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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 03:04

« Viens m’aider à aider ! »


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Il y a eu, en France, 454 personnes sans domicile fixe qui sont mortes dans la rue en 2016. C'est un scandale... À Paris, le 22 janvier 2007, il y a dix ans, Henri Grouès est mort à 94 ans. Il était plus connu sous un autre nom, l’abbé Pierre. Personnalité préférée des Français pendant une vingtaine d’années à la fin du siècle dernier, il représentait toute la complexité française, à la fois anticléricale et portant aux nues un homme d’église, à la fois grincheuse et généreuse. Ce n’est pas un hasard si l’abbé Pierre avait été rejoint par une personnalité très différente de lui mais qui avait compris que l’urgent était d’aider les plus pauvres, ceux qui n’avaient plus de domicile, plus assez de quoi vivre, de quoi se loger, de quoi se nourrir : Coluche, créateur des Restos du cœur, lui-même auteur d’un appel radiophonique, le 26 septembre 1985.

Roland Barthes l’avait comparé en 1957 à saint François d’Assise. La nouvelle de sa disparition en début de la campagne présidentielle de 2007 avait provoqué une véritable surenchère d’hommages. Ils étaient mérités et avec le recul du temps, l’abbé Pierre, là où il est, peut franchement être heureux de ne pas avoir été inutile durant sa longue existence. Ses combats contre la pauvreté ont été repris par d’autres, moins connus, plus anonymes, mais tout aussi efficaces.

Certes, on pourra dire que ces combats de charité, issus d’initiatives collectives mais privées, sont nécessaires en raison d’une véritable carence des pouvoirs publics. La vague de froid qui s’est "abattue" sur la France la semaine qui vient de passer, pas si exceptionnelle si l’on songe qu’en hiver, c’est "normal" qu’il fasse froid, a montré l’extrême précarité de milliers de personnes qui passent les nuits glaciales hors d’une chambre, hors d’un endroit chauffé.

On peut encore mourir de froid en France en 2017 et ce fait est insupportable. Lorsqu’elle était Ministre du Logement, il y a un peu moins de dix ans, Christine Boutin avait d’ailleurs posé la question : faut-il obliger ceux qui n’ont pas d’abri à être abrités, au risque de les forcer contre leur volonté, ou faut-il préserver leur liberté lorsqu’ils ne veulent pas bénéficier de place dans un centre d’accueil, quand il y en a ? Il n’y a pas de réponse satisfaisante mais pour pouvoir se poser la question, il faut d’abord qu’il y ait suffisamment de places pour tous ceux qui dorment dehors, et je crois malheureusement qu’on est encore loin du compte.

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Certains ont même la mauvaise foi d’accuser l’arrivée des réfugiés (pas si massive que cela en France), pour lesquels on trouve miraculeusement des centres d’accueil, au détriment des "pauvres" bien français. La préférence nationale en matière de lutte contre la pauvreté est d’ailleurs une fumisterie totale : il faut sauver toute personne en danger, quelle qu’elle soit, et personne ne s’aviserait à demander la carte d’identité à une personne tombée à l’eau et qui risquerait de se noyer. En hiver 1954, quand l’abbé Pierre avait tant bousculé les consciences après son appel radiophonique, il n’y avait pas autant d’immigration, pas de réfugiés, et pourtant, il y avait la pauvreté dans les villes.

Résistant dans le Vercors, député MRP de Nancy à 33 ans, de 1945 à 1951, l’abbé Pierre était avant tout un engagé dans l’humanité et dans l’humilité, pour ne pas dire un enragé de la vie. Sa principale initiative fut la création en novembre 1949 à Neuilly-Plaisance du Mouvement Emmaüs, du nom d’un village palestinien proche de Jérusalem, évoqué dans l’Évangile selon saint Luc (chapitre 24, versets 13 à 35). Grâce à son indemnité parlementaire, il avait réussi à acquérir une maison pour accueillir des exclus et des personnes en attente de reconstruction personnelle.

L’idée de ce mouvement (« une espèce de carburant social à base de récupération d’hommes broyés » selon la belle formule d’Albine Novarino), c’est de faire venir des personnes qui ont tout perdu et de les amener à en aider d’autres, qui ont aussi tout perdu. Aider à aider : « Je ne peux pas t’aider, je n’ai rien à te donner. Mais toi, tu peux m’aider à aider les autres. ». Passer du statut du rescapé à celui du sauveur, c’est se rendre utile, c’est être reconnu dans sa dignité humaine. C’est aussi hyper-volontariste, c’est croire que le monde ne peut changer que si l’on décide de le changer soi-même. C’est avec cette même philosophique que le père Guy Gilbert a aussi agi de son côté.

Pour financer leurs activités, notamment la construction de logements, toutes ces personnes d’Emmaüs font de la récupération d’objets d’occasion, des meubles, des vêtements, des livres, des jouets, toutes sortes d’objets, pour les revendre dans des centres Emmaüs. Il y a beaucoup dans la région parisienne (j’ai pu visiter celui des Ulis ou de Bougival, l’un des plus gros).

Le candidat LR François Fillon a même visité un centre Emmaüs le 3 janvier 2017 dans le 19e arrondissement de Paris, parce qu’il sait que la lutte contre la pauvreté est un élément majeur pour un candidat qui souhaite prôner l’intérêt général et que le système actuel engendre bien trop de précarité et de pauvreté pour accepter de ne rien faire.

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Aujourd’hui, une quarantaine de pays accueillent des communautés Emmaüs sur ce principe, faisant travailler cinq mille compagnons dans le monde. Grâce à l’abbé Pierre, ces communautés lui survivent.

Ce fut lors d’un naufrage sur le Rio de la Plata, entre l’Argentine et l’Uruguay, le 11 juillet 1963, qu’il a pris conscience que sa personne était le seul lien entre les communautés dans le monde. Il avait alors échappé à la mort : « Cette mort manquée a été dans ma vie personnelle sûrement un moment comparable en importance à celui de l’entrée chez les capucins et à celui des nuits de mendicité (…). Mais ce fut aussi le déclenchement d’un tournant majeur dans l’histoire, l’avenir du mouvement Emmaüs. ». Il a donc travaillé plusieurs années pour créer Emmaüs International pour qu’il ne fût plus indispensable à la continuation de ce grand élan. C’est cette organisation d’ailleurs qui est le légataire universel de l’abbé Pierre. Quelques années avant ce naufrage, il avait été rescapé en Inde de l’atterrissage en urgence de son avion au moteur en panne.

Refusant honneurs et responsabilités hiérarchiques au sein de l’Église catholique et préservant sa liberté de parole, l’abbé Pierre a rencontré personnellement, durant sa longue existence, des personnages historiques exceptionnels, en particulier De Gaulle en 1944 à Alger, le père Pierre Teilhard de Chardin en 1945 chez lui, Albert Einstein en 1948 à l’Université de Princeton, Dwight Einsenhower en 1955 à la Maison-Blanche, Indira Gandhi en 1956 et 1971, et évidemment plusieurs papes (notamment Jean XXIII et Jean-Paul II) et de nombreuses personnalités politiques françaises (dont Jacques Chirac).

