Sarkozy : le rêve d'une vie
PARIS (AP) - Les Français offrent une large victoire à Nicolas Sarkozy. Le candidat de l'UMP a été élu dimanche à l'Elysée pour un mandat de cinq ans avec le score sans appel de 53,16% des voix, selon les résultats officiels du ministère de l'Intérieur portant sur 95,83% des inscrits.
Nicolas Sarkozy devra cependant transformer l'essai lors des élections législatives des 10 et 17 juin, où la gauche tentera de prendre sa revanche. Vaincue avec 46,84% des suffrages, son adversaire socialiste Ségolène Royal s'est positionnée dès dimanche soir en leader de l'opposition.
"Le peuple français a choisi le changement. Ce changement, je le mettrai en oeuvre", a promis M. Sarkozy dans sa première déclaration de président-élu, prononcée peu après 20h30 devant ses partisans réunis salle Gaveau.
Dans un appel au rassemblement, le nouveau chef de l'Etat a promis d'être "le président de tous les Français". "Ce soir, c'est la victoire de la France", a-t-il lancé à 23h à ses supporters qui faisaient la fête place de la Concorde. Il est venu à leur rencontre en compagnie de son épouse Cécilia, de François Fillon, favori pour le poste de Premier ministre, et des principaux responsables de sa campagne.
Ayant une pensée pour tous ceux qui n'ont pas voté pour lui, Nicolas Sarkozy a exprimé son "respect" pour Ségolène Royal, qu'il avait jointe auparavant au téléphone.
La candidate socialiste avait réagi dès l'annonce du verdict devant ses partisans réunis à la Maison de l'Amérique latine à Paris. "Quelque chose s'est levé qui ne s'arrêtera pas", a-t-elle lancé aux militants qui criaient "merci Ségolène". Forte de "près de 17 millions" de voix, elle s'est positionnée implicitement en nouveau leader de la gauche: "ce que nous avons commencé ensemble, nous allons le continuer ensemble".
Avec un peu plus de 53% des voix, Nicolas Sarkozy a confirmé ses 31,18% du premier tour, qui l'avaient placé en situation de grand favori. Le candidat de l'UMP fait mieux que les 52,6% de Jacques Chirac en 1995, et que les 51,8% de François Mitterrand en 1981. Son score est inférieur à ceux de Charles de Gaulle en 1965 et François Mitterrand en 1988.
Sa victoire couronne de succès une stratégie de "rupture" avec l'ère Chirac qui a consisté à décomplexer une droite française dominée idéologiquement par la gauche depuis plus d'un demi-siècle. Certains à droite, comme M. Fillon, comparaient sa victoire à celle de François Mitterrand en 1981.
La première priorité de Nicolas Sarkozy sera de confirmer cette victoire aux élections législatives des 10 et 17 juin. Alain Juppé s'est dit "convaincu" que que "les Français auront à coeur de donner au président de la République qu'ils viennent d'élire une majorité pour gouverner".
A gauche, on avait aussi la tête tournée vers les législatives. Le Premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande a appelé l'ensemble de la gauche à "se rassembler" pour cette échéance.
Mais la défaite ouvre aussi une nouvelle époque pour la gauche, qui échoue pour la troisième fois consécutive à la présidentielle. D'ores et déjà, Dominique Strauss-Kahn s'est dit dimanche soir "disponible" pour mettre en oeuvre la "rénovation sociale-démocrate" au Parti socialiste.
Ces élections législatives seront aussi décisives pour le nouveau Mouvement démocrate de François Bayrou. "Celui qui a gagné et ceux qui n'ont pas gagné (...) sont coresponsables de l'avenir du pays", a rappelé le président de l'UDF.
Dernier enseignement: les Français se sont déplacés en masse pour désigner leur nouveau président. Quelque 85% des électeurs inscrits ont voté, soit une participation supérieure au premier tour, selon les estimations des différents instituts de sondage.
