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18 novembre 2025 2 18 /11 /novembre /2025 18:01

« Et puis, il y a quelques pays-clefs avec lesquels on doit mieux travailler dans le pourtour méditerranéen et au-delà, pour décapiter les réseaux, parce que le narcotrafic aujourd'hui pourrit la vie de certains quartiers, tue des enfants, mais il a son épicentre, en tout cas, des complicités, parfois au bout du monde. » (Emmanuel Macron, conférence de presse le 18 novembre 2025 à Berlin).



 


Le Président de la République Emmanuel Macron, en déplacement à Berlin ce mardi 18 novembre 2025, a tenu une conférence de presse commune avec le Chancelier allemand Friedrich Merz. Quelques questions de préoccupation nationale (et aussi internationale) lui ont été posées, en particulier sur le trafic de drogue (narcotrafic). Le chef de l'État avait convoqué une réunion au sommet sur le sujet à l'Élysée dans la matinée, à la suite d'un nouveau meurtre à Marseille le 13 novembre 2025.

Au-delà des coopérations internationales indispensables, Emmanuel Macron a insisté sur la nécessité d'agir contre le narcotrafic comme contre le terrorisme, avec des approches de proximité et un parquet spécial.

Puis, se doutant du probable retentissement de ses propos en France, il a mis en cause la responsabilité, voire la complicité des consommateurs : « Sur le narcotrafic, permettez-moi d'avoir un dernier mot. Il faut aussi parler des consommateurs. Et on ne peut pas avoir un débat national dans nos pays si on oublie que s'il y a du trafic, s'il y a des enfants qui se font tuer, s'il y a des réseaux de criminalité organisée qui prospèrent, c'est qu'à la fin, il doit y avoir des gens qui achètent de la drogue. Et je voudrais que chacun dans nos pays ait bien le sens des responsabilités. Acheter de la cocaïne, du cannabis, ce n'est pas simplement un plaisir qu'on peut s'offrir, il est déjà interdit, c'est de fait être complice et donner du financement à des réseaux de criminalité organisée. Il faut que chacun en soi conscient dans nos pays aussi. ».

Inutile de dire que sans clients, pas d'affaires. Mais la question reste toujours celle de la poule et de l'œuf, qui précède qui ? Nicolas Sarkozy avait aussi misé sur les clients pour réduire le proxénétisme. L'argent du consommateur en bout de chaîne est le véritable argent de la drogue. Néanmoins, peut-on vraiment dire que c'est la demande qui fait le trafic et pas l'offre ? Dans la société de consommation, les consommateurs sont souvent influencés par les arguments majeurs des services marketing et publicité pour acquérir de nouveaux produits.

Du reste, on ne parle plus beaucoup de dépénalisation ou de légalisation du cannabis, parce qu'on sait très bien (il suffit de voir dans les pays où ce laxisme a été adopté) que les drogues dites dures remplaceraient les drogues dites douces. Un marché reste un marché et les acteurs s'adaptent toujours aux évolutions (notamment juridiques).

En France, on évalue le marché de la drogue à 5 milliards d'euros (à comparer au PIB, autour de 3 000 milliards d'euros). C'est à la fois énorme et limité. 250 000 personnes en vivraient, ce qui reste énorme. Mais le plus énorme, c'est qu'on évalue à 5 millions le nombre de personnes qui ont consommé au moins une fois de la drogue en France en une année, dont un million qui en ont consommé au moins dix fois chaque mois.

Comme l'a rappelé justement le Président de la République, consommer de la drogue est illégal, mais alors pourquoi la justice est-elle si laxiste à ce sujet ? Simplement à cause du nombre : on ne peut pas condamner 5 millions de consommateurs, la justice ne sait pas faire, et encore moins les mettre en prison ! (Ce qui ne résoudrait rien d'ailleurs). Au mieux, cela finit par un rappel à la loi (c'est-à-dire le juge qui regarde le prévenu avec de gros yeux et qui agite nerveusement son index devant son appendice nasal en disant que ce n'est pas bien !).

En fait, c'est peut-être cela qu'il faudrait faire, au-delà du pistage et de la répression contre les bandes organisées du narcotrafic : culpabiliser non pas les consommateurs de drogue mais la consommation de drogue. Arrêter de laisser-entendre que la drogue est faite pour faire la fête (l'état de santé est par la suite rarement à la fête), ou même pire, que son usage permettrait de tenir au travail dans un climat de stress élevé. Ne pas simplement asséner, comme les publicités le faisaient, que la drogue, c'est de la merde, mais que c'est bien pire que cela : cela met en danger la santé du consommateur, mais cela tue aussi des enfants et des adultes, parfois totalement innocents (les balles perdues !) dans les guerres de gangs.

Les mots présidentiels sont très forts, et servent à provoquer le débat : « S'il y a des enfants qui se font tuer, s'il y a des réseaux de criminalité organisée qui prospèrent, c'est qu'à la fin, il doit y avoir des gens qui achètent de la drogue. ». Il était très important que le chef de l'État le dise très clairement, simplement, crûment. Acheter de la drogue, même une petite ration, tout seul, dans son coin, juste pour soi, c'est mettre une pièce dans le nourrain meurtrier du narcotrafic (selon l'expression de Maître Capello). C'est être complice de tous ces réseaux.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Narcotrafic : la drogue, est-ce (aussi) la faute des consommateurs ?
Un condamné à mort pour trafic de drogue.
Une condamnée à mort pour trafic de drogue.
Un consommateur de drogue.
Un autre consommateur de drogue.
Cannabis : Cécile Duflot, nouvelle héroïne de la permissivité ?
Francisco Blake Mora.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251118-narcotrafic.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/narcotrafic-la-drogue-est-ce-aussi-264586

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/19/article-sr-20251118-narcotrafic.html


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26 octobre 2025 7 26 /10 /octobre /2025 03:29

« En mars 2019, les eurodéputés ont voté pour la suppression du changement d'heure saisonnier, avec mise en application en 2021. Mais la fin du changement d'heure a ensuite été ajournée en raison notamment de la crise sanitaire de la covid-19. Ce texte sur la fin du changement d'heure n’est plus à l’ordre du jour. » (Site Service Public, en 2025).





 


Ce dimanche 26 octobre 2025, il y a deux heures entre deux heures et trois du matin. Une nuit avec une heure de bonus, qui la refuse ? Rite qui date de près de cinquante ans, le passage à l'heure d'hiver rapproche l'heure de Paris à l'heure réelle du soleil. En fait, il faudrait encore retarder d'une heure pour être sur le bon fuseau, du moins à Bordeaux, car Strasbourg serait alors en retard. Le changement d'heure permet de disserter à l'infini, deux fois par an, le dernier week-end d'octobre pour le passage à l'heure d'hiver et le dernier dimanche de mars pour le passage à l'hiver d'été, sur les avantages et inconvénients de ce changement d'heure. On appelle cela un marronnier.

C'était la volonté de l'ancien Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker de vouloir supprimer le changement d'heure, ratifié par le Parlement Européen élu en 2014, et heureusement, le projet n'a pas abouti à cause de la crise sanitaire du covid-19, mais aussi de l'impossibilité des peuples européens à se mettre d'accord sur une heure donnée, les pays du Nord souhaitant plutôt garder l'heure d'hiver et ceux du Sud l'heure d'été (la logique aurait dû être l'inverse, plus on est proche de l'Équateur, moins les différences d'heure entre hiver et été sont importantes).

Personnellement, je n'y vois que des avantages, car tous les inconvénients généralement cités, notamment sur le plan de la santé des humains, voire des animaux, n'ont jamais été vraiment prouvés. En revanche, les avantages le sont : en 2030, le changement d'heure permettrait d'économiser 470 GWh d'énergie, soit l'équivalent de 47 000 tonnes de CO2 en moins dans l'atmosphère. En 2009, les économies d'énergie ont représenté la consommation annuelle en éclairage de 800 000 ménages. Ces économies sont moins croissantes qu'auparavant car on a réduit le coût énergétique de l'éclairage (avec des leds qui consomment beaucoup moins), mais les économies ne sont pour autant pas négligeables. Dans les avantages, il y a aussi moins d'accidents de la circulation : ce n'est pas seulement un avantage économique, mais aussi un avantage en vies humaines, c'est toujours bon à prendre.

 


On vit plus le soir que le matin, c'est un mode de vie urbain qui n'a rien à voir avec le mode de vie rural. On se lève pour travailler vers 8 heures ou 9 heures, donc l'utilité d'avoir du jour à 5 heures ou 6 heures du matin est très faible (même si pas nul). De même, les retours du travail se font principalement entre 17 heures et 20 heures et prolonger d'une heure la lumière du jour est un gain également en été. Ceux qui élèvent des vaches ne diraient pas la même chose, certes, mais qui s'approche le plus du mode de vie moyen de la population active, l'agriculteur (qui, du reste, est capable de moissonner de nuit si nécessaire) ou l'employé de bureau ?

Le changement d'heure a été introduit en France en 1916 (après le Royaume-Uni et l'Allemagne), dans le but d'économiser la consommation de charbon, et a été supprimé en 1944. Le décret du 14 août 1945 a fixé l'heure légale, constante, en France, à UTC+1. Il a été ensuite réintroduit en 1976 (décret du 19 septembre 1975 signé par Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac) avec le premier choc pétrolier et la fameuse chasse aux gaspis. Le porte-parole du gouvernement, à l'issue du conseil des ministres du 12 mars 1975, a évalué cette mesure d'instaurer l'heure d'été à des économies de 100 000 tonnes de pétrole. Comme il fallait s'y prendre tôt à l'avance, l'heure d'été ne s'est appliquée qu'à partir de l'été 1976 et pas en été 1975 car les horaires des trains et des vols (français et étrangers) étaient programmés avec un an d'avance.
 


Il est stupide de considérer le changement d'heure comme une contrainte réglementaire de l'Union Européenne. La seule chose que l'Europe a faite, c'est en 2002 une harmonisation de dates de changement d'heure (Conseil Européen du 19 juin 2001), pour ne plus avoir de problème notamment dans les secteurs ferroviaire et aérien. Au contraire, c'était la fin de ce changement d'heure que Jean-Claude Juncker voulait imposer en 2019 à l'ensemble des pays européens, comme cadeau d'adieu avant de quitter la Présidence de la Commission.

Certes, l'ancien Président de la Commission Européenne avait basé sa réflexion sur une consultation citoyenne en été 2018, très favorable à l'abandon du changement d'heure (à 84%), mais qui, comme toutes les consultations citoyennes, ne prenait en compte que les personnes qui étaient motivées pour y répondre, principalement les anti-changement d'heure. Cette consultation citoyenne n'a donc pas eu la représentativité attendue, seulement 4,6 millions de citoyens européens y ont répondu, sur les 450 millions d'Européens. Tout le monde pouvait y répondre, vous, moi, mais étiez-vous au courant de cette possibilité en été 2018 ? Si non, on n'a pas pris en compte votre avis, même l'indifférence, par manque d'information. D'ailleurs, les deux tiers des réponses provenaient de citoyens allemands, ce qui réduisait encore plus sa représentativité européenne, et seulement 400 000 Français privilégiés, en ce sens qu'ils avaient connaissance de cette consultation, y ont répondu, sur les 67 millions d'habitants que comptait la France à l'époque. Le projet a ensuite été laissé en l'état avec la crise sanitaire.
 


