(dépêches)
Présidentielle américaine: McCain attaque Obama lors du dernier débat télévisé
16 octobre 2008 à 08h17
Emmanuel ISSE
Le candidat républicain John McCain, à la traîne dans les sondages, a sorti ses griffes mercredi soir à l'occasion du dernier débat télévisé l'opposant à son adversaire démocrate Barack Obama, se faisant l'avocat de "Joe le plombier", victime innocente de la crise économique.
"Vous ne dites pas la vérité aux Américains" sur la fiscalité, a lancé M. McCain à son adversaire dès le début de leur échange. Le sénateur de l'Arizona a affirmé que la "distribution des richesses", prônée selon lui par M. Obama, revenait à allumer "une guerre des classes".
M. McCain, plus vindicatif que lors des deux premiers débats, a cherché à plusieurs reprises à déstabiliser son adversaire en évoquant ses liens supposés avec William Ayers, un ancien militant d'extrême gauche des années 1960, présenté par les républicains comme un "terroriste". Il l'a aussi accusé à demi-mot de complicité de fraude électorale en soutenant une association de gauche qui milite pour l'enregistrement des citoyens défavorisés et dont des militants ont inscrit des noms fictifs sur les listes électorales.
Barack Obama a aussitôt répliqué: "Mettons les choses au clair. Bill Ayers est professeur à Chicago. Il y a quarante ans, quand j'avais huit ans, il a commis des actes méprisables avec un groupe radical. J'ai condamné ces actes". "M. Ayers n'est pas impliqué dans ma campagne, il n'a jamais été impliqué dans ma campagne, et ne sera pas à la Maison Blanche", a-t-il ajouté sans se départir de son calme.
Le débat qui se déroulait à l'université Hofstra, à Hempstead, dans la banlieue de New York, était considéré comme la dernière chance pour John McCain d'enrayer la dynamique de son rival.
A 20 jours de l'élection présidentielle du 4 novembre, M. Obama possède un avantage de 9 à 14 points dans les intentions de vote selon différents instituts de sondage. Selon un sondage de CNN, diffusé à l'issue du débat, 58% des téléspectateurs ont trouvé que M. Obama avait remporté le débat contre 31% qui ont estimé que c'était M. McCain.
M. McCain a reproché à Obama de l'assimiler trop souvent dans ses critiques au président George W. Bush. "Sénateur Obama, je ne suis pas le président Bush. Si vous vouliez vous opposer au président Bush, il fallait vous présenter il y a quatre ans", a-t-il dit.
"Si je confonds par erreur votre politique et celle de George Bush, c'est parce que sur les problèmes économiques essentiels qui intéressent le peuple américain, sur la politique fiscale, la politique énergétique, les priorités de dépenses, vous avez été un fervent partisan du président Bush", a rétorqué M. Obama.
A plus de 20 reprises, M. McCain a cité "Joe le plombier", figure de l'Américain moyen victime de la crise économique. Il a critiqué le plan fiscal de M. Obama qui prévoit des hausses d'impôts pour les ménages gagnant plus de 250.000 dollars par an et qui, selon M. McCain, nuirait à "Joe le plombier". "Avec Obama, Joe, c'est ta richesse qui sera redistribuée", a dit M. McCain. "Pourquoi voulez-vous augmenter les impôts de tout le monde aujourd'hui?", a demandé M. McCain. "Nous devons encourager les entreprises", a-t-il insisté.
M. Obama a répondu que son programme prévoyait une réduction d'impôts pour 95% des Américains et que seule une poignée de contribuables les plus aisés serait concernée par une hausse des prélèvements. "Nous voulons tous deux diminuer les impôts", a déclaré le sénateur de l'Illinois. "La différence est au profit de qui nous voulons diminuer les impôts", a-t-il fait remarquer.
Les deux hommes se sont accusés mutuellement de mener des campagnes électorales négatives.
