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18 février 2017 6 18 /02 /février /2017 05:41

« Peu importe qu’un chat soit blanc ou noir. S’il attrape la souris, c’est un bon chat. » (1962).



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L’ancien dirigeant communiste chinois Deng Xiaoping est mort à 92 ans, il y a vingt ans, le 19 février 1997 à Pékin. Il est né le 22 août 1904. Il fut le responsable déterminant de l’essor économique de la Chine communiste d’aujourd’hui.

Il ne s’agit pas ici de tracer précisément sa vie très riche et complexe du jeune militant activiste communiste au vieux patriarche finalement sanguinaire de Tiananmen, mais de revenir sur les fonctions officielles qu’il a occupées dans l’appareil d’État et l’appareil du parti. Car, contrairement à la plupart des responsables des pays du monde, il a été le maître incontesté, pendant plus d’une dizaine d’années, de la Chine, un pays de plus d’un milliard d’habitants, sans avoir eu à occuper quelques fonctions importantes sur le papier.

Comme dans toutes les dictatures communistes, c’est le parti communiste chinois qui dirige l’État chinois ("République populaire de Chine") et donc, le véritable maître de la Chine, en principe, est le secrétaire général du parti communiste chinois. Le poste de chef de parti s’appelait "président" du parti jusqu’au 11 septembre 1982. Ou plus exactement, le 11 septembre 1982, le titre de chef de parti est passé de "président du comité central du parti communiste chinois" à "secrétaire général du comité central du parti communiste chinois".

Après des études à Paris (où il habita dans une chambre avec Chou En-Lai et où il fut ouvrier chez Renault-Billancourt) puis à Moscou (où il fit la connaissance du fils de Tchang Kaï-Chek), Deng Xiaoping fut parmi les proches de Mao Tsé-Toung bien avant l’arrivée des communistes au pouvoir.

En 1927, les nationalistes et les communistes ont rompu leur alliance tactique pour l’indépendance et Deng Xiaoping a dû fuir. Ce fut à Wuhan qu’il rencontra Mao Tsé-Toung pour la première fois, ce dernier était en opposition avec les dirigeants communistes alors pro-soviétiques. Vivant ensuite à Shanghai, Deng Xiaoping a rapidement pris des responsabilités au sein de l’appareil communiste en raison de la mort de nombreux militants communistes pourchassés par les nationalistes de Tchang Kaï-Chek.

Après la mise en place par Mao Tsé-Toung du Jiangxi soviétique en 1931, la première expérience communiste étatique en Chine, Deng Xiaoping a pris des responsabilités importantes, chargé notamment de la propagande. Les communistes ont dû cependant fuir (durant la Longue Marche) les armées nationalistes qui ont encerclé le Jiangxi. Pendant ce temps, les partisans de Mao Tsé-Toung, en 1934, ont pris le leadership du parti communiste chinois, chassant la direction pro-soviétique (les pro-soviétiques se basaient surtout sur le militantisme urbain alors que Mao Tsé-Toung voyait l’intérêt d’installer le communisme dans les zones rurales).

Après une trêve entre communistes et nationalistes à cause de l’invasion japonaise en 1937, les communistes ont finalement réussi à conquérir la majeure partie du territoire chinois (une partie du sud de la Chine est restée sous le contrôle des nationalistes) le 1er octobre 1949. Mao Tsé-Toung est donc devenu le maître de la Chine communiste appelée "populaire" avec le titre de président du parti (depuis 1943) et de Président de la République populaire de Chine (à partir du 27 septembre 1954 ; entre 1949 et 1954, il était "Président du Gouvernement populaire central chinois" aux côtés de Chou En-Lai, Premier Ministre du 1er octobre 1949 au 8 janvier 1976).

Deng Xiaoping fut le responsable de la conquête des zones restées sous contrôle nationaliste, et en un an, Chongqing (dont il est devenu le maire de 1950 à 1952), Chengdu et le Tibet furent "pris" par les communistes et Tchang Kaï-Chek se réfugia à Taiwan. En 1952, il retourna à Pékin pour y prendre des responsabilités nationales.

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Du 15 septembre 1954 au 10 septembre 1980, Deng Xiaoping fut parmi les Vice-Premiers Ministres, supervisant jusqu’en 1956 la politique financière. En trois ans, il prit un pouvoir considérable : de septembre 1956 à mars 1967, il fut le secrétaire général du parti (mais pas numéro un car Mao Tsé-Toung est resté président du parti jusqu’à sa mort), et entra progressivement dans le saint des saints, au bureau politique, puis au comité permanent du bureau politique.

Deng Xiaoping réprima sans ménagement les premières contestations en 1957, arrêtant plus d’un million de personnes, obligées d’avouer leurs fautes et déportées dans des équivalents de goulag. Liu Shaoqi et lui furent les deux principaux dirigeants dans l’organisation de l’État communiste.

Après l’échec du Grand Bond en avant, Deng Xiaoping et Liu Shaoqi ont pris de l’ascendant sur Mao Tsé-Toung contraint de céder le poste de Président de la République à Liu Shaoqi le 28 avril 1959 (après un mandat de cinq ans). Mao Tsé-Toung resta à la tête du parti et de l’armée, mais n’avait plus beaucoup d’influence sur la politique économique. Deng Xiaoping et Liu Shaoqi ont fait des réformes économiques pour réparer les énormités du Grand Bond en avant (qui a provoqué la famine pendant plusieurs années).

Cependant, encouragé en particulier par sa femme Jiang Qing (et plus généralement ceux qu’on a appelés plus tard "la bande des quatre"), Mao Tsé-Toung a réussi à reprendre le pouvoir en initiant la Révolution culturelle par la base (les "gardes rouges") contre les élites. Grâce au culte de sa personnalité, Mao Tsé-Toung a touché de nombreux militants chargés de "purger" le parti des éléments "capitalistes". Parmi eux, Deng Xiaoping et Liu Shaoqi.

Liu Shaoqi fut arrêté et humilié par les gardes rouges puis est mort en détention le 12 novembre 1969. Il fut destitué de son titre de Président de la République le 31 octobre 1968 et ce titre a été supprimé jusqu’au 18 juin 1983. Mao Tsé-Toung ne voulait pas laisser apparaître qu’il avait liquidé Liu Shaoqi pour une question de titre à porter.

Deng Xiaoping a été destitué de son titre de secrétaire général du parti (titre supprimé jusqu’à ce qu’il se soit subtilisé avec le titre de président du parti le 11 septembre 1982), puis arrêté et humilié à Pékin en 1968 et exilé l’année suivante au Jiangxi. Son fils, lui aussi humilié, a tenté de se suicider. Cependant, Deng Xiaoping a été protégé par Chou En-Lai et a eu la vive sauve, au contraire d’autres dirigeants "encombrants".

Paradoxalement, Deng Xiaoping est toujours resté au gouvernement, même en période de disgrâce : il fut 4e puis (à partir du 21 décembre 1964) 3e Vice-Premier Ministre de 1954 à 1971.

L’homme fort du gouvernement, au-delà de Chou En-Lai, Premier Ministre, fut son 1er Vice-Premier Ministre Lin Biao (du 21 décembre 1964 au 13 septembre 1971), Ministre de la Défense du 17 septembre 1959 au 13 septembre 1971, qui était un proche de Mao Tsé-Toung et partisan de la Révolution culturelle. Ce fut Lin Biao qui a rédigé le "Petit Livre rouge".

Lin Biao fut désigné le 28 avril 1969 dauphin de Mao Tsé-Toung après l’élimination de ses adversaires internes. Malgré tout, subsistaient trois clans autour de Mao Tsé-Toung : Lin Biao, qui avait la majorité parmi les membres du comité permanent du bureau politique, soutenu par l’Armée populaire, Chou En-Lai, qui était soutenu par les pragmatiques, rescapés de la Révolution culturelle, et Jiang Qing, l’ultra-révolutionnaire.

Mao Tsé-Toung commença à se désolidariser de Lin Biao au début des années 1970. En août 1970, un proche du numéro deux voulait rétablir la fonction de Président de la République, clairement pour y placer Lin Biao (poste vacant depuis l’élimination de Liu Shaoqi). De plus, pro-soviétique, Lin Biao n’était pas favorable à un rapprochement avec les États-Unis, devenu pourtant nécessaire depuis la rupture avec l’Union Soviétique (Richard Nixon fut invité à Pékin le 10 juillet 1971). Accusé de complot contre Mao Tsé-Toung et pourchassé par les autorités, Lin Biao fut assassiné avec sa famille le 13 septembre 1971 quand ils ont fui la Chine vers l’Union Soviétique (leur avion s’est écrasé en Mongolie). Une purge dans l’Armée populaire a suivi pour anéantir son clan.

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À la mort de Lin Biao, ce fut Deng Xiaoping qui est devenu le 1er Vice-Premier Ministre. La réhabilitation de Deng Xiaoping a eu lieu par étapes. Il a adressé à Mao Tsé-Toung en août 1972 des aveux et des regrets pour ses actions supposés contre-révolutionnaires et est réintégré à la direction du parti le 20 mars 1973. Principalement responsable des affaires étrangères, il a secondé Chou En-Lai dont il était proche, d’autant plus que ce dernier était de plus en plus affaibli par le cancer. En janvier 1975, Deng Xiaoping a repris beaucoup de poids politique dans l’appareil : vice-président du parti et chef d’état-major de l’Armée populaire.

Deng Xiaoping a même proposé à Mao Tsé-Toung de devenir son dauphin mais Hua Guofeng, pas très connu, fut choisi car sans doute plus contrôlable. Hua Guofeng prit de l’importance en 1971, membre de la commission d’enquête sur la mort de Lin Biao (la mort fut restée secrète pendant un an), puis chargé par Chou En-Lai de l’agriculture, Ministre de la Sécurité publique et nommé, le 4 janvier 1975, 6e Vice-Premier Ministre.

Lorsque Chou En-Lai, très populaire, est mort le 8 janvier 1976, ce fut Deng Xiaoping qui prononça son éloge funèbre. Il a cependant craint d’être victime d’une nouvelle purge organisée par Jiang Qinq. Deng Xiaoping, sans Chou En-Lai, avait perdu un protecteur politique essentiel alors que Mao Tsé-Toung, lui aussi malade, était manipulé par sa femme. Hua Guofeng fut nommé Premier Ministre le 4 février 1976 et fut aussi promu dans l’organisation du parti. Deng Xiaoping, accusé d’avoir organisé des manifestations violentes en marge de l’enterrement de Chou En-Lai, a dû s’exiler dans le Guangdong.

Lorsque Mao Tsé-Toung est mort le 9 septembre 1976, Hua Guofeng a surtout affronté Jiang Qing pour prendre le pouvoir. Dès le 7 octobre 1976, la "bande des quatre" (dont Jiang Qing) fut arrêtée et eux, ainsi que des proches de Lin Biao, furent jugés au cours d’un procès retentissant à Pékin (télévisé) en novembre 1980. Les prévenus furent déclarés coupables d’avoir promu la Révolution culturelle et furent tous condamnés à la prison à vie (Jiang Qing se suicida en 1991).

L’objectif de Hua Guofeng était de consolider son autorité comme successeur de Mao Tsé-Toung en prenant tous les pouvoirs : il fut Premier Ministre, mais également président du parti à partir du 7 octobre 1976 et président de la Commission militaire centrale à partir du 6 octobre 1976. Le pouvoir avait en effet trois aspects : l’État, le parti, et l’armée. Pour être plus précis, il y a toujours eu deux Commissions militaires centrales, plus ou moins formellement confondues, une du parti et une de l’État, dont la présidence revient en général à la même personne avec quelques mois de décalage.

Conservateur scrupuleux du maoïsme, Hua Guofeng n’a pas saisi qu’en faisant le procès contre la Révolution culturelle, il confortait de nombreux cadres du parti, victimes des purges, proches de Deng Xiaoping, en particulier Zhao Ziyang. À partir du 7 février 1977, à la suite d’une erreur de communication, Hua Guofeng a suscité des mécontentements internes au point qu’il fut obligé de faire revenir Deng Xiaoping au pouvoir pour préserver le sien et temporiser les mécontents. Le 22 juillet 1977, Deng Xiaoping, toujours 1er Vice-Premier Ministre, fut ainsi une nouvelle fois réhabilité avec le poste de vice-président du parti et de vice-président de la Commission militaire centrale.

Au bout de quelques mois, le pouvoir avait changé de mains, et pourtant, sans changement de titre. Sur le papier, Hua Guofeng restait le maître de la Chine mais Deng Xiaoping décidait. Il avait refusé de reprendre les fonctions officielles de Hua Guofeng pour éviter de montrer à la "communauté internationale" qu’il y avait sans cesse des luttes de clans au sein des dirigeants chinois. Il se contenta de sa fonction de chef de l’Armée populaire, la fonction essentielle pour diriger la Chine communiste.

Les changements dans les fonctions officielles se sont réalisés de manière "douce" et progressive. Hua Guofeng fut délesté petit à petit de ses responsabilités officielles : Zhao Ziyang fut nommé Premier Ministre le 10 septembre 1980, Deng Xiaoping président de la Commission militaire centrale le 28 juin 1981 et Hu Yaobang président du parti le 28 juin 1981. Zhao Ziyang et Hu Yaobang furent deux "poulains" de Deng Xiaoping qui voulait éviter tout cumul des fonctions pour réduire les risques d’erreurs comme lors de la Révolution culturelle et pour empêcher tout culte de la personnalité.

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Au contraire des précédentes purges, Hua Guofeng ne fut pas éliminé physiquement. Hua Guofeng a même pu rester membre du comité central du parti jusqu’en novembre 2002 et il est mort à 87 le 20 août 2008 à Pékin, très discrètement dans les actualités en raison du déroulement des Jeux olympiques de Pékin au même moment.

Le titre de Président de la République a été rétabli par la nouvelle Constitution du 4 décembre 1982 et est occupé par un proche de Deng Xiaoping, Li Xiannian entre le 18 juin 1983 et le 8 avril 1988. Malgré la proximité de Deng Xiaoping, Li Xiannian s’opposa à ses réformes économiques et contribua, à la fin des années 1980, à la chute du numéro un du parti Hu Yaobang le 15 janvier 1987 et à la chute du Premier Ministre Zhao Ziyang le 24 novembre 1987. Avant Li Xiannian, ce fut Ye Jianying, qui assura la charge de chef de l’État chinois en tant que Président de l’Assemblée nationale populaire.

À noter que le premier des cent trente-huit articles de la Constitution (toujours en vigueur en 2017) proclame que la Chine est « un État socialiste de dictature démocratique populaire, dirigé par la classe ouvrière et basé sur l’alliance des ouvrier et des paysans » !

La seule fonction officielle qu’a gardée Deng Xiaoping fut la présidence de la Commission militaire centrale du 28 juin 1981 au 9 novembre 1989, ce qui lui a permis de contrôler les forces armées.

Le 18 décembre 1978, le pouvoir de Deng Xiaoping fut pleinement confirmé lors du 3e plenum du 11e comité central du parti. Ses réformes économiques ont été en effet approuvées et ont ouvert économiquement et commercialement la Chine populaire au monde extérieur. Moins de quarante années plus tard, la Chine communiste est devenue paradoxalement, l’un des acteurs majeurs du système capitaliste ! Elle est devenue la deuxième puissance économique mondiale (devant le Japon) et pourrait dépasser les États-Unis dans quelques années.

En s’appuyant sur les élites du pays, Deng Xiaoping a fondé ses réformes sur quelques points importants : une stabilité politique (au contraire de la Russie de Boris Eltsine, l’ouverture économique s’est faite sans ouverture politique), une réforme agricole, une libéralisation des moyens de production (chacun pouvant avoir de bonnes idées), une ouverture au commerce mondial.

Les deux objectifs de Deng Xiaoping étaient d’une part, de nourrir tous les Chinois puis de tout faire en faveur de la croissance économique (elle a presque décuplé en trente ans), d’autre part, de maintenir le monopole du parti communiste chinois afin de garantir la stabilité politique.

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Dans cette stabilité étaient incluses quelques règles comme la mise à la retraite à 70 ans des principaux dirigeants (Président, Premier Ministre, secrétaire général du parti, ministres, etc.) et la limitation à deux mandats de cinq ans. Cette retraite de 70 ans n’a jamais eu lieu ; par exemple, le Président de la République, nommé le 8 avril 1988, fut Yang Shangkun, qui avait 80 ans à l’époque (il le resta jusqu’au 27 mars 1993).

