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15 juin 2007 5 15 /06 /juin /2007 09:18
(Dépêches)


Décès de Kurt Waldheim, ancien secrétaire général de l'Onu

VIENNE (Reuters) - Kurt Waldheim, ancien secrétaire général de l'Onu et ex-président autrichien, est mort jeudi à l'âge de 88 ans, annonce un porte-parole de sa famille.

La présidence autrichienne a confirmé le décès de cette personnalité controversée qui avait dirigé pendant dix ans le secrétariat général des Nations unies (1972-81) avant d'accéder à la présidence de l'Autriche.

D'après la présidence autrichienne, Waldheim, qui était né le 21 décembre 1918, a succombé à une maladie foudroyante.

L'agence de presse autrichienne APA, qui cite le gendre de l'ancien président, affirme qu'il est mort d'un infarctus.

Son passé pendant la Deuxième Guerre mondiale était au centre de vives polémiques.

Waldheim, qui avait dix-neuf ans lorsque l'Allemagne nazie annexa l'Autriche, en 1938, a servi dans les rangs de l'armée du Troisième Reich. Mais il écrivait dans ses mémoires que son engagement avait cessé en 1941 après une blessure sur le front russe.

En mars 1986, l'hebdomadaire autrichien Profil affirmait au contraire que Waldheim avait entretenu des liens avec les SA nazis. L'accusation avait marqué sa campagne pour la présidence autrichienne, le Congrès juif mondial affirmant notamment qu'il était mêlé à des crimes de guerre dans les Balkans.

Dans une autobiographie publiée dix ans plus tard, Waldheim reconnaissait qu'avoir dissimulé son passé nazi dans les Balkans avait été une erreur mais réaffirmé être au-dessus de tout soupçon et ne pas avoir eu connaissance des crimes commis sur place, dont la déportation de milliers de juifs grecs au port de Thessalonique, à six kilomètres de l'endroit où il était stationné.

A la demande du gouvernement autrichien, une commission internationale d'historiens avait enquêté sur le passé de Waldheim, concluant en février 1988 qu'il avait eu connaissance des crimes de guerre mais n'y avait pas été impliqué."

"UN GRAND POINT D'INTERROGATION"

La plupart des Autrichiens ne croyaient pas à une implication de Waldheim dans les crimes nazis, et les accusations dont il avait fait l'objet au moment de sa campagne électorale de 1986 l'avaient même propulsé dans les sondages.

Toutefois, devenu indésirable dans nombre de pays étrangers, il n'avait accompli pratiquement aucun voyage officiel lors de son mandat, à l'exception du Vatican à deux reprises et de plusieurs Etats arabes.

Waldheim estimait que cette polémique, si elle lui avait été personnellement dommageable, avait contribué à aider les Autrichiens à faire face à leur passé durant la guerre, et à accepter que tous n'avaient pas été des victimes passives du nazisme.

Un grand nombre de dignitaires nazis, dont Adolf Hitler, étaient Autrichiens.

"Si l'histoire de ma vie a permis une nouvelle approche de l'Histoire (en Autriche), alors tout ceci est positif - bien sûr au prix de dégâts pour moi-même", estimait-il dans une interview accordée au quotidien autrichien Der Standard en janvier 2006.

"Kurt Waldheim a quitté ce monde en laissant un grand point d'interrogation sur son passé et ses activités durant la Deuxième Guerre mondiale", a réagi Ephraïm Zuroff, directeur du centre Simon Wiesenthal. "Sa position lui permettait d'avoir connaissance des crimes de l'Holocauste, et il n'a rien fait pour les arrêter, servant loyalement le régime nazi."

Selon l'agence APA, le président autrichien Heinz Fischer a adressé ses condoléances à la veuve de Kurt Waldheim, et annoncé que les drapeaux du siège de la présidence seraient mis en berne.

"La victoire électorale de Kurt Waldheim a sans nulle doute suscité de nombreux débats, en particulier à propos de la confrontation de l'Autriche avec son passé", a estimé le chancelier autrichien Alfred Gusenbauer.

"Nous avons perdu aujourd'hui un grand Autrichien", a estimé le vice-chancelier et ministre des Finances Wilhelm Molterer, cité par APA. L'ex-Premier ministre Wolfgang Schüssel a évoqué la perte pour l'Autriche d'"un grand combattant pour la paix et la liberté dans le monde". Molterer comme Schüssel sont membres de l'ÖVP (Parti populaire autrichien) dont Waldheim était membre honoraire.

Waldheim avait été hospitalisé fin mai aux soins intensifs de l'hôpital de Vienne pour une forte fièvre. Il est mort à son domicile.

Jeudi 14 juin 2007, 19h00




Regrets posthumes de Kurt Waldheim dans son testament

VIENNE (AFP) - L'ancien secrétaire général de l'ONU et ex-président autrichien Kurt Waldheim, décédé jeudi, a pour la première fois présenté ses "regrets profonds" pour ses propos sur son passé nazi occulté, dans un testament écrit transmis avant sa mort à l'agence autrichienne APA qui le publie vendredi.

Dans ce "dernier message" rédigé sur deux pages, M. Waldheim "regrette profondément" la manière dont il a "pris position sur les crimes nazis, à savoir beaucoup trop tard, et non de manière exhaustive et sans malentendus".

Le Congrès juif mondial (CJM) avait reproché à Kurt Waldheim pendant sa présidence (1986-1992) son passé nazi, révélé en 1986 seulement. Mais ce fut surtout sa réaction à cette révélation, lorsqu'il avait déclaré qu'il n'avait "fait que son devoir" qui avait choqué l'opinion publique.

Outre cette seule phrase dans laquelle il exprime ses "regrets" sur la manière dont il a réagi à l'époque, M. Waldheim ne présente pas d'excuses mais demande à ses critiques de "revoir leur attitude" et appelle "à la réconciliation".

Selon lui, "la raison" pour ses réactions à l'époque "n'a été ni une attitude douteuse ni un calcul politique mais la consternation, les blessures (qu'il a endurées), voire le désarroi face au contenu et à l'ampleur des reproches".

M. Waldheim reconnaît: "oui j'ai aussi fait des erreurs - et j'ai eu heureusement beaucoup de temps pour y réfléchir. Mais je n'ai pas été un suiviste voire un coresponsable d'un régime criminel".

Dans un premier temps, le CJM avait accusé M. Waldheim de crimes de guerre. Plus tard une commission d'historiens mise sur pied par le gouvernement autrichien l'a disculpé de ces reproches, mais a retenu que M. Wadheim était, contrairement à ses déclarations, au courant de toutes les exactions dans les Balkans où il était stationné en 1943 dans l'état-major des troupes hitlériennes.

Par ailleurs, M. Waldheim est revenu sur ses années de secrétaire général de l'ONU (1972-1981) dans son "dernier message" pour rappeler qu'il avait alors "été confronté quotididennement avec des guerres, la violence et l'arbitraire en politique, le désespoir de millions de gens", des événements "qui ont pendant longtemps effacé le souvenir des crimes du passé".

L'ex-président s'est aussi adressé à "tous ceux qui ont eu une attitude critique (envers lui) et leur "demande de réfléchir une nouvelle fois" afin de lui "accorder, si possible, un pardon tardif".

"Je ne crains pas le verdict de l'écriture de l'histoire. Elle saura faire la différence entre ce qui a été et ce qui n'a pas eu lieu", a-t-il encore écrit.

Vendredi 15 juin 2007, 15h33





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