Merci à l’abbé Pierre, visionnaire, volontaire, déplaceur de montagnes, dont l’appel du 1er février 1954 n’a hélas toujours pas vieilli : « Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée… Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent ! (…) Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couverture, paille, soupe (…) [avec] ces simples mots : "Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici, on t’aime !" ».

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Et de rajouter : « La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. ».

Que le souvenir de l’abbé Pierre soit encore assez fort pour interpeller en 2017 chaque candidat à l’élection présidentielle sur cette question essentielle de la solidarité ! Une société qui ne vient pas en aide à ses membres les plus fragiles est une société sans âme et sans cœur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Coluche.
Hommage à l'abbé Pierre.
Mère Teresa.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Concile Vatican II.
Jean XXIII.
Paul VI.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Monseigneur Romero.
Sœur Emmanuelle.
Le dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Jean-Marie Lustiger.
Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170122-abbe-pierre.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/l-abbe-pierre-une-existence-188729

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/21/34818943.html


 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 06:09

« Aujourd’hui, je voudrais tous vous inviter à apercevoir aussi dans les yeux et le cœur des réfugiés et des personnes déracinées de force, la lumière de l’espérance. Une espérance qui s’exprime dans l’attente d’un meilleur avenir, dans l’envie de relations d’amitié, dans le désir de participer à la société qui les accueille, également à travers l’apprentissage de la langue, l’accès au travail et à l’instruction pour les plus petits. » (24 mai 2013).


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Le deux cent soixante-cinquième successeur de saint Pierre, selon la chronologie officielle, qui a repris le nom de saint François d’Assise, le pape François, le premier à avoir emprunté ce nom, le premier pape argentin et même sud-américain, fête ce samedi 17 décembre 2016 son 80e anniversaire. Il est aussi le premier pape moderne (l’histoire ancienne en a "fourni" aussi) à diriger l’Église catholique alors que survit encore un ancien pape ("démissionnaire").

Après le pape de la communication politique et le pape intellectuel, François s’est surtout distingué comme le pape simple des humbles. Refusant de vivre dans les appartements pontificaux qui l’éloigneraient et même l’isoleraient de l’humanité, il a préféré très humblement demander aux fidèles, lors de son élection, le 13 mars 2013, de prier pour lui, car sa tâche allait être difficile.

Il ne s’agit pas de la direction d’une vieille et grande institution, même s’il y a des réformes nécessaires que ni Jean-Paul II ni Benoît XVI n’ont eu la force de faire (pas plus que François), mais avant tout du message pastoral : comment être chrétien dans le monde aussi déchristianisé et aussi "marchandisé" (consumériste) que celui d’aujourd’hui ?

Le pape François n’entend pas vraiment apporter de réponse théologique. Il est loin des ouvrages savants et parfois difficilement compréhensibles aux profanes, comme pouvait en écrire Benoît XVI. Il est juste un homme simple, avec un bon sens qu’on aimerait continuer à dire "paysan", sans fioriture, sans fard, avec une authenticité qui fait chaud aux cœurs des personnes en souffrance.

Évidemment, 80 ans, c’est déjà beaucoup. C’est l’âge du début de l’épuisement. Benoît XVI a "renoncé" à 85 ans. François ira sans doute jusqu’à ce que son épuisement lui indiquera d’arrêter, avec plus de facilité que son prédécesseur car il y aura déjà eu un précédent. Il a quand même déjà pris rendez-vous en juillet 2019 à Panama pour les Journées mondiales de la jeunesse.

Son cœur est sans doute jeune, et il le conçoit même un peu naïf sinon candide. Il est hors de tout cynisme politique, celui qui se voile certaines faces pour atteindre certains objectifs plus ou moins avouables. Il donne la parole du vivant dans l’espérance : « Le désespoir est contagieux, mais la joie aussi est contagieuse : ne suivez pas les personnes négatives, mais continuez à faire rayonner autour de vous lumière et espérance ! Et sachez que l’espérance ne déçoit pas, ne déçoit jamais ! » (7 juillet 2014).

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Je propose ici quelques (courts) extraits de certaines déclarations que le pape François a prononcées au début de son pontificat.


Les réfugiés en Europe

Le 8 juillet 2013, ce fut (presque) son premier déplacement (le deuxième en fait), lorsqu’il est allé à Lampedusa. Pour le pape François, la situation des réfugiés est l’un des défis essentiels de l’Europe d’aujourd’hui : « Ces frères et sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix ; ils cherchaient une place meilleure pour eux et leurs familles, mais ils ont trouvé la mort. Combien de gens comme eux ne trouvent ni compréhension, ni accueil, ni solidarité ! Et leurs voix montent jusqu’à Dieu ! ».

Quelques semaines plus tard, le 5 août 2013, il rappelait que la valeur principale, c’était de protéger la personne humaine : « La réalité des migrations, en notre époque de mondialisation, demande à être affrontée et gérée d’une manière nouvelle, équitable et efficace, qui exige avant tout une coopération internationale et un esprit de profonde solidarité et de compassion. La coopération à différents niveaux est importante, avec l’adoption par tous d’instruments normatifs qui protègent et promeuvent la personne humaine. ».

Après être allé sur l’île de Lesbos, le pape François a voulu accueillir le 16 avril 2016 trois familles de réfugiés syriens arrivées sur l’île et les héberger au Vatican : « C’est une goutte d’eau dans la mer, mais après cette goutte, la mer ne sera plus jamais la même ! » (c’était une parole de Mère Teresa). Comment a-t-il choisi ces douze réfugiés musulmans dont six enfants ? Il l’a dit clairement : « Ces trois familles avaient leurs papiers en règle (…). Il y avait deux familles chrétiennes, mais leurs papiers n’étaient pas prêts. » en insistant sur le fait que la religion ne donnait aucun droit à « une dérogation ».

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Ces trois familles ont rejoint deux autres familles de réfugiés qui avaient été accueillies par la paroisse du Vatican, ce qui donne un très fort taux d’accueil des réfugiés pour un petit État de 1 000 habitants (l’équivalent de 10 millions de personnes accueillies pour la population de toute l’Europe !).

Avec Angela Merkel, le pape François est l’un des rares "dirigeants" européens à sauver l’honneur des Européens en défendant les valeurs de l’Europe, ces valeurs chrétiennes que certaines voudraient énoncer sans savoir ce qu’elles signifient vraiment dans le concret, celle de la dignité humaine et celle de l’accueil à ceux qui en ont besoin.


