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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 20:51

(verbatim)




Séance publique du 9 avril 2009 (1)
http://rakotoarison.over-blog.com/article-doc-41261245.html

Séance publique du 9 avril 2009 (2)
http://rakotoarison.over-blog.com/article-doc-41261319.html



http://www.assemblee-nationale.fr/13/cri/2008-2009/20090221.asp


Assemblée nationale
XIIIe législature
Session ordinaire de 2008-2009

Compte rendu
intégral
Première séance du jeudi 9 avril 2009

Présidence de M. Alain Néri,
vice-président
M. le président. La séance est ouverte.

(La séance est ouverte à neuf heures trente.)

(...)

Suspension et reprise de la séance

M. le président. La séance est suspendue.

(La séance, suspendue à onze heures, est reprise à onze heures quinze.)

M. le président. La séance est reprise.

17

Protection de la création sur Internet
Discussion du texte de la commission mixte paritaire


M. le président. L’ordre du jour appelle la discussion du texte de la commission mixte paritaire sur les dispositions restant en discussion du projet de loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur Internet (n° 1589).

M. le président. La parole est à M. le rapporteur de la commission mixte paritaire.

M. Franck Riester, rapporteur de la commission mixte paritaire. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, nous voici arrivés à l’ultime étape de notre débat parlementaire sur le projet de loi favorisant la diffusion et la protection de la création sur Internet.

Je tiens à vous remercier une nouvelle fois, madame la ministre, ainsi que vos services, pour votre écoute toujours attentive. Ce débat majeur était attendu aussi bien par les acteurs de la création culturelle française, que par les fournisseurs de contenus et les entreprises de l’Internet.

Le texte proposé avait été, vous le savez, adopté sans opposition au Sénat. À l’Assemblée nationale, nos discussions ont été nettement plus passionnées et n’ont malheureusement pu déboucher sur le même consensus.

Je regrette sincèrement nos désaccords sur la lutte contre le téléchargement illégal. En effet, ce qui est en jeu, c’est bien la préservation de notre exception culturelle. C’est la diversité de la création française. Ce sont ces milliers d’emplois qui pouvaient être supprimés si nous ne faisions rien. Voilà, mes chers collègues, les défis qui nous étaient lancés !

Et pour les relever, je suis convaincu que nous avons fait le bon choix en instaurant une procédure bien plus adaptée que le dispositif pénal actuel, avec ses lourdes peines – jusqu’à 300 000 euros d’amende et trois ans de prison.

Au-delà des grandes différences dans le déroulement des débats et dans les votes sur lesquels ils ont débouché, la lecture par chaque Assemblée a donné lieu à de substantielles modifications du texte proposé. Au Sénat, 73 amendements et sous-amendements, dont 12 émanant de l’opposition, ont été adoptés. Dans notre Assemblée, les débats ont conduit à 1’adoption de 141 amendements et sous-amendements, dont 74 issus de la commission des lois et 15 de l’opposition.

À l’issue de ces deux lectures, seuls quatre articles avaient été votés conformes. Restaient ainsi en discussion 24 articles et deux suppressions d’article.

La commission mixte paritaire chargée de proposer un texte commun aux deux chambres sur ces dispositions restant en discussion est parvenue, mardi dernier, à un compromis que nous sommes appelés à avaliser aujourd’hui. L’art du compromis exige des concessions. C’est à ce prix, en effet, que la convergence des points de vue devient possible. Le texte adopté par la CMP n’échappe pas à la règle.

En définitive, deux suppressions de dispositions introduites par l’Assemblée nationale suscitent une déception de ma part.

Il s’agit, tout d’abord, du non-paiement de l’abonnement par les internautes dont l’accès à Internet a été interrompu sur décision de la HADOPI. Les sénateurs de la CMP se sont unanimement montrés réticents à cette perspective, de même que certains de nos collègues députés.

M. Marc Le Fur. Les sénateurs socialistes également !

M. Franck Riester, rapporteur. Pour ma part, je crains que le retour à la version du Sénat ne soit perçu comme une mesure injuste par ceux-là mêmes que le texte a vocation à convaincre d’évoluer vers des comportements plus vertueux , grâce à sa dimension pédagogique.

L’autre suppression qui m’inspire quelque regret concerne les dispositions introduites à l’initiative du président de notre commission des lois, et permettant à la commission de protection des droits de tenir compte de la mise à disposition légale effective sur Internet des œuvres ou objets protégés. Je crois que cette précision, qui répondait à une préoccupation largement partagée sur tous nos bancs, était juridiquement fondée et véritablement équitable. Les sénateurs, ainsi qu’une partie de nos collègues, n’ont malheureusement pas partagé ce sentiment.

M. Jean Dionis du Séjour. Très bien !

M. Marc Le Fur. Tous les sénateurs !

M. Franck Riester, rapporteur. Toutefois, ces deux modifications ne sauraient masquer les avancées majeures obtenues lors de la réunion de la CMP. Je me contenterai de citer les plus importantes, afin d’éclairer le vote de notre assemblée.

En premier lieu, la composition de la HADOPI a été modifiée afin de garantir au ministre chargé de la consommation la possibilité de désigner une personnalité qualifiée dans le collège, celle-ci étant appelée à représenter les consommateurs.

La CMP a accepté de revenir au principe de l’élection du président de cette autorité administrative indépendante.

Ces deux modifications répondent, je crois, à certaines préoccupations exprimées dans notre hémicycle – par l’opposition notamment.

La CMP a également supprimé l’amnistie des internautes qui se sont livrés à des téléchargements illicites d’œuvres protégées par le biais d’Internet. Comme je l’avais déjà indiqué lors de nos débats, outre qu’une telle disposition n’avait pas vocation à être codifiée au sein de règles de portée permanente, cette amnistie appelait des réserves rédhibitoires.

D’abord, son champ englobait non seulement les internautes qui avaient téléchargé illégalement des œuvres, mais également les contrefacteurs, qui font l’objet de la majorité des condamnations prononcées par l’autorité judiciaire.

Ensuite, elle liait les procédures administrative et pénale alors que celles-ci sont totalement distinctes et reposent sur des fondements juridiques et des faits générateurs différents.

Enfin, sa portée pratique n’était pas avérée dans la mesure où ne se trouvaient visées que les condamnations prononcées par l’autorité judiciaire sur le fondement des dispositions pénales relatives aux droits voisins, et non celles résultant de délits de contrefaçon de droits d’auteur, alors même qu’étaient censés en relever les seuls téléchargements d’œuvres et non d’objets protégés.

La CMP a aussi exclu toute référence aux moteurs de recherche dans le référencement des offres légales, en renvoyant à l’établissement d’un portail dédié.

Enfin, et c’est un point majeur, la CMP a conforté le nouveau régime de la chronologie des médias adopté par l’Assemblée nationale, en traitant également du cas de la SVoD. Je tiens à saluer la contribution très constructive de l’opposition de notre assemblée qui a su dépasser, sur ce point, sa posture critique dans l’intérêt des consommateurs de biens culturels. En effet, les sénateurs et certains députés de la CMP souhaitaient en revenir à des modulations déterminées par accord professionnel ou par la voie réglementaire. Même si elle partait d’une bonne intention, une telle démarche aurait conduit à pérenniser le blocage actuel des négociations avec les acteurs de la filière cinématographique alors même que le raccourcissement de la chronologie des médias constituait un point essentiel des accords de l’Élysée.

Je reste convaincu que la solution que nous préconisions avec un certain nombre de mes collègues, notamment Frédéric Lefebvre, et qui a finalement été retenue par la CMP, est la plus adaptée à une situation complexe qui ne pouvait rester en l’état. En effet, les films doivent être mis à disposition du public plus rapidement, que ce soit en format DVD ou sur Internet. N’oublions pas que ce projet de loi a aussi, et principalement, vocation à développer l’offre légale.

À l’adresse de tous ceux qui suivent avec attention nos travaux, j’indique donc solennellement que, sous réserve bien sûr du vote du texte qui nous est soumis, le Parlement a décidé un raccourcissement à quatre mois de la fenêtre de sortie des films en vidéo et VoD, assorti d’exceptions encadrées en fonction du succès en salles. C’est une avancée majeure. Je me réjouis que notre assemblée ait pu se retrouver sur cette question si fondamentale pour le développement de l’offre légale.

M. Jean Dionis du Séjour. Très bien !

M. Franck Riester, rapporteur. Pour le reste, la CMP a validé tous les articles additionnels introduits par notre Assemblée et apporté quelques modifications de forme ou de coordination.

Au total, le texte qui est soumis à notre vote définitif ce matin me semble correspondre parfaitement à l’esprit des accords de l’Élysée. Il respecte pleinement l’équilibre du projet du Gouvernement, et y apporte des améliorations significatives.

Il n’a certes pas la prétention de la perfection. Il a en revanche une ambition : accompagner les professionnels de la culture et de la création à l’heure des nouvelles technologies. Pour cela, nous devons nous appuyer sur deux piliers parfaitement complémentaires et en réalité indissociables.

Le premier, c’est donc le développement de l’offre légale sur Internet.

Le second, c’est un combat déterminé contre le pillage des œuvres. Parce que tout travail mérite une juste rémunération, et que les professionnels de la culture et de la création ont droit eux aussi au respect de cette valeur fondamentale. Et pour protéger les droits des créateurs, je le répète, nous avons fait le bon choix : celui du pragmatisme, en privilégiant la pédagogie plutôt que la sanction, en instaurant un dispositif moderne, adapté, équilibré qui aura vocation à dissuader plus qu’à punir.

Le texte de la CMP s’appuie sur ces deux piliers. Il répond à l’ambition affichée. Je vous invite donc, mes chers collègues, à le voter.

Exception d’irrecevabilité
M. le président. J’ai reçu de M. Jean-Marc Ayrault et des membres du groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche une exception d’irrecevabilité déposée en application de l’article 91, alinéa 4, du règlement.

La parole est à M. Patrick Bloche.

M. Patrick Bloche. Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues, au terme de ce débat, nous ne pouvons que regretter que le texte issu de la commission mixte paritaire que nous examinons aujourd’hui n’ait pris en compte aucun des arguments forts que nous avons développés dans cet hémicycle durant plus de quarante heures. Pire, la CMP n’aura fait que revenir en arrière sur les maigres avancées que nous avions pu obtenir. Ainsi, elle a rétabli la triple peine : sanction pénale, sanction administrative et sanction financière résultant de l’obligation faite à l’internaute de payer son abonnement une fois son accès à Internet coupé.

M. Jean Dionis du Séjour. Eh oui !

M. Patrick Bloche. Ainsi encore, elle a supprimé l’amnistie des sanctions prises à l’encontre des internautes en vertu des dispositions de la loi dite DADVSI. C’était pourtant un excellent amendement de notre collègue Alain Suguenot. Comme l’a si bien résumé notre collègue Christian Paul en CMP, les faucons l’ont emporté sur les colombes.

Nous l’avons dit, nous le répétons ce matin encore, ce projet de loi est plus que jamais un pari perdu d’avance. On ne fait jamais de bonne loi en confrontant nos concitoyens les uns aux autres, en l’occurrence avec ce texte, en opposant les créateurs aux internautes, c’est-à-dire les artistes à leur public.

Ce texte est inutile à plusieurs titres : il est d’ores et déjà dépassé. Il vise ainsi à réprimer le téléchargement et l’échange de fichiers au moment même où le streaming est en plein essor. Il est coûteux, il est inefficace car contournable ; il est techniquement très difficile à mettre en œuvre ; il est risqué pour nos concitoyens tant il comporte d’aléas et d’incertitudes juridiques.

Son fondement même, limité à la seule lutte contre le piratage, est récusable, tant la question se situe en réalité ailleurs et réside fondamentalement dans le fait de savoir comment adapter le droit d’auteur à l’ère numérique.

Il y a trois ans, le Gouvernement certifiait déjà que le simple fait d’adopter la loi dite DADVSI allait mettre fin aux téléchargements illégaux, que tous les internautes allaient massivement basculer vers les offres légales et qu’il était en soi totalement inutile de prévoir une rémunération nouvelle pour les créateurs. Depuis trois ans, les auteurs n’ont touché aucune rémunération complémentaire. Et ce sera encore le cas dans les années qui viennent puisque ce débat est une nouvelle occasion manquée.

Malheureusement, aujourd’hui encore, le Gouvernement ignore toute approche alternative, qui pourrait être fondée sur la reconnaissance des échanges non lucratifs entre individus en contrepartie du paiement d’une contribution forfaitaire par les abonnés au haut-débit. Nous avons proposé l’instauration d’une contribution créative pour ouvrir un débat que vous avez aussitôt refermé.

J’espère que nous serons entendus au moins au-delà de cet hémicycle, et je signale, pour m’en réjouir, la tribune parue, mardi 7 avril, dans Libération, co-signée par des réalisateurs, des acteurs et des producteurs de cinéma qui, ensemble, constatent que « l’heure est à la réinvention et à l’émerveillement, et non pas à l’instauration d’un énième dispositif répressif ».

M. Christian Paul. Excellent texte !

M. Patrick Bloche. Dispositif dont ils ont compris tous les ressorts en résumant fort justement votre loi à l’instauration « d’un mécanisme de sanctions à la constitutionnalité douteuse et au fonctionnement fumeux. »

M. Christian Paul. Constitutionnalité très douteuse, en effet !

M. Patrick Bloche. Les artistes, madame la ministre, seront amers quand ils constateront que votre texte n’était qu’un leurre, tout comme sont déjà amers les artistes qui découvrent progressivement que leur nom figure dans la liste des signataires de la pétition « J’aime les artistes » sans qu’ils aient donné leur autorisation. Car il y a un pas entre demander aux auteurs de confirmer leur attachement au droit d’auteur et en déduire qu’ils soutiennent le dispositif que vous créez !

M. Christian Paul. Bien sûr !

M. Patrick Bloche. Ce pas, vous l’avez franchi, dans la précipitation, gourmande que vous étiez d’afficher 10 000 noms d’artistes, et vous l’avez fait sans état d’âme et avec toute la légèreté qui vous a caractérisée dans ce débat.

M. Franck Riester, rapporteur. Oh !

M. Patrick Bloche. Déjà, les langues se délient. Laurent Petitgirard, président de la SACEM, déclare après avoir enfin concédé que votre dispositif ne réglera pas la question : « A titre personnel, ce qui n’engage donc pas la SACEM, je pense que nous arriverons à une nouvelle forme de licence où les utilisateurs, moyennant une majoration de leur abonnement à laquelle aura participé le fournisseur d’accès, auront accès à des fichiers fournis par l’ensemble des producteurs avec des fichiers sains et normés, assurant une parfaite traçabilité des ayants droit ». La SACEM est déjà dans l’après, comme bien d’autres ; les artistes, eux, ne s’y sont pas préparés en suivant vos nobles recommandations et risquent ainsi de subir cette transition plutôt que d’en être les acteurs vigilants.

Vous auriez dû vous préoccuper de cela, madame la ministre, plutôt que de créer un Meccano hasardeux et inefficace qui ne leur sera d’aucun secours mais qui, par contre, suspend une véritable épée de Damoclès au-dessus de la tête de nos concitoyens.

La CNIL, l’ARCEP, l’INRIA, l’ACSEL, la FFT, la Commission européenne, le Parlement européen, le CGTI, et j’en oublie : tous, pour une raison ou pour une autre, ont relevé les innombrables problèmes que pose votre texte. Et pour cause !

Je tiens à rappeler, en préalable, que ce projet de loi ne pourra techniquement être mis en œuvre dès qu’il sera voté. Vous le savez, selon l’ARCEP, pour 2,5 à 3 millions de foyers situés dans des zones non dégroupées, il n’est pas possible aujourd’hui de couper l’abonnement Internet sans interrompre en même temps la connexion au téléphone et à la télévision de ceux qui ont choisi une offre triple play. Les plus gros opérateurs pensent pouvoir lever ces obstacles techniques en y consacrant plusieurs millions d’euros, dans un délai de 18 mois minimum.

Malgré nos demandes répétées, nous n’avons d’ailleurs, à cette heure, toujours pas de réponse à une question simple : qui prendra en charge les coûts d’investissement nécessaires pour adapter les réseaux aux exigences de la loi ? Ils sont estimés par le rapport du CGTI – organisme qui dépend de Bercy – à « un montant minimal » de 70 millions d’euros sur trois ans.