Toutefois, la Commission Européenne présidée par Ursula von der Leyen a mis dans son ordre du jour pour l'année 2026 le projet de supprimer le changement d'heure que Jean-Claude Juncker n'avait pu obtenir. S'il n'y a plus de crise sanitaire, le problème reste quand même insoluble car il faudrait une harmonisation du choix de l'heure permanente, tout en préservant la souveraineté (le choix souverain) de chaque État membre. En particulier pour le fuseau qui concerne la France et qui contient le plus de pays : Allemagne, Autriche, Belgique, Croatie, Danemark, Espagne, Hongrie, Italie, Luxembourg, Malte, Pays-Bas, Pologne, République tchèque, Slovaquie, Slovénie et Suède. Ces dix-sept pays devront choisir souverainement la même heure ! Ce qui est loin d'être une formalité, concrètement (et tant mieux si ça favorise le statu quo).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Dimanche 26 octobre 2025 : toujours l'heure d'hiver !
La mort de l’horloge parlante dans l’indifférence générale.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
Changement d’heure : une consultation nationale réussie.
Le changement d’heure à l'heure européenne.
Directive européenne 2000/84/CE du 19 janvier 2001 concernant les dispositions relatives à l’heure d’été (à télécharger).
Rapport du 12 septembre 2018 sur la consultation européenne sur le changement d’heure réalisé en été 2018 (à télécharger).
 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251026-changement-heure.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/dimanche-26-octobre-2025-toujours-264069

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/10/27/article-sr-20251026-changement-heure.html


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18 octobre 2025 6 18 /10 /octobre /2025 04:27

« Hors les cas où la loi en dispose autrement, les infractions peuvent être établies par tout mode de preuve et le juge décide d'après son intime conviction. Le juge ne peut fonder sa décision que sur des preuves qui lui sont apportées au cours des débats et contradictoirement discutées devant lui. » (Article 427 du code de procédure pénale).





 


Et, avant, l'article 353 du code de procédure pénale dit en outre : « Avant que la cour d'assises se retire, le président donne lecture de l'instruction suivante, qui est, en outre, affichée en gros caractères, dans le lieu le plus apparent de la chambre des délibérations : Sous réserve de l'exigence de motivation de la décision, la loi ne demande pas compte à chacun des juges et jurés composant la cour d'assises des moyens par lesquels ils se sont convaincus, elle ne leur prescrit pas de règles desquelles ils doivent faire particulièrement dépendre la plénitude et la suffisance d'une preuve ; elle leur prescrit de s'interroger eux-mêmes dans le silence et le recueillement et de chercher, dans la sincérité de leur conscience, quelle impression ont faite, sur leur raison, les preuves rapportées contre l'accusé, et les moyens de sa défense. La loi ne leur fait que cette seule question, qui renferme toute la mesure de leurs devoirs : "Avez-vous une intime conviction ?". ».

Cette intime conviction n'est pas une mince affaire puisque cela a conduit le cour d'assises du Tarn, à Albi, à condamner, ce vendredi 17 octobre 2025, après un délibéré de près de six heures, Cédric Jubillar à trente années de réclusion criminelle pour le meurtre de son épouse Delphine Jubillar. Or, celle-ci n'a jamais été retrouvée ; on ne sait donc pas si elle est morte ou vivante, et aucun élément ne peut prouver, sans contestation possible, non seulement la certitude de la mort de Delphine Jubillar mais aussi la culpabilité de son époux. Au contraire d'autres affaires, où on a retrouvé a posteriori le corps de la victime et où le prévenu a fini par avouer, cette affaire reste toujours aussi énigmatique avec cette question sans réponse : où est Delphine Jubillar ?

Soyons clairs : Cédric Jubillar n'est certainement pas un saint et les nombreux témoignages accablants de ses proches ou de sa famille (jusqu'à ses enfants et ses parents), d'une part, et son propre comportement, plutôt froid, durant le procès, sans empathie pour le sort de sa femme qui souhaitait divorcer et qu'il a rapidement remplacée après sa disparition, d'autre part, n'a jamais donné "envie" de l'aider, ni n'a jamais "plaidé" en faveur de son innocence. Pour autant, peut-on condamner un individu pour un meurtre alors que la réalité du meurtre n'a jamais été prouvée ? La justice en France dit oui et ce n'est pas nouveau.


Cédric Jubillar n'a jamais cessé de clamer son innocence, même après sa condamnation à Albi, si bien qu'il a fait immédiatement appel. Un avocat de la partie civile a reconnu que la plaidoirie de la défense avait été excellente, de grande qualité, mettant en lumière tous les éléments en faveur du prévenu (notamment une instruction toujours à charge), ce qui prouverait, selon lui, que la condamnation en était d'autant plus solide, car le procès s'est déroulé selon les règles d'équité.

Et c'est vrai que les éléments à charge sont très sérieux, en particulier l'hypothèse très peu probable d'un départ, d'une fugue, de Delphine Jubillar sans ses lunettes (retrouvées cassées, ceux qui portent des lunettes en permanence peuvent comprendre), avec son smartphone mais sans chargeur, sans son sac à main et donc sans carte bleue ni de moyens de paiement, ni de papier d'identité, et surtout, sans prévenir ses enfants, tandis qu'elle était déterminée à démarrer une procédure de divorce, tous ces éléments ont contribué à faire de son mari le coupable idéal d'un féminicide, d'autant plus qu'il « pouvait se montrer brutal, grossier et agressif, y compris envers les enfants » et qu'il s'est régulièrement vanté, lorsqu'il était déjà en prison, auprès de ses nouvelles conquêtes féminines, d'avoir tué sa femme (dans une menace à peine voilée d'après la dernière petite copine à qui il aurait dit : « Je l'ai déjà fait une fois [tuer], je peux le faire deux fois. Si tu ne me trompes pas, tu n'as rien a craindre. »).

Je reste néanmoins dubitatif sur le principe de condamner une personne alors que le corps du crime (ce n'est pas un délit ici) n'est pas avéré. Ce sera probablement le sujet du débat en appel même s'il a déjà eu lieu en première instance.

Comme on peut se douter, une telle affaire et un tel procès ont intéressé de nombreux personnes dans les réseaux sociaux, et donc les médias. L'écho médiatique tend généralement à polluer une instruction judiciaire parce qu'elle impose des surenchères pour augmenter les audiences (le cas le plus éloquent fut pour l'Affaire Grégory). C'est tout de même l'occasion de réfléchir sur la manière de juger et sur ce qui conduit à une condamnation lourde.
 


Cela m'a fait penser à l'Affaire Dominici. J'ai revu récemment le film de Claude Bernard-Aubert (sorti le 1973) sur cette affaire, l'un des rares films où échangent deux monuments du cinéma français (sinon le seul ?), Jean Gabin (rôle de Gaston Dominici, le patriarche qui est condamné) et Gérard Depardieu (rôle de Roger Perrin, un petit-fils de 17 ans du patriarche). Il y a aussi Victor Lanoux et Gérard Darrieu (les deux fils accusés), Jacques Rispal (un témoin accusateur), Jean-Pierre Castaldi (un journaliste), etc.

Le film, plutôt militant, tourné vingt ans après les faits (le film se conclut par une allocution d'un vrai avocat de Gaston Dominici), montre comment le vieux patriarche, autoritaire et taiseux, d'une famille clanique s'est fait accuser par ses propres fils, chacun disant des mensonges, ce qui a abouti à sa condamnation à mort, le 28 novembre 1954, sans autre preuve que des ragots et des témoignages.


L'affaire a été marquée par une instruction particulièrement mal faite, sans sécurisation de la scène du crime (une famille anglaise, un couple et une fillette retrouvés le 5 août 1952, a été assassinée et laissée inanimée sur le bord d'une route), sans isolement des témoins, etc. Le prévenu a même fait des aveux pour protéger ses enfants avant de se rétracter. Finalement, le Président René Coty a communié la peine le 14 juillet 1957 en travaux forcés à perpétuité, puis, sous la pression de "l'opinion publique", De Gaulle l'a gracié et libéré au bénéfice de l'âge le 13 juillet 1960.

Certes, il est très difficile de comparer l'Affaire Jubillar avec l'Affaire Dominici : d'une part, l'enjeu est moindre car il n'y a (heureusement) plus le risque de la peine de mort, et donc, tout reste possible avant d'être irréversible ; d'autre part, l'assassinat est avéré pour l'Affaire Dominici, au contraire de l'Affaire Jubillar dont le corps de la probable victime n'a toujours pas été retrouvé.

En revanche, il y a quelques points communs sur l'absence de rigueur du début de l'enquête, les rumeurs mêlées au sensationnel médiatique et une partialité (supposée pour la défense dans l'Affaire Jubillar, avérée pour l'Affaire Dominici) de la justice elle-même.


Le plus terrible est que la justice doit juger en dehors de toute contrainte médiatique, mais aussi, politique, et l'un des avocats de la partie civile a demandé aux jurés du courage pour condamner une personne sans preuve tangible. J'aurais plutôt pensé qu'il fallait surtout du courage pour ne pas déclarer coupable un sale type (apparemment avéré) que tout accuse... sauf l'absence de cadavre, l'absence d'arme du crime, l'absence de scène du crime... et peut-être même l'absence de crime.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Cédric Jubillar.
Delphine Jubillar.
Pourquoi reparle-t-on de l'affaire Grégory ?
Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
Mélanie, la douceur incarnée.
L'Affaire Joël Le Scouarnec.
L'Affaire Bétharram.
Agathe Hilairet.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Le mystère Émile sur le point d'être percé ?
La profanation du cimetière juif de Carpentras.
Crash de l'A320 de Germanwings.
L'accident de Villa Castelli.
Morts mystérieuses à Santa Fe.
Repose en paix Louise, on ne t'oubliera pas !
Gisèle Pélicot, femme de l'année 2024 ?
5 ans de prison dont 2 ferme pour Pierre Palmade.
40 ans de confusions dans l'Affaire Grégory.
Philippine : émotion nationale, récupérations politiques, dysfonctionnements de l'État ?
Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pélicot et compagnie...
Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
La France criminelle ?
La nuit bleue de Lina.
La nuit de Célya.
La nuit d'Émile Soleil.
Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
Meurtre de Lola.
Nos enseignants sont des héros.
Patricia Bouchon.
Sémantique de l'horreur.
La société de vigilance et le faux Xavier Dupont de Ligonnès.
Mortelle méprise.
L’affaire Seznec.
La sécurité des personnes face aux dangers.

 


 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251017-cedric-jubillar.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/intime-conviction-cedric-jubillar-263917

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/10/17/article-sr-20251017-cedric-jubillar.html



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26 septembre 2025 5 26 /09 /septembre /2025 05:17

« J’ai une petite idée comme ça. Si, des fois, il y a des marques qui m'entendent, s'il y a des gens qui sont intéressés pour sponsoriser une cantine gratuite qu'on pourrait commencer à faire à Paris et puis qu'on étalerait dans les grandes villes de France, nous, on est prêts à aider une entreprise comme ça, qui ferait un resto qui aurait comme ambition au départ de servir 2 000 à 3 000 repas par jour gratuitement. » (Coluche, le 26 septembre 1985 sur Europe 1).





