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29 août 2026 6 29 /08 /août /2026 17:19

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260829-olivier-faure.html



DISCOURS DE CLÔTURE DU CAMPUS SOCIALISTE
PAR OLIVIER FAURE,
PREMIER SECRÉTAIRE DU PARTI SOCIALISTE,
LE SAMEDI 29 AOÛT 2026 À BLOIS











Discours d'Olivier Faure


 

Chers amis, chers camarades,

Cet été, la France a brûlé sous nos yeux. Ce n’était plus une métaphore. Des hectares de pins, de garrigue, de chênes centenaires, sont partis en fumée en quelques heures. Des villages évacués en pleine nuit. Et à chaque nouveau feu, la même sidération, celle de voir se consumer en quelques heures ce que des générations avaient mis des siècles à faire pousser. La même stupeur de voir périr, piégés par les flammes, des millions d’animaux, chevreuils, écureuils, lapins, c’est tout le vivant qui meurt.

À quelques kilomètres de chez moi, la forêt de Fontainebleau, vieille de 40 000 ans, inspiration des impressionnistes, forêt dont Victor Hugo fut membre du comité de protection, a été dévorée par les flammes. Sur ces bois calcinés reposent la suie de nos lâchetés et le charbon de nos aveuglements. Nous avons vécu un été dans l’enfer d’une canicule dont nous savons qu’elle sera désormais, non plus l’exception mais la norme ; et si nous ne changeons rien, une étape vers pire encore.

Enfer des incendies, enfer des inondations, enfer des tornades, enfer des vies détruites, Je veux saluer ici nos maires, nos présidents de départements de région qui ont lutté et protégé nos concitoyens. Je veux avoir une pensée particulière pour notre camarade, Martial Zaninetti, maire du Porge et les habitants de sa commune où 183 habitations ont été détruites.

Je veux bien sûr saluer le courage absolu des pompiers, des militaires, des agriculteurs, de tous ces bénévoles qui sont venus combattre des flammes à plus de 1 000 degrés. Bien sûr je pense aussi au drame absolu que subit le Népal. Le monde entier est en proie aux conséquences de la crise climatique et la solidarité internationale se mobilise. Mais il ne suffira plus de dire notre peine ou de louer le courage ! Il faut agir !

En 2022, après les incendies historiques de Gironde, les ministres se sont déjà déplacés, ont déjà promis de tirer les leçons, déjà annoncé des moyens nouveaux. Quatre ans plus tard, la catastrophe est encore supérieure et les visites d’État ont surtout visé à masquer une improvisation coupable. Ils ont asséché les crédits aux collectivités, divisé par quatre le fonds vert, reporté l’achat de canadairs : toutes ces restrictions qui se voulaient économies ont conduit à des pertes estimées à 15 milliards !

Alors qu’est-ce que c’est que ce plan d’urgence annoncé par le gouvernement de 12 millions d’euros pour les collectivités quand l’achat d’un canadair en vaut 47 ? Il faut reconstruire Le Porge, accompagner les enfants traumatisés, les habitants qui ne savent plus où dormir et qui doivent faire face aux assurances, aider les entreprises sinistrées, leurs employés et toutes les communes touchées. Mais pourquoi reconstruire à l’identique, si c’est pour connaître demain les mêmes conséquences ? Il faut désormais mettre un mot sur notre responsabilité : l’habitabilité.

Rendre habitable, c’est garantir les conditions d’une vie digne : de l’eau disponible, un air respirable, des écoles où l’on puisse apprendre, des forêts vivantes, une agriculture capable de produire, des villes où l’on puisse encore marcher et vivre dehors. Le climat n’est plus une politique parmi d’autres. La transformation écologique doit imprégner toute notre action. L’heure du socialisme écologique est arrivée.

La bifurcation écologique doit d’urgence devenir un investissement national. Je propose de créer un grand fonds national et européen, doté de ressources permanentes permettant d’investir sur 20 ou 30 ans dans la diversification des forêts, les sols, la circulation de l’eau, la restauration des zones humides, la prévention des incendies et des inondations, l’adaptation des villes et la protection des populations. Il faut programmer, planifier ; rien ne se fera en trois mois. Les annonces marketing sans lendemain, ça suffit.

L’environnement n’est vu par la droite et l’extrême droite que comme une dépense. C’est tout le contraire, la transformation écologique est un gisement d’emplois et une nouvelle odyssée industrielle à construire. Il faut mettre le paquet sur les énergies renouvelables, qui sont les seules à garantir un approvisionnement à la fois décarboné et vraiment souverain. Ce que la France a su faire dans les années 1970 avec la filière nucléaire, elle doit aujourd’hui le faire avec les renouvelables.

Nous devons changer notre manière de définir nos fondations. Nous savons valoriser une route ou un réseau électrique, mais pas ces infrastructures sur lesquelles repose notre vie : un sol capable de retenir l’eau, une forêt résistante au feu, une zone humide qui amortit une crue, une canopée qui protège une ville pendant une canicule. Nous appelons encore « environnement » ce qui est en réalité au cœur de notre sécurité collective. Notre système est devenu absurde. Seule la destruction est rentable. Nous donnons un prix à l’arbre lorsqu’il est coupé, mais pas lorsqu’il retient l’eau, stocke du carbone, protège un sol ou rafraîchit un territoire. Il faut inverser cette logique qui privatise le bénéfice de la destruction et fait payer à la collectivité le coût de la réparation !

Le tocsin doit sonner. Tout le monde doit s’y mettre ! Il faut cumuler investissements publics et privés. Je propose de suspendre le versement de dividendes pour toute entreprise qui ne s’engage pas résolument dans sa propre transformation écologique. Pas écolo, pas de cadeau ! Assez perdu de temps ! On nous dira écologie punitive ? Mais la punition, elle est déjà là. Et cette dette-là, la dette écologique, personne ne pourra l’effacer ni la rembourser ! Voilà ce que devraient dire les agences de notation !

Mais soyons clairs, l’écologie ne convaincra jamais si elle consiste à demander aux plus modestes d’abandonner un mode de vie qu’ils n’ont pas les moyens de quitter. On ne pénalise pas celui qui utilise sa voiture quand aucune alternative crédible n’existe. La justice sociale est la condition de la réussite de la transformation écologique ! Notre projet ne peut pas être celui du « moins pour tous ». Il doit être celui d’une autre abondance : plus de transports publics, plus de logements confortables, plus d’arbres, plus de services publics, plus de temps, plus de santé, plus de nature accessible. Moins de gaspillage matériel et davantage de vie !

Les libéraux veulent une règle d’or ? Nous leur en proposons une : vous avez déifié l’or noir, nous voulons sanctuariser l’or vert. Plus aucun budget de l’État ne pourra être présenté s’il demande plus à notre terre que ce qu’elle peut nous donner. J’entends déjà le chœur des pleurnicheurs, tous ceux qui menaceront de quitter le pays, parce que décidément, nous serions réfractaires au business. On nous promettra le FMI, la ruine, la désolation. Mais rassurez-vous, rien de tout cela n’arrivera. En revanche, si nous ne faisons rien, vous vivrez, et vos enfants après vous, les pénuries et l’inflation sur les produits alimentaires, les conflits d’usage autour de l’eau, les passoires thermiques, le travail rendu impossible dans tous les métiers où la climatisation est absente, la dépendance énergétique…

Nous devons devenir une nation résolument verte, et parce que la France adoptera cette attitude implacable avec les pollueurs, vous verrez : le monde l’adoptera. François Mitterrand disait « Quand la France rencontre une grande idée, elles font ensemble le tour du monde. » Je le crois toujours. Je suis aussi venu vous parler d’un autre feu, qui avance à la même vitesse, avec la même logique de dévastation, et que nous regardons avec la même sidération impuissante, qui précède trop souvent le moment où il est déjà trop tard.

Ce feu-là ne brûle pas les arbres. Il brûle ce que nous avons mis un siècle à construire : la Sécurité sociale, l’école de la République, le droit d’asile, l’égalité devant la loi, le refus des discriminations, l’État de droit… Ce feu qui vient de l’extrême droite n’a pas besoin de vent pour se propager, il se nourrit de la peur, du ressentiment, des frustrations. Son meilleur combustible, c’est la politique menée pendant 10 ans par Emmanuel Macron. Dans les années 2000, la richesse par habitant se positionnait 15% au-dessus de la moyenne des pays de l’Union européenne. Aujourd’hui, nous sommes passés en dessous de la moyenne ! La fable du ruissellement ne tient plus. Le chômage est reparti à la hausse, la dette se creuse, tout indique notre affaiblissement. Le macronisme a tourné le dos à notre passé de grande puissance industrielle, scientifique, sanitaire, diplomatique.

Regardons les choses en face. À huit mois de la présidentielle, l’extrême droite n’est plus à la porte du pouvoir, elle a déjà un pied dans l’entrebâillement. Elle prospère sur un terreau que nous connaissons : la désindustrialisation qui a vidé nos villes moyennes, le constat d’un État qui a déserté certains territoires avant que l’extrême droite n’y installe ses permanences, la peur du déclassement chez ceux à qui on avait promis que leurs enfants vivraient mieux qu’eux.

Et comme les feux de cet été, l’incendie politique avance vite parce que les conditions sont réunies : une défiance sèche comme l’herbe en août, un débat public qui s’embrase à la moindre étincelle, des digues républicaines qu’on croyait pare-feu et qui, une à une, cèdent. Ce n’est plus un risque lointain. C’est déjà une trajectoire. La question n’est plus de savoir si le feu peut arriver jusqu’à nous. Il est déjà là.

Et je le dis avec une colère qui n’est pas feinte : cette progression de l’extrême droite, la droite dite républicaine y participe, jour après jour, qu’elle l’assume ou non. Elle a commencé par emprunter son vocabulaire, puis ses obsessions, puis, de plus en plus souvent, ses voix à l’Assemblée. Chaque fois qu’elle choisit de débattre sur le terrain de l’extrême droite plutôt que de le refuser, elle légitime un peu plus l’idée que ce terrain est le seul terrain possible. Chaque texte sur l’immigration, chaque convergence murmurée ou assumée, c’est un pas de plus dans la même direction. On ne se rapproche jamais du feu sans s’y brûler. Ceux qui pensent pouvoir emprunter les mots et les propositions de l’extrême droite sans en payer un jour le prix, se trompent devant l’histoire.

Voilà pourquoi nous devons nous dresser, être la digue, ne rien lâcher de ce qui fonde l’identité profonde de notre pays depuis la Révolution française ! Nous sommes là comme au premier jour, humbles mais fiers d’une histoire qui se confond avec celle de toutes les grandes conquêtes sociales ! Nous sommes entrés dans le temps des ogres. Le pouvoir brut est de retour, et il ne se cache plus. L’extrême argent s’est cyniquement choisi l’extrême droite comme allié, et réciproquement.

Nous assistons à une nouvelle mutation du capitalisme. Je ne parle pas ici des ETI, des PME ou des petits entrepreneurs qui défendent leur métier avec passion. Je parle du système capitaliste incarné par les grands groupes, de la tech, de l’énergie, de l’agroalimentaire, souvent détenus par des fonds d’investissement sans âme. Le capitalisme des premières révolutions industrielles n’était pas le paradis. Loin de là ! Mais les combats du monde ouvrier avaient permis d’arracher des droits nouveaux, et de mettre le partage de la valeur à l’agenda.

Désormais la planète brûle par l’avidité sans fin d’un néocapitalisme forcené qui ne voit la nature que comme un immense champ de profits financiers. Les nouveaux cannibales ne ressemblent pas aux industriels du XIXe siècle ni aux conglomérats du XXe. Ils portent le capitalisme dans sa forme prédatrice ultime, ils mangent la planète comme on dévore un capital, méthodiquement, joyeusement, en se distribuant des dividendes jusqu’à l’os. Le capitalisme numérique et énergétique a besoin de métaux critiques, de terres rares, de capacités de calcul, d’accès à une énergie abondante et stable. Il ne peut pas fonctionner sans lithium, cobalt, nickel, cuivre, graphite, gallium, silicium…

Pour assurer sa domination, ce capitalisme n’est plus seulement un système de production et d’échange. Il ne produit plus, il capte : l’eau, l’énergie, les sols, les ressources rares. Les urgences collectives n’entrent pas dans les préoccupations des nouveaux dominants. Ce qui les enrichit nous affaiblit. Licencier des salariés dont on ne connaît ni le visage ni le nom, barrer la route des baleines pour installer une plateforme de forage, exploiter la forêt d’Amazonie jusqu’à sa destruction totale : tout cela relève de la même mécanique : les profits avant la vie.

Et ce qui est nouveau, c’est que les États-Unis qui sont à la fois la plus grande démocratie du monde, et la plus importante force militaire, s’affranchissent désormais du droit international et menace l’ordre mondial pour imposer un nouvel ordre géopolitique. La liberté que promeuvent Trump et ses amis libertariens, c’est la liberté de nouveaux colons à la recherche de nouveaux esclaves pour servir de nouveaux empires. C’est le retour de la loi du plus fort. Je veux porter avec vous la loi du plus juste.

Il y a une différence fondamentale entre la droite, l’extrême droite et nous. Ils nous répètent à tue-tête que la liberté, c’est l’absence d’entraves, qu’il suffit de retirer l’État, la règle, la loi, qu’il faut limiter la redistribution, pour libérer les énergies. La liberté consisterait simplement à ne pas être empêchée. Ce qu’ils nous vendent, c’est la liberté du renard dans le poulailler. Pourtant c’est la règle qui protège et donne à chacun les conditions de sa liberté.

Et c’est précisément ce pare-feu qu’est l’État social que droite et extrême droite, sous couvert de rendre aux Français leur liberté, s’apprête à démanteler. Elles agitent la tronçonneuse de Milei et de Trump, moins d’impôts, moins de protections, moins de services publics ! Pour nous autres, la liberté c’est disposer réellement des moyens de devenir ce qu’on est capable d’être. En théorie la misère ne supprime pas la liberté ; mais en pratique elle la rend inaccessible.

Le socialisme est d’abord une politique des capacités réelles. Il ne promet pas seulement l’égalité devant la loi. Il donne à chacun les moyens de sa liberté. Cette liberté-là ne tombe pas du ciel. Elle se construit et se protège. C’est tout le sens de ce que, face à la loi du plus fort, j’appelle la loi du plus juste. Non pas une loi qui contraint la liberté, mais la condition qui la rend possible. La Sécurité sociale n’a jamais été une entrave à la liberté des Français : elle est ce qui a permis à des millions d’entre eux de ne pas être esclaves de la maladie ou de la vieillesse ! L’école gratuite n’a jamais confisqué la liberté des enfants : elle la leur a donnée ! Chaque digue que la gauche a bâtie au vingtième siècle n’était pas une prison. C’était un pare-feu.

Nous devons retrouver le fil historique du socialisme français. À chaque époque, la gauche a identifié une nouvelle frontière de l’émancipation. Hier, il fallait arracher l’enfant au travail, le salarié à l’arbitraire patronal, le malade à la peur de ne pouvoir se soigner, le vieillard à la misère. Sur tous ces conquis il ne faut pas reculer mais consolider. Aujourd’hui, de nouvelles vulnérabilités apparaissent : l’accès à une alimentation de qualité, le logement, la dépendance, l’isolement, la précarité du travail, l’enfance mal protégée, les fractures territoriales.

Notre devoir n’est pas de conserver pieusement l’État social du XXe siècle. Il est d’en prolonger la promesse au XXIe siècle ! Aujourd’hui, un Français sur cinq renonce à bien manger faute de moyens, pendant que l’agro-industrie dicte ce qui finit dans nos assiettes. Est-ce juste que la qualité de l’alimentation dépende de vos revenus ? Est-ce juste qu’il y ait une malbouffe pour les pauvres et un accès à une nourriture de qualité pour les plus aisés ? Je le dis la liberté de bien manger ne peut dépendre du seul compte en banque. Une sécurité sociale de l’alimentation est déjà expérimentée à l’état embryonnaire dans plusieurs villes ; demain, elle peut prendre la forme d’un fonds national qui permette aux familles les plus modestes de faire leurs courses à des tarifs réduits pour une nourriture en quantité et en qualité suffisante.

