Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 01:27

(dépêche)


Kaliningrad, la "petite Russie" enclavée au sein de l'Union européenne, redoute son isolement

15 déc 2008 - il y a 46 min - LeMonde.fr
 
Pas d'erreur possible, on est bien en Russie. A Kaliningrad, les monuments et les bâtiments soviétiques résistent encore un peu contre l'avancée des boutiques de mode et des supermarchés ouverts 24 heures sur 24 ; les voitures en panne ou accidentées bloquent les routes en attendant l'arrivée hypothétique d'un réparateur ou de la police ; l'hiver, la nuit tombe dès 16 heures, transformant les passants en ombres frissonnantes, pressées de regagner leurs appartements surchauffés. Les enseignes des bijouteries, dont toutes les vitrines vantent l'ambre local (90 % de la production mondiale), luisent jusqu'à une heure tardive.

Mais Kaliningrad n'est pas un territoire russe comme un autre. Ancienne capitale de la Prusse-Orientale, l'ex-Königsberg est une enclave en pleine Union européenne : au nord-est, la Lituanie ; au sud, la Pologne ; au nord, la mer Baltique. Peuplée de 940 000 habitants, la région administrative (oblast) se trouve isolée depuis l'entrée de ses voisins au sein de l'UE, en 2004, et le renforcement du régime de visas. A moins de prendre l'avion, qui coûte cher, il faut s'acquitter d'un droit d'entrée pour rejoindre le reste de la Russie, par la route, en obtenant un visa Schengen.

Le 5 novembre, les habitants n'ont guère été réjouis d'entendre leur président, Dmitri Medvedev, annoncer que des missiles Iskander seraient installés dans la région pour répondre au déploiement du bouclier américain, en République tchèque et en Pologne. Le gouverneur de l'oblast, Guiorgui Boos, souligne la responsabilité américaine. "Le système de défense américain est une mauvaise publicité n'allant pas dans le sens d'une baisse du risque. J'espère, dit-il, que la future administration (américaine) le comprendra. Si le bouclier est installé en Pologne et en République tchèque, il n'y aura pas à discuter." "S'il ne l'est pas, ajoute-t-il, il n'y aura pas à discuter non plus", sous-entendant qu'alors il n'y aura pas de missiles à Kaliningrad.

En ces temps de crise, où les plans de licenciement et les baisses de salaires menacent partout en Russie, la population de l'enclave aimerait surtout que la circulation des hommes et des biens se banalise avec les pays voisins. "Les (missiles russes) Iskander, c'est la route vers nulle part, la stagnation de la région. Nous devons ouvrir Kaliningrad aux pays où l'immigration est contrôlée, comme l'UE et les Etats-Unis." L'homme qui s'exprime ainsi aime prendre des risques. Ancien journaliste militaire dans la flotte russe de la Baltique, Igor Roudnikov dirige le journal Novyie Koliossa. Composé de petites annonces pour des voitures et d'enquêtes incisives, il a déjà été visé par plusieurs plaintes en justice. "C'est un journal anticorruption, pas d'opposition, précise son directeur. Si j'écrivais ce que je pense sur la politique, ça serait direction la cellule tout de suite."

En matière de corruption, le champ d'investigation est sans fin. "Elle a changé d'échelle, note le journaliste, également conseiller municipal. On ne vole plus pour 20 000, mais pour 120 000 dollars. C'est la base du pouvoir vertical. Même dans l'armée, les soldats ne peuvent pas toucher leur paie sans en reverser une partie à leur commandant."

Les temps ont changé depuis les années 1990, où Igor Roudnikov dénonçait librement les ventes illégales de matériels militaires de la flotte ; pourtant, il estime qu'à Kaliningrad, "les conditions sont plus libérales que dans les autres régions russes, où les gens vivent toujours à l'époque du Parti communiste soviétique". Le mérite en reviendrait au gouverneur, Guiorgui Boos. Ancien vice-président de la Douma (chambre basse du Parlement), élu trois fois député, il est arrivé dans l'enclave en 2005. "Depuis, il a fait baisser les vols dans l'administration et attiré beaucoup de fonds fédéraux", reconnaît Igor Roudnikov.

Reste que les règles du jeu économique ne sont pas plus transparentes qu'ailleurs, sur le territoire russe. Propriétaire d'un restaurant dans le centre-ville, Vitaoutas Lopata, 52 ans, a fait son parcours politique au sein de formations d'opposition, plutôt que de rejoindre Russie unie, le parti du pouvoir. Longtemps, il a essayé d'ouvrir d'autres restaurants en ville. Il avait même acquis un terrain, mais la mairie a refusé de lui délivrer un permis de construire.

Pour lui, l'avenir de l'enclave réside dans son ouverture vers l'UE. Son statut de zone économique libre, censé assurer son développement, ne profite qu'à quelques grands groupes. "Nous devons obtenir une autonomie économique, affirme Vitaoutas Lopata. Les organes de l'intérieur, le parquet et l'armée resteraient sous autorité fédérale. Mais il nous faut parler en direct, sans l'intervention de Moscou, avec les Polonais ou les Lituaniens. Comme ça, on pourra prétendre un jour à un accord d'association avec l'UE." Le gouverneur, Guiorgui Boos, souhaite aussi un accord, mais pas question de s'émanciper de Moscou. "Kaliningrad peut servir de plate-forme parfaite pour travailler sur les relations entre l'UE et la Russie, dit-il. Une des applications évidentes serait le régime des visas." En attendant, devant le consulat polonais, une centaine de personnes fait la queue chaque jour, à l'approche des fêtes. Touristes, hommes d'affaires, acheteurs du week-end, importateurs de voitures d'occasion. Tous veulent que le passage de la frontière soit banalisé.



Partager cet article
Repost0

commentaires


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).