sans doute bien plus si on relit les philosophes classiques. En effet, dans son livre publié en 1532, "La vie très horrifique du grand Gargantua, père de Pantagruel, jadis composée par M. Alcofribas abstracteur de quintessence. Livre plein de Pantagruélisme", Rabelais faisait écrire par Gargantua dans une lettre s'adressant à Pantagruel, son fils donc : « Mais parce que selon les dire du sage Salomon, Sapience n’entre point en âme malveillante, et science sans conscience n’est que ruine de l’âme, il te convient servir, aimer et craindre Dieu, et en lui remettre toutes tes pensées et tout ton espoir ; et par une foi charitable, lui être fidèle, en sorte que jamais tu ne t’en écartes par péché. ».

Vouloir contrôler le monde, être capable de diriger la Nature... Le mythe de Prométhée nous rappelle qu'on n'est pas forcément gagnant lorsqu'on veut s'attaquer au dieu des dieux.
 


Mais ce sont les réflexions militaires et géostratégiques qui ont bouleversé le monde postmoderne : dans les années 1950, l'idée était que la possession d'une arme nucléaire permettait la protection par dissuasion nucléaire. Cela se passait en pleine guerre froide avec une surenchère de l'armement nucléaire. Le raisonnement, c'est qu'on ne peut plus attaquer et détruire l'ennemi sans être en retour attaqué et détruit. Dans ce dogme de la dissuasion nucléaire, l'armement nucléaire n'est pas tout, et on le voit maintenant, c'est aussi la manière de bombarder, c'est-à-dire la technologie des missiles qui fait beaucoup dans le processus de la dissuasion.

Russie, États-Unis, France, Royaume-Uni, et puis Inde, Pakistan, Corée du Nord, Israël, Iran... le risque de la multiplication des pays possédant l'arme nucléaire a encouragé le monde à se doter d'un traité de non-prolifération nucléaire plus ou moins bien respecté. Du reste, rappelons que la salutaire politique de dissuasion nucléaire n'a pas été initiée par De Gaulle (qui l'a poursuivie et consolidée) mais par des hommes d'État de la Quatrième République, en particulier Félix Gaillard, aussi Jules Moch, etc.

La guerre en Ukraine a montré les limites de cette dissuasion nucléaire puisqu'elle n'empêche pas le retour au cœur de l'Europe d'une guerre de type Première Guerre mondiale. En raison de la tentative d'invasion orchestrée par Vladimir Poutine, la Russie s'est positionnée agressivement contre l'Europe et les États-Unis. L'arrivée de Donald Trump n'en changera pas cet état des choses ; sa naïveté finira bien par s'écraser au mur de la réalité. Et c'est même maintenant !

Le dernier épisode est une réponse à des déclarations toujours inconséquentes et excessives de Dimitri Medvedev. Depuis février 2022, on a du mal à comprendre qui est cet ancien Président de la Fédération de Russie (2008 à 2012), servant de prête-nom à Vladimir Poutine (interdit d'un troisième mandat en 2008 ! Il en est à son cinquième mandat, et encore, en rallongeant de 50% leur durée et sans compter son temps de Premier Ministre), actuellement vice-président du conseil de sécurité de la Russie. Alors qu'il était initialement considéré comme "raisonnable" et "sérieux", avec des bonnes connaissances économiques, etc., il s'est transformé en pire que Vladimir Poutine, comme s'il y avait un concours de surenchères de celui qui propose le plus de menaces de guerre contre un supposé "Occident".

Dimitri Medvedev a réagi à la déclaration de Donald Trump réclamant la paix en Ukraine d'ici au 8 août 2025. L'ancien Président russe a écrit sur Twitter : « Chaque nouvel ultimatum est une menace et un pas vers la guerre. ». Or, pour une fois, au lieu d'ignorer les propos surbelliqueux de Dimitri Medvedev, Donald Trump l'a pris au mot en considérant que les déclarations ainsi exprimées étaient graves et menaçaient l'intégrité des États-Unis : « Soyons prudents, une menace a été proférée et nous avons estimé que ce n'était pas approprié ! ».

 


Résultat : le 1er août 2025, Donald Trump a annoncé le déploiement de deux sous-marins nucléaires américains vers la Russie. Concrètement, cela ne changera rien dans la mesure où les États-Unis n'avaient pas besoin de ce déploiement pour être défendus et en capacité de répondre aux éventuelles attaques nucléaires de la Russie, mais cela permet de montrer un changement de ton. La naïveté semblerait laisser maintenant place à la lucidité.

Après tout, prendre au sérieux toutes les logorrhées de Dimitri Medvedev a cet avantage qu'il la ramènera un peu moins la prochaine fois, et ce n'est pas dans l'intérêt de Vladimir Poutine de se montrer grossièrement belliqueux (ce qu'il est pourtant). Donald Trump, qui est bien du niveau de cette cour de récréation "virile" (celui qui a la plus longue), pourrait montrer à Vladimir Poutine qu'il a désormais trouvé un maître en la matière.

Quant à la dissuasion nucléaire, elle ne tient que si les protagonistes agissent avec raison et pas avec émotion. À l'ère de Trump, les invariants se réduisent à peau de chagrin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hiroshima et Nagasaki : le mythe fondateur de la dissuasion nucléaire.
Le syndrome d'Hiroshima.
En France, record mondial pour la fusion nucléaire !
Dominique Voynet, la fossoyeuse de l'énergie nucléaire française.
La repentance nucléaire : Emmanuel Macron à Belfort.
La filière nucléaire en crise, par Marc Endeweld dans "La Tribune" du 9 février 2022.
COP26 : face à l’alarmisme, le leadership mondial d’Emmanuel Macron.
Rapport de RTE sur les perspectives de production d’électricité, publié le 25 octobre 2021 (à télécharger).
Rapport du GIEC publié le 9 août 2021 (à télécharger).
François Bayrou relance le programme nucléaire français.
Note de synthèse du 23 mars 2021 du haut-commissaire au Plan sur le programme nucléaire français (à télécharger).
Interview de François Bayrou le 24 mars 2021 sur LCI (à télécharger).
Le débat rayonnant sur le nucléaire.
François Hollande coincé entre Jean-Pierre Chevènement et Eva Joly sur le nucléaire.
Andrei Sakharov.
Incompréhensions américaines : le nucléaire iranien.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Marie Curie.
La Corée du Nord selon Guy Delisle.
Fukushima, dix ans après.
Tchernobyl (1986).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.

