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8 mars 2019 5 08 /03 /mars /2019 03:09

« Nous affirmons tous, le plus souvent dans de beaux discours, que nous voulons être plus ambitieux sur les grands enjeux et plus modestes sur ceux de moindre importance. Pourtant, les Européens n’applaudiront pas si nous continuons à devoir changer d’heure deux fois par an à cause d’une réglementation européenne. La Commission propose aujourd’hui de changer cela. Le changement d’heure doit être aboli. Les États membres, conformément au principe de subsidiarité, doivent décider eux-mêmes si leurs citoyens doivent vivre à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver. J’espère que le Parlement et le Conseil auront la même perception et trouveront des solutions compatibles avec notre marché intérieur. Le temps presse. » (Jean-Claude Juncker, le 12 septembre 2018 à Strasbourg).



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Dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 mars 2019, la France passera à l’heure d’été, comme depuis quarante-trois ans, depuis le 28 mars 1976 (décret du 19 septembre 1975). Le changement d’heure est un sujet très important qui touche directement la vie quotidienne des gens, qui impacte tout le monde. Mais aussi, c’est un sujet économique également très important, car de nombreuses industries sont basées sur une heure ou plusieurs heures références (notamment les transports, en particulier aérion, et l’énergie, mais pas seulement).

Si le changement d’heure en France provient d’une décision purement française (sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing après le premier choc pétrolier), il s’est européanisé à partir de l’année 2002 afin d’harmoniser les heures dans tout l’espace de l’Union Européenne. L’harmonisation, c’est que tous les États membres changent d’heure (été et hiver) et le font aux mêmes dates (dernier dimanche de mars et dernier dimanche d’octobre), conformément à la directive européenne 2000/84/EC du 19 janvier 2001 (qu’on peut télécharger ici).

On conçoit que, pour les raisons pratiques, le changement d’heure doit être pour tous les États membres et au même jour, ou qu’aucun État membre ne change d’heure, afin d’avoir des fuseaux horaires constant toute l’année dans l’espace européen. C’était la raison de cette directive européenne.

On note cependant que lorsque le gouvernement français a signé le décret instituant en France l’heure d’été, c’était seulement pour une année, 1976, et cette mesure était considérée comme provisoire, toutefois reconduite chaque année par décret jusqu’en 2001 (ensuite, ce fut la directive européenne en question qui a servi de base juridique).

Le changement d’heure est-il positif ou négatif ? globalement positif ou globalement négatif ? C’est difficile à dire : le changement d’heure réagit négativement sur toute matière vivante, notamment (en premier lieu), sur les humains et aussi sur les animaux (d’élevage par exemple), mais a des conséquences positives sur la consommation électrique (en ce sens que le changement d’heure s’adapte aux changements d’heure du lever et du coucher du soleil dans l’année). Mais cet intérêt économique a diminué au fur et à mesure des avancées technologies (ampoules basse consommation, capteurs photoélectriques, etc.). Rappelons aussi que proche de l’Équateur, le changement d’heure n’a aucun intérêt économique car il y a très peu de différence d’heure de lever et de coucher du soleil dans l’année (c’est pour cela par exemple qu’il n’y a pas de changement d’heure aux Antilles).

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Depuis de nombreuses années, le changement d’heure est un sujet bateau, un marronnier, qui revient périodiquement, deux fois par an, au moment où il faut changer l’heure. Au-delà de la difficulté de certains (assez nombreux ?) à savoir spontanément s’il faut ajouter ou retrancher une heure à la date concernée, il y a généralement un déluge de critiques sur ce changement d’heure qui casserait le biorythme, le sommeil, la santé, etc. Il est vrai que comme avec le sommeil, certains sont plus souples que d’autres et que le moindre changement peut déstabiliser un équilibre de vie déjà fragile.

Répondant à la résolution P8-TA-2018-0043 adoptée par le Parlement Européen le 8 février 2018, la Commission Européenne a réalisé une grande consultation publique pendant l’été 2018. L’opération a eu un grand succès puisque 4,6 millions de citoyens européens ont répondu au questionnaire sur Internet en ligne entre le 4 juillet et le 16 août 2018. Il faut rappeler que d’autres consultations du même genre avaient déjà été réalisées, mais avec beaucoup moins de participation : sur les directives Oiseaux et Habitant (550 000 réponses) et sur la réforme de la politique agricole commune (322 000 réponses).

Et le résultat, publié le 31 août 2018 (rapport du 12 septembre 2018 qu’on peut télécharger ici), fut sans appel : 84% ont exprimé leur souhait d’en finir avec le changement d’heure. Certes, pas beaucoup de citoyens français ont participé à cette consultation (seulement 8,6% des participants soit 393 000 réponses) qui n’a pas eu beaucoup de publicité dans les médias en France. D’ailleurs, 70% des participants à cette consultation (3,1 millions de réponses) étaient …des citoyens allemands. C’était donc principalement une consultation allemande !

Le résultat a donc conduit le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, lors de son dernier discours sur l’état de l’Union devant les députés européens réunis le 12 septembre 2018 à Strasbourg, à proposer de supprimer le changement d’heure à partir d’avril 2019, et à laisser à chaque État membre le soin de choisir son heure définitive. Finalement, la situation est plus compliquée que prévue et pour éviter trop de confusion, la décision de choisir son heure nationale a été reportée en 2021. Pourquoi ? Parce que malgré la liberté (retrouvée) des États membres, il y a un besoin évident de concertation, notamment entre États voisins. Les décisions ne doivent donc pas être prises à la légère.

En France, l’Assemblée Nationale, qui avait inauguré son système de consultation des citoyens en ligne en février 2015 avec la loi en préparation sur la fin de vie, a donc pris l’initiative de faire une grande consultation nationale. Plus exactement, c’est la commission des affaires européennes de l’Assemblée Nationale (présidée par Sabine Thillaye) qui a pris cette initiative heureuse.

Ainsi, les citoyens français ont pu donner leur avis du 4 février au 3 mars 2019 en répondant à un questionnaire mis en ligne sur le site de l’Assemblée Nationale (www.assemblee-nationale.fr). En cette période de grand débat national, cette consultation nationale a été un grand succès puisque plus de deux millions de personnes y ont participé, exactement 2 103 999 personnes.

Sabine Thillaye (la présidente de la commission) a présenté les premiers résultats de cette consultation le mercredi 6 mars 2019 et les résultats détaillés seront présentés lors de la réunion de la commission le mardi 12 mars 2019 à 17 heures, réunion qui sera retransmise en direct sur le site Internet et aussi en Facebook live.

Ce qui est intéressant, c’est que les résultats sont très tranchés, ce qui, avec la grande participation (ce qui correspond à peu près à 5% du corps électoral), permet de connaître avec certaine précision la volonté populaire. 5% au lieu des 10% nécessaires à la pétition de demande d’un référendum d’initiative partagée prévue par la Constitution de la Cinquième République depuis la révision du 23 juillet 2008, c’est d’ailleurs ce que proposent beaucoup de parlementaires.

Il y a eu trois questions posées.

La première demande le retour d’expérience des participants : seulement 25,25% ont déclaré avoir une expérience satisfaisante ou très satisfaisante du changement d’heure, et 61,16% au contraire, une expérience négative ou très négative. La différence avec les 100% correspond aux "sans opinion".

La deuxième question découle de la première et les réponses sont encore plus tranchées : seulement 16,29% des participants souhaitent le maintien du changement d’heure deux fois par an, et 83,71% sont, au contraire, pour la suppression du changement d’heure.

C’est donc très tranché, d’autant plus que certains qui n’ont ressenti aucun problème au changement d’heure ne sont pas pour autant favorables à son maintien. Ce qui est assez étonnant, d’ailleurs, c’est que les 84% favorables à la suppression du changement d’heure, c’est la même proportion observée dans la consultation réalisée par l’Union Européenne en été 2018 (les participants français à la consultation européenne avaient répondu à environ 83% favorables à la fin du changement d’heure).

La réponse à cette question confirme, enfonce le clou sur le fait que la volonté populaire est d’en finir avec le changement d’heure. L’organisation d’un référendum (qui est un événement très politique) n’aurait donc aucun sens sur le sujet, car il y a peu de doute sur la connaissance de la volonté populaire. Une consultation nationale avec beaucoup de participants a une meilleure valeur statistique qu’un simple sondage avec des données vaguement corrigées.

Enfin, la troisième question est essentielle en cas d’arrêter du changement d’heure : quelle heure doit-on adopter pour la rendre définitive pendant toute l’année ? Là aussi, la question semble tranchée même si elle l’est moins unanimement que la question du maintien ou suppression du changement.

En effet, 59,17% des participants ont émis la volonté de rester toujours à l’heure d’été (UTC+2), tandis que 36,97% sont pour rester toujours à l’heure d’hiver (UTC+1). Là encore, c’est intéressant de constater que dans la consultation d’européenne de l’été 2018, 56% des citoyens européens avaient choisi l’heure d’été et 36% l’heure d’hiver (les citoyens français avaient répondu l’heure d’été à environ 51% et l’heure d’hiver à environ 39%).

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En ces temps d’antiparlementarisme souvent généralisé, il est sain de rappeler que les députés (ici) ne sont pas déconnectés du monde réel et, au contraire, savent prendre le pouls de la volonté populaire. Cette consultation nationale n’a pas valeur de parole d’Évangile, bien sûr, mais donne une très bonne indication sur la direction à suivre pour les prochains mois.

Est-ce que cela veut dire que le 31 mars 2019 sera le dernier dimanche de changement d’heure ? Et que la France ne changera pas d’heure le 27 octobre 2019 ? Ce n’est pas sûr car la Commission Européenne a repoussé de deux ans la décision finale de suppression du changement d’heure, afin de donner plus de temps de concertation entre pays voisins.

Sur ce sujet du changement d’heure, il faudra vraiment être de mauvaise foi si l’on dit que l’Union Européenne ne tient pas compte de l’avis des citoyens européens. Au contraire, c’est la consultation européenne de l’été 2018 qui a motivé la Commission Européenne à mettre le sujet sur la table et c’est probablement la consultation nationale de février 2019 qui motivera le gouvernement français à prendre sa décision.

Réjouissons-nous que les citoyens soient écoutés, et peut-être faudrait-il imaginer un système de consultation régulière (mais informelle : hors référendum) sur des sujets qui sont débattus dans les instances parlementaires, que ce soit dans un cadre national ou dans un cadre européen. Cela ne voudra pas dire que le législateur suivra systématiquement l’avis des citoyens (ce qu’il devrait faire nécessairement en cas de référendum), mais il en tiendra compte dans sa décision finale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Changement d’heure : une consultation nationale réussie.
Directive européenne 2000/84/CE du 19 janvier 2001 concernant les dispositions relatives à l’heure d’été (à télécharger).
Rapport du 12 septembre 2018 sur la consultation européenne sur le changement d’heure réalisé en été 2018 (à télécharger).
Gilets jaunes : Emmanuel Macron explique sa transition écologique.
Le changement d’heure à l'heure européenne.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
Le GIEC et son alarmisme climatique.
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.
Le handicap, prétexte à la polémique politicienne ?
80 km/h : 65 vies sauvées en deux mois ?
Prélèvement à la source : la ponction fiscale sera-t-elle plus douloureuse ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190306-changement-heure.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/changement-d-heure-une-213265

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/06/37155781.html






 

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12 novembre 2018 1 12 /11 /novembre /2018 22:30

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181120-gilets-jaunes.html



Assemblée nationale
XVe législature
Session ordinaire de 2018-2019

Compte rendu
intégral
Première séance du lundi 12 novembre 2018


Présidence de Mme Carole Bureau-Bonnard

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Le vrai problème, en réalité, tient au temps dont le Parlement, et donc les parlementaires, dispose pour examiner ces textes. Je rappelle que la LOLF impose un délai d’une semaine pour recueillir l’avis du Parlement sur les décrets d’avance du Gouvernement. C’est donc un paradoxe que nous ayons eu bien moins d’une semaine pour examiner ce PLFR ! L’examen de ce texte en commission n’a pu avoir lieu que vendredi, et nous sommes aujourd’hui lundi : il est compréhensible que certains de nos collègues, notamment d’opposition, soient pour le moins mal à l’aise. L’opposition a des droits, qui doivent être respectés ; pour cela, la majorité a des devoirs, dont celui de lui laisser du temps pour examiner les textes.

Et d’ailleurs, ce n’est pas à la majorité de dire s’il y a lieu ou non d’amender un texte : c’est aux parlementaires de le faire ! J’ai été ministre du budget avant vous, je sais bien qu’aucun gouvernement n’a très envie de voir amender les textes qu’il présente. Tout gouvernement pense être l’alpha et l’oméga, et savoir exactement ce qu’il faut faire. Mais c’est le rôle de l’opposition de se saisir les occasions qu’elle rencontre.

(...)

Dernier point : les carburants. C’est une question à la fois politique et technique, comme l’ont révélé les oppositions lors du débat sur le PLF. J’ai une question à poser au Gouvernement et à la majorité à ce sujet : l’augmentation de la fiscalité énergétique vise-t-elle à compenser la baisse de la taxe d’habitation ?

Mme Cendra Motin. Mais non !

M. Laurent Saint-Martin. Ce n’est pas de votre niveau, cela, monsieur le président de la commission !

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Nous posons cette question depuis plusieurs semaines, sans obtenir de réponse. Les montants sont les mêmes : avouez que c’est troublant ! (Exclamations sur les bancs du groupe LaREM.)

M. Hubert Wulfranc. C’est vrai !

M. Jean-Louis Bourlanges. Vous faites de la numérologie, à présent, monsieur Woerth ? (Sourires sur les bancs des groupes LaREM et MODEM.)

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. J’insiste : compensez-vous la baisse de la taxe d’habitation par l’augmentation des prélèvements sur les carburants ? Je suis persuadé que vous allez me dire que non, mais d’année en année, tout au long des deux trajectoires – celle de la baisse de la taxe d’habitation et celle des taxes sur les carburants –, les montants sont étonnamment semblables. Au fond, faites-vous payer aujourd’hui aux automobilistes ce que les contribuables locataires ne paieront plus demain ?

Mme Stella Dupont. Vous vous égarez !