Cette ouverture commerciale s’est réalisée avec une ouverture internationale. Ainsi, après la reconnaissance par les États-Unis de la Chine populaire le 1er janvier 1979, Deng Xiaoping a rencontré Jimmy Carter, puis plus tard, Ronald Reagan. L’objectif de ces rencontres était principalement commercial, mais aussi politique pour sortir de son isolement diplomatique.

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Pendant les années 1980, Deng Xiaoping a réussi à faire redémarrer économiquement la Chine par une grande dose d’ouverture. Mais cette ouverture est restée seulement dans le domaine économique et pas politique. En dix ans, les inégalités sociales ont crû et la mort de Hu Yaobang (le 15 avril 1989) a été le déclencheur des manifestations qui ont abouti au massacre de Tiananmen.

Quelques années avant 1989, il y a déjà eu des manifestations parfois violentes. Li Peng est devenu Premier Ministre 24 novembre 1987 pour une "reprise en main". Zhao Ziyang a remplacé Hu Yaobang le 16 janvier 1997 comme secrétaire général du parti. Ce dernier, réformiste, souhaitait le dialogue tandis que Li Peng voulait recourir à l’armée pour évacuer la place centrale. Yang Sangkun fut du même avis que Li Peng. La venue de Mikhaïl Gorbatchev à Pékin le 15 mai 1989 a donné aux manifestants un écho mondial grâce à la présence de médias internationaux.

La loi martiale fut instaurée le 20 mai 1989. Pendant deux semaines, Deng Xiaoping a hésité entre la répression et la compréhension. Le contexte était très particulier : la Pologne allait se doter d’un premier gouvernement non communiste après les premières élections libres d’un pays du Bloc soviétique ; les Allemands de l’Est commençaient à fuir leur zone pour rejoindre par l’Autriche l’Allemagne de l’Ouest, au point que le mur de Berlin allait s’écrouler le 9 novembre 1989. Et surtout, Mikhaïl Gorbatchev avait renoncé à utiliser la force.

Finalement, Deng Xiaoping s’est rallié aux "conservateurs" et le 4 juin 1989, la répression armée a fait rage, faisant un carnage à Pékin. Zhao Ziyang, pourtant considéré comme le dauphin de Deng Xiaoping, fut démis de ses fonctions et mis en résidence surveillée (jusqu’à sa mort le 17 janvier 2005). Cela n’a pourtant pas permis à Li Peng de prendre la place, comme dauphin. Deng Xiaoping a préféré promouvoir le maire de Shanghai, Jiang Zemin, au poste de secrétaire général du parti le 24 juin 1989. Jiang Zemin avait réussi à limiter les troubles.

Au fur et à mesure que l’autorité de Jiang Zemin s’est affirmée, Deng Xiaoping s’est éloigné du pouvoir. Jiang Zemin a progressivement repris les trois attributs du pouvoir en Chine communiste (parti, armée, État) : le 9 novembre 1989, il succéda à Deng Xiaoping comme président de la Commission militaire centrale et le 27 mars 1993, il fut désigné Président de la République.

Pour éviter un retour en arrière économique voulu par les conservateurs menés par Li Peng, Deng Xiaoping, dans sa retraite, s’est déplacé dans le sud de la Chine et a prononcé en 1992 de nombreux discours notamment à Shenzhen, Shanghai, Canton pour confirmer la poursuite des réformes économiques malgré le nouvel isolement international à la suite du massacre de Tiananmen.

Deng Xiaoping est mort le 19 février 1997. Il a laissé la Chine communiste en pleine croissance capitaliste, grâce à une ouverture économique surprenante, mais sans liberté politique. Après la centralisation du pouvoir par Jiang Zemin, ses successeurs ont fait de même, occupant les trois fonctions pendant deux mandats de cinq ans.

Ainsi, le successeur de Jiang Zemin, également un proche de Deng Xiaoping, Hu Jintao fut secrétaire général du parti du 15 novembre 2002 au 15 novembre 2012, Président de la République du 15 mars 2003 au 14 mars 2013 et président de la Commission militaire centrale du 19 septembre 2004 au 15 novembre 2012. Depuis le 15 novembre 2012 et le 14 mars 2013, son successeur Xi Jinping a repris toutes ces fonctions, plaçant ainsi la Chine communiste sous un régime qui se voudrait présidentiel, malgré l’existence d’un Premier Ministre. Le cumul des fonctions, s’il renforce la confusion entre parti et État, permet aussi de redonner à l’État du pouvoir sur le parti, ce qu’avait fait Mikhaïl Gorbatchev en créant la fonction de Président de l’Union Soviétique qu’il fut le seul à occuper.

Si Hua Guofeng pourrait être considéré comme le Nikita Khrouchtchev de la Chine (en mettant en parallèle Staline et Mao Tsé-Toung), il serait faux de considérer Deng Xiaoping comme le Mikhaïl Gorbatchev de la Chine.

En effet, Mikhaïl Gorbatchev a vu très rapidement (sous Leonid Brejnev) l’effondrement de l’économie de l’Unions Soviétique et a proposé des réformes qui furent plus politiques qu’économiques (la glasnost et la perestroïka) pour maintenir le régime communiste, mais sur cette lancée, l’URSS elle-même fut emportée quelques années plus tard.

Au contraire, Deng Xiaoping, qui avait aussi constaté l’effondrement de l’économie chinoise, a opté pour des réformes économiques tout en maintenant le joug communiste. Cette option, qui aurait pu également emporter le régime communiste au printemps 1989, a été associée à la répression des libertés individuelles (celles de s’exprimer, de lire sur Internet, de manifester, de s’associer, etc.).

Cela a permis au régime communiste de durer une quarantaine d’années, peut-être bien plus. Mais ce régime de parti unique, dit communiste, n’est communiste plus que de vocabulaire puisqu’il a su utiliser les "armes" du "capitalisme mondial" à son avantage pour mener la mondialisation des échanges.

Aujourd’hui, la Chine commence à voir l’émergence d’une classe moyenne (jusqu’à maintenant, seuls les millionnaires émergeaient, ou émargeaient), revendiquant des hausses de salaires voire des droits sociaux (en Pologne, la démocratie est venue des grévistes de Gdansk), au point de devoir trouver de nouveaux sous-traitants dans des pays à plus faibles coûts salariaux, comme le Vietnam et le Laos.

Pendant encore combien de temps la dictature du parti unique tiendra-t-elle en Chine ? Le secret de Deng Xiaoping a été de s’être basé essentiellement sur les élites de son pays. Ce que récusent aujourd’hui beaucoup d’électeurs de vieilles démocraties comme les États-Unis, mais aussi, peut-être, la France…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours de Xi Jinping à Davos le 17 janvier 2017 (texte intégral).
Xi Jinping et la mondialisation.
Deng Xiaoping.
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170219-deng-xiaoping.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/deng-xiaoping-l-architecte-189831

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/18/34947431.html

 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Chine
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17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 23:31

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Discours du Président chinois Xi Jinping à Davos le 17 janvier 2017 (texte intégral en anglais).


Xi Jinping delivered the opening plenary at Davos 2017

Tuesday 17 January 2017
Written by
Xi Jinping
President of the People's Republic of China, Office of the President of the People's Republic of China.
This article is part of the World Economic Forum Annual Meeting 2017.

I’m delighted to come to beautiful Davos. Though just a small town in the Alps, Davos is an important window for taking the pulse of the global economy. People from around the world come here to exchange ideas and insights, which broaden their vision. This makes the WEF annual meeting a cost-effective brainstorming event, which I would call “Schwab economics”.

“It was the best of times, it was the worst of times.” These are the words used by the English writer Charles Dickens to describe the world after the Industrial Revolution. Today, we also live in a world of contradictions. On the one hand, with growing material wealth and advances in science and technology, human civilization has developed as never before. On the other hand, frequent regional conflicts, global challenges like terrorism and refugees, as well as poverty, unemployment and widening income gap have all added to the uncertainties of the world.

Many people feel bewildered and wonder: What has gone wrong with the world?

To answer this question, one must first track the source of the problem. Some blame economic globalization for the chaos in the world. Economic globalization was once viewed as the treasure cave found by Ali Baba in The Arabian Nights, but it has now become the Pandora’s box in the eyes of many. The international community finds itself in a heated debate on economic globalization.

Today, I wish to address the global economy in the context of economic globalization.

The point I want to make is that many of the problems troubling the world are not caused by economic globalization. For instance, the refugee waves from the Middle East and North Africa in recent years have become a global concern. Several million people have been displaced, and some small children lost their lives while crossing the rough sea. This is indeed heartbreaking. It is war, conflict and regional turbulence that have created this problem, and its solution lies in making peace, promoting reconciliation and restoring stability. The international financial crisis is another example. It is not an inevitable outcome of economic globalization; rather, it is the consequence of excessive chase of profit by financial capital and grave failure of financial regulation. Just blaming economic globalization for the world’s problems is inconsistent with reality, and it will not help solve the problems.

From the historical perspective, economic globalization resulted from growing social productivity, and is a natural outcome of scientific and technological progress, not something created by any individuals or any countries. Economic globalization has powered global growth and facilitated movement of goods and capital, advances in science, technology and civilization, and interactions among peoples.

But we should also recognize that economic globalization is a double-edged sword. When the global economy is under downward pressure, it is hard to make the cake of global economy bigger. It may even shrink, which will strain the relations between growth and distribution, between capital and labor, and between efficiency and equity. Both developed and developing countries have felt the punch. Voices against globalization have laid bare pitfalls in the process of economic globalization that we need to take seriously.

As a line in an old Chinese poem goes, “Honey melons hang on bitter vines; sweet dates grow on thistles and thorns.” In a philosophical sense, nothing is perfect in the world. One would fail to see the full picture if he claims something is perfect because of its merits, or if he views something as useless just because of its defects. It is true that economic globalization has created new problems, but this is no justification to write economic globalization off completely. Rather, we should adapt to and guide economic globalization, cushion its negative impact, and deliver its benefits to all countries and all nations.

There was a time when China also had doubts about economic globalization, and was not sure whether it should join the World Trade Organization. But we came to the conclusion that integration into the global economy is a historical trend. To grow its economy, China must have the courage to swim in the vast ocean of the global market. If one is always afraid of bracing the storm and exploring the new world, he will sooner or later get drowned in the ocean. Therefore, China took a brave step to embrace the global market. We have had our fair share of choking in the water and encountered whirlpools and choppy waves, but we have learned how to swim in this process. It has proved to be a right strategic choice.

Whether you like it or not, the global economy is the big ocean that you cannot escape from. Any attempt to cut off the flow of capital, technologies, products, industries and people between economies, and channel the waters in the ocean back into isolated lakes and creeks is simply not possible. Indeed, it runs counter to the historical trend.

The history of mankind tells us that problems are not to be feared. What should concern us is refusing to face up to problems and not knowing what to do about them. In the face of both opportunities and challenges of economic globalization, the right thing to do is to seize every opportunity, jointly meet challenges and chart the right course for economic globalization.

At the APEC Economic Leaders’ Meeting in late 2016, I spoke about the necessity to make the process of economic globalization more invigorated, more inclusive and more sustainable. We should act pro-actively and manage economic globalization as appropriate so as to release its positive impact and rebalance the process of economic globalization. We should follow the general trend, proceed from our respective national conditions and embark on the right pathway of integrating into economic globalization with the right pace. We should strike a balance between efficiency and equity to ensure that different countries, different social strata and different groups of people all share in the benefits of economic globalization. The people of all countries expect nothing less from us, and this is our unshirkable responsibility as leaders of our times.

Ladies and Gentlemen,
Dear Friends,

At present, the most pressing task before us is to steer the global economy out of difficulty. The global economy has remained sluggish for quite some time. The gap between the poor and the rich and between the South and the North is widening. The root cause is that the three critical issues in the economic sphere have not been effectively addressed.

First, lack of robust driving forces for global growth makes it difficult to sustain the steady growth of the global economy. The growth of the global economy is now at its slowest pace in seven years. Growth of global trade has been slower than global GDP growth. Short-term policy stimuli are ineffective. Fundamental structural reform is just unfolding. The global economy is now in a period of moving toward new growth drivers, and the role of traditional engines to drive growth has weakened. Despite the emergence of new technologies such as artificial intelligence and 3-D printing, new sources of growth are yet to emerge. A new path for the global economy remains elusive.

Second, inadequate global economic governance makes it difficult to adapt to new developments in the global economy. Madame Christine Lagarde recently told me that emerging markets and developing countries already contribute to 80 percent of the growth of the global economy. The global economic landscape has changed profoundly in the past few decades. However, the global governance system has not embraced those new changes and is therefore inadequate in terms of representation and inclusiveness. The global industrial landscape is changing and new industrial chains, value chains and supply chains are taking shape. However, trade and investment rules have not kept pace with these developments, resulting in acute problems such as closed mechanisms and fragmentation of rules. The global financial market needs to be more resilient against risks, but the global financial governance mechanism fails to meet the new requirement and is thus unable to effectively resolve problems such as frequent international financial market volatility and the build-up of asset bubbles.

Third, uneven global development makes it difficult to meet people’s expectations for better lives. Dr. Schwab has observed in his book The Fourth Industrial Revolution that this round of industrial revolution will produce extensive and far-reaching impacts such as growing inequality, particularly the possible widening gap between return on capital and return on labor. The richest one percent of the world’s population own more wealth than the remaining 99 percent. Inequality in income distribution and uneven development space are worrying. Over 700 million people in the world are still living in extreme poverty. For many families, to have warm houses, enough food and secure jobs is still a distant dream. This is the biggest challenge facing the world today. It is also what is behind the social turmoil in some countries.

All this shows that there are indeed problems with world economic growth, governance and development models, and they must be resolved. The founder of the Red Cross Henry Dunant once said, “Our real enemy is not the neighboring country; it is hunger, poverty, ignorance, superstition and prejudice.” We need to have the vision to dissect these problems; more importantly, we need to have the courage to take actions to address them.

First, we should develop a dynamic, innovation-driven growth model. The fundamental issue plaguing the global economy is the lack of driving force for growth.Innovation is the primary force guiding development. Unlike the previous industrial revolutions, the fourth industrial revolution is unfolding at an exponential rather than linear pace. We need to relentlessly pursue innovation. Only with the courage to innovate and reform can we remove bottlenecks blocking global growth and development.

With this in mind, G-20 leaders reached an important consensus at the Hangzhou Summit, which is to take innovation as a key driver and foster new driving force of growth for both individual countries and the global economy. We should develop a new development philosophy and rise above the debate about whether there should be more fiscal stimulus or more monetary easing. We should adopt a multipronged approach to address both the symptoms and the underlying problems. We should adopt new policy instruments and advance structural reform to create more space for growth and sustain its momentum. We should develop new growth models and seize opportunities presented by the new round of industrial revolution and digital economy. We should meet the challenges of climate change and aging population. We should address the negative impact of IT application and automation on jobs. When cultivating new industries and new forms models of business models, we should create new jobs and restore confidence and hope to our peoples.

Second, we should pursue a well-coordinated and inter-connected approach to develop a model of open and win-win cooperation. Today, mankind has become a close-knit community of shared future. Countries have extensive converging interests and are mutually dependent. All countries enjoy the right to development. At the same time, they should view their own interests in a broader context and refrain from pursuing them at the expense of others.

We should commit ourselves to growing an open global economy to share opportunities and interests through opening-up and achieve win-win outcomes. One should not just retreat to the harbor when encountering a storm, for this will never get us to the other shore of the ocean. We must redouble efforts to develop global connectivity to enable all countries to achieve inter-connected growth and share prosperity. We must remain committed to developing global free trade and investment, promote trade and investment liberalization and facilitation through opening-up and say no to protectionism. Pursuing protectionism is like locking oneself in a dark room. While wind and rain may be kept outside, that dark room will also block light and air. No one will emerge as a winner in a trade war.

Third, we should develop a model of fair and equitable governance in keeping with the trend of the times. As the Chinese saying goes, people with petty shrewdness attend to trivial matters, while people with vision attend to governance of institutions. There is a growing call from the international community for reforming the global economic governance system, which is a pressing task for us. Only when it adapts to new dynamics in the international economic architecture can the global governance system sustain global growth.

