(dépêches)
Reims, un remake pour le PS?
Casse tête au PS pour la succession de François Hollande...
Le congrès socialiste
Politiques 14 nov. 2008 - 6h51
POUR MEMOIRE
Retour sur les grands congrès qui ont construit le parti.
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PASCAL VIROT
A quoi Reims pourrait bien ressembler ? A Rennes, congrès des déchirures ? A Metz, congrès du vrai clivage ? Rappel de précédents congrès socialistes historiques et de la permanence des polémiques.
Rennes, le cauchemar
C’est le cauchemar des socialistes. Quand ils se réunissent à Rennes, en mars 1990, François Mitterrand est à l’Elysée, Michel Rocard à Matignon et Pierre Mauroy rue de Solférino. La préparation du congrès est tendue, des affaires de fausses cartes, de débauchages écornent l’image d’un parti traditionnellement versé dans le débat d’idées. Le conflit se noue dans la famille mitterrandiste, déchirée entre les deux héritiers, Laurent Fabius, le «fils préféré» et Lionel Jospin, le «fils rebelle».
Le premier plaide pour la «rénovation du PS». Le second soupçonne son concurrent de vouloir construire un parti de «supporteurs» pour assouvir ses ambitions présidentielles au détriment d’un parti de «militants», ancré à gauche. De Rennes à Reims, la même controverse…
Dans la capitale de la Bretagne, l’atmosphère délétère se transforme en un climat haineux. La motion Fabius arrive en tête, talonnée par celle de Jospin-Mauroy alors que les amis de Rocard se trouvent en position d’arbitre. La recherche d’une improbable synthèse se poursuit de longues heures.
Puis survient ce que tout le monde socialiste redoutait : l’éclatement au grand jour de la famille mitterrandiste. Lionel Jospin refuse de discuter avec Laurent Fabius qui a «voulu déstabiliser la direction de [son] propre parti». Jean-Pierre Chevènement dénonce «les mœurs insupportables» de Fabius…
Un «TSF» («Tout sauf Fabius») se met en place. Celui-ci entend que le parti se rassemble autour de lui, puisqu’arrivé en tête. Le clan mitterrandiste se déchire. Lionel Jospin : «On ne peut réduire [le PS] à une machine électorale.» Quand Laurent Fabius évoque François Mitterrand, la salle le hue. Henri Emmanuelli lui lance depuis la tribune : «On n’hérite pas du parti comme d’une Aston Martin…»«Arrêtez les magouilles !» hurlent les congressistes qui redoutent un accord en coulisses. Le constat d’échec est dressé. L’accord sera trouvé quelques jours après, à Paris : Pierre Mauroy est reconduit au poste de premier secrétaire, celui de numéro 2 du parti est confié à un fabiusien.
Metz, l’affrontement
Ce compromis sera-t-il réédité à Reims ? Ou Reims sera-t-il assimilé à Metz ? Car en Lorraine, c’est un vrai congrès de fond qui s’ouvre en avril 1979.
Deux lignes s’affrontent: celle du premier secrétaire sortant, François Mitterrand, et celle de son rival, Michel Rocard. Le second pointe «l’archaïsme» du premier qui dénonce, en retour, par alliés interposés, une «gauche américaine», une «deuxième gauche» sans épine dorsale.
De fait, le débat tourne autour des «deux cultures» qui cohabitent au PS: l’une, incarnée par Mitterrand, jacobine et centralisatrice, l’autre, celle de Rocard, autogestionnaire et rétive aux «structures pyramidales» de la société. Mitterrand plaide pour la planification. Michel Rocard rétorque : «Entre le Plan et le marché, il n’y a rien !» Du haut de la tribune, Laurent Fabius lui jette : «Entre le Plan et le marché, Michel, il y a le socialisme !» Les différences sont patentes entre les tenants d’un volontarisme politique et ceux qui prennent en compte les contraintes économiques. Ils auront gain de cause en 1983, lors du tournant de la rigueur…
Epinay, l’unification
Mais il reste, peut-être une option pour les socialistes : un nouveau congrès d’Epinay (juin 1971), celui de la refondation et de l’unification du PS, celui qui a vu émerger le triptyque magique pour un parti : un projet («bâtir le socialisme»), une stratégie (l’union de la gauche) et un leader charismatique et incontesté : François Mitterrand. Un chef qui, lorsqu’il monte à la tribune, n’a même pas la carte du parti qu’il s’apprête à diriger.