Le socialisme ne peut pas être une tiédeur, une mollesse. Le socialisme est, dans son essence, révolutionnaire. Notre radicalité n’est pas tonitruante, mais elle consiste à aller à la racine des choses. Quand le logement absorbe la moitié d’un salaire, quand l’école n’a plus les moyens d’empêcher la reproduction des inégalités, quand le travail ne permet plus de vivre décemment, quand l’héritage décide davantage d’un destin que le mérite ou le talent, nous ne voulons pas nous contenter de poser des rustines sur l’injustice. Nous voulons en supprimer les causes !

Nous porterons dans cette campagne cette radicalité tranquille mais tranchée, celle de François Mitterrand et de la gauche unie en 1981, cette radicalité souriante, celle de Léon Blum et du Front populaire en 1936. Cette radicalité méthodique, celle de Lionel Jospin et de la gauche plurielle en 1997. Qui oserait dire que ces socialistes n’ont pas changé la vie ? Toutes les grandes lois sociales l’ont été sous nos gouvernements : les cinq semaines de congés payés, la retraite, les 35 heures, la couverture maladie universelle, le revenu minimum, les droits dans l’entreprise… Et, de l’abolition de la peine de mort avec Robert Badinter au mariage pour tous sous François Hollande, nous avons donné à l’humanisme un accomplissement.

C’est nous qui porterons dès les prochains jours la loi intégrale contre les violences faites aux femmes avec Céline Thiébault-Martinez, et c’est nous qui portons le combat des 160 000 mineurs qui sont aujourd’hui confiés à l’Aide sociale à l’enfance avec Isabelle Santiago et Ayda Adizadeh. Il nous reste tant à faire. Je suis l’heureux père de quatre enfants, une tribu de six avec ma compagne. Ma maison, je dois bien le confesser est une auberge espagnole. Je dis ça à nos amis du PSE qui sont parmi nous. Et un salut à notre camarade et ami et modèle Pedro Sanchez. Avant d’aller plus loin, je veux justement m’adresser à la jeunesse, trésor d’une nation. Je suis l’heureux père de quatre enfants, d’une tribu de six avec ma compagne. Ma maison est une auberge espagnole. Et je mesure, tout ce que nous ne vous avons pas donné.

Nous vous devons des excuses. Sans ironie ni démagogie. Pour n’avoir pas su vous protéger du chaos écologique. Pour n’avoir pas enrayé une pauvreté qui broie aujourd’hui 10 millions de personnes et singulièrement plus de 4 millions des moins de trente ans. Pour vous avoir trop souvent négligés plutôt que de répondre aux angoisses de votre génération. Je ne peux pas accepter l’effondrement psychique de notre jeunesse. 1 lycéen sur 5 confie avoir eu des pensées suicidaires récurrentes. Cette dégradation, amplifiée depuis le Covid, tient à l’angoisse climatique – 70% des jeunes se déclarent écoanxieux –, au harcèlement numérique, aux inégalités et aux discriminations. Nous proposerons un retour massif des psychologues scolaires et de tous les encadrants capables d’alerter, d’apaiser et de soigner.

Je ne peux pas accepter que des enfants soient battus, violés, dans le silence des familles, écrasés par la honte et l’inertie de services sociaux exsangues. À ces enfants, je le dis : je vous crois, par principe, contre vents et marées, je vous crois ! Au pays des hussards de la République, nous voulons des classes à 19 élèves pour donner à chacun sa chance et mener le grand combat pour l’éducation – celui que Malala Yousafzai, prix Nobel à 17 ans, portait à la tribune des Nations unies en 2013 : « Un enfant, un professeur, un livre et un stylo peuvent changer le monde. » ! Pour les enfants qui arrivent le ventre vide à l’école, je veux un petit déjeuner gratuit dans les écoles. Nous le ferons en concertation avec les maires. La période appelle des mesures tranchées et concrètes.

Nous sommes le pays de Racine, Hugo, Zola, Dumas, Baudelaire, Rimbaud, Duras, Yourcenar, Vuillard, Mathieu, Slimani… Je veux redonner aux enfants le goût et le plaisir de lire qui est le meilleur antidote aux écrans. Enfant, mon père nous lisait à voix haute les pièces de théâtre et les livres qu’il aimait. Un souvenir qui m’a armé pour la vie. C’est un grand service public de la lecture que je nous invite à créer en y associant les auteurs, les créateurs, les poètes, les comédiens au service des plus beaux textes. Ouvrir la culture à tous, c’est offrir à chacun sa liberté. Je veux que chaque enfant dispose d’un capital républicain qui permette à ceux qui ont quitté le système scolaire prématurément, de disposer d’une seconde chance pour se former, se reconvertir ou créer son activité professionnelle.

Économiser sur nos enfants c’est faire tourner le monde à l’envers. Il faut assumer la bataille de la fiscalité. L’impôt n’est pas une punition. Il est la cotisation que nous versons à la civilisation commune. L’impôt finance ce que personne ne peut construire seul : l’école, la santé, la justice, la sécurité, les infrastructures, la solidarité entre toutes et tous. Nous devons donc remettre de la progressivité là où elle a reculé, évaluer systématiquement les centaines de milliards d’aides et de niches fiscales, conditionner les aides publiques à des obligations précises en matière d’emploi, de salaires, d’investissement et de localisation de l’activité.

Il n’y a pas de hasard. Il y a des choix. Chaque réduction fiscale non évaluée est une école qui n’ouvre pas, un service d’urgence qui ferme ! La fiscalité est un miroir qui dit qui nous avons décidés de protéger en priorité. Tout est question de choix. Nous avons découvert pendant le Covid que la France ne produisait plus le paracétamol qu’elle consommait. Ce n’est pas un accident de l’histoire : c’est le résultat de quarante ans de délocalisations au nom du profit, et au détriment de notre système de santé.

La même vulnérabilité traverse notre défense. La loi de programmation militaire, le pilier européen de défense : ce ne sont pas des dossiers réservés aux experts. Un continent qui ne peut pas assurer sa propre sécurité n’est pas un continent libre ; il est un continent qui négocie sa liberté avec ceux qui, eux, ont gardé les moyens de la leur. Nous ne voulons plus d’une Europe qui dépende des humeurs erratiques du locataire de la Maison-Blanche ! Nous sommes, nous serons aux côtés de la résistance ukrainienne pour défendre leur et notre liberté. C’est ça la France !

Et j’en viens à ce qu’on essaie sans cesse de nous voler : notre identité. L’extrême droite a fait de ce mot, son arme favorite, en le rétrécissant jusqu’à l’étouffement. Une identité fermée, figée, qui exclut plus qu’elle ne rassemble. Mais relisons Patrick Weil, relisons Amin Maalouf, relisons Édouard Glissant : l’identité française ne s’est jamais construite dans la pureté, elle s’est construite dans la relation. Nous sommes une France qui n’est ni éternelle, ni nouvelle, mais vivante ! Un pays dont l’identité a évolué au fil des siècles, qui s’est métissé, un pays qui s’est enrichi de ses apports extérieurs ! aucune couleur de peau, aucune religion, aucune généalogie ne définit l’appartenance à la nation. Nous sommes tous les héritiers des soldats de Valmy, des résistants du Vercors, des combattants de Bir Hakeim, dès lors que nous épousons les valeurs de la République !

Plus que jamais parce que le racisme, l’islamophobie, l’antisémitisme explosent dans notre société, nous devons nous battre contre les préjugés. Il n’est pas acceptable qu’une partie de la population ait moins de chances de réussite, moins d’accès à l’emploi. Il est indigne qu’une partie de nos compatriotes se voit dénier le droit de se sentir pleinement Français génération après génération ! Personne ne nous reprendra le mot de nation.

La nation n’est pas l’addition de ceux qui se ressemblent. Elle est l’organisation politique de nos différences autour d’un destin commun, c’est la défense commune d’un idéal qui se résume de quatre mots : liberté, égalité, fraternité, laïcité. Notre patriotisme n’a rien à voir avec le nationalisme. Le nationalisme a besoin d’ennemis pour fabriquer de l’unité. Le patriotisme républicain construit de l’unité en donnant à chacun une place dans le récit commun !

Et ces racines communes, c’est notre État social qui les tisse. La Sécurité sociale, l’école, les services publics : ce ne sont pas des dépenses, ce sont les seuls lieux qui restent où un enfant de cadre et un enfant d’ouvrier partagent encore quelque chose. Voilà pourquoi nous tenons à la mixité scolaire : quand l’école se ferme sur elle-même, c’est la nation entière qui perd son ciment. Défendre l’État social, c’est défendre le seul endroit où l’on continue à faire nation ensemble. Voilà pourquoi les services publics sont aussi des institutions démocratiques. Une maternité, une école, une gare, un bureau de poste, un tribunal, un commissariat ne sont pas seulement des lignes budgétaires. Ils disent à chaque citoyen : où que tu habites, tu comptes pour la République.

Quand ils disparaissent, ce n’est pas seulement un service qui s’éloigne. C’est la République elle-même qui devient plus lointaine. Et dans ce vide s’installent alors le ressentiment, l’abandon et tous ceux qui ne croient plus que la démocratie les protège. Car ce qui se joue derrière chaque incendie que j’ai décrit ce soir, c’est une bataille pour l’imaginaire. Regardez Poutine, regardez Xi, regardez Trump : ce sont des hommes qui ont compris l’intérêt de confisquer l’imaginaire d’un peuple pour décider ce qui est racontable, ce qui est pensable, ce qui est désirable. L’autoritarisme du vingt-et-unième siècle ne commence pas par des chars. Il commence par des récits qu’on nous impose, par une histoire qu’on nous vole. Défendre la liberté aujourd’hui, c’est aussi défendre notre droit collectif à raconter notre propre histoire, c’est défendre la culture et la liberté de l’information.

Les forces autoritaires prospèrent lorsqu’elles réussissent à convaincre qu’il n’existe plus d’avenir commun, seulement des menaces, des ennemis et des déclins. Un autre futur est possible ! La politique est la capacité d’un peuple à imaginer ensemble un avenir qui n’existe pas encore et à décider de le construire. L’État doit se comporter en stratège, protecteur et organisateur du temps long. Un État qui ne se contente plus de compenser les dégâts après coup. Un État qui fixe des priorités nationales, investit dans de nouvelles odyssées industrielles, anticipe, organise les transitions sociales, garantit l’égalité entre les territoires et protège les biens essentiels. Il nous faut retrouver la capacité de penser à dix, vingt ou trente ans. L’un des drames de nos démocraties est qu’elles savent ce qui les menace mais qu’elles continuent à gouverner à l’horizon du prochain trimestre budgétaire.

Gouverner, c’est aussi représenter les générations futures qui ne votent pas encore. Gouverner ne devrait jamais consister à sacrifier l’avenir au présent. Cela passe par le budget qui vient. J’assume d’avoir cherché, avec mes camarades députés et sénateurs, un compromis sur le budget précédent. Nous avons obtenu des avancées : la suspension de la réforme des retraites, le repas à un euro pour les étudiants, la hausse de la prime d’activité pour les salariés modestes. Nous avons obtenu que l’on ne touche pas aux franchises médicales, que les pensions de retraite ne soient pas sous-indexées et que les prestations sociales (RSA, AAH, minimum vieillesse, APL) ne soient pas gelées, que plusieurs centaines de milliers de salariés non imposables ne rentrent pas dans le barème de l’impôt sur le revenu. Sur tous ces sujets, nous avons obtenu qu’en 2026 le musée des horreurs demeure une fiction.

Nous avons obtenu là un répit, mais ce que nous voulons, ce n’est pas simplement une trêve momentanée, c’est un changement de politique ! Le Premier Ministre entend ouvrir le dialogue. Nous ne l’avons jamais refusé. Mais nous viendrons avec nos propositions. À quelques mois d’une élection présidentielle, chacun aura à se définir. Je souhaite que dans le débat nous démasquions l’extrême droite. Que chacun comprenne ce qu’elle défend et QUI elle défend au-delà de ses slogans. Ce débat budgétaire sera partie intégrante du débat présidentiel. Mais qui pense que le Premier Ministre aura encore la force d’imposer à ses deux prédécesseurs à Matignon le moindre compromis ?

Gabriel Attal et Édouard Philippe annoncent vouloir rapprocher le net du brut par une baisse des cotisations sociales… Et comment ces génies entendent financer ces pertes pour la Sécurité sociale ? Le premier veut réduire la protection sociale et augmenter parallèlement l’impôt le plus injuste, la TVA. Bilan des courses : ce que les salariés gagneront d’une main, ils le rendront à la caisse du supermarché, en revanche pas touche aux multimillionnaires avec la taxe Zucman.

Quant au second : il entend livrer 15% de nos retraites à la capitalisation, alors même qu’il sait parfaitement que les Français qui ont tant de mal à finir le mois, n’auront jamais aucune épargne à placer. Les femmes, plus touchées par le temps partiel et les écarts de salaires, seront doublement pénalisées par ce modèle strictement individuel ! Eh bien moi, je leur dis en votre nom : Les cotisations ne sont pas des charges, mais notre protection collective. Si vous voulez augmenter le pouvoir d’achat des Français, augmentez le SMIC, convoquez une conférence salariale où l’État conditionne ses aides à l’augmentation des salaires, et commencez par ceux des femmes. Encadrez les loyers, faites baisser le coût de l’énergie, fusionnez l’impôt sur le revenu et la CSG pour la rendre progressive.

Nous ne sommes pas là pour assurer la survie du macronisme. Nous avons su prendre nos responsabilités dans le cadre d’un compromis exigeant qui a évité de cumuler la crise politique à une crise géopolitique et énergétique. Mais personne ne nous fera avaler cette potion qui n’a ruisselé nulle part depuis 10 ans. Si la copie qui sort des débats est celle de MM. Attal et Philippe avec le soutien de l’extrême droite, nous cen-su-re-rons !

Nous y sommes. C’est maintenant que tout commence. Nous nous sommes tous engagés, ici dans cette salle, pour vivre ces moments. Ces combats portés à l’incandescence, car cette bataille présidentielle sera le grand moment de la bataille culturelle. Elle peut se résumer à une question : quel prix accordons-nous à notre commune humanité ? Quel prix accordons-nous à l’émancipation, au progrès social, à la vie digne, au droit de chacun à vivre pleinement, totalement, dans sa diversité, dans son unicité ?

Nous voulons un monde ouvert où chacun peut développer ce qu’il est, là où il est, en contribuant à son bonheur et à celui du pays où il vit. C’est le respect de la dignité humaine, de la démocratie, de l’universalisme. C’est la bataille de la paix, non seulement dans notre pays mais entre les nations, de Boutcha à Gaza ! chaque vie compte ! Le droit international doit être respecté, la convention de 1948 sur la prévention des génocides doit être respectée, et nous devons revendiquer d’être au premier rang de ces combats ! J’ai en mémoire la phrase émerveillée prononcée par Youri Gagarine après le premier vol spatial accompli par un être humain. 108 minutes de vol en orbite. Et à la descente, cette phrase : « C’est tout simplement merveilleux. La Terre est bleue. »

Tous les astronautes le disent : vu de l’espace, il n’y a pas de frontières, de guerre, il n’y a que la beauté des mers, des montagnes, des rivières et cet infiniment bleu. Cette harmonie est le vrai sens de la vie. C’est à cela que nous devrions nous consacrer. À créer l’harmonie en prenant des décisions basées sur la loi du plus juste. Le socialisme depuis s’est battu pour que chacun ait sa part du monde. Il doit désormais se battre aussi pour que le monde lui-même demeure habitable et partageable. Aujourd’hui plus que jamais, l’histoire attend de nous du courage, de l’audace et de l’humanité. Les dix ans qui viennent de s’écouler ont abîmé notre pays. Emmanuel Macron a raté son rendez-vous avec ce pays, avec la grandeur de son histoire, la soif de justice des Français. C’est terminé. Ses anciens Premiers Ministres pourront se couvrir de cendres, c’est terminé. Le bloc central va s’effondrer. C’est terminé ! La seule question est désormais de savoir qui sera chargé de reconstruire.

