« Nous avons enlevé Nicolas Maduro et sa femme pour les emmener vers l'État de New York. (…) Nous les inculpons en raison de leur campagne létale envers les États-Unis. » (Donald Trump, le 3 janvier 2025 à Mar-a-Lago, en Floride).
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On pourrait se croire dans un article du Gorafi ou un premier avril, mais non, c'est bien la réalité vraie. Cette nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont bombardé Caracas, ont pris au saut du lit le couple présidentiel, Nicolas Maduro et Cilia Flores, et les ont transférés au bord d'un navire en destination de New York : « Le Venezuela est libre, libre à nouveau ! » a proclamé un peu bestialement Donald Trump.
Au cours d'une conférence de presse à la Mar-a-Lago, le Président des États-Unis a justifié ce samedi ce coup de force par la « campagne létale » contre son pays orchestrée par l'héritier de Hugo Chavez.
Dans sa résidence de Floride où il a suivi en direct l'arrestation de Nicolas Maduro, Donald Trump s'est félicité de la prétendue parfaite réussite de l'opération militaire qui a mobilisé la puissance aérienne, terrestre et navale des États-Unis, avec des bombardements à Caracas et l'exfiltration du couple présidentiel : « Toutes les lumières ont été éteintes [à Caracas lors de l'intervention]. (…) Si vous aviez vu ce que j'ai vu hier soir, vous seriez impressionnés. (…) Aucun personnel américain n'a été tué. (…) Tout le matériel américain a été récupéré. ». Cette remarque a de quoi inquiéter : combien de Vénézuéliens ont-il été tués dans cette opération ? La vie humaine vaut autant lorsqu'elle est vénézuélienne que lorsqu'elle est américaine.
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Au-delà de l'évidente diversion que constitue cette actualité brûlante (pour éviter que le projecteur du début de la nouvelle année soit braqué vers d'autres scandales), le Président américain, dans son audace déconcertante, a eu le mérite de la sincérité en exposant l'intérêt des entreprises américaines pour le pétrole vénézuélien : « Les compagnie pétrolières américaines vont s'implanter au Venezuela. (…) Nous allons faire en sorte que les entreprises investissent pour reconstruire son industrie pétrolière. (…) Nous voulons la sécurité pour le Venezuela et les pays qui l'entourent. (…) Ça fait longtemps que nous aurions dû faire cette mission. ».
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Ainsi, dans ses justifications, le golfeur presque octogénaire a cité la démocratie (Maduro est un dictateur, ce qui est exact), la drogue (la justice américaine le recherche pour cette raison), le pétrole (ce qui est évident), et aussi le terrorisme (car la lutte contre le terrorisme aux États-Unis de Trump, c'est un peu comme la lutte contre les nazis dans la Russie de Poutine) : « Je ne laisserai jamais des terroristes opérer contre les États-Unis. ».
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Pour les États-Unis, l'inculpation de Nicolas Maduro serait en effet justifiée par la justice américaine : « [Il] est un dictateur illégitime, chef d'un vaste réseau criminel, responsable du trafic de quantités colossales de drogues mortelles et illicites vers les États-Unis. ». Donald Trump voulait marteler sa satisfaction : « Nicolas Maduro était un baron de la drogue, qui gérait des cartels. (…) Des milliers de citoyens américains sont morts à cause de lui. (…) Il va faire face à la justice américaine. ».
Le Président français Emmanuel Macron, qui s'est entretenu au téléphone avec Donald Trump ce samedi, a salué cette journée de libération pour les Vénézuéliens : « En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolas Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo Gonzalez Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. ».
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Disons-le tout de suite, la chute de Nicolas Maduro, l'un des pires autocrates de la planète, ne m'émeut pas et même me réjouit (un peu comme la chute de Bachar El-Assad... même si Nicolas Maduro a plutôt un petit air de ressemblance avec Saddam Hussein). En refusant le verdict des urnes par une fraude massive, cet ancien chauffeur de bus devenu syndicaliste a assis un pouvoir à Caracas qu'il n'a pu imposer qu'à la force des mitrailleuses... et des réserves pétrolières de son pays. Mais il suffit d'observer la déplorable santé économique de son pays pour comprendre à quel point ce roitelet s'est moqué de ce pays.
Cela étant précisé, il reste tout de même stupéfiant que les États-Unis n'aient pas hésité à s'installer à Caracas, car il s'agit bien de cela, d'une occupation américaine. Ce n'est pas l'hypocrisie d'une aide américaine à des renversements de régime socialiste en Amérique latine comme au début des années 1970, ni l'hypocrisie d'une volonté d'associer les Nations Unies à une guerre préventive contre un autocrate moyen-oriental, comme au début des années 2000.
