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3 avril 2026 5 03 /04 /avril /2026 04:27

« Le premier drame de la vie humaine est qu’elle a une fin terrestre : la mort, injustice majeure. Et le deuxième drame, c’est qu’à l’intérieur même de notre condition mortelle, nous sommes capables de produire de la mort physique (le malheur) et spirituelle (le péché). » (Mgr Philippe Marsset, 7 avril 2020).






 


Le Vendredi Saint est sans doute le jour le plus triste de toute la liturgie chrétienne. Il correspond à la mort du Christ, à 15 heures. Cette année, il a lieu le 3 avril 2026. Partie noire de la Semaine Sainte, il débouche sur la fête pascale, Pâques, minuit, la nuit du samedi au dimanche suivants. Trois jours pour la Résurrection de Jésus. Pour clore la période du Carême.

En quelques jours, on passe donc de la mort à la résurrection. Avec Noël, qui fête la naissance du Christ, on a trois jours qui célèbrent le véritable mystère de l'homme (de l'être humain) : sa naissance (issue de nulle part ?), sa mort (pour aller où ?) et, spécificité du christianisme, sa résurrection (le triomphe de la vie). Évidemment, c'est une question de foi, et l'écrire ici paraît presque insensé, tant la société actuelle s'est déchristianisée. Au mieux, un sourire poli pour l'intérêt culturel. Au pire, des insultes de laïcards qui paraissent toutefois plus tolérants avec une autre religion du Livre.

Dans l'Évangile (qu'on lit le jour des Rameaux, cette année, ce dimanche 29 mars 2026), il y a une parole du Christ qui résonne dans toutes mes tripes, c'est sa dernière parole quelques instants avant sa mort, ce satané Vendredi Saint, cette question obsédante, très humaine : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? ». Dans saint Marc ou saint Matthieu.

J'avais déjà écrit sur cette question troublante en 2021. Nous étions à l'époque en pleine pandémie de covid-19 et le doute, le doute en l'avenir avait de réelles raisons d'être émis. La foi en l'avenir l'a emporté, heureusement, et qui se souvient encore du covid dans sa chair ? Du moins, pour ceux qui ont survécu, car il y a eu plusieurs millions voire dizaines de millions d'êtres humains qui n'ont pas eu la chance de surpasser cette terrible épreuve.

Malgré les épreuves, il ne faut jamais cesser d'espérer. L'espérance n'est pas plus rationnelle que la foi, mais c'est la certitude que la vie l'emporte toujours sur la mort. L'humain est imparfait, ce sont ses aspérités qui le rendent humain.


Ce doute du Christ, c'est la preuve de la nature humaine de Jésus : il doute parce qu'il n'y a pas de foi qui vaille sans doute qui ronge. Autre signe d'humanité, Jésus a eu aussi terriblement peur dans la nuit du Jeudi au Vendredi. Il aimerait s'éviter cette épreuve.

Cette phrase sur l'abandon a beaucoup interrogé de monde, parce que Jésus étant à la fois humain et Dieu, semblait se dédoubler. Une explication propose que Jésus est avant tout humain, recevant l'Esprit saint, et va vers Dieu. Mais il y aurait aussi une autre explication, celle d'Henri Meschonnic qui estime que la traduction en grec de l'hébreu ou de l'araméen a été mal faite car avec elle, la question de Jésus traduirait une plainte, une incompréhension et une protestation contre Dieu. Pour lui, il faudrait plutôt la traduire par : « Tu es Dieu, tu es Dieu ! À quoi m'as-tu abandonné ? ».

Ainsi, le véritable sens de l'hébreu n'est plus "pour quelle raison ?" mais "dans quel dessein ?". Henri Meschonnic en est venu à commenter ainsi : « L’enjeu demeure de ne plus confondre le sens messianique juif de ce texte avec son exploitation néo-testamentaire. Le rapport au divin n’est pas le même. Ce n’est pas la même eschatologie. Et ce changement aussi capital que négligé repose sur un pivot minimal : un déplacement d’accent d’une syllabe, sur un petit mot, mais c’est tout le passage du judaïsme au christianisme. ».

Ce qui fait interroger le pasteur Jean Alexandre, bibliste et poète, en 2004, dans la revue "Études théologiques et religieuses" : « Le judaïsme irait-il alors vers la libre aventure de l’avenir, tandis que le christianisme tirerait vers des causes premières, vers une raison au sens d’un logos évidemment oppressif ? ». Et de conclure ainsi : « Je suppose donc que l’araméen de Jésus pouvait avoir pris lui aussi ce sens, volontairement rapporté par les deux Évangiles. Ceux-ci auraient alors voulu montrer un Jésus conscient de s’en aller vers un inconnu d’épouvante, sans qu’une parole de lui ne puisse en quoi que ce soit le sauver, s’agirait-il de la confession première de sa foi. ».

J'aime bien l'expression "un inconnu d'épouvante", car il s'agit bien de cela pour la mort. Mais en même temps, il ne faut pas cesser d'espérer. En 2021, j'avais écrit : « La Résurrection, c’est l’humain fait Dieu. ». Je m'aperçois aussi que c'est l'inverse, Dieu fait humain. Dieu qui fait une descente sur Terre, le temps d'envoyer la foi aux premiers chrétiens.

Dans sa méditation du 7 avril 2020, Mgr Philippe Marsset, évêque auxiliaire de Paris, expliquait : « Cette grâce, nous le voyons bien, ne supprime pas notre nature : nous gardons nos fragilités physiques, biologiques et spirituelles et leurs errances. Mais toutes ces limites et leurs maux n’ont plus leur emprise de mort et de désespérance sur nous. La vie du Fils va poser en nous une vie plus forte que la vie mortelle ; "Dieu nous a choisis dans le Christ… Il nous a prédestinés à être pour Lui, des fils adoptifs par Jésus, le Christ" (Eph 1, 4-5). Le Père vient greffer en nous la vie filiale de son Fils. L’Esprit qui unit le Fils et le Père vient en nous pour nous « rendre fils ». Pour nous affilier à la Vie de Dieu. Pour que notre vie humaine soit resplendissante de sa Vie divine en nous. ».

En quelque sorte, être humain, cela nous oblige...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 avril 2026)
http://www.rakotoarison.eu


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260403-vendredi-saint.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/vendredi-saint-et-l-abandon-267946

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/04/02/article-sr-20260403-vendredi-saint.html


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1 novembre 2025 6 01 /11 /novembre /2025 03:16

« L'information centrale est que le royaume des Cieux est accessible à tous et à chacun, dès cette vie. Qui n'a pas pleuré ? Qui n'a pas essayé de construire la paix en vain ? Qui ne s'est jamais fait insulter ou n'a jamais désiré la justice ? Chacun de nous a été le témoin impuissant d'une situation de détresse. Or Jésus fait de toutes ces situations des passages pour accéder à une grande proximité à Dieu, et nous sommes tous en mesure de vivre de ce salut donné par Dieu. » (Marie-Laure Durand, théologienne et anthropologue).




 


Samedi 1er novembre, c'est la Toussaint que les chrétiens fêtent en communauté (à la messe). Contrairement à ce qu'on dit souvent, la Toussaint n'est pas du tout la fête de nos morts. Eux, on les fête le lendemain, le 2 novembre, fête des Défunts. En ce qui me concerne, je n'attends pas un jour par an pour penser à ceux qui sont partis et qui m'étaient chers, ils sont en moi tous les jours de l'année, y compris les années bissextiles.

La Toussaint, au contraire, c'est la fête de tous les saints, comme son nom l'explique. Quand j'étais petit, dans une paroisse très nombreuse, la messe de la Toussaint était longue, car on citait, dans une sorte de litanie, l'ensemble des saints. À une dizaine de voix, quasiment tous les saints y passaient et bien sûr, moi-même, comme mon frère, attendions le moment fatidique où notre prénom serait cité, comme une sorte de fierté, qu'on ne nous avait pas oublié, le "on" pouvant même prendre l'apparence de Dieu, d'un Dieu pour les enfants. À l'époque, les prénoms se ressemblaient.


Aujourd'hui, ce serait très difficile de ne pas en oublier un, car les prénoms les plus utilisés pour une année donnée ne correspondent qu'à 10% voire 5% de l'ensemble des bébés qui sont nés cette année-là, alors qu'il y a plusieurs dizaines d'années, les prénoms les plus utilisés concernés 30% voire 40% des bébés. Parallèlement, il y a beaucoup plus de saints aujourd'hui qu'à l'époque, car le pape Jean-Paul II n'a pas hésité à béatifier et à canoniser beaucoup de personnes durant son pontificat (il me semble qu'il a doublé le nombre des saints, mais je n'en suis pas sûr).

L'objectif de Jean-Paul II, lui-même canonisé il y a une dizaine d'années (le 27 avril 2014 par le pape François), ce n'était pas d'augmenter les "décorations" et les "récompenses". Ce n'est pas une Légion d'honneur, c'est plutôt un certificat d'exemplarité et d'humilité pour les fidèles ici-bas. Jean-Paul II souhaitait que chaque nation puisse prier ses propres saints, mais plus encore, rappelait que chacun peut accéder à la sainteté. Car il ne s'agit pas d'être authentifié comme un héros, ce serait d'ailleurs très injuste, car il y a de très nombreux héros anonymes, inconnus, discrets, humbles, qui l'ont été mais qui sont morts dans le secret de leur exemplarité.

L'encyclopédie en ligne Wikipédia le traduit d'ailleurs assez bien : « La volonté du pape était de montrer l'universalité de la sainteté, le Concile Vatican II affirmant que tous les chrétiens étaient appelés à la sainteté. Jean-Paul II voulait donc revivifier la dévotion aux saints qui avait été un peu oubliée après le Concile Vatican II, la vie des saints étant souvent considérée comme exceptionnelle et éloignée de la réalité quotidienne. Il a recherché par ces nombreuses béatifications [ au nombre de 1 338] et canonisations [au nombre de 482] à démontrer que tous les catholiques étaient appelés à devenir des saints, et ceci quels que soient leurs pays, leurs cultures et leurs origines, montrant par là même l'universalité de l'Église. Ainsi, il béatifia de nombreuses personnes, tant laïcs que prêtres et religieux, montrant que tous les états de vies, le mariage comme la vie religieuse, étaient des formes possibles de la sainteté. ».

 


C'est le sens profond des Béatitudes, qu'on relit à l'Évangile de la Toussaint (cette année, saint Matthieu 5,1-12a) : « Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume des Cieux est à eux. Heureux êtes-vous si l'on vous insulte, si l'on vous persécute et si l'on dit faussement toute sorte de mal contre vous, à cause de moi. Réjouissez-vous, soyez dans l'allégresse, car votre récompense est grande dans les Cieux ! ».

Dans l'homélie de cette Toussaint, le prêtre qui officiait a trouvé deux belles formules : « La sainteté a mille visages. C'est un catéchisme vivant. ». Oui, effectivement, c'est une sorte de démocratisation de la sainteté. Bien sûr, cela a toujours été le cas, et c'est le principe de la communion des saints. Cette communion, c'est celle avec nos disparus, nos saints à nous, qui font intercession auprès de Dieu. Ils sont une sorte de piston (parlons simple) aux Cieux pour ceux qui restent encore sur Terre. Et ils invitent à nous élever, à faire ou, au moins, à vouloir la paix, la justice, le pardon, la réconciliation. La sainteté se place souvent dans le secret des consciences. La sainteté est un kaléidoscope de la diversité, de l'universalisme de la foi, de l'humanité. C'est tout cela, qu'on fête à la Toussaint.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251101-toussaint.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/la-toussaint-et-ses-mille-visages-264227

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/02/article-sr-20251101-toussaint.html


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26 juillet 2025 6 26 /07 /juillet /2025 04:24

« L’homme est fait pour la vie ! Il n’est pas fait pour la mort ! C’est sans doute la raison pour laquelle à travers tous les temps de l’histoire, tant de témoignages manifestent l’incompréhension humaine devant le scandale de la mort. C’est certainement aussi pour cela que tant d’hommes et de femmes reculent et ne peuvent accepter ce qui pourtant s’impose. Nous pouvons comprendre un peu que la mort survienne au terme d’une longue vie ou d’une grave maladie. Mais lorsqu’elle frappe un homme en pleine activité comme l’était Philippe Séguin, le scandale qui nous atteint devant chaque mort devient plus cruel encore, l’événement plus incompréhensible, la détresse plus profonde. » (Mgr André Vingt-Trois, le 11 janvier 2010 aux Invalides, homélie en hommage à Philippe Séguin).



 


Le cardinal André Vingt-Trois, profondément malade, s'est éteint le vendredi 18 juillet 2025 à Paris, à l'âge de 82 ans (il est né le 7 novembre 1942 également à Paris). Quand on a un nom de pape (Jean XXIII), on est prié de se prélater. Mgr André Vingt-Trois fut donc un prélat qui a beaucoup compté tant pour les catholiques parisiens que pour l'Église catholique de France dans sa globalité. Il avait participé en décembre 2024 aux cérémonies de réouverture de la cathédrale Notre-Dame de Paris dont il avait présidé le jubilé en 2013 à l'occasion du 850e anniversaire de sa fondation.

Après une veillée de prières le 22 juillet 2025, André Vingt-Trois a été enterré le lendemain, mercredi 23 juillet 2025 à 10 heures, à Notre-Dame de Paris, au cours d'une messe présidée par son dernier successeur Mgr Laurent Ulrich, archevêque de Paris, qui a lâché : « André Vingt-Trois nous a quittés au milieu de l’été avec une sorte de discrétion qui lui ressemble bien. ». La cathédrale était à moitié pleine, en présence de plus de 150 prêtres, 30 évêques et 3 cardinaux (dont Jean-Marc Aveline), ainsi que de l'ancien Premier Ministre Michel Barnier. Il a été inhumé dans le caveau réservé aux archevêques de Paris, une crypte sous l'autel. S'il fallait résumer sa personnalité, on pourrait dire trois mots : raison, humilité et prière.

C'est sûr que succéder à
Mgr Jean-Marie Lustiger comme archevêque de Paris n'était pas aisé : de toute façon, personne n'aurait eu sa stature, tant pastorale qu'intellectuelle, et même plus généralement, les catholiques français qui ont vécu les années 1980 et 1990 habitués à écouter les deux brillants cardinaux français de l'époque, Mgr Jean-Marie Lustiger et Mgr Albert Decourtray (primat des Gaules et archevêque de Lyon), ont compris un peu plus tard leur chance de les avoir connus, tant ils étaient exceptionnels (et j'en dirais autant des trois derniers papes Jean-Paul II, Benoît XVI et le pape François).

André Vingt-Trois était plus ordinaire et cela lui convenait très bien. Au début des années 1970, il était vicaire de l'église Sainte-Jeanne-de-Chantal (la paroisse de la Porte de Saint-Cloud) lorsque le curé de l'église était... justement Jean-Marie Lustiger. Les deux hommes se sont tout de suite appréciés. Quand Mgr Lustiger est devenu archevêque de Paris, André Vingt-Trois était son vicaire général, contribuant à ses principales réalisations, dont la création de Radio Notre-Dame. Jusqu'à être lui-même archevêque de Paris, il restait dans la simplicité, se déplaçait à vélo...

