Overblog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
6 décembre 2025 6 06 /12 /décembre /2025 03:07

« La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l'intérêt de l'ordre public. » (Article premier de la loi du 9 décembre 1905 relative à la séparation des Églises et de l'État).




 


Après un débat parlementaire très "vigoureux", la loi de séparation des Églises et de l'État a été promulguée il y a 120 ans, le 9 décembre 1905. Elle introduit cette notion très novatrice de laïcité républicaine dans un pays très chrétien mais aussi, en même temps, très anticlérical. C'est un élément fondateur de notre République, qui complète sa devise Liberté, Égalité, Fraternité, et qui a acquis une valeur constitutionnelle sous la Cinquième République malgré le fait que cette loi ne soit qu'une loi simple, en raison de l'article premier du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 (« Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d'asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. ») et de l'article premier de la Constitution du 4 octobre 1958 (« La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l'égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d'origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. »).

En cent vingt ans, cette loi a été diversement appréciée par les forces politiques. C'est Georges Clemenceau, pourtant anticlérical notoire, mais soucieux de l'intérêt général, qui a véritablement éteint la "guerre de religion" à la fin des années 1900 en évitant l'affrontement entre les congrégations religieuses et les forces de l'ordre. Elle est réapparue sporadiquement au fil de notre histoire politique, en particulier au printemps 1984 lorsque François Mitterrand voulait éliminer l'enseignement catholique.

Aujourd'hui, cette laïcité est partagée par un grand nombre de Français. Il y a une cinquantaine d'années, le sujet était moins sensible en raison de la déchristianisation effective de la société française (et européenne), mais depuis quelques décennies, la question se repose sous un angle différent, pas celui de l'Église catholique, mais celui de l'islam. Les héritiers des anti-loi de 1905 se sont retrouvés les premiers défenseurs de cette loi pour s'opposer à la conquête idéologique de la société par l'islam, car il y a bien une volonté, pas seulement ressentie, de volonté de conquête chez certains promoteurs (étrangers) de l'islam. Ce qui pourrait affecter notre mode de vie, en particulier dans la vision qu'on a des hommes et des femmes.


Plus généralement, la laïcité a complété l'inspiration philosophique de la République, celle des Lumières. Car c'est bien cela qui est en cause. La République reconnaît l'égalité totale de tous les citoyens français. Elle considère que le citoyen ne doit pas être distingué autrement que par son mérite personnel et individuel (c'est là qu'entre en ligne de compte la liberté), et il doit n'être considéré qu'en tant que personne individuelle et pas en tant que membre d'une communauté, qu'elle soit religieuse (d'où la laïcité, la République est neutre), ethnique, sexuelle (ce combat de la parité est arrivé après le combat de la laïcité), sociale (riche, pauvre, etc.), etc.

Il n'existe qu'une seule communauté, c'est la communauté nationale, les Français. En ce sens, les débats en France sur le multiculturalisme n'ont pas lieu d'être (au contraire de l'Allemagne ou de la Grande-Bretagne), car la France n'a jamais été et n'a jamais voulu être multiculturelle. Elle est républicaine, et chacun s'insère, s'assimile, s'intègre (on choisira le verbe qu'on préférera) dans le creuset républicain avec ses talents (et aussi ses tares).

Or, de nos jours, on comprend bien que ces valeurs ne semblent plus partagées par l'ensemble des Français. Des forces de haine, de tout côté, très représentées politiquement, ont envahi l'espace public, s'auto-générant encore mieux avec les réseaux asociaux qui tournent en rond sur Internet. Certes, l'unité nationale autour des valeurs ne se manifestent pas forcément tous les jours. Il faut des événements marquants, comme des victoires sportives (aux Jeux olympiques, par exemple) ou, hélas, des drames nationaux, comme les attentats de "Charlie Hebdo" qui ont suscité des réactions fortes le 11 janvier 2015 de la part du peuple français, une communion républicaine.

Toutefois, en période ordinaire, les paroles publiques se libèrent malgré le politiquement correct, et des propos ouvertement racistes sont d'autant plus émis et entendus que, à l'opposé, pas l'antiracisme, mais le wokisme voudrait s'ériger en inquisiteur systématique en revisitant notre histoire nationale. Le peuple français est plongé en ce moment dans une sorte de guerre idéologique qui n'est pas sans rappeler cette "guerre de religion" du début du XXe siècle, et qui se traduit aujourd'hui politiquement par l'affrontement assez pauvret intellectuellement entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, un duel qui apparaît plutôt comme un duo des extrémismes au regard de nombreuses forces politiques dites "modérées" qui ne supportent pas ce type de clivage (qui est totalement stérile dans la vie politique qui a besoin, au contraire, de vision constructive sur la société de demain).


Mais revenons à 1905. Cette loi du 9 décembre 1905 n'est pas le fruit d'un hasard. Elle est la suite d'une guerre anticléricale menée par le Président du Conseil Émile Combes (qui a été renversé le 18 janvier 1905 à cause du scandale des officiers fichés pour leur appartenance religieuse) et d'une rupture des relations diplomatiques entre la France et le Vatican (dirigé par le nouveau pape Pie X) consécutive à de nombreux incidents (comme la visite officielle du Président de la République Émile Loubet en mars1904 au roi d'Italie Victor-Emmanuel III alors que le Vatican ne reconnaissait par l'État italien). Cela a eu pour effet l'impossibilité d'appliquer le Concordat de 1801 qui régissait alors les relations entre l'État français et l'Église catholique. Une commission parlementaire a été alors créée en juin 1903 à la Chambre des députés pour travailler sur cette question, présidée par Ferdinand Buisson et dont le rapporteur était Aristide Briand. Ce dernier a remis son rapport le 4 mars 1905 (qu'on peut lire ici), base de la loi du 9 décembre 1905 et d'un débat parlementaire très houleux et long. Dans l'esprit d'Aristide Briand, cette loi avait un but, apaiser les esprits, la société française et en finir avec la "question" religieuse. Il a réussi, mais cela aura pris plus de temps que prévu.
 


Souvent, l'efficacité se niche dans les détails. La loi du 9 décembre 1905 a prévu d'aborder plusieurs situations. Ainsi, le Titre V relatif à la « police des cultes » est intéressant à lire. L'article 25 précise : « Les réunions pour la célébration d'un culte tenues dans les locaux appartenant à une association cultuelle ou mis à sa disposition sont publiques. Elles (…) restent placées sous la surveillance des autorités dans l'intérêt de l'ordre public. ». L'article 26 est encore plus explicite : « Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l'exercice d'un culte. ». L'alinéa 3 de l'article 27 va même jusqu'à indiquer : « Les sonneries de cloches seront réglées par arrêté municipal, et, en cas de désaccord entre le maire et le président ou directeur de l'association cultuelle, par arrêté préfectoral. ». Quant à l'article 28, il prévoie un certain nombre d'exceptions évidentes : « Il est interdit, à l'avenir, d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions. ».

L'article 26 interdit ainsi de mélanger le religieux et le politique. Mais c'est exactement ce que prône l'Évangile avec cette locution latine très connue : « Redde Caesari quae sunt Caesaris, et quae sunt Dei Deo » [Rends à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui est à Dieu]. Cette formulation très claire (il y a le politique et il y a le religieux, et ce sont deux choses différentes), peu appliquée par l'Église catholique elle-même pendant longtemps (en mélangeant le temporel avec le spirituel), est aujourd'hui la première motivation du soutien de l'Église catholique à cette loi sur la laïcité (qui est très rare dans le monde, seule la Turquie de Mustafa Kemal Atatürk l'a adoptée, mise à mal par l'actuel Président Recep Tayyip Erdogan).

Elle se trouve dans l'Évangile selon saint Matthieu (Mt 22, 15-21) : « En ce temps-là, les pharisiens allèrent tenir conseil pour prendre Jésus au piège en le faisant parler. Ils lui envoient leurs disciples, accompagnés des partisans d’Hérode : "Maître, lui disent-ils, nous le savons : tu es toujours vrai et tu enseignes le chemin de Dieu en vérité ; tu ne te laisses influencer par personne, car ce n’est pas selon l’apparence que tu considères les gens. Alors, donne-nous ton avis. Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à César, l’empereur ?". Connaissant leur perversité, Jésus dit : "Hypocrites ! Pourquoi voulez-vous me mettre à l’épreuve ? Montrez-moi la monnaie de l’impôt". Ils lui présentèrent une pièce d’un denier. Il leur dit : "Cette effigie et cette inscription, de qui sont-elles ?". Ils répondirent : "De César". Alors il leur dit : "Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu". ».
 


On ne redira jamais assez que notre tradition démocratique, nos valeurs républicaines, nos comportements politiques datent des débuts de la Troisième République. Même si le caractère républicain n'était pas gagné d'avance et même si beaucoup de valeurs républicaines, notamment de solidarité, étaient, à l'origine, des valeurs chrétiennes, cette république a su s'adapter aux transformations de la société française (révolution industrielle, exode rurale, déchristianisation) mais aussi l'a transformée profondément grâce à l'idée qu'il fallait des citoyens "éclairés", c'est-à-dire éduqués, instruits, capables d'avoir un jugement critique, de connaître suffisamment les enjeux pour devenir des électeurs "éclairés" (on pourra s'inquiéter de l'assistanat progressif et de l'avachissement prononcé des jeunes générations incapables de formuler une idée et abêties par les jeux vidéo).

Ce n'est pas pour rien qu'il y a eu cette tactique du "front républicain" au début de la Troisième République, car, par "discipline républicaine", les candidats dits républicains (de tout bord) se mettaient d'accord sur le second tour pour battre le candidat monarchiste. On peut même mettre le colonialisme sur le compte du messianisme idéologique de la Troisième République (et aussi de ses intérêts bien compris), qui n'est d'ailleurs pas sans rapport avec la volonté hégémonique de Napoléon, celle de faire bénéficier les autres peuples de nos Lumières.

La Troisième République ne s'est pas, ainsi, contentée de prôner la liberté, l'égalité et la fraternité (qui ne se décrète pas), mais les a déclinées concrètement avec des projets de société clairement affichés : liberté de la presse, liberté d'association, liberté de penser, liberté de pratiquer sa religion ou de ne pas en avoir, liberté de choisir ses dirigeants, et pour que cette liberté puisse s'exercer pleinement et universellement, il faut des cadres, au-delà de la bienséance et de la déontologie, il faut l'encadrer par des mesures qui assurent l'égalité au départ de tous, en particulier dans le domaine de l'enseignement et de la santé. Et ces valeurs républicaines sont en évolution permanente avec certaines avancées sociétales comme l'abolition de la peine de mort.

