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18 septembre 2025 4 18 /09 /septembre /2025 04:17

« On ne meurt pas de dettes, on meurt de ne plus pouvoir en faire. » (Louis-Ferdinand Céline).




 


Cette petite citation un peu provocatrice, c'est le journaliste Franck Dedieu qui l'a placée en tête de son article sur la rétrogradation de la note de la France par l'agence Fitch, publié le 15 septembre 2025 par l'hebdomadaire "Marianne" (dont il est le directeur adjoint de la rédaction) et intitulé : « Dette : Fitch dégrade la note de la France ? Du calme, notre taux n'est pas si haut ». En effet, le 12 septembre 2025, la note de la dette souveraine française pour cette agence de notation est passée de AA- à A+. Et c'est vrai qu'il faut éviter de dramatiser : la France a l'équivalent de 15/20, elle est loin d'être une mauvais élève même si, aujourd'hui, elle se dissipe un peu et perd un peu de confiance (à cause de sa situation politique voulue par les Français).

Entre ceux qui dramatisent à outrance et ceux qui s'en moquent, il y a évidemment une juste mesure. L'ancien Premier Ministre François Bayrou avait raison de dramatiser la dette de la France car notre dette publique de 3 500 milliards d'euros est véritablement toxique, mais ce n'est pas à cause du taux, c'est simplement que le montant des sommes à emprunter est tel que la charge de la dette va devenir dans quelques mois le premier poste budgétaire, ce qui, il faut en convenir, est un gâchis complet pour notre éducation, notre défense, notre justice, etc. Donc, oui, il fallait alerter et François Bayrou s'est en quelque sorte sacrifié sur l'autel du Palais-Bourbon pour que les Français prennent en compte la gravité de la dette.

Mais pour autant, et François Bayrou l'a bien expliqué aussi, il n'est pas encore trop tard pour redresser la barre, la France est encore un grand pays qui donne confiance aux investisseurs. Et la situation économique n'est pas si morose que cela puisque les prévisions de croissance pour 2025 ont été réévaluées à la hausse par l'INSEE le 11 septembre 2025 de à 0,6% à 0,8% du PIB. C'est faible (nettement moins que la moyenne de la zone euro à 1,4%), mais cela signifie que, malgré toutes les incertitudes politiques, j'allais écrire politiciennes, l'économie a semblé redémarrer un peu sous François Bayrou (eh oui !).


Il fallait dramatiser pour les Français prennent conscience de la gravité de la dette, mais eux, je leur fais confiance, comme tout particulier, ils savent bien qu'une énorme dette (ici pour l'État, l'équivalent aux particuliers s'appelle un prêt relais : on ne paie que les intérêts, pas le capital !) n'est plus tenable à long terme, mais il fallait surtout dramatiser pour la classe politique qui, depuis François Mitterrand, n'a jamais cessé de faire du clientélisme coûteux et électoraliste, un clientélisme qui paraît irréversible (tout ce qu'on donne est un acquis et ce qui doit se discuter, c'est ce que l'État n'a pas encore donné ; les socialistes en viennent encore à négocier un bout de gras supplémentaire avec Sébastien Lecornu).

Pour autant, il ne faut pas donner plus d'influence qu'on peut le croire aux agences de notation. C'est d'ailleurs assez risible de voir des anticapitalistes, des gauchistes, des gens qui pensent qu'on peut ne pas rembourser notre dette et qui s'emparent de la notation de Fitch pour dénigrer une nouvelle fois la France. Si ces oiseaux de malheur avaient un minimum de crédit auprès de ces agences de notation, la note de la France ne serait pas A+ mais DDD (en défaut) !


En fait, nous sommes maintenant dans le paradigme de la poule et de l'œuf. Il ne faut pas considérer les agences de notation avec une influence déterminante sur les taux d'intérêts. En effet, tous les acteurs financiers disposent des mêmes informations que les agences de notation et le marché a déjà pris en compte les éventuels handicaps de la France (principalement son instabilité politique) pour faire évoluer les taux à la hausse (modérée). Si bien que les agences de notation sont plus à la traîne et prenne plutôt acte de cette hausse qu'elles n'influent à la hausse de ces taux.

Du reste, si les taux sont du même niveau que ceux de l'Italie et très supérieur à ceux de l'Allemagne, la note de la France est meilleure que celle de l'Italie, ce qui montre que l'important, ce n'est pas la note mais les taux. Or, le 15 septembre 2025, après la rétrogradation de la note de Fitch, la France a emprunté à un taux à long terme (sur dix ans) de 3,48%, ce qui reste relativement modéré, certes supérieur à la dernière période, mais dans la conjoncture internationale actuelle, il reste assez modéré (et il faut s'en réjouir).

Il faut aussi prendre en compte l'analyse de Fitch qui ne révèle pas de grands secrets. L'agence a abaissé la note de la France en raison de deux facteurs : d'une part, avec une trajectoire de déficit toujours élevé (il faudra qu'on me dise quelle est la trajectoire prise en compte, car actuellement, il n'y en a pas ; François Bayrou, avec une baisse de 44 milliards d'euros du déficit pour 2026, avait prévu de revenir à 3% du PIB en 2029, mais il est désormais question, à cause des socialistes, d'une baisse plus lente du déficit) ; d'autre part, une situation politique incertaine qui rend difficile une consolidation budgétaire ambitieuse à court terme (ce qui est une évidence jusqu'en 2027).

Fitch est l'agence de notation la moins importante des trois principales agences de notation avec Moody's et S&P qui, elles, conservent encore le double A pour la France. Les réévaluations éventuelles de ces deux dernières agences auront sans doute des répercussions plus conséquentes sur la réalité des taux du marché pour la dette française. Rendez-vous donc le 24 octobre 2025 pour Moody's et le 28 novembre pour S&P, lors de leur révision de note. D'ici là, on espère qu'un nouveau gouvernement sera nommé (avez-vous remarqué que, contrairement aux gouvernements précédents, tout le monde se moque de savoir qui sera ministre de quoi ?) et surtout, un projet de loi de finances pour 2026 qui aura quelques espoirs d'être adopté, d'une manière ou d'une autre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250912-fitch.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/fitch-ne-pas-surinterpreter-la-263234

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/19/article-sr-20250912-fitch.html


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13 septembre 2025 6 13 /09 /septembre /2025 04:12

« Le salarié qui tombe malade durant ses congés payés peut les reporter. La Cour de cassation confirme le droit pour un salarié de reporter les jours de congés payés qui ont coïncidé avec un arrêt maladie. » (Direction de l'information légale et administrative, dépendant de Matignon, le 11 septembre 2025).





 


Le monde marche sur la tête, et il y a une décision de justice qui le confirme. Pour une fois, ce sera au bénéfice des salariés qui peuvent applaudir notre appartenance à l'Union Européenne, car c'est une disposition européenne qui a conduit les juges dans ce sens. De quoi s'agit-il ? Lorsque vous êtes malade pendant les congés payés, vous vous dites en général que ce n'est pas de chance. Désormais, vous pourrez vous dire : ce n'est pas grave, vous vous mettez en arrêt maladie et l'entreprise devra vous réattribuer autant de jours de vacances que de jours d'arrêt maladie pendant vos congés payés.

On imagine que cette disposition européenne, à savoir l'article 7, paragraphe 1, de la directive 2003/88/CE du Parlement Européen et du Conseil, du 4 novembre 2003, concernant certains aspects de l'aménagement du temps de travail, s'adressait d'abord à des pays européens qui sont beaucoup moins socialement protégés que la France, mais cela signifie en France que les entreprises vont devoir payer.


Reprenons les faits. Il ne s'agit pas de présenter tout le litige qui est toujours particulier et personnel, mais de la portée de la décision de justice. Dans son arrêt du 10 septembre 2025 (pourvoir n°23-22.732), la Cour de cassation confirme le droit européen déjà en vigueur dans la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union Européenne (en particulier sa décision du 21 juin 2012 pour l'affaire C-78/11), mais c'est nouveau en France car jusqu'à maintenant, la jurisprudence française était le contraire.

La Cour de cassation explique très clairement que le salarié peut « bénéficier ultérieurement des jours de congé payé coïncidant avec la période d'arrêt de travail pour maladie ». La raison ? Parce que la période des congés pays est censée lui permettre : « de se reposer et de disposer d'une période de détente et de loisirs, [et] diffère de celle du droit au congé de maladie, qui est accordé au travailleur afin qu'il puisse se rétablir d'une maladie ».

Cette décision va coûter très cher eux entreprises qui vont devoir payer ces arrêts maladie pris pendant les congés payés. Le problème ne serait pas très grave si les arrêts maladie, prescrits par les médecins, étaient tous réels, mais malheureusement, certains médecins sont capables de prescrire des arrêts maladie de complaisance (qu'il est évidemment difficile de distinguer puisque seul le médecin sait ce dont a besoin son patient, et la plus grande majorité des médecins sont évidemment responsables). Deux semaines au bord de la mer, dont une semaine de pluie, arrêt maladie pour une petite déprime et la semaine pourrie est récupérable un autre moment...

Toutefois, ce n'est pas cela qui va coûter le plus cher aux entreprises. Cette décision reprend l'article 37 de la loi n°2024-364 du 22 avril 2024 portant diverses dispositions d'adaptation au droit de l'Union Européenne en matière d'économie, de finances, de transition écologique, de droit pénal, de droit social et en matière agricole.

Ce qui coûte le plus cher et que cette loi a entériné, c'est que les congés payés sont également un dû même en cas d'arrêt maladie. Ainsi, un salarié qui est en arrêt maladie d'un an se voit attribuer la durée des congés payés sur un an (au moins cinq semaines). Les entreprises ont dû ainsi provisionner de fortes sommes pour ces cas-là.

Comme l'a expliqué le 12 juin 2024 la Direction de l'information légale et administrative qui dépend du Premier Ministre, « Le salarié en arrêt de travail en raison d'accident du travail ou de maladie professionnelle ou, depuis le 24 avril 2024, d'accident ou de maladie ordinaire, est en droit d'acquérir des congés payés. Dans certains cas, le salarié bénéficie d’un droit au report des congés. (…) Le nombre de jours de congés payés acquis dépend de la nature de l'arrêt de travail : accident et maladie d'origine non professionnelle ou accident du travail et maladie d'origine professionnelle. ».

Voilà un exemple concret de l'Europe sociale qui protège mieux les salariés français que les lois françaises. Il faut le noter : c'est assez rare car en général, notre protection sociale, dans notre hyper-État providence, protège mieux les salariés français que les salariés des autres pays européens. Toutefois, il entraîne des coûts qui peuvent s'avérer très élevés pour les entreprises dans un contexte économique plutôt morose.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


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Le Tunnel sous la Manche.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250910-arret-maladie-vacances.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/europe-sociale-les-vacances-en-263175

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30 août 2025 6 30 /08 /août /2025 04:03

« J’essaie d’acheter les actions d’entreprises si merveilleuses qu’un idiot pourrait les gérer. Parce que tôt ou tard, cela arrivera. » (Warren Buffett).



 


L'investisseur américain Warren Buffett va atteindre ses 95 ans ce samedi 30 août 2025. Il est né dans le Nebraska (à Omaha, la plus grande ville de cet État), toujours actif, dirigeant la société Berkshire Hathaway depuis 1965 (CEO depuis 1970). L'argent, visiblement, fait durer. Il a d'ailleurs annoncé le 3 mai 2025 qu'il se retirerait à la fin de l'année, prévoyant déjà son successeur (son bras droit Charlie Munger depuis 1978 est mort il y a un peu moins de deux ans à un mois de ses 100 ans).

Je l'ai présenté comme "investisseur" mais il est plutôt connu comme un milliardaire, et pas n'importe lequel, à part une courte période juste avant la crise de 2008 où il était l'homme le plus riche du monde, il a été longtemps le deuxième homme le plus riche du monde, supplanté par Bill Gates (devenu son ami et pour la fondation duquel il a légué une partie de sa fortune, 37 milliards de dollars, en 2006). Maintenant, il est dépassé, ils sont dépassés par les princes des nouvelles technologies, comme Elon Musk, Jeff Bezos, etc.

Bill Gates et Warren Buffett sont des amis depuis 1991 (et jouent volontiers au bridge ensemble). Le patron de Microsoft disait de Warren Buffett le 5 février 1996 dans "Fortune" : « Je n'ai jamais rencontré quelqu'un qui ait une vision aussi limpide du monde des affaires. ». Et Warren Buffett disait de Bill Gates : « [Il] pourrait faire ce que je fais… mais je ne pourrais pas faire ce qu'il fait ! ».


La fortune de Warren Buffett est évaluée par le magazine "Forbes" à 129 milliards de dollars en novembre 2024, ce qui le place encore dans le top 10 des hommes les plus riches de la planète. L'époque est aux milliardaires qui gagnent, quitte à être cyniques. Il est loin le temps de l'esprit, de la poésie, etc. La réussite se chiffre plus aisément en dollars qu'en indulgences !

Le parcours de Warren Buffett est intéressant car même s'il est bien né (son père aussi était investisseur et a été élu député), il doit sa fortune énorme (ce n'est pas un millionnaire, si je paraphrasais François Bayrou qui a un peu de mal avec les milliards, il possède 129 000 millions de dollars !), il doit sa fortune énorme à lui-même, à son sens des affaires, et aussi à sa patience. Attention, l'estimation de la fortune des milliardaires est toujours sujette à caution. Elle est loin l'image d'une piscine remplie de billets et de pièces d'or comme chez Picsou : la fortune, c'est la capitalisation, à un instant t, de l'ensemble de leurs participations dans des (grosses) entreprises. Elle n'est donc pas directement "liquéfiable" et le montant tient surtout à du virtuel, qui peut varier comme les cours de la bourse (d'où des oscillations pour les estimations, ce qui a valu à Bernard Arnault en 2022 la première place, rare pour un Français).

La carrière d'une personnalité politique se résume souvent à une succession de mandats électoraux. Celle d'un milliardaire peut se résumer par la courbe fortune en fonction du temps. Dans un portrait publié par Antoine Ambert le 10 juin 2025 sur le site finance-heros.fr, une telle courbe a été proposée où l'on voit que Warren Buffett a obtenu son premier million de dollars à l'âge de 30 ans, ses 10 millions de dollars à 37 ans. À 52 ans, sa fortune valait 376 millions de dollars (ce qui est déjà largement convenable !). À 53 ans, presque le double, 620 millions de dollars. À 56 ans, le milliard a été dépassé avec 1,4 milliard de dollars. À 59 ans, 3,8 milliards de dollars. Mais ce sont les trente dernières années qui ont le plus "capitalisé" : 17 milliards de dollars à 66 ans, 36 milliards de dollars à 72 ans, 58,5 milliards de dollars à 83 ans. 87;5 milliards de dollars à 90 ans. Enfin 129 milliards de dollars à 94 ans.