Évidemment, Vingt-Trois n'était pas le nom d'un pape mais, selon André, d'un orphelin parmi ses aïeuls, qui n'avait pas de nom et qui a pris un numéro pour nom, le numéro du lit, d'une porte ou d'un jour, il n'en savait rien. Après des études au prestigieux lycée Henri-IV, André Vingt-Trois a été ordonné prêtre le 28 juin 1969 par le cardinal François Marty, qui était l'archevêque de Paris depuis le 26 mars 1968 (ce dernier venait d'être créé cardinal le 28 avril 1969).

André Vingt-Trois a été ensuite ordonné évêque le 14 octobre 1988 par le cardinal Jean-Marie Lustiger, nommé évêque auxiliaire de Paris du 25 juin 1988 au 21 avril 1999, puis archevêque de Tours du 21 avril 1999 au 11 février 2005, puis, enfin, archevêque de Paris du 11 février 2005 au 7 décembre 2017. À ce dernier titre, il a présidé les funérailles de son prédécesseur Jean-Marie Lustiger le 10 août 2007 à Notre-Dame de Paris en présence de Nicolas Sarkozy, François Fillon, et du représentant du pape, le cardinal Paul Poupard. Dans son homélie, André Vingt-Trois a décrit son prédécesseur ainsi : « Pouvons-nous quelques instants le suivre sur cette voie de la foi et de l’action de grâce pour évoquer quelques traits de cette personnalité si riche ? Pour ceux qui ont eu la chance de l’approcher et de le connaître personnellement, ce n’est ni son intelligence, ni l’acuité de son esprit, ni l’amplitude de sa culture, toutes réelles qu’elles fussent, qui frappaient d’abord, mais plutôt la vigueur et la force de sa foi. Avant tout, il était un croyant. (…) Sa découverte et sa rencontre en Jésus-Christ du Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, avaient établi définitivement sa vie dans le régime de la grâce, du don reçu gratuitement et sans autre motif que la miséricorde du Dieu tout-puissant. ».

Bien que très malade depuis février 2017, il a continué à exercer dans son diocèse plusieurs mois encore, et il n'a quitté ses fonctions qu'en raison de la limite d'âge de 75 ans, le 7 décembre 2017, laissant le siège à Mgr Michel Aupetit (qui fut médecin avant de commencer des études pour devenir prêtre à l'âge de 44 ans).


Par ailleurs, Mgr André Vingt-Trois a été élu pour deux mandats président de la Conférence des évêques de France du 5 novembre 2007 à 30 juin 2013 (comme François Marty, Roger Etchegaray, Jean Vilnet, Albert Decourtray, Jean-Pierre Ricard, et après lui, Éric de Moulins-Beaufort et Jean-Marc Aveline). C'était une période particulièrement délicate sur le plan politique avec l'adoption de la loi sur le mariage pour tous. Il était opposé à cette loi mais il refusait d'être récupéré par des mouvements qui n'avaient rien de religieux et tout de politique, ce qui a conduit certains à critiquer son extrême prudence illustrée par son silence médiatique afin de ne pas prêter d'ambiguïté sur la position de l'Église de France. En d'autres termes, pas question que la Manif pour tous fût politiquement sponsorisée par l'Église de France.
 


Par sa fonction d'archevêque de Paris, André Vingt-Trois a été logiquement créé cardinal le 24 novembre 2007 par le pape Benoît XVI. À ce titre, il a été nommé membre du comité de la présidence du Conseil pontifical pour la famille, ce qui l'a conduit à être président délégué du Synode des évêques sur la famille du 5 au 19 octobre 2014. Il avait aussi accueilli Benoît XVI dans "sa" ville de Paris lors de:la visite papale les 12 et 13 septembre 2008.

S'il a participé au conclave de mars 2013 qui a élu François comme pape, André Vingt-Trois n'a pas participé à celui de mai 2025 qui a élu Léon XIV en raison de la limite d'âge (il avait atteint 80 ans en 2022). Auteur de plus d'une trentaine d'ouvrages, Mgr André Vingt-Trois a ordonné treize évêques dont cinq sont devenus archevêques (dont Mgr Éric de Moulins-Beaufort et Mgr Michel Aupetit).
 


Faisant beaucoup d'actions en faveur des sans-abri (il en a accueilli 159 comme archevêque), de la jeunesse, de la famille, etc., Mgr André Vingt-Trois a souvent été interviewé par les parlementaires avant de la rédaction de certaines lois faisant intervenir l'éthique ou la laïcité. Il a également dénoncé l'euthanasie le 3 avril 2009 à Lourdes en conclusion de l'assemblée plénière de la Conférence des évêques de France qu'il présidait : « Nous encourageons celles et ceux qui sont engagés dans la recherche scientifique et médicale en rappelant l’exigence du respect de la dignité humaine, y compris dans les hommes et les femmes qui ne correspondent pas aux critères d’une super humanité. Comment se satisfaire de l’élimination des individus non-conformes aux ratios d’une normalité supposée ? On ne sauve pas l’homme si on ne respecte pas les plus faibles ou si on rejette les plus diminués ou les plus exposés. Il en va du bien commun de notre société à venir. » (j'ai mis en gras le passage qui me paraît essentiel). Il y a aussi encouragé la solidarité avec les plus démunis : « Les membres de nos communautés s’engagent généreusement pour le service des plus pauvres : malades, vieillards, chômeurs, immigrés, etc. Nous voulons poursuivre ce service en étant plus attentifs aux nouvelles pauvretés générées par notre société : enfants de foyer monoparental, réfugiés et immigrés, personnes rejetées et marginalisées, etc. ».
 


Dans son homélie lors de la messe d'enterrement d'André Vingt-Trois, le 23 juillet 2025, Mgr Laurent Ulrich a rappelé ses dernières volontés : « Il ne veut ni éloge funèbre, ni fleurs ni couronnes, sauf une croix fleurie. Je voudrais me tenir à cette demande de ne pas donner un éloge funèbre, mais je ne pourrai pas m’empêcher de dire comment la vie du cardinal a été traversée par la rencontre du Seigneur Jésus, recherchée chaque jour dans la Parole de Dieu et dans la célébration de l’eucharistie et des sacrements, recherchée dans la rencontre pastorale de tous les jours. (…) Il n’a certes pas manqué de parler avec courage, sur des sujets où on l’attendait comme les questions familiales, mais aussi sur le respect dû à toute personne fût-elle sans abri, ou étrangère et migrante sur notre sol, et encore sur le sens profond de la laïcité dans notre société publique. Faisant allusion à ces demandes qu’on lui adressait souvent de prendre la parole sur tant de sujets de société, il répliquait à sa façon : "Je ne suis pas sûr que le principal objectif soit de porter une parole. Cela fait belle lurette qu’on la porte, qu’on la renouvelle et qu’on la répète et qu’on la redit à temps et à contretemps. Mais ce n’est pas la parole qui change quelque chose, même si la parole est nécessaire pour avoir accès à l’intelligence des gens. Ce qui change quelque chose, c’est la manière de vivre". (…) Je l’ai vu habiter l’héritage du cardinal Jean-Marie Lustiger en y imprimant le mouvement de sa propre personnalité et de sa juste et riche intuition pastorale, si complémentaire de celle de notre prédécesseur, dans des directions nombreuses. J’en retiens trois : la liturgie, le dialogue entre l’Église et le monde, et la charité. (…) Ainsi disait-il que le rôle de l’Église pour le XXIe siècle ne relève ni de la mission de sauvegarde patrimoniale, ni de la reproduction de modèles hérités du passé, mais bien du témoignage de vie des chrétiens, témoignage de la présence de Dieu qui peut bouleverser une existence, une société, l’emporter vers le bien, et sans lequel toute parole tourne comme à vide. Dans un entretien radiophonique, il expliquait : "adhérer au Christ, c’est basculer au-delà de la stimulation culturelle". Dès lors, il abordait la question de l’annonce de la foi, de la transmission par la capillarité qu’aimait à décrire le pape Benoît XVI : "l’Église ne grandit pas par prosélytisme mais par attraction". ».
 


Le (nouveau) pape Léon XIV a adressé le 22 juillet 2025 un message de condoléances à la famille de Mgr André Vingt-Trois, à Mgr Laurent Ulrich et aux catholiques français : « Je tiens à vous exprimer ma proximité spirituelle et ma communion de prière dans cette perte qui vous afflige. Je veux les adresser tout spécialement à la famille et aux proches du défunt, aux soignants de la maison Marie-Thérèse qui l’ont soutenu dans l’épreuve de la maladie, ainsi qu’au clergé et aux fidèles de l’archidiocèse de Paris dont il a été le pasteur bon et zélé pendant douze ans. Je prie qu’après s’être dépensé dans le ministère pastoral et avoir, dans ses derniers jours, communié à la croix du Christ dans sa chair, le Seigneur ressuscité l’accueille désormais dans sa maison de repos, de paix et de lumière. ».

Dans son hommage à l'ancien prélat parisien publié le 19 juillet 2025, le Président Emmanuel Macron a notamment écrit : « Homme de foi, d’espérance et de charité, il œuvra en faveur des plus démunis et des plus isolés, et fut un apôtre du dialogue interreligieux. (…) Les Parisiens se prirent d’affection pour leur nouveau prélat, qu’ils apercevaient à vélo, sillonnant son évêché un béret sur la tête, souriant et plein d’humour. (…) En 2007, il fut créé cardinal par le pape Benoît XVI, et élu président de la Conférence des évêques de France, poste qui faisait de lui un interlocuteur central de la laïcité républicaine. Son esprit de finesse et de diplomatie lui valut d’être appelé par Rome pour porter plusieurs sujets de société, et notamment défendre la conception chrétienne de la famille. (…) Convaincu de la vocation de chaque homme à la sainteté, il œuvrait à les aider dans leur vocation propre d’époux, parent et enfant. Homme de prière, toujours un chapelet dans la poche, il fuyait les mondanités et se rendait souvent à l’abbaye bénédictine de Fontgombault, ou à Marnoz, dans le Jura, sur la tombe de ses parents. ». Le chef de l'État et Brigitte Macron « saluent la mémoire d’un homme d’apaisement, tout dévoué aux autres et à son ministère. Ils présentent leurs condoléances aux catholiques de France, et à tous ceux qui l’aimaient. ».

Le père Benoist de Sinety a évoqué ses souvenirs avec "son" archevêque de Tours le 20 juillet 2025 pour le site Aleteia : « L’homme était timide, se protégeant sans doute par la réserve d’une sensibilité qui le dépassait un peu. Il arrivait à ses visiteurs de ressortir étonnés de ses silences : il écoutait mais parlait peu avant de se lever d’un bond et de souffler "Bien, merci beaucoup", tendant la main en signe d’au revoir. (…) À une étudiante aux JMJ [Journées mondiales de la jeunesse] de Cologne qui l’interrogeait sur la meilleure manière de suivre le Christ, à l’issue d’une catéchèse pendant laquelle il s’était précisément évertué à exposer ses convictions sur ce même sujet, il répondit, d’un ton monotone : "Voyez-vous, si vous voulez suivre le Christ, il faut porter votre croix et marcher à sa suite". Et finalement, n’est-ce pas cette phrase qui dit beaucoup de lui ? ».

 


Dans une lettre adressée le 25 janvier 2015 aux catholiques de Paris, Mgr André Vingt-Trois évoquait "la joie du partage" peu avant le Carême : « Toutes celles et tous ceux qui ont pris part à cette mission ont éprouvé et partagé la joie que procure l’annonce de Jésus-Christ. Avec le pape François, je vous dis à nouveau : "Ne nous laissons pas voler la joie de l’évangélisation !" (…). Je peux vous signaler trois domaines qui me semblent prioritaires dans la poursuite de la mission : le partage de la foi (Ne nous laissons pas voler la force missionnaire !) ; le partage avec les pauvres (Ne nous laissons pas voler la communauté !) ; le partage avec les nouvelles générations (Ne nous laissons pas voler l’espérance !) . (…) L’appel traditionnel au jeûne prend cette année une dimension particulière du fait de la Conférence pour le climat qui doit se tenir à Paris en décembre 2015. C’est une occasion pour tous, prêtres et diacres, consacrés et fidèles catholiques de revoir, et peut-être de corriger, nos habitudes de consommation. Avoir une attitude responsable dans l’usage que nous faisons des ressources communes à l’humanité demande sans doute que nous soyons plus attentifs et économes dans notre façon de vivre. Enfin, le partage avec nos frères est un critère de la vitalité de notre charité. ».

Dans l'une de ses dernières homélies qu'il a prononcées, le 21 janvier 2024 à la Maison Marie-Thérèse (dans le quatorzième arrondissement) où il habitait, Mgr André Vingt-Trois appelait à ne plus vivre de souvenirs mais le moment présent : « Ne pas vivre dans le regret de ce que nous avons quitté. Ne pas nous imaginer que notre vie est derrière nous et qu’elle est finie. Elle va finir soyez tranquilles ! Mais elle n’est pas finie. Et notre conversion d’aujourd’hui, c’est : comment allons-nous vivre ces quelques mois ou quelques années, au cours desquelles nous allons nous préparer au grand dépouillement ? Il ne restera plus rien. Alors là, ce sera clair, il ne restera plus rien que des souvenirs. Nous convertir aujourd’hui, c’est peut-être apprendre, jour après jour, à sortir du regret, à sortir de la nostalgie, à sortir d’une culture des souvenirs, pour ceux qui en ont, nous sortir de la nostalgie des souvenirs pour vivre le moment présent. (…) C’est donc une parole d’espérance que le Seigneur nous adresse aujourd’hui : qui que tu sois, quel qu’âge que tu aies, tu es appelé à te convertir, c’est-à-dire à renoncer à un certain nombre de regrets pour être ouvert aux propositions de l’amour de Dieu pour aujourd’hui et pour tous les jours de ta vie. ». Celui qui était devenu l'archevêque émérite de Paris s'était effectivement préparé au "grand dépouillement" avec une seule chose comme bagage, sa simplicité.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2025)
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17 mai 2025 6 17 /05 /mai /2025 04:37

« Il paraît que Thérèse était très drôle en récréation. Je crois bien qu’elle était gaie. Elle n’avait pas le goût de la tristesse. (…) "Mystique, comique, tout lui va !" (…). L’œuvre de Thérèse est comme un tableau impressionniste : si on a le nez dessus, on risque de ne voir que le sentimentalisme et de passer à côté de l’essentiel. » (Maurice Bellet).



 


Le prêtre et philosophe Maurice Bellet aimait beaucoup sainte Thérèse de Lisieux. Le journaliste qui l'a ainsi cité, Adrien Bail, évoquait ainsi la jeune fille dans "Le Pèlerin" du 25 septembre 2013 : « Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus a gardé l’espièglerie, mêlée à un profond sérieux, de son enfance, où elle jouait déjà au théâtre (…) et raconte ses aventures avec sa cousine Marie ou sa sœur Céline, dignes de la comtesse de Ségur. Ce côté enfantin lui fera imaginer "un ascenseur" pour aller au Ciel… Il reste cependant un style qui peut être un obstacle. (…) On retrouve [le] sourire sur de nombreux clichés de Thérèse. Il imprègne son dialogue amoureux avec Jésus et sa symbolique : les roses, les oiseaux… Tout traduit une invincible gaieté qui résistera à l’agonie. ».