Or le Conseil constitutionnel a clairement posé dans une décision du 18 décembre 2000 que, « s’il est loisible au législateur, dans le respect des libertés constitutionnellement garanties, d’imposer aux opérateurs de réseaux de télécommunication de mettre en place et de faire fonctionner les dispositifs techniques permettant les interceptions justifiées par les nécessités de la sécurité publique, le concours ainsi apporté à la sauvegarde de l’ordre public, dans l’intérêt général de la population, est étranger à l’exploitation des réseaux de télécommunication ; que les dépenses en résultant ne sauraient dès lors, en raison de leur nature, incomber directement aux opérateurs. »

Les dispositions de votre texte correspondent totalement à ce cas de figure. C’est d’autant plus ennuyeux que vous n’avez budgété pour 2009 que 6,7 millions !

Vous nous brandissez en réponse les accords dits « historiques » de l'Élysée, qui non seulement sont largement contestés aujourd'hui mais qui, de surcroît, n'ont pas, j'en suis désolé pour vous, valeur constitutionnelle.

Je ne reviendrai naturellement pas sur tous les arguments que nous avons développés en séance, mais, puisque je défends ici l'exception d'irrecevabilité, je ne puis tout de même faire autrement que vous mettre en garde une dernière fois, madame la ministre, contre les conséquences funestes de votre texte.

Nous rappelons notre inquiétude de voir confier la prise de sanction que constitue la suspension d'un abonnement à Internet à une autorité administrative. La compétence exclusive du juge pour toute mesure visant la protection ou la restriction de libertés individuelles est un principe rappelé à maintes reprises par le Conseil constitutionnel. S'agissant de mesures entraînant une restriction des libertés individuelles pour se connecter à l'Internet, de plus en plus indispensable à la vie quotidienne de chacun, celles-ci sont suffisamment sensibles pour que le prononcé vienne du juge et non d'une autorité administrative.

En persistant dans la voie que vous avez choisie, vous êtes en décalage avec le contexte européen. Je vous rappelle l'adoption par 573 voix contre 74 – soit par 88 % des suffrages – de l'amendement n° 138 présenté par Guy Bono et Daniel Cohn-Bendit et visant à ce qu'aucune restriction aux droits fondamentaux et aux libertés des utilisateurs de services de communication au public en ligne ne puisse être imposée sans une décision préalable de l'autorité judiciaire ; je rappelle l'adoption du rapport Lambrinidis, qui reconnaît l’accès à Internet comme un droit fondamental, tout particulièrement dans l'accès à l'éducation ; je rappelle les avis successifs de la Commission européenne, qui reste très réticente à l'idée de laisser à un organe administratif un tel pouvoir de suspension, en soulignant très justement que « la réalité de l'utilisation actuelle d'Internet dépasse largement l'accès aux contenus ».

Au-delà, je regrette vivement que nous n'ayons pas, en plus de quarante heures, obtenu de réponses précises aux très nombreuses questions que nous avons posées. Non seulement le texte demeure flou et imprécis mais, de surcroît, les débats n'auront pas permis d'éclairer le silence de la loi.

Quelles sociétés vont être ainsi chargées de la collecte des adresses IP incriminées, préalable à la saisine de la HADOPI, et avec quelles garanties techniques ? Silence. Quels seront les moyens de sécurisation prétendument absolue que la HADOPI sera amenée à labelliser ? Selon quels critères ce label sera-t-il accordé ? Silence. Quand, aujourd'hui, nombre d'entreprises emploient à plein temps des experts pour sécuriser leur réseau sans obtenir pour autant une sécurité totale, supposer que l'ensemble des particuliers y parviendra est absurde.

Selon quels critères la HADOPI va-t-elle ou non envoyer un mail d'avertissement, puis une recommandation ? Selon quels critères choisira-t-elle entre la sanction et l'injonction ? Selon quels critères proposera-t-elle une transaction plutôt qu'une sanction ? Nous ne le savons toujours pas. Vous nous appelez, madame la ministre, à faire confiance à la Haute Autorité qui, seule, décidera de ces critères, arbitrairement et de manière aléatoire, faute ne serait-ce que d’un cadre préalablement défini par le législateur. Ce n'est pas acceptable et c’est surtout contraire au principe d'égalité des citoyens devant la loi.

Par ailleurs, sur des points essentiels et relevant de notre compétence, le texte renvoie à des décrets. Ainsi, c'est par décret que seront déterminées les conditions dans lesquelles les sanctions pourront faire l'objet d'un sursis à exécution mais aussi la procédure de labellisation des outils techniques censés sécuriser nos ordinateurs, base même du nouveau délit – créé par cette loi – de « manquement à l'obligation de surveillance » qui, soit dit au passage, ne répond en rien aux exigences posées par le Conseil constitutionnel d'une « définition claire et précise » des infractions. C'est encore par décret que devront être définies les règles applicables à la procédure et à l'instruction des dossiers devant le collège de la commission de protection des droits de la Haute Autorité.

Nous ne pouvons décemment pas dire que nous avons légiféré, chers collègues ! En effet, le silence de cette loi est porteur en l'occurrence de trop de menaces et d'incertitudes – oserai-je dire de dissimulations ? Vous avez essayé, madame la ministre, de nous rassurer, notamment au moment où nous débattions du grave problème posé par votre choix de couper l'accès à Internet à nombre de nos concitoyens, en nous expliquant que les sanctions seraient prises après réflexion, discussions, mails, lettres et échanges téléphoniques avec les internautes – c'est en tout cas la maigre justification trouvée pour conserver toutes leurs coordonnées téléphoniques dans les fichiers ; bref, vous nous avez assuré que vous feriez du cas par cas.

Sauf que, dans le même temps, vous nous avez répété, ô combien de fois, vos objectifs. Je vous cite : « Nous partons d'une hypothèse de fonctionnement de 10 000 courriels d'avertissement par jour, 3 000 lettres recommandées par jour et 1 000 décisions de suspension par jour ». Ce dispositif est donc bien un dispositif de masse et, comme vous l'avez dit en séance le 30 mars : « bien sûr, le système sera complètement automatisé ». Automatisation et examen au cas par cas ne vont pas ensemble, madame la ministre, c'est le moins que l'on puisse dire !

Nous n'avions d'ailleurs pas besoin de cette confirmation d’une procédure automatique pour savoir qu'il n'y aura pas de cas par cas. Le simple fait que sept « petites mains », comme vous les appelez, madame la ministre, et sept seulement seront affectées à la HADOPI, montre bien à quel point elle ne pourra faire dans la dentelle. Et cela, sans compter les autres missions qui lui ont été confiées au passage : un rapport annuel sur le développement de l'offre légale, ou encore et ce n'est pas rien, une labellisation des sites d'offres légales sur Internet.

Dès lors et compte tenu du fait que, technologiquement parlant, le risque d'erreur est grand, ce dispositif en devient, après nos débats, d'autant plus dangereux. En effet, le caractère manifestement disproportionné de la sanction encourue par les internautes est aggravé par le fait que ces derniers ne pourront bénéficier des garanties procédurales habituelles. Absence de procédure contradictoire, non-prise en compte de la présomption d'innocence, non-respect du principe de l'imputabilité, possibilité de cumuler sanction administrative, sanction pénale et sanction financière sont, nous le rappelons avec force aujourd'hui, autant d'éléments d'irrecevabilité.

D'abord parce que cette loi met en place une présomption de responsabilité – pour ne pas dire de culpabilité – de l'internaute. Ensuite parce que le choix fait par le Gouvernement de faire peser la charge de la preuve sur l'internaute, combiné à l'absence de droit de recours effectif de la part des titulaires de l'accès recevant des messages d'avertissement par voie électronique, ignore ce qu'on appelle tout simplement le droit à une procédure équitable et les droits de la défense.

Or, dans ce texte, les avertissements ou les recommandations ne sont pas de simples rappels de la loi ou d'innocentes mesures pédagogiques comme vous essayez de nous le faire croire. Le mail d'avertissement est en lui-même une étape qui amène à la sanction future. Il devrait donc, au minimum, pouvoir faire l'objet d'une contestation par l'internaute.

Nous avons défendu nombre d'amendements visant, dans la mesure du possible, à limiter sensiblement les effets néfastes de ce texte, ne serait-ce qu'au regard de notre droit. Las, nous n'avons entendu durant des heures que « défavorable », « défavorable », « défavorable »…

Un exemple, qui concerne le téléchargement illégal via des réseaux publics. Vous répétez à l'envi, madame la ministre, qu'il n'est en aucun cas prévu de suspendre les connexions Internet des collectivités territoriales et des entreprises, et pourtant, suite au rejet de notre amendement proposant de l'écrire plutôt que de le dire, aucune stipulation de cet ordre n'apparaît dans le texte.

Rejet aussi de nos amendements proposant que les dispositions de la loi DADVSI soient abrogées. Vous avez présenté, madame la ministre, votre texte comme un dispositif « essentiellement pédagogique qui a vocation, en pratique, à se substituer aux poursuites pénales actuellement encourues par les internautes qui portent atteinte aux droits des créateurs ».

Et pourtant, le fait est qu'il s'agit bel et bien par cette loi d'établir un double régime de sanctions pour le même délit, avec la circonstance aggravante que le choix de requérir l'une ou l'autre ou les deux dépendra des seuls représentants des ayant droit qui pourront en faire l'usage qu'ils voudront. Rien dans la loi, en effet, ne s’oppose à ce qu'un procès en contrefaçon s'ajoute à la riposte dite graduée. La CNIL s'en était d'ailleurs émue en relevant le pouvoir exorbitant donné aux ayant droit, qui auront le choix, pour qualifier juridiquement les faits, entre le manquement, associé à une sanction administrative, et le délit de contrefaçon, associé à une sanction pénale.

Pire : à cette double peine, vous vous êtes entêtée à en ajouter une troisième – ultime provocation –, en obligeant les internautes à continuer de payer leur abonnement à Internet une fois leur service coupé !

M. Franck Riester, rapporteur. Les sénateurs socialistes l’ont accepté !

M. Patrick Bloche. Les sénateurs socialistes se sont abstenus sur ce texte à l’issue de la CMP, témoignant ainsi qu’ils avaient pris en compte les arguments développés à l’Assemblée nationale.

M. Christian Paul. Ils ont réfléchi !

M. Patrick Bloche. L'Assemblée avait fort justement chassé par la porte cette disposition, mais il a fallu que vous la fassiez revenir par la fenêtre, en CMP, et naturellement, dans ce cadre plus feutré, elle a été retenue.

Nous ne nous satisfaisons pas, madame la ministre, d'avoir eu raison il y a trois ans. Nous ne nous satisfaisons pas de devoir à nouveau nous opposer à un texte qui s'inscrit dans la droite ligne de la loi DADVSI. Nous ne nous satisfaisons pas de devoir, dans un an, peut-être deux, faire le même et triste constat : les artistes n'auront pas touché un euro de plus, le contribuable aura financé cette gabegie et vous ou votre successeur n'oserez même pas faire le bilan d'une loi aussi inefficace qu'inutile. Pour toutes ces raisons, je vous invite, chers collègues, à voter cette exception d'irrecevabilité. Elle illustre ce que seront les fondements de notre recours devant le Conseil constitutionnel.

M. le président. Nous en venons aux explications de vote.

La parole est à M. Jean Dionis du Séjour, pour le groupe Nouveau Centre.

M. Jean Dionis du Séjour. L’exception d’irrecevabilité vise à démontrer, me semble-t-il, l’irrecevabilité d’un texte au regard de la Constitution ; or ce projet de loi est, en effet, constitutionnellement fragile sur plusieurs points. Il l’est notamment sur la question de la double peine que constitue le cumul de la suspension de l’accès à Internet et du maintien du paiement de l’abonnement. Sur ce point, la loi est dérogatoire par rapport au code de la consommation, et il est probable – mais n’étant pas expert en constitutionnalité, je le dis avec prudence – que le Conseil constitutionnel sanctionnera ici une loi d’exception.

Le groupe Nouveau Centre a également souligné les faiblesses que comportait l’article 5, qui déroge, lui, à la loi pour la confiance dans l’économie numérique et au principe de subsidiarité qu’elle pose en matière de pouvoirs donnés au juge pour faire cesser les délits touchant à la propriété intellectuelle.

Concernant ces deux points, nous alertons une dernière fois le Gouvernement sur la faiblesse juridique des choix qu’il a faits. Cela étant, nous avons eu un débat démocratique et notre rapporteur Franck Riester a défendu les choix de notre assemblée. Même si celle-ci, qui a abouti à radicaliser certains aspects du texte, nous laisse quelque peu amers, nos procédures ont été respectées.

C’est désormais au Conseil constitutionnel de se prononcer. Le groupe Nouveau Centre ne votera donc pas cette exception d’irrecevabilité ; il attend avec sérénité la décision du Conseil.

M. le président. La parole est à M. Frédéric Lefebvre, pour le groupe UMP.

M. Frédéric Lefebvre. Le groupe UMP ne votera pas non plus cette exception d’irrecevabilité, ce qui n’est pas une surprise. Nous nous félicitons en effet de l’équilibre auquel nous sommes parvenus sur ce texte, et je rappelle ici à Jean Dionis du Séjour que les positions de l’Assemblée nationale sur la chronologie des médias et sur l’offre légale ont été adoptées par la CMP.

M. Jean Dionis du Séjour. C’est vrai.

 

M. Frédéric Lefebvre. Le projet de loi comporte deux avancées importantes. Il combine en effet de manière équilibrée la prévention et la sanction – l’une n’allant pas sans l’autre – contre le piratage et permet le développement de l’offre légale, notamment grâce aux mesures votées au Sénat sur la musique et les DRM. Je me félicite que, sur ce point, nous soyons parvenus à l’Assemblée à un accord unanime et que nous ayons réussi à faire valoir notre position en CMP.

Ce texte envoie donc un signal fort aux illégaux, que certains défendent ici, ce qui n’est pas le cas des sénateurs socialistes qui ont voté les dispositifs les plus fermes contre les contrevenants.

Il est évidemment essentiel, sur un texte aussi important, que nous prenions la défense de l’exception culturelle et de la création, mais également celle des acteurs légaux du net. Ceux-ci le comprennent bien, comme on a pu le vérifier à l’occasion d’un dîner auquel le rapporteur participait il y a quelques jours en présence de Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d’État chargée de ces questions.

M. Christian Paul. Pourquoi n’est-elle pas ici ce matin ?

M. Patrick Bloche. C’est la muette du sérail gouvernemental !

M. Frédéric Lefebvre. Celle-ci va travailler dans les prochaines semaines,…

M. Christian Paul. Vous êtes son conseiller parlementaire ?

M. Frédéric Lefebvre. …parce que l’après-HADOPI impliquera, pour nous tous, d’œuvrer à la constitution d’un environnement économique permettant aux acteurs légaux du net – ceux que vous ne défendez pas, chers collègues socialistes, puisque vous défendez les illégaux – de développer l’offre légale, ce qui sera évidemment dans l’intérêt de l’ensemble des internautes, jeunes ou moins jeunes.

M. Franck Riester, rapporteur. Tout à fait !

M. Frédéric Lefebvre. Je le précise parce que certains passent leur temps à opposer les jeunes et les moins jeunes, alors que les internautes, ce sont autant les uns que les autres.

L’équilibre auquel nous sommes parvenus est dans l’intérêt d’Internet, dans l’intérêt de la création, et c’est d’ailleurs pour cela que ce texte porte bien son nom.

M. le président. La parole est à M. François Brottes, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.

M. François Brottes. J’observe que notre collègue Lefebvre, comme d’habitude, est le champion de la loi d’après. Il sait bien que chaque fois que nous votons un texte ici, il n’est pas bon. Il nous renvoie donc au texte suivant, qui sera meilleur, semble-t-il.

M. Frédéric Lefebvre. Vous entendez des voix, monsieur Brottes.

M. François Brottes. Nous en prenons note. Là n’est pas le sujet.

Quand on aime les artistes, monsieur Lefebvre, madame la ministre, on baisse la TVA sur le disque, sur le DVD, sur le téléchargement. Pourquoi, sur le téléchargement légal, l’État prendrait-il près de 19 centimes alors que les artistes, auteurs et compositeurs, ne reçoivent que 4 centimes ? Arrêtons donc la démagogie ! Nous savons bien que nous sommes aujourd’hui à la fin d’un cycle, à la fin d’une époque, et que les nouvelles pratiques culturelles nous obligent, les uns et les autres, à sortir de nos cathédrales de certitudes.

Et en tout état de cause, malheureusement, je vais le dire avec une certaine brutalité, nous sommes au début d’une arnaque, d’une injustice. En semant la terreur pour les uns, et la peur pour les autres, on n’apporte pas la solution durable à laquelle tout le monde, je crois, demeure attaché.