 





http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250805-hiroshima.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/hiroshima-et-nagasaki-le-mythe-262455

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/04/article-sr-20250806-hiroshima.html


.

Partager cet article
Repost0
18 juillet 2025 5 18 /07 /juillet /2025 04:52

« Ni despotisme ni terrorisme. Nous voulons le progrès en pente douce. » (Victor Hugo, "Les Misérables", 1862).



 


Ce jeudi 17 juillet 2025, la cour d'appel de Paris a rendu un jugement important puisqu'elle autorise la libération du terroriste Georges Ibrahim Abdallah avec expulsion immédiate vers son pays, le Liban, le 25 juillet 2025. Cette décision de la justice française était le résultat de l'appel du parquet national antiterroriste contre la décision du tribunal d'application des peines du 15 novembre 2024 permettant sa libération conditionnelle, sous condition « qu'il quitte le territoire français et n'y apparaisse plus ».

Contrairement à ce que laisse entrevoir ce visage de grand-père bienveillant et sympathique, à la barbe blanche du père Noël, George Ibrahim Abdallah (74 ans) est un terroriste libanais, qui a été un proche du Palestinien Georges Habache, chef du front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Militant communiste, activiste pro-palestinien, chef en France de la FARL, fraction armée révolutionnaire libanaise, communiste, marxiste, pro-syrienne et anti-israélienne, il a été arrêté le 24 octobre 1984 à Lyon en possession d'un faux passeport algérien, puis des armes ayant servi à des assassinats ont été retrouvées chez lui (25 kilogrammes d'explosifs, des mitraillettes, des roquettes, des pistolets, etc.), si bien que le 28 février 1987, à l'issue d'un procès très médiatisé (il fut défendu par Jacques Vergès), la cour d'assises spéciale l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour sa complicité dans l'assassinat du diplomate américain Charles R. Ray le 18 janvier 1982 à Strasbourg et celui du diplomate israélien Yacov Barsimantov le 3 avril 1982 à Paris.
 


Pendant plus de quarante ans, il a été soutenu par un fort mouvement communiste et pro-palestinien, qui considère que Georges Ibrahim Abdallah serait un prisonnier politique dans un État impérialiste à la solde de la CIA et du Mossad. La réalité, c'est que celui qui ose toujours s'afficher à côté d'un portrait du cruel Che Guevara a du sang sur les mains et dans sa conscience et qu'il a été condamné à perpétuité par une justice indépendante. La preuve, c'est que la politique a tenté de s'en mêler justement pour le libérer en échange de la libération d'un otage en Algérie, ce que la justice française a finalement refusé.

Faut-il pour autant s'indigner de cette libération qui laisse entendre, pour les organisations d'extrême gauche qui voudraient en faire un nouveau Nelson Mandela (ce qu'il n'est pas), qu'il s'agit d'une
« victoire politique » (alors qu'elle n'est qu'une décision d'une justice indépendante) ? En ce qui me concerne, je ne me suis jamais réjoui d'une peine de prison qui est une peine toujours traumatisante, et j'ai toujours été pour une condamnation sévère (afin de rappeler l'interdiction de crimes de sang) avec une peine adaptée, à savoir que la morale triomphe indépendamment de l'application des peines qui est l'affaire des juges d'application des peines.

 


En revanche, ce qui m'inquiète, c'est que Georges Ibrahim Abdallah n'a jamais cessé de militer pour ses causes extrémistes depuis sa cellule, bénéficiant d'ailleurs d'un ordinateur et de moyens pour militer (ce qui peut paraître étrange). La question est donc de savoir s'il serait capable de récidiver et de continuer à organiser des actions armées contre des individus ou des États. La libération conditionnelle, qui n'a jamais été un dû, est autorisée par la justice dans le cas où elle considère qu'une fois libre, le prisonnier ne constitue pas un danger pour l'ordre public et pour la population (ce qui a expliqué la libération prochaine de Serge Atlaoui), mais pour cet ancien terroriste libanais visiblement pas repenti, sa libération est conditionnée à une expulsion immédiate vers le Liban et l'interdiction de revenir sur le territoire français. On peut encore être terroriste à 74 ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Ibrahim Abdallah.
Mahmoud Abbas.
Yasser Arafat.
Les Accords d'Oslo.
Shimon Peres.

Yitzhak Rabin.
L'horreur du Hamas.
L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
Massacre à Gaza.
La chute de Bachar El-Assad.
Michel Aoun.



 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-s-indigner-de-la-262183

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/18/article-sr-20250717-georges-ibrahim-abdallah.html



.

Partager cet article
Repost0
13 juillet 2025 7 13 /07 /juillet /2025 20:17

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-macron.html










DISCOURS AUX ARMÉES
DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON
LE DIMANCHE 13 JUILLET 2025
À L'HÔTEL DE BRIENNE À PARIS





13 juillet 2025
Discours du Président de la République aux armées depuis l'Hôtel de Brienne



Monsieur le chef d'état-major des armées,
Monsieur le délégué national de l'Ordre de la Libération,
Monsieur le secrétaire général de la Défense et de la Sécurité nationale,
Monsieur le délégué général pour l'Armement,
Monsieur le secrétaire général pour l'Administration,
Messieurs les chefs d'État-major,
Monsieur le directeur de la Gendarmerie nationale,
Mesdames et Messieurs les ambassadeurs,
Mesdames et Messieurs les parlementaires,
Monsieur le gouverneur militaire de Paris,
Mesdames et Messieurs les officiers généraux,
Mesdames et Messieurs les directeurs, officiers, sous-officiers, officiers mariniers, militaires du rang, marins et aviateurs, personnels civils des Armées,
Mesdames et Messieurs.

C'est aujourd'hui la neuvième fois que je m'exprime devant vous, à la veille de notre fête nationale. Vous, soldats, qui, partout où vous êtes déployés, agissez pour assurer la protection des Français, la défense de nos intérêts et le respect de la parole donnée.

Vous, qui êtes le bras armé de la France et dont l'engagement porte grandeur et acceptation du risque.

Je vais tout à l'heure saluer la mémoire de nos soldats tombés cette année, je verrai également tout à l'heure et demain nos blessés. Et je veux ici redire à leurs familles, à leurs frères d'armes, le soutien entier et la reconnaissance de la nation, notre reconnaissance et notre affection. Votre engagement est inestimable.