L’éthique et la solidarité

C’est au Vatican le 16 mai 2013 que le pape a évoqué les réflexions éthiques qui devraient être prises en compte dans la manière de gouverner, notamment devant l’ambassadeur du Luxembourg au Vatican : « Tout comme la solidarité, l’éthique dérange ! Elle est considérée comme contre-productive, comme trop humaine car elle relativise l’argent et le pouvoir, comme une menace car elle refuse la manipulation et l’assujettissement de la personne. En effet, l’éthique conduit vers Dieu qui, Lui, se situe en dehors des catégories du marché. Dieu est considéré par ces financiers comme étant incontrôlable (…), dangereux même puisqu’il appelle l’homme à s’accomplir pleinement et à se libérer de toutes les formes d’esclavage. L’éthique, une éthique non idéologique bien sûr, permet, à mon avis, de créer un équilibre et un ordre social plus humain. (…) [L’Église] exhorte les dirigeants des instances financières à prendre en compte l’éthique et la solidarité. ».

Le 16 septembre 2013, il insistait sur l’importance de l’engagement politique : « La politique, selon la doctrine sociale de l’Église, est une des formes les plus élevées de la charité, car elle sert le bien commun. Et on ne peut pas s’en laver les mains : chacun de nous doit faire quelque chose. Mais nous avons tellement pris l’habitude de nous contenter de discuter de ceux qui nous gouvernement et de critiquer leurs actions. ».


La diversité enrichit

Le 30 novembre 2013, François a appelé ses interlocuteurs à ne pas se satisfaire de la pensée ambiante et de s’engager dans leur propre voie : « Il ne faut pas se résigner à la monotonie de la vie quotidienne, mais cultiver des projets d’une vaste portée, aller au-delà de l’ordinaire : ne vous laissez pas voler l’enthousiasme de la jeunesse ! Ce serait une erreur aussi de se laisser emprisonner par la pensée faible et uniforme, celle qui est homologuée, ou bien par une mondialisation entendue comme homogénéisation. Pour dépasser ces risques, le modèle à suivre n’est pas la sphère. Le modèle à suivre dans la véritable mondialisation, qui est bonne, n’est pas la sphère, où tout relief est nivelé et où disparaît toute différence ; c’est au contraire le polyèdre, qui inclut une multiplicité d’éléments et respecte l’unité dans la variété. En défendant l’unité, défendons aussi la diversité. Sinon, cette unité ne serait pas humaine. ».

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Et il a ajouté : « En effet, la pensée est féconde quand elle est l’expression d’un esprit ouvert, qui discerne, toujours éclairé par la vérité, par le bien et par la beauté. Si vous ne vous laissez pas conditionner par l’opinion dominante mais que vous restez fidèles aux principes éthiques et religieux chrétiens, vous trouverez le courage d’aller à contre-courant. Dans un univers mondialisé, vous pourrez contribuer à sauvegarder les particularités et les singularités, tout en cherchent à ne pas abaisser le niveau éthique. ».


Faire la paix

Dans une méditation le 24 janvier 2014, le pape est revenu sur l’importance de dialoguer et de pacifier autour de soi : « L’humilité, la douceur, le fait de se donner tout entier à tous sont les trois éléments fondamentaux du dialogue. Or (…) nous savons tous que pour y parvenir, il faut avaler des couleuvres : la paix est à ce prix ! La paix se fait avec l’humilité (…) en cherchant toujours à voir dans l’autre l’image de Dieu. (…) La bonne attitude à avoir est l’humilité : il est toujours bon de faire des pont, toujours, toujours ! ».

Des ponts et pas des murs : « Pour ouvrir le dialogue, il ne faut pas trop tarder. (…) Il faut amorcer le dialogue tout de suite, car le temps fait élever les murs, comme il fait pousser la mauvaise herbe qui empêche la croissance du bon grain. Et lorsque les murs sont dressés, il est si difficile de se réconcilier, si difficile ! ».


Le dialogue et la communication

Un pape qui parlait d’Internet, cela aurait pu faire bizarre pour son prédécesseur, mais pas pour lui, le 24 janvier 2014, avec les consignes de prudence qu’on donne souvent aux jeunes : « Le désir de connexion numérique peut finir par nous isoler de notre prochain, de nos plus proches voisins. (…) Il ne suffit pas de parcourir les "routes" numériques, c’est-à-dire simplement d’être connecté, il est nécessaire que la connexion s’accompagne d’une rencontre vraie. Nous ne pouvons pas vivre seuls, refermés sur nous-mêmes. Nous avons besoin d’aimer et d’être aimés. Nous avons besoin de tendresse. Ce ne sont pas les stratégies de communication qui en garantissent la beauté, la bonté et la vérité. ».

L’important est donc de communiquer avec authenticité : « Seul, celui qui communique en se mettant soi-même en jeu peut représenter un point de référence. L’implication personnelle est la racine même de sa fiabilité. ».

D’où sa belle définition du dialogue : « Dialoguer signifie être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à ses propositions. Dialoguer signifie renoncer non pas à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues. ».

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Enfin, le pape François a martelé sa détermination à se fondre dans le monde des vivants et pas à s’isoler dans une tour d’ivoire : « Je le répète souvent : entre une Église qui prend des coups parce qu’elle sort dans la rue et une Église malade parce qu’elle reste dans l’autoréférence, je préfère sans aucun doute la première. Les routes sont celles du monde où les gens vivent, où l’on peut les rejoindre effectivement et affectivement. ».


Chaque être humain est précieux et unique

Je terminerai sur ce qui est sans doute l’élément le plus intangible du christianisme. Le 24 novembre 2013, le pape François a évoqué le caractère sacré de la personne humaine : « Au-delà de son apparence, chaque être est infiniment sacré et mérite notre affection et notre dévouement. C’est pourquoi, si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie. ».

Bon anniversaire, très saint Père, et très longue vie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le pape François, une vie d’espérance.
Le pape François aux États-Unis.
Le pape François à Strasbourg.
Discours du pape François devant le Congrès américain le 24 septembre 2015 (texte intégral).
Discours du pape François devant l’Assemblée générale de l’ONU le 25 septembre 2015 (texte intégral).
La peine de mort.
La vie humaine.
Pape Jean-Paul II.
Pape Paul VI.
Pape Jean XXIII.
Pape Benoît XVI.
Concile Vatican II.
La Pologne en 1989.
Anitnazi.
Anticommuniste.
Les réfugiés.
Infaillible ?
La renonciation.
Le Pardon.
La Passion.

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http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-pape-francois-une-vie-d-187470

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 06:36

« Vous voyez, Dieu n’est pas un chrétien ! » (Bruxelles, le 2 juin 2006).


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Ce vendredi 7 octobre 2016, l’archevêque sud-africain (à la retraite) Desmond Tutu fête ses 85 ans. Un âge canonique qui le place dans le rôle de Sage. Ce rôle, en fait, il l’a toujours pris depuis le début de son existence, sans s’empêcher pour autant de dire les choses franchement, avec audace et parfois en se mettant certaines personnes à dos.

