(dépêches)
Les attentats de Bombay ont fait 195 morts et 295 blessés
29 nov 2008 - il y a 1 heure 35 min
Les attentats de Bombay ont fait 195 morts et 295 blessés, ont annoncé samedi les autorités indiennes.
Alistair Scrutton, version française Jean-Philippe Lefief
Des Occidentaux otages à Bombay, plus de 100 tués
Jeudi 27 novembre, 12h07 - Rina Chandran
Bombay, capitale financière de l'Inde, résonnait toujours de rafales d'armes automatiques jeudi matin, douze heures après une série d'attaques ponctuées par des prises d'otages et la mort de plus de cent personnes.
Dans deux des hôtels les plus luxueux de la ville, le Taj Mahal et l'Oberoi, des hommes armés détenaient un nombre non spécifié d'otages, dont des Occidentaux, particulièrement ciblés par les commandos se réclamant de l'islamisme.
La police indienne a fait état de 101 morts, dont six étrangers, et de près de 300 blessés à la suite de ces attaques qui ont visé, outre les deux palaces, un restaurant fréquenté par les Occidentaux, une gare et deux hôpitaux.
Des policiers tentent de pénétrer dans les deux hôtels de luxe mais les autorités ont reconnu que la situation n'était toujours pas normalisée.
"La situation n'est pas encore sous contrôle et nous essayons de faire sortir des terroristes qui se cachent dans les deux hôtels", a dit Vilasrao Deshmukh, Premier ministre de l'Etat de Maharashtra dont Bombay est la capitale.
Ces attaques à l'arme automatique et, dans certains cas, à la grenade, ont été revendiquées par les "Moudjahidine du Deccan", une organisation jusque-là peu connue. Le Deccan, ou Dekkan, est la partie centrale de l'Inde.
L'un des membres du commando qui a attaqué l'hôtel Oberoi a affirmé que son groupe, composé de sept hommes, détenait des otages et a dénoncé les mauvais traitements dont sont victimes selon lui les musulmans en Inde.
"Nous sommes sept à l'intérieur de l'hôtel Oberoi. Nous demandons la libération de tous les Moudjahidine détenus en Inde et ce n'est qu'après que nous libérerons ces gens", a déclaré cet homme à India TV, qui l'a identifié sous le prénom de Sahadullah.
"Libérez tous les Moudjadidine, et les musulmans vivant en Inde ne doivent pas être importunés", a-t-il ajouté.
A LA RECHERCHE DE BRITANNIQUES ET D'AMÉRICAINS
Selon des témoins, les assaillants s'exprimaient en Hindi ou en Urdu, ce qui laisse penser qu'il s'agit d'activistes indiens et non d'étrangers.
Ces attaques interviennent en pleine période d'élections régionales en Inde, y compris au Cachemire, et risquent de déstabiliser le pays avant des élections fédérales prévues l'an prochain.
Un responsable européen a été blessé lors de l'attaque de l'hôtel Taj Mahal, où se trouvent plusieurs députés européens et dont les flammes léchaient encore le toit jeudi matin.
"Je suppose qu'ils (les agresseurs) cherchaient des étrangers, parce qu'ils demandaient les passeports britanniques ou américains", a raconté Rakesh Patel, un ressortissant britannique qui vit à Hong Kong et résidait à l'hôtel Taj pour affaires. "Ils avaient des bombes."
Les forces de sécurité tentent de pénétrer dans les deux hôtels mais leur progression est rendue difficile par la résistance des commandos.
"Les terroristes nous lancent des grenades du toit du Taj et tentent de nous empêcher d'entrer", a déclaré à Reuters un inspecteur de police, Ashok Patil.
"Il semble qu'il y ait encore beaucoup de gens pris au piège dans les deux hôtels, et selon nos informations, les fusillades sont constantes, surtout venant du Taj", a dit un responsable du commissariat central de Bombay.
Quatre des assaillants ont été tués par la police et neuf autres ont été arrêtés, à déclaré un responsable du commissariat central de Bombay.
ONZE POLICIERS TUÉS
La police fait par ailleurs état de onze morts dans ses rangs, sans préciser s'ils faisaient partie du bilan général de 80 victimes. Parmi les policiers tués figure le chef de la brigade ani-terroriste de Bombay, Hemant Karkare.
Selon la police, une famille israélienne est par ailleurs retenue en otage par des hommes armés dans un appartement de la ville.
Un rabbin est propriétaire du bâtiment où il vit avec son épouse et leurs deux enfants, mais on ignore s'ils sont les victimes de la prise d'otages.
Selon un journaliste de Reuters sur place, des coups de feu pouvaient être entendus dans le quartier.
L'Inde a subi une série d'attentats à la bombe ces dernières années. La majeure partie ont été imputés à des islamistes, même si la police a également arrêté des extrémistes hindous.
Bombay a été la cible de certains des attentats les plus meurtriers. Un soir de juillet 2006, sept bombes avaient explosé en l'espace d'un quart d'heure à bord de plusieurs trains de banlieue, à l'heure de pointe, tuant 186 personnes ainsi que l'un des auteurs des attentats.
L'attentat le plus meurtrier jamais commis en Inde, en 1993, avait eu lieu également dans la ville, où 257 personnes avaient alors trouvé la mort.
Les attaques de Bombay ont été condamnées notamment par les Etats-Unis, la France au nom de l'Union européenne et la Russie.
La Banque centrale indienne a décidé de son côté de suspendre pour la journée les transactions sur les marchés financiers de Bombay.
Avec les bureaux de Bombay et New Delhi, version française Pascal Liétout
Inde: la bataille continue à Bombay contre les preneurs d'otages islamistes
Vendredi 28 novembre 2008 - 16h34 - Phil HAZLEWOOD
Les forces indiennes continuaient vendredi à traquer les islamistes armés retranchés à Bombay, deux jours après les spectaculaires attaques, accompagnées de prises d'otages, qui ont fait plus de 130 morts et plongé dans le chaos la capitale économique de l'Inde. Evènement.
