Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
4 novembre 2025 2 04 /11 /novembre /2025 19:43

« Soulagement immense ! Cécile Kohler et Jacques Paris, détenus depuis trois ans en Iran, sont sortis de la prison d'Evin et sont en route pour l’Ambassade de France à Téhéran. Je me félicite de cette première étape. Le dialogue se poursuit pour permettre leur retour en France le plus rapidement possible. » (Emmanuel Macron, le 4 novembre 2025 sur Twitter).


 


Jour de fête à l'ambassade de France à Téhéran qui vient d'accueillir les deux otages français dans la principale prison iranienne, Cécile Kohler et Jacques Paris. Le tweet émis par le Président de la République française Emmanuel Macron ce mardi 4 novembre 2025 peu avant 19 heures 30 a exprimé tout le soulagement de leurs compatriotes. Les deux Français, détenus depuis 1 277 jours, restent encore assignés à Téhéran, mais ils sont sains et saufs et les autorités françaises espèrent pouvoir les acheminer très rapidement en France.

Cécile Kohler, enseignante de français qui a fêté ses 41 ans le 25 septembre dernier et son compagnon Jacques Paris, enseignant de mathématiques à la retraite de 72 ans, ont été arrêtés par les autorités iraniennes le 7 mai 2022 pour "espionnage". Aucune nouvelle des deux prisonniers n'a été donnée jusqu'au 23 novembre 2022 et entre-temps, le 6 octobre 2022, la télévision d'État a diffusé une vidéo d'aveux sous contrainte de Cécile Kohler.

Ses conditions de détention étaient particulièrement difficiles ; elle n'avait pas droit à la lumière naturelle, et sa santé déclinait. Les familles des deux Français ont eu peur lors du bombardement de la prison par l'armée israélienne le 23 juin 2025, dans le cadre de la courte guerre entre Israël et l'Iran. 71 personnes y ont péri, des détenus et des familles de détenus, mais, heureusement pour eux, aucun des prisonniers français n'a été tué selon la dictature islamique.
 


Le 2 juillet 2025, les deux Français ont été inculpés de trois chefs d'accusation : "espionnage pour le Mossad", "complot pour renverser le régime" et le toujours aussi débile chef de "corruption sur terre", tous les trois passibles de la peine de mort. Le 14 octobre 2025, la justice islamique aux ordres du pouvoir criminel les a condamnés à vingt et dix-sept ans de prison pour "espionnage au profit de la France et du régime sioniste" sans aucun fondement.

Pourtant, peu avant, un geste de clémence a eu lieu : en effet, le 8 juillet 2025, le jeune citoyen franco-allemand de 18 ans Lennart Monterlos a été libéré après avoir été arrêté par le régime criminel islamique le 6 juillet 2025 pour un supposé espionnage. Il faisait en fait de la randonnée cycliste et tentait de faire le tour du monde.


 


Le 28 octobre 2025, la députée alsacienne EPR Brigitte Klinkert s'inquiétait encore des conditions de vie des deux détenus français : « Depuis mai 2022, ces deux Français sont retenus arbitrairement, sans preuve ni procès équitable, de véritables otages d’État. Ils font l’objet de traitements inhumains et dégradants. Une véritable torture. Ils sont à bout, comme leurs familles. (…) Je veux (…) saluer la mobilisation des élus et des parlementaires, ainsi que le geste fort de la Présidente de l’Assemblée Nationale qui a affiché leurs portraits, en signe de soutien, devant le Palais-Bourbon. (…) Pouvez-vous nous préciser quels moyens diplomatiques et politiques la France déploie pour obtenir la libération immédiate et inconditionnelle de Cécile Kohler et Jacques Paris ? ».

Répondant à cette question lors de la séance à l'Assemblée Nationale, le Ministre de l'Europe et des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a évoqué le professionnalisme et le dévouement de ses agents diplomatiques : « Nous sommes et restons cependant très préoccupés par le sort de Cécile Kohler et Jacques Paris, retenus otages en Iran depuis maintenant plus de trois ans, préoccupés par leur état de santé physique et moral. Nous exigeons leur libération immédiate et inconditionnelle : je l’ai redit à mon homologue iranien, par téléphone, ce week-end, et c’est également ce que le Président de la République a dit au Président iranien quand il l’a rencontré à New York le mois dernier. (…) D’ores et déjà, nous nous préparons à ce qu’un accueil leur soit réservé, le jour de leur libération, après le calvaire qu’ils ont vécu. Ce calvaire, en effet, ne s’arrêtera pas au moment de leur libération : il nous faudra pouvoir les accompagner à leur retour. Vous voyez comment le gouvernement, sous l’autorité du Premier Ministre, est mobilisé pour assurer la sécurité de nos compatriotes à l’étranger et comment il se bat pour obtenir la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris. ».

 


Incontestablement, la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris est un grand succès de la diplomatie française. La France a toujours voulu soutenir ses compatriotes en difficulté dans des dictatures. D'autres pays n'y mettraient pas autant d'énergie. Bravo à nos diplomates !

Pour autant, il y a une certaine inconscience, ou insouciance, à vouloir visiter des pays très dangereux comme l'Iran, même s'ils sont très riches culturellement. Le site du Quai d'Orsay donne pourtant les recommandations de l'État français sur le tourisme dans certaines zones très troublées du monde. L'Iran pratique la diplomatie des otages. Manifestement, ce n'est pas le seul pays, et aujourd'hui, avec une inquiétude certaine, on attend toujours la libération des compatriotes français Boualem Sansal et Christophe Gleizes condamnés et incarcérés injustement dans une prison algérienne. Libération immédiate et inconditionnelle également pour eux !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Cécile Kohler et Jacques Paris : Jour de fête !
Sauvons Cécile Kohler et Jacques Paris de l'odieux chantage aux otages !
Iran : le sourire franc face à la mort !
Make Iran Great Again ?
 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251104-cecile-kohler-jacques-paris.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/cecile-kohler-et-jacques-paris-264262

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/04/article-sr-20251104-cecile-kohler-jacques-paris.html





.

Partager cet article
Repost0
23 septembre 2025 2 23 /09 /septembre /2025 04:39

« Une vie vaut une vie. Et notre devoir à tous est de protéger les uns et les autres, devoir indivisible, comme l’est notre humanité commune. (…) Le temps est venu. C’est pourquoi, fidèle à l’engagement historique de mon pays au Proche-Orient, pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, je déclare que la France reconnaît aujourd’hui l’État de Palestine. Cette reconnaissance est une manière d’affirmer que le peuple palestinien n’est pas un peuple en trop. (…) La reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien n’enlève rien aux droits du peuple israélien, que la France a soutenus dès le premier jour et au respect desquels elle n’est pas moins attachée. Précisément car nous sommes convaincus que cette reconnaissance est la solution qui seule permettra la paix pour Israël. Jamais la France n’a manqué à Israël quand sa sécurité était en jeu, y compris face aux frappes iraniennes. » (Emmanuel Macron, le 22 septembre 2025 à la tribune des Nations-Unies à New York).





 


Incontestablement, c'est bien un moment de l'histoire du monde qui s'est déroulé ce lundi 22 septembre 2025 dans la soirée (vers 21 heures, heure de Paris) à la tribune des Nations-Unies à New York. Un moment d'émotion et un moment d'ovation pour la plupart des pays du monde, rappelant à quel point la France compte au niveau international. Comme promis il y a quelques mois, par la voix de son Président de la République Emmanuel Macron (dont on peut lire le discours dans son intégralité ici), la France a reconnu l'État de Palestine, en marge de la 80e session annuelle de l'Assemblée générale de l'ONU.

À cette occasion, Emmanuel Macron a coprésidé, avec le prince héritier et Premier Ministre d'Arabie Saoudite, Mohammed Bin Salman, la Conférence pour la mise en œuvre de la solution à deux États et le règlement pacifique de la question palestinienne. La France suit la reconnaissance faite la veille, le 21 septembre 2025, du Canada, de l'Australie, du Portugal et du Royaume-Uni (et en 2024, celle de l'Espagne, de l'Irlande, de la Norvège, de la Slovénie). Elle a été suivie aussi par la Belgique, le Luxembourg, Andorre, Malte, Monaco, Saint-Marin.


Pour le chef de l'État, cette reconnaissance, il ne s'agit pas de donner un quitus au mouvement terroriste du Hamas. Au contraire, selon lui : « Cette reconnaissance de l’État de Palestine est une défaite pour le Hamas comme pour tous ceux qui attisent la haine antisémite, nourrissent des obsessions antisionistes et veulent la destruction de l’État d’Israël. ».

D'ailleurs, la première phrase du discours d'Emmanuel Macron était tournée vers les victimes israéliennes du Hamas : « Le temps est venu de libérer les 48 otages détenus par le Hamas. ». Mais dans la deuxième phrase, reprenant le concept du "en même temps" à la sauce internationale, qu'on peut discuter évidemment, Emmanuel Macron a poursuivi : « Le temps est venu d’arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite. ».

 


Le Président français a considéré qu'il fallait maintenant forcer la main d'Israël pour mettre en place les conditions d'une paix durable. Réclamant un cessez-le-feu immédiat à Gaza, il a insisté : « Rien, rien ne justifie plus la poursuite de la guerre à Gaza. Rien. Tout commande au contraire d’y mettre un terme définitif maintenant, à défaut de l’avoir fait plus tôt. Pour sauver des vies. Les vies des otages israéliens encore détenus dans des conditions atroces. Les vies des centaines de milliers de civils palestiniens accablés par la faim, la souffrance, la peur de mourir, le deuil de leurs proches. Sauver toutes les vies. Car depuis désormais près de deux ans, c’est bien la négation de l’humanité de l’autre et le sacrifice de la vie humaine qui prévalent. Oui, depuis le 7 octobre, c’est bien la vie de l’autre qui est niée. ».