M. Marc Le Fur. Il faut le dire aux sénateurs socialistes !

M. François Brottes. Notre proposition de contribution créative commence à entrer dans les esprits,…

M. Frédéric Lefebvre. Pas dans l’esprit des sénateurs socialistes, en tout cas.

M. François Brottes. …parce que chacun a bien compris qu’elle était la solution durable. Et nous avons été constructifs, tout au long de ce débat, comme Patrick Bloche vient de l’être avec beaucoup de brio. Il a expliqué dans le détail, avec beaucoup de subtilité et de finesse, à quel point ce texte était irrecevable.

Je regrette d’ailleurs que Jean Dionis du Séjour, qui partage ce point de vue, n’ose pas aller jusqu’à voter cette motion. Je suis persuadé que, compte tenu de la démonstration qui vient d’être faite, et de celle qui a pu être faite par M. Dionis du Séjour et par d’autres collègues siégeant sur les bancs de l’UMP, le Conseil constitutionnel saura trouver toutes les injustices, toutes les inégalités fondamentales qui sont contenues dans ce texte.

Celui-ci ne marchera pas. Outre qu’il instaure la triple peine, il comporte énormément d’excès, qui frisent la caricature…

M. Frédéric Lefebvre. Ce sont vos excès qui frisent la caricature, monsieur Brottes.

M. François Brottes. …et sèment des leurres parmi les artistes. À nous de faire en sorte que les consciences s’éveillent.

Ce texte n’étant pas la réponse, il faut que le Conseil constitutionnel en déclare l’irrecevabilité, de façon que nous nous mettions au travail afin d’apporter une vraie solution, qui soit constructive et contribue au mieux à une création artistique respectée, écoutée et foisonnante. (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

M. le président. La parole est à Mme Martine Billard, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

Mme Martine Billard. Le groupe GDR votera cette exception d’irrecevabilité, parce que, comme l’a très élégamment dit notre collègue du Nouveau Centre, ce texte est « fragile » du point de vue constitutionnel. Il comporte de nombreuses atteintes à l’égalité devant la loi. Nous le démontrerons dans le recours que nous soumettrons au Conseil constitutionnel.

Et puis, vous êtes toujours en retard sur les réalités. Mais je vois que notre collègue Lefebvre, l’intermittent des séances, est une fois de plus parti. (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.) C’est toujours comme ça !

Le problème, c’est que vous en êtes encore au téléchargement. Je note d’abord que notre collègue Lefebvre nous dit que certains défendent « les illégaux ». Je ne savais pas qu’il y avait des personnes illégales. Il y a des actes illégaux, mais les personnes, qu’elles en commettent ou pas, ne sont pas illégales.

M. Frédéric Lefebvre. Il y a des entreprises illégales.

M. Christian Paul. Vous diabolisez l’adversaire, monsieur Lefebvre. C’est votre méthode, on vous connaît.

Mme Martine Billard. Le problème, c’est que ce qui se développe beaucoup aujourd’hui, c’est l’écoute en ligne. Et celle-ci est gratuite. Vous tentez d’opposer constamment l’offre payante et la gratuité, mais ce modèle commence à être quelque peu dépassé. Les choses sont un peu plus complexes que cette opposition primaire. Mais il est vrai que M. Lefebvre, à ce qu’il m’a semblé, a un problème avec le streaming. Il essaierait bien de le remettre en cause.

M. Christian Paul. Il a un problème avec la modernité !

M. Frédéric Lefebvre. J’utilise beaucoup le streaming. Avec Deezer, notamment, le streaming est légal.

Mme Martine Billard. Quant aux jeunes et aux moins jeunes, monsieur Lefebvre, ce n’est pas nous qui avons tenté de les opposer, c’est Mme la ministre. Hier encore, dans sa réponse à un collègue socialiste, elle accusait l’opposition de faire du « jeunisme ».

M. Frédéric Lefebvre. J’aurais plutôt parlé d’infantilisme.

Mme Martine Billard. Un certain nombre de contrevérités sont constamment martelées, ce qui n’en fait pas des vérités. Ainsi, les sénateurs communistes ont voté contre ce texte et les sénateurs Verts se sont abstenus, après avoir hésité entre le vote contre et l’abstention. Mais aujourd’hui, étant donné les modifications apportées par la CMP, il n’y aura pas de désaccord entre nous.

M. Frédéric Lefebvre. Et les sénateurs socialistes ?

Mme Martine Billard. Ce texte pose un problème de rupture d’égalité devant la loi, et à de nombreuses reprises. Ainsi, certains pourront être sanctionnés par la coupure de leur connexion, d’autres non, et selon des critères qui ne nous ont jamais été exposés. On pourra, en outre, être poursuivi au titre de deux lois, la loi DADVSI et la loi HADOPI. Et contrairement à ce qui a été dit et répété, le recours à la loi DADVSI n’a pas été limité aux seuls internautes qui auraient téléchargé et fait commerce de ces téléchargements de manière illicite.

Quant aux fournisseurs d’accès à Internet, ils ne sont pas du tout prêts, et ils l’ont dit après la première lecture et le vote de ce projet de loi par l’Assemblée nationale, à prendre en charge le coût qu’implique l’application de cette loi. Ils font remarquer que le coût d’une mission d’intérêt général ne doit pas incomber aux opérateurs mais, selon la décision du Conseil constitutionnel du 28 décembre 2000, au budget de l’État. Cela signifie, d’ailleurs, que le budget de la culture sera diminué des 70 à 100 millions d’euros nécessaires aux modifications techniques auxquelles devront procéder les fournisseurs d’accès. Non seulement il faudra que toutes les offres triple play puissent, dans l’avenir, être dégroupées, de manière à ne couper que la connexion Internet, mais même en ce qui concerne les offres triple play actuelles, il faudra faire en sorte que la coupure du canal Internet n’ait pas de conséquence sur les deux autres canaux.

Cette loi ne pourra donc pas être applicable techniquement avant un an ou dix-huit mois, si tant est qu’elle puisse l’être pour ce qui concerne la coupure Internet.

Je crois donc effectivement que, comme dirait notre collègue Dionis du Séjour, elle est plus que « fragile » du point de vue constitutionnel.

En outre, elle n’est pas en phase avec les avancées de la technologie. On ne peut pas faire une loi qui porte sur des aspects technologiques sans prendre en compte l’évolution des technologies. On ne peut pas faire croire qu’il est possible de défendre les propositions que vous défendez sans faire avec la technologie existante.

Ce débat aura eu au moins deux mérites : il aura été un débat citoyen très important, et il aura fait beaucoup rire tous les internautes. (Applaudissements sur les bancs des groupes GDR et SRC.)

(L’exception d’irrecevabilité, mise aux voix, n’est pas adoptée.)

M. Marc Le Fur. Je demande la parole pour un rappel au règlement.


Rappel au règlement
M. le président. La parole est à M. Marc Le Fur.

M. Marc Le Fur. Ce rappel au règlement se fonde sur l’article 112, alinéa 4, aux termes duquel les conclusions des travaux des commissions mixtes paritaires doivent être rendus publics, les rapports imprimés et distribués.

Or, nous ne disposons des rapports en ligne que depuis hier après-midi, et des rapports imprimés que depuis ce matin, ce qui, pour le coup, est tout à fait surprenant, car la CMP modifie totalement les équilibres auxquels nous étions parvenus.

M. Patrick Bloche. Absolument !

M. Marc Le Fur. J’étais déjà très réservé, vous le savez, madame la ministre, sur la philosophie générale de ce texte. Pourquoi ? Parce qu’elle conduit à ce qu’un dispositif juridique imaginé à l’époque de Gutenberg, et adapté à l’écrit, s’applique à un système Internet fondé sur l’initiative, l’intelligence, la variété, la jeunesse, etc. Il est très difficile d’associer les deux. Et nous avons été trop vite, me semble-t-il.

Au moins avions-nous progressé au cours de nos débats. Et je voudrais, à cet égard, saluer notre rapporteur. Au moins avions-nous fait en sorte que les familles qui ne disposeront plus d’Internet ne soient pas exagérément sanctionnées en continuant à devoir payer leur abonnement. Or, en CMP, il y a eu une collusion entre un certain nombre de gens, parmi lesquels, hélas, les sénateurs socialistes. Je ne doute pas de votre honnêteté, chers collègues socialistes, je constate simplement que Mme Tasca et quelques autres…

M. Christian Paul. Elle n’était pas là !

M. Marc Le Fur. …se sont ralliés à un système qui aboutit à une sur-sanction. Si Mme Tasca n’était pas là pour défendre cette position, elle l’a inspirée, vous le savez bien.

Cette sur-sanction aboutit à un résultat absurde, comme le montre une simple comparaison avec le service public de l’eau : quand on vous coupe l’eau, vous ne payez plus l’eau.

M. le président. Cela paraît clair.

M. Marc Le Fur. De même pour le service public de l’électricité : quand on vous coupe l’électricité, vous ne payez plus l’électricité. Mais pour ce qui est du service public d’Internet, vous n’aurez plus Internet, mais vous continuerez à payer Internet.

Et cela concernera des milliers de gens, puisque nous enverrons des milliers de lettres. Il y a là un problème de fond.

Madame la ministre, je crois qu’il faut que nous évoluions. Nous avons encore le temps. Notre rapporteur me soutient, sur cette analyse.

Il ne faut surtout pas que nous tombions dans la caricature. J’entends les jeunes de chez moi. On me dira peut-être que c’est le discours de la jeunesse. Encore une fois, je ne suis pas contre la sanction par principe, mais que disent les jeunes de chez moi ? Ils disent : « Il y a les people, et puis il y a le peuple. Et on a un peu oublié le peuple ». Pardonnez-moi de défendre le peuple dans cette enceinte (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

M. le président. La parole est à Mme la ministre.

Mme Christine Albanel, ministre de la culture. Je voudrais dire à Marc Le Fur, et très amicalement, que s’il y a un service public de l’eau et de l’électricité, il n’y a pas de service public de l’Internet. Il y a des fournisseurs d’accès, qui sont dans une logique de marché.

Quand vous achetez une voiture et que vous payez des traites pour rembourser l’emprunt, ce n’est pas parce que votre permis de conduire est suspendu que vous allez tout à coup cesser de payer vos traites. (Exclamations sur les bancs du groupe SRC.)

M. Patrick Bloche. Madame la ministre, élevez le débat !

M. Christian Paul. Même Bouygues est meilleur que vous, pour la culture !

Mme Christine Albanel, ministre de la culture. C’est exactement la même chose. Je voulais répondre très clairement sur ce point. Il n’y a pas du tout double peine. Outre que, comme nous le savons puisque nous avons déjà eu ce débat, la somme en question est comprise entre 7 et 10 euros, ne pas adopter cette mesure serait pénaliser des fournisseurs d’accès qui n’y sont absolument pour rien. Je pense donc que nous sommes au contraire…

M. le président. Madame la ministre…

Mme Christine Albanel, ministre de la culture. … dans le droit fil du droit. D’ailleurs, au cours du débat de ce matin, les sénateurs socialistes ont approuvé notre position sur ce point.

M. le président. Madame la ministre, je vous demanderai de bien vouloir conclure. Nos débats ont repris avec du retard, puisque nous avons été obligés de vous attendre.

Mme Christine Albanel, ministre de la culture. Mais j’étais au Sénat ! C’est incroyable !

M. le président. Et d’ailleurs, la remarque de M. Le Fur est parfaitement justifiée au regard de notre règlement. Le débat est clos sur ce sujet. Nous en venons maintenant à la question préalable.

M. Franck Riester, rapporteur. C’est incroyable de couper la ministre de cette façon, monsieur le président !

Question préalable
M. le président. J’ai reçu de M. Jean-Claude Sandrier et des membres du groupe de la Gauche démocrate et républicaine une question préalable déposée en application de l’article 91, alinéa 4, du règlement.

La parole est à Mme Martine Billard.

Mme Martine Billard. Madame la ministre, je voudrais sans détour vous faire part de ma colère devant ce texte de loi que vous avez présomptueusement baptisé « Création sur Internet ». Et je dois dire que l’intervention que vous venez de faire ne modifie pas mon appréciation, parce que payer son abonnement pendant une coupure d’un an, c’est payer 360 euros, ce qui est tout de même une somme importante pour bon nombre de nos concitoyens.

Les grands lobbies et les petits amis qui tournent autour de notre Président de la République ont été servis. Ce n’est ni l’intérêt général, ni l’intérêt des artistes, ni celui de la création.

Les rares amendements votés par notre assemblée, dont certains à l’unanimité contre l’avis de Mme la ministre, ont été méthodiquement écartés par la commission mixte paritaire, rayés de la loi par le simple fait majoritaire d’un soir, en niant les débats qui avaient conduit à leur adoption. Votre passage en force est ressenti par tous les internautes comme un énorme déni de démocratie.

Vous avez rejeté tout amendement, même de bon sens, émanant des deux groupes de l’opposition, du groupe Nouveau Centre, et même de députés du groupe UMP qui se rendent compte du désastre – nous venons à l’instant d’en avoir un exemple. Vous avez même rejeté des amendements qui pouvaient faire consensus et qui avaient été adoptés par les trois commissions saisies.

Pour justifier vos refus, madame la ministre, vous n’avez pas hésité à aligner de véritables bourdes techniques, aujourd’hui immortalisées sur tous les sites, blogs et twitters consacrés au monde de l’Internet, depuis « la preuve par le disque dur » apporté sous le bras à l’HADOPI jusqu’à l’inoubliable « pare-feu du logiciel OpenOffice ».

Or cette loi ne touche pas seulement au droit et à la culture : elle touche aussi à l’informatique et, à cet égard, le moins que l’on puisse dire est que vous avez encore des progrès à faire. Vous avez ainsi offert un divertissement gratuit aux internautes, ce qui n’était peut-être pas votre objectif. Mais le ridicule ne tue pas.

Par ailleurs, vous avez une fâcheuse tendance à incriminer les outils, et non l’usage détourné qui peut en être fait. Ainsi revient régulièrement la tentation d’interdire le peer to peer et de museler Internet.

À l’inverse, je veux saluer le civisme et l’engagement citoyen de centaines d’internautes, dont certains ont découvert pour la première fois, en direct, à quoi ressemblait un débat parlementaire sous une majorité UMP. Je voudrais les remercier chaleureusement pour les éclaircissements, les apports, les précisions, les témoignages qu’ils nous ont envoyés tout au long de ces débats. Une telle participation citoyenne est à l’honneur de la démocratie.

Madame la ministre, vous accusez l’opposition de faire du « jeunisme » en les soutenant. Mais contrairement à votre formule désormais célèbre et reprise de blog en blog, les internautes, ce ne sont pas « cinq gus dans un garage » : 18 millions de citoyens sont connectés.

Avec ce projet de loi, vous portez atteinte au libre usage du Net et à la confidentialité de la vie privée et des communications de ces millions d’utilisateurs, comme l’ont fort justement rappelé des cinéastes et actrices de renom, dans une tribune de presse publiée dans le journal Libération, il y a deux jours.

Pour vous, les artistes qui approuvent intégralement cette loi sans se poser de questions sur la nécessité d’assurer la compatibilité entre droits d’auteur et neutralité de l’Internet sont dans le juste, tandis que ceux qui refusent l’opposition que vous créez entre auteurs et internautes ne peuvent que se laisser entraîner. Vous avez tenu ces propos hier lors des questions au Gouvernement.

Malgré les nombreuses heures que nous avons consacrées à l’examen de ce projet de loi, nous nous retrouvons avec un texte mal écrit, posant de graves problèmes juridiques, tant sur la forme que sur le fond, et aggravé par la commission mixte paritaire.

C’est également un nouveau coup dur pour tout le secteur des logiciels libres, véritable secteur d’innovation de l’économie, qui est une nouvelle fois mis en situation d’insécurité juridique, dans la lignée de la loi DADVSI. Ce secteur pourrait cependant être le garant de la sécurité, de la confidentialité commerciale des connexions sur le réseau informatique, face aux logiciels propriétaires liés à une grande société transnationale nord-américaine bien connue, déjà condamnée en Europe pour abus de position dominante. Madame la ministre, sur ce point, vous n’avez pas choisi le bon camp en servant de la sorte les intérêts d’une multinationale.

Après le fiasco de la loi DADVSI – dont le Parlement attend toujours le bilan qui devait lui être remis dans les dix-huit mois –, vous continuez de courir derrière la chimère du contrôle absolu d’Internet. Vous vous obstinez avec ce que vous appelez « riposte graduée », terme issu du vocabulaire militaire, à imposer une procédure administrative, au lieu d’une procédure judiciaire, et à étendre des mesures conçues pour la lutte anti-terroriste à la défense du droit de propriété sous la forme des droits d’auteur. Si je suis totalement pour la défense de ces derniers, je ne les place pas au même niveau que la lutte contre le terrorisme.

