« Je voulais qu'on regarde mon physique pour ne pas voir que j'étais quelqu'un de fragile à l'intérieur. » (Loana, le 5 mars 2018 sur RTL).
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Oui, à l'évidence, elle était fragile. Très fragile. A-t-elle été comme Icare, se brûlant les ailes en virevoltant trop près du Soleil ? Elle s'était décrite elle-même comme une « bimbo idiote fière de sa gloire éphémère », sans se voiler la face, en toute lucidités. Le corps de Loana Petrucciani a été retrouvé ce mercredi 25 mars 2026 sans vie à son domicile de Nice. Elle est peut-être morte il y a plusieurs jours, et ce sont des voisins qui ont alerté la police municipale. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes du décès. Elle avait 48 ans (elle est née le 30 août 1977 à Cannes, vingt ans avant la mort accidentelle de Lady Diana, à un jour près).
Pour beaucoup de Français, elle était la personnalité qui incarnait le mieux la téléréalité. Première émission de téléréalité, "Loft Story" a commencé il y a vingt-cinq ans, au printemps 2001, et montrait une bande de jeunes désœuvrés enfermés pendant plusieurs semaines dans un "loft" (d'où le joli jeu de mot). Le but de l'émission était d'éliminer (le mot est fort, féroce) une personne chaque semaine, choisie par les téléspectateurs, jusqu'à ce qu'il reste un jeune homme et une jeune femme, les gagnants de la saison (Loana a été la gagnante de la première saison). Il faut bien le dire, c'était très ennuyeux, car ils ne faisaient rien, sinon des jeux que la "production" essayait d'impulser de manière très artificielle, mais pour une raison qui devra encore attendre quelques études de sociologues, l'audience était au rendez-vous, ça a plu. Beaucoup plu. Beaucoup trop, sans doute.
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Les gamins étaient observés comme des souris dans un laboratoire, mais ce n'était pas l'esprit scientifique qui motivait le public. Plutôt un voyeurisme léger, je dirais familial, celui de la mère qui veut observer les premiers émois de son enfant, que tout se passe bien, que la descendance soit déjà en route, etc. À l'époque, il n'existait internet que pour des aspects professionnels ou pratiques, mais pas pour se faire voir. Le narcissisme planétaire était encore une exception.
Plus généralement, cette époque a esquissé les premiers pas d'une société qui est la nôtre aujourd'hui, pas seulement celle du paraître et des paillettes (car cela a toujours été ainsi), mais aussi celle des influenceurs, des discours creux, des temps de cerveau vides, une société capable de mettre durablement un jeune homme de 30 ans qui n'a absolument rien fait à son actif en tête des intentions de vote, à 35%, un tiers des sondés !, pour devenir le prochain Président de la République. Une société du creux, des réseaux sociaux, des boucles algorithmiques qui s'autocongratulent. Sisyphe revisité.
L'une des premières curiosités sociologiques de cette drôle d'émission (qui a fait plein de petits, y compris chez la concurrence), c'était que le participant, à l'origine totalement anonyme, qui se faisait éliminer, comme il était complètement coupé du monde pendant plusieurs semaines, découvrait en reprenant sa vie normale à l'extérieur du bocal-loft qu'il avait acquis une énorme notoriété. Mais une notoriété qui ne reposait sur aucun talent, aucun exploit, aucun fait d'arme, seulement sur le fait d'avoir végété, traîné ses savates dans une sorte d'expérimentation télévisuelle.
Évidemment, cette notoriété n'a été que provisoire, les stars ne le restent pas souvent sans justement des faits d'arme. Et cette gloire éphémère était difficilement gérable pour une personne rattrapée par ses démons et ses addictions, car Loana avait eu une vie difficile déjà avant l'émission (elle avait une petite fille dont on lui a retiré la garde, par exemple). La productrice de l'émission Alexia Laroche-Joubert le formulait l'an dernier : « Elle rentre, c'est une inconnue. Elle sort, c'est une icône. ».
Loana a ainsi été cette étoile qui a cru qu'elle pouvait faire tout, que les champs du possible lui étaient grand ouverts, tant pour devenir mannequin (elle avait un physique qui pouvait s'y prêter), que chanteuse, styliste, animatrice de télévision. Alors, oui, certainement, elle a eu un fait d'arme, mais était-ce en sa faveur ? Elle a fait crac-crac en direct dans une piscine devant une caméra particulièrement intrusive et irrespectueuse de la personne humaine (même les lits étaient sous caméras) et donc devant des millions de téléspectateurs.
