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13 août 2016 6 13 /08 /août /2016 06:08

« Quand cette guerre sera finie, commencera pour moi une guerre plus importante, plus longue : celle que je vais mener contre les Nord-américains. Je suis certain que cela sera mon véritable destin. » (Fidel Castro, le 6 juin 1958).


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C’est ce samedi 13 août 2016 que l’ancien chef de l’État cubain Fidel Castro fête ses 90 ans. Une performance pour un homme dont les rumeurs de décès convergent depuis plus d’une dizaine d’années. Il aura survécu à l’un de ses disciples les plus fidèles, Hugo Chavez.

Fidel Castro, l’un des derniers monstres sacrés de la guerre froide, arrivé au pouvoir par les armes et tenant son pays d’une main de fer du 8 janvier 1959 au 24 février 2008, fut le représentant de l’une des dernières dictatures communistes du monde moderne, après la chute de l’Union Soviétique, aux côtés du communisme capitaliste de la Chine et du communisme autiste de la Corée du Nord.

Après avoir pris la tête, le 2 décembre 1956, des révolutionnaires, aux côtés d’Ernesto Guevara, contre le général Fulgencio Batista (au pouvoir après le coup d’État du 10 mars 1952 ; auparavant à la tête du pays du 15 janvier 1934 au 10 octobre 1944), Fidel Castro fut pendant une cinquantaine d’années à la fois Premier Ministre de Cuba, Président du Conseil d’État de la République de Cuba et premier secrétaire du Parti communiste de Cuba (jusqu’au 19 avril 2011).

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Avant sa prise de pouvoir, Fidel Castro était perçu aux États-Unis comme le protecteur de la démocratie face à un dictateur militaire de moins en moins fiable économiquement (Fidel Castro se définissait lui-même comme jeffersonien). Les États-Unis ont d’ailleurs reconnu parmi les premiers pays le nouveau régime dès le 7 janvier 1959, mais ils ont évolué très rapidement dans leur appréciation et se sont opposés au régime castriste à partir du 17 mars 1960, sans beaucoup de succès (avec, entre autres, l’échec humiliant de la baie des Cochons le 19 avril 1961). Initialement nationaliste, la révolution cubaine s’est alors transformée au début des années 1960 en régime communiste en faisant allégeance à l’Union Soviétique en échange de ses aides financières.

Même si à son actif, on parle souvent du système de santé (baisse drastique de la mortalité infantile) et du système d’éducation (baisse de l’illettrisme), le bilan humain de Fidel Castro est très lourd. Rien qu’en 1960, la répression qu’il avait ordonnée a entraîné l’arrestation de 70 000 prisonniers politiques et 631 condamnations à mort (146 personnes furent exécutées). Dans les années 2000, il y avait environ 300 prisonniers politiques. Encore aujourd’hui, plus de 20 000 Cubains s’expatrient chaque année aux États-Unis.

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C’est pour des raisons de santé (tombé gravement malade le 27 juillet 2006) qu’il a laissé le pouvoir à son petit frère, Raul Castro (85 ans), Ministre des Forces armées révolutionnaires du 15 février 1959 au 24 février 2008 (commandant de la révolution à partir du 27 février 1958) et Président par intérim à partir du 31 juillet 2006, il y a juste dix ans (puis définitif à partir du 24 février 2008) : « Mon devoir élémentaire consiste à ne pas m’accrocher à des fonctions et a ne pas non plus faire obstacle à l’émergence de personnes plus jeunes. » (18 décembre 2007). À son tour, Raul Castro a décidé de quitter le pouvoir le 24 février 2018, soit à la fin de son second mandat de cinq ans (il aura alors 86 ans).

Fidel Castro est l’objet autant d’une forte admiration par les uns que d’une forte détestation par les autres. Sa survie ces dernières années (même s’il a quitté le pouvoir) lui a permis de vivre un incroyable retour diplomatique après un isolement d’un demi-siècle : le 17 décembre 2014, les États-Unis et Cuba ont en effet annoncé la reprise de leurs relations diplomatiques qui s’est traduite par l’installation réciproque d’ambassades le 20 juillet 2015. Dès le 11 mai 2015, le Président français François Hollande s’est rendu à Cuba et a notamment salué le vieux Fidel Castro qui, au cours de son existence, a rencontré de nombreux dirigeants du monde, en particulier le pape Benoît XVI, Nelson Mandela, Cristina Kirchner, Vladimir Poutine et Hugo Chavez. La consécration de la normalisation des relations entre les deux pays voisins a eu lieu le 20 mars 2016 avec la visite officielle du Président américain Barack Obama à La Havane.

