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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 00:29

(dépêches)



Documentation officielle de l'expo "Our Body"

• Qui produit l’exposition OUR BODY / A corps ouvert ?
L’exposition scientifique et pédagogique OUR BODY/ A corps ouvert a été conçue et développée par la fondation médicale chinoise « Anatomical Sciences & Techonlogies de Hong Kong ».

• Quels sont les objectifs de cette exposition et pourquoi utilise-t-on de vrais corps humains ?
OUR BODY / A corps ouvert donne aux visiteurs l’occasion d’étudier l’anatomie humaine en allant littéralement « sous la peau ». En exposant de vrais corps humains conservés par imprégnation polymérique, cette exposition permet au public de voir ce que seuls les médecins et les scientifiques sont autorisés à voir. Elle procure au public le plus large une meilleure connaissance de l’aspect et des fonctions du corps et une meilleure appréciation du caractère unique du corps humain. Les spécimens sont exposés dans un environnement artistique, respectueux et digne. L’exposition offre aux visiteurs une expérience inédite, la confrontation intime avec la réalité profonde du corps. Comprendre le fonctionnement du corps pour mieux respecter l’extraordinaire machine humaine.

• Qu’est-ce que l’imprégnation polymérique ?
La méthode utilisée pour conserver les corps est un processus complexe où les liquides et les graisses du corps sont remplacés par des résines plastiques. Le spécimen anatomique créé par cette méthode est solide et se conserve pour plusieurs milliers d’années, voire pour l’éternité. L’intérêt scientifique de l’imprégnation polymérique est incontestable, notamment parce que ce procédé conserve intactes les structures tissulaires jusqu’au niveau microscopique. Les spécimens conservés par imprégnation polymérique sont totalement secs, sans odeur et non toxiques.

• En quoi OUR BODY / A corps ouvert est-elle différente des autres expositions anatomiques en cours ?
OUR BODY / A corps ouvert met en avant de façon scientifique et pédagogique l’étude de l’anatomie humaine. Conçue et expliquée par des médecins sur un mode didactique, cette exposition a connu un immense succès auprès des étudiants dans tous les pays qu’elle a traversés. La taille, la forme, la structure, la position et la fonction des organes sont clairement montrés et expliqués grâce à de nombreux outils pédagogiques : des cartels explicatifs, des écrans vidéos, un parcours audio guide, l’espace Microworld. Cet espace Microworld offre une dimension technologique à l’exposition en permettant aux visiteurs d’observer la structure du corps humain au niveau cellulaire. Des échantillons microscopiques montrent des cellules et des tissus en bonne et mauvaise santé.

• Est-ce que OUR BODY / A corps ouvert peut convenir à de jeunes enfants et quel est l’âge approprié pour les emmener voir l’exposition ?
OUR BODY / A corps ouvert offre une opportunité unique d’enseigner l’anatomie humaine. L’exposition est accessible aux groupes scolaires. En raison de la nature de l’exposition, c’est à chaque parent ou éducateur de décider de l’âge approprié pour visiter cette exposition pédagogique.

• Ces corps sont-ils vraiment réels ?
Oui, tous les spécimens de OUR BODY / A corps ouvert sont de vrais corps humains conservés selon un procédé connu sous le nom d’imprégnation polymérique.

• Comment la fondation « Anatomical Sciences & Technologies » de Hong Kong obtient-elle les spécimens ?
Les spécimens de l’exposition proviennent de diverses universités, écoles de médecine, institutions médicales, centres de recherche et laboratoires chinois.


Our Body : Les cadavres peuvent rapporter gros

POLEMIQUE
(27/05/2008)
 
Polémique. Refusée par la Villette, suite à un avis négatif du comité national d'éthique, Our Body s'installe à la Sucrière du 28 mai au 3 août. Cette exposition, qui a vocation à battre tous les records de fréquentation, présente de véritables corps humains écorchés. Les objectifs “artistiques et pédagogiques” affichés par les organisateurs font débat.

Attention, exposition dérangeante. D'après ses organisateurs, elle a déjà été vue par 30 millions de personnes dans le monde, mais c'est pourtant la première fois qu'elle sera présentée en France. La Sucrière a été réservée pour trois mois par un promoteur privé dans la plus grande discrétion. La conférence de presse de présentation, convoquée au dernier moment, est prévue le jour même de l'inauguration, mardi 27 mai. Avant, les attachés de presses parisiens chargés de l'événement délivrent le moins possible d'infos… Et aucune image. Il s'agit sans doute de mettre les éventuels opposants devant le fait accompli. Car l'objet de l'exposition n'est pas anodin : Our body / À corps ouvert présente de véritables corps humains écorchés pour que l'on puisse observer leurs os, muscles et organes internes. Les corps ont été “plastinés” selon une technique mise au point en 1977 par un Allemand, Gunther von Hagens. L'opération, très longue (1500 heures de travail), consiste à plonger les corps dans des bains de formol puis d'acétone à -25° pour remplacer toutes ses graisses et liquides par de la silicone. On obtient au final “un spécimen anatomique solide et durable, presque éternel” précise le maigre communiqué annonçant l'événement.

