Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
24 juillet 2019 3 24 /07 /juillet /2019 03:58

« La liberté est le pain que les peuples doivent gagner à la sueur de leur front. » (Félicité Robert de Lamennais, 1834).


_yartiLiPengB01

L’un des dirigeants chinois les plus importants de l’après-Mao, Li Peng est mort ce lundi 22 juillet 2019 à Pékin, à l’âge de 90 ans (il est né le 20 octobre 1928 à Chengdu). Pour l’histoire, il restera le boucher de Tiananmen, qui prit la pleine responsabilité du massacre du 4 juin 1989 après près de deux mois de manifestations pacifiques sur la principale place de Pékin.

Même si la responsabilité finale de la boucherie est revenue à Deng Xiaoping lui-même, qui craignait que le désordre politique allât mettre en péril ses réformes économiques, ce qui était d’ailleurs paradoxal puisque ces réformes prônaient une certaine ouverture vers le monde extérieur, Li Peng fut toujours considéré comme un conservateur, au point qu’il était lui-même en opposition avec Deng sur le plan économique, cherchant à renforcer ou à maintenir la planification dans l’économie chinoise.

Li Peng a été au sommet du pouvoir dans la Chine populaire pendant une dizaine d’années : il fut Premier Ministre du 24 novembre 1987 au 17 mars 1998, puis, en voie de placardisation (au cause de la limitation à deux mandats de cinq ans, à l’instigation du Président Jiang Zemin), il fut Président de l’Assemblée nationale populaire du 15 mars 1998 au 15 mars 2003. Son influence politique se prolongea cependant jusqu’au 22 octobre 2007, en raison de la présence d’un de ses proches, Luo Gan (84 ans), au sein du comité permanent du bureau politique du parti communiste chinois (PCC), qui occupait la fonction stratégique de secrétaire de la commission des Affaires politiques et juridiques du PCC.

_yartiLiPengB03

Bien que conservateur et contre les réformes économiques qui ont fait de la Chine l’un des pays les plus puissants du capitalisme mondial quelques décennies plus tard, Li Peng a dirigé un pays qui fut dans une croissance économique exceptionnelle (à deux chiffres) tandis que les pays européens étaient en pleine crise. Dans sa "retraite" après 1998, Li Peng s’est préoccupé de la bonne avancée de la construction du monumental barrage des Trois-Gorges, barrage très contesté (le plus grand du monde), évoqué notamment par l’excellent film chinois "Les Éternels".

Li Peng aura survécu trente années à la répression de Tiananmen. Au moment où il quitte ce monde, un autre vent de liberté s’est levé. Deng Xiaoping avait choisi l’option du carnage pour qu’il fût exemplaire et que le peuple chinois ne se risquât plus à réclamer sa liberté politique. Il a fallu aussi trente ans pour que ce peuple ressortît avec courage défier le pouvoir chinois central. En fait, ce n’est pas vraiment le même "peuple" puisqu’il s’agit d’une ancienne colonie anglaise.

_yartiLiPengB02

En effet, le territoire de Hongkong, qui compte aujourd’hui 7,5 millions d’habitants, anciennement britannique, fut rétrocédé à la Chine populaire le 1er juillet 1997 après l’accord passé entre le Royaume-Uni et la Chine le 19 décembre 1984. La rétrocession s’est réalisée au cours d’une cérémonie officielle en présence du Prince Charles. Hongkong est alors devenu une région administrative spéciale avec une grande autonomie par rapport au reste de la Chine populaire. Chaque 1er juillet, des dizaines de milliers d’habitants ont l’habitude de manifester pour maintenir une organisation démocratique (jusqu’à 500 000 manifestants le 1er juillet 2014).

La Chef de l’Exécutif de Hongkong depuis le 1er juillet 2017 (élue le 26 mars 2017, Carrie Lam a présenté le 29 mars 2019 un amendement à la loi d’extradition qui romprait avec l’indépendance du système judiciaire de Hongkong (les justiciables hongkongais pourraient ainsi être jugés en Chine continentale), ce qui remettrait en cause de manière grave l’autonomie du territoire. L’idée était de formaliser une coopération judiciaire entre Hongkong, la Chine continentale, Macao (une autre région administrative spéciale de la Chine) et Taiwan. Des manifestations pacifiques ont commencé dès que l’idée de cet amendement fut émise, en février 2019, pour s’y opposer. La première importante a eu lieu le 31 mars 2019. L’examen en première lecture de cet amendement a eu lieu le 3 avril 2019 par le Conseil législatif. Une autre manifestation s’est déroulée le 28 avril 2019.

Le 9 juin 2019, les manifestations ont rassemblé plus d’un million de personnes mais Carrie Lam a annoncé qu’elle ne reculerait pas en maintenant l’examen en deuxième lecture de la loi au 12 juin 2019. La fermeté de l’administration a provoqué une manifestation de près de deux millions de personnes le 16 juin 2019, mais elle avait cependant cédé en reportant finalement l’examen de la loi (le Conseil législatif était alors fermé à cause des manifestations), sans pour autant y renoncer.

La poursuite des grandes manifestations a conduit Carrie Lam à finalement renoncer à ce projet d’amendement le 8 juillet 2019, également à présenter ses excuses, mais les revendications des manifestations ont évolué en réclamant sa démission.

Pour l’instant, les manifestations sont restées heureusement pacifiques, accompagnées parfois de grèves, et si les forces de l’ordre ont réagi (on a déploré près de 150 blessés, dont 22 policiers, et une cinquantaine de personnes arrêtées), la situation était pour l’instant pacifique, bien que très tendue. Toutefois, la manifestation du 21 juillet 2019 a connu de grandes violences provenant de groupes mafieux qui auraient été soutenus par des pro-gouvernementaux pour réprimer des militants pro-démocratie (près d’une cinquantaine de blessés par triques et cannes). Un député a aussi menacé de mort un autre député au cours d’un débat télévisé le 23 juillet 2019 (la tombe des parents du député menaçant a été alors vandalisée en réaction à cet échange télévisé).

Par ailleurs, au moins cinq manifestants se sont suicidés pour cette cause du 15 juin au 22 juillet 2019, des jeunes gens âgés de 22 à 35 ans, dont trois femmes (Ling-Kit Leung, Hiu-Yan Lo, Hang-Yan Wu, Mak et Yuen-Chung Fan).

Ce qui n’était qu’une disposition judiciaire pour éviter l’impunité de criminels qui se seraient réfugiés à Hongkong a pris dès le début une tournure politique essentielle. Pour beaucoup de manifestants, cet amendement (désormais abandonné) aurait été le cheval de Troie d’une reprise en main de la Chine continentale sur la Justice hongkongaise. Mais comme dans tout conflit, les revendications vont désormais plus loin en demandant la démission du pouvoir. Ce qu’il se passe à Hongkong est donc, en quelques sortes, un début de renaissance du souffle de liberté que Li Peng avait réprimé à Pékin trente ans auparavant dans le sang.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Li Peng, de Tiananmen à Hongkong.
Manifestations à Hongkong.
La Paix céleste selon la Chine.
Chu Teh-Chun.
La Chine au cinéma : une fidélité à soi-même, dans le film "Les Éternels".
La Chine communiste peut-elle devenir une grande démocratie ?
Li Rui.
Li Peng a 90 ans.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiLiPengB04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190722-li-peng.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/li-peng-de-tiananmen-a-hongkong-216833

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/07/24/37519096.html



 

Partager cet article

Repost0
4 juin 2019 2 04 /06 /juin /2019 03:58

« Dans la pensée bouddhiste, les gens et les choses sont prédéterminés par le karma, jusqu’aux gestes les plus insignifiants comme ramasser une miette ou boire un verre d’eau. Tout ce qu’on fait aux autres, et inversement, appartient à l’omniprésente chaîne de causalité, bien qu’on ne le perçoive généralement pas sur le moment. Si on pousse le raisonnement jusqu’à la réincarnation, l’homme devient plus ou moins humain en conséquence de ses actes. Et dans une approche postmoderniste, on peut aussi penser que l’être et le devenir se matérialisent à travers les multiples ramifications des relations et interactions avec les autres. Au lieu de survenir comme une métamorphose à un moment donné, la transformation est le fruit d’un long processus rempli d’événements insignifiants tant qu’on ne les considère pas avec un certain recul. » (Qiu Xiaolong, "Becoming Inspector Chen", roman de 2015).


_yartiTianAnmenB01

Un sinistre anniversaire qui n’est (évidemment) pas commémoré en Chine : il y a trente ans, dans la nuit du 3 au 4 juin 1989, les manifestations étudiantes sur la place Tiananmen de Pékin ont été brutalement arrêtées par la force armée, après un mois et demi d’épreuve de force entre des manifestants désireux d’avoir un peu de démocratie et un pouvoir gérontocrate hésitant sur la ligne à tenir, entre la réforme politique et la répression sanglante.

Deng Xiaoping, qui avait une influence déterminante, et malgré le vent de liberté qui se levait dans l’Europe communiste et qui fut confirmé par la chute du mur de Berlin en automne et l’explosion de l’Union Soviétique deux ans plus tard, a préféré la sécurité de la nomenklatura à l’aventure d’une démocratisation en douceur. Pour lui, il était nécessaire de préserver la stabilité du système politique pour garantir le succès de ses réformes économiques, même au prix du sang humain. Le Premier Ministre Li Peng se chargea des basses œuvres. Entre quelques centaines et une dizaine de milliers de victimes ont été tuées dans cette répression qui a touché toutes les grandes villes chinoises (pas seulement Pékin).

L’immense place emblématique a pris le nom de l’entrée sud de la cité impériale, qui s’était appelée d’abord Porte de Chine (Zhonghuamen) avant de devenir Daqingmen (Porte des Qing), et enfin, après la destruction de celle-ci, ce fut, placée un peu plus au nord, Tiananmen, qui signifie la Porte de la Paix céleste.

Trente années plus tard, l’œuvre de Deng Xiaoping est manifestement une réussite économique, malgré les taches de sang. Depuis la fin des années 1970 (après la mort de Mao), Deng avait voulu placer la Chine dans une perspective mondialiste. Pour reprendre le titre d’un livre à succès du ministre Alain Peyrefitte, la Chine s’est réveillée durant ces dernières décennies. Le succès est manifeste puisque le pays est désormais classé au deuxième rang mondial en termes de PIB nominal.

Ainsi, selon le FMI (29 avril 2019 pour les statistiques de l’année 2018), la Chine a produit 13 407 milliards de dollars, encore loin derrière les États-Unis avec 20 494 milliards de dollars et derrière, éventuellement, si l’on se réfère à la puissance européenne (Union Européenne) avec 18 750 milliards de dollars. Le troisième pays est le Japon, près de 5 000 milliards de dollars, puis l’Allemagne 4 000 milliards de dollars, puis trois pays se disputent la cinquième place autour de 2 700-2 800 milliards de dollars : Royaume-Uni, France et Inde (selon d’autres calculs, l’Inde serait devant le Royaume-Uni et la France, pour le FMI, c’est le contraire), puis l’Italie et le Brésil autour de 2 000 milliards de dollars. L’objectif de la Chine à moyen terme, c’est de se retrouver numéro un, en devançant les États-Unis (ce qui nécessite une croissance d’encore 50% de son PIB !).

_yartiTianAnmenB05

Il est très difficile de comprendre la situation du pays. Certes, on parle souvent de "capitalisme d’État", néanmoins, c’est bien en Chine qu’on retrouve majoritairement les nouveaux millionnaires, années après années. La réussite économique de la Chine (qui est parfois contrastée, il ne faut pas sous-estimer certains problèmes) paraît peu compatible avec la dictature communiste qui structure actuellement le pays. D’ailleurs, dans ce classement des pays les plus riches, il faut atteindre la dix-huitième place, l’Arabie Saoudite, pour y trouver une autre dictature. On peut aussi considérer que la Russie, en onzième place, a encore des efforts à fournir pour devenir une démocratie réellement libre et sincère, mais dans les deux cas, ce sont leurs réserves naturelles en énergie qui leur permettent un bon niveau de PIB et pas leur organisation interne. Tous les autres pays jusqu’à cette dix-huitième place sont des démocraties, confirmées ou naissantes comme l’Indonésie mais considérées comme sincères.

Le principe d’une économie globalisée, c’est le commerce international. Un pays ne peut guère s’enrichir s’il ferme toutes ses frontières. Au mieux, il est en autarcie, autosuffisant, au pire, il se retrouve dans des situations terribles qui demandent des aides internationales. Le principe de l’enrichissement, c’est donc l’ouverture des frontières pour le commerce. C’est un point essentiel. Cela signifie aussi l’ouverture des frontières (dans les deux sens, entrée et sortie) pour les personnes. D’où l’arrivée massive de touristes chinois (issus de ceux qui ont "réussi" et se sont enrichis) en Europe et dans le monde en général. Ces touristes étaient inexistants il y a trente ans.

C’est là la contradiction fondamentale, du moins du point de vue des démocraties européennes et américaines : comment les Chinois peuvent-ils désormais circuler dans le monde, et donc, avoir accès, nécessairement et librement, à toutes sortes d’informations et de modes de vie, et accepter de rester dans un régime autocratique à candidature unique. Ne serait-ce que pour le principe de concurrence : les Chinois ont gagné de nombreuses parts de marché grâce à la loi économique sur la concurrence (proposant mieux ou moins cher), et ils ne pourraient pas mettre les candidats de leur gouvernement en concurrence ?