C'est pourquoi il faut préserver précieusement cette loi du 9 décembre 1905, malgré les pressions des forces populistes d'un bord ou de l'autre. Elle est le cœur battant de notre « République indivisible, laïque, démocratique et sociale ». Notre moyen du vivre-ensemble (dont les populistes détestent jusqu'à l'expression).



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
120 ans après 1905, les Français partagent-ils encore, tous, les valeurs républicaines ?
Rapport parlementaire d'Aristide Briand sur la laïcité remis le 4 mars 1905 (à télécharger).
Communion nationale et creuset républicain.
Faut-il interdire le voile à l'Assemblée Nationale
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Les sans-cravates de l'Assemblée.
La cause des femmes non voilées.
La laïcité tolérante mais intransigeante de Bernard Stasi.
Rapport Stasi du 11 décembre 2003 sur la laïcité (à télécharger).
Bernard Stasi et la peine de mort.
Discours du Président Jacques Chirac le 17 décembre 2003 à l’Élysée sur la laïcité (texte intégral).
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
L’immigration, une chance pour la France : Bernard Stasi toujours d’actualité !
Le Conseil d’État rejette définitivement le burkini à Grenoble.
Burkini, c’est fini ?
Burkini : la honte de Grenoble !
Burkini à Grenoble : Laurent Wauquiez et Alain Carignon vs Éric Piolle.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Le burkini dans tous ses états.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
L’esprit républicain.
Les valeurs chrétiennes de la République.
Le pape François et les valeurs européennes.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.


 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251209-valeurs-republicaines.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/120-ans-apres-1905-les-francais-265061

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/08/article-sr-20251209-valeurs-republicaines.html

.

Partager cet article
Repost0
4 décembre 2025 4 04 /12 /décembre /2025 03:48

« Christophe Gleizes était un pion dans un jeu diplomatique qui le dépassait. Il doit devenir un enjeu diplomatique majeur. » (Thibaut Bruttin, le 4 décembre 2025 sur France 24).




 


Consternation lorsque le verdict a été connu ce mercredi 3 décembre 2025 : la cour d'appel d'Alger a confirmé le jugement en première instance de la cour de Tizi Ouzou du 29 juin 2025, à savoir que le journaliste sportif français Christophe Gleizes est condamné à sept ans de prison ferme par la justice algérienne, reconnu coupable de deux chefs d'accusation, « apologie du terrorisme » et « possession de publications dans un but de propagande nuisant à l'intérêt général ». Le journaliste français de 36 ans avait été arrêté le 28 mai 2024 à Tizi Ouzou et placé sous contrôle judiciaire jusqu'à sa première condamnation où il fut incarcéré.

En fait, ce que la justice algérienne lui reproche, c'est d'avoir interviewé un dirigeant sportif algérien il y a une dizaine d'années qui, par ailleurs, faisait partie du Mouvement pour l'autodétermination de la Kabylie, mouvement considéré comme terroriste par l'État algérien en 2021 (donc, après cette interview !). Passionné par les joueurs africains de football, Christophe Gleizes était parti en Algérie avec un simple visa de touriste au lieu d'avoir un visa de presse, tort qu'il a reconnu au tribunal et il a alors demandé la « clémence » du juge.

Dès l'arrestation de Christophe Gleizes, il a reçu le soutien très actif de Reporters sans frontières (RSF) qui milite depuis lors pour sa libération. Au cours de ce procès en appel, le procureur avait requis une peine de dix ans de prison ferme, présentant le prévenu comme un dangereux « complice d'une opération criminelle », comme ce fut le cas aussi de l'écrivain franco-algérien Boualem Sansal.
 


À l'annonce de la confirmation de la peine de sept ans de prison ferme, la salle d'audience a été silencieuse, le public médusé, sidéré par la répétition d'une telle sévérité. Parce que Christophe Gleizes, journaliste sportif, n'avait aucune intention de sortir de son domaine de compétence, et notamment d'aller investiguer sur les oppositions politiques au pouvoir algérien.

À l'annonce du verdict, sa mère Sylvie était effondrée, elle qui, avec Maxime, le frère du journaliste, a tenté de mobiliser les médias et les gens pour réclamer la libération de son fils. Elle était d'autant plus déçue qu'elle croyait, avec la libération de Boualem Sansal le 12 novembre 2025, que la justice algérienne serait plus clémente et prononcerait une peine de prison avec sursis.
 


Son avocat français Emmanuel Daoud envisage désormais deux réactions à ce jugement en appel. D'une part, se pourvoir un cassation devant la Cour suprême algérienne, recours qui doit être déposé dans un délai de huit jours. Selon l'article 499 du code de procédure pénale algérien, ce recours est suspensif, ce qui veut dire que le journaliste a quelques chance d'être éventuellement remis en liberté. D'autre part, agir auprès de la Présidence algérienne pour demander la grâce, comme ce fut le cas de Boualem Sansal.

L'écrivain franco-algérien s'est montré, de son côté, très optimiste sur le sort de Christophe Gleizes, en affirmant le 4 décembre 2025 sur RTL : « Il va sortir dans une semaine, deux semaines, il va être gracié. », selon ses informations obtenues au téléphone.

Le gouvernement français a recommandé aux amis de Christophe Gleizes de ne pas en faire un otage du gouvernement algérien, de ne pas politiser cette détention, de rester plutôt discrets. Mais ce n'est pas du tout l'avis de Thibaut Bruttin, le directeur général de RSF, qui a précisé le 4 décembre 2025 sur France 24 : « Il faut absolument entrer dans une nouvelle phase, franchir une étape supplémentaire. (…) Il faut maintenant que toutes les énergies se déploient pour résoudre cette situation. ». Son objectif, c'est au contraire de faire beaucoup de bruit médiatique, de mobiliser le monde du sport, en particulier du football, pour faire libérer Christophe Gleizes. Il voudrait faire intervenir des stars du football comme Karim Benzema et Zinedine Zidane.

Ce qui est certain, c'est qu'il s'agit bien d'une action diplomatique et pas d'une action judiciaire. La méthode de Bruno Retailleau, consistant à maintenir la pression par un rapport de forces contre le pouvoir algérien, n'a abouti qu'à envenimer encore un peu plus les relations franco-algériennes. Chaque décision ou acte du gouvernement français est apprécié par le gouvernement algérien comme l'illustration d'une supposée intentions française d'humilier l'Algérie. Christophe Gleizes est la victime improbable d'un complexe d'infériorité des dirigeants algériens. Il ne doit pas être victime des nœuds diplomatiques demi-centenaires des relations passionnelles entre la France et Algérien. Qu'il soit libre immédiatement !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Libérer Christophe Gleizes, enjeu diplomatique majeur.
Boualem Sansal enfin libéré !
Boualem Sansal, toujours condamné en Algérie... et Christophe Gleizes aussi.
Boualem Sansal, un nouveau capitaine Dreyfus ?
Boualem Sansal.
Accords franco-algériens de 1968 : pas de quoi crier victoire pour le RN !
Le massacre d’Oran, 60 ans plus tard…
José Gonzalez.
Reconnaissance par Emmanuel Macron le 26 janvier 2022 de deux massacres commis en 1962 en Algérie (Alger et Oran).
Pierre Vidal-Naquet.
Jean Lacouture.
Edmond Michelet.
Jacques Soustelle.
Albert Camus.
Abdelaziz Bouteflika en 2021.
Le fantôme d’El Mouradia.
Louis Joxe et les Harkis.
Chadli Bendjedid.
Disparition de Chadli Benjedid.
Hocine Aït Ahmed.
Ahmed Ben Bella.
Josette Audin.
Michel Audin.
Déclaration d’Emmanuel Macron sur Maurice Audin (13 septembre 2018).
François Mitterrand et l'Algérie.
Hervé Gourdel.
Mohamed Boudiaf.
Vidéo : dernières paroles de Boudiaf le 29 juin 1992.
Rapport officiel sur l’assassinat de Boudiaf (texte intégral).
Abdelaziz Bouteflika en 2009.

 




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251203-christophe-gleizes.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/liberer-christophe-gleizes-enjeu-264986

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/12/05/article-sr-20251203-christophe-gleizes.html


.

Partager cet article
Repost0
11 novembre 2025 2 11 /11 /novembre /2025 14:15

« À l'issue de la cérémonie, le chef de l’État a reçu des porte-drapeaux, des membres des associations patriotiques, des membres du comité de la Flamme, des pensionnaires de l’Institution nationale des Invalides et des représentants du monde combattant ainsi que les représentants de la Mission Libération pour un déjeuner au Palais de l'Élysée. » (Communiqué de l'Élysée du 11 novembre 2025).





 


Le 11 novembre 2025 est un jour férié, mais plus que cela, un jour de commémoration populaire. C'était, ce mardi, le 107e anniversaire de l'Armistice, signée en pleine nuit pour être applicable le 11 novembre à 11 heures 11. Certains jusqu'au-boutistes ont voulu continuer le combat et certains soldats sont morts dans la matinée à cause de cela. Sans utilité puisque la paix était déjà déclarée. Mort inutilement, mais même avant l'Armistice, les morts de la guerre étaient-ils utiles ?

Je prétends que oui,
bien sûr, ils étaient malheureusement utiles, et c'est sans doute pour cela que je peux m'exprimer ici, en toute liberté, sans contrainte, que je peux choisir et assumer mes choix publiquement, en toute transparence, sans crainte d'être réprimé par une quelconque milice, et que je suis né Français, sans crainte de perdre ma Nation qui, comme le roc, a duré des millénaires et durera encore des millénaires.

