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3 janvier 2026 6 03 /01 /janvier /2026 19:03

« Nous avons enlevé Nicolas Maduro et sa femme pour les emmener vers l'État de New York. (…) Nous les inculpons en raison de leur campagne létale envers les États-Unis. » (Donald Trump, le 3 janvier 2025 à Mar-a-Lago, en Floride).




 


On pourrait se croire dans un article du Gorafi ou un premier avril, mais non, c'est bien la réalité vraie. Cette nuit du 2 au 3 janvier 2026, les États-Unis ont bombardé Caracas, ont pris au saut du lit le couple présidentiel, Nicolas Maduro et Cilia Flores, et les ont transférés au bord d'un navire en destination de New York : « Le Venezuela est libre, libre à nouveau ! » a proclamé un peu bestialement Donald Trump.

Au cours d'une conférence de presse à la Mar-a-Lago, le Président des États-Unis a justifié ce samedi ce coup de force par la « campagne létale » contre son pays orchestrée par l'héritier de Hugo Chavez.

Dans sa résidence de Floride où il a suivi en direct l'arrestation de Nicolas Maduro, Donald Trump s'est félicité de la prétendue parfaite réussite de l'opération militaire qui a mobilisé la puissance aérienne, terrestre et navale des États-Unis, avec des bombardements à Caracas et l'exfiltration du couple présidentiel : « Toutes les lumières ont été éteintes [à Caracas lors de l'intervention]. (…) Si vous aviez vu ce que j'ai vu hier soir, vous seriez impressionnés. (…) Aucun personnel américain n'a été tué. (…) Tout le matériel américain a été récupéré. ». Cette remarque a de quoi inquiéter : combien de Vénézuéliens ont-il été tués dans cette opération ? La vie humaine vaut autant lorsqu'elle est vénézuélienne que lorsqu'elle est américaine.

 


Au-delà de l'évidente diversion que constitue cette actualité brûlante (pour éviter que le projecteur du début de la nouvelle année soit braqué vers d'autres scandales), le Président américain, dans son audace déconcertante, a eu le mérite de la sincérité en exposant l'intérêt des entreprises américaines pour le pétrole vénézuélien : « Les compagnie pétrolières américaines vont s'implanter au Venezuela. (…) Nous allons faire en sorte que les entreprises investissent pour reconstruire son industrie pétrolière. (…) Nous voulons la sécurité pour le Venezuela et les pays qui l'entourent. (…) Ça fait longtemps que nous aurions dû faire cette mission. ».
 


Ainsi, dans ses justifications, le golfeur presque octogénaire a cité la démocratie (Maduro est un dictateur, ce qui est exact), la drogue (la justice américaine le recherche pour cette raison), le pétrole (ce qui est évident), et aussi le terrorisme (car la lutte contre le terrorisme aux États-Unis de Trump, c'est un peu comme la lutte contre les nazis dans la Russie de Poutine) : « Je ne laisserai jamais des terroristes opérer contre les États-Unis. ».
 


Pour les États-Unis, l'inculpation de Nicolas Maduro serait en effet justifiée par la justice américaine : « [Il] est un dictateur illégitime, chef d'un vaste réseau criminel, responsable du trafic de quantités colossales de drogues mortelles et illicites vers les États-Unis. ». Donald Trump voulait marteler sa satisfaction : « Nicolas Maduro était un baron de la drogue, qui gérait des cartels. (…) Des milliers de citoyens américains sont morts à cause de lui. (…) Il va faire face à la justice américaine. ».

Le Président français Emmanuel Macron, qui s'est entretenu au téléphone avec Donald Trump ce samedi, a salué cette journée de libération pour les Vénézuéliens : « En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolas Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo Gonzalez Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. ».
 


Disons-le tout de suite, la chute de Nicolas Maduro, l'un des pires autocrates de la planète, ne m'émeut pas et même me réjouit (un peu comme la chute de Bachar El-Assad... même si Nicolas Maduro a plutôt un petit air de ressemblance avec Saddam Hussein). En refusant le verdict des urnes par une fraude massive, cet ancien chauffeur de bus devenu syndicaliste a assis un pouvoir à Caracas qu'il n'a pu imposer qu'à la force des mitrailleuses... et des réserves pétrolières de son pays. Mais il suffit d'observer la déplorable santé économique de son pays pour comprendre à quel point ce roitelet s'est moqué de ce pays.

Cela étant précisé, il reste tout de même stupéfiant que les États-Unis n'aient pas hésité à s'installer à Caracas, car il s'agit bien de cela, d'une occupation américaine. Ce n'est pas l'hypocrisie d'une aide américaine à des renversements de régime socialiste en Amérique latine comme au début des années 1970, ni l'hypocrisie d'une volonté d'associer les Nations Unies à une guerre préventive contre un autocrate moyen-oriental, comme au début des années 2000.

 


En ce début de deuxième quart du XXI siècle, c'est la force décomplexée d'un empire en perte de vitesse. Au moins, du Prix Nobel de la Paix, il sera exclu. C'est le bourrin de bourrin qui assume tout, jusqu'à l'immoral : « Nous n'avons pas peur des répercussions. ». Pire encore, il est prêt à menacer encore, car les Américains veulent diriger directement le Venezuela jusqu'à la transition « sûre » : « Nous sommes prêts à une deuxième vague d'attaques si c'est nécessaire. ».

Mais cette menace vaut aussi pour d'autres pays. C'est le « message pour les ennemis [des États-Unis] du monde entier » que Donald Trump en a profité pour lancer : « Ce qui est arrivé à Nicolas Maduro pourra arriver à d'autres. ». Et il suffit de relire sa déclaration de la veille, le 2 janvier 2026 sur son réseau social, pour comprendre à quel pays il pensait, alors qu'au nouvel an, six manifestants contre le pouvoir iranien ont été tués par les forces de l'ordre : « Si l'Iran tire sur des manifestants pacifiques et les tue violemment, comme à son habitude, les États-Unis d'Amérique viendront à leur secours. Nous sommes prêts, armés et parés à intervenir. ».


Je relisais justement ces derniers jours de fête l'excellente bande dessinée "Quai d'Orsay" d'Albel Lanzac et Christophe Blain chez Dargaud (qui retrace le passage à ce ministère d'un certain Dominique de Villepin), et l'auteur explique, malgré les comportements un peu cavaliers du ministre, une vision claire de ce que devrait être la diplomatie française.

Je la rappelle avec les termes de cette bande dessinée mis dans la bouche du ministre : « L'équilibre sur lequel a reposé le monde pendant cinquante ans est rompu. Le 11-septembre a fait prendre conscience aux Américains à la fois de leur puissance et de leur faiblesse. À l'heure où nous parlons, les néoconservateurs redéfinissent une doctrine stratégique autour de la "sécurité". C'est la doctrine de la guerre préventive. Vous frappez quelqu'un parce que vous subodorez qu'il vous menace. C'est très dangereux. Aujourd'hui, c'est l'Amérique ; demain, d'autres puissances vont frapper où et quand ça les arrange. Aujourd'hui, on le voit bien : l'Amérique s'isole et c'est parce qu'elle s'isole qu'elle court le risque de s'aveugler. Tous les regards se tournent vers un seul pays au cœur de toutes les tensions : le royaume du Lousdem. Les Américains sont prêts à y faire la guerre. La crise du Lousdem, c'est la mère de toutes les crises à venir. On est peut-être à la veille de la troisième guerre mondiale. ». Dans cette fiction dessinée, le Lousdem ressemble étrangement à l'Irak de 2003.

 


D'où la position de la France : « Ce qu'il faut, c'est une doctrine d'action politique pour le monde face aux crises. On doit fixer des règles et un cap. Si on le fait pas maintenant, on va se retrouver embarqué dans une guerre qui n'a pas de sens. ». Et d'expliciter : « Il faut se mettre à la place des types qui vont lire ça entre deux siestes. Leur montrer le chemin, trouver un concept. On part d'où, en fait ? L'enjeu, c'est la sécurité collective. Personne n'a envie de se faire bombarder la gueule par des armes de destruction massive. Or, les États-Unis pensent que le Lousdem est une menace. Et là, on a deux visions du monde qui s'affrontent... Soit on dit aux Américains : "Allez-y les gars, faites comme chez vous"... "Rasez-moi ces conn@rds"... Mais là, c'est la loi de la jungle... Il va falloir faire la guerre... Le lundi contre le Lousdem. Le mardi contre la Corée du Nord. Le mercredi contre l'Iran. Soit on mouille tous la chemise et on met en place une procédure. On envoie des inspecteurs. On met la pression sur le Lousdem. Aucune complaisance. Et on décide tous ensemble de faire le point en fonction des résultats. Sans exclure la guerre. Mais en la gardant en dernier recours. Ça veut dire qu'on fait les choses en deux temps ! Et donc, deux résolutions ! D'abord, on fixe nos exigences. On dit aux Lousdéménites de se mettre d'équerre. Et ensuite, s'il le faut... On leur tape sur la gueule. Deux temps. C'est ça le concept. ».

Le personnage de cette BD avait raison par anticipation ! Après le Venezuela, Donald Trump a clairement menacé l'Iran, mais il pourrait aussi menacer le Groenland voire le Canada. Après tout, quand le droit international est bafoué par la force brutale, et, en premier lieu, quand la souveraineté d'un État indépendant est bafouée en toute quiétude, tout est possible. Vladimir Poutine l'a bien compris, lui qui voudrait annexer l'Ukraine. Et la Chine attend le meilleur moment pour reconquérir Taïwan. Inutile de dire que l'intervention militaire américaine au Venezuela donne quelques encouragements inespérés à Xi Jinping...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 janvier 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Venezuela : entre États voyous.
Maria Corina Machado.
Crime de lèse-Chavez.
Chavez, Président à vie.
Che Guevara.
Fidel Castro.
Staline.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260103-maduro.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/venezuela-entre-etats-voyous-265717

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/01/03/article-sr-20260103-maduro.html


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10 octobre 2025 5 10 /10 /octobre /2025 13:29

« Cette reconnaissance de la lutte de tous les Vénézuéliens nous encourage à mener à bien notre tâche : conquérir la liberté. Nous sommes à deux doigts de la victoire. » (Maria Corina Machado, le 10 octobre 2025 sur Twitter).




 


Le Prix Nobel de la Paix 2025 a été attribué ce vendredi 10 octobre 2025 à la chef de l'opposition au Venezuela Maria Corina Machado. C'est une excellente nouvelle qui ne ravira certainement pas notre guide de pacotille insoumise en France, Jean-Luc Mélenchon, mais qui va encourager les opposants politiques à garder espoir. La dictature sévit depuis 1999, quatorze ans de Chavez et douze ans de Maduro.