Né dans le Transvaal, Desmond Tutu passa une partie de son enfance à Johannesburg et fit des études pour devenir instituteur en 1954, mais il y renonça trois ans plus tard à cause du système scolaire qui négligeait la population noire. Il changea de trajectoire en reprenant des études, en théologie, ce qui l’a conduit à être ordonné prêtre anglican en 1961. Il occupa différentes fonctions dans l’Église anglicane, en Grande-Bretagne ainsi qu’en Afrique du Sud où il fut nommé doyen du diocèse de Johannesburg en 1975, puis évêque du Lesotho en 1976, et secrétaire général du Conseil œcuménique d’Afrique du Sud en 1978.

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La lutte contre l’apartheid fut pour Desmond Tutu l’un de ses principaux sujets de préoccupation depuis les émeutes de Soweto du 16 juin 1976 qui ont entraîné 23 morts dont des enfants, et depuis l’arrestation le 18 août 1977 puis l’assassinat après torture le 12 septembre 1977 de Steve Biko, l’un des militants anti-apartheid les plus marquants.

Ce fut Desmond Tutu qui s’exprima lors de l’enterrement de Steve Biko dont la mort a provoqué d’autant plus l’émotion dans la communauté internationale que le Ministre sud-africain de la Justice Jimmy Kruger s’en était moqué : « La mort de Steve Biko me laisse froid. ». En vérité, la mort de Steve Biko a laissé froid… d’abord Steve Biko lui-même… Les conséquences, ce furent deux résolutions de l’ONU adoptées contre le régime sud-africain (le 31 octobre 1977 et le 4 novembre 1977).

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Luttant essentiellement par ses sermons qui étaient très écoutés mais aussi par des actions concrètes (par exemple, dépistage du HIV), Desmond Tutu prôna la non-violence, la paix, et aussi la non-vengeance et le pardon. Ce fut cette lutte pacifique qui le rapprocha naturellement de Nelson Mandela, alors en prison, lui aussi pour la non-violence. Ce combat trouva une reconnaissance internationale et un encouragement politique le 16 octobre 1984 lorsque le Prix Nobel de la Paix fut décerné à Monseigneur Tutu.

Le 7 septembre 1986, Desmond Tutu fut nommé archevêque du Cap, qui lui donna plus d’influence pour s’opposer à l’apartheid. La transition démocratique entre Frederik De Klerk et Nelson Mandela fut l’occasion d’un nouveau défi pour celui qui était devenu une "star" internationale : Nelson Mandela lui confia la présidence de la très stratégique Commission Vérité et Réconciliation chargée d’enquêter sur les crimes commis durant le régime d’apartheid. L’objectif était d’amnistier les criminels qui auraient reconnus publiquement leurs crimes, correspondant à la période entre le 1er mars 1960 et le 10 mai 1994. La Commission a donc tenu de très nombreuses auditions retransmises à la télévision (chaque dimanche) du 15 avril 1996 à juin 1998, et a remis son rapport le 29 octobre 1998. Cette mission a servi de base pour façonner le "roman national" à la nouvelle Afrique du Sud.

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L’autorité morale et l’aura internationale que lui ont apportées ses responsabilités religieuses et son Prix Nobel ont amené Desmond Tutu à intervenir en faveur de nombreuses causes, en particulier pour un Tibet libre. Ami de longue date du dalaï-lama, Prix Nobel de la Paix 1989, Desmond Tutu lui a expliqué ce qu’il dirait aux autorités chinoises : « Nous disions au gouvernement d’apartheid : vous avez peut-être des armes, vous avez peut-être le pouvoir, mais vous avez déjà perdu. Venez rejoindre le camp des vainqueurs ! ». L’archevêque sud-africain s’est également exclamé : « Je dis un grand merci à Dieu d’avoir créé un dalaï-lama ! ».

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Desmond Tutu a aussi soutenu le combat politique de l’ancienne opposante birmane Aung San Suu Kyi, autre Prix Nobel de la Paix (1991), s’est fermement opposé à la dictature de Robert Mugabe au Zimbabwe (et au silence du gouvernement sud-africain sur la situation politique au Zimbabwe), a dénoncé l’accession au pouvoir de Jacob Zuma soutenu par un parti ultramajoritaire, s’est engagé contre l’homophobie, a réfléchi sur le changement climatique (en suggérant des mesures radicales comme le boycott des compagnies pétrolières), s’est opposé très fermement à la guerre en Irak (et souhaite que George W. Bush et Tony Blair soient jugés pour cela), et reste toujours fidèle à la cause palestinienne, accusant les gouvernements israéliens de ne pas vouloir la paix et de faire de la ségrégation comme à l’époque de l’apartheid ou même du nazisme. Il a aussi mené des combats contre le racisme, le sida, la tuberculose, la pauvreté, et pour l’égalité homme/femme, la réunification de la Corée, la paix au Soudan, pour la réconciliation aux îles Salomon (le 29 avril 2009) après les violences interethniques de 1998 à 2003, etc. Il accepta même la légalisation de l’avortement en Afrique du Sud en 1996.

En avril 2003, le prélat anglican avait téléphoné à Condoleezza Rice, à l’époque conseillère sécurité à la Maison-Blanche, pour retarder la déclaration de guerre : « Selon quel critère devons-nous décider que Robert Mugabe doit être traduit devant la justice, mais que Tony Blair doit participer au circuit des conférences, que Ben Laden doit être assassiné, mais que l’Irak doit être envahi, pas parce qu’il possède des armes de destruction massive, comme Blair (…) a fini par l’admettre, mais pour se débarrasser de Saddam Hussein ? » ("The Observer", le 2 septembre 2012).

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Desmond Tutu n’a sans doute pas plu à tout le monde en exprimant certaines idées auxquelles il croit. Mais la chose qui est sûre, c’est qu’en s’engageant si ouvertement, parce qu’avec ses titres et ses prix (il a reçu d’autres récompenses prestigieuses que le Nobel), sa parole est écoutée, il a toujours prôné la non-violence, la paix, la réconciliation et le pardon. Et cela, personne ne peut être raisonnablement contre. Happy birthday !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Desmond Tutu.
Mère Teresa.
Le dalaï-lama.
Le pardon.
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Le Zimbabwe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161007-desmond-tutu.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/desmond-tutu-le-predicateur-185100

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 01:00

« La vie est une chance, saisis-là ! » (Mère Teresa).


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C’est ce dimanche 4 septembre 2016 qu’a lieu, au Vatican, une grande cérémonie pour la canonisation de Mère Teresa. Des manifestations ont lieu aussi dans d’autres endroits du monde. On pourra toujours disserter sur la pertinence, ou pas, de ce genre de cérémonie (béatification et canonisation) et se dire que les hommes restent les hommes et que Dieu reconnaîtra les siens (ce sujet ne regarde après tout que ceux qui ont la foi, les catholiques ici, les autres devraient s’en moquer).

C’est plutôt l’occasion de revenir sur ce parcours exceptionnel d’humanité de Mère Teresa, nommée "une icône mondiale de l’amour" par Violaine des Courières, journaliste du magazine "La Vie" (dans son article du 31 août 2016).