 


La courbe n'est pas forcément uniforme. À 78 ans, en 2008, il a été l'homme le plus riche du monde avec environ 65 milliards de dollars, mais la crise de 2008 a réduit sa fortune de moitié (37 milliards de dollars en 2009). Mais celle-ci ensuite a retrouvé sa croissance (73,8 milliards de dollars en 2014). Cette remontée provient de l'achat systématique de nombreux titres dont le cours s'était effondré en 2008, et du non-achat de titres de start-up dans les nouvelles technologies à la fin des années 1990 dont certaines ont disparu dix ans plus tard.

Warren Buffett est un investisseur de l'ancienne école. Il n'est pas de ces spéculateurs qui vont investir sur le logiciel qui permet d'acheter et de vendre des actions en quelques picosecondes. Il est au contraire un promoteur du conservatisme dans sa version financière, une patience et une sagesse : lorsqu'il acquiert des titres, il ne compte pas les revendre avant plusieurs années, il se pose d'ailleurs toujours la question : les achèterais-je toujours si la bourse fermait pendant cinq ans ? Et même au-delà, il ne revend pas quand l'action monte énormément. Il est dans des investissements de longue durée (ce qui favorise l'économie réelle, l'industrie par exemple, avec son cycle d'innovation). J'imagine qu'il a dû garder son sang-froid pour ne pas foncer dans la vente de titres en fonction des oscillations du système.

En outre, se méfiant des révolutions technologiques qui peuvent retourner des marchés, Warren Buffett n'a jamais investi que dans des activités qu'il comprenait et dont il connaissait le type de management, les personnes, les produits, etc.

L'un des atouts de Warren Buffett, c'est le contrôle émotionnel. Cité dans un article de Brian O'Connell publié le 29 août 2025 sur le site Quartz, David I. Kass, professeur de finance à l'Université du Maryland, a décrit ainsi le milliardaire : « Buffett a dit que ce qui différencie les investisseurs prospères des autres est le tempérament pour ne pas paniquer et vendre lorsque les actions chutent rapidement, ni devenir euphorique et acheter lorsqu'elles montent brusquement. (…) Buffett a démontré le contrôle émotionnel nécessaire pour réussir. (…) Par exemple, pendant la crise financière de 2008, il est devenu effectivement le prêteur de dernier recours pour Goldman Sachs et General Electric, et plus tard en 2011, Bank of America. ».

Parmi les acquisitions ou les participations de Warren Buffett, on peut citer (sans être exhaustif) : Bank of America, "Washington Post", Duracell, IBM, Apple, Geico, Procter & Gamble, Coca Cola, Gillette, HP, Citigroup, General Motors, Paramount, Visa, Mastercard, American Express, Amazon, Johnson & Johnson, etc. Un porte-feuille de plus de 350 milliards de dollars en 2023.

Tous ses investissements se font à partir de son entreprise mère, Berkshire Hathaway, qui, à l'origine, était une entreprise de fabrication textile qu'il a acquise en 1965 et qui est devenue son outil d'investissement, qui peut faire appel à des investisseurs privés (ses actionnaires, ses clients). Warren Buffett refuse d'investir s'il ne sent pas le marché, si bien que sa société peut avoir beaucoup de liquidités qu'elle n'utilise pas immédiatement mais immédiatement mobilisables.

Ainsi, selon un article de Marc Tempelman, expert du financement bancaire, publié le 26 février 2024 sur son site Cashbee, à la fin de l'année 2023, Berkshire Hathaway disposait de 168 milliards de dollars de liquidités qu'il ne voulait pas réinvestir faute d'opportunité intéressante. Alors, une (petite) partie est allée à ses actionnaires, sous forme de rachat d'actions, et l'autre partie génère des intérêts sans risque, ici, de l'ordre de 115 millions de dollars par semaine. Cela lui permet de disposer de montants élevés très rapidement en cas d'opportunité.

Et l'article, qui a pour but le conseil à l'investissement, de poursuivre : « Cela peut ressembler à enfoncer une porte ouverte. Mais ce principe est plus subtil qu’il ne semble. Nous sommes nombreux à avoir investi dans des projets que nous savions à très hauts risques, dans l’espoir de gains substantiels. Que ce soit dans la prise de participations dans des start-up, ou l’investissement en crypto-devises, c’est l’attrait d’une possible multiplication de la mise initiale qui motive la décision d’y aller. Buffett évite de faire ce type de placement, hautement spéculatif. Il souligne qu’il suffit qu’un ou deux placements de ce type aillent au tapis pour que la performance financière d’un portefeuille d’investissement soit sévèrement affectée dans son ensemble. Il reconnaît que son approche prudente lui fait passer à côté de nombreuses opportunités. Mais si cela lui permet d’éviter les mines, et de bien dormir la nuit, cela lui convient. ».
 


Warren Buffet suit aussi cette formule shakespearienne : « Be greedy when others are fearful, be fearful when other are greedy » [Soyez cupide quand les autres ont peur, mais faites attention quand les autres sont cupides]. Effectivement, lorsque les cours de la bourse se sont effondrés en 2022, lui a joué à la hausse, il a racheté pour 50 milliards de dollars d'actions à leur plus bas cours, ce qui lui a permis d'acquérir des participations d'entreprises solides à bas coûts. Mais attention, cela fonctionne à condition de ne pas les revendre à la moindre hausse des cours. Marc Tempelman a résumé ainsi la démarche du milliardaire : « Lorsqu’il identifie une belle entreprise qu’il peut acheter à un prix honnête, il souhaite la détenir à jamais. L’achat d’entreprises pour ensuite en stimuler le développement au cours du temps est son cœur de métier. La gestion de son portefeuille d’actions est une activité gigantesque, mais annexe ! ».

Parmi les conseils du milliardaire, il y a les fameux intérêts composés qu'on peut connaître dès l'adolescence avec un Livret A : son conseil est de remiser les intérêts obtenus avec un capital dans le capital, si bien que l'année suivante, cela produit des intérêts sur les intérêts de l'année précédente, et ainsi de suite. Par exemple, pour un placement de 10 ans à 5% par an, une somme investie de 1 000 euros se transformera à 1 500 euros sans réinjecter les intérêts au fil des années, et 1 629 euros avec les intérêts composés (soit près de 26% de plus sur 10 ans).

Un aparté : j'ai recherché sur Google une calculatrice rapide pour calculer les intérêts composés (ce n'est pas compliqué) et, sur le premier site venu, l'un des liens publicitaires propose, alléchant : « Construisez votre empire dès aujourd'hui. ». Eh oui ! Beaucoup veulent devenir des Warren Buffett bis. On voit qu'avec l'argent, c'est comme le vote, beaucoup peuvent croire au père Noël !

Considéré comme un modèle de self-made man, le milliardaire, qui a acquis sa fortune par sa seule perspicacité, est donc devenu très populaire auprès des investisseurs novices qui souhaiteraient l'imiter (pour construire leur empire dès aujourd'hui !). Il délivre ainsi régulièrement des conseils aux apprentis de la bourse et se montre souvent modeste, éloigné des paillettes et du bling-bling (il ne se donne "que" 100 000 dollars de revenus par an). Il a des enfants, mais ils n'hériteront pas de la totalité de sa fortune. Son intention, c'est de léguer 99% (ou 85%, selon les sources) de sa fortune à des œuvres de bienfaisance. Cela leur laissera encore une somme très confortable.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Warren Buffett.
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Bernard Madoff.
Jacques Séguéla.
Gustave Eiffel.
Francis Mer.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250830-warren-buffett.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/warren-buffett-acheter-et-262064

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23 juin 2025 1 23 /06 /juin /2025 22:38

« Je proposerai aux représentants de chaque organisation de travailler autour de la même table, de s’installer dans les mêmes bureaux, ensemble, pendant trois mois, à dater du rapport de la Cour des Comptes. Si, au cours de ce conclave, c’est ce qu’on dit quand on ferme les portes, cette délégation trouve un accord d’équilibre et de meilleure justice, nous l’adopterons. Le Parlement en sera saisi lors du prochain projet de loi de financement de la sécurité sociale, ou avant, et si nécessaire, par une loi. Je souhaite que cet accord soit trouvé, mais si les partenaires ne s’accordaient pas, c’est la réforme actuelle qui continuerait à s’appliquer. » (François Bayrou, le 14 janvier 2025 dans l'hémicycle).





 


Avant, on aurait parlé de Grenelle des retraites. La notion de conclave en politique est très novatrice. Cela signifie formellement "délégation paritaire permanente". L'idée provient du Premier Ministre François Bayrou qui en avait fait son assurance-vie au lendemain de sa nomination. Il avait réussi à négocier la bienveillante neutralité du groupe socialiste lors des motions de censure en échange d'une concertation sur la réforme des retraites réalisée par Élisabeth Borne, la loi n°2023-470 du 14 avril 2023. D'où ce conclave sur les retraites qui a commencé à travailler le 27 février 2025 et qui s'est achevé finalement sur un échec lors de sa dix-huitième et dernière séance ce lundi 23 juin 2025.

Avant de poursuivre sur ce sujet, retrouvons les mots exacts du Premier Ministre qu'il avait prononcés lors de sa déclaration de politique générale le 14 janvier 2025 devant les députés : « La réforme des retraites est vitale pour notre pays et notre modèle social : bien des gouvernements successifs s’y sont engagés, depuis Michel Rocard jusqu’aux efforts courageux du gouvernement d’Élisabeth Borne. Je note dans ce débat passionnel un progrès considérable : plus personne ne nie qu’il existe un lourd problème de financement de notre système de retraites. En même temps, nombre de participants à ces discussions, notamment les organisations du dialogue social et les organisations syndicales, ont affirmé qu’il existait des voies de progrès et qu’on pouvait obtenir le même résultat par une réforme plus juste. Je choisis donc de remettre ce sujet en chantier, avec les partenaires sociaux, pour un temps bref et dans des conditions transparentes, selon une méthode inédite et quelque peu radicale. La démarche s’appuiera sur un constat et des chiffres indiscutables. Je vais demander à la Cour des Comptes une mission flash de quelques semaines, afin de nous donner l’état actuel et précis du financement du système de retraites. Le gouvernement communiquera son résultat à tous les Français. La loi de 2023 a prévu que l’âge légal de départ passerait à 63 ans fin 2026. Une fenêtre de tir s’ouvre donc. Je souhaite fixer une échéance à plus court terme : celle de notre automne, où sera discutée la prochaine loi de financement de la sécurité sociale. J’ai la conviction que nous pouvons rechercher une voie de réforme nouvelle, sans aucun totem ni tabou, pas même l’âge de la retraite, à condition qu’elle réponde à l’exigence fixée : nous ne pouvons pas laisser dégrader l’équilibre financier que nous cherchons et sur lequel presque tout le monde s’accorde. Ce serait une faute impardonnable contre notre pays. Plusieurs partenaires sociaux ont indiqué qu’ils avaient identifié des pistes pour que la réforme soit socialement plus juste et cependant équilibrée. Ces pistes méritent toutes d’être explorées. Toutes les questions doivent pouvoir être posées. Chacun des partenaires sociaux aura le droit de faire inscrire à l’ordre du jour de ces discussions et négociations les questions qui le préoccupent : rien n’est fermé. Une délégation permanente sera donc créée. ».

C'est typiquement la méthode Bayrou. François Bayrou a toujours cru au dialogue social au contraire du Président de la République Emmanuel Macron, et c'est ce qui a le plus manqué à la réforme d'Élisabeth Borne, une légitimité sociale. Le pari était audacieux : remettre autour d'une table les partenaires sociaux, à savoir les représentants du patronat et des syndicats, pour améliorer la réforme qui a été si emblématiquement contestée depuis deux ans. La connotation religieuse du mot "conclave" n'a échappé bien sûr à personne et le hasard a voulu qu'un véritable conclave, celui pour désigner un nouveau pape, s'est tenu en même temps, en mai (beaucoup plus brièvement que pour les retraites !).

 


La démocratie sociale n'est pas une vaine expression chez François Bayrou qui fut d'abord président du Centre des démocrates sociaux (CDS) avant d'être celui de l'UDF. Ce parti, d'origine démocrate chrétienne, reprenait la tradition catholique sociale, celle de la doctrine sociale de l'Église, dont le mot d'ordre est qu'il n'y a pas d'efficacité économique sans solidarité sociale. Pour Emmanuel Macron, ces concertations sociales seraient une perte de temps, alors que François Bayrou, au contraire, a basé toutes ses convictions sur le faire-ensemble. Ne jamais imposer d'en-haut une réforme prête-à-l'emploi. Au contraire, la co-construire avec les forces vives du pays, les impliquer pour la pérenniser.

Ce conclave sur les retraites était aussi politiquement très important. Il était l'alibi des socialistes pour ne pas voter de motion de censure et leur neutralité s'est renouvelée six fois, malgré une période de pré-congrès du PS qui pouvait engendrer beaucoup de démagogie.


Parmi les partenaires sociaux, il est resté, à jouer le jeu, deux organisations patronales, le Medef et la CPME (la Confédération des PME), et trois organisations syndicales, la CFDT (le premier syndicat de France), la CFTC et la CFE-CGC. Sans négliger l'apport de toutes ces organisations, le dialogue social s'est principalement établi entre le Medef et la CFDT.

La règle du jeu énoncée par François Bayrou était claire : en cas d'accord, le Premier Ministre le traduirait par un projet de loi reprenant exactement les termes de l'accord pour le faire adopter par le Parlement. Politiquement, il y avait un risque : que la discussion parlementaire diverge vers l'âge légal de départ à la retraite qui, en principe, ne devait pas être remis en cause. Ou qu'elle s'enlise vers une censure.

Pour la CFDT, l'enjeu était important, car il y avait des points d'amélioration importants pour la réforme. L'enjeu se portait sur la carrière des femmes (revalorisation des pensions des femmes ayant eu des enfants) et sur la pénibilité de certains métiers. C'est sur ce dernier point que le désaccord est resté.
 


Il faut dire que pour le Medef, le statu quo lui allait et, au contraire, lui apportait le moins de risque possible puisque la réforme Borne lui convenait. Pourtant, c'est une faute politique importante que le Medef n'ait pas tenté coûte que coûte d'éviter un échec. Chacun se renverra certainement la responsabilité de l'échec, mais je pense que le Medef avait une carte à jouer, celle de la négociation heureuse.

Pourquoi ? Parce qu'un accord à l'issue de ce conclave aurait eu un retentissement politique et social énorme. Cela aurait validé l'âge légal de 64 ans dont la contestation serait beaucoup plus difficile et certainement anachronique. Et cela pour un coût économique relativement faible. La CFDT comptait faire des métiers pénibles un abaissement de cet âge légal tandis que le Medef n'y voyait que des mesures financières.

C'est le négociateur de la CFDT, Yvan Ricordeau, qui a annoncé ce lundi soir l'échec définitif des négociations : « Le patronat a fermé la porte aux syndicats, notamment sur la proposition que les salariés les plus exposés à la pénibilité n’aient pas le même effort à faire que les autres. ». La négociatrice de la CFTC Pascale Coton a aussi considéré que l'échec était de la responsabilité du patronat : « Cette négociation était jouable, si l’accord ne se fait pas, c’est à cause des organisations patronales. (…) C’était la première fois que nous avions du “plus” pour les femmes [propositions de pensions réévaluées pour les mères], c’est quelque chose qui me met très en colère. ». Quant à la secrétaire nationale de la CFE-CGC, Christelle Thieffinne, elle a regretté l'échec : « La négociation est terminée depuis la semaine dernière (…). Ils torpillent cette négociation. Et ils veulent ne pas porter la responsabilité d’un non-dialogue social. ».
 