Une petite réflexion préliminaire sur le Prix Nobel de la Paix. Son attribution est très arbitraire et le choix, comme en littérature, est toujours sujet à un certain arbitraire parfois politique. Ou on l'attribue à des politiques et leur bilan est toujours contrasté, pour la paix à un moment, mais ce ne sont pas des saints ; ou on l'attribue à une sorte de personne rayonnante, une conscience internationale, et dans ce cas, c'est difficile aussi car elle n'a pas de pouvoir et ne peut que proposer. Ainsi, j'ai regretté qu'en 1990, Mikhaïl Gorbatchev a été préféré, malgré sa répression dans les Pays baltes, à Vaclav Havel qui avait réussi une révolution de velours en Tchécoslovaquie.

L'attribution à Barack Obama la première année de son premier mandat a été une erreur évidente parce qu'elle préjugeait de l'action future. Aujourd'hui, il existe une personnalité, chef d'État prétentieux, imbu de lui-même, qui n'a pas hésité à afficher son objectif de recevoir le Prix Nobel de la Paix. C'était trop tard pour 2025, mais l'accord entre Israël et le Hamas d'il y a un jour est véritablement prometteur et on aura le recul pour dire si ce plan de paix fonctionnera ou pas. Donald Trump pourrait mériter le Nobel s'il réussissait à mettre fin au conflit israélo-palestinien (sans précédent puisque le conflit dure depuis la création de l'État d'Israël et même auparavant), faute d'avoir su arrêter les ardeurs belliqueuses de Vladimir Poutine en Ukraine.

Mais revenons à Maria Corina Machado qu'on pourrait considérer comme trumpiste. Le quotidien "L'Humanité" a même l'aigreur de mettre en titre : « Le Prix Nobel de la Paix a bien été décerné à une figure de la droite extrême... mais pas à Trump ». L'excessif est toujours insignifiant.


Pourchassée par les autorités vénézuéliennes, elle est pourtant le meilleur espoir du peuple du Venezuela. Ingénieure âgée aujourd'hui de 58 ans, elle avait été choisie comme candidate unique de l'opposition à l'élection présidentielle du 28 juillet 2024 avec 93,1% à l'élection primaire organisée en octobre 2023 par l'opposition avec 2,4 millions de participants. Elle est devenue très rapidement populaire et favorite des sondages, surnommée la "libératrice", terme faisant référence à Simon Bolivar (oui Jean-Luc, n'est pas bolivarien qui veut !). Toutefois, elle a été cyniquement interdite de candidature le 27 janvier 2024 par un pouvoir aux abois et rendue inéligible pour quinze ans, mais a réussi à se faire remplacer par un autre candidat, Edmundo Gonzalez Urrutia (un ancien ambassadeur), que des sondages donnaient aussi largement gagnant contre Maduro (50% voire 60% contre 18%).

Les résultats officiels de cette élection présidentielle (le Président est élu dès le premier tour à la majorité pour un mandat de six ans renouvelable indéfiniment) ont été fortement contestés par l'opposition mais aussi par les observateurs internationaux en raison des fraudes nombreuses et multiples, d'autant plus que sous prétexte d'une problème informatique, le pouvoir n'a pas fourni les détails des votes ! Officiellement, Nicolas Maduro aurait été réélu avec 51,9% devant Edmundo Gonzalez Urrutia donné à 43,2%. Cependant, l'opposition a revendiqué la victoire avec 67,1% contre 30,5% pour Maduro et bénéficie depuis lors d'un fort soutien international. Le gouvernement de Maduro a réprimé durement les manifestants qui protestaient contre la confiscation de cette élection, entraînant 28 morts, 200 blessés et plus de 2 400 arrestations pour "terrorisme" (que les insoumis à peau de lapin se rappellent cette comparaison lorsqu'ils parlent avec exagération des opérations de maintien de l'ordre à Paris lors des émeutes engendrées par les gilets jaunes).

Députée de janvier 2011 à mars 2014, la future Prix Nobel a été destituée de son mandat de parlementaire par le pouvoir en place. Elle s'était auparavant vivement opposée à Chavez, réclamant son départ en 2004 (recueillant trois millions de signataires à sa pétition). Elle vit dans la semi-clandestinité (en état d'arrestation à l'issue du scrutin), interdite de sortie du territoire, mais continue de parcourir le Venezuela à la rencontre du peuple (en voiture car elle a aussi été interdite d'avion). Quant à Edmundo Gonzalez Urrutia, il s'est exilé en Espagne pour se protéger.


Salomé Robles a évoqué pour BFMTV la vie de cette résistante : « Depuis la présidentielle, elle donne des interviews virtuelles et anime brièvement les rares manifestations de l’opposition. Sa méthode : apparaître subitement à un coin de rue pour monter sur un camion-podium, haranguer la foule puis disparaître rapidement en moto pour échapper à une arrestation. ».
 


Centriste, Maria Corina Machado prône l'économie de marché au contraire du chavisme, propose de privatiser la compagnie pétrolière Petroleos de Venezuela et est favorable à une intervention américaine pour chasser du pouvoir le dictateur Maduro et sa clique corrompue. À l'extérieur, elle a soutenu Ivan Duque en Colombie, Javier Milei en Argentine et Benyamin Netanyahou en Israël. Et aussi Donald Trump à qui elle a dédié en partie son Prix Nobel de la Paix pour son soutien, sur Twitter : « Je dédie ce prix au peuple vénézuélien qui souffre et au Président Trump pour son soutien décisif à notre cause ! ».

Maria Corina Machado a déjà été récompensée dans son combat pour les libertés : elle a obtenu le Prix Vaclav-Havel décerné le 30 septembre 2024 par le Conseil de l'Europe et le prestigieux Prix Sakharov pour la liberté décerné le 24 octobre 2024 par le Parlement Européen, conjointement à Edmundo Gonzalez Urrutia.


Le Président du Comité Nobel à Oslo, Jorgen Watne Frydnes, a attribué le Prix Nobel de la Paix à Maria Corina Machado pour ses efforts « en faveur d'une transition juste et pacifique de la dictature à la démocratie ». Selon lui, elle « a été une figure clef de l'unité au sein d'une opposition politique autrefois profondément divisée, une opposition qui a trouvé un terrain d'entente dans la revendication d'élections libres et d'un gouvernement représentatif ». Et il a ajouté : « Malgré les graves menaces qui pèsent sur sa vie, elle est restée dans son pays, un choix qui a inspiré des millions de personnes. ». Jorgen Watne Frydnes a rappelé le contexte politique : « Le Venezuela est passé d’un pays relativement démocratique et prospère à un État brutal et autoritaire en proie à une crise humanitaire et économique. ».

Réveillée en pleine nuit pour être informée de son Prix Nobel, Maria Corina Machado a, elle aussi, évoqué le contexte national sur Twitter : « La machine de l’oppression a été brutale et systématique, caractérisée par des détentions, des tortures, des disparitions forcées et des exécutions extrajudiciaires qui constituent des crimes contre l’humanité et du terrorisme d’État. », en affirmant : « À chaque Vénézuélien, ce Prix est à toi ! ».

Si Maduro n'a pas (encore ?) réagi, l'ambassadeur du Venezuela à l'ONU, à New York, a lâché son venin : « Je ne connais pas la réaction de mon gouvernement, mais je vais vous dire la mienne. (…) J’espérais qu’elle gagne le Prix Nobel de Physique, parce qu’elle a les mêmes références pour le Nobel de Physique que pour le Nobel de la Paix. ». Quant aux États-Unis, s'ils sont contents pour l'opposante vénézuélienne, le directeur de la communication de la Maison-Blanche Steven Cheung restait dans les regrets sur Twitter : « Le Comité Nobel a prouvé qu’il privilégiait la politique à la paix. ».

Maria Corina Machado a de hautes ambitions pour son pays : « Nous allons devoir mettre en place les fondements d'une république libérale, éthique, dotée d’institutions solides, au service du peuple. (…) Nous allons faire revenir les huit millions de Vénézuéliens [dont ses trois enfants] qui ont été contraints de quitter le pays et qui souhaitent y revenir. ». Après le renversement de Maduro, elle jouera nécessairement un rôle majeur dans la transition démocratique, que j'espère survenir le plus rapidement possible.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Maria Corina Machado.
Crime de lèse-Chavez.
Chavez, Président à vie.
Che Guevara.
Fidel Castro.
Staline.
Woodrow Wilson (1919).
Léon Bourgeois (1922).
Aristide Briand (1926).
Mahatma Gandhi.
Martin Luther King (1964).
René Cassin (1968).
Willy Brandt (1971).
Henry Kissinger (1973).
Andrei Sakharov (1975).
Anouar El-Sadate (1978).
Mère Teresa (1979).
Lech Walesa (1983).
Desmond Tutu (1984).
Élie Wiesel (1988).
Le 14e dalaï-lama Tenzin Gyatso (1989).
Mikhaïl Gorbatchev (1990).
Aung San Suu Kyi (1991).
Nelson Mandela (1993).
Frederik De Klerk (1993).
Shimon Peres (1994).
Yitzhak Rabin (1994).
Yasser Arafat (1994).
ONU (2001).
Kofi Annan (2001).
Jimmy Carter (2002).
Al Gore (2007).
Martti Ahtisaari (2008).
Barack Obama (2009).
Irena Sendlerowa.
L’Union Européenne (2012).
Juan Manuel Santos (2016).




 





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3 juin 2024 1 03 /06 /juin /2024 09:26

« Je veux être reconnue comme la Présidente de l'éducation, des énergies renouvelables et des femmes ! » (Claudia Sheinbaum, discours de campagne).



 


Le Mexique, officiellement les États-Unis mexicains, paraît un pays encore plus rationalisé institutionnellement que les États-Unis (d'Amérique). Ce dimanche 2 juin 2024, les plus de 98 millions d'électeurs mexicains devaient élire à la fois leur Président des États-Unis mexicains, pour un mandat de six ans (non renouvelable), leurs 500 députés pour un mandat de trois ans, leurs 128 sénateurs pour un mandat de six ans, ainsi qu'un quart des gouverneurs des États, les députés locaux (équivalents chez nous aux conseillers régionaux), et aussi leurs maires.

Le Mexique est un grand pays, il compte un peu moins de 130 millions d'habitants, classé à la onzième position mondiale (dépassé par l'Éthiopie il y a quelques années). Il constitue un pays très étendu, de près de 2 millions de kilomètres carrés (quatorzième dans le classement mondial), et l'une des plaies du pays est l'insécurité. Aux précédentes élections fédérales du 1er juillet 2018, il y a eu pendant la campagne électorale au moins 145 assassinats, dont 48 de candidats. Au moins une personne a été assassinée pour ces élections-ci.

Favorite dans les sondages, Claudia Sheinbaum a été élue Présidente des États-Unis mexicains avec 58,6% des voix dans les premières estimations portant sur près de 73% des bureaux de vote (son score est donné dans la fourchette entre 58 et 60%). Elle succédera le 1er octobre 2024 à Andres Manuel Lopez Obrador issu du même parti qu'elle, le MORENA, mouvement social se situant au centre gauche.