_yartiTianAnmenB02

Malgré le maintien au pouvoir des responsables du massacre de Tiananmen, les autorités chinoises ont cherché jusqu’à récemment une organisation politique plus rationnelle, avec un double mandat de cinq ans attribué à une triple fonction, celle de Secrétaire Général du Parti communiste chinois (PCC), le cœur du pouvoir politique, celle de Président de la République populaire de Chine et celle de Président de la Commission militaire centrale (du parti et de l’État) qui est le commandement suprême des forces armées (c’était la seule fonction officielle importante que Deng Xiaoping avait prise). Le cumul de ces trois fonctions a clarifié nettement la responsabilité du pouvoir réel en renforçant la figure du chef. Pourtant, parallèlement, la limitation à deux mandats, très discrètement imposée, fut à l’origine d’une réelle ouverture politique qui ne disait pas son nom. Un gouvernement, dirigé par un Premier Ministre (exactement Premier Ministre du Conseil des affaires de l’État de la République populaire de Chine) qui, lui aussi, avait ce même mandat de cinq ans reconductible une fois. Il ne manquait que plusieurs candidats (aux sièges de députés de l’Assemblée nationale populaire) pour libéraliser le régime politique.

L’actuel homme fort de la Chine populaire, Xi Jinping, réélu Secrétaire Général du PCC le 25 octobre 2017 et réélu Président de la République le 17 mars 2018 pour un deuxième mandat de cinq ans, a un peu bousculé cet équilibre acquis depuis une vingtaine d’années (depuis 1998).

Deux faits ont montré que ce savant équilibre, qui voulait façonner un État moderne dirigé par les meilleurs dirigeants possibles (une sorte de despotisme éclairé issu du concours général), a été rompu par Xi Jinping à la fin de son premier mandat. En effet le 24 octobre 2017, la "pensée de Xi Jinping" a été incluse dans la charte du PCC, ce qui est inédit depuis Mao et Deng, et le 11 mars 2018, les députés de l’Assemblée nationale populaire qui venait d’être installée ont voté l’abrogation de la limitation à deux mandats présidentiels. On parle même de culte de la personnalité pour celui qui n’hésite plus à se faire passer pour un nouveau "dieu".

Par ailleurs, les nouvelles technologies (génétique et informatique) contribuent largement à la surveillance généralisée des citoyens. Pour autant, la situation est complexe à comprendre. La Chine reste un pays très contrasté, entre entrepreneurs millionnaires des villes et paysans très pauvres et analphabètes des champs. Depuis seulement quelques années, une classe moyenne commence à se développer, ce qui est un phénomène très nouveau et qui pourrait peser sur ce qu’il est encore difficile d’appeler une "opinion publique".

De même, l’État de droit progresse en Chine. C’est même l’un des quatorze principes d’action de Xi Jinping. L’État de droit ne signifie pas la démocratie, et cela signifie encore moins l’abolition de la peine de mort, par exemple. L’État de droit, c’est de faire rejeter l’arbitraire et s’en remettre aux règles (aux lois) du pays. Ces lois peuvent rester iniques.

Deux autres principes de sa pensée sont très positifs. Le premier est : « L’objectif principal du développement est d’améliorer la vie et le bien-être des personnes. » (c’est une phrase très passe-partout). Le second : « Vivre en harmonie avec la nature, en mettant en œuvre des politiques de réduction des dépenses d’énergie et de protection de l’environnement et contribuer à la préservation écologique mondiale. ». Ce dernier principe paraît sincère si l’on en juge par les prises de positions internationales de Xi Jinping. C’est un défi majeur pour un pays qui est l’un des plus gros pollueurs de la planète. C’est sans doute la politique la plus ambitieuse de Xi Jinping.

Et la démocratisation ? Le Premier Ministre de l’équipe précédente, Wen Jiabao a évoqué le 21 août 2010 la possibilité de réformes politiques en considérant que le pouvoir était trop concentré, qu’il devait être contrôlé par le peuple, voire critiqué le cas échéant. Le Prix Nobel de la Paix 2010, Liu Xiaobo (1955-2017), un des courageux "résistants" ("dissidents") de Tiananmen, a demandé, quelques semaines plus tard, à peu près la même chose que le Premier Ministre, à savoir la liberté d’expression ainsi que la fin du rôle dirigeant du PCC.

_yartiTianAnmenB03

Beaucoup de responsables chinois ont expliqué pendant longtemps que la démocratisation serait une étape nouvelle après l’enrichissement économique du pays. Mais aujourd’hui, la concentration nouvelle des pouvoirs, tant par la Constitution que par la technologie, laisse planer beaucoup de doute sur cette volonté future. Pourtant, l’éclosion d’une classe moyenne va poser rapidement la question des réformes politiques. C’est au pouvoir de devancer cet appel pour éviter un nouveau bain de sang.

À défaut de paix céleste, c’est de paix sur Terre qu’il s’agit, et la Chine ne pourrait plus se permettre un nouveau massacre de Tiananmen. Tant sur le plan diplomatique que sur le plan intérieur, la Chine dépend désormais trop des puissances économiques européennes et américaines pour ne pas, un jour, évoluer comme elles vers une voie démocratique, probablement adaptée à la culture chinoise, mais la liberté et l’égalité restent des valeurs universelles. Il y a désormais trop d’imbrications commerciales pour ne pas considérer l’évolution de la Chine autrement que dans le cadre d’une communauté de destin.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 juin 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Paix céleste selon la Chine.
Chu Teh-Chun.
La Chine au cinéma : une fidélité à soi-même, dans le film "Les Éternels".
La Chine communiste peut-elle devenir une grande démocratie ?
Li Rui.
Li Peng.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiTianAnmenB04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190604-tiananmen.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-paix-celeste-selon-la-chine-30-215615

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/06/03/37400389.html



 

Partager cet article

Repost0
10 avril 2019 3 10 /04 /avril /2019 03:08

« Rien n’est plus pur que la cendre de volcan. Tout ce qui brûle à haute température se purifie. ».


_yartiLesEternels01

Cette réplique est sans doute l’une des plus importantes du (long) film du réalisateur chinois Jia Zhangke intitulé en français "Les Éternels" mais dont le titre anglais paraît plus adapté : "Ash is purest white". Elle a été prononcée par l’actrice Zhao Tao qui joue le rôle de Qiao, une jeune femme plus fidèle qu’amoureuse (« Je ne ressens plus rien pour toi ! »), sur fond de grands espaces, plaines et montagnes.

Je suis allé le voir au cinéma, film en principe de série noire sorti en France le 27 février 2019, non pas parce que j’aime les séries noires, mais pour une raison toute simple : parce que la Chine me fascine. Et je dois dire que ce film a répondu à toutes mes attentes : je l’ai adoré à tout point de vue.

J’ai peu l’habitude d’évoquer un film, je l’ai fait une ou deux fois ("Quai d’Orsay" pour un récent, "Le Président" pour un ancien). C’est toujours très difficile d’en parler sans casser la joie de la découverte des futurs spectateurs. Ne pas casser le "suspense dramatique", ne pas raconter l’histoire (qu’on peut de toute façon retrouver sur Internet), mais je voulais en parler pour encourager vivement d’aller le voir (je précise que je n’en ai aucun intérêt sinon une simple curiosité culturelle).

Depuis l’effondrement de l’URSS, il est assez facile, pour ceux qui n’y sont pas allés, d’avoir "accès" à la vie quotidienne contemporaine des Russes grâce aux livres, aux films, etc. La dictature communiste n’est plus que du passé en Russie et, même s’il peut y avoir parfois de la nostalgie (on parlait d’Ostalgie en Allemagne de l’Est), elle fait partie d’un passé irréversible. Notons d’ailleurs (je me tourne à ses laudateurs) que Vladimir Poutine n’a aucune vision communiste de la Russie mais une vision purement nationaliste.

Pour la Chine, la situation est très différente, car elle vit encore sous la dictature communiste. On pourrait disserter en long et en large sur l’expression "dictature communiste" associée à la Chine, mais le fait est qu’elle se revendique du "communisme" (certes, capitaliste, et le pays n’a rien de libéral, ceux qui confondent capitalisme et libéralisme devraient relire quelques manuels d’économie), et "dictature" parce que la voix d’un citoyen chinois n’est pas écoutée dans les choix qui déterminent la politique nationale du gouvernement chinois.

C’est donc plus difficile d’avoir une vision assez impartiale et réelle de la Chine contemporaine sans risque de propagande, d’un côté ou de l’autre, qu’on y soit allé ou pas, cela ne change pas beaucoup (même si un voyage rapproche d’une vision plus réaliste). Pourtant, il est difficile de dire que la Chine est un pays fermé.

_yartiLesEternels02

Depuis une vingtaine d’années, au contraire, c’est un pays ouvert. J’ai eu la chance de connaître des amis chinois venus en France, des chercheurs de haut niveau (dans la mécanique, dans la biologie, etc.) avec qui j’ai pu avoir des discussions passionnantes (avec une très grande culture et avec peu de différences intellectuelles avec des Européens), et à qui j’ai posé évidemment, parce que cela m’intéressait, la question de la démocratie. Leur réponse, malgré l’ouverture intellectuelle et culturelle dont ils ont toujours fait preuve, a toujours été du genre : nous avons le meilleur gouvernement possible, ceux qui sont à ces responsabilités sont les meilleurs, alors il faut les soutenir.

En gros, un gouvernement de concours général. Les Chinois sont souvent très élitistes (comme les Français souvent : le concept de "grandes écoles" n’est pas anglo-saxon ; aux États-Unis ou au Royaume-Uni, on se moque complètement du diplôme, aussi prestigieux soit-il, quand un candidat a déjà plusieurs dizaines d’années d’expérience, ce qui compte, évidemment, c’est l’expérience). Et quand je poussais plus loin la discussion, mes amis chinois me parlaient des scandales politico-financiers qui éclaboussaient la France, mais l’argument ne tient pas beaucoup car il y a aussi des affaires de corruption en Chine (utilisées d’ailleurs politiquement pour disgracier certains responsables).

Cette ouverture, elle est aussi dans le domaine commercial. J’ai déjà reçu plusieurs coups de téléphone de commerciaux très "agressifs" (pas dans le sens relationnel, au contraire, ils sont très sympathiques, mais dans le sens commercial) dans le domaine industriel et je m’étonnais qu’ayant accès à des "Occidentaux" (je n’aime pas l’expression mais je n’en ai pas trouvé d’autres), pourquoi ils ne me criaient pas qu’ils n’avaient pas de liberté d’expression et qu’ils préféraient m’inciter à acheter leurs produits (qui, pour l’occasion, étaient de très hautes performances).

Ce qui est clair, c’est que la société chinoise évolue à une vitesse effroyable. Elle est "plurielle" également, aussi contrastée que la société américaine (Côte Est, Texas, Californie, Middle East, etc.) : entre un citadin de Shanghai ou Canton, qui vit à cent à l’heure dans une société hypermodernisée et un paysan au fin fond d’une région reculée, ce n’est même pas une différence de géographie qu’il faut suggérer, c’est une différence d’époque, on remonte loin dans le temps…

Le film "Les Éternels" permet un peu de comprendre cela. L’unité de temps est une période assez longue, de 2001 à 2018. L’unité de lieu est aussi très vaste même si la majeure partie de l’histoire se passe à Datong (3,3 millions d’habitants), deuxième ville de la province du Shanxi. On peut ainsi admirer les très jolis paysages des régions chinoises (les paysages américains sont connus grâce aux westerns et autres films, ceux de Chine sont plus rarement visibles dans la culture accessible en Europe).

Pour l’anecdote, que l’histoire se passe dans le Shanxi n’est pas anodine puisque le réalisatrice et l’actrice principale sont originaires tous les deux de cette région… et se sont d’ailleurs mariés en 2012.

L’histoire a pour cadre, pour contexte, pour prétexte, la pègre chinoise. Pas la grande mafia, non, mais les petits trafiquants qui vivent grâce à leurs trafics dans une région dévastée, en perte de vitesse économique avec la fermeture des mines et l’absence de toute solution économique ou sociale de rechange proposée par les autorités. La pègre, c’est un peu le retour à l’ultralibéralisme, à la loi de la jungle, à une véritable liberté, mais clandestine (et les autorités, dans ce film, semblent plutôt fermer les yeux, sauf quand cela voit un peu trop, quand certains faits émergent de trop), mais c’est aussi une certaine morale, une certaine "loyauté et droiture".

Le scénario tient autour des deux acteurs principaux. L’héroïne, Qiao, jouée par Zhao Tao (42 ans), et le héros, Bin, joué par Liao Fan (45 ans), tous les deux déjà connus, reconnus et récompensés par le cinéma international. En écrivant cela, j’ai nommé les trois principaux personnages : le réalisateur et les deux acteurs. Il y a bien sûr d’autres acteurs, plutôt intéressants, mais ils ne sont là que comme soutiens aux deux principaux personnages, comme faire-valoir.

_yartiLesEternels03

Donc, histoire d’amour ? Peut-être, peut-être pas. En fait, l’amour n’est pas ici un long fleuve tranquille. Ni long, ni tranquille. C’est aussi noir qu’une série noire. Dans ce film, l’amour peut être lâcheté, peut être ingratitude, peut être oubli, peut être goujaterie… enfin, quand il est au masculin, parce que la performance de ce film, c’est de dire aussi que l’amour peut être fidélité lorsqu’il est au féminin, mais pas une simple fidélité comme on l’imagine, une fidélité à l’être aimé quand plus rien, plus aucun lien ne le retient, plutôt une fidélité à soi-même, à ce qui fait sa propre force. Un cœur, une fidélité aux couleurs du devoir moral ("loyauté et droiture").

Je ne veux pas en écrire trop car cela n’aurait d’intérêt que pour ceux qui ont déjà vu ce film de près de deux heures et demi. Ce que je souhaite affirmer ici, c’est que ce film est admirablement joué par les deux acteurs principaux, d’une crédibilité et d’une authenticité extraordinaires, et qu’il a été excellemment réalisé et monté. Ce n’était pas le premier essai pour Jia Zhangke, mais malheureusement, je n’ai vu aucun autre de ses onze précédents films (dont "Au-delà des montages" en 2015), mais certains critiques n’hésitent pas à dire que "Les Éternels" est son meilleur film et je n’en doute pas. Ce n’est pas pour rien qu’il a été sélectionné au Festival de Cannes de l’an dernier et ainsi, diffusé en avant-première le 11 mai 2018 (avant la sortie officielle en Chine le 21 septembre 2018).