Mère Teresa a raconté à l'un de ses biographes, Malcolm Muggeridge, qu'elle savait ce qu'il se passerait après sa mort. Elle se présenterait devant saint Pierre qui lui dirait : "Vous ne pouvez pas entrer au paradis car il n'y a pas de taudis". Alors, elle lui répondrait : "Pauvre saint Pierre ! Je vais remplir le paradis des pauvres gens de mes bidonvilles et vous serez bien forcé de m'y laisser entrer !".

En quelques sortes, Mère Teresa faisait partie des personnes qu’on savait saintes de leur vivant, par leur manière de concevoir la vie, de prendre attention aux autres, aux plus fragiles. D’ailleurs, les hommes l’ont aussi "consacrée" dans sa sainteté en lui attribuant le Prix Nobel de la Paix le 17 octobre 1979 (je rassure les inquiets : les Prix Nobel de la Paix ne sont pas tous des saints, loin de là, bien sûr !).

Elle-même, dans son humilité, a accepté toutes les récompenses, pas par orgueil mais pour rester dans sa voie, aider les plus défavorisés, considérant que tout honneur qu’elle pouvait recevoir était d’abord une reconnaissance des plus modestes, des plus défavorisés (elle revendait même ses médailles). Après sa mort, elle a même eu un aéroport international prenant son nom, celui de Tirana, la capitale de l’Albanie, pays qui lui avait refusé le visa pour se rendre au chevet de sa mère lorsque c’était une dictature communsite.

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Mère Teresa est née le 26 août 1910 à Skopje, à l’époque dans l’Empire ottoman, sous le nom d’Anjezë Gonxha Bojaxhiu. Elle était alors albanaise, d’une famille bourgeoise catholique qui aidait beaucoup les défavorisés (beaucoup de pauvres étaient invités à leur table : « Ma fille n’accepte jamais une bouchée qui ne soit partagée avec d’autres. »).

La guerre des Balkans et la Première Guerre mondiale ont appauvri la famille, le père est mort d’une mauvaise santé et ses entreprises ont fait faillite. À 12 ans, Anjezë (Agnès) décida à se consacrer entièrement à aider les plus pauvres. Elle quitta sa famille à l’âge de 18 ans, le 25 septembre 1928, pour entrer chez les Sœurs de Notre-Dame de Lorette, près de Dublin (malgré l’opposition de son grand frère). Elle y apprit notamment l’anglais et dès le 1er décembre 1928, elle partit en Inde pour son noviciat. Elle découvrit l’extrême pauvreté qui l’a beaucoup choquée : « Si les gens de nos pays voyaient ces spectacles, ils cesseraient de se plaindre de leurs petits ennuis. ».

Elle est devenue religieuse le 23 mai 1929, puis le 25 mai 1931, elle prit le nom de Sœur Mary-Teresa, en souvenir de Thérèse de Lisieux (1873-1897) qui venait d’être canonisée le 17 mai 1925 et considérée comme patronne des missions. Ses vœux définitifs ont été faits le 24 mai 1937.

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Le nom de "Mère Teresa" lui est venu naturellement de son activité d’enseignante auprès des enfants de Calcutta, elle était devenue une sorte de seconde mère pour eux. Rapidement, elle fut nommée pour enseigner la géographie dans une école pour des filles de familles aisées, mais elle passa beaucoup de temps, parallèlement, à s’occuper des défavorisés des bidonvilles.

Sa vocation de se consacrer totalement aux plus pauvres est survenue le 10 septembre 1946 : « Soudain, j’entendis avec certitude la voix de Dieu. Le message était clair : je devais sortir du couvent et aider les pauvres en vivant avec eux. C’était un ordre, un devoir, une certitude. ».

Elle reprit la dernière parole du Christ sur la Croix comme une devise personnelle : « J’ai soif. » : elle parla alors de sa soif du Christ et de son besoin d’aider les pauvres : « Pour moi, ils sont tous le Christ. Le Christ dans un déguisement désolant. ». Dans une lettre rédigée le 26 mars 1993, elle expliqua : « Retenez ceci : "J’ai soif" est bien plus profond que Jésus vous disant "Je vous aime". Tant que vous ne savez pas au plus profond de vous que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui il veut être pour vous. Ou qui il veut que vous soyez pour lui. Jésus a soif, même maintenant, dans votre cœur et dans les pauvres, il connaît votre faiblesse. Il veut seulement votre amour, il veut seulement la chance de vous aimer. ». Cette parole du Christ a fait écho dans sa conscience : « Dans la mesure om vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40).

Le 8 août 1948, après avoir convaincu son archevêque (de Calcutta), elle a convaincu le pape lui-même Pie XII qui accepta qu’elle prît une sorte d’année sabbatique hors de sa communauté religieuse. Elle la quitta effectivement huit jours plus tard, le 16 août 1948, avec très peu d’argent en poche.

Elle suivit une formation d’infirmière, créa des écoles dans des quartiers pauvres, et fonda le 7 octobre 1950 une nouvelle communauté religieuse, les Missionnaires de la Charité. En mars 1963, une communauté de frères missionnaires fut créée parallèlement avec les mêmes règles. En 1965, le pape Paul VI en a fait une société de droit pontifical dépendant directement du Vatican. Des centres furent créés à l’étranger, en particulier en Amérique latine (le premier fut au Venezuela). La congrégation compte de nos jours environ 5 000 religieuses réparties sur 132 pays. Le 4 mars 2016, elle fut victime, comme d’autres organisations, d’un attentat (pas revendiqué par Daech) à Aden, au Yémen, qui a tué seize personnes dont quatre religieuses.

Dans son journal, elle notait : « L’extrême pauvreté vide progressivement l’homme de son humanité. ». Chaque rencontre qui l’a émue a été le point de départ d’une nouvelle action : un mouroir pour accueillir les personnes en fin de vie trop pauvres pour être acceptées par un hôpital (le mouroir de Kalighat fut ouvert le 22 août 1952), un orphelinat pour recueillir et soigner des enfants abandonnés (l’orphelinat de Nirmala Shishu Bavan fut ouvert le 24 novembre 1955), elle proposa des ambulances pour soigner les lépreux (en 1957), etc.

Mère Teresa, qui était opposée à l’avortement, a toujours cherché des solutions alternatives par l’adoption des enfants non désirés : « Toute vie est vie de Dieu en nous. Même l’enfant non encore né a la vie de Dieu en lui. Nous n’avons pas le droit de détruire cette vie, quel que soit le moyen employé et pour quelque raison que ce soit. ».

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Au début des années 1960, Mère Teresa développa ses activités humanitaires au-delà de Calcutta, reçut le soutien du Premier Ministre indien Jawaharlal Nehru. Elle commença à s’exprimer dans des médias (en particulier la BBC) pour rechercher de l’aide (pas seulement financière) et les premières récompenses arrivèrent pour soutenir son action de solidarité. À partir du début des années 1970, Mère Teresa a gagné beaucoup de notoriété internationale. Elle créa en 1976 un nouvel ordre religieux des sœurs contemplatives.