Et c'est d'abord le pogrom du 7 octobre 2023 qui était en priorité à l'esprit du chef de l'État : « C’est l’évidence même qui s’est imposée à nous le 7 octobre 2023, lorsque le peuple israélien a subi la pire attaque terroriste de son histoire. 1224 hommes, femmes et enfants tués. 4834 hommes, femmes et enfants blessés. 251 hommes, femmes et enfants enlevés. La barbarie du Hamas et de ceux qui ont collaboré à ce massacre a stupéfait Israël et le monde. Le 7 octobre est une blessure encore vive pour l’âme israélienne comme pour la conscience universelle. Nous la condamnons sans aucune nuance car rien, jamais, nulle part, ne peut justifier de recourir au terrorisme. Nous pensons en ce jour, aux victimes et à leurs familles. Nous disons notre compassion aux Israéliens et exigeons avant toute autre chose que tous les otages encore détenus à Gaza soient libérés sans aucune condition. Nous, Français, avons rendu un hommage national à nos 51 compatriotes assassinés ce jour-là, et à toutes les victimes du 7 octobre 2023. Nous ne les oublierons pas. Jamais. Comme jamais nous ne cesserons le combat existentiel contre l’antisémitisme. ».

 


Emmanuel Macron a renoncé aux conditions préalables qu'il avait posées avant l'été pour reconnaître l'État de Palestine, à savoir notamment la libération des otages israéliens. Il a imaginé au contraire de presser le pas diplomatique pour avoir une incidence sur les interventions militaires. Il espère ainsi débloquer une situation politiquement bloquée en Israël.

Pour le leader européen, la paix ne peut venir que d'une reconnaissance mutuelle : « Une solution existe pour briser le cycle de la guerre et de la destruction. C’est la reconnaissance de l’autre, de sa légitimité, de son humanité et de sa dignité. Que les uns et les autres rouvrent les yeux et voient des visages humains là où la guerre a placé le masque de l’ennemi ou les traits d’une cible. C’est la reconnaissance qu’Israéliens et Palestiniens vivent dans une solitude jumelle, solitude des Israéliens après le cauchemar historique du 7 octobre 2023, solitude des Palestiniens à bout de force dans cette guerre sans fin. ».
 


Mahmoud Abbas, le vieillissant Président de l'Autorité palestinienne (90 ans), qui n'avait pu se rendre sur place parce que Donald Trump lui a refusé le visa diplomatique, a applaudi Emmanuel Macron de loin malgré l'idée qu'il faudra se remettre en cause, comme ce dernier l'a affirmé : « [Mahmoud Abbas] a affirmé son soutien au désarmement du Hamas et s’est engagé à l’exclure de la gouvernance à venir de Gaza comme de l’ensemble du territoire palestinien. Il a affirmé son engagement à lutter contre les discours de haine et a promis une rénovation en profondeur de la gouvernance palestinienne. La France sera attentive à la pleine mise en œuvre de chacun des engagements pris auprès d’elle. Cette Autorité palestinienne renouvelée est une condition nécessaire à la réussite de l’indispensable négociation qu’il faudra reprendre pour parvenir à un accord sur chacune des questions relatives au statut final. C’est dans ce cadre, aussi, que je pourrai décider d’établir une ambassade auprès de l’État de Palestine, dès lors que tous les otages détenus à Gaza auront été libérés et qu’un cessez-le-feu aura été établi. ».

Adressé à nos amis israéliens, Emmanuel Macron a rappelé l'un de ses hommes d'État, Yitzhak Rabin, avec émotion : « Je sais leurs réticences et leurs craintes. J’entends avec beaucoup de respect le peuple israélien, sa tristesse et sa fatigue, et je veux croire que les autorités israéliennes l’entendront également et sauront s’engager à leur tour. Je sais que le peuple israélien et ses dirigeants peuvent en avoir la force. Je me souviens du jeune homme que j’étais, apprenant l’assassinat terrible d’Yitzhak Rabin, il y a près de trente ans, tué pour avoir voulu la paix. Au moment où la mort allait le ravir, le guerrier héroïque de l’État d’Israël venait de prononcer ces mots : "J’ai fait la guerre aussi longtemps qu’il n’y avait aucune chance de faire la paix". Cette chance existe là aujourd’hui. 142 États proposent cette paix, main tendue prête à être serrée. Alors, oui, le temps est venu d’arrêter la guerre à Gaza, les massacres, la mort, tout de suite. L’urgence nous le commande. Le temps est venu pour Israël de vivre en paix et en sécurité. ».

J'ai déjà exprimé mes réticences sur cette reconnaissance de la France de l'État palestinien. Mais il faut aussi croire au volontarisme car rien n'aurait été construit sans celui-ci. Dans l'histoire du monde, il existe des petits moments d'opportunité pour construire une paix durable. Ils sont rares mais intenses. Celui-ci, celui du 22 septembre 2025, en fait partie. À Israël de savoir saisir cette occasion. Et aux Palestiniens d'en être dignes.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La France reconnaît l'État de Palestine aux Nations-Unies.
Discours du Président Emmanuel Macron le 22 septembre 2025 à New York (texte intégral et vidéo).
L'État palestinien peut-il être viable ?
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Georges Ibrahim Abdallah.
Make Iran Great Again ?
Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
Mahmoud Abbas.
7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
Les Accords d'Oslo.

 


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250922-macron-palestine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-france-reconnait-l-etat-de-263385

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/22/article-sr-20250922-macron-palestine.html


.

Partager cet article
Repost0
22 septembre 2025 1 22 /09 /septembre /2025 23:19

(verbatim et vidéo)



Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250922-macron-palestine.html









DISCOURS
DU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE EMMANUEL MACRON
LE LUNDI 22 SEPTEMBRE 2025 À NEW YORK
À L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DES NATIONS-UNIES





22 septembre 2025
Discours du Président de la République à la Tribune des Nations-Unies lors de la conférence pour la solution à deux États




Madame la Présidente de l’Assemblée générale, Monsieur le Secrétaire Général,

Mesdames et messieurs les chefs d’État et de gouvernement, Mesdames et Messieurs,

Nous sommes là car le temps est venu. Le temps est venu de libérer les 48 otages détenus par le Hamas. Le temps est venu d’arrêter la guerre, les bombardements à Gaza, les massacres et les populations en fuite. Le temps est venu car l’urgence est partout. Le temps de la paix est venu, car nous sommes à quelques instants de ne plus pouvoir la saisir. C’est pour cela que nous nous retrouvons aujourd’hui ici. Certains diront trop tard, d’autres diront trop tôt. Une chose est sûre, nous ne pouvons plus attendre.

En 1947, cette Assemblée décidait du partage de la Palestine mandataire entre deux États, l’un juif et l’autre arabe, et reconnaissait ainsi le droit de chacun à l’autodétermination. La communauté internationale consacrait là l’État d’Israël, accomplissant le destin de ce peuple, enfin, après des millénaires d’errance et de persécution, et qui put fonder là une si belle démocratie. La promesse d’un État arabe, elle, reste, jusqu’à ce jour, inachevée.

Depuis lors, c’est un long chemin d’espérance et de désespoir mêlés qu’Israéliens et Palestiniens ont parcouru chacun à leur manière. Et nous, nous avons cheminé avec eux, chacun d’entre nous selon son histoire et sa sensibilité. Mais la vérité est que nous portons la responsabilité collective d’avoir failli jusqu’ici à bâtir une paix juste et durable au Proche- Orient.

C’est l’évidence même qui s’est imposée à nous le 7 octobre 2023, lorsque le peuple israélien a subi la pire attaque terroriste de son histoire. 1224 hommes, femmes et enfants tués. 4834 hommes, femmes et enfants blessés. 251 hommes, femmes et enfants enlevés.

La barbarie du Hamas et de ceux qui ont collaboré à ce massacre a stupéfait Israël et le monde. Le 7 octobre est une blessure encore vive pour l’âme israélienne comme pour la conscience universelle. Nous la condamnons sans aucune nuance car rien, jamais, nulle part, ne peut justifier de recourir au terrorisme. Nous pensons en ce jour, aux victimes et à leurs familles. Nous disons notre compassion aux Israéliens et exigeons avant toute autre chose que tous les otages encore détenus à Gaza soient libérés sans aucune condition. Nous, Français, avons rendu un hommage national à nos 51 compatriotes assassinés ce jour-là, et à toutes les victimes du 7 octobre 2023. Nous ne les oublierons pas. Jamais. Comme jamais nous ne cesserons le combat existentiel contre l’antisémitisme.

Français, nous savons la morsure du terrorisme. Nous portons au cœur le souvenir du témoignage de fraternité offert après les attentats commis à Paris le 7 janvier 2015, par des dizaines de dirigeants étrangers manifestant avec eux, au premier rang desquels le premier ministre israélien et le président de l’Autorité palestinienne.

Nous savons qu’aucune faiblesse n’est possible face aux terroristes.

Nous savons aussi le danger des guerres sans fin. Nous savons que le droit toujours doit l’emporter sur la force. Nous savons enfin de notre Histoire que l’attachement à l’universel et à la paix est l’héritage des siècles passés comme la condition du salut. J’affirme cela au nom de notre amitié avec Israël, à qui notre engagement n’a jamais fait défaut. Au nom de notre amitié aussi avec le peuple palestinien pour qui nous voulons que la promesse initiale des Nations unies, celle de deux États vivant côte à côte en paix et en sécurité devienne réalité.

Or à cette heure, Israël étend encore ses opérations militaires à Gaza dans l’objectif déclaré de détruire le Hamas. Mais ce sont les vies de centaines de milliers de personnes déplacées, blessées, affamées, traumatisées qui continuent d’être détruites. Alors même que le Hamas a été considérablement affaibli et que la négociation d’un cessez-le-feu durable reste le moyen le plus sûr d’obtenir la libération des otages.

Rien, rien ne justifie plus la poursuite de la guerre à Gaza. Rien. Tout commande au contraire d’y mettre un terme définitif maintenant, à défaut de l’avoir fait plus tôt. Pour sauver des vies. Les vies des otages israéliens encore détenus dans des conditions atroces. Les vies des centaines de milliers de civils palestiniens accablés par la faim, la souffrance, la peur de mourir, le deuil de leurs proches. Sauver toutes les vies. Car depuis désormais près de deux ans, c’est bien la négation de l’humanité de l’autre et le sacrifice de la vie humaine qui prévalent. Oui, depuis le 7 octobre, c’est bien la vie de l’autre qui est niée.

Nous le disons depuis le premier jour de la guerre à Gaza : une vie vaut une vie. Je le sais pour avoir pris dans mes bras les familles des otages rencontrées à Tel Aviv puis à Paris. Je pense à cet instant à la mère d’Eyatar David, otage affamé et montré à la foule par ses bourreaux. Je pense à Nimrod Cohen, otage de dix-neuf ans, dont je viens de saluer le père. Je le sais pour être aussi allé au chevet des victimes palestiniennes des opérations militaires israéliennes, réfugiées à Al-Arish, des femmes, des enfants, dont je n’oublierai pas le regard.