M. Éric Woerth, président de la commission des finances. Pour conclure, ce PLFR témoigne bien d’un effort de sincérité, et d’un effort de clarification de la répartition des rôles entre PLFR et PLF. Cependant vous ne faites pas d’effort pour clarifier vos politiques : c’est pourtant cela, au fond, que les Français demandent. (Applaudissements sur les bancs du groupe LR.)


Source : Assemblée Nationale.
http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181112-an-eric-woerth.html


 

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27 octobre 2018 6 27 /10 /octobre /2018 05:27

Le conseil de gouvernement réuni ce vendredi 26 octobre 2018 a adopté le projet de décret n°2.18.855 relatif à l’heure légale stipulant le maintien permanent de l’heure d’été en vigueur actuellement.


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L’heure légale était auparavant régie par l’article premier du décret n°455.67 du 2 juin 1967… Ce n’est pas un poisson d’avril, c’est vrai. Mais pas en France ! Non, la France ni l’Europe n’ont pas arrêté immédiatement le changement d’heure. Cette information concerne… le Royaume du Maroc, et le gouvernement en question est le gouvernement marocain présidé par Saad Eddin El Othmani.

Donc, il y a bien changement d’heure dans la nuit du samedi 27 au dimanche 28 octobre 2018 en Europe. Nous passerons de l’heure d’été à l’heure d’hiver. Le changement d’heure permet, deux fois par an, de s’amuser avec ceux qui sont toujours perdus par leurs horloges. Alors, on avance ? on retarde ? et quand le soleil se lèvera-t-il alors ?…


Compenser la différence des saisons

L’idée, provenant de Benjamin Franklin qui voulait économiser les bougies en 1784, est pourtant simple : en hiver, il y a moins de jour que de nuit, et c’est l’inverse en été. Inventées (dans sa version moderne) par la France (présidée par Valéry Giscard d’Estaing) en 1976, pour faire la chasse aux gaspis et réduire la consommation d’énergie après le premier choc pétrolier (initiées en Italie dès 1966), et diffusées partout dans le monde et notamment en Europe qui a choisi d’harmoniser les dates de changement d’heure (dernier dimanche de mars et dernier dimanche d’octobre) en 1998 puis en 2001 (la dernière directive adoptée sur le sujet date de 2000), l’heure d’été et l’heure d’hiver sont les deux faces d’un même serpent de mer perpétuellement en débat aux équinoxes.

Environ soixante pays ont adopté le principe du changement d’heure, en Amérique du Nord, au Japon et en Océanie, en plus de l’Europe. Mais certains pays ont supprimé ce principe plus ou moins récemment, c’est le cas de la Chine, la Russie, la Biélorussie, l’Islande et la Turquie.

Les uns parlent des effets biologiques mauvais sur les espèces vivantes (les humains mais aussi les animaux), tant sur les rythmes du sommeil que sur la santé en général, les autres parlent des effets économiques et écologiques bénéfiques (cependant de moins en moins bénéfiques).


Des économies d’énergie non négligeables

Beaucoup tendent à minimiser le bénéfice énergique, pourtant, il n’est pas négligeable. Une étude de l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Énergie (ADEME) publiée en 2010 ("Impact du changement d’heure", note de synthèse du Service Économie et Prospective de la Direction Exécutive de la Stratégie et de la Recherche) rappelle qu’en France, le changement d’heure a permis d’économiser 440 GWh (gigawatts heures) en éclairage en 2009, ce qui correspond à la consommation en éclairage d’environ 800 000 ménages.

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Par rapport à l’impact sur la planète, cela signifie que le changement d’heure a évité l’émission de 44 000 tonnes de CO2, ce qui serait beaucoup plus efficace sans doute que d’augmenter de 7 centimes le litre de gazole et de 4 centimes le litre de super (qui ne va probablement quasiment pas réduire la consommation de carburant mais juste en augmenter la facture).

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Ce gain en éclairage tend à diminuer malgré des consommations croissantes en raison des technologies d’éclairage performantes développées ces dernières années. En 1976, le gain avait été de 450 GWh exprimé alors en tonnes équivalent pétrole car l’électricité était produite par des centrales au fuel lourd. En 1995, EDF a évalué l’économie annuelle d’électricité à 1 200 GWh. En 2007, une étude pour l’ADEME a évalué les économies à 470 GWh en éclairage et à 210 GWh en usages thermiques.

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L’étude a évalué encore à 340 GWh les économies attendues en éclairage à l’horizon 2030. Mais elle a aussi évalué le gain sur les usages thermiques (chauffage, climatisation) à 130 GWh en 2030 avec des systèmes précis de régulation (le gain en thermique en 2009 restait négligeable car l’équipement ne permettait pas de réguler précisément).

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L’étude montre ainsi qu’en 2030, on peut évaluer à une réduction des émissions de 70 000 à 100 000 tonnes de CO2 avec le changement d’heure (les GWh "thermiques" étant plus polluants que les GWh "d’éclairage").


Un rituel bientôt aboli ?

Ce changement d’heure s’apparente presque à un petit rituel (que je ne peux qualifier de républicain car il est aussi en vigueur dans des monarchies) qui fait toujours toucher un peu aux mathématiques de base (l’addition ou la soustraction !) et surtout à la logique. On touche ainsi à la vie quotidienne des citoyens.

Pour ce week-end, il s’agit de retarder d’une heure, à 3 heures du matin, il faut ramener l’heure à 2 heures du matin, ce qui signifie qu’il y aura deux heures entre 2 heures et 3 heures du matin. Donc, une heure de plus pour la nuit, que l’on pourra utiliser comme on le veut. Sachant que le principe de conservation est tel que celle qu’on a gagnée en octobre, on la reperdra évidemment en mars.

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En fait, si l’on est sûr qu’on repassera à l’heure d’été dans la nuit du 30 au 31 mars 2019, on n’est ensuite plus sûr de rien. En effet, le Président de la Commission Européenne, Jean-Claude Juncker, visiblement opposé à ce changement d’heure, est actuellement en train de tout faire pour la supprimer.

Il faut savoir que ce changement d’heure a été intégré dans la réglementation européenne, ce qui est plutôt sympathique car cela a permis d’harmoniser l’heure européenne. À cause de l’étendue du territoire, il y a quand même trois fuseaux horaires, mais à part les fuseaux excentrés (Royaume-Uni, Irlande, Portugal d’un côté, pays baltes, Finlande, Roumanie, Bulgarie, Grèce, Chypre de l’autre côté), le reste de l’Europe reste à la même heure, de Brest à Varsovie et de Saint-Jacques-de-Compostelle à Belgrade (notons d’ailleurs que même ceux des pays de l’ex-Yougoslavie ainsi que l’Albanie qui ne sont pas dans l’Union Européenne ont adopté la même heure).

Cela signifie que toute modification d’heure légale doit être une décision européenne. Mais si c’est une décision européenne, c’est aussi parce qu’elle a des incidences économiques très fortes. Un frontalier espère par exemple ne pas devoir changer d’heure deux fois par jour s’il travaille de l’autre côté de la frontière. Sans compter l’organisation de tous les transports qui traversent une frontière, des applications informatiques, etc.

Voici ce qu’a dit Jean-Claude Juncker lors de son dernier discours de l’état de l’Union (j’y reviendrai) devant les députés européens réunis le 12 septembre 2018 à Strasbourg : « Les Européens n’applaudiront pas si nous continuons à devoir changer d’heure deux fois par an à cause d’une réglementation européenne. La Commission propose aujourd’hui de changer cela. Le changement d’heure doit être aboli. Les États membres, conformément au principe de subsidiarité, doivent décider eux-mêmes si leurs citoyens doivent vivre à l’heure d’été ou à l’heure d’hiver. J’espère que le Parlement et le Conseil auront la même perception et trouveront des solutions compatibles avec notre marché intérieur. Le temps presse. ».

Insistons quand même sur le fait que si la France fait ce changement d’heure, ce n’est pas « à cause d’une réglementation européenne » mais parce qu’elle l’a décidée dans son entière souveraineté en 1976.


Du populisme proeuropéen ?

En fait, Jean-Claude Juncker est tombé dans la démagogie. Pour une fois, ce sont les partisans de la construction européenne qui tombent dans ce populisme. Pourquoi démagogie ? Parce que la Commission Européenne a mené une consultation publique au cours de l’été 2018 sur ce sujet et a eu 4,6 millions de réponses en un petit peu plus qu’un mois, ce qui est une participation considérable. Parmi ces contributeurs, 84% ont exprimé leur souhait de supprimer le changement d’heure.

C’est pourquoi Jean-Claude Juncker a présenté la proposition de mettre fin, dès 2019, à l’obligation pour les États membres de faire un changement d’heure. En fait, si c’est cette proposition, son expression est peu claire. La traduction, c’est de mettre fin au changement d’heure, car il serait préjudiciable que certains États gardent le changement d’heure et pas d’autres. La Commission Européenne veut en revanche laisser aux États le choix de savoir quelle heure ils garderaient, l’heure d’été ou l’heure d’hiver. Le tout en espérant qu’il y aurait un minimum de concertation pour que les pays voisins adoptent la même politique. Les États membres ont donc jusqu’à avril 2019 pour prendre leur décision.

Comme on le voit, Jean-Claude Juncker, à quelques mois des élections européennes (qui auront lieu le 26 mai 2019), veut montrer que l’Europe n’est pas une contrainte. Pourtant, sur ce sujet de l’heure, cela avait un sens d’avoir une harmonisation européenne, car finalement, l’heure, c’est l’une des unités majeures de notre système d’unités (distance, masse, temps, intensité électrique, etc.) sur lequel se basent toutes nos procédures, nos calculs, notre organisation sociale.

Une question pour les Français : quelle était la proportion de citoyens français qui était informée de cette consultation publique estivale ? Cette proportion de 84% des 4,6 millions de contributeurs est-elle représentative des 500 millions d’Européens, c’est-à-dire même pas 1% ? D’ailleurs, "France Soir" a précisé malicieusement le 26 octobre 2018 que 70% de la totalité des contributeurs provenaient… de l’Allemagne ! Donc, cette consultation n’a absolument aucune représentativité.

Cité par "Le Télégramme" du 26 octobre 2018, le commissaire européen chargé de l’Énergie, Maros Sefcovic, a expliqué : « Avec le progrès (éclairage basse consommation, meilleure isolation thermique des bâtiments modernes), les économies d’énergie sont désormais très limitées. ». La prospective de l’ADEME pour 2030 prouve le contraire.

Pour que la proposition de Jean-Claude Juncker de suppression du changement d’heure puisse voir le jour, il faudrait cependant qu’elle soit adoptée par le Conseil Européen, c’est-à-dire, l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement des vingt-sept États membres, à la majorité qualifiée, à savoir par au moins quinze États sur vingt-sept représentant au moins 65% de la population de l’Union Européenne.


Quelle heure garder ?

Ensuite, il faudrait que chaque État choisisse son heure. Selon "Le Parisien" du 26 octobre 2018, la Finlande, les Pays-Bas et le Danemark préféreraient prendre l’heure d’hiver, tandis que Chypre, le Portugal et la Pologne préféreraient l’heure d’été.

Et en France, qu’en est-il ? Le débat semble aussi passionnant que les guerres picrocholines dont sont friands beaucoup de Français, comme le débat entre nouvelle et ancienne orthographes, écriture inclusive ou pas, etc. Pourtant, c’est un sujet important, choisir entre l’heure d’été (actuellement utilisée sept mois dans l’année) et l’heure d’hiver.

Personnellement, j’opterais plutôt pour l’heure d’été comme j’opte souvent, si j’ai le choix, pour dormir à l’est et pas à l’ouest. Pourquoi ? Parce qu’il vaut mieux se lever avec le soleil que sans, et c’est plus difficile de se coucher avant le coucher du soleil. J’imagine que le clivage entre l’heure d’hiver et l’heure d’été, c’est le clivage des lève-tôt et des couche-tard (d’ailleurs, les deux ne sont pas incompatibles si l’on supporte de ne pas dormir longtemps).

Il y a un petit moyen pour s’imaginer concrètement les conséquences du choix.

Le 21 juin à Paris, si on restait avec l’heure d’hiver, le soleil se lèverait à 4 heures 45 (au lieu de 5 heures 45) et se coucherait à 21 heures (au lieu de 22 heures). Et inversement, le 21 décembre à Paris, si on restait avec l’heure d’été, le soleil se lèverait à 9 heures 45 (au lieu de 8 heures 45) et se coucherait à 18 heures (au lieu de 17 heures). Le choix a donc des conséquences pratiques non négligeables aux solstices. Ce qui justifiait justement ce changement d’heure depuis quarante-deux ans, pour réduire la portée des différences des saisons. Différences qui sont nettement plus faibles lorsque l’on se rapproche de l’Équateur. J’imagine que les Finlandais sont un peu plus impactés que les Siciliens.

Un grand pays a aussi plus de mal à trancher qu’un petit pays. En France, il y a trois quarts d’heure de décalage entre Brest et Bastia, sans compter les grandes différences d’ensoleillement entre nord et sud. "La Charente Libre" a réalisé un sondage auprès de ses lecteurs (mais quelle en est la représentativité ?) selon lequel 60,9% choisiraient l’heure d’été. Un "militant contre l’heure d’été" (eh oui, ça existe !) a déjà toute prête son argumentation, exprimée sur le réseau France Bleu : « Les lobbies du tourisme et du sport sont là pour appuyer le choix de l’heure d’été toute l’année. ». Les lobbies sont lâchés !

Comme je l’ai écrit plus haut, les arguments dérisoires vont pleuvoir, d’un côté comme de l’autre. C’est évidemment le mode de vie qui va déterminer une idée du choix. Les "paysans" qui se couchent très tôt et doivent se lever tôt opteraient plus volontiers pour l’heure d’hiver. Les franciliens qui commencent souvent tard leur journée de travail (à 9 heures voire 9 heures 30) rentrent souvent très tard le soir et préféreraient probablement l’heure d’été pour avoir un peu plus de clarté l’après-midi.


L’angoisse des acteurs économiques

Les plus angoissés semblent être les compagnies aériennes. Pour elles, tout changement a de lourdes conséquences. Un directeur chez Air France a confié sur France Inter : « Cela nous demande de revoir à peu près tous nos horaires pour vérifier que d’un point de vue commercial, on n’arrive pas trop tard, la nuit, à l’autre bout du monde. (…) Tout ça est réglé, optimisé, pour fonctionner au mieux, depuis quarante ans, sur la base du changement d’heure (…). Certaines compagnies préviennent déjà qu’elles seraient obligées de supprimer des dizaines voire des centaines de vols [en cas de changement trop rapide]. ».