Thérèse de Lisieux, sœur carmélite qui a été un modèle de foi pour celui qui doute et qui désespère, a été canonisée il y a un siècle, le 17 mai 1925, par le pape Pie XI à la Basilique Saint-Pierre de Rome. La jeune fille qui est morte de tuberculose à l'âge de 24 ans le 30 septembre 1897 avait été béatifiée peu auparavant, le 29 avril 1923 par le même pape Pie XI. J'ai évoqué la trajectoire de Thérèse il y a quelques quelques années.


Malgré son jeune âge, on peut considérer Thérèse de Lisieux comme une grande intellectuelle de la foi, une sorte de philosophe de la sérénité qui a beaucoup influencé les esprits du XXe siècle. Son livre posthume "Histoire d'une âme", publié l'année suivant sa mort, a été vendu à plus de 500 millions d'exemplaires en une cinquantaine de langue et une quarantaine d'éditions (depuis 1898). Beaucoup de lecteurs ont été transformés par la lecture de cette œuvre qui avait été écrite sans aucune intention d'être publiée, et cela beaucoup d'années avant que le pape ne s'en soit mêlé. Thérèse de Lisieux a d'abord été une sainte pour le peuple avant de l'être pour le Vatican et le pape.

 


Lors de sa canonisation le 17 mai 1925, Pie XI le rappelait : « L'Esprit de vérité lui ouvrit et lui fit connaître ce qu'il a coutume de cacher aux sages et aux savants pour le révéler aux tout-petits. Ainsi, selon le témoignage de notre prédécesseur immédiat, elle a possédé une telle science des réalités d'en-haut qu'elle peut montrer aux âmes une voie sûre pour le salut. ». En d'autres termes, certains sont des théoriciens de la foi, alors qu'elle, elle a été une praticienne de la foi, elle a été philosophe sur le tas, ressentant l'incarnation du divin et de l'Amour dans son être.

Le pape Pie XII, à l'occasion de la consécration de la Basilique Sainte-Thérèse à Lisieux, remarquait le 11 juillet 1954 : « Message d'humilité d'abord ! Quelle étrange apparition au sein d'un monde imbu de lui-même, de ses découvertes scientifiques, de ses virtuosités techniques, que le rayonnement d'une jeune fille que ne distingue aucune action d'éclat, aucune œuvre temporelle. Avec son dépouillement absolu des grandeurs terrestres, le renoncement à sa liberté et aux joies de la vie, le sacrifice combien douloureux des affections les plus tendres, elle se pose en vivante antithèse de tous les idéals du monde. Quand les peuples et les classes sociales se défient ou s'affrontent pour la prépondérance économique ou politique, Thérèse de l'Enfant-Jésus apparaît les mains vides : fortune, honneur, influence, efficacité temporelle, rien ne l'attire, rien ne la retient que Dieu seul et son Royaume. Mais en revanche, le Seigneur l'a introduite dans sa maison, lui a confié ses secrets. ».

Le pape Jean-Paul II, futur saint, le confirmait lorsqu'il l'a reconnue comme une Docteure de l'Église (très rare pour une femme) le 19 octobre 1997 : « Parmi les petits auxquels les secrets du Royaume ont été manifestés d'une manière toute particulière, resplendit Thérèse de l'Enfant-Jésus et de la Sainte-Face (…). Pendant sa vie, Thérèse a découvert "de nouvelles lumières, des sens cachés et mystérieux" et elle a reçu du divin Maître la "science d'Amour" qu'elle a montrée dans ses écrits avec une réelle originalité. Cette science est l'expression lumineuse de sa connaissance du mystère du Royaume et de son expérience personnelle de la grâce. Elle peut être considérée comme un charisme particulier de la sagesse évangélique que Thérèse, comme d'autres saints et maîtres de la foi, a puisée dans la prière. En notre siècle, l'accueil réservé à l'exemple de sa vie et à sa doctrine évangélique a été rapide, universel et constant. (…) Son message, souvent résumé dans ce qu'on appelle la "petite voie", qui n'est autre que la voie évangélique de la sainteté ouverte à tous, a été étudié par des théologiens et des spécialistes de la spiritualité. ».

Dans son exhortation apostolique "Evangelii Gaudium", le pape François déclarait le 24 novembre 2013 aux évêques, prêtres, diacres et simples fidèles laïcs, notamment ceci : « Un défi important est de montrer que la solution ne consistera jamais dans la fuite d’une relation personnelle et engagée avec Dieu, et qui nous engage en même temps avec les autres. C’est ce qui se passe aujourd’hui quand les croyants font en sorte de se cacher et de se soustraire au regard des autres, et quand subtilement ils s’enfuient d’un lieu à l’autre ou d’une tâche à l’autre, sans créer des liens profonds et stables : "Imaginatio locorum et mutatio multos fefellit" [Plusieurs s’imaginant qu’ils seraient meilleurs en d’autres lieux, ont été trompés par cette idée de changement]. C’est un faux remède qui rend malade le cœur et parfois le corps. Il est nécessaire d’aider à reconnaître que l’unique voie consiste dans le fait d’apprendre à rencontrer les autres en adoptant le comportement juste, en les appréciant et en les acceptant comme des compagnons de route, sans résistances intérieures. Mieux encore, il s’agit d’apprendre à découvrir Jésus dans le visage des autres, dans leur voix, dans leurs demandes. C’est aussi apprendre à souffrir en embrassant Jésus crucifié quand nous subissons des agressions injustes ou des ingratitudes, sans jamais nous lasser de choisir la fraternité. » (paragraphe 91).

Il faisait en particulier référence à sainte Thérèse de Lisieux et à son expérience intérieure qu'elle avait elle-même racontée : « Un soir d’hiver j’accomplissais comme d’habitude mon petit office, il faisait froid, il faisait nuit… tout à coup j’entendis dans le lointain le son harmonieux d’un instrument de musique, alors je me représentai un salon bien éclairé, tout brillant de dorures, des jeunes filles élégamment vêtues se faisant mutuellement des compliments et des politesses mondaines ; puis mon regard se porta sur la pauvre malade que je soutenais ; au lieu d’une mélodie j’entendais de temps en temps ses gémissements plaintifs (…). Je ne puis exprimer ce qui se passa dans mon âme, ce que je sais c’est que le Seigneur l’illumina des rayons de la vérité qui surpassèrent tellement l’éclat ténébreux des fêtes de la terre, que je ne pouvais croire à mon bonheur. ».

 


Dans son autre exhortation apostolique "Amoris Laetitia" publiée le 19 mars 2016, le pape François plaçait encore Thérèse de Lisieux en exemple : « Une façon de communiquer avec les proches décédés est de prier pour eux. La Bible affirme que "prier pour les morts" est une pensée "sainte et pieuse". (…) Certains saints, avant de mourir, consolaient leurs proches en leur promettant qu’ils seraient proches pour les aider. Sainte Thérèse de Lisieux faisait part de son désir de passer son Ciel à continuer de faire du bien sur la terre. » (paragraphe 257).

Et il ajoutait : « Si nous acceptons la mort, nous pouvons nous y préparer. Le parcours est de grandir dans l’amour envers ceux qui cheminent avec nous, jusqu’au jour où "il n’y aura plus de mort, ni de pleur, ni de cri ni de peine". Ainsi, nous nous préparerons aussi à retrouver les proches qui sont morts. (…) Ne perdons pas notre énergie à rester des années et des années dans le passé. Mieux nous vivons sur cette terre, plus grand sera le bonheur que nous pourrons partager avec nos proches dans le ciel. Plus nous arriverons à mûrir et à grandir, plus nous pourrons leur apporter de belles choses au banquet céleste. » (paragraphe 258).

Le père dominicain Serge-Thomas Bonino, théologien français, normalien, président de l'Académie pontificale romaine de saint Thomas d'Aquin et de religion catholique depuis 2014, était le secrétaire général de la Commission théologique internationale de 2011 à 2020, une des six commissions de la Curie romaine, celle chargée de traiter les questions théologiques de grande importance. Le 29 novembre 2011, dans un commentaire sur un document sur les perspectives, principes et critères de la théologie, il évoquait Thérèse comme une petite qui a reçu le Mystère : « Il y a aussi à notre époque des petits qui ont connu ce mystère. Nous pensons à sainte Bernadette Soubirous ; sainte Thérèse de Lisieux, avec sa nouvelle lecture de la Bible "non scientifique", mais qui entre dans le cœur de l'Écriture Sainte ; jusqu’aux saints et bienheureux de notre époque : sainte Joséphine Bakhita, la bienheureuse Teresa de Calcutta, saint Damien de Veuster. Nous pourrions en citer tant ! ». Entre-temps, Mère Teresa a été elle-même canonisée.

Depuis que son enseignement est connu, soit depuis près de cent trente ans, tous ont considéré Thérèse de Lisieux comme un exemple d'humilité, d'une "petite" qui a pu entrer par la grande porte mieux que les "grands". C'est pourquoi il est étonnant que sa canonisation, il y a juste cent ans, ait fait l'objet d'une cérémonie très pompeuse et luxueuse. À l'évidence, ce n'était pas du tout l'intention de Thérèse de vouloir être au centre de pompes pontificales qui ont honoré avec beaucoup trop de fastes la petite fille souriante et aimante qu'elle avait toujours été. Elle n'est qu'une, parmi de très nombreux autres, peut-être complètement anonymes, qui sont entrés dans le Mystère de la foi. En toute discrétion.



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Sylvain Rakotoarison (17 mai 2025)
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9 mai 2025 5 09 /05 /mai /2025 13:08

« J. D. Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. » (futur Léon XIV, le 3 février 2025 sur Twitter).




 


Comme prévu, le conclave a surpris les observateurs. La première surprise, c'est la rapidité de l'élection du nouveau pape, moins de 24 heures. Le cardinal Robert Francis Prevost a été élu 267e pape de l'Église catholique le jeudi 8 mai 2025, jour du 80e anniversaire de la Victoire, vers 19 heures 05 à l'issue du quatrième tour de scrutin. Fumée blanche pour celui qui s'appelle désormais Léon XIV. « Un pape d'équilibre et d'apaisement » pour "Le Monde". « Homme d'écoute et de synthèse, classé parmi les cardinaux modérés » selon "Courrier international". « La promesse d'un pontificat d'écoute et de synthèse » a résumé "Le Parisien".

La deuxième surprise est que ce pape est américain. Citoyen des États-Unis originaire de Chicago (sa ville natale), mais aussi citoyen du Pérou où il a beaucoup vécu (naturalisé en 2015, c'est une obligation pour les évêques au Pérou), le nouveau pape est un petit mélange de nationalités : son père est d'origine française (d'où le nom ; sa grand-mère maternelle est née au Havre) et italienne, sa mère a des origines espagnole, américaine, haïtienne et créole de Louisiane. C'est une surprise car les journalistes étaient à peu près sûrs d'une chose avant le conclave, c'était que le futur pape ne devrait pas être américain. D'où l'intérêt de prendre le contraire. Premier pape nord-américain, premier pape né aux États-Unis... et second pape du continent américain. Bon, parler de nationalité, c'est bien beau, mais soyons clairs : la religion, c'est comme la science, c'est universel et cela n'a pas de nationalité. L'origine géographique du pape n'a en fait aucune véritable importance de nos jours. C'est la personnalité qui compte avant tout.

La troisième surprise (et je m'arrêterai là car tout est surprenant), c'est que Léon XIV ne faisait pas partie des papabili, ce qui confirme toujours que l'issue d'un conclave est toujours improbable. Enfin, pas dans le top 10 des papabili, car il était présent dans la liste publiée par Wikipédia à la veille du conclave et que j'ai publiée dans mon précédent article.


Rappelons aussi une considération importante. Certes, on parle d'une élection du pape, mais il faut quand même dire qu'il n'y a rien de démocratique. Je ne le conteste pas, d'ailleurs, mais il faut rappeler le principe : une démocratie, ce serait de laisser tous les catholiques élire leur pape. Je ne sais pas ce que cela donnerait, mais je suis certain que dans ce cas, il n'y aurait plus de fumée du tout car il ne serait plus du tout question de brûler les bulletins de vote dépouillés ! Si ce sont les cardinaux, nommés par les papes, qui élisent le nouveau pape, c'est simplement pour assurer l'Église d'une continuité (millénaire) sur le dogme.

Il n'en demeure pas moins qu'il faut aussi une adaptation à la société contemporaine. L'un des enjeux des papes contemporains, depuis la déchristianisation amorcée depuis plus d'un siècle en Europe, c'est le savant équilibre entre modernité (adaptation aux temps) et tradition (maintien des principes intangibles en tout temps). Les deux marronniers que sont le mariage des prêtres et les femmes prêtres ne sont pas forcément les premiers enjeux d'une Église en perte de vitesse et en proie à des scandales d'ordre sexuel. Mais la place des femmes, si. Le principe d'égalité entre humains s'applique bien évidemment à l'égalité entre les femmes et les hommes. Et il faudra le réaffirmer haut et fort.

Léon XIV est polyglotte comme ses prédécesseurs ; il parle anglais, espagnol, français, portugais, italien, latin et allemand. Il fait partie des augustiniens, un ordre fondé en décembre 1243. Né le 14 septembre 1955 à Chicago (il va avoir 70 ans dans quatre mois, ce qui est relativement jeune pour un pape ; le pape François avait 76 ans à son élection), Léon XIV a été ordonné prêtre le 19 juin 1982, a été missionnaire au Pérou de 1985 à 1998 puis a été affecté à Rome, puis, ordonné évêque le 12 décembre 2014, et a pris en charge un diocèse péruvien, celui de Chiclayo.


Il était considéré comme un proche du pape François, au point d'avoir été poussé par ce dernier à la Curie qu'il connaît donc bien (essentiel pour un pape) : il a été nommé le 30 janvier 2023 préfet du Dicastère pour les évêques, une sorte de ministre chargé des évêques, de leur nomination, de leur diocèse, etc. Cela donne l'importance de ce cardinal, car le pape François l'a créé cardinal diacre le 30 septembre 2023 puis cardinal évêque le 6 février 2025 (il y a trois "grades" chez les cardinaux : diacres, prêtres et évêques). Alors que le favori, Mgr Pietro Parolin, cardinal évêque, était le numéro un des cardinaux dans l'ordre protocolaire, Mgr Robert Francis Prevost était le numéro quatre sur les 133 cardinaux, ce qui donne une idée de l'importance que lui avait accordée le pape François dans la Curie.

Il faut aussi être très prudent sur la notion de pape conservateur et de pape progressiste. La religion n'est pas un terrain politique et quelle que soit l'identité du nouveau pape, ce dernier aura à cœur à faire vivre l'action et la pensée de ses prédécesseurs et en particulier de ses cinq prédécesseurs (presque) directs qui étaient, tous les cinq, de fortes personnalités qui ont eu une action déterminante dans l'évolution de l'Église catholique, à savoir Jean XXIII, Paul VI, Jean-Paul II, Benoît XVI et le pape François. Tous ces papes étaient très différents, certains observateurs ont voulu mettre certains papes dans des cases, par exemple Benoît XVI conservateur alors qu'il a été parmi les plus réformateurs au Concile Vatican II, mais chacun ont apporté une contribution originale et indispensable à l'Église. Léon XIV, probablement, se référera donc à ces cinq grands papes pour, peut-être, mais il faut attendre pour le savoir, être lui-même un grand pape.