Tout reconstruire. Tout réparer. Tout réorganiser. Je veux dire à ceux qui nous écoutent et nous attendent : nous sommes prêts. Nous avons travaillé ! Merci à tous ceux qui ont contribué, autour de Chloé Ridel, à la rédaction de notre projet. Nous ne promettrons pas des mirages, pas plus que du sang et de nouvelles larmes pour ceux qui ont déjà trop pleuré. Nous promettons de tout rebâtir ensemble. Je vous le dis du fond de mon cœur, de mon être : vos combats, vos joies, vos peines, vos espoirs, je les fais miens. Nous pouvons encore changer la vie. La politique n’est ni impuissance ni résignation. Elle est la porte des possibles.

N’écoutez pas les ricaneurs, les analyses, les sondages. Barre, Balladur, Juppé, Fillon, Zemmour, Pécresse : tous ont été sacrés champions des sondages. Barre, Balladur, Fillon n’ont pas atteint le second tour. Juppé n’a pas passé sa primaire. Zemmour n’a été qu’un feu de paille. Pécresse n’a pas fait 5%. Je me souviens aussi que François Hollande a commencé à 3% et qu’il est devenu Président de la République. Rien ne se passe jamais comme prévu ! Nous avons décidé d’une primaire ouverte à tous. Nous débattrons et nous choisirons dans la clarté. J’appelle tous nos concitoyens sans distinction à se joindre à nous, à venir choisir entre les candidats et, à l’issue, à accompagner la campagne et la victoire !

Faisons tous ensemble honneur à la gauche. Montrons que la confrontation d’idées n’a pas besoin de la disqualification de l’autre, que nous avons entendu les Français et que nous sommes en mesure de leur offrir un avenir désirable ! Chers camarades, j’achève mon propos en revenant à ces images qui ont brûlé nos écrans tout l’été. Un pompier qui a combattu ces incendies vous le dira : on n’arrête pas un feu en versant de l’eau au hasard sur la crête. On l’arrête en préparant, bien avant l’été, des pares-feux. Dans moins d’un an, la France choisira entre deux récits : celui d’un pays qui laisse le feu décider à sa place, ou celui d’un pays qui a eu le courage de stopper la reprise de flammes, avant qu’il ne soit trop tard.

Nous ne promettons pas que tout le monde aura la même vie. Mais nous garantirons à chacun la même dignité, la même considération et les moyens d’exercer sa liberté ! Qu’un enfant naisse riche ou pauvre, dans une ville, un village ou une banlieue, qu’il soit valide ou avec un handicap, qu’il croit au ciel ou qu’il n’y croit pas, je veux avec vous qu’il puisse regarder son avenir sans que quelqu’un l’ait déjà écrit à sa place. Le socialisme n’a jamais eu pour ambition de fabriquer des vies identiques. Mais il a toujours porté cette grande ambition : empêcher que la naissance, l’argent, la maladie ou la domination décident seuls de nos destins. C’est cette promesse d’émancipation que nous devons remettre au cœur du pays. Nous regardons le monde qui vient. Nous avons choisi de ne pas le subir. Nous sommes prêts à le transformer. En 2027, la France a rendez-vous avec son histoire. Nous serons au rendez-vous !
Vive la République et vive la France !

Olivier Faure, le 29 août 2026 à Blois.


Source : PS
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260829-discours-olivier-faure.html

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11 juillet 2026 6 11 /07 /juillet /2026 04:53

« J'ai décidé de participer à la primaire après de nombreux échanges avec des gens rencontrés, des élus, des citoyens actifs dans des associations, des entreprises. Je prends cette initiative avec humilité, sans ego, et sans posture de supériorité comme on en voit trop. » (Ségolène Royal, le 11 juillet 2026 sur Twitter).




 


Information capitale (tout le monde s'était arrêté de respirer), elle vient de l'annoncer, elle est candidate à l'élection présidentielle ! Marine Le Pen ? Non, pas elle, je parle de Ségolène Royal qui a annoncé sa candidature ce vendredi 10 juillet 2026 sur Twitter. Candidate, toujours candidate. Dans mon cerveau fébrile, son nom est irrésistiblement associé à cette parodie publicitaire faite par les Nuls sur Royal Canin avec la superbe musique d'Ennio Morricone, celle du film "Le Professionnel".

À 73 ans, Ségolène Royal n'est plus rien politiquement, pas même dépositaire d'un petit mandat de conseillère municipale. Elle était devenue éditorialiste dans une chaîne de télévision continue, mais à l'évidence, elle s'ennuyait de ne plus être une star médiatique.


Alors, elle a profité d'une actualité démentielle : la veille, 9 juillet 2026, les adhérents du parti socialiste étaient invités à donner leur avis sur le choix de leur candidat à l'élection présidentielle de 2027. Deux choix étaient proposés : celui du premier secrétaire Olivier Faure, une primaire ouverte à toute la gauche, de type octobre 2011, et l'autre option, une primaire fermée, réservée aux seuls membres encartés du PS (et de Place publique, le parti de Raphaël Glucksmann), de type novembre 2006.

Or, à peine la moitié des adhérents, soit environ 20 000 militants, ont participé à cette consultation pour choisir la primaire fermée, à 55,5%. Le choix de 2006. Pour octobre 2026. Ségolène Royal, qui a été sévèrement rejetée en 2011, avait été choisie en 2006 grâce à des sondages prometteurs. Alors, elle récidive, elle est candidate.

 


Et comme on ne change pas une campagne qui perd, Ségolène Royal est revenue à la charge avec son ordre juste : « un ordre juste dans tous les domaines, pour redonner du pouvoir d'achat, relancer l'activité économique sans détruire les protections sociales et en luttant contre la vie chères. Ordre juste pour l'éducation, la santé, la sécurité quotidienne. ». Bref, on peut mettre concept à toutes les sauces, sans beaucoup de conviction.

Elle a évoqué aussi l'urgence climatique (sans dire ce qu'on devait faire), l'urgence énergétique pour les entreprises, avec cette petite pépite : « Des solutions existent contre les faillites inquiétantes en reprenant notre autonomie énergétique et en baissant les taxes, comme je l'ai fait quand j'ai été ministre de l'énergie. ». Il faut rappeler qu'elle avait créé la taxe carbone à laquelle elle avait dû renoncer à cause des Bonnets rouges.

Elle n'a pas oublié Lyhanna en y mêlant un peu tout dans une sorte de bouillie programmatique : « La reconstruction d'un État fort qui ne tolère aucune violence contre les enfants. Zéro tolérance pour les agresseurs, lutte implacable contre les violences sexuelles. Comme je l'ai fait dans mes responsabilités ministérielles. ».

Enfin, sur la politique étrangères, elle a même osé se référer à Jacques Chirac (qui devient comme De Gaulle pour tous les clans de la classe politique, une sorte de figure tutélaire nostalgique pourtant détestée de son vivant) : « œuvrer partout à la paix juste et durable, dans la continuité de la vision de Charles De Gaulle, de François Mitterrand et de Jacques Chirac... ». En revanche, aucun mot sur son ancien compagnon de chambrée, François Hollande.

 


La persévérance entêtée de Ségolène Royal n'est pas étonnante. Le plus étonnant, c'est la réaction de ses concurrents de la primaire, les déclarés ou les autres. Parmi ceux-ci, on peut citer Philippe Brun (35 ans), député de l'Eure, supposé spécialiste des finances publiques mais peu connu du grand public, ou encore Jérôme Guedj (55 ans), député de l'Essonne, Boris Vallaud (51 ans), président du groupe PS à l'Assemblée, Olivier Faure (58 ans), premier secrétaire du PS (très contesté en interne, le dernier scrutin du 9 juillet 2026 l'a confirmé), Karim Bouamrane (54 ans), maire de Saint-Ouen, peut-être Carole Delga (55 ans), présidente du conseil régional d'Occitanie... Tous ces candidats ont applaudi la candidature de Ségolène Royal car elle permet de pointer les projecteurs médiatiques sur cette primaire dont tout le monde se moquait jusqu'à maintenant !

Quant à François Hollande, Raphaël Glucksmann et Bernard Cazeneuve, les seuls vrais poids lourds du PS, ils se décideront à s'engager dans la campagne présidentielle de 2027... certainement sans passer par la case primaire ! Du coup, Ségo a une petite chance.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 juillet 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Royale Primaire.
Ségolène Royal et la boulimie médiatique du plus-que-n'importe-quoi.
Ségolène Royal, candidate de l’écologie intégrale en 2022 ?
Ségolène Royal et la baisse du chômage…
Ségolène Royal, adepte de la castritude aiguë.
Ségolène Royal et l’écotaxe.
Ségolène Royal avant la primaire socialiste de 2011.
Procédés égyptiens : le débat rayonnant sur le nucléaire.
Intégralité du débat Sarkozy vs Royal le 2 mai 2007.
Ségolène Royal et la démocratie participative.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260710-segolene-royal.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/royale-primaire-270443

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/07/10/article-sr-20260710-segolene-royal

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24 mai 2026 7 24 /05 /mai /2026 04:43

« Être intellectuel, aujourd'hui, c'est avoir plus de moyens, plus de loisirs que beaucoup d'autres. Et cela donne des responsabilités : la responsabilité de voir clair, de refuser la résignation, de se mettre au service des causes qu'on croit justes. » (Huguette Bouchardeau, propagande présidentielle de 1981).





 



L'ancienne candidate à l'élection présidentielle de 1981, Huguette Bouchardeau est morte à Paris le 18 mai 2026 à quelques jours de ses 91 ans. Candidate militante, placée à la tête du PSU (parti socialiste unifié) parce qu'elle était une femme (elle n'était pas dupe de ses camarades), et intellectuelle, agrégée de philosophie, docteure en sciences de l'éducation, universitaire lyonnaise.

J'ai déjà évoqué son parcours intéressant. Je n'ai jamais adhéré aux idées d'Huguette Bouchardeau et à l'époque de sa candidature à l'élection présidentielle, elle m'étonnait surtout par ses cheveux, j'avais du mal à la voir dans le fauteuil de De Gaulle (j'étais jeune à l'époque !), mais j'étais impressionné par son courage. Pas facile d'être une femme en politique pendant ces années-là. Entre l'alibi et la victime d'une misogynie ambiante. Aujourd'hui, cela paraît très commun (et encore heureux, notre société évolue, et c'est en bien, malgré les dires des déclinistes, l'évolution permet aux femmes d'être aux postes de responsabilité et on ne cherche plus justement à se préoccuper de la coiffure ou de la robe d'une candidate), mais en 1981, c'était un acte d'audace peu évident.

Certes, en 1981, la société avait déjà évolué. Huguette Bouchardeau expliquait justement qu'en 1981, ses amis du PSU l'avaient poussée à se présenter à l'élection présidentielle car le fait d'être femme leur apporterait des voix, tandis que les mêmes, en 1968, lorsqu'elle s'était présentée aux législatives, le regrettaient car ils pensaient que le fait d'être femme allait leur faire perdre des voix. C'est Arlette Laguiller qui avait montré l'intérêt d'une candidature en 1974 : une candidature présidentielle apporte une exceptionnelle exposition médiatique.

 


Huguette Bouchardeau était avant tout, au-delà de sa vie professionnelle très intellectuelle, une militante pour la cause des femmes. Après tout, elle aurait pu se retrouver auprès de François Mitterrand à la place d'une future collègue du gouvernement Yvette Roudy ou encore de Nicole Questiaux, mais son caractère l'incitait plutôt à rejeter la SFIO puis le PS au profit d'une organisation plus indépendante, plus pacifiste, plus écologiste, plus soucieuse des évolutions sociétales.

Lorsqu'elle est devenue secrétaire nationale du PSU, en 1979, c'était parce qu'elle était une militante féministe, mais aussi une intello. Elle servait en quelque sorte de "devanture" à ce micro-parti qui espérait ainsi augmenter les chances d'être écouté et vu : « Dans les meetings, je disais, en provoquant, que quand une profession commence à se féminiser, elle est en voie de dévalorisation. J'ai toujours dit ce que je pensais sur ce sujet-là. Pendant quelques mois, j'ai mal vécu ce début de secrétariat national du PSU, j'avais le sentiment qu'ils m'avaient mise là parce que c'était bien qu'un parti qui se disait féministe, écolo, etc., ait une femme à sa tête, mais ils se disaient quand même que j'étais là comme simple porte-parole. (…) Nous, on pense, et toi, tu causes… (…) C'est vrai que si je ne leur avais pas paru capable de faire ça, ils ne m'auraient pas poussée, ou sinon ils auraient pris quelqu'un qui présentait bien, qui était mignonne. Ce n'est pas ce qu'ils ont cherché. Ils se sont vraiment dit que faire une place à une femme à la tête d'un parti, c'était la bonne position. (…) Ils voulaient une femme à la tête du parti et une candidate aux élections présidentielles. ».


En gros, elle s'est sentie un peu manipulée, mais comme elle était du genre cash, elle en a fait un bouquin après l'élection présidentielle de 1981 pour tout lâcher. Elle a ainsi fait campagne sur des idées complètement loufoques et hors-sol, comme la suppression de la dissuasion nucléaire française (heureusement aujourd'hui qu'on ne l'ait pas suivie hier !), ou encore faire la réduction du temps de travail à 30 heures hebdomadaires (Lionel Jospin et Martine Aubry ont fait les 35 heures et cela a plombé l'économie française pendant plus d'une génération), etc. Le PSU avait de belles idées généreuses comme faire un plan pour la faim dans le monde, etc. mais aucune pour engendrer des richesses supplémentaires pour le pays ni pour assurer son indépendance militaire et énergétique.

Il faut donc considérer la candidature présidentielle d'Huguette Bouchardeau comme le passage d'une comète, très furtif et temporaire. N'étant pas un ténor de la vie politique, même pour un micro-parti (comme l'a été Arlette Laguiller pour Lutte ouvrière), elle n'a finalement pas vraiment bénéficier de sa notoriété de star de la présidentielle (même si elle était la dernière en voix, elle faisait partie de trois rares femmes candidates). Cette notoriété n'a en tout cas pas été suffisante pour se faire élire députée à Saint-Étienne en juin 1981, battue par le candidat communiste.


Au bout de deux ans de victoire socialiste, François Mitterrand l'a finalement "récupérée" pour l'intégrer dans les gouvernements de Pierre Mauroy puis de Laurent Fabius comme Ministre de l'Environnement (entre mars 1983 et mars 1986). Ses amis du PSU lui en ont voulu car elle trahissait ainsi leur confiance (de participer au gouvernement d'une gauche archaïque) mais elle a eu pour réponse de quitter le PSU. Difficile d'être intello et d'être embrigadée durablement dans un micro-parti aux idées souvent arrêtées.

Son passage ministériel a été utile. On lui doit une loi intéressante et qui a fait date, la loi n°83-630 du 12 juillet 1983 relative à la démocratisation des enquêtes publiques et à a protection de l'environnement qui visait à élargir l'obligation des enquêtes publiques quand une construction pouvait affecter l'environnement.


À partir de 1986, Huguette Bouchardeau a eu une carrière politique classique, elle s'est fait élire puis réélire députée du Doubs de 1986 à 1993 (elle a même été candidate au perchoir en janvier 1992, quand Laurent Fabius l'a quitté pour la tête du PS, pour représenter les députés de la France Unie, ce groupuscule de députés mitterrandistes non-socialistes ni radicaux de gauche), et à partir de 1993, elle a été chargée d'une mission sur les enquêtes publiques, puis maire d'Aigues-Vives, dans le Gard, de 1995 à 2001. Sa circonscription allait devenir celle de Pierre Moscovici en 1997.

De son existence politique, c'est toujours la féministe, c'est-à-dire la militante des droits des femmes qui devait revenir le plus fréquemment. Elle s'était ainsi confiée en 1999 sur ce qu'était une femme engagée (déjà cité en 2025), elle qui a eu une vie professionnelle bien occupée comme enseignante, une vie politique pas moins prenante, et malgré tout, elle était aussi une épouse et la mère de trois enfants : « Il faut voir dans la vie politique, les femmes comme Aubry, Buffet, Guigou, Royal, Voynet. Nous avons été, nous, une génération intermédiaire à dire que nous nous situions hors du pouvoir… Maintenant elles font le même type de carrière politique que les hommes. L'histoire des femmes ne se fait pas simplement au moment où il y a des grandes manifestations (…). Les conquêtes des femmes se prolongent dans le silence, et individu par individu presque. ».