Le PS à Reims: sacrée embrouille
Le congrès socialiste
Casse tête au PS pour la succession de François Hollande...
Politiques 14 nov. 2008 - 6h51
Le congrès du PS s'ouvre aujourd'hui alors que les ténors du PS continuent à se disputer la succession de François Hollande.
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MATTHIEU ECOIFFIER et DAVID REVAULT D’ALLONNES
Ségolène sortira-t-elle à temps du «Frigidaire» dont elle a entrebâillé la porte ? Le jeune Benoît concrétisera-t-il avec Martine ? Et Bertrand ? Réussira-t-il, au congrès de Reims qui s’ouvre cet après-midi, à accepter enfin sa défaite et à se joindre à eux pour «empêcher que Ségolène prenne le parti, car ce ne sera plus le même parti», selon un de ses proches ? Pas sûr que le dénouement du congrès, dimanche matin, apporte une réponse à ces angoissantes questions, posées lors des épisodes précédents. «C’est l’un des congrès les plus atypiques qu’on ait eu à gérer, assure un jospiniste. Rennes, à côté c’était presque facile. A l’époque les schismes étaient solubles…»
Seule certitude dans ce feuilleton, les socialistes pilotent à vue, et ce dans un épais brouillard politique. «Rien ne se fera avant dimanche matin», estimaient hier plusieurs vieux briscards du parti. «Ça change toutes les minutes», ajoutait un ami de Hollande. Tout pronostic relève donc de la mission impossible. En témoigne ce florilège de SMS reçus au service politique de Libération : «Désolé, déjeuner annulé pour causes de réunions incessantes à la recherche d’une synthèse improbable» ; «Bertrand aurait proposé à Aubry que Harlem Désir soit notre candidat commun» ; «On a constaté ke Sego n’arrivait ni à se présenter, ni à faire une majorité… c’est au Congrès sam, que ça sdénoue».
«Bidouillage». Dans une partie d’échecs où la gestion du temps s’avère décisive, les adversaires de Royal, qui temporise, ont bien tenté, ces derniers jours, d’échafauder un conglomérat «A-C-D» contre la «E», du nom des motions Delanoë, Hamon, et Aubry, d’une part, et de celle de Royal, d’autre part. Pour l’heure, sans succès. Un petit-déjeuner tripartite «de la dernière chance avant le congrès», selon un jospiniste, a été proposé par Hamon, ce matin à Paris. Au point que Vincent Peillon, associé de Royal, a jugé bon de fustiger «les conciliabules d’arrière-boutique», et de pousser un cri : «Halte au feu !»
Mais si les trois camps sont d’accord pour calmer «l’envie», exprimée par Royal, de prendre le parti, ils peinent à se mettre d’accord sur l’essentiel : un candidat. Hamon l’est toujours, Aubry «n’est ni candidate ni pas candidate», selon ses proches. Mais la position de la motion A associant, outre Bertrand Delanoë, Pierre Moscovici et François Hollande, est sans doute la plus délicate. Alors qu’on voit mal la garde rapprochée du maire de Paris convoler avec Ségolène Royal, les rocardiens, dont le député du Doubs, ne s’allieront jamais, pour leur part, avec l’aile gauche du parti. Et les amis du premier secrétaire sortant ? «Je ne m’associerai pas au bidouillage», a pour sa part indiqué Stéphane Le Foll, hier à quelques proches. Quant à François Hollande, il réapparaît ce matin, dans plusieurs quotidiens régionaux, pour expliquer que Ségolène Royal doit «faire la preuve qu’elle peut rassembler le parti», mais que Bertrand Delanoë, dont il a soutenu la motion, devra, à défaut, «prendre l’initiative».