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En ce début de deuxième quart du XXIe siècle, c'est la force décomplexée d'un empire en perte de vitesse. Au moins, du Prix Nobel de la Paix, il sera exclu. C'est le bourrin de bourrin qui assume tout, jusqu'à l'immoral : « Nous n'avons pas peur des répercussions. ». Pire encore, il est prêt à menacer encore, car les Américains veulent diriger directement le Venezuela jusqu'à la transition « sûre » : « Nous sommes prêts à une deuxième vague d'attaques si c'est nécessaire. ».
Mais cette menace vaut aussi pour d'autres pays. C'est le « message pour les ennemis [des États-Unis] du monde entier » que Donald Trump en a profité pour lancer : « Ce qui est arrivé à Nicolas Maduro pourra arriver à d'autres. ». Et il suffit de relire sa déclaration de la veille, le 2 janvier 2026 sur son réseau social, pour comprendre à quel pays il pensait, alors qu'au nouvel an, six manifestants contre le pouvoir iranien ont été tués par les forces de l'ordre : « Si l'Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue violemment, comme à son habitude, les États-Unis d'Amérique viendront à leur secours. Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir. ».
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Je relisais justement ces derniers jours de fête l'excellente bande dessinée "Quai d'Orsay" d'Albel Lanzac et Christophe Blain chez Dargaud (qui retrace le passage à ce ministère d'un certain Dominique de Villepin), et l'auteur explique, malgré les comportements un peu cavaliers du ministre, une vision claire de ce que devrait être la diplomatie française.
Je la rappelle avec les termes de cette bande dessinée mis dans la bouche du ministre : « L'équilibre sur lequel a reposé le monde pendant cinquante ans est rompu. Le 11-septembre a fait prendre conscience aux Américains à la fois de leur puissance et de leur faiblesse. À l'heure où nous parlons, les néoconservateurs redéfinissent une doctrine stratégique autour de la "sécurité". C'est la doctrine de la guerre préventive. Vous frappez quelqu'un parce que vous subodorez qu'il vous menace. C'est très dangereux. Aujourd'hui, c'est l'Amérique ; demain, d'autres puissances vont frapper où et quand ça les arrange. Aujourd'hui, on le voit bien : l'Amérique s'isole et c'est parce qu'elle s'isole qu'elle court le risque de s'aveugler. Tous les regards se tournent vers un seul pays au cœur de toutes les tensions : le royaume du Lousdem. Les Américains sont prêts à y faire la guerre. La crise du Lousdem, c'est la mère de toutes les crises à venir. On est peut-être à la veille de la troisième guerre mondiale. ». Dans cette fiction dessinée, le Lousdem ressemble étrangement à l'Irak de 2003.
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D'où la position de la France : « Ce qu'il faut, c'est une doctrine d'action politique pour le monde face aux crises. On doit fixer des règles et un cap. Si on le fait pas maintenant, on va se retrouver embarqué dans une guerre qui n'a pas de sens. ». Et d'expliciter : « Il faut se mettre à la place des types qui vont lire ça entre deux siestes. Leur montrer le chemin, trouver un concept. On part d'où, en fait ? L'enjeu, c'est la sécurité collective. Personne n'a envie de se faire bombarder la gueule par des armes de destruction massive. Or, les États-Unis pensent que le Lousdem est une menace. Et là, on a deux visions du monde qui s'affrontent... Soit on dit aux Américains : "Allez-y les gars, faites comme chez vous"... "Rasez-moi ces conn@rds"... Mais là, c'est la loi de la jungle... Il va falloir faire la guerre... Le lundi contre le Lousdem. Le mardi contre la Corée du Nord. Le mercredi contre l'Iran. Soit on mouille tous la chemise et on met en place une procédure. On envoie des inspecteurs. On met la pression sur le Lousdem. Aucune complaisance. Et on décide tous ensemble de faire le point en fonction des résultats. Sans exclure la guerre. Mais en la gardant en dernier recours. Ça veut dire qu'on fait les choses en deux temps ! Et donc, deux résolutions ! D'abord, on fixe nos exigences. On dit aux Lousdéménites de se mettre d'équerre. Et ensuite, s'il le faut... On leur tape sur la gueule. Deux temps. C'est ça le concept. ».
Le personnage de cette BD avait raison par anticipation ! Après le Venezuela, Donald Trump a clairement menacé l'Iran, mais il pourrait aussi menacer le Groenland voire le Canada. Après tout, quand le droit international est bafoué par la force brutale, et, en premier lieu, quand la souveraineté d'un État indépendant est bafouée en toute quiétude, tout est possible. Vladimir Poutine l'a bien compris, lui qui voudrait annexer l'Ukraine. Et la Chine attend le meilleur moment pour reconquérir Taïwan. Inutile de dire que l'intervention militaire américaine au Venezuela donne quelques encouragements inespérés à Xi Jinping...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Venezuela : entre États voyous.
Maria Corina Machado.
Crime de lèse-Chavez.
Chavez, Président à vie.
Che Guevara.
Fidel Castro.
Staline.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260103-maduro.html
https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/venezuela-entre-etats-voyous-265717
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/03/article-sr-20260103-maduro.html
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