Il l'est d'autant plus que nous vivons un moment de bascule. Nous en apercevons depuis longtemps l'imminence et ces bascules sont aujourd'hui effectives. Et sans doute jamais, depuis 1945, la liberté n'avait été si menacée et jamais à ce point, la paix sur notre continent n'avait dépendu de nos décisions présentes.

Oui, nous replongeons dans des années où l'histoire se fait. Et à ce titre, je tiens, en ce 13 juillet 2025, à remercier la Mission Libération, présidée par Philippe Étienne, qui achèvera ses travaux en fin d'année et a scandé les deux années que nous venons de vivre à travers les commémorations, le travail scientifique, académique, le travail de mémoire et la mobilisation de tant et tant de nos anciens combattants et vétérans. Comme je remercie tous nos anciens combattants, nos associations, associations d'anciens combattants et de mémoire qui, partout sur le territoire national, portent cette mémoire collective, nous rappellent la force de cette histoire et sont aussi le socle de la mémoire de la nation.

Je le disais, jamais, sans doute, notre liberté n'avait été si menacée. Liberté des peuples attaqués par les impérialismes et les puissances d'annexion, liberté bafouée quand les règles de la guerre sont effacées, quand chacun s'exonère du droit international, quand l'espérance de la paix est anéantie en Europe, au Proche et Moyen-Orient, comme en Afrique. Et quand il n'y a plus de règles, c'est la loi du plus fort qui l'emporte.

Liberté de notre Europe mise en danger au moment où la guerre a été portée sur notre sol avec l'invasion de l'Ukraine, alors que les États-Unis ont ajouté une forme d'incertitude et que notre Europe se trouve placée à la lisière d'un vaste arc de crise qui part du golfe de Guinée, traverse le Sahel jusqu'au Proche-Orient et en Iran. Soyons clairs, nous, Européens, devons désormais assurer notre sécurité nous-mêmes.

Liberté de notre modèle économique aussi, quand les entreprises s'imaginent devenir des États, les États devenir des empires, et quand les terres sont à confisquer, les ressources à accaparer ou le commerce mondial à capturer.

Liberté de notre modèle démocratique et politique, objet, de tentatives de manipulation par des États étrangers, notamment sur les réseaux sociaux et cibles de forces obscurantistes.

Liberté individuelle également, parce que dans l'ère des écrans, c'est l'esprit des hommes, en particulier des jeunes générations, qui devient la ligne de front de la guerre économique, technologique et culturelle.

Liberté de la nation, enfin, quand les risques de la division menacent notre unité et que nous devons affronter tant de défis pour rester libres, maître de notre destin.

Alors, face à tous ces risques qui pèsent sur notre liberté, nous avons initié en janvier dernier un état des lieux de notre environnement et des défis à venir. Ce travail est aujourd'hui achevé, et la revue nationale stratégique qui a été pilotée par le SGDSN et à laquelle nombre d'entre vous, et je vous en remercie, ont largement contribué, sera publiée demain.

Cette revue pose un diagnostic clair et précis. Une désinhibition du recours à la force, avec une violence accrue qui n'est pas toujours l'apanage d'États et qui ne cible pas toujours des belligérants.

La menace particulière que représente le terrorisme, et singulièrement le terrorisme islamiste, 10 ans après les attentats de Paris. Si en une décennie, nous avons beaucoup fait, le risque est là, toujours.

Une remise en question des solidarités et un effacement des cadres qui ont été définis après la Seconde Guerre mondiale. L'hybridité croissante des conflits, ce qui brouille tous les effets de seuil.

La permanence d'une menace russe aux frontières de l'Europe, du Caucase à l'Arctique. Une menace préparée, organisée, durable et à laquelle nous devrons être capables de faire face. Notre avenir européen est déterminé par cela et la nécessité de nous organiser pour répondre à cette menace et la dissuader pour maintenir la paix.

La course technologique qui se joue en parallèle avec l'irruption de l'intelligence artificielle, l'émergence des drones, le retour de la guerre électronique, de nouveaux espaces d'affrontement que sont l'espace, le cyber ou les fonds marins, mais aussi le virage quantique qui a déjà commencé et sur lequel nous avons nombre d'atouts.

Autant de révolutions accélérées par les champs de bataille où la nécessité de survivre et de s'adapter démultiplient l'ingénierie et l'ingéniosité. Une guerre que chaque citoyen observe sur les réseaux sociaux, en particulier notre jeunesse, sans mesurer les opérations de propagande qui s'y déploient. Nos schémas devront changer profondément pour intégrer ces réalités.

Ces menaces, c’est ce que définit et décrit très bien notre Revue Nationale Stratégique, vous y êtes confrontés directement. Tant engagés au sein de l'OTAN sur son flanc Est, vous assistez aux violations de souveraineté, aux tentatives de déstabilisation hybrides, aux menaces sur les élections et la stabilité des pays d'Europe. Vous y êtes confrontés en Mer Rouge, je l'ai encore vu à vos côtés il y a quelques mois, à Noël, à Djibouti, où nos marins et aviateurs abattent missiles et drones et sont garants d'une liberté de navigation, et en Afrique aussi, où les groupes terroristes s'en prennent aux populations civiles.

Vous y êtes confrontés au Proche-Orient où, sous vos yeux, les tabous sont transgressés, l'impensable survient parfois, et où vous répondez présents pour défendre des pays partenaires ou évacuer nos ressortissants. Je salue ici nos forces armées intégrées à la FINUL, au Liban, comme le rôle que nous jouons directement dans le mécanisme de suivi au sud de ce même pays.

Vous y êtes confrontés, sur le territoire national et en particulier dans nos Outremers, placés aux avant-postes des nouvelles zones de conflit. Oui, nos territoires ultramarins sont de plus en plus — et la loi de programmation militaire l'avait bien identifié — des territoires qui seront testés et où les puissances de déstabilisation viennent aujourd'hui nous déstabiliser. Vous êtes confrontés à ces menaces et leurs évolutions, non pas comme spectateurs, mais comme acteurs de plain-pied dans ce monde qui bascule. Et tout peut en effet advenir.