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Huguette Bouchardeau.
Qui se souvient d'elle ?
L'investiture de François Mitterrand.
Itinéraire d'un Mitterrand gâté.
Le seul Front populaire.
Yvette Roudy.
Benoît Hamon.
Lionel Jospin.
Jack Lang.
Jérôme Guedj.
Caroline Lang.
Entre culture et imposture.
François Mitterrand.

Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.

 

 

 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260518-huguette-bouchardeau.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/huguette-bouchardeau-une-intello-269206

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/22/article-sr-20260518-huguette-bouchardeau.html



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26 avril 2026 7 26 /04 /avril /2026 03:20

« Au-delà des luttes politiques, des contradictions, c'est à l'histoire qu'il appartient maintenant de juger chacun de nos actes. » (François Mitterrand, le 10 mai 1981 à Château-Chinon).



 


L'histoire allait être beaucoup plus sévère qu'il ne l'aurait pensé. Certes, il a battu tous les records de longévité dans une république, quatorze années à la tête de l'État, mais c'est avec lui que la France a perdu sa puissance économique, c'est avec lui que la France vit au-dessus, très au-dessus de ses moyens (de l'ordre de 100 à 200 milliards d'euros chaque année), c'est avec lui que la France a perdu la prospérité industrielle au profit de rengaines idéologiques d'autres siècles.

Franz-Olivier Giesbert l'a confirmé dans son "Histoire intime de la Ve République" publiée en 2023 (chez Gallimard) : « Son premier septennat a été marqué par le retour de la culture des déficits au nom d'un keynésianisme dévoyé, comme sous la IVe République. Marqué aussi par la désindustrialisation qu'a accélérée l'excès de taxation du travail et des entreprises. Ensuite, par la suradministration, avec des embauches massives de fonctionnaires : 105 000 postes de plus, bien moins toutefois que les 150 000 promis. Enfin, par le retour de l'endettement de l'État qui est passé, ce qui n'est pas rien, de 22 à 31% de 1981 à 1986. Le pli était pris. Avec lui, la France est montée sur le toboggan et a commencé à le descendre. ».

Il y a quarante-cinq ans, le dimanche 10 mai 1981 à 20 heures, François Mitterrand, premier secrétaire du parti socialiste depuis 1971, multiministre de la Quatrième République (et sans De Gaulle en 1958, il aurait fini Président du Conseil), a vu son visage s'afficher sur l'écran d'Antenne 2. Deux crânes chauves, l'image s'affichait par le haut, donc petit suspense d'une ou deux secondes, puis le doute n'était plus permis, le Président sortant Valéry Giscard d'Estaing était battu, et assez largement, 48,2% contre 51,8%, avec 85,9% de participation, soit un écart de plus d'un million de voix.

Une campagne présidentielle très particulière. Après son échec de 1965, son échec de 1974, son échec de 1978 (aux élections législatives), peu d'observateurs donnaient un avenir politique à François Mitterrand, « homme du passé ». Michel Rocard, représentant la seconde gauche, celle qui sait gérer, celle qui connaît l'économie, allait prendre le dessus. Mais c'était oublier la persévérance d'un homme romanesque et surtout ambitieux, arriviste, pour qui seul le sommet du pouvoir pouvait le rassasier. Il a mis sept ans à retourner le compliment à VGE devenu, selon lui, « l'homme du passif ».

Il revenait de loin. Certes, Valéry Giscard d'Estaing avait l'usure du pouvoir, mais il avait tenu la France dans des conditions politiques et économiques très difficiles, sauvegarder l'essentiel (la souveraineté militaire) et mis en place l'indépendance énergétique (programme nucléaire). Sans compter les avancées sociétales pour s'adapter aux changements de mode de vie. Certes, on lui reprochait quelques airs monarchiques (on parlait de Louis XV), mais jeune homme pressé à qui tout réussissait, il n'imaginait pas l'échec à 54 ans. Sa réélection était même prédite par les sondages qui, un an avant l'échéance, se trompaient comme souvent (plus exactement, les Français étaient capables de changer d'avis souvent après le temps d'une campagne électorale). VGE partait favori et confiant mais fut déconfit.


Déconfit d'abord le soir du premier tour de l'élection présidentielle du dimanche 26 avril 1981. Dix candidats. Jamais il n'y a eu autant de candidats à l'élection présidentielle (mais le sommet serait atteint en 2002 avec seize candidats). Six "petits candidats", deux de la droite gaulliste, voire archéogaulliste : Michel Debré, le premier Premier Ministre de De Gaulle, 1,7% des voix, et Marie-France Garaud, l'ancienne éminence grise de Georges Pompidou et Jacques Chirac, 1,3% ; quatre de gauche et extrême gauche : Brice Lalonde, représentant la jeunesse écologiste décontractée, 3,9%, Arlette Laguiller, l'inaltérable blablateuse de Lutte ouvrière, 2,3%, Michel Crépeau, président du MRG, les radicaux de gauche, et futur ministre, 2,2%, enfin Huguette Bouchardeau, du PSU, future ministre, 1,1%.

Ceux qui comptaient, c'étaient les quatre grands candidats représentant chacun l'un des quatre grands partis : le RPR (gaulliste), l'UDF (centriste), le PS (socialiste) et le PCF (communiste). La Bande des quatre, selon Jean-Marie Le Pen qui n'avait pas eu de ticket pour 1981, surpris par le relèvement des conditions pour se présenter, passage de 100 à 500 parrainages de maires.

Si la droite (autrement dit le gaullisme et le centre droit) était divisée, elle savait se reconstruire dans un gouvernement commun après les joutes électorales, la gauche aussi, malgré l'union de la gauche proclamée en 1972, était divisée. La candidature de l'intimidant Georges Marchais, secrétaire général du PCF, constituait un véritable handicap pour le candidat naturel de l'union de la gauche, François Mitterrand.

Malgré tous ces voyants au rouge (sondages en berne, réputation de perdant et d'arriviste, représentant le passé d'une ancienne république dépassée, camp fortement divisé, PS, PCF mais aussi MRG), François Mitterrand a réussi à obtenir 25,8% des voix, certes au deuxième rang, mais très largement devant son concurrent communiste qui n'a obtenu que 15,3% des voix. Sa stratégie d'union du début des années 1970 était une réussite, car le rééquilibrage de la gauche au profit des socialistes et au détriment des communistes pouvait rassurer un électorat modéré à l'écoute de changements sociaux.


À droite, Jacques Chirac, en n'attaquant que le Président sortant, s'en est bien sorti pour une première candidature, 18,0% (il aurait préféré plus, évidemment, et on allait vite s'apercevoir qu'il plafonnerait toujours à 20% au premier tour, même lors de ses deux élections), mais tout de même à la troisième place et capable de remplacer le chef de l'État déchu comme chef naturel de la future opposition. Quant à Valéry Giscard d'Estaing, sa première place pouvait tromper : avec 28,3%, c'était une perte de plus de quatre points par rapport à son élection de 1974 (32,6%), mais aussi une perte sèche de plus 100 000 électeurs alors que le corps électoral était passé de 30,6 millions à 36,4 millions d'inscrits. Avec la prime au sortant, ce n'était pas brillant.

Au soir du premier tour, même si le total droite équivalait au total gauche (autour de 50%), la dynamique était nettement à gauche : déception et division à droite, tandis qu'espoir et désistement républicain naissaient à gauche. Pour la petite histoire, il paraît désormais établi que le RPR de Jacques Chirac faisait voter au second tour pour François Mitterrand. L'intérêt personnel de Jacques Chirac était de réorganiser la droite sous son leadership dans l'opposition. Valéry Giscard d'Estaing a même raconté qu'il s'était fait passer au téléphone pour un militant gaulliste désappointé et la permanence du RPR lui avait donné pour consigne de voter Mitterrand. Du reste, future ministre puis Première Ministre, Édith Cresson a reçu chez elle Jacques Chirac et François Mitterrand pendant la campagne pour une rencontre énigmatique.
 


Le dimanche 10 mai 1981 à 20 heures, l'histoire a retenu la soirée électorale d'Antenne 2 (que faisait TF1 ?), la voix déçue de Jean-Pierre Elkabbach annonçant la victoire de François Mitterrand et ce visage numérisé (de l'époque de CII Honeywell Bull). Il a fallu attendre quelques jours pour connaître les résultats officiels et définitifs : François Mitterrand, 15 708 262 voix ; Valéry Giscard d'Estaing, 14 642 306 voix.

L'avance du candidat dit de gauche était nette, sans ambiguïté, sans contestation. Le Président sortant a rapidement reconnu sa défaite, et François Mitterrand, depuis son hôtel à Château-Chinon, sa base électorale (il était député de la Nièvre et président du conseil général de la Nièvre, en plus de chef d'un grand parti, bref, un cumulard comme c'était habituel), a fait sa première déclaration avec sa toute nouvelle légitimité, et même, on peut le dire, consécration du suffrage universel : « Cette victoire est d'abord celle des forces de la jeunesse, des forces du travail, des forces de création, des forces du renouveau qui se sont rassemblées dans un grand élan national pour l'emploi, la paix, la liberté, thèmes qui furent ceux de ma campagne présidentielle et qui demeureront ceux de mon septennat. Elle est aussi celle de ces femmes, de ces hommes, humbles militants pénétrés d'idéal, qui, dans chaque commune de France, dans chaque ville, chaque village, toute leur vie, ont espéré ce jour où leur pays viendrait enfin à leur rencontre. ».

Il avait un réel talent de parleur dans le sens du poil : « Je mesure le poids de l'histoire, sa rigueur, sa grandeur. Seule la communauté nationale entière doit répondre aux exigences du temps présent. J'agirai avec résolution pour que, dans la fidélité à mes engagements, elles trouvent le chemin des réconciliations nécessaires. Nous avons tant à faire ensemble et tant à dire aussi. ». Et sa déclaration était aussi un poil prétentieuse : « Des centaines de millions d'hommes sur la Terre sauront ce soir que la France est prête à leur parler le langage qu'ils ont appris à aimer d'elle. ».


Certains proches ont témoigné qu'au moment d'apprendre l'issue du scrutin, sans doute un peu avant 19 heures, François Mitterrand aurait lâché : « Quelle histoire ! ». Il faut imaginer que cette minute où il a appris la meilleure nouvelle de sa vie, il l'attendait depuis au moins trente-sept ans. C'était la conclusion d'une vie de militantisme dévorante. Il a passé un temps fou dans les commissions, réunions de comité directeur, etc. pour faire d'inutiles synthèses d'un parti qui, de toute façon, voulait s'appuyer sur lui plus que sur son programme pour revenir au pouvoir. Ce qui ne l'a pas empêché d'avoir eu une vie affective riche et dense, également chronophage (mais comment organisait-il donc ses journées ?).

Bref, la conclusion de vingt-trois ans d'opposition, mais aussi un nouveau commencement, car il était désormais le monarque, le premier, le chef, le tout-puissant et il en a usé et abusé. La cour, et les courtisans, les nominations, les gouvernements pléthoriques, les placards dorés, la république des amis était à son comble avec lui. Et qu'importe pour la dépense publique, l'argent coulait d'il ne savait pas où mais en profitait allègrement.


Après l'allocution télévisée désastreuse de départ de VGE, est arrivé alors le grand jour, le jeudi 21 mai 1981. Journée de congé pour les écoliers qui pouvaient ainsi assister à la télévision, en direct, à l'investiture officielle de François Mitterrand. Paradoxalement, alors que la Cinquième République a débuté le 4 octobre 1958, soit vingt-deux ans auparavant, c'était la première cérémonie d'investiture "normale" en ce sens que le Président sortant passait ses pouvoirs au Président élu (démission puis décès ont empêché jusqu'alors cette "normalité").

La journée fut faste (à l'image de son double septennat) avec un concert sous la direction de Daniel Barenboïm avec Placido Domingo, les Chœurs de Paris et l'Orchestre symphonique de la Garde républicaine pour jouer Beethoven et Berlioz, et surtout, le passage au Panthéon, avec une rose sur trois tombeaux, ceux de Jean Jaurès
, Jean Moulin et Victor Schœlcher. Mais avant tout cela, la cérémonie à l'Élysée : le départ à pied de Valéry Giscard d'Estaing sous les huées dans la rue (ce qui n'honorait pas leurs auteurs), l'accolade assez hypocrite à Pierre Mendès France très ému (il allait mourir l'année suivante), et la remontée des Champs-Élysées accompagné de Pierre Mauroy, futur Premier Ministre (lui-même a reçu une accolade chaleureuse de François Hollande lors de son investiture en 2012).

Dans son discours d'investiture, François Mitterrand n'hésitait pas à voire tout en grand : « Il est dans la nature d'une grande nation de concevoir de grands desseins. Dans le monde d'aujourd'hui, quelle plus haute exigence pour notre pays que de réaliser la nouvelle alliance du socialisme et de la liberté, quelle plus belle ambition que l'offrir au monde de demain ? C'est, en tout cas, l'idée que je m'en fais et la volonté qui me porte, assuré qu'il ne peut y avoir d'ordre et de sécurité là où régnerait l'injustice, gouvernerait l'intolérance. C'est convaincre qui m'importe et non vaincre. Il n'y a eu qu'un vainqueur le 10 mai 1981, c'est l'espoir. Puisse-t-il devenir la chose de France la mieux partagée. ».

Et comme d'habitude à gauche, vouloir confondre sa propre victoire avec la victoire du peuple, alors que le peuple était divisé à 52/48, c'est toujours la préemption de la parole du peuple qui est pourtant diversifiée, plurielle et souvent incohérente : « Ce n'est pas seulement d'un homme à l'autre que s'effectue cette passation de pouvoirs, c'est tout un peuple qui doit se sentir appelé à exercer les pouvoirs qui sont, en vérité, les siens. ». Comme si avec Valéry Giscard d'Estaing, précédemment élu du peuple français, ce peuple français n'était pas autant au pouvoir qu'avec son successeur.

 


Le plus intéressant est la référence historique dans laquelle François Mitterrand a mis en perspective son élection : « En ce jour où je prends possession de la plus haute charge, je pense à ces millions et ces millions de femmes et d'hommes, ferment de notre peuple, qui, deux siècles durant, dans la paix et la guerre, par le travail et par le sang, ont façonné l'Histoire de France, sans y avoir accès autrement que par de brèves et glorieuses fractures de notre société. C'est en leur nom d'abord que je parle, fidèle à l'enseignement de Jaurès, alors que, troisième étape d'un long cheminement, après le Front populaire et la Libération, la majorité politique des Français démocratiquement exprimée vient de s'identifier à sa majorité sociale. ».

La filiation historique à laquelle il prétendait était simple : Jean Jaurès, Léon Blum, De Gaulle, lui ! Il y a la Libération dont il a été un ministre à 30 ans, mais la référence principale, c'était bien celle du Front populaire avec la volonté politique de laisser des traces dans l'histoire : le temps de travail à 39 heures, la cinquième semaine de congé payé, et surtout la retraite à 60 ans qui a plombé, et plombe encore pour plusieurs générations, les finances publiques dès lors que le dynamisme démographique et la natalité sont en berne.

En 2026, peut-être qu'une page se tourne, à la veille d'une campagne présidentielle qui va être rude pour 2027. Il y a 90 ans, le Front populaire. Il y a 45 ans, la victoire de François Mitterrand. En 1981, le Front populaire était la même nostalgie qu'aujourd'hui la victoire de François Mitterrand pour certains militants de gauche (nostalgie d'une victoire).