Eh oui, un film chinois qui sort en Chine doit forcément être un film accepté par les autorités chinoises, donc, un film qui reste dans les limites de la "bien-pensance chinoise". Alors, parlons justement du réalisateur Jia Zhangke (48 ans). Il était étudiant à l’époque du massacre de Tiananmen et il a participé à des manifestations dans la province où il étudiait. Il a publié un roman en 1991 et son cinéma auquel il se consacre depuis 1993 n’est pas sans rapport avec ce qu’il a vécu pendant la répression.

D’ailleurs, à la fin des années 1990, il fut doublement censuré par les autorités chinoises : interdit de tourner et interdit d’être diffusé. Il réussit malgré tout à braver (du moins financièrement) certaines interdictions, d’autant plus qu’il commença à être connu internationalement à partir de 1998 (son premier long-métrage fut sélectionné au Festival de Berlin). Mais cette "censure" n’a pas duré très longtemps, seulement quelques années, car les autorités chinoises ont évolué aussi sur le cinéma (selon Philippe Grangereau, dans "Libération" du 10 décembre 2013) : pour elles, le cinéma présenté initialement comme un "outil de propagande idéologique primordial du gouvernement" s’est transformé simplement en "industrie". Où le dieu communiste se fait pervertir par le dieu argent !

Jia Zhangke fut consacré mondialement le 9 septembre 2006, lors de la 63e Mosrta de Venise (jury présidé par Catherine Deneuve), en obtenant le Lion d’or pour son film "Still Life" (2006). Signe qui montre qu’il a été "intronisé" comme un cinéaste "officiel", Jia Zhangke, tout rebelle qu’il ait été, a été élu en mars 2018 député de l’Assemblée nationale populaire et à ce titre, il a voté la fin de la limitation à deux mandats présidentiels du Président chinois Xi Jinping, ce qui a étonné beaucoup d’observateurs.

Pourtant, la production de son dernier film "Les Éternels" ne semble pas avoir réduit ses ardeurs de révolte, même si Jia Zhangke les exprime de manière très feutrée, très discrète, presque inaperçue pour pouvoir rester "raisonnable" aux yeux du gouvernement chinois. J’ai en tout cas dénombré deux sujets d’opposition très forte qui sont évoqués tout en douceur, tout en ellipse, implicitement mais non moins fermement.

Le premier concerne le fameux barrage des Trois-Gorges (je l’avais évoqué à propos de Li Rui), le plus grand barrage du monde, qui a englouti à partir de 2006 des centaines de villages, a fait déplacer près de 2 millions d’habitants et met en permanence en danger 75 millions d’habitants vivant en aval (notamment à Changshua et à Wuhan). Le film donne à voir en fait les bords du Yang-Tsé-Kiang avant l’immersion, ses très nombreux immeubles vidés, la population prenant le bateau pour quitter les lieux et cette annonce sonore surréaliste qui conseille de bien regarder et de photographier le paysage actuel car dans quelques années, il aura complètement changé avec la mise en service du barrage. C’est montré par petites touches discrètes, avec des images personnelles du réalisateur (des rushs non utilisés de ses précédents films), mais j’interprète cette scène comme une critique très sévère contre cette décision folle d’avoir construit un barrage qui ne couvre, avec ses 85 TWh par an, que 3% de la consommation nationale au lieu des 10% prévus.

Le second sujet, encore plus discrètement montré, est encore plus glacial. Tout à la fin du film, il y a un plan montrant l’installation d’une caméra de surveillance dans une rue… puis, l’une des dernières scènes du film, on voit l’héroïne, mais par écrans de caméras de surveillance interposés. Sans insistance, sans explication, tout en sous-entendu. Nous sommes alors en 2018 et le film s’arrête là, et laisse entendre que le gouvernement chinois est donc capable d’épier toutes les vies privées des habitants.

J’ai peut-être raté d’autres sujets d’opposition tout aussi discrètement évoqués, mais cela a toujours l’air "anodin" voire "équivoque", interprétable de plusieurs manières. C’est probablement la marque de fabrique du réalisateur qui joue beaucoup sur l’implicite, au point qu’il faut bien suivre le cheminement du film pour ne pas être perdu dans les unités de temps (on saute d’une époque à l’autre sans crier gare, mais toujours de manière chronologique, il n’y a pas de flash-back), et dans les unités de lieu, car avec ce film, c’est l’un des grands intérêts documentaires du film (Jia Zhangke a réalisé aussi plusieurs documentaires), fait voyager, le spectateur voyage avec l’héroïne, voit les villes (Wuhan), les montagnes, les plaines.










Quand on regarde ce film, on se rend compte que les mœurs de la société ont peu de différences avec celles de la société européenne, dans un cadre certes très différent, mais par exemple, le smarphone constitue un accessoire indispensable aux relations sociales et affectives, et aussi, les tentatives de drague à deux balles existent aussi bien en Chine qu’en Europe, comme l’exemple de ce chasseur d’extraterrestres. Ce dernier propose de recruter la jeune femme (l’héroïne), "recruter" dans tous les sens du terme, pour créer un (supposé) business dans le Xinjiang, la très étendue région ouïghoure (appelée aussi Turkestan oriental) située à l’extrême ouest, en proie à de graves tensions communautaires avec des attentats islamistes ayant tué des dizaines de personnes (le gouvernement chinois y a interdit le port du voile pour les femmes, le port de la barbe musulmane pour les hommes, l’attribution aux bébés de prénoms musulmans, comme Mohammed, etc.).

Pour essayer d’appréhender la Chine contemporaine, je trouve que ce film "Les Éternels" est excellent, émouvant, autant pour ce qu’il montre que pour l’histoire elle-même qui est elle aussi passionnante. J’encourage donc tous les cinéphiles et les sinophiles à aller le voir !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mars 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chu Teh-Chun.
La Chine au cinéma : une fidélité à soi-même, dans le film "Les Éternels".
La Chine communiste peut-elle devenir une grande démocratie ?
Li Rui.
Li Peng.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiLesEternels04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190303-cinema-les-eternels.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-chine-au-cinema-une-fidelite-a-213380

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/03/06/37155794.html



 

Partager cet article

Repost0
16 février 2019 6 16 /02 /février /2019 03:29

« Si le parti communiste ne se réforme pas lui-même, s’il ne se transforme pas, il perdra sa vitalité et mourra de mort naturelle. » (26 février 2003).


_yartiLiRui01

Ce samedi 16 février 2019 à Pékin s’est éteint l’historien, poète et homme politique chinois, Li Rui. Il avait 101 ans (né le 13 avril 1917) et il avait participé à la Révolution chinoise en s’engageant au parti communiste chinois en 1937. Lycéen à Hubei, il a dirigé la rébellion étudiante contre les chefs de guerre locaux. Étudiant ayant combattu les Japonais, il fut emprisonné par le Kuomintang pour prosélytisme marxiste. Une fois libéré, il a rédigé des éditoriaux politiques pour le journal du parti communiste. Il fut emprisonné encore un an pour espionnage.

Li Rui fut un collaborateur très proche de Mao Tsé-Toung dans les années 1950 puisqu’il fut très brièvement son conseiller personnel chargé des affaires industrielles, ce qui lui a permis de fréquenter l’élite dirigeante communiste. Il fut, en 1958, nommé vice-ministre des Travaux hydrauliques. Mais il fut disgracié en 1959 et enfermé dans un camp de travail pendant vingt ans, pour avoir osé critiquer le Grand Bond en avant. La disgrâce était totale puisque même sa propre fille, Li Nanyang, a refusé de le revoir parce qu’il était considéré comme ennemi du peuple (ils se sont retrouvés seulement après sa réhabilitation).

En effet, il fut réhabilité après la mort de Mao, en 1979, nommé au comité central du parti communiste en 1982, et a repris ses fonctions de vice-ministre des Travaux hydrauliques et de l’Électricité. Il s’était opposé à la construction du barrage des Trois-Gorges sur le Yang-Tsé-Kiang, dont les travaux ont finalement commencé le 14 décembre 1994 et qui fut mis en service en 2009 (une centaine de personnes seraient mortes à cause de cette construction, près de 2 millions de personnes furent déplacées, 15 villes et 116 villages ont été engloutis).

Dans une interview accordée le 2 juin 2005 à Jonathan Watts, correspondant du journal "The Guardian" à Pékin, Li Rui a décrit l’extrême froideur de Mao : « Sa façon de penser et de gouverner était terrifiante. Il ne valorisait pas la vie humaine. La mort des autres ne lui était rien. ». Il a estimé que les crimes de Mao étaient « le plus grand problème de la Chine » : « Mao était trop autocratique. Il ne supportait pas d’entendre les désaccords. Il croyait superstitieusement qu’il avait toujours raison. Mais le problème de Mao était aussi le problème du système. Il a été causé par le système du parti unique. ». À l’évidence, il n’aimait pas son ancien patron : « Les méthodes de Mao étaient encore plus sévères que celle des empereurs des temps anciens. Il a essayé de contrôler l’esprit des gens. ».

_yartiLiRui02

Auteur d’essais et de poèmes qui fustigeaient la corruption, Li Rui a soutenu le secrétaire général du parti communiste chinois de l’époque, un "modéré" favorable au dialogue, Zhao Ziyang, lors du mouvement de la Place Tiananmen au printemps 1989 : « Les dirigeants n’ont pas compris les étudiants. Ils ont eu peur qu’ils fussent manipulés par des puissances étrangères et que ce fût une opération de prise de contrôle du parti. Les mesures prises ont été une erreur. Les appels des étudiants à plus de démocratie et moins de corruption étaient justes. (…) Nous devrions réévaluer ce qui s’est passé le 4 juin [1989]. Mais nous devons le faire correctement, pas maintenant. (…) Il est difficile de dire si cela prendra cinq, quinze ou vingt ans. » (2 juin 2005).

Li Rui n’était pourtant pas considéré comme un dissident. Il a toujours été un cadre du parti communiste depuis sa réhabilitation. Pendant sa longue retraite, il a vécu dans un immeuble réservé aux cadres retraités du régime communiste. Il a d’ailleurs admis qu’il y a eu beaucoup de progrès depuis les années 1970, puisque maintenant, il est possible de s’enrichir, en Chine, il est possible d’exprimer des points de vue différents du gouvernement aux étrangers, il est possible même de voyager à l’étranger : « Maintenant, je peux vous parler. Dans le passé, si j’avais parlé comme ça, j’aurais été tué ou emprisonné. ».

Cela ne l’a pas empêché d’être censuré par le gouvernement à partir de 2004. Il a commencé à écrire en 2002 pour demander des réformes politiques (il a eu le courage de le demander au moment du 16e congrès du PCC).

Sa dernière initiative politique a eu lieu à un moment symbolique : deux jours avant l’ouverture de la session plénière annuelle du parti communiste chinois, et quelques jours après l’attribution du Prix Nobel de la Paix au dissident chinois Liu Xiaobo (le 8 octobre 2010), dont il a trouvé la condamnation excessive.

Ce fut la diffusion le 13 octobre 2010 d’une lettre ouverte au comité permanent de l’Assemblée populaire nationale (texte intégral ici) demandant notamment la liberté de la presse et des réformes politiques, en particulier, la fin du parti unique et du candidat unique aux élections. La lettre commençait ainsi : « Chers membres du comité permanent de l’Assemblée populaire nationale, l’article 35 de la Constitution chinoise adoptée en 1982 stipule clairement que : "Les citoyens de la République populaire de Chine jouissent de la liberté d’expression, de presse, de réunion, d’association, de procession et de manifestation". Pendant vingt-huit ans, cet article n’a pas été appliqué, après avoir été neutralisé par des règles et des règlements détaillés en vue de son "application". Cette démocratie d’aveu formel et de déni concret est devenue une marque scandaleuse dans l’histoire de la démocratie mondiale. ».

Cette lettre ouverte, signée par vingt-trois anciens dignitaires communistes (dont Li Rui et Hu Jiwei, ancien rédacteur en chef du "Quotidien du peuple", organe officiel du parti communiste chinois), fut immédiatement censurée par le pouvoir chinois mais a pu être diffusée par des journaux étrangers comme le "Washington Post", le "New York Times", "The Guardian", etc. : « Les citoyens ont le droit de connaître les côtés sombres du parti au pouvoir. ».

Li Riu a cité, dans la lettre ouverte, plusieurs déclarations qui devaient être encourageantes, et pourtant, qui n’ont été que des mots.

La première est du Président de la République de l’époque Hu Jintao qui a déclaré le 26 février 2003 lors d’une réunion de consultation démocratique entre le comité permanent du bureau politique du comité central du parti communiste chinois et des paris démocratiques chinois ; « La levée des restrictions sur la presse et sur l’ouverture de l’opinion publique est une vision et une revendication dominantes de la société, elle est naturelle et devrait être acceptée par le processus législatif. Si le parti communiste ne se réforme pas lui-même, s’il ne se transforme pas, il perdra sa vitalité et mourra de mort naturelle. ».

La deuxième est du Premier Ministre de l’époque Wen Jiabao qui a répondu le 3 octobre 2003 à Fareed Zakaria dans une interview à CNN : « La liberté de parole est indispensable à toute nation. La Constitution confère à la population la liberté de parole. Les revendications du peuple en matière de démocratie ne peuvent faire l’objet d’une résistance. ».

Toujours Wen Jiabao, dans un discours le 21 août 2010 à Shenzhen : « Seules des réformes progressives permettront à notre pays d’avoir de brillantes perspectives (…). Nous ne devons pas seulement impulser des réformes économiques, mais aussi promouvoir des réformes politiques. Sans la protection offerte par les réformes politiques, les gains obtenus grâce aux réformes économiques seraient perdus et notre objectif de modernisation ne pourrait pas être atteint. ».