«Par-dessus». La confusion, à l’arrivée, est extrême. Avec une hypothèse : «On constate que rien ne bouge, et on remet tout à l’élection du premier secrétaire au suffrage direct des militants, le 20 novembre.» Un nouveau scrutin, à la fois deuxième tour et match retour, sur lequel mise ouvertement Ségolène Royal : «Il y aura le vote des militants», menace-t-elle, à la fois par certitude de disposer d’atouts électoraux dans une compétition «d’homme à homme», mais aussi pour dissuader ses compétiteurs potentiels. «La tentation de Ségolène Royal est de passer par-dessus le congrès», estime Francis Chouat, proche de Delanoë. Un vieux routier du parti résume la situation : «On arrive en ordre dispersé au congrès. On va aller au vote, et je suis bien incapable de faire un pronostic. Ça va se jouer au couteau.»
Valls n'en doute pas, Royal «sera candidate»
Le congrès socialiste
Casse tête au PS pour la succession de François Hollande...
Politiques 14 nov. 2008 - 9h54
Alors que le congrès du PS s'ouvre cet après-midi à Reims, l'ex-candidate à la présidentielle n'a toujours pas officialisé sa candidature au poste de Premier secrétaire.
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Manuel Valls, bras droit de Ségolène Royal, a déclaré ce matin sur France info qu'il ne «doutait pas un instant qu'elle soit candidate dans les heures qui viennent».
«Sa motion est arrivée nettement en tête, (...) pourquoi empêcherait-on Ségolène Royal d'être Premier secrétaire, à partir du moment où elle tend la main à tout le monde, où elle veut composer une direction où chacun doit trouver la place, mais avec une volonté de faire émerger une nouvelle génération?»
Vincent Peillon, autre bras droit de Royal, s'exprimait de son côté sur France Inter. «Il me semble que maintenant, nous devons collectivement appeler à sa candidature et c'est ce que, avec mes amis Gérard Collomb, maire de Lyon, Jean-Noël Guérini (patron de la fédération des Bouches-du-Rhône), et François Rebsamen (numéro 2 du parti) nous allons faire dans la journée devant les militants», a-t-il dit.
Liberation.fr
La règle du jeu des désignations
Le congrès socialiste
Casse tête au PS pour la succession de François Hollande...
Politiques 14 nov. 2008 - 6h51
DECRYPTAGEMode d’emploi du congrès national du parti et de ses élections.
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M. E.
Au PS, le congrès national a lieu tous les trois ans. Il est convoqué par le conseil national (CN). Les membres de ce «parlement» du parti, qui se réunit tous les trois mois, sont désignés par les délégués au congrès, proportionnellement aux résultats obtenus par les différentes motions le 6 novembre. Il est composé de 204 membres élus par le congrès national et de 102 premiers secrétaires fédéraux. Seuls les signataires des quatre motions qui ont obtenu plus de 5 % - Delanoë, Hamon, Aubry et Royal - pourront y siéger. Les 630 délégués envoyés à Reims ont été désignés le week-end dernier lors des congrès fédéraux, en fonction des résultats obtenus par les motions dans chaque département. Sont aussi présents à Reims les membres de droit : parlementaires socialistes et membres du CN sortant. Ils peuvent s’exprimer mais pas voter.
Samedi après-midi sera un moment crucial du congrès puisqu’il s’agit de la désignation, toujours en fonction des résultats du 6 novembre, des 102 délégués qui vont composer la commission des résolutions. «Sa vocation est de proposer un texte d’orientation pour le parti, avec une majorité politique pour le soutenir et un (ou une) candidat(e) au poste de premier secrétaire pour l’incarner. Elle peut y arriver ou pas», rappelle-t-on rue de Solférino. La commission des résolutions pourrait siéger, comme souvent, jusque tard dans la nuit de samedi à dimanche. Le dépôt des candidatures au poste de premier secrétaire sera ouvert samedi après-midi et se refermera après le verdict de la commission.
Les militants éliront le jeudi 20 novembre le premier secrétaire national - mais aussi leur premier secrétaire fédéral - au suffrage direct, comme l’a institué la réforme voulue par Lionel Jospin en 1995.
Le 22 novembre, le CN désignera le nouveau bureau national (BN). Composé de 54 membres et des 18 premiers secrétaires fédéraux à la proportionnelle des motions, il se réunit toutes les semaines pour «assurer la direction du parti». Le CN élit aussi le secrétariat national parmi les membres du BN. Sorte d’exécutif du parti, il est à la fois chargé de mettre en œuvre les décisions du BN et de proposer des orientations.