Présentée comme “artistique et pédagogique”, Our Body a fait un carton partout où elle est passée dans le monde. Elle aurait pu atterrir à la cité des sciences de la Villette. Comme le révèle Lyon Capitale, le musée parisien avait en effet envisagé de l'accueillir en octobre prochain. Il a préféré une expo moins polémique sur les épidémies dans le monde. “Ç'a été à l'étude. On a décidé de ne pas le faire. Tout le monde n'était pas forcément d'accord… On avait deux projets en concurrence, c'est celui sur les épidémies qui est passé. Ce sera notre grande exposition de rentrée (octobre 2008). Elle correspond d'avantage à des thèmes d'actualité” explique Alain Rollet, responsable des relations avec les médias de la Villette. Après avoir pris quelques renseignements, il rappelle : “Pour «Body Word», on a saisi le comité national d'éthique, qui a émis un avis défavorable. On pouvait passer par dessus, on a décidé de le suivre.”

Composé de chercheurs, de religieux et de personnalités qualifiées, ce comité émet en effet des avis uniquement consultatifs (lire ci-contre). Contacté, il n'a pas souhaité répondre à nos questions : “les avis du comité sont confidentiels, il appartient à ceux qui nous saisissent de décider de les rendre publics.” Malheureusement, la Vilette n'a pas accepté, pour l'instant, de «déclassifier» cet avis. Dommage, il aurait peut-être pu éclairer les Lyonnais qui envisagent de se rendre à cette exposition. Car les spectateurs risquent de se retrouver un peu seuls face aux questions qu'ils ne manqueront pas de se poser. Suite au refus de la Villette, ce n'est pas un musée qui a pris le relais, mais l'ancien tourneur de Téléphone, Pascal Bernardin. L'homme est sans doute une pointure, sa notice au Who's who précise qu'il a déjà “produit” des spectacles hors normes, comme Bob Marley au Bourget (1981), Michael Jackson au Parc des Princes (1987), The Rolling Stones au Parc des Princes (1990), Madonna au parc de Sceaux (1990), ou plus récemment les tournées de Disney sur glace, Riverdance, Lord of the Dance, Bagdad Café… On lui fait confiance pour rentabiliser une exposition pour laquelle “il a eu le coup de foudre à Orlando (Floride)” et qu'il est “le premier à avoir l'audace de présenter en France”, comme le clame son attachée de presse. Mais rien n'indique dans sa bio qu'il est “outillé” pour accompagner les visiteurs dans leurs questionnements éthiques, comme les musées de sciences ou même d'art contemporain savent le faire. Rien n'indique non plus dans le communiqué de presse que ces interrogations soient au cœur de sa démarche.

Pour l'heure, le monde culturel est partagé sur cette exposition, tout comme ceux de l'enseignement ou de la médecine (lire ci-contre). Alors, y aller ou pas ? Faut-il y emmener ses enfants, comme l'encouragent les organisateurs ? À chacun de trouver sa réponse.



D'où viennent les corps humains de l'exposition « Our body » ?

Par Sophie Verney-Caillat | Rue89 | 20/02/2009 | 18H50
a debattre

Des scientifiques demandent la suspension de l'exposition en cours à Paris, dénonçant une opération plus lucrative que pédagogique.

L'expo avait fait grand bruit lors de son arrivée à Lyon, comme l'avait relevé notre partenaire Lyon Capitale. Et puis la polémique s'est tassée.

Pourtant, « Our body A corps ouvert, l'expo anatomique » qui se vante de présenter « de vrais corps humains », n'a toujours pas précisé leur provenance, et le doute éthique demeure.

A l'Espace Madeleine où elle est présentée, pas un mot sur l'origine des « vrais corps » présentés et transformés selon la méthode de la Gunther von Hagens.

« On dirait des Mongols », murmurent quelques visiteurs. Renseignement pris auprès de l'importateur en France de l'événement, Pascal Bernardin, ce sont bien des corps asiatiques, chinois plus précisément. Le dossier de presse n'en dit pas plus, l'exposition non plus. Mais les visiteurs, fascinés, ne se posent pas plus de questions que ça sur le sujet. (Voir la vidéo)

Producteur de spectacles (des concerts de rock principalement), Pascal Bernardin ne cache pas ses intentions lucratives :

« Cette expo a coûté 2 millions d'euros à ma société, Encore Productions, il faudra beaucoup de monde avant de dégager des bénéfices. A Lyon, elle a fait 110 000 entrées, à Marseille 35 000, et à Paris nous atteignons 10 000 visiteurs la première semaine.

Nous visons 300 000 visiteurs minimum sur les deux lieux (elle ira au Parc floral après la Madeleine fin août). Mais nous comptons bien ne pas en rester là si nous voulons être rentables. »

L'homme reste en revanche très flou sur la manière dont il s'est procuré les corps :

« J'avais vu la même exposition à Orlando aux Etats-Unis, et je me suis dit, c'est fantastique ! J'ai alors pris contact avec l'Anatomical Sciences and Technologies Fundation basée Hongkong qui fournit les corps.