Countries, big or small, strong or weak, rich or poor, are all equal members of the international community. As such, they are entitled to participate in decision-making, enjoy rights and fulfill obligations on an equal basis. Emerging markets and developing countries deserve greater representation and voice. The 2010 IMF quota reform has entered into force, and its momentum should be sustained. We should adhere to multilateralism to uphold the authority and efficacy of multilateral institutions. We should honor promises and abide by rules. One should not select or bend rules as he sees fit. The Paris Agreement is a hard-won achievement which is in keeping with the underlying trend of global development. All signatories should stick to it instead of walking away from it as this is a responsibility we must assume for future generations.

Fourth, we should develop a balanced, equitable and inclusive development model. As the Chinese saying goes, “A just cause should be pursued for common good.”Development is ultimately for the people. To achieve more balanced development and ensure that the people have equal access to opportunities and share in the benefits of development, it is crucial to have a sound development philosophy and model and make development equitable, effective and balanced.

We should foster a culture that values diligence, frugality and enterprise and respects the fruits of hard work of all. Priority should be given to addressing poverty, unemployment, the widening income gap and the concerns of the disadvantaged to promote social equity and justice. It is important to protect the environment while pursuing economic and social progress so as to achieve harmony between man and nature and between man and society. The 2030 Agenda for Sustainable Development should be implemented to realize balanced development across the world.

A Chinese adage reads, “Victory is ensured when people pool their strength; success is secured when people put their heads together.” As long as we keep to the goal of building a community of shared future for mankind and work hand in hand to fulfill our responsibilities and overcome difficulties, we will be able to create a better world and deliver better lives for our peoples.

Ladies and Gentlemen,
Dear Friends,

China has become the world’s second largest economy thanks to 38 years of reform and opening-up. A right path leads to a bright future. China has come this far because the Chinese people have, under the leadership of the Communist Party of China, blazed a development path that suits China’s actual conditions.

This is a path based on China’s realities. China has in the past years succeeded in embarking on a development path that suits itself by drawing on both the wisdom of its civilization and the practices of other countries in both East and West. In exploring this path, China refuses to stay insensitive to the changing times or to blindly follow in others’ footsteps. All roads lead to Rome. No country should view its own development path as the only viable one, still less should it impose its own development path on others.

This is a path that puts people’s interests first. China follows a people-oriented development philosophy and is committed to bettering the lives of its people. Development is of the people, by the people and for the people. China pursues the goal of common prosperity. We have taken major steps to alleviate poverty and lifted over 700 million people out of poverty, and good progress is being made in our efforts to finish building a society of initial prosperity in all respects.

This is a path of pursuing reform and innovation. China has tackled difficulties and met challenges on its way forward through reform. China has demonstrated its courage to take on difficult issues, navigate treacherous rapids and remove institutional hurdles standing in the way of development. These efforts have enabled us to unleash productivity and social vitality. Building on progress of 30-odd years of reform, we have introduced more than 1,200 reform measures over the past four years, injecting powerful impetus into China’s development.

This is a path of pursuing common development through opening-up. China is committed to a fundamental policy of opening-up and pursues a win-win opening-up strategy. China’s development is both domestic and external oriented; while developing itself, China also shares more of its development outcomes with other countries and peoples.

China’s outstanding development achievements and the vastly improved living standards of the Chinese people are a blessing to both China and the world. Such achievements in development over the past decades owe themselves to the hard work and perseverance of the Chinese people, a quality that has defined the Chinese nation for several thousand years. We Chinese know only too well that there is no such thing as a free lunch in the world. For a big country with over 1.3 billion people, development can be achieved only with the dedication and tireless efforts of its own people. We cannot expect others to deliver development to China, and no one is in a position to do so. When assessing China’s development, one should not only see what benefits the Chinese people have gained, but also how much hard effort they have put in, not just what achievements China has made, but also what contribution China has made to the world. Then one will reach a balanced conclusion about China’s development.

Between 1950 and 2016, despite its modest level of development and living standard, China provided more than 400 billion yuan of foreign assistance, undertook over 5,000 foreign assistance projects, including nearly 3,000 complete projects, and held over 11,000 training workshops in China for over 260,000 personnel from other developing countries. Since it launched reform and opening-up, China has attracted over $1.7 trillion of foreign investment and made over $1.2 trillion of direct outbound investment, making huge contribution to global economic development. In the years following the outbreak of the international financial crisis, China contributed to over 30 percent of global growth every year on average. All these figures are among the highest in the world.

The figures speak for themselves. China’s development is an opportunity for the world; China has not only benefited from economic globalization but also contributed to it. Rapid growth in China has been a sustained, powerful engine for global economic stability and expansion. The inter-connected development of China and a large number of other countries has made the world economy more balanced. China’s remarkable achievement in poverty reduction has contributed to more inclusive global growth. And China’s continuous progress in reform and opening-up has lent much momentum to an open world economy.

We Chinese know only too well what it takes to achieve prosperity, so we applaud the achievements made by others and wish them a better future. We are not jealous of others’ success; and we will not complain about others who have benefited so much from the great opportunities presented by China’s development. We will open our arms to the people of other countries and welcome them aboard the express train of China’s development.

Ladies and Gentlemen,
Dear Friends,

I know you are all closely following China’s economic development, and let me give you an update on the state of China’s economy. China’s economy has entered what we call a new normal, in which major changes are taking place in terms of growth rate, development model, economic structure and drivers of growth. But the economic fundamentals sustaining sound development remain unchanged.

Despite a sluggish global economy, China’s economy is expected to grow by 6.7 percent in 2016, still one of the highest in the world. China’s economy is far bigger in size than in the past, and it now generates more output than it did with double-digit growth in the past. Household consumption and the services sector have become the main drivers of growth. In the first three quarters of 2016, added value of the tertiary industry took up 52.8 percent of the GDP and domestic consumption contributed to 71 percent of economic growth. Household income and employment have steadily risen, while per unit GDP energy consumption continues to drop. Our efforts to pursue green development are paying off.

The Chinese economy faces downward pressure and many difficulties, including acute mismatch between excess capacity and an upgrading demand structure, lack of internal driving force for growth, accumulation of financial risks, and growing challenges in certain regions. We see these as temporary hardships that occur on the way forward. And the measures we have taken to address these problems are producing good results. We are firm in our resolve to forge ahead. China is the world’s largest developing country with over 1.3 billion people, and their living standards are not yet high. But this reality also means China has enormous potential and space for development. Guided by the vision of innovative, coordinated, green, open and shared development, we will adapt to the new normal, stay ahead of the curve, and make coordinated efforts to maintain steady growth, accelerate reform, adjust economic structure, improve people’s living standards and fend off risks. With these efforts, we aim to achieve medium-high rate of growth and upgrade the economy to higher end of the value chain.

— China will strive to enhance the performance of economic growth. We will pursue supply-side structural reform as the general goal, shift the growth model and upgrade the economic structure. We will continue to cut overcapacity, reduce inventory, deleverage financing, reduce cost and strengthen weak links. We will foster new drivers of growth, develop an advanced manufacturing sector and upgrade the real economy. We will implement the Internet Plus action plan to boost effective demand and better meet the individualized and diverse needs of consumers. And we will do more to protect the ecosystem.

— China will boost market vitality to add new impetus to growth. We will intensify reform efforts in priority areas and key links and enable the market to play a decisive role in resources allocation. Innovation will continue to feature prominently on our growth agenda. In pursuing the strategy of innovation-driven development, we will bolster the strategic emerging industries, apply new technologies and foster new business models to upgrade traditional industries; and we will boost new drivers of growth and revitalize traditional ones.

— China will foster an enabling and orderly environment for investment. We will expand market access for foreign investors, build high-standard pilot free trade zones, strengthen protection of property rights, and level the playing field to make China’s market more transparent and better regulated. In the coming five years, China is expected to import $8 trillion of goods, attract $600 billion of foreign investment and make $750 billion of outbound investment. Chinese tourists will make 700 million overseas visits. All this will create a bigger market, more capital, more products and more business opportunities for other countries. China’s development will continue to offer opportunities to business communities in other countries. China will keep its door wide open and not close it. An open door allows both other countries to access the Chinese market and China itself to integrate with the world. And we hope that other countries will also keep their door open to Chinese investors and keep the playing field level for us.

— China will vigorously foster an external environment of opening-up for common development. We will advance the building of the Free Trade Area of the Asia Pacific and negotiations of the Regional Comprehensive Economic Partnership to form a global network of free trade arrangements. China stands for concluding open, transparent and win-win regional free trade arrangements and opposes forming exclusive groups that are fragmented in nature. China has no intention to boost its trade competitiveness by devaluing the RMB, still less will it launch a currency war.

Over three years ago, I put forward the “Belt and Road” initiative. Since then, over 100 countries and international organizations have given warm responses and support to the initiative. More than 40 countries and international organizations have signed cooperation agreements with China, and our circle of friends along the “Belt and Road” is growing bigger. Chinese companies have made over $50 billion of investment and launched a number of major projects in the countries along the routes, spurring the economic development of these countries and creating many local jobs. The “Belt and Road” initiative originated in China, but it has delivered benefits well beyond its borders.

In May this year, China will host in Beijing the Belt and Road Forum for International Cooperation, which aims to discuss ways to boost cooperation, build cooperation platforms and share cooperation outcomes. The forum will also explore ways to address problems facing global and regional economy, create fresh energy for pursuing inter-connected development and make the “Belt and Road” initiative deliver greater benefits to people of countries involved.

Ladies and Gentlemen,
Dear Friends,

World history shows that the road of human civilization has never been a smooth one, and that mankind has made progress by surmounting difficulties. No difficulty, however daunting, will stop mankind from advancing. When encountering difficulties, we should not complain about ourselves, blame others, lose confidence or run away from responsibilities. We should join hands and rise to the challenge. History is created by the brave. Let us boost confidence, take actions and march arm-in-arm toward a bright future.

Thank you.

Xi Jinping, Davos, 17 january 2017


(Source : www.weforum.org)
 

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13 octobre 2016 4 13 /10 /octobre /2016 03:44

« Que deux éléphants se battent ou qu’ils fassent l’amour, c’est toujours l’herbe qui se trouve dessous qui est écrasée. » (Zhou Enlai).




Il y a dix ans, le 13 octobre 2006, est morte à Pékin une vieille dame de 85 ans. S’étant consacrée pendant des dizaines d’années à des œuvres de charité, Wang Guangmei était une mémoire historique des débuts de la Chine populaire, de ses excès, de ses abus, de ses crimes.

Née le 26 septembre 1921 dans une famille de haute bourgeoisie, fille d’un riche ministre de la toute nouvelle République de Chine (celle, future, de Tchang Kaï-Chek), Wang Guangmei fit de brillantes études à Pékin, dans une université catholique fondée en 1925 par des moines bénédictins de Pennsylvanie. Elle y apprit la physique nucléaire mais aussi plusieurs langues étrangères, l’anglais, le français et le russe.

Juste après la guerre sino-japonaise qui se termina le 9 septembre1945, elle travailla dans les négociations entre le nationaliste Tchang Kaï-Chek et le communiste Mao Tsé-Toung (qui, malgré leur haine réciproque, avaient fait alliance ensemble contre l’ennemi japonais). L’objectif était d’en finir avec la guerre civile et les Américains s’étaient proposés de remplir une mission de médiation, entre décembre 1945 et février 1947, dirigée par le général George Marshall. Une mission qui échoua.



Wang Guangmei y participa comme interprète et négociatrice. Elle fut appréciée de ses interlocuteurs américains. Il n’était pas difficile, bien plus tard, pour ceux qui voulaient s’en prendre à elle ou à son futur époux, de l’accuser d’espionnage avec l’ennemi américain.

Pour le général américain Douglas MacArthur, cette mission de médiation fut « l’un des plus grands échecs de l’histoire de la diplomatie américaine, que le monde libre paie aujourd’hui dans le sang et les catastrophes » (9 juin 1951). On se demande encore comment il en aurait été autrement, vu le jusqu’au-boutisme des nationalistes du Kuomintang et des communistes de Mao.

La guerre de Corée (entre le 25 juin 1950 et le 27 juillet 1953) fut l’une des conséquences de cet échec diplomatique. La péninsule coréenne, occupée par les armées japonaises depuis 1910, fut occupée au nord par les troupes soviétiques (aidées en 1950 des troupes chinoises communistes) et au sud par les troupes américaines, après la capitulation du Japon le 2 septembre 1945.



L’autre conséquence, plus importante, fut la poursuite de la guerre civile qui se solda par la défaite des nationalistes chinois et leur exil à Taiwan tandis que Mao Tsé-Toung s’empara du pouvoir à Pékin le 1er octobre 1949 en fondant la Chine populaire.

Après l’échec de cette mission de médiation, Wang Guangmei s’engagea en 1948 au parti communiste chinois. En 1945, elle avait rencontré Liu Shaoqi qui fut l’un des proches de Mao Tsé-Toung. Elle avait 24 ans et lui …46 ans, presque le double ! Lui s’était déjà marié cinq fois, sa deuxième femme a été exécutée en 1933, deux femmes lui ont donné quatre enfants. Elle était la secrétaire de celui qui fut nommé le 19 juin 1945 numéro deux du parti communiste chinois, après le VIIe congrès, dont le numéro un, consacré depuis deux ans, était Mao Tsé-Toung, devenu à la fois Président du Comité central, Secrétaire Général et Président du Bureau politique. Dans l’exercice de ses fonctions politiques, Liu Shaoqi rencontra notamment le dalaï-lama en 1954, en même temps que U Nu, Premier Ministre birman.

La consécration de Liu Shaoqi fut sa désignation comme Président de la République populaire de Chine le 28 avril 1959. Il le resta neuf ans. Après les désastres humains provoqués par le Grand Bond en avant, Mao Tsé-Toung avait préféré démissionner de ce poste de chef d’État tout en conservant le contrôle d’un parti de plus en plus hostile.



Présente lors des visites d’État de son mari (en Birmanie, en Indonésie, au Pakistan, en Afghanistan, etc.), Wang Guangmei, brillante et cultivée, est devenue une "Première Dame" rayonnante, une position qui ne pouvait que déplaire à l’ambitieuse Jiang Qing (nommée "l’Impératrice rouge"), ancienne actrice et quatrième femme de Mao depuis novembre 1938, et qui fut parmi les "ultras" du parti. Jusqu’alors marginalisée par les apparatchiks qui méprisaient l’ancienne starlette, Jiang Qing offrit l’une des bases de la reconquête de Mao (elle entra au bureau politique le 28 avril 1969).

Une grande majorité des cadres du parti avait considéré que les décisions de Mao (qui provoquèrent une cinquantaine de millions de morts, principalement de famine) avaient envoyé la Chine populaire à la ruine. Liu Shaoqi, devenu Président, fit quelques déplacements à l’intérieur de la Chine et s’est rendu compte de l’impasse politique et économique. Il tenta de redresser la situation à partir de 1962 et a dû s’opposer très fermement à Mao : « Avec autant de morts de faim, l’Histoire retiendra nos deux noms et le cannibalisme sera aussi dans les livres. ».



Encouragée par son mari, Wang Guangmei a travaillé dans une équipe d’enquêteurs en 1963 pour mettre à jour les filières de la corruption. Elle était donc très dangereuse pour certaines personnes touchées par ces enquêtes.

L’isolement de Mao au sein du parti communiste chinois l’incita en 1966 à initier la Révolution culturelle, autre désastre humain, qui lui a permis de reprendre définitivement le contrôle de l’appareil du parti. Pour Liu Shaoqi et sa famille, ce fut alors le début d’un calvaire.

Liu Shaoqi, encore Président en titre, a été obligé de faire son autocritique le 23 octobre 1966, puis fut arrêté, battu et incarcéré en 1967. Il fut destitué le 31 octobre 1968 et est mort en prison de mauvais traitements le 12 novembre 1969.



Ce fut tout son entourage qui fut pourchassé par les gardes rouges. La photographe officielle de Mao Tsé-Toung, Hou Bo, fut elle-même déportée pour avoir travaillé pour Liu Shaoqi (elle a survécu et est toujours vivante, à 92 ans ; en 2009, elle a rendu responsable Jiang Qing de sa persécution).