Propos répétés par Wen Jiabao le 22 septembre 2010 à New York, peu avant son discours à la 65e session de l’assemblée générale des Nations Unies : « En ce qui concerne les réformes politiques, j’ai déjà indiqué que si les réformes économiques ne bénéficiaient pas de la protection qui peut être donnée par les réformes politiques, nous n’aurions pas réussi entièrement et même, peut-être que les gains de nos progrès jusqu’à maintenant seraient perdus. ».

Cependant, ces belles déclarations n’ont jamais été suivies par des mesures concrètes en faveur des libertés politiques. Le rêve de Li Riu serait que le parti communiste chinois se transforme en parti social-démocrate "classique" et autorise la concurrence politique en instituant le pluripartisme.

Aujourd’hui, une autre génération de responsables sont au pouvoir en Chine et Xi Jinping ne semble pas favorable à de réelles réformes politiques, alors qu’une classe moyenne commence à se développer dans le pays…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 février 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Li Rui.
Lettre ouverte pour démocratiser la Chine communiste, publiée le 13 octobre 2010 (texte intégral avec la liste des signataires).
Li Peng.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiLiRui03


http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20190216-li-rui.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-chine-communiste-peut-elle-212703

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/02/16/37104593.html




 

Partager cet article

Repost0
19 octobre 2018 5 19 /10 /octobre /2018 04:35

« L’art de gouverner n’a produit que des monstres. » (Saint-Just, 24 avril 1793).



_yartiLiPeng01

À partir du 21 avril 1989, sur la place Tiananmen, à Pékin, un vent de liberté se leva chez les étudiants. De liberté et de révolte. C’était le printemps des peuples. Les Polonais allaient voter librement pour la première fois depuis la fin de la guerre. Les Allemands de l’Est allaient pouvoir l’été rejoindre l’Allemagne de l’Ouest en passant par la Hongrie et l’Autriche. Mikhaïl Gorbatchev, le leader de l’Union Soviétique et concepteur de la perestroïka et de la glasnost, était en train de faire une visite officielle à Pékin le 15 mai 1989 quand la température monta, quand la société chinoise bouillonna. Dans le sillage de Gorbatchev, de nombreux médias étrangers étaient venus à Pékin pour "couvrir" l’événement, ce qui était une aubaine pour les manifestants aspirant aux libertés politiques et ayant besoin de soutiens internationaux.

Aux commandes de la Chine communiste, il y avait l’historique Deng Xiaoping (1904-1997). Sans titre vraiment officiel sauf celui d’être le chef reconnu et incontesté de l’Armée populaire de libération, le poste essentiel pour commander, Président de la Commission militaire centrale, du 28 juin 1981 au 19 mars 1990 (avec quelques différences dans les dates entre le poste au sein du parti et le poste au sein de l’État).

Il y avait aussi deux autres responsables politiques de premier plan : le secrétaire général du Parti communiste chinois (PCC), Zhao Ziyang (1919-2005), considéré comme un "réformateur", qui venait d’être nommé à la tête du PCC le 16 janvier 1987, il avait été auparavant Premier Ministre du 10 septembre 1980 au 24 novembre 1987, et son successeur à la tête du gouvernement chinois, le Premier Ministre Li Peng.

Fils adoptif et protégé de l’ancien Premier Ministre Zhou Enlai (1898-1976) et ingénieur en hydroélectricité, Li Peng fut un apparatchik du parti communiste chinois, il fut nommé ministre en 1981 et Vice-Premier Ministre le 6 juin 1983. Il assura l’intérim du poste de Premier Ministre du 24 novembre 1987 au 25 mars 1988 avant d’être confirmé dans ce poste. Il entra au comité central du bureau politique du parti communiste chinois en 1987 sur la recommandation de son mentor, l’un des dirigeants historiques du PCC, Chen Yun (1905-1995), qui fut Vice-Premier Ministre de 1954 à 1965 et surtout, secrétaire du comité central pour l’inspection disciplinaire du parti du 22 décembre 1987 au 2 novembre 1987, puis président de la commission consultative centrale  du PCC jusqu’au 12 octobre 1992 (poste supprimé, auquel il avait succédé à Deng Xiaoping).

Li Peng était considéré comme un "conservateur", partisan de l’ordre et de la stabilité du système communiste, et, au contraire de Zhao Ziyang, il ne pouvait imaginer entamer une partie du pouvoir du parti communiste chinois au profit d’une certaine ouverture politique, comme cela était en train de se passer en URSS et en Europe centrale et orientale.

Li Peng est toujours vivant et fête ce samedi 20 octobre 2018 son 90e anniversaire. Il avait lui-même assisté au 90e anniversaire du parti communiste chinois au grand hall du peuple à Pékin le 1er juillet 2011. En Chine et en dehors de la Chine, Li Peng est très impopulaire en raison de sa responsabilité personnelle dans le massacre de la place Tiananmen.

Le mouvement étudiant commença avec l’enterrement d’un dirigeant chinois qui fut un "réformateur", Hu Yaobang (1915-1989), secrétaire général du PCC de septembre 1980 à janvier 1987 (proche de Deng Xiaoping) et limogé pour avoir vu avec trop de sympathie les manifestations favorables à la démocratie en 1986-1987. Sa popularité fut telle que les dirigeants communistes ont dû organiser des funérailles nationales en son honneur le 22 avril 1989. Sa mort a renforcé la détermination des manifestants à réclamer des réformes politiques. Zhao Ziyang n’y était pas défavorable, d’ailleurs. À partir du 21 avril 1989, la place Tiananmen fut occupée par les étudiants.

_yartiLiPeng02

Après un mois d’enlisement et de non dialogue, Li Peng et Zhao Ziyang sont venus rencontrer les étudiants le 19 mai 1989, certains ayant entamé depuis sept jours une grève de la faim. Zhao Ziyang a fait un discours d’apaisement : « Vous parlez de nous, vous nous critiquez, c’est légitime. (…) Vous êtes encore jeunes, avez de nombreux jours devant vous, vous devez vivre en bonne santé, pour pouvoir voir le jour où la Chine aura réalisé ses quatre modernisations. Vous n’êtes pas comme nous, qui sommes déjà vieux, et pour qui cela n’a plus d’importance. (…) Si vous cessez la grève de la faim, le gouvernement n’en profitera pas pour mettre fin au dialogue, certainement pas ! Les questions que vous avez posées, nous continuerons à les discuter. Les choses avancent lentement, mais reconnaissez que nous sommes en train de progresser sur certaines questions. ». Ce ton pacifique fut encourageant. Des appels à la fin des manifestations se sont multipliés.

Ce 19 mai 1989 fut décisif au sein de la direction chinoise. Il y avait deux camps. Les "conservateurs", menés par Li Peng, et soutenus par certains "dinosaures" comme le général Yang Shangkun (1907-1998), le Président de la République depuis le 8 avril 1988, voulaient absolument faire évacuer la place Tiananmen occupée par les étudiants depuis un mois et rétablir l’ordre. Pour eux, plus ils attendaient, plus le mouvement de contestation prendrait de l’ampleur. Les "réformateurs, menés par Zhao Ziyang, étaient sensibles à certains arguments des manifestants et voulaient une solution négociée et pacifique pour faire évacuer la place.

Au "milieu", hésitant ou à la manœuvre (il n’a jamais laissé de confidence sur son rôle réel, voir plus bas), Deng Xiaoping, père des réformes économiques et même, d’un début d’ouverture politique après la mort de Mao, celui qui avait encore une influence déterminante, se serait laissé convaincre par les "conservateurs" : plus la situation d’anarchie durait, plus ses réformes économiques seraient mises en danger. Il fallait donc arrêter rapidement le mouvement, d’une manière ou d’une autre.

Le 20 mai 1989, la loi martiale fut proclamée. C’était donc bien Deng Xiaoping qui décida, lui le responsable des forces armées. Li Peng avait gagné son bras de fer contre Zhao Ziyang. Plusieurs généraux s’y opposèrent mais cela n’a pas suffi. Le 4 juin 1989, l’armée chinoise évacua la place Tiananmen et d’autres centres-villes dans le pays, écrasant la révolte des contestataires dans le sang. Le nombre de morts n’est pas connu, de plusieurs centaines (reconnues par les autorités chinoises) à plus d’une dizaine de milliers selon l’Union Soviétique et les États-Unis.

La normalisation a triomphé dans le sang. Deng Xiaoping entreprit d’installer Jiang Zemin (92 ans) dans le rôle du dauphin : le 24 juin 1989, Zhao Ziyang fut limogé et remplacé par Jiang Zemin au poste de secrétaire général du parti communiste chinois. Le 9 novembre 1989 (le jour de la chute du mur de Berlin !), Jiang Zemin succéda à Deng Xiaoping comme Président de la Commission militaire centrale. Regroupant dans ses seules mains tous les pouvoirs, Jiang Zemin est devenu aussi, sur recommandation de Deng Xiaoping, le 27 mars 1993, Président de la République, en limogeant Yang Shangkun, âgé alors de 85 ans.

_yartiLiPeng03

Jiang Zemin resta au pouvoir pendant une quinzaine d’années et poursuivit le développement économique de la Chine avec une croissance à deux chiffres. Li Peng resta Premier Ministre encore longtemps, pour deux mandats de cinq ans, jusqu’au 17 mars 1998. Il fut le numéro deux du parti communiste chinois derrière Jiang Zemin. Dès le début de son action, il réalisa une reprise en main de l’économie par l’État pour juguler l’inflation et réduire les contestations. Il voulait revenir à la planification étatique et réduire la croissance économique pour éviter une surchauffe et maintenir la stabilité, mais Deng Xiaoping s’opposa à tout retour en arrière économique.

Li Peng quitta le poste de Premier Ministre parce qu’il y avait une limite constitutionnelle à deux mandats. Zhu Rongji (qui a eu 90 ans le 1er octobre 2018) lui succéda pour deux autres mandats. Jusqu’à l’actuel dirigeant chinois, le système fut dirigé chaque fois un leader qui cumulait la tête du parti et la tête de l’État pendant dix ans (deux mandats), après Jiang Zemin, Hu Jintao et maintenant Xi Jinping qui a supprimé la limitation à cinq ans.

Pour continuer à l’honorer, le régime hissa Li Peng à la tête de l’Assemblée Nationale Populaire comme Président du Comité permanent de l’assemblée, du 15 mars 1998 au 15 mars 2003 (pour un seul mandat, celui du 15e congrès du parti communiste chinois). Il resta numéro deux du comité central du bureau politique du parti communiste chinois du 2 novembre 1987 au 15 novembre 2002, date à partir de laquelle il a pris sa retraite en même temps que l’arrivée au pouvoir de Hu Jintao.

Li Peng garda encore une influence politique jusqu’en 2007, grâce à la présence d’un de ses proches, Luo Gan (83 ans), secrétaire de la commission des affaires politiques et juridiques du parti de mars 1998 à octobre 2007, au sein du comité central du bureau politique du 15 novembre 2002 au 22 octobre 2007, date à laquelle a fait son entrée dans cette instance dirigeante …l’actuel Président Xi Jinping. Luo Gan intensifia la répression contre les mouvements protestataires et augmenta le nombre des exécutions politiques.

Pendant ses fonctions de Premier Ministre, Li Peng a su profiter personnellement de son pouvoir. Sa famille contrôle ainsi l’un des cinq plus grands producteurs d’électricité de Chine. Sa fille Li Xiaolin, citée dans le scandale des Panama Papers en 2016, est la présidente de la China Power International Development. Son fils Li Xiaopeng est gouverneur d’une province chinoise depuis décembre 2012.

Surnommé le "boucher de Pékin", aussi, dans un autre registre, plus humoristique, nanogénaire et français, "Jean-Marie Li Peng" (!), Li Peng reste très contesté pour son rôle non seulement dans les massacres de Tiananmen mais aussi au Tibet à la fin des années 1980 et début des années 1990, sans compter les soupçons de corruption.

Li Peng a publié ses Mémoires le 22 juin 2010 à Hong Kong (en chinois) pour réduire son implication dans le processus décisionnel ayant conduit à la loi martiale en mai 1989 et pour renforcer la responsabilité de Deng Xiaoping qui aurait été prêt à "faire couler un peu de sang" pour rétablir l’ordre même s’il voulait "limiter les dégâts". Deng Xiaoping aurait dit : « Si l’imposition de la loi martiale est une erreur, j’en assume le premier la responsabilité. ». Version que trouverait vraisemblable Bao Tong (85 ans), l’ancien bras droit de Zhao Ziyang lorsqu’il était Premier Ministre, et père de l’éditeur.

En fait, le directeur de la maison d’édition qui a publié l’ouvrage, Bao Pu (le fils de Bao Tong, donc), n’est pas totalement sûr que les confidences de Li Peng fussent authentifiées : Li Peng avait bien rédigé ses mémoires en 2004 mais les dirigeants chinois refusèrent leur publication, considérant que ce n’était pas opportun. Se faire censurer par ses propres collègues communistes ! Le témoignage publié pourrait donc être incertain.

Quant à la dernière apparition publique de Li Peng, elle a eu lieu lors du dernier congrès du PCC (le 19e congrès), le 18 octobre 2017, il y a tout juste un an. Au moment du second sacre de Xi Jinping.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Li Peng.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiLiPeng04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181020-li-peng.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/et-li-peng-le-boucher-de-tiananmen-208763

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/18/36794790.html



 

Partager cet article

Repost0
17 mars 2018 6 17 /03 /mars /2018 22:28

Le 17 mars 2018, Xi Jinping a été réélu par l'Assemblée nationale populaire chinoise pour un deuxième mandat de cinq ans Président de la République populaire de Chine. Quelques jours auparavant, le 11 mars 2018, les parlementaires chinois avaient supprimé la limitation à deux mandats présidentiels de cinq ans, si bien que Xi Jinping pourra s'il le souhaite, postuler pour un troisième mandat en mars 2023. Il est le secrétaire général du PCC depuis novembre 2012.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180225-xi-jinping.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180317-presidentielle-xi-jingping.html

 

Partager cet article

Repost0
5 mars 2018 1 05 /03 /mars /2018 03:04

« Toute diplomatie est la continuation de la guerre par d’autres moyens. » (Zhou Enlai, cité par "Saturday Evening Post" le 27 mars 1954). Première partie.