 


C'est Coluche, sur l'antenne de la radio Europe 1, le 26 septembre 1985, il y a quarante ans, qui a lancé son appel. Il constatait un contraste entre la destruction de nourriture invendue et la grande pauvreté : « Quand il y a des excédents de nourriture et qu’on les détruit pour maintenir les prix sur le marché, on pourrait les récupérer et on essaiera de faire une grande cantine pour donner à manger à tous ceux qui ont faim. ». L'idée n'était pas nouvelle ; le chanteur Daniel Balavoine (qui allait devenir le premier parrain) y avait déjà pensé deux ans auparavant, en octobre 1983. Et quand Coluche avait envoyé un chèque de 3 millions de francs à l'administration fiscale, en février 1985, pour payer ses impôts, l'humoriste avait calculé que cela correspondait au prix de 200 000 repas ! Ce fut l'idée des Restos du Cœur. L'association a été fondée par Coluche le 14 octobre 1985 et est actuellement présidée par Patrice Douret.

On aurait pu faire le parallèle entre Coluche et l'abbé Pierre, deux célébrités devenues deux icônes de la charité, avec chacun une idée géniale, l'un les Restos du Cœur, l'autre Emmaüs... qui ont démarré chaque fois par un appel au peuple à la radio (pour l'abbé Pierre, ce fut sur RTL), et une puissance médiatique très efficace. Mais le scandale sur la personne de l'abbé Pierre interdit désormais ce parallèle qui aurait pu se faire il y a encore deux ans.

De l'idée à la réalisation, il y a le projet, des gens qui bossent et une extraordinaire caisse de résonance médiatique grâce à la notoriété de célébrités télévisuelles et de certaines personnalités politiques. On peut citer, sans être du tout exhaustif : Coluche, Daniel Balavoine, Jean-Jacques Goldman, Muriel Robin, Mimie Mathy (ces quatre dernières personnalités ont été ou sont les parrains et marraines des Restos du Cœur), Véronique Colucci, Dominique Baudis, Alexandre Lederman, Miou-Miou, Josiane Balasko, Michel Blanc, etc.

Conscient de l'importance de l'écho médiatique, Coluche a demandé à Jean-Jacques Goldman un tube fédérateur, qui allait devenir la chanson des Enfoirés, chantée chaque année par de très nombreux artistes dont Nathalie Baye, Yves Montand, Michel Platini, Michel Drucker, Johnny Hallyday, Véronique Sanson, Eddy Mitchell, Michel Sardou, Didier Barbelivien, Francis Cabrel, Jean-Louis Aubert, Michael Jones, Étienne Roda-Gil, Michèle Laroque, Dany Boon, Charles Aznavour, Patrick Bruel, Zazie, MC Solaar, Maxime Leforestier, Pierre Palmade, Maurane, Julien Clerc, Nolwenn Leroy, etc. (en tout, 263 personnalités !), dont l'intérêt est de permettre un financement complémentaire par l'achat du CD et des places de concert lorsqu'ils sont en tournée.

 


L'idée est excellente et demande trois types d'aides : une aide provenant des grands distributeurs pour récupérer de la nourriture invendue voire d'autres prestations (transports, stockage, etc.) en nature, une aide financière simple (des particuliers jusqu'aux entreprises, le groupe de Bernard Arnault a donné 10 millions d'euros en 2023), et des aides en nature, soit du temps de bénévoles (pour l'organisation des restos, la collecte de nourriture et la distribution des paniers-repas), soit, comme la banque alimentaire à la collecte dans les hypermarchés, de la nourriture préalablement achetée dans le magasin.
 


On doit aussi à Coluche une (excellente) niche fiscale avec un complément du projet de loi de finances pour 1989, mesure votée le 20 octobre 1988 par l'Assemblée Nationale, qui permet une exonération fiscale à hauteur de 50%, 66% voire 75% des dons de particulier (selon le type de don), avec, bien sûr, un plafond (relativement bas), et cette mesure, jusqu'à maintenant, a toujours été reconduite dans les lois de finances, ce qui favorise les dons pour les associations de solidarité sociale, entre autres.

Le premier Resto du Cœur a été ouvert le 21 décembre 1985 dans le dix-neuvième arrondissement de Paris. Au fil des hivers et des campagnes, les Restos du Cœur se sont étoffés et représentent maintenant 117 associations départementales réparties dans 11 délégations régionales, 2 000 centres d'activités. Le nombre de paniers-repas ne cesse de s'accroître (plus d'une centaine de millions à chaque campagne), distribués à près de 600 000 ménages regroupant plus de 1,3 million de personnes dont 39% sont mineurs (15% ont moins de 5 ans). Près de la moitié des personnes accueillies aux Restos du Cœur ont moins de 25 ans. Seulement 8% ont plus de 60 ans. Plus de 100 000 bénévoles participent à l'aventure dont 75 000 réguliers. Cette initiative a occasionné en 2023-2024 environ 2,3 millions de contacts auprès des gens de la rue.
 


Les bénévoles des Restos du Cœur ont pu ainsi connaître une évolution de la pauvreté, où de nombreux étudiants désormais viennent, des familles monoparentales aussi, etc. Au-delà des repas distribués, c'est aussi le contact social, des aides particulières au logement, à la formation, à faire un budget, bref, à permettre l'autonomie d'une population particulièrement défavorisée.

Les Restos du Cœur sont devenus une institutions et beaucoup regrettent qu'après quarante ans, ils existent toujours, montrant la supposée inefficacité de l'État providence. C'est sûr, et la chanson des Enfoirés le dit bien, il est insupportable que des personnes, en France (et ailleurs du reste), n'aient pas assez à manger, ni à dormir la nuit : « Aujourd'hui, on n'a plus le droit ni d'avoir faim, ni d'avoir froid. Dépassé le chacun pour soi, quand je pense à toi, je pense à moi. Je te promets pas le grand soir, mais juste à manger et à boire, un peu de pain et de chaleur, dans les restos, les restos du cœur. (…) J'ai pas de solution pour te changer la vie, mais si je peux t'aider quelques heures, allons-y ! ».
 


Pourtant, je trouve au contraire que c'est l'efficacité de structures associatives comme les Restos du Cœur qui peuvent coller au mieux à la réalité du terrain. Un responsable des Restos du Cœur expliquaient que pour 1 euro nécessaire à l'association, l'État aurait eu besoin de 4 euros pour faire la même chose. C'est au contraire plus intéressant (et moins coûteux) de maintenir cet avantage fiscal qui permet, au fond, au contribuable de savoir où les impôts qu'il paie vont aller.

Mais l'existence de ce recours d'urgence, dernier stade de la précarité, ne doit pas dédouaner l'État de ses missions de solidarité, notamment dans la définition de sa politique du logement. Le rôle de l'État est en particulier de développer un modèle économique qui limite le plus possible la pauvreté, mais c'est bien aux associations, proches des gens, de s'occuper de l'extrême urgence de cette précarité. Les deux sont complémentaires. Et quoi qu'on dise de l'abbé Pierre, Emmaüs comme les Restos du Cœur sont deux maillons essentiels dans l'économie sociale et solidaire, et peut-être qu'il faudrait encore imaginer d'autres idées géniales pour renforcer cette chaîne de solidarité humaine où tout le monde est gagnant, sans tout attendre de l'État (obèse et souvent impuissant). Merci Coluche !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les Restos du Cœur.
Coluche.
L'abbé Pierre : méfions-nous des icônes !
Hiver 1954 : l'appel de l'abbé Pierre.
Emmaüs : viens m’aider à aider !
Fitch : ne pas surinterpréter la rétrogradation de la note de la France.
Faut-il passer au 3e sexe dans les formulaires ?
Europe sociale : les vacances en arrêt maladie récupérables !
Budget 2026 : l'impossible mission de François Bayrou.
Sites porno : une bonne nouvelle !
Méfiez-vous du péage par smartphone sur les autoroutes !
Méfiez-vous du chat qui dort à Noël !
Achats dans la fonction publique : des économies à faire ?
Doliprane : l'impéritie politique.
Budget 2025 : l'impossible mission de Michel Barnier.
L’aspirine, même destin que les lasagnes ?
François Guizot à Matignon ?
Gilberte Beaux.
Standard & Poor's moins indulgente pour la France que les autres agences de notation.
Assurance-chômage : durcissement pour plus d'emplois ?
Les 10 mesures de Gabriel Attal insuffisantes pour éteindre la crise agricole.
Le Tunnel sous la Manche.
Agences de notation Moody's et Fitch : la France n'est pas dégradée !
Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250926-restos-du-coeur.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-restos-du-coeur-quarante-ans-262843

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/26/article-sr-20250926-restos-du-coeur.html


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21 septembre 2025 7 21 /09 /septembre /2025 04:14

« Aucun avis de décès n’a été publié à ce jour et c’est sans corps, sans arme et sans scène de crime que s’ouvre lundi, devant la cour d’assises du Tarn, le procès de son mari Cédric, suspecté de l’avoir tuée avant de cacher son cadavre. » (Aurélien Poivret, le 20 septembre 2025 dans "Le Dauphiné libéré").





 


Ce lundi 22 septembre 2025 aux assises du Tarn à Albi, débute le procès de Cédric Jubillar pour séquestration et meurtre de sa femme (et ce procès devrait s'achever le 10 octobre 2025). Le prévenu est en effet le mari de Delphine Jubillar qui a mystérieusement disparu de la circulation après avoir quitté son domicile dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020 à Cagnac-les-Mines, dans le Tarn (en pleine période de covid-19). Selon lui, sa femme serait partie entre 23 heures et 4 heures du matin en n'emportant que son smartphone.

Delphine Jubillar est ou était (faut-il mettre à l'imparfait ou pas ?) une infirmière d'une clinique d'Albi qui aurait aujourd'hui 37 ans, 33 ans au moment de sa disparition (née le 15 novembre 1987 à Gaillac), mariée à Cédric en juillet 2013, deux enfants, un garçon de 6 ans et une fille de 18 mois lors de sa disparition (maintenant, 11 ans et 6 ans). Durant l'été 2020, Delphine a fait part à son mari de son souhait de divorcer par consentement mutuel. Aurait-il mal pris ce souhait ?


Avant de poursuivre avec cette affaire dont l'instruction a été longue et peu concluante, reprenons une autre affaire qui a été, semble-t-il, résolue : le meurtre d'Agathe Hilairet, une jeune femme de 28 ans qui faisait son jogging, disparue le 10 avril 2025 et retrouvée morte près de Vivonne, pas loin de Poitiers, le 4 mai 2025 (une affaire qui n'a pas eu une énorme médiatisation). Après la découverte du corps, un silence a été fait pour que l'enquête judiciaire puisse avancer sans entrave médiatique.

Le résultat était au bout même s'il a fallu un peu de temps (plusieurs mois) : le 10 septembre 2025, un suspect âgé de 59 ans a été placé en garde à vue et mis en examen le 12 septembre 2025 pour meurtre précédé d'enlèvement et séquestration. Il aurait reconnu avoir donné deux coups mortels sans intention de tuer et l'ADN de la victime a été retrouvé dans son véhicule. Il a été retrouvé après une enquête minutieuse énorme de 17 enquêteurs, analysant non seulement les 7 000 réponses à l'appel à témoignage (dont une centaine a fait l'objet d'une audition, mais aussi les 750 signalements, les 1 200 heures de vidéosurveillance, les 22 lignes sur écoute, les 10 véhicules sous surveillance, les 1 000 auditions, les 650 procès-verbaux d'investigation, les 160 environnements de personnes... On a dit aussi que les enquêteurs avaient repéré plusieurs centaines de personnes faisant partie du fichiers des infractions sexuelles dont le smartphone avait borné près du lieu de la victime et que chaque emploi du temps a donc été vérifié, ce qui a pris du temps.