La HADOPI avertira par deux messages électroniques, puis par lettre recommandée, avant de passer à la coupure de la connexion Internet. Le rapporteur a essayé de nous expliquer qu’il ne s’agissait pas de coupure mais de suspension ; il a tout juste fait rire de lui sur Internet. (Sourires.)

La réécriture de la procédure de transaction par notre rapporteur a introduit dans notre droit français une sanction fondée sur « l’engagement de ne plus recommencer ». Curieuse formulation, issue, semble-t-il, de la morale chrétienne ; mais, pour écrire la loi, c’est un petit peu juste.

Il n’en demeure pas moins que le principe de la coupure de connexion a fait l’objet de trois votes défavorables au Parlement européen depuis l’automne dernier et que la « riposte graduée » est un fiasco partout où elle a été adoptée.

Ce n’est pas à coup d’idéologie punitive que l’on peut venir à bout des limites d’une technologie pour la contrôler ! La loi a pour objet de réprimer crimes et délits et d’apporter une réparation aux victimes. Elle ne peut avoir pour unique objectif de faire peur sans constituer une véritable atteinte aux libertés. Or, dans tous les débats, vous avez asséné à plusieurs reprises : « Cette loi a pour objectif de faire peur. »

Avec la loi DADVSI, vous avez voulu faire croire aux auteurs que les DRM – mesures techniques de protection, en français – allaient régler tous les problèmes. Il n’en a rien été. Mais vous n’avez pas voulu abolir de façon pure et simple cette loi.

Vous récidivez avec la loi HADOPI, qui, par bien des aspects, sera totalement inapplicable, Comme vous ne voulez pas que la justice intervienne, il sera impossible de prouver le délit de téléchargement illicite. Vous avez donc été obligés d’inventer la sanction pour manquement à la sécurisation de sa connexion Internet, dont vous confiez la constatation à la HADOPI.

Vous obligez ainsi tous les citoyens de notre pays à sécuriser leur connexion, alors même que l’immense majorité des entreprises et des administrations, qui disposent pourtant de services informatiques, en sont incapables. Vous supposez que tout citoyen français est capable de maîtriser suffisamment l’informatique pour répondre devant la loi du fait que son ordinateur et sa connexion à Internet ne peuvent pas être piratés.

Vous introduisez une labellisation des logiciels de sécurisation qui provoque, de fait, une discrimination à l’encontre du logiciel libre. Ces logiciels, qui devront être installés sur les ordinateurs de tout un chacun, seront, semble-t-il, constamment en liaison avec les fournisseurs d’accès à Internet et ne pourront pas être désactivés sans que la HADOPI en soit immédiatement informée.

Vous créez ainsi le mouchard universel et obligatoire, ce qu’aucun pays n’a osé faire.

Ceux qui avaient choisi la riposte graduée ont reculé, en raison des difficultés techniques, que vous avez constamment niées. Nous l’avons vu dernièrement en Nouvelle-Zélande, pays que Mme la ministre n’avait cessé de nous citer en exemple tout au long de ce débat. Mais la Nouvelle-Zélande a dû arrêter.

Ces difficultés techniques ne concernent pas seulement les logiciels de sécurisation, mais aussi la preuve par l’adresse IP. Nous allons nous retrouver avec un tiers d’innocents – c’est la proportion d’erreurs constatées dans les pays qui ont essayé, comme les

États-Unis – qui seront sanctionnés, parce qu’ils n’auront pas été en mesure de maîtriser leur ordinateur et leur connexion Internet. On nage en pleine inversion de la charge de la preuve et de la présomption d’innocence dans un scénario kafkaïen !

Vous introduisez une autre rupture d’égalité devant la loi, puisque les mails d’avertissement et les lettres recommandées ne seront pas envoyés automatiquement lorsqu’il y aura soupçon de téléchargement illicite – M. le rapporteur nous l’a répété à plusieurs reprises. Nous ne savons toujours pas en fonction de quels critères ces avertissements seront envoyés. Ce dispositif est l’expression même de votre volonté de traitement inégalitaire au regard de la loi,

Autre rupture d’égalité devant la loi : les trois millions de Français disposant de connexions non dégroupées ne pourront pas voir suspendu leur accès à Internet, car cela entraînerait de facto la coupure de la télévision et du téléphone, ce qui est contraire à la loi.

Au cours de la discussion dans notre assemblée, nous avions adopté en commission des lois, puis à l’unanimité en séance, certes contre l’avis de Mme la ministre, le principe de non-paiement par l’abonné en cas de suspension de sa connexion. À ce propos, madame la ministre, on ne peut pas comparer la culture et une voiture ! Pour une voiture, c’est un emprunt, non un abonnement.

Las ! La CMP a rétabli la « double peine » proposée par le Sénat. En cas de suspension de leur accès, les internautes devront encore payer leur abonnement.

Par ailleurs, à la suite des travaux de la CMP, il n’y aura pas d’amnistie pour les internautes poursuivis pour téléchargement illégal sans recherche d’avantages commerciaux avant l’entrée en vigueur de la loi. L’amendement de notre collègue Alain Suguenot était pourtant précis : cela ne concernait pas les internautes qui auraient téléchargé en cherchant des avantages commerciaux, en revendant les téléchargements illégaux.

D’autre part, les délais de recours étant différents entre la loi DAVSI et la loi HADOPI, des internautes pourront être poursuivis au titre des deux lois. En sus de la double peine de la coupure et du paiement de l’abonnement suspendu, vous avez ainsi maintenu la possibilité de poursuites au titre de la loi contre la contrefaçon. Nous en arrivons donc à une triple peine.

Les fournisseurs d’accès ont récemment fait savoir, par l’intermédiaire de la Fédération française des télécoms, qu’ils refusaient de payer les pots cassés en finançant la généralisation du dégroupage. Ils considèrent qu’il n’appartient pas aux opérateurs de payer ce coût très lourd – entre 70 et 100 millions d’euros. Ils rappellent que les fameux accords de l’Élysée n’ont jamais prévu de mettre cette dépense à leur charge. Avec le rétablissement du paiement de l’abonnement, en cas de coupure d’Internet, peut-être se montreront-ils plus conciliants.

Vous mettez en cause la neutralité de l’Internet, en vous croyant seuls sur terre avec un Internet limité à notre pays. La France va donc imposer aux moteurs de recherche d’organiser le référencement d’un certain nombre de sites. Dès le lendemain de l’adoption de cet amendement, Google, qui n’est pas le plus petit des moteurs de recherche, récusait cette obligation de référencement de listes blanches introduite par le législateur français.

Depuis quand, dans notre économie de marché, garantie par la Constitution, une administration d’État aurait-elle le pouvoir de dire ce qu’il faut consommer selon les diverses enseignes commerciales ? Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Voici venu le temps d’un Internet d’État dans un seul pays !

Ce texte va-t-il régler le problème de la rémunération des auteurs ? Non ! Votre vision se limite strictement à l’aspect commercial. Ainsi, vous avez refusé l’amendement que j’ai défendu, visant à faire connaître les licences libres, type Creative commons. Pas plus que celles de la DADVSI, les mesures que vous proposez ne peuvent fonctionner.

Je voudrais exprimer ma colère, madame la ministre, face à l’attitude de nos collègues UMP qui ont fait voler en éclats le difficile consensus sur le droit d’auteur à l’ère numérique, qui avait été obtenu au sein des professions de presse lors de l’examen expéditif en fin de séance par notre assemblée d’un amendement du Gouvernement. Le groupe GDR – nos collègues du groupe SRC avaient eu la même attitude – avait indiqué à Mme la ministre que nous étions prêts à faire confiance si cet amendement respectait bien le Livre Blanc et si les sous-amendements n’allaient pas au-delà.

Vous avez menti à la représentation nationale quant au contenu du sous-amendement de notre collègue Kert, en prétextant qu’il n’était que rédactionnel…

Mme Christine Albanel, ministre de la culture. Ce n’est pas vrai !

Mme Martine Billard. …et en ne prenant pas position, puisque vous vous en remettiez à la sagesse de l’Assemblée. En réalité, ce sous-amendement a fait exploser le consensus. Vous vous êtes privée, de ce fait, d’un vote unanime d’une disposition sur la presse, sur les droits d’auteur sur Internet et vous avez mis le feu à la profession.

Les syndicats de journalistes dénoncent aujourd’hui votre attitude irresponsable, qui n’a consisté qu’à servir les intérêts de quelques patrons de presse en rompant l’équilibre obtenu lors des États généraux de la presse ! Selon eux, vous avez porté un coup d’arrêt aux négociations sur les évolutions multimédias engagées dans ces entreprises de presse. Sous la pression des mêmes éditeurs, la CMP a maintenu la disposition.

Pour conclure, je voudrais dire aux auteurs et aux ayants droit qu’il faut, en effet, défendre le droit d’auteur sous ses deux formes – droit moral, droit commercial. Mais la défense des droits commerciaux du droit d’auteur ne peut passer que par le développement des offres et par la baisse des prix. Tant que les prix seront ce qu’ils sont, qu’ils ne provoqueront aucune amélioration de la rémunération des auteurs mais uniquement celle des intermédiaires par le passage des supports physiques aux chargements en ligne, vous serez obligés de construire des usines à gaz pour essayer de contenir, en vain, le flot d’Internet.

Il est piquant de lire, pas plus tard qu’avant-hier, les propos tenus par le président de la SACEM en personne. Laurent Petitgirard « croit peu dans les effets bénéfiques de la loi en question pour améliorer la rémunération des auteurs et des créateurs ». Pour lui, « l’une des solutions à explorer maintenant est celle de la taxe sur les tuyaux, les fournisseurs d’accès » – ceux-ci étant accusés de profiter indûment de l’offre de musique. J’avais défendu au nom des députés Verts, lors de l’examen de la loi DADVSI, une telle taxe, mais celle-ci avait été refusée par le gouvernement de l’époque sous prétexte qu’elle fragiliserait l’économie des fournisseurs d’accès. Cela n’a pas empêché le Gouvernement de reprendre cette disposition dans la loi sur l’audiovisuel.

Donc, si le plus haut représentant de la SACEM enterre déjà le dispositif HADOPI, notamment parce que « la sanction sera aveugle et faussée », quelle crédibilité pouvons-nous prêter à ce texte de loi sans nous discréditer nous-mêmes ?

Voilà, chers collègues, toutes les raisons pour lesquelles les députés du groupe de la Gauche démocrate et républicaine vous invitent à voter la question préalable, car il vaut mieux s’abstenir de légiférer que mal légiférer. Rien ne sert de faire des lois inapplicables. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

M. le président. Dans les explications de vote sur la question préalable, la parole est à M. Arnaud Robinet, pour le groupe UMP.

M. Arnaud Robinet. Je serai bref. Les questions soulevées et les propos tenus par Mme Billard ne nous feront en aucun cas changer d’avis.

Le groupe UMP votera bien sûr contre la question préalable.

M. le président. La parole est à M. Patrick Bloche, pour le groupe SRC.

M. Patrick Bloche. Comme l’a dit avec juste raison Mme Billard dans sa défense de la question préalable, il serait sage d’arrêter de légiférer – en l’occurrence d’adopter cette motion –, tant nous légiférons mal.

Nous avons tous conscience que le droit d’auteur s’adaptera tôt ou tard aux défis technologiques auxquels il est confronté. Nous sommes dans une période de transition. Ce qui nous frappe – cela a été dit par plusieurs collègues, y compris de la majorité –, c’est que nous nous apprêtons à voter une loi dont beaucoup disent qu’elle ne sera sans doute pas plus appliquée que la loi DADVSI, et qu’on est déjà en train de penser à l’étape ultérieure.

Madame la ministre, je regrette, au nom de mon groupe, que, dans votre réponse aux excellentes observations de Marc Le Fur, vous ayez comparé la culture à une automobile. Essayons au moins, en cette fin de débat sur le projet de loi « Création et Internet », d’élever nos échanges à la hauteur des défis que nous devons relever ensemble.

Nous vivons une période de transition qui nous confronte au mieux à des paradoxes, mais aussi, sans doute, à des situations totalement inacceptables. Savez-vous, chers collègues, que le groupe PPR, en l’occurrence M. Pinault, propriétaire de l’enseigne FNAC, a décidé de fermer, purement et simplement, la FNAC Bastille, le seul grand disquaire généraliste de l’est parisien – magasin de CD et de DVD qui pourtant ne désemplit pas. Cette fermeture provoquera immanquablement un nombre important de suppressions d’emplois, s’ajoutant à celles qui vont intervenir dans d’autres magasins de la Fnac à Paris et en province. Une telle décision contribue à miner un réseau qui a déjà vu, ces dernières années, disparaître les disquaires indépendants.

Quel paradoxe qu’au moment où vous prétendez soutenir l’offre légale par le biais de ce projet de loi, nouvelle ligne Maginot qui ne fera que retarder un peu plus le traitement de cette question, ce grand magasin emblématique de la place de la Bastille ferme ses portes !

Je vous ai, du reste, interpellée récemment, madame la ministre, …

M. Christian Paul. En vain !

M. Patrick Bloche. …pour envisager la possibilité que l’Opéra Bastille offre à la FNAC des locaux disponibles afin de lui permettre d’agrandir ce magasin.

En illustrant ainsi mon propos, je voulais dire que nous approuvons les arguments de Mme Billard et que nous voterons la question préalable. (Applaudissements sur les bancs du groupe SRC.)

M. Franck Riester, rapporteur. Mauvaise illustration !

(à suivre)


Séance publique du 9 avril 2009 (1)
http://rakotoarison.over-blog.com/article-doc-41261245.html

Séance publique du 9 avril 2009 (2)
http://rakotoarison.over-blog.com/article-doc-41261319.html





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3 avril 2009 5 03 /04 /avril /2009 22:12

(verbatim)



Le texte du projet de loi adopté le 2 avril 2009 est ici :

http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/ta/ta0249.pdf

Infos sur les scrutins à l'Assemblée Nationale ici :

http://www.assemblee-nationale.fr/connaissance/scrutins.asp

Explication de vote ci-dessous.
Lire en particulier les déclarations du député NC Jean Dionis qui regrette l'absence de publicité du vote de chaque député.


Assemblée nationale
XIIIe législature
Session ordinaire de 2008-2009


Compte rendu
intégral
Deuxième séance du jeudi 2 avril 2009


Explications de vote

M. le président. Dans les explications de vote sur l’ensemble du projet de loi, la parole est à M. Philippe Gosselin, pour le groupe de l’Union pour un mouvement populaire.

M. Philippe Gosselin. Quelques mots de conclusion après ces longs débats, parfois fiévreux et passionnés – comment pourrait-il en être autrement s’agissant de l’Internet et de la culture ? Notre propos est pédagogique ; il ne s’agit nullement d’opposer les artistes aux internautes, ni une génération à une autre. Nous sommes, autant que d’autres, attachés aux nouveaux modes de création, moyennant plusieurs conditions.

Il est des règles de vie en société, au nom desquelles le vol doit être réprimandé. Si les termes de « piratage » et de « vol » effraient certains, l’idée est bien de limiter une forme de spoliation, ce piratage qui, à terme, pourrait détruire la création. L’objectif, pédagogique, est de faire prendre conscience de la nécessité de ne pas télécharger illégalement des contenus. Il faut, parallèlement, se réjouir du développement des catalogues de l’offre légale, laquelle, je l’espère – c’est en tout cas l’un des buts du texte –, verra ses tarifs diminuer.

Nous sommes parvenus à un juste équilibre ; je sais que d’autres orateurs, après moi, le nieront, évoquant un texte liberticide et attentatoire aux droits fondamentaux. Nul ne peut réellement y croire. Plusieurs garanties ont été apportées, montrant qu’il n’est pas question de « fliquer » les internautes ou de procéder à des filtrages intempestifs. La CNIL aura, du reste, elle aussi à se prononcer sur les décrets d’application ; la loi de 1978, je tiens à le rappeler, s’appliquera dans le plus grand respect de nos institutions et de l’État de droit.

En conclusion, et pour être bref, l’équilibre trouvé est satisfaisant, même si le présent texte n’est certes pas gravé dans le marbre, non parce qu’il est mauvais, mais parce que, compte tenu de l’évolution des techniques, rien n’est jamais gravé sur de tels sujets.