Pourtant, le Medef et la CPME avaient fait une déclaration pleine de promesse juste avant le dernier round. Leurs représentants respectifs, Patrick Martin et Amir Reza-Tofighi avaient en effet tenu une conférence de presse pour expliquer qu'un accord pouvait être possible. Si la revalorisation des pensions des mères a obtenu un consensus, ce n'est pas le cas pour les travaux pénibles. Les syndicats voulaient un départ anticipé à la retraite, ce qu'on refusé les représentants du patronat. La négociatrice du Medef, Diane Milleron-Deperrois, était désolée : « Nous regrettons cet échec, c’est dommage pour la démocratie sociale. (…) Au Medef, on a gardé une ligne très claire, en étant constant dans une ligne responsable : on n’était pas en mesure d’augmenter les cotisations salariales et patronales. ».

Je persiste à penser que le Medef a perdu une belle occasion de montrer son sens des responsabilités. Pendant plusieurs jours, les proches du Premier Ministre ont demandé à cette organisation de ne pas faire échouer le conclave. Car il y aurait eu deux intérêts à faire réussir ce conclave-là : d'une part, cela aurait démontré l'intérêt du dialogue social et le retour aux négociations sociales paritaires sur les sujets nationaux importants ; d'autre part, cela aurait donné une image du Medef plus acceptable, plus diplomate, plus soucieuse de l'intérêt des salariés, tout en pérennisant politiquement la réforme Borne.
 


C'est ce qu'a confié Patrick Cohen, bien informé, le 23 juin 2025 sur France Inter : « Et c’est pour cela que l’exécutif multiplie les coups de fil en forme de coup de pression sur les dirigeants du patronat : vous n’allez tout de même pas provoquer une nouvelle crise politique, la chute du gouvernement Bayrou, qui ne ferait qu’aggraver la crise économique ? Et puis un échec vous serait forcément imputé, ce qui ne ferait que nourrir la défiance des Français à l’égard des entreprises et des patrons. ».

Sur le plan politique, l'avenir de François Bayrou est donc en pointillé. Le Premier Ministre devrait s'exprimer à 7 heures le mardi 24 juin 2025 à Matignon pour évoquer cet échec qui donne raison bien entendu à tous ceux qui n'y avaient pas cru, tant des personnalités comme Emmanuel Macron que les enragés de la gauche populiste que sont les insoumis. D'ailleurs, Jean-Luc Mélenchon a immédiatement tweeté un appel à voter la censure : « Le PS doit assumer cet échec et ses dégâts. Il doit montrer l’exemple pour voter au complet la censure. ».

En fait, contrairement à ce qu'a proclamé le groupe insoumis dans un communiqué, la méthode Bayrou n'est pas « un échec monumental » puisque, justement, il a laissé les partenaires sociaux s'entendre, ou pas, entre eux, sans interférence du gouvernement. "Le Point" a publié la confidence d'un proche de Matignon le 23 juin 2025, avant le début de la dernière journée de négociation : « S'il y a accord, on dira que c'est le pape de Matignon. Sinon, il pourra faire porter le chapeau aux partenaires sociaux, qui n'ont pas su se mettre d'accord. Pile, je gagne ; face, tu perds ! ».

 


L'hebdomadaire a cité aussi quelques avantages politiques de la méthode : « Qu'il y ait accord ou non, le Premier Ministre a atteint son objectif : s'acheter du temps. (…) Et si un accord était trouvé, il ne mettrait pas en péril l'un des piliers de la réforme Borne en 2023, le report de l'âge légal de départ à 64 ans, écarté dès le début des négociations. ».

Et les socialistes sont-ils prêts à de nouvelles élections législatives ? Certainement pas ! Ils ne sont même pas encore d'accord sur le nom du candidat à soutenir aux prochaines élections municipales à Paris. Une nouvelle dissolution dissoudrait sans aucun doute le groupe socialiste à l'Assemblée. Ce que ne souhaite absolument pas Olivier Faure qui compte préserver son autonomie avec cette bienveillante neutralité. Ce qui ne donnerait qu'un court répit à François Bayrou qui devrait annoncer le 15 ou 16 juillet 2025 des mesures budgétaires qui fâcheraient sérieusement pour suivre la trajectoire budgétaire de 3% de déficit en 2029.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'échec du conclave sur les retraites : une occasion perdue.
Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
Mélanie, la douceur incarnée.
Sidération institutionnelle.
Il y a un an, la dissolution !
La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

La longévité du Professeur Bayrou.
Les Républicains.
Le PS.
EELV.
Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
François Bayrou : la France avait raison !
Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
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Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
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4 motions de censure et pas d'enterrement !
Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250623-conclave-retraites.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/l-echec-du-conclave-sur-les-261686

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16 juin 2025 1 16 /06 /juin /2025 04:25

« Mettez-vous à votre contre. Et ça s'écrit comme ça, conte, car c'est un conte de fée. N'ayez pas peur, c'est un conte de fée, et c'est un conte de fée qui curieusement réussit, et moi, je suis très content que les jeunes fassent fortune. » (Yvon Gattaz, en novembre 2018 à HEC).


 


L'ancien patron des patrons Yvon Gattaz est né il y a exactement 100 ans le 17 juin 1925, soit un jour après Jean d'Ormesson. Vaillant chef d'entreprise, il ne concevait pas, comme Maurice Allais, la retraite avant l'âge de 100 ans. Il ne l'a donc jamais prise puisqu'il n'a pas atteint cet âge canonique du centenaire, de peu puisqu'il est parti il y a six mois, le 12 décembre 2024.

En effet, Yvon Gattaz, centralien, créateur et chef d'entreprise respecté, qui a commencé ex nihilo (comme il le disait, mais il se sentait obligé de traduire pour les plus jeunes, à partir de rien), n'a jamais cessé de promouvoir l'esprit d'entreprise, la création d'entreprise, notamment auprès des plus jeunes.

Il voulait notamment expliquer la culture de l'échec : ce n'est pas grave d'échouer si cela permet de rebondir, et on ne réussit pas forcément dès la première fois. En France, le côté perfectionniste tend à n'oser faire une chose que lorsqu'on est sûr de pouvoir la réussir, or, l'esprit d'entreprise, c'est de prendre des risques (calculés), c'est l'audace d'autoriser l'échec.

Il avait l'habitude de citer Chamfort : « Si les raisonnables ont duré, les enthousiastes ont vécu. ».

Le 17 juin était pour Yvon Gattaz un jour important, d'ailleurs, car c'était aussi le 17 juin 1952 qu'il a créé avec son frère, également ingénieur, leur entreprise Radiall, dans un petit atelier du dixième arrondissement. L'entreprise a pu naître, vivre et survivre grâce à l'adéquation de son modèle économique avec le marché.

Après une courte expérience d'ingénieur salarié dans une aciérie, il a ainsi dirigé son entreprise pendant plus d'une quarantaine d'années. Elle fait partie de ces entreprises moyennes qui manquent tant à la France (où il y a surtout des grands groupes ou des petites entreprises) et qui a permis la prospérité industrielle de l'Allemagne pendant longtemps. Cela nécessite de développer son activité, de ne pas avoir peur d'intégrer des investisseurs, de faire de nouveaux paris.

S'amusant à parler de lui à la troisième personne, il racontait : « Ils ont eu la chance de trouver un créneau porteur premier marché, qui est (…) le vrai secret stratégique de la création d'entreprise. Trouver le créneau premier marché porteur. ».

Parmi ses paris personnels, l'idée de représenter le patronat français lors de l'élection de François Mitterrand et de l'arrivée d'un gouvernement socialo-communiste au pouvoir. C'était un vrai challenge ! Yvon Gattaz a présidé le CNPF (qui allait devenir le Medef, lui-même présidé pendant un certain temps par son fils Pierre Gattaz) de décembre 1981 à décembre 1986. Un quinquennat très politique et pas de tout repos car il a fallu négocier avec le Premier Ministre Pierre Mauroy sur de nombreux fronts, dont la réduction du temps de travail à 39 heures, la hausse des charges salariales, l'impôt sur la grande fortune et les nationalisations de pans entiers de l'économie française.
 


Fier d'avoir été élu le 29 mai 1989 à l'Académie des sciences morales et politiques (section Économie politique, statistiques et finaces), qu'il a même présidée en 1999, Yvon Gattaz n'était pas un taiseux (même au-delà de 90 ans) et n'était pas avare de ses conseils aux jeunes. Il a créé justement l'Association Jeunesse et Entreprise en 1986 pour encourager les jeunes à créer leur entreprise, pour les aider, les conseiller, leur donner du moral.

C'est ce goût de la transmission de sa passion d'entreprendre qui l'a gardé très vivant jusqu'à sa disparition, n'hésitant pas à multiplier les conférences et les tables rondes dans les campus et les universités, l'œil toujours pétillant.

Répondant à un directeur de HEC très emballé par la lecture d'un de ses livres et voulant l'inviter dans sa grande école, Yvon Gattaz le mettait en garde : « Je lui ai expliqué que la création d'entreprise ne pouvait pas s'enseigner ex cathedra par un académicien comme un cours de philosophie, ça n'est pas vrai. La création d'entreprise, ça se transmet, ça ne s'enseigne pas. ».

La réputation d'Yvon Gattaz à proposer des formules chocs, des aphorismes, est telle qu'on les a appelées gattazinades (comme les raffarinades) ou les gattazeries. Du reste, il en était très fier.

En voici une qu'il considérait comme essentielle : « Le talent de la gestion, c'est la gestion des talents. ».

Il l'explicitait ainsi : « Savoir gérer les talents des autres est un talent considérable et c'est ça qui va assurer le succès de votre prochaine entreprise. Ou vous savez gérer les talents de vos collaborateurs ou vous ne savez pas. Si vous ne savez pas, vous êtes foutus ! Il faut utiliser tous les talents qui sont autour de vous, car soi-même, on n'a pas tous les talents. (…) C'est le problème de la complémentarité des talents. Le talent de la gestion, c'est la gestion des talents. ».

Il aimait même citer les gattazinades des autres, souvent apocryphes, comme cette citation attribuée à tort à André Malraux : « Le futur est un présent que nous fait le passé. ».

Lors d'une conférence à des étudiants de HEC, en novembre 2018 (il avait alors 93 ans), il l'a terminée sur un slide qui révélait le secret du créateur d'entreprise (un secret qui n'est pas vraiment une surprise, car c'est la personnalité des créateurs qui compte le plus dans une telle initiative) : « La recette d'Yvon Gattaz : 10% de finance, 10% de compétence, 40% de vaillance et 40% d'inconscience. ».

Je vous recommande d'écouter Yvon Gattaz qui, malgré son âge, avait encore cette vaillance des jeunes entrepreneur. Et peut-être aussi cette inconscience dans un pays où beaucoup de jeunes encore se rêvent fonctionnaires !..


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Yvon Gattaz.
Comment créer les emplois de demain ?
Vite et bien !
François-Xavier Ortoli.
Gilberte Beaux.
Carlos Tavares.
Carlos Ghosn.
Bernard Madoff.
Jacques Séguéla.
Gustave Eiffel.
Francis Mer.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250617-yvon-gattaz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/yvon-gattaz-mettez-vous-a-votre-260691

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4 juin 2025 3 04 /06 /juin /2025 17:51

« La motion de censure que nous examinons cet après-midi est unique en son genre : c’est la première fois que l’Assemblée Nationale est invitée à voter contre l’Assemblée Nationale. » (François Bayrou, le 4 juin 2025 dans l'hémicycle).




 


Placée au milieu de l'examen de la proposition de loi relative au droit de vote par correspondance des personnes détenues, l'examen de la septième motion de censure contre le gouvernent Bayrou a eu lieu ce mercredi 4 juin 2025 après-midi à l'Assemblée Nationale.

Déposée par 58 députés insoumis, cette motion de censure, la 154e de la Cinquième République, comme l'a rappelé le Premier Ministre François Bayrou, faisait suite à l'adoption de la motion de rejet préalable de la proposition de loi visant à lever les contraintes à l'exercice du métier d'agriculteur le lundi 26 mai 2025.

Revenons rapidement sur cet épisode : cette proposition de loi, dite proposition de loi Duplomb du nom du sénateur Laurent Duplomb qui l'a initiée et déposée le 1er novembre 2024 (avec un autre collègue sénateur), a été adoptée par le Sénat le 27 janvier 2025 en première lecture. Elle vise à faciliter l'activité des agriculteurs et contient quelques mesures fortement contestées par les écologistes notamment sur l'utilisation des produits phytopharmaceutiques. Ce texte a été adopté (après des modifications) par la commission des affaires économiques le 16 mai 2025 et, porté par son rapporteur Julien Dive (LR), devait être débattu en séance publique le 26 mai 2025.

Mais le trop grand nombre d'amendements déposés par la gauche, en particulier par les insoumis et les écologistes, à savoir 3 455, faisait craindre un enlisement des débats et même une obstruction du texte. Trois semaines auraient été nécessaires pour en venir à bout. C'est pourquoi le rapporteur ainsi que les présidents des groupes du socle commun, à savoir Julien Dive, Laurent Wauquiez (LR), Gabriel Attal (Renaissance), Marc Fesneau (MoDem) et Paul Christophe (Horizons) ont déposé une motion de rejet préalable qui a été adoptée par 274 voix pour (sur 402 votants), 121 voix contre, 7 abstentions (scrutin n°2105).


Parmi les 274 pour, se trouvaient 105 députés RN, 56 députés Renaissance, 41 députés LR, 21 députés MoDem, 24 députés Horizons, 13 députés LIOT et 11 députés ciottistes. Parmi les 121 contre, se trouvaient 47 députés insoumis, 25 députés socialistes, 36 députés écologistes et 6 députés communistes. En outre, 5 députés de Renaissance et du MoDem (dont Éric Bothorel et Richard Ramos) ont voté contre cette motion de rejet. Comme on le voit, le RN a voté en masse pour cette motion avec la plupart des députés de la majorité du socle commun.
 


La conséquence de ce rejet, c'est la formation le 28 mai 2025 d'une commission mixte paritaire(CMP) composée de 7 députés et 7 sénateurs chargés de proposer un texte identique aux deux assemblées... sur la base du texte adopté le 27 janvier 2025 par le Sénat.

Pour les insoumis, le vote de la motion de rejet préalable par les promoteurs même du texte est la preuve d'une manœuvre de procédure pour éviter le débat et court-circuiter l'Assemblée Nationale, ce qui permet de revenir avec le texte adopté par le sénateur qui sera le document de travail de la commission mixte paritaire.