Malgré la durée exceptionnelle du socialisme à l'époque, quatorze ans à l'Élysée, dix ans au gouvernement, par rapport au Front populaire, seulement deux ans, il est utile de rappeler que ces deux fortes sources d'espoir des classes ouvrières ont très largement déçu en moins de deux ans. En 1938, la proximité de la guerre a complètement et durablement bouleversé la classe politique, tandis que dans les années 1980, les errements du gouvernement socialo-communisme (caisses vides, politique austéritaire) ont déçu dès 1983 et ont fait naître le Front national qui, quarante-deux ans plus tard, est désormais le grand favori des sondages.

Le risque n'est pas mince qu'à nouveau, un candidat propose le grand soir, qu'une majorité y croit et soit ensuite déçue quelque temps plus tard. C'est pourquoi l'histoire politique est utile. Le cycle infernal des vieilles idéologies doit s'achever enfin et s'achever sur une offre politique faite d'innovation. Emmanuel Macron en a proposé une en 2017 avec l'idée de dépasser les postures politiques et les divisions anachroniques entre la gauche et la droite. Contrairement à ce qu'on dit, il y a réussi presque beaucoup trop bien. Son successeur devra innover encore pour s'adapter à la société d'aujourd'hui, celle des réseaux sociaux, du narcissisme généralisé, de l'égocentrisme, de l'individualisme et surtout, celle de l'intelligence artificielle qui ouvre une porte sur l'inconnu.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mai 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Il y a 45 ans, l'investiture de François Mitterrand à la Présidence de la République.
Cérémonie d'investiture de François Mitterrand le jeudi 21 mai 1981 à Paris (vidéo INA).
Discours de François Mitterrand le 21 mai 1981 à l'Élysée (texte intégral).
Discours de François Mitterrand le 10 mai 1981 à Château-Chinon (texte intégral).
Itinéraire d'un Mitterrand gâté.
François Mitterrand et l'élection présidentielle de 1981.
François Mitterrand, sa maladie, 30 ans plus tard.
Le testament européen de François Mitterrand.
Discours du Président François Mitterrand le 17 janvier 1995 devant le Parlement Européen de Strasbourg (texte intégral).
Le PS de François Mitterrand.
Pierre Mauroy aurait dû se présenter en 2007.
Frédéric Mitterrand.
Roger Hanin.
Mazarine Pingeot.
Danielle Mitterrand.
François Mitterrand et le tournant de la rigueur.
François Mitterrand et l’épineux congrès d’Épinay.
François Mitterrand, le ballet budgétaire élyséen et la règle des 3% du PIB.
François Mitterrand et De Gaulle.
Au cœur de la Mitterrandie.
François Mitterrand et Matteo Salvini.
François Mitterrand et son testament politique.
François Mitterrand et le nationalisme.
François Mitterrand et la science.
François Mitterrand et la cohabitation.
François Mitterrand et l'Algérie.
François Mitterrand, l’homme du 10 mai 1981.
François Mitterrand et la peine de mort.
François Mitterrand et le Traité de Maastricht.

 




 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260426-mitterrand.html

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/05/07/article-sr-20260426-mitterrand.html


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26 mars 2026 4 26 /03 /mars /2026 12:01

(verbatim et vidéo)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260326-jospin.html




DISCOURS D'EMMANUEL MACRON








18 mars 2026, aux Invalides
DISCOURS DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE

HOMMAGE NATIONAL À LIONEL JOSPIN




Ce jour, la nation rend hommage à un homme qui fut aimé des siens et respecté de tous, profondément respecté. Lionel Jospin fut toute sa vie durant un humble militant, cherchant dans la rigueur et la grandeur de l'histoire les moyens de l'accomplissement, menant des combats de justice et de liberté et servant notre République.

D'abord, le temps de l'apprentissage, l'enfance et cette conception exigeante de l'existence. Lionel Jospin fut lesté par l'amour et les leçons de sa famille protestante et humaniste, Robert, son père, militant socialiste, laïque, pacifiste, qui révérait Jaurès, doté du sens du verbe et du goût de la culture. Mireille, sa mère, sage-femme, transmettant à toute la fratrie des enfants Jospin cette forme particulière d'esprit, rebelle à l'embrigadement, sensible aux choses humaines, lucide dans le rapport à l'autre.

Puis vint le temps des engagements. Après Sciences Po et l'entrée à l'ENA, Lionel Jospin fut de ces jeunes officiers appelés en Algérie, qui, comme Jacques Chirac ou Jean-Pierre Chevènement, refusèrent d'approuver ceux qui se mutinèrent contre De Gaulle. Là, il découvrait les injustices, les affres de ces années, et s'engagea pour les causes de sa génération :  l'indépendance de l'Algérie, la décolonisation, puis le refus de tous les totalitarismes. Comme d'autres de son époque, il balança, le temps de sa jeunesse, entre diplomatie et enseignement, évolution et réforme, trotskisme et socialisme, avant de choisir avec force et résolution, en digne héritier de Jaurès et de Blum, d'emprunter le chemin ouvert par François Mitterrand. Ce fut un choix qui s'imposa au terme d'un long cheminement politique intime, dont lui seul, au plus profond de sa conscience, savait les tenants et les aboutissants.

Ses engagements se cristallisèrent dans le choix du socialisme, qu'il embrassa à sa manière, avec discipline, rigueur, sens de l'absolu. C'est ainsi que ce jeune professeur d'économie, après avoir été reconnu comme tel par Pierre Joxe, puis distingué par François Mitterrand, entra en socialiste dans la vie publique, au grand jour. Lionel Jospin fut de cette génération qui accompagna tout au long des années 70 le premier secrétaire d'un Parti socialiste renouvelé depuis le Congrès d'Épinay. Dès lors, il décida de suivre François Mitterrand, de Congrès en Congrès, de motions en émotion, du programme commun aux 110 propositions, de la défaite de 1978 à la victoire du 10 mai 1981.

Lionel Jospin demeura fidèle à l'enseignement de Jaurès, socle de son engagement. Fidélité à l'idéal, sens du réel, recherche de la vérité, rigueur de l'action. Après le 10 mai 1981, le Président Mitterrand demanda à Lionel Jospin de demeurer rue de Solférino, premier secrétaire du Parti socialiste, premier parti de France. Contrairement à nombre de ses camarades, Lionel Jospin, nouveau député de Paris, n'entra pas au Gouvernement. Là encore, fidèle à l'enseignement de Blum, il accepta la mission : garder la vieille maison. Il est vrai que pour Lionel Jospin, l'esprit de rigueur fut toujours inséparable de l'esprit de sacrifice. Il s'acquitta de la mission avec rectitude. Tenant uni le Parti tout en laissant à Michel Rocard ou Jean-Pierre Chevènement la liberté de défendre ce qui leur tenait à cœur, et ce faisant, aida à la réélection de François Mitterrand. Ce n'était pas rien. C'était même beaucoup aux yeux du Président.

C'est pour cette raison qu'il put entrer enfin au Gouvernement, ministre de l'Éducation nationale. Dans cette fonction qu’il aima tant, il agit pour offrir à notre jeunesse les moyens de son émancipation, faisant adopter la loi du 10 juillet 1989 qui porte son nom, réformant en profondeur le système éducatif dans le but de donner à tous les élèves de France l'accès à la liberté par le savoir, alliance de la connaissance et du mérite. L'année suivante, il lança aussi le Plan Université 2000 et fut un gardien vigilant du respect du principe de laïcité, tout en se montrant soucieux de préserver la liberté de conscience dont les protestants savent combien elle fut une conquête de longues luttes. Amené à quitter le ministère, s'ouvrit alors pour lui un temps de réinvention du destin, un temps de liberté. Le Parti socialiste était entré dans un cycle nouveau, et ce fut un intense travail de réflexion qu'il mena en conformité avec ses principes, voulant tirer les leçons de la décennie Mitterrand qui s'achevait.

En conscience, il voulut redéfinir les conditions de l'exercice du pouvoir quand on est socialiste, héritier de Jaurès, Blum et Mitterrand désormais. C'est ainsi qu'il fut désigné par ses camarades pour être candidat à l'élection présidentielle de 1995, parvenant en tête au soir du premier tour et recueillant 47,3% des voix face à Jacques Chirac au second. Une défaite plus qu'honorable pour un camp qui n'en espérait pas tant. « Il fallait relever le gant », disait-il. Redevenu ensuite par devoir premier secrétaire du Parti socialiste, il s'attacha à convaincre les forces de la gauche de former une coalition plurielle. Elle remporta les élections législatives de 1997. Il déclara alors que cette victoire était la preuve d'une soif raisonnée et pressante de progrès réel. Nouvelle preuve que, de son point de vue, seul l'esprit de rigueur rend possible l'idéal. Alors, aux côtés du premier secrétaire, François Hollande, responsabilité éminente ô combien à ses yeux, Laurent Fabius étant alors Président de l'Assemblée Nationale, Lionel Jospin s'attacha à conduire et animer cette majorité inédite dans la cohabitation avec le Président Chirac.

Premier Ministre, Lionel Jospin se voulut d'une détermination sans faille dans le but de tenir les engagements pris devant les Français, avec un sens aigu de l'organisation. Menant un gouvernement formé de nombreuses personnalités politiques qui ont marqué la vie du pays, animant des équipes encore présentes aujourd'hui et attachées à lui depuis toujours. Lionel Jospin a, durant ces années, modernisé la vie économique, sociale et démocratique de la nation, de manière inédite. Il a contribué à faire entrer la France dans ce siècle qui s'ouvrait. Le gouvernement qu'il menait fit adopter la loi sur les 35 heures, mit en œuvre la couverture universelle, institua la parité dans les élections, réduisit le chômage, soumit à référendum le quinquennat présidentiel. Il fut signataire de l'accord de Nouméa, prenant ses responsabilités sur la Nouvelle-Calédonie, et défendit les engagements européens de la France, permettant aussi à la monnaie unique d'advenir.

Ce fut aussi le premier gouvernement à reconnaître que l'amour entre personnes de même sexe devait, au nom de l'égalité, être source de droit. Ce fut le PACS ouvert à tous, première étape vers le mariage pour tous. Chacun ici connaît la suite. La campagne présidentielle, l'étrange soirée du 21 avril 2002 et le choix immédiat de tirer sans hésiter la leçon de l'histoire. Le retrait de la vie politique, pas par abandon, non, par franchise, par sens de l'absolu encore, par choix. Ainsi, Lionel Jospin demeurait-il fidèle à l'enseignement de Lionel Jospin. Mais, il ne s'effaça pas pour autant, vint le temps de la transmission. Lionel Jospin ne renonça jamais à convaincre du bien-fondé de ses choix. Profondément démocrate, il ne se lassa jamais d'expliquer, expliquer encore. Il revêtit de nouveau les habits du professeur d'économie qu'il avait été un temps après une courte carrière de diplomate.

Il expliqua jusqu'au bout à qui voulait l'entendre, ce qui lui paraissait juste, nécessaire, certain que chacun peut accéder à la vérité. Et pour convaincre, il avait le goût des autres. Ainsi partagea-t-il son idéal dans le but de faire grandir tous ceux qui croisaient sa route. Membre du Conseil Constitutionnel, Lionel Jospin y fut là aussi un gardien guidé par son exigence de sagesse, « un passeur de temps », pour reprendre un titre de Sylviane Agacinski, son épouse à qui le lie une passion harmonieuse depuis 35 ans. Oui, Lionel Jospin fut un homme de fidélité. Fidélité et fiabilité pour ceux qui l'aimaient. Lionel Jospin était là pour Hugo et Eva, ses enfants si talentueux nés de l'union avec Élisabeth. Lionel Jospin était là pour son épouse Sylviane, pour Daniel, pour tous ses petits-enfants. Fidélité pour ses amis, la bande de la section du 18e arrondissement, Claude Estier, Daniel Vaillant, Bertrand Delanoë et tous les autres, Jean Glavany, Pierre Moscovici, tant de générations de camarades de la rue de Solférino, des amis de Matignon ou les voisins de l'Île de Ré.

Fidélité à ceux qui partagèrent son chemin, trace de son lien authentique avec chacun. À Paris, et en Haute-Garonne, Lionel Jospin connaissait le nom des gens et les choses de la vie. Bonheur simple, plaisir français, aimer, vivre, chanter, lire, rire et vibrer. Des galeries d'art au cinéma, du tennis à l'opéra. Tel était cet homme qui se composa un grand destin français, et que beaucoup aimèrent et aimeront encore pour son exigence et sa persévérance. Esprit pluriel qui refusait de séparer éthique et politique, morale et démocratie, intégrité et engagement. Scrupule qui dissout la certitude, surplomb qui interdit l'exaltation, enfant du mérite républicain devenu un homme d'État, c'est ainsi qu'il nous apparaît en cette heure.

Un soir de juin, chez lui, à Cintegabelle, en Haute-Garonne, Lionel Jospin est là, lunettes sérieuses et cheveux de neige, prenant en note les résultats qui scandent la victoire de la gauche aux élections législatives de 1997. Sylviane, Eva, Hugo, Daniel l'entourent, puis le brouhaha, les camarades socialistes qui soudain s'engouffrent dans la pièce, soir de liesse, jour heureux, comme au temps du Front populaire que racontait Robert Jospin à son fils.

Lionel Jospin se tient dans cette atmosphère de liesse avec une forme de réserve, de gravité. Et soudain, il sourit, conscient d'avoir accompli sa tâche sans rien avoir renié de lui-même, conscient aussi de ce qui l'attend, devoir conduire le Gouvernement du pays à la lumière de cette même exigence, fort de ses mêmes qualités. C'est ce qu'il fit.

Par-delà la mort, notre mémoire le hissera toujours à cette place singulière. Un modèle pour certains, un adversaire pour quelques autres, pour tous à coup sûr. Un repère dans notre histoire, et notre esprit. Au soir de la mort de François Mitterrand, Lionel Jospin avait dit : « la mort n'est pas pour moi une occasion de lyrisme ». De lyrisme, non, de reconnaissance de la nation, oui. Sans aucun doute.

Alors, pour tout cela, merci.

Vive la République.
Vive la France.

Emmanuel Macron, le jeudi 26 mars 2026 à Paris, aux Invalides.


Source : elysee.fr
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20260326-hommage-jospin.html

 

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6 février 2026 5 06 /02 /février /2026 03:49

« Jérôme Guedj ne sera jamais Président de la République. Lui-même le sait, à moins d'avoir succombé à la démence pendant le dernier week-end. Nos hommes politiques sont ainsi : ayant renoncé depuis longtemps à faire l'histoire, voilà qu'ils ne parviennent même plus à faire l'événement. Ils se contentent, nolens volens, de donner dans l’événementiel. » (Valentin Gaure, le 6 février 2026 dans "Valeurs actuelles").



 


Petit dialogue introductif, un jeudi soir...

– Dis, chéri, t'as entendu, il y a un nouveau candidat ?
– Un nouveau candidat ? Non. Qui ?
– Devine !
– Euh, dans un parti qui existe ?
– Oui, un grand parti.
– Un parti de droite ? de gauche ?
– Un grand parti de gauche.
– Euh, y en a-t-il encore un, de grand-parti-de-gauche ?
– Disons, un ancien grand...
– Non ? Le PS ?
– Oui, bravo !
(Suit une litanie de candidats potentiels : Olivier Faure, François Hollande, Ségolène Royal, Boris Vallaud, Bernard Cazeneuve, et à chaque proposition, un non franc et ferme m'est revenu entre les dents).
– Je sèche.
– Tu le connais ! Enfin, son nom. Tu n'es pas très loin.
– Je ne vois pas du tout...

Et c'est ainsi que j'ai appris que le député de l'Essonne Jérôme Guedj a annoncé de la manière la plus formelle sa candidature à l'élection présidentielle ce jeudi 5 février 2026. Ou du moins, c'est ce qu'on peut écouter en repassant attentivement la vidéo.

C'était l'interview majeure de France Inter, la plus fréquentée de la matinale (première de France), réalisée par le journaliste politique Benjamin Duhamel à 7 heures 45, celui-là même qui a remplacé Léa Salamé depuis qu'elle a repris le 20 heures de France 2.