Ces dernières années ont été marquées par le retour de l'impensable. Et regardez encore ces derniers mois l'accélération des événements, les bombardements sur l'Iran, les combats entre l'Inde et le Pakistan, avec sans doute l'un des combats aériens de la plus grande intensité des dernières décennies. Les à-coups dans le soutien américain à l'Ukraine, la guerre commerciale entre alliés dans ce même contexte. Oui, nous assistons au retour du fait nucléaire, de la prolifération des conflits majeurs.

Parce que la nation est confrontée à toutes ces menaces hybrides, à cette accélération de l'histoire, il n'y a plus d'arrière et il n'y a plus de front. Les conflits sont multiformes, multichamps, et supposent de la densité, ils supposent de durcir nos capacités, nos forces et la nation dans son entier. Je le dis ici devant vous : nous y arriverons.

Nous y arriverons, pas seulement parce que nous serons mieux armés, mais parce que nous sommes lucides et unis, comme nous le sommes depuis neuf ans, parce que nous avons anticipé ces transformations du monde, anticipé les investissements indispensables. Et à cet égard, il ne suffit pas d'abord de viser des pourcentages de budget, mais de viser ce qui nous élève et nous unit, une force d'âme, une détermination, comme je l'évoquais ici même à vos côtés il y a trois ans. Au fond, soyons simples : pour être libre dans ce monde, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant.

La nation, pour cela, doit être plus forte, car c'est à la nation avant tout de défendre la nation. Cela passe d'abord par une meilleure prise de conscience de chaque Français et de tous les acteurs civils des menaces hybrides qui nous entourent. Je veux remercier le général Burkhard pour sa prise de parole il y a deux jours à ma demande, qui y a contribué. La mobilisation interministérielle est aussi essentielle à la défense nationale, chacun doit être à son poste de combat.

Des efforts ont été faits et doivent se poursuivre. Sous l'autorité du Premier Ministre, nous poursuivrons dans chaque ministère, dans chaque domaine, ces efforts. À l'international, et je pense au Quai d'Orsay et au travail d'influence, une organisation dédiée, des moyens renforcés, une posture plus offensive ont été décidés et seront maintenues dans la durée. Je pense aussi à ce qui a été fait à l'ANSSI, à VIGINUM, qui protège les Français contre les attaques cyber et les ingérences. Je pense à nos services de renseignement extérieur et intérieur. Mais je pense aussi à l'indispensable sursaut qui est demandé, organisé et qui continuera d'être renforcé dans nos entreprises, nos collectivités territoriales, nos laboratoires de recherche, dans nos infrastructures des plus sensibles, mais aussi parfois les moins attendus. Car c'est là parfois que se logent nos vulnérabilités, c'est là aussi que nous devons durcir la posture. Il nous faut partout être préparés.

Nous y arrivons aussi parce que nous sommes soucieux que nos armées servent dans les bonnes conditions. Voilà pourquoi j'ai veillé à la condition militaire portée par vos chefs et éclairée par le Haut-Comité d'évaluation de la condition militaire. Le statut général des militaires est une force pour notre défense. La condition militaire engage la nation, entretient une force morale, des principes essentiels, et la reconnaissance de votre condition, c'est aussi vos rémunérations. J'ai demandé à ce titre leur remise à niveau et ce qui a été prévu par la loi de programmation militaire sera à l'euro près, au mois près, réalisé. Cela est fait pour les militaires de rang et pour les sous-officiers. Cela le sera totalement d'ici la fin de l'année pour les officiers. La condition militaire suppose aussi la certitude de la solidarité de la nation lorsqu'il le faut. Le plan blessé et le plan famille ont été mis en place. C'était indispensable. Je sais, je mesure tout ce qu'il reste à faire dans certaines bases pour améliorer le quotidien et la qualité de vie et nous le ferons. Et je remercie la ministre déléguée, chère Patricia Mirallès, pour l'ensemble des améliorations que je souhaite voir poursuivies. Je pense aussi à l'attention nécessaire à l'emploi des conjoints des militaires et aux propositions faites en ce sens par le HCECM. La condition militaire, c'est aussi l'attention aux conditions de réalisation de vos missions, l'attention à l'organisation et au mode de fonctionnement.

Vous avez le devoir d'agir lorsque plus rien ne marche. Au milieu du chaos, vous êtes à ce titre le dernier rempart. Ceci exige de l'agilité, de la souplesse, de la subsidiarité, de la capacité d'initiative. Or, la dérive opérée durant les années de réduction des dépenses de défense a conduit parfois à compromettre ces principes essentiels. Alors, dans ce moment de bascule, j'attends du ministère des Armées et le Ministre au premier chef et du Chef d'état-major des Armées des propositions qui me seront faites pour la fin d'année, et je l'en remercie. Ceci afin que le fonctionnement du ministère et des Armées continue de se réformer, que des leviers soient redonnés aux chefs militaires pour réaliser les missions que je peux être amené à vous confier, mais aussi aux ingénieurs, aux techniciens, aux agents du ministère pour qu'ils innovent et soutiennent le développement rapide de nos capacités militaires.

Nous y arriverons ensuite si nous prenons la mesure du tournant capacitaire à engager. Voilà pourquoi, depuis 2017, j'ai décidé de faire de la défense une priorité. Il fallait redonner à la France une défense solide, complète, souveraine. Les lois de programmation auront été réalisées scrupuleusement, ce qui est inédit. L'effort que cela représente est indispensable face à tous les défis. Et en presque dix ans, nous avons réparé, modernisé, innové avec la mise en œuvre des lois de programmation militaire. Et je remercie le ministre des Armées, cher Sébastien Lecornu, pour l'énergie qu'il consacre à ce sujet essentiel pour la France. J'associe à ces remerciements madame Florence Parly, qui a porté cela à mes côtés durant le quinquennat précédent.

Nous y arriverons enfin si nous savons trouver les nouvelles manières d'opérer. Nous avons déjà révisé nos outils et nous nous sommes dotés de nouveaux instruments. Le nouveau centre pour les opérations spatiales que j'inaugurerai cet automne à Toulouse en est un exemple. Nous avons aussi révisé notre doctrine stratégique, je pense en particulier à l'approche nouvelle développée avec les pays d'Afrique. Il nous fallait reposer les bases d'un partenariat répondant à nos attentes respectives et vous l'avez mis en œuvre avec beaucoup d'efficacité.