À bientôt 62 ans dans quelques jours (elle est née à Mexico), elle sera donc la première femme à bientôt occuper la magistrature suprême au Mexique. Ce n'est évidemment pas son seul programme ni son seul CV. Elle est d'abord une scientifique, physicienne, spécialiste de l'énergie et en tant que telle, climatologue, faisant partie du fameux groupe d'experts internationaux appelé GIEC de 2007 à 2013 (le GIEC a reçu le Prix Nobel de la Paix 2007). Les plus fins observateurs (je plaisante) remarqueront que son nom n'est guère mexicain. Normal ! Fille d'un chimiste et d'une biologiste, elle fait partie d'une famille de réfugiés : ses grands-parents étaient juifs et ont fui les persécutions antisémites de Bulgarie et de Lituanie dans les années 1920.

Spécialiste du génie énergétique, elle a obtenu un doctorat en sciences de l'environnement et a fait une période postdoctorale dans un laboratoire universitaire en Californie. Elle a travaillé par la suite à la mairie de Mexico avec le maire Andres Manuel Lopez Obrador, maire de Mexico du 5 décembre 2000 au 29 juillet 2005, qui a démissionné pour se présenter à l'élection présidentielle du 2 juillet 2006 (il échoua également à l'élection du 1er juillet 2012 et fut élu à la suivante, celle du 1er juillet 2018). Les deux responsables partageaient leur appartenance au Parti de la révolution démocratique (PRD). Andres Manuel Lopez Obrador a créé ensuite le MORENA (Mouvement de regénération nationale) en 2012 et la future Présidente l'a rejoint deux ans plus tard.

Claudia Sheinbaum a été élue maire de Mexico le 1er juillet 2018 et a exercé ce mandat du 5 décembre 2018 au 16 juin 2023, date à laquelle elle a démissionné pour se consacrer pleinement à sa campagne pour l'élection présidentielle du 2 juin 2024. Parmi les plus de sa gestion municipale, l'écologie et le social, développement des transports en commun, aide aux plus démunis, ainsi que la sécurité, baisse de moitié des homicides, mais le gros moins fut l'accident du métro de Mexico du 3 mai 2021 (effondrement d'un pont et déraillement d'une rame) qui a coûté la vie à au moins 26 personnes et en a blessé environ 80 autres. L'enquête est toujours en cours. Parmi les moins de son parti au pouvoir pendant cette période, il faut aussi évoquer les très nombreuses victimes de la crise du covid-19 avec plus de 200 000 personnes mortes du covid-19 entre 2020 et 2022.

Forte d'une belle popularité à Mexico, elle a bataillé ferme pour se faire élire le 6 septembre 2023 à la primaire de la gauche unie rassemblant son parti, le parti des travailleurs et le parti écologiste (elle avait cinq concurrents). Parmi les mesures qu'elle a prônées durant sa campagne, elle a mis la violence contre les femmes comme une priorité, la solidarité nationale également pour les plus démunis, la protection de l'environnement (contre des intérêts industriels), et la légalisation de l'avortement dans un pays fortement catholique.

Dans la compétition présidentielle, Claudia Sheinbaum a eu pour adversaire Xochitl Galvez, femme d'affaires, ancien maire de Miguel Hidalgo et ancienne sénatrice, candidate d'une coalition regroupant les partis traditionnellement au pouvoir (PRI, Parti révolutionnaire institutionnel ; PAN, Parti action nationale et PRD, voir plus haut), qui obtiendrait 28,4% et le candidat du Mouvement citoyen, centre gauche, Jorge Alvarez Maynez qui obtiendrait 10,5% des voix, toujours selon les mêmes estimations. Les écarts sont suffisamment larges pour que l'identité du vainqueur ne fasse aucun doute.


Ce qui est notable, c'est que le programme de Xochitl Galvez, soutenue par l'élite conservatrice, était très modéré et la candidate s'était engagée à ne pas remettre en cause la politique sociale d'Andres Manuel Lopez Obrador. Cité par "Libération" du 7 septembre 2023 (au lendemain de la primaire), le politologue Carlos A. Perez Ricart a considéré que, même avant le scrutin, c'était déjà une grande victoire du Président sortant (qui n'a pas le droit de se représenter et qui jouit d'une forte popularité d'environ 60% d'opinions favorables) : « La candidature de Xochitl Galvez est l’une des grandes victoires de Lopez Obrador. Le curseur s’est tellement déplacé vers la gauche que la candidate de droite se comporte comme si elle était presque de gauche. ».

Quant aux élections législatives, sur près de 75% de bureaux de vote dépouillés, son parti MORENA obtiendrait 40,4% des voix, menant une coalition totalisant près de 53,6% des voix selon ces premières estimations. Quant au Sénat, le rapport de forces est du même ordre. Cela signifie que Claudia Sheinbaum pourra bénéficier d'un parlement de même bord qu'elle, ce qui, dans un régime présidentiel, est très important (on le voit aussi aux États-Unis).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juin 2024)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claudia Sheinbaum.
L'empereur Maximilien du Mexique.
Augustin Carsten, candidat à la direction générale du FMI en juin 2011.

Mort de Francisco Blake Mora en novembre 2011.




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20240602-claudia-sheinbaum.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/claudia-sheinbaum-premiere-femme-254990

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2024/06/03/article-sr-20240602-claudia-sheinbaum.html




 

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20 novembre 2023 1 20 /11 /novembre /2023 04:24

« Je ne suis pas venu ici pour guider des agneaux mais pour réveiller les lions ! » (slogan de Javier Milei en septembre 2021).




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C'est une surprise bien que ce fût le favori du second tour de l'élection présidentielle qui a eu lieu en Argentine ce dimanche 19 novembre 2023. Le candidat de l'opposition Javier Milei (53 ans) a été élu très largement Président de la Nation argentine en frôlant les 56% des voix et prendra ses fonctions le 10 décembre 2023, succédant au péroniste Alberto Fernandez pour un mandat de quatre ans. Il a battu le candidat arrivé en tête du premier tour le 22 octobre 2023, représentant du pouvoir sortant, le centriste Sergio Massa, Ministre de l'Économie, du Développement productif et de l'Agriculture depuis le 3 août 2022 après avoir été le Président de la Chambre.

Alberto Fernandez avait été élu dès le premier tour le 27 octobre 2019 avec 48,2% des voix en battant le Président libéral sortant Mauricio Macri (40,3%). Il avait fait un "ticket" avec l'ancienne Présidente (et aussi ancienne Première dame) Cristina Kirchner, l'actuelle Vice-Président sortante, qui a été condamnée le 6 décembre 2022 à six ans de prison et l'inéligibilité à vie pour administration frauduleuse au préjudice de l'État. Ce dimanche, c'est bien le kirchnérisme, héritier du péronisme, qui a été balayé par les électeurs.

Évoquons d'abord l'élection présidentielle. Le mode de scrutin est très compliqué car avant les deux tours (éventuels) de l'élection présidentielle, il y a des élections primaires assez compliquées. Ainsi, plusieurs candidats sont en compétition dans les partis respectifs et tous les électeurs peuvent participer. Le décompte des voix au sein de chaque parti donne le nom du candidat du parti concerné, comme des primaires classiques, mais cela donne aussi un classement entre les différents partis en compétition.

Ainsi, le 14 août 2023, trois candidats ont été ainsi choisis pour les trois partis principaux : Sergio Massa pour le parti présidentiel sortant (Union pour la patrie), péroniste, Patricia Bullrich pour le parti libéral, celui qui a été battu en 2019 (Ensemble pour le changement), et enfin, Javier Milei, pour le parti La liberté avance. Le classement a déjà été une grande surprise puisque la Liberté avance (LLA) est arrivée en tête avec 29,9% des voix, devant les candidats de l'Ensemble pour le changement (JxC) 28,0% et ceux de l'Union pour la patrie (UP) 27,3%.

Le premier tour du 22 octobre 2023 a placé Sergio Massa en tête avec 36,8% des voix devant Javier Milei 30,0% et Patricia Bullrich 23,8% pour une participation de 77,1%. Le candidat arrivé en tête n'ayant pas obtenu les 45% nécessaires pour être élu dès le premier tour, un second tour a donc été organisé pour départager les deux premiers candidats. Javier Milei a obtenu le soutien de la droite libérale et il était le favori malgré sa contre-performance lors du débat télévisé du 12 novembre 2023 face à un adversaire qui l'a pilonné de questions pour montrer ses contradictions. Cela n'a visiblement pas suffi à convaincre les électeurs d'arrêter le dégagisme.

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Qui est Javier Milei ? Une sorte d'OVNI politique comme il y en a maintenant un peu partout dans le monde. Économiste dans une banque, membre du Forum de Davos, Javier Milei est connu depuis 2014 par ses nombreuses interventions polémiques à la télévision et à la radio : il défendait dans ses analyses des positions ultralibérales, à savoir le refus de l'intervention de l'État dans l'économie et était considéré déjà en 2019 comme l'une des personnalités les plus influentes d'Argentine. Sa forte médiatisation s'est faite aussi par l'utilisation de mots grossiers et d'un ton qui est peu ordinaire et tend à secouer la classe politique.

Le 14 juillet 2021, Javier Milei a créé son propre parti, La Liberté avance. Son engagement politique date de l'année précédente où il manifestait contre la poursuite du confinement à cause de la crise du covid-19, amorçant un véritable courant politique de droite au sein de la population. Son discours est anti-tout, s'en prenant à la classe politique actuelle composée de « politiques inutiles, parasites, qui n'ont jamais travaillé ». Il s'est fait élire député de Buenos Aires le 14 novembre 2021.

Lorsqu'il a annoncé sa candidature à l'élection présidentielle, il a expliqué son plan tronçonneuse visant à réduire les dépenses publiques (ses militants arboraient ainsi des tronçonneuses en carton dans ses meetings). Il défend la suppression de nombreux ministères qu'il considère inutiles comme l'éducation, la santé, les femmes, la protection sociale, etc. Et il se dit favorable au commerce d'organes (voyant qu'il y avait un marché dans ce domaine). Il pense même que dans le futur, on commercialisera les enfants et on privatisera les rues. Il est également pour une immigration sans limites. Il est également pour une immigration sans limites. Il a dénoncé l'adhésion de l'Argentine aux BRICS (effective le 1er janvier 2024) et soutient fermement l'Ukraine.

Javier Milei est par ailleurs le seul candidat à avoir très clairement apporté son soutien à Israël, condamnant le terrorisme islamique. Interrogé par "The Times of Israel" juste avant le second tour, il expliquait : « Ce que j’admire le plus en Israël, c’est sa culture, son peuple. Je suis très admiratif de voir comment ils parviennent à conjuguer le monde spirituel et le monde réel. Pour moi, c’est formidable et admirable. (…) Non seulement j’ai condamné les actes terroristes du Hamas, mais j’ai également exprimé ma solidarité avec Israël. Surtout, j’ai exprimé avec force mon soutien au droit légitime d’Israël à se défendre.  ».