Sans doute aurons-nous à y revenir un jour ou l’autre. Pour l’heure, eu égard aux besoins actuels de la société, ce texte est celui qu’il nous fallait. C’est pourquoi le groupe UMP l’adoptera. (Applaudissements sur les bancs du groupe UMP.)

M. le président. La parole est à Mme Martine Billard, pour le groupe de la Gauche démocrate et républicaine.

Mme Martine Billard. Malgré les nombreuses heures que nous avons consacrées à l’examen de ce projet de loi, nous sommes ce soir un peu déçus, tant par la forme – ce texte est mal écrit et pose bien des problèmes juridiques – que par le fond.

Après le fiasco de la loi DADVSI, dont le Parlement attend toujours le bilan qui devait lui être remis selon les termes mêmes de la loi, vous continuez de courir derrière la chimère du contrôle absolu d’Internet. Avec la loi DADVSI, vous avez voulu faire croire aux auteurs que les DRM allaient régler tous les problèmes. Vous recommencez avec la loi HADOPI qui, par bien des aspects, sera totalement inapplicable.

Comme vous ne voulez pas que la justice intervienne, il sera impossible de prouver le délit de téléchargement illicite : vous avez donc été obligés d’inventer l’incrimination de non-sécurisation de connexion à Internet, dont vous confiez la constatation à une autorité administrative, l’HADOPI. Vous obligez ainsi tous les citoyens de ce pays à sécuriser leur connexion, alors même que l’immense majorité des entreprises et des administrations, qui disposent pourtant de services informatiques, n’y arrivent pas. Vous supposez que tout citoyen français est capable de maîtriser suffisamment l’informatique pour répondre devant la loi du fait que son ordinateur et sa connexion à Internet ne peuvent pas être piratés.

Vous introduisez une labellisation des logiciels de sécurisation qui provoque de fait une discrimination à l’encontre du logiciel libre. Ces logiciels, qui devront être installés sur les ordinateurs de tout un chacun, seront constamment en liaison avec les fournisseurs d’accès à Internet et ne pourront pas être désactivés sans que l’HADOPI ne soit immédiatement informée : vous créez le mouchard universel et obligatoire, ce qu’aucun pays n’a osé faire. Ceux qui avaient choisi la riposte graduée ont reculé, en raison de difficultés techniques que vous avez constamment niées. Ces difficultés techniques ne concernent pas seulement les logiciels de sécurisation, mais aussi la preuve par l’adresse IP. Nous allons nous retrouver avec un tiers d’innocents – c’est la proportion d’erreurs constatées dans les pays qui s’y sont essayés – qui seront sanctionnés parce qu’ils n’ont pas été en mesure de maîtriser leur ordinateur et leur connexion à Internet.

Vous introduisez une rupture d’égalité devant la loi, puisque les mails d’avertissement et les lettres recommandées ne seront pas envoyés automatiquement lorsqu’il y aura soupçon de téléchargement illicite – M. le rapporteur nous l’a répété à plusieurs reprises. Nous ne savons toujours pas en fonction de quels critères ces avertissements seront envoyés.

Autre rupture d’égalité devant la loi, les 3 millions de Français disposant de connexions non dégroupées ne pourront pas avoir de suspension de leur accès à Internet, qui entraînerait de facto la coupure de la télévision et du téléphone, ce qui est contraire à la loi.

En fait, vous imaginez pouvoir créer l’Internet dans un seul pays. C’est assez impressionnant : on a l’impression que la France est une île. Vous allez même jusqu’à créer l’Internet d’État, puisque la France, l’un des vingt-sept pays de l’Union européenne, va imposer aux moteurs de recherche d’organiser le référencement d’un certain nombre de sites !

Ce texte va-t-il régler le problème de la rémunération des auteurs ? Non. Comme celles de la DADVSI, les mesures que vous proposez ne peuvent pas fonctionner. Vous avez systématiquement rejeté les propositions qu’ont avancées l’opposition ou le groupe Nouveau Centre. Nous allons donc, dans deux ou trois ans, nous retrouver dans la même situation. Je suppose que vous proposerez – si, hélas, vous êtes encore au Gouvernement –… (Exclamations sur les bancs du groupe UMP.)

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement. Pourquoi « hélas » ? C’est très désobligeant !

Mme Martine Billard. …une nouvelle loi dont le nom se terminera aussi en i.

Pour conclure, je voudrais dire aux auteurs et aux ayants droit qu’il faut, en effet, défendre le droit d’auteur, mais que cela passe – c’est d’ailleurs le seul point d’accord que j’ai eu avec nos collègues de l’UMP – par le développement des offres et par la baisse des prix. Tant que les prix seront ce qu’ils sont, n’améliorant pas la rémunération des auteurs mais uniquement celle des intermédiaires,…

Mme Laure de La Raudière. Il est vrai qu’il n’y a pas moins cher que le gratuit !

Mme Martine Billard. …vous serez obligés de construire des usines à gaz pour essayer de contenir le flot d’Internet : vous n’y arriverez pas.

Le groupe de la Gauche démocrate et républicaine votera donc contre le projet de loi.

M. le président. La parole est à M. Jean Dionis du Séjour, pour le groupe Nouveau Centre.

M. Jean Dionis du Séjour. Si j’ai bien compris, monsieur le président, nous nous acheminons vers un vote sur l’ensemble du projet de loi.

M. le président. Vous avez bien compris.

M. Jean Dionis du Séjour. Permettez-moi de dire mon étonnement, au nom du groupe centriste, et mon regret que, pour ce projet de loi, un vote solennel n’ait pas été prévu.

M. Roger Karoutchi, secrétaire d’État. Mais ce n’est pas nous qui décidons !

M. le président. Mon cher collègue, vous le direz surtout au président de votre groupe !

M. Jean Dionis du Séjour. Au temps pour moi, s’il était d’accord ! Je reprends donc, monsieur Karoutchi : à titre personnel, permettez-moi de regretter qu’un vote solennel n’ait pas été prévu. Il s’agit d’une loi importante pour le monde de la culture. Cela méritait que chaque député se découvre un peu, ait le courage de dire où il se situait par rapport à ce texte. Je veux remercier et féliciter les valeureux collègues qui sont encore là après sept heures et demie de débat, mais, si nous nous comptons, nous constatons que nous ne sommes que 2,5 % du Parlement.

M. Bernard Gérard, rapporteur pour avis. Et 100 % des centristes ? (Sourires.)

M. Jean Dionis du Séjour. C’est peu, pour se prononcer sur une loi aussi importante. Nous devons, dans un instant, nous prononcer collectivement : d’habitude, nous avons une réunion de groupe le mardi avant le vote solennel ; j’aurais pu rendre compte des débats au président Sauvadet et échanger avec lui sur la position du groupe.

Il n’était pas facile de sortir de l’échec que représentait la DADVSI. Vouloir favoriser la création et sa diffusion sur Internet, c’est relever un défi immense et complexe. On peut critiquer la démarche qui a été choisie – rapport Olivennes, accords de l’Élysée –, mais nous pensons qu’elle était bonne. L’approche d’une loi modeste, de court terme, autour du concept de riposte graduée, avec messages, lettres recommandées et sanction, était également très bonne. Elle avait et a toujours notre approbation pour gérer le court terme. Nous pensons en effet que l’offre légale doit être équilibrée par la présence d’un volet répressif. C’est une différence que nous avons avec nos collègues de l’opposition : nous n’avons pas de meilleure option que la riposte graduée.

J’adresserais toutefois deux reproches au texte. D’une part, la stimulation de l’offre légale y est beaucoup trop faible. La recommandation numéro un du rapport Olivennes consistait à réduire à quatre mois la fenêtre de la chronologie des médias pour la VOD : nous n’y sommes pas encore arrivés.

D’autre part, le choix de la sanction – la suspension de l’accès à Internet – est très mauvais. En préconisant la solution de l’amende, nous avons évoqué les sept péchés capitaux de la suspension : comme il se fait tard, je ne les répéterai pas.

Enfin, nous estimons que l’article 5 est exorbitant et lourd de contentieux.

J’ai pu discuter, au téléphone, avec certains membres de mon groupe. Plusieurs d’entre eux, notamment le président Sauvadet, s’expriment en faveur du texte. Un nombre important d’autres députés du groupe Nouveau Centre, dont je suis, s’abstiendront.

M. le président. La parole est à M. Patrick Bloche, pour le groupe socialiste, radical, citoyen et divers gauche.

M. Patrick Bloche. Nous arrivons au terme de ce débat. Lorsque j’avais défendu l’exception d’irrecevabilité, j’avais dit que nous avions eu la saison 1 avec DADVSI, et que nous avions désormais la saison 2 avec HADOPI. J’ai en effet l’impression d’avoir revécu un mauvais feuilleton. Ce sont, plus ou moins, les mêmes arguments qui ont été développés. C’est surtout le même pari qui a été fait : on imagine que, par la loi, on va bouleverser l’usage de millions de nos concitoyens, et, en l’occurrence, des 18 ou 19 millions d’entre eux qui sont abonnés au haut débit.

DADVSI était un pari perdu d’avance – et c’est pourquoi nous n’avons pas vu le rapport d’évaluation que la loi avait prévu de remettre au Parlement dix-huit mois après sa promulgation ; HADOPI était, avant même que ne s’engage notre débat, un nouveau pari perdu d’avance. Comme l’a dit le président de notre groupe, cette nouvelle haute autorité administrative indépendante est une nouvelle ligne Maginot, à l’exemple des DRM que vous avez vainement essayé de construire hier.

Vous sacralisez le droit d’auteur de manière telle que vous l’enfermez dans une sorte de forteresse assiégée, alors que, à travers les décennies – pour ne pas dire les siècles –, le droit d’auteur a toujours prouvé, dans notre pays, qui est celui de l’exception culturelle, de la diversité culturelle, son extraordinaire vitalité et sa capacité à s’adapter aux évolutions technologiques. Je n’ai pas eu le temps de lire les débats qui ont eu lieu lorsque le piano mécanique a été introduit en France, mais je suis certain que, déjà, à propos de la propriété intellectuelle, avaient été formulés des arguments semblables à ceux qu’ont développés ces jours-ci le Gouvernement et la majorité.

Au bout du compte, nous avons un projet de loi dont il n’est pas difficile de prédire que, comme DADVSI, il ne sera jamais appliqué, ne serait-ce que pour des raisons techniques, sur lesquelles nous vous avons alertés à plusieurs reprises, mais sans doute aussi pour des raisons juridiques. Il est vrai que la messe est dite. La majorité a composé la commission mixte paritaire en ne retenant aucun des députés de l’UMP qui ont courageusement essayé de l’alerter sur les limites de l’exercice. Le 9 avril prochain, le texte qui sortira de la CMP sera comparable à celui qui va malheureusement être adopté ce soir.

Au-delà du vote négatif que le groupe socialiste va exprimer ce soir, nous serons amenés à saisir le juge constitutionnel, tant les faiblesses juridiques de ce texte sont patentes. Je ne vais pas reprendre tous nos arguments visant, notamment, la mise en cause répétée, dans la construction juridique hasardeuse que vous nous avez proposée, du principe de l’égalité des citoyens devant la loi.

À l’arrivée, la loi HADOPI est soit un monstre juridique, soit une usine à gaz – je laisse à chacun le soin de choisir son appellation préférée. Elle a surtout le désavantage majeur d’opposer nos concitoyens les uns aux autres, les créateurs aux internautes, les artistes à leur public. Il n’est jamais bon qu’une loi divise nos concitoyens.

Plus largement, cette loi sera inefficace et inutile. En disant cela, je pense tout particulièrement aux artistes et aux internautes. Les internautes sont des millions de nos concitoyens. Je pense à ce qui les attendrait demain si, par malheur, cette loi s’appliquait. Ils croient, aujourd’hui, qu’ils risquent d’être sanctionnés pour téléchargement illégal. Erreur : ils le seront pour manquement à l’obligation de surveillance et de sécurisation de leur connexion à Internet. Ce texte se voulait pourtant pédagogique. Je regrette qu’on donne ainsi une vision de la société repliée sur quelques certitudes paresseuses, comme le disait Christian Paul, et qu’ait émergé dans ce débat démocratique, où nous avons pu nous exprimer, même si nos amendements n’ont malheureusement pas été retenus, une vision de méfiance vis-à-vis de l’Internet.

Cette méfiance est sans doute ce qui a été le plus prégnant dans l’expression de la majorité de cet hémicycle.

Un dernier mot pour dire que, parlant de droits d’auteur, nous avons encore plus pensé aux artistes, trompés une nouvelle fois. Pourquoi ce retard dans l’adaptation du droit d’auteur à l’ère numérique ? Nous avons proposé la contribution créative ; il y avait une opportunité à saisir pour que les auteurs et les artistes bénéficient d’une nouvelle rémunération. Vous avez retardé cette échéance…

M. le président. Il va falloir conclure, mon cher collègue.

M. Patrick Bloche. Je dis bien que vous avez retardé cette échéance, parce qu’il y aura inévitablement une saison 3, et j’espère que ce sera la gauche qui, revenue au pouvoir, fera enfin voter le projet de loi sur le droit d’auteur que notre pays attend avec impatience depuis plusieurs années ! (Applaudissements sur les bancs des groupes SRC et GDR.)

Vote sur l’ensemble

M. le président. À l’issue de quarante et une heures quarante de débat, et sept heures quarante-cinq pour cette seule séance, je mets aux voix l’ensemble du projet de loi.

(L’ensemble du projet de loi est adopté.)




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19 décembre 2008 5 19 /12 /décembre /2008 01:01

(dépêche)



Mettez tout Wikipédia sur une clé USB

encyclopédie

Grâce au logiciel gratuit WikiTaxi, compatible avec Windows XP et Vista, vous pouvez consulter l'encyclopédie sans être connecté à Internet. Mode d'emploi.

Alexandre Salque, L'Ordinateur Individuel (n° 210), le 12/12/2008 à 07h00
> 4 avis

Mettez tout Wikipédia sur une clé USB
Etape 1 : Installez WikiTaxi
Etape 2 :  Téléchargez les données de Wikipédia
Etape 3 : Intégrez les sauvegardes à WikiTaxi
Etape 4 : Testez le fonctionnement
Etape 5 : Utilisez WikiTaxi hors connexion

L'idée d'accéder à Wikipédia sans être connecté à Internet est séduisante. Pouvoir naviguer parmi les millions d'informations que contient l'encyclopédie en ligne gratuite et intégrer le tout sur une clé USB semble plus tenir de la fiction que de la réalité. Pourtant, c'est possible. Le miracle s'appelle WikiTaxi. Ce petit logiciel gratuit, compatible avec Windows XP et Vista, vous permet de télécharger Wikipédia sur votre disque dur, puis de consulter l'encyclopédie même sans connexion à Internet.

Le programme exploite une particularité de Wikipédia : ses administrateurs font, à intervalles réguliers, des sauvegardes de l'encyclopédie, appelées Dumps. Ces fichiers ne contiennent évidemment que les articles présents au moment de la sauvegarde, de sorte que les articles les plus récents en sont exclus. Si vous pensez que votre base est trop ancienne, vous pourrez toujours vous connecter à Internet afin de récupérer une version plus récente de Wikipédia : il vous faudra alors recommencer le processus que nous décrivons ici.

Le logiciel WikiTaxi est en anglais, mais il fonctionne avec toutes les langues de Wikipédia : vous pouvez donc parfaitement travailler avec une base de données en anglais et une autre en français. Le volume de données nécessaire pour héberger Wikipédia dépend de la taille de la sauvegarde que vous avez sélectionnée. Il existe une base anglaise réduite de 25 Mo compressés. Elle tient sur une clé de 64 Mo.

La base française que nous avons utilisée dans notre exemple représente un volume de 1 Go après compression, soit moins de 3 Go quand elle est intégrée à WikiTaxi. Elle peut donc aisément être transférée sur une clé USB standard de 4 Go ou plus. Désormais, vous pourrez vous balader avec Wikipédia dans la poche ! Attention : les manipulations que nous décrivons ici s'adressent à des utilisateurs d'un bon niveau technique.
Ce qu'il vous faut

Une connexion à Internet en haut débit, un PC sous Windows XP ou Vista, le logiciel WikiTaxi.

Niveau requis : 3

Temps nécessaire : 6 heures
Wikipédia sur clé USB

Alexandre Salque, L'Ordinateur Individuel (n° 210), le 12/12/2008 à 07h00


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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 00:43

(dépêche)

 

 

Un jeune homme se suicide en direct devant sa webcam sur un site internet

Vendredi 21 novembre 2008 - 16h26

Zigonet


Broward County, Floride - Etats Unis. Un jeune homme de 19 ans s'est suicidé devant sa webcam en direct sur un site internet, alors qu'il était observé par une dizaine d'internautes dont certains l'ont encouragé à passer à l'acte.