Il reste que ces transformations profondes n'épuisent pas tous les défis qui sont posés. À l'heure des prédateurs, nul ne peut demeurer immobile. Nous avons une avance, mais demain au même rythme, nous serions dépassés. J'avais annoncé le 5 mars dernier aux Français la nécessité de prendre des décisions historiques face aux menaces existentielles qui pèsent sur notre liberté et que je viens de rappeler. Ces décisions sont indispensables à mes yeux pour garantir notre sécurité et notre indépendance. Alors que notre allié américain affiche une volonté de désengagement ou crée pour nous, étant allié, des incertitudes nouvelles, voulons-nous une fois pour toutes prendre notre sécurité et celle du continent en main et bâtir un vrai pilier européen de l'OTAN ?

Sommes-nous capables d'offrir un débouché à cette formidable envie d'engagement et de réalisation qui anime notre jeunesse ? Sommes-nous capables, surtout, de résister en cas de conflits de haute intensité sur le sol européen dans les trois à quatre années qui viennent ?

À toutes ces questions, nous répondrons oui.

Parce que nous, Français, entendons demeurer libres dans le siècle qui vient. Pour avoir ce pouvoir de dire oui, la Nation doit être fidèle à l'enseignement de Clemenceau et appliquer sa maxime : « il faut savoir ce que l'on veut. Quand on le sait, il faut avoir le courage de le dire ; quand on le dit, il faut avoir le courage de le faire ».

Aussi, l'heure est-elle venue de tirer toutes les conclusions de ce que nous savons ? Et c'est ma responsabilité de Président de la République, chef des armées. Cela passe d'abord par l'exécution certaine des décisions déjà prises. Il faut que les crédits prévus soient disponibles à l'euro près. La constance est essentielle, car notre stratégie est la bonne depuis 9 ans, celle de l'indépendance de la France et de la souveraineté de l'Europe. Nous avons commencé les efforts plus tôt. Nous avons plus tôt vu ces menaces nouvelles. Il nous faut donc, avec constance, continuer de faire ce qui a été décidé. Comme l'a annoncé ce matin le ministre, grâce aux décisions du Premier Ministre que je remercie, le dégel des crédits sera effectué. Je le sais, nos PME et nos industriels ont subi les retards provoqués par la censure votée par les parlementaires au mois de décembre dernier.

Alors, je le dis ici à chacun, de prendre ses responsabilités pour l'année prochaine. Aux parlementaires, pour que le budget soit voté en heure, car les censures de fin d'année ont une conséquence simple, elles décalent le budget des armées, entre autres.

Au Gouvernement ensuite de procéder en temps et en heure aux crédits décidés.

Aux grands groupes de la filière de donner de la visibilité nécessaire à leurs sous-traitants, et je compte sur eux, et aux investisseurs et à la place financière de continuer de soutenir ces entreprises.

Il faut, à ce titre, poursuivre l'effort que nous avons entrepris ces trois dernières années pour pouvoir continuer d'innover plus rapidement, de produire plus rapidement, de produire de la masse nouvelle, de nous adapter à la demande, et de remettre les financements privés vers la base industrielle et technologique de défense. Ces changements, opérés depuis 2022, doivent être confortés, intensifiés encore.

Deuxièmement, on doit s'interroger sur la suffisance de l'effort consenti par les deux LPM. Il faut combler nos zones de fragilité. C'est tout le travail qui a été fait ces dernières semaines par le ministre des Armées, le CEMA et la DGA. Combler nos zones de fragilité et, au premier titre, nos stocks de munitions, dont les munitions téléopérées, renforcer nos armes de saturation et nos armes de précision, nous doter de drones pour nos groupes de combat, nos frégates et nos bases aériennes encore davantage, et des équipements nécessaires au quotidien pour que les opérations soient menées, renforcer notre défense aérienne et nos moyens de guerre électronique, augmenter nos capacités spatiales, pousser au maximum les curseurs de l'entraînement des soldats, des marins, des aviateurs, développer encore davantage la réserve, décidée par son accroissement en 2022, mais que nous devons encore intensifier. Nous avons des armées solides, mais sur tout ce que je viens de nommer, il nous faut durcir le modèle, gagner aussi en masse. Tels sont les axes d'efforts qui ont été identifiés et qui seront les axes de priorité dans les efforts supplémentaires à la loi de programmation militaire en cours.

La guerre en Ukraine démontre que pour tenir, il faut de la bravoure, mais aussi des stocks et une industrie de défense adaptée. Il faut une Nation capable de tenir, d'être mobilisée. C'est aussi pourquoi nous devons accélérer les efforts sur notre réserve. Et je crois aussi que l'on doit donner à la jeunesse un nouveau cadre pour servir, selon d'autres modalités, au sein de nos armées. Je donnerai mes orientations et mes décisions en ce sens à l'automne, sur la base des travaux demandés au mois de janvier dernier aux ministres et au CEMA, revenant sur l'avenir du SNU, l'organisation, la mobilisation de notre jeunesse comme de nos réserves.

Troisièmement, cette nouvelle ère pour la Nation suppose de nouveaux budgets pour nos armées. En conscience, nous assumons de porter un effort nouveau et historique. La première loi de programmation, lancée lors du précédent quinquennat, a permis de réparer. La seconde est une loi de projection qui a anticipé les bascules du monde, mais ces bascules interviennent plus vite que prévues. Alors que nous avions prévu de doubler le budget d'ici 2030, nous allons le doubler d'ici à 2027. À cette fin, une actualisation de la loi de programmation militaire sera présentée à l'automne, qui prévoira l'effort que nous devrons porter jusqu'en 2027 sous ma responsabilité. Et j'en appelle à ce titre à la responsabilité nationale. Le budget des armées en 2017 était de 32 milliards d'euros. S'ajoutera à la loi de programmation militaire actuelle un effort de 3,5 milliards d'euros en 2026 et de 3 milliards d'euros supplémentaires l'année suivante. Nous consacrerons donc 64 milliards d'euros pour notre défense en 2027. C'est le double du budget dont les armées disposaient en 2017. Cet effort nouveau, historique et proportionné, il est crédible, il est indispensable, il est juste ce qu'il nous faut, mais vraiment ce qu'il nous faut. Comment le financer ?