_yartiChouEnlai01

Il ne bénéficie pas des mêmes honneurs que l’actuel Président chinois Xi Jinping avait réservés à Mao Tsé-Toung à l’occasion du 120e anniversaire de la naissance du Grand timonier en 2013. Pourtant, du point de vue du communisme chinois, il l’aurait mérité : Zhou Enlai (qu’on peut aussi orthographier Chou En-Laï en lettres latines) est né il y a 120 ans, le 5 mars 1898.

Zhou Enlai fut "l’associé" indispensable de Mao (1893-1976). Sans lui, Mao n’aurait jamais survécu aux troubles qu’il avait lui-même provoqués (notamment lors du Grand Bond en avant à la fin des années 1950). Il était la composante indispensable de l’ouverture internationale et de la raison aux côtés d’un Mao plein de brutalité et de passion. Il a donné une réalité d’État au communisme chinois. Il serait assez incorrect de qualifier Zhou Enlai de "communiste modéré" dans la mesure où il n’y a jamais eu aucune modération à diriger un pouvoir politique responsable du massacre d’une cinquantaine de millions de personnes, mais on pourrait quand même affirmer qu’il fut un temporisateur indispensable de la folie maoïste, plus habile que cruel, plus diplomate qu’autoritaire, tout en restant cruel et autoritaire.

Henry Kissinger (né en 1923), qu’il a participé au rapprochement sino-américain des années 1970, a affirmé en 2011 : « Mao dominait tous les rassemblements ; Zhou s’en imprégnait. La passion de Mao s’efforçait d’écraser l’opposition ; l’intelligence de Zhou cherchait à la persuader ou à la manipuler. Mao était sardonique ; Zhou perspicace. Mao se considérait comme un philosophe ; Zhou comme un administrateur ou un négociateur. Mao était avide d’accélérer l’histoire ; Zhou se contenter de l’exploiter. » ("On China" cité par Wikipédia).

Les deux hommes sont morts à Pékin la même année, Zhou Enlai le 8 janvier 1976 à 77 ans et Mao le 9 septembre 1976 à 82 ans. Même si Zhou Enlai est mort avant Mao (très malade), il a réussi à permettre le retour au pouvoir de Deng Xiaoping (1904-1997) qui fut le véritable successeur de Mao malgré l’absence de "titre" formel, tant dans le.Parti communiste chinois (PCC) que dans l’appareil d’État, si ce n’était l’essentielle et stratégique Présidence de la Commission militaire centrale (du parti et de l’État).

_yartiChouEnlai03

Ce fut en 1919 que Zhou Enlai, étudiant, commença son activité militante contre le gouvernement (très instable) de l’époque en s’inspirant du marxisme. À cette occasion, il fut arrêté et emprisonné pendant six mois en 1920. Ensuite, il poursuivit ses études en Europe, entre 1920 et 1924, arrivant à Marseille le 13 décembre 1920. Il séjourna d’abord à Londres, puis à Paris, puis à Édimbourg, retour à Paris (il rencontra Deng Xiaoping à Montargis en 1921), puis à Berlin, avec beaucoup de voyages entre Paris et Berlin.

À son cousin à qui il écrivait régulièrement, Zhou expliquait en 1921 son esprit révolutionnaire : « Je n’ai pas de préférence, ni pour la manière russe, ni pour l’anglaise (…). Je préférerais quelque chose entre les deux, plutôt que l’un de ces extrêmes. ». La "manière russe" était la violence de la Révolution russe de 1917, la "manière anglaise", c’était la "réforme graduelle" pour obtenir des améliorations sociales au moyen de grèves, sur le modèle de la grève des mineurs à Londres en janvier 1921.

En juin 1922, Zhou fut désigné le chef de la propagande de la branche européenne du parti communiste chinois fondé en juillet 1921. Il fonda aussi en novembre 1923 la branche européenne du parti nationaliste chinois, le Kuomintang (KMT), créé (en 1912) et présidé par Sun Yat-Sen (1866-1925), qui fut rejoint par les communistes chinois à partir de 1923 pour lutter contre le gouvernement central très instable. Il quitta l’Europe en juillet 1924. Dès l’automne 1924, il fut nommé directeur du département politique de l’Académie de Huangpu, chargé d’endoctriner les étudiants.

L’Académie de Huangpu était un institut militaire fondé par Sun Yat-Sen en juin 1924 près de Canton, qui fut à l’origine de l’Armée nationale révolutionnaire créée en 1925. L’importance prise par Zhou fut telle qu’il était le deuxième dirigeant le plus influent auprès des étudiants après Tchang Kaï-Chek (1887-1975) qui prit la succession de Sun Yat-Sen, à la mort de celui-ci, en contrôlant militairement le Kuomintang (parti qui dirigea la Chine entre 1928 et 1949).

En décembre 1926, Zhou quitta Canton pour Shanghai en pleine reconquête et prit la présidence de la commission militaire du parti communiste de Shanghai. En avril 1927, il fut cependant arrêté par les nationalistes du Kuomintang et failli être exécuté. Zhou quitta Shanghai pour Wuhan et fut nommé à la tête du département militaire du comité central lors du 5e congrès du PCC en mai 1927 à Hankou (Wuhan).

En janvier 1927, le Kuomintang était divisé en deux factions rivales, l’aile droite dirigée par Tchang Kaï-Chek et l’aile gauche dirigée par Wang Jingwei (1883-1944), partisan de l’alliance avec les communistes et ancien proche de Sun Yat-Sen, qui fut plus tard à la tête d’un gouvernement collaborant avec les occupants japonais. Wang Jingwei contrôlait alors Wuhan et Tchang Kaï-Chek contrôlait Nankin. Tchang Kaï-Chek est parvenu à prendre le contrôle du Kuomintang en mai 1927 ainsi que le territoire sous contrôle de l’aile gauche. L’alliance entre communistes et nationalistes fut rompue au début de l’été 1927 à l’initiative de Tchang Kaï-Chek, pourchassant les communistes. Zhou Enlai a dû se cacher et a inspiré l’un des personnages principaux de "La Condition humaine", roman publié par André Malraux en 1933.

Après l’échec désastreux du soulèvement communiste de Nanchang en août 1927, Zhou Enlai se réfugia à Hong Kong pour se faire soigner de la malaria, sous l’identité d’un homme d’affaires. Il se rendit ensuite à Moscou en été 1928 pour le 6e congrès du PCC (les communistes étaient pourchassés en Chine). À cette occasion, Zhou Enlai a repris une influence déterminante au sein de l’appareil du parti, l’ayant convaincu qu’il fallait reprendre la conquête des campagnes petit à petit, comme allait le faire Mao dans le Jiangxi entre 1931 et 1934.

Zhou, qui allait revenir à Shanghai en 1929, fut proche du nouveau secrétaire général Xiang Zhongfa (1880-1931) entre 1928 et 1931, qui a succédé à Chen Duxiu (1879-1942), ce dernier favorable à l’alliance avec les nationalistes et considéré comme responsable de la répression contre les communistes par les nationalistes. À ce 6e congrès, Zhou Enlai fut nommé directeur du département organisation du comité central et son allié, Li San (1899-1967), directeur de la propagande. Les deux trentenaires furent en fait les dirigeants de fait du parti car Xiang Zhongfa était incapable de le diriger lui-même (Xiang Zhongfa fut arrêté, torturé et exécuté par le Kuomintang en 1931 et Li San se suicida après avoir été torturé par les futurs Gardes rouges, considéré comme un agent de l’URSS).

Une reprise en main de l’Union Soviétique en décembre 1930 préserva Zhou Enlai mais limogea Li San. Le Soviétique Pavel Mif, qui dirigeait le Komintern à Shanghai, avait compris que les compétences de Zhou Enlai étaient d’autant plus utiles qu’il était loyal envers tout pouvoir. Zhou a contrôlé rapidement la section de service spécial du comité central, autrement dit, l’agence de renseignements du parti (le Teke). Le but premier du Teke était de combattre le Kuomintang et sa police secrète.

Malgré son esprit rationnel, Zhou Enlai n’était pas un enfant de chœur. Un exemple : son agent de liaison Gu Shunzhang (1903-1934) avait été arrêté par le Kuomintang en avril 1931 à Wuhan, et ce dernier a fini par trahir ses camarades communistes de Shanghai en livrant leur nom après avoir rencontré Tchang Kaï-Chek à Nankin. Tout le parti fut décimé à Shanghai. Zhou, en guise de rétorsion, fit assassiner une quinzaine de membres de la famille de Gu.

Zhou Enlai a réussi à échapper à une nouvelle arrestation après celle de Xiang Zhongfa en juin 1931 qui, sous la torture, révéla beaucoup d’informations confidentielles au Kuomintang, dont l’adresse du domicile de Zhou à Shanghai. Zhou se réfugia alors au Jiangxi sous contrôle des troupes de Mao. Zhou accepta les purges que Mao a commencées à la fin de 1931 pour éliminer tous les espions et les agents contre-révolutionnaires du parti. Cela a abouti à des massacres cruels motivés par la paranoïa et par la volonté d’imposer sans partage le pouvoir et l’idéologie de Mao, et cela a touché autant les suspects que leur entourage proche, qui furent torturés et pour la plupart, exécutés.

Avec le jeune nouveau secrétaire général du PCC, Qin Bangxian, alias Bo Gu (1907-1946), mis en place par le Komintern de 1932 à 1935, succédant à Wang Ming (1904-1974), Zhou réorganisa l’armée communiste (armée populaire de libération) qui a réussi à repousser quatre des cinq attaques de Tchang Kaï-Chek. Malgré la défaite des troupes communistes en septembre 1933, Zhou Enlai restait soutenu par les militaires et le parti, probablement parce qu’il ne montrait pas une ambition débordante et qu’il jouissait de réelles compétences organisationnelles qu’il mettait à profit comme vice-président de la commission militaire centrale.

Les défaites successives face aux nationalistes obligèrent les communistes à quitter le Jiangxi. Ce fut Zhou Enlai qui organisa le départ et la fuite de près 90 000 soldats et civils, ce qui fut la Longue Marche entre le 15 octobre 1934 et le 19 octobre 1935 au cours de laquelle Mao Tsé-Toung imposa son autorité militaire sur le parti. Seulement 10% des troupes communistes survécurent à cette Longue Marche de 12 000 kilomètres, la plupart furent massacrés par le Kuomintang ou dans des attaques inutiles contre des dirigeants locaux. Les rescapés se réfugièrent à Yan’an, dans le Shaanxi. Mao resta basé à Yan’an pendant toute cette période trouble.

Au congrès de Zunyi en début janvier 1935, Mao, qui est devenu l’assistant de Zhou Enlai au sein du parti, a réussi à éliminer Qin Bangxian qui laissa la tête du PCC entre 1935 et 1943 à son ami Zhang Wentian (1900-1976) qui, ancien étudiant à Moscou comme Yang Shangkun (1907-1998), futur Président de la République du 7 avril 1988 au 27 mars 1993, a rallié Mao quand ce dernier a voulu s’affranchir de la tutelle soviétique.

À partir du 20 mars 1943, Mao Tsé-Toung fut le président du parti communiste chinois (il le demeura jusqu’à sa mort le 9 septembre 1976), et Zhou Enlai fut son bras droit. Wang Ming, qui fut le secrétaire général du PCC de 1931 à 1932, séjournait à Moscou et fut en 1937 le principal rival de Mao, car il représentait la faction soviétique (face à Mao qui était plus nationaliste et voulait éviter la mainmise de l’URSS en Chine), s’exila à Moscou vers 1956.

Le maréchal Zhang Xueliang (1901-2001) était un jeune dirigeant militaire de la Mandchourie depuis la mort de son père assassiné le 4 juin 1928. Il était l’un des chefs des troupes nationalistes, il avait rejoint le 29 décembre 1928 le gouvernement nationaliste contrôlé par Tchang Kaï-Chek tout en restant militairement indépendant, mais il était opposé à la stratégie de Tchang Kaï-Chek de combattre en priorité les communistes avant les Japonais. Pourtant, l’indépendance nationale était en jeu à partir des années 1930. Les troupes japonaises occupèrent notamment la Mandchourie du 19 septembre 1931 au 15 août 1945.

De son côté, Wang Ming milita pour le retour à l’union entre communistes et nationalistes pour lutter contre les troupes étrangères (il communiqua en ce sens à partir d’août 1936). Zhou Enlai fut chargé de convaincre les nationalistes de refaire cette unité. Il rencontra Zhang Xueliang dès le 6 avril 1936 et les deux hommes se mirent d’accord pour travailler ensemble. Le 12 décembre 1936, avec le général Yang Hucheng (1893-1949), également du Kuomintang, Zhang Xueliang, dont les troupes étaient repliées à Xi’an, fit arrêter Tchang Kaï-Chek, en visite d’inspection, après avoir tué ses gardes du corps, pour l’obliger à faire l’unité avec les communistes.

Apprenant l’emprisonnement de Tchnag Kaï-Chek, Mao était plutôt favorable à son exécution, mais Zhou Enlai et Zhang Wentian l’ont convaincu de ne pas l’éliminer, car le Kuomintang devait garder son leader pour mieux combattre les Japonais. Encouragés par Staline, les communistes firent libérer Tchang Kaï-Chek et ce dernier et Zhou Enlai conclurent un accord le 24 décembre 1936 pour combattre unis contre l’occupation japonaise (pour la seconde fois).