Dans cette interview recueillie par la journaliste Michelle Mendeluk, qui va avoir bientôt un enfant, Javier Milei n'hésitait pas à faire preuve d'un manichéisme grossier : « Si nous gagnons, votre enfant sera le témoin de la reconstruction de l’Argentine, du tournant du déclin et du chemin de l’Argentine pour redevenir l’un des meilleurs pays du monde. Dans le cas contraire, votre fils ou votre fille vivra dans un endroit qui est en passe de devenir le plus grand bidonville du monde, et si cela se produit, votre enfant risque d’émigrer. ».

Sa colistière, l'avocate Victoria Villarruel (48 ans), également députée de Buenos Aires depuis 2021, qui sera donc la Vice-Présidente de la Nation argentine à partir du 10 décembre 2023, avait créé des polémiques auparavant par sa défense de la dictature militaire et son révisionnisme sur cette période tragique de l'Argentine.

En France, les journalistes classent volontiers Javier Milei à l'extrême droite tout en le considérant ultra-libéral voire libertarien. Ces classements me paraissent peu cohérents avec ses propres prises de position. Il est par exemple profondément anti-avortement, mais n'est pas contre le mariage pour tous ; il est très favorable à la libéralisation des drogues et à la liberté de posséder et de porter des armes. Il rejette la réalité du bouleversement climatique et prône la théorie du marxisme culturel (une théorie complotiste d'extrême droite). Wikipédia le qualifie de « libertarien de droite ». Ce qui est sûr, c'est qu'il est pour un capitalisme libre de toute contrainte de l'État.

S'il fallait le comparer à d'autres personnalités d'autres pays, on pourrait dire trop simplement qu'il serait une sorte de mélange de Donald Trump, qu'il admire évidemment, et Éric Zemmour avec un zeste de Jair Bolsonaro, mais cela ne suffirait certainement pas à expliquer sa position sur les stupéfiants par exemple. On pourrait plus simplement le qualifier de populiste, car ses électeurs ont probablement eu des motivations très diverses et variées pour voter pour lui (les prochaines enquêtes d'opinion donneront une indication à ce sujet).

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La victoire présidentielle de Javier Milei est surtout la défaite non seulement du Président sortant Alberto Fernandez, mais plus généralement de la classe politique argentine incapable de juguler suffisamment la crise économique malgré un retour à la croissance, une diminution du chômage et un recul de la pauvreté (mais l'inflation est proche de 150%). Pendant sa campagne, Javier Milei avait exhorté ses compatriotes à ne pas investir dans la monnaie nationale, le peso argentin, ce qui a fait chuter son cours en bourse (il veut dollariser l'économie argentine et le dit en montrant un billet de 100 dollars à son effigie). En criant sa victoire, reconnue par son adversaire, Javier Milei a ni plus ni moins promis la fin de la décadence. Nous voilà rassurés.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Douche froide en Argentine : Javier Milei promet la fin de la décadence !
Le pape François.
Che Guevara.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20231119-javier-milei.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/douche-froide-en-argentine-javier-251625

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/11/19/40112613.html






 

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11 septembre 2023 1 11 /09 /septembre /2023 05:20

« Mes paroles n'expriment pas l'amertume mais la déception et ces paroles seront le châtiment de ceux qui ont trahi le serment qu'ils firent. (…) Ils ont la force, ils pourront nous asservir mais nul ne retient les avancées sociales avec le crime et la force. L'Histoire est à nous, c'est le peuple qui la construit. » (Salvador Allende, le 11 septembre 1973 à Santiago du Chili).




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Pour des millions d'Américains, la journée du 11 septembre est particulière. Pour les Chiliens aussi, cette journée est particulière, mais pour une autre raison. Il y a exactement cinquante ans, le 11 septembre 1973, l'armée chilienne prenait d'assaut La Moneda (le palais présidentiel), à Santiago du Chili, et renversait le régime politique constitutionnel qui avait permis à l'Union populaire de prendre le pouvoir trois ans plus tôt. Assiégé depuis 7 heures du matin, le Président socialiste Salvador Allende s'est suicidé vers 14 heures. Il avait 65 ans. Ce putsch a mis au pouvoir le général Augusto Pinochet, nommé le 23 août 1973 commandant en chef des forces armées chiliennes par Salvador Allende et est resté à la tête des armées jusqu'au 11 mars 1998. Pinochet est resté chef de l'État jusqu'au 11 mars 1990 et a accepté une transition démocratique après l'échec du référendum du 5 octobre 1988.

Avant tout, il faut rappeler que le régime de Pinochet était insoutenable pour les partisans de la démocratie et des libertés. Différents rapports ont apporté quelques éléments factuels sur les exactions de cette dictature militaire pendant plus de seize ans : 2 279 assassinats d'opposants politiques, 27 255 personnes torturées, des milliers de disparus, des corps introuvables encore aujourd'hui (les familles des victimes réclament toujours que justice soit faite). Il y a eu des milliers de réfugiés chiliens qui se sont exilés, j'ai eu l'honneur d'avoir eu pour amis certains de ceux-ci.

Augusto Pinochet est mort "tranquillement" à 91 ans le 10 décembre 2006 à l'hôpital de Santiago, à la suite d'une crise cardiaque et d'un œdème pulmonaire, sans avoir été réellement inquiété par la justice chilienne ni même internationale (malgré plusieurs tentatives et procédures). Du reste, à sa mort, 60 000 Chiliens sont venus lui rendre hommage devant son cercueil, ce qui donne un aperçu de la division du pays.

Pendant une décennie (1973-1982), la dictature chilienne était un argument électoral en France : les gens de gauche envoyaient Pinochet à la figure des gens de droite et réciproquement, les gens de droite envoyaient Brejnev et aussi, à partir de 1981, Jaruzelski à la figure des gens de gauche. Cela ne faisait pas avancer les débats mais permettait de se situer dans un camp ou un autre. Pourtant, c'était comme si aujourd'hui, il n'y avait que le choix entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, ce qui n'est heureusement pas le cas. Après 1982, et l'échec total de la politique économique de François Mitterrand (et le début d'une politique d'austérité), le clivage politique en France s'est assoupli sur des invariants économiques comme celui de vouloir réduire les déficits et la dette publique (tout en continuant à vouloir raser gratis, c'est là le paradoxe politique français).

Cinquante ans après le coup d'État du 11 septembre 1973, le Chili reste encore profondément divisé car les raisons du coup d'État pouvaient être fondées. L'arrivée au pouvoir de l'Union populaire, a fait du Chili le second pays marxiste (après Cuba) de la zone d'influence des États-Unis, selon ce pays. Si Richard Nixon était profondément opposé à l'arrivée de Salvador Allende au pouvoir, le niveau d'implication des États-Unis, en particulier de la CIA, reste encore sujet à débat. Ce qui est sûr, c'est que les Américains ont soutenu la dictature de Pinochet, du moins à ses débuts (la poignée de main du conseiller spécial à la Sécurité Henry Kissinger à Augusto Pinochet en est une illustration).

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Plusieurs éléments politiques et économiques sont néanmoins à prendre en compte pour expliquer ce coup d'État, même s'il ne l'excuse pas car les valeurs sont absolues et pas relatives.

Politiquement, le pouvoir de Salvador Allende était très instable et sa légitimité contestée (et contestable). L'élection présidentielle a eu lieu le 4 septembre 1970 (coïncidence, exactement un siècle, jour pour jour, après la proclamation de la Troisième République française par Léon Gambetta du parvis de l'Hôtel de Ville de Paris, réel commencement de la République en France), scrutin à un seul tour, très serré, et aucun des trois candidats n'a obtenu de majorité absolue : Salvador Allende (Union populaire) a recueilli 36,6% des voix et est arrivé en tête, après avoir échoué dans les trois précédentes élections présidentielles (4 septembre 1952, 4 septembre 1958 et 4 septembre 1964), Jorge Alessandri (ancien Président de la République, du parti national) 35,3% et Radomiro Tomic (démocrate chrétien) 28,1%.

Un scrutin alors a donc été organisé au sein du Parlement chilien pour départager les candidats, conformément à la Constitution. Les démocrates chrétiens ont choisi de voter pour Salvador Allende en compensation d'une restriction des pouvoirs présidentiels. Le 24 octobre 1970, Salvador Allende a été élu par 153 voix contre 35 pour Jorge Alessandri et 7 blancs (195 votes pour 200 parlementaires). Le Président du Sénat Tomas Pablo a ainsi proclamé : « En accord avec les articles 64 et 65 de la Constitution, la séance plénière du Congrès proclame le citoyen Salvador Allende Gossens, Président de la république du Chili pour la durée comprise entre le 3 novembre 1970 et le 3 novembre 1976, la séance est levée. ». Les États-Unis avaient tenté d'empêcher ce scrutin parlementaire, sans succès.

Pendant trois ans, la situation politique fut très instable et très agitée, six gouvernements se sont succédé, souvent renversés, les parlementaires démocrates chrétiens se retrouvant dans l'opposition, jusqu'au 22 août 1973 où les députés ont adopté, par 81 voix contre 47, une résolution condamnant une « violation grave de l'ordre constitutionnel et juridique de la République ».

La situation économique était catastrophique : l'inflation était à trois chiffres, la monnaie chilienne s'était effondrée, la balance du commerce extérieur, excédentaire avant l'arrivée de l'Union populaire, était déficitaire, les grèves paralysaient le pays, en particulier celle des camionneurs soutenus (financés) par la CIA, etc. Non seulement le Chili n'avait plus le soutien économique des États-Unis, mais l'Union Soviétique l'avait aussi lâché, regrettant que Salvador Allende n'ait pas pris totalement le pouvoir et n'ait pas employé l'usage de la force armée contre les opposants.

Aux élections législatives du 4 mars 1973, l'opposition a remporté la victoire avec 55,6% des voix, mais cela restait insuffisant pour destituer le Président. Salvador Allende a nommé son dernier gouvernement le 9 août 1973. Il y a nommé des militaires à des postes ministériels cruciaux (Budget, Travaux public, etc.) pour répondre à la grève des camionneurs dans un climat de violence généralisée (le transports est un facteur économique essentiel dans un pays si allongé). Il a nommé le général Augusto Pinochet au poste de commandant en chef des forces armées le 23 août 1973.

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Salvador Allende comptait rebondir politiquement en annonçant le 13 septembre 1973 la tenue d'un plébiscite pour fixer son sort, mais le putsch l'en a empêché. Replié dans son palais présidentiel, le Président encore en exercice a tenté de résister face aux assauts des putschistes. Mais avec la certitude d'échouer : on ne pouvait pas résister avec des mitraillettes aux bombes lâchées par des avions. Il a réussi à faire évacuer l'ensemble de ses partisans et s'est suicidé après avoir fait une déclaration publique. Un officier lui avait proposé de l'exfiltrer et de le faire exiler à l'étranger, mais l'avion aurait probablement été saboté.