 


Le Président des États-Unis Donald Trump pouvait être fier de connaître le premier pape des États-Unis de l'histoire de la chrétienté, et c'est bien normal. Dès son annonce, il a crié de joie sur son réseau social : « Quelle excitation et quel grand honneur pour notre pays ! J'attends avec impatience de rencontrer le pape Léon XIV. Ce sera un moment très significatif. ». Notons que quelques jours auparavant, il attendait avec impatience d'aller aux funérailles du pape François !
 


Il faut toujours être très prudent avec les affirmations de Donald Trump. En effet, le cardinal Robert Francis Prevost était loin d'être un allié politique du gouvernement Trump. Pire pour lui, il en était un terrible opposant, lui reprochant une conduite inhumaine de sa politique d'immigration.
 


Le futur pape utilisait un réseau social, Twitter, et le 3 février 2025, on pouvait lire ainsi sous son nom : « J. D. Vance a tort : Jésus ne nous demande pas de hiérarchiser notre amour pour les autres. ». En fait, ces mots ne sont pas de Mgr Prevost, mais de la théologienne américano-cubaine Kat Armas dans une tribune publiée le 1er février 2025 dans le "National Catholic reporter" (simplement, le cardinal l'approuvait). L'auteure fustigeait une déclaration donnée le 29 janvier 2025 par le Vice-Président J. D. Vance à Fox News : « Il existe un concept chrétien selon lequel il faut aimer sa famille, puis son prochain, sa communauté, ses concitoyens, et enfin donner la priorité au reste du monde. Une grande partie de l'extrême gauche a complètement inversé cette idée. ». Ce genre de déclaration était régulièrement énoncée par Jean-Marie Le Pen (je préfère ma femme à mon frère, mon frère à mon cousin, mon cousin à mon voisin, etc.). Évidemment, J. D. Vance, qui s'est converti au catholicisme en 2019 et qui a été reçu par le pape François la veille de sa mort, a le droit de penser ce qu'il veut, mais qu'il ne dise pas que c'est un concept chrétien, le christianisme est universel et l'homme doit pouvoir aimer tout le monde d'une égale intensité, c'est ce qu'on appelle l'amour de son prochain, quel qu'il soit.
 


L'article de Kat Armas finissait ainsi : « Non, je ne nierai pas la complexité de l'immigration. Mais présenter l'amour comme quelque chose de calculé et de conditionnel revient à passer complètement à côté de l'essentiel. Bien sûr, nous ne négligeons pas nos familles. Bien sûr, nous investissons dans nos communautés locales. En fait, c'est ainsi que nous opérons les changements les plus profonds : en votant, en nous battant, en luttant contre les systèmes en place qui refusent de protéger les plus vulnérables d'entre nous. Mais l'amour ne peut s'arrêter là. L'amour dont parle Jésus n'est pas une question de calcul ni un choix entre nos familles ou nos voisins. Ce n'est pas une ressource limitée à rationner, mais un fleuve qui coule, sauvage et sans retenue. La vision de l'amour de l'empire repose sur la rareté, tandis que le royaume de Dieu repose sur l'abondance. Si nous nous demandons : "Qui est mon prochain ?", nous passons déjà à côté de l'essentiel. La meilleure question est : comment aimer sans limites ? ».
 


Revenons au nouveau pape. Je ne dénie pas à un Américain le droit de se réjouir d'un pape américain, ni ne dénie à quiconque intéressé par l'élection du pape le droit de s'exprimer, mais je trouve plus pertinent tout de même de laisser les catholiques exprimer ce qu'ils pensent de leur nouveau pape, puisque cette désignation les concerne.

Et en ce qui me concerne, les premiers gestes de Léon XIV m'enthousiasment, comme m'ont enthousiasmé les débuts des trois précédents papes : Jean-Paul II, sa jeunesse sportive, son audacieux "N'ayez pas peur !" ; Benoît XVI et sa très grande intelligence de la foi, peut-être trop grande pour se mettre à l'écoute des fidèles ; enfin, le pape François et sa très grande humilité, avec, là aussi, ses premiers mots d'une incroyable simplicité : "Priez pour moi !".

Les premiers mots de Léon XIV, c'est cette parole dite chaque dimanche à la messe : « Que la paix soit avec vous ! ». C'est bien ce qui est nécessaire dans nos temps difficiles, de paix, d'apaisement des relations entre chacun, chaque être, chaque pays. Et il a poursuivi : « Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne prévaudra pas ! ».
 


Ainsi, voici une grande partie de sa bénédiction donnée à l'annonce de son élection, qui se situe totalement dans la continuité du pape François, avec le même grand sourire, celui de l'humilité et de la simplicité : « "La paix soit avec vous tous !". Chers frères et sœurs, c’est la première salutation du Christ ressuscité, le Bon pasteur qui a donné sa vie pour le troupeau de Dieu. Je voudrais moi aussi que ce salut de paix entre dans vos cœurs, qu’il parvienne à vos familles, à tous les hommes, où qu’ils soient, à tous les peuples, à toute la terre. Que la paix soit avec vous ! C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et une paix désarmante, humble et persévérante. Elle vient de Dieu, de Dieu qui nous aime tous inconditionnellement. Nous entendons encore dans nos oreilles cette voix faible, mais toujours courageuse du pape François bénissant Rome ! Le pape bénissant Rome a donné sa bénédiction au monde, au monde entier, ce matin de Pâques. Permettez-moi de poursuivre cette même bénédiction : Dieu nous aime, Dieu vous aime tous, et le mal ne prévaudra pas ! Nous sommes tous entre les mains de Dieu. C’est pourquoi, sans crainte, unis main dans la main avec Dieu et les uns avec les autres, allons de l’avant. Nous sommes les disciples du Christ. Le Christ nous précède. Le monde a besoin de sa lumière. L’humanité a besoin de Lui comme un pont vers Dieu et son amour. Aidez-vous aussi les uns les autres à construire des ponts, par le dialogue, par la rencontre, tous unis pour être un seul peuple toujours dans la paix. Merci au pape François ! ».

Il a aussi évoqué son appartenance à l'ordre de saint Augustin : « Je tiens également à remercier tous mes frères cardinaux qui m’ont choisi pour être le Successeur de Pierre et pour marcher avec vous, en tant qu’Église unie, toujours à la recherche de la paix, de la justice, cherchant toujours à travailler comme des hommes et des femmes fidèles à Jésus-Christ, sans crainte, pour annoncer l’Évangile, pour être missionnaires. Je suis un fils de saint Augustin, un augustinien, qui a dit : "Avec vous, je suis chrétien, et pour vous, évêque". En ce sens, nous pouvons tous marcher ensemble vers cette patrie que Dieu a préparée pour nous. À l’Église de Rome, une salutation spéciale ! Nous devons chercher ensemble comment être une Église missionnaire, une Église qui construit des ponts, qui dialogue, toujours ouverte pour recevoir, comme cette place, à bras ouverts, tous, tous ceux qui ont besoin de notre charité, de notre présence, de notre dialogue et de notre amour. (…) À vous tous, frères et sœurs de Rome, d’Italie, du monde entier, nous voulons être une Église synodale, une Église qui marche, une Église qui cherche toujours la paix, qui cherche toujours la charité, qui cherche toujours à être proche surtout de ceux qui souffrent. ».

Enfin, Léon XIV a fini par l'évocation d'une femme : « Je voudrais donc prier avec vous. Prions ensemble pour cette nouvelle mission, pour toute l’Église, pour la paix dans le monde, et demandons à Marie, notre Mère, cette grâce spéciale. ».
 


Je trouve, de plus, très prometteur l'appellation de Léon XIV qui reprend directement l'héritage d'un très grand pape, Léon XIII, celui de "Rerum novarum", l'encyclique qui définit la doctrine sociale de l'Église, et celui aussi qui a su adapter l'Église au nouveau temps politique du moment : les catholiques allaient pouvoir voter la République, cela a fait beaucoup plus pour ancrer l'esprit républicain en France que les premières lois du début de la Troisième République. Le pape doit avoir une parole moderne dans un monde en perte de références et de repères.

Léon XIV semble aussi le continuateur de Benoît XVI dans ce qui a été l'idée la plus importante de ce dernier, pape, ou cardinal auparavant auprès de Jean-Paul II : l'importance de faire cohabiter à la fois la foi et la raison. La foi se renforce avec la raison et la raison se renforce avec la foi. Ce n'est pas incompatible, ce sont deux éléments nécessaires pour comprendre le monde. Souhaitons aussi que Léon XIV poursuive dans cette voie pour bien proclamer que la science n'est en rien attentatoire à la foi : elle est nécessaire, elle aide l'humain et elle contribue aussi à son développement. Beaucoup de problèmes éthiques se posent avec le progrès de la science, que ce soit pour l'intelligence artificielle, les analyses ADN, les fécondations in vitro, l'euthanasie, etc. Il n'y a plus aucune boussole du côté des politiques qui naviguent à vue avec des sondages à la petite semaine. Il manque de la réflexion argumentée sur ces sujets majeurs.

J'attends donc beaucoup de Léon XIV. Il doit faire beaucoup en peu de temps, car le temps est toujours compté. L'œuvre du pape François est inachevée. Il a presque 70 ans, c'est plus jeune que son prédécesseur mais c'est déjà un certain âge. Il a l'air en bonne santé et même Philippe de Villiers, dans une analyse particulièrement dénuée de sens, l'a trouvé prometteur ! (son sourire sans doute).

 


Ce vendredi 9 mai 2025 à 11 heures à la Chapelle Sixitine, le nouveau pape a présidé sa première messe pro Ecclesia célébrée avec les cardinaux. Il a fait part de sa « mission urgente » dans ce monde « où la foi chrétienne est considérée comme absurde, réservée aux personnes faibles et peu intelligentes ; où on l’on préfère d'autres certitudes, comme la technologie, l'argent, le succès, le pouvoir, le plaisir. (…) Il s'agit d'environnements où il n'est pas facile de témoigner et d'annoncer l'Évangile, et où ceux qui croient sont ridiculisés, persécutés, méprisés ou, au mieux, tolérés et pris en pitié. ». Léon XIV a invité les cardinaux « à témoigner de la foi joyeuse en Jésus Sauveur », mais aussi à « disparaître pour que le Christ demeure, se faire petit pour qu'Il soit connu et glorifié, se dépenser jusqu'au bout pour que personne ne manque l'occasion de Le connaître et de L'aimer ».

Le programme de Léon XIV est assez dense ces prochains jours. Le 11 mai 2025, il présidera sa première messe pontificale. Le 12 mai 2025, il rencontrera pour la première fois la presse internationale. Enfin, le 18 mai 2025 aura lieu la messe d'intronisation comme pape. Le première étape est réussie, la capacité à obtenir rapidement l'accord des cardinaux pour un pape qui a été élu par au moins les deux tiers des cardinaux. C'est un exploit. Celui des cardinaux, et, pour les cardinaux, aussi celui de l'Esprit-Saint dont ils ont été imprégnés. Passons à la deuxième étape !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 mai 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Léon XIV : Que la paix soit avec vous !
Saint Esprit et conclave.
Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
Le pape François, centre du monde !
Émotion mondiale pour la mort du pape François.
Pâques : Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ?
Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
Abbé Pierre : le Vatican savait dès 1955 !
Mgr Jean-Marc Aveline.
Inquiétudes sur la santé du pape François.
Le pape François en Corse : la vie en rose !
Le voyage du pape François en Corse (Ajaccio) en direct live ce dimanche 15 décembre 2024 (vidéo).
Autonomie de la Corse : y a-t-il un risque de séparatisme ?
Notre-Dame de Paris, capitale du monde !
Pourquoi a-t-on assassiné le père Popieluszko ?
Les 98 ans de Sœur Marguerite.
Bétharram : François Bayrou contre-attaque !
Bétharram : François Bayrou coupable... de quoi, au fait ?
Le scandale bouleversant de l'abbé Pierre.
Assomption : pourquoi le 15 août est-il férié ?
Le pape François à Marseille (1) : ne pas légiférer sur l'euthanasie.
Le voyage du pape François à Marseille (22 et 23 septembre 2023).
Mgr Jacques Gaillot.
Mgr Albert Decourtray.

Maurice Bellet.
Lucile Randon (Sœur André).
François : les 10 ans de pontificat du pape du bout du monde.
Santé et Amour.
Le testament de Benoît XVI.
Célébration des obsèques du pape émérite Benoît XVI le 5 janvier 2023 (vidéo).

L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
Sainte Jeanne d'Arc.
Sainte Thérèse de Lisieux.
Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
L’Église de Benoît XVI.
Saint François de Sales.
Le pape François et les étiquettes.
Saint  Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
La vérité nous rendra libres.
Il est venu parmi les siens...
Pourquoi m’as-tu abandonné ?
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Le ralliement des catholiques français à la République.
L’abbé Bernard Remy.






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250508-leon-xiv.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/leon-xiv-que-la-paix-soit-avec-260869

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/08/article-sr-20250508-leon-xiv.html



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6 mai 2025 2 06 /05 /mai /2025 04:03

« Notre foi est une chose vivante parce qu’elle marche main dans la main avec le doute. S’il n’y avait que la certitude, et que le doute n’existait pas, il n’y aurait pas de mystère, et donc la foi ne serait pas nécessaire. » (Robert Harris, le 1er juin 2017).


 


À la suite de la mort du pape François le 21 avril 2025, les cardinaux sont appelés à élire leur nouveau pape. Cela va se passer au cours du conclave qui commencera ce mercredi 7 mai 2025 à 16 heures 30 dans la Chapelle Sixtine au Vatican.

L'élection d'un pape est toujours un événement mondial et peut influer sur le cours des événements internationaux. Si le pape n'a plus aucun pouvoir temporel, et c'est heureux, il garde, même au-delà des croyants, une influence morale très forte. Les conclaves sont assez rares et souvent surprenants. Ainsi, l'élection de Jean XXIII, de Jean-Paul I
er, de Jean-Paul II et celle du pape François ont été des surprises de taille. Celle de Benoît XVI l'était moins dans la mesure où succéder à Jean-Paul II nécessitait beaucoup d'assurance et d'expérience et peu de cardinaux s'en sont sentis capables.

Je reviens très rapidement sur la désinformation totalement irréelle d'une supposée volonté du Président de la République française Emmanuel Macron d'influer sur l'issue du conclave, ce qui est assez stupide quand on connaît l'organisation du conclave. Et cela uniquement en surinterprétant deux repas diplomatiques complètement ordinaires pris à Rome lors des funérailles du pape François. L'Élysée a d'ailleurs démenti fermement en parlant de fausse information et en rappelant simplement le 2 mai 2025 sur Twitter :
« En déjeunant avec les cardinaux français, le Président de la République s’est conformé aux usages républicains en vigueur et respectés par ses prédécesseurs après les funérailles d’un pape. Ces manipulations de l’information ne sont pas dignes. ».