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Deux journalistes canadiens ont dressé un profil psychologique de Fidel Castro. Avec son collègue Martin Movilla, de Radio-Canada International, Jean-Michel Leprince a décrit "El Comandante" ainsi : « Ce qui se dégage de notre travail, c'est le portrait d'un homme intrépide, impétueux mais calculateur, colérique mais qui sait se calmer. Quelqu'un qui n'entreprend rien à moitié et qui va jusqu'au bout extrême, son plus grand défaut, nous dit un collaborateur de longue date, car il ne sait pas s'arrêter. Têtu jusqu'à l'obstination, il veut toujours avoir raison. Il refuse de perdre et parvient à retourner des défaites en victoires. » (15 septembre 2015). Grâce à leur ténacité, ces deux journalistes ont même réussi à obtenir le film de la signature de renonciation à son pouvoir sur son lit d’hôpital.

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L’écrivain colombien Gabriel Garcia Marquez (1927-2014), Prix Nobel de Littérature, a parlé de lui comme d’un grand séducteur très cultivé : « Sa dévotion est au mot. Son pouvoir est à la séduction. Il va chercher les problèmes là où ils sont. L’impulsion de l’inspiration est l’un des traits principaux de son caractère. (…) Il a arrêté de fumer pour avoir l’autorité morale de combattre l’addiction au tabac. (…) Sa patience est invincible. Sa discipline est de fer. La force de son imagination le pousse jusqu’aux limites de l’imprévu. (…) L’essence de sa propre pensée pourrait résider dans la certitude que, si l’on entreprend un travail de masse, il est fondamental de s’intéresser aux individus. Cela pourrait expliquer la confiance absolue qu’il place dans le contact direct. » (19 février 2008).

Et l’écrivain de préciser : « Son aide suprême est sa mémoire et il l’utilise, jusqu’à en abuser, pour soutenir des discours ou des conversations privées avec un raisonnement implacable et des opérations arithmétiques d’une rapidité incroyable. (…) Un homme aux habitudes austères et aux illusions insatiables, qui a  reçu une éducation formelle à l’ancienne, utilisant des mots prudents et des tons contenus, et qui est incapable de concevoir toute idée qui n’est pas colossale. ».

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Le 8 janvier 1985, le journaliste Jean-Pierre Clerc a brossé un portrait du "Lider Maximo" pour "Le Monde" : « Il n’y a sans doute pas un Cubain qui n’ait pas eu, plusieurs fois dans sa vie, l’occasion de voir Fidel de près, de lui parler, d’être écouté de lui, de l’entendre, familier, chaleureux, intéressé, compétent souvent, note un Français. Pour être "anormal" (…), ce mode de gouvernement direct fait certainement toute la différence avec le pouvoir glacé des hiérarques soviétiques. (…) Quel ministre étranger en visite à Cuba ne s’est pas laissé éblouir par les attentions, inattendues, dont il a été l’objet ? ».

Mais d’ajouter : « Doit-on préciser qu’il n’y a pas d’opposition à Cuba ? Certes, des événements comme ceux de 1980, qui virent, en six mois, 125 000 citoyens quitter le pays à bord d’embarcations venues de Floride les quérir au port de Mariel montrent bien qu’une frange non négligeable de la population supporte plus qu’elle n’approuve. » (Jean-Pierre Clerc).

Aujourd’hui, les dirigeants du monde se pressent pour venir le saluer comme un sorte de dinosaure anachronique de la vie internationale (souvent, ces dirigeants étaient à peine nés que Castro était déjà maître de Cuba). À l’image d’un vieux patriarche qui a sagement abandonné le pouvoir (sagement mais nécessairement aussi en raison de sa santé), Fidel Castro n’en demeure pas moins un dictateur à la retraite qui voudrait finir bien, un peu à l’instar d’un Jaruzelski ou d’un Pinochet


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 août 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nelson Mandela.
Fidel Castro.
Rencontre avec Trump ?
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Staline.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160813-fidel-castro.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/fidel-castro-dictateur-a-la-183656

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/08/13/34181641.html



 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Histoire politique
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