 

L'affaire suscite un vif émoi outre-Atlantique. Abraham K.Biggs, 19 ans, s'est suicidé par overdose médicamenteuse devant sa webcam en direct sur le site justin.tv.

Avant de passer à l'acte, il a prévenu de son geste d'autres internautes sur un forum puis écrit une lettre d'adieux sur un autre forum. Le jeune homme a ensuite ingéré les médicaments et a allumé sa webcam.

Gisant sur son lit, ce n'est qu'après plusieurs heures sans le moindre mouvement que d'autres internautes l'ont pris au sérieux et ont contacté la police. Celle-ci a enfoncé la porte et éteint la webcam après la découverte du corps.

Abraham était membre d'un forum de bodybuilding et était connu sous le pseudo de "Feels Like Ecstasy" sur justin.tv. Selon la police, qui a confirmé qu'il s'agissait bien d'un suicide, le jeune homme avait menacé de se suicider à plusieurs reprises, allant jusqu'à détailler les cachets qu'il allait prendre sur le forum du site bodybuilding.com. Les modérateurs ne l'ont pas pris au sérieux car il n'en était pas à ses premières menaces. D'autres forumeurs l'ont encouragé à passer à l'acte.

Plus tard, il a posté une sorte de lettre d'adieux sur un autre forum dans laquelle il expliquait avoir blessé d'autres personnes et s'accusait d'être "un échec".

Alors qu'il gisait inconscient sur son lit, les internautes de justin.tv continuaient de l'insulter, persuadés qu'il s'agissait d'une supercherie. Finalement, un membre du site s'est mis d'accord avec d'autres forumeurs pour appeler la police de Miami, laquelle l'a redirigé vers le bureau du shérif de Broward County. Une heure plus tard, les autorités sont arrivées chez le jeune homme.

1500 personnes ont regardé Abraham K.Biggs mourir en direct sur justin.tv. Les responsables du site, qui diffuse des milliers de vidéos en continu chaque jour, ont publié un communiqué dans lequel ils déclarent regretter ce qui s'est passé et assurent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour que ce genre de vidéos ne soient plus diffusées sur le site. Toutes les traces du suicide d'Abraham K.Biggs ont été supprimées de justin.tv.

 

 

 

 

 

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24 novembre 2008 1 24 /11 /novembre /2008 00:32

(dépêche)

 

 


Être payé pour le démarrage de votre PC

Publié le 21/11/2008 - Source : Presence PC

Une nouvelle forme de procès est en train d’inonder les cours de justice américaine : obliger votre employeur à vous payer pour le temps de démarrage de votre machine.

Travaille ou travaille pas ?
Un article paru dans une revue d’avocat traite d’une nouvelle question juridique posée dans de plus en plus de cours américaines. De nombreux employeurs américains, tels que AT&T, comptabilisent les heures travaillées de leurs employés en fonction de la durée de fonctionnement de leur ordinateur. Les machines en question sont des ordinateurs de bureau et le système compte les heures passées sur la plateforme de travail des employés.

Or, de plus en plus d’employés portent plaintes estimant que leur employeur devrait payer le temps que la machine passe à démarrer et à s’éteindre, ce qui peut avoisiner, selon les plaintes, 15 minutes à 30 minutes par jour. Les employés affirment qu’ils travaillent durant cette période (passent des coups de fil, s’organisent, etc.). Les employeurs affirment que pendant le démarrage des PC, les employés discutent, prennent des pauses café ou cigarettes, bref, ils ne travaillent pas.

30 minutes non payées par jour
C’est une question pour le moins intéressante. 15 minutes à 30 minutes par jour pour le démarrage et l’arrêt de la machine peuvent paraître exagérées. Il faut néanmoins comprendre qu’il s’agit de plateforme lourde appartenant à des centres d’appels par exemple. Une machine mal optimisée peut donc mettre un temps fou à lancer toutes les applications s’exécutant au démarrage et qui permettent souvent à l’employeur de surveiller les activités de l’employé (antivirus, logiciel de surveillance du navigateur web ou des frappes du clavier, lancement de la plateforme permettant de recevoir les appels téléphoniques).

La question est maintenant de savoir si le démarrage d’un PC compte comme du temps travaillé et de savoir si l’employeur n’a pas un devoir d’optimiser les machines ou passer à un système qui démarre plus rapidement.
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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19 novembre 2008 3 19 /11 /novembre /2008 05:45


Le gouvernement a décidé de faire appel à un prestataire extérieur pour analyser les différentes opinions exprimées sur le réseau Internet : blogs, sites participatifs, sites informatifs etc.

L'enveloppe budgétaire proposée pour cette veille est de 220 000 euros HT.

Les clauses de l'appel d'offre émis par le Ministère de l'Education Nationale le 15 octobre 2008 sont à ce lien en document pdf :

http://www.fabula.org/actualites/documents/26772.pdf




Annonce N°254, publiée le 04/11/2008 dans le BOAMP  214 B, dépt. 75

 

Services

AVIS DE MARCHE
SECTION I :
POUVOIR ADJUDICATEUR
I.1) Nom, adresses et point(s) de contact :
DELCOM 8, 110 rue de Grenelle, contact : delcom 8 - bureau Affaires Financières et Marchés Publics, à l'attention de Mme Véronique MELY, F-75007 Paris. Tél. : 01 55 55 38 46. E-mail : delcom.marche@education.gouv.fr. Fax : 01 55 55 25 43.

Adresse auprès de laquelle des informations complémentaires peuvent être obtenues : point(s) de contact susmentionné(s).

Adresse auprès de laquelle le cahier des charges et les documents complémentaires (y compris des documents relatifs à un dialogue compétitif et un système d'acquisition dynamique) peuvent être obtenus : point(s) de contact susmentionné(s).

Adresse à laquelle les offres ou demandes de participation doivent être envoyées : point(s) de contact susmentionné(s).
I.2) Type de pouvoir adjudicateur et activité(s) principale(s) :
Services généraux des administrations publiques.
Education.

Le pouvoir adjudicateur agit pour le compte d'autres pouvoirs adjudicateurs : non.
SECTION II : OBJET DU MARCHE
II.1) Description
II.1.1) Intitulé attribué au marché par le pouvoir adjudicateur :
veille de l'opinion dans les domaines de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche.
II.1.2) Type de marché et lieu d'exécution des travaux, de livraison de fournitures ou de prestation de services :
Services :
Catégorie de services n° 10.

Lieu principal de prestation : 110 rue de Grenelle, 75007 Paris.
II.1.3) L'avis implique :
l'établissement d'un accord-cadre.
II.1.4) Informations sur l'accord-cadre :
II.1.5) Description succincte du marché ou de l'achat/des achats :
veille de l'opinion dans les domaines de l'éducation, de l'enseignement supérieur et de la recherche.

II.1.6) Classification CPV (vocabulaire commun pour les marchés publics) :
92400000.
II.1.7) Marché couvert par l'accord sur les marchés publics (AMP) :
oui.
II.1.8) Division en lots :
oui.

Il convient de soumettre des offres pour : un ou plusieurs lots
II.1.9) Des variantes seront prises en considération :
non.
II.2) Quantité ou étendue du marché
II.2.1) Quantité ou étendue globale :
II.2.2) Options :
oui.
II.3) Durée du marché ou délai d'exécution :

Durée en mois : 12 (à compter de la date d'attribution du contrat).INFORMATIONS SUR LES LOTS
Lot n° 1

Intitulé :
1) Description succincte :
Veille de l'opinion pour le compte du ministère de l'éducation nationale
2) Classification CPV (vocabulaire commun pour les marchés publics)
92400000.
3) Quantité ou étendue :

Coût estimé hors TVA : 100 000 EUR.
4) Indications quant à une autre durée du marché ou à une autre date de commencement/d'achèvement
5) Informations complémentaires sur les lots
Lot n° 2

Intitulé :
1) Description succincte :
Veille de l'opinion pour le compte du ministère de l'enseignement supérieur et de la recherche
2) Classification CPV (vocabulaire commun pour les marchés publics)
92400000.
3) Quantité ou étendue :

Coût estimé hors TVA : 120 000 EUR.
4) Indications quant à une autre durée du marché ou à une autre date de commencement/d'achèvement
5) Informations complémentaires sur les lots
SECTION III : RENSEIGNEMENTS D'ORDRE JURIDIQUE, ECONOMIQUE, FINANCIER ET TECHNIQUE
III.1) Conditions relatives au contrat
III.1.1) Cautionnement et garanties exigés :
III.1.2) Modalités essentielles de financement et de paiement et/ou références aux textes qui les réglementent : Les dépenses du lot 1 (Veille opinion Men) seront imputées sur les crédits du programme 214. Les dépenses du lot 2 (Veille opinion Mesr) seront imputées sur les crédits du programme 172. Paiement par virement à terme échu. Le délai de paiement est fixé à 30 jours.
III.1.3) Forme juridique que devra revetir le groupement d'opérateurs économiques attributaire du marché :
III.1.4) L'exécution du marché est soumise à d'autres conditions particulières :
non.
III.2) Conditions de participation
III.2.1) Situation propre des opérateurs économiques, y compris exigences relatives à l'inscription au registre du commerce ou de la profession :

Renseignements et formalités nécessaires pour évaluer si ces exigences sont remplies : s'agissant d'une procédure ouverte, les conditions de participation sont indiquées dans le règlement de la consultation. Le dossier de consultation des entreprises est à demander ou à retirer gratuitement auprès du service acheteur. Il est également téléchargeable à l'adresse indiquée dans la présente annonce. Les candidatures seront jugées sur les critères suivants :
- les références et l'expérience du cabinet d'étude et/ou de l'équipe dédiée (coefficient 2)
- les capacités techniques et financières du cabinet d'étude et/ou de l'équipe dédiée (coefficient 2).
III.2.2) Capacité économique et financière :
III.2.3) Capacité technique :

Renseignements et formalités nécessaires pour évaluer si ces exigences sont remplies : - la lettre de candidature et habilitation du mandataire par ses co-traitants (imprimé DC 4),
- la déclaration du candidat (imprimé DC 5),
- un document présentant la société candidate et ses références pour des prestations identiques
- un extrait K-Bis original du registre du commerce et des sociétés émis moins de trois mois avant la date de remise des offres.
III.2.4) Marchés réservés :
non.
III.3) Conditions propres aux marchés de services
III.3.1) La prestation est réservée à une profession particulière :
non.
III.3.2) Les personnes morales sont tenues d'indiquer les noms et qualifications professionnelles des membres du personnel chargés de la prestation :
SECTION IV : PROCEDURE
IV.1) Type de procédure :
IV.1.1) Type de procédure :
ouverte.
IV.1.2) Limites concernant le nombre d'opérateurs invités à soumissionner ou à participer :
IV.1.3) Réduction du nombre d'opérateurs durant la négociation ou le dialogue :
IV.2) Critères d'attribution
IV.2.1) Critères d'attribution :
Offre économiquement la plus avantageuse appréciée en fonction des critères énoncés dans le cahier des charges, dans l'invitation à soumissionner ou à négocier ou encore dans le document descriptif.
IV.2.2) Une enchère électronique sera effectuée :
IV.3) Renseignements d'ordre administratif
IV.3.1) Numéro de référence attribué au dossier par le pouvoir adjudicateur :
MEN SG DELCOM 2008/57.
IV.3.2) Publication(s) antérieure(s) concernant le même marché :
IV.3.3) Conditions d'obtention du cahier des charges et des documents complémentaires ou du document descriptif :
IV.3.4) Date limite de réception des offres ou des demandes de participation :
11 décembre 2008, à 16:00.
IV.3.5) Date d'envoi des invitations à soumissionner ou à participer aux candidats sélectionnés :
IV.3.6) Langue(s) pouvant être utilisée(s) dans l'offre ou la demande de participation :
français.
IV.3.7) Délai minimal pendant lequel le soumissionnaire est tenu de maintenir son offre :

Durée en jours : 90 (à compter de la date limite de réception des offres)
IV.3.8) Modalités d'ouverture des offres :
SECTION VI : RENSEIGNEMENTS COMPLEMENTAIRES
VI.1) Il s'agit d'un marché à caractère périodique :
VI.2) Le marché s'inscrit dans un projet/programme financé par des fonds communautaires :
VI.3) Autres informations :
Le marché pourra ensuite être renouvelé pour une nouvelle période d'une année sans que sa durée totale puisse excéder deux ans.
Date d'envoi du présent avis au JOUE et au BOAMP : 31 octobre 2008.
VI.4) Procédures de recours
VI.4.1) Instance chargée des procédures de recours :
Tribunal administratif de Paris, 7, rue de Jouy, F-75004 Paris. E-mail : greffe.ta-paris@juradm.fr. Tél. : 01 44 59 44 00

Organe chargé des procédures de médiation :
Comité consultatif de règlement amiable des différends ou litiges aux marchés publics, 7, rue de Jouy, F-75004 Paris
VI.4.2) Introduction des recours
VI.4.3) Service auprès duquel des renseignements peuvent être obtenus concernant l'introduction des recours :
Ministère de l'éducation nationale, 110, rue de Grenelle, F-75007 Paris
VI.5) Date d'envoi du présent avis : 31 octobre 2008


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18 novembre 2008 2 18 /11 /novembre /2008 00:09

(dépêches-blog)



Wizzgo interdit d’enregistrer les grandes chaînes de TV

16 novembre 2008

Wizzgo, la société qui propose le fameux et décrié magnétoscope en ligne, a du souci à se faire pour son modèle économique. En effet, le tribunal de grande instance de Paris lui a interdit, le 6 novembre dernier, de rendre possible l’enregistrement des programmes des chaînes du groupe France Télévisions - France 2, France 3, France 4 et France 5 - , ainsi que ceux de TF1 et NT1.

Pourtant selon l’article L.331-11 du code de la propriété intellectuelle , “les éditeurs et les distributeurs de services de télévision ne peuvent recourir à des mesures techniques qui auraient pour effet de priver le public du bénéfice de l’exception pour copie privée, y compris sur un support et dans un format numérique”. Malgré ce texte, en août 2008, Wizzgo s’était déjà vu interdire par le même tribunal l’enregistrement des programmes de M6 et de W9.

Dans la mesure où France Télévisions - comme M6 -  propose un service de “catchup TV” permettant de revoir les programmes de ses chaînes - dans un temps limité et sans possibilité de les enregistrer -, la justice a considéré qu’il y avait concurrence déloyale de la part de Wizzgo. A terme, la décision revient donc à interdire toute possibilité de service d’enregistrement en ligne. Dans ces conditions pourquoi ne pas interdire également l’enregistrement via sa Freebox ?

Sur son blog , l’équipe de Wizzgo se désole que le TGI n’a pas tenu compte de “l’évolution de la technologie et des usages” comme de  “”l’exception de copie privée [qui] ne saurait être applicable à une société qui offre un service de copie à des tiers, le copiste et l’usager n’étant pas la même personne. (…) Bref, les magistrates n’ont pas souhaité s’éloigner de la jurisprudence “Ranougraphie” de… 1984 !”" Mais la lutte continue : “nous sommes plus déterminés que jamais à vous offrir un service d’enregistrement simple et ergonomique vous permettant de profiter de vos contenus télé de manière différée et sur tous vos supports. Nous en avons la détermination. Et les moyens !“

Wizzgo a huit jours pour se conformer à la décision de justice, sous peine de devoir payer 10 000 euros par jour de retard après ce délai.

Les fidèles de Wizzgo n’ont plus qu’à se tourner vers RecordMe.tv ou teleobs.nouvelobs.com qui proposent aussi l’enregistrement des chaînes de la TNT. Pour RecordMe.tv aucune installation de logiciel n’est nécessaire et les enregistrements sont visibles sur le site et seulement sur le site. Pour le moment le service est gratuit. Quand l’application ne sera plus en version béta, il faudra payer pour enregistrer.

KEH avec AFP, Numérama, Lepoint.fr, ZDnet, PCinpact




Des nouvelles du front...

Jérôme 14 novembre 2008

Beaucoup d'entre vous souhaitaient avoir des nouvelles du "front judiciaire". Nous en avons. Mais malheureusement pas des bonnes. :-/

Nous avons en effet appris hier que le tribunal de grande instance de Paris nous interdit de permettre l'enregistrement des programmes de TF1, de NT1 et de ceux des chaînes du groupe France Télévisions (F2, F3, F4 et F5). Ces décisions, rendues dans le cadre de trois procédures en référé, prévoient un délai de 8 jours pour la mise en conformité de notre service. Concrètement, à la fin de la semaine prochaine il ne sera donc plus possible d'enregistrer ces chaînes via Wizzgo. Bien sûr il est possible que nous fassions appel, mais en attendant cela ne changera rien.