Le Premier Ministre l'annoncera dès le 15 juillet après-midi. Et je veux ici le remercier pour son travail et celui à ses côtés de tous les ministres qu'il a mobilisés. En tout état de cause, nous refusons que ce réarmement passe par l'endettement. Notre indépendance militaire est indissociable de notre indépendance financière. Il sera donc financé par plus d'activité et plus de production. L'effort de toute la Nation pour la défense de tous les Français. J'avais dit le 5 mars aux Français, la patrie a besoin de vous. Je vous le dis en cette veille de fête nationale, c'est maintenant. Maintenant qu'il nous faut consentir à cet effort, parce que nous l'avons travaillé, documenté, et il est précisément calibré. Un effort ponctuel de tous pour préserver notre sécurité et notre indépendance. Le salut de la patrie suppose que nous dépensions plus pour notre défense et que chacun prenne sa part de cet investissement et que nous veillons à la souveraineté financière de notre Nation qui passe par des réformes, des transformations et plus de production. Si notre liberté a un prix, le voici.

Nous sommes cette génération qui n'a pas connu la guerre, déterminée à ce que nos enfants ne connaissent rien d'autre que la paix. Mais soyons lucides, nous n'avons plus les dividendes de la paix dont nos parents avaient bénéficié. C'est terminé. Cet effort ne sera pas sans gain au demeurant pour la Nation et les dépenses militaires sont et seront aussi source de richesse pour notre produit intérieur brut, notre économie et nos territoires. Car cet effort devra aussi être celui de nos industriels. Et je le sais, c'est leur motivation, leur credo, mais ils devront porter aux côtés de nos armées ce patriotisme. Ils devront produire encore davantage, plus vite, à moindre coût. La DGA y veillera strictement. Et ils continueront aussi de privilégier nos territoires pour des capacités nouvelles, des sites de production nouveaux, comme nous l'avons vu ensemble il y a quelques mois encore à Bergerac.

C'est grâce à cet effort que nous pourrons affirmer avec fierté, avec lucidité, avec confiance : nous y arriverons. Oui, nous y arriverons.

Parce que ce surcroît de budget nous permettra d'avancer aussi avec nos partenaires. Notre force est supérieure lorsqu'elle est collective, et c'est le sens même de l'engagement pris lors du sommet de l'OTAN à La Haye le 25 juin dernier, venant poursuivre la prise de conscience du sommet de Versailles en 2022. Nous devons faire plus pour notre défense, nous devons faire plus sur le plan militaire, industriel et technologique afin, en Européens, d'être plus souverains. C'est cet effort qui nous permettra d'assurer notre crédibilité face à nos partenaires, de disposer encore et toujours de l'armée la plus efficace d'Europe, de nouer des partenariats nouveaux comme cette semaine avec le Royaume-Uni. Après la déclaration de Northwood que nous venons de signer, l'Allemagne et le Royaume-Uni se retrouveront dans quelques jours et nous retrouverons nos partenaires allemands à la fin du mois d'août pour un Conseil franco-allemand de défense et de sécurité où nous aurons de nouvelles décisions à prendre.

Bâtissons avec nos principaux partenaires, agissons en Européens, car nous affrontons les mêmes menaces, à commencer par la menace russe. Mais nos investissements, combinés, une coopération renforcée, nous permettra de bâtir ce pilier européen de l'OTAN que la France a annoncé et voulu avant tant d'autres.

Rappelez-vous, il y a neuf ans, c'était un gros mot ; il y a quelques années, il était impossible de le défendre et de le voir soutenu par d'autres. Maintenant, c'est devenu un credo. Ils nous ont tous rejoints, mais à nous d'en faire une réalité et d'agir ensemble. Face à cette même menace, nous devons agir ensemble, produire ensemble, acheter ensemble. C'est le sens du programme SAFE, (Security Action for Europe), adopté il y a un mois et demi par le Conseil européen et qui permettra, avec 150 milliards d'euros, de financer des achats conjoints d'équipements militaires. Il faut impérativement les mettre en œuvre. Et nous avons pour cela des atouts. Nos industriels ont des atouts. Nous avons des capacités qui sont au point d'excellence internationale et doivent devenir des solutions européennes. Le système de défense aérienne, SAMP/T, nouvelle génération, nos missiles dans toutes les gammes, nos avions Rafale, les premières constellations de satellites en orbite basse, nos champions de l'intelligence artificielle, nos systèmes radars et anti-drones, et j'en passe.

Ces solutions, cette innovation de pointe, nous en disposons. Nous la produisons souvent déjà en partenariat avec plusieurs autres grands industriels européens ou par nos groupes qui ont déjà une empreinte et un actionnariat européen. Alors achetons européen en masse. Malgré l'incertitude américaine et face à la volonté chinoise, face à la menace russe, la puissance européenne est notre meilleur bouclier.

Une Europe capable d'innover et de produire sur son sol, c'est une Europe qui sera plus souveraine et maîtrisera son destin, assumera sa puissance.

Et sortons des vieux débats ridicules, ceci n'enlève rien à l'indépendance et la souveraineté française. Cela la renforce, cela l’accroit, car nous n'avons rien cédé, en neuf ans, de notre souveraineté et de notre indépendance, au contraire. Mais en ayant des alliés dont les armées travaillent avec nous, opèrent avec nous, en ayant des industriels partout en Europe, qui produisent avec nous, en poussant nos partenaires européens à acheter avec nous nos matériels, nous renforçons de fait notre souveraineté et notre indépendance. Partout en Europe, la force de la France est attendue. Et dans notre monde dangereux et incertain, il est un pilier de notre sécurité qui ne vacillera pas, c'est notre dissuasion nucléaire. Totalement et invariablement souveraine, elle garantit notre liberté. Elle a également un rôle dans la sécurité de l'Europe. Je l'ai réaffirmé avec le Premier Ministre britannique cette semaine, il n'existe pas de menace extrême contre l'Europe qui ne susciterait pas de réponse de nos deux Nations.

Afin de mesurer pleinement le rôle de notre dissuasion dans la sécurité collective, j'ai mandaté le ministre des Armées et le CEMA pour engager un dialogue stratégique avec nos partenaires européens qui y sont prêts. Je reviendrai sur la base de ce travail, plus précisément, à la fin de cette année, afin de décrire les évolutions que cela emporte.

