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23 février 2007 5 23 /02 /février /2007 23:48
La semaine qui vient de se terminer était essentiellement la semaine de François Bayrou. On a dit que c’était aussi celle de Ségolène Royal, mais en fait, alors que la seconde, qui a commencé en beauté avec sa prestation réussie sur TF1, finit dans le reliquat des éléphants, le premier termine en beauté avec son programme économique.

Mais reprenons les sondages.

Dans le cas où il est présent au second tour, Bayrou bat de plus en plus nettement les deux autres candidats qui focalisent contre eux une forte répulsion.

Ce qui donne à penser à un universitaire que Sarkozy et Royal ont tout intérêt à se ménager mutuellement pour être sûrs de rester présents tous les deux au second tour et éviter de laisser Bayrou engranger leurs pertes (1).

Au premier tour, Royal remonte jusqu’à aller devant Sarkozy. Mais ce qui est remarquable, c’est que Bayrou continue aussi de monter malgré la remontée de Royal.

En effet, quatre sondages cette semaine confirme la lente progression de François Bayrou dans les esprits, puisqu’il est crédité de 15% à 17% même, score qui avait permis à Jean-Marie Le Pen d’être présent au second tour. Si les personnes proches de la gauche sont revenues vers Royal, d’autres proches de la droite commencent à s’inquiéter des promesses démagogiques de Sarkozy et se disent que le discours de Bayrou est raisonnable.

Le 22 février 2007, un groupe de hauts fonctionnaires socialistes rejoignaient François Bayrou pour soutenir son projet politique (2).

Quel est-il ?

Qu’il faut réconcilier la droite et la gauche et qu’il faut faire travailler les personnes de bonne volonté. Une écrasante majorité du pays le souhaite (entre 70 et 83% selon les sondages).

À cela, les partisans des deux autres grands candidats opposent de la résistance.

D’une part, à gauche, on rappelle que Bayrou provient de la droite avant tout, que les élus de son parti, l’UDF, sont désignés grâce à une majorité axée à droite, et que la plupart des collectivités locales bénéficient d’une alliance entre l’UDF et l’UMP, dans l’exécutif ou dans l’opposition.

C’est évidemment vrai, puisque justement depuis quatre décennies, le pays subit la bipolarisation, pas seulement du fait du scrutin majoritaire rétabli en 1958 et de l’élection présidentielle directe en 1962, mais aussi du programme de l’union de la gauche adopté en 1971. Mais c’est justement ce à quoi François Bayrou voudrait mettre fin, et pour cela, il faut bien rompre les comportements antérieurs.

Par ailleurs, en refusant obstinément la dilution de l’UDF dans l’UMP alors que la plupart des notables UDF, avides de postes ministériels et de sièges parlementaires, se ruaient vers l’UMP entre les deux tours de la précédente élection présidentielle, Bayrou a également montré son indépendance stratégique en refusant de voter les derniers budgets et même, en votant la censure.

D’autre part, à droite, les arguments fusent également. Par exemple, Jean-Claude Gaudin explique que le principe de la Ve République empêche cette troisième voie si courante dans les républiques précédentes.

En fait, c’est ce même Jean-Claude Gaudin qui était un conseiller municipal centriste dans la majorité de Gaston Defferre à Marseille et qui a dû s’opposer à lui aux municipales de 1971 pour cause de programme commun de la gauche.

C’est aussi à cette époque que le PSD s’était créé, issu des socialistes qui refusaient l’alliance avec les communistes, et qui fut mené par Max Lejeune puis André Santini jusqu’à l’UDF, ce même André Santini qui avait défié l’UMP aux régionales franciliennes de mars 2004 et qui pourtant maintenant soutient Nicolas Sarkozy.

L’argument généralement avancé par l’UMP est que François Bayrou n’aura pas de majorité parlementaire. Mais cet argument aurait été tout aussi valable pour Valéry Giscard d’Estaing en 1974 (qui ne disposait que d’un petit parti peu représenté à l’Assemblée Nationale) et pour Jacques Chirac en 1995 (où la majorité parlementaire était acquise au candidat Édouard Balladur).

La réalité, c’est que les institutions de la Ve République rend prééminente la fonction présidentielle, et à partir du moment où l’UDF est capable de se présenter dans toutes les circonscriptions (ce qui est le cas), François Bayrou pourrait alors demander au pays d’avoir une majorité.

Certes, une majorité absolue de députés UDF est quasiment inconcevable, et c’est même souhaitable que l’arithmétique oblige cette union nationale. Car sans cette arithmétique, le PS ou l’UMP pourraient refuser de jouer le jeu.

François Bayrou serait alors bien placé pour réussir l’ouverture que François Mitterrand avait fait exprès d’échouer pour ne faire que du débauchage individuel.

Le dernier argument est le suivant : si une majorité UMP-UDF-PS pro-européenne gouvernait le pays, cela laisserait forcément au FN et à l’extrême gauche un immense espace politique.

Mais finalement, en 2002, c’était bien ce clivage qui fut réalisé au second tour avec le duel entre Chirac et Le Pen. Et avec 82%, Jacques Chirac n’a pas compris qu’il était temps de ressouder la nation.

Bien que soutenant Dominique Voynet, Daniel Cohn-Bendit, écologiste pro-européen, a déclaré que le projet de François Bayrou permettait la réconciliation nationale, et a prôné une alliance entre l’UDF, le PS et les Verts.

Et il a remarqué aussi que soit Bayrou était élu, soit il aurait beaucoup de mal à exister encore après l'élection d'avoir tant défié l'ordre établi.

Un peu comme le Chevalier Bayard, si aimé des Dauphinois, qui proclama quelques minutes avant sa mort : « Je n'ai jamais tourné le dos devant l'ennemi, je ne veux pas commencer à la fin de ma vie.».

Simple, proche des gens, accessible (3), le Chevalier Bayrou réussira-t-il à conquérir Paris malgré ses origines proches de Henri IV ?


(1) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=19680
(2) http://www.liberation.fr/rebonds/236578.FR.php
(3) http://www.memoire-vive.org/archives/001296.php
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