Le changement d’heure sera-t-il victime du populisme européen ? Comme dans toutes les décisions européennes depuis toujours, la décision revient aux seuls États, aux seules nations, et par là même, aux seuls peuples européens. Bonne nuit !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le changement d’heure.
Une catastrophe écologique ?
Amoco Cadiz (16 mars 1978).
Tchernobyl (26 avril 1986).
AZF (21 septembre 2001).
Fukushima (11 mars 2011).
L’industrie de l’énergie en France.
La COP21.
Le GIEC et son alarmisme climatique.
Vibrez avec la NASA …ou sans !
Le scandale de Volkswagen.
Le handicap, prétexte à la polémique politicienne ?
80 km/h : 65 vies sauvées en deux mois ?
Prélèvement à la source : la ponction fiscale sera-t-elle plus douloureuse ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181027-changement-heure.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/changement-d-heure-le-gouvernement-209014

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/27/36817412.html



 

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26 octobre 2018 5 26 /10 /octobre /2018 03:33

« Les grandes promesses sont comme certains beaux yeux, on s’y noie. » (Anne Barratin, 1894).


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Depuis le vendredi 1er juin 2018, les citoyens peuvent apporter leurs contributions personnelles sur la prochaine réforme des retraites grâce à un site dédié. Ce type de consultation du peuple n’aura peut-être pas beaucoup de conséquences concrètes sur le texte qui sera présenté au Parlement, mais il a au moins le mérite de mettre tous les citoyens en situation de prendre part à la réforme. Quant aux partenaires sociaux (syndicats), ils sont déjà en cours de consultation depuis janvier 2018.

Lors de l’audience solennelle de la Cour des Comptes le 22 janvier 2018, le Président Emmanuel Macron a rappelé son projet de réformer les retraites pour l’année 2019 (le texte finalisé avant l’été 2019). Cet agenda semble confirmé ces derniers jours : l’ambition du gouvernement est de finaliser cette réforme dans l’année 2019. Et avec l’objectif de créer « un grand choc de lisibilité ».

Vu l’importance du sujet et le nombre de personnes qui vont être "impactées" (dans son livre blanc publié le 24 avril 1991, Michel Rocard avait dit que le sujet des retraites était capable de faire renverser une dizaine de gouvernements !), autant dire que la réforme de la SNCF est syndicalement de la "gnognotte" par rapport à la réforme des retraites.

On a vu un très fort mécontentement des retraités depuis février 2018 à cause de la hausse de la CSG appliquée au 1er janvier 2018, hausse qui n’a pas pu, nécessairement, être compensée par la baisse de charges salariales (surtout les cotisations chômage). Dans le cas de la réforme des retraites, il n’y aurait aucune raison d’un mécontentement des retraités (autrement que politiquement ou par solidarité avec leurs enfants et petits-enfants), puisqu’ils ne seront évidemment pas "impactés" (aucune loi ne peut être rétroactive, c’est un principe constitutionnel).

La tendance générale depuis plusieurs décennies est la suivante : l’espérance de vie ne cesse de croître (même si la croissance est moindre qu’auparavant) et la natalité descend. Le système français que tout le monde en France (sauf quelques extrémistes) veut préserver, les retraites par répartition, à savoir, que les actifs ne cotisent pas pour préparer leur propre retraite, mais pour financer les retraites de leurs aînés déjà à la retraite, a un défaut majeur lorsque le rapport entre la population active et la population à la retraite est en baisse. Cela est d’autant plus critique lorsque, au sein de la population active, il y a un fort taux de chômage qui cotise nécessairement peu voire pas du tout. De plus, il y a, ces dernières et prochaines années, un problème démographique ponctuel, lorsque la génération du baby-boom est arrivée à la retraite.

Pour faire durer le système, il n’y a donc pas trente-six leviers, il n’y en a que trois : baisser le niveau des pensions (du moins, pour les nouveaux retraités), augmenter le montant des cotisations retraites des actifs, augmenter la durée de la vie active et réduire ainsi, proportionnellement, la durée de vie passée à la retraite. Ces trois leviers peuvent d’ailleurs être utilisés les trois en même temps. Ce fut l’objet des cinq dernières réformes des retraites depuis le gouvernement d’Édouard Balladur.

Mais soyons positifs quand même. Faisons en effet un constat heureux en 2018 : la structure financière du système est actuellement saine jusqu’en 2025 au moins, ce qui démontre ainsi, même dans l’esprit de ses anciens opposants, que la réforme des retraites menée par François Fillon lorsqu’il était à Matignon en 2010 a été financièrement utile.

Emmanuel Macron ne va évidemment pas la remettre en cause mais a fait des promesses électorales qui sont très importantes et dont l’application sera un marqueur dans le respect de ses engagements.

Pour les connaître, il suffit de relire son programme présidentiel présenté le 2 mars 2017 (on peut le télécharger ici). Que dit-il ?

D’une part, il s’est engagé à conserver deux points pour rassurer ses électeurs potentiels : « Nous ne toucherons pas à l’âge de départ à la retraite, ni au niveau des pensions. ».

D’autre part, son discours était plus d’ordre moral que social. La philosophie très générale (qu’il a déclinée dans d’autres domaines comme la fiscalité ou le logement social) : « En France, la République est née de l’abolition des privilèges. Et pourtant, ils sont encore nombreux ! Notre pays se veut la patrie de l’égalité. Mais le favoritisme fausse souvent les choses. Les privilèges bloquent notre société. ».

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Cette introduction pour présenter ensuite son programme sur la réforme des retraites commence donc mal : parler de "privilèges" lorsqu’il y a "différences" pourrait être très mal interprété (même erreur lorsqu’il a été dit que le statut des agents de la SNCF était un "privilège").

Cela donne la ligne générale suivante : « Nous voulons une société où tous ont les mêmes droits, tous ont les mêmes devoirs et tous sont soumis aux mêmes règles. ».

Déclinée pour les retraites ainsi : « Nous mettrons fin aux injustices de notre système des retraites. ». Notons bien le mot "injustice". Il s’agit bien de se placer sur le plan moral et pas sur le plan financier ni social. Pour préciser : « Un système universel avec des règles communes de calcul des pensions sera progressivement mis en place. Le fait de changer d’activité ou de secteur sera sans effet sur les droits à la retraite. Avec un principe d’égalité : pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous ! ». Cette dernière formule a été répétée le 22 janvier 2018 devant la Cour des Comptes par Emmanuel Macron devenu Président de la République entre-temps.

Sur le papier, cela a l’air très admissible et même rationnel.

L’application concrète de cette promesse a ces deux principales conséquences développées ci-dessous.


1. La fin des 37 régimes spéciaux de retraites

Aucun gouvernement n’a jamais osé mettre réellement fin aux régimes spéciaux de retraites. Même Alain Juppé, lorsqu’il était à Matignon, n’est jamais allé aussi loin. Pourtant, ces régimes spéciaux ont été montrés du doigt quasiment à chaque campagne présidentielle depuis une trentaine d’années.

Le problème, c’est que l’égalité ne doit pas entrer en contradiction avec la diversité. Je rappelle que la devise de l’Union Européenne est très belle (comme la devise française) : « Uni dans la diversité » (ce qui contredit les "souverainistes" qui pensent que l’Europe refuse les identités nationales ; au contraire, elle les défend et les protège).

Or, l’origine de chaque régime spécial est chaque fois spécifique, historiquement. Les raisons de la spécificité de certains régimes tiennent encore aujourd’hui, d’autres non. Par exemple, les militaires, qui ont un job particulièrement éprouvant puisqu’ils sont prêts à mourir pour la France dans des opérations extérieures (et indépendamment de la situation de stress, le fait que certains meurent fait qu’on n’a pas à payer une pension, ou seulement partiellement à leur famille), ne comprendraient pas si l’on leur retirait leur propre système de retraites.

Or, au-delà de cas très spécifiques, le principal régime spécial par rapport au régime général, c’est celui des fonctionnaires. Si le niveau des cotisations est devenu de plus en plus équivalent (entre privé et public), le calcul du niveau des pensions est resté très différent et c’est là qu’Emmanuel Macron a pointé la principale inégalité qu’il entend supprimer : la pension des fonctionnaires est calculée sur la base des six derniers mois de traitements dans la vie active, et la pension d’un salarié du privé (régime général) sur la base des vingt-cinq meilleures années de la vie active. Sans compter que le pourcentage est assez différent entre les deux.

On imagine que cette différence a de quoi faire bondir n’importe quel salarié du privé. Parce qu’on imagine aussi que plus on progresse dans sa carrière professionnelle, plus son salaire est élevé.

Il est intéressant d’aller un peu plus loin que cette réaction initiale. Lors d’un débat sur LCI le 31 mai 2018, le secrétaire général de l’UNSA depuis le 17 mars 2011, Luc Bérille (61 ans), ancien enseignant, a eu des propos à la fois mesurés et intéressants.

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L’UNSA est un syndicat assez récent, l’Union nationale des syndicats autonomes. Elle a été créée en 1993 pour regrouper des organisations syndicales non confédérées (en particulier la FEN) afin d’être mieux représentées dans les négociations sociales (face aux cinq syndicats historiques). De fait, ce syndicat est dit réformiste, c’est-à-dire que, comme la CFDT, il accepte de discuter avec les gouvernements pour améliorer leurs projets, au lieu de s’opposer systématiquement et de laisser passer des textes dans leur contenu le plus brutal. Son principe : « une démarche réformiste, laïque et revendicative, fondée sur l’indépendance syndicale pour un syndicalisme rénové et démocratique ».

Luc Bérille est plutôt favorable à l’égalité de traitement en général, mais il a mis en garde sur la différence de calcul de la pension entre public et privé. Il a expliqué que l’objectif était qu’à la fin du calcul, la pension soit à peu près du même niveau entre public et privé.

Effectivement, dans une vie de fonctionnaire, même si le traitement est sensiblement inférieur (à qualifications égales) que celui du privé (et encore, l’écart s’est réduit et parfois s’est inversé), le traitement est toujours croissant. Tandis que dans la vie active d’un salarié du privé, souvent, il faut compter une vingtaine d’années de "vaches maigres", et ces vingt ans ne sont pas forcément les vingt premières années, car il peut y avoir des périodes de chômage, de travail à temps partiel, de petits boulots mal payés, etc.

Luc Bérille a donc expliqué que si la pension des salariés du privé était calculée de la même manière que celle des fonctionnaires, globalement, les salariés du privé y perdraient beaucoup (sauf par exemple, les cadres supérieurs qui ont toujours été en activité). En effet, beaucoup, après une période de chômage, sont dans l’obligation de prendre leur retraite en raison de leur âge. Pour eux, les six derniers mois de leur carrière professionnelle sont particulièrement faibles.

Inversement, si la pension des fonctionnaires était calculée selon le mode de calcul du régime général, les fonctionnaires seraient évidemment désavantagés par rapport au système actuel.

Au-delà des régimes spéciaux spécifiques de certaines catégories d’employés qui peuvent avoir leurs raisons historiques et qu’il convient de regarder précisément pour savoir si ces raisons tiennent encore, l’uniformisation des retraites du privé et du public pourrait créer plus de mal que de bien sous le prétexte plus moral que social de l’égalité.


2. Pour un système de retraite par points

Au-delà des régimes spéciaux, Emmanuel Macron voudrait surtout changer le mode de calcul des pensions en reprenant son principe qui, dans l’absolu, ne peut être qu’acceptable : « Pour chaque euro cotisé, le même droit à pension pour tous ! ».

Cela signifie une mesure simple : la retraite par points. Le principe est simple. Chaque fois qu’on cotise, on se dote de "points". Et chaque point ouvre droit à un montant défini en euro. Chaque cotisation donne un certain nombre de points et donc, un certain nombre d’euros pour la pension plus tard. Ce système est déjà le cas pour les cadres avec les retraites complémentaires.

En revanche, le régime général est différent puisque le montant de la pension est calculé sur les vingt-cinq meilleures années (voir ci-dessus). Et dépend donc du nombre d’annuités travaillées (42 ans maintenant) et de l’âge légal de départ à la retraite (62 ans).

J’ai toujours trouvé étonnant que le débat, pendant une cinquantaine d’années, se soit focalisé sur l’âge légal de départ à la retraite, que François Mitterrand avait abaissé de 65 à 60 ans après son élection en 1981. Parce que l’essentiel reste le nombre d’annuités. Si, à 60 ans, vous n’aviez pas fait le nombre seuil (à l’époque, c’était 37 ans et demi), vous n’auriez pas eu la pension à taux plein et vous auriez dû continuer malgré tout à travailler. L’élément clef, c’est donc le nombre d’annuités pour avoir le taux plein, pas l’âge légal. 

C’était avec cette réflexion que j’étais partisan de ce système de retraite par points qui me paraissait le plus équitable du monde. C’était du reste la proposition du candidat François Bayrou pendant la campagne présidentielle de 2012 qui voulait une retraite à la carte, libre et égale pour tous, avec un système de points éventuellement pondéré avec la pénalité du travail accompli (je me demande d’ailleurs si la promesse d’Emmanuel Macron ne résulte pas de l’influence de François Bayrou dans ce domaine).

J’étais donc (en 2012) partisan d’un tel système par points pour une raison simple, en plus de l’égalité : c’était sa simplicité. Actuellement, le système est opaque et anxiogène pour les actifs car tout le monde se dit qu’on doit travailler beaucoup et longtemps pour une pension très faible à l’arrivée.

Pourtant, là non plus, ce n’est pas si simple que cela.

Dans le même débat du 31 mai 2018 sur LCI, Luc Bérille a rappelé que le système par points va considérablement désavantager les salariés du privé. Pourquoi ? Parce que le montant de la pension ne sera plus calculé à partir des vingt-cinq meilleures années mais sur la totalité de la carrière professionnelle, y compris les périodes de chômage, d’emplois précaires et mal payés, voire d’inactivité due à des congés maternité, maladie, années sabbatiques etc.

L’idée de vouloir rendre la pension proportionnelle, finalement, à la réalité des montants de cotisations réellement versées (et traduits en points) serait ainsi une fausse bonne idée, car elle reviendrait presque, finalement, à une retraite par capitalisation. On épargne une montant X (les cotisations) et on obtient une rente Y (la pension) proportionnelle à X. Sans compter que la relation entre pension et points pourrait évoluer arbitrairement par un gouvernement ou, plus lâchement (comme le taux du livret A), par une indexation complétée par l’avis d’une commission de technocrates.