Congrès PS de Reims: affrontement en vue, dès le premier jour
Le congrès du Parti socialiste s'annonçait vendredi, jour de son ouverture, comme un affrontement sur la prise du pouvoir ou non de Ségolène Royal dans le parti, avec la volonté déclarée de ses partisans d'appeler à son accession au poste de premier secrétaire.
Presqu'au même moment, les leaders des autres motions - Bertrand Delanoë, Martine Aubry et Benoît Hamon - tenaient leur toute première réunion commune à l'Assemblée nationale pour tenter de trouver un terrain d'entente "sur le fond", ce que le camp Royal a immédiatement qualifié de ligue "Tous contre Ségolène".
En dépit du refus exprimé de tous côtés de ne pas faire de Reims "une bataille de personnes", le Congrès tournait avant même son coup d'envoi autour d'une question-clé: faut-il en faire une pré-désignation du candidat socialiste à la présidentielle de 2012, et porter à la direction du PS un présidentiable ?
Le premier secrétaire est en effet le candidat naturel à ce scrutin, surtout s'il s'agit d'une personnalité de tout premier plan comme Ségolène Royal ou Bertrand Delanoë.
Arrivée en tête du vote des militants avec 29% des voix, Ségolène Royal n'a toujours pas déclaré sa candidature. Mais celle-ci ne fait guère de doute: son bras droit Vincent Peillon a annoncé que ses partisans allaient appeler à sa candidature au poste de Premier secrétaire "devant les militants", dès vendredi.
Le thème de la présidentialisation ou non risque d'être d'autant plus présent que Mme Royal souhaite installer un Premier secrétaire délégué, chargé de faire "tourner la boutique" au quotidien, selon des proches. Mme Royal pourrait ainsi se préserver des joutes internes et garder un statut à part, si elle parvient à ses fins.
La responsable socialiste continue de travailler au "rassemblement" du PS autour d'un accord programmatique, malgré les réserves exprimées par M. Delanoë et Mme Aubry sur ses propositions de compromis. C'est à elle de
"faire la preuve qu'elle peut rassembler le parti", a déclaré François Hollande, allié de M. Delanoë.
Mais les proches de Mme Royal considèrent que sa candidature n'est pas négociable puisque les militants lui ont donné cinq points d'avance sur Bertrand Delanoë et Martine Aubry (tous deux autour de 25%).
Accord ou pas accord, "le suffrage universel" des militants tranchera, a déclaré mercredi Mme Royal, ne cachant pas son "envie" de s'asseoir dans le fauteuil de François Hollande.
A la questure de l'Assemblée, MM. Delanoë, Hamon et Mme Aubry se sont réunis pendant une heure et demie, assistés respectivement de Harlem Désir et Pierre Moscovici, Henri Emmanuelli et Jean-Christophe Cambadélis.
"Nous essayons de rassembler ceux qui semblent proches sur la conception du PS, l'ancrage à gauche, les alliances", a déclaré Harlem Désir.
Le maire de Paris se juge le mieux placé. "La motion Delanoë doit être celle qui donne la cohérence, la stabilité. Je souhaite qu'elle prenne l'initiative et fasse entendre sa voix", a déclaré M. Hollande.
Seul candidat officiellement déclaré à cette succession, Benoît Hamon ne l'entend pas de cette oreille. Il devait tenir ce langage à ses interlocuteurs: "Aujourd'hui, il n'y a qu'un candidat déclaré et un seul. Le soutenez-vous ou pas ?".
"On voit tout le monde vouloir se liguer pour essayer d'empêcher Ségolène Royal d'accomplir sa tâche", a lancé pour sa part M. Peillon. "On essaie d'une certaine façon de voler" son succès.
Une bataille à l'issue très incertaine vient donc de s'ouvrir.
M. Hollande en est conscient, n'excluant pas un échec. Si les socialistes, emportés par "le démon de l'ambition personnelle", ne parviennent pas à un accord à Reims, le "suffrage universel des militants" tranchera jeudi prochain, a-t-il déclaré à l'AFP.
Dernière mise à jour le: Vendredi 14 Novembre 2008, 16:17