Je le sais, pour avoir rencontré des jeunes de Gaza accueillis en France et je pense à Rita Baroud qui aurait dû être avec nous aujourd’hui et qui continue de témoigner de la détresse de ses proches à Gaza.

Une vie vaut une vie. Et notre devoir à tous est de protéger les uns et les autres, devoir indivisible, comme l’est notre humanité commune.

Une solution existe pour briser le cycle de la guerre et de la destruction. C’est la reconnaissance de l’autre, de sa légitimité, de son humanité et de sa dignité. Que les uns et les autres rouvrent les yeux et voient des visages humains là où la guerre a placé le masque de l’ennemi ou les traits d’une cible. C’est la reconnaissance qu’Israéliens et Palestiniens vivent dans une solitude jumelle, solitude des Israéliens après le cauchemar historique du 7 octobre 2023, solitude des Palestiniens à bout de force dans cette guerre sans fin.

Le temps est venu. Car le pire peut advenir, qu’il s’agisse du sacrifice de tant d’autres civils, de l’expulsion de la population de Gaza vers l’Égypte, de l’annexion de la Cisjordanie, de la mort des otages détenus par le Hamas, ou des faits accomplis qui changent de manière irréversible la situation sur le terrain. C’est pour cela, c’est pour cela que nous devons aujourd’hui, ici même ouvrir ce chemin de paix, car depuis juillet dernier, l’accélération des évènements est terrible. Au point où nous en sommes, il est à craindre que les accords d’Abraham ou de Camp David soient remis en cause par l’action d’Israël et que la paix devienne impossible pour longtemps au Moyen-Orient. Il pèse donc sur nous une responsabilité historique. Nous devons tout faire pour préserver la possibilité même d’une solution à deux États, Israël et la Palestine, vivant côte-à-côte en paix et en sécurité.

Le temps est venu. C’est pourquoi, fidèle à l’engagement historique de mon pays au Proche-Orient, pour la paix entre le peuple israélien et le peuple palestinien, je déclare que la France reconnaît aujourd’hui l’État de Palestine.

Cette reconnaissance est une manière d’affirmer que le peuple palestinien n’est pas un peuple en trop. Qu’il est au contraire ce peuple qui ne dit jamais adieu à rien, pour parler avec Mahmoud Darwich. Un peuple fort de son Histoire, de son enracinement, de sa dignité.

La reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien n’enlève rien aux droits du peuple israélien, que la France a soutenus dès le premier jour et au respect desquels elle n’est pas moins attachée. Précisément car nous sommes convaincus que cette reconnaissance est la solution qui seule permettra la paix pour Israël. Jamais la France n’a manqué à Israël quand sa sécurité était en jeu, y compris face aux frappes iraniennes.

Cette reconnaissance de l’État de Palestine est une défaite pour le Hamas comme pour tous ceux qui attisent la haine antisémite, nourrissent des obsessions antisionistes et veulent la destruction de l’État d’Israël.

Cette reconnaissance de la France est accompagnée par celles qui seront annoncées aujourd’hui entre autres et je les en remercie, celles d’Andorre, de l’Australie, de la Belgique, du Canada, du Luxembourg, de Malte, de Monaco, du Portugal, du Royaume-Uni, de Saint-Marin qui ont attendu avec nous ce moment et saisissant l’appel de juillet dernier, ont fait le choix de la responsabilité, de l’exigence et de la paix. Cela, après le choix fait par l’Espagne, l’Irlande, la Norvège et la Slovénie en 2024, et tant d’autres auparavant.

Cette reconnaissance ouvre le chemin d’une négociation utile aux Israéliens comme aux Palestiniens.
 
Ce chemin est celui du plan de paix et de sécurité pour tous que l’Arabie Saoudite et la France ont soumis au vote de cette assemblée, qui l’a adopté à une très large majorité. Il porte notre ambition commune de briser l’engrenage de la violence et de changer la donne sur le terrain. Nous avons su faire un pas les uns vers les autres, sortir de nos postures habituelles et nous donner des objectifs concrets. Il nous appartient maintenant, ensemble, de déclencher une mécanique de paix répondant aux besoins de chacun.

Le premier temps ce plan de paix et de sécurité pour tous, est celui de l’urgence absolue, celle de coupler la libération des 48 otages et la fin des opérations militaires sur tout le territoire de Gaza. Je salue les efforts du Qatar, de l’Égypte et des États-Unis pour y parvenir et demande à Israël de ne plus rien faire qui entrave leur aboutissement. Le Hamas a été vaincu sur le plan militaire par la neutralisation de ses chefs et de ses décideurs. Il doit l’être sur le plan politique pour être véritablement démantelé. Dès lors que le cessez-le-feu aura été agréé, c’est un effort massif que nous devrons produire collectivement pour porter secours à la population de Gaza. Je remercie l’Égypte et la Jordanie de leur engagement ici et rappelle à Israël l’obligation absolue qui est la sienne de faciliter l’accès humanitaire à Gaza pour aider une population aujourd’hui démunie de tout.

Le deuxième temps est celui de la stabilisation et de la reconstruction à Gaza. Une administration de transition intégrant l’Autorité palestinienne, la jeunesse palestinienne accompagnée de forces de sécurité dont nous accélérerons la formation, aura le monopole de la sécurité à Gaza. Elle mettra en œuvre le démantèlement et le désarmement du Hamas, avec le soutien des partenaires internationaux et les moyens qui seront nécessaires à cette mission difficile. La France est prête à contribuer à une mission internationale de stabilisation et à soutenir, avec ses partenaires européens, la formation et l’équipement des forces de sécurité palestiniennes. Dès lors que la négociation le permettra, le Conseil de sécurité pourra décider le déploiement d’une mission de soutien civil et sécuritaire, en liaison avec les autorités palestiniennes, avec le consentement des autorités israéliennes.

Il reviendra aussi à l’État de Palestine de rendre espoir à sa population éprouvée par des années de violence, d’occupation mais aussi de division et d’incurie. Il lui reviendra donc d’offrir à son peuple un cadre d’expression démocratique, renouvelé et sécurisé. Le président Mahmoud Abbas en a pris l’engagement auprès du prince Mohamed bin Salman et de moi-même.

Il a condamné avec force les attaques terroristes du 7 octobre 2023. Il a affirmé son soutien au désarmement du Hamas et s’est engagé à l’exclure de la gouvernance à venir de Gaza comme de l’ensemble du territoire palestinien. Il a affirmé son engagement à lutter contre les discours de haine et a promis une rénovation en profondeur de la gouvernance palestinienne.

La France sera attentive à la pleine mise en œuvre de chacun des engagements pris auprès d’elle. Cette Autorité palestinienne renouvelée est une condition nécessaire à la réussite de l’indispensable négociation qu’il faudra reprendre pour parvenir à un accord sur chacune des questions relatives au statut final. C’est dans ce cadre, aussi, que je pourrai décider d’établir une ambassade auprès de l’État de Palestine, dès lors que tous les otages détenus à Gaza auront été libérés et qu’un cessez-le-feu aura été établi.

L’exigence de la France à l’égard d’Israël ne sera pas moins grande. Avec ses partenaires européens, elle indexera le niveau de sa coopération avec lui sur les dispositions qu’il prendra pour mettre fin à la guerre et négocier la paix.

C’est bien grâce à ce chemin que nous obtiendrons un État de Palestine souverain, indépendant et démilitarisé regroupant l’ensemble de ses territoires, reconnaissant Israël, et étant reconnu par Israël, dans une région qui connaîtra enfin la paix.

J’attends aussi de nos partenaires arabes et musulmans qui ne l’ont pas encore fait, qu’ils tiennent leur engagement de reconnaître l’État d’Israël et d’avoir avec lui des relations normales dès lors que l’État de Palestine aura été établi. Ainsi ferons-nous la démonstration d’une double reconnaissance au bénéfice de la paix et de la sécurité de tous au Proche-Orient.

Voici, Mesdames et Messieurs, quel est notre plan de paix. Il établit un engrenage exigeant pour sortir de la guerre et entrer dans une phase décisive de négociation. Il permet que la paix israélo- palestinienne soit le premier pilier d’une nouvelle architecture de paix et de sécurité au Proche et Moyen-Orient. Il crédibilise aussi la possibilité d’une plus grande intégration économique.

Rien ne sera possible sans que les autorités israéliennes s’approprient pleinement notre ambition renouvelée de parvenir enfin à la solution des deux États. Je sais leurs réticences et leurs craintes. J’entends avec beaucoup de respect le peuple israélien, sa tristesse et sa fatigue, et je veux croire que les autorités israéliennes l’entendront également et sauront s’engager à leur tour. Je sais que le peuple israélien et ses dirigeants peuvent en avoir la force.

Je me souviens du jeune homme que j’étais, apprenant l’assassinat terrible d’Yitzhak Rabin, il y a près de 30 ans, tué pour avoir voulu la paix. Au moment où la mort allait le ravir, le guerrier héroïque de l’État d’Israël venait de prononcer ces mots    : « J’ai fait la guerre aussi longtemps qu’il n’y avait aucune chance de faire la paix ». Cette chance existe là aujourd’hui. 142 États proposent cette paix, main tendue prête à être serrée.

Alors, oui, le temps est venu d’arrêter la guerre à Gaza, les massacres, la mort, tout de suite. L’urgence nous le commande. Le temps est venu pour Israël de vivre en paix et en sécurité, de la Galilée à la Mer Rouge, par la mer Morte, par le lac de Tibériade, et par Jérusalem. Le temps est venu de ne plus discuter nulle part l’existence d’un État d’Israël et d’en faire une évidence.

Le temps est venu de rendre justice au peuple palestinien et ainsi de reconnaître un État de Palestine, frère et voisin, à Gaza et en Cisjordanie et par Jérusalem. Le temps est venu de chasser de ces terres le visage hideux du terrorisme et de bâtir la paix. Oui, bâtir la paix, c’est ce qui nous rassemble ici. Et telle est l’espérance qui peut se construire. Alors que pour certains commence une année nouvelle, c’est un choix à faire et c’est notre devoir. La paix est beaucoup plus exigeante, beaucoup plus difficile que toutes les guerres.