Il y avait une sorte d'exploit inachevé avec Benjamin Duhamel. Ce journaliste s'évertue à obtenir à l'antenne les aveux de ses invités... euh, pas les aveux mais la déclaration de candidature de ses invités. Bien évidemment, il y a toute une scénographie, il faut se laisser désirer, et à la fin, on lâche le morceau. Mais jusqu'à maintenant, Benjamin Duhamel n'a jamais rien eu, pas de candidature, pas même d'un micro-candidat (du genre de François Asselineau).

Et puis est arrivé Jérôme Guedj. Il n'a même pas posé la question, il n'a même pas posé sa deuxième question, il a eu l'élan coupé, et voici que le député socialiste a balancé l'affaire d'un coup, sans y mettre les formes. Tout d'une traite. Je cite : « Je suis aujourd'hui candidat à l'élection présidentielle pour porter la voix d'une gauche républicaine, la voix d'une gauche européenne, la voix d'une gauche universaliste, laïque, d'une gauche sociale, écologiste. Pourquoi est-ce que je le fais aujourd'hui à cet instant ? Parce que c'est la majorité du peuple de gauche qui partage cette orientation. C'est aussi, et c'est extrêmement important, ce qui nous permettra, pas uniquement de témoigner en 2027, parce que c'est une voix qui est respectée au-delà de la gauche. Et moi, je ne me résous pas à la victoire annoncée du Rassemblement national. Je souhaite qu'un candidat de gauche porteur de ces valeurs et de cette orientation, soit présent au second tour et puisse séduire au-delà des rangs de la gauche, parce que c'est une orientation respectée et attendue. ».


Je ne dis pas que cette candidature est vouée à l'échec, mais le résultat, c'est qu'elle est passée totalement inaperçue. Non seulement des gens mais aussi des milieux politiques ! Malgré son appartenance au parti socialiste. Aucune information par la suite, pas même une brève. Inexistante totalement ! La parole qui ne porte pas. Il est vrai que le moment n'a pas été bien choisi quand tant de sujets prégnants se télescopent dans l'actualité. Jérôme Guedj a 54 ans. À cet âge, Valéry Giscard d'Estaing allait devenu ancien Président de la République, et Emmanuel Macron pourrait envisager de rempiler une troisième fois (en 2032).

Malgré son appartenance à la gauche, j'apprécie plutôt Jérôme Guedj. C'était un jeune espoir du PS passé par l'ENA (même promo que Laurent Solly). Avec une petite particularité : c'était aussi le poulain de Jean-Luc Mélenchon, sénateur inamovible de l'Essonne pendant longtemps et numéro deux du département (le père de Jérôme Guedj a été adjoint à Massy dont le gourou insoumis fut aussi élu). Du reste, Jérôme Guedj a présidé le conseil général de l'Essonne de mars 2011 à mars 2015 quand le département était encore à gauche. Suppléant de François Lamy, ancien maire de Palaiseau et ministre (et proche de Martine Aubry qu'il a suivie à Lille), le nouveau candidat à l'élection présidentielle n'a gagné son vrai premier mandat parlementaire qu'en juin 2022 en battant l'actuelle ministre Amélie de Montchalin. Sa particularité en juillet 2024, c'est d'avoir été réélu sans l'étiquette de la nouvelle farce populaire et en présence d'un candidat FI.

Car le mentor et grand gourou insoumis est devenu la bête à abattre : Jérôme Guedj s'est aperçu que les insoumis sortaient des clous de la République, refusaient la laïcité voire laissaient prospérer l'antisémitisme. Son objectif pour 2027, c'est d'éviter un second tour entre un candidat RN et un candidat FI, une sorte de cauchemar absolu, et ma foi, cet objectif me paraît de salubrité publique.

 


Ainsi, son discours était clair : il faut un candidat socialiste capable d'atteindre le second tour et surtout, capable de rassembler au-delà de la gauche, en attirant aussi l'électorat de centre droit. C'est bien beau, mais Jérôme Guedj s'est lui-même emmêlé les pinceaux : certes, il veut s'adresser au-delà de la gauche, a fait un laïus où il rejetait la politique du bouc émissaire, que ce soit l'immigré ou le riche : « Moi, je revendique, en politique, le courage de la nuance, c'est-à-dire l'idée selon laquelle on ne cherche pas des boucs émissaires matin midi et soir. Vous savez, dans la vie politique, certains pensent que tout problème vient des immigrés et d'autres pensent que tout problème vient des riches. Vous savez quoi ? (…) On a besoin d'immigrés (…) et on a besoin de riches qui contribuent à la justice fiscale. (…) Ne pas céder au campisme ambiant qui rabougrit la gauche. ».

Mais dans la même phrase, il a évoqué un mythique "peuple de gauche" qui n'existe que dans les délires des militants de gauche. Il n'existe qu'un seul peuple, le peuple de France, et le peuple de gauche n'existe pas car sinon, la gauche serait toujours au pouvoir, ou jamais. Or, beaucoup d'électeurs votent parfois à gauche et les mêmes ne votent plus à gauche par la suite. Ou réciproquement. Parler de peuple de gauche, c'est séparer l'électorat, c'est du communautarisme politique. Alors qu'il est temps d'unifier.

Cela dit, je peux me retrouver parfois dans un discours qui fait appel à la République, une république sociale, une république laïque et une république européenne. Je sais que Jérôme Guedj n'a aucune chance de rassembler son camp parce qu'il s'est transformé en vilain petit canard. Sa déclaration de candidature n'a même pas fait psschiiit, elle n'a émis aucun signal. Il n'a même pas eu ce quart d'heure de notoriété (pas même de gloire) qui aurait vanté son ego.

Cette initiative, qui voudrait empêcher la préemption de la représentation de la gauche par Jean-Luc Mélenchon, ne peut qu'apporter de la pagaille à la pagaille ambiante, puisqu'elle rajoute une candidatures supplémentaire à celles déjà vaguement déclarées à gauche : Raphaël Glucksmann, François Hollande, Bernard Cazeneuve, Fabien Roussel, Marine Tondelier, Clémentine Autain, François Ruffin, Olivier Faure... et bien sûr Jean-Luc Mélenchon.

Jérôme Guedj avait pourtant préparé quelques belles expressions, comme : « Mon choix, c'est de porter les convictions qui m'animent depuis toujours avec courage ! », ou encore : « On crève de l'ambiguïté ! » pour fustiger les insoumis pas très au clairs avec les valeurs républicaines : « Il n'est pas possible de s'abîmer avec ceux qui s'éloignent des choses qui sont absolument essentielles pour apaiser le débat. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la République sociale. On peut être authentiquement de gauche, radicalement de gauche, transformer la société, mais être intransigeant sur les questions républicaines. ». Pour conclure ainsi : « Sur la base de cette ligne programmatique, nous serons amenés à discuter ensemble et devant les Français pour pouvoir illustrer cette culture du courage, de la nuance, du compromis. ».

Bref, bienvenue à Jérôme Guedj, entré dans le club très ordinaire des candidats à quelque chose !



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Comment ? Jérôme Guedj candidat ?
Caroline Lang.
Jack Lang.
Entre culture et imposture.
François Mitterrand.

Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260205-jerome-guedj.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/comment-jerome-guedj-candidat-266600

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/05/article-sr-20260205-jerome-guedj.html


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3 février 2026 2 03 /02 /février /2026 03:59

« On m'a traité alors de pédophile. C'était immonde. J'ai trouvé les deux personnages qui racontaient cela. Le premier a fait amende honorable. Le second, je ne lui parle plus. » (Jack Lang, le 22 septembre 2005 dans "L'Express").




 


Je sais que ce n'est pas de la charité chrétienne de tirer sur une ambulance. Je n'ai jamais apprécié Jack Lang parce qu'il a été un beau parleur, un bonimenteur de première catégorie de la classe politique, voire un menteur (quand il prétendait dans une "Heure de vérité" qu'il avait participé au référendum du 28 septembre 1958 alors qu'il n'avait pas encore l'âge légal de voter), mais c'est vrai qu'il n'est plus qu'un vieillard... Il a plus de 86 ans et on pourrait presque avoir pitié de lui, de son grand âge.

Mais un vieillard du genre d'Harpagon, de l'Avare avec un grand A, qui n'a jamais voulu rien payer, qui se faisait toujours inviter partout, dans les restaurants, etc., qui se faisait offrir sa garde-robe parfois très chère... Fastoche : il suffit de ne pas avoir son portefeuille sur soi ! Alors, gros agacement pour la défense de l'argent des contribuables quand j'ai appris que le Président Emmanuel Macron avait renouvelé le 20 décembre 2023, son mandat de président de l'Institut du monde arabe (IMA), bombardé à ce poste le 25 janvier 2013 par François Hollande. C'est son quatrième mandat alors qu'à sa reconduite, il avait déjà 84 ans ! (Jack Lang semblait soutenu par l'Arabie Saoudite face à d'autres prétendants comme l'ancien ministre Jean-Yves Le Drian et l'ancien ambassadeur François Gouyette).


Dès 2015, sa gestion de l'IMA a été critiquée, en particulier en raison d'une perte de plusieurs millions d'euros dont la cause principale serait le coût de fonctionnement astronomique, en particulier, des frais de bouche gargantuesque dont il aurait bénéficié ainsi que son entourage (en particulier son épouse pourtant bénévole).

 


Jack Lang a été un parachuté récurrent, après une tentation vosgienne, il est devenu député du Loir-et-Cher, maire de Blois, puis député du Pas-de-Calais (dans une circonscription plus à gauche que la précédente). Mais en fait, il est avant tout un parisien, présent à toutes les manifestations culturelles depuis une cinquantaine d'années et grand ordonnateur des travaux pharaoniques aux coûts exorbitants de Paris (Colonnes de Buren, Opéra de la Bastille, Grande Arche de La Défense, Pyramide du Louvre, Très Grande Bibliothèque, et j'en oublie).

Évidemment, son action de Ministre de la Culture (installé rue de Valois du 22 mai 1981 au 20 mars 1986 et du 13 mai 1988 au 29 mars 1993) a été bénéfique pour la culture, avec la Fête de la Musique, Fête du Cinéma, Nuit des Musées, et d'autres encouragements à favoriser la culture dans toutes les couches de la population, mais à quel prix ?

Pour autant, Jack Lang n'avait pas que des ambitions culturelles. Il avait de réelles ambitions politiques (il a aussi été Ministre de l'Éducation nationale du 4 avril 1992 au 29 mars 1993 avec le titre de ministre d'État, et du 27 mars 2000 au 6 mai 2002). Ancien doyen de la faculté de droit et d'économie de Nancy (de 1977 à 1980), ce professeur de droit international aurait voulu aussi être Garde des Sceaux ou Ministre des Affaires étrangères, et même Premier Ministre, voire candidat à l'élection présidentielle comme il l'imaginait en 1995, pour la succession de son mentor politique François Mitterrand (et qui dit campagne présentielle dit trésor de guerre). Il a été par ailleurs président de la commission des affaires étrangères de l'Assemblée Nationale du 17 juin 1997 au 20 août 2000, succédant au prestigieux Valéry Giscard d'Estaing et lui apportant une certaine légitimité à présider l'Institut du monde arabe (pour 9 à 10 000 euros par mois).

On a toujours beaucoup prêté à Jack Lang, et notamment des rumeurs sur une supposée pédophilie. Disons-le très clairement, rien n'a jamais été prouvé, et Jack Lang n'est accusé par la justice d'aucun fait de ce genre. Pour autant, les rumeurs ont continué leur cours. Cité par "L'Express" le 22 septembre 2005, Jack Lang, dans l'extrait cité en tête d'article, évoquait une rumeur qui datait de 1995... lors de sa candidature pour la primaire présidentielle des socialistes. Il avait été, en effet, le troisième candidat, derrière Lionel Jospin et Henri Emmanuelli, et il a finalement renoncé à concourir, peut-être justement à cause de ces rumeurs (diffusées, donc, par ses petits camarades socialistes, mais pas seulement), qui furent, par la suite, régulièrement alimentées, en particulier en raison de sa défense de Frédéric Mitterrand en 2009, Roman Polanski en 2010, Dominique Strauss-Kahn en 2011, etc., lors de scandales ou de polémiques sexuels impliquant les personnes citées.


Alors,évidemment, quand le site Mediapart a publié un article sur les relations entre Jack Lang et feu Jeffrey Epstein, ce lundi 2 février 2026, à la suite de la divulgation, par le Ministère américain de la Justice, de 3 millions de documents relatifs à l'affaire Epstein (le 31 janvier 2026), inutile de dire que le sujet tombait en cohérence avec les anciennes rumeurs (jamais prouvées). Jack Lang est cité, mais aussi sa fille Caroline (64 ans), professionnelle du cinéma, actuelle déléguée générale du Syndicat des producteurs indépendants qui vient de démissionner pour ne pas mettre ce syndicat en difficulté (elle y a été nommée il y a trois semaines).

Leur défense, c'est qu'ils ne savaient pas que Jeffrey Epstein était aussi sulfureux que révélé. Jack Lang l'a raconté avec beaucoup de conviction, mais on voit des photos avec lui qui datent de 2019 ! En effet, il l'a fait venir au trentième anniversaire de la Pyramide du Louvre. À cette époque, les charges contre le milliardaire étaient largement connues. Jack Lang a rencontré Jeffrey Epstein par l'intermédiaire de Woody Allen.
 


L'ancien ministre a affirmé qu'il ne démissionnerait pas de l'IMA (le contraire aurait été étonnant !) : « J'assume pleinement les liens que j'ai pu créer, à une époque où rien ne laissait supposer que Jeffrey Epstein pouvait être au cœur d'un réseau de criminalité. ». Il l'a connu en 2019 ! Rappelons que l'homme d'affaires a été incarcéré le 6 juillet 2019 et qu'il est mort le 10 août 2019, pendu dans sa cellule de prison (par "suicide apparent"). Rappelons en outre que sa fille le savait depuis longtemps.

Dans l'article de Mediapart déjà cité, Caroline Lang a fourni en effet une justification pas très convaincante : « Un jour il m'avait dit : "Si tu fais des recherches sur moi, sur Google, peut-être que tu ne voudras plus jamais me parler". Alors, je suis allée chercher et j'ai trouvé qu'il avait été condamné pour prostitution de mineures et qu'il avait été condamné pour cela en 2008. Il m'a dit qu'il avait payé sa dette et indemnisé les victimes, et je l'ai cru. ». Bref, si le père ne savait pas, la fille, au moins, savait depuis 2014.

Que leur reproche-t-on ?


À Caroline Lang, on lui reproche d'avoir créé en 2016 avec Jeffrey Epstein l'entreprise Prytanee LLC domiciliée dans les Îles Vierges américaines, non déclarée au fisc français. Est aussi révélée la mention de son nom dans le testament du milliardaire pour hériter d'une somme de 5 millions de dollars (dont Caroline Lang n'avait jamais entendu parler). Selon elle, elle aurait été présentée au sulfureux personnage en 2012 par un ami commun et l'idée était de « constituer un fonds, parfaitement légal, destiné à favoriser l'acquisition d'œuvres ». Elle n'aurait reçu aucune somme de cette initiative.
 


À Jack Lang, pas grand chose en fait (en tout cas, à ce jour), si ce n'est ses relations à Paris avec Jeffrey Epstein en 2019 (un dîner en l'honneur de Woody Allen), relations qui avaient été d'ailleurs révélées par la presse américaine puis française dès 2020. Et une association « sans activité et composée de proches de Jack Lang », selon Wikipédia, que le milliardaire aurait financée (58 000 dollars), et qui, selon l'ancien ministre, servirait à financer un film dont l'état d'avancement est inconnu.

Ce qui déconcerte, en fait, dans l'affaire Epstein et les dernières révélations, ce n'est pas ces relations avec Jack Lang, on se doute bien que lui, particulièrement, serait attiré par tout ce qui brille et qui sent l'argent, mais à quel point le réseau relationnel de Jeffrey Epstein est gigantesque, mondial, multi-discipline : politique, économiques, culturel, mais aussi scientifique ! Des Prix Nobel se sont fait duper ainsi par le milliardaire suicidé pour être allés dans ses combines. Avec l'argent, il croyait pouvoir tout obtenir, ou presque tout. Dans ces affaires, je pense d'abord aux enfants qui en ont été les victimes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 février 2026)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Affaire Epstein : et Jack Lang entre dans la danse...
Entre culture et imposture.
François Mitterrand.