Quand j'avais 15 ans, j'avais retrouvé, par ma grand-mère, une photographie de mon arrière-grand-père, son père, en uniforme, un bel homme de 30 ans en 1914 justement. Le double d'âge de moi, au début de la guerre. Je ne l'ai malheureusement pas connu pour des problèmes de chronologie des états-civils (je suis né après sa mort), mais j'ai eu l'occasion de connaître sa femme, mon arrière-grand-mère, légèrement plus âgée que lui (ce qui était un peu exceptionnel pour l'époque), avec qui j'ai pu avoir de longues conversations et qui me parlait de la "guerre de 70" (qu'elle n'avait pas connue car elle était née quatorze ans plus tard), elle me parlait des Schleu et des Boches parce que nous étions en Lorraine, meurtrie par les deux guerres mondiales, et quand je vois quelques images de la guerre en Ukraine, on a beau parler de hautes technologies, du renseignement, des drones, des missiles..., c'est une guerre de position où il faut des milliers de morts pour garder le front, ou conquérir quelques centaines de mètres, j'imagine sans peine l'horreur que furent ces quatre années sur cette terre devenue aride. Certains agriculteurs retrouvent encore aujourd'hui quelques bouts d'os de l'époque en labourant leurs champs.

C'est cela qu'on commémore le 11 novembre, la vaillance, la combativité, la mort de tous ces combattants qui, même si on est partisan de la paix, doivent être considérées comme utiles, indispensables à notre vie moderne pépère, confortable, sans danger sinon ceux de la menace des riches (trop manger, trop mal manger), et surtout, indispensables à notre liberté.

 


La disparition du service militaire, depuis quasiment une trentaine d'années, plus d'une génération, a rendu encore plus important ce type de cérémonie (le 11 novembre et le 8 mai) de recueillement et de prise de conscience que notre liberté n'était pas un acquis, une évidence, que des braves soldats, qui ne faisaient qu'obéir, en ont bavé quand ils n'en sont pas morts, dans les tranchées pleines de boue, sans nourriture, sans hygiène et, pour la plupart des rescapés, devenus complètement fous et sourds, tant le bruit des explosions était insupportable.

La cérémonie du 11 novembre est en quelque sorte l'équivalent républicain et national de la Toussaint pour les chrétiens, une commémoration des disparus, l'expression de notre gratitude, et, comme j'ai fait le tour du cimetière avec le curé il y a dix jours, j'ai fait aussi le tour du même cimetière avec le maire, les anciens maires et les autres officiels, gendarmes, autres militaires, policiers, pompiers, porte-drapeaux, etc. avec le recueillement devant le monument aux morts, les tombes des maires décédés et autres disparus qui ont compté pour les habitants (dont cet instituteur de 43 ans, arrêté pour faits de résistance le 4 août 1944, peu avant la Libération, qui est mort le 24 janvier 1945 déporté en Allemagne).

Et à Paris aussi, bien entendu, les commémorations du 11 novembre sont importantes, en particulier parce qu'il y a sous l'Arc-de-Triomphe la tombe du Soldat inconnu dont la flamme est ravivée chaque jour depuis la fin de la guerre, en guise de reconnaissance de la Nation toute entière. Le maître de cérémonie, pour la neuvième fois consécutive, était le Président de la République Emmanuel Macron.

En termes de cohésion nationale, la Constitution est assez claire sur les prérogatives du chef de l'État. Deux articles le précisent. L'article 5 : « Le Président de la République veille au respect de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité de l'État. Il est le garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité du territoire et du respect des traités. ». Et l'article 15 : « Le Président de la République est le chef des armées. Il préside les conseils et les comités supérieurs de la défense nationale. ».

 


Pendant toute la campagne présidentielle de 2017, on l'oublie un peu vite, on a souvent considéré que le candidat Emmanuel Macron était peu crédible sur le régalien. On lui concédait une compétence sur l'économie, l'innovation (et on a eu raison, le chômage a durablement baissé, et est au plus bas depuis quarante-cinq ans, la France reste le pays européen le plus attractif des investisseurs étrangers), mais on considérait qu'il n'était pas crédible sur le régalien, ce qui pouvait être fatal pour devenir chef de l'État.

C'est pourquoi dès sa prise de fonction, le 14 mai 2017, Emmanuel Macron a tenu à "rassurer" sur ce plan-là, et il me semble qu'il y est parvenu très rapidement puisque le principal reproche est depuis le début d'être un Président Jupiter qui s'occuperait de tout. En ce sens, on ne mobilise pas près d'une cinquantaine de millions d'électeurs pour élire un Président qui n'inaugurerait que les chrysanthèmes. L'hyper-présidentialisation n'est pas un phénomène récent et a commencé dès le premier jour de la Cinquième République avec De Gaulle qui a souhaité se faire élire Président de la République (et pas rester chef du gouvernement).
 


Or, depuis l'été 2024, Emmanuel Macron n'a plus que des postures régaliennes, faute d'avoir une majorité à l'Assemblée Nationale. Et il s'y complaît excellemment, et, je le répète, depuis le début de son premier mandat. Il a d'ailleurs multiplié les hommages et les cérémonies pour diverses raisons, dont la principale est l'expression de gratitude de la République française, capable de reconnaître les mérites de ses citoyens. Ce Président régalien pourra même être regretté dans l'avenir, puisqu'il n'a plus que dix-huit mois avant de terminer son second quinquennat.

Malgré l'impopularité, les dénigreurs professionnels, les râleurs patentés, les aboyeurs antipatriotiques et les fossoyeurs de l'indépendance nationale, le Président de la République s'acquitte avec brio de sa délicate mission de maintenir la cohésion nationale, au-delà des luttes politiciennes stériles. Je salue la dignité qu'il a toujours maintenue de la fonction présidentielle et son courage, tête haute et mains propres, comme dirait l'autre. Haut les cœurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le 11 Novembre et le régalien.
De Gaulle et le gaullisme en 2025.
La Toussaint et ses mille visages !
Le 8 mai ou le 9 mai ?
Claude Bloch, passeur de mémoire.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251111-onze-novembre.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/le-11-novembre-et-le-regalien-264403

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/11/article-sr-20251111-onze-novembre.html


.

Partager cet article
Repost0
9 novembre 2025 7 09 /11 /novembre /2025 03:25

« La cohésion nationale est à notre époque très fragile pour différentes raisons. Le rôle du politique est de pondérer, temporiser, modérer, pas de renforcer les haines et les divisions. (…) Et dans tous les cas, dans toutes les circonstances, pensez avant tout [aux] victime[s] et à [leurs] proches ! » (28 avril 2025).





 


Il y a dix ans, le vendredi 13 novembre 2015, dans la soirée, une série d'attentats à Paris a endeuillé la France entière. Au total, on a compté 133 morts (130 morts et 3 victimes survivantes du Bataclan qui se sont suicidées, l'une en novembre 2017, une autre en novembre 2021 et la troisième en mai 2024) et 413 blessés dont 99 qui ont été placées en urgence absolue. Une journée particulièrement sanguinaire, parmi les attentats ayant fait le plus de victimes, en France et en Europe. En tout, six attaques dans la soirée, perpétrées par dix terroristes et une vingtaine de complices.

Lorsque j'ai entendu les premières annonces en début de soirée, une personne chère qui travaillait à Paris devait me rejoindre. Inutile de dire que je lui ai dit d'attendre avant de sortir prendre sa voiture. Et les sorties prévues à Paris le week-end qui arrivait étaient annulées. Une véritable peur, une psychose des attentats terroristes islamiques.


Les cibles n'étaient pas anodines. Après la rédaction de "Charlie Hebdo" en début d'année (le 7 janvier 2015), c'était le mode de vie à la française qui était atteint : le prélassement un soir de fin de semaine, plutôt doux pour la saison, ce qui justifiait de prendre un pot entre amis à une terrasse de bistrot ou de brasserie, une salle de spectacle avec des artistes supposés diaboliques (un concert du groupe américain de hard rock Eagles of Death Metal), enfin, un match de football (amical, entre la France et l'Allemagne) au Stade de France, à Saint-Denis, et parmi les spectateurs, le Président de la République François Hollande lui-même, qui s'est fait exfiltrer sans que les présents ne prennent connaissance de la réalité des attentats, pour foncer à l'Élysée et réunir immédiatement une cellule de crise. On allait parler des attentats du Bataclan en incluant évidemment les terrasses de café et le Stade de France, comme on parle des attentats de "Charlie Hebdo" qui ont fait d'autres victimes dans la course folle des terroristes, une policière et des présents à l'Hyper Casher de la Porte de Vincennes.
 


Sans doute le plus émouvant parce que le plus meurtrier (90 morts !), la fusillade à l'intérieur de la salle du Bataclan, puis la prise d'otages, avec des exécutions préférentielles, ont particulièrement touché les Français, et évidemment les centaines de spectateurs rescapés qui ont été ainsi marqués à vie (au point que trois se sont suicidés en dix ans). La prise d'otages a fait intervenir la BRI (brigade de recherche et d'intervention de Paris), la BI (brigade d'intervention de Paris) et le RAID, qui ont sécurisé les lieux après un combat très difficile de trois heures et demi.

L'âge moyen des victimes du 15 novembre 2015 était de 35 ans, depuis une lycéenne de 17 ans au Bataclan jusqu'à un chef d'entreprise de 68 ans également au Bataclan. Elles étaient principalement françaises (110 sur 133). Sept terroristes ont été tués ou se sont suicidés pendant la soirée du 15 novembre 2015, et en tout, la cour d'assises spéciale a reconnu coupables les vingt prévenus le 29 juin 2022 après plus de dix mois d'audiences, coupables de quasiment tous les chefs d'accusation. Sept terroristes y ont été condamnés à la réclusion criminelle à perpétuité dont six à la perpétuité incompressible (dont Salah Abdeslam, les cinq autres étaient absents et présumés tués en Syrie).

Bataclan Mon Amour... Comme il n'est pas possible de rappeler la mémoire de toutes les victimes du 15 novembre 2015, rappelons seulement la mémoire d'un couple, des jeunes gens joyeux à l'idée d'assister à un concert au Bataclan, joyeux à l'idée de passer une soirée sympathique. Parce que leur photo est tellement en opposition avec ce qu'ils ont réellement vécu ce soir-là, ils ont ému de nombreuses personnes. Elle s'appelait Marie Lausch et était originaire de Saint-Julien-lès-Metz ; il s'appelait Mathias Dymarski et était originaire d'Ancy-sur-Moselle. Victimes innocentes, toujours innocentes, de la folie terroriste.
 