Ce civisme représente un pied de nez au président du Front national Jean-Marie Le Pen, qui avait appelé ses électeurs du premier tour à "l'abstention massive". Les Français ont "voté contre une nouvelle catastrophe socialiste", a-t-il estimé dimanche soir.
Celui qui va devenir sixième président de la Ve République a reçu dès dimanche soir les félicitations de Jacques Chirac et de ses homologues étrangers, à commencer par George W. Bush. M. Chirac, qui transmettra le 16 mai ses pouvoirs à son successeur, a "formé des voeux pour la réussite de sa mission au service des Françaises et des Français".
Dimanche 6 mai 2007, 23h43
Sarkozy prendra ses fonctions d'ici le 16 mai
PARIS (AP) - Et maintenant ? Elu dimanche président de la République, Nicolas Sarkozy prendra ses fonctions d'ici le 16 mai, date de l'expiration du mandat de Jacques Chirac.
Le quinquennat du président sortant s'achève officiellement le 16 mai à minuit. Mais la passation de pouvoir peut avoir lieu plus tôt, s'il y a un accord sur la date entre le chef de l'Etat et son successeur.
Avant son élection, Nicolas Sarkozy a déclaré à plusieurs reprises qu'il souhaitait que la passation intervienne le 16 mai. "Un républicain digne de ce nom doit respecter ces délais scrupuleusement. Je trouve, par ailleurs, très utile que le président élu ait une dizaine de jours pour habiter la fonction, prendre la mesure de la gravité des charges qui pèsent désormais sur ses épaules, se reposer après le fracas de la campagne et pour prendre la distance nécessaire pour devenir l'homme ou la femme de la Nation. Je mettrai à profit, si les Français me font confiance, cette dizaine de jours pour cela", expliquait-il vendredi dans un entretien au quotidien "Le Parisien".
Nicolas Sarkozy entend faire une "retraite" de quelques jours pour se reposer et "habiter" sa fonction. Le lieu de cette retraite n'a pas été précisé.
Il a d'ores et déjà fait savoir qu'il n'assisterait pas mardi aux cérémonies du 8 mai, contrairement à ce qu'avait fait Jacques Chirac tout juste élu en 1995.
Une fois en fonction, tout ira en revanche très vite. Nicolas Sarkozy devrait nommer immédiatement son Premier ministtre -François Fillon tient toujours la corde- et son gouvernement limité à 15 ministres.
Ce gouvernement sera chargé de rédiger les projets de loi qui seront soumis en juillet au Parlement réuni en session extraordinaire: défiscalisation des heures supplémentaires, suppression des droits de succession pour les patrimoines petits et moyens, déduction des intérêts du revenu imposable sur l'achat de logements, durcissement des règles du regroupement familial, mise en place de peines plancher pour les multirécidivistes.
Nicolas Sarkozy a par ailleurs précisé qu'il proposerait dès le premier jour aux partenaires sociaux de tenir quatre "sommets" en septembre sur l'égalité salariale hommes-femmes, le contrat de travail unique, l'amélioration des conditions de travail et enfin la démocratie sociale. Le deuxième jour, il préparera pour septembre un "Grenelle de l'environnement" avec les ONG, les industriels et les partenaires sociaux.
Une des premières priorités du nouveau président sera de sortir l'Europe de la crise dans laquelle elle est plongée depuis le "non" français au référendum du 29 mai 2005. Nicolas Sarkozy a annoncé un voyage dès la première semaine à Berlin et Bruxelles pour préparer le conseil européen des 21 et 22 juin.
Mais le président élu aura une préoccupation immédiate: remporter les élections législatives des 10 et 17 juin. "Je m'engagerai pour demander aux Français une majorité pour mettre en oeuvre le programme établi", a-t-il prévenu.
Cette majorité serait constituée en trois pôles: un pôle UMP, un pôle centriste réunissant les UDF ayant lâché François Bayrou et un pôle de gauche réunissant des personnalités issues de la gauche et qui "croient au mouvement".
Dimanche 6 mai 2007, 20h08
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