(dépêches)
Pécresse tente de déminer la contestation dans les universités
27 févr 2009 - il y a 11 min
La ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Valérie Pécresse, a reçu les présidents d'universités et les syndicats d'enseignants vendredi pour retravailler le statut des enseignants-chercheurs, l'un des points du conflit qui dure dans les universités en France.
Cette rencontre sera suivie d'autres réunions destinées "à poursuivre l'avancée vers le cadrage du texte réécrit", indique la Conférence des présidents d'université dans un communiqué.
Elle s'inscrivait dans la recherche d'une issue à la crise et a été précédée mercredi par l'annonce par le Premier ministre, François Fillon, d'une remise à plat du décret contesté et du gel des suppressions de postes dans les universités en 2010 et 2011.
Ces concessions n'ont pas suffi à entamer la détermination des syndicats et collectifs engagés dans le mouvement, qui prévoient d'autres manifestations, les 5 et 10 mars notamment.
Jeudi, une quatrième journée d'actions en trois semaines de conflit a semblé marquer le pas avec 33.000 manifestants, selon les syndicats, contre 100.000 le 10 février.
Les organisateurs soulignent toutefois qu'il s'agissait surtout de rassemblements, qui plus est en période de vacances universitaires.
La rencontre de vendredi avec Valérie Pécresse, dans le cadre de la médiation lancée le 11 février, visait à fixer les grandes orientations pour réécrire entièrement le décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs.
CONSULTATION NATIONALE
Ces derniers veulent que le nouveau texte garantisse leur indépendance et les présidents d'université veulent un point d'équilibre entre l'autonomie des universités et le statut national des personnels.
"Ce texte sera réécrit dans la concertation et la négociation", a déclaré à l'issue de la réunion le généticien Axel Kahn, président de l'université Paris V René Descartes.
Dans un communiqué, la Conférence des présidents d'université insiste sur le fait que "d'autres dossiers devront aussi recevoir des réponses rapides", notamment sur les établissements publics de recherche.
Tout en prenant acte du premier pas du gouvernement, en particulier sur le décret contesté, les syndicats et collectifs engagés dans le conflit estiment pour leur part que le gouvernement est encore très loin des demandes exprimées.
Certaines organisations veulent que soit abordé en bloc l'ensemble des revendications et que les négociations soient menées dans un cadre interministériel.
Elles réclament, outre le retrait de la réforme de leur statut, celui de la formation des enseignants, l'arrêt du démantèlement des instituts de recherche ou le gel total des suppressions de postes dans le supérieur, et pas seulement des enseignants-chercheurs.
Parallèlement, le Parti socialiste, le Parti communiste et les Verts ont décidé de lancer une "consultation nationale sur l'université et la recherche" afin de créer les conditions "d'une sortie par le haut" du conflit.
"Nous travaillons à une initiative véritablement ambitieuse, pouvant déboucher sur un plan en faveur de l'université et de la recherche", écrivent-ils dans un communiqué.
Gérard Bon, édité par Gilles Trequesser
Pour Sarkozy, le projet Pécresse est «un projet de merde»
Valérie Pécresse a commencé à lâcher du lest. Mais pour une partie du mouvement universitaire, ce n’est pas suffisant. Une nouvelle manifestation est prévue demain pour l’encourager à être plus «généreuse».
« Je ne veux plus voir les enseignants, les chercheurs et les étudiants dans la rue ! Fini le projet de décret. Fini aussi la suppression des IUFM. Vous me réglez ça. Vous vous couchez. (…) S’il le faut, vous n’avez qu’à faire rédiger les textes par les syndicats, mais qu’on passe à autre chose ! On a bien assez de problèmes comme ça. De toute façon, ce n’étaient que des projets de merde. » Le poète en herbe caché derrière cette tirade n’est autre que Nicolas Sarkozy. C’est en tout cas ce que prétend Le Canard Enchaîné dans son édition du 4 mars. Il aurait prononcé cette homélie ce week-end, devant ses très inspirés conseillers « éducation ».
Mais il suffisait déjà d’observer le retour à la manœuvre de Valérie Pécresse, dès vendredi, pour comprendre que le recul était déjà engagé. La nomination d’une médiatrice dans ce dossier début février était un premier signe encourageant pour les syndicats. L’annonce, mercredi dernier, par Matignon, qu’il n'y aurait pas de suppressions de postes dans l’enseignement supérieur en 2010 et 2011, allait dans le même sens.
Le bruit des manifestants contre le « bruit pour rien » de la ministre
Vendredi, donc, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a reçu successivement présidents d’universités et syndicats pour entériner la mort du décret modifiant le statut des enseignants-chercheurs tel qu’elle l’avait voulu. Hier, ces mêmes syndicats avaient à nouveau rendez-vous avec l’étoile déchue de l’UMP. Après de longues heures de réunion, les deux parties ne sont pas parvenues au bout de l'exercice de réécriture. Mais ce n’est qu’une question de jours. Car le 6 mars, Valérie Pécresse reprend les mêmes et recommence.
Mais pour certaines organisations, ce n’est pas suffisant : réécrire un décret n’est pas le retirer. Selon elles, plusieurs autres sujets doivent également être mis sur le tapis comme l’abandon de la fameuse masterisation de la formation des enseignants et l’arrêt du démantèlement des organismes de recherche. Sauvons l’université considère, par exemple, que ce qu’a initié Valérie Pécresse en fin de semaine dernière est une « discussion » et en aucune manière une véritable « négociation ». Bref : « beaucoup de bruit pour rien ». Le SNESup, le syndicat majoritaire de l’enseignement supérieur, trouve lui aussi « caduc » le « processus engagé vendredi ». Ces dirigeants — qui ont refusé de rencontrer Valérie Pécresse jusqu’à ce qu’elle leur fasse des courbettes épistolaires — expliquent vouloir « mettre à l’épreuve le gouvernement sur sa volonté de sortir de la crise qu’il a lui-même déclenchée. » Et cette mise à « l’épreuve » commence dès demain : une nouvelle journée nationale de manifestation est prévue. Une de plus.
Va, lis et reviens :
Les autres articles de Marianne2.fr consacrés au mouvement universitaire.
Courrier de Pécresse au SNESup.pdf (63.9 KB)
Mercredi 04 Mars 2009 - 11:44
Gérald Andrieu
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Tags : lru, pécresse, recherche, université