Au-delà des "petits attentats" parfois meurtriers qui se sont multipliés en France depuis 2015 (après aussi ceux de mars 2012), un troisième gros attentat, celui au camion-bélier à Nice le 14 juillet 2016, a fini pour faire comprendre que la France (et plus généralement le monde) vivait désormais dans une nouvelle époque, celle du terrorisme islamique et surtout, de ses attentats suicides. Dès lors, la répression contre ce genre de terroristes qui ne craignent pas pour leur vie est dérisoire : seule la prévention, c'est-à-dire le renseignement, la surveillance des réseaux terroristes (notamment avec la loi n°2015-912 du 24 juillet 2015 relative au renseignement), permet d'empêcher de nouveaux attentats et en dix ans, ce sont des centaines de tentatives d'attentat qui ont été déjouées par les forces de l'ordre sur le territoire français.

Dix ans ont passé et le risque reste toujours très élevé. Très récemment, on a appris ce samedi 8 novembre 2025 que le 10 octobre 2025 ont été arrêtées trois jeunes femmes, âgées respectivement de 18, 19 et 21 ans, pour association de malfaiteurs terroristes, accusées de préparer des attentats de type terrasse de café et salle de spectacle à Lyon, Villeurbanne et Vierzon.


Du reste, un attentat à la voiture-bélier a fait cinq victimes, heureusement dont le pronostic vital n'est plus engagé, le 5 novembre 2025 à l'île d'Oléron, même si cet attentat ne serait pas d'origine terroriste islamique (l'auteur, alcoolique et consommateur de cannabis, converti à l'islam, a tout de même crié Allah Akbar !). De même, le 28 octobre 2025 à Londres, un attentat au couteau a fait un mort et deux blessés (le 2 octobre 2025, dans une synagogue de Manchester, un attentat à la voiture-bélier puis au couteau a fait deux morts et quatre blessés). Rappelons aussi Samuel Paty et Dominique Bernard assassinés dans le cadre d'un établissement scolaire, l'instruction républicaine étant évidemment l'ennemie de ces terroristes sectaires.

Ce serait donc une grande erreur de croire que cette période d'attentats est derrière nous. Malheureusement, cette possibilité d'un attentat terroriste islamique restera toujours aussi forte tant que Daech n'est pas totalement éliminé de Syrie et d'Irak. Ce terrorisme nous conduit à nous transformer en une société de surveillance... avec le consentement d'une grande majorité du peuple.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Bataclan, ten years after.
Pourquoi Aboubakar Cissé a-t-il été assassiné ?
Soumy : grâce musicale versus vulgarité brutale.
Syrie : peut-on encore massacrer en paix ?
Kfir Bibas, d'horreurs en horreurs...

Philippe Val et la promesse d'autres tragédies.
7 janvier 2025 : êtes-vous toujours Charlie ?
L’esprit républicain.
Fête nationale : cinq ans plus tard…



 








https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251112-attentat-bataclan.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/bataclan-ten-years-after-264313

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/08/article-sr-20251112-attentat-bataclan.html


.

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2025 5 07 /11 /novembre /2025 03:35

« Au cœur même de l'hémicycle de l'Assemblée Nationale, où a en particulier été votée la loi de 2004 sur la laïcité à l'école, il me paraît inacceptable que de jeunes enfants puissent porter des signes religieux ostensibles dans les tribunes. Nous n'avions pas été confrontés à cette situation par le passé. J'ai appelé chacun à une extrême vigilance pour que cela ne se reproduise pas. C'est une question de cohérence républicaine. » (Yaël Braun-Pivet, le 5 novembre 2025 sur Twitter).




 


Et revoici encore une nouvelle polémique sur le voile, cette fois-ci à l'Assemblée Nationale, cœur de la démocratie parlementaire. Les faits : un groupe scolaire a assisté, sur l'invitation d'un député, à la séance des questions au gouvernement de ce mercredi 5 novembre 2025 à l'Assemblée Nationale. Ce qui a fait polémique, c'est que les fillettes étaient voilées, montrant un signe religieux.

Il n'y a qu'en France qu'on polémique sur le sujet, et pourtant, la polémique n'est pas artificielle, elle relève de nombreux sujets très sensibles en France : la religion et en particulier l'islam, et son corollaire, la laïcité, mais aussi la protection des femmes, en particulier quand ces femmes son mineures, et enfin, la liberté de pratiquer sa religion voire, tout simplement, la liberté de porter les vêtements qu'on veut. Et j'ajoute aussi une valeur sûre mais peut-être désuète, la politesse, et sa traduction sociale dans les convenances, le savoir-vivre dans un lieu institutionnel.


Évidemment, on pourrait penser que c'était la énième passe d'armes entre le RN et les insoumis... Les premiers criant à la provocation et les seconds à la stigmatisation. On pourrait ainsi penser qu'un député insoumis, toujours dans le cadre d'une récupération électorale d'une population supposée musulmane, avait invité volontairement ce groupe scolaire "voilé". Et on pourrait penser aussi que les députés RN ont surréagi, tombant dans le piège de la provocation par la stigmatisation, en particulier de ces enfants qui, quoi qu'il en soit, n'y peuvent rien et ne doivent pas être, personnellement, au centre de cette mini-tempête politique et médiatique qui les dépasse.

La première chose à rappeler, c'est que le groupe scolaire a été invité par le député Marc Fesneau, ancien Ministre de l'Agriculture et surtout, député du MoDem, et même, président du groupe MoDem à l'Assemblée. Ce dernier l'a admis : « Cette venue a été organisée par mon équipe parlementaire (…), et donc, de facto, placée sous ma responsabilité. ». Il a enchaîné ainsi : « Je comprends que la présence en tribune d'élèves portant un voile puisse choquer. ». Mais a remarqué aussi : « Ces polémiques sont inutiles et viennent surtout jeter des enfants à la vindicte populaire. ».

Ce n'était donc pas une provocation d'un député insoumis. En outre, la personne qui a réagi avec le plus d'écho, ce n'était pas un député RN, mais Yaël Braun-Pivet elle-même, la Présidente de l'Assemblée Nationale, qui avait présidé la séance en question, et qui n'a réagi que dans la soirée, soit plusieurs heures plus tard, sans doute alertée par des proches qui avaient aperçu à la télévision ces fillettes voilées à la tribune.
 


Deux choses ont choqué : d'une part, que des fillettes, dans une sortie scolaires, aient été voilées, et d'autre part, qu'elles le fussent à l'intérieur d'une institution comme le Palais-Bourbon. Cela donne, en effet, une impression que la France serait devenu un pays musulman. En l'occurrence, elle l'est pour une certaine proportion de ses habitants.

Concernant le fait que ces élèves fussent voilées dans le cadre d'une sortie scolaire, cela s'explique très bien. La loi n°2004-228 du 15 mars 2004 sur les signes religieux dans les écoles publiques, comme son nom l'indique, interdit le port ostensible de signes religieux à l'école... publique ! Or, ces élèves sont scolarisées dans une école privée, ce qui leur permet de garder des signes religieux (comme c'est le cas aussi pour d'autres religions), tant dans l'enceinte de l'établissement scolaire que dans les sorties scolaires.

Rappelons aussi qu'une polémique s'était déclenchée sur les mères accompagnatrices des élèves dans les sorties scolaires. Contrairement aux élèves, elles sont majeures et même s'il s'agit d'une école publique, elles peuvent porter le voile. Cela peut troubler, mais c'est la loi et elle ne sera certainement pas modifiée dans ce sens en raison du principe de réalité : si les accompagnatrices scolaires n'avaient pas le droit de porter le voile, il n'y aurait plus de sortie scolaire, ou alors, il faudrait recruter des milliers de fonctionnaires pour que ce soit l'État qui accompagne les élèves et pas les parents d'élève (qui le font bénévolement), ce qui, dans l'état budgétaire de la France, est peu responsable et pas du tout raisonnable.


De même, certains ont prôné l'interdiction du port du voile à l'université. Là encore, l'idée de la loi du 15 mars 2004, ce n'est pas d'interdire de pratiquer une religion, ni d'en interdire la manifestation, deux éléments qui sont garantis par la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité, qui est une neutralité de l'État et pas une mise en opposition des religions, mais de permettre à l'enfant, c'est-à-dire à l'adulte en devenir, de se retrouver dans un cadre de neutralité religieuse, du moins pour les établissements publics. À l'université, l'étudiant est majeur (ou pas loin de l'être), et est capable d'avoir et d'assumer ses choix ou non-choix religieux. Ce serait comme interdire le port du voile dans l'espace public (la loi n°2010-1192 du 11 octobre 2010 interdit la burqa dans l'espace public pour des raisons de sécurité, et pas religieuses, ne pas dissimuler son visage).

Donc, voir ces fillettes avec un voile ne devrait pas choquer dans une sortie scolaire et sans nul doute que ce n'était pas la première sortie scolaire qu'elles ont dû faire dans leur scolarité, et si polémique il y a eu à cet égard, elle n'a pas dû franchir le seul domaine des informations locales.


En revanche, je trouve choquant que des femmes, plus encore lorsqu'elles sont mineures, soient voilées à l'intérieur du Parlement et des institutions de la République plus généralement, lorsque l'exercice de la démocratie est pratiqué (c'est-à-dire en séance publique). Au Sénat, c'est interdit de porter le voile : une femme voilée peut visiter les locaux du Sénat, mais le port du voile est interdit en tribune lorsqu'il y a une séance, à l'exception des délégations diplomatiques officielles.

À l'Assemblée Nationale, les règles sont moins strictes : « Le port de tenues manifestant une appartenance religieuse n'est pas en soi interdit. » a-t-on rappelé au Palais-Bourbon. En effet, la seule contrainte est énoncée par l'article 8 du règlement de l'Assemblée Nationale : « Pour être admis dans les tribunes, le public doit porter une tenue correcte. Il se tient assis, découvert et en silence. ».

En principe, cela devrait interdire le port du voile (pas couvert), mais le service communication de l'Assemblée, contacté par Public-Sénat, a confirmé que l'article 8 « n'est pas interprété à la lettre ». Et de préciser : « Ce n'est que dans le cas où le président de séance estimerait que le port de telles tenues est de nature à troubler l'ordre ou le bon déroulement des débats qu'il pourrait être amené à prendre des mesures. (…) Cette tolérance permet d'accueillir en tribune des députées ou d'autres invitées étrangères voilées. ». Quant à déambuler dans les couloirs du Palais-Bourbon, hors hémicycle, c'est la liberté, comme au Sénat : « Ailleurs dans l'Assemblée, la question ne s'est jamais posée, le libre accès prévaut, dès lors qu'il n'y a pas dissimulation du visage. ».