Mais le temps est venu.





Emmanuel Macron, le lundi 22 septembre 2025 à New York.


Source : Élysée.

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20250922-discours-macron-palestine.html
 

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
22 septembre 2025 1 22 /09 /septembre /2025 04:38

« Fidèle à son engagement historique pour une paix juste et durable au Proche-Orient, j'ai décidé que la France reconnaîtra l'État de Palestine. J'en ferai l'annonce solennelle à l'Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre prochain. L'urgence est aujourd'hui que cesse la guerre à Gaza et que la population civile soit secourue. » (Emmanuel Macron, le 24 juillet 2025 sur Twitter).




 


C'est ce lundi 22 septembre 2025 à New York qu'à l'occasion de la 80e Assemblée générale annuelle de l'ONU, le Président de la République française Emmanuel Macron devrait reconnaître l'État palestinien devant 140 chefs d'État ou de gouvernement du monde. Le Canada l'a fait dimanche 21 septembre 2025 et d'autres pays devraient en profiter pour le faire, avec néanmoins quelques hésitations comme le Royaume-Uni.

Sur le fond, la reconnaissance de la France d'un État palestinien n'est pas une surprise puisque c'est la position de la France dès la création de l'État d'Israël. En revanche, la question importante, c'est de comprendre quel serait cet État palestinien. D'où mon titre qui pourrait paraître une redondance : l'État palestinien peut-il être viable, car viable signifie qui peut vivre, mais aussi qui présente les conditions nécessaires pour se développer.

Or, à mon sens, ce n'est pas le cas aujourd'hui. Il ne s'agit pas d'écouter forcément le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou qui, lui, dès les Accords d'Oslo, était opposé à la solution à deux États (au contraire de son prédécesseur Ariel Sharon, pourtant considéré comme un faucon mais qui avait compris finalement qu'un État unique qui rassemblerait Israéliens et Palestiniens ne laisserait pas un avenir serein aux Israéliens pour des raisons simplement démographiques).

La lutte contre le Hamas et contre tout mouvement palestinien terroriste qui souhaite l'extermination d'Israël est une condition nécessaire pour la défense et la survie de l'État d'Israël. Ce combat mené après le pogrom du 7 octobre 2023 a entraîné la mort de dizaines de milliers de Palestiniens dans la population civile, ce qui est effroyable. Et je ne doute pas que le moment choisi par Emmanuel Macron a aussi pour but de rompre ce cycle infernal de la violence et de la mort.

Mais néanmoins, tout changement n'est pas automatiquement bon à prendre. Quand l'Irak a été "libéré" de Saddam Hussein, est apparu Daech et, malgré l'éloignement géographique, les Français en savent quelque chose puisqu'ils ont été très durement touchés par les attentats de 2015 et 2016.

Le Hamas a contrôlé Gaza depuis que le gouvernement israélien avait décidé de quitter ce territoire, de le décoloniser en 2006, et jusqu'en 2023. Bien que touché, le Hamas n'a pas été éliminé et c'est la raison pour laquelle Israël continue et intensifie ses opérations militaires sur Gaza-ville.

Que pourrait donner un État palestinien aujourd'hui, s'il était reconnu dès maintenant ? Sans doute une sorte de Daech 2, un État islamique qui chercherait à détruire Israël. Cela ne résoudrait rien des problèmes de la région.


Une processus de paix est une opération délicate, extrêmement difficile mais avant tout volontaire. Or, le moins qu'on puisse dire, c'est que ni le gouvernement israélien actuel ni le Hamas ou des supposés représentants des Palestiniens ne souhaitent aujourd'hui la paix.

J'avais cru naïvement que ce processus avait été enclenché par les Accords d'Oslo, avec Yitzhak Rabin, son ministre Shimon Peres et le chef de l'Autorité palestinienne Yasser Arafat, qui avait accepté de reconnaître le droit à l'existence d'Israël. Rabin a été assassiné par un extrémiste israélien il y a bientôt trente ans, Arafat est mort depuis plus de vingt ans, et depuis les Accords d'Oslo, la guerre, au lieu de la paix, est dans tous les esprits, voire ravage les esprits. Les citoyens israéliens qui ont été assassinés le 7 octobre 2023 étaient principalement des porteurs de paix qui ne voyaient pas d'inconvénient (ni d'imprudence) à faire la fête à quelques centaines de mètres de la frontière palestinienne. C'est cet espoir de paix, de tranquillité, de prospérité qui est parti le 7 octobre 2023. Semble-t-il définitivement.

Il faudrait réenclencher un nouveau processus, de réconciliation et de pardon comme en Afrique du Sud, voire d'amitié comme ce fut le cas entre la France et l'Allemagne après 1945, pour imaginer l'existence de deux États, Israël et la Palestine, dans des relations apaisées, pacifiées, reconnus par tous, en particulier leurs voisins du Proche- et Moyen-Orient. À l'évidence, c'est encore un peu trop tôt pour l'espérer dès maintenant.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'État palestinien peut-il être viable ?
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Georges Ibrahim Abdallah.
Make Iran Great Again ?
Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
Mahmoud Abbas.
7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
Les Accords d'Oslo.





 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250921-etat-palestinien.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-etat-palestinien-peut-il-etre-263367

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/09/22/article-sr-20250921-etat-palestinien.html



.

Partager cet article
Repost0
31 juillet 2025 4 31 /07 /juillet /2025 04:48

« Oh ! Pour faire, Seigneur, un seul de tes sourires,
Combien faut-il donc de nos pleurs ? »
(Stéphane Mallarmé).




 


En 2018, la journaliste Ariane Angeloglou, auteure notamment de "À l'horizon de l'Autre", évoquait le sourire en ces termes : « Un sourire est un brin d'amour déposé sur les lèvres. ». Il y a quelques années, ce brin d'amour s'est observé dans un contexte absolument terrible et contraire à tout ce qu'on peut imaginer comme environnement pour sourire : la mort ! La mort épouvantable.

C'est même le pire contexte qu'un homme peut vivre : quelques secondes avant son exécution par pendaison. Cela s'est passé en Iran et la personne qui a souri d'un sourire rayonnant d'une incroyable sérénité s'appelle Majid Kavousifar. Il mériterait de faire partie du Panthéon de l'humanité. Que son sourire ne soit pas vain !

Notre attitude face à la mort peut être multiple, évolutif et surtout très diversifié avec différentes émotions, la peur de l'inconnu, la tristesse pour soi mais aussi pour ses proches, et ici, la colère car le régime tyrannique de mollah pend à tour de bras, pour un oui ou pour un non, sous prétexte d'être un résistant à la théocratie immonde.


L'avocate résistante iranienne Nioh Berg a ainsi retransmis cette photo d'un sourire si fort le dimanche 19 janvier 2025 sur Twitter avec ces mots : « Nous sourions face aux juges pendus. Nous sourions face à la mort. Nous sommes le véritable Iran. ». Elle finit avec ces mots : « Des rues et des statues iraniennes porteront le nom de Majid Kavousifar. ».

En fait, la photographie a plus de dix-sept ans. Majid Kavousifar (28 ans) a été exécuté en 2007 à Téhéran, accusé d'avoir tué le juge Masoud Ahmadi Moghaddasi, l'un des responsables des exécutions massives lors de l'implacable répression en 1988. Majid Kavousifar a été arrêté après avoir fui aux Émirats et a été pendu en même temps que son neveu Hossein. Les photos de son exécution et de son incroyable sourire sont réapparues dans les réseaux sociaux en janvier 2024 puis en janvier 2025.


Ce sourire, ce n'était pas un sourire de défi face aux bourreaux des mollahs. Ce n'était pas une sorte de pirouette pour effacer l'idée de la mort imminente. Ce n'était pas de ces faux sourires qui font grincer les dents, ironiques et hypocrites. C'était un sourire sincère, spontané, libre. C'était un sourire de défi face à sa propre mort. Un défi de sérénité. Et il avait une raison, une raison horrible.

La petite fille du supplicié était présente. Majid Kavousifar souriait à sa petite fille qui était là, devant lui, à le voir bientôt pendu. Il y a un véritable côté glauque de ce régime de pourriture, une hyperviolence glauque, de permettre aux petites filles de voir exécuter leur papa courageux. C'est cette saleté idéologique de l'horreur de cette mollarchie qui veut terroriser le peuple iranien afin qu'il ne se rebelle pas alors qu'après presque quarante-cinq ans de révolution islamique, soit quasiment deux générations. Il est temps de permettre aux Iraniens de voir l'avenir dans un environnement progressiste, démocratique et moderne.

Nioh Berg notait : « Il voulait qu'elle, l'amour de sa vie, grandisse courageuse comme une lionne. Sans peur. ». Le dernier regard du père. Mais aussi le dernier regard de la fille sur son père. Quelle misère politique et quelle grandeur d'âme ! Que son souvenir soit à jamais entretenu dans nos mémoires d'humains libres et chanceux, privilégiés !


Selon l'ONU, le rythme des exécutions en Iran s'est effroyablement accéléré : du 1er janvier 2025 au 25 juillet 2025, 612 personnes condamnées ont été exécutées en Iran. C'est, pour le régime des mollahs, après la "Guerre des douze jours", le seul moyen de maintenir le peuple sous tension et d'éviter un renversement de ces enragés de la corde.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Iran : le sourire franc face à la mort !
Make Iran Great Again ?
Guerre en Iran : pensons au peuple iranien !
Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
Majid Kavousifar.
Varisha Moradi.
Aïnaz Karimi.
Arezou Khavari.
Ahou Daryaei.
Ebrahim Raïssi.
Khosro Besharat.
Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
Alireza Akbari.
Mehran Karimi Nasseri.
Claude Malhuret contre la mollarchie.
Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.



 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/iran-le-sourire-franc-face-a-la-258781

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/31/article-sr-20250730-majid-kavousifar.html



.

Partager cet article
Repost0
30 juillet 2025 3 30 /07 /juillet /2025 04:04

« Fidèle à son engagement historique pour une paix juste et durable au Proche-Orient, j'ai décidé que la France reconnaîtra l'État de Palestine. J'en ferai l'annonce solennelle à l'Assemblée générale des Nations Unies au mois de septembre prochain. L'urgence est aujourd'hui que cesse la guerre à Gaza et que la population civile soit secourue. » (Emmanuel Macron, le 24 juillet 2025 sur Twitter).