Écoutée et médiatisée, elle a pu ainsi se permettre de fustiger le matérialisme et de prôner un retour sur les valeurs essentielles : « L’amour naît et vit dans le foyer. L’absence de cet amour dans les familles crée la souffrance et le malheur du monde aujourd’hui. Nous avons tous l’air pressé. Nous courons comme des fous après les progrès matériels ou les richesses. Nous n’avons plus le temps de bien vivre les uns avec les autres : les enfants n’ont plus de temps pour les parents, ni les parents pour les enfants, ni pour eux-mêmes. Si bien que c’est de la famille elle-même que provient la rupture de la paix du monde. ».

Prônant la pauvreté pour ses religieuses et refusant une organisation efficace dans la collecte des dons, elle refusa toutes les aides qui se contentaient de lui apporter seulement un soutien financier. Ce qu’elle voulait, c’était une aide humaine concrète : « C’est un capital d’amour qu’il faut réunir. Un sourire, une visite à une personne âgée. Les vrais coopérateurs du Christ sont les porteurs de sa charité. L’argent vient si l’on recherche le royaume de Dieu. Alors tout le reste est donné. ».

Au-delà de son humanisme et de sa grande charité, Mère Teresa fut aussi une personne exceptionnellement courageuse. En 1982 à Beyrouth, elle s’avança avec la Croix-Rouge sur la ligne de front entre l’armée israélienne et les milices palestiniennes pour évacuer de la zone et sauver 37 enfants malades ou blessés. De même, malgré de graves problèmes cardiaques, elle n’a jamais cessé ses activités, voyageant à travers le monde pour apporter son enthousiasme et son espérance.

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Courageuse et toujours attentive aux malheurs de l’actualité. Elle se déplaça par exemple le 11 décembre 1984 pour aider les victimes de la catastrophe chimique de Bhopal. Elle aida les victimes du tremblement de terre au Guatemala en 1977, protégea les aborigènes en Australie, s'occupa des réfugiés palestiniens à Amman en 1970, était à Cuba en 1986. Elle n’hésitait pas non plus à accepter de l’aide de pays parfois sous la coupe de dictateurs avérés, car dans son action, elle rejetait toute considération politique.

Insistant sur l’importance de la prière qui était pour elle une nécessité à l’action, elle a en 1995 expliqué assez simplement pourquoi : « Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi. Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix. » ("Un Chemin tout simple"). Jean-Paul II a résumé ainsi : « Contemplation et action, évangélisation et promotion humaine : Mère Teresa proclame l’Évangile à travers sa vie entièrement offerte aux pauvres, mais, dans le même temps, enveloppée par la prière. » (19 octobre 2003).

Le philosophe Emmanuel Lévinas témoignait : « Cette femme peut réunir les hommes beaucoup plus que les livres sacrés et leurs versets. ». Elle disait simplement : « Nous sommes le plus beau des marchés, nous vendons de l'amour. » (1986).

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Mère Teresa est morte à 87 ans le 5 septembre 1997 aux urgences de l’hôpital de Calcutta, quelques jours après l’accident tragique de son amie, Lady Diana (qui a couvert médiatiquement la disparition de la religieuse). Sainte Thérèse de Lisieux qui fut son modèle est morte de tuberculose à 24 ans le 30 septembre 1897, quasiment cent ans auparavant. Malgré quelques critiques sur sa notion de souffrance, Mère Teresa a reçu un hommage unanime à sa mort. De très nombreuses personnalités internationales sont venues à ses obsèques, dont Hillary Clinton (en tant que Première dame des États-Unis).

Parce que tout le monde la considérait déjà comme une sainte, l’Église catholique a accéléré la procédure de béatification et de canonisation. Elle fut béatifiée le 19 octobre 2003 à Rome par le pape Jean-Paul II (qui célébrait également son vingt-cinquième anniversaire de pontificat). Le 15 mars 2016, le pape François a pris la décision de la canoniser, et la cérémonie est prévue ce dimanche 4 septembre 2016. Canonisée moins de vingt ans après sa mort, la procédure fut très rapide, mais pas la plus rapide puisque Jean-Paul II lui-même fut canonisé le 27 avril 2014, moins de dix ans après sa mort.

Son identité, voici ce qu’elle en disait elle-même : « Par mon sang, je suis albanaise. Par ma nationalité, indienne. Par ma foi, je suis une religieuse catholique. Pour ce qui est de mon appel, j’appartiens au monde. Pour ce qui est de mon cœur, j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus. » (Mère Teresa).

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Elle pouvait aller au Vatican sans rendez-vous. Jean-Paul II, dans son homélie de béatification, a ainsi raconté : « Elle se rendait partout pour servir le Christ chez les plus pauvres parmi les pauvres. Même les conflits et les guerres ne réussissaient pas à l’arrêter. De temps en temps, elle venait me parler de ses expériences au service des valeurs évangéliques. » (19 octobre 2003).

Et de rappeler : « Sa vie est un témoignage de la dignité et du privilège du service humble. Elle avait choisi d’être non seulement la dernière, mais la servante des derniers. Véritable mère pour les pauvres, elle s’est agenouillée auprès de ceux qui souffraient de diverses formes de pauvreté. Sa grandeur consiste dans sa capacité à donner sans compter, à donner "jusqu’à souffrir". Sa vie était une façon radicale de vivre l’Évangile et de le proclamer avec courage. » (Jean-Paul II).

Près de vingt ans après sa mort, la société matérialiste a encore progressé, avec son lot de petits appareils communicants et technologiques qui permettent à fois d’échanger avec l’autre bout du monde mais aussi de ne même plus voir son voisin dans une rame de métro. La canonisation de Mère Teresa a cet intérêt ainsi de revenir sur une destinée humaine extraordinaire qui se dépouille de tout ce qui est inutile pour ne voir que l’essentiel, l’humain en tant que tel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Biographie du Vatican (19 octobre 2003).
Mère Teresa.
Pape François.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Concile Vatican II.
Jean XXIII.
Paul VI.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Monseigneur Romero.
Sœur Emmanuelle.
Abbé Pierre.
Le dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Jean-Marie Lustiger.
Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160904-mere-teresa.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/mere-teresa-sainte-parmi-les-184189

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/01/34260705.html



 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Religions
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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 06:29

Faudrait-il trancher entre le droit sacré à une vie privée et une laïcité jusqu’au fond de la culotte ? L’obligation du port du burkini dans une réception privée pose la question d’un retour en arrière des mœurs imposé par un islam de plus en plus implanté en France. En ce sens, c’est la polémique elle-même qui est un fait sociologique.


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L’affaire du burkini dans un parc aquatique privé près de Marseille est l’une des polémiques qui enflamment régulièrement la France et seulement la France. Cela a commencé avec le voile à l’école il y a un peu moins de trente ans, puis cela a pu se décliner sur les cantines scolaires, la viande hallal, l’abattage rituel, la burqa à la crèche, etc.

Penser que ce type de discussions passionnelles serait stérile n’apporte pas grand chose au débat : l’existence même de la polémique est un fait sociologique important en France parce que tout ce qui touche à la laïcité, à la religion, et plus précisément depuis trente-cinq ans, à l’islam, est une chose extrêmement sensible aux yeux de nombreux Français, à tort ou à raison.