Simplifier et clarifier

Pourtant, le système des retraites est actuellement peu satisfaisant. Comme je l’ai indiqué, il est anxiogène pour tout le monde. Et comme le disait Emmanuel Macron, tout le monde pense que son voisin a un régime meilleur que le sien.

Ce qui manque cruellement aujourd’hui, au-delà d’assurer sa pérennité financière pour plusieurs décennies, c’est la transparence et la simplicité. Même en prenant leur retraite, certains restent dans le flou sur leur situation pendant encore plusieurs mois. Alors, pour des actifs à la carrière discontinue, avec des hauts et des bas, des statuts différents, voire des expériences à l’étranger, la visibilité de leur retraite est aujourd’hui quasiment impossible (même si on a fait déjà quelques progrès).

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C’est donc cet enjeu qui devrait compter plus que sur une impossible égalité qui ne prendrait pas en compte la spécificité de chaque métier : rendre le système plus simple et plus transparent. Je souhaite donc bon courage au gouvernement, car les résistances ne vont pas manquer, mais aussi et surtout, bonne écoute, car les partenaires sociaux ont sur ce sujet une expertise qu’il convient de ne pas de jeter à la rivière…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu

(La dernière image, ci-dessous, sur les Pokémons, provient d’un article du site www.leblogfinance.com publié le 22 janvier 2018).


Pour aller plus loin :
Faut-il toucher aux retraites ?
Le statut de la SNCF.
Programme du candidat Emmanuel Macron présenté le 2 mars 2017 (à télécharger).
La génération du baby-boom.
Bayrou et la retraite à la carte.
Préliminaire pour les retraites.
Peut-on dire n’importe quoi ?
La colère des Français.
Le livre blanc des retraites publié le 24 avril 1991.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180601-reforme-retraites.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/faut-il-encore-toucher-aux-204881

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/26/36456960.html



 

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16 septembre 2018 7 16 /09 /septembre /2018 02:21

Le journaliste Alex Taylor et l'inspectrice générale Chantal Manes-Bonnisseau ont remis le 12 septembre 2018 au Ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer leur rapport intitulé : "Propositions pour une meilleure maîtrise des langues vivantes étrangères : oser dire le nouveau monde".

Cliquer sur le lien pour télécharger le rapport (fichier .pdf) :
http://cache.media.education.gouv.fr/file/Racine/33/4/propositions_meilleure_maitrise_langues_vivantes_998334.pdf

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180912-rapport-langues-vivantes.html

 

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25 août 2018 6 25 /08 /août /2018 04:47

« En respectant l’enfant, on respecte l’être humain. » (Françoise Dolto, "La Cause des enfants", éd. Robert Laffont, 1985).


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La psychanalyste et psychiatre des enfants Françoise Dolto est morte à Paris il y a trente ans, le 25 août 1988, à l’âge de 79 ans (elle est née le 6 novembre 1908 à Paris). Très connue du grand public grâce à ses émissions quotidiennes de radio sur France Inter entre octobre 1976 et octobre 1978, elle a pu ainsi populariser ses très nombreux travaux sur l’enfance et l’adolescence. Ayant eu une enfance malheureuse, elle a voulu encourager les parents à respecter la liberté de leurs enfants ainsi que leurs différences.

Issue d’une famille catholique située plutôt à l’extrême droite, fille et petite-fille de polytechniciens, Françoise Dolto, sœur du futur ministre gaulliste Jacques Marette (1922-1984) et mère du futur chanteur de variétés populaires Carlos (1943-2008), n’a jamais caché son vague soutien à Pétain sous l’Occupation sans pour autant avoir commis des gestes de collaboration active ou des actes antisémites (elle fut recrutée par Alexis Carrel le 1er décembre 1942 pour travailler au département biologie de l’enfant et de l’adolescent de sa fondation).

Sa mère ne voulait pas qu’elle fît d’études et elle a dû batailler au milieu des années 1920 et au début des années 1930 pour en faire. Elle a finalement soutenu sa thèse de doctorat en médecine en 1939 (avec pour titre de sa thèse "Psychanalyse et pédiatrie" publiée en 1971, éd. du Seuil). Pendant sa carrière professionnelle, Françoise Dolto fut une praticienne et a beaucoup travaillé avec Jacques Lacan (1901-1981) qui recommandait auprès d’elle ses "cas" les plus difficiles. De son expérience, elle a écrit beaucoup d’ouvrages. Catholique, elle a également tenu une conférence à Rome sur le thème "Vie spirituelle et psychanalyse".

Encore enfant, Françoise Dolto avait déjà choisi sa vocation, elle voulait devenir "médecin d’éducation" qu’elle précisait de manière étonnamment mature : « un médecin qui sait que quand il y a des histoires dans l’éducation, ça fait des maladies aux enfants, qui ne sont pas des vraies maladies, mais qui font vraiment de l’embêtement dans les familles et compliquent la vie des enfants qui pourrait être si tranquille ». Une réflexion qui me fait sens puisque, enfant, je m’étais moi-même promis qu’une fois adulte, je n’oublierais jamais que j’avais été enfant…

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Originaire de Crimée, son mari Boris J. Dolto (1899-1981) fut l’un des précurseurs de la kinésithérapie en France, fondateur de l’École française d’orthopédie et de massage (un de leur fils, le chanteur Carlos, fut diplômé masseur-kinésithérapeute de cette école) et leur fille Catherine Dolto-Tolitch (72 ans) est une médecin pédiatre et haptopsychothérapeute, également désigné exécutrice testamentaire de Françoise Dolto peu avant sa mort.

Parce que son frère Jacques Marette, sénateur (suppléant d’Edmond Michelet), puis député, fut nommé Ministre des Postes et Télécommunications du 15 avril 1962 au 1er avril 1967 dans les gouvernements de Georges Pompidou, Françoise Dolto fut chargée de rédiger la première réponse-type aux lettres au Père Noël en décembre 1962 : « Mon enfant chéri, ta gentille lettre m’a fait beaucoup de plaisir. Je t’envoie mon portrait. Tu vois que le facteur m’a trouvé, il est très malin. J’ai reçu beaucoup de commandes. Je ne sais pas si je pourrai t’apporter ce que tu m’as demandé. J’essaierai, mais je suis très vieux et quelquefois, je me trompe. Il faut me pardonner. Sois sage, travaille bien. Je t’embrasse fort. Le Père Noël. ». Ce fut une initiative (lancée en fait par une employée des Postes dans les années 1950 qui répondait en cachette aux lettres adressées au Père Noël dans son village) dont le succès ne fut jamais démenti. En 2008, 1,6 million d’enfants avaient ainsi adressé un courrier au Père Noël en France.

Depuis plusieurs années, la pensée de Françoise Dolto est parfois un peu caricaturée et même contestée. Il faut dire que la société du XXIe siècle n’a rien à voir avec celle des années 1950. Aujourd’hui, l’enfant est roi, il est le cœur de cible marketing des publicitaires grand public, il est le prescripteur des achats des adultes, il amorce la pompe de la société de consommation en l’assommant par des marques, il est même décérébré dès le plus jeune âge avec tous les moyens technologiques modernes.

Bon, évidemment, j’exagère un peu, je grossis le trait, et il y a des avantages à cela, ce n’est pas de faire perdurer le Père Noël ni de rendre tristes ceux qui passent Noël seuls, mais c’est toujours plus agréable de penser aux enfants car en pensant aux enfants, on pense à la société de demain, à l’avenir, et il est probablement plus efficace de faire des campagnes sur le respect des autres, de l’environnement et même des limitations de vitesse (avez-vous remarqué qu’au sortir de certains péages d’autoroute, des affichettes exhortent les enfants à surveiller le compteur de vitesse de papa… ou de maman ?) que de dimensionner toute la société pour les plus de 65 ans (et pourtant, les plus âgés auraient besoin aussi d’adaptation pour leur déambulateur et leur fauteuil roulant, disons, autant que pour les poussettes de leurs petits-enfants). D’ailleurs, elle qui fut sa secrétaire, Françoise Dolto le disait : « Moi, j’y crois au Père Noël. Je crois à un jour par an où nous donnons à tout le monde pour le plaisir de donner. ».

En fait, on a vraiment commencé à s’inquiéter de l’enfant-roi lorsque celui-ci accusait gratuitement des adultes d’actes graves devant un juge. La parole de l’enfant n’est pas aussi sacrée qu’on a voulu le dire, elle peut se tromper, elle peut tromper, mais est-ce pour autant qu’il faut reléguer les enfants à leur place des années 1950 ? Heureusement, non !

Car la société est partie de très bas dans sa considération et son respect de l’enfant. Jusque dans les années 1980, les médecins ne s’occupaient pas de la douleur des bébés à l’hôpital, comme s’ils n’étaient que des larves végétales sans sensation, sans émotion (juste des tubes digestifs). Les enfants asociaux étaient parqués dans des bagnes pour enfants jusque dans les années 1930 ! Françoise Dolto a connu les premières résistances. La Convention internationale des droits de l’enfant a été adoptée deux siècles après la Déclaration des droits de l’homme… C’est avec ce lourd passif qu’on peut raisonnablement dire que Françoise Dolto fut une femme révolutionnaire, bien plus efficacement d’ailleurs que bien des féministes autoproclamées (Françoise Dolto fut d’ailleurs une grande référence du féminisme en France).

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Interrogée par Catherine Robin et Dorothée Werner, la psychanalyste Claude Halmos, qui fut une élève de Françoise Dolto, a essayé de remettre les idées au clair : « Sa pensée était révolutionnaire, elle continue de l’être. Dolto reste souvent mal comprise et caricaturée. Ses théories ont émergé dans une société où les familles répressives bénéficiaient d’un consensus social. L’enfant n’était pas considéré alors comme une personne et sa parole n’avait pas de valeur : il était supposé avoir des petites idées, des petits chagrins, des petites joies, des petites choses à l’image de sa petite taille. Dolto nous a fait comprendre que la parole d’un enfant a autant de valeur que celle d’un adulte. Mais en aucun cas elle ne dit qu’un enfant est un adulte. (…) Quand Dolto a commencé à parler à la radio, elle a réhabilité la souffrance de l’enfant dans chaque personne qui l’écoutait. Elle disait : "Votre souffrance d’enfant était légitime". C’est cet effet de vérité qui a fait le succès de Dolto… et suscité, en miroir, la haine que l’on sait. » ("Elle", le 11 octobre 2013).

Probablement que le principal contresens commis par ceux qui s’opposent à Dolto est justement de croire que réhabiliter la parole de l’enfant, cela reviendrait à discréditer l’autorité des parents. Rappelons d’abord que la cellule familiale est beaucoup plus éclatée qu’auparavant et que cette autorité a été réduite mécaniquement, notamment dans les familles monoparentales. Claude Halmos répondrait ceci : « Dolto m’a appris avant tout à ne jamais juger les parents, mais plutôt à écouter l’enfant dans le parent. Cette phrase a été une bascule dans ma pratique de jeune analyste. ».

Pour Dolto, tous les désirs des enfants sont légitimes, mais ils ne sont pas tous réalisables car il y a la loi, et avant la loi, avant tout, le respect de l’autre. Or, pour respecter l’autre, il faut d’abord se mettre à la place de l’autre. Cette réflexion des limites est en fait essentielle dans le développement de l’enfant et plus tard, du jeune adulte. Claude Halmos l’a ainsi expliqué : « Pour intégrer véritablement les lois, il faut être capable de se mettre à la place de l’autre que l’on pourrait faire souffrir. Ce n’est possible que si l’on se sent soi-même une personne. ».

En fait, la vraie difficulté de la théorie de Françoise Dolto, c’est d’imaginer une nouvelle forme d’autorité parentale qui soit basée sur l’intelligence et la compréhension (qu’on pourrait assimiler à du management participatif) et pas sur de la simple obéissance (management directif). Le laxisme éducatif, la permissivité, le laisser-aller de certains parents, leur renoncement parfois, ne doivent pas faire oublier que l’enfant reste une personne fragile à respecter et à protéger.

Toute sa vie, Françoise Dolto a développé des idées qui s’approchaient d’un certain humanisme, l’essentiel étant de pouvoir communiquer pour éviter tout malentendu et pour formaliser certaines pensées fortes. Elle a ainsi rejeté la compatibilité entre la jalousie et l’amour, la jalousie est le contraire de l’amour dans la mesure où c’est une défiance et pas une confiance : « La jalousie n’est pas une preuve d’amour mais d’immaturité. ».

Je termine enfin sur cette très belle phrase d’elle qui devrait être placardée dans toutes les collectivités, de la famille …aux États : « Tout groupe humain prend sa richesse dans la communication, l’entraide et la solidarité visant à un but commun : l’épanouissement de chacun dans le respect des différences. ». Uni dans la diversité, c’est justement la devise de l’Europe !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 août 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Françoise Dolto.
Sigmund Freud.
Maurice Bellet.
Simone Veil.
Marie Trintignant.
Barbara Hannigan.
Micheline Preesle.
Pauline Lafont.
Annie Cordy.
Jeanne Moreau.
Lucette Destouches.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Miss Corny.
Marguerite Yourcenar.
Marie Curie.
Paula Modersohn-Becker.
Germaine Tillion.
Sœur Emmanuelle.
Mère Teresa.
Diana Spencer.
Jacqueline de Romilly.
Simone Weil.
Hannah Arendt.
Anna Politkovskaia.
Françoise Giroud.
Jane Austen.
Nicole Bricq.
Brigitte Macron.
Michèle Cotta.
Élisabeth II.
Édith Piaf.
Margaret Kean.
Fadwa Suleiman.
Mireille Darc.
Gisèle Casadesus.
Mimie Mathy.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Christina Grimmie.
Monique Pelletier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180825-francoise-dolto.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/francoise-dolto-les-enfants-d-207089

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/08/24/36653584.html


 

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7 juin 2018 4 07 /06 /juin /2018 04:29

« Toutes les bonnes choses qui existent sont les fruits de l’originalité. » (John Stuart Mill, 1864).