Notre pays, le seul de l'Union européenne doté de la dissuasion nucléaire, fort de ce partenariat renouvelé avec le Royaume-Uni, a aussi une responsabilité majeure pour que le réarmement conventionnel de notre Europe soit efficace, crédible et cohérent. Tout cela est un tout. Partout en Europe, les nations se réarment et la France ne peut laisser ses alliés européens en première ligne face aux menaces de très court terme.

Partout en Europe, la force de la France est attendue et partout dans le monde, la liberté est menacée. Alors défendons-la.

Défendons-la en Ukraine parce que notre sécurité et notre liberté sont liées au destin de ce pays. C'est la raison pour laquelle, avec le partenaire britannique, la France a regroupé une coalition de pays volontaires, en vue de contribuer à garantir durablement la paix qu'il faut sur notre continent. Cette Coalition des volontaires initiée à Paris en février dernier regroupe maintenant 30 nations. Son état-major opérationnel est constitué et basé à Paris, c'est une première. Mais c'est le sens même de ce que nous voulons faire, le sens même d'une partie des efforts capacitaires et opérationnels que nous sommes en train de conduire qui a vocation à faire de la France la Nation cadre d'opérations à venir.

Défendons notre liberté en Europe où tant de nations, je pense en particulier à nos amis finlandais engagés à nos côtés dans la FINUL au Liban, voient avec appréhension les nuages s'accumuler à l'horizon.

Défendons notre liberté pour notre jeunesse, cette jeunesse dont vous êtes les visages, qui veut servir, croire, espérer, et a soif plus que toute autre d'une immense liberté.

Défendons notre liberté dans tous les domaines, comme je viens de l'évoquer, sans oublier celui de la sécurité cognitive, nouvelle frontière qui est devant nous et que nous aurons à intégrer, tant nos populations comme nos armées seront confrontées à des informations manipulées, des propagandes à démasquer, et sur lesquelles nous avons à nous préparer.

Défendons notre liberté comme sont prêts à la défendre, génération après génération, ces femmes et ces hommes qui répondent à l'appel du drapeau, comme le fit jadis un Saint-Syrien de la promotion Les Cadets de la France libre, le Général d'Armée Thierry Burkhard, que je salue et remercie aujourd'hui. Mon général, vous avez ma confiance et ma reconnaissance pour votre action à mes côtés à la tête des armées françaises. À travers vous, je salue le patriotisme et le sens des responsabilités de tous ceux qui font le choix des armées pour défendre la liberté.

Défendons cette liberté aux côtés des grandes Nations qui sont là, nos partenaires européens, nos alliés, mais aussi ces Nations venues de plus loin comme l'Indonésie, invitées du 14 juillet, qui entendent refuser en Indopacifique la logique des blocs et la loi des impérialismes comme nous.

Défendons notre liberté.

Et en cette veille de 14 juillet, soyons fidèles au peuple de la Révolution qui clamait sa grandeur et la liberté universelle des peuples.

Défendons nos armées qui défendent notre liberté.

Soyons à leurs côtés, à l'arrière, prêts à tous les engagements, tous les combats, comme chaque jour ces femmes et ces hommes sont prêts à l'ultime sacrifice pour la Nation. Alors demain, je serai à vos côtés, une fois encore, avec reconnaissance, avec confiance et avec fierté, comme depuis le 1er jour, car je sais combien c'est cet engagement, cette acceptation du sacrifice et jusqu'au sacrifice ultime qui fait la force de nos Armées, la force de notre Nation.

Demain, je serai à vos côtés, une fois encore, avec cette même fierté. Vive la République et vive la France !


Emmanuel Macron, le 13 juillet 2025 à Paris.


Source : www.elysee.fr

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250713-discours-macron.html
 

Partager cet article
Repost0
11 juillet 2025 5 11 /07 /juillet /2025 20:45

(vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250713-macron.html




CONFÉRENCE DE PRESSE
DU GÉNÉRAL THIERRY BURKHARD, CHEF D'ÉTAT-MAJOR DES ARMÉES,
LE VENDREDI 11 JUILLET 2025












https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250711-discours-burkhard.html

 

Partager cet article
Repost0
26 juin 2025 4 26 /06 /juin /2025 04:36

« NOUS, PEUPLES DES NATIONS UNIES, RÉSOLUS à préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances (…). » (Préambule de la Charte des Nations Unies, 26 juin 1945).




 


Ce jeudi 26 juin 2025, les Nations Unies fêtent le 80e anniversaire de la signature de leur Charte. Inspirée de la Société Des Nations (SDN) et des conférences internationales entre alliés pendant la Seconde Guerre mondiale (en particulier la Conférence de Téhéran en décembre 1943, la Conférence de Dumbarton Oaks en octobre 1944 et la Conférence de Yalta en février 1945), la Charte des Nations Unies a été signée à la fin de la Conférence de San Francisco qui s'est tenue du 25 avril au 26 juin 1945 (on peut la lire dans son intégralité à ce lien).

Rédigée en six langues originales, l'anglais, le français, l'espagnol, le russe, le mandarin et l'arabe, cette charte décrit le fonctionnement des différentes institutions de la future Organisation des Nations Unies (ONU) dont le siège a été fixé à New York, en particulier le Secrétariat Général de l'ONU (chapitre XV), la Cour internationale de Justice (chapitre XIV) et le Conseil de Sécurité de l'ONU (chapitre V). Ce texte est entré en vigueur le 24 octobre 1945 et l'est toujours, pour 193 États membres. À l'origine, le 26 juin 1945, 51 États l'ont signé (en fait, seulement 50, car le 51e État, la Pologne, était alors sans gouvernement).
 


On aurait pu appeler ce texte Traité de San Francisco, mais cette appellation n'aurait pas apporté cette note de morale, de mental, d'esprit, de contexte : c'est à la fois une sorte de Constitution d'un gouvernement mondial (c'est le cas avec le Conseil de Sécurité) et une déclaration d'intention des droits humains.

L'article 103 établit sans ambiguïté la priorité hiérarchique de la Charte sur les autres textes internationaux : « En cas de conflit entre les obligations des Membres des Nations Unies en vertu de la présente Charte et leurs obligations en vertu de tout autre accord international, les premières prévaudront. ».
 


La Charte commence avec une force inattendue pour un texte juridique, un préambule court et clair, qui énonce la finalité des Nations Unies :

« 1. Préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances,
2. Proclamer à nouveau notre foi dans les droits fondamentaux de l'homme, dans la dignité et la valeur de la personne humaine, dans l'égalité de droits des hommes et des femmes, ainsi que des nations, grandes et petites,
3. Créer les conditions nécessaires au maintien de la justice et du respect des obligations nées des traités et autres sources du droit international,
4. Favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande ».