"Détente entre femmes"

Les faits sont les suivants : une association marseillaise de femmes visiblement musulmanes (Smile 13, smile pour sœurs marseillaises initiatrices de loisirs et d’entraide) a loué un parc aquatique privé près de Marseille (Speedwater Park) pour permettre à ses membres ou invitées de se baigner sans se montrer en maillot de bain.

Sur son site Internet, l’association affirme ainsi : « Le but premier de l’association est de faciliter l’accès à l’eau aux femmes par le biais d’activités physiques et de loisirs. » en ajoutant : « Tout simplement, parce qu’on a toutes besoin de petits moments comme ça où on pense juste à nous lol, Smile 13 organise régulièrement des journées piscine/détente entre femmes ;-) Les biens loués sont tous équipés d’une maison avec piscine sans vis-à-vis (…). ».

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L’affiche, quant à elle, est très explicite et expose pourquoi cela a suscité tant de protestation et d’incompréhension. Deux choses sont en fait choquantes.


Burkini obligatoire

La première concerne la tenue de bain : « Exceptionnellement, le parc autorise la baignade en burkini et jilbeb de bain » et l’affiche précise même : « Je compte sur vous pour respecter la "awra" et donc, de ne pas venir en deux pièces (parties doivent être cachées de la poitrine aux genoux), le minimum est un maillot une pièce avec paréo ou short-caleçon ».

Sur le site Internet, il est précisé la même chose : « J’invite les sœurs qui participeront à avoir un bon comportement ; c’est-à-dire avoir une tenue adéquate (pas de maillot deux pièces, les parties du haut du buste aux genoux doivent être cachées), même si nous ne sommes qu’entre filles, nous n’allons pas aller à un défilé de mode lol, préservez-vous autant des femmes que des hommes mais soyez à l’aise quand même, on est là pour se détendre, rencontrer des sœurs ou venir avec des amies pour avoir une petite parenthèse de notre quotidien. » (j’ai corrigé les très nombreuses fautes de français). Ce "quotidien" ne semble pas très rose pour ces femmes…

Autorisation très étonnante du parc aquatique, car pour des raisons d’hygiène, les établissements de bain rendent souvent obligatoire le port du maillot de bain classique et même parfois, interdisent le short de bain.

Dans son règlement intérieur, le parc aquatique en question annonce d’ailleurs clairement la couleur (avec deux fautes de français) : « Seuls les maillots une pièce et deux pièces ainsi que le short de bain (avec filet) sont autorisés pour la baignade. Toutes autres tenues de bain ne seront pas acceptés » (sic). Seuls, précise son site Internet, « les tee-shirts spéciaux de protection UV sont tolérés. ».


Domaine privé

Cette question de tenue obligatoire ne me choque pas vraiment car c’est une journée privative dans un établissement privé et c’est se mêler des affaires privées que de vouloir régenter la tenue de ses propres invités. Je suis déjà allé dans des réceptions où le carton d’invitation insistait sur « tenue de soirée exigée » etc. La tradition stupide des enchères de la jarretière dans certains mariages n’est pas plus pertinente que l’obligation du burkini, mais reste du domaine privé et chaque individu a le droit de faire ce qu’il veut tant qu’il respecte la loi et les personnes (en l’occurrence, je trouve que cette tradition, même si elle permet de financer un voyage de noces, ne respecte pas vraiment la mariée !).

Même le Palais-Bourbon impose aux hommes le port de la cravate et le 17 avril 1985, Jack Lang, alors Ministre de la Culture, avait créé la polémique, lors d’une réponse à une question au gouvernement d’un député, en se présentant devant l’hémicycle habillé d’une veste en col Mao fermé (créée par le styliste Thierry Mugler qui a gagné en notoriété), cachant la cravate qu’il portait pourtant. Mais là, c’était du ressort du domaine public, pas privé.

Toutefois, même si cela relève de soirées privées, de nombreuses discothèques ou clubs de nuit ont été épinglés pour une certaine forme de ségrégation à l’entrée.

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A contrario, les espaces naturistes peuvent également choquer s’ils sont imposés à tous dans le domaine public.


Considérations religieuses …ou personnelles

Plus généralement, le port du burkini n’est pas seulement une affaire de religion, et de la peur que celle-ci envahisse tous les pores de la société française, une inquiétude renforcée par la multiplication des attentats terroristes d’origine islamiste, mais également une affaire de pudeur, qui est une notion très personnelle, qui peut d’ailleurs évoluer au fil d’une existence, et qui touche d’abord à l’intime.

On peut imaginer en effet que beaucoup de personnes (pas seulement des femmes) puissent avoir des réticences de montrer leur corps à demi-nu pour diverses raisons, divers complexes etc. ; une infirmité, un surpoids, des poils trop nombreux, etc. peuvent expliquer aisément une coquetterie dont la religion n’a que faire (d’ailleurs, on peut même se trouver beau dans son corps et ne pas vouloir le montrer aux autres, ou ne le réserver qu’à son conjoint), au même titre qu’un végétarien ne mange pas de porc mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la religion.

Cependant, il s’agit bien, ici, de considérations religieuses et elles sont plus difficilement évitables. D’ailleurs, certaines personnes ont voulu réagir en se prêtant aux interprétations du Coran et en affirmant qu’il n’y a aucun texte qui interdise aux femmes musulmanes de se baigner en simple maillot de bain. Hélas, au contraire du christianisme, l’islam est une religion qui n’a aucune hiérarchie, donc, aucune autorité morale ne puisse apporter "la" version officielle d’interprétation des textes.


Interdit aux hommes

Ce qui m’a le plus choqué, c’est la ségrégation sexuelle et cela, je ne suis pas sûr que ce soit légal, même si c’est privatif, car cette ségrégation est anticonstitutionnelle. L’affiche proclame en effet que cette journée est réservée : « exclusivement pour les femmes et les enfants » avec une précision : « garçon autorisé jusqu’à 10 ans ». Dommage pour le frère qui a 11 ans !

Au nom de quoi les familles doivent-elles être séparées dans une telle journée de loisirs ? C’est cela qui va à l’encontre du "vivre ensemble" tel que la République française le conçoit. Elle tolère et accepte naturellement la pratique religieuse, de toutes les religions, mais rejette toute forme de discrimination, en particulier sexuelle.

Le ridicule va jusqu’à rappeler quand même aux femmes qui viendraient que le « personnel » est quand même « mixte » (heureusement !). Si ce qui rend l’interdiction des hommes sans objet puisqu’il y aura quand même des hommes…

Cette discrimination sexuelle est particulièrement affligeante dans la vie sociale actuelle et est contraire aux valeurs de la République. Non seulement c’est antirépublicain mais c’est aussi antifamilial puisque cela exclut l’homme au même titre que lorsque l’homme voudra se baigner, sa femme ne l’accompagnera pas de peur de montrer son corps aux autres hommes. Cela alors que des villes comme Paris et Lyon fêtent cet été le 70e anniversaire du bikini !