C'est ce qu'a expliqué la députée insoumise Mathilde Hignet ce 4 juin 2025 pour défendre la motion de censure déposée par son groupe : « Pour se passer du vote de l’Assemblée, toutes les manœuvres sont bonnes. Après les 49.3 à répétition, l’examen de la proposition de loi dite Duplomb, future loi "pesticides", future loi "agrobusiness", vous conduit à aller encore plus loin en recourant à un 49.3 déguisé : pour la première fois depuis quarante ans, le rapporteur dépose une motion de rejet préalable de son propre texte, ou plutôt du texte dicté par les lobbys de l’agrobusiness et par M. Rousseau, le patron de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA). Nos concitoyens et concitoyennes doivent comprendre que cette manœuvre ne vise qu’à contourner le débat, le vote des députés : c’est ainsi uniquement la version du texte issue de son examen par le Sénat, et dérangeant même dans vos rangs, chers collègues macronistes, qui sera soumise à la commission mixte paritaire, sept députés, sept sénateurs, loin d’être choisis au hasard, chargés de déterminer à huis clos la mouture finale d’un texte dangereux pour la santé, pour la biodiversité. Privés de notre droit, en tant que parlementaires, de débattre de ce texte, de son impact sur la santé et la planète, face à un gouvernement qui nous mène à la catastrophe, nous déposons cette motion de censure. ».
 


Cette députée dit un peu n'importe quoi sur le plan institutionnel car l'article 49 alinéa 3, qui fait partie de notre Constitution approuvée très largement par le peuple français, vise à approuver un texte dans sa globalité alors que la motion de rejet préalable, c'est exactement l'inverse.

Mathilde Hignet a néanmoins évoqué le fond du débat : « En vérité, vous aviez peur que l’Assemblée, sous pression populaire, ne vote pas comme le souhaite ce gouvernement au service des puissants ; peur qu’un débat public n’expose à tous les yeux l’arnaque que constitue ce texte ; peur que le contenu des amendements retenus en commission, votés par certains dans vos rangs, se retrouve dans la loi. (…) Souvenez-vous ! Souvenez-vous de Christian Jouault, agriculteur, décédé en avril dernier après s’être battu contre une leucémie, un lymphome, un cancer de la prostate, maladies toutes reconnues comme liées aux pesticides. Sous couvert de sauver des filières, vous souhaitez réintroduire un néonicotinoïde, l’acétamipride, dangereux pour l’environnement et la santé. Quelles seront les conséquences d’une telle décision ? Souvenez-vous, collègues, d’Alain Chotard, agriculteur, décédé ce 31 mai après avoir lutté pendant trente ans contre la maladie de Parkinson, elle aussi causée par les pesticides ! Les ravages de ces derniers ne s’arrêtent pas à la lisière des champs : ouvriers de l’agro-industrie, fleuristes, paysagistes, voisins, nous sommes tous concernés. Souvenez-vous de Pascal, décédé d’un cancer lymphatique après avoir été exposé aux pesticides durant vingt-trois ans dans le cadre de son travail de jardinier municipal ! Sacrifier la santé des agriculteurs, des citoyens, aux profits de quelques-uns, voilà ce que vous vous apprêtez à faire. Même la santé des enfants est menacée ! Souvenez-vous d’Emmy, décédée à 11 ans après sept ans de souffrances : la cour d’appel de Rennes a confirmé que sa leucémie avait été causée par l’intoxication aux pesticides, pendant la grossesse, de sa maman, fleuriste. Lorsque vous visiterez, dans votre circonscription, un service d’oncologie pédiatrique, souvenez-vous du texte que vous aurez laissé passer, alors que les médecins alertent désormais au sujet de l’exposition des enfants au cadmium, notamment présent dans les céréales, les pommes de terre, et des risques de cancer du rein ou du foie qui en découlent ! Cette proposition de loi ne règle rien, elle acte les impasses économiques dans lesquelles s’est embourbé notre modèle agricole. Ainsi la prolifération des ravageurs des vergers de noisetiers a-t-elle été facilitée par le doublement, en France, de la surface de ces derniers depuis 2010, une monoculture et une concentration de la production encouragées par Ferrero, qui souhaite gonfler ses 751 millions de bénéfices. Non content de détruire les écosystèmes de l’Indonésie afin de produire de l’huile de palme, Ferrero contribue à la pollution de l’eau et des sols. (…) S’aligner sur le moins-disant ne nous rendra pas plus compétitifs : cela ne fera qu’appauvrir les travailleurs des industries agroalimentaires. Après les normes environnementales, alignerez-vous sur les autres pays la rémunération des agriculteurs ? Leur avenir, est-ce le salaire des pays de l’Est ? Pensez-vous vraiment que relever pour les élevages les seuils à partir desquels s’applique la réglementation des installations classées pour la protection de l’environnement (ICPE) permettra aux éleveurs porcins de contrer la Chine et ses 650 000 cochons élevés dans un immeuble en béton de vingt-six étages ? Lorsque vous évoquez la concurrence mondiale, faites donc preuve d’honnêteté : nos concurrents produisent davantage et moins cher, mais dans quelles conditions ? Enviez-vous à ce point les fermes géantes américaines, avec leurs champs d’OGM à perte de vue, leurs salariés bien souvent immigrés et sous-payés ? Assez de cette course au profit qui sert seulement les intérêts de quelques-uns, assez de cette concurrence déloyale, assez de laisser ceux d’en haut dicter la loi ! ».

 


La réponse du Premier Ministre s'est d'abord faite sur sa surprise sur le plan institutionnel : « Nous vivons un moment intéressant (…). Les motions de censure étaient alors généralement déposées par les oppositions contre le gouvernement, par la droite contre la gauche, par la gauche contre la droite, par la gauche et la droite associées contre le centre, et avaient toutes un point commun : elles invitaient l’Assemblée Nationale à voter contre le gouvernement. La motion de censure que nous examinons cet après-midi est unique en son genre : c’est la première fois que l’Assemblée Nationale est invitée à voter contre l’Assemblée Nationale. En effet, la raison, ou plutôt le prétexte, de cette motion de censure est le vote d’une motion de rejet préalable sur un texte d’origine parlementaire, adopté en première lecture par le Sénat. Cette motion de rejet, demandée par quatre des groupes parlementaires de cette assemblée, a recueilli 274 voix contre 121, soit la majorité absolue des votants. Ainsi, l’Assemblée n’est pas contente de l’Assemblée et elle se propose, à la demande de cinquante-huit de ses membres, de manifester le mécontentement qu’elle éprouve à son propre égard en renversant le gouvernement ! Résumons : le gouvernement n’est pas à l’origine de ce texte, il n’est pas à l’origine de son adoption, il n’est pas à l’origine de la motion de rejet préalable, mais il est coupable, forcément coupable, comme le disait Marguerite Duras. ».

Prônant la démocratie parlementaire, François Bayrou a voulu laisser une plus grande marge de manœuvre au Parlement : « Depuis que ce gouvernement est entré en fonction, il a veillé sans cesse à ce que les prérogatives du Parlement soient respectées, qu’elles s’expriment librement et qu’elles contribuent à résoudre les problèmes qui se posent à nous. Je l’ai affirmé dès notre déclaration de politique générale et je le réaffirme aujourd’hui : la capacité d’action de l’État dépend de la bonne coopération entre le Parlement et l’exécutif. Face aux défis sans précédent qui nous attendent, je crois plus que jamais à la coresponsabilité. Nos institutions invitent à avoir un Parlement fort, un gouvernement fort et un Président fort. Néanmoins, nous devons admettre que nous faisons face, collectivement, à une difficulté que nous ne parvenons pas à surmonter. Les parlementaires, les citoyens et, bien sûr, le gouvernement souhaitent ardemment des réformes. En France, ces réformes passent souvent par des lois. Pourtant, depuis presque six mois, le Parlement ne parvient pas à examiner les textes nécessaires. L’ordre du jour est devenu un casse-tête, les amendements se multiplient, leur nombre double de législature en législature, les débats s’éternisent. Chaque jour, les parlementaires, les commissions, les groupes, les ministres et les observateurs réclament l’inscription de textes nécessaires à l’ordre du jour de l’Assemblée. Pourtant, l’examen de ces textes est rendu impossible à cause de l’engorgement parlementaire délibérément créé au sein de cet hémicycle. (…) Cette situation crée une grande frustration pour les parlementaires sur tous les bancs de l’hémicycle, pour le gouvernement et surtout pour nos concitoyens. Cela n’est bon pour personne. Ce blocage se retourne contre le Parlement lui-même. Les seuls véritables adversaires au bon fonctionnement du Parlement sont ceux qui recourent constamment à l’obstruction et au blocage. Ils cherchent par tous les moyens à miner son travail, à remettre en question sa légitimité et, in fine, à le discréditer aux yeux de nos concitoyens. Nous le constatons chaque jour davantage. Par conséquent, ces adversaires ne sont pas le gouvernement ; ils siègent sur les bancs de cet hémicycle, et empêchent le Parlement de faire son travail. ».

 


Justifiant le choix par l'Assemblée du vote de la motion de rejet, François Bayrou a rappelé que cette procédure est parfaitement démocratique : « Le choix qu’ont fait les députés en votant la motion de rejet que vous mettez en cause ne dissimule aucune volonté d’empêcher le débat. Il ne clôt en rien le travail parlementaire : la prochaine étape du texte, la commission mixte paritaire, est le lieu où se construit l’équilibre, le consensus ou le compromis entre les deux chambres du Parlement. C’est une procédure parfaitement régulière, prévue par la Constitution de 1958 et par les règlements des assemblées parlementaires. Elle est fréquemment utilisée sur une très large majorité de textes. La possibilité de voter une motion de rejet est tout aussi régulière, puisqu’elle est également instituée par les textes encadrant le travail parlementaire. Dois-je rappeler à votre groupe qu’il a déposé pas moins de quatorze motions de rejet depuis le début de cette législature, c’est-à-dire depuis septembre 2024 ? Dans cet hémicycle, votre groupe est le recordman de la motion de rejet. Parmi les dix-huit motions déposées par l’opposition, vous en avez déposé quatorze, et vous en avez même fait adopter deux. Vous avez employé la motion de rejet contre des textes portant sur des sujets importants, que nos concitoyens attendaient : la lutte contre le narcotrafic, la sécurité dans les transports, la simplification administrative… Vous utilisez la motion de rejet comme un instrument dans votre stratégie délibérée et continue d’obstruction, qui mène à l’immobilisme. C’est uniquement parce que la proposition de loi des sénateurs Duplomb et Menonville était victime de vos manœuvres d’obstruction qu’une motion de rejet a été déposée puis votée. ».

En revanche, le Premier Ministre a dénoncé la volonté d'obstruction des promoteurs de cette motion de censure : « Sur ce texte, dont plusieurs mesures sont vitales pour notre agriculture, 3 500 amendements ont été déposés, dont plus de 1 500 par le groupe Écologiste et social et 850 par le groupe La France insoumise. Ces amendements ne contribuent pas à la qualité du débat, ils cherchent plutôt à l’enliser. Je donnerai deux exemples pour que les Français sachent dans quel degré d’enlisement vous essayez d’entraîner le débat. Un amendement propose de remplacer les mots "un mois" par les mots "trente jours". Un autre amendement propose de remplacer le mot "finalité" par le mot "but". Je doute que ces deux modifications répondent aux besoins les plus pressants de l’agriculture française. Avec un rythme d’examen correspondant à allouer trois minutes de débat à chaque amendement, ces 3 500 amendements auraient représenté trois semaines d’examen en séance. Ces trois semaines d’examen auraient empêché la discussion d’autres textes que nos concitoyens attendent pourtant, comme le projet de loi sur Mayotte ou le texte sur l’énergie. Le gouvernement a proposé de mettre en place la procédure du temps législatif programmé ; votre groupe s’y est opposé. Devant l’ampleur des difficultés que nous avons à surmonter, cette stratégie d’obstruction ne constitue pas une attitude responsable. Depuis son entrée en fonction, le gouvernement s’est employé à faire avancer vingt-huit textes adoptés par le Parlement, comme la loi d’urgence pour Mayotte en février, la loi d’orientation agricole en mars, les lois sur le narcotrafic et sur la sécurité dans les transports au mois d’avril. Sur ces bancs, nombreux sont ceux qui considèrent ces jeux d’obstruction comme particulièrement déplacés compte tenu de l’importance des sujets examinés. ».

Sur le fond, François Bayrou a énoncé la conviction du gouvernement : « Il s’agit là de notre agriculture, de nos agriculteurs, et de la conciliation entre la reconquête de la production agricole et le respect de l’environnement et de la santé publique. Ces sujets sont d’une importance vitale pour notre pays et méritent un débat sur le fond. La conviction du gouvernement est que l’agriculture et le respect de l’environnement sont deux aspects du même combat. Notre ambition pour l’agriculture française est qu’elle garde et renforce son haut niveau d’exigence en matière environnementale, sanitaire et sociale. Nous savons qu’il n’y aura ni souveraineté agricole française ni sécurité alimentaire si notre agriculture n’atteint pas la triple performance économique, qualitative et environnementale. Cet objectif est très largement partagé sur ces bancs, comme cela a été montré par le vote à une large majorité de la motion de rejet pour que le texte puisse enfin être adopté. Il suffit de regarder la situation et les chiffres. ».

Et de faire un constat alarmant sur la situation de l'agriculture française : « La France était habituée aux excédents agricoles. Pourtant, en 2025, le solde agroalimentaire est déficitaire pour le troisième trimestre consécutif. Il se situe à un niveau très dégradé. Derrière les atouts historiques de la France dans le domaine agroalimentaire, une myriade de déficits commerciaux se détache pour plusieurs catégories de produits : la catégorie des fruits et légumes enregistre 7 milliards d’euros de déficit en 2024 ; les produits d’épicerie, plus de 6 milliards ; les produits d’origine aquatique, 5 milliards ; les viandes et les produits carnés, plus de 3 milliards. Je prends quelques exemples plus spécifiques : pour les tomates, on note un déficit de 393 millions d’euros ; pour les poivrons, 232 millions ; pour les fraises, 143 millions ; pour les poires, 94 millions. Sans une action rapide et sans des moyens adaptés pour soutenir la capacité productive de l’agriculture française, tous nos discours en faveur de la souveraineté agricole et de la sécurité alimentaire se révéleront des vœux pieux. Le texte qui a provoqué cette nouvelle motion de censure a été travaillé avec soin par le Sénat et par les commissions. Il entend permettre à nos agriculteurs de vivre de leur travail tout en continuant à nourrir notre pays dans la durée. Nous ne fragiliserons pas nos producteurs en laissant perdurer des complexités et des distorsions déloyales de concurrence. L’immense majorité des néonicotinoïdes a été interdite ces dernières années. Une seule substance, l’acétamipride, interdite en France, reste autorisée dans les vingt-six autres pays de l’Union Européenne. Interdire à nos agriculteurs de recourir à un produit principalement utilisé pour la culture des noisettes revient à leur imposer une distorsion de concurrence. Les producteurs de noisettes sont un peu plus de 300 en France. Ces nuciculteurs sont à la tête d’exploitations qui ne mesurent pas plus d’une dizaine d’hectares, ce qui représente une part infime de l’espace agricole français, l’équivalent d’un timbre-poste sur un terrain de football. Toutes les noisettes que vous consommez viennent de Turquie ou d’autres pays européens et ont été traitées avec des substances de cet ordre. Vous faites en sorte... Cette vérité semble vous déranger. Vous voulez interdire aux producteurs français d’utiliser un produit considéré comme acceptable dans tous les autres pays européens. Cela revient à rayer de la carte les producteurs français ! Nos agriculteurs vivent un drame que vos actions nourrissent. ».