Pourquoi parler d'Agathe Hilairet ? Parce que, à la différence de Delphine Jubillar, on a retrouvé son corps et, après une enquête longue et fastidieuse mais efficace, on a pu retrouver un suspect qui semble être le coupable (seul le juge peut décider qu'il l'est) et qui a en tout cas avoué l'être. Delphine Jubillar, au contraire, est une victime sans corps. On ne sait pas si elle est morte et rien n'indique qu'elle l'est... mais rien n'indique non plus qu'elle ne l'est pas.

Comme pour l'affaire Daval (meurtre d'Alexia Daval ; le mari de celle-ci, reconnu coupable de ce meurtre, a été condamné le 21 novembre 2020 à vingt-cinq ans de réclusion criminelle), c'est le mari qui a alerté la police dès le matin du 16 décembre 2020 de la disparition de sa femme. Il a même participé aux investigations, au ratissage de certaines zones (avec plus d'un millier d'autres habitants, le 23 décembre 2020), sans succès. Le domicile a été perquisitionné le 24 décembre 2020 puis le 6 janvier 2021, puis le 22 juin 2021.

Delphine a disparu avec son smartphone mais sans son véhicule. Son téléphone aurait cessé d'émettre dès le lendemain de la disparition. Delphine comptait s'installer avec son amant avec qui elle était en relation vers 23 heures le jour de sa disparition et, selon ce dernier (mis hors de cause), elle s'apprêtait à se coucher.
 


Le 18 juin 2021, Cédric Jubillar a été mis en examen pour meurtre aggravé et incarcéré. Lors de son audition du 15 octobre 2021 à Toulouse, il a clamé son innocence et ses avocats considéraient que son dossier était vide. Mais le 21 novembre 2023, Cédric Jubillar a été renvoyé aux assises par le parquet général, considérant que les charges contre lui étaient suffisantes. Les dates du procès ont été annoncées le 5 novembre 2024.

En prison, Cédric Jubillar s'est fait une nouvelle compagne qui semblait fascinée par lui. Mais celle-ci a rompu avec lui, avec la peur d'avoir le même destin que Delphine. Le 10 juillet 2025, elle a déclaré dans les médias que Cédric Jubillar lui aurait avoué avoir tué sa femme et l'aurait menacée : « Je l'ai déjà fait une fois [tuer], je peux le faire deux fois. Si tu ne me trompes pas tu n'as rien a craindre. ». Mais il peut aussi avoir simplement frimé auprès de cette nouvelle compagne.

Toujours est-il que celle-ci a été entendue par les enquêteurs : cela s'est passé le 23 juillet 2025 dans une gendarmerie du Gers et à sa sortie, l'ex-nouvelle compagne a déclaré à France Info : « Je me sens soulagée d'avoir pu livrer à la justice ce qui appartenait à la justice. On m'a demandé ce que Cédric Jubillar m'avait dit et j'ai fait mon devoir de le retransmettre. C'est le moment que j'attendais, ce n’était pas facile non plus. ». L'avocat de celle-ci a souligné : « Madame le président de la cour d'assises estime désormais que non seulement les éléments indiqués par ma cliente sont crédibles, mais elle a délivré d'autres détails qu'elle voulait seulement révéler à la justice. ». Selon la station d'information continue, « [Cédric Jubillar] lui aurait affirmé avoir étranglé sa femme sur le canapé et lui aurait donné des indications sur le lieu où se trouverait le corps, à 15 kilomètres de sa maison, près d'un chantier sur lequel il avait travaillé. ».

Pour autant, il n'a pas dû y avoir de nouvelles fouilles avant le procès afin de ne pas relancer l'instruction, ce qui reste étonnant. Il est étonnant, en effet, que le parquet n'ait pas demandé un complément d'enquête et n'ait pas voulu repousser le procès avec ces nouveaux éléments à charge. La découverte du corps, si meurtre il y a, serait déjà un élément de nature à considérer la réalité du crime avec certitude, ce qui n'est toujours pas le cas actuellement, même s'il y a des fortes présomptions pour que Delphine Jubillar ne soit plus en vie.

Un procès, mais aucun aveu, pas de corps, pas d'arme, pas de scène de crime. Et pourtant des charges suffisantes contre le mari selon les deux juges d'instruction, en particulier trois : les lunettes cassées de Delphine, son véhicule stationnée dans le sens opposé au sens habituel et les cris entendus par les voisines. Pour la défense, c'est quand même très mince pour envoyer un homme à la prison à perpétuité.
 


Pourquoi cette affaire a-t-elle été si médiatisée ? Les disparitions fascinent, comme avec l'affaire Dupont de Ligonnès. Mais aussi pour quelques autres raisons très contextuelles qu'a évoquées la journaliste Valentine Arama, auteure d'un livre sur cette affaire, le 20 septembre 2025 pour "Le Dauphiné libéré" : « L’intérêt pour cette affaire est multifactoriel. Elle disparaît juste après l’affaire Daval, qui a changé la perception que l’on avait sur ces femmes qui disparaissent, et le rôle qui peut être joué par leur mari. Il y a aussi une identification à la victime, d’autant plus que c’est en plein covid, quand on salue les soignants, et qu’elle est infirmière. Le mystère, ensuite, est venu tout englober. ». Et de conclure sur le procès : « Dans cette affaire, il ne peut pas y avoir d’entre-deux. C’est soit une lourde peine, soit un acquittement. ». Il s'agit de la culpabilité de Cédric Jubillar, présumé innocent jusqu'à son éventuelle condamnation.

Le quotidien rhônalpin a rappelé les données impressionnantes de ce procès : 15 136 documents authentifiés et protégés (répartis en 27 tomes), 65 témoins et 11 experts qui seront cités au procès, 300 journalistes accrédités (pour 40 places réservées en salle d'audience, c'est pire que les chaises musicales), une retransmission télévisée dans une sale voisine. Il manque juste le verdict. Il est attendu le 17 octobre 2025.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Delphine Jubillar.
Pourquoi reparle-t-on de l'affaire Grégory ?
Emmanuel Macron à la télévision : Mélanie avant l'Urgence Océan.
Mélanie, la douceur incarnée.
L'Affaire Joël Le Scouarnec.
L'Affaire Bétharram.
Agathe Hilairet.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Le mystère Émile sur le point d'être percé ?
La profanation du cimetière juif de Carpentras.
Crash de l'A320 de Germanwings.
L'accident de Villa Castelli.
Morts mystérieuses à Santa Fe.
Repose en paix Louise, on ne t'oubliera pas !
Gisèle Pélicot, femme de l'année 2024 ?
5 ans de prison dont 2 ferme pour Pierre Palmade.
40 ans de confusions dans l'Affaire Grégory.
Philippine : émotion nationale, récupérations politiques, dysfonctionnements de l'État ?
Viols de Mazan : quelques réflexions sur Pélicot et compagnie...
Violence scolaire : quand une enseignante s'y met...
Création du délit d'homicide routier : seulement cosmétique ?
La France criminelle ?
La nuit bleue de Lina.
La nuit de Célya.
La nuit d'Émile Soleil.
Alexandra Sonac et sa fille adolescente.
Harcèlement scolaire et refus d'obtempérer.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
À propos de la tragique disparition de Karine Esquivillon...
Meurtre de Lola.
Nos enseignants sont des héros.
Patricia Bouchon.
Sémantique de l'horreur.
La société de vigilance et le faux Xavier Dupont de Ligonnès.
Mortelle méprise.
L’affaire Seznec.
La sécurité des personnes face aux dangers.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250723-delphine-jubillar.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/delphine-jubillar-est-elle-encore-262305

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17 septembre 2025 3 17 /09 /septembre /2025 04:16

« Le Conseil d'État juge (…) que l’obligation faite aux clients d’indiquer leur civilité va au-delà des limites du strict nécessaire à la réalisation de l’intérêt légitime de SNCF Connect. » (maître Éric Landot, le 31 juillet 2025 sur son blog).





 


Drôle de titre, mais la difficulté réside à résumer une décision du Conseil d'État publiée cet été, le 31 juillet 2025, prise par sa dixième chambre de la section du contentieux, qui risque d'avoir des conséquences économiques mais aussi psychologiques très importantes. De quoi s'agit-il ? Des formulaires que la SNCF demande de remplir en ligne pour réserver un billet de train où il faut indiquer si on est un homme ou une femme (il n'y a plus mademoiselle depuis un certain temps).

Le Conseil d'État devait se prononcer sur un recours de l'Association Mousse qui s'est vu rejeter, le 23 mars 2021 par la CNIL (Commission nationale informatique et libertés), sa plainte contre la société OUI SNCF. L'instance administrative suprême devait attendre, avant de se prononcer sur le fond, la position de la Cour de Justice de l'Union Européenne (CJUE) sur deux questions.


Ces deux questions sont les suivantes :

1. « Peut-il être tenu compte, pour apprécier le caractère adéquat, pertinent et limité à ce qui est nécessaire de la collecte de données (…) et la nécessité de leur traitement (…), des usages couramment admis en matière de communications civiles, commerciales et administratives, de sorte que la collecte des données relatives aux civilités des clients, limitée aux mentions "Monsieur" ou "Madame", pourrait être regardée comme nécessaire, sans qu’y fasse obstacle le principe de minimisation des données ? ».

En d'autres termes, si le fournisseur ou prestataire n'a pas besoin de savoir la civilité de son client pour réaliser son offre commerciale, peut-il quand même la lui demander ?

2. « Y a-t-il lieu, pour apprécier la nécessité de la collecte obligatoire et du traitement des données relatives à la civilité des clients, et alors que certains clients estiment qu’ils ne relèvent d'aucune des deux civilités et que le recueil de cette donnée n'est pas pertinent en ce qui les concerne, de tenir compte de ce que ceux-ci pourraient, après avoir fourni cette donnée au responsable de traitement en vue de bénéficier du service proposé, exercer leur droit d'opposition à son utilisation et à sa conservation en faisant valoir leur situation particulière (…) ? ».
 


La première question a trait au recueil d'une information personnelle inadéquate, la seconde à sa conservation et son éventuelle utilisation ultérieure.
 


Pour comprendre ce dossier, il faut se référer à quelques textes juridiques : les dispositions du c) du paragraphe 1 de l'article 5, du b) et f) du paragraphe 1 de l'article 6, et de l'article 21 du règlement (UE) 2016/679 du Parlement Européen et du Conseil du 27 avril 2016 relatif à la protection des personnes physiques à l'égard du traitement des données à caractère personnel et à la libre circulation de ces données, ainsi que l'arrêt C-394/23 du 9 janvier 2025 de la Cour de Justice de l'Union Européenne.
 