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Dans la rubrique "La France s’enflamme pour des bricoles", le débat sur l’uniforme à l’école a évidemment toute sa place. Si ce sujet peut passionner les Français, c’est parce qu’il fait partie de ces faux sujets qui ont pour base profonde le mal à l’identité et la perte du sens commun.

Disons-le ici dès le départ, je suis opposé à l’uniforme pour les écoliers. J’avais soutenu la candidature de François Fillon à l’élection présidentielle de 2017, mais j’avais trouvé stupide et inapproprié de mettre dans un projet présidentiel le port de l’uniforme dans les écoles. Stupide sur la forme, car il n’y a qu’en France qu’on pense qu’un Président de la République doit s’occuper des vêtements que porterait un môme de sept ans à l’école primaire ! Inapproprié sur le fond, ce que je vais tenter d’argumenter dans les lignes suivantes.

Prenons d’abord les faits qui ont fait surgir brusquement ce sujet d’actualité en fin d’année scolaire. Un maire LR, que je ne citerai pas, d’une petite ville de la région parisienne que je ne citerai pas plus, sinon pour dire qu’elle fut administrée, dans un temps ancien, par un illustre académicien, a organisé une consultation locale auprès des parents d’élèves des écoles primaires, du cours préparatoire (CP) au cours moyen seconde année (CM2), pour savoir s’ils sont d’accord ou pas avec le port de l’uniforme, avant d’étendre la mesure, le cas échéant, au collège.

La consultation (ce n’est pas un référendum), qui s’est déroulée pendant toute la semaine à cheval en mai et juin 2018, a approuvé à 62% la proposition du maire contre 38%. Si elle bénéficie d’une nette majorité, la mesure n’est cependant pas consensuelle pour autant car 38% représente une forte minorité opposée. Le Ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer a apporté son soutien à cette initiative sans vouloir la généraliser partout dans le pays.

Concrètement, la mairie proposera aux parents d’élève un "trousseau" d’une dizaine de vêtements (pull, pantalon, jupe, etc.) pour le prix de 145 euros, vêtements qui pourraient être éventuellement réutilisés par les plus jeunes ultérieurement. Le prix n’est pas excessif par rapport au prix du marché (c’est même inférieur) mais dans une comparaison avec l’achat d’un nombre identique de vêtements neufs de même nature.

Déjà, rien que sur le plan financier, c’est bancal quand on sait que certaines familles ont du mal à payer les quelques dizaines d’euros de tarif réduit pour les cantines scolaires. Alors 145 euros ? Car certaines familles se débrouillent, rachètent des vêtements d’occasion, en récupèrent des plus grands, ou se les confectionnent eux-mêmes pour économiser.

Sur le plan légal, la seule chose qui compte est le règlement intérieur des établissements scolaires qui doit imposer une tenue correcte aux élèves (l’uniforme n’a donc pas pour fonction d’éviter les tenues négligées, elles sont déjà interdites).

Mais aucune loi ne peut imposer à une famille l’uniforme pour ses enfants, et par conséquent, l’uniforme sera nécessairement porté sur la base du volontariat. Là encore, on voit le côté bancal de la mesure : l’intérêt de l’uniforme (comme son nom l’indique), c’est que tout le groupe le porte. Si chacun fait ce qu’il veut, les uns avec un uniforme, les autres sans, il n’a déjà plus beaucoup d’intérêt ni de cohérence.

Rien que sur le plan réglementaire, donc, c’est un faux débat. Et si un chef d’établissement venait à imposer l’uniforme, je ne doute pas que l’affaire remonterait jusqu’au Conseil d’État comme ce fut le cas lors de la première "affaire" du foulard à l’école il y a près d’une trentaine d’années. À l’époque, d’ailleurs, le Conseil d’État avait botté en touche et avait répondu au Ministre de l’Éducation nationale de l’époque, un certain Lionel Jospin, qu’il fallait régler ce problème par la loi, ce qui a mis quinze ans pour la faire adopter (sous Jacques Chirac).

Reprenons aussi quelques titres dans les médias. Beaucoup parlent d’un "retour de l’uniforme" dans les écoles. Je ne dois pas vivre dans le même pays que ceux qui ont écrit de tels titres. Je ne me croyais ni en Chine communiste, ni même à Cambridge, Oxford… que sais-je ? Le problème, c’est qu’il n’y a jamais eu d’uniformes à l’école en France, et heureusement.

Ceux qui parlent de "retour" montrent, à peine masquée, leur envie de retour en arrière. Un retour vers un passé idéalisé, mythifié. Le fameux "C’était mieux avant" (avant : "quand j’étais jeune", sans doute) fait des ravages dans les réflexions. On ne les appelle pas des "traditionalistes" (puisque l’uniforme n’a jamais été porté par les écoliers, ce n’est donc pas une tradition), on les appelle des "réactionnaires", c’est-à-dire (attention, c’est ma définition), des personnes qui, ayant peur du présent, cherchent à se raccrocher à des branches qu’elles pourraient croire du passé et qui ne sont en fait que dans leur propre imaginaire (très arbitraire et subjectif). Rien à voir avec des "conservateurs" dont les meilleurs prototypes aujourd’hui se trouvent plutôt à la CGT et à la France insoumise : surtout, ne touchons à rien, tout va bien malgré les 10 millions de précaires et de demandeurs d’emploi !

Non, il n’y a jamais eu d’uniforme à l’école publique en France. Il y a eu en revanche le port de la blouse jusque dans les années 1970, pour des raisons très concrètes qui intéressent surtout les mères de famille (et les rares pères qui s’occupent de ces choses-là) : la blouse servait pour son utilisation classique, à savoir, se protéger des taches d’encre, car les enfants, beaucoup plus que les adultes, pouvaient faire quelques dégâts sur leurs vêtements avec de l’encre. L’arrivée du stylo à bille a rendu inutile ce type de protection (même si dans certains établissements, l’écriture au stylo à encre, plus agréable à la lecture, est encore demandée). Et cette blouse ne pouvait pas être assimilée à un uniforme puisque toutes les blouses étaient différentes, de différentes couleurs, différents tissus.

Le principe de l’uniforme n’est pas, dans l’absolu, une aberration. Lorsque j’ai fait mon service militaire, j’ai même pu comprendre sa raison d’être, au-delà du fait que le chef commande et les soldats ne doivent demeurer que des pions désindividualisés qui obéissent.

L’uniforme est à la fois une solidarité et une identité. J’ai le souvenir qu’un compagnon ayant attrapé un rhume voulait porter son foulard, et nous avions accepté de le porter aussi car il fallait une uniformité de la troupe. Intellectuellement, cela pouvait paraître stupide car rien n’empêchait, théoriquement, surtout en temps de paix, que l’un portât un foulard pour le protéger du froid et pas les autres. Mais cela prouvait aussi la solidarité de tout le corps, prêt à se contraindre pour aider un camarade.

Identité aussi, voire fierté. J’étais chez les chasseurs alpins, et il était assez fréquent que ceux qui quittaient le bataillon après leur service achetassent au moins leur "tarte" (à cinquante francs, il me semble). Je n’ai pas pu en acheter une car il n’y en avait plus à ma taille (je n’avais pourtant pas une tête énorme !) mais je l’aurais volontiers fait s’il en était resté. Certains régiments sont peut-être plus prestigieux que d’autres, et en arrivant dans ce bataillon, j’étais d’ailleurs étonné de la forte réputation des chasseurs alpins auprès de la population d’Annecy. Je dois même dire que c’est une bonne piste pour charmer la gent féminine ! L’histoire aide et les valeureux et jeunes résistants du Plateau des Glières n’y étaient pas pour rien.

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Mais là, c’étaient des militaires. Et si un militaire doit être interchangeable, si on lui demande justement de ne plus penser par lui-même (ce qui est relativement facile vu le rythme physique qu’on lui impose), c’est tout le contraire de l’écolier, de l’élève, de l’étudiant. Je rappelle le but ultime de l’instruction : devenir un citoyen éclairé, penser par soi-même, être capable d’esprit critique mais aussi d’esprit de solidarité et de responsabilité. Donc, se fier plus à l’individu, à la personne humaine, qu’à des considérations collectives. C’est l’esprit (classique) des Lumières mis en pratique par les lois de Jules Ferry et par les fameux hussards de la République, terme créé par Charles Péguy.

Justement, l’école n’est pas une caserne. On demande aux élèves de réfléchir par eux-mêmes. De ne pas attendre son salut du groupe mais de lui-même. Sans compter qu’on peut aussi leur donner l’esprit de compétition, car la vie active n’est (hélas) qu’un concours permanent.

Alors, prenons les différents arguments pour vouloir cet uniforme.

Le premier, c’est effacer les différences sociales. C’est vrai, il y a des différences de niveau de vie telles que certains écoliers sont habillés "chèrement" et d’autres beaucoup moins. Pourtant, cette révélation sociale ne sera pas effacée par le port de l’uniforme. Car il y aura toujours d’autres distinctions sociales : la montre, par exemple, le collier, la gourmette, le bracelet, ou tout ce qui ne ferait pas partie du "trousseau" (par exemple, peut-être les chaussures). Et sans doute que la plus grande différence sociale, c’est entre ceux qui partent loin en vacances et qui ne partent pas, ceux qui partent en week-end et ceux qui ne partent pas, ceux qui ont des consoles de jeu très coûteuses et les autres, etc. Les différences sociales reviendront toujours par des chemins détournés.

Le deuxième argument est pécuniaire. Je doute de l’efficacité de cet argument car l’uniforme oblige les familles à payer une forte somme. Elle est sans doute plus faible que la moyenne annuelle pour un enfant, mais cela dépend justement des familles. L’autre point de l’argument, c’est que cela éviterait la course aux marques, aux vêtements chic. Probablement. Mais je reste convaincu que la meilleure réponse contre cette course stupide et coûteuse, c’est une réponse éducative. Donner le sens des choses, la hiérarchie des valeurs, et rappeler que si ce sont les parents qui sont les payeurs, ils peuvent aussi se permettre de donner des limites aux désirs de leurs enfants dès lors qu’ils les leur expliquent clairement. L’enfant n’est pas roi.

Le troisième argument utilisé a été pour certains la laïcité. Un uniforme remplit son rôle de neutralité devant la religion. Pourtant, d’une part, les règlements intérieurs et même la loi interdisent tout signe ostentatoire d’une religion dans l’enceinte de l’école, donc, c’est déjà acté pour la laïcité. D’autre part, pour les provocateurs, il y aura certainement d’autres moyens de montrer l’appartenance à une religion, ne serait-ce que dans la manière de manger dans les cantines scolaires.

Le quatrième argument est curieux dans sa cohérence (je les classe sans forcément un ordre précis) car il est en opposition avec les premiers, ceux de l’indifférenciation. Il y a en effet avec le port de l’uniforme un sentiment très fort de fierté et surtout, d’identité à un collectif. C’est donc un argument de différenciation. Différenciation avec les autres corps, les autres établissements. Mais aussi avec les autres identités. La jupe identifie le sexe (on a dit que les filles pourraient quand même porter le pantalon, on respire). C’est justement cette différenciation et ce sentiment d’appartenance qui sont la raison des uniformes dans des collèges britanniques prestigieux. Je suis pareil que les miens, mais différents des autres (pas les miens).

La frontière entre "les nôtres" et "eux" me paraît toujours douteuse et malsaine car ce clivage engendre les pires excès qui peuvent se traduire par la xénophobie, le racisme, l’antisémitisme, etc. et plus généralement le "racisme anti-quelque chose".

Sentiment d’appartenance ? Nous y voilà. Certains confondent les choses et passent allègrement du sentiment d’appartenance à un établissement à celui d’une nation. Ainsi, pour Geoffroy Lejeune, très sympathique et intelligent directeur de "Valeurs Actuelles" (que j’apprécie beaucoup par ailleurs), invité sur LCI le 4 juin 2018, il ne paraîtrait pas inopportun d’imposer aux écoliers le salut au drapeau tricolore et la Marseillaise tous les jours. On voit bien que le courant réactionnaire peut s’exprimer en toute occasion, et ce n’est pas l’apanage de la droite ; durant sa campagne présidentielle en 2007, Ségolène Royal avait évoqué l’armée pour résoudre les problèmes sociaux dans certains quartiers défavorisés.

Imaginons qu’on impose cela aux enfants (après tout, on leur imposait bien la prière le matin dans certains établissements) : que ferait-on, comment réagirait l’enseignant, le chef d’établissement, si jamais un des élèves se mettait à manquer de respect avec le drapeau ou l’hymne national ? Or, vu le niveau de rébellion à bons comptes de certains collégiens et lycéens dans certains quartiers, il paraît assez probable que ce genre de provocations serait nombreux et engluerait le débat public dans des sujets très mineurs par rapport à des objectifs déjà ambitieux sur le niveau éducatif qu’on voudrait obtenir d’une génération.

Dans les mesures réactionnaires, on peut aussi imaginer la fin de la mixité dans les écoles. N’importe quel enseignant qui a connu des classes non mixtes (sexuellement je précise) et qui a vu la mixité (heureusement) arriver dans ses classes pourrait témoigner : les filles, seules, travaillent généralement mieux que les garçons seuls. Et malheureusement, au collège surtout (quand les sens s’éveillent), lorsque les garçons et filles sont mélangés, les filles travaillent généralement moins bien (que seules) car se mettent en mode de représentation devant les garçons. Bon, évidemment, ce sont des généralités qu’il faut pondérer par tous les cas particuliers, mais la tendance est plutôt celle-ci.

Et la réponse à ce constat, serait-ce d’en finir avec la mixité scolaire et de "revenir" aux collèges de garçons et aux collèges de filles ? Bien évidemment non, car l’école, c’est aussi un espace de socialisation, un lieu d’apprentissage de la vie sociale en général, et plus il y a de diversité dans une classe, plus l’élève apprend que les différences ne sont pas si dramatiques que cela et que les choses qui unissent sont plus fortes que les différences. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est utile d’intégrer les enfants en situation de handicap (à condition d’y mettre les moyens humains), c’est utile à ces enfants qu’il ne faut pas isoler socialement, mais aussi à tous leurs camarades qui ne verraient plus le handicap avant de voir la personne qui vit avec cela.