 


Ces quelques mots ont été publiés sur Twitter le jeudi 24 juillet 2025 à 20 heures 16 par le Président de la République Emmanuel Macron. Ils ont fait l'effet d'une bombe en plein été. Que faut-il en penser ? Que faut-il penser d'une reconnaissance immédiate de l'État palestinien par la France ?

Nous voici encore dans des réflexions ou des analyses à fronts reversés. Ceux qui s'opposent régulièrement à Emmanuel Macron mais défendent le peuple palestinien se retrouvent à défendre l'idée du Président de la République de reconnaissance historique de l'État palestinien. Et inversement, des proches du macronisme peuvent se trouver désorientés par une telle annonce parce qu'ils comprennent bien que la situation n'est pas simple et que l'État d'Israël joue également sa survie.


Personnellement, je soutiens en général l'action d'Emmanuel Macron dont je considère la vision à long terme de la France et de l'Europe comme une chance dans une classe politique plus douée pour faire des selfies sur TikTok que pour imaginer la France de 2030 voire de 2050.

Emmanuel Macron a compris dès sa prise de fonction en 2017 qu'il fallait que la France et que l'Europe se dotent d'une défense puissante et autonome, c'est-à-dire indépendante des États-Unis pour leur sécurité, leur protection, et les événements qui sont survenus par la suite ont amplement confirmé la pertinence de cette vision (événements qui ont principalement pris deux noms, si l'on veut résumer : Vladimir Poutine et Donald Trump). Le budget des armées en France aura doublé entre 2017 et 2027. Ce n'est pas rien et c'est l'une des raisons pour lesquelles la France reste très écoutée dans ce qu'on appelle le concert des nations.

Et pourtant, cette annonce d'une reconnaissance immédiate de l'État palestinien me fait grincer les dents. Je la suppose peu opportune à ce stade de la situation au Proche-Orient. Pourquoi ? Parce que nous sommes toujours dans l'après-massacres du 7 octobre 2023. En effet, tout ce qui se déroule, et parmi les événements les plus horribles, notamment la situation terrible à Gaza de famine et d'abandon, provient de ces massacres qui ont, paradoxalement, renforcé l'État d'Israël dans sa volonté d'en finir avec tous les groupes terroristes régionaux qui veulent l'extermination des Juifs et des Israéliens, en particulier le Hamas et le Hezbollah.

 


Le point de départ de toute réflexion doit être la sécurité absolue de l'État d'Israël. Or, sa sécurité n'était pas assurée avec l'existence du Hamas à ses frontières, qui commettait des attentats en permanence sur la population civile d'Israël (avec tirs réguliers de roquettes). L'armée israélienne fait le sale boulot, c'est-à-dire éliminer toutes les poches de terroristes à Gaza, et ce n'est pas facile tant le Hamas se moque de la sécurité de la propre population palestinienne qui lui sert de bouclier humain.

La réflexion devrait donc amener à se dire qu'un pays ami d'Israël ne devrait pas officiellement reconnaître l'État de Palestine sans l'accord du gouvernement israélien, par simple courtoisie diplomatique.


Mais la situation n'est pas si simple. La situation à Gaza, qui perdure, est absolument scandaleuse et l'armée israélienne doit mettre ses moyens en rapport avec sa morale. L'éradication des poches terroristes ne peut se faire au prix d'un massacre du peuple palestinien, massacre et pas génocide, je précise, car il n'y a jamais eu l'intention, en Israël, d'exterminer tous les Palestiniens. Employer des mots abusifs empêche la prise de conscience de la situation à Gaza, c'est essentiel de ne pas être excessif pour être signifiant.

Depuis le 7 octobre 2023, parce qu'il a été trop laxiste avec les terroristes palestiniens depuis trop longtemps, le gouvernement israélien semble se comporter comme une bête enragée incapable de s'arrêter dans sa réaction aux massacres du 7 octobre. Pourtant, il faudra bien arrêter. L'éradication totale est un leurre : à chaque mort d'un terroriste du Hamas, deux nouveaux Palestiniens s'engagent au Hamas pour le venger. Cela n'en finira plus. Cela n'en finit pas.

Dans le traumatisme du conflit, seule la réconciliation, et donc l'arrêt unilatéral sinon bilatéral des hostilités peut faire entrevoir l'avenir sous le signe de la paix et de la prospérité, ce à quoi aspire ou devrait aspirer tout peuple sur Terre.

Pour arrêter cette bête enragée (et tétanisée), il n'y a que des initiatives fortes qui peuvent avoir un effet. Les mots, la diplomatie, les conseils, les recommandations, même de celui qu'on considère le plus puissant de la planète, à savoir le Président des États-Unis, sont sans effet.

Il y a donc l'immédiateté qui est l'arrêt de l'horreur à Gaza. Pour cela, l'armée israélienne peut tout, elle seule peut tout. Les signes encourageants d'une trêve partielle sont positifs mais certainement insuffisants. Une initiative forte peut faire plus réfléchir : cette initiative, elle ne peut être que la reconnaissance de l'État de Palestine.
 


Prenons d'abord une réflexion très générale et à long terme : la solution à deux États, Israël et Palestine, celle prévue par les Nations Unies, est la seule solution capable d'assurer durablement la paix dans la région. C'est ce qu'avait compris un général qui n'était pas un tendre en Israël, j'ai nommé Ariel Sharon, qui a vu que l'autre solution possible, à savoir un seul État avec les Israéliens et les Palestiniens cohabitant dans un "vivre ensemble" à déterminer, ne pouvait pas satisfaire les Israéliens pour une simple raison démographique : au bout d'une ou deux générations, les Israéliens deviendraient ultra-minoritaires dans cet État unifié. Il convenait donc, pour le chef de guerre qu'était Ariel Sharon, de s'acheminer vers deux États dont les différences démographiques des uns n'auraient pas d'influence sur les autres.

Du reste, on peut difficilement croire que deux peuples, dont beaucoup de l'un souhaitent exterminer l'autre, puissent cohabiter en bonne harmonie et durablement dans un seul État. Le problème aujourd'hui, c'est que l'acceptation d'un État palestinien revient à Israël. En effet, les Palestiniens peuvent vouloir la mort d'Israël, mais ne peuvent que constater, malgré eux, qu'Israël est un État bien vivant, bien existant, et durable (et une des nations qui investit le plus dans l'innovation technologique, ce n'est pas un détail).


Alors, si l'idée du Président de la République est de bousculer nos amis israéliens pour qu'ils mettent fin à ce bourbier de Gaza, qu'ils reviennent à des considérations déjà purement humanitaires, c'est-à-dire humaines, avant toute considération politique, géopolitique voire militaire, ce sera un point positif.
 


Emmanuel Macron est de l'espèce des volontaristes. Le volontarisme, c'est refuser la fatalité, refuser la situation, refuser surtout de se croire impuissant, de croire que rien n'est possible pour améliorer une situation insupportable (comme celle à Gaza). Pour cela, il faut croire au père Noël, il faut croire à l'inimaginable, et l'idée de reconnaître l'État palestinien concourt à ce volontarisme. En le faisant, la France fera réagir d'autres pays et peut-être d'abord Israël.

La France serait-elle isolée diplomatiquement en cas de reconnaissance de l'État palestinien ? Pas du tout. Au contraire, après l'annonce du Président français, le Royaume-Uni, le Canada et l'Australie se sont déclarés prêts à faire la même chose au même moment. Cela montre à l'évidence que loin d'être isolée, la France reste une grand nation écoutée dans le monde. Et c'est justement parce qu'elle est une grande nation écoutée que sa reconnaissance est importante et agace aujourd'hui le gouvernement israélien.
 


Mais Emmanuel Macron n'a rien transigé des conditions imposées aux Palestiniens : démilitarisation du Hamas, non-militarisation de l'État palestinien, libération inconditionnelle des dernier otages du 7 octobre 2023 (et remise des corps de ceux qui n'ont pas survécu) et, évidemment, reconnaissance de l'État d'Israël et la fin de cette volonté de l'exterminer par tous les moyens.

Dans une lettre adressée le 24 juillet 2025 au Président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, Emmanuel Macron lui a rappelé la position de la France : « Je (…) vous dis (…) la mobilisation de la France en faveur de la mise en œuvre de la solution à deux États, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix et en sécurité. Cette solution constitue la seule voie permettant de répondre aux aspirations légitimes des Israéliens comme des Palestinien. Il faut désormais y parvenir au plus vite. ».

Et d'insister auprès de Mahmoud Abbas : « Je serai particulièrement attentif à la mise en œuvre du cessez-le-feu à Gaza, de la libération des otages encore détenus par le Hamas, du désarmement de celui-ci et de la consolidation de l'Autorité palestinienne sur l'ensemble des territoires palestiniens. ».


C'est là le problème, celui de considérer le Président de l'Autorité palestinien comme un interlocuteur légitime et fiable alors qu'il n'y a plus eu d'élection depuis vingt ans et que celui-ci a plus de 90 ans ! Ce dernier a fait part à Emmanuel Macron, dans une lettre datée du 9 juin 2025, de son engagement à procéder à des élections présidentielle et législatives au cours de l'année 2026 (« afin de renforcer sa légitimité et son autorité sur le futur État palestinien »), mais malheureusement, l'Autorité palestinienne n'a d'autorité que de nom et n'a aucune autorité sur la Bande de Gaza où le Hamas régente tout le territoire et toute la population.

Bien sûr, seule, la France ne pourra pas faire grand-chose, mais il ne faut pas sous-estimer la capacité de leadership d'Emmanuel Macron dans le monde contemporain. La session de septembre prochain de l'Assemblée générale des Nations Unies sera à cet égard cruciale. La France peut avoir un effet d'entraînement. Aux Israéliens de s'y préparer. Leurs amis que sont les Français peuvent se permettre de les presser afin de faire cesser les horreurs à Gaza. La paix nécessite des concessions, et la plus grande est sans doute de renoncer à la vengeance.