"100% de vos campagnes télévisées sont négatives, John, c'est absolument vrai", a lancé M. Obama. "Mais maintenant, je pense que les Américains sont moins intéressés par nos blessures morales durant la campagne que par les questions qui les affectent si profondément", a-t-il ajouté.
Présidentielle américaine: le dernier débat Obama-McCain tourne à l'avantage du candidat démocrate
16 octobre 2008 à 07h36
Beth Fouhy
Alors qu'il devait être consacré à la politique intérieure, le troisième et dernier débat entre les deux candidats démocrate et républicain à la Maison Blanche a rapidement pris un ton personnel et viré à l'aigre mercredi soir quand John McCain et Barack Obama se sont livrés à des attaques frontales sur leurs promesses électorales respectives.
Comme pour les deux premiers, ce dernier débat a tourné à l'avantage d'Obama, selon un sondage réalisé auprès de 620 adultes qui l'ont regardé. Selon cette enquête CNN/Opinion Research qui comporte une marge d'erreur de plus ou moins 4 points de pourcentage, 58% des personnes interrogées estiment qu'Obama a été le meilleur contre 31% qui désignent McCain.
Dès le début du débat et alors qu'il est distancé dans les sondages à moins de trois semaines de la présidentielle du 4 novembre, John McCain a jeté à son adversaire à propos de ses promesses de campagne: "Vous n'avez pas dit la vérité aux Américains".
Barack Obama a rétorqué que dans les meetings républicains, des supporters de son adversaire avaient appelé à le tuer, "ce qui rappelle l'époque de la lutte pour les droits civiques". "Cela a été une dure campagne" a reconnu le candidat démocrate, mais ces propos négatifs auraient du être évités.
Puis, très tôt dans ce débat organisé sur le campus de l'université Hofstra, dans la grande banlieue nord-est de New York, McCain a pointé que le sénateur Obama avait eu des liens par le passé avec des personnages troubles, comme William Ayers, un ancien militant d'extrême gauche. "Je n'ai pas peur de ces anciens terroristes", a déclaré John McCain, "mais je veux éclaircir ce qui les lie au sénateur Obama."
Pour sa défense, Barack Obama a rappelé qu'il n'avait que huit ans quand William Ayers appelait à la lutte armée.
Les candidats se sont interpellés sur leurs messages négatifs, et leurs dépenses de campagne. "La campagne Obama a dépensé plus que tout autre campagne depuis le Watergate", a affirmé le républicain John McCain.
"Cent pour cent des publicités de John McCain sont négatives", a répliqué Barack Obama ajoutant que "les électeurs américains ne s'intéressent pas à ces disputes personnelles". "Je voudrais voir les trois prochaines semaines consacrées à l'économie", a-t-il proposé.
Sur ce point, John McCain a noté d'entrée que les Américains souffrent et sont mécontents. Ils sont "les victimes innocentes de la cupidité de Wall Street", selon lui.
John McCain s'est adressé à "Joe le plombier", en promettant de ne pas augmenter ses impôts. "Avec Obama, Joe, c'est ta richesse qui sera redistribuée", a prévenu le candidat républicain.
Joe Wurzelbacher est devenu célèbre aux Etats-Unis après avoir interpellé le candidat démocrate lors d'un débat public dans l'Ohio, sur la probable augmentation de ses impôts s'il achetait l'entreprise de plomberie dont il est pour l'heure employé.
Barack Obama a souligné sa divergence avec John McCain sur ce point. Selon lui, son adversaire veut privilégier les riches, tandis que lui propose des réductions d'impôts pour 95% des Américains. Les baisses d'impôt doivent servir à créer des emplois, pour le démocrate.
"Personne n'aime les impôts, mais il faut bien que quelqu'un paye pour les investissements essentiels" a tenté d'expliquer Barack Obama, à l'adresse du petit entrepreneur.
"Si personne n'aime les impôts, ne les augmentons pour personne, d'accord?" a rétorqué McCain.