D'ailleurs, l'un des convives du déjeuner, le cardinal François-Xavier Bustillo, évêque d'Ajaccio, a pris la défense du chef de l'État le 2 mai 2025 sur la chaîne catholique KTO :
« Nous sommes dans une démarche d'amitié et de respect, nous sommes dans le pays de la fraternité ; il n'y a donc aucun conditionnement. Je ne comprends donc pas pourquoi il y a des polémiques. Le Président de la République n'a pas dit aux cardinaux français ce qu'ils doivent faire, et comment et qui doivent-ils voter. Nous sommes libres et responsables, du côté du Président et du côté des cardinaux. ». Un autre cardinal convive a confirmé : « La France est un État laïc. Nous avons été invités. C’est tout à fait normal. Les manœuvres en vue du conclave n’ont pas été abordées. ». Et même Guillaume Tabard, éditorialiste au journal "Le Figaro" et peu suspect de macronisme, a pu témoigner sur place : « Emmanuel Macron n’a tenu aucun propos visant à exprimer sa volonté de voir triompher une ligne plutôt qu’une autre. ». Mais ce qu'on reproche à Emmanuel Macron de manière fausse et mensongère, on ne le reprocherait pas au roi du populisme outre-Atlantique...
 


En effet, depuis le 21 avril 2025, ce qu'on a appelé en France l'Internationale des réactionnaires cherche à militer pour l'élection d'un pape dit conservateur. Donald Trump lui-même, le Président des États-Unis, n'a pas hésité à donner son grain de sel auprès de journalistes qui lui posaient la question, et il leur a répondu le 29 avril 2025 : « J'aimerais être pape. Ce serait mon premier choix ! ». Puis, plus sérieusement : « Je ne sais pas. Je n’ai pas de préférence. Je dois dire que nous avons un cardinal qui se trouve être à un endroit appelé New York, qui est très bon. Nous verrons ce qui se passera. ». Mgr Timothy M. Dolan (75 ans), ami de Donald Trump, est l'archevêque de New York depuis le 23 février 2009.
 


Audace, humour, provocation ...ou vulgarité, Donald Trump s'est même mis à la place du souverain pontife en diffusant le 2 mai 2025 sur son compte officiel des réseaux sociaux l'image que j'ai mise en début d'article, générée par intelligence artificielle. Beaucoup de catholiques ont été choqués par ce narcissisme irrespectueux du pape disparu, notamment en Italie (et le cardinal Dolan n'a pas apprécié l'image), mais le plus choquant est que Donald Trump souhaiterait vraiment influer sur le conclave, il ne s'en est pas caché, mais n'en a pas vraiment les moyens. S'il avait été catholique, il aurait pu imaginer se faire élire pape puisqu'en principe, n'importe quel catholique, y compris un non-religieux, peut se faire élire, même si depuis 1389, les papes élus le sont parmi les cardinaux électeurs. J. D. Vance a donc ses chances.

Revenons aux cardinaux. Chaque jour depuis la mort du pape, les cardinaux présents à Rome se sont réunis en congrégations générales, de plus en plus remplies au fur et à mesure que les cardinaux sont arrivés au Vatican. Tous les cardinaux, y compris les cardinaux non électeurs, ont pu participer à ces temps de prières et de réflexions.
 


Qui va voter au conclave ? Depuis la décision de Paul VI du 1er octobre 1975, seuls les cardinaux âgés de moins de 80 ans peuvent être électeurs du pape et en principe, il ne peut y avoir plus de 120 cardinaux électeurs. Le Collège des cardinaux, qui s'appelait le Sacré Collège avant le 27 novembre 1983, regroupe l'ensemble des cardinaux. Ils sont au total 252, mais seulement 135 cardinaux ont moins de 80 ans au 21 avril 2025. Malgré la règle édictée en 1975, chaque nouveau consistoire (création de nouveaux cardinaux) engendre un nombre supérieur à 120 de cardinaux électeurs. Ainsi, au dernier consistoire le 7 décembre 2024, il y a eu 140 cardinaux électeurs et il aurait fallu attendre le 21 avril 2026, sans nouveau consistoire, pour que le nombre retombât à 120. Toutefois, malgré le surnombre, l'ensemble des cardinaux électeurs voteront. C'est nouveau car à l'élection des deux précédents papes, la limite avait été respectée.

Le plus jeune est le cardinal australien Mykola Bytchok, qui a 45 ans. Les deux plus âgés ont donc un peu moins de 80 ans : le cardinal guinéen Robert Sarah est né le 15 juin 1945 et va avoir 80 ans dans un mois ; le cardinal Carlos Osoro Sierra, archevêque de Madrid, va avoir 80 ans le 15 mai 2025, soit 80 ans dans quelques jours (mais il restera électeur jusqu'à la fin du conclave, d'une part parce qu'il n'a pas le droit d'en sortir avant l'élection du pape, d'autre part c'est l'âge à la mort du précédent pape qui est pris en compte).
 


Des 135 cardinaux électeurs, selon 133 cardinaux vont voter au conclave (les deux autres seront absents). Sur ces 133 cardinaux, une très grande majorité (les quatre cinquièmes), à savoir 108, ont été créés par le pape François ; 5 par Jean-Paul II et 20 par Benoît XVI. À noter que le cardinal lyonnais Philippe Barbarin est donc l'un des rares à avoir été créés par Jean-Paul II (le 21 octobre 2003).

C'est donc un électorat de cardinaux principalement façonné par le pape François. Mais cela ne veut pas dire qu'ils aient la même option... "politique" (?), à savoir, progressiste ou conservatrice (voir plus loin). Le pape François ne cherchait pas forcément à nommer des cardinaux qui pensaient comme lui (humilité, simplicité, douceur) mais a surtout voulu représenter l'ensemble du monde en rééquilibrant l'origine géographique des cardinaux électeurs. Ainsi, sur les 133 électeurs, il y a 52 cardinaux en Europe dont 17 en Italie et 5 en France ; 23 en Asie dont 4 en Inde, 3 aux Philippines, 2 au Japon et 1 en Chine ; 16 en Amérique du Nord dont 10 aux États-Unis ; 4 en Amérique centrale ; 17 en Amérique du Sud dont 7 au Brésil et 4 en Argentine ; 17 en Afrique et 4 en Océanie.

 


Comme indiqué précédemment, deux cardinaux électeurs ne seront pas présents au conclave : Mgr Antonio Canizares Llovera, ancien archevêque de Valence (en Espagne), qui est malade et Mgr John Njue, ancien archevêque de Nairobi, dont j'ignore encore la raison. En effet, au-delà d'un changement de date de naissance officielle (l'état-civil des pays africains est parfois peu rigoureux), ce cardinal a été déclaré absent car malade, mais dans une interview datée du 6 mai 2025, Mgr John Njue a déclaré dans un journal kényan "Daily Nation" : « Honnêtement, je ne sais pas pourquoi j'ai été exclu du conclave, je ne comprends pas la raison. (…) Ceux qui se rendent là pour l'élection reçoivent généralement des invitations officielles et cela n'a pas été le cas pour moi. (…) Ce n'est pas pour des raisons de santé, vraiment, c'est difficile à commenter. ». Il lui a été répondu qu'il n'avait pas besoin d'invitation pour se rendre au conclave dont il est membre de droit, mais qu'il ne s'y rendrait pas pour raison de santé (ce que le cardinal a pourtant démenti).

Un 136e cardinal aurait pu être électeur en raison de son âge (76 ans), Mgr Giovanni Angelo Becciu, mais à cause d'un scandale financier qui l'a condamné à cinq ans et demi de prison pour détournement et mauvaise gestion de fonds (il a fait perdre au Vatican autour de 150 millions d'euros en tant que substitut pour les affaires générales), Mgr Giovanni Angelo Becciu a été déchu de son droit d'électeur par le pape François, et après une velléité de participer quand même au conclave, le cardinal y a renoncé le 28 avril 2025 après la publication de lettres du pape François l'excluant.
 


A priori, un cardinal n'a pas le droit de voter pour lui-même. Un premier vote aura lieu le 7 mai 2025, puis, chaque jour, il peut y avoir jusqu'à quatre votes. Pour que l'élection soit acquise, il faut une majorité des deux tiers, ce qui est beaucoup. Au bout du treizième tour, si aucun pape n'a été encore élu, la majorité absolue suffit. Les bulletins d'un scrutin sont brûlés, la fumée qui s'échappe est noire jusqu'à l'élection d'un pape, avec la fumée blanche. C'est le protodiacre, à savoir le cardinal français Dominique Mamberti qui annoncera l'élection du pape par le célèbre Habemus Papam ! Notons qu'à l'élection du pape François, ce fut aussi un cardinal français, Mgr Jean-Louis Tauran (1943-2018) qui a proclamé les résultats.

Dès l'annonce de la mort du pape François, les spéculations ont prospéré sur l'identité du futur pape et la principale réflexion s'est portée sur : le futur pape sera-t-il un continuateur du pape François comme pape d'ouverture, ou sera-t-il, au contraire, replié sur l'Église, un pape dit conservateur, gardien du temple dogmatique ?

Mais on voit bien que cette question, qui est importante pour l'avenir de l'Église catholique, n'est cependant pas la plus cruciale. En élisant un pape, les cardinaux élisent d'abord un homme, une personne, avec ses qualités, et ses défauts. Ainsi, il faut d'abord comprendre que tous ces cardinaux se connaissent très peu, à part les Italiens ou, plus généralement, les Européens qui sont nombreux et proches géographiquement.
 


Ensuite, il faut imaginer qu'au fil de leurs réunions à huis clos, les cardinaux vont définir, esquisser la figure du futur pape. Quels devront être ses caractéristiques ? Par exemple, au lieu d'être un "conservateur" (évalué à 30% du collège électeur) ou un "progressiste" (évalué à 25%), le futur pape devra surtout être un rassembleur capable de maintenir dans une Église unifiée l'ensemble des progressistes et des conservateurs, ce qui demande un certain don pour la diplomatie.
 


Les cardinaux peuvent aussi souhaiter que le futur pape soit élu pour des missions particulières : par exemple, si l'objectif est de renouer avec l'Église orthodoxe (et laquelle ? celle de Moscou ?), ce n'est pas la même chose que de raffermir les liens avec l'islam. Ainsi, l'un des cardinaux les plus aptes à entretenir des relations avec les musulmans serait un cardinal à la fois algérien et français, Mgr Jean-Paul Vesco (63 ans), archevêque d'Alger, qui ne fait pourtant pas partie de la (longue) liste des papabili (papes possibles). Remarquons que ce cardinal ne fait pas partie des cinq cardinaux français.

L'ouverture sur le monde moderne est aussi un enjeu majeur du prochain pontificat, même si le pape François avait déjà commencé. Cela peut aussi signifier la poursuite d'une opération vérité sur les abus sexuels trop longtemps soumis au silence dans les Églises nationales (le travail a été entrepris en France, aussi dans quelques autres pays, mais dans pas assez de pays).
 


Le choix de l'origine géographique peut aussi être un élément majeur de l'élection. Ainsi, on peut imaginer le premier pape d'Afrique subsaharienne, ou le premier pape asiatique (chinois, pourquoi pas ?), etc. Ou au contraire, un retour à un pape italien pour s'occuper des affaires romaines et réformer la Curie, comme Mgr Mateo Maria Zuppi, l'archevêque de Bologne et président de la Conférence des évêques d'Italie.

Cette liste des papabili est officieuse et ne repose que sur des ressentis de journalistes, un peu comme la liste des futurs ministres lors d'un changement de gouvernement ! Elle donne néanmoins une petit indication sur les enjeux. Celui qui a le plus de probabilité d'être élu serait Mgr Pietro Parolin, Secrétaire d'État du Vatican (l'équivalent de Premier Ministre), un très proche du pape François, le numéro un des cardinaux dans l'ordre protocolaire ; il jouerait le rôle d'une continuité rassurante comme l'a fait Benoît XVI pour succéder à Jean-Paul II.

Il y a aussi des papabili considérés comme "conservateurs", tels que Mgr Robert Sarah (de Guinée), Mgr Peter Turkson (du Ghana) et Mgr Peter Erdo (de Hongrie). Ou encore des papabili d'Asie : Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille (Philippines), très proche aussi du pape François, ou Charles Maung Bo, archevêque de Rangoun (Birmanie).

Enfin, terminons sur un papabile français, Mgr Jean-Marc Aveline, l'archevêque de Marseille et président de la Conférence des évêque des France. Sa montée dans l'Église a été très rapide, aidée du pape François. Marseillais, d'un naturel très chaleureux, Mgr Jean-Marc Aveline avait eu l'honneur d'accueillir le pape François il y a un an et demi (en septembre 2023).
 


Mais la plus grande surprise serait surtout qu'il n'y ait pas de surprise et que le pape soit choisi parmi ceux dont la liste de papabili vient d'être proposée. Les débats au sein du conclave sont secrets et le mystère devra rester ce qu'il est. De l'extérieur, on ne pourra pas donc suivre le cheminement qui aura abouti au choix d'un candidat précis, sur lequel une majorité de cardinaux se sera mis d'accord. L'élection improbable de René Coty à la Présidence de la République française, élu au treizième tour le 23 décembre 1953, montre à quel point chaque tour de scrutin peut complètement changer la situation.

La tâche de choisir le nouveau pape est ardue, compliquée, angoissante. C'est pourquoi on dit généralement que les cardinaux électeurs vont s'imprégner, se laisser guider par le Saint Esprit. Pour le meilleur ...et le meilleur.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 mai 2025)
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Pour aller plus loin :
Saint Esprit et conclave.
Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
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L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
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Dis seulement une parole et je serai guéri.
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L’abbé Bernard Remy.


 




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1 mai 2025 4 01 /05 /mai /2025 21:14

« Durant tout son pontificat, [le pape François] a été aux côtés des plus vulnérables et des plus fragiles, avec beaucoup d'humilité. Et un sens tout particulier de l'autre, en ces temps de guerres et de brutalités. » (Emmanuel Macron, le 21 avril 2025).





 


Décidément, on ne prête qu'aux riches ! On prête de l'influence aux gens qui sont réellement influents dans la scène internationale. Pas étonnant alors que des rumeurs provenant de l'extrême droite italienne font état de la volonté du Président Emmanuel Macron d'avoir une part d'influence sur le déroulement du conclave qui va commencer le 7 mai 2025 pour désigner le successeur du pape François.

Il faut dire que le contexte était favorable aux rumeurs. Le conclave lui-même, assemblée opaque dont il ne doit rien sortir, aucune indiscrétion, aucune fuite, les cardinaux sont mis d'ailleurs à rude épreuve de nos jours, isolés de leur smartphone et du monde extérieur. Le Vatican aussi, cité secrète, mystérieuse, où se noueraient et dénoueraient pas mal de choses en sous-main.


Ensuite, la politique. Jamais sans doute l'élection d'un pape n'a eu une connotation aussi politique que cette fois-ci. On a reproché au pape François d'avoir simplement prêché l'Évangile en exhortant les gouvernements d'accueillir les réfugiés étrangers qui ont quitté, parfois au risque de leur propre vie, leur pays en proie à la guerre, à la répression ou à la misère économique.