Faut-il rappeler que le citoyen français est également citoyen européen et qu’à cet égard, il bénéficie de deux belles devises ? La première : "Liberté, égalité, fraternité". C’est-à-dire aussi la liberté de porter les vêtements qu’il souhaite, d’être comme les autres ou au contraire, différent des autres. Et la seconde : "In varietate concordia" qui signifie : "Unie dans la diversité". Eh oui, c’est ce que n’ont pas compris les nationalistes : l’unité n’empêche pas la diversité ni l’identité. Au contraire, elle les renforce car elle leur permet de s’exprimer et d’exister avec beaucoup plus de puissance.

Je crois malheureusement que ce sujet de l’uniforme est encore un faux débat, une sorte de sujet de dispersion, de diversion. Le maire en question l’est devenu récemment en raison de l’application de l’interdiction du cumul : son prédécesseur est un ancien ministre et un député qui occupe aujourd’hui de grandes responsabilités à l’Assemblée Nationale. Je pense surtout que c’est un sujet qui a donné l’occasion, car je ne doute pas que c’était le but premier, à cet élu local, de se faire un coup de publicité à moindre coût et de tenter de faire croître sa notoriété inexistante (d’où ma volonté de ne pas entrer dans ce jeu pervers en ne citant pas son nom). Il y a pourtant d’autres moyens, plus judicieux et plus méritoires pour se différencier et se faire connaître du grand public …de manière flatteuse.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juin 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les écoles ne sont pas des casernes.
La laïcité.
La réforme du baccalauréat.
Jean-Michel Blanquer.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
La patriotisme français.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180604-uniforme-ecole.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-ecoles-ne-sont-pas-des-204981

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/06/07/36466424.html




 

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19 mai 2018 6 19 /05 /mai /2018 01:52

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Troisième et dernière partie.


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Le mariage pour tous a cinq ans et est en vigueur depuis la promulgation de la loi n°2013-404 du 17 mai 2013. Le sujet du mariage pour les couples homosexuels était déjà évoqué lors des débats parlementaires sur le PACS en 1998 et 1999, et il est devenu très présent dans les médias à partir de l’élection de François Hollande à la Présidence de la République le 6 mai 2012 car il correspondait à l’une de ses promesses électorales.

J’avais à l’époque évoqué ce sujet et j’avais exprimé une certaine réserve et surtout, une réticence sémantique. J’étais bien sûr favorable à la liberté, toutes les libertés, celle de choisir sa vie ou même, d’être ce qu’on est, et j’étais évidemment favorable à l’égalité, toutes les égalités, celle par exemple des droits qui protègent les conjoints. Qu’il n’y ait aucune différence entre les couples, sur la succession, sur la protection en cas de séparation, me paraissait raisonnable et juste, et c’est pour cela que le dispositif du PACS était insuffisant pour garantir cette égalité de droits.

J’étais même favorable à l’adoption d’enfants par un couple de personnes de même sexe dès lors qu’on permettait l’adoption à des personnes seules. Un enfant sera toujours dans un foyer plus enrichissant avec deux "parents" qu’avec un seul. Et la personne seule pourrait très bien être membre d’un couple homosexuel en l’ayant caché, mais cela restreindrait alors les droits de l’autre membre. Quant aux foyers composés d’un couple hétérosexuel "traditionnel", il est des situations où cela peut devenir un enfer pour un enfant. Bref, j’ai toujours été convaincu que l’orientation sexuelle des parents n’était pas un paramètre majeur du bon équilibre psychologique d’un enfant qui, au fil des années, sait faire la part des choses entre le modèle développé par les parents et ce qui lui conviendra le mieux pour sa propre vie future.

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Ma principale réticence était plutôt sur le mot "mariage" que je considérais réservé à la cellule sociale traditionnelle qu’on appelle famille et qui a été pendant de nombreux siècles la base première de toute sociabilité. C’est vrai qu’avec la multiplication des séparations (conséquence à la fois notamment du travail des femmes qui leur permet d’assurer leur autonomie financière et ne plus dépendre de leur éventuel mari pour vivre, et de l’allongement de l’espérance de vie), ce modèle de la famille traditionnelle pouvait être battu en brèche par l’existence des familles recomposées avec des fratries de parents différents. Ainsi, je préférais le mot "union civile" au mot "mariage" pour cette raison. Cela aurait eu l’avantage de ne heurter qu’une faible minorité de personnes et de ne pas créer une polémique majeure peu utile à la collectivité.

Mon autre réserve, c’est que je considère que l’État n’a pas à s’occuper de ce qu’il se passe sous la couette et que vouloir légiférer sur l’orientation sexuelle me paraissait plutôt malsain de ce point de vue. Pendant les débats en 2012 et 2013, la société française a été parfois divisée dans des clivages complètement surréalistes, entre pour et contre mariage pour tous, ou encore entre militants de la cause homosexuelle et homophobes, et même, ce qui paraît stupide, entre homosexuels et hétérosexuels. Pourtant, la société française était déjà suffisamment divisée pour se permettre de la diviser davantage, parfois par des manifestations d’un million de personnes, alors qu’elle aurait eu besoin d’un plus grand rassemblement, d’une plus grande cohésion.

L’un de ces corollaires de cette réserve, c’est qu’en autorisant le mariage pour les couples homosexuels (du reste, c’est valable aussi pour le PACS), l’État se permettait, par l’état-civil, de faire un fichier de personnes homosexuelles, et les allers et retours de l’histoire montrent que rien n’interdirait, dans un futur plus ou moins proche, qu’un dictateur qui aurait pris le pouvoir pourchasse de nouveau les personnes homosexuelles, comme ce fut le cas sous l’Occupation nazie et comme c’est encore le cas dans certains (rares) pays, comme l’Iran, l’Arabie Saoudite, le Soudan, la Mauritanie (où l’homosexualité est punie de mort), l’Inde, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie (où l’homosexualité est punie de prison à vie).

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Mon évolution sur la loi en cinq ans est donc avant tout un principe de réalité. Comme je l’ai expliqué dans le premier article sur le sujet, la loi Taubira est une loi irréversible dans la mesure où personne, aucun gouvernement ne pourra revenir sur cette loi sans enfreindre certains principes constitutionnels comme l’égalité des citoyens devant la loi ou la rétroactivité de la loi.

L’autre principe de réalité est la situation internationale. La France n’a pas été parmi les premiers pays qui ont autorisé le mariage pour les couples homosexuels, et il y avait de véritables difficultés juridiques à refuser la reconnaissance d’un mariage contracté à l’étranger avec les différentes conventions internationales. Ainsi, alors qu’il n’est pas autorisé, le mariage d’un couple homosexuel contracté en Suède a été reconnu le 24 janvier 2017 en Estonie après une décision de justice en décembre 2016 qui fera jurisprudence dans ce pays. D’ailleurs, le premier mariage d’un couple homosexuel reconnu par la France n’est pas un mariage français mais la reconnaissance d’un mariage contracté en Belgique, et ce couple de frontaliers avait d’ailleurs été le premier couple ayant conclu un PACS.

Donc, aujourd’hui, il ne s’agit plus d’être pour ou contre mais de rester sur le principe de réalité. Il existe, point final. Il existe dans maintenant vingt-cinq pays, probablement d’ici un à deux ans, dans une trentaine de pays, et si l’Europe et les États-Unis ont ainsi "modernisé" leur mariage, cela n’empêche pas qu’en Asie et aussi en Afrique (à l’exception de l’Afrique du Sud qui l’autorise depuis onze ans), l’homosexualité est parfois même interdite et condamnée pénalement. Il paraît logique d’ailleurs qu’il y ait une harmonisation internationale sur le sujet, dès lors qu’on peut voyager, même si ce concept peut être foireux et pourrait aboutir à toutes les généralisations (par exemple, celle de la GPA qui ne me paraît pas pertinente).

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En fait, pour être bien clair, les opposants au mariage pour tous en 2013 étaient assez peu capables de donner des arguments vraiment recevables contre le projet sans s’en prendre à la liberté, à l’égalité voire à la fraternité (la haine des homosexuels rentrant dans un cadre antirépublicain). Le prétexte de l’opposition à l’adoption des enfants me paraissait peu convaincant pour la raison expliquée plus haut.

D’ailleurs, l’évolution des sondages en France est intéressante à observer. La société semblait coupée en deux entre partisans et opposants au début des années 2000, avec une lente progression des partisans. Au moment de l’adoption en avril 2013, le rapport des forces était en faveur du mariage pour tous, de l’ordre de 60%-40% et il a progressé en 2015 à environ 70%-30%. Aujourd’hui, à part quelques irréductibles, il ne fait plus réellement débat, il est admis et est entré dans les mœurs.

On a cependant parlé d’une augmentation d’actes d’homophobie en 2012 et 2013 à l’occasion du débat public et j’étais donc inquiet que l’adoption du mariage pour tous eût un effet contreproductif sur la tolérance de l’homosexualité dans la société. Le mot "tolérance" ne me paraît d’ailleurs pas le bon terme qui semble écrit "du bout des lèvres" avec une pointe d’arrogance ou de pitié. Je préférerais le mot de "normalisation" qui a cependant quelques connotations politiques qui pollueraient son sens ici.

L’association SOS Homophobie (créée le 11 avril 1994) a recueilli 3 517 témoignages d’actes homophobes en 2013, ce qui correspondait à 75% de hausse par rapport à l’année 2012 et plus du double qu’en 2011. La situation s’est améliorée par la suite mais reste encore à un niveau élevé (1 650 témoignages d’actes homophobes en 2017 correspondant à 1 505 situations uniques, dont 139 cas d’agression physique, soit +15% par rapport à 2016). Ces actes sont commis par des personnes qu’on pourrait appeler les "chauffards" de la tolérance.

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En revanche, la "normalisation" semblerait progresser dans les mentalités du plus grand nombre, au point qu’on peut maintenant voir souvent (peut-être même "trop souvent" par rapport à leur représentativité ?) des couples homosexuels dans des émissions de télévision (par exemple, la recherche ou la vente d’appartements).

À mon sens, au-delà de cette reconnaissance des couples homosexuels par le mariage pour tous, il y aurait beaucoup d’intérêt à ce que la loi évolue pour prendre en compte de nouveaux enjeux sociaux au sein des familles. Ainsi, je verrais deux types de nouveauté.

La première aurait pu être choisie à la place du PACS qui repose sur la constitution d’un couple basé sur la vie commune et la sexualité. On aurait pu proposer une sorte de contrat de cohabitation, qui ne serait plus basé sur un partenariat sexuel mais sur une simple vie commune. Cela aurait le mérite de protéger des colocataires ou des foyers pas forcément issus d’une cellule familiale traditionnelle. Par exemple, lorsqu’il y a des parents mais aussi des amis, des personnes sans lien de parenté, à charge, par exemple dépendantes. Ou encore une fratrie qui vit ensemble, etc.

La seconde me paraît aujourd’hui nécessaire avec la complexité accrue des familles recomposées. Il faudrait proposer un véritable statut de beau-parent, non dans le sens parent du conjoint mais dans le sens conjoint du parent. On pourrait ainsi envisager un troisième type d’adoption qui donnerait quelques droits au conjoint d’un parent sur l’enfant qu’il aura éduqué sans être son vrai parent et sans exclure aucun droit aux véritables parents. Ne serait-ce que pour avoir le droit de venir chercher l’enfant à l’école, ou encore, en cas de décès ou séparation du parent reconnu (pas forcément biologique), qu’il puisse y avoir, au moins par un droit de visite, le maintien d’une relation avec l’enfant ou les enfants avec qui il aura vécu et qu’il aura contribué à éduquer (voire en avoir la responsabilité éducative selon les situations).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).
Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-mariage-pour-tous-3.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/23/36410527.html


 

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18 mai 2018 5 18 /05 /mai /2018 01:34

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Deuxième partie.



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Le mariage pour tous, c’est-à-dire aussi pour les couples homosexuels, est possible depuis maintenant cinq ans, par la loi n°2013-404 du 17 mai 2013. Après avoir présenté les principaux arguments pour et contre, et avant des commentaires personnels, je présente quelques éléments factuels.


Historique

En France, aucun texte ne spécifiait précisément que le mariage concernait l’union de deux personnes de sexe différent, si bien que rien, à part la tradition juridique, n’empêchait l’union d’un couple homosexuel par le mariage. Pour pousser à bout ce vide juridique, certains maires ont tenté de faire des mariages de couples homosexuels, comme le 5 juin 2004 où Noël Mamère, à l’époque député-maire de Bègles, a uni deux hommes.

Le tribunal de grande instance de Bordeaux a alors annulé ce mariage le 27 juillet 2004, considérant que les textes évoquent un "mari" et une "femme" et que ce n’était pas possible de les identifier avec deux hommes. La cour d’appel de Bordeaux a confirmé cette annulation le 19 avril 2005 et la Cour de cassation l’a également confirmée le 13 mars 2007, juste avant l’élection présidentielle de 2007 : « Selon la loi française, le mariage est l’union d’un homme et d’une femme. » (arrêt du 13 mars 2007 de la Cour de cassation).

Saisi le 16 novembre 2010 par la Cour de cassation pour une question prioritaire de constitutionnalité (QPC), le Conseil Constitutionnel a clairement affirmé le 28 janvier 2011 qu’il était nécessaire que le législateur adoptât un texte spécifique pour permettre le mariage de deux personnes de même sexe : « Aux termes de l’article 34 de la Constitution, la loi fixe les règles concernant "l’état et la capacité des personnes, les régimes matrimoniaux, les successions et libéralités" (…). Il est à tout moment loisible au législateur, statuant dans le domaine de sa compétence, d’adopter des dispositions nouvelles dont il lui appartient d’apprécier l’opportunité et de modifier des textes antérieurs ou d’abroger ceux-ci en leur substituant, le cas échéant, d’autres dispositions, dès lors que, dans l’exercice de ce pouvoir, il ne prive pas de garanties légales des exigences de caractère constitutionnel. » (décision n°2010-92 QPC du 28 janvier 2011).

En d’autres termes, le mariage sans précision est un mariage de deux personnes de sexe différent, mais il n’est anticonstitutionnel de modifier cette définition juridique si le législateur le décide. Ce qu’il a fait deux ans plus tard.

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Auparavant, il y a eu l’adoption du PACS (pacte civil de solidarité) par la loi n°99-944 du 15 novembre 1999 qui permet à un couple, hétérosexuel ou homosexuel, de s’unir civilement, cependant, pas devant le maire mais au greffe du tribunal d’instance. Le premier PACS a été enregistré le 18 novembre 1999 à Lille. Dans une succession, le PACS ne reconnaît pas le conjoint survivant comme héritier, ce qui pouvait, évidemment, créer des situations très difficiles et conflictuelles entre le survivant et les ayants droit.