Dès le début du débat, le candidat républicain a tenté de garder la main et avait le premier mis le doigt sur ce qui préoccupe les Américains, les prêts immobiliers, en proposant de "mettre un plancher" sous l'économie du pays pour éviter les faillites individuelles. "Il faut mettre à l'avant les propriétaires", a suggéré le sénateur de l'Arizona.
Barack Obama, lui, a préféré parler de l'emploi, en estimant qu'il manque toujours un plan de soutien de la classe moyenne. Il a félicité son adversaire pour sa libre pensée par rapport au camp républicain, et McCain a réaffirmé qu'il avait lutté contre la torture. "Je me suis battu contre ces gens-là au Sénat" a affirmé le candidat des républicains.
Puis Barack Obama a asséné: "J'ai occasionnellement confondu vos positions politiques avec celles de George Bush, parce que sur les questions économiques centrales qui importent pour le peuple américain, la politique fiscale, l'énergie, les dépenses prioritaires, vous avez été un vigoureux soutien du président Bush".
"Sénateur Obama, je ne suis pas le président Bush. Si vous aviez voulu combattre Bush, vous auriez dû vous présenter contre lui il y a quatre ans", a riposté John McCain.
Il s'agissait du dernier débat entre les deux hommes à vingt jours du vote. Barack Obama a remporté les deux précédents affrontements, estiment majoritairement les téléspectateurs qui les ont suivis.
Débat électoral : Barack Obama vainqueur d'un cheveu
LEMONDE.FR | 16.10.08 | 13h32 • Mis à jour le 16.10.08 | 15h59
"D'un cheveu mais une victoire tout de même." C'est ce qu'écrit Politico après le troisième et dernier débat opposant Barack Obama à John McCain, mercredi soir à l'université Hofstra, à Hempstead, dans l'Etat de New York.
La presse américaine, qui a largement couvert cet ultime débat très attendu aux Etats-Unis, est unanime : la prestation de John McCain est bien meilleure que celle des deux précédentes éditions. Il a placé Barack Obama sous le feu des ses critiques, souligne CNN, mais cela n'a pas suffi à renverser la tendance et reprendre le dessus sur son jeune rival. "McCain n'a pas réussi à froisser Obama, il a fait de son mieux", selon le Miami Herald. "Il a attaqué mais Obama a creusé son avance lors de ce débat en roue libre", renchérit le Boston Globe.
"JOE LE PLOMBIER"
"John McCain a fait preuve de nouveauté et s'est montré agressif à divers moments lors de cette dernière confrontation", écrit le Chicago Tribune. Pour le New York Times, "il a pressé tous les boutons pour mettre Obama à terre". "Il a fait preuve d'une détermination méthodique à démontrer la face cachée d'Obama sur les impôts, ses liens avec l'ex-militant d'extrême gauche William Ayers", poursuit le quotidien new-yorkais. En fait, écrit le Los Angeles Times, "il était venu pour se battre, il avait besoin d'être plus mordant, hargneux, et en réalité, il n'a rien fait de tout cela. A aucun moment, il n'a pu donner l'impression de renverser la vapeur d'une élection qui conduit inexorablement Barack Obama vers la victoire dans les quelques semaines de campagne qui restent".Il a affiché son caractère passionné sur l'éducation, le libre-échange et l'environnement. Il a même été jusqu'à réaffirmer qu'"il n'était pas George W. Bush", une phrase qui a retenu l'attention de CNN et du Boston Globe, marquant ainsi une rupture nette et définitive avec l'administration sortante. Ou alors, il a ressorti l'affaire de "Joe le plombier", ou Joe Wulzelbacher, un Américain qui était devenu célèbre dimanche en s'opposant devant les caméras à Barack Obama en tournée électorale à Toledo, dans l'Ohio, au sujet des projets fiscaux du candidat démocrate. Lors du débat, "Joe le plombier s'est retrouvé au milieu du débat comme la vedette d'un soir", constate le New York Times.
"L'HOMME BLANC EN COLÈRE"...