Les commandos des forces spéciales luttaient toujours pour reprendre le contrôle de la situation, encore très confuse bien que la police ait annoncé la fin des opérations dans l'Oberoi/Trident, l'un des deux hôtels de luxe attaqué mercredi avec un autre palace, le prestigieux Taj Mahal.
On ignorait en fin de journée combien d'assaillants restaient en liberté et combien d'otages étaient encore retenus, après la libération de dizaines d'entre eux, notamment des étrangers.
Cinq otages ont été tués, selon un diplomate israélien, au Centre juif, autre cible des attaques contre lequel les forces spéciales ont donné l'assaut vendredi à l'aube. Ces otages ont été tués par les islamistes au cours de l'assaut, selon un responsable indien.
Des échanges de tirs nourris étaient entendus aux abords du Taj Mahal, où l'armée a lancé un assaut à la grenade pour déloger un ou plusieurs islamistes. La police a annoncé que des explosifs susceptibles de provoquer des "dégâts majeurs" avaient été découverts dans cet hôtel.
L'Inde a ouvertement accusé le Pakistan, son voisin et rival, d'être derrière ces attaques coordonnées, très bien orchestrées, qui ont frappé une dizaine de cible à travers Bombay, une ville de 13 millions d'habitants. Islamabad a fermement démenti.
Des responsables occidentaux avaient eux évoqué la piste du réseau terroriste Al-Qaïda.
Les raids, revendiqués au nom d'un groupe islamiste inconnu disant se battre pour la défense des musulmans d'Inde, ont visé en particulier des étrangers, plus spécifiquement des clients américains et britanniques des deux hôtels, symboles de la richesse de Bombay, ainsi que le Centre juif.
Mais les islamistes, armés de fusils automatiques et de grenades, visiblement très jeunes, ont aussi frappé des cibles indiennes, comme la gare centrale de Bombay où ils ont fait 50 morts.
Un hôpital accueillant des femmes et des enfants pauvres a également été attaqué.
Au moins 130 personnes ont été tuées, selon un bilan provisoire ne tenant pas compte des otages du Centre juif, et plus de 370 blessées dans ces attaques et les tirs qui ont suivi.
Deux Français sont morts dans les attentats, a annoncé, en début d'après-midi, le ministre français des Affaires étrangères Bernard Kouchner dans un communiqué. La mort de sept personnes - deux Australiens, un Britannique, un Japonais, un Allemand, un Canadien et un Italien - avait auparavant été confirmée par les différents gouvernements.
Dans les hôtels Oberoi/Trident et Taj Mahal, les commandos indiens ont poursuivi vendredi leur minutieuse opération de ratissage, explorant une par une les centaines de chambres pour en déloger les derniers islamistes.
Neuf assaillants ont été tués au cours des opérations et un autre arrêté, et 15 hommes des forces de sécurité tués, a déclaré le vice-Premier ministre de l'Etat du Maharashtra, R.R. Patil.
A l'Oberoi/Trident, où 93 otages avaient été libérés vendredi matin, la police a annoncé avoir découvert 24 cadavres, précisant que les opérations étaient terminées.
Aux abords du Centre juif, des centaines de personnes se sont rassemblées en fin de journée pour acclamer les soldats, croyant l'opération terminée.
Mais la police a averti que la fouille du bâtiment, "étage par étage", se poursuivait, pendant que la foule était appelée à quitter les lieux.
Des otages libérés, comme des policiers ou soldats, ont raconté les scènes d'horreur vécues à l'intérieur des hôtels, témoignant de la détermination des assaillants.
"Ce sont des gens impitoyables. Ils ouvraient le feu sur quiconque se trouvait face à eux", a raconté un commando de marine. Il y avait "du sang partout", "des corps gisant ça et là".
Ces attaques d'une ampleur inédite, qui ont frappé le coeur financier de la dixième puissance économique mondiale, ont été revendiquées au nom d'un groupe islamiste, les Moujahidine du Deccan, du nom du plateau qui couvre le centre et le sud de l'Inde.
L'un des assaillants de l'Oberoi/Trident, interrogé par une télévision, a affirmé que le groupe réclamait la fin des "persécutions" contre les musulmans d'Inde, une forte minorité de 150 millions de personnes, victimes de violences par le passé, dans ce pays de 1,2 milliard d'habitants, hindous en majorité.
Mais l'Inde a une nouvelle fois vu la main du Pakistan, souvent accusé par Delhi de soutenir des groupes islamistes auteurs d'attentats sur le sol indien.
"Selon des informations préliminaires, des éléments au Pakistan sont responsables", a déclaré vendredi le ministre indien des Affaires étrangères Pranab Mukherjee.
Islamabad, qui a rejeté ces accusations, a annoncé la prochaine visite en Inde du chef des services de renseignement pakistanais, le puissant Inter-Services Intelligence (ISI), le général Ahmed Shuja Pasha, afin d'aider à l'enquête.
Une démarche inédite alors que les deux pays, rivaux depuis leur fondation en 1947, accusent régulièrement les services de renseignement de l'autre de tentatives de déstabilisation.
Selon l'agence indienne PTI, citant des sources officielles, trois extrémistes, dont un Pakistanais, ont été arrêtés dans le Taj Mahal.
Ils appartiendraient, selon l'agence, au Lashkar-e-Taïba, un groupe islamiste basé au Pakistan, connu notamment pour avoir attaqué le Parlement indien en 2001, un attentat qui avait précipité l'Inde et le Pakistan au bord d'une nouvelle guerre.