Salvador Allende s'est-il vraiment suicidé ? La question mérite d'être posée car la plupart de ses partisans considéraient qu'il avait été assassiné par les militaires. Sans doute l'aurait-il été, un jour ou l'autre, après avoir été fait prisonnier s'il s'était rendu. Une enquête approfondie qui a été jusqu'à l'exhumation du corps de Salvador Allende, en 2011, a conclu néanmoins qu'il s'était effectivement suicidé, avec l'arme que lui avait offerte Fidel Castro (une kalachnikov AK-47 sur laquelle était écrit : « À mon bon ami Salvador, de la part de Fidel, qui essaye par des moyens différents d'atteindre les mêmes buts »).

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Le journaliste Thomas Huchon (célèbre chasseur de désinformation) a recueilli certains témoignages sur cette fin tragique, qu'il a publiés en 2013 dans son livre "Allende, c'est une idée qu'on assassine" (éd. Eyrolles). Ainsi, Arturo Jiron, Ministre de la Santé, ami et médecin de Salvador Allende : « Mon dernier moment avec Allende, c’est à La Moneda, le jour du coup. Avant le début des combats, il nous a demandé de sortir du Palais. Il ne souhaitait pas de "héros inutiles". Seuls ceux qui savaient se battre pouvaient rester. Et, en toute logique, aucun de nous n’est parti. Pourtant, on ne savait pas se servir d’une arme à feu ! Mais nous sommes tous restés avec lui. Je vais même te dire que c’est un grand honneur que l’on soit tous restés avec lui, jusqu’à la fin. Je crois que le terme de courageux n’est pas approprié pour qualifier le comportement d’Allende ce jour-là. Il a été héroïque ! (…) J’ai entendu un coup de feu et j’ai quitté la file pour aller voir ce qui se passait. J’ai passé la tête dans la pièce et j’ai vu le Président Allende mort. À ce moment, Enrique Huerta a crié : “Le Président est mort !”. Moi, je suis parti annoncer à mes camarades la triste nouvelle. ».

De même, l'ancien ministre d'Allende, chargé de la nationalisation du cuivre, Jorge Arrate a confié à Thomas Huchon : « Je n’ai aucun doute sur le fait qu’il était prêt à se sacrifier. “Pour me sortir de La Moneda, ce sera les pieds devant !”, ou encore : “Je ne sortirai que dans un pyjama de bois !”, il le répétait. Je pense que ses discours au moment de mourir, qui sont une merveille, ont été dits avec cette tranquillité, cette sérénité, parce qu’il savait que ça pouvait arriver (…). On l’a nié [la thèse du suicide] parce que ces gens, Pinochet et les siens, étaient tellement mauvais que l’on ne voulait pas les libérer de la responsabilité de notre mort. En réalité, ça ne change rien. Ils tuaient des milliers de personnes, alors, une de plus, une de moins... Le point clef, c’est que, si quelqu’un tire des roquettes sur un bâtiment, c’est pour tuer ceux qui se trouvent à l’intérieur. Quand quelqu’un se défend contre des chars, des roquettes, avec une mitraillette, c’est parce qu’il est prêt à se faire tuer. Pour moi, cela revient au même qu’il se soit tué, où qu’on l’ait assassiné. De toutes les manières, ils l’ont tué. (…) Je crois, mais ce n’est là qu’une interprétation personnelle, qu’il prévoyait que, s’ils le prenaient vivant, il serait l’objet d’une série d’humiliations. Ce qu’il représentait allait perdre en dignité, en force. Il allait être comme d’autres Présidents latino-américains vaincus, à qui l’on offre un avion afin qu’il s’exile. J’imagine qu’il ne voulait pas être comme les autres. Pour autant, son suicide n’est pas un geste d’égolâtrie. Son suicide, c’est basiquement pour sauver la dignité d’un projet politique, et sa propre dignité. ».

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Paradoxalement, parallèlement à la dictature militaire qui a mis une chape de plomb sur les libertés publiques et la démocratie, le régime Pinochet s'est caractérisé par une longue période de stabilité et prospérité économiques, au point que des économistes, à l'instar de Milton Friedman, ont parlé de "miracle chilien". Cela a longtemps justifié le soutien du régime notamment par les États-Unis (même sous Jimmy Carter) et la Grande-Bretagne (sous Margaret Thatcher), bénéficiant d'un brevet de résistance au communisme en pleine guerre froide. À la seconde moitié des années 1980, les États-Unis ont commencé à soutenir les transitions démocratiques dans les pays d'Amérique du Sud, bien avant la chute de l'URSS.

Ainsi, à son cinquantième anniversaire, ce triste événement reste encore un sujet clivant de discussion. Pour moi, les milliers d'assassinats, les dizaines de milliers de tortures ont parlé pour le régime. La prospérité économique n'est pas le premier objectif dans une communauté humaine. Helmut Kohl l'a bien compris lorsqu'il a accéléré la Réunification allemande en intégrant l'Allemagne de l'Est dans l'Allemagne fédérale avec la parité des deux marks, ce qui a plombé l'économie allemande pendant plus d'une dizaine d'années : pour les peuples, les objectifs politiques ont toujours primé sur les considérations économiques. C'est ce que certains Chiliens devraient comprendre pour assumer définitivement cette partie tragique de l'histoire du Chili.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a 50 ans, le coup d'État au Chili.
Rapport Rettig publie le 9 février 1991 (à télécharger).
Augusto Pinochet.
Patricio Aylwin, homme-clef de la transition démocratique chilienne.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230911-chili-1973.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-autre-11-septembre-249919

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/09/08/40033202.html










 

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9 janvier 2023 1 09 /01 /janvier /2023 04:25

« [Lula] peut compter sur le soutien inébranlable de la France. » (Emmanuel Macron, le 8 janvier 2023).




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Est-ce une tentative de putsch comme l'Amérique du Sud en est si coutumière (entre autres, car d'autres continents en sont coutumiers également) ? Ou est-ce une manifestation un peu trop explicite de colère d'avoir perdu les élections ? En tout cas, ce ne sont pas des gilets jaunes (seulement 2 000 dans les rues de Paris le samedi 7 janvier 2023 !), au moins des gilets jaunes et verts aux couleurs nationales du Brésil... et même, pour certains nostalgiques, de l'Empire du Brésil, période qui s'étend du 12 octobre 1822 au 15 novembre 1889 ? En tout cas, l'insurrection à Brasilia des partisans de l'ancien Président Jair Bolsonaro, en envahissant les institutions politiques les plus hautes du Brésil, a de quoi inquiéter une nouvelle fois sur la santé de la démocratie brésilienne.

Des centaines de partisans de Jair Bolsonaro (certains ont estimé jusqu'à 4 000) ont envahi ce dimanche 8 janvier 2023 les palais nationaux dans la capitale du Brésil : la Cour suprême du Brésil, le Congrès national du Brésil, et même, le Palais du Planalto, résidence du Président du Brésil. Comme c'était dimanche, ces locaux étaient vides. Les forces de l'ordre ont mis longtemps à réagir, puis ont procédé à au moins 150 arrestations tout en tentant de rétablir l'ordre public (avec des bombes lacrymogènes).

Le Président Lula, qui, élu le 30 octobre 2022, venait d'être intronisé à la tête du Brésil le 1er janvier 2023 en l'absence de son prédécesseur et adversaire Jair Bolsonaro, parti aux États-Unis (à Orlando, en Floride), était absent, lui aussi, de Brasilia (il était à Araraquara, dans l'État de Sao Paulo) et a réagi avec fermeté en considérant ces insurgés comme des « vandales fascistes ». Il souhaite punir tous les fauteurs de trouble qui refusent de reconnaître sa victoire démocratique et qui s'en prennent aux institutions.

On se rappelle aussi que son prédécesseur avait tenté d'organiser la paralysie sur les routes par blocages de camions afin d'empêcher certains habitants d'aller voter au second tour le 30 octobre 2022, sans succès puisque finalement, Lula a gagné avec un écart suffisamment large pour que les personnes de bonne foi et honnêtes intellectuellement ne puissent pas contester sa victoire.

Il est impossible de ne pas faire le parallèle avec l'invasion du Capitole à Washington le 6 janvier 2021, quelques jours avant l'avènement de Joe Biden à la Maison-Blanche. Ces deux faits, extrêmement graves pour le respect de la démocratie, paraissent des farces, et pourtant, c'est grave parce que des vies humaines pourraient périr dans ce genre d'événement. À ma connaissance, il n'y a pas eu (encore) de victime, mais la violence appelle la violence et le champ du possible peut s'élargir soudainement.

Refuser la règle du jeu démocratique est le germe d'une tentation autoritaire. La mauvaise foi se mêle à la rancœur mais aussi à la fantaisie. On voyait ainsi des insurgés jouer au toboggan dans l'enceinte du Parlement. Certains journalistes, de loin, y voyaient une "profanation" de lieux sacrés, ce qui est assez ridicule : il ne s'agit pas de lieux saints mais de locaux des institutions, et ceux-ci appartiennent au peuple. Certes, il faut les respecter comme il faut respecter la parole du peuple qui s'exprime au travers des élections, mais il faut aussi dédramatiser. J'ai déjà vu des enfants jouer dans l'hémicycle du Palais-Bourbon au cours d'une visite on ne peut plus ordinaire. Les insurgés de Bolsonaro n'ont même pas interrompu une séance puisque les parlementaires ne siégeaient pas (au contraire de la journée du 6 janvier 2021 à Washington où les parlementaires devaient justement officialiser l'élection de Joe Biden).

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Cette insurrection fait suite à une vague de manifestations très dures de la part de l'extrême droite depuis l'élection de Lula, extrême droite qui a demandé (en vain) l'intervention de l'armée pour renverser le Président élu. Le gouvernement de Lula doit agir avec fermeté mais sans faire de victimes, ce qui est très difficile dans le cas de manifestants violents. Force doit être donnée et reconnue au candidat élu démocratiquement.

Au-delà du légalisme qui donne raison à Lula, ce pays qu'est le Brésil va être très difficile à gouverner car cet événement montre une fois encore (et on le savait lors de la campagne électorale) que le Brésil est très profondément divisé en deux camps totalement opposés. Il n'est pas sûr que Lula, maintenant un vieillard, issu de l'extrême gauche mais soutenu en 2022 jusque par des partis de centre droit, puisse être l'homme de la situation pour rétablir l'ordre mais aussi la concorde et la réconciliation au sein du peuple. Son malheur est sans doute qu'il n'a pas su trouver un héritier politique et qu'il a dû lui-même revenir au pouvoir.

Décidément, le Brésil suit le destin des États-Unis, avec Bolsonaro dans le rôle de Donald Trump, Lula dans celui de Joe Biden, le premier sera octogénaire comme le second avant la fin de son mandat, et les ultras de Bolsonaro aussi stupides que ceux de Trump, avec en plus la bêtise de le faire après avoir perdu le pouvoir (au contraire des trumpistes).