Le motif essentiel de ces décisions : "L'exception de copie privée ne saurait être applicable à une société qui offre un service de copie à des tiers, le copiste et l'usager n'étant pas la même personne. (...) Dès lors, les services proposés par la société Wizzgo sont illicites et constituent des contrefaçons des droits d'auteur et des droits voisins des demanderesses". Bref, les magistrates n'ont pas souhaité s'éloigner de la jurisprudence "Ranougraphie" de... 1984 ! L'évolution de la technologie et des usages n'est donc absolument pas prise en compte. Pas cette fois.

Nous sommes déçus. Car parlons vrai, l'absence de ces chaînes réduit l'intérêt du service. Mais nous sommes plus déterminés que jamais à vous offrir un service d'enregistrement simple et ergonomique vous permettant de profiter de vos contenus télé de manière différée et sur tous vos supports. Nous en avons la détermination. Et les moyens ! Alors non, contrairement à ce que certains écrivent non sans délectation, pour Wizzgo cela "ne sent pas le sapin". Ces décisions nous amèneront à modifier une partie de la techno utilisée, à faire preuve d'encore un peu plus de créativité, à poursuivre nos efforts, mais pas à renoncer au service en lui-même.

Vous, nos désormais 360 000 utilisateurs, vous le savez, il est évident que l'évolution de la technologie et des usages rend inéluctable le développement de tels services dématérialisés. Nos échanges sur ce blog et vos mails nous en persuadent un peu plus chaque jour. Si nécessaire, les cadres législatifs et réglementaires évolueront.

Merci de votre soutien. May the force be Wizzgo !




Ensemble tout est possible.
Jérôme 17 novembre 2008

Wizzgo a perdu une bataille.

Mais Wizzgo n'a pas perdu la guerre ! ;-)

Vos témoignages nous prouvent que vous utilisez le service exactement comme nous l'avons souhaité, un magnétoscope numérique simple et ergonomique à la portée de tous et utilisable partout en France métropolitaine et dans les DOM-TOM.

Vous êtes nombreux, très nombreux à nous avoir exprimé votre soutien à la suite de notre dernier post.

Plus encore, vous exprimez également votre désir de rentrer, avec nous, en résistance pour changer les choses. Certains d'entre vous nous ont fait part de leur façon de protester : boycott des TV qui refusent l'enregistrement, pétitions, groupe Facebook, mails envoyés au médiateur de France Télévisions, au Ministre chargé du développement du numérique, d'autres nous disent écrire directement... à l'Elysée !

Il est important que chacun puisse mettre sa créativité au service de cette cause. N'hésitez donc pas à adresser à resistance@wizzgo.com vos idées et vos réalisations : actions, slogans, visuels, films... Nous les mettrons en avant en les présentant régulièrement sur ce blog.

De notre côté, n'en doutez pas, Wizzgo est plus que jamais déterminé et poursuit la bataille sur tous les terrains : judiciaire, technologique, et auprès des pouvoirs publics afin de les sensibiliser à la nécessité d'un service de magnétoscope dématérialisé. D'une telle évidence.

Wizzgo est attaqué. Luttons tous ensemble pour le défendre.

Vive Wizzgo !
Vive l'innovation !



Wizzgo de plus en plus enfoncé par les capitalistes

Wizzgo, ce service de magnétoscopage numérique accessible sur Internet vit peut-être ses dernières heures. Après M6  et W9, c’est au tour de TF1 et de France Télévisions de porter plainte contre Wizzgo, accusée ni plus ni moins de parasiter les programmes TV de ce chaînes. Autant venant du vilain petit canard culturel TF1 ca ne m’étonne pas, autant venant du service public je suis plus étonné. Enfin… la triste réalité est bien là 

Je m’étonnais de la viabilité d’un tel projet en anticipant la réaction en chaîne des chaînes déchainées mais d’un autre côté je ne vois pas très bien ce que les juges peuvent reprocher à un service qui somme toutes ne fait rien de plus que l’enregistreur numérique de ma Neufbox.

C’est du beau gachis car force est de constater que Wizzgo bosse bien et développe son service avec moultes nouveautés tel que la possibilité d’acéder à l’interface iWizz directement depuis… sa NeufBox. L’originalité ne paie pas.

Seul voie de sortie de crise pour Wizzgo. proposer des partenariats aux grandes chaînes sur le modèle de Deezer qui rémunère la Sacem sur un pourcentage de ses revenus publicitaires. (mais c’est peanuts pour le moment, moins de 70.000 euros pour un mois il me semble).

October 30, 2008 | Filed Under Anecdotes 



 
 
Wizzgo privé de télé

par Yannick Harrel (son site) - mardi 18 novembre 2008   Envoyer l'article

Par une ordonnance de référé en provenance du tribunal de grande instance de Paris, le juge des référés a porté le 6 novembre dernier un coup létal au concept qui fit l’heure de gloire de la société Wizzgo.

Sur la vague des offres numériscopiques
 
Il faut en effet comprendre quel est le principe de Wizzgo pour mieux appréhender toute la substance de cette décision de justice.
 
Le site de la société visée propose un service de capture numérique, appelé aussi numériscope, de différentes chaînes de la TNT, moyennant l’installation d’un programme pesant un peu plus de 10 mégas en téléchargement libre. Une fois celui-ci correctement mis en place sur votre disque dur, vous pouvez opérer un choix de programmes et en effectuer le ou les enregistrements souhaités comme bon vous semble : l’opération s’effectuant toutefois en décalé une fois l’émission arrivée à son terme. En outre est proposé un système de synchronisation avec des appareils mobiles tels que l’iPod ou l’iPhone pour visionner les contenus sélectionnés de manière nomade.
 
Le gros avantage du service proposé est qu’il ne nécessite pas de carte télé pour l’acquisition des chaînes, ce qui en plus de sa praticité le rend très accessible. Seule limite : un crédit de 15 heures d’enregistrement sur une durée de 30 jours par compte.
 
Quid de la légalité de cette offre ?
 
Wizzgo s’était déjà fait taper sur les doigts il y a quelques mois, le 6 août 2008 pour être totalement exact, après avoir suscité l’ire de M6 ainsi que de W9 (filiale de M6), donnant lieu à une condamnation par le juge des référés dans un exposé cinglant : il est interdit de créer et s’approprier une richesse économique à partir d’un service de copie d’oeuvres ou de programmes audiovisuels qui se soustrait à la rémunération des titulaires des droits de propriété intellectuelle ; que le service offert par la société Wizzgo est manifestement illicite.

Wizzgo avait en effet tenté de se soustraire à tout risque d’interdiction en se retranchant derrière l’exception pour copie privée. Or cette dernière avait déjà subi un sérieux coup d’arrêt avec la décision de la plus haute juridiction judiciaire, le 28 février 2006 [1]. S’adosser à ce principe était déjà périlleux, mais dans sa dernière ordonnance en référé en date du 6 novembre, le juge des référés enfonça le clou encore plus profondément. Ainsi d’une part il énonce que contrairement à ce qu’elle prétend, la copie générée par Wizzgo n’est pas transitoire puisqu’elle est téléchargée et conservée par l’utilisateur, qu’il importe peu à ce sujet que cette copie soit cryptée puisqu’elle est décryptable par l’utilisateur et que la copie dans sa version cryptée et décryptée forme un tout. Un élément de défense majeur qui tombe à l’eau, et le magistrat de poursuivre : en outre, la reproduction réalisée a "une valeur économique propre" puisque sa réalisation et sa mise à disposition constitue l’objet même du service de Wizzgo, service qui se présente comme gratuit mais est en fait rémunéré par la publicité. Dès lors, les services proposés par la société Wizzgo sont illicites et constituent des contrefaçons des droits d’auteur et des droits voisins des demanderesses. En somme, Wizzgo est accusé de délit de contrefaçon. Et pour achever la société, il est précisé peu après que la société Wizzgo qui reproduit les marques sous forme incrustées dans les programmes copiées ne justifie pas avoir une autorisation des titulaires de marque pour ce faire…Dès lors, elle commet ainsi des actes de contrefaçon de marques suivantes…
 
C’est un coup très dur pour Wizzgo qui est débouté non seulement de sa défense fondée sur l’exception de copie privée mais est accusée frontalement de contrefaçon d’œuvres protégées par les droits d’auteur, et non seulement vis à vis des émissions enregistrées (bien que cryptées) mais aussi vis à vis des marques des chaînes reproduites sur les fichiers numériques. On pourrait croire que le calvaire soit terminé pour Wizzgo, mais il n’en est rien puisque le juge des référés tient à parachever la sentence en invoquant le délit de concurrence déloyale puisqu’il met en exergue que les sociétés demanderesses exploitent également des services concurrents de “télévision à la demande” (catch-up TV) et plusieurs plateformes (orange 24/24 TV et France TVVOD.FR) et que le service proposé par la société Wizzgo est susceptible de détourner les téléspectateurs de regarder la télévision, d’affecter l’évaluation de leur nombre et donc les recettes publicitaires qui s’en déduisent. Fermez le ban !
 
Quel avenir pour la numériscopie ?
 
A travers Wizzgo, ce sont tous les autres services de numériscopie non formellement accrédités qui dépendent de cette décision et qui devront très rapidement, à peine de sanctions pouvant être très lourdes, revoir leur principe de fonctionnement ou nouer des partenariats avec les différentes sociétés de l’audiovisuel. Sachant que cette dernière possibilité est de moins en moins probable puisque justement les chaînes tiennent à maîtriser la mise à disposition de leurs émissions dans les tuyaux numériques : un trésor jalousement gardé comme Wizzgo vient de l’apprendre à ses dépens.
 
[1] La Cour de Cassation trancha au sujet de l’exception de la copie privée en rappelant que celui-ci n’était pas un droit mais bel et bien une exception et que les mesures techniques de protection insérées dans les DVD étaient justifiées, bien qu’elles empêchassent toute copie, en raison du préjudice économique qu’il résulterait de leur absence. Pour de plus amples informations sur le sujet, voir le billet de Jurizine.net sur ce problème de droit.



La copie privée limitée par les DRM : affaire "Mulholland drive"

Posté le 12 Mars 2006 par Vincent DOMNESQUE dans la rubrique :: Jurisprudence - Copie privée :: #24.

Mots clés :: Copie privée, Droit d'auteur, Jurisprudence, Mesures techniques de protection (DRM),

Arrêt de la Première chambre civile de la Cour de cassation du 28 février 2006 : l'exception de copie privée n'interdit en rien l'utilisation de mesures techniques de protection destinées à préserver l'exploitation normale d'une oeuvre sous forme de DVD.

» Texte de la décision.

♠ Arrêt de la Première chambre civile de la Cour de cassation du 28 février 2006.

N° de pourvoi : 05-15824Cassation

Après avoir fait l'acquisition du DVD "Mulholland Drive" un consommateur avait souhaité réaliser une copie du film sur cassette vidéo afin de le visionner sur le magnétoscope de ses parents. Mais en raison de la présence de mesures techniques de protection insérées sur le support DVD la copie n'avait pu être réalisée.

Estimant qu'une atteinte avait été portée au droit de copie privée reconnu à l'usager par les articles L. 122-5 et L. 211-3 du Code de la propriété intellectuelle, l'acquéreur et l'Union fédérale des consommateurs UFC Que Choisir avaient assigné les sociétés de production, d'édition et de diffusion du film afin d'obtenir l'interdiction de l'utilisation de mesures techniques de protection et l'arrêt de la commercialisation des DVD ainsi protégés.

L'acquéreur demandait le paiement d'une somme de 150 euros en réparation de son préjudice et l'Union fédérale des consommateurs UFC Que Choisir une somme de 30 000 euros en réparation de l'atteinte portée à l'intérêt collectif des consommateurs.

Dans un arrêt du 22 avril 2005, la Cour d'appel de Paris avait accueilli favorablement ces demandes et interdisait aux sociétés défenderesses l'utilisation d'une mesure technique de protection visant à empêcher la copie du DVD "Mulholland Drive".

Après avoir relevé que « la copie privée ne constituait qu'une exception légale aux droits d'auteur et non un droit reconnu de manière absolue à l'usager » la Cour d'appel avait retenu qu'aucune disposition de la législation française ne permettait de limiter l'exception de copie privée et qu'en l'absence de dévoiement répréhensible « une copie à usage privé n'[était] pas de nature à porter atteinte à l'exploitation normale de l'oeuvre, sous forme de DVD, laquelle génère des revenus nécessaires à l'amortissement des coûts de production ».

Mais dans son arrêt du 28 février 2006, la Cour de cassation censure la décision des juges du fond.

La haute juridiction retient que « l'atteinte à l'exploitation normale de l'oeuvre, propre à faire écarter l'exception de copie privée s'apprécie au regard des risques inhérents au nouvel environnement numérique quant à la sauvegarde des droits d'auteur et de l'importance économique que l'exploitation de l'oeuvre, sous forme de DVD, représente pour l'amortissement des coûts de production cinématographique ».

Les magistrats justifient ce choix à raison des engagements internationaux pris par la France. C'est au regard des dispositions de la directive européenne n° 2001/29/CE du 22 mai 2001 sur l'harmonisation de certains aspects du droit d'auteur et des droits voisins dans la société de l'information et de l'article 9.2 de la Convention de Berne que doivent s'interpréter les articles L. 122-5 et L. 211-3 du Code de la propriété intellectuelle.

L'article 5.5 de la directive du 22 mai 2001 reprend le "test en trois étapes" créé par l'article 9.2 de la Convention de Berne. De sorte que la reproduction des oeuvres littéraires et artistiques protégées par le droit d'auteur n'est autorisée que si elle remplit trois conditions :
-une reproduction que dans des cas spéciaux ;
-qui ne porte pas atteinte à l'exploitation normale de l'oeuvre ;
-ni ne cause un préjudice injustifié aux intérêts légitimes de l'auteur.

Dans le présent arrêt, la Cour de cassation considère que la seconde condition relative à l'atteinte à l'exploitation normale de l'oeuvre s'apprécie en tenant compte des risques inhérents au nouvel environnement numérique et de l'importance économique que représente l'exploitation du film sous forme de DVD pour amortir les coûts de production.

Les magistrats écartent ainsi l'exception de copie privée invoquée par le consommateur.

Celle-ci ne peut faire obstacle à l'utilisation de mesures techniques de protection visant à empêcher la copie susceptible de porter atteinte à l'exploitation normale de l'oeuvre sous forme de DVD laquelle contribue à l'amortissement des coûts de production cinématographique.

Auteur : Vincent DOMNESQUE, Juriste T.I.C




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5 octobre 2008 7 05 /10 /octobre /2008 15:01

C'est ce que laisse entendre le site du Réseau Voltaire en montrant quelques photographies de George W. Bush accompagné de son épouse et de sa fille. Le Président des Etats-Unis semblerait faire des grimaces et autres gestes peu rationnels.

Le lien :
http://www.voltairenet.org/article157973.html

Pourtant, on ne peut pas faire mieux dans la désinformation.

Le texte qui accompagne les photos est encore plus lamentable puisqu'il conspire comme il transpire.

En effet, il laisse entendre sans aucune preuve ni sans aucun argument que les conseillers de la Maison Blanche auraient rendu ivre leur Président afin de pouvoir tranquillement faire attaquer l'Ossétie du Sud par la Géorgie, comme si le Président américain et le Président géorgien étaient de vulgaires marionnettes manipulées par quelques obscurs conseillers (dont on se garde de donner les noms).

Pourtant, il suffit de regarder les voisins de derrière et de devant de George W. Bush, la couleur de la robe de sa fille, et surtout, la longueur des manches de la chemise présidentielle (parfois longues, parfois courtes) pour comprendre que le Réseau Voltaire se paie de la tête des lecteurs.

Ce qui me rassure, car un fait aussi important (un Président ivre en public) qui n'aurait pas été repris par les autres médias avec autant de témoins m'aurait beaucoup inquiété.

Le Réseau Voltaire est coutumié du fait... Rappelez-vous les livres de Thierry Meyssian sur les attentats du 11 septembre 2001.

Le tout pour véhiculer une idéologie simpliste (tout ce qui vient des Etats-Unis est mal) et faire de l'audience (le thème du "on nous cache tout" est toujours très aimé).