Et qu'a dit la CJUE le 9 janvier 2025 dans cette affaire ? Elle a dit (pour droit) que « le traitement de données à caractère personnel relatives à la civilité des clients d’une entreprise de transport, ayant pour finalité une personnalisation de la communication commerciale fondée sur leur identité de genre, ne peut pas être considéré comme étant nécessaire aux fins des intérêts légitimes poursuivis par le responsable de ce traitement ou par un tiers, lorsque l’intérêt légitime poursuivi n’a pas été indiqué à ces clients lors de la collecte de ces données, ou que le traitement n’est pas opéré dans les limites du strict nécessaire pour la réalisation de cet intérêt légitime, ou qu’au regard de l’ensemble des circonstances pertinentes, les libertés et droits fondamentaux des clients sont susceptibles de prévaloir sur l’intérêt légitime poursuivi, notamment en raison d’un risque de discrimination fondée sur l’identité de genre. ».

Quant au Conseil d'État, il a constaté le 31 juillet 2025, en reprenant l'avis de la CJUE : « S’il est vrai que le traitement des données "Monsieur" ou "Madame" met l’entreprise en mesure de s’adresser à la personne selon les formes habituellement en usage, conformément, sans doute, aux attentes d’une part importante de sa clientèle, un tel résultat aurait pu être également atteint (…) en proposant aux clients d’indiquer leur civilité de façon facultative et non obligatoire. (…) Le traitement en litige ne pouvait pas davantage être justifié, en l’espèce, par l’intérêt qui s’attache à l’identification des passagers. (…) L’intérêt qui s’attache à l’exécution de certains services particuliers proposés par SNCF Connect ne pouvait justifier l’ensemble du traitement contesté. Par suite, ce traitement ne pouvait être regardé comme restant dans les limites du strict nécessaire pour la réalisation d’un intérêt légitime (…). ».
 


C'est avec cet argument principal et quelques autres aspects plus techniques que le Conseil d'État a donné raison au requérant, l'Association Mousse, au détriment de la CNIL en annulant le rejet du recours de l'association à la CNIL. La réclamation auprès de la CNIL devra donc être réexaminée. Comme on le voit, la décision du Conseil d'État sanctionne la CNIL en reprenant les arguments de la CJUE et pas la SNCF, mais cette dernière devra s'attendre à être sanctionnée probablement par la CNIL ultérieurement (sans préjuger de sa décision).
 


Cette décision est importante car elle fera jurisprudence. En clair, tout formulaire, en particulier en ligne qui impose de remplir des cases pour poursuivre sa demande, qui demande si vous être une femme ou un homme sans autre alternative devient illégal et pourra faire l'objet d'une plainte recevable auprès de la CNIL et éventuellement auprès d'une instance judiciaire ou administrative.

En présentant cette décision de justice dans son blog (blog.landot-avocats.net), l'avocat parisien Éric Landot a titré le 28 août 2025 : « Il va falloir "débinairiser" nombre de vos formulaires... ». Et il a résumé ainsi : « Le Conseil d'État a appliqué une interprétation du droit européen faite par la CJUE : il en résulte que l’identité de genre du client n’est pas une donnée nécessaire pour l’achat d’un titre de transport. Pour la majorité de vos formulaires avec une case "Monsieur" ou "Madame", il faudra rendre fichiers moins binaires via l’ajout d’une catégorie de genre très ouverte ("autre ; ne se prononce pas") soit par la suppression de toute mention de genre. ».
 


Attention de ne pas se méprendre avec cette décision du Conseil d'État : il ne s'agit pas, pour la justice, de faire la promotion des identités de genre particulières (comme transgenre, etc.), de considérer qu'on peut être autre chose qu'un homme ou une femme. Il faut plutôt voir cette décision comme un renforcement de la protection de nos données personnelles (comme l'impose le RGPD) : la SNCF n'a pas besoin de connaître mon sexe, de savoir si je suis un homme ou une femme pour me vendre un billet de train, et c'est valable pour de très nombreux fournisseurs de biens ou de services, privés ou publics. Par conséquent, ces fournisseurs n'ont pas besoin de stocker cette information dans leurs mémoires.

Sur le fond, j'approuve donc cette décision estivale du Conseil d'État. L'accumulation de données personnelles, surtout si elles ne sont pas indispensables dans une vente de biens ou services, est une nuisance pour tout le monde, d'autant plus si certains refusent de s'enfermer dans le clivage binaire homme/femme (mais aussi les autres qui en seront tout autant fichés).

En revanche, il faut que la justice prenne aussi en compte l'aspect économique de la chose : changer complètement tous les formulaires, en ligne, papier de tous les organismes privés ou publics qui demandaient (souvent par habitude sociale ou commerciale) le sexe de ses clients ou usagers va bien entendu engendrer un surcoût économique assez élevé pour zéro bénéfice au final.

Dans le contexte actuel, d'une incertitude économique liée à une instabilité politique, tous les acteurs de la vie économique et sociale ont bien d'autres chats à fouetter que de peaufiner leurs formulaires pour des raisons de données personnelles. Il faudrait donc imposer que les nouveaux formulaires soient effectivement débarrassés de ces indications de sexe ou de genre lorsqu'elles sont inutiles, mais peut-être pourrait-on laisser une certaine marge de tolérance avec les formulaires existants.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Faut-il passer au 3e sexe dans les formulaires ?
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Méfiez-vous du péage par smartphone sur les autoroutes !
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François Guizot à Matignon ?
Gilberte Beaux.
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Les 10 mesures de Gabriel Attal insuffisantes pour éteindre la crise agricole.
Le Tunnel sous la Manche.
Agences de notation Moody's et Fitch : la France n'est pas dégradée !
Der Spiegel : "La France, c'est l'Allemagne en mieux".


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250731-formulaire-sexe.html

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17 juillet 2025 4 17 /07 /juillet /2025 04:15

« Il faut le laisser sortir, respirer et enfin revivre ! » (Sabine, son épouse, le 15 juillet 2025).




 


Cela fait près de vingt ans qu'il en rêvait. Il était tombé dans un trou spatio-temporel qui devait l'amener inéluctablement vers la mort, et la mort parmi les plus terribles, celle donnée par une supposée justice prétendue humaine. Et pourtant, Serge Atlaoui n'a jamais cessé d'espérer, et en le regardant comme condamné à mort, on le trouverait calme et éloigné de toute angoisse. Il en avait évidemment, des angoisses. Mais il a su s'élever ; il a été un prisonnier modèle, exemplaire, qui résolvait les petits problèmes de la prison, qui réparait les tuyauteries, qui était apprécié tant de ses codétenus et de ses surveillants.

Ce mardi 15 juillet 2025, le tribunal d'application des peines de Melun a annoncé qu'il venait d'accepter la demande de libération conditionnelle de Serge Atlaoui, actuellement détenu à la prison de Meaux-Chauconin.

Son avocat Richard Sédillot a déclaré à France Bleu Nancy : « Ça valait la peine de travailler autant pendant si longtemps. Même si ça a été un travail dans l'ombre, ça a été un travail assidu pendant très longtemps, donc je suis très content du résultat. (…) Le tribunal a considéré qu'il n'y avait pas de risque de réitération. ». En revanche, la date exacte de la remise en liberté de Serge Atlaoui reste un secret bien gardé pour éviter la présence des médias devant sa prison le jour J.

Faut-il rappeler qui est Serge Atlaoui, 61 ans ? Oui, car sa situation est exceptionnelle. Ce Lorrain a accepté du travail au noir très bien rémunéré pour un soudeur. En Indonésie. Mais il n'a compris dans quel enfer il s'était embarqué à Jakarta que lorsqu'il a été arrêté pour trafic de drogue. Il réparait des machines, mais ne savait pas qu'elles étaient destinées à fabriquer de la drogue. Il n'était pas chimiste mais savait faire fonctionner des machines industrielles, les réparer, etc.

Son arrestation a été suivie d'un procès plus ou moins équitable et a abouti, après plusieurs rebondissements judiciaires, à une condamnation à mort contre laquelle la diplomatie française a fortement protesté. Mais le Président indonésien de l'époque, Jojo Widodo (en exercice d'octobre 2014 à octobre 2024), pourtant plutôt ouvert, a interrompu le moratoire sur les exécutions pour lutter sévèrement contre les trafiquants de drogue. Résultat, Serge Atlaoui a failli être exécuté en avril 2015, son nom était inscrit sur la liste des futurs prisonniers exécutés deux jours plus tard et il a échappé au dernier moment au peloton d'exécution, comme Mary Jane Veloso, Philippine également condamnée à mort alors qu'elle n'avait fait que transporter des valises à l'aéroport (sans savoir qu'elles contenaient de la drogue).
 


Le nouveau Président indonésien, arrivé en octobre 2024, a voulu assainir ses relations extérieures en trouvant des solutions juridiques pour en finir avec ces contestations diplomatiques. L'objectif était de garder souveraine la justice indonésienne (un pays étranger n'a pas à se mêler de la justice du pays), mais d'aboutir à une certaine clémence qui voudrait, en définitive, renvoyer chez eux les condamnés à mort étrangers pour se faire exécuter de leur propre pays.

Cela s'est passé pour Serge Atlaoui le 5 février 2025 (il avait été arrêté le 11 novembre 2005), mais dans l'accord entre la France et l'Indonésie, qui a permis le retour de Serge Atlaoui, la justice française devait reconnaître la chose jugée par la justice indonésienne, donc, ne pas la remettre en cause sur le fond. Le 12 février 2025, le Tribunal de Pontoise a donc tenté de requalifier les raisons juridiques françaises pour une incarcération en France de Serge Atlaoui.

Elles étaient relativement simples : « L’incrimination attendue trouve son équivalent en droit français dans la production et la fabrication de stupéfiants en bande organisée en faisant encourir à son encontre trente ans de réclusion. ». En d'autres termes, l'équivalent de la condamnation à mort en Indonésie pour trafic de drogues est, en France, une condamnation à la réclusion criminelle de trente ans.


La justice ne pouvait pas, par décence diplomatique, libérer Serge Atlaoui immédiatement dans la mesure où il devait rester reconnu coupable de trafic de drogue (même s'il continue à proclamer son innocence). Cette décence, ce délai de décence, pouvait être d'environ cinq ou six mois, selon la justice française. Car dans la réalité de l'application des peines, Serge Atlaoui, considéré comme un prisonnier exemplaire, qui a effectué déjà plus de sa moitié de la peine (dix-neuf ans sur les trente années), pouvait raisonnablement demander une libération conditionnelle et l'obtenir, ce qu'il a fait et obtenu.

Par ailleurs, on n'insistera pas sur le hasard d'une telle décision judiciaire le 15 juillet 2025 lorsque la veille, jour de la fête nationale, où la France, qui reçoit traditionnellement un pays invité d'honneur à cette occasion, avait reçu comme invité d'honneur justement l'Indonésie ! Les justices nationales sont indépendantes...et Emmanuel Macron et son homologue indonésien Prabowo Subianto se sont serré la main à Paris le 14 juillet 2025.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La libération tant attendue de Serge Atlaoui.
La nouvelle peine de Serge Atlaoui.
Serge Atlaoui en France !
Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
Majid Kavousifar.
Varisha Moradi.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
Le cauchemar de Serge Atlaoui.
Peine de mort pour les djihadistes français ?


