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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 00:30

(dépêches)




Our Body - L'avis du Comité d'éthique : “Une atteinte à la dignité humaine”

POLEMIQUE
(10/06/2008 )

Verbatim. Suite à la polémique, le comité national d'éthique a finalement rendu public son avis sur l'exposition Our body. Il est cinglant. Extraits.

“Les contradictions avec la loi française sont évidentes : la commercialisation du corps fait l'objet d'une interdiction majeure ; or cette mise en scène comporte un aspect commercial non équivoque. Le consentement antérieur des sujets ne paraît pas établi de façon irréfutable.  Mais, si l'on s'en tient au plan strictement éthique, nous émettons clairement des réserves.

1. Tout d'abord des réserves de principe sur le corps humain “marchandise de spectacle” et sur le mélange des fonctions.

La première ambiguïté tient au fait que le “contrat” n'est pas très clair : s'agit-il d'une exposition artistique ? Scientifique ? Pédagogique ? Spectaculaire et visant au sensationnel ? Un peu comme dans les documentaires publicitaires, il y a un mélange de plusieurs fonctions qu'il faudrait au minimum expliciter ; le non dit majeur est la prime au voyeurisme sous couvert de science et de pédagogie qui permet le camouflage de la transgression.

Dans ce contexte de confusion des genres, il nous semble que la prétention pédagogique et scientifique de l'exposition ne correspond pas à sa réalité. (…)

2. Ensuite elle introduit un regard techniciste sur les corps.

Bien que l'origine des corps soit dite “certifiée”, ces corps sont volontairement désingularisés, anonymes, et le processus de plastination est présenté sous un jour technique et industriel. On est dans une approche qui n'est pas sans rappeler le traitement des cadavres dans les camps d'extermination lors de la dernière guerre. Il nous semblerait important de rappeler que chacun de ces corps a été une vie singulière, qu'il faudrait pouvoir sinon raconter du moins nommer - et que la donation du corps ne saurait effacer. (…)

3. Enfin la représentation de la mort (…)

“L'idée que l'on peut approcher la mort de l'autre sans risque suppose que cet autre soit tellement anonymisé qu'il n'y ait plus de référence à quelque dignité humaine que ce soit. Or, bien qu'anonymes, les corps représentés n'en ont pas moins été des individus ; leur exhibition (et leur réification) constituent une atteinte à leur identité, et donc à leur dignité. La plupart des civilisations ont cherché à éviter de telles formes de manque de respect pour une dépouille réelle. (…)”



Tu m'as vu en cadavre ?

EDITO
(27/05/2008)

Vous vous voyez, vous, une fois mort, exposé aux quatre coins du globe, complètement nu, en train de jouer au tennis ? Avec même pas la peau sur les os pour cacher l'intimité de vos entrailles ? Cette peau qui “voile l'horreur de la chair” comme la qualifie le psychanalyste Christian Cheverondier. Certains ont accepté et seront exposés à Lyon dès cette semaine. On ne sait pas si on doit les admirer ou s'interroger sur les raisons de cet exhibitionnisme post-mortem. On ne sait pas s'il faut se précipiter à la Sucrière pour découvrir l'inconnu à l'intérieur de nous, s'il faut s'indigner ou encore retenir ses nausées.

En débarquant sans prévenir avec leurs cadavres, les organisateurs de ce succès planétaire nous ont privé du nécessaire débat éthique qui aurait sans doute dû précéder cette première française. Ils nous laissent ainsi un sentiment étrange. La réalité de leurs intentions “artistiques et pédagogiques” interroge. Viennent-ils simplement faire le commerce de la chair humaine, avec une exposition sensationnaliste vouée à un succès sans égal ? Ou seront-ils capables d'animer un véritable débat éthique ? En choisissant de prendre tout le monde par surprise, ils ont pris le risque de se retrouver seuls face à cette question.

Repères
La France a été le premier pays à créer, en 1983, à la volonté de François Mitterrand, un comité consultatif national d'éthique (CCNE). “Sa vocation est de susciter une réflexion de la part de la société sur les avancées de la connaissance scientifique dans le domaine du vivant” précise son site internet. Il peut être saisi par les principaux personnages de l'État, ou par des établissements publics, et se compose de
- 5 représentants des principales religions,
- 15 chercheurs et 19 personnalités “choisies pour leur compétence et leur intérêt pour les problèmes éthiques”.




Michel Côté : "Montréal a demandé l'avis d'un comité d'éthique"

ENTRETIEN
(27/05/2008)

Entretien. Directeur du futur musée des Confluences, qui sera un peu la Villette des sciences sociales, le québécois Michel Côté n'est pas choqué a priori par l'exposition Our Body, qu'il a déjà vue à Montréal. Mais il met en garde sur le “respect” dû aux morts.

Lyon Capitale : Auriez-vous accueilli cette exposition dans le futur Musée des Confluences ?
Michel Côté : C'est une belle question. Il ne peut pas y avoir de réponse tranchée.  Je crois qu'on ne peut pas la présenter sans contextualiser et prévenir le public à l'entrée. Elle a été présentée à Montréal l'année dernière. Le centre des sciences avaient demandé l'avis d'un comité d'éthique, qui a conseillé de la présenter, mais en incluant à l'entrée une salle explicative, pour poser le débat à l'intérieur de l'exposition. C'est la même chose lorsque l'on présente des momies égyptiennes, ou des têtes aborigène, on ne peut pas le faire n'importe comment. En résumé, je pense que c'est jouable. Tout est question de présentation.

Est-ce que cette exposition présente bien les corps ?
C'est bien de se poser la question. Les corps sont mis dans des mouvements sportifs… Ils deviennent des outils qu'on met en scène. Il y a un code d'éthique pour les muséologues, qui précise qu'on peut présenter des corps humains dans le respect des personnes. À quel moment cela devient irrespectueux ? À Montréal, d'après ce que j'en sais, l'exposition a été bien accueillie par le public. Les gens ont su garder le respect.

Comment garder ce respect ?
C'est difficile à définir. Dans le musées des Confluences, on présentera le tombeau Koban en faisant en sorte que le visiteur ait le sentiment d'entrer dans un lieu de recueillement. Le problème de la tête Maori par exemple est d'une autre nature : vous vous adressez à des contemporains qui veulent enterrer leurs morts. Je suis favorables à rendre aux Maoris les têtes qu'ils réclament, pour qu'on puisse les enterrer correctement.

L'exposition ne joue-t-elle pas sur le ressort de la fascination pour le morbide?
Pour moi ce n'est pas morbide, puisque c'est présenté de manière assez esthétique. Il n'y a donc pas de répulsion. La question qu'on doit se poser : est-ce que la fascination nous fait oublier que ce sont des corps, et non des objets ? Mais nous sommes aussi des corps. Si on met en valeur cette réalité, ce n'est pas forcément négatif. Je ne suis pas contre ce principe, tout est dans la manière de le faire.

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