Si cela choque, les députés peuvent toujours modifier le règlement de l'Assemblée Nationale, en interdisant explicitement le port du voile, sauf pour les délégations étrangères (exception de courtoisie diplomatique). Cela aura le mérite de clore la polémique et de passer à autre chose. Le voile à l'école a mis vingt-cinq ans avant d'être réglé. Aujourd'hui, il n'y a plus de problème à ce niveau-là. Tout simplement parce que les textes ne sont plus sujets à interprétation. Que l'Assemblée fasse comme le Sénat et l'affaire sera close.

Ce n'est pas la première fois que la polémique du voile s'est invitée à l'Assemblée Nationale. Déjà le 17 septembre 2020, la polémique s'était installée lors de l'audition d'une personnalité qualifiée qui avait gardé son voile lorsqu'elle a été interrogée par une commission parlementaire au Palais-Bourbon. Là encore, un administrateur de l'Assemblée avait répondu : « Aucune règle n’existe et n’empêche d’auditionner une femme voilée (…). Rien dans le règlement ne fait obstacle à une quelconque tenue pour une audition. ». Mais rien n'empêchait non plus les députés de modifier, là aussi, leur règlement. Malgré la polémique, le règlement n'avait pas été modifié en conséquence. C'est à croire qu'une polémique ne sert qu'à polémiquer et à tenir juste une posture, au lieu de résoudre efficacement les problèmes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 novembre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Faut-il interdire le voile à l'Assemblée Nationale ?
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Les sans-cravates de l'Assemblée.
La cause des femmes non voilées.
La laïcité tolérante mais intransigeante de Bernard Stasi.
Rapport Stasi du 11 décembre 2003 sur la laïcité (à télécharger).
Bernard Stasi et la peine de mort.
Discours du Président Jacques Chirac le 17 décembre 2003 à l’Élysée sur la laïcité (texte intégral).
La Commission Stasi : la République, le voile islamique et le "vivre ensemble".
L’immigration, une chance pour la France : Bernard Stasi toujours d’actualité !
Le Conseil d’État rejette définitivement le burkini à Grenoble.
Burkini, c’est fini ?
Burkini : la honte de Grenoble !
Burkini à Grenoble : Laurent Wauquiez et Alain Carignon vs Éric Piolle.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Le burkini dans tous ses états.
Ne nous enlevez pas les Miss France !
Au Panthéon de la République, Emmanuel Macron défend le droit au blasphème.
Une collusion tacite des secours humanitaires avec les passeurs criminels ?
Ils sont tombés par terre, c’est la faute à Colbert !
Mort d’Adama Traoré : le communautarisme identitaire est un racisme.
La guerre contre le séparatisme islamiste engagée par Emmanuel Macron.
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
L’esprit républicain.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251105-voile-assemblee-nationale.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/faut-il-interdire-le-voile-a-l-264278

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/11/06/article-sr-20251105-voile-assemblee-nationale.html


.

Partager cet article
Repost0
8 octobre 2025 3 08 /10 /octobre /2025 18:30

« Ceux qui croient à la valeur dissuasive de la peine de mort méconnaissent la vérité humaine. La passion criminelle n'est pas plus arrêtée par la peur de la mort que d'autres passions ne le sont qui, celles-là, sont nobles. » (Robert Badinter, le 17 septembre 1981 dans l'hémicycle).




 



Ce jeudi 9 octobre 2025 vers 17 heures 30, quarante-quatre ans après la promulgation de la loi qui a aboli la peine de mort, a lieu la cérémonie de transfert des restes de Robert Badinter au Panthéon. Il repose depuis plus d'un an au cimetière parisien de Bagneux. Dans la liturgie républicaine, une mise en Panthéon est une canonisation (sans passer par la case béatification). La cérémonie sera présidée par le Président de la République Emmanuel Macron qui l'avait préparée, auprès de sa veuve Élisabeth Badinter, le même jour du lundi 6 octobre 2025 que la funeste implosion du gouvernement de Sébastien Lecornu.

Robert Badinter aurait pu avoir tous les honneurs de son vivant, comme celui d'être élu membre de l'Académie française (certains académiciens auraient été honorés de la compagnie d'un tel Immortel). Il avait refusé... mais la pression était trop forte pour empêcher cette panthéonisation. Pourtant, il ne voulait pas être vénéré. Il n'était qu'un combattant, un combattant des libertés, un combattant de la laïcité et un combattant de l'abolition de la peine de mort.

 

On a trop besoin de modèles républicains, surtout en ces temps où la classe politique n'est plus capable de sortir de ses intérêts partisans pour s'élever vers l'intérêt général. Robert Badinter était le gardien moral d'une certaine idée de ces valeurs républicaines.

Il n'était pas consensuel ; au contraire, il a été souvent minoritaire, même auprès de son ami François Mitterrand qui a mis du temps à se convaincre qu'il fallait abolir la peine de mort. Robert Badinter, c'était un homme en colère. En colère, par exemple, lorsqu'il était sénateur et qu'il voyait ses camarades socialistes esquiver le débat sur le voile ou sur la burqa. Ou encore lorsque les tribunaux se dépêchaient de condamner à mort pendant la campagne présidentielle de 1981.


De tous ses combats, c'est l'antisémitisme et le racisme qui le dégoûtaient le plus. Il n'hésitait pas à dire le 25 avril 2019 sur France 2 que les antisémites étaient des cons, puis qu'ils étaient au mieux des imbéciles, au pire des criminels.

Il faut dire que la motivation originelle de ses combats, c'était la Shoah. Sa présence même en France (il est né à Paris le 30 mars 1928) provenait de l'antisémitisme que ses parents ont connu : son père était moldave et d'origine juive et a émigré en France en 1919 (poursuivant des études commerciales à l'ICN à Nancy), et a rencontré la future mère de Robert Badinter en France, elle-même d'une famille juive de Moldavie qui a également émigrépour fuir l'antisémitisme. Et la guerre fut atroce pour la famille de Robert Badinter dont beaucoup de membres ont péri dans les camps d'extermination. Elle était là, la colère intrinsèque de Robert Badinter contre l'injustice et sa passion de défendre les causes morales.

Mais les valeurs républicaines ne signifiaient pas du wokisme : il était contre le voile, comme je l'ai dit plus haut, il était pour être ferme sur les valeurs de la République, ne jamais céder dans le communautarisme, d'autant plus que certaines tendances vont à l'encontre de ces valeurs. Dans "Le Point" du 2 octobre 2025, son épouse Élisabeth Badinter restait d'ailleurs très inquiète : « Je suis mal à l'aise dans mon pays en ce moment, et si triste. Cette impression que tout est à recommencer, que nos valeurs sont devenues inaudibles... ».


L'un des amis de la famille, l'avocat Richard Malka a expliqué ce 8 octobre 2025 sur France 5 qu'il n'avait pas vraiment pu aborder avec Robert Badinter le thème du massacre du 7 octobre 2023, quelques mois avant sa disparition (le 9 février 2024), ni de l'antisémitisme qui s'est développé notamment en France. Et pourtant, Robert Badinter évoquait très régulièrement avec lui la Shoah, comme mythe fondateur de sa propre existence.

Gageons que cette journée du jeudi 9 octobre 2025 soit une petite trêve politique très précieuse pour que la classe politique rende hommage à Robert Badinter, un peu comme l'ont été les Jeux olympiques comme trêve estivale après une campagne législative ardue. Ce sera un moment d'unité nationale et, disons-le, de communion nationale, même s'il ne fera pas de miracle, et ces occasions sont suffisamment rares pour le souligner.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 octobre 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Saint Robert Badinter, priez pour nous !
Robert Badinter au Panthéon : faut-il s'en réjouir ?
Élisabeth Badinter.
Robert Badinter transformé en icône de la République.
Hommage national à Robert Badinter le 14 février 2024 à Paris (texte intégral et vidéo).

Robert Badinter, un intellectuel errant en politique.
Le procureur Badinter accuse le criminel Poutine !
L'anti-politique.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Une conscience nationale.
L’affaire Patrick Henry.
Robert Badinter et la burqa.
L’abolition de la peine de mort.
La peine de mort.
François Mitterrand.
François Mitterrand et l’Algérie.
Roland Dumas.










https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20251008-robert-badinter.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/saint-robert-badinter-priez-pour-263586

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/10/08/article-sr-20251008-robert-badinter.html


 

 




.

Partager cet article
Repost0
15 septembre 2025 1 15 /09 /septembre /2025 04:35

« Nous savons d'où nous venons (…). Mais nous ne savons pas où nous allons. Peut-être pourrons-nous survivre aux maladies et échapper aux sélections, peut-être même résister au travail et à la faim qui nous consument : et puis ? (…) Tout nous dit que nous ne reviendrons pas. Nous avons voyagé jusqu'ici dans les wagons plombés, nous avons vu nos femmes et nos enfants partir pour le néant ; et nous, devenus esclaves, nous avons fait cent fois le parcours monotone de la bête au travail, morts à nous-mêmes avant de mourir à la vie, anonymement. Nous ne reviendrons pas. Personne ne sortira d'ici, qui pourrait porter au monde, avec le signe imprimé dans sa chair, la sinistre nouvelle de ce que l'homme, à Auschwitz, a pu faire d'un autre homme. » (Primo Levi, "Si c'est un homme", 1947).




 


Le témoignage de Primo Levi, intitulé "Si c'est un homme", publié en 1947, a été l'un des tous premiers témoignages d'un déporté juif revenu du camp d'extermination d'Auschwitz-Birkenau. Ce fut un échec commercial. Personne ne voulait le lire. C'était trop dur. Nous sommes maintenant le 27 janvier 2025, au 80e anniversaire de la libération de ce camp de la mort. Depuis une quarantaine d'années, les témoignages sont nombreux, les anciens déportés témoignent. On les écoute enfin. 80 ans. Les derniers déportés sont encore là à témoigner, plus vivants que jamais.