Sa femme Wang Guangmei a été arrêtée et humiliée en janvier 1967 par les gardes rouges, eux-mêmes inquiétés par ses enquêtes. Protégée par Zhou Enlai, elle a pu recouvrer la liberté, mais le 10 avril 1967, elle se fit de nouveau arrêter et humilier. En référence aux vêtements bourgeois qu’elle avait osé porter en 1963 lors d’un banquet officiel organisé par Sukarno en Indonésie, les gardes rouges l’avaient obligée à se revêtir, devant des milliers d’étudiants fanatisés, d’une robe moulante avec des bas de soie, des chaussures à hauts talons et un collier composé de balles de ping-pong (une humiliation qui pouvait aussi faire un peu penser à la couronne d’épines du Christ).



Le 13 septembre 1967, Wang Guangmei fut incarcérée et exclue du parti, puis torturée et violée. Les filles de Liu Shaoqi furent obligées d’accuser leur père de tous les péchés. Certains enfants de Liu Shaoqi furent tués au même moment. Les quatre enfants de Wang Guangmei furent également sanctionnés. Mise au secret, elle n’avait aucune nouvelle de sa famille. Elle fut emprisonnée pendant plus de onze ans, jusqu’au 22 décembre 1978 ! Mao Tsé-Toung accepta que les enfants vissent leur mère en 1971 avec cette boutade : « Leur père est mort, mais ils peuvent voir la mère ! ». Ce fut à ce moment qu’elle a appris la mort de son mari, avec deux ans de retard.

Elle a compris seulement après la mort de Mao Tsé-Toung que son mari était mort des mauvaises conditions de sa détention. Il était âgé de 70 ans, isolé dans sa prison, laissé nu sans soins médicaux malgré un diabète et une pneumonie.

Wang Guangmei fut libérée peu après la mise en accusation de Jiang Qing (arrêtée le 7 octobre 1976) d’avoir voulu persécuter Liu Shaoqi et sa famille, et plein d’autres personnes, responsables selon les juges d’une centaine de milliers d’assassinats. En tant que victime, Wang a même été écoutée en novembre 1980 au procès de Jiang Qing, qui a abouti à la condamnation à mort de la femme de Mao le 25 janvier 1981, commuée en 1983 à la réclusion à perpétuité. Jiang Qing se serait suicidée le 14 mai 1991, retrouvée morte dans sa salle de bains, après avoir appris qu’elle était atteinte d’un cancer de la gorge, et sa mort n’a été annoncée qu’en 1993. Elle aurait laissé une lettre où elle avait expliqué que Mao n’aurait jamais dû laisser la vie sauve à Deng Xiaoping, pourtant disgracié, qui avait pu ensuite reconquérir le pouvoir après lui.

Ce dernier a réhabilité officiellement Liu Shaoqi en mai 1980 au cours d’un discours solennel, ce qui valait également une condamnation des responsables de la Révolution culturelle. Le 19 mai 1980, la veuve et ses enfants ont pu reprendre les cendres de Liu Shaoqi et les disperser dans la Mer Jaune (entre la Chine et la péninsule coréenne).



Wang Guangmei fut nommée en 1979 directrice des affaires étrangères de l’Académie chinoises des sciences sociales et a été élue membre permanent de la Conférence consultative politique du peuple chinois (une sorte de sénat consultatif) jusqu’en 2003. Elle se préoccupa surtout d’œuvres de charité, cherchant à aider les pauvres à l’intérieur du pays. Pour cela, elle a même fait des donations de plusieurs antiquités très anciennes ayant appartenu à sa famille (aisée).



Elle est morte le 13 octobre 2006 à Pékin (dans un hôpital militaire) et fut enterrée huit jours plus tard au cimetière des martyrs révolutionnaires Babaoshan. Le gouvernement chinois lui refusa des funérailles nationales pour éviter de remettre en lumière les terribles massacres de la Révolution culturelle. Elle fut la gardienne vigilante de la mémoire des excès de cette Chine populaire à la fois monstrueuse dans sa cruauté, mais aussi capable de revenir sur ses erreurs du passé et de réhabiliter ses propres victimes.

Le fils de Liu Shaoqi et de Wang Guangmei, Liu Yuan, a maintenant 65 ans. Il fut nommé en 2010 commissaire politique au département général de la logistique de l’Armée populaire de libération (après avoir été nommé général en 2009). Il fut le plus jeune gouverneur de la province du Henan, en 1988. En 2012, il fut écarté de l’armée en raison de sa proximité avec Bo Xilai, autre "prince rouge", ancien futur espoir qu’on disait capable d’atteindre le pouvoir suprême, mais condamné à la prison à vie dans une obscure affaire de meurtre et de corruption.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Wang Guangmei.
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.





http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161013-wang-guangmei.html


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9 septembre 2016 5 09 /09 /septembre /2016 00:10

« Armé de la théorie marxiste-léniniste, le parti communiste a apporté au peuple chinois un nouveau style de travail dont les éléments essentiels sont l’union de la théorie et de la pratique, la liaison étroite avec les masses et l’autocritique. » (24 avril 1945).


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Il y a exactement quarante ans, le 9 septembre 1976, à minuit dix, Mao Tsé-Toung a lâché son dernier souffle sur cette Terre à 82 ans. Il a disparu huit mois après son précieux numéro deux Zhou Enlai, Premier Ministre chinois du 1er octobre 1949 à sa mort, à 77 ans, le 8 janvier 1976.

Le binôme fonctionnait bien, l’un pour réprimer à l’intérieur, l’autre, diplomate, pour renouer les relations internationales à l’extérieur (notamment par le rapprochement diplomatique avec les États-Unis ; Richard Nixon rencontra Mao et Zhou du 21 au 28 février 1972) : « Mao dominait tous les rassemblements ; Zhou s’en imprégnait. La passion de Mao s’efforçait d’écraser l’opposition ; l’intelligence de Zhou cherchait à persuader ou à manipuler. Mao se considérait comme un philosophe ; Zhou comme un administrateur ou un négociateur. Mao était avide d’accélérer l’histoire ; Zhou se contentait de l’exploiter. » (Henry Kissinger en 2011).


Le plus meurtrier des dictateurs…

Mao fut l’un des quatre dictateurs les plus sanguinaires du XXe siècle avec Hitler, Staline et Pol Pot… et peut-être le plus sanguinaire des sanguinaires de toute l’histoire de l’humanité.

Les estimations de son bilan humain sont très vagues, mais cela se situe entre cinquante et cent millions d’êtres humaines qui ont péri par ses décisions calamiteuses, notamment avec deux épisodes catastrophiques, le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle. Soixante-cinq à soixante-dix millions de victimes semblerait être l’estimation la plus répandue chez les historiens.

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Avec Staline, il a prouvé à quel point le communisme est une idéologie macabre qui aliène l’humain au lieu de le libérer comme elle le revendique pourtant. À l’époque de mai 1968 en France, de nombreux intellectuels se vantaient d’être …maoïstes et encore en 2016, en France, un parti continue à s’appeler communiste sans comprendre qu’il est quand même temps de tourner la page.


Un communiste soviétophile

Né le 26 décembre 1893 dans la province du Hunan, sans avoir jamais voyagé à l’étranger, Mao Tsé-Toung est devenu l’un des personnages majeurs de l’histoire mondiale par ses capacités de stratège militaire et politique. Ses carences linguistiques le découragèrent à aller étudier en Europe comme ce fut le cas pour Deng Xiaoping et Zhou Enlai : « Je ne voulais pas aller en Europe. Je trouvais que je ne savais pas assez de mon propre pays et que je pouvais utiliser le temps d’une manière plus profitable en Chine. J’avais d’autres plans. » (Mao). Il ne quitta la Chine qu’en 1949 pour visiter l’Union Soviétique. Ce fut le 23 juillet 1921 qu’il s’engagea au parti communiste chinois par sa présence à la première session du congrès à Shanghai.

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Fondateur de la Chine communiste, il avait gagné son autorité sur les communistes chinois au cours de la Longue marche du 15 octobre 1934 au 19 octobre 1935, qui permit à l’Armée rouge chinoise d’échapper aux troupes du Kuomintang de Tchang Kaï-Chek (parti nationaliste chinois créé le 25 août 1912 par Sun Yat-Sen) pendant la guerre civile chinoise (cent mille communistes sont morts pendant ce périple). La guerre civile s’est déroulée du 12 avril 1927 au 7 août 1950 dans des combats entre le Kuomintang et le parti communiste chinois.


L’accession au pouvoir

L’invasion japonaise en Mandchourie a déstabilisé le gouvernement chinois, si bien que, soutenus par Staline, les communistes chinois en ont profité pour créer le 7 novembre 1931, sur le territoire qu’ils contrôlaient, la République soviétique chinoise que Mao présida jusqu’au 22 septembre 1937, date de sa dissolution après un accord avec le Kuomintang pour faire front face aux troupes japonaises qui ont envahi l’est de la Chine. Une trêve a donc eu lieu entre nationalistes et communistes durant la seconde guerre sino-japonaise entre le 7 juillet 1937 et le 9 septembre 1945.

Le retour à la guerre civile se solda par la victoire des communistes le 1er octobre 1949 avec la proclamation, à Pékin, dans la Cité interdite, de la République populaire de Chine (la Chine communiste) par Mao Tsé-Toung. Tchang Kaï-Chek se replia sur l’île de Taiwan, et, après avoir présidé la Chine continentale du 10 octobre 1928 au 15 décembre 1931 et du 1er août 1943 au 21 janvier 1949, présida Taiwan du 1er mars 1950 jusqu’à sa mort à 87 ans le 5 avril 1975.

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Entre 1949 et 1976, Mao fut le maître de la Chine continentale, mais pas forcément incontesté. Il fut au contraire souvent contesté pour ses décisions assez surprenantes et il lutta souvent pour retrouver l’influence que l’appareil du parti voulait lui ôter.

Très formellement, Mao Tsé-Young fut Président du gouvernement populaire central chinois du 1er octobre 1949 au 27 septembre 1954, puis Président de la République populaire de Chine du 27 septembre 1954 au 27 avril 1959, mais ses titres de pouvoir et d’influence furent avant tout : président du comité central du parti communiste chinois du 20 mars 1943 au 9 septembre 1976 (chef du parti) et président de la Commission militaire centrale du 23 août 1945 au 9 septembre 1976 (poste essentiel en Chine communiste pour maîtriser les forces armées).

Deux catastrophes furent provoquées par Mao durant les années 1960.


Le Grand Bond en avant

La première fut le Grand Bond en avant de 1958 à 1961. L’idée était de prendre une initiative pour la collectivisation à outrance des terres agricoles (en appliquant les théories foireuses de l’escroc soviétique Trofim Lyssenko) et le financement de l’industrialisation de la Chine à marche forcée. Le résultat fut désastreux et engendra la grande famine de 1958 à 1962 qui décima environ une cinquantaine de millions de Chinois. La production agricole passa de 200 millions de tonnes en 1958 à 143 millions de tonnes en 1960 (statistiques officielles rendues publiques en 1984). Le taux de mortalité a augmenté de 1,2% à 2,5% entre 1958 et 1960 !

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L’historien chinois Yang Jisheng (dont l’oncle est mort de faim en 1959) a ainsi expliqué : « À Xinyang, des gens affamés étaient à la porte de l’entrepôt de céréales. À mesure qu’ils mouraient, ils criaient "parti communiste, Président Mao, sauve-nous !". Si les greniers du Henan et du Hebei avaient été ouverts, aucun ne serait mort. Alors que les gens mouraient par milliers d’eux, les fonctionnaires ne pensaient pas à les sauver. Leur unique préoccupation était la bonne mise en œuvre de la livraison des céréales. » (7 juillet 2008).

Yu Dehong, secrétaire du parti communiste chinois à Xinyang en 1959, a témoigné : « Je suis allé dans un village de la province, et j’y ai vu une centaine de cadavres. Je suis allé dans un autre village et y ai vu une centaine d’autres cadavres. On disait que les chiens mangeaient les corps. J’ai dit que ce n’était pas vrai, les chiens ont depuis longtemps été mangés par la population. ».

Lu Baoguo, journaliste à Xinyang, a raconté : « Fin 1959, j’ai parcouru une très longue distance en bus (…). À travers la fenêtre, je voyais des cadavres dans les fossés. (…) Dans le comté de Guangshan, une personne sur trois étaient décédée. Bien qu’il y eût des morts partout, les dirigeants locaux se délectaient de bons repas et d’alcool. ».

Le dissident chinois Wei Jungsheng, ancien garde rouge, a même rapporté ceci, dans son village natal : « Devant mes yeux, parmi les mauvaises herbes, surgit soudain une scène qui m’avait été rapportée au cours d’un banquet : celle des familles échangeant entre elles leurs enfants pour les manger (…). Je distinguais clairement le visage affligé des parents mâchant la chair des enfants contre lesquels ils avaient troqué les leurs. » (2006). L’historienne chinoise Jung Chang a raconté que dans le Sichuan, en 1960, des assassins tuaient des enfants et revendaient leur viande séchée sur les marchés…

Pour réponse, Mao s’est montré inflexible et insensible : « Distribuer les ressources de façon égalitaire ne fera que ruiner le Grand Bond en avant. Quand il n’y a pas assez de nourriture, des gens meurent de faim. Il vaut mieux laisser mourir la moitié de la population, afin que l’autre moitié puisse manger suffisamment. ». On peut comprendre alors quelle était la notion d’égalité et de solidarité du communisme !

Politiquement, Mao fut mis en minorité, critiqué très fortement par Liu Shaoqi qui prit la succession de Mao, qui avait prudemment démissionné, comme Président de la République du 28 avril 1959 au 31 octobre 1968. En mai 1961, Liu Shaoqi a compris que l’origine de la grande famine était humaine et pas climatique (comme le répétaient les discours officiels) et décida de redresser l’économie chinoise de manière plus rationnelle et moins idéologique.


La Révolution culturelle

Pour reprendre pied dans l’appareil du parti, Mao organisa alors la Révolution culturelle qui fut la seconde catastrophe humaine qu’il déclencha, formellement le 8 août 1966 : « La grande révolution culturelle prolétarienne vise à liquider l’idéologie bourgeoise, à implanter l’idéologie prolétarienne, à transformer l’homme dans ce qu’il y a de plus profond, à réaliser sa révolution idéologique, à extirper les racines du révisionnisme, à consolider et à développer le système socialiste. Nous devons abattre les responsables du parti engagés dans la voie capitaliste. Nous devons abattre les sommités académiques réactionnaires de la bourgeoisie et tous les monarchistes bourgeois. Nous devons nous opposer à tous les actes de répression contre la révolution. Nous devons liquider tous les génies malfaisants. Nous devons extirper énergiquement la pensée, la culture, les mœurs et coutumes anciennes de toutes les classes exploiteuses. Nous devons réformer toutes les parties de la superstructure qui ne correspondent pas à la base économique du socialisme. Nous devons purger la terre de toute la vermine et balayer les obstacles ! ». Robespierre était toujours vivant !

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Mao incita les jeunes (les "gardes rouges") à le rejoindre (il leur assura l’impunité) pour se révolter contre les fonctionnaires supposés corrompus et devenus ennemis du peuple. Les intellectuels, les apparatchiks, les élites furent humiliés et le parti purgé de ses éléments jugés révisionnistes. Leurs autocritiques servirent d’éléments à charge et beaucoup furent exécutés en public pour l’exemple. Alain Peyrefitte expliqua dans son fameux livre ("Quand la Chine s’éveillera", publié en juillet 1973 chez Fayard, reprenant son rapport n°2544 déposé le 1er juillet 1972 à l’Assemblée Nationale) qu’en 1971, beaucoup des responsables qu’il avait interrogés « ont gardé le souvenir d’un cauchemar dont l’angoisse se reflète encore dans le regard ».

Les conséquences humaines de la Révolution culturelle furent très lourdes, plusieurs millions de personnes en seraient mortes selon l’historien Stéphane Courtois dans son passionnant "Livre noir du communisme : Crimes, terreur, répression" (publié le 6 novembre 1997, éd. Robert Laffont) auquel a participé l’actuel Président de la République fédérale d’Allemagne Joaquim Gauck.