C'était pourtant son rôle, le rôle d'un chrétien de rappeler où est l'important, où est l'essentiel. Il faut dire que le pape n'est pas dépendant d'une stratégie électoraliste, il n'a pas à se faire élire, à séduire ceux qui seraient angoissés, inquiets de toute immigration par manque de confiance en eux, par difficulté de connaître leur propre identité. Là où certains, parmi les politiques, s'adressent aux sentiments de peur et de haine, le pape, simplement, s'adresse au cœur.

 


Un article d'Allan Kaval, le correspondant du journal "Le Monde" à Rome, publié ce jeudi 1er mai 2025, résume ainsi la rumeur venant d'une « partie de la presse italienne », devenue ensuite plus clairement « la presse italienne de droite » : « De labyrinthiques intrigues françaises seraient en train de parasiter le processus de désignation du futur pape. Depuis la mort de François, le 21 avril, des titres proches du gouvernement de Giorgia Meloni spéculent ainsi sur les desseins d’Emmanuel Macron, accusé de mettre en œuvre une stratégie visant à pousser ses candidats sur le trône de saint Pierre. ».

Ainsi, le journaliste a cité quelques titres ou expressions de cette presse proche de la Présidente du Conseil italienne Giorgia Meloni : « Macron veut même choisir le pape » ("La Verità") ; « Macron s'incruste même dans le conclave » ("Libero") ; « l'interventionnisme digne d'un roi Soleil » ("Il Tempo"), etc.

La chef du gouvernement italien, qui a mis beaucoup d'eau (bénite ?) dans son vin (de messe ?), était en différend idéologique avec le pape sur la manière d'appréhender le problème des réfugiés arrivant en Europe (et principalement en Italie) par la Méditerranée. On se souvient d'ailleurs que c'était le premier voyage extérieur du pape François après son élection, Lampedusa, et il a n'a jamais cessé de rappeler la nécessité d'accueillir les réfugiés, encore notamment à Marseille et même à Ajaccio, lors de ses deux (derniers) voyages en France.

Comme il faut quand même quelques arguments pour étayer ces affirmations péremptoires, quels sont-ils ? Seulement deux faits qui sont particulièrement faibles et sans vraiment de conséquence, pour expliquer des telles rumeurs sinon par haine politique du Président français. Ainsi, il s'agit simplement de deux repas auquel Emmanuel Macron a participé lors de sa venue à Rome pour l'enterrement du pape François. Des repas qui sont d'ailleurs très ordinaires dans un agenda présidentiel qui s'attache, à l'étranger, à rencontrer à la fois ses hôtes mais aussi ses compatriotes.

 


Un premier déjeuner a eu lieu à l'ambassade de France au Vatican le 26 avril 2025, juste après les obsèques papales, au cours duquel le chef de l'État français a réuni quatre des cinq cardinaux français en capacité de voter au conclave, à savoir Mgr Jean-Marc Aveline (l'archevêque de Marseille et nouveau président de la Conférence des évêques de France), Mgr Philippe Barbarin (ancien archevêque de Lyon), Mgr Christophe Pierre (nonce apostolique aux États-Unis ; un nonce, c'est un ambassadeur du Vatican), et Mgr François Bustillo (évêque d'Ajaccio).

Le second repas, c'est le dîner qui a eu lieu le 25 avril 2025 avant l'enterrement du pape, au restaurant très réputé Dal Bolognese de la piazza del Popolo, qui a réuni Emmanuel Macron et l'historien italien Andrea Riccardi, dont il est proche. Ancien ministre de la Coopération internationale et de l'Intégration de novembre 2011 à mars 2013 (et lauréat du Prix Charlemagne en 2009), Andrea Riccardi a fait partie des candidats possibles à la Présidence de la République italienne en janvier 2022, mais il a été surtout le cofondateur (très jeune) de la Communauté de Sant'Egidio, un mouvement catholique très proche du pape François, regroupant 70 000 membres laïques dans 74 pays. Ce mouvement a été créé le 7 février 1968 dans la suite du concile Vatican II pour lutter contre la pauvreté et promouvoir la paix dans le monde, et a deux branches, une activité caritative (aide aux plus démunis), et une activité diplomatique (médiation dans des conflits internationaux, particulièrement présent en Afrique).

L'un des membres de ce mouvement n'est autre que le cardinal Matteo Zuppi, archevêque de Bologne et président de la Conférence des évêques d'Italie (en quelque sorte, l'alter ego de Mgr Jean-Marc Aveline), qui est aujourd'hui parmi les prélats susceptibles d'être élus pape, proche du pape François. Il a pris des positions publiques en faveur des réfugiés mais aussi contre les projets de révision de la Constitution du gouvernement Meloni, ce qui a bien sûr agacé les dirigeants italiens actuels.


Du reste, le mouvement de Sant'Egidio a réagi à ces rumeurs italiennes en expliquant qu'elles étaient infondées et que le Président français cherchait juste à « comprendre le processus, pas à l'influencer ».

Ce qui est d'ailleurs révélateur, c'est que les journalistes italiens médisants ne sont pas parvenus à apporter une certaine cohérence à leurs rumeurs, puisque pour les uns, Emmanuel Macron comploterait en faveur de Mgr Jean-Marc Aveline, cardinal français plein d'avenir, et pour les autres, en faveur de Mgr Matteo Zuppi. Il faudrait d'abord se mettre d'accord avant d'attaquer stupidement le Président de la République française.
 


Ce dont je suis sûr, en revanche, c'est que tous les cardinaux électeurs qui participeront au conclave, et qui, pour la plupart, vont découvrir autant que les non cardinaux ce processus particulièrement intense de désignation du nouveau pape, sont tous porteurs à la fois d'une certaine gravité (angoisse de choisir le bon cardinal) et d'une certaine détermination qui suppose qu'ils ne se laisseront évidemment pas influencer par des personnalités extérieures, quelles qu'elles soient.

Quant aux risques de divisions des cardinaux durant le conclave, entre supposés conservateurs et supposés progressistes, je pense que c'est imaginer et projeter un filtre politique qui n'existe pas forcément au sein de l'Église catholique qui a elle-même d'autres enjeux. Mais j'en reparlerai certainement.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er mai 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Emmanuel Macron veut-il influencer l'élection du nouveau pape ?
Le pape François, centre du monde !
Émotion mondiale pour la mort du pape François.
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Bétharram : François Bayrou bouleversé par le témoignage de sa fille.
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Inquiétudes sur la santé du pape François.
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Le pape François à Marseille (1) : ne pas légiférer sur l'euthanasie.
Le voyage du pape François à Marseille (22 et 23 septembre 2023).
Mgr Jacques Gaillot.
Mgr Albert Decourtray.

Maurice Bellet.
Lucile Randon (Sœur André).
François : les 10 ans de pontificat du pape du bout du monde.
Santé et Amour.
Le testament de Benoît XVI.
Célébration des obsèques du pape émérite Benoît XVI le 5 janvier 2023 (vidéo).

L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
Sainte Jeanne d'Arc.
Sainte Thérèse de Lisieux.
Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
L’Église de Benoît XVI.
Saint François de Sales.
Le pape François et les étiquettes.
Saint  Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
La vérité nous rendra libres.
Il est venu parmi les siens...
Pourquoi m’as-tu abandonné ?
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Le ralliement des catholiques français à la République.
L’abbé Bernard Remy.


 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250501-macron-vatican.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/emmanuel-macron-veut-il-influencer-260781

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/05/01/article-sr-20250501-macron-vatican.html


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22 avril 2025 2 22 /04 /avril /2025 04:09

« [La Conférence des évêques de France] exprime sa proximité aux personnes victimes et redit sa détermination à agir pour que toute la vérité possible soit faite sur les actes commis par l’abbé Pierre. » (communiqué du 4 février 2025).



 


Depuis le 17 juillet 2024, les Français sont orphelins de l'une des personnalités qu'ils ont le plus adorée depuis les cinquante dernières années, à savoir l'abbé Pierre, une véritable institution de la charité, spirituelle mais aussi économique et sociale, qui fait vivre encore aujourd'hui des milliers de personnes qui avaient besoin d'une seconde chance dans tous les établissements Emmaüs (et qui, du reste, aide aussi tous ceux qui ont été amenés à vider une maison familiale et qui ne savaient pas que faire de tous les meubles, objets, etc. accumulés depuis des décennies voire des générations et devenus invendables).

Les révélations sur l'obsession sexuelle, car c'est bien de cela qu'il s'agit, de l'abbé Pierre arrivent progressivement au grand public par petites grappes d'informations, cela devient même une série à épisodes assez malsaine mais pourtant nécessaire. Rappelons qu'à l'origine, non pas du scandale (seul l'abbé Pierre en est à l'origine), mais de ces révélations, c'est l'enquête interne de la Fondation Abbé Pierre et d'Emmaüs International, saisis par des femmes victimes de l'abbé Pierre, qui ont diligenté une enquête indépendante (oui, même si les enquêteurs sont connus, elle est indépendante) et qui ont remis leur copie à ces organismes qui n'avaient pas beaucoup d'autre choix que de la rendre publique.

Pour les Français, croyants ou pas croyants, cela fait mal car c'est une sorte de saint qui s'écroule dans la mémoire collective. À ce sujet, il faut rappeler que le nom de l'abbé Pierre avait longtemps circulé pour transférer ses cendres au Panthéon. Heureusement qu'on ait hésité ou attendu et il faut vraiment faire attention à ceux qu'on honore, sous peine de rendre ridicule le principe même d'honorer. Je ne sais pas s'il existe un protocole pour dépanthéoniser, mais tant qu'à faire, autant éviter à devoir l'envisager.

Deux petites introductions encore avant la révélation des derniers faits.

La première, courte, est d'insister sur le fait qu'il n'existe pas d'homme providentiel (j'inclus aussi les femmes), quel que soit le domaine dans lequel il exercerait. Pour la raison simple que tout homme est faillible et qu'il faut rester humble. C'est la complexité de l'âme humaine : on peut faire des grandes choses et être un salopard ! On le sait pour les artistes, écrivains géniaux, peintres géniaux, musiciens géniaux (inutile de citer des exemples, on les a en tête), mais c'est vrai que c'est plus difficile lorsqu'il s'agit de personnes religieuses qui, en principe, ont un devoir d'exemplarité plus fort, et l'Église de France a fait ce douloureux travail d'introspection avec le rapport Sauvé, pas encore terminé (l'affaire Bétharram le rappelle), mais indispensable pour repartir sur des bases saines et confiantes. L'homme et la bête. Ange et démon. C'est un classique de la littérature mondiale.

L'autre introduction préalable, c'est d'évoquer certains commentaires qu'on a pu entendre depuis ce 17 juillet 2024 : en gros, ils disent qu'on n'en finit pas de bafouer l'Église catholique, que l'abbé Pierre est mort depuis dix-huit ans et qu'il faut le laisser en paix, et certains commentaires, tentés par le complotisme, iraient même jusqu'à dire que c'est une opération pour discréditer la religion, le christianisme, le catholicisme, et l'Église catholique, voire la tradition.


Alors, d'une part, insistons : l'origine médiatique de toute cette affaire provient des institutions catholiques elles-mêmes ulcérées de découvrir qu'en leur sein, parmi les personnes les plus insoupçonnables, et ce sont les plus croyants, les plus pratiquants, ceux pour qui l'Église catholique représente le plus de choses qui sont demandeurs de cette vérité, qui existe. D'autre part, il ne s'agit pas de malmener la mémoire de l'abbé Pierre car, oui, il a fait de belles choses malgré tout, et cette œuvre caritative doit pouvoir se poursuivre, mais sans embellir l'homme. Ceux qui ne sont pas en paix, ce sont ses victimes, très nombreuses, et elles doivent pouvoir se reconstruire, parler, crier même si nécessaire, du moins pour celles qui sont encore vivantes.

Ceux qui émettent ce genre de commentaires choqués qu'on ose remuer la mouise sont plutôt des identitaires, c'est-à-dire, des revendiqués catholiques pour la seule raison de s'opposer à l'islam, se prévaloir d'un ordre ancien, naturel, qui veulent agiter un étendard de valeurs dites chrétiennes mais qui ne le sont pas du tout (par exemple, lorsqu'on commence à regarder leurs positions sur l'immigration, etc.). Cette branche conservatrice de l'extrême droite a, d'habitude, plus de compassion pour les victimes lorsque les délinquants ou criminels portent des prénoms pas très catholiques.

Revenons alors à l'abbé Pierre.
 


Le premier rapport commandé par Emmaüs France, Emmaüs International et la Fondation Abbé Pierre, rédigé par la féministe Caroline de Haas, a été publié le 17 juillet 2024. Il évoque le cas de sept femmes dont une mineure victimes de l'abbé Pierre entre les années 1970 et 2005 : « comportements inadaptés d'ordre personnel », « proposition sexuelle », « propos répétés à connotation sexuelle », « tentatives de contacts physiques non sollicités », « contacts non sollicités sur les seins »... La Conférence des évêques de France a réagi immédiatement en tweetant « sa profonde compassion et sa honte que de tels faits puissent être commis par un prêtre » et « redit sa détermination à se mobiliser pour faire de l'Église une maison sûre ».

Un nouveau rapport du même prestataire a été publié le 6 septembre 2024 renforçant l'image d'un prêtre libidineux, avec dix-sept témoignages dont douze directs : propos à caractère sexuel, baisers volés, agressions sexuelles sur personne vulnérable dont plusieurs mineures... entre les années 1950 et 2000. Autant le premier rapport pouvait laisser planer un doute, ce deuxième rapport confirme qu'il y a bien un "problème" avec l'abbé Pierre, d'autant plus que les accusations sont même internationales. Le 13 septembre 2024, la Fondation Abbé Pierre, Emmaüs France et Emmaüs International ont annoncé un changement de logo et de nom pour ne plus se référer à la personne de l'abbé Pierre qui, d'attractif, deviendrait répulsif (le 25 janvier 2025, la fondation s'appelle désormais Fondation pour le Logement des Défavorisés). Une commission d'enquête d'historiens indépendants a été mise en place pour faire la lumière sur tous les abus de l'abbé Pierre.


Quelques jours plus tard, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des évêques de France, a confirmé que « quelques évêques au moins » étaient au courant « dès 1955-1957 » du caractère déviant de l'abbé Pierre « à l'égard des femmes » et a rendu accessibles toutes les archives sur le prêtre. Les 216 pièces confirment le comportement problématique sans préciser la nature exacte des actes mis en cause. En particulier, la lettre d'un prélat, peut-être le secrétaire général de l'épiscopat, datée du 13 novembre 1964, parlait déjà d'un « grand malade mental » qui a perdu « tout contrôle de soi, notamment après des livres à succès » et assurait que « de jeunes filles en ont été marquées pour la vie ».