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brasilia : selon Lula, des vandales fascistes !
Luiz Inacio Lula da Silva.
Brésil 2022 : grande incertitude électorale.
Au Brésil, le choc des titans...

Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230108-brasilia-insurrection.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/brasilia-selon-lula-des-vandales-245935

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/08/39774111.html







 

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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 04:50

« La résurrection est une idée toute naturelle ; il n'est pas plus étonnant de naître deux fois qu'une. » (Voltaire).




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Comme les sondages le laissaient prévoir, le second tour de l'élection présidentielle qui s'est déroulée ce dimanche 30 octobre 2022 au Brésil a été très serré pour les plus de 156 millions d'électeurs que compte le grand peuple d'Amérique latine.

Le vote est obligatoire selon l'âge (les plus âgés sont exonérés de l'obligation), ce qui permet une forte participation (qui n'est donc qu'artificielle). En revanche, la passion entre les deux camps n'était pas artificielle et c'est pour cela qu'il y a eu peu de bulletins blancs ou nuls. Par ailleurs, le vote se faisait de manière électronique (j'ai déjà écrit ce que je pensais d'une telle méthode). Le vote électronique a de nombreux défauts sur la transparence, la garantie, pour chaque citoyen, sans compétence informatique, que le vote est sincère et secret, mais il a au moins un avantage, la rapidité du dépouillement.

Durant plusieurs heures, c'était le site du Tribunal supérieur électoral (TSE) qui a communiqué l'état des totaux en fonction de la part prise en compte des bulletins. À un moment donné, il y avait moins de 700 000 voix d'écart, ce qui, sur plus de 120 millions de voix, était un écart très faible de quelques dixièmes de pourcent. Mais comme les zones où Jair Bolsonaro était le plus populaire ont été dépouillées les premières, la courte avance qu'avait acquise son concurrent Luiz Inacio Lula da Silva ne pouvait que s'accroître au fil des résultats.

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C'est ce qui s'est passé et peu avant 20 heures, heure locale (minuit, heure de Paris), même si les bureaux de vote n'avaient pas encore été tous comptabilisés (seulement 98,9% des bulletins), l'élection de Lula était mathématiquement acquise en raison de la différence de voix. La fin du dépouillement a eu lieu au-delà de 22 heures 30, avec plus de 2 millions de voix d'écart, ce qui reste une courte avance (de moins de 2% des suffrages).

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À 22 heures 29, sur plus de 99,99% des bulletins dépouillés, Lula est arrivé en tête avec 60 344 845 voix, soit 50,90% des voix, face à Jair Bolsonaro 58 205 521 voix, soit 49,10% des voix. Sur les 124 250 767 bulletins dépouillés, 3,16% ont été comptabilisés parmi les blancs et les nuls.

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À minuit heures 18, la totalité des bulletins ont été dépouillés. Sur 125 252 796, Lula est arrivé en tête avec 60 345 999 voix, soit 50,90% des voix, face à Jair Bolsonaro 58 206 354 voix, soit 49,10% des voix. Un peu plus de 2,1 millions de voix les séparent.



Ouvrier à 14 ans, figure du syndicalisme brésilien, président du Parti des travailleurs du 10 février 1980 au 15 novembre 1994, député de Sao Paolo de février 1987 à février 1991, Lula a été élu Président de la République fédérative du Brésil le 27 octobre 2002, réélu le 29 octobre 2006, en exercice du 1er janvier 2003 au 1er janvier 2011. Et il fait donc son grand retour au pouvoir en se faisant réélire ce 30 octobre 2022, son mandat de quatre ans commencera le 1er janvier 2023. Il y a trois jours, Lula venait de fêter son 77e anniversaire, ce qui est très âgé (mais plus jeune que Joe Biden de trois ans).

La grande question, très immédiatement, est le comportement de son rival et Président sortant Jair Bolsonaro : va-t-il reconnaître sa défaite ou donnera-t-il dans le trumpisme électoral ? Si l'élection a été serrée, l'écart en voix est quand même important, plus de 2 millions d'électeurs, et pour contester sa défaite électorale, il lui faudra démontrer que plus d'un million d'électeurs auraient pu changer leur vote, ce n'est pas une mince affaire juridique.

D'un point de vue politique, il n'est pas sûr que ce soit l'intérêt de Jair Bolsonaro de contester la victoire de Lula : en effet, son parti est arrivé en tête le 2 octobre 2022, ce qui signifie que l'influence politique de Bolsonaro restera importante au sein du Parlement brésilien. S'il souhaite reprendre sa revanche en 2026, face à un Président sortant qui sera probablement un vieillard, il aura intérêt à ne pas hypothéquer ses chances en ne reconnaissant pas la légalité électorale.

La tâche de Lula va être immense, la première sera de réunifier le pays profondément divisé en tentant la réconciliation. Mais celle-ci semble déjà mission impossible !...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Luiz Inacio Lula da Silva.
Brésil 2022 : grande incertitude électorale.
Au Brésil, le choc des titans...

Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221030-lula.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/bresil-2022-lula-de-retour-sur-le-244665

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29 octobre 2022 6 29 /10 /octobre /2022 05:33

« À partir de l'incertitude avancer tout de même. Rien d'acquis, car tout acquis ne serait-il pas paralysie ? L'incertitude est le moteur, l'ombre est la source. » (Philippe Jaccottet).




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Le second tour de l'élection présidentielle au Brésil se tient ce dimanche 30 octobre 2022 et le moins qu'on puisse observer, c'est que la plus grande incertitude est au rendez-vous. Initialement, ce scrutin aurait dû être le retour triomphal de l'ancien Président Lula (Luiz Inacio Lula da Silva) dont la popularité n'a jamais cessé d'être élevée depuis la fin de son second mandat il y a douze ans, même lorsqu'il a été incarcéré (de manière injustifiée).

Issu du Parti des travailleurs (à gauche dans l'échiquier politique), il était aussi soutenu par une frange du centre droit et Geraldo Alckmin, le candidat Vice-Président avec lequel Lula s'est associé, fait même partie des milieux d'affaires. Dans les sondages, il bénéficiait avant le premier tour d'entre 10 et 15 points d'avance, et la polarisation du débat électoral autour des deux seuls candidats Lula et Jair Bolsonaro (le Président sortant du "Parti libéral", considéré populiste sinon d'extrême droite) a même laissé probable son élection dès le premier tour.

Mais il en a été tout autrement : Jair Bolsonaro a su se redresser, remonter et profiter de nombreux "votes cachés", notamment auprès de ses réseaux religieux. Au premier tour le 2 octobre 2022, seulement 5 points les séparaient, Lula en tête avec 48,4% et Jair Bolsonaro 43,2%.

La situation a été même très profitable au Président sortant puisque, en même temps que le premier tour de l'élection présidentielle, ont eu lieu aussi les élections parlementaires, le renouvellement des 513 sièges de la Chambre des députés et d'un tiers des 81 sièges du Sénat. Or, ces élections parlementaires ont été une grande victoire du parti de Jair Bolsonaro qui est devenu la première formation du pays avec 99 sièges sur 513, soit 66 sièges de plus qu'aux précédentes élections parlementaires du 7 octobre 2018. Le parti de Lula, le Parti des travailleurs, avec 68 sièges, a gagné aussi en sièges, mais seulement 12, et sa coalition Brésil de l'espoir, formée avec les communistes et le Parti vert n'a obtenu que 80 sièges, deuxième formation du pays, bien loin du PL. La Chambre des députés restera très divisée et obtenir des majorités sera difficile dans ce pays au régime présidentiel. Les performances électorales au Sénat étaient de même proportion qu'à la Chambre des députés, avec le PL en tête avec 8 sièges sur 27 et le PT avec 4 sièges sur 27.

Les quatre semaines de la campagne du second tour de l'élection présidentielle ont renforcé l'âpreté du combat électoral et divisé profondément le Brésil en deux camps très différents, sociologiquement, géographiquement. Sur le papier, Lula restait le favori puisqu'il était en tête du premier tour et que les deux principaux candidats arrivés après les deux premiers l'ont soutenu, Simone Tebet, candidate du Mouvement démocratique brésilien, qui a eu 4,2% des suffrages exprimés, ainsi que Ciro Gomes du Parti démocratique travailliste qui a eu 3,0% des suffrages exprimés, ont tous les deux, bien que du bout des lèvres, apporté leur soutien à Lula pour le second tour.

Mais sur le terrain, cela semble tout autre. Les électeurs de Simone Tebet et de Ciro Gomes auraient, selon des analystes électoraux, déserté leur candidat pour porter leur vote à Jair Bolsonaro dès le premier tour pour faire barrage au Parti des travailleurs. Ce serait le cas aussi des électeurs sociaux-démocrates. La très bonne performance parlementaire du parti de Jair Bolsonaro pourrait être un excellent levier pour le second tour de la présidentielle malgré le bilan désastreux de son mandat, une gestion désastreuse de la crise du covid-19 ayant entraîné près de 700 000 décès, une augmentation des inégalités sociales, une image internationale déplorable avec la remise en cause de tous les engagements écologiques, etc.

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Les sondages l'ont d'ailleurs mesuré et l'écart s'est considérablement resserré entre les deux candidats. La véritable question pourrait être celle-ci : y aura-t-il un vainqueur dès le dimanche soir ? Ou risquerait-il d'y avoir toute une polémique postélectorale pour savoir qui a gagné si l'écart de voix était très faible. Jair Bolsonaro, à l'instar de Donald Trump en 2020, a déjà fait savoir qu'il ne pouvait pas perdre cette élection et reconnaître sa défaite électorale serait donc pour lui très difficile à assumer personnellement.

De son côté, Lula jouit d'une excellente image à l'étranger ; lorsqu'il était Président, il s'est lié d'amitié avec le Président français Jacques Chirac au cours de leur travail sur les questions touchant à la lutte contre les bouleversements climatiques, ce dernier trouvant dans le combat écologique un exutoire personnel tandis que la politique intérieure était préemptée par son héritier et rival Nicolas Sarkozy, ministre incontournable.

L'histoire des peuples du monde a souvent montré qu'une élection n'est jamais acquise avant le vote. Celle du 30 octobre 2022 au Brésil plus que toute autre...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2022)
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Pour aller plus loin :
Brésil 2022 : grande incertitude électorale.
Au Brésil, le choc des titans...

Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 05:03

« Dieu est au-dessus de tous. Cette histoire d'État laïque, c'est n'importe quoi. L'État est chrétien, et la minorité qui est contre cela, qu'elle parte. Les minorités doivent se soumettre à la majorité. » (Jair Bolsonaro, février 2017 à Campina Grande).




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Une phrase parmi d'autre du Président brésilien sortant, à comparer avec cette réflexion du grand Albert Camus : « La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. ». Grande surprise à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil : le Président sortant Jair Bolsonaro a obtenu beaucoup plus de voix que ce que les sondages prévoyaient face à l'ancien Président Lula.