Le journaliste chinois Zheng Yi affirma en 2000 qu’il y a eu au cours de la Révolution culturelle plus de dix mille personnes qui furent tuées et mangées en Chine. Ces actes de cannibalisme ont été tolérés voire encouragés par les autorités locales qui voyaient un moyen d’éliminer complètement les ennemis. La cervelle, le cœur, les intestins, l’utérus, le foie, le pénis furent des morceaux réservés aux dignitaires locaux…


Victoire définitive de Mao sur ses rivaux

Politiquement, la Révolution culturelle fut une grande réussite pour Mao qui est parvenu à reprendre le contrôle total du parti (jusqu’à sa mort).

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En août 1966, Mao a fait rétrograder Liu Shaoqi au sein de l’appareil du parti (ce dernier a dû faire son autocritique le 23 octobre 1966). En 1967, toujours chef de l’État, Liu Shaoqi fut même arrêté, exclu du parti, battu par des gardes rouges, interné dans un goulag (laogai). Sa famille fut humiliée et contrainte à témoigner contre Liu. Le 31 octobre 1968, il fut limogé de son poste de Président de la République (destitué au 12e plénum du comité central). Il a fallu attendre le 18 juin 1983 pour avoir un successeur, avec Li Xiannian (1909-1992) jusqu’au 8 avril 1988. Liu Shaoqi est mort à 70 ans des mauvais traitements qu’il a subis en prison le 12 novembre 1969 (il fut réhabilité par Deng Xiaoping en mai 1980). Deng Xiaoping fut également écarté du pouvoir en octobre 1968 lors du 8e congrès du parti communiste chinois.

Mao élimina aussi son dauphin officiel, Lin Biao, Ministre de la Défense nationale du 17 septembre 1959 au 13 septembre 1971 et Vice-Premier Ministre du 21 décembre 1964 au 13 septembre 1971. Favorable à la Révolution culturelle et à l’élimination de Liu Shaoqi, Lin Biao prenait trop d’importance auprès de Mao (Lin Biao avait beaucoup d’influence sur l’Armée rouge et rejetait tout rapprochement avec les États-Unis alors Mao, rompant avec l’Union Soviétique, avait invité le Président américain Richard Nixon le 10 juillet 1971). Mao écarta Lin Biao pressenti en août 1970 pour succéder à Liu Shaoqi à la Présidence de la République. Accusé de complot contre Mao, Lin Biao fut contraint à s’enfuir, et son avion s’écrasa très opportunément en Mongolie le 13 septembre 1971 (il avait 63 ans). Sa mort ne fut annoncée qu’un an plus tard.

Chef de la troisième des factions rivales qui ont soutenu Mao durant la Révolution culturelle (à côté de celle de Lin Biao et de celle des pragmatiques de Zhou Enlai), la quatrième épouse de Mao, Jiang Qing, ancienne jeune actrice, fut sans doute la plus fanatique lors de la Révolution culturelle, voulant imposer ses vues sur ce que devait l’art populaire.

Dix-sept millions de jeunes, étudiants, lycéens, habitant en ville, furent déportés dans les zones rurales entre 1968 et 1980, dont cinq millions d’anciens gardes rouges entre 1967 et 1969. La population chinoise fut particulièrement traumatisée par la Révolution culturelle qui réprima aussi toute pratique religieuse.

Le laogai chinois était similaire au camp nazi et au goulag : « Le précédent nazi et l’expérience soviétique permettent d’établir des schémas communs d’émanation des idéologies totalitaires, et de mettre en lumière les spécificités chinoises, comme, par exemple, la volonté de créer "un homme nouveau". » (Marie-Claire Bergère, sinologue, "Vingtième Siècle", n°39 de juillet 1993).


Fin de règne

Les luttes des factions continuèrent entre 1971 et 1976, entre Jiang Qing et les pragmatiques. La mort de Zhou Enlai a été l’occasion d’un mouvement populaire d’un million de manifestants à Pékin qui s’opposèrent à Jiang Qing et à la Révolution culturelle, du 3 au 5 avril 1976. Deng Xiaoping, qui avait été réhabilité le 20 mars 1973 par Mao après l’élimination de Lin Biao, fut de nouveau écarté du bureau politique du parti dès le 7 avril 1976, et laissa à Hua Guofeng la place récente de dauphin de Mao.

Après une crise cardiaque le 11 mai 1976, peut-être atteint de la maladie de Charcot, Mao ne gouverna plus à partir du printemps 1976. Sa mort le 9 septembre 1976 à minuit dix mit fin à une agonie de plusieurs mois et à une existence particulièrement cruelle pour ses contemporains humains.

Ce fut donc Hua Guofeng, déjà successeur de Zhou Enlai à la tête du gouvernement, qui succéda à Mao Tsé-Toung à la mort de ce dernier, tant comme président du comité central du parti communiste chinois que président de la Commission militaire centrale.

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Dès le 7 octobre 1976, Hua Guofeng fit arrêter Jiang Qinq et les trois autres de la "Bande des quatre", afin de montrer son autorité tout en voulant continuer l’œuvre de Mao. Jiang Qing fut exclue du parti en juillet 1977 et condamnée à mort pour complot le 25 janvier 1981 dans un procès bâclé. Sa peine fut commuée en réclusion à perpétuité en 1983 et elle se suicida le 14 mai 1991 (mort annoncée seulement en 1993). Hua Guofeng fut lui-même écarté du pouvoir dès le 18 décembre 1978 au profit de… Deng Xiaoping.


Petites phrases rouges…

La plupart des paroles prononcées ou écrites par Mao n’avaient rien de très original ni de très subtil. Plutôt des enfonçages de portes ouvertes.

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On peut par exemple rappeler cette phrase prononcée à la clôture de la deuxième session du comité national de la première conférence consultative politique du peuple chinois le 23 juin 1950 : « Celui qui se range du côté du peuple révolutionnaire est un révolutionnaire, tandis que celui qui se range du côté de l’impérialisme, du féodalisme et du capitalisme bureaucratique est un contre-révolutionnaire. ».

Il est donc remarquable que quarante ans après Mao (devenu millionnaire dès les années 1950 grâce aux droits d'auteur), sans nouvelle révolution chinoise, avec son capitalisme bureaucratique qui produit le plus grand nombre de millionnaires dans le monde chaque année, la Chine communiste de Mao soit devenue… contre-révolutionnaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mao Tsé-Toung.
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160909-mao-tse-toung.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/mao-tse-toung-la-terreur-rouge-et-184464

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/09/34294111.html


 

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23 novembre 2015 1 23 /11 /novembre /2015 00:41

Né le 24 décembre 1924 à Shanghai, Qiao Shi s'engagea au parti communiste chinois à l'âge de 16 ans. Il travailla à la Ligue de la jeunesse communiste chinoise (clan de Hu Yaobang et aussi de Hu Jintao), et fut persécuté pendant la Révolution culturelle. Intégré dans au bureau politique du parti en 1985, il fut Vice-Premier Ministre du 6 juin 1983 au 25 mars 1988. Membre permanent du comité permanent du bureau politique lors des manifestations de Tiananmen, Qiao Shi s'est abstenu sur le recours à la répression par l'armée, ce qui a créé un blocage de 2 pour (Li Peng et Yao Yilin) et 2 contre (Zhao Ziyang et Hu Qili). Sa neutralité l'a conduit à rester à son poste au comité permanent jusqu'en 1997. Il fut ausi le Président du comité permanent de l'Assemblée nationale populaire de 1993 à 1998 (député à partir de 1985). Il fut écarté du pouvoir par Jiang Zemin et s'est exprimé en faveur d'une démocratisation des institutions politiques chinoises.

Pour en savoir plus sur la Chine :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151120-hu-yaobang.html

Sur Qiao Shi :
http://www.leventdelachine.com/blog/posts/l-envol-de-qiao-shi-ex-conformiste-repenti-201506

SR


 

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20 novembre 2015 5 20 /11 /novembre /2015 06:27

« J’ai personnellement constaté à quel point Hu Yaobang s’engageait dans son travail jour et nuit, travaillant pour le bénéfice du peuple et pour le parti. (…) Je garde dans mon cœur ses précieux enseignements. Son style et son attitude ont grandement influencé mon travail, mes apprentissages et ma vie. (…) J’écris pour dire à quel point il me manque. » (Wen Jiabao, "Le Quotidien du peuple", le 15 avril 2010).



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L’article de Wen Jiabao, alors Premier Ministre, dans "Le Quotidien du peuple", il y a cinq ans, avait surpris tous les sinologues tandis que la mémoire de Hu Yaobang pose toujours problème avec le pouvoir communiste, malgré (à l’époque) la présence de deux de ses protégés aux premiers postes du pouvoir. Cet hommage ne fut cependant suivi d’aucune conséquence. Une biographie en trois volumes attend encore d’être publiée sans censure gouvernementale. Son centenaire changera-t-il la donne ?

Effectivement, Hu Yaobang est né il y a exactement 100 ans, le 20 novembre 1915 dans le district de Liuyang (province du Hunan). "Main gauche" de Deng Xiaoping aux côtés de Zhao Ziyang ("main droite"), Hu Yaobang fut le véritable successeur de Mao Tsé-Toung à la tête du Parti communiste chinois après la sorte d’interrègne assuré par Hua Guofeng. Arrivé au pouvoir grâce à la victoire des "réformistes" sur les "conservateurs" et soutenu par Deng Xiaoping, Hu Yaobang fut néanmoins limogé en 1987 après avoir montré trop de compréhension aux étudiants qui manifestaient. Sa mort, au printemps 1989, a conduit à la plus grande révolte populaire en Chine communiste mais qui a fini dans le sang de la Place Tiananmen. Je propose un modeste rappel de l’histoire de la Chine populaire associée à celle de l’un de ses dirigeants les plus réformistes, Hu Yaobang.


Engagé dans la révolution communiste dès 14 ans

Issu d’une famille paysanne très pauvre, Hu Yaobang s’est engagé très jeune, en 1930, au Parti communiste chinois (parti unique après 1949) et participa à la Longue Marche entre octobre 1934 et octobre 1935. Il fut directeur adjoint du département politique de l’école politique et militaire antijaponaise du peuple chinois et chef du département de l’organisation du département politique général de la commission militaire du comité central du Parti communiste chinois (on notera la bureaucratie des titres !). Entre 1945 et 1949, il fut directeur du département politique d’un groupe d’armées de l’armée populaire de libération de la Chine.

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Soutenu très rapidement par Deng Xiaoping (1904-1997), il a pris des responsabilités importantes dans l’appareil communiste, tant dans les organisations de jeunesse que dans le parti. Il fut le premier secrétaire du comité central de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise de 1952 à 1965 (poussé par lui, Hu Jintao occupa aussi ce poste de 1982 à 1985) et le premier secrétaire du comité du parti de la province du Shaanxi en 1965.


Le Grand Bond en avant et ses conséquences (1958-1966)

Mao Tsé-Toung (1893-1976) décida du Grand Bond en avant qui fut une catastrophe humanitaire. Les théories fumeuses de Lyssenko et la collectivisation de l’agriculture ont provoqué en effet la Grande famine de 1958 à 1962 qui a fait environ 45 millions de morts (les historiens sont encore assez discordants sur le nombre estimé, entre 30 ett 55 millions de morts sur une population de 650 millions d’habitants). La production de céréales a chuté de 200 millions de tonnes en 1958 à 143 millions de tonnes en 1960. Le taux de mortalité a plus que doublé.

Le secrétaire du parti à Xinyang, Yu Dehong, a témoigné : « Je suis allé dans un village de la province et j’y ai vu une centaine de cadavres. Je suis allé dans un autre village et y ai vu une centaine d’autres cadavres. On disait que les chiens mangeaient les corps. J’ai dit que ce n’était pas vrai, les chiens ont depuis longtemps été mangés par la population. ». Journaliste, Lu Baoguo a aussi témoigné : « Dans le comté de Guangshan, une personne sur trois était décédée. Bien qu’il y eût des morts partout, les dirigeants locaux se délectaient de bons repas et d’alcool. ». Les gens cachaient les cadavres pour garder le nombre de rations auxquelles ils avaient droit.

À la suite de ce désastre alimentaire, Liu Shaoqi (1898-1969) fut élu le 27 avril 1959 Président de la République populaire de Chine en remplacement de Mao qui était à ce poste depuis le 27 septembre 1954. Bien que contesté, Mao est cependant resté président du comité central du parti (du 20 mars 1943 au 9 septembre 1976), le cœur du pouvoir politique en Chine populaire (encore aujourd’hui), souvent associé (sauf à l’époque de Deng Xiaoping), au poste de président de la Commission militaire centrale.

Liu Shaoqi s’opposa à Mao et gouverna la Chine avec la majorité des cadres du parti dans une voie modérée pour redresser l’économie du pays. Selon l’historien Yang Jusheng, Liu Shaoqi a lancé à Mao : « Avec autant de morts de faim, l’Histoire retiendra nos deux noms et le cannibalisme sera aussi dans les livres. ». Mais Mao lui avait déjà répondu, à propos de la poursuite des exportations de céréales malgré la famine (cela fait penser à la grande famine en Irlande) : « Distribuer les ressources de façon égalitaire ne fera que ruiner le Grand Bond en avant. Quand il n’y a pas assez de nourriture, des gens meurent de faim. Il vaut mieux laisser mourir la moitié de la population, afin que l’autre moitié puisse manger suffisamment. ».


La Révolution culturelle et ses conséquences (1966-1973)

Pour reprendre le leadership sur le parti, Mao a imaginé en 1966 la Révolution culturelle qui se solda aussi par plusieurs millions de morts (il a même dû arrêter le mouvement en 1969 car il ne le contrôlait plus). Mao orchestra en même temps des purges au sein du parti pour asseoir complètement son pouvoir.

En 1967, Liu Shaoqi fut exclu du parti, arrêté et battu par les gardes rouges. Il fut ensuite destitué de la Présidence de la République le 31 octobre 1968 et mourut des traitements qu’il a subis en prison le 12 novembre 1969. Il ne fut réhabilité qu’en mai 1980 par Deng Xiaoping. Pour éviter toute concurrence avec Mao, il n’y a plus eu de Présidence de la République jusqu’au 18 juin 1983 avec la nomination de Li Xiannian (1909-1992), plus ou moins proche de Deng, jusqu’au 8 avril 1988.

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Parmi les autres victimes de la Révolution culturelle, justement, Deng Xiaoping. Et aussi Hu Yaobang qui fut écarté de ses responsabilités politiques et déporté dans un village rural pendant deux ans. Au début des années 1970, Hu Yaobang fut réhabilité et chargé par Deng de réhabiliter les intellectuels qui furent pourchassés pendant la Révolution culturelle.

Il est toujours assez confus de bien comprendre où se situait l’exercice du pouvoir à cette époque en Chine. Mao jouait sur trois factions rivales qu’il favorisait alternativement pour mieux les contrôler : celle de Lin Biao qui avait le contrôle de l’armée populaire, celle des pragmatiques avec Zhou Enlai et Deng, et les extrémistes (gauchistes) de la Bande des Quatre, dirigée par la femme de Mao, Jiang Qing (1914-1991), à l’origine des pires excès de la Révolution culturelle.


Deng en futur successeur (1973-1976)

Deng Xiaoping reprit de l’importance dans l’appareil du parti à partir du 20 mars 1973 et fut formellement nommé Vice-Premier Ministre le 4 janvier 1975 (il l’était déjà par intérim depuis la mort suspecte de Lin Biao le 13 septembre 1971), pour suppléer celui qui l’avait protégé et réhabilité, Zhou Enlai (1898-1976), profondément malade, qui fut Premier Ministre du 1er octobre 1949 au 8 janvier 1976.

La mort du populaire Zhou Enlai, le 8 janvier 1976, modifia profondément le cours des événements. Craignant de perdre son pouvoir, Mao interdit toute manifestation de deuil à partir du 15 janvier 1976 et nomma Hua Guofeng (1921-2008) Premier Ministre le 4 février 1976, considéré comme le dauphin de Mao pour contrer les ambitions de Deng. Mais toutes les actions du pouvoir visant à discréditer Zhou Enlai de manière posthume renforcèrent son prestige dans la population.

À l’occasion de la fête de Qingming (commémoration des ancêtres), environ deux millions de manifestants se sont rendus sur la place Tiananmen le 4 avril 1976 pour rendre hommage à Zhou Enlai et également critiquer la Bande des Quatre voire Mao. Le mouvement de révolte fut violent et réprimé et s’arrêta le lendemain. Accusé d’être l’instigateur de cette révolte, Deng Xiaoping fut destitué de ses responsabilités le 7 avril 1976, exilé à Canton et devint le chef de file des réformistes en Chine. Hu Yaobang fut également écarté du parti.