Tchang Kaïi-Chek se vengea ensuite contre ses officiers qui l’avaient piégé : il fit arrêter à Nankin (la capitale du gouvernement nationaliste) Zhang Xueliang et Yang Hucheng. Ce dernier fut détenu de 1936 à 1949 puis exécuté le 6 septembre 1949 ainsi que toute sa famille quelques jours avant la prise de Nankin par les communistes. Zhang Xueliang a eu la vie épargnée, mais fut détenu à Nankin puis à Taiwan de 1936 à 1990, après la mort de Tchang Ching-Kuo (1910-1988), le fils de Tchang Kaï-Chek, puis il vécut libre jusqu’à sa mort à 100 ans, mais refusa de retourner en Chine continentale bien qu’il fût adulé par les communistes chinois (il reste considéré de nos jours comme un héros pour les communistes chinois).

Zhou Enlai, qui avait accompagné Zhang Xueliang à Nankin pour continuer les discussions avec Tchang Kaï-Chek, n’a pas pu faire libérer son allié nationaliste (Zhang) et a failli se faire lui-même assassiner par des officiers de Zhang en colère contre l’arrestation de leur chef, officiers que Zhou a fini par calmer grâce à son talent de persuasion et de diplomatie.

Pendant quelques années, le sort des communistes rejoignait celui des nationalistes. La capitale Nankin fut prise par les Japonais le 13 décembre 1937 et l’ensemble du gouvernement se replia à Wuhan. Alors que les nationalistes étaient en position de force face aux communistes avant l’invasion japonaise, l’occupation des Japonais redonna plus de force aux communistes pour reprendre le dessus sur les nationalistes en infiltrant tous les organes gouvernementaux sous la supervision de Zhou.

Lieutenant-général, Zhou Enlai fut nommé en janvier 1938 directeur adjoint du département politique du comité militaire, ce qui a rendu sa position cruciale pour les communistes, au cœur des nominations des officiers. Sans enfant, Zhou Enlai a eu l’occasion de rencontrer des orphelins, dont le père fut exécuté par le Kuomintang. Il adopta trois orphelins dont, en 1938, Li Peng (né en 1928), dont le père fut exécuté en 1931 et qui, formé et protégé par Zhou, est devenu Premier Ministre du 24 novembre 1987 au 17 mars 1998.

Après la conquête de Wuhan par les Japonais le 27 octobre 1938, les nationalistes ont fui à Chongqing. Sur la route, Zhou Enlai fut gravement blessé par un incendie délibérément allumé par le Kuomintang à Changsha et qui provoqua environ 20 000 morts. À partir de décembre 1938 à Chongqing, influent dirigeant au sein du gouvernement nationaliste, Zhou Enlai poursuivit son travail d’organisation, de renseignements et de renforcement de ses réseaux pour consolider le parti communiste chinois dans le sud de la Chine. En clair, les communistes ont infiltré tous les organes nationalistes.

Pour se faire soigner d’une fracture, Zhou Enlai a séjourné à Moscou entre l’été 1939 et mai 1940 mais il n’est pas parvenu y rencontrer Staline qui lui reprochait son manque de loyauté envers le Kuomintang. Après la fracture définitive de l’unité entre les communistes et le Kuomintang, en janvier 1941, Zhou Enlai continuait à préserver un réseau de renseignement tel qu’il a pu informer Staline avec deux jours d’avance, le 20 juin 1941, de la rupture du Pacte germano-soviétique et de l’attaque d’Hitler contre l’Union Soviétique.

Au-delà des renseignements et de l’influence politique, Zhou Enlai avait réussi aussi à constituer toute une organisation pour faire gagner de l’argent au parti communiste chinois, en particulier grâce à une spéculation sur le marché international de l’or et grâce à la production d’opium sur les territoires sous contrôle du Kuomintang, permettant à la fois des revenus importants et un ramollissement cérébral des troupes nationalistes !

Après sa rupture avec Tchang Kaï-Chek, Zhou Enlai gagna Yan’an où se trouvait le quartier général des communistes. Mao, cependant, reprocha à Zhou d’avoir été un agent des Soviétiques mais Zhou le convainquit une nouvelle fois de sa loyauté envers lui. Ces "échanges" furent d’ailleurs publics car Mao avait lancé une campagne idéologique très intense pour imposer ses idées au sein du parti. Au 7e congrès du 23 avril 1945, Mao a gagné définitivement sa bataille idéologique au sein du PCC et Zhou Enlai fut convaincu de "maoïsme". En partie à cause de l’invasion japonaise, le PCC a progressé entre 1937 et 1945 de 40 000 à 1,2 million de membres (il en a plus de 82 millions de nos jours !).

Après la capitulation du Japon le 2 septembre 1945, la Chine retomba dans la guerre civile pendant quatre ans, entre 1945 et 1949. Ce fut une lutte sans merci entre le Kuomintang et le PCC. Parallèlement, Zhou Enlai refusa en 1946 aux Américains le partage de la Mandchourie. Le 1er octobre 1949, les communistes ont gagné, Mao assuma le pouvoir sur toute la Chine continentale. Les nationalistes avaient demandé aux Américains que le Japon restituât Taiwan et ce fut sur cette île que Tchang Kaï-Chek et ses troupes se réfugièrent, devenant un État à part entière, une sorte de Chine bis, qui existe toujours, près de soixante-dix ans plus tard.

_yartiChouEnlai02

Comme on peut le constater, l’histoire politique et militaire de la Chine entre 1921 et 1949 fut particulièrement compliquée : le gouvernement central fut dirigé théoriquement par les nationalistes du Kuomintang, parfois avec le soutien du parti communiste chinois. Sur le plan intérieur, les communistes et les nationalistes étaient en affrontements quasi-permanents. Ces deux partis luttaient contre les "seigneurs de la guerre" qui étaient au pouvoir dans les années 1920.

Mais au sein de ces deux organisations, des luttes entre factions faisaient également rage, tant au sein du Kuomintang, notamment parce que la personnalité forte de Tchang Kaï-Chek suscitait des oppositions, qu’au sein du PCC entre plusieurs factions, essentiellement, celle nationaliste de Mao qui souhaitait garder son indépendance idéologique et celle plus internationaliste de Wang Ming qui obéissait aux consignes de Staline. À cela, il faut évidemment ajouter les interventions extérieures, principalement celles de Japonais qui occupèrent une partie du territoire chinois, et aussi, sur le plan diplomatique, celles des Américains qui furent accueillis avec bienveillance (y compris des communistes) à partir de 1941 pour combattre les Japonais.

Il faut donc insister sur le fait qu’entre 1928 et 1949, Zhou Enlai est resté un dirigeant communiste très influent et surtout, un homme indispensable, par sa connaissance de multiples renseignements, par son talent de manœuvre politique et de diplomatie. En fait, il fut le rare à être un dirigeant essentiel du PCC pendant une si longue période entre 1928 et 1976 (à sa mort), et chaque fois qu’il était en situation très instable, prêt à être disgracié, il réussissait néanmoins à éviter l’élimination, politique sinon physique. Pendant la guerre, il fut l’homme incontournable pour réunir les nationalistes, les communistes et les Américains contre le Japon.

Ce fut donc assez logique que Zhou Enlai fut le bras droit de Mao lorsque ce dernier fut au pouvoir, entre 1949 et 1976. C’est l’objet du prochain article sur ce sujet.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mars 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiChouEnlai05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180305-zhou-enlai.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/l-indispensable-zhou-enlai-1-2-202091

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/03/05/36197535.html


 

Partager cet article

Repost0
26 février 2018 1 26 /02 /février /2018 02:07

« La Chine est devenue la deuxième plus grande puissance économique du monde grâce à trente-huit années de réformes et d’ouverture. (…). La Chine a, ces dernières années, réussi à s’engager dans une voie de développement qui lui convient, en s’appuyant à la fois sur la sagesse de sa civilisation et sur les pratiques des autres pays de l’Est et de l’Ouest. En explorant ce chemin, la Chine refuse de rester insensible à l’évolution des temps et de suivre aveuglément les pas des autres. » (Xi Jinping, à Davos le 17 janvier 2017).


_yartiXiJinping2018B01

Une décision annoncée ce dimanche 25 février 2018 a renforcé l’impression que le régime de Xi Dada se maoïse de plus en plus.

Xi Dada, c’est-à-dire, Tonton Xi, est le surnom de Xi Jinping, le maître de la Chine communiste depuis le 15 novembre 2012. Il s’est fait renouveler son mandat de Secrétaire Général du Parti communiste chinois (PCC) et de Président de la Commission militaire centrale du PCC le 25 octobre 2017 au 19e congrès du PCC. En outre, il a été élu Président de la République populaire de Chine le 14 mars 2013 et devrait être réélu dans quelques jours pour un second mandat de cinq ans.

Selon quelques indiscrétions diffusées par le "South China Morning Post" en décembre 2017, Wang Qishan (69 ans), proche de Xi Jinping, maire de Pékin de 2003 à 2007, Vice-Premier Ministre du 15 mars 2008 au 14 mars 2013, qui a supervisé la lutte contre la corruption de novembre 2012 à octobre 2017 à la tête de la stratégique Commission centrale pour l’inspection disciplinaire et qui a pris sa retraite à cause de son âge, pourrait être désigné Vice-Président de la République en mars 2018. C’est normalement un poste honorifique, mais qui parfois, dans le passé, fut aussi une fonction essentielle pour renforcer le pouvoir du chef.

Arrivé au pouvoir il y a une dizaine d’années, parmi la cinquième génération des dirigeants communistes chinois, et issu des "princes rouges", Xi Jinping (64 ans) est en train de renouer de plus en plus avec le culte de la personnalité qui avait cours à l’époque de Mao Tsé-Toung, dont il a célébré avec faste le 120e anniversaire de la naissance en 2013 (2 milliards d’euros furent dépensés à cette occasion). Tout est fait dans la presse et la télévision pour laisser croire que Xi Jinping serait l’équivalent de Mao et de Deng Xiaoping dans l’imaginaire populaire.

_yartiXiJinping2018B04

Xi Jinping a rapidement renforcé son pouvoir tant dans l’appareil du parti que dans la société chinoise, en particulier en renforçant la censure sur Internet et en réprimant les journalistes susceptibles de s’opposer au gouvernement. Il a aussi fait une purge dans l’armée dans son combat contre la corruption (en 2014, il a limogé 72 000 cadres militaires dont 16 généraux). Le 6e plénum du 18e comité central a même décerné à Xi Jinping, le 30 octobre 2016, le titre de "cœur du parti" dont seuls avaient été qualifiés Mao et Deng.

Par ailleurs, la doctrine politique de Xi Jinping, sa « pensée du socialisme aux caractéristiques chinoises de la nouvelle ère », a été intégrée dans la charte du PCC le 24 octobre 2017, par un amendement constitutionnel adopté à l’unanimité des 2 300 délégués. Ainsi, la pensée de Xi côtoie très officiellement dans les "textes sacrés" la pensée de Mao et la théorie de Deng (cette dernière intégrée seulement après la mort de Deng). Elle correspond à un guide moral et politique pour le pays, confirmant la suprématie du parti sur l’armée et la société.

Cette inscription est importante car cela signifie que sa pensée fera partie des programmes scolaires. Bill Bishop, du journal "Sinocism China", a résumé cette importance : « Avec son nom dans la charte du parti, la question de sa succession ne se pose pratiquement plus. Car aussi longtemps qu’il sera en vie, il restera celui qui prendra in fine les décisions. Cette inscription est là pour signifier à l’ensemble du PCC la suprématie de Xi Jinping. » ("Le Vif", le 24 octobre 2017). En clair, il est le dieu vivant du communisme chinois.

Au bout de cinq ans, Xi Jinping a ainsi acquis la même stature morale que Mao : « Cela conférera à Xi une autorité extraordinaire (…). Il aura un statut similaire à celui de Grand timonier, qu’avait Mao », selon Willy Lam, politologue à l’Université chinoise de Hong Kong et auteur d’une biographie de Xi Jinping en 2015 (AFP, le 24 octobre 2017). Le parti communiste chinois compte 89 millions de membres !

_yartiXiJinping2018B02

Le "South China Morning Post" du 23 août 2014 a rappelé qu’en une vingtaine de mois, Xi Jinping a réussi à acquérir bien plus de pouvoir que ses deux prédécesseurs directs, Jiang Zemin et Hu Jintao, en particulier en présidant lui-même de nombreux comités stratégiques sur la défense, la sécurité, les affaires étrangères, la politique économique, etc. : « Contrairement à ses deux prédécesseurs issus de milieux modestes, Xi est le descendant d’un membre de l’élite chinoise. Son père, Xi Zhongxun, était un révolutionnaire avec Mao qui a aidé Deng à mener ses réformes économiques. Ce pedigree a apporté la confiance et le respect de Xi parmi les élites dirigeantes. » (23 août 2014). Xi Zhonxun avait d’ailleurs échappé de justesse au peloton d’exécution en septembre 1935 (bien avant la naissance du futur chef de la Chine communiste), contesté par certaines factions communistes mais sauvé par Mao.

Zhiqun Zhu, directeur de l’Institut de Chine à l’Université Bucknell (USA) a constaté : « D’un côté, [Xi] semble être engagé dans la voie des réformes ; de l’autre, il semble parfois très conservateur, insistant sur la ligne du parti et maintenant la censure et le contrôle idéologique. ». L’historien du parti Zhang Lifan a affirmé de son côté qu’il y a « un effort continu pour construire, au fil du temps, l’image d’un grand leader après Mao et Deng » (cités par le "South China Morning Post").

_yartiXiJinping2018B05

Lorsque le 24 octobre 2017 dans la grande salle du Palais du peuple à Pékin, Xi Jinping a présenté à la télévision, au monde entier, les six autres membres du comité permanent du bureau politique du parti communiste chinois (seul, le Premier Ministre Li Keqiang, numéro deux, en était un membre sortant, avec Xi), tout le monde a compris qu’il n’avait mis en avant aucun "héritier" potentiel pour lui succéder en 2022 après ce second mandat, comme lui-même, Xi Jinping, avait été associé à la direction du parti dès 2007, pour "se préparer" à succéder à Hu Jintao.