Le Président de la République Emmanuel Macron a participé à deux cérémonies, une en France et une sur les lieux de l'horreur, en Pologne. À Paris le matin, il s'est recueilli dans la crypte du Mémorial de la Shoah et y a écrit un petit mot sur le livre d'or : « Nous ne céderons rien face à l'antisémitisme sous toutes les formes. ». Et sur Twitter : « Soyons la mémoire de leur mémoire ! ».

 


Emmanuel Macron a rencontré notamment une ancienne déportée Esther Senot, à la forme extraordinaire, elle a fêté son 97e anniversaire ce 15 janvier (je l'ai rencontrée il y a quelques semaines, une femme formidable !, j'en reparlerai). Elle est une rescapée des camps pendant une longue durée, deux hivers ! Survivre à deux hivers, c'est dément ! Cela vaut tous les diplômes, toutes les médailles. C'est un brevet de bravoure autant que de courage, un brevet de débrouillardise aussi.

 


Voici ce qu'elle a dit au Président de la République, qui est resté complètement silencieux : « Quand je suis arrivée à Auschwitz, j'ai été déportée en 1943, et j'ai retrouvé ma sœur qui avait été déportée avant moi. Ça faisait huit mois qu'elle était à Birkenau quand je suis arrivée. Évidemment, moi, je ne l'ai pas reconnue, elle était dans un état pitoyable. Et puis, au fur et à mesure que les mois passaient, quand on est arrivé en décembre, parce que je suis quand même restée dix-sept mois à Birkenau, j'ai passé deux hivers et j'ai fait la marche de la mort. Voyez, j'ai fini au camp de Mauthausen, en mai 45. Et ce qui m'a motivée, c'est que quand ma sœur avait été prise dans une sélection, malheureusement, dans l'état pitoyable où elle était, avait été envoyée à l'infirmerie, je me suis précipitée pour la voir. Et là, elle se soulevait, elle était dans un état pitoyable. Elle saignait de partout, elle avait été mordue par les chiens. Elle se soulevait, elle m'a dit : "Tu sais, la guerre va bientôt finir", parce que comme les transports, à partir de 43, arrivaient de l'Europe entière, on savait que les Allemands commençaient à reculer à cette période-là. Alors, elle m'a dit : "Écoute, la guerre est bientôt finie. Toi, tu es jeune, tu as l'air de tenir le coup. Tu me promets que si un jour, tu as le bonheur de revenir en France, de raconter tout ce qu'on a pu supporter : les sévices, la déshumanisation, les coups, enfin, tu vois, tous ces gens qui, patiemment, attendaient d'aller dans la chambre à gaz". Et finalement, je lui ai dit : "Oui, je te promets". Puis, finalement, elle est retombée, et il a fallu que j'aille travailler. Et j'ai perdu ma sœur comme ça, presque dans mes bras. Vous savez, j'ai eu un mal fou à reprendre le dessus. Je suis quand même arrivée jusqu'au bout, en étant restée pratiquement deux ans. J'ai été déportée, j'avais 15 ans. Je suis revenue, j'en avais 17. Et le retour a été assez pénible parce que la guerre, ça faisait un an qu'elle était terminée. On est revenus dans l'indifférence totale, parce que les gens nous écoutaient, mais ils ne nous entendaient pas. Je me souviens, j'ai voulu retourner dans le quartier où j'habitais. Évidemment, quand je suis revenue, je pesais 32 kg, puis les cheveux rasés. Un an après la guerre, on ne rencontrait pas dans la rue des femmes dans cet état-là. Alors, j'ai eu un petit attroupement. Les gens commençaient à dire : "Qu'est-ce qui vous est arrivée ?". Donc, on a voulu parler, puisqu'on nous posait des questions. Et puis finalement, au bout d'un moment, ils ont commencé à s'énerver en disant : "Vous racontez n'importe quoi. Vous êtes devenue folle. Ça n'a pas pu exister". Et il y a un monsieur qui me regarde et qui me dit : "Vous êtes revenus si peu nombreux. Qu'est-ce que vous avez fait, vous, pour revenir et pas les autres ?". Finalement, on a été pratiquement culpabilisés. Et là, tout continue. On reprend la vie. Je me suis mariée, j'ai eu des enfants, trois fils. J'ai six petits-fils, j'ai six arrière-petits-fils. Et je suis revenue en premier, parce que personne de ma famille n'est revenu. Mais j'ai quand même réussi à reconstituer une famille, qui a très bien réussi. ».

Après son entretien et celui avec un autre rescapé, Léon Placek, Emmanuel Macron a tweeté : « Être la mémoire de votre mémoire, Esther Senot, Léon Placek, je m'y engage. ».
 


L'après-midi, Emmanuel Macron et son épouse Brigitte ont rejoint de nombreux autres chefs d'État et de gouvernement, en particulier le roi Charles III, le Président ukrainien Volodymyr Zelensky, le Président de la République fédérale d'Allemagne Frank-Walter Steinmeier, etc. pour une grande cérémonie au camp même d'Auschwitz-Birkenau. Là encore, pour ces dirigeants d'État, silence. Pas d'allocution, pas de discours. Juste de l'écoute. Écouter les rescapés encore et toujours. Avant qu'ils ne disparaissent.

C'était l'occasion, pour le chef de l'État français, de tweeter : « À Auschwitz il y a 80 ans, l’humanité déchirait le voile des ténèbres, révélant l’ampleur de la barbarie nazie. "Même la nuit la plus sombre prendra fin et le soleil se lèvera" disait Victor Hugo. La mémoire est notre lumière, notre rempart face à la haine. N’oublions jamais. ».

Après la cérémonie internationale, le Président de la République française s'est rendu au Pavillon français qui existe depuis 1979 avec une exposition permanente en souvenir des victimes françaises de l'Holocauste.


 


Dans "Si c'est un homme", Primo Levi écrivait encore : « Beaucoup d'entre nous, individus ou peuples, sont à la merci de cette idée, consciente ou inconsciente, que "l'étranger, c'est l'ennemi". Le plus souvent, cette conviction sommeille dans les esprits, comme une infection latente ; elle ne se manifeste que par des actes isolés, sans lien entre eux, elle ne fonde pas un système. Mais lorsque cela se produit, lorsque le dogme informulé est promu au rang de prémisse majeure d'un syllogisme, alors, au bout de la chaîne logique, il y a le Lager ; c'est-à-dire le produit d'une conception du monde poussée à ses plus extrêmes conséquences avec une cohérence rigoureuse ; tant que la conception a cours, les conséquences nous menacent. Puisse l'histoire des camps d'extermination retenir pour tous comme un sinistre signal d'alarme. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 janvier 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Auschwitz : soyons la mémoire de leur mémoire !
Auschwitz aujourd'hui.
La Nuit de la Shoah.
Mauschwitz.
Esther Senot.
Pogrom à Amsterdam : toujours la même musique...
Laura Blajman-Kadar.
Le rappel très ferme d'Emmanuel Macron contre l'antisémitisme.
Les 80 ans du Débarquement en Normandie.
Le 8 mai, l'émotion et la politique.
Elie Wiesel.
Robert Merle.
Le calvaire de Simone Veil.
Anne Frank.
Le nazisme.
Mélinée et Missak Manouchian au Panthéon : pluie et émotion !
Hommage du Président Emmanuel Macron à Missak Manouchian au Panthéon le 21 février 2024 (texte intégral et vidéo).
Les Manouchian mercredi au Panthéon.
Loi sur les génocides invalidée : faut-il s'en réjouir ?
Michel Cherrier.
Léon Gautier.
Claude Bloch, passeur de mémoire.









https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250127-auschwitz.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/auschwitz-soyons-la-memoire-de-258943

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/01/27/article-sr-20250127-auschwitz.html


.

Partager cet article
Repost0
18 août 2025 1 18 /08 /août /2025 04:32

« Il est décidé de passer à la phase de sédation. Alain Delon est paisible, serein, ses yeux se ferment mais son cœur bat encore. » ("Paris Match", numéro spécial Alain Delon du 20 août 2024).




 


Le grand acteur Alain Delon est mort il y a un an, dans la nuit du 17 au 18 août 2024, à 3 heures du matin, le cœur s'arrêtant de battre, quelques mois avant ses 89 ans. Il est parti paisiblement, entouré des siens, ses trois enfants, ses deux petits-enfants, au lieu qu'il avait voulu, à savoir, sa maison de Douchy, au domaine de La Brûlerie, dans le Loiret, qu'il avait acquise en 1971 avec Mireille Darc, sa pétillante compagne de l'époque.

Certains avaient polémiqué, il y a quelques années, sur son retour en France alors qu'il était resté longtemps contribuable suisse. Mais quand on commence à partir, à s'évaporer, on se détache de ses affaires matérielles et on revient aux fondamentaux, à ses racines, à sa famille, à son pays.

C'est le numéro spécial sur Alain Delon de l'hebdomadaire "Paris Match", sorti le 20 août 2024 (soixante-sept pages sur l'acteur), qui a raconté la chose. On savait qu'Alain Delon ne voulait aucun acharnement thérapeutique (c'est même illégal de l'imposer depuis la loi Leonetti du 22 avril 2005), et souvent, dans les interviews, et depuis longtemps, l'acteur n'hésitait pas à se dire favorable à l'euthanasie. Pas forcément une loi, non, mais simplement pour lui, il souhaitait décider jusqu'au bout de sa vie (ce qui est aussi orgueilleux que vain, d'une certaine manière, mais correspond assez bien à la réputation du personnage).

Il était atteint d'un lymphome à progression lente, c'est pour cela qu'il a pu prendre les devants et se préparer. Il savait ses journées comptées. C'est pour cela qu'il savait que Noël 2023 était son dernier Noël et il l'avait signalé à ses proches qu'il avait su réunir malgré leurs différences (ou différends ?). Cela fait penser un peu à François Mitterrand à la fin de l'année 1995, quand il a fait sa tournée des adieux avec les fêtes de fin d'année et qu'il a lâché prise au début de l'année suivante.

 


"Paris Match" a ensuite affirmé qu'Alain Delon, qui voulait rester chez lui, avait commencé son grand voyage le 14 août 2024. En effet, ses traitements de sédation profonde et continue ont commencé ce jour-là, soit trois jours avant sa disparition, pour répondre à la douleur qu'il ressentait. Cela s'est fait, le 14 août 2024, en présence de son médecin et de l'administratrice judiciaire chargée de la tutelle. Ses derniers jours se sont passés en présence permanente de sa famille, c'est-à-dire, de ses trois enfants, qui lui ont tenu la main au dernier souffle.