Ce dimanche 2 octobre 2022, 156 454 011 électeurs brésiliens étaient convoqués et 79,0% sont allés voter (ce qui correspond à peu près à la participation de l'élection précédente en octobre 2018 ; le vote est obligatoire pour les électeurs de 18 à 70 ans). Alors que l'ancien Président Lula (Luiz Inácio Lula da Silva) espérait gagner cette élection dès le premier tour, il n'a obtenu que 48,4% (ce qui reste beaucoup dans d'autres contextes nationaux) et est talonné par Jair Bolsonaro à 43,2%, ce qui nécessite un second tour pour les départager, qui aura lieu le 30 octobre 2022.

Ce résultat a de quoi surprendre puisque les sondages d'intentions de vote donnaient autour de 45% à Lula et seulement autour de 33% (les derniers sondages donnaient même 50% à Lula et 36% à Bolsonaro). Assez impopulaire, Jair Bolsonaro semble avoir rattraper une partie de son retard et s'il n'est pas le favori pour le second tour, il peut encore surprendre d'ici à quatre semaines.

La campagne électorale a été très dure entre les deux camps, et cette âpreté continuera donc pendant encore quatre semaines. Quels sont les enjeux de cette élection ? Il s'agit de deux visions de la société.


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Jouissant d'un fort soutien des classes populaires impactées par la crise économique, Lula, à 76 ans, tente un come-back politique inespéré. Élu et réélu Président du Brésil de 2003 à 2011, il est descendu aux enfers jusqu'à être arrêté, condamné en 2017 et incarcéré du 7 avril 2018 au 8 novembre 2019, pendant plus d'un an, pour fait de corruption, jusqu'à ce que la Cour Suprême a considéré que cet emprisonnement était abusif (en 2021, il est quasiment lavé de toutes ses condamnations et il a été établi qu'il a été victime d'un complot pour l'empêcher d'être candidat en 2018). Pour cette raison, en effet, il n'a pas pu concourir à l'élection présidentielle de 2018 (comme aux États-Unis, un Président ne peut fait plus de deux mandats de quatre ans successifs, mais peut se représenter ensuite). À titre personnel, son élection permettrait d'effacer politiquement ses anciens déboires judiciaires.

Sur le plan politique, et les résultats de ce premier tour le confirment, Lula semblait être la seule personnalité à pouvoir affronter le Président sortant de manière efficace. Alors qu'il avait réussi à sortir 30 millions de personnes de la pauvreté lors de ses premiers mandats, Lula suscite beaucoup d'attente pour réduire cette fracture sociale et faire baisser les conséquences de la crise économique. Néanmoins, sa proximité avec le centre droit (il a choisi pour Vice-Président Geraldo Alckmin, figure de la bourgeoisie conservatrice, pour rassurer les marchés) va probablement éviter de faire une politique à gauche toute, même s'il a préconisé une augmentation des impôts pour les plus riches.

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Soutenu par les milieux évangélistes très actifs dans les classes populaires, les lobbies des armes, les industriels de l'agriculture, et favorable à la poursuite des réformes visant à réduire l'intervention de l'État, Jair Bolsonaro, à 67 ans, n'a pas su montrer un bilan très positif de sa Présidence principalement marquée par une gestion calamiteuse et irresponsable de la pandémie du covid-19 (avec près de 700 000 personnes qui sont mortes du covid-19), la destruction de l'Amazonie et une image internationale du Brésil déplorable.

Même si, en absolu, il y a eu plus de déforestation sous les mandats de Lula, ce dernier a tenté de les réduire, tandis que Bolsonaro, appelé le Trump des tropiques, l'a au contraire augmenté au fil des années au profit des industriels, refusant de prendre en compte les considérations écologiques internationales.

La remontée électorale de Jair Bolsonaro a été une surprise dans ce premier tour, ce qui confirme une fois encore qu'un scrutin n'est jamais acquis avant la fermeture des bureaux de vote. Les Brésiliens vont donc continuer à vivre quatre semaines au rythme d'un duel sans concession, où la haine et la mauvaise foi ne semblent pas de nature à redorer l'image politique du pays...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (03 octobre 2022)
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Pour aller plus loin :
Au Brésil, le choc des titans...
Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/au-bresil-le-choc-des-titans-244126

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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 03:35

« Je m’élance de nouveau à sa poursuite. Mes chaussures me broient les pieds ; j’ai déjà plein d’ampoules. Mes cuisses me brûlent. Allez, Alvie ! Tu vas y arriver ! C’est juste un gars normal, c’est pas Usain Bolt. Je gagne du terrain : trois mètres, deux mètres, un mètre. » (Chloé Esposito, "Bad", 2018).




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Comme on le voit, le sprinter jamaïcain Usain Bolt est devenu, même dans ce thriller déconcertant de Chloé Esposito, le synonyme de l’homme qui court le plus vite du monde. Usain Bolt fête ses 35 ans ce samedi 21 août 2021. C’est l’occasion de revenir sur sa légende : huit médailles d’or aux jeux olympiques (Pékin 2008, Londres 2012, Rio 2016), onze victoires aux championnats du monde, il était un véritable dieu des stades. Je l’écris à l’imparfait car il a pris sa retraite le 13 août 2017 (il a couru sa dernière course compétition la veille). Il avait commencé en 2001 à l’âge de 14 ans. Il a tenté une reconversion dans le football au succès très mitigé.

Je m’intéresse assez rarement aux sports mais j’ai été fasciné par lui aux Jeux olympiques de Londres, en août 2012. J’ai été pris au jeu après avoir zappé un peu au hasard. Retour sur des performances hors du commun en six tableaux, sous la forme de plusieurs "reportages" (les âges indiqués sont ceux en août 2012, il y a neuf ans).


1. 100 MÈTRES (HOMMES) le 5 août 2012

C’est l’épreuve reine des jeux olympiques d’été. C’est donc vraiment une chance de me retrouver à voir les demi-finales et la finale du 100 mètres. Inutile de dire que c’est du rapide. Au moins, c’est bien moins ennuyeux qu’un long match de handball, même s’il y a de jolies Suédoises !

Il y a trois demi-finales. Le but pour chacun des sept ou huit coureurs de chaque équipe est donc d’être qualifié pour la finale. Avant le départ des courses, le présentateur officiel introduit le compétiteur, ce qui permet à ce dernier de se montrer et de faire le cas échéant des mimiques.

Le Jamaïcain Usain Bolt (bientôt 26 ans) ne s’en prive pas à chaque départ, il semble sympa, joyeux, fait un peu le clown en mimant avec ses doigts ses pas de course… Lors de la demi-finale, il se ménage, je le sens bien, il arrive premier, mais il ralentit à la fin, pour se réserver pour la finale.

Finalement, la finale récompense les trois coureurs arrivés premiers aux demi-finales, ce qui n’est pas vraiment une surprise.

Usain Bolt arrive premier (médaille d’or) avec 9,63 secondes. Le vent est favorable à +1,5 m/s. Alors, ça y est, on dit qu’il "entre dans la légende" car c’est le second athlète à conserver son titre olympique, après l’Américain Carl Lewis (en 1984 et 1988). Il avait déjà fait 9,69 secondes le 16 août 2008 aux JO de Pékin. Et il est le détendeur du record du monde avec 9,58 secondes réalisé le 16 août 2009 à Berlin (37,6 km/h !). Usain Bolt est du coup l’un des sportifs les plus sponsorisés au monde (avec Puma entre autres).

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J’avoue que j’en suis presque ému, de me retrouver dans une sorte d’observation en direct de l’événement sportif. Carl Lewis (51 ans), j’en avais juste entendu parler, mais c’est déjà pas mal pour moi. Usain Bolt, même notoriété, donc. Il a déjà signé de gros contrats avec des sponsors dès l’âge de 16 ans ! Sa joie décontractée le rend populaire. Il a l’air facile, comme gars. Après sa victoire, il parcourt tout le stade, il s’agenouille, baise le sol, face aux dizaines de photographes un peu étonnés. Il touche les mains des spectateurs privilégiés qui peuvent l’approcher autour de la piste.

L’objectif d’Usain Bolt, champion colosse d’un mètre quatre-vingt-quinze, est de courir le 100 mètres en 9,40 secondes. Il pourrait s’améliorer lors de son démarrage, et en allant à Mexico, par exemple, où il y a moins d’air à cause de l’altitude, il aurait moins de résistance à l’air. L’Université de Tilburg avait estimé en juillet 2012 que la limite ultime serait de 9,36 secondes mais l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport de Paris avait déjà donné en début 2008 une limite de 9,72 secondes qui fut allègrement dépassée (9,72 secondes fut le temps obtenu par Usain Bolt dès le 21 mai 2008 à New York).

Le deuxième de la course (médaille d’argent) est le Jamaïcain Yohan Blake (vingt-deux ans), avec 9,75 secondes. Son meilleur temps fut pareil, le 29 juin 2012 à Kington.

Enfin, la médaille de bronze est l’Américain Justin Gatlin (30 ans), avec 9,79 secondes. Le meilleur score de Justin Gatlin fut de 9,77 secondes le 12 mai 2006 à Doha mais le 23 août 2006, il fut suspendu pour huit ans, ramené à quatre ans, pour cause de dopage (qu’il a toujours nié, expliquant : « Je ne peux pas expliquer ces résultats parce que je n’ai jamais pris sciemment aucune substance interdite ni autorisé qui que ce soit à m’administrer une telle substance »).

D’autres champions ou recordmen historiques ont participé à cette finale, dont le Jamaïcain Asafa Powell (29 ans) qui se blesse et fait donc une très mauvaise performance (11,99 secondes), classé dernier, et aussi l’Américain Tyson Gay (30 ans le 9 août), quatrième (il met 0,145 seconde à démarrer, à comparer avec 0,165 seconde pour Usain Bolt). Le record de Tyson Gay fut de 9,69 secondes le 20 septembre 2009 à Shanghai.

Les cinq coureurs Usain Bolt, Yohan Blake, Justin Gatlin, Tyson Gay et Asafa Powell pouvaient donc tous les cinq prétendre à la médaille d’or. Usain Bolt est sans doute celui qui a été le plus détendu, comme si la demi-finale n’était qu’une simple balade dominicale avant l’épreuve sérieuse.

Enfin, il est intéressant à savoir que des huit coureurs qui ont participé à cette finale du 100 mètres, sept ont fait moins de dix secondes (le septième a fait 9,98 secondes) et si le huitième a dépassé les dix secondes, c’est à cause d’une simple blessure (Asafa Powell a battu plusieurs fois le record du monde et il a fait 9,74 secondes le 9 septembre 2007 à Rieti).