Or, l’absence de préparation à la succession peut avoir un sens : Xi Jinping n’entendrait pas prendre sa retraite en 2022. Et c’est pourquoi l’annonce le 25 février 2018 d’une réforme majeure conforte l’idée que Xi Jinping entend rester longtemps au pouvoir. Le comité central du PCC se réunit du 26 au 28 février 2018 et va faire formellement la proposition.

Il s’agit de faire voter le 5 mars 2018, lors de la session annuelle du Congrès national du Peuple, la suppression de l’impossibilité d’exercer plus de deux mandats de cinq ans à la Présidence de la République. Cette limitation avait été appliquée après Deng Xiaoping pour les deux derniers prédécesseurs, Jiang Zemin et Hu Jintao, dont l’immobilisme a été critiqué car ils étaient souvent dans les luttes d’appareil et de factions. Xi Jinping veut s’affranchir de cela en s’accaparant tous les pouvoirs.

Cette limitation avait été introduite très récemment en France par Nicolas Sarkozy lors de la révision constitutionnelle du 23 juillet 2008, à la suite des deux très longues Présidences de François Mitterrand (quatorze ans) et Jacques Chirac (douze ans).

En voulant la supprimer, Xi Jinping imite ainsi Hugo Chavez qui l’avait aussi supprimée en 2009 (par référendum) pour pouvoir se maintenir longtemps au pouvoir.

En Russie aussi, la limitation à deux mandats successifs est la règle constitutionnelle, mais Vladimir Poutine a été plus habile : tout en maintenant la règle, qui aurait dû ne lui laisser que huit ans de pouvoir (comme ses homologues américains), Poutine va pouvoir y rester au moins pendant vingt-quatre ans, entre 2000 et 2024 ! Pourquoi ? Parce qu’il a choisi d’être Premier Ministre pendant le mandat qui lui était interdit, entre 2008 et 2012, en plaçant un pseudo-"homme de paille", Dmitri Medvedev, et surtout, en allongeant en décembre 2008 la durée du mandat présidentiel de quatre à six ans. Sa probable réélection le 18 mars 2018 (il avait annoncé sa candidature le 6 décembre 2017) montrera que le contournement de ce genre de mesure est possible, dans la plus parfaite légalité constitutionnelle.

_yartiXiJinping2018B03

Xi Jinping n’a cependant pas cette finesse politique car il n’en a pas les moyens. Au contraire de Vladimir Poutine, qui profite d’une absence d’opposition politique, il a, au sein du PCC, des responsables qui seraient capables de prendre sa place et son pouvoir. C’est pourquoi, minutieusement et efficacement, Xi Jinping a sans arrêt renforcé son pouvoir et sa propagande. Une étude avait montré que dans les journaux chinois, son nom apparaissait aussi souvent que celui de Mao quand ce dernier était au pouvoir, et bien plus fréquemment que lors des mandats de ses deux prédécesseurs.

Selon Willy Lam, cela signifie finalement que Xi Jinping est devenu « empereur à vie » ("New York Times", le 25 février 2018).

La Chine, pays hyper-sélectif et élitiste, est l’exemple caricatural d’un despotisme éclairé, dans le sens du Siècle des Lumières. La question reste entière : tout ce pouvoir, pour quoi faire ? pour emmener la Chine et les Chinois vers quel objectif ? Devenir la première puissance économique du monde ? Faire émerger une véritable classe moyenne ? Remplacer les États-Unis comme premier gendarme du monde ?…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Avis de Présidence à vie ?
Double mandat successif dans le monde.
Poutine, maître de la Russie jusqu’en 2024 ?
Révision constitutionnelle russe de 2008.
Révision constitutionnelle française de 2008.
La maoïsation de Xi Jinping.
Zhou Enlai.
La diplomatie du panda.
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiXiJinping2018B06



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180225-xi-jinping.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-maoisation-rampante-de-xi-dada-201881

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/02/27/36177855.html




 

Partager cet article

Repost0
20 janvier 2018 6 20 /01 /janvier /2018 03:33

« La Chine est devenue la deuxième plus grande puissance économique du monde grâce à trente-huit années de réformes et d’ouverture. Un chemin droit mène à un avenir brillant. La Chine est arrivée à ce niveau parce que le peuple chinois, sous la direction du parti communiste chinois, a ouvert une voie de développement qui correspond aux conditions réelles de la Chine (…). La Chine a, ces dernières années, réussi à s’engager dans une voie de développement qui lui convient, en s’appuyant à la fois sur la sagesse de sa civilisation et sur les pratiques des autres pays de l’Est et de l’Ouest. En explorant ce chemin, la Chine refuse de rester insensible à l’évolution des temps ou de suivre aveuglément les pas des autres. » (Xi Jinping, Davos le 17 janvier 2017).



_yartiXiJinping2017A02

L'année 2017 fut l'année Xi Jinping. Réélu à 64 ans Secrétaire Général du Parti communiste chinois (PCC) le 25 octobre 2017 lors du dix-neuvième congrès (du 18 au 25 octobre 2017) pour un second mandat de cinq ans et probablement réélu en mars 2018 Président de la République populaire de Chine, Xi Jinping a le "vent en poupe" sur le plan mondial malgré les progrès à faire sur les droits de l'homme. Un léger culte de la personnalité commence timidement à voir le jour comme l'avait fait Mao Tsé-Toung (il a acquis la même autorité que Mao en incluant dans la charte du PCC la "pensée de Xi Jinping du socialisme aux caractéritiques chinoises pour une nouvelle ère"), et son tempérament posé favorable à la lutte contre les changements climatiques contraste avec le trumpisme américain. L'actualité, c'est le voyage en Chine du Président Emmanuel Macron du 8 au 10 janvier 2018, avec un sommet avec Xi Jinping ce mardi 9 janvier 2018 à Pékin. Cependant, il serait intéressant de revenir un an en arrière, le 17 janvier 2017, dans une station de port d'hiver quelque part en Suisse.

Vincent Giret, journaliste de France Info, ne s’y est pas trompé lorsqu’il en a parlé, l'année dernière : « Il s’est passé, mardi 17 janvier [2017], dans la petite station suisse de Davos, un moment absolument incroyable, un retournement historique qui figurera demain dans tous les manuels. » (18 janvier 2017).

De quoi parlait-il ? Du Forum économique mondial de Davos qui a eu lieu du 17 au 20 janvier 2017 et qui a réuni de nombreux décideurs économiques et politiques du monde entier. Or, pour la première fois, un Président chinois est venu en personne y prononcer un discours, et pas n’importe lequel. Le discours d’ouverture, le 17 janvier 2017.

Presque quarante ans après le début des réformes économiques de Deng Xiaoping qui ont fait de la Chine une superpuissance économique mondiale, Xi Jinping, le Président de la République populaire de Chine depuis alors presque quatre ans, Secrétaire Général du Parti communiste chinois depuis plus de quatre ans, habillé d’un costume "à l’occidentale", a fait la promotion du libéralisme économique, de la mondialisation des échanges et de l’ouverture au monde.

_yartiDengXiaoping05

Plus étonnant encore ! Dans ce monde aux tourments incertains, où les États-Unis sont désormais dirigés par un Donald Trump incompétent et agressif, où le terrorisme islamiste rôde dans tous les pays, où le spectre d’une nouvelle crise financière inquiète toutes les entreprises, la Chine communiste fait désormais figure de pôle de stabilité.

Certes, comme je l’ai expliqué ici, la démocratie et la liberté d’expression ne font pas partie des priorités du gouvernement chinois depuis toujours, ce qui est inadmissible pour un citoyen français, par exemple, tout comme les écarts avec les droits de l’homme, la justice qui condamne et exécute encore des milliers de personnes chaque année, un budget militaire colossal, une économie qui maintient encore beaucoup de barrières protectionnistes, etc.

Mais la Chine d’après Deng Xiaoping a réussi à trouver un équilibre politique en évitant tout culte de la personnalité (pour l'instant), en évitant toute fièvre folle comme ce le fut du temps de Mao Tsé-Toung, et en donnant à ses dirigeants seulement deux mandats de cinq ans (avec une limite d'âge, 68 ans). Les futurs dirigeants sont d’ailleurs souvent connus et préparés de longue date puisque le Premier Ministre a été précédemment Vice-Premier Ministre, le numéro un du parti communiste chinois a été de son côté, lui aussi, précédemment numéro deux du parti, etc., et cela souvent pendant les dix années précédentes.

Ce renouvellement décennal des dirigeants politiques est un pont entre la dictature (le dictateur généralement reste au pouvoir aussi longtemps que possible) et une véritable démocratie où les dirigeants sont réellement choisis par le peuple. On pourrait comparer la sélection des dirigeants de ce pays ultra-élitiste à un concours général où les lauréats deviendraient ministres et membres du bureau politique du comité central du parti communiste chinois.

C’était d’ailleurs ainsi que Vincent Giret a perçu le discours de Xi Jinping : « d’un ton grave, celui du vieux sage ». Son discours peut être lu sur Internet ici. Les extraits proposés ici sont traduits (sans prétention) de l’anglais.

Xi Jinping s’est fait le promoteur des investissements technologiques, de la transition énergétique (il me semble que la Chine est maintenant le premier pays producteur d’automobiles électriques), et surtout, refusant le principe d’un monde bipolaire bloc contre bloc, trop associé à la guerre froide, il a prôné le multilatéralisme.

Sur la mondialisation, il a été très clair : « La mondialisation a favorisé la croissance mondiale, a facilité la circulation des biens et des capitaux, a fait progresser la science et la technologie, a renforcé les civilisations et les échanges entre les peuples. ».

Xi Jinping a rappelé la genèse de l’implication chinoise au commerce international : « Il fut un temps où la Chine avait aussi des doutes sur la mondialisation économique, et elle ne savait pas si elle devait rejoindre l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Mais nous sommes arrivés à la conclusion que l’intégration dans l’économie mondiale était une tendance historique. Pour faire croître son économie, la Chine doit avoir le courage de nager dans le vaste océan du marché mondial. Si quelqu’un a toujours peur d’affronter la tempête et d’explorer le nouveau monde, il finira tôt ou tard par se noyer dans l’océan. C’est pourquoi la Chine a pris cette courageuse décision d’aller dans ce marché mondial. (…) Nous avons rencontré des tourbillons et des vagues agités, mais nous avons appris à nager dans cet environnement. Nous sommes convaincu que ce fut un bon choix stratégique. ».

Pour Xi Jinping, il n’est donc pas question de remettre en cause ce choix de l’ouverture mondiale : « Toute tentative d’arrêter les échanges de capitaux, de technologies, de produits, d’industries et de personnes entre les économies, comme de canaliser l’eau de l’océan dans des lacs et des étangs isolés, est tout simplement impossible. Effectivement, cela irait à l’encontre de la tendance historique. (…) Nous devons trouver un équilibre entre l’efficacité et l’équité pour faire en sorte que tous les pays, toutes les catégories sociales, tous les groupes humains puissent bénéficier des avantages de la mondialisation économique. ».

_yartiXiJinping2017A01

En d’autres termes : « Se contenter de blâmer la mondialisation économique à cause des problèmes du monde n’est pas en cohérence avec la réalité, et cela n’aidera pas à résoudre ces problèmes. ». Car Xi Jinping a reconnu les problèmes de l’économie mondiale et il a identifié trois problèmes majeurs qu’il faudra résoudre.

D’abord, la croissance mondiale est beaucoup trop lente depuis sept ans parce qu’il n’y a plus de « forces motrices robustes » pour tirer la croissance mondiale. Les moteurs traditionnels se sont affaiblis et il faut faire émerger de nouvelles sources de croissance.

Ensuite, la gouvernance économique mondiale n’est pas adaptée : « Madame [Christine] Lagarde [(directrice générale du FMI)] m’a récemment dit que les pays émergents et en voie de développement contribuaient déjà à 80% de la croissance de l’économie mondiale. Le paysage économique mondial a profondément évolué au cours des dernières décennies. Toutefois, le système de gouvernance n’a pas évolué et n’est donc plus adapté en termes de représentation et de participation. ». Il a cité notamment le problème de la volatilité fréquente des marchés financiers internationaux et l’accumulation de bulles d’actifs.

Enfin, le troisième problème concerne les inégalités croissantes : « Le 1% plus riche de la population mondiale possède plus de richesses que les 99% restants ! Plus de 700 millions de personnes dans le monde vivent encore dans l’extrême pauvreté. Pour beaucoup de familles, avoir un domicile chauffé, assez de nourriture et un emploi sûr est encore un rêve lointain. C’est le plus grand défi auquel le monde est confronté aujourd’hui. ». Rappelons à l'occasion que le beau-frère de Xi Jinping serait à la tête d'une fortune d'environ 300 millions de dollars, selon un journal américain publié le 29 juin 2012.

Le seul moteur de croissance est l’innovation : « Contrairement aux révolutions industrielles précédentes, la quatrième révolution industrielle se déroule à un rythme exponentiel plutôt que linéaire. Nous devons poursuivre sans relâche l’innovation. Ce n’est qu’avec le courage d’innover et de réformer que l’on peut éliminer les goulets d’étranglement qui bloquent la croissance et de le développement mondial. ».

_yartiXiJinping2017A03

Comme un candidat à l’élection présidentielle (mondiale ?), Xi Jinping a énuméré les travaux d’Hercule pour résoudre ces problèmes de fond. J’en cite quatre (et pas douze).