Le Président Nicolas Sarkozy était partisan d’une union civile qui aurait donné les mêmes droits que le mariage aux couples homosexuels, mais a finalement renoncé à le présenter au cours de son quinquennat pour deux raisons : d’une part, une partie de son électorat refusait un tel projet, et d’autre part, il voulait réserver cette union civile aux seuls couples homosexuels, ce qui aurait été probablement déclaré anticonstitutionnel et aurait été invalidé par le Conseil Constitution selon le principe d’égalité des citoyens devant la loi.


Adoption de la loi sur le mariage pour tous

Le Président François Hollande a bénéficié d’une fenêtre législative exceptionnelle pendant les deux premières années de son mandat : en effet, il avait une majorité de gauche dans les deux assemblées, Assemblée Nationale, mais aussi Sénat. Il en a profité seulement pour le mariage pour tous et il a perdu la majorité sénatoriale dès septembre 2014.

Le projet de loi a été présenté par la Ministre de la Justice Christiane Taubira au conseil des ministres du 7 novembre 2012. Comme pour la loi sur l’IVG avec Simone Veil, et même pour l’abolition de la peine de mort avec Robert Badinter, il n’était pas explicitement clair que cette ministre fût la défenseure de ce projet. Valéry Giscard d’Estaing n’en avait pas parlé à Simone Veil lors de sa nomination à la Santé (cela aurait dû être le Ministre de la Justice Jean Lecanuet qui aurait dû le présenter, mais pour des raisons religieuses, il avait préféré ne pas le faire). Quant à l’abolition de la peine de mort, François Mitterrand avait prévu son ami radical Maurice Faure, nommé Ministre de la Justice du 22 mai 1981 au 22 juin 1981, mais, dilettante, ce dernier a préféré se retirer dans son département du Lot à rester dans le flot parisien.

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Fortement contesté par une partie de l’opposition, le projet de loi a été l’occasion de longues discussions au Palais-Bourbon. Le débat à l’Assemblée Nationale a commencé le 29 janvier 2013 et a duré 110 heures en séances publiques. Le texte a été adopté à l’Assemblée Nationale en première lecture le 12 février 2013 par 329 voix pour, 229 contre et 10  abstentions. Très majoritairement, les députés de gauche ont voté pour (sauf notamment Jérôme Lambert et Alfred Marie-Jeanne qui ont voté contre). À l’UMP, le vote contre fut très majoritaire (sauf notamment Bruno Le Maire, Nathalie Kosciusko-Morizet, Pierre Lellouche, Nicole Ameline et Édouard Philippe qui se sont abstenus et Benoist Apparu et Franck Riester qui ont voté pour). À l’UDI, le groupe a voté majoritairement contre (sauf notamment Yves Jégo et Jean-Christophe Lagarde, qui ont voté pour, et Jean-Louis Borloo aussi aurait voulu voter pour mais par erreur, son vote fut comptabilisé parmi les contre).

Le débat commencé le 4 avril 2013, le Sénat a adopté en première lecture le projet de loi le 12 avril 2013 par un vote à main levée, avec 170 pour, 165 contre et 10 abstentions. Dans l’opposition, majoritairement défavorable au projet, Chantal Jouanno et Fabienne Keller ont notamment voté pour et Vincent Capo-Canellas, Roger Karoutchi, Alain Fouché et Alain Milon notamment se sont abstenus.

Le texte ayant été modifié par les sénateurs, les députés ont recommencé à débattre du texte du 17 au 19 avril 2013 et l’ont adopté définitivement, dans les mêmes termes que le Sénat, le 23 avril 2013 en seconde lecture, par 331 voix pour, 225 contre et 10 abstentions, avec les mêmes singularités entre groupes. L’adoption définitive a été planifiée très rapidement par le gouvernement, car la seconde lecture n’aurait dû se dérouler qu’en mai 2013 dans le calendrier parlementaire. Le gouvernement a trouvé un moyen juridique pour accélérer l’adoption alors que les "manifs pour tous" se faisaient de plus en plus importantes au fil des semaines.

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François Hollande a promulgué la loi le 17 mai 2013, la journée mondiale de lutte contre l’homophobie, quelques heures après la publication de l’avis conforme à la Constitution émis par le Conseil Constitutionnel. Ce sera probablement, dans les livres d’histoire des prochaines décennies, la seule réalisation qui restera du quinquennat de François Hollande. Ou plutôt, l’une des deux seules réalisations, la seconde étant la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016 sur la fin de vie.

Dans les prises de position, pendant les débats publics, hors parlementaires qui ont eu à se prononcer officiellement sur le sujet, on peut citer, parmi l’opposition, Dominique de Villepin, Monique Pelletier, Rama Yade, Roselyne Bachelot, Franck Louvrier et même Valéry Giscard d’Estaing qui étaient favorables au mariage pour tous. Dans la majorité, certaines personnalités ont au contraire exprimé réserves, doutes et réticences, ce fut le cas de Gérard Collomb et Lionel Jospin.


Situation internationale

Au 13 mai 2018, vingt-cinq pays représentant 1,1 milliard d’habitants (14,5% de la population mondiale) ont adopté une législation autorisant le mariage de couples homosexuels.

La France (17 mai 2013) est le treizième pays à avoir autorisé le mariage de couples homosexuels, après les Pays-Bas (3 avril 2001), la Belgique (1er juin 2003), l’Espagne (3 juillet 2005), le Canada (20 juillet 2005), l’Afrique du Sud (30 novembre 2006), la Norvège (1er janvier 2009), la Suède (1er mai 2009), le Portugal (5 juin 2010), l’Islande (27 juin 2010), l’Argentine (22 juillet 2010), le Danemark (15 juin 2012) et le Brésil (14 mai 2013).

Après la France, onze autres pays ont autorisé le mariage de couples homosexuels : l’Uruguay (5 août 2013), la Nouvelle-Zélande (19 août 2013), le Royaume-Uni (28 mars 2014), le Luxembourg (1er janvier 2015), les États-Unis (la Cour suprême a considéré le 26 juin 2015 qu’interdire le mariage des couples homosexuels était anticonstitutionnel), l’Irlande (16 novembre 2015), la Colombie (28 avril 2016), la Finlande (1er mars 2017), Malte (1er septembre 2017), l’Allemagne (1er octobre 2017) et l’Australie (9 décembre 2017).

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Le mariage pour les couples homosexuels est prévu aussi en Autriche (au plus tard le 1er janvier 2019) et à Taiwan (au plus tard le 24 mai 2019), et il est en projet au Mexique (la plupart de ses États ont déjà cette législation, dont Mexico dès le 22 décembre 2009), en Albanie, au Chili, au Pérou, en Suisse, à Panama, au Costa Rica (la loi du 4 juillet 2013 est déjà proche de l’autorisation) et au Venezuela.

Neuf pays européens reconnaissent une union civile entre personnes de même sexe avec quasiment les mêmes droits que le mariage : la Croatie (2003), la Slovénie (2005), la République tchèque (2006), la Suisse (2007), la Hongrie (2007), l’Autriche (2010), le Liechtenstein (2011), l’Estonie (2014), Chypre (2015), la Grèce (2015) et l’Italie (2016). Quatre pays européens interdisent explicitement les couples homosexuels : la Pologne, la Bulgarie, la Lettonie et la Lituanie.


Quelques statistiques en France

Le premier mariage entre deux hommes a été célébré le 29 mai 2013 à Montpellier et les deux premiers mariages entre deux femmes ont eu lieu le 1er juin 2013 à Montpellier et à Saint-Jean-de-la-Ruelle (la circulaire détaillant la loi a été rédigée le 29 mai 2013 et publiée seulement le 31 mai 2013 dans le Bulletin officiel du Ministère de la Justice).

Il n’est pas possible de connaître à ce jour exactement le bilan statistique de l’année 2017, mais il est possible déjà de voir les grandes lignes. À partir de la troisième année de mariage pour tous, c’est-à-dire 2015, le nombre de mariage de couples homosexuels représente environ 3% du nombre total de mariages célébrés dans l’année. Au début, il y a eu ce que j’appellerais improprement un "effet d’aubaine", car beaucoup de couples homosexuels attendaient depuis longtemps cette mesure, si bien qu’ils n’ont pas attendu dès lors que la loi était promulguée. D’autres se sont également dépêchés de se marier par crainte qu’un changement de majorité revînt sur cette loi en l’abrogeant.

2013 (seulement les 7 derniers mois) : 7 367 mariages de couples du même sexe sur 245 930 mariages au total (3,1%, mais le taux ne correspond pas à la réalité sur les 7 derniers mois).
2014 : 10 522 sur 238 592 (4,4%).
2015 : 7 751 sur 236 316 (3,3%).
2016 : 7 000 sur 235 000 (3,0%).
2017 : 7 000 sur 228 000 (3,1%).

"L’Express" du 23 avril 2018 a repris des statistiques des couples issues de l’INSEE, en ajoutant mariages et PACS pour l’année 2017. Il y a eu environ 424 000 mariages et PACS, dont 53% de mariages de couples hétérosexuels, 2% de mariages de couples homosexuels, 43% de PACS de couples hétérosexuels et 2% de PACS de couples homosexuels.

En 2013, il y avait, parmi les mariages de couples homosexuels, une majorité d’hommes (58%) et en 2017, c’st devenu équilibré, autant de couples d’hommes que de couples de femmes. L’évolution du mariage de couples homosexuels vers les mêmes considérations que pour les couples hétérosexuels se trouve aussi pour l’âge du mariage. En 2013, dans les couples homosexuels, l’âge moyen des mariés hommes était de presque 50 ans et des femmes, 43 ans, et en 2017, 44 ans pour les hommes et 31 ans pour les femmes. À comparer avec l’âge des mariés dans un couple hétérosexuel en 2017 : 38 ans pour les hommes et 35 ans et demi pour les femmes (en hausse progressive depuis plusieurs décennies).

Il n’y a pas de statistiques sur les divorces de couples homosexuels, dans la mesure où la sexualité n’est pas renseignée dans les dossiers (« Le sexe des demandeurs est très mal enregistré. »). En 2016, il y a eu 128 000 divorces prononcés, soit 4 400 de plus qu’en 2015. Selon "L’Express", un divorce de couple homosexuel avait été rapporté cinq mois après la promulgation de la loi. Dans les statistiques générales, près de 9 000 mariages sur 100 000 finissent par un divorce dans les cinq premières années et 40 avant la fin de la première année.

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D’après certaines associations, il n’y a eu que quelques adoptions d’enfant pour des couples homosexuels (hors l’adoption de l’enfant du conjoint). Selon l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens, il y avait en 2005 plus de 30 000 enfants qui vivaient au sein d’un foyer homoparental en France.

Ce faible nombre d’adoptions n’est pas étonnant. C’était d’ailleurs ce qu’évoquait l’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013, que la loi n’empêchait pas que les décisions soient prises pour les adoptions toujours dans l’intérêt de l’enfant, et la plupart des décisions considèrent aujourd’hui qu’un couple stable composé d’une maman et d’un papa était préférable à un couple homosexuel, sans pour autant qu’il y ait discrimination par rapport à l’orientation sexuelle des demandeurs (car dans ce cas, on pourrait aussi parler de discrimination par rapport à l’âge, par rapport au compte en banque, etc.).


Une adaptation, pas une révolution

Si le nombre de mariages de personnes de même sexe correspond à quelques milliers de cas par an pour une population de 67 millions d’habitants, et que le nombre d’adoptions d’à peine quelques dizaines pour une période de cinq ans, on peut considérer que la loi sur le mariage pour tous est une loi "marginale", probablement nécessaire pour accompagner l’évolution de la société, mais qui ne méritait pas tant d’énergie ni tant de passion, dans un camp ou dans un autre, pour des conséquences finalement infinitésimales.

Cette loi n’a pas révolutionné la société, elle a juste adapté le droit français pour se conformer à la protection des conjoints des couples homosexuels qui n’était pas assurée jusqu’en 2013. Le mariage, rappelons-le, a un double objectif, au-delà de la proclamation publique d’un couple (qui peut se faire dans d’autres cadres aujourd’hui, ne serait-ce que sur les réseaux sociaux) : il structure la cellule familiale pour l’accueil d’enfants et leur éducation et il protège juridiquement le conjoint le plus faible par rapport au plus fort (principalement, lorsqu’il y a une séparation et donc, conflit plus ou moins assumé).

Dans la troisième et dernière partie, j’évoquerai quelques réflexions personnelles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).
Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-mariage-pour-tous-2.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/09/11/37629463.html

 

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17 mai 2018 4 17 /05 /mai /2018 02:28

« La nouveauté, selon le mot de Stravinski, ne saurait être que la recherche d’une place fraîche sur l’oreiller. La place fraîche se réchauffe vite et la place chaude retrouve sa fraîcheur. » (Jean Cocteau, 1941). Première partie.


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Ce jeudi 17 mai 2018, cela fait maintenant cinq ans que les couples français ont la possibilité juridique de se marier même s’ils sont homosexuels. Le "mariage pour tous", manière par euphémisme de désigner le mariage pour les couples homosexuels, est sorti de la cuisse de …François Hollande.

La promulgation de la loi n°2013-404 du 17 mai 2013 par François Hollande a ouvert une nouvelle "possibilité" pour la société française. Cette promulgation a été faite quelques heures après la publication de l’avis conforme du Conseil Constitutionnel présidé par Jean-Louis Debré (décision du Conseil constitutionnel n°2013-669DC en date du 17 mai 2013 qu'on peut lire ici dans son intégralité), le jour même de la "journée mondiale de lutte contre l’homophobie" le 17 mai (un petit clin d’œil des membres du Conseil Constitutionnel ?).

Cette loi a connu beaucoup de résistance auprès d’une partie non négligeable de la population, certes, minoritaire, donnant l’occasion de discussions parlementaires houleuses (4 999 amendements ont été défendus en séance plénière à l’Assemblée Nationale, ce fut l’une des sept lois les plus discutées de l’histoire de la Ve République), de débats publics pas moins houleux dans les médias ou même dans la rue avec de nombreuses manifestations, souvent avec des slogans créatifs (pour ou contre) et des fortes mobilisations (notamment pour la "manif pour tous").