Mgr Jean-Marie Villot, évêque auxiliaire de Paris et secrétaire général de l'épiscopat, patron de l'abbé Pierre à l'époque, et futur cardinal et même, futur Secrétaire d'État (numéro deux au Vatican) de 1969 à 1979, a écrit une lettre sans ambiguïté le 10 janvier 1958 au cardinal Pierre Gerlier, archevêque de Lyon : « Il ne faut pas se dissimuler que tout cela pourra un jour ou l’autre être connu et que l’opinion serait bien surprise alors de voir que la hiérarchie catholique a maintenu sa confiance à l’abbé Pierre. Il y a longtemps déjà que le parti communiste a un dossier à son sujet. Toute la psychologie de l'abbé, attachante par l'humilité avec laquelle il parle de ses faiblesses, n'en est pas moins fort inquiétante et trouble par la facilité avec laquelle il les accepte et en minimise la gravité. ». Il ne faut pas oublier que l'abbé Pierre était déjà une personnalité médiatique de grande envergure dans les années 1950, résistant dès 1942, député MRP de Nancy à la Libération de 1945 à 1951, et connu pour son fameux appel à la radio de l'hiver 1954. En décembre 1957, pourtant, l'abbé Pierre avait été discrètement délocalisé et interné dans un hôpital psychiatrique en Suisse, sur consigne de l'évêque de Grenoble.

 


Le 13 décembre 2024, le journal "Le Monde" a publié un article faisant état d'une longue lettre de dix-sept pages du jeune abbé Pierre âgé de 19 ans, adressée en 1932 à son maître des novices chez les capucins (conservée dans les archives de l'ordre), qui racontait une tentative d'automutilation de son pénis avec un couteau dès l'âge de 5 ans, ce qui montrait bien que le sexe l'a préoccupé depuis très longtemps, et la lettre racontait aussi des abus sexuels qu'il a subis quand il avait 7 ans par des élèves plus âgés, « sous la menace d'un pistolet ».

L'abbé Pierre fut jugé inapte à la vie religieuse juste après son ordination sacerdotale, et il fut affecté non pas à Lyon (sa ville natale) mais à Grenoble pour une raison non connue. À La Côte-Saint-André, en 1942, il était l'aumônier de l'orphelinat et a été soupçonné de comportements ambigus avec les jeunes filles qui l'aidaient.

Un troisième rapport comprenant neuf nouveaux témoignages et une nouvelle synthèse a été publié le 13 janvier 2025, particulièrement accablant pour l'abbé Pierre : il est accusé d'un viol sur un garçon de 9 ans, d'autres agressions sur deux enfants de 8 à 10 ans, une femme de la famille de l'abbé Pierre abusée de manière incestueuse à la fin des années 1990. En tout, les trois rapports font état de trente-trois accusations contre l'abbé Pierre. D'autres sources d'information font état du recensement de cinquante-sept victimes.

Le parquet de Paris a définitivement exclu le 24 janvier 2025 toute poursuite concernant les violences sexuelles de l'abbé Pierre, en raison de son décès et de la prescription. Aucune enquête judiciaire ne sera donc ouverte, ce qui confirme la nécessité que la lumière se fasse par d'autres voies non judiciaires. Rendue publique le 4 février 2025, la lettre du parquet a précisé à l'Église catholique : « Le parquet de Paris a fait savoir que l’action publique était éteinte par le décès du mis en cause en 2007 en ce qui le concernait personnellement, et prescrite en ce qui aurait éventuellement pu concerner des non-dénonciations de faits. (…) Une enquête judiciaire a pour objectif de rechercher si des faits pénalement répréhensibles peuvent et doivent être jugés. S’il arrive que le parquet ouvre des enquêtes sur la dénonciation de faits manifestement prescrits au préjudice de mineurs, comme il y a par ailleurs incité une circulaire ministérielle, c’est afin de rechercher si d’autres mineurs auraient par la suite été victimes de faits similaires (…). Si ces faits plus récents s’avèrent non prescrits, le parquet peut alors engager des poursuites contre le mis en cause pour l’ensemble des faits. Ce n’est évidemment pas le cas lorsque celui-ci est décédé. ».
 


Enfin, le nouveau rebondissement de cette triste histoire a eu lieu le 17 avril 2025 avec la publication du livre d'investigation des journalistes Marie-France Etchegoin, ancienne du "Nouvel Observateur", et Laetitia cherel, de la cellule d'investigation de Radio France, intitulé "L'abbé Pierre, la fabrique d'un saint" (chez Allary Éditions) : « Dès l’automne 1955, non seulement le haut clergé français connaissait la face noire et la dangerosité de l’abbé Pierre mais le Saint-Siège aussi. ». La mise en cause du Vatican n'est pas étonnante étant donné la structure centralisatrice de l'Église catholique. En 1955, l'ancien ambassadeur auprès du Vatican Jacques Maritain a qualifié l'abbé Pierre de « grand malade » peut-être atteint de « schizophrénie ». Le Vatican a adressé le 11 novembre 1955 une lettre à l'évêque de Versailles Mgr Alexandre Renard pour demander l'ouverture d'une « procédure judiciaire » à l'encontre de l'abbé Pierre. Mgr Renard a répondu : « Il semble que les relations “inhonestae” [déshonorantes] de l’abbé ont été moins graves qu’il n’a été dit. », pour refuser de salir « un symbole aux yeux des masses qu’il galvanise à la manière d’un prophète ».

Au-delà de son comportement sexuel problématique, les deux journalistes d'investigation ont aussi mis le doigt sur d'autres faces très sombres de l'abbé Pierre. Il a prononcé des discours ouvertement pétainistes en 1941, avant d'être résistant, comme celui-ci : « Partout où aujourd'hui la France renaissante de notre grand maréchal agit, soyez présents, soyez au premier rang, soyez des plus grands lutteurs, dans la conscience et l'enthousiasme ! ». Le livre rappelle d'ailleurs le soutien tardif apporté publiquement au négationniste Roger Garaudy, ce qui avait provoqué (déjà) une vive polémique (l'abbé Pierre s'en était tiré en parlant simplement d'un soutien « à titre amical »). Les auteures dépeignent un homme « manipulateur », un « Rastignac » qui « intrigue pour grimper dans la carrière de député » et qui « manipule pour faire taire les gêneurs », en totale contradiction avec son image de modestie et de convivialité.

Dès le 13 septembre 2024, le pape François lui-même a affirmé que le Vatican était au courant de ces violences sexuelles depuis, au moins, la mort de l'abbé Pierre, en 2007. En revanche, le Vatican n'a pas réagi au livre publié le 17 avril 2025 disant qu'il était informé dès 1955.

Ce qui est notable, si j'ai bien compris, c'est que le Vatican, conscient du grave problème sexuel de l'abbé Pierre, a demandé aux évêques français d'initier une procédure judiciaire dès 1955. On ne pourrait donc pas reprocher au Vatican de ne rien avoir fait. En revanche, l'épiscopat français de l'époque est fautif d'avoir voulu sinon étouffer l'affaire au moins garder le silence afin de préserver la réputation de l'abbé Pierre et, par la même occasion, la réputation de l'institution religieuse.


Alors, les accusations portées contre l'abbé Pierre n'ont pas pour but de porter des accusations contre l'Église catholique, même si c'en est la conséquence. Elles sont graves car les victimes sont là, nombreuses, traumatisées. Et par ricochet, l'Église catholique, celle de France, est touchée pour avoir fermé les yeux et laisser un prédateur durablement en capacité de faire de nouvelles victimes, jusqu'à l'âge de 93 ans selon un témoignage ! Lors de la remise du rapport Sauvé, il était question de faire toute la vérité sur les agressions sexuelles au sein de l'Église. Comme pour Notre-Dame de Bétharram, les victimes ont encore du mal à s'exprimer. Il est temps que tout soit révélé, seule la vérité peut sortir l'Église de cette affreuse impasse.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Abbé Pierre : le Vatican savait dès 1955 !
Le scandale bouleversant de l'abbé Pierre.
L'appel de l'abbé Pierre.
Viens m’aider à aider !
Le départ d'un Juste.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250417-abbe-pierre.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/abbe-pierre-le-vatican-savait-des-260551

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/04/17/article-sr-20250417-abbe-pierre.html


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19 avril 2025 6 19 /04 /avril /2025 04:47

« Personne ne se sauve tout seul, (…) il n'est possible de se sauver qu'ensemble. » (Pape François, le 3 octobre 2020 à Assise, encyclique "Fratelli Tutti").



 


Selon la liturgie catholique, c'est l'Évangile selon saint Luc qui est lu à la messe de Pâques de ce dimanche 20 avril 2025. Le Christ est mort le vendredi à 15 heures, et le dimanche, trois femmes sont allées le visiter à son tombeau. Stupeur, le tombeau est vide. Vide. Deux hommes éblouissants leur demandent donc mon titre, plus haut : « Pourquoi cherchez-vous le Vivant parmi les morts ? Il n'est pas ici, il est ressuscité. ».

Pour notre vie quotidienne, la fête de Pâques, c'est d'abord la fête du chocolat dans les supermarchés, les embouteillages (parisiens) pour le week-end pascal (merci, j'ai été déjà bien servi cette année), c'est d'ailleurs un week-end prolongé avec un jour férié, le lundi de Pâques (depuis la loi du 8 mars 1886), et ce sont évidemment les vacances dites de printemps. Certes, certes.

Mais à l'origine, c'est d'abord une fête chrétienne. Chrétienne qui a eu lieu à peu près au même moment que la fête juive (on parle de Pâque au singulier pour les Juifs). C'est même la plus importante fête chrétienne, encore plus importante que l'autre fête socialement essentielle, Noël (malgré le caractère laïque de notre société et même sa déchristianisation, ces deux fêtes restent l'ossature du calendrier actuel en ce sens qu'elles entourent l'hiver.

Noël est la fête de la naissance du Messie. Cela pourrait être facile à croire (une naissance comme une autre), mais la foi propose que Jésus-Christ provienne du ventre de Marie ...encore vierge, la Vierge-Marie ou Notre-Dame, très saluée dans la foi chrétienne. La PMA est-elle possible fortuitement ? Rien d'impossible avec la foi, mais de toute façon, quelle réelle importance dès lors qu'un père l'a élevé, Joseph ?

L'autre fête, ce n'est justement pas la mort du Christ, qui, chronologiquement, a lieu le Vendredi Saint à 15 heures (la Semaine Sainte court du dimanche des Rameaux au dimanche Pâques, avec le Jeudi Saint le dernier repas avec les douze apôtres, la Cène, et le Vendredi Saint, sa mort, après Sa Passion, sorte de lynchage par le peuple après avoir été lâché par les dirigeants politiques finalement indifférents au sort de celui qu'ils considéraient comme un innocent).

Il ne s'agit pas d'une commodité intellectuelle ou spirituelle, mais les religions proviennent naturellement d'éléments transcendantaux que l'être humain a du mal à appréhender. J'ai longtemps cru que l'élément fondamental le plus dur à appréhender était la mort. Certains athées, voire agnostiques, pensent que les croyants croient par facilité parce qu'ils ont peur de la mort. Mais la naissance est tout aussi incompréhensible, tout aussi difficile à appréhender : avant, rien, aucun être, après (pas forcément la naissance, après la conception), un être, un bébé d'abord, puis une personne à part entière, un adulte comme les autres. Où était-il "avant" ? Où étais-je avant ma naissance ?!


Au moins, je n'ai pas peur de la naissance, je la trouve très enthousiasmante (dans ce mot contient le mot Dieu en grec). En revanche, j'avoue bien humblement que j'ai peur de la mort, et cela en tant que simple humain sur Terre, pas en tant que croyant, ni en tant qu'incroyant d'ailleurs, la mort des autres, de mes proches évidemment, car le manque sera immédiat, émouvant, effondrant, mais aussi ma propre mort. Comment appréhender ma propre mort ? Où serai-je après mon trépas ? Ma seule intuition est que tout ce qui a été fait ne sera jamais inutile (concept de néguentropie), et donc, il faudra bien que toutes ces vies, ces dizaines de milliards de vies humaines depuis que l'humain est apparu sur Terre, si riches, si précieuses, si diversifiées, si originales, si uniques, si contributives de ce qu'on pourrait appeler l'humanité, aient servi à quelque chose, ici-bas ou plus haut.

Être chrétien n'est certainement pas une facilité avec la mort : j'ai connu un prêtre qui avait été impressionné par un autre collègue prêtre, très âgé, sur son lit de mort, qui était terrorisé à l'idée de mourir. Je le serai certainement si j'ai le temps d'en avoir conscience. Tout le monde est homme et se retrouve à la même enseigne.

Alors, l'histoire de la Passion du Christ est, c'est vrai, très novatrice et très originale. Le jeune homme de 33 ans, prêcheur pendant trois ans, après une traversée du désert (le Carême, quarante jours), l'arrivée triomphale à Jérusalem (accueilli avec des rameaux d'olivier), et détrôné, car il était bien le roi des Juifs (mais son royaume n'était pas de ce monde), comme un vulgaire voyou qu'on a molesté puis crucifié.

Il faut se rappeler que la nuit du Jeudi Saint, sur le Mont des Oliviers, comme tous ses semblables humains, Jésus a la trouille, une forte trouille, tout son corps traumatisé, terrorisé, et il implore même son père, Dieu, de l'épargner, d'arrêter ce processus terrible qui le conduira quelques heures plus tard sur la Croix. Car Jésus est homme.

Alors, bien sûr, il y a plusieurs miracles, plusieurs faits que seule la foi permet de croire. Le premier, c'est que Jésus soit à la fois fils de Dieu et fils de l'homme. Il est Dieu et il est homme. Il est aussi le Saint Esprit. Trinité. En d'autres termes, cela signifie beaucoup de choses : chaque personne est en elle-même dépositaire de Dieu, est Dieu lui-même. L'amour conjugal est en quelque sort l'amour de Dieu dans l'autre, l'être aimé est le Dieu de celui qui aime.

L'autre chose difficile à croire, c'est une sorte de masochisme : Jésus doit mourir crucifié pour racheter les péchés du monde. En gros, un blanchissement du Mal humain. L'un se sacrifie pour tout le monde. Un pour tous, tous pour un.

Enfin, le mystère chrétien au plus haut degré, c'est bien sûr la Résurrection de Jésus, sorti d'entre-les-morts et seule la foi peut le faire croire. Encore une fois, il ne s'agit pas seulement de l'individu Jésus mais bien de chaque homme qui est destiné à ressusciter. La vie gagnant sur la mort.

Ces réflexions ne sont pas du tout théologiques, elles sont très maladroites, ce sont quelques remarques sans prétention d'un contemporain qui tente de comprimer ce Mystère énorme, celui de la mort, celui de la Résurrection, dans une vie de tous les jours de plus en plus achrétienne, de plus en plus déchristianisée. D'ailleurs, cette déchristianisation, commencée en France avec la Troisième République (la République et la foi étaient contradictoire jusqu'au pape Léon XIII) rendait inopportune la peine de mort : s'il existe la vie après la mort, la peine de mort dans un cadre de rédemption pouvait se concevoir, pour une vie ultérieure meilleure, mais si on n'a qu'une seule vie, qu'une seule chance, la supprimer ne l'améliore pas, surtout, ne la corrige pas.

Chaque Homme est Dieu, et Dieu, finalement, c'est peut-être l'ensemble des liens, des relations entre les humains, amour, amitié, affection.

