(dépêches)
Vif échange entre Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit à Strasbourg
16 déc 2008 - il y a 1 heure 1 min
Nicolas Sarkozy et Daniel Cohn-Bendit se sont affrontés mardi dans l'enceinte du Parlement européen à Strasbourg, le premier reprochant au député Vert son "outrance" quand l'autre le traitait de "girouette".
"Dès qu'il y a une caméra de télévision sous votre nez, on a l'impression que vous devenez comme fou", a lancé le président français à Daniel Cohn-Bendit, déplorant son "outrance".
"Oui, vous avez voulu faire avancer l'Europe", venait de lui accorder le député européen. Mais c'est à peu près tout ce que M. Cohn-Bendit a retenu de positif des six derniers mois.
"La présidence française est une girouette qui à un moment dit une chose qui est vraie, et à un autre moment dit une chose qui est fausse", a-t-il accusé.
Concernant le paquet climatique adopté par les Vingt-Sept les 11 et 12 décembre dernier à Bruxelles, "contre le nationalisme économique allemand, vous avez calé", a-t-il affirmé. "Même vous, vous n'y arrivez pas!".
Daniel Cohn-Bendit a surtout violemment critiqué l'attitude de la France face à la Chine: "vous n'avez pas humilié les Chinois. C'est les Chinois qui vous ont humilié", a-t-il lancé, refusant de "se mettre à genou devant les Chinois qui, quotidiennement mettent en taule, torturent. Et l'Union européenne ne dit rien! (...) Nous disons non à cette politique".
La réponse de Nicolas Sarkozy a été cinglante: il s'en est pris à un député européen qui "s'agit(e) sur son siège" et "fai(t) l'imprécateur".
Il a ironisé sur un homme "sympathique lorsqu'on (le) rencontre en privé, lorsqu'on (l')invite à déjeuner", alors que "dès qu'il y a une caméra de télévision sous votre nez, on a l'impression que vous devenez comme fou".
"Je veux dire au public qui nous regarde: ne croyez pas un mot des images que vous venez de voir. Daniel Cohn-Bendit vaut bien mieux que cela!".
Nicolas Sarkozy a rappelé que Daniel Cohn-Bendit était "venu trois fois déjeuner à l'Elysée", attaquant un député européen qui "n'a pas refusé" d'être escorté par des motards de la police à cette occasion, "ce qui montre une capacité à se mettre dans l'ordre républicain" selon lui.
"J'ai pu un peu changer l'Europe, pas Daniel Cohn-Bendit", a conclu le président français. AP
Nicolas Sarkozy plaide pour une Europe des nations, politique
16 déc 2008 - il y a 14 min - Julien Toyer et Gilbert Reilhac
Tirant le bilan de la présidence française de l'UE, Nicolas Sarkozy a plaidé mardi devant le Parlement européen pour une Europe des nations, capable d'exister politiquement.
Le chef de l'Etat, qui présentait à Strasbourg les résultats du dernier Conseil européen et d'un semestre de présidence française de l'UE, a néanmoins insisté sur le rôle de la Commission européenne et du Parlement européen, alors que ce dernier doit encore se prononcer mercredi sur le paquet "énergie-climat".
"On ne construira pas l'Europe contre les Etats. Aussi Européens que vous soyez, l'Europe n'est pas l'ennemi des nations", a-t-il déclaré à l'adresse des parlementaires européens.
"Vouloir passer par dessus la tête de ceux qui sont élus dans leurs pays, ce n'est pas une erreur, c'est un intégrisme (...) Vouloir construire l'Europe contre les nations serait une erreur historique", a-t-il continué, indiquant qu'il avait essayé de "bouger" l'Europe en ce sens.
Nicolas Sarkozy a insisté à plusieurs reprises sur cette dimension au cours de la présidence française de l'UE, marquant un retour sur le devant de la scène européenne de l'idée gaulliste d'Europe des nations, et en a fait un élément central de son héritage à la tête des Vingt-Sept, au même titre que le renforcement de la dimension politique de l'UE.
"L'Europe est forte lorsqu'elle s'appuie sur des Etats forts et responsables (...) L'erreur est de croire qu'il faut des Etats faibles pour faire une Europe forte", a-t-il encore fait valoir lors du débat avec les députés européens.
"Faire de la politique en Europe, redonner aux Européens des choix politiques c'est bien ce qui manquait (...) La politique doit être de retour en Europe", a souligné le chef de l'Etat.
"VIAGRA POUR GOUVERNEMENTS"
Pour ce faire, il estime que l'UE doit avoir des institutions stables et que les pouvoirs de la Commission et de son président doivent être renforcés.
"Plus il y a de commissaires, plus le rôle d'harmonisateur, d'animateur du président de la Commission se pose (...) Il y a besoin de quelqu'un pour fixer une ligne, pour fixer la doctrine", a-t-il fait valoir, considérant qu'un exécutif communautaire élargi demandait plus de leadership.
"La commission est d'autant plus forte que la présidence du conseil est forte (...) c'est à la présidence du conseil de prendre des initiatives politiques, la Commission a son rôle par ailleurs", a-t-il encore expliqué.
Réagissant à ces déclarations, Daniel Cohn-Bendit, a accusé le président français de réduire le Parlement européen à un "viagra pour gouvernements" et la Commission à "un secrétariat pour le Conseil (de l'Union européenne)".
Nicolas Sarkozy a laissé entendre à plusieurs reprises au cours des derniers mois qu'il envisageait le rôle de président de la Commission plus comme un gardien des traités que comme le leader d'un embryon de gouvernement européen - une perspective que confirme le maintien d'un exécutif à 27 et du principe d'un commissaire par Etat, acté vendredi lors du Conseil européen.
Enfin, la présidence française a marqué selon lui un retour aux commandes des grands pays de l'Union, qui "n'ont pas plus de poids mais plus de responsabilités".
"On a tous les mêmes droits mais certains ont plus de devoirs que d'autres", a-t-il déclaré, en référence notamment au couple franco-allemand, moteur historique de l'UE.
"L'axe franco-allemand (...), ce n'est pas un choix, c'est un devoir absolu. C'est un devoir à l'endroit du monde et un devoir à l'endroit de l'Europe. Nous devons marcher la main dans la main", a-t-il ajouté, estimant néanmoins que cette "amitié" n'était pas exclusive.
"L'EUROPE A EXISTÉ"
Enfin, revenant sur les réalisations de la présidence française de l'UE, il a estimé que "l'Europe a(vait) existé" et qu'elle avait pris ses responsabilités, que ce soit sur la crise russo-géorgienne ou sur la crise économique.
Il a aussi souligné que sur ces différents sujets, tout comme sur le paquet "énergie-climat", les eurodéputés ont été "un élément décisif pour obtenir des résultats".
"La présence vigilante d'un Parlement déterminé à obtenir un accord sur le paquet 'énergie-climat' a été pour les chefs d'Etat et de gouvernement un puissant facteur de mobilisation", a-t-il insisté.
Les Vingt-Sept se sont mis d'accord vendredi de manière unanime sur les mesures devant permettre à l'UE de réduire de 20% ses émissions de gaz à effet de serre d'ici 2020.
"L'accord que nous avons scellé au Conseil européen, qui je l'espère sera voté par le Parlement européen demain, respecte les objectifs qui avaient été donnés (...) Vous en ferez ce que vous voulez", a-t-il lancé.
Edité par Henri-Pierre André