Et les moyens pour y parvenir :

« 1. Pratiquer la tolérance, à vivre en paix l'un avec l'autre dans un esprit de bon voisinage,
2. Unir nos forces pour maintenir la paix et la sécurité internationales,
3. Accepter des principes et instituer des méthodes garantissant qu'il ne sera pas fait usage de la force des armes, sauf dans l'intérêt commun,
4. Recourir aux institutions internationales pour favoriser le progrès économique et social de tous les peuples ».

Dès l'article premier, on y lit les quatre buts des Nations Unies :

« 1. Maintenir la paix et la sécurité internationales et à cette fin : prendre des mesures collectives efficaces en vue de prévenir et d'écarter les menaces à la paix et de réprimer tout acte d'agression ou autre rupture de la paix, et réaliser, par des moyens pacifiques, conformément aux principes de la justice et du droit international, l'ajustement ou le règlement de différends ou de situations, de caractère international, susceptibles de mener à une rupture de la paix ;
2. Développer entre les nations des relations amicales fondées sur le respect du principe de l'égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d'eux-mêmes, et prendre toutes autres mesures propres à consolider la paix du monde ;
3. Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d'ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion ;
4. Être un centre où s'harmonisent les efforts des nations vers ces fins communes ».

En lisant ces lignes et avec le recul de quatre-vingts années de fonctionnement, ou de non-fonctionnement, on mesure le niveau d'enthousiasme mais aussi d'utopie dont les diplomates du monde entier avaient fait preuve en rédigeant ce texte.
 


S'il fallait résumer d'un seul mot l'idée générale de l'ONU, son mot d'ordre, c'est la paix. La PAIX !

Mais le ver était dans le fruit dès son mûrissement, car c'était la grande différence avec la SDN : le vote est à la majorité avec le droit de veto accordé aux cinq grandes puissances qui ont gagné la Seconde Guerre mondiale : les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et le Royaume-Uni. Ce veto donné aux grandes puissances a souvent engendré une grande ...impuissance dans les conflits régionaux.

Le principal organe des Nations Unies est le Conseil de Sécurité dont la mission est indiquée dans l'article 24 de la Charte : « Afin d'assurer l'action rapide et efficace de l'Organisation, ses Membres confèrent au Conseil de Sécurité la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales et reconnaissent qu'en s'acquittant des devoirs que lui impose cette responsabilité le Conseil de Sécurité agit en leur nom. ».

Cela signifie d'une part le vote de résolutions pour éviter, prévenir ou arrêter une guerre, difficilement adoptées en raison des droits de veto et, le cas échéant, lorsqu'elles sont adoptées, souvent restées lettres mortes. Le Conseil de Sécurité peut alors voter l'envoi de troupes des Nations Unies (les Casques bleus) pour faire des opérations de maintien de la paix, elles-mêmes souvent impuissantes en raison de leur interdiction de se défendre en cas d'agression. Ce sont alors des « forces armées, l'assistance et les facilités, y compris le droit de passage, nécessaires au maintien de la paix et de la sécurité internationales » définies dans l'article 43.
 


Deux chapitres sont importants dans la Charte.

Le chapitre VI y traite du règlement pacifique des différends : « Les parties à tout différend dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales doivent en rechercher la solution, avant tout, par voie de négociation, d'enquête, de médiation, de conciliation, d'arbitrage, de règlement judiciaire, de recours aux organismes ou accords régionaux, ou par d'autres moyens pacifiques de leur choix. » (article 33).

Le chapitre VII y traite de l'action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression. Il évoque toutes les gradations d'action contre les éventuels États belligérants, comme dans l'article 41 : « Le Conseil de Sécurité peut décider quelles mesures n'impliquant pas l'emploi de la force armée doivent être prises pour donner effet à ses décisions, et peut inviter les Membres des Nations Unies à appliquer ces mesures. Celles-ci peuvent comprendre l'interruption complète ou partielle des relations économiques et des communications ferroviaires, maritimes, aériennes, postales, télégraphiques, radioélectriques et des autres moyens de communication, ainsi que la rupture des relations diplomatiques. ».

Le droit international peut globalement se résumer à ceci, en plus de tous les traités internationaux : tous les actions visant à maintenir ou retrouver la paix doivent être acceptées par le Conseil de Sécurité de l'ONU.

C'est ce qu'avait cherché et que n'avait pas obtenu le Président américain George W. Bush pour envahir l'Irak. Ce dernier concevait qu'une telle invasion devait se faire dans les formes juridiques du droit international, mais le rejet par l'ONU de sa demande ne l'a pas empêché d'envahir l'Irak avec toutes les conséquences que nous payons encore aujourd'hui.
 


Aujourd'hui, son lointain successeur Donald Trump n'a pas ces pudeurs de gazelle : pour lui, une intervention militaire dans un pays tiers n'a pas la nécessité d'obtenir l'accord de l'ONU, il suffit qu'elle soit considérée par les États-Unis comme nécessaire pour la paix mondiale. Leur intervention du 22 juin 2025 en Iran est allée dans ce sens et les humoristes et caricaturistes ont de quoi faire pour fustiger son mépris du droit international. C'est la fin, j'espère provisoire, du multilatéralisme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Charte des Nations Unies est une grand-mère de 80 ans !
La Charte des Nations Unies (texte intégral).
Kofi Annan.
Antonio Guterres.
Les candidats au Secrétariat Général de l'ONU.
Ban Ki-Moon.
Boutros Boutros-Ghali.
Kurt Waldheim.
La COP21.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250626-onu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-charte-des-nations-unies-est-260750

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/25/article-sr-20250626-onu.html


.

Partager cet article
Repost0
25 juin 2025 3 25 /06 /juin /2025 04:13

Le 26 juin 1945 à San Francisco, 50 nations ont signé la Charte des Nation Unies qui a donné naissance à l'Organisation des Nation Unies. On peut la lire sur Internet.

Cliquer sur le lien pour télécharger la Charte (en fichier .pdf) :
https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/a4/Uncharter.pdf

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250626-onu.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250626-charte-nations-unies.html









 

Partager cet article
Repost0


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).