Tableau presque féerique. En fait, il n'y a bien sûr jamais de mort douce, surtout lorsqu'elle est planifiée, elle n'est douce ni pour les proches, ni pour soi-même. C'est au contraire très violent. Il y a en revanche des morts moins atroces que d'autres, et celle d'Alain Delon, endormi dans son sommeil aidé, était exactement ce qu'il avait souhaité.


Ce qui m'a frappé, mais l'émotion de la disparition empêchait peut-être de parler d'autre chose que du grand acteur lui-même, c'est qu'il n'a pas été fait mention, dans la presse de l'époque, l'an dernier, que cette manière de mourir n'était pas due à Alain Delon lui-même et que tout le monde pouvait suivre ce même mode opératoire, puisqu'il s'agissait de l'application de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016.
 


Pourquoi j'insiste sur ce sujet ? Parce que beaucoup de monde croit qu'il faudrait légaliser l'euthanasie active pour partir sereinement et tranquillement comme l'a fait Alain Delon. Ce n'est pas vrai. Il est déjà possible, dans l'état de la législation actuelle, lorsque la situation est atteinte, à savoir une maladie non guérissable et une douleur irrépressible, lorsque les conditions sont réunies, de partir tranquillement, chez soi et entouré de sa famille préalablement prévenue.

Le communiqué officiel des enfants avait donc annoncé le 18 août 2024 à l'AFP : « Alain-Fabien, Anouchka, Anthony ainsi que Loubo, ont l'immense chagrin d'annoncer le départ de leur père. Il s'est éteint sereinement dans sa maison de Douchy, entouré de ses trois enfants et des siens. Il s'en est allé rejoindre Marie parmi les étoiles si chères à son cœur. ». En revanche, la légende, elle, reste bien sur terre. Et les films sont là pour instiller cette petite dose d'immortalité à laquelle tout être ici-bas aspire plus ou moins, et Alain Delon en particulier.



Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 août 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La mort douce d'Alain Delon.
Alain Delon soutenait Raymond Barre.
Le charisme d'Alain Delon : The Girl on a Motorcycle.
Le grand Alain Delon
Affaire Alain Delon : ce que cela nous dit de la fin de vie.
Comment va Alain Delon ?
Sheila.
Nicole Croisille.
Gérard Depardieu.
Philippe Labro.
Jean d'Ormesson.
Josiane Balasko.
Joséphine Baker.
Moonraker.
Gene Hackman.
Pierre Dac.
Bertrand Blier.
Pierre Arditi.
Pierre Palmade.
Carla Bruni.
Valeria Bruni Tedeschi.
Teddy Vrignault.
Pierre Richard.
François Truffaut.
Roger Hanin.
Daniel Prévost.
Michel Blanc.
Brigitte Bardot.
Marcello Mastroianni.
Jean Piat.
Sophia Loren.
Lauren Bacall.
Micheline Presle.
Sarah Bernhardt.
Jacques Tati.
Sandrine Bonnaire.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Marlène Jobert.
Alfred Hitchcock.
Les jeunes stars ont-elles le droit de vieillir ?
Charlie Chaplin.


 






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250818-alain-delon.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-mort-douce-d-alain-delon-256864

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/08/13/article-sr-20250818-alain-delon.html







.

Partager cet article
Repost0
19 juillet 2025 6 19 /07 /juillet /2025 04:31

« C’est une journée exceptionnelle aujourd’hui pour ma famille, mes proches, tous ceux qui m’ont soutenu. » (Serge Atlaoui, le 18 juillet 2025).



 


Le jour J est arrivé. J comme... vendredi 18 juillet 2025, dans la matinée, à Chauconin-Neufmontiers, une commune de Seine-et-Marne. À sa sortie de la prison de Meaux, Serge Atlaoui, artisan soudeur de 61 ans, a été accueilli par les médias... et par son avocat Richard Sédillot. Grande émotion. Il revient de loin.

La décision a été prise par le tribunal de Melun le lendemain du 14 juillet 2025, probablement après un échange entre Emmanuel Macron et son homologue indonésien, Prabowo Subianto, invité d'honneur pour notre fête nationale. Condamné à mort pour trafic de drogue par la justice indonésienne, sur le point d'être exécuté en avril 2015, Serge Atlaoui est plutôt une victime qu'un coupable, victime d'une crédulité, victime d'une naïveté, celle de croire qu'il pouvait gagner beaucoup d'argent avec son travail qui, d'ordinaire, le rémunérait moyennement.

Le risque qu'il avait pris, qu'il avait compris, c'était du travail dissimulé dans un pays lointain, loin de sa Lorraine, il est originaire de Metz, en Indonésie. Se faire un peu d'argent pendant quelque temps, avec une expérience internationale, et revenir.


Le risque qu'il n'avait pas compris, c'est qu'il allait travailler pour des trafiquants de drogue. Les machines qu'il entretenait, qu'il maintenait en état de marche, ce n'était pas pour faire un produit chimique quelconque, de l'acrylique, mais un produit synthétique de stupéfiants pour dealers. L'argent facile n'existe pas : plus haut un métier est rémunéré, plus haut, en principe, est le risque pris. Les entrepreneurs le savent bien.

Alors, lorsque les juges indonésiens ont considéré qu'il était le chimiste de la bande de trafiquants qui venait d'être arrêtée, il aurait rigolé si sa vie n'était pas mise en danger. Lui, il est soudeur, pas chimiste. Il cherchait juste un coin de soleil sur cette terre. Comme Mary Jane Veloso. Les trafiquants profitent souvent de la crédulité de ceux qui cherchent un emploi mieux rémunéré que l'actuel.
 


Serge Atlaoui s'est marié et a même eu des enfants pendant qu'il était en détention, depuis près de vingt ans. Sa femme Sabine ne l'a jamais abandonné et il fallait s'accrocher pour y croire, pour croire que l'injustice capitale allait être réparée, rectifiée plutôt. Quand il est sorti de sa prison, Serge Atlaoui a déclaré : « Jamais je n’aurais cru que ça arriverait (…), il était temps, après vingt ans ! ». Et pourtant, depuis ce temps-là, il n'avait jamais lâché son espoir, jamais abandonné son espoir.
 


Après avoir été condamné à la réclusion à perpétuité, son second procès a abouti à la peine de mort en 2007, à un moment qui allait devenir critique en 2014 lorsque le nouveau Président indonésien a suspendu le moratoire des exécutions pour lutter contre les trafiquants de drogue. Résultat, lors de la deuxième série d'exécutions, il était prévu d'y inclure Serge Atlaoui en avril 2015. Son nom a été retiré in extremis, mais il était prévu pour la série suivante, en juillet 2016, avec même quelques pressions diplomatiques exercées par l'Indonésie sur le Parlement français lors de l'adoption d'une loi qui allait fortement taxer les produits à l'huile de palme, principal produit d'exportation de l'Indonésie. Résultat, les parlementaires ont oublié de maintenir cette mesure et Serge Atlaoui est resté dans sa cellule pendant que d'autres condamnés à mort se sont retrouvés devant le peloton d'exécution.

Par la suite, la détention de Serge Atlaoui semblait plus une monnaie d'échange diplomatique qu'autre chose. Le gouvernement français, pendant ce temps, est resté très discret (pas question d'être arrogant avec la justice d'un grand pays d'Asie), mais toujours actif pour tenter de rapatrier son ressortissant. L'élection d'un nouveau Président en novembre 2024 a tout débloqué. Le soudeur français pouvait être soulagé même s'il allait devoir encore attendre un peu, car pour garder les formes, les décisions de justice sont souvent longues.


Décision de la justice indonésienne de retour en France en gardant la condamnation, décision de la justice française de requalification de la peine dans la mesure où la peine de mort a été abolie, décision enfin de libération conditionnelle selon les pratiques habituelles de la justice d'application des peines. Cinq mois et demi entre son retour en France et sa libération, c'est honnête, c'est décent pour la justice indonésienne.

Sa femme Sabine est heureuse, bien sûr, et a confié sur RTL : « Il va respirer une liberté attendue, espérée depuis tant d’années (…). Se dire qu’il est de retour, qu’il va être auprès de nous à nouveau dans notre quotidien, c’est tellement incroyable que je le réalise sans le réaliser. Je vais redécouvrir mon mari et à l’inverse, il va me redécouvrir. Il y a vingt ans quand même, donc on va se reconstruire. Tout le monde va devoir apprendre à vivre normalement. ». Elle a ajouté : « Très clairement, le travail diplomatique durant toutes ces années a fait revenir mon mari et a pu faire en sorte qu’en France, on puisse avoir une issue de liberté pour nous. ».

 


Son avocat Richard Sédillot est venu le chercher devant sa prison : « Imaginer qu’il y a quelques années, il était au bord de la mort, que son cercueil avait été fabriqué, qu’on nous annonçait déjà qu’il allait être exécuté (…), je me dis aujourd’hui que la persévérance et le travail payent. ».

Le voilà donc libre, après plus de dix-neuf ans et demi de détention en Indonésie (depuis novembre 2005) puis en France (à partir février 2025). Le retour au monde réel va sans doute être très difficile pour lui, mais il aura la joie de retrouver une famille unie qui l'a toujours attendu. Bon vent, Serge, et bon courage pour la suite !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Serge Atlaoui libre !
La libération tant attendue de Serge Atlaoui.
La nouvelle peine de Serge Atlaoui.
Serge Atlaoui en France !
Jour J de joie pour Serge Atlaoui !
Soulagement pour Serge Atlaoui de retour en France le 4 février 2025.
L'espoir justifié de Serge Atlaoui.
Cadeau de Noël pour Mary Jane Veloso.
Enfin une bonne nouvelle pour Serge Atlaoui ?
Majid Kavousifar.
Varisha Moradi.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Une lueur d’espoir pour Serge Atlaoui ?
Taxe Nutella : Serge Atlaoui, otage de l’huile de palme ?
Vives inquiétudes pour Mary Jane Veloso.
Le cauchemar de Serge Atlaoui.
Peine de mort pour les djihadistes français ?

 

 

 

 

 


https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250718-serge-atlaoui.html

https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/serge-atlaoui-libre-262186

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/19/article-sr-20250718-serge-atlaoui.html


.