"Il devait y avoir un nouveau McCain, on n'a rien eu", déclare Politico. "En quatre-vingt-dix minutes de débat, il y a eu très peu d'effets nouveaux et il n'y a aucune raison majeure d'être optimiste côté républicain. Au contraire, le tourbillon McCain s'est montré plus intense. Il a fait des remous sans jeter la moindre nouvelle lumière."
C'était un "homme blanc en colère", souligne le Washington Post : "Au fil du débat, McCain a fait état de ses multiples contradictions : attaquer durement Obama pour faire craquer le gamin et inverser le sentiment des électeurs, mais les attaques n'étaient pas assez fortes pour renforcer l'impression qu'il menait une campagne négative ou, pis encore, qu'il était un homme blanc en colère. La quadrature du cercle, quoi. Bref, il n'a rien fait." La prestation de McCain était une démonstration d'"une stratégie de la défaite", précise plus durement The Huffington Post. Autrement dit, "des messages inconsistants", conclut le Los Angeles Times.
Plus souple envers le candidat républicain, le Time estime que "les premières trente minutes ont été bonnes pour John McCain. Son message était clair sur les impôts et un gouvernement plus modeste. Il a affiché sa différence avec l'administration sortante. Ses souvenirs d'enfance où, dans son gang 14, il avait le rôle du bagarreur. Pour la première fois depuis la fin de la convention républicaine, il semblait contrôler ses propos. Mais cela n'a rien changé, Obama n'a pas commis d'erreur."
"UNE STATURE PRÉSIDENTIELLE"
A la question du modérateur Bob Shieffer sur les critiques qu'ils s'adressent mutuellement, Barack Obama, serein, a répondu : "Je crois que le peuple américain n'est pas très intéressé par nos sentiments personnels. Cela ne me dérange pas d'être attaqué durant les trois semaines de campagne qui viennent. Mais ce que nous ne pouvons pas nous permettre, c'est quatre ans de plus avec les mêmes politiques économiques de l'échec", poursuit le Time, qui conclut : "Obama reprend le contrôle de la partie."
"Ce que ces débats ont montré à l'Amérique, écrit le Washington Post, c'est que Barack Obama, ce gars maigre au drôle de nom, est calme et rassurant avec son propos cohérent et sa voix posée lorsqu'il faut traverser des moments difficiles. Il a été respectueux envers son adversaire mais ferme dans ses choix. Laissez-moi vous dire : dans les trois débats, il s'est forgé une stature de président." "C'est la victoire du calme et de la stabilité", corrobore Slate.
Et pourtant, "Barack Obama n'était pas dans son bon soir", avance la rédaction de la New Republic sur son blog. "Il est apparu beaucoup moins vif et cohérent que la semaine dernière. Malgré tout, il a été assez bon, poursuit-elle, pour tenir à distance son rival républicain" et "convaincre les indécis", cet électorat très volatil, écrivent les journalistes du Time sur leur blog collectif, Swampland.
EST-CE FINI POUR MCCAIN ?
"A moins de trois semaines du scrutin, les chances de John McCain de changer la dynamique de la course s'amenuisent. Il n'a pas fait ce qu'il devait faire à l'université d'Hofstra et Barack Obama ne lui en a pas laissé l'occasion", poursuit Slate.
Dans ces conditions, souligne CBS News, "est-ce trop pour McCain ? Vraisemblablement, le problème de McCain, à moins de trois semaines du jour J, c'est que ceux qui se reconnaissent dans 'Joe le plombier' n'auront pas assez de temps pour le rendre bien meilleur encore". "L'indice McCain poursuit donc sa chute", se permet le Washington Post, dans une allusion à la dégringolade du Dow Jones.
Pas certain, répond Karl Rove, la partie n'est pas gagnée pour Barack Obama : "Le rideau n'est pas tombé !" Quant à la chaîne conservatrice Fox News, elle estime que les deux candidats se sont durement battus, sans désigner le vainqueur de ce dernier débat.
Le Monde.fr