Autre scène de racolage dans un site internet, Rue89 qui laisse entendre que le sénateur UMP Philippe Leroy, qui préside le Conseil général de Moselle, aurait comparé les gitans avec des déchets nucléaires (il est question d'enfouir des déchets nucléaires à Lunéville, près de Nancy, en Meurthe-et-Moselle).

Le lien :
http://www.rue89.com/2008/09/30/un-senateur-ump-compare-les-gitans-aux-dechets-radioactifs-maladresse

Pourtant, dans la vidéo qui est mise en ligne, à aucun moment on n'entend cette prétendue comparaison et bien au contraire, Philippe Leroy est partisan d'accueillir les gitans dans toutes les communes.

Une mauvaise foi qui a un but évident, faire parler d'eux, et c'est gagné puisque Le Monde a repris l'affaire.

Le lien :
http://www.lemonde.fr/politique/article/2008/10/02/un-senateur-ump-accuse-de-comparer-les-gitans-a-des-dechets-nucleaires_1102476_823448.html

A cela, vous ajoutez il y a quelques jours, l'annonce erronée de la mort du patron d'Apple, Steve Jobs, publiée dans un site américain issu de CNN et relayée par la presse (Apple a chuté à la bourse) ou encore la remise en ligne par Google News d'une vieille dépêche datant de 2002 d'une entreprise qui a également mis en alerte les milieux économiques, et vous vous dites et redites :

Méfiez-vous des informations que vous lisez sur Internet.

Le label "Vu sur Internet" vaut autant que celui "Vu à la télé", c'est-à-dire : zéro.


Sylvain Rakotoarison




http://www.lepost.fr/article/2008/10/07/1282526_george-w-bush-a-t-il-ete-saoul.html



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19 septembre 2008 5 19 /09 /septembre /2008 02:52

« Corbeau : n. m. (lat. corvus). I. 3. Auteur de lettres ou de coups de téléphone anonymes et comportant des menaces. » (Petit Larousse)

« Citoyen, enne : n. (de cité). 1. Dans l’Antiquité, celui qui jouissait du droit de cité. 2. Membre d’un État considéré du point de vue de ses devoirs et de ses droits civils et politiques. 3. Sous la Révolution, titre substitué à "monsieur", "madame". 4. Fam. et péj. Individu quelconque. »
(Petit Larousse)



Alors que le corbeau dans l’affaire Grégory n’a toujours pas été identifié presque vingt-quatre ans après les faits, le réseau mondial virtuel semble cloner ce genre d’animal.

Certes, comme c’est virtuel, rien ne peut vraiment être reproché à ces corbeaux de nouveau genre, sinon quelques insultes et quelques propos déplacés que parfois la loi sinon la morale interdit.

Mon introduction est sans doute excessive car je veux parler du journalisme citoyen et de l’anonymat.


Droit de cité du journalisme

Je veux plutôt parler du "journalisme participatif", car je déteste le mot "citoyen" apposé comme adjectif, une mode sémantique bien commode qui ne veut pas dire grand chose. Je ne parlerais pas non plus de "journalisme amateur", car il peut arriver que ce soient des experts dans un domaine qui interviennent (certes, l’amateurisme est dans le fait d’écrire, mais beaucoup de professionnels sont très expérimentés dans l’écriture d’articles spécialisés et ne sont pas pour autant des journalistes).


L’intérêt du journalisme participatif, et la plateforme d’Agoravox a ce but il me semble, c’est d’aborder des sujets divers, pas forcément abordés par ailleurs (mais l’effet de mode est cependant tenace), sous un angle original… ou pas.


Critères

Et le gros problème de ce genre de projet, c’est de se donner des critères impartiaux pour savoir quel article peut ou ne pas être publié. C’est en principe le rôle de la modération et des règles instituées par Agoravox (voir sa politique éditoriale).

Par exemple, il y a des critères assez faciles à définir : un article mal écrit, incompréhensible, à la langue hésitante et à l’orthographe désastreuse n’a pas sa place, pour une simple raison de lisibilité et de respect pour le lecteur.

Mais d’autres critères sont sans doute antagonistes : sur Internet, l’objectif est de faire cliquer, de faire lire les pages. Or, cet objectif s’accommode souvent mal de la nécessaire vérification des informations émises.

Pour simples exemples, à plusieurs reprises, des articles n’auraient pas dû passer car composés uniquement de spam ou de hoax que beaucoup ont dû recevoir en même temps dans leur messagerie. Et pourtant, ils sont passés alors qu’ils ont délivré des éléments faux, ou du moins erronés, et facilement vérifiables, mais qui allaient dans le sens du poil des lecteurs.

Mais après tout, pourquoi pas ? Certains journaux papiers sont spécialisés dans ce genre d’informations sensationnelles, futiles, à la véracité parfois incertaine, ou encore dans le mélange des genres (futilités et sérieux) par stratégie commerciale ou par choix éditorial.


Pertinence du sourcing

Il y a cependant un impératif dans la présentation des informations, même si celles-ci sont apportées de façon tendancieuse (aucun journaliste professionnel ne peut être réellement neutre, ne serait-ce que parce qu’il est humain). Il s’agit de la vérification des faits.

Certes, même les médias classiques sont eux aussi en carence dans ce domaine. La mort de Pascal Sevran annoncée quelques jours trop tôt, exactement la même gaffe plus de vingt ans en arrière avec la mort de Marcel Dassault annoncée elle aussi quelques jours trop tôt. Et je ne parle même pas des sujets scientifiques…

Mais ce n’est pas une raison pour imiter leurs travers.

Le meilleur moyen de sourcer l’information, c’est de mettre des liens guidant vers des sites officiels, dignes de confiance.

Par exemple, le fichier Edvige ? Info ou intox ? Un lien vers le site Legifrance, le décret apparaît sur l’écran ; ce n’est pas de l’intox, c’est bien de l’info. On y lit la date (27 juin 2008), mais aussi les signataires : François Fillon et Michèle Alliot-Marie. Hervé Morin n’en était pas. Oui, mais on peut aussi lire la date de publication (1er juillet 2008), donc les protestations d’Hervé Morin en début septembre 2008 sont quand même… un peu tardives, dirait-on.

Pour des commodités de lecture, un article peut très bien omettre de signaler ses sources, mais les transmettre sur demande, publiquement ou en privé, pour ceux qui sont intéressés.

Quand je dis des sources dignes de confiance, c’est-à-dire reconnues comme telles, car Internet regorge de blogs et sites très douteux et tout peut justement y être écrit (et de façon impunie). Sans compter les erreurs de bonne foi.


Anonymat ou pas de l’auteur

Aussi, pour moi, l’un des critères majeurs pour faire ce journalisme participatif, c’est le "non anonymat". Je n’aime pas trop l’expression qui est plutôt définie négativement, mais je n’en ai pas d’autre.

L’anonymat peut se comprendre aisément.

Une personne réputée dans un domaine peut avoir une stratégie de communication indépendante des informations ou des analyses qu’il pourrait avoir envie de faire partager. Dans la vie réelle, elle se choisit un pseudonyme et écrit sous ce nouveau nom.

Pour des raisons professionnelles, lorsque l’auteur évoque son cœur de métier, cela peut être très gênant d’être clairement identifiable. Le Journal d’un assistant parlementaire par exemple, ou les Tribulations d’une caissière qui raconte toutes les anecdotes de son métier ne sont possibles que sous couvert d’anonymat (sinon, la source se tarirait). Même phénomène pour avoir connaissance du détail de l’élection du dernier pape. Tous les cardinaux ont promis le secret. Mais le ou les cardinaux indiscrets sont bien obligés de rester anonymes pour ne pas être confrontés à des mesures coercitives (pour les cardinaux, à mon avis, il n’en existerait aucune, mais dans le milieu professionnel, les sanctions sont faciles).

Pour l’anecdote, la caissière en question, jeune femme de vingt-neuf ans et diplômée d’un master en lettres modernes, a fait en juin dernier son coming out avec la publication d’un livre sur le sujet et sa démission du supermarché qui l’employait.

Et puis, si toutes les raisons possibles sont envisageables et respectables pour garder l’anonymat, alors, pourquoi vouloir faire à tout prix du journalisme participatif ? Rien n’oblige personne.

On peut à la rigueur comprendre l’anonymat de ceux qui réagissent aux articles, il n’est pas question d’y apporter de la crédibilité, mais seulement un commentaire, un complément, une précision, une correction etc. (parfois, hélas, des propos incorrects).

C’est peut-être la différence entre un journal et un blog. Le blog peut être anonyme, n’a pas beaucoup de conséquence, raconte beaucoup de choses sans intérêt général. Un journal a la prétention d’informer, d’analyser les événements, il doit être transparent, vérifié, ouvert.


Assumer ce qu’on écrit

L’intérêt du "non anonymat", ce n’est pas une mise en avant (ou alors, quelle vanité stérile sur le net), mais un simple moyen de crédibiliser les affirmations contenues dans l’article. On engage ainsi sa réputation.

D’ailleurs, certains ont astucieusement réussi à préserver leur identité avec un pseudonyme sans pour autant qu’il soit impossible de les identifier rapidement. Ceux-là restent tout autant crédibles car ils sont accessibles à l’approfondissement des sources.

Car c’est de cela qu’il s’agit : celle de ne pas dire n’importe quoi sur le net. Cela devrait être l’avantage concurrentiel d’une entreprise ambitieuse comme Agoravox : ne pas être colporteur de rumeurs, mais apporter une véritable valeur ajoutée dans la masse des informations actuellement disponibles.

Par ailleurs, le "non anonymat" engendre forcément des comportements plus responsables, plus en adéquation avec l’intelligence : il empêche le mensonge au sujet de ses propres revendications (que dire qu’un patient qui se dit médecin pour écrire sur l’hôpital si on n’a pas la capacité de savoir s’il est réellement médecin ?).

Le "non anonymat" tempère les colères et les émotions en général. Il décourage la mauvaise foi et la malhonnêteté intellectuelle. Il empêche la vulgarité que Google immortaliserait définitivement. L’association de son nom avec une insulte ou une grossièreté modérerait naturellement les ardeurs.

Les pseudonymes utilisés dans la presse écrite sont facilement décelables au sein même de la rédaction du journal. C’est facile de vérifier les dires, éventuellement, d’instruire des procès en diffamation (car c’est surtout là le problème des rumeurs).


Bas les masques…

Un article, d’information ou d’analyse, doit pouvoir être pleinement assumé par son auteur. Cela ne veut pas dire qu’il doit répondre à tous les commentaires (ce qui prend beaucoup trop de temps) mais il doit être en phase avec son entourage, ses idées, son environnement. Imagine-t-on un instant des personnalités politiques faisant de la politique sous anonymat, clandestinement (hors périodes d’exception) ?

L'anonymat peut masquer derrière un pseudonyme une organisation très rodée de propagande inavouable, voire une secte, qui visent à instrumentaliser l'outil virtuel à des fins prosélytes.

Et puis, de toutes façons, tout le monde le sait, s'il y a enquête judiciaire, il n’y a pas de réel anonymat sur Internet, tout est traçable par les IP, FAI etc. L’anonymat leurre non seulement les lecteurs mais aussi l’auteur.


Alors, messieurs les auteurs d'articles, assumez vos propos, mettez-vous à découvert, donnez-vous de la crédibilité, sinon, ce journalisme participatif sera pire que la pire des presses de caniveau.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 septembre 2008)


Illustrations :

1. Un oiseau de mauvais augure, le corbeau.
2. Zorro.
3. Le Concombre masqué © Mandryka.


Pour aller plus loin :

Guide du journalisme citoyen (Agoravox).








http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=44636

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080919/tot-les-corbeaux-citoyens-d-internet-89f340e.html



http://www.lepost.fr/article/2008/09/19/1268227_les-corbeaux-citoyens-de-l-internet.html

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23 juillet 2008 3 23 /07 /juillet /2008 16:18

Racheté par la belle Alice elle-même en cours de rachat, Tiscali est définitivement rayé du paysage virtuel français.


Depuis le début de l'année 2008, les adresses email en @tiscali.fr sont interdites et ne fonctionnent plus.

La raison ?


À l’origine, un défaut de marque

Telecom Italia est la société italienne qui exploite la marque du fournisseur d’accès internet Alice, incarnée par la jeune et pulpeuse mannequin Vanessa Hessler.

Pour accroître son portefeuille clients, Alice avait racheté en avril 2005 Tiscali France, la filiale française de la société italienne Tiscali, pour 266 millions d’euros (en trois, Tiscali-Alice est passé de 350 000 à 951 000 abonnés).

Mais à son achat, Alice n'avait pas acquis de licence pour la marque Tiscali exploitée encore par la maison mère italienne (elle-même en cours de revente).

Par conséquent, Alice, qui avait arrêté la création d'adresses en @tiscali.fr au profit de @aliceadsl.fr dès juillet 2005, a dû arrêter cette année toute utilisation d'adresses en @tiscali.fr.


Plusieurs centaines de milliers d’adresses supprimées

Concrètement, un message électronique envoyé à une adresse @tiscali.fr ne parvient plus à son destinataire, mais ne renvoie aucun message d'erreur à son expéditeur, ce qui empêche l’expéditeur de savoir que son message n’a pas été reçu.

Certes, l'utilisateur se voit confier une adresse équivalente à @aliceadsl.fr, mais ses interlocuteurs potentiels ne sont pas obligatoirement au courant.

Ce n'est pas la première fois que ce genre de mésaventure arrive avec ces fournisseurs d’accès internet.


Le précédent de respublica.fr

En effet, le site Respublica.fr géré par le groupe Libertysurf proposait également un service webmail en @respublica.fr. En 2001, Tiscali avait racheté ce site (ainsi que le groupe Libertysurf) mais avait conservé ces adresses emails en @respublica.fr.

À la suite d'un procès sur l'appellation du nom de domaine trop proche de republique.fr, Tiscali avait perdu et avait dû immédiatement abandonner le nom de domaine. Résultat, en deux semaines, les adresses en @respublica.fr n'étaient plus valables et ont été supprimées quasiment sans préavis (décembre 2003).

De même, devenus propriétaires des adresses en @chez.com, @nomade.fr et @monsieurcinema.com, Tiscali puis Alice ont supprimé ces adresses. Chez Alice, il reste encore quelques adresses protohistoriques qui risquent bien d'être elles aussi supprimées : @libertysurf.fr, @wordonline.fr, @freesbee.fr et la très connue @infonie.fr.

Pour l’instant, pas de quoi s’affoler puisque Alice est propriétaire de ces dernières marques, mais rien n’interdit de penser qu’une homogénéisation de la syntaxe des adresses emails réduirait les coûts de fonctionnement d’une société qui perd presque 200 millions d’euros chaque année (pour environ 400 millions d’euros de chiffre d’affaires).


Que faut-il faire ?

Les anciens propriétaires d'une adresse @tiscali.fr doivent-ils alors utiliser une adresse @aliceadsl.fr ?

À mon avis, non, car Alice est actuellement en train de négocier son acquisition par le fournisseur d’accès internet Free pour 800 millions d’euros.

L'opérateur Alice avait en effet séduit depuis début 2008 ses concurrents : Free, Neuf Cegetel (qui avait déjà absorbé AOL en septembre 2006 pour 288 millions d’euros et Club Internet en mai 2007 pour 465 millions d’euros), Bouygues Telecom et Numéricâble (pas Orange qui risquerait d'être épinglé par l'Union Européenne en raison de sa situation de quasi-monopole sur le marché français).

Par conséquent, il est fort probable que les adresses en @aliceadsl.fr deviennent à terme également obsolètes.

Une telle instabilité ne permet pas aux utilisateurs d'avoir une adresse email permanente auprès de leurs interlocuteurs.

La meilleure solution est de passer par un nom de domaine acquis et contrôlé par l'utilisateur lui-même ou de prendre des adresses email auprès des gros fournisseurs d’accès internet (Yahoo, Google, Microsoft, Orange qui a eu le même problème de passage à partir de Wanadoo, Caramail etc.).

Le comportement de plus en plus nomade des utilisateurs d’internet nécessite a contrario la solidité de leurs coordonnées numériques. Et les restructurations permanentes dans ce secteur en France n’aident pas à la stabilisation.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2008)


Pour aller plus loin :

Les articles évoquant Respublica.

Les articles évoquant Tiscali et sa désactivation.

Les articles évoquant Alice et son rachat par Free.





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=42539

http://fr.news.yahoo.com/agoravox/20080724/tot-fai-tiscali-c-est-fini-89f340e.html



http://www.lepost.fr/article/2008/07/24/1229620_fai-tiscali-c-est-fini.html

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