Pas étonnant, donc, que l'ancien agriculteur soit resté l'un des plus grands défenseurs des agriculteurs : « Pendant très longtemps, des décennies, voire des siècles, ils ont été considérés comme les meilleurs connaisseurs et les meilleurs protecteurs de la nature. Les campagnes menées contre eux depuis plusieurs années leur ont donné le sentiment d’être pris pour cible et d’être abandonnés. On attaque le cœur de leur vocation, de leur métier, l’amour qu’ils portent à la nature et à leurs terres. Ce n’est pas la faute des lobbyistes, mais de ceux qui intentent un procès infondé à l’agriculture française. C’est vous qui êtes responsables ! La majorité de l’Assemblée s’est exprimée sur ce sujet. Nos agriculteurs savent qu’agriculture et écologie ne pourront être séparées. C’est ce qu’illustre la question de l’eau : sans eau, pas d’agriculture. L’accès à l’eau doit être facilité, mais il convient de réfléchir dans le même temps à un usage responsable de cette ressource, territoire par territoire. Pour trouver ces nouveaux équilibres, nous lançons dès ce mois-ci les conférences territoriales sur l’eau, qui auront lieu d’ici au mois d’octobre. La feuille de route est claire : définir un meilleur partage de la ressource tout en anticipant les risques. Les défenseurs du texte affirment simplement qu’un équilibre de long terme est à trouver entre l’allégement des contraintes qui pèsent sur le travail des agriculteurs et le respect des impératifs environnementaux et de santé publique. Au nom du gouvernement, j’assure de notre confiance les deux chambres du Parlement, qui, représentées au sein de la commission mixte paritaire, parviendront à trouver cet équilibre vital pour nos agriculteurs et notre société. ».

Après l'intervention d'un orateur par groupe politique, les députés sont passés au vote. À 16 heures 30, la Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a annoncé les résultats du vote. Sans surprise, la motion de censure a été rejetée. Seuls 116 députés ont voté en sa faveur alors qu'il en fallait 289. L'analyse du scrutin (n°2222) montre qu'ont voté la motion de censure 71 députés insoumis sur 71, 36 députés écologistes sur 38, 8 députés communistes sur 17 et 1 député socialiste sur 66.


Encore une fois, cette motion de censure des insoumis est tombée dans l'eau. Incontestablement, à la veille de leur congrès crucial, les socialistes ont refusé la stratégie du chaos voulue par Jean-Luc Mélenchon. François Bayrou bénéficie ainsi d'une relative stabilité, celle d'empêcher une collusion entre les députés RN et les députés socialistes qui pourrait les conduire à voter ensemble une même motion de censure. Pour les insoumis, ce n'est que partie remise et ils restent convaincus que ...la huitième motion de censure sera la bonne. Quant au gouvernement, il va bosser sur le budget 2026 qui est la principale difficulté du semestre qui va venir.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La proposition de loi Duplomb pour les agriculteurs.
Le rejet de la 7e motion de censure contre le gouvernement Bayrou.
Interview de François Bayrou le 27 mai 2025 sur BFMTV (vidéo intégrale).

La longévité du Professeur Bayrou.
Les Républicains.
Le PS.
EELV.
Emmanuel Macron : qu'allait-il faire dans cette galère ?
Interview du Président Emmanuel Macron le mardi 13 mai 2025 sur TF1 (vidéo).
Emmanuel Macron à l'initiative pour la paix en Ukraine.
Emmanuel Macron, le référendum et les Français.
Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
Bétharram : François Bayrou a apporté les preuves de sa bonne foi.
Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
Budget 2026 : François Bayrou promet-il du sang et des larmes ?
Discours du Premier Ministre François Bayrou le 15 avril 2025 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
François Bayrou et l'heure de vérité de l'Europe.
Gabriel Attal attaque Marine Le Pen sur l'Ukraine.
Manuel Valls pour la paix, mais pas au prix de la fin de l'Ukraine !
Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
Emmanuel Macron : la patrie a besoin de vous !
François Bayrou : la France avait raison !
Le Pen : inéligibilité, exécution provisoire, récidive et ordre public.
Marine Le Pen, est-elle si clean que cela ? (22 février 2017).
Condamnation Le Pen : la justice vole-t-elle l'élection présidentielle de 2027 ?
Le fond accablant de l'affaire Le Pen.
Texte intégral du jugement délibéré du 31 mars 2025 sur l'affaire Le Pen (à télécharger).
Affaire Le Pen : ne confondons pas victime et coupable !
Marine Le Pen : voler l'argent des Français !
Marine Le Pen et la sérénité d'une future condamnée ?
L'avenir judiciaire de Marine Le Pen dans une décision du Conseil Constitutionnel ?
L'installation du nouveau Conseil Constitutionnel présidé par Richard Ferrand.
Richard Ferrand validé de justesse par le Parlement.
François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
François Bayrou surmonte une 6e motion de censure en cinq semaines !
Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
Alain Juppé à la rescousse de Richard Ferrand ?
Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
4 motions de censure et pas d'enterrement !
Emmanuel Macron à la télévision le dimanche soir !
Interview du Président Emmanuel Macron le dimanche 9 février 2025 sur France 2 (vidéo).
Sam Altman salue la France, centre névralgique de l'intelligence artificielle.
François Bayrou, le début du commencement.
La quadrature du cercle de Michel Barnier.


 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250604-loi-duplomb.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/05/article-sr-20250604-loi-duplomb.html



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2 mai 2025 5 02 /05 /mai /2025 04:42

« Je trouve ça complètement incohérent parce que mes employés et mes apprentis veulent travailler. C'est payé double, c'est rattrapable. C'est un avantage aussi. Et puis, ça reste une fête. On a un métier qui travaille énormément pendant les fêtes, si on nous interdit de travailler pendant les fêtes, on travaille quand et on gagne notre argent quand ? » (Virginie Ménager, le 30 avril 2025 sur France Bleu Normandie).




 


Et voici que revient comme un marronnier le sujet de l'ouverture des commerces un premier mai. Le premier mai, jour de la fête du travail, certains disent de la fête des travailleurs, mais lisez les calendriers ! Toujours est-il que le premier mai est le jour le pire des jours fériés et dimanche, celui où travailler devient un exploit juridique.

À l'heure actuelle, selon l'article L. 3133-6 du code du travail, seules les entreprises ou organismes « qui, en raison de la nature de leur activité, ne peuvent interrompre le travail » peuvent travailler le premier mai. On imagine bien les professions de santé (hôpital, etc.), de sécurité (forces de l'ordre, armée, pompier, etc.), et quelques autres (taxis, cheminots, contrôleurs aériens, etc.), mais apparemment, produire et vendre une baguette de pain n'est pas dans les indispensables.

Soyons clairs : pourquoi n'avons-nous pas le droit de manger du pain frais un premier mai alors que ceux qui le produisent et le vendent le voudraient bien et sont prêt à nous le proposer ?


Pire encore : les fleuristes non plus ne sont pas nécessaires, les fleurs sont encore moins indispensables que le pain, le premier mai... et pourtant, cherchez l'erreur, l'État tolère que n'importe quel particulier, moi, vous, vende dans la rue du muguet cueilli dans la forêt... ou même cultivé en serre. Et cela sans déclaration, sans TVA, sans impôt sur le revenu ou de société. Une exception fiscale (et sociale) française ! Une journée en or pour le parti communiste français pendant de très nombreuses années, car cela lui permettait de réinjecter légalement de fortes sommes en espèces sous la bannière "vente de muguet" le premier mai !

Virginie Ménager est trentenaire et est fleuriste à Breteuil-sur-Iton, dans l'Eure. Elle ne pouvait pas ouvrir son magasin le premier mai toute seule, sans l'aide de ses employés, mais finalement, elle a pu l'ouvrir avec le concours de son conjoint, qui est autorisé à travailler avec elle car il n'est pas salarié. Elle s'est confié le 30 avril 2025 à Laurent Philippot de France Bleu Normandie (maintenant, on dit ICI Normandie, mais j'aurais du mal à m'y faire), pour exprimer son incompréhension de la loi : ses salariés sont partants pour travailler le premier mai, payés le double, et surtout, ses clients sont là, aimeraient bien profiter de leur jour de congé pour acheter des fleurs, ou du pain... Dans un pays de libertés, c'est inconcevable.

De telles incohérences se trouvent partout en France. Le député Karl Olive a montré ce 1er mai 2025 une vidéo sur Twitter où une boulangerie de sa circonscription de Poissy était fermée avec un écriteau qui disait en substance : "fermée contre notre volonté", et à deux pas de là, un MacDonald était ouvert !
 


Alors, bien sûr, la secrétaire générale de CGT, Sophie Binet, gardienne du temple, a rappelé que le premier mai, ce n'était pas de travail du tout pour les salariés... même s'ils le veulent ! La raison : pour les protéger d'eux-mêmes ! En effet, le volontariat est parfois un peu contraint dans certains entreprises. C'est possible, mais on n'est pas obligé d'autoriser tout le monde à travailler et au contraire, on pourrait en profiter pour interdire l'ouverture des grandes surfaces mais autoriser l'ouverture des petits commerces qui aurait ainsi un peu de répit.

Le jour de congé sert-il vraiment la cause du salariat ? Si on en juge par les manifestations du premier mai en France, seulement 157 000 personnes ont manifesté dans toute la France selon le Ministère de l'Intérieur dont les statistiques sont désormais fiables. Mais même si on se réfère aux données de la CGT, 300 000, cela fait en gros seulement 1% de la population active. Il faut dire les choses comme elles le sont, les Français se moquent de la défense du travailleur le premier mai et préfèrent profiter du soleil d'un pont élargi du jeudi au dimanche pour avoir un peu de détente (certainement bien méritée). Au même titre que les Français, du moins la plupart d'entre eux, se moquent de la religion, des fêtes religieuses mais restent attachés aux congés acquis par l'Ascension, la Pentecôte, Pâques, Noël, l'Assomption, la Toussaint...

 


Dans les années 2010, on a eu le débat sur le travail le dimanche, l'ouverture des magasins, etc. À l'époque, les syndicalistes et l'Église catholique s'étaient réunis dans la cause commune de garder le dimanche journée sans travail. Maintenant, la société a évolué, et beaucoup de consommateurs sont contents de pouvoir utiliser leur dimanche à faire quelques courses, à aller dans une librairie, une jardinerie ou un magasin de bricolage. Qui remettrait en cause cette liberté nouvelle ? A-t-on eu connaissance de salariés harcelés qui ne voulaient pas travailler le dimanche et qui y seraient contraints sous peine de licenciement ? Peut-être quelques cas, mais à ma connaissance, ce n'est pas la majorité des situations.

C'est du gagnant gagnant gagnant : gagnant pour le consommateur qui gagne une liberté de plus pour consommer (rappelons que sur Internet, le e-commerce, cela fonctionne 24 heures et 24 et 7 jours sur 7, y compris les dimanches, jours fériés et bien sûr premier mai !) ; gagnant pour l'entreprise qui voit son chiffre d'affaires ainsi s'accroître ; enfin, gagnant pour le salarié qui peut travailler plus, gagner deux fois plus pour le même travail. Et j'ajoute que c'est aussi gagnant pour l'État, dont les caisses sont structurellement vides, qui, évidemment, et c'est normal, se sucre à chaque activité commerciale (TVA, impôt sur le revenu, impôt de société, multiples autres taxes selon activités, etc. et aussi charges sociales sur les salaires).


L'an dernier, le 1er mai 2024, des boulangers sont allés contre la loi en ouvrant et en faisant travailler leurs salariés. Normalement, cette pratique illégale dans les textes était malgré tout tolérée, mais pas cette année-là où des amendes allant jusqu'à 1 500 euros par salarié ont été distribuées. Pourtant, une position ministérielle en 1986 avait officialisé cette tolérance, mais elle a été remise en cause par une décision de la Cour de Cassation de 2006.
 


Notez l'incohérence : la convention collective de la boulanger-pâtisserie permet le travail le premier mai, sur la base du volontariat, bien sûr, mais cette autorisation ne repose sur aucune dérogation légale explicite, ce qui renforce l'insécurité juridique de cette profession, comme d'autres professions (les fleuristes notamment).

Heureusement, la justice est parfois compréhensive. Le 25 avril 2025, le tribunal de police de La Roche-sur-Yon a publié une décision de relaxe de cinq boulangeries vendéennes poursuivies pour avoir fait travailler des salariés le premier mai. Il semble que cette annonce faisait suite à la démarche d'une sénatrice de Vendée, Annick Billon, qui a déposé le 25 avril 2025 une proposition de loi avec de nombreux collègues (dont Hervé Marseille, Mathieu Darnaud, François Patriat, trois présidents de groupe, etc.) pour faire évoluer la loi et l'adapter aux impératifs de la société d'aujourd'hui.
 


Ainsi, cette proposition de loi, qui a reçu le "label gouvernemental" de "procédure accélérée" (cela réduit le nombre de navettes entre le Sénat et l'Assemblée), n'introduit qu'une seule transformation, celle d'élargir les situations de dérogation à la règle de la journée non-travaillée : « dont le fonctionnement ou l'ouverture est rendu nécessaire par les contraintes de la production, de l'activité ou les besoins du public ». "Besoins du public", en d'autres termes, le souhait des consommateurs à pouvoir acheter du pain ou des fleurs un premier mai comme un autre jour (entre autres). La procédure étant ce qu'elle est, la proposition étant soutenue par le gouvernement, on peut raisonnablement imaginer que la journée du 1er mai 2026 sera ainsi dotée de cette adaptation juridique.
 


Dans l'exposé des motifs, les sénateurs auteurs de cette proposition ont d'ailleurs bien précisé qu'il ne s'agissait pas d'abroger le premier mai : « Il ne s'agit en aucun cas de remettre en cause le caractère férié et chômé du cette journée, mais de reconnaître la spécificité de certaines activités, à l'instar des boulangeries ou des fleuristes, qui participent pleinement à notre vie quotidienne et à notre patrimoine culturel. ». Et ils ont ajouté : « Ce texte vise donc à rétablir un équilibre entre le respect des droits des salariés et la nécessaire adaptation du droit aux réalités du terrain. Il apporte une réponse pragmatique et attendue à cette situation. ». Et je dirais, une réponse consensuelle... à l'exception des syndicats archaïques qui ne voient pas la société évoluer.