Nous sommes bien placés pour encourager ce processus. Après tout, il y a quatre-vingts ans, deux peuples, français et allemand, se haïssaient férocement depuis quatre générations et ont réussi à extirper la haine pour ne garder que l'amitié, et comme Lorrain, je peux témoigner que l'amitié franco-allemande n'est pas une vaine expression, du moins en Lorraine. Le croustillant dessinateur Plantu a reposté le 25 juillet 2025 sur son compte Twitter son vieux dessin d'un drapeau israélien et d'un drapeau palestinien cosigné par Yasser Arafat et Shimon Peres (qu'il était allé rencontrer chez eux), pour une reconnaissance mutuelle. C'était juste avant les Accords d'Oslo. Il y a un millénaire au moins.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Reconnaissance de l'État palestinien : a-t-on le droit de bousculer ses amis ?
Georges Ibrahim Abdallah.
Make Iran Great Again ?
Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...
Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
Gaza : trêve, libération d'otages israéliens et propagande du Hamas.
Mahmoud Abbas.
7 octobre 2023 : un an qu'Israël se bat pour sa survie.
Les Accords d'Oslo.

 


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-macron-palestine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/reconnaissance-de-l-etat-262304

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/25/article-sr-20250724-macron-palestine.html

.

Partager cet article
Repost0
25 juillet 2025 5 25 /07 /juillet /2025 04:03

« Les lois de 1986 et 1988 ont permis une adaptation de nos procédures pénales à la lutte contre le terrorisme ; bien sûr, on luttait déjà contre le terrorisme avant ces lois : ainsi, nous avions par exemple réussi à arrêter Georges Ibrahim Abdallah. Le lien avec la justice s’est toujours fait par des relations directes avec les magistrats, tant les magistrats instructeurs que ceux du parquet. L’acte de saisine des magistrats, c’est le procès-verbal de renseignement ou le rapport de renseignement ; mais en amont de la procédure judiciaire proprement dite, il y a et il doit y avoir des relations personnelles et institutionnelles entre la DST et les magistrats. Cela permet de prévenir de l’existence de menaces et de faire le point sur les affaires qui pourraient faire l’objet d’une procédure judiciaire. Il y avait donc un dialogue : la DST n’a jamais voulu cacher des renseignements à la justice ; elle a toujours, au contraire, cherché à lui présenter le meilleur dossier possible pour entamer une procédure judiciaire. » (Louis Caprioli, ancien sous-directeur chargé de la lutte contre le terrorisme à la DST, audition à l'Assemblée Nationale le 21 février 2013 de la commission d'enquête sur le fonctionnement des services de renseignements français dans le suivi et la surveillance des mouvements radicaux armés).




 


Le terroriste libanais Georges Ibrahim Abdallah, incarcéré en France depuis le 24 octobre 1984 et condamné à la réclusion criminelle à perpétuité le 28 février 1987 pour sa complicité dans l'assassinat de deux diplomates (un Américain et un Israélien) en 1982, devrait être libéré ce vendredi 25 juillet 2025. Pendant ses quarante années de détention, le prisonnier a toujours revendiqué ses idées marxistes, communistes et pro-palestiniennes, ce qui lui a permis de connaître des amis de l'extrême gauche actuelle, en particulier une députée européenne qui n'était même pas née lors de son arrestation.

Les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah ont fait valoir que cette décision du 17 juillet 2025 était une victoire politique, décision prise contre l'avis du parquet national antiterroriste qui avait fait appel de la décision. Cette décision de justice est donc loin de faire l'unanimité parmi les juges français.

Ces militants marxistes (oui, il en existe encore en plein dans le XXIe siècle) estiment que Georges Ibrahim Abdallah était un prisonnier politique en ce sens que des pressions américaines voire israéliennes auraient été faites à la France pour traiter avec sévérité cet encombrant prisonnier.


La réalité est plutôt le contraire. La France n'a jamais voulu de ce prisonnier et a tout fait pour que la justice fût la plus douce pour lui. La France, qui avait subi des vagues d'attentats terroristes, en 1982 puis en 1986, préférait éviter de provoquer de nouvelles motivations d'attentats.

Pendant le procès, le numéro deux de la DST, Raymond Nart, a témoigné en minimisant le rôle de Georges Ibrahim Abdallah, ce qui n'a pas manqué de surprendre les juges. En 2024, Raymond Nart, à l'âge de 88 ans, a publiquement justifié sa position de l'époque : « Les services algériens m’ont expliqué que les FARL et Abdallah ne représentaient rien politiquement, que c’était un petit groupe, des communistes pro-palestiniens excités. Ce qui ne veut pas dire qu’ils n’étaient pas dangereux. Compte tenu du fait qu’on avait déjà essayé d’échanger Abdallah contre un otage, ma logique était de ne pas empêcher qu’un tel échange puisse se reproduire. ».

Parmi les partisans de la libération de Georges Ibrahim Abdallah à l'époque (donc de sa non-condamnation), Yves Bonnet, le directeur de la Direction de la surveillance du territoire (DST) du 14 novembre 1982 au 1er août 1985, ensuite préfet de 1985 à 1991, futur député UDF de la Manche de mars 1993 à avril 1997, puis futur conseiller régional RN de la Normandie depuis juin 2021, en particulier parce que le directeur de la DST avait promis sa libération aux services algériens proches des FARL en échange de la libération d'un otage enlevé par les FARL, le Français Gilles Sidney Peyrolles (fils de l'écrivain Gilles Perrault), alors directeur du centre culturel de Tripoli (au Liban). Mais la justice a refusé de libérer Georges Ibrahim Abdallah, malgré la libération de Gilles Sidney Peyrolles, car on a retrouvé les armes qui ont tué les deux diplomates, ce qui allait condamner lourdement le dirigeant des FARL.

Si les Américains étaient autant impliqués pour punir sévèrement Georges Ibrahim Abdallah, c'était parce qu'ils le considéraient comme le responsable notamment de l'assassinat du lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire à l'ambassade des États-Unis en France et probablement membre de la CIA, tué le 18 janvier 1982 à Strasbourg par un attentat revendiqué par les FARL.
 


Ainsi, si des pressions américaines ont bien eu lieu, la France a toujours tenté de s'y opposer. Pour preuve, cet échange au cours d'un dîner à Paris en juillet 1986 entre le chef de la CIA, William Casey, proche du Président Ronald Reagan, et le Ministre français délégué à la Sécurité Robert Pandraud, second du Ministre français de l'Intérieur Charles Pasqua. William Casey a menacé son interlocuteur français avec sa fourchette : « Si jamais la France ne condamne pas Abdallah à la perpétuité, ça va mal se passer entre nos deux pays, il y aura rupture diplomatique. Ce sera un énorme scandale. ». Réponse froide et cynique de Robert Pandraud : « On va faire plus simple. Nous allons libérer Abdallah et l'envoyer au Moyen-Orient. On vous donne ensuite son adresse, vous le liquidez et on n'en parle plus ! ».

C'est notamment ce qu'a relaté l'excellente émission radiophonique "Secrets d'info" produite par Jacques Monin, directeur des enquêtes et de l'investigation de Radio France de 2016 à 2024, et diffusée le 22 juin 2024 sur France Inter avec pour titre : "Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah" (voir lien en fin d'article).


Pendant longtemps, avant et pendant le procès, les gouvernements français ont tenté d'expulser Georges Ibrahim Abdallah mais les juges français, jaloux de leur indépendance, ont refusé les pressions des dirigeants français. Au cours du procès, l'avocat général n'avait requis que dix ans de prison, tandis que les juges ont préféré la perpétuité.

Pierre Baechlin, l'avocat général, a demandé en effet à la cour son indulgence : « Je crois, dans l’intérêt de tous, pouvoir vous demander, vous conjurer, vous supplier, de ne pas prononcer à l’encontre de l’accusé [Georges Ibrahim Abdallah], une peine de réclusion criminelle supérieure à dix ans. ».

Et Jacques Monin de raconter : « Un témoin de la scène, présent au tribunal ce jour-là, nous raconte aujourd’hui avoir entendu l’avocat général dire à voix basse : "Qu’est-ce qu’il ne faut pas faire pour la France…". Pourquoi une telle clémence ? "La France ne voulait pas faire de vagues à cause de ses otages au Moyen-Orient", analyse Patrice de Méritens. Il raconte qu’à la veille de son réquisitoire, Pierre Baechlin aurait été "invité à prendre un whisky par le Procureur général de Paris. Ce dernier lui explique qu’il risque d’y avoir une nouvelle vague d’attentats s’il requière la perpétuité contre Abdallah. L’avocat général est traumatisé. On lui demandait de trahir la justice au nom de la raison d’État". Georges Ibrahim Abdallah sera cependant condamné à la réclusion criminelle à perpétuité pour complicité d’assassinat. ».
 


Au fil des années et de l'application de la peine, certains gouvernements ont refusé une libération conditionnelle à laquelle Georges Ibrahim Abdallah aurait pu prétendre à partir de 1999 (la moitié d'une peine de 30 ans). Il y a eu plusieurs tentatives de libération conditionnelle depuis l'an 2000 qui, jusqu'à juillet 2025, ont toutes échoué pour diverses raisons plus judiciaires que politiques.

Le Ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy a voulu être ferme. Jean-Marie Beney, à l'époque directeur de cabinet du Ministre de la Justice Pascal Clément (de juin 2005 à mai 2007), maintenant procureur général près la cour d'appel de Montpellier, a décrit son état d'esprit : « Il s’agissait de répondre à une préoccupation exprimée par les Américains, pas de céder à leurs doléances. On ne leur a pas donné de garantie, on leur a dit ce qu’on allait faire. Il n’y a eu aucune tentative d’ingérence ou de pression. Avec ou sans message des Américains, la position du Ministère public aurait été la même. ».

On peut aussi évoquer le Ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui, en refusant le 14 janvier 2013 de signer l'arrêté d'expulsion de ce prisonnier encombrant, a empêché sa libération conditionnelle. Manuel Valls a reconnu des pressions américaines (Hillary Clinton sur son homologue français Laurent Fabius) mais qui n'ont eu aucun effet sur sa prise de décision dictée par le climat politique :
« Je le maintiens en prison volontairement, il n’était pas question que je signe l’arrêté d’expulsion. Je le fais par conviction. J’en ai informé le Président de la République [François Hollande], qui ne m’en a pas dissuadé. » (dira-t-il plus tard celui qui est devenu Premier Ministre puis, maintenant, Ministre d'État, Ministre des Outre-mer).