Nés la même année et morts la même année, Zhou Enlai et Mao Tsé-Toung ont dirigé la Chine populaire en binôme très complémentaire comme l'a décrit le diplomate américain Henry Kissinger : « Mao dominait tous les rassemblements ; Zhou s'en imprégnait. La passion de Mao s'efforçait d'écraser l'opposition ; l'intelligence de Zhou cherchait à la persuader ou la manipuler. Mao était sardonique ; Zhou perspicace. Mao se considérait comme un philosophe ; Zhou comme un administrateur ou un négociateur. Mao était avide d'accélérer l'histoire ; Zhou se contentait de l'exploiter. » ("On China", 2011).

La mort de Mao Tsé-Toung le 9 septembre 1976 laissa initialement le pouvoir à son dauphin désigné, Hua Guofeng, déjà Premier Ministre, prenant tous les postes stratégiques, président de la Commission militaire centrale le 6 octobre 1976 et président du parti le lendemain. À la tête de l’armée populaire, du parti et du gouvernement, soutenu par les adversaires de la Bande des Quatre, Hua Guofeng (peu connu avant 1976) a surtout assuré un intérim au sommet de l’État.

Il ne tarda pas à agir contre les excès des extrémistes et fit arrêter dans la nuit du 6 au 7 octobre 1976 la Bande des Quatre dont les membres furent exclus à vie du parti en juillet 1977 et jugés en novembre 1980 pour avoir été personnellement responsables de la mort de 34 800 personnes. Le 25 janvier 1981, deux d’entre eux furent condamnés à mort avec un sursis de deux ans (la peine ne fut jamais appliquée et fut commuée en détention à vie en 1983), dont la femme de Mao, Jiang Qing, qui se serait pendue en prison le 14 mai 1991 (sa mort ne fut rendue publique qu’en 1993).


La transition après Mao (1976-1980)

Soutenu par Li Xiannian et le Ministre de la Défense, le maréchal Ye Jianying (1897-1986), Hua Guofeng ne l’était pas vraiment par Deng qui ne voyait pas dans ses premières réformes économiques le moyen de relancer l’économie chinoise. Le 7 février 1977, Hua Guofeng fit l’erreur de publier un texte (dit des "deux imitations") où il s’engageait à respecter scrupuleusement tout l’héritage de Mao. Cela précipita le retour de Deng dès le 22 juillet 1977 comme vice-président de la Commission militaire centrale et Vice-Premier Ministre.

En août 1977, Hu Yaobang fut réhabilité et intégré dans les structures dirigeantes du parti. Il fut nommé directeur du département de l’organisation du comité central du parti, puis directeur du département de la propagande du comité central du parti, troisième secrétaire de la commission centrale de contrôle de la discipline.

Pendant une année, les partisans de Deng se sont renforcés par leurs positions au sein du parti. Le 18 décembre 1978, Deng a triomphé et contrôlait tout le parti sans pour autant prendre des titres officiels, afin de préserver un semblant de direction collective. Hua Guofeng resta alors officiellement à la tête du gouvernement jusqu’au 10 septembre 1980 et à la tête du parti et de l’armée jusqu’au 28 juin 1981, mais sans réel pouvoir.

Ces destitutions tardives voulaient empêcher de trop exposer au public les luttes internes mais Deng Xiaoping avait le contrôle absolu du pouvoir dès lors qu’il avait réussi à faire adopter en 1978 ses réformes économiques qui font encore aujourd’hui leurs effets sur le monde. Ces destitutions ont montré aussi que les titres ne correspondaient pas au pouvoir réel et qu’une disgrâce n’était plus suivie d’une élimination physique comme c’était le cas à l’époque maoïste.

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La succession de Hua Guofeng fut organisée de manière douce au profit de deux réformistes, fidèles de Deng : Zhao Ziyang (1915-2005) fut nommé Premier Ministre du 10 septembre 1980 au 24 novembre 1987 et Hu Yaobang fut nommé à la tête du parti du 28 juin 1981 au 15 janvier 1987 (le poste se transformant le 11 septembre 1982 de président à secrétaire général du comité central du parti pour oublier l’époque maoïste ; il était déjà secrétaire général depuis le 29 février 1980), tandis que Deng Xiaoping n’a jamais été que le Vice-Premier Ministre jusqu’au 10 septembre 1980 mais surtout le stratégique président de la Commission militaire centrale du 28 juin 1981 au 9 novembre 1989 (c’est-à-dire qu’il contrôlait l’armée).


Au pouvoir suprême (1980-1987)

Pendant plus de cinq ans, Hu Yaobang fut le numéro un chinois officiel aux côtés de Zhao Ziyang et de Deng Xiaoping. Dans ses actes, il fut sans doute le plus grand réformiste de l’histoire de la Chine populaire, réhabilitant des milliers de personnes persécutées pendant la Révolution culturelle, en particulier le 4 avril 1979, la dissidente Zhang Zhixin (1930-1975), décapitée après six ans de détention pour avoir critiqué le pouvoir, et en 1981, la dissidente Lin Zhao (1932-1968), exécutée après aussi six ans de détention au cours desquelles elle écrivit avec son sang, faute de stylo (sa mère a appris son exécution car la police était venue lui réclamer le prix de la balle qui avait servi à l’exécuter).

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Hu Yaobang a promu les réformes économiques de Deng mises en œuvre par Zhao Ziyang et a fait beaucoup de déplacements à l’intérieur du pays. Hu Yaobang fut critiqué par les conservateurs pour avoir renoué avec le Japon à partir de 1984. Critiqué aussi pour avoir réduit les budgets militaires, avoir acheté du matériel militaire australien et même pour avoir bu un peu trop bruyamment de la soupe lors d’une réception à Londres, invité par la reine Élisabeth II. Il défendait aussi l’idée d’une autonomie du Tibet et n’hésitait pas à parler de "colonialisme" des Hans. Le dalaï-lama considérait d’ailleurs qu’il fut le seul dirigeant communiste chinois à avoir présenté ses excuses au peuple tibétain pour la répression chinoise au Tibet.

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D’une expression franche, il contrastait beaucoup avec les vieux caciques du parti. Lors d’un déplacement en Mongolie intérieure, il avait encouragé publiquement à manger à la manière occidentale (avec couverts et assiettes) pour réduire les risques d’épidémie. Il fut parmi les premiers à porter des costumes à l’occidentale, sans col Mao. Sans remettre en cause le communisme, Hu Yaobang reconnaissait que le communisme ne pouvait pas résoudre tous les problèmes d’une société et cherchait même à réduire l’influence du parti au sein du gouvernement, en incitant des débats contradictoires dans les médias, même sur les droits de l’Homme et la démocratie.


La disgrâce (1987-1989)

Néanmoins, Hu Yaobang perdit l’appui d’un Deng vieillissant qui lui-même devait faire face aux critiques des conservateurs au sein du parti. Les manifestations d’étudiants de décembre 1986, menées notamment par l’astrophysicien et dissident Fang Lizhi (1936-2012) et vues d’un œil indulgent par Hu Yaobang, furent le déclencheur de sa disgrâce. Il fut destitué le 15 janvier 1987 et remplacé par Zhao Ziyang qui laissa le 24 novembre 1987 le poste de Premier Ministre au conservateur Li Peng (87 ans), protégé de Chen Yun (1905-1995), à ce poste jusqu’au 17 mars 1998. Zhao Ziyang fut considéré comme le dauphin de Deng et Hu Yaobang fut contraint à faire son autocritique comme dans les heures les plus sombres du maoïsme.

Avec l’éviction de Hu Yaobang, ce fut la seule tentative de libéralisation économique et politique qui s’acheva. Par la suite, seule la libéralisation économique prit le pas sur un fond de conservatisme politique qui sévit encore en 2015.

Lui aussi réformiste, Zhao Ziyang fut destitué de la tête du parti à la suite du massacre de Tiananmen le 23 juin 1989 et remplacé par le chef de fil du "clan" de Shanghai, conservateur et dauphin de Deng, Jiang Zemin (89 ans) qui cumula peu à peu tous les postes stratégiques, la présidence de la Commission militaire centrale le 9 novembre 1989 et la Présidence de la République le 27 mars 1993 (ses successeurs Hu Jintao et Xi Jinping firent de même).


La révolte de Tiananmen et le retour des conservateurs (depuis 1989)

Hu Yaobang est mort à 73 ans le 15 mars 1989 à Pékin des suites d’une crise cardiaque qu’il a eue le 8 avril 1989 à Zhongnanhai, au siège du parti, à Pékin, au cours d’une réunion du bureau politique sur l’éducation (il était toujours membre du bureau politique du comité central, réélu en octobre 1987). Il était alors beaucoup admiré par le peuple en raison de son courage et de ses tendances réformistes.

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Comme à la mort de Zhou Enlai, un grand mouvement populaire s’est spontanément développé à partir du 18 avril 1989, pour lui rendre hommage (ses funérailles nationales ont eu lieu le 22 avril 1989, deux jours après une violente dispersion des étudiants par la police). Ce mouvement a abouti au massacre de Tiananmen le 4 juin 1989 et à la reprise en main des conservateurs dans l’appareil du parti, Deng Xiaoping leur donnant raison. L’un de ceux-là, Yang Shangkun (1907-1998), était déjà Président de la République (du 8 avril 1988 au 27 mars 1993) au moment des manifestations.

Quant à Hua Guofeng, il est mort à 87 ans le 20 août 2008 à Pékin, en pleins jeux olympiques de Pékin, et la nouvelle de sa disparition a été très discrètement annoncée par seulement trente secondes dans le journal télévisé (il fut enterré le 30 août 2008 en présence de tous les dignitaires du régime).


Vers un retour de grâce ?

Hu Yaobang fut timidement réhabilité en août 2005, avant des cérémonies organisées discrètement à l’occasion du 90e anniversaire de sa naissance, par son lointain successeur Hu Jintao qu’il avait nommé à la tête de la Ligue de la jeunesse communiste chinoise en 1982.

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L’un des protégés de Hu Yaobang, Wen Jinbao (73 ans), fut Premier Ministre du 16 mars 2003 au 15 mars 2013 et a écrit un hommage à son ancien mentor le 15 avril 2010. Son fils aîné Hu Deping (73 ans) est un économiste réputé qui a restauré l’archéologie comme discipline universitaire après avoir été supprimée par la Révolution culturelle.

Aujourd’hui, la Chine populaire talonne les États-Unis comme première puissance économique du monde


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Tiananmen.
Hu Yaobang.
Le 14e dalaï-lama.
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151120-hu-yaobang.html

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21 août 2015 5 21 /08 /août /2015 09:40

Né le 1er janvier 1916 dans le Jiangxi, Wang Dongxing, militaire, fut le commandant du Régiment spécial 8341 et le principal garde du corps de Mao Tsé Toung pendant la Révolution culturelle. Disgracié par Mao et envoyé dans un camp de rééducation. Après la Révolution culturelle, il retrouva ses responsabilités militaires et fut même membre du Politburo du Parti communiste chinois de 1969 à 1980 (il fut vice-président du parti de 1977 à 1980, et à ce titre, fut parmi les cinq personnalités les plus influentes du pays) mais fut écarté par Deng Xiaoping qui voulait y placer ses propres hommes (Hu Yaobang et Zhao Ziyang). En 1976, il arrêta Jiang Qing, la femme de Mao, et les autres membres de la Bande des Quatre pour permettre l'accession au pouvoir d'un pragmatique, Hua Guofeng à la succession de Mao.

SR

 

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6 juillet 2015 1 06 /07 /juillet /2015 06:37

« L’homme sacrifie sa santé pour gagner de l’argent. Ensuite, il dépense son argent pour rétablir sa santé. Et alors, il est si inquiet de l’avenir qu’il ne savoure pas le présent. Le résultat est qu’il ne vit pas au présent ni au futur ; il vit comme s’il ne mourait jamais, et ensuite meurt en n’ayant jamais vraiment vécu. » (Le dalaï-lama, traduction personnelle).


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C’est ce lundi 6 juillet 2015 que Tenzin Gyatso, le 14e dalaï-lama, a 80 ans, mais il a déjà fêté son anniversaire le 21 juin dernier. L’occasion de revenir sur cette personnalité assez étonnante, à la fois chef temporel et spirituel du Tibet et du bouddhisme tibétain.

L’homme paraît très sympathique, esquissant toujours un large sourire, des gestes toujours pacifiques et doux, de la bienveillance et de la compassion. C’était un peu par curiosité que j’étais allé à sa rencontre l’après-midi du samedi 30 octobre 1993.

Il avait été invité par Alain Carignon, alors maire de Grenoble et aussi Ministre du Budget du gouvernement d’Édouard Balladur. Lorsque le dalaï-lama avait reçu le Prix Nobel de la Paix en 1989 (quelques semaines avant la chute du mur de Berlin), le gouvernement français était resté très discret et prudent dans ses relations avec le dalaï-lama en raison des pressions chinoises, mais Alain Carignon n’avait pas hésité (comme élu local, il n’était pas ministre) à lui exprimer toute sa sympathie, d’où le passage par Grenoble lors de cette visite en France. L’autre raison est qu’il y a beaucoup de monastères bouddhistes dans la Vallée de l’Oisans, et le bouddhisme était même très "à la mode" à l’époque dans la région.

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Je suis arrivé devant l’amphi Louis Weil du campus universitaire de Saint-Martin-Hères mais la salle de deux mille places était déjà remplie. Beaucoup de Grenoblois était venus tôt, et en premier lieu, des étudiants, pour avoir une place. Heureusement, un écran géant dehors sur l’esplanade près de l’amphi permettait à ceux qui n’avaient pas de place (environ le même nombre de personnes) d’assister quand même à la rencontre.

Tenzin Gyatso tenait une conférence philosophique ouverte à un large public et l’assistance était en effet très diversifiée, jeunes, moins jeunes, étudiants, retraités, employés, etc., toute la sociologie urbaine se retrouvait dans ce public de curieux et de fascinés.

Bien que cette conférence fût simultanément traduite en anglais, ce qui était assez difficile pour suivre le fil de la pensée, j’avoue que je n’ai pas compris grand chose, sans doute parce qu’il me manquait quelques bases dans la philosophie bouddhiste. Je me suis dit que je ne devais pas être le seul dans le cas et je me suis donc beaucoup interrogé sur la très grande popularité du dalaï-lama en France. Si l’on ne comprenait ou connaissait pas grand chose de ses réflexions, en quoi pourrait-on l’apprécier ?

C’est peut-être l’effet du star système, renforcé par l’attribution du Prix Nobel, comme Nelson Mandela ou Lech Walesa, mais qu’ont connu aussi tous les papes, les plus médiatiques (comme Jean-Paul II, par exemple aux Journées mondiales de la Jeunesse du 18 au 24 août 1997 à Paris) et même les moins médiatiques (comme Benoît XVI qui avait largement réussi à remplir l’esplanade des Invalides à Paris le 13 septembre 2008).

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Après avoir été proclamé 14e dalaï-lama le 23 août 1939 (réincarnation de son prédécesseur Thubten Gyatso mort le 17 décembre 1933), après être arrivé à Lhassa le 8 octobre 1939, et installé dans son palais le 22 février 1940 pour y suivre une éducation spécifique, Tenzin Gyatso fut officiellement intronisé à 15 ans le 17 novembre 1950 et à ce titre, chef de l’État et chef spirituel des Tibétains. "Dalaï-lama", en mongol et en tibétain, signifie maître spirituel plein de sagesse. L’armée chinoise venait d’intervenir le 7 octobre 1950 (ce qui aurait provoqué la mort de 5 000 personnes selon certaines estimations) et occupe encore aujourd’hui le Tibet qui avait proclamé son indépendance le 14 février 1913. Cela a abouti à un accord sur la "libération pacifique" du Tibet signé à Pékin le 23 mai 1951. Après le soulèvement populaire du Tibet le 10 mars 1959 à Lhassa (en un an et demi, il y aurait eu 87 000 morts dans la répression chinoise), le dalaï-lama s’est enfui le 17 mars 1959 à Dharamsala, en Inde, où il a trouvé asile politique et y a dirigé le gouvernement en exil proclamé le 29 avril 1959.