En d'autres termes, ceux qui se prétendent révolutionnaires sont les plus conservateurs, veulent régir la société comme si on était encore en 1945, alors que la société a complètement changé, sa temporalité, sa diversité, sa liberté, etc. On vit différemment, cela peut être regrettable, mais c'est la réalité. La globalisation et le commerce électronique sont là, de toute façon, pour rappeler que la loi n'empêchera pas l'évolution de nos habitudes de vie, mais ne pas la changer plombera simplement nos entreprises et notre économie, et donc nos acquis sociaux (il en a été de même avec l'interdiction de diffusion d'un film à la télévision le vendredi et le samedi pour soutenir le cinéma : Netflix en a bien profité !).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er mai 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La liberté de travailler le 1er mai ?
La baguette magique.
Le Jour du Seigneur.
Mission accomplie : les budgets 2025 (PLF et PLFSS) définitivement adoptés (ouf !).
PLF 2025 : la majorité de rejet !

5 euros pour visiter Notre-Dame de Paris ?
Le Plan Calcul.
Les 20 ans de la loi handicap du 11 février 2005.
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Comment créer les emplois de demain ?
Yvon Gattaz.
Gilberte Beaux.
Carlos Tavares.
Carlos Ghosn.
Bernard Madoff.
Jacques Séguéla.
Gustave Eiffel.
Francis Mer.



 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250425-premier-mai.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-liberte-de-travailler-le-1er-260780

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/01/article-sr-20250425-premier-mai.html

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11 avril 2025 5 11 /04 /avril /2025 04:14

« Je vais être clair, on ne peut pas demander à nos industriels de faire des transitions, ce que vous faites toutes et tous, et ne pas les protéger et en quelque sorte laisser de la concurrence déloyale s'installer. » (Emmanuel Macron, le 3 avril 2025 à l'Élysée).



 


L'un des principaux arguments de campagne du Président de la République Emmanuel Macron pour sa réélection en 2022 fut qu'il était le Président des crises et qu'il était le mieux à même de réagir face à des crises majeures. L'argument était valable pour son premier quinquennat avec la crise des gilets jaunes, la crise du covid-19, la crise énergétique et inflationniste provoquée notamment par la guerre en Ukraine.

Pour son second quinquennat, on avait déjà quelques échantillons de gestion de crise dont le principal est la crise de la défense européenne, une défense européenne mise à mal d'abord par l'agression de Vladimir Poutine en Ukraine puis par l'abandon de la protection américaine par Donald Trump.

Et décidément, Donald Trump, en moins de trois mois de mandat, a profondément modifié l'image des États-Unis dans le monde en devenant un État voyou, incapable de respecter ses engagements, jouant sur l'intimidation, les rapports de force et même la force pour arriver à ses fins. On pensait que l'humiliation de Volodymyr Zelensky à la Maison-Blanche le 28 février 2025 avait été le sommet du n'importe-quoïsme trumpien, mais c'était oublier son obsession pour les taxes douanières.

En annonçant la fermeture des frontières commerciales le 2 avril 2025, Donald Trump a fait fort en provoquant un krach boursier (durable ou pas ?) et des perspectives économiques mondiales particulièrement pessimistes, certains allant jusqu'à envisager, avec la réduction des échanges commerciaux mondiaux, une baisse du PIB mondial de 7 points ! Inflation, chômage, perte de marché... Donald Trump tire le monde vers son désastre, ce qui donne un peu plus de pertinence à la voix de la France depuis toujours qui répète qu'il faut une alliance avec les États-Unis, mais aussi une grande liberté vis-à-vis de ce grand pays dont l'Europe ne doit plus dépendre, et même le monde en général.


Les dix derniers jours (2 au 11 avril 2025) ont été particulièrement chaotiques et révèlent un véritable problème de santé mentale de la part du Président des États-Unis, puisqu'il a joué au yoyo avec les taxes douanières (sauf pour la Chine), rendant la parole de l'Amérique absolument plus fiable tant sur le plan économique que sur le plan diplomatique. Ce mélange de narcissisme, de vulgarité, de brutalité, d'intimidation, de vénalité, aussi de naïveté, rend le monde moins sûr, plus incertain, plus inquiétant. Sans oublier les soupçons de délit d'initié pour profiter de l'effondrement des bourses mondiales.
 


Face à ce monde en profonds bouleversements, profonds et chaotiques, heureusement que le peuple français peut compter sur son Président Emmanuel Macron. Dès le lendemain du fameux jour du 2 avril 2025, en moins de vingt-quatre heures, le chef de l'État a su réunir l'ensemble des industriels français fortement impactés par les mesures de Donald Trump afin de définir une stratégie française et également européenne. Ce volontarisme politique, économique et diplomatique d'Emmanuel Macron est salutaire pour la France, sa grandeur, sa fierté. Un peu plus tard, en se rendant en Égypte, le Président français a aussi tenté d'influer sur le cours des événements au Proche-Orient en n'hésitant pas à annoncer sa volonté d'accélérer la création de l'État palestinien.

Mais je veux surtout revenir sur cette réunion du jeudi 3 avril 2025 au Palais de l'Élysée, à l'initiative d'Emmanuel Macron et avec la participation notamment du Premier Ministre François Bayrou et du Ministre de l'Économie et des Finances Éric Lombard. Emmanuel Macron a fait une courte intervention à l'intention des acteurs économiques français.
 


Qu'a-t-il dit ? Il a présenté la situation économique mondiale actuelle (qui est en ce moment très mouvante, susceptible de changer radicalement de direction d'une journée à une autre) : « Il était important que nous puissions nous retrouver le plus rapidement possible après les annonces de la nuit dernière du Président Trump qui sont un choc pour le commerce international, pas simplement pour l'Union Européenne, la France, mais pour le bon fonctionnement du commerce. Ceci implique évidemment une mobilisation française et européenne. (…) En tout cas, je veux ici dire très clairement pour les entrepreneurs et l'ensemble des salariés de ces secteurs que nous serons à leurs côtés pour apporter des réponses concrètes. ».

L'objectif de cette première rencontre entre l'Exécutif et les entreprises exportatrices vers les États-Unis, c'est de commencer à déterminer les conséquences réelles dans chaque secteur et à discuter sur la réorganisation à opérer et sur la riposte européenne. En particulier, il s'agirait de mieux taxer les services numériques (en clair, les GAFAM), provenant surtout des États-Unis, mais sans handicaper des entreprises françaises ou européennes.

Emmanuel Macron a voulu commenter la décision américaine du 2 avril 2025. Son premier argument est qu'elle est en théorie insensée : « En tout cas, je veux ici dire très clairement pour les entrepreneurs et l'ensemble des salariés de ces secteurs que nous serons à leurs côtés pour apporter des réponses concrètes. ». Le second argument, c'est que cette décision est « brutale » et d'une « ampleur qui est en tout cas inédite ».

L'enjeu de l'Europe porte sur un montant énorme de nos exportations vers les États-Unis : « Sur les 500 milliards que les Européens exportent vers les États-Unis d'Amérique, à date, nous avons une visibilité sur plus de 70% qui seront touchés par les tarifs, mais ceci, c'est en attente de ce qui est à confirmer, puisqu’on va avoir 20% de tarifs pour tous les secteurs, sauf l’aluminium, l’acier, l’automobile, qui sont déjà à 25%, la pharmacie, le bois et les semi-conducteurs sur lesquels les annonces vont suivre, mais qui seront vraisemblablement au moins à 25%. Donc, on le voit bien, c'est un impact massif qui va toucher tous les secteurs de l'économie et de l'export européen, avec un enjeu pour la France qui est plus limité que pour certains autres pays, bien qu’il soit là et qui, pour certaines filières, va être massif. ». Emmanuel Macron parlait de "tarifs" en reprenant le mot américain pour "droits" de douane ou "taxes" de douane.

Le Président de la République a précisé l'impact économique sur la France, moins touchée que ses partenaires européens : « Pour nous, c'est 1,5% de notre PIB qui représente les exportations vers les États-Unis. Pour l'Italie, c'est plus de 3% de son PIB. L'Allemagne, 4%, l'Irlande, 10%. Donc il y a des pays qui sont encore plus exposés que nous, mais ce n'est pas peu de choses. Surtout, nous aurons à prendre en compte, évidemment, les conséquences indirectes de ces mouvements. Parce que les tarifs sont massifs sur la Chine, l'Inde et plus généralement l'Asie du Sud-Est. Ce qui va créer des risques de potentiel déport de certains de ces produits et biens, qui va impacter très clairement nos économies et l'équilibre de certaines filières et de nos marchés. ».

La catastrophe est d'abord pour les États-Unis : « Le caractère négatif est avant tout pour l'économie américaine. Et une chose est sûre, avec les décisions de cette nuit, l'économie américaine et les Américains, qu'il s'agisse des entreprises ou des citoyens, sortiront plus faibles qu'hier et plus pauvres. Et je pense qu'il faut le marteler. Et nous, il faut tenir (…) parce que ces décisions, elles ne sont pas soutenables pour l'économie américaine elle-même. L'impact sur l'économie américaine est immédiat, là où il va mettre plusieurs années à être tangible dans les économies européennes. Mais surtout, il est bien plus massif sur les premières analyses, autour de deux points de PIB. ».

En d'autres termes, Emmanuel Macron a proposé que l'Europe s'organise autrement pour ne pas être trop impactée par ces mesures douanières. Il faut donc « nous organiser, c'est-à-dire être à la fois réactifs, unis et organisés. C'est au fond cela dont il s'agit. La réponse doit venir de l'Europe. ».
 


Ainsi, l'hôte de l'Élysée a envisagé la riposte européenne qui a été réfléchie (donc pas immédiate) et mesurée (toute surenchère se ferait sur le dos des consommateurs européens) : « En termes de méthode, la riposte européenne se fera en deux étapes, parce que riposte, il y aura, de manière claire. Je le dis pour que ce soit clair pour tout le monde. La première riposte aura lieu mi-avril. Elle portera sur les taxes déjà décidées, en particulier sur acier et aluminium. Et les difficultés qui avaient pu apparaître sur des premières listes ont pu être corrigées. Les réponses qui arriveront dans les jours qui viennent seront des réponses qui sont sur le premier paquet : acier, aluminium. La deuxième réponse, plus massive, celle aux tarifs annoncés hier, se fera à la fin du mois, après une étude précise, secteur par secteur, et un travail avec l'ensemble des États membres et, évidemment, des filières économiques. ». C'est ce qui s'est passé lorsque la riposte européenne a été annoncée le 9 avril 2025 (quelques heures avant la vote-face de Donald Trump).

D'où la demande du chef de l'État aux chefs d'entreprise d'agir en Européens : « Je vous demande aussi de bien vouloir vous coordonner avec vos homologues européens pour faire remonter un travail unifié, fort et résolument européen. Et je pense qu'il est très important d'être très clair, nous, filière par filière, mais de tout de suite essayer de jouer européen pour pas qu'il y ait, si je puis dire, d'échappée solitaire. Au fond, nous avons besoin, dans cette phase, de rester unis et d'être déterminés. Et je le dis aussi parce que je sais ce qui va se passer, les plus gros auront tendance à jouer solo. Et ce n'est pas une bonne idée. Si la réponse aux tarifs qui viennent d'être remis par l'administration américaine, c'est de faire des concessions immédiates ou d'annoncer des investissements pour pouvoir négocier des exemptions, c'est une très mauvaise idée. Parce que nous avons une force. C'est un marché de 450 millions d'habitants. C'est ça, l'Europe. L'Union Européenne, c'est 450 millions de consommateurs. C'est plus que le marché américain. Et donc si les Européens jouent groupés, c'est-à-dire préparent la réponse, qu'elle est unifiée, qu'elle est proportionnée, mais qu'elle est réelle, et que derrière, toutes les filières jouent de manière cohérente avec une vraie solidarité de filières, à ce moment-là, nous saurons avoir ce qui doit être notre objectif, qui est le démantèlement des tarifs. L'objectif, c'est évidemment qu'on apporte une réponse mais avec un terme à tout cela. Nous devons montrer que c’est par la négociation qu’on arrivera évidemment à démonter les tarifs qui ont été annoncés ces dernières semaines et en particulier ces dernières heures, et que nous, on démonte les nôtres. ».

Le chemin est étroit pour l'Europe. Sa réaction doit être mesurée, mais elle ne doit pas être naïve : « Nous sommes dans la vertu du commerce. Mais simplement, on n'est pas naïfs, donc on va se protéger. Mais j'insiste sur l'importance de la réactivité, de bien préparer la réponse filière par filière et d'être unis, et surtout qu'il y ait une solidarité dans chaque filière. Donc je pense que ce qui est important, et c'est tout le travail qu'il faut faire par filière, c’est que les investissements à venir ou que les investissements annoncés ces dernières semaines, soient un temps, suspendus, tant qu'on n'a pas clarifié les choses avec les États-Unis d'Amérique. Parce que quel serait le message d'avoir des grands acteurs européens qui se mettent à investir des milliards d'euros dans l'économie américaine au moment où ils sont en train de nous taper. Donc il faut qu'on ait de la solidarité collective. ».
 


En substance, avec la décision de Donald Trump, Emmanuel Macron a repris une formule qu'avait employée très longtemps auparavant Laurent Fabius pour évoquer le FN : un parti qui pose de bonnes questions mais qui ne donne pas les bonnes réponses. Ici, dans la mondialisation, le problème est réel mais les solutions à apporter inappropriées : « Il y a trop de désindustrialisations en Occident. La réponse, ce n'est pas de mettre des tarifs et de casser le commerce international, c'est d'être plus productifs en Occident. Et donc, nous devons travailler dans le même temps au niveau français et européen à accélérer nos programmes d'investissement, de réindustrialisation, nos simplifications, que beaucoup d'entre vous portent, française et européenne, et au fond, un agenda de simplification, de compétitivité, de réindustrialisation. Cette réponse, elle est essentielle dans la période, il faut l'accélérer. ».

Autre point, l'indépendance économique passe aussi par la décarbonation de l'économie française et européenne :
« Je rappelle que quand on regarde notre commerce extérieur, son déficit, ses déséquilibres, il est aux deux tiers conduit par notre dépendance à des hydrocarbures et du fossile que nous ne produisons pas, mais que nous consommons. Donc tout l'agenda de décarbonation qu'on a enclenché, sur lequel on investit, est bon parce qu'il réduit la facture et la dépendance. ».


Il faut aussi préserver des barrières commerciales pour les véhicules électriques : « On l'a commencé sur les véhicules électriques chinois, et on assume. On en paye d'ailleurs les conséquences, nous, Français, parce que parfois on avait été identifiés comme les plus cohérents, donc ceux qui étions les plus vocaux. Mais je vais être clair, on ne peut pas demander à nos industriels de faire des transitions, ce que vous faites toutes et tous, et ne pas les protéger et en quelque sorte laisser de la concurrence déloyale s'installer. ».

Les taux élevés des taxes douanières américaines pour l'Asie auront aussi des conséquences secondaires importantes sur l'Europe : « Sur beaucoup de secteurs, on va être confrontés, je le disais il y a un instant, à des surcapacités sud-asiatiques qui, au fond, voyant enfermer le marché américain, en tout cas en prenant pour certains 30 à 40 % de tarifs, vont rediriger leur flux vers l'Europe. Ce n'est pas forcément quelque chose qu'on voit tout de suite sur lequel on est en train de se préparer, mais enfin, ce sont des mécanismes qui vont avoir sur certaines de nos filières, dans l'agroalimentaire, dans les services, des conséquences qui peuvent être massives. ».
 