D’abord, la nouvelle économie : « Nous devons adopter de nouveaux instruments politiques et faire avancer les réformes structurelles pour créer plus de marges pour la croissance et consolider son élan. Nous devons développer de nouveaux modèles de croissance et saisir les occasions offertes par le nouveau cycle de la révolution industrielle et par l’économie numérique. Nous devons relever les défis du changement climatique et du vieillissement de la population. Nous devons nous soucier de l’impact négatif de l’informatisation et de l’automatisation sur les emplois. En créant de nouvelles activités et en créant de nouveaux modèles économiques, nous devrions créer de nouveaux emplois et restaurer la confiance et l’espoir de nos peuples. ».

Ensuite, une structuration de l’ouverture : « Nous devons (…) développer un modèle ouvert de coopération gagnant/gagnant. Aujourd’hui, l’humanité est devenue une communauté étroite d’avenir partagé. Les pays ont des intérêts convergents nombreux et dépendent des uns et des autres mutuellement. Tous les pays ont droit au développement. En même temps, ils devraient voir leurs propres intérêts dans un contexte plus large et s’abstenir de les défendre au détriment des autres. (…) Nous devons redoubler nos efforts pour développer la connectivité mondiale et permettre à tous les pays d’atteindre une croissance interconnectée et prendre part à la prospérité. ».

On a peine à réaliser que c’est bien le maître tout puissant de l’une des dernières puissances communistes qui a fait ce genre de déclaration : « Nous devons rester déterminés à développer le libre-échange et l’investissement mondial, à promouvoir la libéralisation et la facilitation du commerce et des investissements par l’ouverture, et dire non au protectionnisme. ».

La définition de protectionnisme de Xi Jinping, toujours faite d’image comme dans beaucoup de parties de ce discours, est intéressante : « Poursuivre le protectionnisme, c’est comme se verrouiller à l’intérieur d’une pièce sombre. Si cela protège de la pluie et du vent qui sont à l’extérieur, cela empêche aussi la lumière du soleil et l’air de passer. Personne ne sortira vainqueur d’une guerre commerciale. ».

Troisième piste de solution, Xi Jinping voudrait un « modèle de gouvernance juste et équitable en accord avec la tendance de l’époque ». Plus clairement, il souhaiterait que les pays émergents aient plus de pouvoir décisionnel dans les instances financières internationales.

Quatrième piste de solution, Xi Jinging voudrait aussi un « modèle de développement équilibré, équitable et inclusif ». Un modèle adapté à la quatrième révolution industrielle.

En conclusion de son discours, Xi Jinping a énuméré des statistiques très éloquentes sur les performances économiques de son pays. Depuis son ouverture économique, la Chine a attiré plus de 1 700 milliards de dollars d’investissements étrangers et, de son côté, a investi plus de 1 200 milliards de dollars à l’étranger. Depuis une dizaine d’années, la Chine contribue en moyenne à plus de 30% de la croissance mondiale chaque année. Le taux de croissance en 2016 devrait encore être l’un des plus élevés du monde avec 6,7%.

Ce qui lui a fait dire : « Le développement de la Chine est une opportunité pour le monde. La Chine a non seulement bénéficié de la mondialisation économique, mais elle y a aussi contribué. La croissance rapide de la Chine a été un moteur soutenu et puissant pour la stabilité économique mondiale et pour l’expansion. ».

Xi Jinping a donné quelques perspectives de l’économie chinoise : « Nous allons poursuivre la réforme structurelle de l’offre comme objectif général (…). Nous continuerons de réduire la surcapacité de production, de réduire les stocks, de désendetter le financement, de réduire les coûts (…). Nous stimulerons de nouveaux moteurs de la croissance, développerons un secteur industriel de pointe et améliorerons l’économie réelle. (…) La Chine stimulera la vitalité du marché pour donner un nouvel élan à la croissance. (…) Nous permettrons au marché de jouer le rôle décisif dans l’allocation des ressources. L’innovation continuera de figurer en bonne place dans notre programme de croissance. Dans la poursuite de la stratégie de développement axée sur l’innovation, nous renforcerons les industries émergentes stratégiques, appliquerons les nouvelles technologies et favoriserons de nouveaux modèles commerciaux pour consolider les industries traditionnelles. (…) La Chine favorisera un environnement propice aux investissements. Nous élargirons l’accès aux marchés pour les investisseurs étrangers, construirons des zones de libre-échange pilote de haut niveau, renforcerons la protection des droits de propriété et uniformiserons la réglementation afin de rendre le marché chinois plus transparent (…). ».

L’objectif des cinq prochaines années est très ambitieux : importer 8 000 milliards de dollars de biens, attirer 600 milliards de dollars d’investissements étrangers, investir 750 milliards de dollars à l’étranger, encourager les touristes chinois à faire 700 millions de visites à l’étranger : « Tout cela créera un marché plus important, avec plus de capitaux, plus de produits et plus d’opportunités d’affaires pour d’autres pays. Le développement de la Chine continuera à offrir  des opportunités commerciales à l’étranger. La Chine gardera sa porte ouverte et ne la fermera pas. (…) La Chine n’a pas l’intention d’accroître sa compétitivité commerciale en dévaluant le yuan, et encore moins en lançant une guerre monétaire. ».

C’est quand même significatif que pendant la campagne présidentielle de l'an dernier, aucun candidat à l’élection présidentielle française n’ait donné son point de vue sur ce discours historique du Président Xi Jinping à Davos, qui a finalement décrit le principal malaise des sociétés post-industrielles.

Dans un monde où les pays qui ont initié cette ouverture économique mondiale (États-Unis et Royaume-Uni) ont choisi un repli national (Donald Trump et Brexit), et où la Russie de Vladimir Poutine veut jouer à monsieur muscle, l’Union Européenne et la France auraient intérêt à recentrer leur politique diplomatique et économique en direction de la Chine qui, de toute façon, devient incontournable dans toutes les questions mondiales, et en premier lieu, sur l’énergie et l’environnement. C'est un peu ce qu'a tenté de faire Emmanuel Macron, ambassadeur de l'Union Européenne, ces 8 à 10 janvier 2018 en Chine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 janvier 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La diplomatie du panda.
Discours de Xi Jinping à Davos le 17 janvier 2017 (texte intégral).
Xi Jinping et la mondialisation.
La Chine à Davos.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

_yartiXiJinping2017A04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180117-xi-jinping.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-chine-de-xi-jinping-et-la-190132

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/01/20/36033191.html


 

Partager cet article

Repost0
28 décembre 2017 4 28 /12 /décembre /2017 02:53

« Le plus beau spectacle est celui que nous donne la nature. » (Aristote, cité par Brigitte Macron le 4 décembre 2017 à Saint-Aignan).


_yartiBrigittePanda01

Il y a des informations particulièrement étonnantes et celle-ci en est une, mais une positive, cela change un peu des mauvaises nouvelles… Ceux qui n’ont rien à faire de l’agenda de la femme du Président de la République sont malgré tout régulièrement bombardés, euh, je veux dire, tenus au courant de l’activité brigittienne au moyen de nombreuses "brèves" distillées dans les médias depuis sept mois.

Cette information n’est pourtant pas si anodine que cela puisqu’il s’agit du premier discours officiel de la Première dame, Brigitte Macron, et d’un acte diplomatique fort d’amitié entre la Chine et la France, avant la rencontre à Pékin, au début de l’année prochaine, entre Emmanuel Macron et Xi Jinping (le Président chinois) : « Je suis très émue qu’on m’ait confié ce devoir par rapport à la Chine, c’est aussi une très grande responsabilité. ».

J’apprécie peu le principe des zoos, prétexte à beaucoup de maltraitance et de trafics d’animaux. Néanmoins, c’est aussi la possibilité de préserver certaines espèces qui risqueraient de disparaître sans une protection particulière dans la nature. La cérémonie a eu lieu au zoo de Beauval, à Saint-Aignan, au sud de Blois. Considéré comme l’un des dix meilleurs zoos du monde, avec une très grande diversité d’espèces.

Le point de départ de cette "publicité", c’est un bébé. En effet, le 4 août 2017, Huan Huan a donné naissance à deux bébés. Huan Huan est une femelle de panda géant. Le mâle venu aussi en France s’appelle Yuan Zi. L’un des deux bébés est malheureusement mort peu de temps après sa naissance.

_yartiBrigittePanda03

L’autre bébé était la star du lundi 4 décembre 2017. Il vient d’avoir quatre mois. Il atteindra sa taille adulte à l’âge de 4 ans et pourra vivre une trentaine d’années dans un zoo (une vingtaine s’il est remis en liberté à l’état sauvage).

Le 5 août 2017, au lendemain de la naissance, Brigitte Macron avait accepté d’être la marraine de ce bébé panda. Elle est déjà venue plusieurs fois en famille dans ce zoo. Comme le protocole très rigoureux le demandait, elle lui a formellement donné son nom : Yuan Meng, qui signifie "la réalisation d’un rêve". Ce nom avait été proposé par Peng Liyuan, la Première dame de Chine, qui a adressé à son "homologue" française une lettre de félicitations. Un baptême donc double : pour le bébé panda et pour Brigitte Macron elle-même qui en était à sa première mission officielle.

Ancienne professeure de lettres, la femme du Président Macron n’a pas manqué de citer Aristote au cours d’une courte intervention publique. À cette "cérémonie du nom", ont participé l’ancien Premier Ministre Jean-Pierre Raffarin, le membre du gouvernement Jean-Baptiste Lemoyne, Secrétaire d’État français aux Affaires étrangères, Rodolphe Delord, le directeur et propriétaire du zoo, ainsi que l’ambassadeur de Chine en France Zhai Jun et le Vice-Ministre chinois des Affaires étrangères Zhang Yesui.

N’hésitant pas à s’avancer sur un terrain mouvant, Brigitte Macron s’est même permise de terminer son allocution en mandarin, pour saluer la pérennité de l’amitié franco-chinoise. et remercier les représentants chinois. La présence de Jean-Pierre Raffarin s’explique par sa passion pour la Chine qu’il a visitée plusieurs fois pour comprendre son développement économique et établir des liens d’amitié au début des années 2000.

Pourquoi une telle naissance en France ? C’est très rare. Il n’y en a eu que quatre en Europe depuis plusieurs décennies. Les deux parents pandas ont été "prêtés" par la Chine à la France en janvier 2012 pour une durée de dix ans. C’était un cadeau de la Chine pour consolider les relations entre la Chine et la France. C’est ce qu’on appelle la "diplomatie du panda" qui perdure depuis mile quatre cents ans et qui fut beaucoup utilisée par Mao Tsé-Toung. Ces pandas géants sont une espèce très menacée et en voie de disparition. Ils ont déjà reçu à Saint-Aignan la visite d’environ un million et demi de visiteurs, selon "Paris Match".

Enchantée par ces animaux, Brigitte Macron a dû être très séduite par la mère et son petit : « Il est dans la vie des bonheurs simples dont la profondeur vous étonne ! ». Elle a qualifié le panda comme « un des symboles vivants de l’âme chinoise ». Et même : « Les pandas sont le symbole d’une force et d’une détermination tranquilles. Observez-les et vous comprendrez ! Regarder la nature, parfois l’aider, c’est se grandir. ». Le public pourra observer le bébé à partir du 13 janvier 2018. Yuan Meng devrait partir pour la Chine une fois sa taille adulte atteinte, dans trois ans et demi.

_yartiBrigittePanda02

Les parents de Yuan Meng sont originaires de la province du Sichuan, une région dévastée par le terrible tremblement de terre du 12 mai 2008 qui a tué 70 000 personnes, fait disparaître 18 000 personnes et blessé 374 000 personnes (la France était venue secourir la population par solidarité).

Au-delà de l’affermissement des relations entre la Chine et la France, cette cérémonie avait aussi un caractère "œcuménique" en politique intérieure française : au-delà des autorités chinoises actuelles, des remerciements ont été adressés également au Président Hu Jintao et à son homologue français Nicolas Sarkozy, à l’origine de la venue des pandas géants, et de son successeur François Hollande qui a su les maintenir en France.

Selon "Ouest-France", 750 00 euros sont dépensés par le zoo chaque année pour s’occuper des deux pandas géants, en plus du million d’euros demandé par la Chine selon le nombre de visiteurs. Une opération forcément rentable car la rareté des pandas, animaux "mignons" très caractéristiques, attire beaucoup les visiteurs, d’autant plus avec la naissance d’un bébé. Seulement vingt-deux zoos dans le monde hébergent des pandas. L’animal est considéré comme un symbole national en Chine, à tel point que jusqu’en 2010, la peine de mort était requise en cas de "meurtre" d’un panda.

_yartiBrigittePanda04

Baser l’amitié entre deux grands pays partiellement sur la vie d’un bébé panda peut être sympathique et même romantique. Mais cela peut être aussi casse-cou. Rien ne dit que Yuan Meng ne suive pas finalement la triste destinée de son frère, malgré tous les soins vétérinaires apportés par les propriétaires du zoo. Comme l’a rappelé Brigitte Macron : « [Yuan Meng] est le fruit énergique et vigoureux de l’amitié franco-chinoise, de cette amitié solide où il est possible de confier ce que l’on a de plus cher à quelqu’un dont on sait qu’il en prendra soin comme de lui-même. ».

Attendrie par le bébé panda, Brigitte Macron semble être au contact quotidien avec les responsables du zoo pour avoir souvent de ses nouvelles. Une passion animale qui fait un peu penser à celle de Stéphanie de Monaco pour les deux éléphantes qu’elle avait réussi à faire échapper à l’euthanasie à Lyon ; son maire de l’époque (actuellement ministre), aidé du préfet de région, avait voulu "s’en débarrasser" pour réaffecter la place qu’elles occupaient au Parc de la Tête d’or…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 décembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brigitte Macron.
Emmanuel Macron.
Xi Jinping.
Hu Jintao.
Les animaux ont-ils une âme ?

_yartiBrigittePanda05



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171204-panda-brigitte.html

https://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/le-panda-chouchoute-par-brigitte-199375

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/12/28/35932344.html



 

Partager cet article

Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).