Le dalaï-lama a alors toujours adopté une position de résistance pacifique à la domination chinoise. Il a renoncé à la revendication de l’indépendance du Tibet en 1979 mais a toujours réclamé l’autonomie réelle de son pays. Le 21 septembre 1987, il a présenté à Washington son plan de paix qui fut très mal reçu par le gouvernement chinois. En représailles, deux détenus politiques tibétains furent condamnés à mort et exécutés publiquement le 23 septembre 1987 à Lhassa, engendrant des manifestations de moines à partir du 27 septembre 1987 (les dernières manifestations ont eu lieu en juin 1993). Il renouvela son plan à Strasbourg le 15 juin 1988.

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Lors de la réception de son Prix Nobel de la Paix « en partie [en] hommage à la mémoire du Mahatma Gandhi » et pour « la lutte pour la libération du Tibet et les efforts pour une résolution pacifique au lieu d’utiliser la violence », le dalaï-lama avait fustigé le 10 décembre 1989 la répression chinoise contre les étudiants de la Place Tiananmen six mois plus tôt (la loi martiale avait été décrétée au Tibet le 7 mars 1989 par Hu Jintao, secrétaire du parti communiste chinois dans la région autonome du Tibet du 9 décembre 1988 à novembre 1992, surnommé le "boucher de Lhassa" en raison des répressions contre les manifestants tibétains, avant de devenir Président de la République populaire de Chine du 15 mars 2003 au 14 mars 2013).

Tenzin Gyatso a fait de nombreux déplacements dans le monde et en particulier une dizaine de fois en France ; il était retourné en France notamment du 11 au 22 août 2008 pendant que Pékin fêtait ses jeux olympiques, créant une tension dans les relations diplomatiques entre la Chine et la France.

Dans cette lutte pour la liberté du peuple tibétain, on aurait pu être dubitatif sur le mode particulier de gouvernance du Tibet basé sur un modèle théocratique depuis le 17 mai 1642 associé à des relations très particulières avec la Chine (qu’elle fût impériale ou communiste).

L’ancien candidat à l’élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, alors qu’il était encore militant du PS, avait même rédigé sur son blog deux articles particulièrement incendiaires contre la théocratie tibétaine les 1er mars 2008 et 24 avril 2008, en prélude des jeux olympiques de Pékin (alors que le magazine "Time" a classé le dalaï-lama premier des personnalités les plus influentes au monde en 2008) : « Il faudrait accepter de parler de "génocide" pour désigner une population tibétaine qui a plus que doublé depuis les années cinquante ! Il faudrait s’incliner devant la prétendue identité religieuse des Tibétains au moment où ces populations entrent dans le processus de déconfessionnalisation que partagent toutes les sociétés en développement. » (etc.).

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Toutefois, Tenzin Gyatso, au contraire de ses prédécesseurs, a voulu moderniser les institutions tibétaines. Ainsi, un Parlement tibétain élu en exil fut créé le 2 septembre 1960 (depuis, quinze élections législatives ont eu lieu, la dernière a eu lieu le 20 mars 2011) et une Constitution promulguée le 10 mars 1963 (reprenant la Déclaration universelle des droits de l’Homme) : « [Depuis 360 ans], nous les Tibétains avons maintenu notre culture de non-violence et de compassion. Étant donnée la situation internationale et nos propres conditions, nous avons greffé en exil les valeurs de démocratie et de modernité à notre système traditionnel. C’est, bien sûr, un motif de fierté et de joie pour nous. Nous avons maintenant besoin de faire des efforts pour réaliser un système démocratique autonome au Tibet. » (22 mars 2002).

Le 20 août 2001, le Premier Ministre tibétain en exil a été élu pour la première fois au suffrage universel direct. Samdhong Rinpoché fut réélu le 1er juillet 2006. Enfin, le 10 mars 2011 à Dharamsala, le dalaï-lama lui-même a annoncé qu’il renonçait à sa fonction politique pour prendre sa retraite, laissant entendre que l’institution des dalaï-lamas était elle-même anachronique : « Dès les années 1960, je n’ai eu de cesse de répéter que les Tibétains avaient besoin d’un dirigeant, élu librement par le peuple tibétain, à qui je pourrai transmettre le pouvoir. Aujourd’hui, j’ai clairement atteint le moment pour mettre ceci en application. ».

À l’époque de cette annonce, le sinologue Jean-Philippe Béja avait constaté : « Le dalaï-lama prouve officiellement que le gouvernement tibétain en exil n’est pas le simple héritier du système féodal et archaïque que dépeint la Chine pour justifier son emprise sur cette région. En comparaison, le Tibet en exil est ainsi bien plus en avance d’un point de vue démocratique. » ("Le Monde" du 10 mars 2011). Avec un bémol de taille, en raison de l’exil, c’est que seuls les 150 000 Tibétains en exil peuvent voter, sans les 6 millions habitants au Tibet sous la domination chinoise.

Élu le 20 mars 2011 avec 55,0% des voix, proclamé le 27 avril 2011 et en fonction depuis le 8 août 2011, le nouveau Premier Ministre Lobsang Sangay représente désormais le pouvoir exécutif des Tibétains en exil et fait figure du successeur temporel du dalaï-lama (né en 1968, il ne s’est jamais rendu au Tibet).

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D‘un sourire inaltérable, Tenzin Gyatso a désormais préparé son héritage politique. Refusant de lutter frontalement avec le pouvoir communiste, il garde l’espoir d’une résolution pacifique du problème tibétain, même si les démocraties le soutiennent très peu en raison des pressions diplomatiques et économiques de la Chine populaire. Hommage ici lui soit rendu pour ses 80 ans, son courage, ses appels permanents à la non-violence, qu’il puisse continuer à symboliser ce qu’il y a de plus cher à l’humain, la liberté dans la paix.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (6 juillet 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le 14e dalaï-lama.
Répression chinoise.
Chine, de l’émergence à l’émargement.
Bilan du décennat Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du pcc.
Qui dirige la Chine populaire ?
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
La justice chinoise.
Nelson Mandela.
Le pape François.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.

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4 juin 2014 3 04 /06 /juin /2014 07:03

Hommage aux combattants de la liberté. Après sept semaines de manifestations pacifiques au plein cœur du pouvoir, le Printemps de Pékin a fini dans la répression sanglante. Retour sur un épisode peu glorieux de l’histoire du monde.


yartiTianAnmen01De nombreux internautes chinois évoquent sur le web le 35 mai, faute de pouvoir parler du 4 juin 1989, pour contourner les "mesures d’harmonisation". Les autorités chinoises censurent en effet dans les médias traditionnels, sur Internet et dans les réseaux sociaux tout ce qui pourrait rappeler, en chiffres et en lettres, le triste souvenir du massacre de la place Tiananmen, à Pékin, qui a eu lieu il y a exactement vingt-cinq ans… le lendemain de la mort de l’éprouvant ayatollah Rouhollah Khomeyni, Guide de la Révolution de la République islamique d’Iran depuis le 3 décembre 1979.

Mais pire que la censure, les arrestations et les emprisonnements : des Chinois sont encore en prison seulement pour avoir évoqué publiquement ce massacre, ou même en discussion privée. La Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’Homme Navi Pillay a demandé leur libération ce mardi 3 juin 2014 : « J’exhorte les autorités chinoises à relâcher immédiatement les personnes détenues pour avoir exercé leur droit à la liberté d’expression. ».

Le pire, c’est qu’il y a toujours pas eu de bilan réel du nombre de victimes de la répression qui a eu lieu dans la nuit du 3 au 4 juin 1989 et les jours qui ont suivi pour faire évacuer la place principale de la République populaire de Chine, plusieurs centaines voire plusieurs milliers de morts, si l’on en juge par les témoignages de ceux qui ont soigné, secouru, aidé les victimes. Navi Pillay a rappelé : « De nombreuses familles de victimes attendent toujours une explication sur ce qui est arrivé à leurs proches. ».

Dans son communiqué, Navi Pillay voudrait que le pouvoir actuel tourne définitivement la page en faisant tous les éclaircissements sur le massacre : « Il est dans l’intérêt de tous d’établir les faits entourant [les événements] de la place Tiananmen de manière définitive. La Chine a connu de nombreux progrès ces vingt-cinq dernières années, en particulier dans le domaine des droits économiques et sociaux, ainsi que des réformes juridiques. Apprendre des événements passés n’amoindrira pas les progrès des vingt-cinq dernières années, mais montrera le chemin parcouru par la Chine pour garantir que les droits de l’Homme sont respectés et protégés. ».

Tout a commencé par la mort de Hu Yaobang le 15 avril 1989.

Au milieu des années 1980, après les réformes économiques, les intellectuels chinois avaient soif de liberté et de démocratie. Professeurs des universités, étudiants, etc. regardaient l’expérience russe avec beaucoup d’attention en souhaitant la Glasnost et la Perestroïka également pour la Chine. Le maître de la Chine, Deng Xiaoping (1904-1997), était plutôt favorable aux réformes tant économiques que politiques mais devaient également ménager ses rivaux conservateurs, notamment Chen Yun (1905-1995) et Yang Shangkun (1907-1998), Président de la République à partir du 8 avril 1988.

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Cependant les manifestations étudiantes de 1986 et 1987 ont redonné plus de poids aux conservateurs au sein du bureau politique, et Deng Xiaoping a ainsi fait quelques concessions en laissant la tête du gouvernement à Li Peng (85 ans), un proche de Chen Yun, nommé Premier Ministre le 27 novembre 1987 (confirmé le 25 mars 1988) à la place de Zhao Ziyang (1919-2005), un réformiste proche de Deng Xiaoping. Zhao Ziyang fut Premier Ministre du 10 septembre 1980 au 24 novembre 1987, et en quittant le gouvernement, il a pris la succession de Hu Yaobang (1915-1989) comme Secrétaire Général du Parti communiste chinois (il le fut du 16 janvier 1987 au 24 juin 1989 officiellement).

Lui aussi considéré comme réformiste, Hu Yaobang était alors à la tête du parti depuis le 28 juin 1980 et il avait vu d’un œil favorable les manifestations d’étudiants de fin 1986 qui réclamaient plus de démocratie, ce qui a abouti à son limogeage le 16 janvier 1987.

Zhao Ziyang, Hu Yaobang et leur prédécesseur, Hua Guofeng (1921-2008), Secrétaire Général du parti du 7 octobre 1976 au 28 juin 1981 et Premier Ministre du 4 février 1976 au 10 septembre 1980, successeur de Zhou Enlai (1898-1976), étaient des proches de Deng Xiaoping qui ont gouverné la Chine pour lui par procuration après la mort de Mao Tsé-Toung (1893-1976).

Hu Yaobang était très populaire, parce qu’il avait réhabilité les dirigeants communistes qui avaient été éliminés par Mao (en particulier Chen Yun et Bo Yibo) ainsi que de nombreuses victimes et détenus de la Révolution culturelle. Il est mort des suites d’une crise cardiaque le 15 avril 1989.

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La nouvelle a terriblement ému le pays parce que Hu Yaobang était le symbole des réformes et également de leur arrêt après son éviction du pouvoir deux ans auparavant. Dès l’annonce de sa disparition, des manifestations spontanées ont eu lieu un peu partout et tous les jours qui ont suivi. Les autorités ont organisé des funérailles nationales le 22 avril en raison de la forte émotion suscitée. La veille, la place Tiananmen a été bouclée pour éviter l’arrivée de centaine de milliers de manifestants qui réclamaient plus de démocratie de manière pacifique, mais cinquante mille personnes avaient quand même bravé l’interdiction.

Fin avril, les manifestants furent de plus en plus nombreux. À partir du 13 mai, un millier de manifestants firent la grève de la faim et furent soutenus par la population. Parmi ces grévistes, Liu Xiaobo (33 ans à l’époque), détenu après la répression de Tiananmen et encore depuis décembre 2008, condamné à la détention jusqu’en 2020 pour ses activités politiques, lauréat le 8 octobre 2010 du Prix Nobel de la Paix. Le 15 mai 1989, la première visite officielle de Mikhaïl Gorbatchev, maître de l’Union Soviétique, à Pékin entraîna une accélération du mouvement pour profiter de la présence de nombreux journalistes étrangers.

Du côté du pouvoir, l’incertitude régnait. Deux lignes s’affrontaient, celle des réformistes avec Zhao Ziyang et celle des "durs" avec Li Peng, partisan de la répression. Le gouvernement a mis très longtemps à réagir, plus d’un mois.

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Ce ne fut que le 18 mai que le Premier Ministre Li Peng discuta avec des leaders du mouvement, en particulier Wan Dan (20 ans à l’époque) et Wuer Kaixi (21 ans à l’époque). Ce dernier interpella Li Peng devant les caméras : « Je comprends que c’est assez difficile de vous interrompre, Monsieur le Premier Ministre, mais il y a des personnes assises ici sur la place, et qui ont faim, pendant que nous échangeons ici des civilités. Nous sommes juste là pour discuter de problèmes concrets, Monsieur. (…) Monsieur, vous prétendez être arrivé ici en retard [en raison d’embouteillages]. Nous demandons à vous rencontrer depuis le 22 avril. Vous n’êtes pas juste en retard, vous êtes arrivés trop tard. Mais c’est bien. C’est bien que vous ayez pu venir ici tout de même ! ».

Les manifestants réclamaient plus de libertés mais aussi une lutte contre la corruption et des prix moins élevés pour la nourriture. La ligne réformiste du parti chercha à convaincre les manifestants de quitter la place pour éviter toute violence. Cependant, le désordre et l’illisibilité des revendications et du leadership rendaient toute négociation très difficile. Il y avait des manifestations dans plus de quatre cents villes. Le 27 mai, le quart de la population de Hong Kong avait défilé dans les rues.

Le camp de la ligne "dure", autour de Li Peng et de Yang Shangkun, a réussi à convaincre Deng Xiaoping que ce désordre allait mettre à mal le développement économique du pays. Le camp réformiste de Zhao Ziyang a cru néanmoins trouver une voie pacifique au conflit par une solution négociée.

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Accompagné de Li Peng, Zhao Ziyang s’est rendu auprès des manifestants le 19 mai, le lendemain de l’interpellation de Wuer Kaixi, pour reprendre ses mots : « Étudiants, nous arrivons trop tard. Nous en sommes désolés. Vous parlez de nous, vous nous critiquez, c’est légitime. Je ne viens pas ici pour vous demander de nous pardonner. Ce que je veux vous dire, c’est que certains de vos camarades sont déjà très faibles, après sept jours de grève de la faim, et qu’ils ne peuvent continuer ainsi. (…) Ils sont en danger, et le plus important, aujourd’hui, c’est que vous consentiez à mettre fin rapidement à la grève de la faim. Je sais que vous observez cette grève pour que le parti et le gouvernement donnent une réponse satisfaisante aux questions que vous leur avez adressées, mais il me semble que le dialogue entre nous est déjà amorcé, et que certaines de vos questions ne pourront être résolues que par un long processus. (…) Vous êtes encore jeunes, avez de nombreux jours devant vous, vous devez vivre en bonne santé (…). Vous n’êtes pas comme nous, qui sommes déjà vieux, et pour qui cela n’a plus d’importance. (…) Vous avez dix-neuf, vingt ans, et vous voulez, comme ça, sacrifier vos vies ? Étudiants, soyez un peu raisonnables. La situation actuelle est déjà très grave, vous le savez, le parti et l’État sont très inquiets, toute la société est en plein désarroi. (…) Cette situation ne peut durer. Étudiants, vous êtes plein de bonnes intentions, vous voulez le bien de votre pays, mais si cette situation s’étend, si on en perd le contrôle, cela aura toute sorte de conséquences néfastes. (…) Vous êtes plein d’énergie, car vous êtes jeunes. Mais nous aussi avons été jeunes, nous avons manifesté, nous nous sommes couchés au travers des routes, sans réfléchir du tout aux conséquences. Finalement, je vous en supplie sincèrement, étudiants, de réfléchir calmement à la suite. Beaucoup de choses peuvent être résolues. Et j’espère que vous mettrez un terme à la grève de la faim. ».

Les déclarations bienveillantes du chef du parti ont eu un effet salutaire : beaucoup d’étudiants étaient prêts à arrêter la grève de la faim et même à évacuer la place Tiananmen.

Mais Deng Xiaoping a refusé cette voie pacifique et, en tant que Président de la Commission militaire centrale, sa seule fonction officielle qui lui permettait de contrôler l’armée, signa le soir même le décret qui instaura la loi martiale, après avoir limogé plusieurs généraux hostiles à cette décision.