 


C'est pourquoi j'avais envie de citer le pape François à l'occasion de cette fête de Pâques. Sa troisième encyclique, intitulée "Fratelli Tutti", autrement dit, Tous Frères en italien, a été signée le 3 octobre 2020, sur le tombeau de saint François d'Assise, personnalité qui l'a éblouie au point de prendre son nom en tant que pape (étrangement, aucun pape François n'a existé avant lui). La veille de la fête du saint.

Cette encyclique a recentré le message du pape autour des personnes précaires, des pauvres, au point qu'elle a été saluée par l'extrême gauche. Dans son paragraphe 32, le pape explique ainsi : « Certes, une tragédie mondiale comme la pandémie de covid-19 a réveillé un moment la conscience que nous constituons une communauté mondiale qui navigue dans le même bateau, où le mal de l’un porte préjudice à tout le monde. Nous nous sommes rappelés que personne ne se sauve tout seul, qu’il n’est possible de se sauver qu’ensemble. C’est pourquoi j’ai affirmé que "la tempête démasque notre vulnérabilité et révèle ces sécurités, fausses et superflues, avec lesquelles nous avons construit nos agendas, nos projets, nos habitudes et priorités. (…) À la faveur de la tempête, est tombé le maquillage des stéréotypes avec lequel nous cachions nos ego toujours préoccupés de leur image ; et reste manifeste, encore une fois, cette [heureuse] appartenance commune (…), à laquelle nous ne pouvons pas nous soustraire : le fait d’être frères". ».


Le mot principal dans ce paragraphe, c'est "ensemble" : on ne peut se sauver qu'ensemble. Il n'y a pas de salut si on laisse de côté des... laissés-pour-compte. On l'a vu effectivement pour la pandémie du covid-19 (la signature de l'encyclique a été le premier déplacement du pape François depuis le début de cette pandémie). Mais on le verra sans doute, hélas, plus tard, avec les bouleversements climatiques de la planète : on ne sauvera la planète qu'ensemble ("sauver la planète" est très réducteur, évidemment, la planète n'a pas besoin d'être sauvée et se moque de sauver l'homme ; sauver la planète, ici, doit se comprendre comme sauver les conditions qui permettent aux hommes de vivre encore sur la planète... en sachant qu'il y aura un point final facilement prévisible pour les astronomes).

Je viens d'écrire que cette encyclique a été saluée par l'extrême gauche en France mais l'a-t-elle vraiment bien lue ? Je propose pour terminer deux autres paragraphes de cette même encyclique qui souhaitent évoquer des
« compréhensions inadéquates d'un amour universel » :


« 99. L’amour qui s’étend au-delà des frontières a pour fondement ce que nous appelons ‘‘l’amitié sociale’’ dans chaque ville ou dans chaque pays. Lorsqu’elle est authentique, cette amitié sociale au sein d’une communauté est la condition de la possibilité d’une ouverture universelle vraie. Il ne s’agit pas du faux universalisme de celui qui a constamment besoin de voyager parce qu’il ne supporte ni n’aime son propre peuple. Celui qui a du mépris pour son propre peuple établit dans la société des catégories, de première ou de deuxième classe, de personnes ayant plus ou moins de dignité et de droits. De cette façon, il nie qu’il y a de la place pour tout le monde. ».

« 100. Je ne propose pas non plus un universalisme autoritaire et abstrait, conçu ou planifié par certains et présenté comme une aspiration prétendue pour homogénéiser, dominer et piller. Il existe un modèle de globalisation qui "soigneusement vise une uniformité unidimensionnelle et tente d’éliminer toutes les différences et toutes les traditions dans une recherche superficielle d’unité. (…) Si une globalisation prétend [tout] aplanir (…), comme s’il s’agissait d’une sphère, cette globalisation détruit la richesse ainsi que la particularité de chaque personne et de chaque peuple". Ce faux rêve universaliste finit par priver le monde de sa variété colorée, de sa beauté et en définitive de son humanité. En effet, "l’avenir n’est pas monochromatique, mais (…) est possible si nous avons le courage de le regarder dans la variété et dans la diversité de ce que chacun peut apporter. Comme notre famille humaine a besoin d’apprendre à vivre ensemble dans l’harmonie et dans la paix sans que nous ayons besoin d’être tous pareils !" ».

Ensemble, mais sans être pareils.
En somme, la belle devise de l'Union Européenne : "Unie dans la diversité" !

Joyeuses Pâques 2025 !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 avril 2025)
http://www.rakotoarison.eu


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François : les 10 ans de pontificat du pape du bout du monde.
Santé et Amour.
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L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
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Sainte Thérèse de Lisieux.
Hommage au pape émérite Benoît XVI (1927-2022).
Les 95 ans du pape émérite Benoît XVI.
L’Église de Benoît XVI.
Saint François de Sales.
Le pape François et les étiquettes.
Saint  Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
La vérité nous rendra libres.
Il est venu parmi les siens...
Pourquoi m’as-tu abandonné ?
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Le ralliement des catholiques français à la République.
L’abbé Bernard Remy.

 



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250419-paques.html

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3 avril 2025 4 03 /04 /avril /2025 04:13

« Ce que je sens, c'est que Marseille est plus qu'une ville, c'est un message. Dans toute identité, il y a toujours une part d'altérité. Et c'est grâce à ça qu'on peut être accueillant à l'autre. » (Mgr Aveline, le 17 septembre 2023 sur France Bleu Marseille).



 


Ce mercredi 2 avril 2025, la Conférence des évêques de France (CEF) s'est désigné un nouveau président en la personne de Mgr Jean-Marc Aveline. Son prédécesseur, Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims depuis le 18 août 2018 et élu président de la CEF depuis le 3 avril 2019, avait annoncé son retrait le 24 mars 2025 au terme de deux mandats de trois ans. Mgr Jean-Marc Aveline prendra ses fonctions le 1er juillet 2025. Les deux vice-présidents de la CEF sont élus jeudi matin.

Éric de Moulins-Beaufort aurait sans doute été un bon président des évêques en période ordinaire, c'est-à-dire lorsqu'il y a à réfléchir et à faire évoluer l'Église de France. Mais son mandat n'a pas été de tout repos, car en pleine crise très grave, accablante, des prêtres ayant commis durablement des faits de pédocriminalité.

Même si c'est bien l'Église de France qui a été à l'origine du fameux rapport Sauvé (commandé le 8 février 2019 par son prédécesseur, Mgr Georges Pontier, alors archevêque de Marseille) sur les nombreux abus sexuels sur mineurs et sur les personnes vulnérables dans l'Église catholique de France depuis les années 1950, 2 500 pages présentées le 5 octobre 2021, c'est bien Éric de Moulins-Beaufort qui a dû gérer tout le service après-vente de ce rapport, et, disons-le, plutôt mal malgré sa détermination sincère, avec plein de maladresses sans prendre réellement la mesure de ce gigantesque scandale dans l'esprit des victimes. La dernière affaire levée sur les agressions sexuelles et les violences à Notre-Dame de Bétharram ainsi que dans d'autres établissements scolaires catholiques ont sans doute rendu nécessaire l'arrivée d'un autre visage médiatique, plus compassionnel et plus chaleureux.

Qui est Mgr Jean-Marc Aveline ? J'aurais tendance à dire un homme qui monte ! En fait, l'Église de France a eu, depuis plusieurs décennies, un problème de représentation auprès de la société française. Les plus anciens ont connu Mgr Albert Decourtray (archevêque de Lyon) et Mgr Jean-Marie Lustiger (archevêque de Paris), qui étaient de très grandes pointures intellectuelles, religieuses mais aussi médiatiques (comme Jean-Paul II). Ils étaient même invités régulièrement dans l'émission politique phare, "L'Heure de Vérité" sur Antenne 2. Encore auparavant, il y a eu Mgr Jean Vilnet et Mgr François Marty. Mais après les cardinaux Lustiger et Decourtray, peu de responsables catholiques ont véritablement émergé dans la société française (à part Mgr Philippe Barbarin, lui aussi une pointure intellectuelle et médiatique, qui a dû s'éclipser à cause du scandale) et cela manquait.

 


Oserais-je imaginer que Mgr Jean-Marc Aveline pourrait enfin remplir ce vide et donner un nouveau visage, plus convivial, plus souriant, plus ouvert, à une Église et surtout à une communauté catholique très ébranlée par les révélations des dernières années, en particulier un abus commis sur une mineure de 14 ans par le cardinal Jean-Pierre Ricard, archevêque de Bordeaux et ancien président de la CEF, lorsqu'il était curé à Marseille. Un cardinal !

À 66 ans, Mgr Jean-Marc Aveline est un enfant de la Méditerranée, né en Algérie (près d'Oran) et habitant Marseille, dans les quartiers populaires, après un court passage en région parisienne (sa famille était pieds-noirs). Il cultive donc une identité marseillaise très forte. Il a été ordonné prêtre le 3 novembre 1984 après des études de philosophie, de grec, d'hébreu et de théologie (à l'Institut catholique de Paris et à la Sorbonne) et avant un doctorat en théologie ; il a soutenu en 2000 sa thèse sur le sujet suivant : "Pour une théologie christologique des religions, Tillich en débat avec Troettsch". Inutile de préciser qu'il est, lui aussi, une pointure intellectuelle et qu'il a été responsable d'enseignement et d'études au séminaire interdiocésain de Marseille et à l'Université catholique de Lyon. Il a même fondé l'Institut de science e théologie des religions de Marseille en 1992 qu'il a dirigé jusqu'en 2002.

Nommé évêque auxiliaire de Marseille le 19 décembre 2013 (il a été ordonné évêque par Mgr Georges Pontier le 26 janvier 2014 en présence de deux cardinaux marseillais, Mgr Roger Etchegaray et Mgr Bernard Panafieu), Mgr Jean-Marc Aveline lui a succédé le 8 août 2019 comme archevêque de Marseille. Enfin, le pape François l'a créé cardinal (avec le grade de cardinal-prêtre) parmi les vingt et un cardinaux créés lors du consistoire du 27 août 2022. À ce titre, et aussi comme proche du pape François, il est parfois considéré comme un "papabile" (pouvant être élu prochain pape), d'autant plus qu'il a pris beaucoup d'importance ces dernières années au Vatican (membre de deux dicastères, sortes de ministères au Vatican, il s'y rend très régulièrement, plusieurs fois par mois).
 


L'un des exploits de Mgr Aveline, c'est d'avoir fait venir le pape François à Marseille, événement qui n'avait plus eu lieu depuis plusieurs siècles (le pape Clément VII y est venu le 5 novembre 1533) et qui avait séduit le Saint-Père dans sa volonté de promouvoir la Méditerranée (et l'accueil des migrants). C'est ainsi que l'archevêque de Marseille a accueilli son homologue de Rome à Marseille les 26 et 27 septembre 2023, journées au cours desquelles il a pu constater la grande sympathie des Marseillais. La venue du pape avec la célébration d'une messe au Stade Vélodrome a été un moment historique qui a séduit et rendu fiers les Marseillais. Le pape François est retourné en France, un peu plus tard, le 15 décembre 2024, en Corse, et n'est (encore) jamais allé à Paris.

Au début, il avait beaucoup hésité à se porter candidat en raison de son emploi du temps très chargé. Favori du scrutin et très populaire parmi les évêques par sa « bonhomie », sa « grande intelligence » et sa personnalité « hors norme », Jean-Marc Aveline a été élu dès le premier tour président de la Conférence des évêques de France ce 2 avril 2025 à Lourde (pour être élus, il faut réunir une majorité des deux tiers), après deux jours de colloques (en début de semaine) sur les violences sexuelles au sein de l'Église, avec la présence, en particulier, de victimes de Notre-Dame de Bétharram qui ont pu témoigner devant les évêques.


La détermination de l'Église catholique reste intacte pour lutter contre les violences sexuelles en son sein comme cela a été le cas depuis une dizaine d'années, mais ce sujet comporte de nombreuses bombes à retardement (Notre-Dame de Bétharram en est une puisque la plupart des victimes sont restées silencieuses jusqu'en 2024-2025). Mgr Aveline devra donc gérer la suite de ce lourd dossier, notamment sur le plan des réparations aux victimes, et plus généralement, devra revoir l'organisation de l'enseignement catholique afin d'éviter des violences pendant des années sans alerte.

Si la société française en général continue sa progressive déchristianisation (commencée depuis une cinquantaine d'années), il faut remarquer néanmoins que les jeunes semblent revenir à l'Église avec plus de volontarisme. Un évêque cité par Sud Radio l'a ainsi résumé : « On est à un moment de croisement des courbes, avec un effacement du catholicisme sociologique et une montée du catholicisme d'adhésion. ». "Le Monde" a noté le même genre de réflexion auprès sans doute du même évêque : « Nous sommes dans une période de fragilisation mais aussi de recomposition. Nous devons gérer le recul du catholicisme sociologique en même temps que la croissance du catholicisme d’adhésion. ». Ce qui peut créer un problème avec la montée de sentiments identitaires. Mgr Aveline devra accompagner ce regain d'adhésion pour ne pas décourager ce renouveau de l'engagement.

Un autre défi sera d'être plus présent dans les médias pour les grands débats de société, qu'il s'agisse de la laïcité (on va fêter les 120 ans de la loi du 9 décembre 1905), de la fin de vie et, plus généralement, du débat politique de précampagne présidentielle ces prochaines années. En clair, l'Église va devoir se faire entendre de la société française autrement que sur les abus sexuels.

Comme l'ont expliqué Sarah Belouezzane et Benoît Vitkine dans leur article publié le 2 avril 2025 dans "Le Monde", « Jean-Marc Aveline représente un catholicisme ouvert sur le monde, proche des fidèles de tous bords. "Sa personnalité et son contact tranchent clairement avec le reste de l’épiscopat", confiait un prêtre qui l’a assidûment fréquenté. Des fibres pastorales et sociales (avec un souci affiché à plusieurs reprises pour le sort des migrants) qu’il partage avec un pape François dont il est devenu en quelques courtes années un proche. (…) Le cardinal devra désormais délaisser son diocèse pour Rome et Paris. Sa connaissance de la Ville éternelle et de ses usages sera bienvenue après des années de relations plus que froides entre le Vatican et l'Église de France. Jean-Marc Aveline est un homme tout en rondeurs, décrit comme très politique (…). Cette rondeur (…) sera sans doute un avantage dans les défis qui se présentent à lui. ».


"Le Monde" a aussi évoqué le besoin d'un changement de pratique dans la gouvernance de la CEF, son président ne devant être qu'un porte-parole, un animateur, et certainement pas un chef (les évêques jouissent d'une grande autonomie). Très occupé, Mgr Aveline aura très certainement la volonté de déléguer beaucoup de sujets à ses deux vice-présidents qui sont élus jeudi matin avant une conférence de presse en début d'après-midi. En revanche, il devra rester très prudent avec le dossier des agressions sexuelles car l'objectif reste focalisé sur la relation aux victimes,et ces relations humaines ne se délèguent pas. Bon communicant, le "président Aveline" est certainement prêt à relever le défi d'une Église qui aura besoin d'être remise au milieu du village.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 avril 2025)
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