2. LE ROI USAIN DE JAMAÏQUE

Inutile de dire que les jeux olympiques de Londres entreront dans l’histoire du monde avec la triple performance du sprinter jamaïcain Usain Bolt. Un patronyme prédestiné puisqu’il signifie l’éclair. Il a réussi à renouveler ses trois médailles d’or obtenues en 2008 aux JO de Pékin pour les trois épreuves reines de la course de vitesse : 100 mètres, 200 mètres et le relais 4 fois 100 mètres où il a établi, avec son équipe jamaïcaine, un nouveau record.

Alors, oui, Usain Bolt a le droit de dire le 9 août 2012 qu’il est devenu une légende. Ce n’est pas très modeste, ce n’est pas très humble, mais c’est raisonnable, c’est la vérité et quand on voit son état physique à la fin de chaque épreuve, on se dit qu’il a encore des possibilités d’amélioration car il ne paraît ni essoufflé ni fatigué, il paraît encore très  en forme à se mettre au sol, à faire des pompes ou encore à saluer le public l’acclamant, à faire des grimaces aux caméras de télévision...

Le sportif le plus sponsorisé du monde sera-t-il également le plus populaire ? En tout cas, c’est clair que cet homme à l’allure sympathique n’a rien d’un être ordinaire.


3. 200 MÈTRES (HOMMES) le 9 août 2012

Le soir du 9 août, c’était donc la finale du 200 mètres. Je n’ai pas vu les demi-finales mais un Français s’est qualifié pour la finale, Christophe Lemaitre (22 ans). En demi-finale, il avait un score supérieur aux grands champions de la finale, mais ces derniers ne voulaient visiblement pas se fouler.

Résultat, Christophe Lemaitre s’est retrouvé en sixième position sur huit avec 20,18 secondes alors qu’il a déjà fait 19,80 secondes le 3 septembre 2011 à Daegu.

Les gagnants n’ont même pas une seconde d’écart avec lui, et les trois médaillés sont jamaïcains (ce qui donne une petite idée pour la course de relais 4 fois 100 mètres du surlendemain).

Le record actuel était de 19,19 secondes réalisé par Usain Bolt le 20 août 2009 à Berlin et le record olympique de 19,30 secondes par le même le 20 août 2008 aux JO de Pékin.

La médaille d’or ce 9 août 2012 est Usain Bolt avec 19,32 secondes, ce qui lui a donné sa cinquième médaille d’or olympique à Pékin et à Londres et deux fois consécutivement pour deux épreuves (100 mètres et 200 mètres). C’est le premier athlète de tous les temps à avoir conservé son titre de champion olympique du 200 mètres une seconde fois.

La médaille d’argent est le Jamaïcain Yohan Blake, également médaille d’argent pour le 100 mètres, avec 19,44 secondes, alors qu’il était le leader mondial en titre avec 19,80 secondes le 1er juillet 2012 à Kingston (en ayant battu Usain Bolt).

Enfin, la médaille de bronze est aussi un Jamaïcain, Warren Weir (22 ans), avec 19,84 secondes, qui a fait ainsi ce jour-là sa meilleure performance (et son meilleur temps pour le 100 mètres est de 10,51 secondes, le 1er mars 2008 à Kingston, loin derrière Usain Bolt et Yohan Blake).

Évidemment, comme il y avait un Français dans cette course, la télévision française s’est jetée sur lui au lieu de mettre les projecteurs sur les champions jamaïcains.

Pourtant, le contraste était frappant : d’un côté, Usain Bolt, juste après sa prestation, a continué à courir pour parcourir le stade, a fait des pompes, à montrer qu’il était très à l’aise et en forme (il a dit avec très peu de modestie qu’il était devenu une légende, ce qui est pourtant vrai, et avait reconnu que le fait d’avoir été dépassé par Yohan Blake dans les qualifications pour la Jamaïque l’avait un peu boosté) ; d’un autre côté, Christophe Lemaitre complètement essoufflé encore dix minutes après, et laissant dire que s’il avait été dans un autre couloir, il aurait pu grappiller une médaille (mais quand on regarde les choses, il était loin de la troisième place !).

Pour être complet sur ce 200 mètres, le vent était favorable à +0,4 m/s. La limite est de +2,0 m/s pour ne pas fausser les performances.


4. RELAIS 4 FOIS 100 MÈTRES (HOMMES) le 11 août 2012

La finale s’est déroulée le 11 août. Beaucoup de suspens pour savoir si Usain Bolt allait remporter aussi cette épreuve, ce qui le rendrait triplement légendaire après ses doubles performances olympiques sur le 100 mètres et le 200 mètres. L’équipe jamaïcaine était en effet dotée de redoutables champions du sprint. N’hésitant pas à se consacrer à la finale, Usain Bolt n’avait même pas pris part à la demi-finale la veille !

Heureusement, malgré un match de basket féminin très ennuyeux (comme tous les matchs), une finale entre la France et les États-Unis (les Américaines ont gagné et donc, la France n’a eu que la médaille d’argent), France 2 a daigné diffuser l’intégralité de cette épreuve d’athlétisme qui a encore battu quelques records. Une raison à cela, la France participait à la finale.

Le résultat fut donc à la mesure de l’attente suscitée par le quintuple champion olympique.

Mais avant, reprenons l’historique : l’équipe jamaïcaine était déjà leader en 2011-2012 avec 37,82 secondes le 14 avril 2012 à Kingston. Le record du monde était de 37,04 secondes réalisé par l’équipe jamaïcaine le 4 septembre 2011 à Daegu et le record olympique, toujours battu par l’équipe jamaïcaine, avec 37,10 secondes le 22 août 2008 aux JO de Pékin. Dans cette équipe, il y avait déjà Usain Bolt, Yohan Blake et Asafa Powell.

Eh bien, tous ces records ont été battus par cette équipe jamaïcaine décidément imbattable sinon par elle-même et devenue de nouveau médaille d’or ce 11 août 2012 à Londres, avec 36,84 secondes. C’est assez rare qu’aux JO des records du monde soient battus. L’équipe était composée de Usain Bolt et Yohan Blake (bien sûr) mais aussi de Nesta Carter (26 ans) et Michael Frater (29 ans), athlètes très costauds également.

C’est donc des records à la chaîne qui se sont accumulés ce soir-là : record pour le relais 4 fois 100 mètres, record olympique, record pour Usain Bolt qui détient désormais six médailles d’or olympique avec le renouvellement de ses trois de Pékin à Londres (c’est exceptionnel et inégalé).

L’équipe américaine (avec Justin Gatlin et Tuson Gay) a décroché la médaille d’argent avec 37,04 secondes (ce qui était l’ancien record du monde la veille et aurait battu le record olympique sans les Jamaïcains !). Et la médaille de bronze est revenue à l’équipe du Trinidad et Tobago avec 38,12 secondes (donc bien après !).

L’équipe française a fait bonne figure mais n’a pas décroché de médaille (à quatre centièmes de seconde près) en arrivant quatrième avec 38,16 secondes. Dans cette équipe, il y avait Christophe Lemaitre mais aussi Jimmy Vicaut (20 ans), Pierre-Alexis Pessonneaux (24 ans) et Ronald Pognon (29 ans). Comme pour le 200 mètres, on a pu voir Christophe Lemaitre complètement épuisé (couché au sol sur le dos les genoux fléchis) tandis que Usain Bolt continuait allègrement à parcourir le stade pour recevoir les hourrahs !

Ce qui est impressionnant, c’est que si l’on prend la moyenne pour 100 mètres parcourus dans cette course de relais 4 fois 100 mètres, cela donne 9,21 secondes ! Soit très inférieur au record mondial du 100 mètres (9,58 secondes détenu par Usain Bolt). Cela peut s’expliquer par le fait que le coéquipier qui reçoit le témoin court déjà avant pour foncer directement au prochain coéquipier, sans perdre le temps du démarrage.


5. JO VS CULTURE ?

Les jeux olympiques de Londres qui se terminent ce dimanche 12 août 2012. Certes, je me suis peut-être fondu à la masse des imbéciles empâtés du canapé (cependant sans cannette ni popcorn) qui font ce genre de sport parfaitement passif le soir avant de se coucher.

Mais j’ai pu vivre en direct, trois fois de suite, la véritable légende d’Usain Bolt, au 100 mètres, au 200 mètres et au relais 4 fois 100 mètres. Car il ne faut pas minimiser la performance : Usain Bolt est devenu la légende olympique INÉGALÉE de toute l’histoire humaine ! Je le dis en sachant très bien que sa tête et ses chevilles se sont enflées au même niveau que ses mollets et ses épaules, mais c’est un fait, Carl Lewis, comparé à lui, fait l’image d’un petit joueur, quasi-jaloux d’ailleurs puisqu’il a déclaré en 11 août (avant la sixième médaille d’or) que son honorable successeur ne pouvait réussir de telles performances sans dopage (à quoi l’honorable en question lui a répondu qu’il n’avait plus beaucoup d’admiration pour l’homme qui lui avait longtemps servi de modèle, ou un truc du genre).

Alors, oui, c’est peut-être l’unique fois de ma vie, mais je le fais sans honte, j’ai bien aimé goûter à cette histoire. Même par la petite lorgnette de mon téléviseur. Même si le chauvinisme des commentateurs français pouvaient faire mal au ventre…


6. USAIN BOLT ET LE RELAIS 4 FOIS 100 MÈTRES (HOMMES)

En regardant le relais 4 fois 100 mètres le soir du 11 août : je cherchais vainement Usain Bolt en regardant le nom sur les tee-shirts et je ne voyais qu’un certain "Jam". Je ne comprenais pas qui était ce Jam si souvent montré… et j’ai compris tardivement que ce n’était pas le nom du sportif (comme pour un 100 mètres individuel) mais le nom de son équipe aux belles couleurs de la Jamaïque, à savoir son pays !

Une anecdote dans la soirée du 11 août : il y a eu des discussions pour savoir si le passage du témoin entre Yohan Blake et Usain Bolt a été réglementaire ou pas. La disqualification de l’équipe jamaïcaine, qui venait de battre un nouveau record du monde, aurait eu quelques répercussions sur la "légende boltienne". Finalement, la performance a été validée et il paraîtrait que le Premier Ministre britannique David Cameron lui-même serait intervenu pour aller dans ce sens… Usain Bolt, qui va avoir 26 ans le 21 août 2012 (35 ans le 21 août 2021), n’a sans doute plus besoin de personne pour nourrir sa propre gloire, mais la réciproque n’est pas vraie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Usain Bolt.
Robert Marchand.
Les Joyeux drilles de l'escadrille.
Michael Collins.
John Glenn.
Thomas Pesquet.
Youri Gagarine.
Quand Jacques Chirac sauva le Tour de France…
Raymond Poulidor.
L’exploit de Thomas Coville.
La France qui gagne.
Communion nationale et creuset républicain.
Faut-il haïr le football en 2016 ?
Les jeux olympiques de Berlin en 1936.
Les jeux olympiques de Londres en 2012.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210821-usain-bolt.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/usain-bolt-l-homme-qui-court-le-234623

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/23/39068975.html









 

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