Toujours le même jour, Zhao Ziyang fut évincé du pouvoir et mis en résidence surveillée jusqu’à sa mort. Dans la nuit, l’armée chargée de la défense de Pékin se mobilisa autour de la ville, mais les étudiants dressèrent des barricades. Le 20 mai, l’armée recula face aux étudiants soutenus par la population.

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Les militaires chinois semblaient très partagés sur l’idée d’agir ou pas contre les manifestants. Le pouvoir envoya d’autres corps d’armée en renfort, certains éloignés pour éviter que les soldats sympathisassent avec les étudiants. Le 3 juin au matin, la population est venue soutenir les manifestants pour s’opposer aux chars qui entrèrent.

L’armée a investi la place Tiananmen vers une heure du matin le 4 juin 1989. Elle aurait eu pour consigne de ne pas ouvrir le feu mais de faire évacuer sans faute la place avant six heures du matin. Les soldats ont tiré sur les manifestants pour avancer. Les chars ont pénétré sur la place, parfois en écrasant des manifestants. Des étudiants ont crié : « Pourquoi nous tuez-vous ? ».

La place Tiananmen fut définitivement évacuée peu avant six heures du matin le 4 juin. Dans les jours qui ont suivi, quelques combats ont eu lieu à Pékin, des soldats ont tué certains étudiants qui cherchèrent à regagner la place. Dans tout le pays, des centaines voire des milliers de personnes furent tuées par l’armée, et une purge fut décidée pour supprimer tout germe de contestation, dans le parti, dans les médias, dans les universités, etc.

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La très célèbre photographie, prise par Jeff Widener de l’Associated Press, de l’homme anonyme ("Tank Man") qui arrêta une colonne de blindés fut prise le 5 juin 1989 sur l’avenue Dongchanganjie. Alors que le char cherchait à l’éviter en le contournant, l’homme se mit dans sa trajectoire, puis monta sur la tourelle pour discuter avec le conducteur, en redescendit et se remit devant le char jusqu’à ce qu’un groupe l’a éloigné des chars. Il n’y a eu ensuite plus aucune nouvelle de cet homme, certains disant qu’il a été aidé pour s’enfuir, d’autres qu’il a été enlevé et assassiné par des policiers habillés en civil.

Dans tout le pays, la répression fut très dure, bien plus que place Tiananmen où étaient présents en majorité des étudiants que le pouvoir voulait ménager, et le bilan du massacre est très difficile à évaluer au niveau national, entre les 241 morts officiellement reconnus par le gouvernement chinois et près de 10 000 morts (y compris des soldats) que certains experts ont estimés. Près de trente mille arrestations auraient eu lieu, mais là aussi, les statistiques sont floues et incertaines.

Dès le 15 juin 1989, les premières condamnations à mort furent prononcées, et le 20 juin 1989, les premières exécutions officielles eurent lieu.

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Li Peng et Yang Shangkun ont donc gagné le bras de fer face aux réformistes du parti. Li Peng resta Premier Ministre jusqu’au 17 mars 1998 après deux mandats. Yang Shangkun laissa la Présidence de la République, le 27 mars 1993, après un seul mandat (en raison de son âge, 85 ans), à celui qui, à la suite du massacre de Tiananmen, est devenu le nouvel homme fort de la Chine populaire pendant les quinze années suivantes, à savoir : Jiang Zemin (87 ans aujourd’hui), maire de Shanghai (1985-1989) partisan de la répression, désigné Secrétaire Général du parti du 24 juin 1989 au 15 novembre 2002, et Président de la République du 27 mars 1993 au 15 mars 2003, mais qui resta à la tête de la Commission militaire centrale jusqu’au 19 septembre 2004.

Le même jour que ce massacre du 4 juin 1989, les électeurs polonais étaient consultés pour le premier tour des élections législatives. Pour la première fois, des partis "non officiels" pouvaient participer à la compétition, et malgré un scrutin particulièrement favorable aux communistes au pouvoir (POUP), le syndicat Solidarnosc avait remporté une écrasante victoire en gagnant dès le premier tour 160 sièges des 161 réservés aux partis "non officiels", avec un soutien généralement de 60 à 80% des électeurs (mais pouvant même atteindre 90%). La coalition communiste au pouvoir avait subi une sévère défaite au point de n’obtenir aucun siège au Sénat. Les négociations après le second tour du 18 juin 1989 ont ensuite abouti à la formation du premier gouvernement non communiste dans un pays satellite de l’Union Soviétique, quelques mois avant la chute du mur de Berlin et la dislocation, deux ans plus tard, de cette même URSS.

La Chine populaire avait préféré la répression à la démocratie, et vingt-cinq années plus tard, nul Polonais ne regrette le choix inverse. Même le Général Jaruzelski qui est mort le jour des élections européennes, organisées pour la troisième fois en Pologne, avait regretté d’avoir cru …au communisme. Le gouvernement chinois avait justifié la répression sanglante de Tiananmen pour …sauver le communisme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 juin 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Chine, de l'émergence à l'émargement.
Bilan du décennat de Hu Jintao (2002-2012).
Xi Jinping, Président de la République populaire de Chine.
Xi Jinping, chef du parti.
La Chine me fascine.
La Chine et le Tibet.
Les J.O. de Pékin.
Qui dirige la Chine populaire ?
La justice chinoise.

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http://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/tiananmen-le-massacre-du-35-mai-152873

 

 

 

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28 mars 2014 5 28 /03 /mars /2014 07:15

Désigné à la tête de la Chine populaire il y a une quinzaine de mois, le Président chinois Xi Jinping termine sa visite d’État en France. Après avoir atterri à Lyon le 25 mars 2014, il était au château de Versailles dans la soirée du jeudi 27 mars 2014 pour un dîner avec François Hollande qui s’était rendu à Pékin les 25 et 26 avril 2013.



yartiXi01Ah… je sens que l’antisinisme va bientôt devenir à la mode. Ou la sinophobie ? Malheureusement. La germanophobie est un peu dépassée depuis De Gaulle et Adenauer. La polonophobie aussi : en France, on prend tous les plombiers qui se présentent chez soi, polonais ou pas (c’est si rare !). L’islamophobie qui est à prendre pour de l’arabophobie, on va vite voir que ça va être dépassé : l’Iran, l’Arabie saoudite… ? Mais c’est la même culture que l’Europe judéo-chrétienne : une culture monothéiste, berceau des civilisations.

Car maintenant, le nouveau bouc émissaire, cela va être "le" Chinois. Pas le paysan ni le travailleur chinois exploité. Mais le manager chinois, le nouveau riche chinois (on n’ose pas dire le gouvernement chinois car on a aussi des produits à lui vendre, pas seulement à lui acheter, pour 18 milliards d’euros de contrats le 26 mars 2014).

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Et dans les propos de comptoir, on peut déjà entendre certains parler (sans les connaître) des Chinois, des "méchants" qui délocalisent les emplois et retirent le beurre des épinards. Chômage, pauvreté, crise financière etc. sont les conséquences de ces "méchants" capitalistes communistes dont il serait bien difficile de définir exactement l’idéologie.

En clair, ce sont des capitalistes économiques et industriels (Deng Xiaoping avait conseillé à ses compatriotes de s’enrichir, quand même) mais aussi des collectivistes sur le plan intérieur, on va dire, sur le plan politique, c’est-à-dire que l’argent qu’ils gagnent, ils ne le redistribuent pas, ils le réinvestissent. Le marché chinois reste encore inexistant et la classe moyenne tarde à émerger.

Cette peur de la Chine va aller grandissante. La Chine est si loin que cela évitera les polémiques un peu contreproductives (électoralement) sur l’islamophilie/islamophobie et cela évitera tout problème ou toute référence avec l’Occupation et les camps.

Pourtant, il suffit de regarder l’étiquette d’un vêtement (ou sous-vêtement) que l’on porte ou d’un jouet que l’on offre à Noël pour être d’une grande mauvaise foi à la limite de la schizophrénie : si on veut "combattre" (économiquement) la Chine, la première chose à faire, c’est déjà de ne pas acheter chinois.

Car la Chine produit à bas prix. Faible coût de main d’œuvre, et finalement, elle permet d’exporter de chez elle beaucoup de produits dont ne disposeraient pas les consommateurs (que j’ajouterais "occidentaux" sans savoir ce que cela signifie vraiment) en raison de leur niveau de vie : le bas prix, c’est la gloire à la classe moyenne. C’est renforcer la classe moyenne. Justement ce que les Chinois se refusent encore chez eux.

Certes, les salaires en Chine augmentent de 30% chaque année et les entreprises chinoises commencent à délocaliser leur main d’œuvre au Vietnam, au Laos ou encore en Afrique.

Reprenons le cursus depuis une vingtaine d’années. Les Chinois produisent à bon marché. Donc, les usines s’installent en Chine. En Europe (entre autres), les usines ferment pour réapparaître en Chine. C’est moins cher. On délocalise à tout va. C’était le thème de la campagne présidentielle de 2012, initié par François Bayrou et repris par ses deux principaux concurrents au point que le vainqueur a créé tout spécialement un "Ministère du Redressement productif".

Pourtant, l’économie allemande se porte bien. Pourtant, certaines entreprises françaises qui ont délocalisé reviennent en France car les contrôles qualité sont médiocres et la délocalisation leur coûte finalement plus cher.

Parenthèse : attention cependant aux mauvaises conclusions, très populistes, de certains démagogues. Un rapport de 2006 concluait qu’avec la mondialisation, la France a plus gagné en emplois que perdu. Mais ce ne sont pas les mêmes emplois. Reste à savoir si en 2014, le bénéfice est dans le même sens.

Je reviens au processus : la Chine récupère toute la production mondiale, ou quasiment (les statistiques sont éloquentes…). La balance du commerce extérieur est endiablée (même si la crise s’est fait sentir au début des années 2010). Par conséquent, elle s’enrichit. Et elle investit.

Parallèlement, donc, des États comme la France s’appauvrissent ; chômage, précarité sociale, etc. si bien que les déficits publics croissent (et continuent de croître malgré les promesses gouvernementales) par un effet doublement mécanique : plus de prestations sociales à financer (indemnisation du chômage), moins de recettes fiscales et moins de cotisations sociales à encaisser.

Qui dit déficits publics dit dette publique. En France, on doit en être à environ 30 000 euros par personne, y compris les bébés. Proche des 2 000 milliards d’euros ! Et qui dit dettes dit intérêts à payer. Chaque année, c’est l’équivalent de l’impôt sur le revenu. Le premier poste budgétaire ! En gros (très gros),200 milliards d’euros par an. Je n’insisterais jamais trop en rappelant que c’était le candidat François Bayrou qui, dès la campagne présidentielle de 2002, avait mis en garde sur l’enjeu prioritaire de la dette publique.

Et encore, la France a été beaucoup aidée par l’euro fort. Elle n’a jamais eu des taux aussi bas pour emprunter que maintenant (certains taux sont même négatifs !), malgré la baisse de la note de solvabilité par les agences de notation.

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Mais en Grèce, en Irlande, au Portugal, ces taux sont montés car la confiance en ces États s’est effondrée. C’est un peu logique d’ailleurs pour la Grèce. Le gouvernement d’avant 2010 avait fourni de fausses statistiques, bref, avait menti sur l’état réel de ses finances. Cela a rompu l’équilibre de l’euro, plongeant la zone euro dans une crise de plusieurs années.

Pour faire le parallèle avec la vie d’un particulier, il suffit d’imaginer que l’on aille mentir à son banquier en falsifiant son bulletin de paie (un zéro de plus, par exemple) pour obtenir un nouveau prêt. D’imaginer ensuite la réaction dudit banquier lorsqu’il s’apercevrait de la supercherie. À la différence près qu’il n’y a pas de tribunal international pour régler ce différent : ceux qui ont prêté, ils l’ont fait par confiance. Mais il ne fallait pas faire confiance ! Le risque se monnaie.

C’est tout le problème actuel, depuis cinq ans, de la Grèce, de l’Irlande, du Portugal et de l’Espagne. L’histoire est grave car c’est un jeu de dominos. Si l’Italie est atteinte, le suivant serait très certainement la France.

Bref, la situation est assez inquiétante.

À tel point que pour la France, le gouvernement français devra rendre des comptes à Bruxelles sur sa situation budgétaire. L’objectif des 3% du PIB de déficit public ne sera probablement pas atteint à la fin du quinquennat alors que pendant la campagne, il était question de …0% !

Depuis cinq ans, c’est alors qu’il y a cette petite musique d’Henri Salvador :
« Eh eh, Zorro est arrivé !
Sans s’presser.
Le grand Zorro, le beau Zorro,
Avec son ch’val et son grand chapeau. »

C’est vrai que pour le coup, le Zorro-là a plutôt son chapeau un peu pointu !

Car la Chine a proposé, la première semaine de janvier 2011, d’acheter une partie de la dette espagnole. Elle a déjà prévu d’acheter de la dette grecque et portugaise. C’est le Vice-Premier Ministre (en 2011) Li Keqiang (devenu le 15 mars 2013 Premier Ministre) qui l’a déclaré dans une tribune à "El Pais" : « Nous allons acheter davantage d’obligations espagnoles en fonction des conditions du marché. ».

La Chine est donc arrivée en sauveur des finances publiques européennes. Après tout, ce n’est que justice puisqu’elle en était jusqu’alors un peu le fossoyeur. La Chine a tout intérêt à garder intact le pouvoir d’achat de ses clients. Moralement, c’est le cercle qui se referme. Qui assume.

En début 2011, elle contrôlerait 7,3% de la dette publique totale des pays de la zone euro. Ce qui fait qu’elle posséderait selon certains spécialistes autant d’emprunts d’État européens que d’obligations d’État américaines.

Parlant d’indépendance et de souveraineté, l’économiste Antoine Brunet pose alors une bonne question : « Les Européens feraient bien de se demander quelle est la part de leur train de vie qui est financée par la Chine. ».

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Les Chinois sont devenus les plus grands créanciers de la Terre : une réserve de presque 3 000 milliards de dollars en devises dont un quart depuis 2008. Ils achètent des obligations d’État mais aussi des entreprises privées, des hôtels, des cliniques, des monuments historiques, des tableaux, des châteaux, des infrastructures (aéroports, ports) etc.

Fin octobre 2010, le Trésor américain a évalué à 907 milliards de dollars le stock de dettes publiques américaines détenues par la Chine. Et en avril 2010, le "Financial Times" a estimé à 630 milliards d’euros le stock chinois des dettes publiques de la zone euro. En tout, les experts évaluent à 40% la part en 2011 des réserves de change mondiales de la banque centrale de Chine.

La Chine représente maintenant 15% de l’économie mondiale et a conquis la deuxième place devant le Japon. D’ici 2020, il est fort probable que la Chine reprenne la première place. Une place qu’elle occupait il y a deux siècles.

Le Japon commence à s’allier avec sa rivale, la Corée du Sud, pour affronter leur géante voisine.

Le prix des logements s’est enflammé en Chine en 2010 : +37,1% à Pékin, +47,1% à Hangzhou, +37,9% à Chongqing, des données qui n’ont rien à voir avec les prix publiés par le gouvernement qui préfère minimiser ce phénomène de bulle spéculative (son éclatement ferait autant de dégâts que les subprimes américaines).

La Chine est déjà beaucoup plus présente en Afrique depuis quelques années que l’Europe en cinquante ans.

"L’Art de la guerre" de Suntzuii enseigne ce que la Chine aujourd’hui pratique efficacement : « L’excellence ultime ne consiste pas à gagner une bataille mais à défaire l’ennemi sans livrer combat. ».

C’est Lénine qui disait : « Les capitalistes sont tellement bêtes qu’ils finiront par nous vendre la corde pour les pendre. ». Maintenant, la Chine fabrique la corde. Et le pendu bouge encore…

Épilogue : s’il faut être lucide avec la réalité économique mondiale, il ne faut pas non plus paniquer. La Chine fait partie d’un tout et sans client, il n’y a plus d’avenir pour le producteur. Les affaires devraient faire progresser la paix : c’est ce qui a été fait depuis près d’un siècle avec le développement économique des États-Unis. Il est fort probable que cela continue sous la houlette désormais de la Chine. Et pourquoi pas ?


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