En conclusion, Emmanuel Macron a résumé l'objectif et la méthode de la riposte européenne : « Rien n'est exclu. Et donc tous les instruments sont sur la table : des réponses tarifaires pour faire face, l'activation de mécanismes qui sont à notre main, comme le mécanisme anti-coercition, la possibilité d'avoir des réponses sur les services numériques, où les États-Unis sont extrêmement bénéficiaires sur l'Europe, la possibilité de regarder aussi les mécanismes de financement de l'économie américaine. Il ne faut rien exclure à court terme, il faut faire ce qui est le plus efficace, le plus proportionné, mais qui en tout cas marque très clairement que nous sommes décidés à ne pas laisser faire, à ne pas avoir des filières qui sont victimes de ces tarifs et donc, à nous défendre et nous protéger. ».

Cette étape a été en partie réussie puisque, après l'annonce de la riposte européenne, Donald Trump a finalement repoussé de 90 jours la mise en application de ses tarifs douaniers, en estimant que la réaction européenne a été intelligente (ce qui, de la bouche de Donald Trump, n'est peut-être pas fait pour rassurer). Fermeté et subtilité, les Européens ont marché sur des œufs, car l'idée est aussi de ne pas plomber les Européens eux-mêmes. Dans ce dossier, Emmanuel Macron a eu une part d'initiative non négligeable, ce qui fait honneur à la France. Ce n'est peut-être pas un hasard si sa cote de popularité remonte progressivement. Le bon travail est toujours reconnu un jour ou l'autre.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 avril 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron sur le front du commerce international.
Discours du Président Emmanuel Macron sur les taxes douanières américaines le 3 avril 2025 à l'Élysée (texte intégral et vidéo).
Elon Musk.
La révolution économique de Donald Trump ?
Donald Trump, gros pêcheur devant l'Éternel !
Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?
Gene Hackman.
Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
Ukraine : Trump, porte-parole de Poutine !
Trump II : de justiciable à justicier !
Canada, Groenland, Panama : Donald Trump est-il fou ou cynique ?
Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés.
Jimmy Carter, patriarche de l'humanitaire.
Shirley Chisholm.
Katalin Kariko et Drew Weissman.
Rosalynn Carter.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250403-macron.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/emmanuel-macron-sur-le-front-du-260304

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/04/04/article-sr-20250403-macron.html





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4 avril 2025 5 04 /04 /avril /2025 04:24

« Les annonces de la nuit dernière du Président Trump (…) sont un choc pour le commerce international, pas simplement pour l'Union Européenne, la France, mais pour le bon fonctionnement du commerce. Ceci implique évidemment une mobilisation française et européenne. » (Emmanuel Macron, le 3 avril 2025 à l'Élysée).




 


Non, ce n'est pas un poisson d'avril. Deux sentiments vertigineux m'ont habité quand j'ai écouté le Président des États-Unis Donald Trump faire sa conférence de presse le mercredi 2 avril 2025 à 22 heures (heure de Paris) dans le jardin de la Maison-Blanche, à Washington.

Prévue depuis quelques jours, sa déclaration avait pour but d'annoncer les nouvelles surtaxes douanières que le gouvernement américain entendait imposer aux pays étrangers, près de 200 pays étrangers ou territoires étrangers, jusque dans les Îles Heard-et-MacDonald, taxées à 10%, où il ne doit y avoir que des manchots (depuis lors, un message circule sur Twitter montrant une colonie de manchots sur la banquise avec cette légende : « Énorme vague de protestation depuis ce matin sur les Îles Heard-et-MacDonald » !). Même Saint-Pierre-et-Miquelon est impacté.


Le premier sentiment, c'est la folie. La folie de l'obsession trumpienne. C'est de prendre des décisions complètement folles, loufoques, démentes, inappropriées, fantasques... On se rappelle la réaction stupide de Donald Trump lorsqu'il s'est aperçu que le Président russe Vladimir Poutine se moquait de lui en prétendant vouloir la paix en Ukraine tout en continuant à bombarder massivement le peuple ukrainien. Sa réaction, ce n'était pas augmenter par exemple l'aide militaire américaine aux Ukrainiens, mais... de dégainer son revoler commercial et d'augmenter des droits de douanes à la Russie, comme si cette mesure allait dissuader l'autocrate du Kremlin dans ses basses besognes !
 


Donald Trump ne jure que par les droits de douane, et on ne pourra pas lui reprocher une certaine constance qui s'apparente même à de l'obsession. Déjà dans les années 1980, il payait des encarts dans les quotidiens américains les plus lus pour faire sa publicité et protester contre les économies étrangères qui envahissaient le marché américain.

La folie est à tous les étages : sur le principe même, mais aussi sur les applications. Ainsi, l'Union Européenne se voit affecter de 20% de surtaxes douanières (taxes, tarifs, droits de douane, on choisira le mot qu'on voudra, en français ou en english, ou entre les deux, mais taxes me paraît le plus approprié car il s'agit bien d'un impôt).

Pourquoi 20% ? Parce que Donald Trump a calculé que les tarifs douaniers européens pour les produits américains importés en Europe seraient de... 39% ! Ne cherchez surtout pas à connaître la méthode de calcul, elle risquerait de faire mal à votre santé cardiaque ! (ou mentale !). C'est une sorte de mélange douteux (d'amalgame, pour parler comme un dentiste) prenant en compte la TVA (!!!!!!), les frais de propriétés intellectuelles, etc. qui n'ont aucun rapport les uns avec les autres. Cela ressemble au sorcier Gargamel qui tente de faire sa potion magique avec de la graine de salsepareille et de la bave de crapaud. Pourquoi 34% pour la Chine ? Parce que le rapport entre les exportations chinoises sur les importations chinoises, cela donne un rapport 0,67 et Donald Trump, comme pour les Européens, est généreux et magnanime et a mis une décote de 50%, d'où les 34%.

Les pays asiatiques sont très durement touchés, en particulier le Japon, et les pays du Sud-Est asiatique, mais aussi d'autres pays, dont certains parmi les plus pauvres, comme Madagascar, très taxé simplement parce qu'il exporte sa vanille (ce qui montre à quel point la méthode de calcul est stupide).

Cette folie est palpable au cœur du système américain depuis trois mois. Il suffit de voir la manière dont Elon Musk a fait un meeting à Green Bay, dans le Wisconsin. Il avait un chapeau-gruyère sur la tête (ne me demandez pas pourquoi), il l'a retiré à son arrivée sur l'estrade, l'a dédicacé et envoyé en l'air comme le bouquet de la mariée pour un bienheureux qui pourra commencer sa collection de fétichisme muskien.
 


Du reste, ce meeting, c'était un soutien pour l'élection d'un juge à la cour suprême de l'État du Wisconsin, pour lequel il a dépensé 25 millions de dollars (et donné deux ou trois chèques de 1 million de dollars à des heureux militants républicains). Cela n'a pas fonctionné puisque c'est la candidate démocrate Susan Crawford qui a été élue, pétillante de joie, et élue haut la main puisqu'elle a eu le 3 avril 2025 une avance de 10 points sur son concurrent républicano-muskien manifestement incompétent si l'on en juge par ses déclarations de campagne. L'État du Wisconsin est crucial puisqu'il fait partie des "String States" qui peuvent faire basculer les résultats des élections présidentielles.

Cette folie, c'est que c'est une véritable révolution économique mondiale que vient de provoquer Donald Trump dans sa mégalomanie monomaniaque. Assurément, même s'il négociait et revenait plus tard sur certains taux, la date du 2 avril 2025 resterait dans les livres d'histoire dans les décennies prochaines comme une décision singulière, historique, tant sur l'économie mondiale que sur l'histoire politique des États-Unis. Un jour noir pour l'économie mondiale, comme le 24 octobre 1929 ou le 15 septembre 2008.

Et c'est là que j'ai ce second sentiment, celui du crash de la Germanwings, celui de voir un pilote (et pas copilote) de l'avion USA qui est en train de mener son avion au crash avec tout le peuple américain dans l'habitacle à cause de ses lubies suicidaires de Donald Trump. Et bien plus que le peuple américain, d'ailleurs.

 


Car il s'agit d'un véritable suicide des États-Unis. Le secrétaire au commerce fanfaronnait à la suite des déclarations de Donald Trump en disant que l'État américain pourrait recouvrer 600 milliards de dollars avec ces surtaxes douanières, mais il oublie de dire que ces taxes seront payées par les consommateurs américains et les entreprises américaines. Ces 600 milliards seront donc une saignée terrible dans l'économie américaine, en plus d'être une saignée dans l'économie mondiale (par la perte de certains marchés). Pour des doctrinaires qui ne supportent pas les impôts, ce sera ici une imposition massive. Ils ne sont pas à une contradiction près !

Suicide et révolution. J'ai toujours pensé que les révolutions étaient intrinsèquement suicidaires car c'est toujours trop brutal pour des évolutions de société qui sont fragile et ont besoin de douceur pour se transformer.

Donald Trump est fort en ce sens qu'il revient à ...avant 1776, c'est-à-dire, avant la publication du fameux essai d'économie du Britannique Adam Smith "Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations". Et l'une des brillantes démonstrations avait trait au fait que c'est dans les échanges économiques entre les nations que celles-ci s'enrichissaient. Ce principe de mondialisation des échanges est l'un des points essentiels du libéralisme économique. Cela a permis à l'Europe une relative prospérité depuis 1945 (je dis bien relative car tout n'est pas parfait, mais il suffit de comparer avec d'autres régions du monde). L'idée générale est que les nations doivent produire leurs spécialités, ce pour quoi elles sont les meilleures, et acheter chez les autres les autres produits.

Ce principe de mondialisation a eu bien sûr des côtés pervers, comme les délocalisations massives des lieux de production au point de s'apercevoir un peu tardivement que les souverainetés pourraient être bafouées (alimentaire, médicale, militaire, énergétique, etc.).
 


Pourquoi Donald Trump a-t-il pris une telle décision ? Il pense que s'il y a trop de taxe, les produits importés ne se vendront pas et cela favorisera l'industrie américaine. Il peut en partie réussir puisqu'il négocie actuellement l'accueil aux États-Unis d'entreprises étrangères (qui ne se verront ainsi pas taxées). Mais c'est oublier de comprendre que certains produits importés ne sont de toute façon pas produits aux États-Unis et que cela va désorganiser complètement les filières industrielles.

L'exemple de l'industrie automobile est éloquent. En Europe, personne ne veut des grosses bagnoles américaines qui consomment beaucoup et les Américains ne sont pas en capacité de produire des petites automobiles économiques. Les surtaxes changeront donc peu ces enjeux qui sont des enjeux industriels et pas des enjeux fiscaux. De plus, l'industrie automobile américaine en particulier, mais elle n'est pas la seule, a besoin de composants qu'elle importe, si bien que mêmes les produits américains vont être durement impactés par cette décision protectionniste. Une fois la globalisation économique en progression, tout retour en arrière semble économiquement suicidaire.
 


Un retour au XVIIIe siècle, ou simplement au début du XXe siècle, car Donald Trump ne raisonne qu'avec l'ancienne économie, en ne prenant pas (volontairement) en compte la nouvelle économie. Ainsi, grosso modo, la balance commerciale des États-Unis est en effet déficitaire, mais pas autant que veut le faire croire Donald Trump. Sur les biens manufacturés, il y a en effet autour de 200 milliards de dollars de déficit, mais sur les services, au contraire, il y a autour de 150 milliards de dollars d'excédent, et on sait bien sûr que l'économie numérique y a une place privilégiée, ce ne sont pas les GAFAM qui diront le contraire.

La réaction des autres pays sera essentielle. Si l'on croit qu'il suffit de montrer un rapport de force pour négocier et réduire les taxes voulues par Donald Trump, c'est une erreur. En jouant la surenchère, on accélère le crash mondial. Ce n'est l'intérêt de personne. Donald Trump en est bien conscient et, en bon joueur de poker, a dit aux autres pays qu'ils devraient se soumettre, accepter de payer ces taxes sans mesure de rétorsion car sinon, il pourrait encore augmenter les taxes (rappelons encore une fois que ce n'est pas le pays exportateur qui paie les taxes douanières mais les consommateurs du pays importateur !).
 


Dans l'Union Européenne, la France sera bien sûr impactée, notamment dans le secteur aéronautique, mais beaucoup moins que d'autres, moins que les Allemands dont l'industrie automobile était dans le collimateur de Donald Trump depuis longtemps. Les Européens ne souhaitent pas faire payer les consommateurs européens des frasques trumpiennes. Ainsi, ils cherchent des mesures qui permettraient l'efficacité sans une politique de la terre brûlée. C'est pourquoi l'idée de surtaxer les GAFAM et autres entreprises de service numérique revient à l'ordre du jour des Européens. Le coup de pied trumpien dans le commerce international est une occasion supplémentaire de renforcer les coopérations européennes.

Le Président français Emmanuel Macron a réagi rapidement en réunissant, ce jeudi 3 avril 2025 à l'Élysée, les filières impactées par les annonces de Donald Trump et en déclarant : « Pour nous [Français], c'est 1,5% de notre PIB qui représente les exportations vers les États-Unis. Pour l'Italie, c'est plus de 3% de son PIB. L'Allemagne, 4%, l'Irlande, 10%. Donc il y a des pays qui sont encore plus exposés que nous, mais ce n'est pas peu de choses. Surtout, nous aurons à prendre en compte, évidemment, les conséquences indirectes de ces mouvements. Parce que les tarifs sont massifs sur la Chine, l'Inde et plus généralement l'Asie du Sud-Est. Ce qui va créer des risques de potentiel déport de certains de ces produits et biens, qui va impacter très clairement nos économies et l'équilibre de certaines filières et de nos marchés. Donc, au total, on le voit bien, c'est une ampleur qui est en tout cas inédite. Mais ce sur quoi je veux insister au début de cette réunion, c'est que l'ampleur, et le caractère négatif est avant tout pour l'économie américaine. Et une chose est sûre, avec les décisions de cette nuit, l'économie américaine et les Américains, qu'il s'agisse des entreprises ou des citoyens, sortiront plus faibles qu'hier et plus pauvres. Et je pense qu'il faut le marteler. Et nous, il faut tenir, je vais y revenir, parce que ces décisions, elles ne sont pas soutenables pour l'économie américaine elle-même. ».
 


Enfin, il y a un autre élément à prendre en considération : Donald Trump n'a pas le droit de décider seul des taxes douanières. En effet, Donald Trump s’appuie sur une loi de 1977, l’IEEPA (International Emergency Economic Powers Act), qui accorde des pouvoirs élargis au Président pour réglementer le commerce en cas de situation d’urgence nationale. Sauf à prouver que les États-Unis sont en situation d’urgence, c’est le Congrès qui devrait être compétent dans ce domaine, et ce n'est pas sûr que, même républicains, les parlementaires le suivent. La déclaration du 2 avril 2025, c'est aussi le dépouillement démocratique de l'une des plus grandes démocraties du monde.