Jean-Yves Le Drian.
Pierre Bérégovoy.
Un Pinay de gauche.
Hommage de François Mitterrand à Pierre Bérégovoy le 4 mai 1993 à Nevers (texte intégral).
Nicole Questiaux.
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260202-jack-lang.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/affaire-epstein-et-jack-lang-entre-266515

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/02/03/article-sr-20260202-jack-lang.html


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19 novembre 2025 3 19 /11 /novembre /2025 13:01

« Né dans la Vienne de l’entre-deux guerres, les meetings auxquels il assistait enfant sur les épaules de son père le marquèrent à jamais, lui insufflant cette farouche volonté de servir qui ne le quitta plus. Pour André Chandernagor, descendant d’un esclave d’origine indienne affranchi à la fin de l’Ancien Régime, la République était cette promesse de liberté et de progrès, dont il se fit l’inlassable défenseur. » (Communiqué de l'Élysée, le 19 novembre 2025).




 


L'ancien ministre socialiste André Chandernagor est mort à Aubusson ce mardi 18 novembre 2025 à l'âge de... 104 ans ! (il est né le 19 septembre 1921). Il était le dernier survivant des députés de la première législature de la Cinquième République, une sorte de vieux dinosaure de notre histoire politique, très proche de Guy Mollet mais aussi embarqué dans l'aventure socialo-communisante de François Mitterrand malgré son anticommunisme militant.

Il n'était pas le seul centenaire (ou quasi-centenaire) parmi les compagnons de route de François Mitterrand avant sa victoire de 1981. On peut citer Roland Dumas (un an plus jeune, parti l'an dernier, son successeur à son ministère), mais aussi Jacques Delors (sans atteindre le siècle), etc. André Chandernagor a accepté le principe d'une union de la gauche simplement parce qu'il souhaitait la victoire de la gauche, mais il considérait les communistes comme ses adversaires. D'ailleurs, son premier mandat de député de la Creuse, il l'a dû à sa victoire sur le candidat communiste. Un socialisme du centre qui, bien plus tard, allait être séduit par Emmanuel Macron, qu'il a soutenu et dont il a activement soutenu, malgré ses 95 ans, l'un de ses candidats aux élections législatives de 2017, Jean-Baptiste Moreau (député de la Creuse de 2017 à 2022).

J'ai déjà évoqué sa (longue) carrière dans un précédent article. Le chef de l'État a eu raison de rappeler son origine familiale d'esclave indien au XVIIIe siècle. C'est d'ailleurs la raison de son patronyme quand son aïeul a été recueilli à La Réunion, son protecteur lui a choisi le nom du comptoir français des Indes (près de Calcutta).

André Chandernagor est l'un des exemples (nombreux dans l'histoire politique française) de la méritocratie républicaine. Brillant étudiant, il a poursuivi jusqu'à devenir major à l'ENA (même promotion que Valéry Giscard d'Estaing, cinq ans plus jeune), intégré à sa sortie en décembre 1951 au Conseil d'État où il a commencé une belle carrière (maître de requêtes en 1957, spécialiste du droit public). En 1956-1957, André Chandernagor a été membre du cabinet de Guy Mollet, secrétaire général de la SFIO et Président du Conseil. Mais il avait déjà approché les politiques bien avant avec son engagement socialiste. Il avait en effet intégré en 1946 le cabinet de Marius Moutet, Ministre socialiste de la France d'outre-mer.

Parallèlement à sa carrière administrative, il a démarré sa carrière politique dans la France profonde. Son implantation locale dans la Creuse (lui, originaire de la Vienne) provenait de la région d'origine de son épouse Éliane (morte en 2004). Il s'est fait élire maire de Mortroux, commune d'environ 500 habitants à l'époque, de 1953 à 1983 (il avait 31 ans à son premier mandat).


Petit à petit, André Chandernagor est devenu un "grand élu" local, grand en longévité et grand en cumul des mandats, à l'époque possible. Après un premier échec aux élections cantonales de 1955, il s'est fait élire conseiller général de 1961 à 1983, bombardé président du conseil général de la Creuse de 1973 à 1983, et président du conseil régional du Limousin de 1974 à 1981 (on le voit, trois mandats exécutifs et un mandat parlementaire entre 1974 et 1981 !). Cette boulimie des mandats électifs allait devenir une vocation familiale ; ainsi son fils Thierry Chandernagor a repris la relève : maire de Mortroux de mars 1989 à mars 2008, conseiller général de 1985 à 1998 et même président du conseil général de la Creuse, comme papa, de 1992 à 1994.

Évidemment, c'est son mandat parlementaire qui a compté le plus pour André Chandernagor, puisqu'il s'est fait élire et réélire de manière continue député de la Creuse (la circonscription d'Aubusson) de 1958 à 1981 (pour les sept premières législatures de la Cinquième République). Acceptant à reculons la stratégie d'union de la gauche de François Mitterrand, malgré son envie de créer un autre parti socialiste proche du centre (comme Max Lejeune), le député de la Creuse a été nommé Ministre délégué auprès de Claude Cheysson chargé des Affaires européennes du 21 mai 1981 au 7 décembre 1983 sur le quota du Premier Ministre Pierre Mauroy (il était proche de Pierre Mauroy après le Congrès d'Épinay en 1971).
 


Pour mieux comprendre la position politique d'André Chandernagor en 1981, peut-être faut-il un peu mieux préciser la période entre 1969 et 1971, très mouvementée pour les socialistes après l'échec de la candidature de Gaston Defferre à l'élection présidentielle de 1969 (qu'on pourrait comparer à celui de Valérie Pécresse en 2022). En juillet 1969, Guy Mollet a cédé la direction de la SFIO à Alain Savary au Congrès d'Issy-les-Moulineaux, la SFIO devenant le PS (et pas en 1971 !). À l'origine, Pierre Mauroy était le dauphin de Guy Mollet, mais finalement, ce dernier lui a préféré Alain Savary.

Quant à André Chandernagor, proche de Guy Mollet, il a été séduit par la Nouvelle Société du nouveau Premier Ministre Jacques Chaban-Delmas, mais est toujours resté député de l'opposition (il a quand même sympathisé avec le Centre démocrate de Jean Lecanuet et Pierre Abelin en novembre1970, eux aussi dans l'opposition). Difficile de faire plus hétéroclite. Quand François Mitterrand a annoncé publiquement son ralliement au PS (en novembre 1970), il a mis dans la confidence certains dirigeants socialistes qu'il considérait comme essentiels dans sa tentative d'OPA du PS : Jean-Pierre Chevènement, Pierre Mauroy, Jean Poperen et André Chandernagor. En assurant ainsi sa base arrière, le futur Président plaçait Alain Savary dans l'obligation d'accepter (l'argument principal, qui allait rester essentiel pour tous les partis dans la suite des événements, c'était que François Mitterrand était le seul présidentiable du PS à pouvoir se présenter avec une chance de l'emporter).

En décembre 1983, André Chandernagor a quitté tous ses mandats politiques quand François Mitterrand l'a nommé Premier Président de la Cour des Comptes qu'il a dirigée du 7 décembre 1983 au 19 septembre 1990, date à laquelle il a pris sa retraite. C'était d'ailleurs étrange puisque son corps d'origine était le Conseil d'État et pas la Cour des Comptes, institution de contrôle qu'il a ouverte « tant sur l’international, grâce à une coopération renforcée avec les organismes de contrôle européens et étrangers, que sur la France entière, par la mise en œuvre des chambres régionales des comptes ».


Si on voulait résumer l'action d'André Chandernagor dans sa carrière politique, toutes responsabilités confondues, on pourrait dire qu'il a été intéressé par deux sujets principaux, la construction européenne et les institutions. Et, dans les positions qui étaient les siennes, il a apporté au pays des contributions majeures.

Sur la construction européenne, il a pu influencer le cours des événements à deux moments particuliers. D'abord, en conseillant le chef du gouvernement Guy Mollet au moment des discussions sur le Traité de Rome. En suite, en tant que ministre délégué, il a fait « reconnaître par la France le droit au recours individuel devant la Cour Européenne des Droits de l’Homme et [a bataillé] en faveur du passeport européen » (comme l'explique le communiqué de l'Élysée).
 


Sur les institutions, André Changernagor, qui était favorable à De Gaulle et à la Cinquième République, a participé lui-même à sa rédaction en été 1958 comme représentant de Guy Mollet, alors Ministre d'État de De Gaulle, dans le comité d'experts. Il a en particulier fait aboutir trois idées importantes : l'article 49 alinéa 3 de la Constitution, la motion de censure et la différenciation du domaine de la loi et du domaine du règlement. En revanche, il a regretté la réforme de 1962, celle de l'élection du Président de la République au suffrage universel direct, car l'exécutif irait prendre trop d'importance sur le législatif. Ainsi, il a proposé que les parlementaires puissent renforcer leur pouvoir de contrôle sur le gouvernement, à l'instar des parlementaires britanniques et américains.

Le rêve politique d'André Chandernagor, c'était de créer une formation politique qui rassemblerait tous les partisans de la construction européenne et de la décentralisation. Il l'avait exprimé clairement le 22 novembre 1970 aux journées parlementaires du Centre démocrate réunissant auprès des démocrates sociaux des membres du PS, des membres du parti radical et des gaullistes de gauche : « La force que nous voulons bâtir ne peut être qu’un rassemblement allant des socialistes au Centre démocrate inclus. ». En un sens, Emmanuel Macron a été celui qui l'a le plus fait rêver.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 novembre 2025)
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Pour aller plus loin :
Entre social-démocratie et union de la gauche.
André Chandernagor.
Max Lejeune.
Robert Badinter.
René Viviani.
Guy Mollet.
Jules Moch.
Pierre Laval.
Martine Aubry.
Gisèle Halimi.
Georges Lemoine.
Jacques Delors.
8e motion de censure pour convenance personnelle (du PS).
Congrès du PS : Saloperies antisémites.
Jérôme Guedj.
Congrès du PS : "l'homme le plus riche du cimetière".
Congrès du PS : Olivier Faure est-il en difficulté ?
Congrès du PS : le choc de complexité !
Congrès du PS à Rennes : l'explosion de la Mitterrandie.
La préparation du congrès de Rennes (27 janvier 1990).
Histoire du PS.
Manuel Valls.
Hubert Védrine.
Julien Dray.
Comment peut-on encore être socialiste au XXIe siècle ?
François Bayrou et la motion de censure de congrès du PS.
Lionel Jospin.
Claude Allègre.
François Mitterrand.
Mazarine Pingeot.
Richard Ferrand.
Didier Guillaume.

Pierre Joxe.
Didier Migaud.
Pierre Moscovici.

La bataille de l'école libre en 1984.
Bernard Kouchner.
Hubert Curien.
Alain Bombard.
Danielle Mitterrand.
Olivier Faure.
Lucie Castets.

Bernard Cazeneuve
Gabriel Attal.
Élisabeth Borne.
Agnès Pannier-Runacher.
Sacha Houlié.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.

 

 





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8 août 2025 5 08 /08 /août /2025 04:57

« Quand je suis arrivée à la tête du parti, on nous expliquait que le PS était un cadavre à la renverse et qu'il faisait pitié. Ce n'était pas faux. Depuis, nous avons réussi à travailler collectivement et je suis très fière de ce travail. » (Martine Aubry, le 25 août 2011 dans "Le Parisien").



 


Le titre paraphrase une formule choc de Dominique Strauss-Kahn, son camarade et rival socialiste, lors d'un journal de 20 heures sur TF1, celui du dimanche 18 septembre 2011, après sa mésaventure du Sofitel : « J'ai manqué mon rendez-vous avec les Français. ». Il était pourtant le favori des sondages pour l'élection présidentielle de 2012... et le destin a pris une autre voie.

L'ancienne ministre Martine Aubry, qui fête ses 75 ans ce vendredi 8 août 2025, a, elle aussi, manqué son rendez-vous avec les Français. Ou ses rendez-vous. Elle a démissionné de son poste de maire de Lille le 21 mars 2025 après presque vingt-quatre ans de mandat et peut-être qu'on ne retiendra que cela d'elle, succédant à Pierre Mauroy, trente ans de maire de Lille, alors qu'on aurait pu imaginer plus. Ce mandat, et les RTT (jours de réduction du temps de travail).

Car de toutes les femmes qui pouvaient sérieusement peser dans la vie politique et l'avenir de la France, c'est-à-dire devenir Première Ministre avec une véritable autorité politique ou Présidente de la République élue au suffrage universel direct, comme Simone Veil, Ségolène Royal, Marine Le Pen, Michèle Alliot-Marie (et je pense qu'il n'y a plus d'autres exemples de ce cercle très fermé), Martine Aubry avait sans doute le plus de chance de réussir, de gouverner.

Fille de Jacques Delors, ce qu'elle n'a jamais vraiment mis en avant au point de garder le patronyme de son premier mari malgré son divorce, Martine Aubry a surtout hérité de ses hésitations, de cet obstacle ultime avant de franchir le Rubicon, celui de son ambition personnelle qu'elle a toujours mise après une ambition collective. Ni la fille ni le père n'ont jamais imaginé d'être le numéro un en France, d'être le roi (ou la reine) alors qu'ils croyaient avant tout au travail en équipe.

 


Pourtant, Martine Aubry ne manquait pas d'occasions de sortir du lot. Énarque (maître de requêtes au Conseil d'État), passionnée très tôt par la politique, elle est passée par les cabinets ministériels et par le groupe Péchiney (en tant que directrice générale adjointe) avant d'être bombardée très influente Ministre du Travail, de l'Emploi et de la Formation professionnelle (un secteur qu'elle connaît excellemment) du 16 mai 1991 au 29 mars 1993 dans les gouvernements dirigés par Édith Cresson et Pierre Bérégovoy.

À cette sortie du gouvernement pour cause de nouvelle cohabitation, elle a rapidement acquise la réputation d'une bosseuse mais aussi d'une personnalité politique très forte, capable d'autorité et de vision, aux convictions solides, même si elle a refusé de se présenter tant aux élections législatives de mars 1993 qu'aux élections européennes de juin 1994.


Elle a acquis une belle réputation au point que deux années plus tard, alors que son père Jacques Delors venait de renoncer à se présenter à la Présidence de la République, Martine Aubry, jeune femme de 44 ans, se trouvait en tête des sondages pour désigner le futur candidat socialiste à l'élection présidentielle de 1995. Pour elle, pas question d'y aller maintenant, c'était trop tôt, elle ne se considérait pas en condition pour y aller, sans doute se sentant trop jeune, trop inexpérimentée dans la vie politique.

Lionel Jospin y est allé, qui lui a confié la mission de rédiger son programme (avec son ami Claude Allègre) et qui lui a donné un brevet d'excellence dans son meeting du 18 avril 1995, considérée comme la « femme politique la plus brillante d'aujourd'hui ». Deux autres personnalités ont eu un tel brevet dans l'histoire politique française : Raymond Barre proclamé « le meilleur économiste de France » par Valéry Giscard d'Estaing, et Alain Juppé proclamé « le meilleur d'entre nous » par Jacques Chirac. Des expressions qui ont collé à leur peau pour le bonheur de leurs dénigreurs.

Si Lionel Jospin n'a pas été élu en 1995, il a réussi à étonner les observateurs politiques focalisés sur le duel entre Jacques Chirac et Édouard Balladur en s'arrogeant la première place du premier tour, ce qui lui a apporté la victoire aux élections législatives anticipés de juin 1997, deux ans plus tard, et l'a conduit à diriger le gouvernement pendant cinq ans, de juin 1997 à mai 2002.

L'ancien Premier Ministre Pierre Mauroy a vu aussi en elle sa successeure à la mairie de Lille. Le parachutage ne s'est pas forcément bien passé au début, mais toujours est-il qu'aux élections municipales de juin 1995, juste après l'élection présidentielle, Martine Aubry a été élue première adjointe au maire de Lille sur la liste de Pierre Mauroy. Encore une fois, un mandat d'héritière et pas de conquérante, mais qui montrait son envie de s'implanter politiquement et de compter durablement dans la vie politique. Elle a même tenté de conquérir le club deloriste Témoins tenu par François Hollande et Ségolène Royal.