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250715-serge-atlaoui.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-liberation-tant-attendue-de-262142

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/17/article-sr-20250715-serge-atlaoui.html


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8 juillet 2025 2 08 /07 /juillet /2025 04:31

« Lorsque les époux demandent ensemble le divorce, ils n'ont pas à en faire connaître la cause ; ils doivent seulement soumettre à l'approbation du juge un projet de convention qui en règle les conséquences. La demande peut être présentée, soit par les avocats respectifs des parties, soit par un avocat choisi d'un commun accord. Le divorce par consentement mutuel ne peut être demandé au cours des six premiers mois de mariage. » (Art. 230 du code civil après la loi du 11 juillet 1975).



 


Mine de rien, il y a eu des grands réformateurs dans notre pays. On ne redira ici jamais assez à quel point le Président Valéry Giscard d'Estaing fut un réformateur de la société française. Il a ancré la modernisation de la société, et des mœurs, dès la première année de son septennat par des réformes emblématiques, entre autres la dépénalisation de l'IVG, la majorité à 18 ans, et enfin, alors que c'était politiquement moins bruyant mais sociétalement pas moins crucial, la possibilité du divorce par consentement mutuel. Cela fait maintenant cinquante ans que la loi n°75-617 du 11 juillet 1975 a été promulguée en proposant une voie à l'amiable pour le divorce.

Biographe de Valéry Giscard d'Estaing, le journaliste Éric Roussel expliquait le 7 mars 2023 pour "Émile", le magazine des sciences po, l'apport de ce jeune Président : « VGE considérait que De Gaulle avait fait de grandes réformes institutionnelles en 1958, mais que tout l’aspect sociétal n’avait pas bougé. Il avait été très frappé par mai 68 et redoutait qu’une crise analogue se reproduise. ».

Au même titre que l'IVG, VGE n'a pas incité, n'a pas encouragé le divorce, mais il a su saisir les nécessités de son époque pour adapter la législation à la société en pleine transformation. Le gouvernement de Jacques Chirac, en particulier le Ministre de la Justice Jean Lecanuet qui a défendu ce projet de loi, était évidemment partisan du modèle familial traditionnel, et se plaçait à droite ou au centre droit de l'échiquier et n'avait rien de révolutionnaire.
 


Il est important d'évoquer cette révolution. Pas celle de mai 1968, mais celle du 20 septembre 1792 qui proposa dès ce moment-là ce divorce par consentement mutuel, dans la suite logique de l'égalité entre les hommes et les femmes. Ce divorce a été banni à la Restauration en 1816 et il a fallu attendre 1975, sous l'inspiration du juriste Jean Carbonnier, professeur de droit privé, pour retrouver cette voie "à l'amiable" de séparation des foyers conjugaux.

Avant cette procédure, il y avait deux autres voies pour le divorce, en cas de rupture de la vie commune (séparation de corps, de fait), et en cas de faute, qu'il fallait donc prouver (par exemple, adultère). En proposant une procédure par consentement mutuel, cela limite évidemment les frais, cela accélère la procédure et cela facilite psychologiquement la séparation. Surtout, cela évitait une fiction judiciaire : même lorsque les deux époux étaient consentants, il fallait trouver une faute pour pouvoir divorcer légalement, ce qui créait des situations stupides de production de fausses preuves pour prouver de fausses fautes.
 


Il faut bien rappeler qu'un divorce n'est pas simplement qu'une séparation de deux êtres. Parfois, ils ont créé une communauté de biens (selon le contrat de mariage ; par défaut, tout acquisition postérieure au mariage appartient à la communauté), et parfois même, plus important, ils ont créé une famille, c'est-à-dire qu'ils ont engendré des enfants. En cas de séparation, la communauté doit être liquidée selon des règles de partage consenties ou contraintes (par un juge), selon les cas (y compris pension alimentaire pour le conjoint le moins rémunéré, répartition du patrimoine, etc.), et l'avenir des enfants doit être également réglé (garde des enfants, droit de visite, pension alimentaire, etc.).

Dans les années 1970, le divorce était encore un acte exceptionnel et honteux. En 1977, il y avait 20 divorces pour 100 mariages. Maintenant, c'est très ordinaire, au point qu'un mariage sur deux se termine désormais en séparation (divorce). À cela, plusieurs raisons dont les principales sont le travail des femmes (les femmes ne sont plus obligées de rester mariées pour vivre ; elles peuvent être indépendantes financièrement) ; l'espérance de vie qui augmente (rester ensemble vingt ans ou cinquante ans n'est pas la même chose) ; la tolérance aux mauvais traitements (violences conjugales) est beaucoup plus faible maintenant qu'auparavant. Enfin, de nos jours, on se marie beaucoup plus par amour qu'hier, ce qui fait que lorsque le sentiment amoureux s'étiole, le mariage est remis en cause.

De fait, la loi du 11 juillet 1975 a effectivement fait augmenter le nombre de divorces, et de nos jours, il faut compter environ 130 000 divorces par an pour 220 000 mariages par an.
 


La procédure est assez simple. Il faut d'abord que les deux époux soient d'accord pour divorcer (c'est le préalable indispensable). Ensuite, les avocats règlent la dissolution du mariage pour l'aspect familial (enfants) et l'aspect matériel (liquidation de la communauté, pensions, etc.). Une fois un accord obtenu par les deux futurs ex-époux, le juge valide le contrat (la convention de divorce). Et l'acte est ensuite inscrit à l'état-civil. Il faut signaler qu'il n'existe pas de procédure d'appel à un divorce par consentement mutuel. En cas de désaccord, c'est le juge qui tranche.

À partir du 1er janvier 2017, l'intervention d'un juge aux affaires familiales n'est plus nécessaire, à savoir que le ou les avocats des futurs ex-époux déterminent la convention du divorce et la font valider par un notaire, sans juge, ce qui permet de désengorger la justice. La procédure est alors beaucoup plus rapide (quelques mois) et moins coûteuse (il faut toujours payer les avocats et le notaire). Il existe même un moyen de procéder au divorce par des avocats en ligne, sur Internet, sans avoir forcément à les rencontrer physiquement (ce procédé est toutefois plus ou moins légal).
 


La réforme du divorce par consentement mutuel a été une grande révolution pour la société française. Alors que le divorce était vécu comme une mise en accusation par la société du couple devenu coupable de ne plus vouloir rester uni, il a été dédramatisé, devenu simple séparation avec juste la préoccupation sur l'avenir des enfants et l'avenir du patrimoine commun. Paradoxalement, ceux qui y ont le plus gagné, psychologiquement, sont les enfants des couples séparés. De nos jours, les familles sont désormais recomposées, avec des demi-frères, demi-sœurs, ou même une fratrie sans sang commun, des beaux-pères, des belles-mères (mais pas dans le sens des parents du conjoint), et ce n'est plus "dramatique". En revanche, cela a des conséquence notamment sur le nombre de logements nécessaires à ces nouvelles mœurs (dans une société qui manque cruellement de logements).

Comme pour la contraception dès 1967, ainsi que pour l'IVG, la réforme du divorce a été une simple nécessité sociétale pour que la législation accompagne l'évolution d'une société devenue de plus en plus individualiste. Ceux qui ont amorcé ces réformes n'étaient pas dans la philosophie (pour ou contre), mais dans l'action publique avec des objectifs de santé publique (très clairement pour l'IVG) et de santé mentale, d'intérêt général.

Finalement, malgré son importance, cette loi du 11 juillet 1975 est passée avec une relative discrétion politique au contraire de la loi sur l'IVG. Elle a pourtant contribué, mais pouvait-on l'éviter ?, à la décomposition de la cellule familiale dont on connaît le paroxysme actuellement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
50 ans de divorce par consentement mutuel.
Les 20 ans de la loi handicap du 11 février 2005.
IVG : l'adoption de la loi Veil il y a 50 ans.
Le droit de vote à 18 ans, c'était il y a 50 ans grâce à Giscard !
Lucien Neuwirth  et la contraception.
Le vote des femmes en France.
Femmes, je vous aime !
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.
L'IVG dans la Constitution (3) : Emmanuel Macron en fait-il trop ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 8 mars 2024, place Vendôme à Paris, sur l'IVG (texte intégral et vidéo).
L'IVG dans la Constitution (2) : haute tenue !
L'IVG dans la Constitution (1) : l'émotion en Congrès.
La convocation du Parlement en Congrès pour l'IVG.
L'inscription de l'IVG dans la Constitution ?
Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
L’avortement et Simone Veil.
Le fœtus est-il une personne à part entière ?
Le mariage pour tous, 10 ans plus tard.
Rapport 2023 de SOS Homophobie (à télécharger).
Six ans plus tard.
Mariage lesbien à Nancy.
Mariage posthume, mariage "nécrophile" ? et pourquoi pas entre homosexuels ?
Mariage annulé : le scandaleux jugement en faveur de la virginité des jeunes mariées.
Ciel gris sur les mariages.

Les 20 ans du PACS.
Ces gens-là.
L’homosexualité, une maladie occidentale ?
Le coming out d’une star de la culture.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
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La PMA pour toutes les femmes.












https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250711-divorce.html

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20 juin 2025 5 20 /06 /juin /2025 04:58

« [C'est] important de rendre public l’arrêt de mercredi parce que c’est une information d’intérêt général qui concerne toute la société. C’est un fait de société majeur. » (François Saint-Pierre, le 20 juin 2025 sur CNews).




 


Que s'est-il vraiment passé le 16 octobre 1984 entre 17 heures et 21 heures à Lépanges-sur-Vologne, dans les Vosges ? Après plus de quarante ans d'enquêtes judiciaires, l'histoire du petit Grégory Villemin, 4 ans, reste toujours aussi mystérieuse qu'au début. Pendant ce laps de temps, il a été enlevé de son foyer, conduit, peut-être séquestré, puis assassiné, jeté ligoté dans la rivière.

L'assassinat a ému beaucoup de monde, la France entière, ce fut même la première affaire réellement médiatisée avec toutes ces horreurs de communication pour avoir du sensationnel, ces photos posées devant la tombe, etc. L'affaire a été très malmenée par la justice, un premier accusé qui a été assassiné par le père de l'enfant, puis l'accusation contre la mère de l'enfant, de nombreuses erreurs, etc.


Ce qui semble établi, c'est la jalousie d'un certain nombre de personnes, dans la famille comme à l'extérieur, pour ce couple qui avait réussi à gravir les échelons sociaux peut-être mieux que les autres. Ce qui caractérise cette affaire, ce sont les appels anonymes et les nombreuses lettres anonymes, non seulement de l'époque, en 1984, mais bien avant (la première lettre date du 4 mars 1983) puis après l'assassinat de l'enfant, mais aussi bien après, jusqu'en début juillet 2017. Des lettres de menaces, de jalousie, de revendication. Un corbeau... ou plusieurs.

Les questions sont nombreuses : ces lettres anonymes proviennent-elles d'une seule et même personne ou pas ? leur auteur (ou leurs auteurs) est-il le coupable ? et plus généralement, Grégory a-t-il été victime non pas d'un seul assassin mais carrément d'un complot éventuellement familial ?


Depuis une vingtaine d'années, la technologie a permis de très nombreux progrès dans les investigations criminelles. Toutefois, de nombreuses pièces sont aujourd'hui manquantes ou trop anciennes, trop détériorées, pour être analysées avec les moyens modernes. Parmi ces nouvelles techniques, il y a l'intelligence artificielle qui peut faire des merveilles. Et notamment sur la graphologie et le style d'écriture. L'analyse du style peut déterminer si plusieurs lettres proviennent d'un même auteur ou pas.