La conclusion ? Il n'y en a pas. Du moins, pas encore. Est-ce seulement du bluff et reviendra-t-il sur ces décisions ? C'est peu probable. Car ce serait deux centaines de négociations qu'il faudrait mener. Les États-Unis se sont simplement ultra-isolés. Les bourses se sont effondrées à cette annonce du 2 avril 2025. Il va falloir attendre que les économistes aient (pour une fois) raison. Ce sera peut-être la plus éclatante leçon d'économie que nous aurons à recevoir dans les mois et les années à venir. Mais certainement à notre détriment : récession, chômage, endettement, appauvrissement généralisé... Le choc économique sera dur, et en particulier pour le peuple américain. Personne n'a jamais osé faire de démonstration par l'absurde que le protectionnisme nuisait nécessairement à la prospérité des pays. Nous y sommes. Et à l'échelle mondiale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 avril 2025)
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Pour aller plus loin :
La révolution économique de Donald Trump ?
Donald Trump, gros pêcheur devant l'Éternel !
Grippe aviaire : désastre sanitaire mondial en perspective ?
Gene Hackman.
Claude Malhuret s'en prend à Néron et à son bouffon !
Ukraine : Trump, porte-parole de Poutine !
Trump II : de justiciable à justicier !
Canada, Groenland, Panama : Donald Trump est-il fou ou cynique ?
Attentat à La Nouvelle-Orléans : les États-Unis durement endeuillés.
Jimmy Carter, patriarche de l'humanitaire.
Shirley Chisholm.
Katalin Kariko et Drew Weissman.
Rosalynn Carter.
Walter Mondale.
Marathonman.
Bob Kennedy.











 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250402-trump.html

https://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/la-revolution-economique-de-donald-260303

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3 avril 2025 4 03 /04 /avril /2025 17:03

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Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250403-macron.html










DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON
LE JEUDI 3 AVRIL 2025 À L'ÉLYSÉE (PARIS)



3 avril 2025
Propos liminaire du Président de la République à l’occasion de la réunion avec les représentants des filières impactées par les mesures tarifaires annoncées par les États-Unis



Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs,

Merci de votre présence et de vous être rendus disponibles si rapidement. Je souhaite, avec le Premier Ministre et les membres du gouvernement ici présents, et avec le Vice-Président de la Commission Européenne vous indiquer qu'il était important que nous puissions nous retrouver le plus rapidement possible après les annonces de la nuit dernière du Président Trump qui sont un choc pour le commerce international, pas simplement pour l'Union Européenne, la France, mais pour le bon fonctionnement du commerce.

Ceci implique évidemment une mobilisation française et européenne.

Je le dis ici, mobilisation pour l'ensemble de nos territoires, d'abord, parce que la liste qui est sortie hier soir est inquiétante pour plusieurs de nos territoires ultramarins, et elle supposera une mobilisation toute particulière du Gouvernement et du monde économique pour être aux côtés. Je pense à La Réunion, à Saint-Pierre-et-Miquelon, qui ont fait l'objet de tarifs exorbitants.

Évidemment, pour beaucoup de filières qui sont présentes autour de cette table et que vous représentez, certaines d'entre elles étant d'ailleurs déjà touchées par des mesures de représailles commerciales par la Chine. Je pense au Cognac et Armagnac et largement la viticulture et la viniculture qui sont particulièrement touchées et que nous continuons d'accompagner. Le voyage récent du Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères a permis d'ouvrir, je fais cette parenthèse, quelques premières voies.

En tout cas, je veux ici dire très clairement pour les entrepreneurs et l'ensemble des salariés de ces secteurs que nous serons à leurs côtés pour apporter des réponses concrètes. Je vais y revenir.

La décision qui a été annoncée cette nuit est une décision brutale et infondée.

Elle est infondée parce qu'on ne corrige pas des déséquilibres commerciaux en mettant des tarifs. Et les bases de la théorie économique montrent le contraire, surtout quand les déséquilibres ne prennent pas en compte les services numériques, pour ne citer qu'eux. Au fond, cette décision va toucher tous les secteurs pour nos économies.

Sur les 500 milliards que les Européens exportent vers les États-Unis d'Amérique, à date, nous avons une visibilité sur plus de 70% qui seront touchés par les tarifs, mais ceci, c'est en attente de ce qui est à confirmer, puisqu’on va avoir 20% de tarifs pour tous les secteurs, sauf l’aluminium, l’acier, l’automobile, qui sont déjà à 25%, la pharmacie, le bois et les semi-conducteurs sur lesquels les annonces vont suivre, mais qui seront vraisemblablement au moins à 25%. Donc, on le voit bien, c'est un impact massif qui va toucher tous les secteurs de l'économie et de l'export européen, avec un enjeu pour la France qui est plus limité que pour certains autres pays, bien qu’il soit là et qui, pour certaines filières, va être massif.

Pour nous, c'est 1,5% de notre PIB qui représente les exportations vers les États-Unis. Pour l'Italie, c'est plus de 3% de son PIB. L'Allemagne, 4%, l'Irlande, 10%. Donc il y a des pays qui sont encore plus exposés que nous, mais ce n'est pas peu de choses. Surtout, nous aurons à prendre en compte, évidemment, les conséquences indirectes de ces mouvements. Parce que les tarifs sont massifs sur la Chine, l'Inde et plus généralement l'Asie du Sud-Est. Ce qui va créer des risques de potentiel déport de certains de ces produits et biens, qui va impacter très clairement nos économies et l'équilibre de certaines filières et de nos marchés.

Donc, au total, on le voit bien, c'est une ampleur qui est en tout cas inédite.

Mais ce sur quoi je veux insister au début de cette réunion, c'est que l'ampleur, et le caractère négatif est avant tout pour l'économie américaine. Et une chose est sûre, avec les décisions de cette nuit, l'économie américaine et les Américains, qu'il s'agisse des entreprises ou des citoyens, sortiront plus faibles qu'hier et plus pauvres. Et je pense qu'il faut le marteler. Et nous, il faut tenir, je vais y revenir, parce que ces décisions, elles ne sont pas soutenables pour l'économie américaine elle-même.

L'impact sur l'économie américaine est immédiat, là où il va mettre plusieurs années à être tangible dans les économies européennes. Mais surtout, il est bien plus massif sur les premières analyses, autour de deux points de PIB. Et donc, on voit bien que ce n'est pas soutenable si nous savons nous organiser, c'est-à-dire être à la fois réactifs, unis et organisés. C'est au fond cela dont il s'agit. La réponse doit venir de l'Europe.

J'étais à l'instant avec la Présidente Von der Leyen, qui est en Ouzbékistan, pour les discussions entre la sous-région et l'Union Européenne. Très clairement, elle est en train de concerter la réponse des Européens, puisque c'est une compétence de la Commission, pour à la fois répondre à ces vagues tarifaires, et puis prendre en compte les conséquences indirectes que j'évoquais.

En termes de méthode, la riposte européenne se fera en deux étapes, parce que riposte, il y aura, de manière claire. Je le dis pour que ce soit clair pour tout le monde.

La première riposte aura lieu mi-avril. Elle portera sur les taxes déjà décidées, en particulier sur acier et aluminium. Et les difficultés qui avaient pu apparaître sur des premières listes ont pu être corrigées. Les réponses qui arriveront dans les jours qui viennent seront des réponses qui sont sur le premier paquet : acier, aluminium.

La deuxième réponse, plus massive, celle aux tarifs annoncés hier, se fera à la fin du mois, après une étude précise, secteur par secteur, et un travail avec l'ensemble des États membres et, évidemment, des filières économiques. Alors là aussi, et pour cela, c'est ce que je voulais qu'on commence à organiser à l'échelle de la France, on a besoin de vous.

D'abord, je vous invite à faire remonter au niveau européen, en lien avec le Ministère de l'Économie et vos différents ministères sectoriels, avec le Ministère du Commerce extérieur, toutes vos demandes et recommandations éventuelles. Et c'est important de pouvoir relayer tout de suite en temps réel. Je vous demande aussi de bien vouloir vous coordonner avec vos homologues européens pour faire remonter un travail unifié, fort et résolument européen. Et je pense qu'il est très important d'être très clair, nous, filière par filière, mais de tout de suite essayer de jouer européen pour pas qu'il y ait, si je puis dire, d'échappée solitaire.

Au fond, nous avons besoin, dans cette phase, de rester unis et d'être déterminés. Et je le dis aussi parce que je sais ce qui va se passer, les plus gros auront tendance à jouer solo. Et ce n'est pas une bonne idée. Si la réponse aux tarifs qui viennent d'être remis par l'administration américaine, c'est de faire des concessions immédiates ou d'annoncer des investissements pour pouvoir négocier des exemptions, c'est une très mauvaise idée. Parce que nous avons une force. C'est un marché de 450 millions d'habitants. C'est ça, l'Europe. L'Union Européenne, c'est 450 millions de consommateurs. C'est plus que le marché américain. Et donc si les Européens jouent groupés, c'est-à-dire préparent la réponse, qu'elle est unifiée, qu'elle est proportionnée, mais qu'elle est réelle, et que derrière, toutes les filières jouent de manière cohérente avec une vraie solidarité de filières, à ce moment-là, nous saurons avoir ce qui doit être notre objectif, qui est le démantèlement des tarifs.

L'objectif, c'est évidemment qu'on apporte une réponse mais avec un terme à tout cela. Nous devons montrer que c’est par la négociation qu’on arrivera évidemment à démonter les tarifs qui ont été annoncés ces dernières semaines et en particulier ces dernières heures, et que nous, on démonte les nôtres. Nous sommes dans la vertu du commerce. Mais simplement, on n'est pas naïfs, donc on va se protéger. Mais j'insiste sur l'importance de la réactivité, de bien préparer la réponse filière par filière et d'être unis, et surtout qu'il y ait une solidarité dans chaque filière. Donc je pense que ce qui est important, et c'est tout le travail qu'il faut faire par filière, c’est que les investissements à venir ou que les investissements annoncés ces dernières semaines, soient un temps, suspendus, tant qu'on n'a pas clarifié les choses avec les États-Unis d'Amérique. Parce que quel serait le message d'avoir des grands acteurs européens qui se mettent à investir des milliards d'euros dans l'économie américaine au moment où ils sont en train de nous taper. Donc il faut qu'on ait de la solidarité collective. Au-delà de cela, je veux qu'on puisse avancer tous ensemble sur un agenda.

Première chose, c'est qu'au fond, le constat américain est un bon constat, la réponse est mauvaise. Mais nous faisons le même constat. Il y a trop de désindustrialisations en Occident. La réponse, ce n'est pas de mettre des tarifs et de casser le commerce international, c'est d'être plus productifs en Occident. Et donc, nous devons travailler dans le même temps au niveau français et européen à accélérer nos programmes d'investissement, de réindustrialisation, nos simplifications, que beaucoup d'entre vous portent, française et européenne, et au fond, un agenda de simplification, de compétitivité, de réindustrialisation. Cette réponse, elle est essentielle dans la période, il faut l'accélérer. Au niveau français et européen, ça fait partie du travail que je veux qu'on conduise ensemble.

Ensuite, on doit assumer aussi l'agenda de décarbonation parce que c'est un levier d'indépendance. Je rappelle que quand on regarde notre commerce extérieur, son déficit, ses déséquilibres, il est aux deux tiers conduit par notre dépendance à des hydrocarbures et du fossile que nous ne produisons pas, mais que nous consommons. Donc tout l'agenda de décarbonation qu'on a enclenché, sur lequel on investit, est bon parce qu'il réduit la facture et la dépendance.

Troisièmement, on doit continuer d'accélérer au niveau européen sur aussi un agenda de protection commerciale. On l'a commencé sur les véhicules électriques chinois, et on assume. On en paye d'ailleurs les conséquences, nous, Français, parce que parfois on avait été identifiés comme les plus cohérents, donc ceux qui étions les plus vocaux. Mais je vais être clair, on ne peut pas demander à nos industriels de faire des transitions, ce que vous faites toutes et tous, et ne pas les protéger et en quelque sorte laisser de la concurrence déloyale s'installer.

Donc, on doit avoir un agenda de concurrence loyale. Nous, on n'est pas pour les tarifs arbitraires, mais on est pour la concurrence loyale, ce qui veut dire qu'on doit continuer d’avancer sur le juste contenu européen et des mécanismes de protection de nos secteurs industriels quand ils sont exposés à de la concurrence déloyale. C'est ce que nous traiterons, entre autres, à l'occasion du Conseil présidentiel du commerce extérieur le 13 mai prochain. C'est aussi ce qui continuera d'alimenter les travaux que nous aurons à bâtir.

Puis je souhaite qu'avec vous, on puisse porter aussi des initiatives sectorielles au niveau européen sur cet agenda, parce que c'est secteur par secteur qu'il va falloir analyser les conséquences, en particulier indirectes, de ce qui vient de se passer. Sur beaucoup de secteurs, on va être confrontés, je le disais il y a un instant, à des surcapacités sud-asiatiques qui, au fond, voyant enfermer le marché américain, en tout cas en prenant pour certains 30 à 40% de tarifs, vont rediriger leur flux vers l'Europe. Ce n'est pas forcément quelque chose qu'on voit tout de suite sur lequel on est en train de se préparer, mais enfin, ce sont des mécanismes qui vont avoir sur certaines de nos filières, dans l'agroalimentaire, dans les services, des conséquences qui peuvent être massives. Et donc ça, je souhaite qu'on puisse le préparer avec vous.

Enfin, le but de la discussion d'aujourd'hui, c'est d'avoir un premier échange. Tout ça va être ensuite travaillé très étroitement pour préparer cette réponse européenne. Comme l'a dit la Présidente de la Commission Européenne et le Vice-Président ici présent, rien n'est exclu. Et donc tous les instruments sont sur la table : des réponses tarifaires pour faire face, l'activation de mécanismes qui sont à notre main, comme le mécanisme anti-coercition, la possibilité d'avoir des réponses sur les services numériques, où les États-Unis sont extrêmement bénéficiaires sur l'Europe, la possibilité de regarder aussi les mécanismes de financement de l'économie américaine. Il ne faut rien exclure à court terme, il faut faire ce qui est le plus efficace, le plus proportionné, mais qui en tout cas marque très clairement que nous sommes décidés à ne pas laisser faire, à ne pas avoir des filières qui sont victimes de ces tarifs et donc, à nous défendre et nous protéger.

Voilà ce qui nourrit aujourd'hui nos réflexions après quelques heures et le travail que nous avons lancé avec le Premier ministre, les membres du gouvernement ici présents, en lien très étroit avec la Commission Européenne, dont je le rappelle, c'est la compétence.

Je ne serai pas plus long, je vais maintenant proposer qu'il y ait peut-être une expression du Premier Ministre s'il a des choses à rajouter, et du commissaire, qu'on ait ensuite peut-être l'expression de toutes celles et ceux qui veulent ici porter des points particuliers et qu'ensuite les ministres puissent revenir sur chacun de ces points.

Merci.

Emmanuel Macron, le jeudi 3 avril 2025 à Paris.


Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250403-discours-macron.html





 

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