Juin 1997 a été l'heure de gloire de Martine Aubry. Élue députée du Nord (pour la première fois) après la dissolution décidée par Jacques Chirac, elle a été la première des ministres de la "dream team" de la gauche plurielle. Numéro deux dans le gouvernement Jospin en tant que Ministre de l'Emploi et de la Solidarité du 4 juin 1997 au 18 octobre 2000, elle était placée juste avant Dominique Strauss-Kahn, lui nommé à l'Économie et aux Finances, et les deux ministres étaient considérés comme les premiers-ministrables d'un Premier Ministre en tête des sondages de la prochaine élection présidentielle de 2002.


À cause de sa filiation avec Jacques Delors considéré comme un socialiste de l'aile droite, Martine Aubry, pour éviter cette étiquette (celle de social-traître), a toujours gauchi ses discours, plus que par sincérité, pour être acceptée par ce que les socialistes appelaient le "peuple de gauche" (expression affreuse et anti-républicaine). Résultat, elle a pris à cœur de réaliser la seule chose économique réellement importante du quinquennant Jospin, et qui restera dans l'histoire politique comme l'une des plus néfastes, à savoir la réforme des 35 heures (de travail par semaine, payées 39 heures). Une réforme anti-économique et anti-sociale qui est passée à court terme grâce à une embellie de la conjoncture économique internationale mais qui a plombé l'économie française les vingts années suivantes.
 


Du reste, si Martine Aubry a été élue maire de Lille en mars 2001 (grâce au retrait et au soutien de Pierre Mauroy), elle a été battue en juin 2002 aux élections législatives (elle avait pourtant démissionné du gouvernement en automne 2000 pour se consacrer à son implantation à Lille).

À partir de 2002, Martine Aubry, de jeune espoir, est devenue une éléphante décevante du parti socialiste. Déjà, elle aurait pu, tout comme Dominique Strauss-Kahn, autre numéro deux jospiniste, prendre la tête du PS et de l'opposition dès l'été 2002 mais faute de vision politique et tactique, les deux, par trop grande prudence, ont laissé le terrain à Ségolène Royal qui s'est alors imposée dans les sondages comme candidate socialiste à l'élection présidentielle de 2007. C'est après la défaite de cette dernière que Dominique Strauss-Kahn, de nouveau en vogue dans les sondages, a tenté un retour mais son acceptation du poste de directeur général du FMI (Fonds monétaire international) l'a rendu politiquement inaudible.

Pour la primaire socialiste d'octobre 2011, la première ouverte à tous les électeurs, Dominique Strauss-Kahn, Martine Aubry et Laurent Fabius avaient conclu un pacte dès la démission de François Hollande de la tête du PS en 2008. À Martine le PS et à DSK l'Élysée (aidé par les sondages). Martine Aubry serait alors devenue la Première Ministre de DSK.

Le congrès de Reims en novembre 2008, première étape pour disqualifier Ségolène Royal, a tourné au désastre. Martine Aubry est parvenue à conquérir le poste de première secrétaire du PS (du 26 novembre 2008 au 17 septembre 2012), et à ce titre, la première femme, et la seule femme à avoir été à la tête du parti socialiste, mais d'extrême justesse et après cuisine politicienne, et si elle a pu éloigner le danger que représentait Bertrand Delanoë (maire de Paris), également haut dans les sondages, elle n'a pas pu écarter Ségolène Royal.

Évidemment, le scandale du Sofitel en mai 2011 a bouleversé les choses. Il a fallu attendre plus d'un mois pour que Martine Aubry, peu préparée, ait décidé de reprendre la candidature laissée par DSK en se présentant elle-même à la primaire socialiste d'octobre 2011. Elle a dû sans arrêt justifier qu'elle voulait gagner, ce qui faisait pressentir un faible enthousiasme face à François Hollande qui n'avait jamais cessé d'y penser depuis 1997 ! Conclusion, François Hollande l'a battue au second tour et son poste à Matignon ne pouvait que s'envoler. Martine Aubry a négocié très mal les investitures du PS aux élections législatives de juin 2012, c'est-à-dire en donnant beaucoup trop de sièges aux écologistes, trop par rapport à leur importance réelle dans le pays, si bien que François Hollande, élu Président, s'est retrouvé avec une majorité à l'Assemblée étriquée, voire inexistante si l'on tenait compte des "frondeurs" du PS qui ont pourri son quinquennat.

 


Refusant à François Hollande le poste de numéro deux gouvernement à la tête d'un grand ministère de la Culture et de l'Éducation nationale (c'était Matignon ou rien), Martine Aubry a abandonné la tête du PS et s'est repliée à Lille, ne restant plus qu'un recours qui allait se faire de plus en plus oublier au fil des élections présidentielles et municipales suivantes.

Martine Aubry a donc principalement déçu les militants socialistes qui voyaient en elle la leader d'un PS modernisé et conquérant. En fait, elle n'a été qu'une élue locale très influente à Lille mais ignorée au niveau national. Dans sa retraite, il lui restera la carte de la sagesse : délivrer bonnes et mauvaises notes aux dirigeants du moment. Elle ne s'en est déjà pas privée pour Emmanuel Macron (en mauvaises notes, bien sûr), qui, pourtant, avait accompli le rêve de Jacques Delors, son père, à savoir mettre toutes les personnalités politiques de bonne volonté autour d'une table pour trouver les solutions aux enjeux de la France sans se positionner selon un intérêt de parti ou un dogme idéologique.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 août 2025)
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Pierre Joxe.
André Chandernagor.
Didier Migaud.
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La bataille de l'école libre en 1984.
Bernard Kouchner.
Hubert Curien.
Alain Bombard.
Danielle Mitterrand.
Olivier Faure.
Lucie Castets.

Bernard Cazeneuve
Gabriel Attal.
Élisabeth Borne.
Agnès Pannier-Runacher.
Sacha Houlié.
Louis Mermaz.
L'élection du croque-mort.
La mort du parti socialiste ?
Le fiasco de la candidate socialiste.
Le socialisme à Dunkerque.
Le PS à la Cour des Comptes.

 

 








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28 juillet 2025 1 28 /07 /juillet /2025 04:24

« Georges Lemoine nous a quittés. Maire, député, secrétaire d’État, il fut un homme de terrain profondément attaché aux quartiers populaires et à son enracinement chartrain. » (François Rebsamen, Ministre de l'Aménagement du territoire et de la Décentralisation et ancien maire de Dijon, le 25 juillet 2025 sur Twitter).



 


L'ancien ministre socialiste Georges Lemoine est mort à Caen le vendredi 25 juillet 2025, tôt dans la matinée, à l'âge de 91 ans (il est né à Rouen le 20 juin 1934). Avec lui est parti l'un des hiérarques de la période socialo-communistes, promu par ses victoires locales dans l'Eure-et-Loir dont il était l'un des grands barons pendant plusieurs décennies. Il fut un compagnon de route historique de François Mitterrand dans les années 1960.

Il a grandi près de Rennes et est devenu normalien, chargé d'enseignement en littérature. Georges Lemoine a rencontré François Mitterrand en 1965 à la Fédération de la gauche démocratique et socialiste (FGDS) qui l'a fait adhérer à son club politique, la Convention des institutions républicaines (CIR). Aux élections municipales de 1971, Georges Lemoine a mené une liste de centre gauche à Dreux mais a échoué face au maire sortant pourtant membre du petit parti cofondé notamment par François Mitterrand, l'UDSR. Son échec l'a conduit à rejoindre le PS en 1971 (en même temps que les autres mitterrandistes), au congrès d'Épinay, pour le noyauter. En mars 1973, Georges Lemoine a aussi échoué aux élections législatives en Eure-et-Loir, ne parvenant pas à battre le député RI sortant (giscardien).

Son implantation politique en Eure-et-Loir (depuis 1963) allait pourtant le faire gagner quelques mois plus tard, en septembre 1973 aux élections cantonales, remportant le canton de Chartes-Sud-Est et l'amenant à siéger au conseil général d'Eure-et-Loir de septembre 1973 à octobre 1988 et de mars 1994 à mars 2008. Emporté par une vague favorable à l'union de la gauche, Georges Lemoine est élu maire de Chartres en mars 1977 avec sa liste socialo-communiste face au maire sortant, le centriste Jean Laillet (CDS), qui a mené une liste CDS-RI-RPR (Jean Laillet avait été élu maire de Chartres le 12 mai 1975 pour succéder à Marcel Gaujard décédé en cours de mandat). Georges Lemoine a obtenu dès le premier tour 50,6% des voix, et son concurrent seulement 36,7%, handicapé par une troisième liste divers droite.
 


Chartres fut alors son premier mandat de baron local. Georges Lemoine fut élu et réélu maire de Chartres de mars 1977 à janvier 1998, devant quitter son siège de maire en raison du cumul des mandats, mais se faisant élire à la place premier adjoint au maire de janvier 1998 à mars 2001 en conservant son bureau de maire (ce qui montrait bien l'hypocrisie du non-cumul des mandats). En outre, Georges Lemoine a présidé l'agglomération de Chartres jusqu'en mars 2001. En octobre 1981, à cause d'un différend avec son premier adjoint, pour le limoger, il a démissionné et a été réélu comme maire.

Georges Lemoine a voulu que Chartres puisse devenir une grande ville de congrès et de salons en favorisant une forte capacité hôtelière. Il a aussi implanté une zone très étendue d'entreprises industrielles et du tertiaire, profitant de l'axe de l'autoroute A11 (allant vers Paris). Toutefois, après le constat d'une situation financière très difficile, il a augmenté fortement les impôts en 1997, ce qui n'était pas très populaire !

L'année suivant sa victoire municipale, Georges Lemoine a remporté les élections législatives en mars 1978 sur son rival sortant de 1973. Il fut alors élu et réélu député de mars 1978 à mars 1993, battu en 1993, puis élu de juin 1997 à juin 2002. En particulier, Georges Lemoine est réélu député de Chartres en juin 1981 contre une ministre sortante du gouvernement de Raymond Barre, Monique Pelletier.
 


Influent député-maire de Chartres, Georges Lemoine est devenu très logiquement ministre lors de la victoire de François Mitterrand en 1981, membre des gouvernements de Pierre Mauroy et Laurent Fabius de 1981 à 1986, précisément Secrétaire d'État chargé de l'Énergie du 22 mai 1981 au 23 juin 1981, puis Secrétaire d'État à la Défense du 23 juin 1981 au 23 mars 1983, enfin Secrétaire d'État chargé des DOM-TOM du 23 mars 1983 au 20 mars 1986. En 1981, selon l'AFP, il aurait refusé l'Éducation nationale.

Grand maître de la fédération d'Eure-et-Loir du PS, Georges Lemoine a commencé à trouver face à lui des contestataires en interne. Le département ayant eu une tradition radicale, et le député-maire de Chartres étant plutôt de centre gauche, ce dernier a favorisé l'éclosion d'un parti régional incluant socialistes et radicaux de gauche. Mais le problème fut la division aux élections régionales de mars 1992 : parallèlement à la liste officielle du PS conduite par son adjointe Maryvonne Radix (également sa successeure au conseil général), existait une liste dirigée par le radical de gauche François Huwart (futur député et futur ministre) que certains ont cru soutenue par Georges Lemoine.

Battu par le candidat RPR aux législatives en mars 1993, Georges Lemoine s'est représenté à nouveau aux élections cantonales en mars 1994 contre la sortante Maryvonne Radix, son adjointe qu'il a démise en raison de son investiture du PS. Georges Lemoine a alors gagné cette élection dès le premier tour sur les apparatchiks du PS qui l'ont alors exclu du parti.
 


Malgré l'état épouvantable des finances de Chartres après une vingtaine d'années de gestion de la ville, Georges Lemoine a réussi en juin 1997 à se faire réélire député de justesse (à quelques centaines de voix près) grâce à la vague de la gauche plurielle. Il a préféré rester député et abandonner son mandat de maire pour le non-cumul (en janvier 1998), mais est resté en fait toujours le maître de cérémonie à Chartres jusqu'en mars 2001 où il a presque tout perdu : la mairie et la présidence de l'agglomération (plusieurs listes se sont affrontées et c'est la liste dissidente de droite qui a gagné, celle de Jean-Pierre Gorges, DL, élu maire et président de l'agglomération). Georges Lemoine a toutefois sauvé son mandat de conseiller général en se faisant réélire au conseil général en mars 2001.

Battu encore par Jean-Pierre Gorges aux élections législatives de 2002 à la suite de la déconvenue présidentielle de Lionel Jospin, Georges Lemoine ne fut plus que l'ombre de lui-même en tant que conseiller général d'Eure-et-Loir (d'un conseil général dominé par le RPR) et conseiller municipal de Chartres (d'un conseil municipal dominé par la droite), jusqu'en mars 2008.

À l'issue des élections cantonales de mars 2004, Georges Lemoine a quitté le groupe socialiste et a rejoint dans ses votes la majorité UMP-UDF, souhaitant s'allier avec le groupe UDF qui a refusé. En mars 2008, il a tenté sa réélection aux cantonales mais a été éliminé au second tour lors d'une triangulaire (en dernière place) et a échoué aussi à se faire élire au conseil municipal d'une très petite commune, Favril. N'ayant plus aucun mandat électif en mars 2008, Georges Lemoine a tenté un quasi-ultime combat en septembre 2008 lors d'une élection législative partielle sur son ancienne circonscription mais sans soutien du PS, il n'a obtenu que 14,5% et a été éliminé dès le premier tour. Depuis 2017, l'actuel député de cette circonscription est le macroniste Guillaume Kasbarian qui fut Ministre du Logement puis de la Fonction publique du 8 février 2024 au 23 décembre 2024.
 


Et comme il a eu le soutien du micro-parti d'extrême gauche POI (parti ouvrier indépendant), issu du parti des travailleurs, Georges Lemoine en est devenu membre jusqu'à la fin de sa vie alors qu'il était plutôt positionné au centre gauche. Ce qui l'a conduit à se présenter une dernière fois en mars 2011 aux élections cantonales (sur un autre canton) avec l'étiquette du POI, ne recevant que 5,7% des voix (cinquième position) dans ce canton qui fut gagné par le candidat du PS. Il faut préciser qu'il existe un député POI depuis 2022, intégré au groupe des insoumis.

De septembre 1973 (il avait 39 ans) à mars 2008 (il avait 73 ans), Georges Lemoine a eu ainsi une carrière politique de près de trente-cinq ans, ce qui reste très long même si, à partir des années 1990, sa vie politique fut de plus en plus chaotique, pêchant par ses dissensions avec le parti socialiste parisien (face au sien en Eure-et-Loir), jusqu'au point de se retrouver seul politiquement les dernières années d'activités politiques.

Son ancien "complice" radical de gauche, François Huwart, qui fut député-maire de Nogent-le-Rotrou et ministre dans le gouvernement de Lionel Jospin, semble être parmi les rares personnalités politiques de gauche sincère dans l'expression de son émotion à l'annonce de sa mort : « Sa disparition me fait vraiment de la peine, parce que j’avais de l’estime et de l’admiration. C’était un homme de gauche et un homme libre, pas à la merci de la myopie des partis politiques. Je garde de lui l’image d’un homme très érudit et chaleureux, que je rencontrais dans sa maison de campagne au milieu de ses livres. Je l’ai connu très jeune puisque lorsque j’ai passé le concours de Normale supérieure, il faisait partie du jury. Il était d’une grande fidélité et a été très injustement attaqué par des gens qui lui ont décoché des flèches empoisonnées et qui, aujourd’hui, à sa mort, le couvrent de louanges hypocrites, alors qu'ils savent bien qu'il a terminé sa vie dans la solitude. » ("L'Écho républicain"). En d'autres termes, les hommages rendus aujourd'hui par des membres, actuels ou anciens, du parti socialiste sont à prendre avec les pincettes de l'hypocrisie. Étrange Georges Lemoine.


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Sylvain Rakotoarison (26 juillet 2025)
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