Ce vendredi, c'est donc un dinosaure des prisons françaises qui va en sortir, immédiatement expulsé vers son pays d'origine, le Liban. Certains militants vont crier victoire, bien sûr, mais les autorités françaises, elles, vont juste pousser un ouf de soulagement.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les derniers secrets de l'affaire Georges Ibrahim Abdallah.
Le terroriste Georges Ibrahim Abdallah libéré.
Faut-il s'indigner ?
Mahmoud Abbas.
Yasser Arafat.
Les Accords d'Oslo.
Shimon Peres.

Yitzhak Rabin.
L'horreur du Hamas.
L'avenir de la France se joue aussi à Gaza !
Massacre à Gaza.
La chute de Bachar El-Assad.
Michel Aoun.



 







https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html

https://www.agoravox.fr/actualites/article/le-terroriste-georges-ibrahim-262302

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/24/article-sr-20250724-georges-ibrahim-abdallah.html


.

Partager cet article
Repost0
4 juillet 2025 5 04 /07 /juillet /2025 04:50

« N'oublions pas que, il y a trois ans, au moment des pires répressions contre le mouvement "Femme, Vie, Liberté", sa véritable nature nous était apparue en pleine lumière. N'oublions pas que, aujourd'hui, nous appelons encore et toujours à la libération de nos compatriotes Cécile Kohler et Jacques Paris, retenus dans les geôles iraniennes à la seule fin de servir une abjecte diplomatie des otages. » (François Bayrou, le 2 juillet 2025 au Sénat).



 


Inquiétude, tristesse et colère depuis plus de trois ans : Cécile Kohler et son compagnon Jacques Paris ont été pris en otage en Iran le 7 mai 2022, à la fin d'un séjour touristique. Cécile Kohler (40 ans), professeure agrégée de français dans un lycée des Yvelines et déléguée syndicale, et Jacques Paris (72 ans), ancien professeur de mathématiques, ont été arrêtés par la police iranienne sous le prétexte fallacieux d'espionnage.

Ce n'est que le 23 novembre 2022 que la famille et les autorités françaises ont été informées de leur sort et du lieu de leur détention, plus de six mois plus tard, tandis que le 6 octobre 2022, la radio iranienne IRIB a diffusé les supposés aveux forcés de Cécile Kohler contrainte de dire qu'elle serait une agente de la DGSE (serve de renseignement extérieur de la France), une accusation stupide.

Depuis son arrestation, elle aurait été torturée, entre autres par un isolement total pendant plusieurs mois. Elle n'a pas le droit d'avoir un avocat, ne peut pas recevoir de courrier, ne peut pas contacter l'ambassadeur qui a pu lui rendre visiter seulement trois fois entre 2022 et 2024, etc. Selon certains témoignages, en janvier 2025, son état de santé serait très dégradé en raison de ses conditions de détention.

Heureusement, Cécile Kohler et Jacques Paris ne sont pas oubliés par la France et par les Français, les gouvernements y travaillent, et de nombreux Français ont manifesté leur soutien à l'occasion de rassemblements à Paris et dans d'autres villes de France. Les portraits des deux otages ont été placardés sur les grilles du Palais-Bourbon, siège de l'Assemblée Nationale, à Paris.
 


Récemment, il y a eu une grande inquiétude car l'armée israélienne a bombardé le 23 juin 2025 la prison d'Evin où sont censés être incarcérés les deux otages français. Il est particulièrement stupide de bombarder une prison (ce sujet renvoie aussi à la question du pourquoi les troupes alliées n'avaient pas bombardé les camps d'extermination pendant la Seconde Guerre mondiale). En l'occurrence, cette frappe israélienne a tué 71 personnes, des surveillants de la prison mais aussi des prisonniers, des visiteurs, et des habitants vivant à proximité.

Dans sa déclaration au Sénat sur la situation au Proche-Orient le 2 juillet 2025, le Premier Ministre François Bayrou a rassuré à ce sujet : « Notre première préoccupation, pendant les douze jours qu'a duré le conflit, a été le sort de nos ressortissants. Immédiatement, nous avons déployé des moyens civils et militaires pour rapatrier ceux d'entre eux qui en formulaient la demande. Cette mobilisation a permis à plus d'un millier de Français de quitter l'Iran et Israël. Nous avions aussi, faut-il le rappeler ?, de grandes inquiétudes pour nos deux ressortissants détenus en Iran de manière arbitraire depuis plus de trois ans, dans des conditions indignes : Cécile Kohler et Jacques Paris, dont nous n'avions plus de nouvelles depuis les frappes sur la prison d'Evin. M. le Ministre de l'Europe et des affaires étrangères et moi-même pouvons vous rassurer ce soir en vous disant qu'ils ont reçu hier une visite consulaire, et qu'ils sont sains et saufs. Qu'ils sachent, que leurs familles et tous ceux qui les soutiennent sachent que nous mobilisons l'ensemble des moyens disponibles dans le seul but d'obtenir leur libération immédiate. ».

Donc, joie et soulagement, les deux otages français n'ont pas été touchés par la frappe israélienne, d'une part, et ils ont reçu une visite consulaire des autorités françaises le 1er juillet 2025 pour confirmer cette information, d'autre part.

 


Malheureusement, ce soulagement a été de courte de durée et c'est la sœur de Cécile, Noémie Kohler qui a annoncé le même jour, le 2 juillet 2025, que Cécile Kohler et Jacques Paris ont été inculpés, par la pseudo-justice iranienne, à la fois de « complot pour renverser le régime », « espionnage pour le Mossad » et « corruption sur terre ». Chacun de ces trois chefs d'inculpation est passible de la peine de mort.

C'est donc avec un véritable chantage aux otages que l'Iran souhaite faire pression sur la France en mettant en jeu la vie de deux ressortissants français. Une pratique abominable et qui ne fait illusion à personne.

La république des mollahs a résisté à l'offensive israélienne et si elle en est ressortie plus affaiblie, elle existe encore et il est hélas prévisible que les mollahs durcissent encore le régime pour montrer au peuple iranien qu'ils gardent la maîtrise du pouvoir et qu'il n'a pas intérêt à se révolter.
 


Pour le gouvernement français, la libération de Cécile Kohler et Jacques Paris est le préalable inconditionnel à toute négociation avec l'Iran. La personne qui veut défendre Cécile Kohler est même beaucoup plus ferme puisqu'elle demande à la France d'intervenir militairement pour récupérer nos otages. L'expérience malheureuse des 53 otages américains devrait pourtant la rendre plus prudente : l'opération Eagle Claw, le 25 avril 1980, fut un échec complet, militaire et politique. La France ne peut imaginer faire une opération du même genre dont les risques d'échec seraient énormes et qui pourrait avoir des conséquences graves sur la vie de Cécile Kohler et Jacques Paris.

Néanmoins, il ne faut pas désespérer et leur libération reste l'une des priorités de la diplomatie française. Leur vie est la nôtre, sauvons-les !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sauvons Cécile Kohler et Jacques Paris de l'odieux chantage aux otages !
Make Iran Great Again ?

 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250702-cecile-kohler.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/sauvons-cecile-kohler-et-jacques-261866

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/03/article-sr-20250702-cecile-kohler.html



.

Partager cet article
Repost0
24 juin 2025 2 24 /06 /juin /2025 16:59

« Reste une position de principe que je tiens à défendre devant vous. La France a conscience de ces manquements. Elle sait que le pouvoir iranien a exécuté par pendaison des centaines de femmes qui ne respectaient pas les codes vestimentaires en vigueur ; elle sait aussi que les femmes n’ont pas le droit d’étudier. Tout le monde le sait, la France le sait. Mais la France ne peut pas être durablement du côté des infractions au droit international. Tout en prenant la pleine mesure des manquements que vous indiquez, la France doit réaffirmer que, dans l’avenir, le droit international doit s’imposer. » (François Bayrou, le 24 juin 2025 dans l'hémicycle).



 


La "position de principe" de la France sur la guerre en Iran que le Premier Ministre François Bayrou a réaffirmée devant les députés ce mardi 24 juin 2025 lors de la séance des questions au gouvernement, est logique, prévisible, normale. Une nation qui fonde toute sa politique étrangère sur les principes du droit international ne peut pas défendre des violations permanentes de ce droit international... même pour la "bonne cause". La fin et les moyens...

Le Président américain Donald Trump, après quelques hésitations, a fait intervenir son pays le 22 juin 2025 avec des frappes contre des cibles nucléaires en Iran d'une qualité technique remarquable. Mais il a aussi réussi à imposer le 23 juin 2025 un cessez-le-feu plus ou moins bien respecté par Israël et l'Iran.
 


Le point de la vue de la France est toujours ambivalent dans ces événements au Proche- et Moyen-Orient. Le point crucial est la sécurité de l'État d'Israël et son existence qui a été menacée lors des massacres du 7 octobre 2023. Le gouvernement de Benjamin Netanyahou a réagi avec une brutalité à la mesure du choc des massacres, en voulant neutraliser tous ses ennemis : le Hamas à Gaza, le Hezbollah au Liban, les Houthis au Yémen et le marionnettiste de tous ces mouvements terroristes antisémites, le régime des mollahs en Iran.

Il faut rappeler que la France est une victime encore actuelle de l'Iran islamique : nous avons deux otages en Iran, Cécile Kohler et Jacques Paris, mais il faut aussi rappeler la mort de 58 soldats français le 23 octobre 1983 par des attentats commandités par le régime des mollahs. Depuis quarante-six ans, le régime chiite a voulu exporter sa haine et ses guerres dans la région et même au-delà, sur les territoires européens et américains par des attentats meurtriers. En outre, le risque d'un Iran islamique nucléarisé est grand et menace la stabilité non seulement de la région mais du monde entier. C'est pourquoi, à l'instar du Chancelier allemand Friedrich Merz, il faut admettre que le gouvernement israélien fait le « sale boulot ». C'est bien commode de protester mais c'est plus compliqué de se faire respecter.

Une fois qu'on a dit cela, on ne résout rien de la complexité du Moyen-Orient. Si on parle de droit international, il n'existe que par voie de paix, mais la guerre, a priori, c'est la loi du plus fort. Israël n'a pas respecté le droit international en attaquant l'Iran, mais les massacres du 7 octobre 2023 n'étaient pas non plus une démonstration éclatante du droit international, ni l'objectif des mollahs d'éliminer Israël de la surface de la Terre.