On ne sera donc pas étonné que de manière sporadique, l'affaire Grégory revienne parfois en surface. La première remarque est que c'est une excellente chose, pas pour des raisons médiatiques, mais parce que cela permet de ne pas clore l'affaire.

La chambre d'instruction de la cour d'appel de Dijon a rouvert le dossier le 8 décembre 2008 et les investigations continuent tant bien que mal. On reparle ces jours-ci de cette affaire parce que le procureur général auprès de la cour d'appel de Dijon (où a été délocalisée l'affaire) a annoncé le 18 juin 2025 la convocation prochaine de la grande-tante de Grégory, à savoir Jacqueline Jacob, pour un interrogatoire de « première comparution » en vue d'une « mise en examen pour association de malfaiteurs criminelle », selon le communiqué de la cour d'appel de Dijon.

 


Ce qu'on apprend, c'est que Jacqueline Jacob sera convoquée... dans les mois prochains (et pas dans les jours prochains), « pas avant quelques mois », selon le parquet, ce qui rend donc étonnant le communiqué de la cour d'appel par l'imprécision de la date de cette convocation.

L'avocat des parents de Grégory, François Saint-Pierre, a déclaré (à mon sens, un peu trop hâtivement) le 20 juin 2025 sur CNews : « Le juge d’instruction a pris cette initiative parce qu’il en était arrivé à une somme d’indices qui rendaient nécessaire l’audition de Madame Jacob et dans un cadre juridique approprié, à savoir un interrogatoire de première comparution aux fins éventuelles d’une mise en examen. Elle va s’expliquer. Le juge aura le choix de la mettre en examen ou de la placer sous le statut de témoin assisté. Nous n’assisterons pas à cette audition. Nous prendrons connaissance de l’issue de celle-ci ultérieurement, avec le procès-verbal. (…) On s’est toujours dit qu’il y avait les preuves scientifiques, comme l’ADN et la téléphonie. Maintenant, il y a l’identification vocale. Toutes ces nouvelles technologies pourraient apporter des réponses. Je n’ai jamais renoncé à l’idée qu’un jour quelqu’un qui a tant sur la conscience s’exprime et se délivre de ce fardeau abominable. Pourquoi Jacqueline Jacob ne le ferait-elle pas ? Pourquoi ne dirait-elle pas ce qu’il en est exactement et comment ce crime s’est-il passé ? (…) Est-ce que Madame Jacob va garder le silence ? Peut-être, je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que ses avocats vont contester la légalité même de cette mise en cause aux motifs qu’il y a prescription et que la qualification juridique n’est pas la bonne. ».

Cet avocat expliquait : « Lorsque [les parents] ont appris la nouvelle, ils ont été gagnés par une très forte émotion. Non pas qu’ils pensent que l’affaire va être résolue d’un jour à l’autre, mais parce que chaque avancée peut donner l’espoir d’une résolution. (…) Le droit au silence est un droit fondamental. Il y a des faits. Il y a des preuves. Après la mise en examen, le juge ordonnera la tenue d’un procès. Pour nous, ce sera la chance, peut-être, de faire naître la vérité entourant le drame. Ce sera le dernier chapitre de cette très longue tragédie. ».

Jacqueline Jacob, tante du père de Grégory, Jean-Marie Villemin, et de Bernard Laroche, a maintenant 80 ans. Elle avait été déjà placée en garde-à-vue le 14 juin 2017 puis mise en examen le 16 juin 2017 pour « enlèvement et séquestration suivie de mort », mais elle avait bénéficié le 16 mai 2018 d'un arrêt de la chambre d'instruction de Dijon qui avait annulé la mise en examen « au motif que cette décision relevait de la compétence de la chambre de l’instruction et non du seul magistrat en charge du supplément d’information ».

De son côté, dès le 19 juin 2025, Jacqueline Jacob a réaffirmé « sa totale innocence », selon un communiqué de ses trois avocats, ajoutant aussi qu'elle « souhaite que sa présomption d’innocence ainsi que sa vie privée soient respectées », d'autant plus que, pour ses avocats, le parquet de Dijon considère « qu’aucun élément n’est de nature à constituer des indices graves ou concordants dans l’implication » de cette grande-tante. Les avocats se sont d'ailleurs étonnés que la qualification de mise en examen envisagée ne figurait pas dans le code pénal entre 1983 et 1986, donc au moment de l'assassinat de Grégory : « Il ne peut y avoir ni infraction ni peine sans qu’un texte ne les prévoie. ».

Tout ce qu'on peut souhaiter, c'est que l'auteur ou les auteurs soient enfin connus, voire jugés, le cas échéant (quand c'est possible), mais aussi qu'aucune nouvelle erreur judiciaire ne soit faite dans une affaire judiciaire aussi chaotique que celle-ci. Grégory Villemin, né le 24 août 1980 à Saint-Dié, aurait 44 ans et demi aujourd'hui.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pourquoi reparle-t-on de l'affaire Grégory ?
40 ans de confusions dans l'affaire Grégory.
Le juge Jean-Michel Lambert.
La relance judiciaire de l’affaire Grégory.
Histoire encore à suivre.
Documents sur l’affaire Grégory.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250618-affaire-gregory.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/pourquoi-reparle-t-on-de-l-affaire-261628

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/19/article-sr-20250618-affaire-gregory.html

 





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10 juin 2025 2 10 /06 /juin /2025 21:45

« Je sais qu’elle était très très heureuse d’occuper cette profession, d’aider les jeunes, l’ambiance était bon enfant, conviviale, familiale. (…) C’était quelqu’un de très souriante, très gentille, la douceur incarnée. (…) D’une nature bienveillante, elle avait tout pour elle. On est très triste, très touché. » (Une cousine, le 10 juin 2025 à l'AFP).




 


Le témoignage d'une cousine sur Mélanie a de quoi être émouvant. Quel contraste entre cette "douceur incarnée" et l'ultraviolence dont elle a été victime. Mélanie, assistante d'éducation (autrement dit, surveillante) de 31 ans, est devenue malgré elle une héroïne victime ; elle a commencé dans ce poste en septembre dernier. Elle se destinait à devenir accompagnatrice d'élèves en situation de handicap (AESH).

Elle était auparavant une apprentie coiffeuse mais, mère d'un enfant de 4 ans, elle a voulu un peu plus de temps pour son garçon, selon les confidences de son ancienne patronne au "Dauphiné". Un ancien client sur BFMTV : « C’était une femme adorable, vraiment très très gentille, pas un mot au-dessus de l’autre, qui aimait faire profiter de son métier aussi. ». Elle était aussi conseillère municipale de sa petite commune (une centaine d'habitants), Sarcey, à 10 kilomètres de Nogent, en Haute-Marne.


En allant au boulot ce mardi 10 juin 2025, elle ne pensait pas y perdre sa vie. Vers 8 heures 15, un collégien de 14 ans, apparemment sans histoire, l'a poignardée devant le collège Françoise-Dolto à Nogent. Un contrôle de sacs des élèves était effectué par la gendarmerie nationale à l'entrée du collège. L'adolescent a poursuivi Mélanie avec un couteau et l'a blessée. Hélas, à mort. Il a blessé aussi un gendarme qui l'a arrêté. En urgence absolue, la victime aurait dû être héliportée jusqu'à l'hôpital de Dijon, mais son état s'est dégradé et elle a succombé à ses blessures. Une victime, une nouvelle victime de la violence d'adolescent. Les 324 élèves du collège ont été confinés dans le gymnase puis ont pu quitter l'établissement ramenés par leurs parents. Le procureur de Chaumont a annoncé qu'un dispositif d'accompagnement des élèves et des enseignants a été mis en place.

La classe politique s'est rapidement emparé de cette tragédie. Parfois pour une sinistre récupération politique, comme Marine Le Pen dans l'hémicycle : « Un nouveau drame vient donc de toucher l’école et, par conséquent, l’ensemble de notre nation. Un drame, pas un fait divers sur lequel on "brainwasherait". Un drame, qui appelle une réponse politique. C’est parce qu’il n’y a jamais eu de réponse politique que notre société a vu la vie être progressivement désacralisée ; c’est parce qu’il n’y a jamais eu de réponse politique que l’ultraviolence s’est banalisée, en particulier chez les mineurs ; c’est parce qu’il n’y a jamais eu de réponse politique que des enfants deviennent orphelins et que des parents sont obligés d’enterrer des enfants victimes de la barbarie. ».

Le verbe "brainwasher" (faire un lavage de cerveau) avait été utilisé maladroitement par le Président Emmanuel Macron le 8 juin 2025 lors d'une interview dans la presse régionale. Il regrettait alors qu'on ne parlât que de fait-divers sans s'appesantir sur des sujets de fond comme le combat pour le climat (il allait participer au Sommet pour l'océan à Nice) :
« Certains préfèrent brainwasher sur l’invasion du pays et les derniers faits divers. ». Il s'en prenait ainsi à la suppression des ZFE et à la suspension provisoire de MaPrimeRénov' (dispositif d'aide à la rénovation énergétique en vigueur depuis cinq ans).

 


Emmanuel Macron s'est expliqué plus longuement dans une interview ce mardi 10 juin 2025 sur France 2 : « Il y a des moments d’indignation sur l’écologie et ensuite ça sort complètement du débat public. ». S'en prenant à la « tyrannie du fait-divers », il a précisé sa pensée : « Il y a des gens qui regardent la télévision ou les réseaux sociaux, ils sont dans une société de l’information qui passe d’un fait divers à l’autre. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas avoir de la considération pour ces personnes qui vivent [ces drames], accompagner les familles, qu’il ne faut pas réagir de manière intraitable. ».

Il a dénoncé la surexploitation des faits-divers par des partis démagogiques : « Ils finissent par rendre les gens fous parce que les gens ont le sentiment de passer d’un fait-divers à l’autre, en passant des punaises de lit le matin à un drame qui s’est passé la journée. (…) On ne peut pas avoir un débat politique qui devient du suivisme de l’actualité. ».

Dans la matinée, Emmanuel Macron avait réagi sur Twitter comme le reste de la classe politique au meurtre de Mélanie : « Alors qu’elle veillait sur nos enfants à Nogent, une assistante d’éducation a perdu la vie, victime d’un déferlement de violence insensé. (…) Tous, nous sommes aux côtés de sa famille, de ses proches, de ses collègues et de l’ensemble de la communauté éducative. (…) La Nation est en deuil et le gouvernement mobilisé pour faire reculer le crime. ».

Au-delà de Twitter, c'est surtout l'Assemblée Nationale qui a été le lieu des réactions politiques. L'après-midi se déroulait en effet la séance hebdomadaire des questions au gouvernement. La Présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet a proposé une minute de silence à la mémoire de Mélanie et aussi des deux jeunes pompiers de 22 et 23 ans, Tanguy et Maxime, qui ont perdu la vie le 9 juin 2025 dans la soirée à Laon, piégés par l'effondrement d'un appartement en flammes dont ils tentaient de secourir les habitants : « Face à ces drames effroyables, j’adresse les sincères condoléances de la représentation nationale aux familles et aux proches des victimes. Je veux, en notre nom à tous, dire la reconnaissance de la nation envers nos soldats du feu, qui risquent leur vie pour nous protéger. Je veux aussi dire notre soutien à l’ensemble de la communauté éducative. La violence n’a pas et n’aura jamais sa place dans nos établissements scolaires. En la mémoire de nos trois compatriotes décédés, je vous invite à observer une minute de silence. ».