 

 

 

 

 

Partager cet article
Repost0
9 juillet 2025 3 09 /07 /juillet /2025 04:36

« Prions pour les malades abandonnés et qu’on laisse mourir. Une société est humaine si elle protège la vie, de son début jusqu’à sa fin naturelle, sans choisir qui est digne ou non de vivre. Que les médecins servent la vie, qu’ils ne la suppriment pas. » (10 juillet 2019).



_yartiFinDeVie2015AG03
Ces quelques mots ont été prononcés par le pape François il y a six ans et évoquaient la situation terrible de Vincent Lambert. Ce dernier est mort le 11 juillet 2019 par ce qu'on pourrait appeler de l'euthanasie passive.

D'une personne pleine et entière, malgré sa grave situation de handicap, Vincent Lambert est devenue une "affaire", une affaire judiciaire mais aussi une affaire médiatique. À cause d'un accident, il était dans un état pauci-relationnel, c'est-à-dire qu'il ne savait pas s'exprimer, et on ne savait pas s'il pouvait entendre, ressentir, voir, etc. Certains, dont la considération portée à l'humain pourrait prêter à interrogation, parlaient d'un "légume", comme si le végétal devait toujours passer à la casserole.


Comme deux mille autres personnes, Vincent Lambert était simplement une personne humaine, avec toute sa dignité, qui reste inconditionnelle, intrinsèque à lui-même, était simplement une personne à situation de grand handicap. Il était capable de respirer tout seul, il n'avait aucun besoin d'appareil de réanimation, de respiration. En revanche, n'ayant pas été rééduqué pour déglutir (parce qu'on lui a interdit les services d'un kinésithérapeute), il avait besoin d'aide pour se nourrir et s'hydrater, ou plus facilement, d'une sonde gastrique.

Avant son accident, il n'avait rédigé aucune directrice anticipée, malgré sa profession qui lui permettait pourtant de connaître le milieu des soignants à l'hôpital et de plus anticiper sur ce cas imprévu et improbable qu'il a connu, celui de l'incapacité à s'exprimer. Concrètement, on ne sait pas ce qu'il aurait voulu dans cet état, rester en vie dans l'espoir d'être plus réveillé, de voir son état progresser, voire d'imaginer la médecine progresser pour mieux l'aider, ou en finir avec cette vie que certains s'autorisaient à dire inutile, affreuse ? Sa mère pensait la première option, et sa femme la seconde. Qui avait raison ? Personne évidemment.


La mort de Vincent Lambert a été programmée, elle a été le résultat de nombreuses procédures judiciaires qui ont finalement abouti à l'application de la loi Claeys-Leonetti du 2 février 2016, à savoir, la sédation profonde et continue jusqu'au décès. Elle a duré quelques jours. Pour certains, c'étaient des jours de trop, ils auraient préféré une injection létale, pensant que ce serait moins d'hypocrisie. Parler d'hypocrisie dans une telle situation, quelle arnaque intellectuelle ! Refuser de tuer les patients, ce qui est le cadre normal de la loi (il est interdit de tuer) et de celui de plusieurs religions (tu ne tueras point), n'a rien d'hypocrite. Ouvrir la porte, ouvrir la boîte de Pandore du permis de tuer aura des conséquences très fâcheuses pour la société. Tuer le malade ne peut pas être une solution pour tuer la maladie, sinon déclarer forfait.

L'un des deux auteurs de la loi Claeys-Leonetti mais également l'auteur de la précédente loi, la loi Leonetti du 22 avril 2005, l'actuel maire LR d'Antibes Jean Leonetti, ancien ministre et ancien député, a résumé la terrible conclusion de cette "affaire" le jour-même, le 11 juillet 2019 dans "Le Monde", rédigé avant et publié après la mort de Vincent : « Sa vie et sa mort, qui auraient dû rester dans le domaine de l’intime, dans le doute de la complexité et le respect de la souffrance et du deuil, se sont abîmés dans la lumière aveuglante des médias, la simplification émotionnelle, la violence des mots et l’affrontement devant la justice d’une famille déchirée. Le cas de Vincent Lambert est moins un problème médical qu’un problème familial dans lequel se mêlent le sublime de la tragédie grecque et le sordide de l’image et des formules impudiques. ».

Jean Leonetti, qui ne souhaitait pas légaliser l'euthanasie active, estimait au contraire que Vincent Lambert pouvait partir avec ses lois. Paradoxe pour soutenir l'efficacité de son dispositif législatif qui évitait justement d'en arriver à l'euthanasie active.


La réalité, c'est que Vincent Lambert était dans une situation de grave handicap, certes, enviable par personne, mais n'était pas en fin de vie, il n'était pas en stade terminal d'une maladie, et en plus, il n'avait pas émis de volonté (claire) de quitter ce monde qui l'a tristement amputé de sa vivacité.

_yartiFDV2019CU02

C'était ce qu'a voulu exprimer le romancier Michel Houellebecq particulièrement écœuré par cette polémique médiatisée dans le même journal, "Le Monde" du 11 juillet 2019 (toujours rédigé avant et publié après la mort de Vincent) : « Vincent Lambert (…) aurait dû savoir (…) que l’hôpital public avait autre chose à fo*tre que de maintenir en vie des handicapés (aimablement requalifiés de "légumes"). L’hôpital public est sur-char-gé, s’il commence à y avoir trop de Vincent Lambert, ça va coûter un pognon de dingue (on se demande pourquoi d’ailleurs : une sonde pour l’eau, une autre pour les aliments, ça ne paraît pas mettre en œuvre une technologie considérable, ça peut même se faire à domicile, c’est ce qui se pratique le plus souvent, et c’est ce que demandaient, à cor et à cris, ses parents). Mais non, en l’occurrence, le CHU de Reims n’a pas relâché sa proie, ce qui peut surprendre. Vincent Lambert n’était nullement en proie à des souffrances insoutenables, il n’était en proie à aucune souffrance du tout. Il n’était même pas en fin de vie. Il vivait dans un état mental particulier, dont le plus honnête serait de dire qu’on ne connaît à peu près rien. ».

En évoquant l'aspect financier, Michel Houellebecq a bien sûr appuyé là où cela risquait de faire mal. J'évoquerai ultérieurement cet aspect très important (dans un prochain article). Il évoquait aussi l'organisation des hôpitaux, et cela avant la crise du covid-19.

Pour beaucoup de promoteurs d'une loi permettant l'euthanasie, le "cas" de Vincent Lambert était une raison pour "avancer" plus dans la mise à mort légale des patients. Eh bien, ce sera pour eux une déception de savoir que la proposition de loi Falorni, adoptée en première lecture le 27 mai 2025 par l'Assemblée Nationale, n'aurait pas pu venir en "aide" (si on peut appeler cela une aide, mais l'intitulé-même de la proposition est "aide à mourir") si elle avait été applicable à l'époque.

Mais en fait, comme l'a rappelé Jean Leonetti, aucune loi n'aurait réglé le sort de Vincent Lambert pour la bonne raison que la famille était profondément divisée sur la marche à suivre. La justice, mais aussi la loi ne servent que lorsqu'il y a un désaccord, une confrontation entre deux options. Certes, l'État peut statuer seul, peut juger, condamner même quand tout le monde est d'accord (après tout, le meurtre d'une personne pourrait recueillir l'unanimité, ce serait effrayant mais pas impossible), mais en général, la justice est là pour départager, et la loi donne la clef du partage.


Ici, lorsqu'on est dans l'intime, dans le secret des consciences, lorsque chaque "cas" est un cas particulier et qu'il n'existe aucun cas général, la loi serait d'une piètre utilité. Car la proposition Falorni insiste bien qu'il s'agit d'un acte volontaire, d'une volonté exprimée avec l'esprit éclairé. Donc, Vincent Lambert qui aurait été incapable d'exprimer son envie (ou pas) d'en finir de manière autonome, sans pression venue de nulle part, n'aurait pu "bénéficier" de cette proposition de loi si elle avait été applicable à l'époque.

Plus généralement, lorsque deux proches revendiquent des options diamétralement opposées, aucune loi ne serait en mesure de les départager et la faute qu'il a été commise à l'époque, c'est qu'au bénéfice du doute, la décision la moins irréversible aurait dû être adoptée, faute de mieux. C'est-à-dire le maintien en vie qui, j'insiste, dans le cas de Vincent Lambert, ne constituait pas un acharnement thérapeutique puisqu'il n'avait pas besoin d'appareillage pour vivre (seulement une aide pour boire et se nourrir par difficulté de déglutition, comme des dizaines de milliers de personnes dans notre pays).

Nous pourrons hélas nous donner rendez-vous un peu plus tard : c'est justement parce que la future loi probablement adoptée définitivement dans quelques mois ne s'appliquera pas à un nouveau "cas" encore très médiatisé et très émouvant qu'on voudra déjà la compléter pour englober des "cas" qui en étaient exclus. Et ainsi de suite. La boîte de Pandore aura été ouverte et il suffira simplement d'ouvrir un peu plus le couvercle.

Aujourd'hui, Vincent Lambert est oublié et c'est peut-être mieux ainsi pour lui et sa famille. Il repose en paix mais n'aura pas été "délivré" ; au contraire, mort, il est encore plus "enfermé" que vivant. Je salue toutefois sa mémoire et le fait qu'il a été la preuve vivante que, même dans son état aussi diminué, que personne ne souhaite vivre, il a été au cœur de l'un des débats publics les plus importants et les plus passionnants du premier quart de ce siècle.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2025)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Euthanasie 2025 (5) : Vincent Lambert et la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Vincent Lambert, meurtre d’État, euthanasie, soutien aux plus fragiles…
Vincent Lambert au cœur de la civilisation humaine ?
Euthanasie 2025 (4) : adoption de la proposition de loi relative à "l'aide à mourir".
Euthanasie 2025 (3) : l'examen de la proposition Falorni à l'Assemblée.
Euthanasie 2025 (2) : l'inquiétude des religions.
Euthanasie 2025 (1) : quelle société humaine voulons-nous ?

 


_yartiFinDeVie2015ZF06





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20250711-vincent-lambert.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/euthanasie-2025-5-vincent-lambert-261030

http://rakotoarison.hautetfort.com/archive/2025/07/09/article-sr-20250711-vincent-lambert.html



.

Partager cet article
Repost0


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).