La voix de la France a toujours été la voix diplomatique. Elle s'honore de rappeler quelques principes essentiels.
 


Le premier principe, c'est qu'on ne sauve pas un peuple de ses dirigeants tortionnaires en le bombardant. C'est valable en Iran, c'est aussi valable à Gaza. Le pire, même, c'est de croire qu'on peut imposer la démocratie par des bombardements de forces étrangères. Le risque, au contraire, c'est de conforter le pouvoir des mollahs par un repli identitaire, et de renforcer la répression contre les opposants.

Donald Trump a des réflexions assez étranges, brutales ou douces, selon les humeurs du moment. Ainsi, il a expliqué le 22 juin 2025 que son but n'était pas forcément de changer le régime en Iran, sauf si celui-ci ne permettait pas le retour au Grand Iran. Fleurit alors l'acronyme MIGA, Make Iran Great Again, qui n'a pour seul objectif que de répéter et de décliner le propre slogan électoral de Donald Trump (MAGA : Make America Great Again).

 


Les bombardements de la prison d'Evin à Téhéran par l'armée israélienne ont aussi été d'une grande irresponsabilité : si on veut protéger les opposants politiques (ou des otages), on évite d'aller bombarder leur résidence. C'était d'ailleurs le débat sur l'absence de bombardement des camps d'extermination nazis : en les bombardant, on tuait également les déportés. La France est inquiète du sort de Cécile Kohler dont on a aucun signe de vie depuis ces bombardements.

Le slogan Make Iran Great Again n'est pas sans arrière-pensée. On entend depuis quelques jours le fils du dernier shah d'Iran, le prince Reza Pahlavi (64 ans), prétendant au trône depuis le 27 juillet 1980 (mort de son père). Réfugié à Los Angeles, il est considéré par certains comme la tête de l'opposition politique à la république islamique, faute d'autres opposants. En 2009, il déclarait ainsi : « Je suis le fils du shah, l'héritier de la couronne. C'est un capital politique dont je dispose. Mais je ne l'utilise pas seulement en faveur de l'institution monarchique. Mon objectif, c'est la démocratie. ».
 


Malgré ces assurances et cette vision, il n'est pas difficile de comprendre que si le peuple iranien, un grand peuple, intellectuel et cultivé, veut sortir de l'emprise des mollahs, ce n'est pas pour retomber dans la monarchie du shah qui précédait les ayatollahs. Au contraire, la démocratie en Iran devrait se définir comme une voie nouvelle et difficile qui doit être tracée par les seuls Iraniens, sans pression étrangère et encore moins si elle est militaire.

Enfin, l'expérience dans la région nous montre, hélas, que les interventions militaires étrangères sont toujours contre-productives en long terme. Certes, on peut comprendre la nécessité absolue d'Israël d'assurer à court terme sa sécurité et son existence, mais plus le peuple iranien est frappé par les bombardements, plus le démantèlement du régime des mollahs sera difficile à obtenir. Pire même : l'expérience de l'Afghanistan, de l'Irak, de la Syrie et de la Libye nous apprend que le chaos politique en Iran pourrait se révéler catastrophique, tant pour le peuple iranien lui-même que pour le monde en général. Daech est né ce chaos en Irak et a pourri plus d'une dizaine d'années les peuples du monde, en particulier le peuple français par plusieurs attentats particulièrement meurtriers à partir de 2015.

Ce ne serait peut-être pas exactement Daech, un Daech chiite, mais les conséquences d'un désordre généralisé en Iran, grande nation, je le répète, ne seraient pas calculables tant elles seraient effroyables.

 


Tous ces dangers doivent nous inciter à ne pas avoir une vision simpliste de la situation actuelle et à garder une extrême prudence. C'est la raison pour laquelle François Bayrou a loué, en répondant à une autre question, les nuances apportées par Emmanuel Macron : « Vous avez eu raison de rappeler que la France défend le droit international et ses principes. Vous demandez qu’elle le fasse avec plus de force, mais je ne vois pas de chef d’État qui le dise avec autant de force et de cette liberté à laquelle vous appelez, que le Président de la République. Il a manifesté son indépendance de jugement et rappelé de façon éloquente notre attachement aux principes du droit international. C’est la position de la France. Enfin, nous espérons que le respect du cessez-le-feu permettra d’entrer dans une ère nouvelle. Nous savons combien c’est difficile. Nous espérons aussi que là, comme ailleurs sur la planète, nous puissions un jour sortir de la loi de la force qui cherche à s’imposer à tous et retrouver la force de la loi. Cela ne se fera qu’en respectant le droit, notamment les droits de l’homme, et surtout ceux de la femme. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Make Iran Great Again ?
Guerre en Iran : pensons au peuple iranien !
Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
Majid Kavousifar.
Varisha Moradi.
Aïnaz Karimi.
Arezou Khavari.
Ahou Daryaei.
Ebrahim Raïssi.
Khosro Besharat.
Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
Alireza Akbari.
Mehran Karimi Nasseri.
Claude Malhuret contre la mollarchie.
Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250624-iran.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/make-iran-great-again-261688

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/24/article-sr-20250624-iran.html


.

Partager cet article
Repost0
19 juin 2025 4 19 /06 /juin /2025 04:02

« Alors, à ceux qui exigent un soulèvement immédiat, des remerciements ou des applaudissements : prenez du recul. À ceux qui, sous couvert de bienveillance, tentent de nous imposer leur vision de notre avenir : abstenez-vous. » (Mona Jafarian, le 18 juin 2025).


 


Le conflit entre Israël et l'Iran est désormais à son paroxysme et personne ne peut dire comment cela va se terminer. L'inquiétude est grande d'un embrasement généralisé de la région (du Proche-Orient) voire d'une extension vers les pays qui pourraient s'impliquer dans ce conflit, comme les États-Unis dont la position hésitante montre à l'évidence que Donald Trump navigue à vue sans plan d'origine.

En Europe, on observe aussi avec inquiétude ce conflit mais on attend depuis quarante-six ans la fin de la dictature de mollahs qui a tant réprimé l'humanité en général, que ce soit sur le sol iranien lui-même avec les nombreuses exécutions qu'à l'extérieur au moyen d'attentats terroristes nombreux dont, entre autres, la France a été victime avec l'assassinat de soldats français et, encore aujourd'hui, l'emprisonnement de deux otages français.
 


Je propose ici de retranscrire le message de Mona Jafarian, fondatrice de l'Association Femme Azadi, qui est une « association de femmes franco-iraniennes menant des actions politiques, médiatiques et événementielles pour porter la voix du peuple iranien dans sa révolution ». Dans ce message publié le 18 juin 2025 sur son compte Twitter, elle a mis en garde contre la facilité de croire que la guerre résoudrait tout, et a demandé de penser avant tout à l'intérêt du peuple iranien qui n'est pas complice mais victime des mollahs.

« Je ne sais pas si certains réalisent ce que vivent les Iraniens en ce moment. Quarante-six ans d’une des dictatures les plus barbares au monde ont brisé plusieurs générations, chacune portant les traumatismes de la précédente. Pour beaucoup, cela signifie n’avoir jamais connu leur pays libre. Ils ont traversé une guerre meurtrière contre l’Irak, grandi sous la menace des pendaisons, des massacres, des tortures. Ils ont vu leur peuple se soulever à de nombreuses reprises, être réprimé dans des bains de sang, dans l’indifférence glaçante de la communauté internationale.

Et aujourd’hui, ce même régime, qui a ruiné une grande nation autrefois prospère et respectée, provoque désormais la guerre sur son propre sol. Le peuple se retrouve pris dans une déchirure insoutenable : la douleur de chaque frappe sur sa terre mêlée au soulagement de voir ses bourreaux être enfin visés et éliminés les uns après les autres.

 


Dans les commentaires, certains exigent de ce peuple meurtri et terrorisé, qu’il se soulève en cinq jours, alors même qu’on lui demande dans le même souffle de fuir, d’évacuer, de se cacher. Beaucoup oublient que la guerre n’a rien d’un jeu vidéo, surtout lorsqu’elle est vécue sous un régime criminel qui continue de réprimer, de surveiller, de terroriser de l’intérieur, aujourd’hui plus encore, par peur de s’effondrer.

Qu’on soit en Iran ou en exil, nous savons que cette guerre, que nous redoutions depuis des années, est peut-être aussi celle qui ouvrira la voie à notre liberté. Mais cela ne la rend pas beaucoup plus facile à supporter.

 


Alors, à ceux qui exigent un soulèvement immédiat, des remerciements ou des applaudissements : prenez du recul. À ceux qui, sous couvert de bienveillance, tentent de nous imposer leur vision de notre avenir : abstenez-vous.

Nous avons alerté le monde avant tout le monde. Nous avons combattu ce régime avant tout le monde. Nous avons versé plus de sang que quiconque pour tenter de libérer le monde de cette pieuvre terroriste.

À ceux qui nous soutiennent vraiment,qui ressentent ce que nous portons dans nos cœurs : merci.

Et à nos rares alliés : nous n’oublierons jamais ceux qui furent à nos côtés dans cette longue lutte pour la liberté. »

 


J'ajoute ceci : merci à ces femmes résistantes d'avoir été là depuis si longtemps pour nous alerter, nous, Français, de l'impasse de cette théocratie iranienne. Mais comme l'a exprimé le Président Emmanuel Macron, une solution politique durable sur la gouvernance en Iran ne pourra jamais venir de la conquête d'une armée étrangère. L'exemple de l'Irak l'a hélas trop bien démontré en 2004.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juin 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Guerre en Iran : pensons au peuple iranien !
Israël vs Iran : Emmanuel Macron l'équilibriste.
Beyrouth, il y a trente-cinq ans.
Majid Kavousifar.
Varisha Moradi.
Aïnaz Karimi.
Arezou Khavari.
Ahou Daryaei.
Ebrahim Raïssi.
Khosro Besharat.
Mobilisons-nous pour Toomaj Salehi !
Fatwa de mort contre Salman Rushdie.
Alireza Akbari.
Mehran Karimi Nasseri.
Claude Malhuret contre la mollarchie.
Mahsa Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.


 





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250618-iran.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/guerre-en-iran-pensons-au-peuple-261626

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/06/19/article-sr-20250618-iran.html




.

Partager cet article
Repost0


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).