Le Premier Ministre François Bayrou est aussi intervenu en début de séance pour exprimer son émotion et présenter quelques mesures :
« Immense gratitude et mobilisation : c’est ce que nous devons aussi à cette jeune assistante d’éducation (…). D’habitude, ces faits concernent des milieux sociaux profondément fragilisés ; or ce n’est pas le cas ici. Mais une chose est certaine dans ce second drame : c’est que les armes blanches, les couteaux, sont en train de devenir, parmi les jeunes, voire les très jeunes enfants (…), une réalité de tous les jours. (…) Nous ne pouvons pas demeurer indifférents et les bras ballants face à ce qui est en train de se passer, devant cette vague qui progresse. Nous avons des décisions à prendre, certaines de nature législative, d’autres d’ordre réglementaire. Nous avons commencé à les prendre, puisque je rappelle que le drame de ce matin s’est déroulé alors que les gendarmes procédaient à un contrôle des sacs. Ces contrôles, nous les avons multipliés depuis trois mois : plus de 6 000 ont été effectués, qui ont permis de saisir près de 200 couteaux et 200 autres objets dangereux. Nous ne pouvons pas nous contenter de déplorer ce qui s’est passé ; nous sommes obligés, en conscience, de prendre de nouvelles décisions pour que nos enfants et ceux qui travaillent avec eux puissent être, au minimum, en sûreté. C’est une œuvre très difficile, parce que, comme tout le monde le voit bien, il ne s’agit pas d’un fait isolé, mais d’une dérive de la société et des enfants dont nous avons la charge, et que nous n’arrivons pas à mettre à l’abri des drames qu’ils fomentent eux-mêmes. ».

Quelques minutes plus tard, en réponse à Marine Le Pen :
« L’ampleur de la vague, nous la connaissons tous, quels que soient les bancs sur lesquels nous siégeons. C’est une décomposition de la société dans laquelle nous vivons et c’est le surgissement de pratiques de vie communes. L’un de mes collègues disait à l’instant tout bas que son petit garçon de 10 ans lui a demandé quand il pourrait avoir un couteau à l’école. Cela concerne tous les milieux et d’abord, naturellement, les plus fragiles. On a deux choses essentielles à faire. La première, c’est de construire des règles et une réponse pénale susceptibles de dissuader ces jeunes, souvent des garçons, de saisir un couteau et de le mettre dans leur sac. Je l’ai rappelé, nous avons publié le 27 mars une circulaire pour que des contrôles de police et de gendarmerie aient lieu à l’entrée des établissements scolaires. Depuis, il y a eu 6 200 contrôles, au cours desquels près de 200 couteaux ont été saisis et 567 conseils de discipline ont été réunis pour lutter contre ce fléau. Nous allons travailler à l’application effective de l’interdiction de port de ce type d’armes. Il va falloir durcir la réglementation, parce qu’un certain nombre de ces couteaux ne sont pas considérés comme des armes, même s’ils sont construits, pour une part d’entre eux, pour figurer des armes très violentes. La deuxième chose que nous devons faire, c’est travailler à la question de la santé mentale des plus jeunes. À la première alerte, il faut qu’il puisse y avoir un examen, un diagnostic et une proposition de traitement, ou en tout cas une reprise de contrôle de ces jeunes. Ces deux missions, nous ne pouvons pas les éluder. Le 29 avril, j’ai demandé à Mme Naïma Moutchou et au préfet François Ravier de coprésider un groupe de travail, dont les conclusions m’ont été rendues le dernier jour du mois de mai. J’ai bien l’intention que les cinquante propositions de ce groupe de travail soient conduites à leur terme et je vais, si elle l’accepte, confier à votre collègue Naïma Moutchou la mission de vérifier leur application effective.Ce n’est pas une baguette magique ; nous n’avons pas la clef de toutes les questions qui se posent, car ces questions, pour l’essentiel, sont dans la société française, dans sa désorganisation, dans ses dérives. En revanche, ce que doit faire la loi, c’est assurer que les principes sont respectés autant que l’on puisse identifier des manquements à ces principes. J’ajoute que, même si les premières expériences n’ont pas été évidentes, nous devons travailler à l’installation de portiques à l’entrée des établissements scolaires ; ceux implantés dans plusieurs régions n’ont pas été maintenus partout, mais je suis persuadé que nous ne pouvons en rester à l’observation des accidents qui se multiplient. Le gouvernement a lui aussi l’intention d’aller dans le sens de cette expérimentation. ».

 


La députée Naïma Moutchou (Horizons) a, elle aussi, posé une question sur le meurtre de Mélanie, en rappelant une longue et inquiétante série de meurtres : « La société reste sidérée de ce qui est en train de se passer. Les Français sont sous le choc, en colère : presque chaque jour, l’actualité leur jette à la figure un nouveau drame, de nouvelles violences. Chaque jour ou presque, des adolescents tuent à l’arme blanche, des enfants et leurs surveillants sont poignardés jusque dans l’enceinte des établissements scolaires. Ce matin, Mélanie, assistante d’éducation, a perdu la vie ; hier, c’étaient Elias, Laurène, Thomas, Sékou, Inès, Enzo, Matisse, tant d’autres encore, tous tués à l’arme blanche par des mineurs. Cette liste ne recense pas des faits divers, mais les signes d’un effondrement. Nous voyons l’autorité reculer partout, la violence gagner partout ; nous voyons sombrer une partie de la jeunesse qui bascule dans la brutalité la plus décomplexée, des adolescents qui sortent armés pour commettre le pire. C’est tout sauf une crise passagère, c’est un fléau, l’ennemi public numéro un : voilà la conclusion de la mission que vous m’aviez confiée à ce sujet, ainsi qu’au préfet François Ravier. Notre rapport, que je vous ai remis le 28 mai, ne constitue pas un simple document ; ce doit être un électrochoc, une prise de conscience, et surtout l’occasion d’agir. ».

Parmi les pistes d'action : « Il est temps, comme nous le préconisons, d’interdire strictement la vente aux mineurs et la détention par ces derniers de tout type d’arme blanche, d’imposer le défèrement systématique des auteurs de tels faits, de prévoir des sanctions pénales bien plus rapides et des peines minimales, de sécuriser nos établissements scolaires, d’améliorer la chaîne de signalement. Il est temps d’investir dans la prévention, dans la santé mentale des jeunes, dans la médecine scolaire, de s’attaquer aux conséquences délétères des réseaux sociaux en interdisant le téléphone portable à l’école. Les mesures sont prêtes, applicables ; nous ne pouvons plus attendre, nous contenter d’hommages, de minutes de silence, encore et encore. ». François Bayrou a exprimé sa volonté de mettre immédiatement en œuvre ces mesures.
 


Arrivée sur les lieux du drame, à Nogent, la Ministre d'État, Ministre de l'Éducation nationale Élisabeth Borne a déclaré : « Ses professeurs sont totalement sidérés de ce qui a pu se produire. Il avait fait l'objet en début année de deux exclusions temporaires pour des perturbations de la classe. Mais depuis le mois de novembre, il n'y avait pas du tout de difficultés avec cet élève. (…) On doit agir aussi sur la santé mentale, j'ai demandé aux assises de la santé scolaire qu'il y ait dans chaque établissement un protocole de repérage et de prise en charge pour les élèves qui peuvent avoir des problèmes psychologiques ou psychiatriques. (…) Avec le Ministre de la Santé, on s'est assurés que les jeunes signalés par l'Éducation nationale bénéficient d'une priorité pour la prise en charge dans les centres médicopsychologiques. (…) On doit aussi agir pour prévenir l'usage excessif des écrans et des réseaux sociaux, parce qu'on sait que c'est bien souvent ce qui peut conduire à des comportements violents, un peu déréalisés, de la part de nos jeunes. (…) Je suis très mobilisée pour prévenir de tels drames. (…) On doit travailler avec les familles, pour prévenir de tels drames. (…) On va continuer à chercher toutes les mesures qui peuvent nous permettre d’éviter de tels drames. ».

Précisant les affirmations du Premier Ministre, Élisabeth Borne a déclaré qu'entre le 26 mars et le 23 mai 2025, il y a eu 6 000 fouilles inopinées menées dans les collèges et les lycées, ce qui a provoqué 567 conseils de discipline pour détention de couteau, la saisie de 186 couteaux et 32 gardes-à-vue.


Quant au Ministre d'État, Ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau, qui était en déplacement à Laon en hommage aux deux jeunes pompiers décédés, il a fait cette déclaration mesurée : « La réponse ne peut pas être seulement sécuritaire, car il y avait des gendarmes. ». Il a ajouté : « Ou il y a une hypothèse de santé mentale, et il faudra voir s’il y avait eu un signalement, ou alors c’est autre chose, et on tombe dans ce que j’ai appelé la barbarie. ». Il ne croyait pas en l'intérêt des portiques devant les écoles.

Invité de BFMTV en fin d'après-midi ce mardi, l'ancien Premier Ministre Gabriel Attal a dit ne pas croire non plus aux détecteurs de métaux à l'entrée des établissements qui pourraient accroître les attroupements en période de menace terroriste :
« On peut regarder le couteau, mais je pense qu'il faut surtout regarder le gamin de 14 ans. (…) Il y a une violence de plus en plus forte, débridée, de plus en plus jeune. ».

François Bayrou, interrogé ensuite dans le journal de 20 heures sur TF1, a rappelé ses propositions :
« L'élargissement de la liste des armes blanches, des couteaux, c'est tout de suite que ça entre en vigueur et l'imposition que ce soit une vérification d'âge de celui qui reçoit le colis c'est tout de suite aussi. ».


Ce fut l'occasion pour certains de se moquer du Premier Ministre en énumérant de nombreux instruments qui pourraient être dangereux (jusqu'à la pince à épiler et à l'épluche-légume). Et ils ont raison : les armes blanches pourront toujours passer d'une manière ou d'une autre dans les établissements scolaires. Les portiques n'ont pas été d'une grande efficacité lors de premières expérimentations.

L'élément principal est sans doute la détection psychologique, l'évaluation de la santé mental des élèves, comme l'a affirmé le porte-parole de la fédération de parents d'élèves PEEP Laurent Zameczkowski : « Le véritable problème est la santé mentale de nos jeunes. », et c'est évidemment très difficile à appréhender. Ce qui est notable, c'est la position de Bruno Retailleau qui convient que le problème n'est pas seulement sécuritaire. La solution se trouve certainement dans l'éducation qu'apportent les parents à leurs enfants, la transmission des valeurs et en particulier du caractère sacré de la vie.

Hommage à Mélanie, tombée sur le champ de bataille de l'éducation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mélanie, la douceur incarnée.
L'Affaire Joël Le Scouarnec.
L'Affaire Bétharram.
Agathe Hilairet.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Le mystère Émile sur le point d'être percé ?
La profanation du cimetière juif de Carpentras.
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Sémantique de l'horreur.
La sécurité des personnes face aux dangers.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250610-melanie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/melanie-la-douceur-incarnee-261457

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