Cette loi est devenue irréversible, bien que simple loi (donc, susceptible d’être modifiée ou abrogée par une autre simple loi). Cette irréversibilité a été comprise même par les responsables politiques les plus opposés à cette loi, et c’est normal car la France est un État de droit. Or, il y a plusieurs choses qu’un État de droit ne peut pas faire. Il ne peut pas faire des lois rétroactives. Donc, tous les couples homosexuels qui ont été mariés depuis 2013 ne peuvent pas être "démariés", ou du moins, sans leur consentement, car certains couples, comme pour les couples hétérosexuels d’ailleurs, ont déjà été défaits, par la possibilité du divorce (par chance, le législateur a prévu aussi le "divorce pour tous" !). Par ailleurs, un État de droit permet l’égalité en droits de tous les citoyens. Or, interdire de nouveau le mariage des couples homosexuels à partir de la promulgation d’une nouvelle loi, cela signifierait qu’il y aurait des couples homosexuels qui ont pu se marier et d’autres qui ne pourraient plus se marier. Cette inégalité est anticonstitutionnelle.

Donc, de fait, la loi sur le mariage pour tous est une loi irréversible. Comme elle n’allait pas de soi pour de nombreuses personnes, il aurait donc été intéressant d’en faire un sujet de référendum (dans les sondages, environ deux tiers des sondés étaient partisans d’un référendum sur le sujet). Probablement qu’un tel référendum aurait approuvé le mariage pour tous, car les sondages ont régulièrement montré que les gens y étaient plutôt favorables même si un clivage assez fort était marqué (les sondages ne sont toutefois que des sondages). Ce référendum aurait apaisé car il aurait donné le dernier mot au peuple et pas à une majorité socialiste déjà politiquement discréditée (bien que légitime) depuis longtemps (malgré sa fraîcheur électorale).

Dans la première partie de cet article, j’évoquerai les arguments émis par les uns et les autres, en tentant d’être le plus objectif possible, ensuite, dans la deuxième partie, je présenterai quelques considérations historiques et statistiques, et dans la troisième partie, je ferai part de mes commentaires personnels, réflexions, réticences et propositions.


Les arguments pour

Le mariage pour tous a été présenté par le gouvernement de Jean-Marc Ayrault avec trois arguments martelés.

Un argument historique : l’adoption du mariage pour tous serait une avancée sociétale dans le sens de l’histoire, un progrès social et sociétal dans les traces de la légalisation des contraceptifs (1967), puis de l’avortement (1975), puis l’abolition de la peine de mort (1981), également de l’abaissement de l’âge de la majorité à 18 ans (1974), de la création du PACS (1999), etc. Cet argument ne tient pas beaucoup intellectuellement et politiquement : avec ce genre d’argument, on peut faire adopter tout et n’importe quoi. En mélangeant tout, non seulement on voulait politiser le débat (c’était voulu : le clivage entre les forces progressistes et les forces conservatrices), ce qui gauchisait un gouvernement trop soupçonné (à tort !) de faire la part trop belle aux entreprises, mais on en faisait aussi un sujet à enjeu national qui n’avait pas de raison d’être. Il n’y avait pas à mobiliser autant d’énergie, à déchaîner autant de passion pour une disposition relativement mineure dans la vie sociale (cela concerne quelques milliers de couples par an pour une population de 67 millions d’habitants, soit environ 0,01% de la population !). Ce si grand investissement médiatique et politique était d’autant moins pertinent que le pays restait plongé dans un chômage de masse et dans une crise d’identité que le débat sur le mariage pour tous a même renforcée (en amplifiant par exemple les agressions exprimant une certaine homophobie).

Un argument juridique : l’adoption du mariage pour tous serait la traduction d’une égalité des droits, tous les citoyens égaux devant le mariage, y compris les homosexuels. Cet argument, plutôt sympathique et recevable, a provoqué des débordements parmi certains opposants forcenés au mariage pour tous en imaginant l’évolution après cette loi (reprenant le premier argument) et en extrapolant pour dire n’importe quoi, craignant ensuite l’adoption du mariage zoophile (entre humains et animaux), du mariage pédophile (entre adultes et enfants), voire du mariage polygame (à plus de deux), ce dernier reprenant d’ailleurs ce que certains pourraient appeler l’islamophobie récurrente d’une certaine franche de la population. Tout cela "au nom de la liberté de tous". Cet argument a donc été, à mon sens, plutôt contre-productif.

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Enfin, un argument idéologique sinon philosophique : celui qui s’oppose au mariage pour tous serait un homophobe. Ce qui est, là aussi, un argument assez faible intellectuellement. Car cela signifierait qu’avant les années 2010, la quasi-unanimité de la population était homophobe puisque ce mariage pour tous était défendu seulement par une partie très infime de la population.

Dans l’argument juridique de l’égalité des droits, il a été également dit que cela donnait des droits à certaines personnes (les couples homosexuels qui veulent se marier), mais cela n’en retirait à personne. Ce qui est presque vrai, mais un peu faux quand même, car d’un point de vue juridique, le mariage ne concerne pas seulement l’union entre deux personnes libres et consentantes, il concerne aussi les enfants appelés à être élevés par ce couple, enfants biologiques ou adoptés.


Les arguments contre

Pour les opposants au mariage pour tour, c’est justement le principal argument pour dénoncer le projet, celui de l’adoption d’enfants par les couples homosexuels. Avec l’argument, qui ne tient d’aucune étude scientifique, selon lequel la vie d’un enfant dans un foyer homoparental serait perturbant pour son développement personnel.

Cet argument est facilement battu en brèche par la réalité de l’adoption possible déjà par les personnes seules, et donc, par des personnes capables d’être, également, homosexuelles. De plus, le développement harmonieux d’un enfant dépend essentiellement de l’amour que lui donne son entourage, et donc, ses parents avant tout, et cet amour n’est pas l’exclusivité des couples hétérosexuels. Et l’on peut toujours imaginer qu’il vaut mieux qu’un enfant vive avec deux parents de même sexe qu’avec un seul parent, alors que les foyers monoparentaux sont de plus en plus nombreux aujourd’hui.

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Peu d’opposants au mariage pour tous ont émis une opposition de principe sur l’union elle-même de personnes de même sexe, considérant qu’il serait plus difficile d’expliquer le pourquoi de cette opposition. Ce qui démontre une véritable évolution des consciences si l’on se remémore les débats publics concernant le PACS. C’est pourquoi toute l’argumentation est mise sur le fait que si un nouveau droit est créé pour les couples homosexuels, c’est au détriment des droits de l’enfant qui, lui, a le droit d’avoir de "vrais" parents, à savoir une mère et un père.

Dans le même ordre d’idée, les opposants prennent l’argument du progrès sociétal comme un argument qui conforte leurs craintes sur les enfants. En effet, s’il est adopté dans le cadre d’une avancée sociétale, le mariage pour tous ne pourrait n’être qu’une étape pour aller encore plus loin : la PMA autorisée pour les couples homosexuels femmes, même si elles n’ont pas de problème de stérilité. Ce qui signifierait que ce serait aussi le cas pour les couples hétérosexuels, ce qui risquerait rapidement d’aboutir à une société eugénique dans le sens où la PMA s’accompagne souvent de la préparation de plusieurs embryons et du choix de ceux-ci pour faire les tentatives. C’est cette sélection qui pourrait encourager les dérives eugéniques. D’ailleurs, la réflexion du Premier Ministre Édouard Philippe exposée dans "L’émission politique" le 28 septembre 2017 sur France 2 montre à l’évidence des évolutions dans les positions des uns et des autres. Autrefois fermement hostile, Édouard Philippe a dit clairement "faut voir" pour ne pas dire "pourquoi pas ?". Résultat dans quelques mois.

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Et comme on peut aller toujours plus loin dans les avancées sociétales, avec l’argument massue de l’égalité des droits, si les couples homosexuels femmes ont la possibilité de faire des enfants, pourquoi pas les couples homosexuels hommes ? Et ainsi, l’autorisation de la GPA sera l’étape suivant (probablement pas ultime), rompant ainsi un nouveau tabou, celui de monnayer la conception d’un enfant.

Sur les risques de poursuite de l’évolution sociétale, il y a quelques raisons d’être lucides : lors de l’adoption de PACS en 1999, ses promoteurs ont assuré la main sur le cœur qu’il n’était pas question d’ouvrir le mariage aux couples homosexuels (Élisabeth Guigou, porteuse du PACS en tant que Ministre de la Justice, déclara ainsi : « Il n’est pas question (…) que deux personnes physiques de même sexe (…) puissent se marier. ». Il a fallu moins de quinze ans pour que cette ouverture soit devenue une réalité juridique sinon une évidence sociale.

En extrapolant ainsi les risques d’avancées sociétales, les opposants au mariage pour tous, préjugeant du futur (avec sans doute pertinence), préfèrent stopper le plus tôt possible cette évolution, au risque de se retrouver "vieux jeu" en défendant la structure de la famille traditionnelle : un papa, une maman, des enfants.

Il y a eu également une série d’arguments anti-mariage pour tous qui se voulaient défenseurs des personnes homosexuelles elles-mêmes. J’en citerai deux.

Le premier est tout à fait recevable. En permettant aux couples homosexuels de se marier, on dresse à l’état-civil, de fait, un fichier des personnes homosexuelles. Or, si jamais un dictateur venait à prendre le pouvoir (tout est toujours possible) et s’il était ouvertement homophobe, alors la répression contre les personnes homosexuelles déjà fichées serait rapide.

Deux voire trois réponses à cet argument. D’une part, avec les réseaux sociaux sur Internet, il est certainement assez facile, aujourd’hui, de "ficher" les personnes qui revendiquent leur homosexualité (pas qui "avouent", car il n’y a d’aveu que lorsqu’il y a faute, or l’homosexualité, jusqu’à preuve du contraire, n’est pas une faute). Donc, pas besoin de l’état-civil pour en faire la "liste" la plus exhaustive. D’autre part, il est maintenant acquis que la nature de la sexualité n’est pas intégrée dans les fichiers d’état-civil (les prénoms peuvent porter à confusion, comme Claude, Camille, Alix, Yann, Dominique, etc., et ne suffisent pas à déterminer l’orientation sexuelle d’un couple). Ainsi, les statistiques des divorces ne permettent pas (à ce jour) de déterminer le nombre des couples homosexuels qui divorcent par rapport au nombre des couples hétérosexuels qui divorcent au cours de la même période. Aucune indication n’est fournie à ce sujet. Enfin, dernière réponse plus sociale et éducative : c’est justement en "dédramatisant" l’homosexualité, en la normalisant par le mariage pour tous que l’homosexualité sera acceptée par toute la société et qu’un apprenti dictateur, même homophobe, n’aura plus les bases pour réprimer l’homosexualité sans mettre une grande partie de la population contre lui, au risque de menacer son propre pouvoir politique.

Le second argument de ce type, c’est de dire que les couples homosexuels sont vraiment "vieux jeu". Maintenant, quand on vit en couple, on ne se marie plus, c’est le cas des hétérosexuels et voici que les homosexuels veulent faire comme les hétérosexuels il y a trente ou cinquante ans alors qu’ils sont généralement des modernes porteurs des modes du futur. La ringardise ne leur sied pas ! Ou encore, en considérant que le mariage pour tous est du "conformisme bourgeois", comme l’a soutenu Benoît Duteurtre qui a écrit deux tribunes, une titrée "Noce gay pour petits-bourgeois" (dans "Libération" le 2 juin 2004), et une autre titrée "Pourquoi les hétéros veulent-ils marier les homos ?" (dans "Libération" le 10 octobre 2012). Argument qui s’auto-oppose par un simple : "et alors ?".


Grande effervescence

Comme je l’ai indiqué en introduction, les arguments avancés par les uns et les autres n’ont pas beaucoup de valeur universelle. Ils sont plus basés sur des éléments circonstanciels.

La loi sur le mariage pour tous propose de donner un droit supplémentaire aux personnes dont l’orientation sexuelle peut être différente. Mais elle n’ôte pas forcément un droit aux enfants. Les décisions concernant les enfants restent tributaires d’un juge ou d’une autorité publique, seule capable d’apprécier une situation concrète, particulière.

Le 17 mai 2013, le Conseil Constitutionnel a indiqué précisément : « Le Conseil a vérifié le respect de cette exigence [l’exigence de conformité de l’adoption à l’intérêt de l’enfant prévue par le dixième aliéna du Préambule de la Constitution de 1946 qui a toujours valeur constitutionnelle] par les dispositions applicables tant aux couples de personnes de même sexe qu’à ceux formés d’un homme et d’une femme. Ces couples sont soumis, en vue de l’adoption, à une procédure d’agrément. Le Conseil Constitutionnel a jugé que, pour tous les couples, les dispositions relatives à cet agrément ne sauraient conduire à ce que celui-ci soit délivré sans que l’autorité administrative ait vérifié, dans chaque cas, le respect de l’exigence de conformité de l’adoption à l’intérêt de l’enfant. Par ailleurs, la loi déférée ne déroge pas à l’article 353 du code civil qui impose au tribunal de grande instance de ne prononcer l’adoption que si elle est conforme à l’intérêt de l’enfant. ». Cela exprimé après avoir constaté que « la loi contestée n’a ni pour objet, ni pour effet, de reconnaître aux couples de personnes de même sexe un "droit à l’enfant" ».

Ainsi, on préférera toujours confier un enfant à un couple homosexuel plein d’amour, équilibré psychologiquement et capable de subvenir matériellement aux besoins de l’enfant pendant une vingtaine d’années, plutôt qu’à un couple hétérosexuel un peu dérangé psychologiquement, un peu porté sur l’alcool et sans emploi…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport 2018 de SOS Homophobie (à télécharger).

Les 5 ans du mariage pour tous.
Bientôt la PMA ?
Christiane Taubira.
Pierre Bergé.
L’avis du Conseil Constitutionnel du 17 mai 2013 (texte intégral).
La manif pour tous.
À quand l’apaisement ?
Et si l’on pensait plutôt aux familles recomposées ?
Deux papas ?
Le premier mariage lesbien.
L’homosexualité malmenée en Afrique.
Mariage gris.
Mariage nécrophile.
Mariage annulé pour musulman.
Le coming out d’une star de la culture.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180517-mariage-pour-tous.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-5-ans-du-mariage-pour-tous-1-204105

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/05/17/36383176.html


 

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