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Elle a touché un peu à tout dans cet univers superficiel des médias, mais sans forcément connaître un succès fou. Et parallèlement à cela, elle a multiplié les ennuis, les pépins de santé, mentale autant que physique, les dépressions, les tentatives de suicide, la drogue, etc., elle a aussi été victimes de viols et d'agressions sexuelles (et pas sexuelles) dont elle n'a pas réussi vraiment à se remettre. Sans compter qu'elle s'est retrouvée à devoir demander le RSA malgré son prix d'environ 250 000 euros qu'elle avait reçue de "Loft Story", parce qu'elle a fréquenté des hommes qui l'ont ruinée, abusée d'elle et de ses fragilités, fait descendre dans les enfers de l'addiction et de la violence, alimentant principalement les chroniques de fait-divers...
À l'annonce de la mort de la lofteuse étoile, Benjamin Castaldi, qui avait présenté l'émission originelle, a publié sur Instagram : « Il y a des visages qu’on n’oublie jamais. Et le sien, celui de Loana fait partie de notre histoire collective. ». Lui aussi a acquis sa notoriété d'animateur de télévision grâce à "Loft Story", mais au moins, pas comme une souris de laboratoire. Comme un manipulateur, en quelque sorte.
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Et d'ajouter : « Loana n’était pas un personnage. Elle était une femme. Une vraie. Avec ses fêlures, sa douceur, sa fragilité à ciel ouvert. Et c’est précisément pour ça qu’on l’a aimée. Mais c’est aussi pour ça qu’on l’a laissée tomber. On a applaudi sa lumière… sans protéger son ombre. On a consommé son authenticité… sans mesurer le prix qu’elle allait payer. On l’a regardée vivre, aimer, tomber… sans jamais vraiment se demander qui la relèverait après. (…) Elle incarnait une innocence brute dans un monde qui ne pardonne rien. ».
Benjamin Castaldi s'est même permis d'écrire : « La vérité, c'est qu'on est tous un peu responsables. Parce qu'on a tous regardé. Parce qu'on a tous commenté. Parce qu'on a tous, à un moment, détourné les yeux quand ça devenait trop dur. ». Cette généralisation est assez abjecte alors qu'il parlerait plutôt pour lui. Plutôt que culpabiliser des téléspectateurs d'avoir regardé la soupe qu'on leur a servie, on ferait mieux de réfléchir sur la responsabilité, réelle, de ceux qui ont conçu ce genre d'émission, pour qui c'était pécuniairement très profitable.
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Sa compagne de l'émission (j'allais écrire de chambrée), demi-finaliste, Laure de Lattre l'a expliqué dans "Le Parisien" : « Le "Loft" aurait pu changer sa vie, mais sa vie est devenue pire, largement pire après. Ce qui l’a abîmée, ce n’est pas l’émission, c’est toute la vie qu’elle a eue après. On n’était pas préparés à ce qu’on a vécu. ». Ce n'est pas pour rien que Jean-Pierre Foucault, sur Twitter, a rappelé opportunément la participation de Loana dans l'émission brésilienne dont le titre ne manquait pas d'autodérision, "Je suis une célébrité, sortez-moi de la là !" : « Cette célébrité qui l’avait fragilisée et dont elle voulait désespérément sortir. Elle est partie, seule. ».
Autre compagnon d'émission, le seul, avec elle, qui a réussi à nourrir sa notoriété au fil du temps, Steevy Boulay s'est également exprimé sur Instagram : « Ton départ ailleurs, si soudain, me laisse sans voix. (…) Aujourd’hui, en repensant à tout cela, on peut dire que nous avons vécu un conte de fées. (…) Je t’ai vue tomber, te redresser, te battre, lutter, céder. Le temps est au repos maintenant. Je te laisse rejoindre le firmament. (…) Mon cœur, lui, reste lourd, définitivement marqué par toi, Loana. ». Ce n'est pas donné à tout le monde d'être célèbre...
Aussi sur le blog.
Sylvain Rakotoarison (25 mars 2026)
http://www.rakotoarison.eu
Pour aller plus loin :
Loana, l'émoi.
Loft Story.
Vous avez dit audiovisuel public ?
Sondage Ipsos bva – CESI École d'Ingénieurs sur l'audiovisuel public publié le 6 décembre 2025 pour BFMTV et "La Tribune Dimanche" (à télécharger).
Thomas Legrand : les complotistes de la Bollosphère auraient-ils raison ?
La réforme de l'audiovisuel public rejetée par les députés (en première lecture).
L'extinction de C8 : la loi ou la liberté d'expression ?
Ci-gît la redevance à la papa.
La BBC fête son centenaire.
Franck Riester : France Médias ne sera absolument pas l’ORTF.
Publiphobie hésitante chez les députés (17 décembre 2008).
Pub à la télé : la révolution silencieuse (2 septembre 2008).
L’inexactitude de Nicolas Sarkozy sur l’audiovisuel public.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20260325-loana.html
https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/loana-l-emoi-267794
http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2026/03/25/article-sr-20260325-loana.html
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