Ils m'ont montré comment ils obtiennent leurs corps, ce sont les même conditions en Chine qu'en France, des gens qui ont donné leur corps à la science. Bien sûr, le lien est coupé entre le donneur et le corps exposé, par respect pour celui qui a fait ce geste. »

Pour le comité d'éthique, la visée scientifique de l'exposition n'est pas suffisante

Des justifications bien insuffisantes pour certains scientifiques.

D'abord au sein du Comité consultatif national d'éthique, qui a émis un avis défavorable sur l'exposition, que son initiateur aurait aimé installé à la Cité des sciences de la Villette ou au musée de l'Homme.

Pierre Le Coz, vice-président du Comité consultatif national d'éthique, explique :

« Sur 39 membres du comité d'éthique, seuls deux ont estimé qu'il n'y avait rien de répréhensible, les autres ont jugé que la visée scientifique de l'exposition n'était pas suffisante, qu'il n'y avait pas d'autre sens que de flatter le voyeurisme.

C'est abject ! Un corps peut être utilisé après sa mort seulement à des visées scientifiques, même si les personnes sont consentantes. Qu'est-ce que ça veut dire le consentement d'un Chinois quand on connaît le respect des droits de l'homme dans ce pays ? On n'aurait jamais fait cela avec des Français. »

« Je déconseille cette expo aux enfants »

Aujourd'hui, ce prof de philosophie à la faculté de Marseille appelle au boycott de cette exposition. Il ajoute :

« En tous cas, je la déconseille aux enfants, chez qui elle peut générer des troubles du sommeil. On accepte de faire à des cadavres chinois ce qu'on accepterait pas de faire pour des animaux domestiques. »

François Rastier, directeur de recherche au CNRS en linguistique, a ravivé la pétition collective qu'il avait lancé il y a quelques mois à Lyon et qui a rassemblé 785 signatures selon lui, dont le directeur de la fondation Auschwitz, le président de Paris IV, et Marie Darrieussecq.

Ce texte appelle à la suspension de l'expositon dans l'attente de garanties légales sur l'origine des corps.
Le scientifique invoque « le doute méthodique » :

« On ne sait pas si ces gens ont consenti de donner leur corps à la science et rien ne prouve qu'ils n'ont pas été tués pour ça. On utilise des cadavres pour faire du spectacle, à quand cadavres sans frontière ?

On peut entrer dans le jeu de la fascination morbide, c'est une spectacularisation de la mort à des fins commerciales, d'ailleurs le fait que ce soient de vrais cadavres est mis en avant pour attirer les visiteurs. »

« Ce n'est pas parce que ça vient de Chine qu'il devrait y avoir des doutes »

Les pétitionnaires sont d'autant plus suspicieux que la « plastination » a été inventée par Gunther von Hagens, un personnage plus que douteux. Son institut, situé à Heidelberg en Allemagne, est à l'origine de plusieurs expositions dans le monde, en Europe et en Amérique du Nord :

« Le fait qu'il s'agisse de dépouilles d'hommes dans la force de l'âge suscite d'autant plus d'interrogations que von Hagens a admis que certains des corps qu'il avait exposés en Allemagne avaient une balle dans la tête. »

Pascal Bernardin s'estime victime d'une confusion avec von Hagens :

« Ce n'est pas parce que ça vient de Chine qu'il devrait y avoir des doutes, tout est correct là-bas. D'ailleurs le musée Fragonard de Maison-Alfort expose des corps écorchés transformés avec une technique similaire et ce depuis 250 ans. »

Et pour défendre la portée pédagogique de son projet, il met en avant la présentation en libre accès sur un comptoir en fin d'exposition d'ouvrages d'anatomie, ainsi que le soutien de Marie Berry, qui fait la promotion du don d'organe depuis qu'elle a elle-même été sauvée par la greffe d'un rein.

Contraire à l'« esprit du droit français »

Valérie Sebag, juriste et maître de conférence à Paris XII, estime que « cette exposition destinée au grand public n'est expressément interdite par aucun texte » :

« Elle contredit certainement l'esprit du droit français, qui n'admet d'intervention sur le corps de la personne décédée que dans un but purement scientifique. »

En effet, selon la loi, si le cadavre n'est plus une personne, il reste protégé sur le fondement de la dignité de la personne qu'il a incarnée. L'article 16-1-1 du code civil prévoit ainsi que « le respect dû au corps humain ne cesse pas avec la mort ».

A lire aussi sur Rue89 :
► Bouchard, sculpteur collabo, met le feu à La Piscine de Roubaix
► Quand Paris rend hommage à André Zucca, photographe collabo
► L'exposition Picasso sème la discorde entre les musées

Ailleurs sur le Web :
► Le dossier de Lyon Capitale
► L'avis du comité d'éthique
► La pétition collective
► Un article sur le même sujet sur le blog Cinq ans en chine

Dans l'exposition « Our body A corps ouvert', dans l'Espace Madeleine à Paris (Sophie Verney-Caillat/Rue89)

art contemporain bioéthique Chine expositions Paris sciences
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