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On voit d’ailleurs dans la rédaction du site Internet de l’association que cette journée aquatique est d’abord une audace que prennent ces femmes musulmanes ; en quelques sortes, il faut être courageuses pour pouvoir se détendre entre elles, sans hommes qui semblent être de véritables éléments contraignants dans leur vie. On peut donc imaginer que leur retirer ce genre de journée (elles n’iraient pas dans une piscine sans burkini de toute façon) leur retirerait tout accès à cette détente et les désocialiseraient encore un peu plus.


Réactions très clivées ou très légères

Dès que la polémique, la semaine dernière, a fait irruption dans le domaine public, le sénateur-maire de la commune où se situe ce parc aquatique (privé, je précise) a publié un arrêté interdisant la tenue de cette journée, en raison des risques de trouble public. Il est néanmoins probable que si l’association invitante protestait contre cet arrêté, la justice administrative lui donnerait raison car il s’agit, je le répète, d’une simple journée privée.

L’association a subi depuis la semaine dernière des flots de réactions assez agressives et a publié le 6 août 2016 le communiqué suivant : « Nous sommes tristes et inquiètes d’assister au déferlement de haine raciste, de grossièreté et de menaces dont nous sommes la cible, en tant qu’association mais également individuellement. Entre les insultes, les sollicitations incessantes des journalistes et les menaces de mort qui ont visé des membres de l’équipe, dont une personne a reçu, par la poste, une lettre nominative figurant des balles de revolver, la situation est devenue surréaliste. ».

Cette association a en outre changé certaines pages de son site Internet (entre le 6 et le 9 août 2016), en retirant de ses phrases son prosélytisme islamique d’origine au profit d’informations plus factuelles, notamment sur ses activités d’enseignement de la langue arabe. Le site a ainsi supprimé des phrases comme : « Apprendre cette belle langue, avec laquelle la révélation du Noble Coran a été faite à notre très cher et bien-aimé Prophète Mohamed Salla Allahou ‘alayhi wa salam, n’est autre qu’une bénédiction d’Allah ta’ala. » ; ou encore : « Qu’Allah ta’ala vous guide dans votre recherche de savoir et votre ambition à vous perfectionner pour la face d’Allah Azzawajel. ». De même, une phrase qui reprend la ségrégation du parc aquatique a été supprimée : « Notre sœur N*** dispense déjà des cours d’arabe et de Coran aux enfants à la Mosquée des Cèdres, elle dispensera des cours aux femmes et aux enfants à compté du 1er septembre (…). ».

Du côté du parc aquatique, c’est la lâcheté qui prédomine et des responsabilisés qui ne s’assument pas. Son dirigeant a affirmé que l’association n’avait fait que le contacter mais ce n’est pas du tout vrai, c’était toute une organisation et c’était bouclé depuis longtemps puisque la date était fixée au samedi 10 septembre 2016, d’où l’affiche d’ailleurs.


Comment réagir à une telle polémique ?

La réaction raisonnable oscillerait entre deux réflexes antagonistes.

Le premier réflexe serait de laisser dans le domaine privé tout ce qui relève d’une initiative dans le domaine privé. Au nom de quoi aurais-je à intervenir dans une réception privée dont certains éléments me choqueraient voire me troubleraient ? Cela ne devrait pas me regarder.

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Cependant, le second réflexe prendrait assez rapidement place : comment peut-on encore accepter cette double obligation d’avoir des vêtements de baignade qui vont à l’encontre de l’hygiène élémentaire (et interdits comme tels) et d’organiser une discrimination sur la base unique du sexe et de l’âge (pour les garçons) ? On imagine que dans la tête des organisatrices, un garçon de 10 ans et demi va avoir des obsessions sexuelles à la seule vue d’une femme habillée en burkini, on croit rêver !

D’ailleurs, certains musulmans sont violemment opposés au burkini, mais pas forcément pour une bonne raison : ils considèrent que le vêtement colle trop à la peau et donc, moule trop le corps qui, ainsi, est mis à découvert ! Je soupçonne cependant que la mode du burkini chez les musulmanes répond aussi à un intérêt purement économique : avec ce nouveau produit créé par un styliste libanais en Australie, cela ouvre évidemment un nouveau marché particulièrement juteux…


Peur d’une "islamisation" de l’Europe ?

Tout cela alimente la peur d’une "invasion islamique" que les attentats terroristes ne font rien pour éteindre. Ce sont même des provocations inutiles, similaires, dans un autre sens, à l’apéro saucisson vin rouge organisé le 12 juillet 2011 par des députés UMP particulièrement maladroits : là aussi, c’était une initiative privée mais qui avait un objectif clairement polémique et provocateur. Rappelons pour l’anecdote que ce groupe de députés UMP n’existe même plus en tant que tel…

Il ne faut pas non plus oublier que peu de jours auparavant, selon le "Daily Mail" du 27 juillet 2016, à Geldern, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, un Land de l’Allemagne voisine, six hommes musulmans barbus proférant des insultes en allemand et en arabe, ont fait violemment irruption dans une piscine naturiste. Ils ont notamment menacé les femmes nues qui s’y baignaient de toutes les « exterminer » en raison de leur « infidélité ». Ce type d’agression crée à l’évidence un climat d’insécurité et de perte d’identité qui se répand dans toute l’Europe indépendamment de la vague terroriste.


Retour en arrière

Tout cela n’augure rien de bon : il s’agit avant tout d’un véritable retour en arrière de l’ordre moral. Peut-être qu’il ne faut pas voir ces singularités dans un sens religieux mais plutôt dans un sens chronologique.

Dans la France de tradition catholique, au début du XXe siècle, les femmes auraient porté des vêtements de bain à peu près pareils à ces burkinis. La ségrégation entre les sexes a duré d’ailleurs très longtemps, notamment dans la vie scolaire (mon lycée était encore non mixte à mon époque) et on peut encore lire dans les villages "école pour filles" ou "école pour garçons" sur les vieux murs des mairies. Enfin, il n’était pas rare de voir les dames âgées, pas du tout musulmanes, porter un foulard sur la tête, encore dans les années 1970.

L’implantation de l’islam en France semble en fait surtout ramener la société française dans un passé lointain, dans une période archaïque où les relations sociales étaient dominées par les hommes machistes face à des femmes soumises et aux ordres. C’est plus d’un siècle de luttes progressistes qui se trouve ainsi bafoué avec ce type d’initiative …privée.


En finir avec les provocations…

Peut-être faudrait-il seulement écouter d’autres musulmans s’interroger sur ce qu’il se passe en France ?

Le journaliste algérien Aziz Benyahia s’est ainsi interrogé le 8 août 2016 : « Nous ne pouvons nous abstenir de faire grief à ceux des musulmans qui persistent à se singulariser de la sorte, sachant bien que la société "occidentale" est arrivée à un tel niveau de crispation à l’égard des musulmans, compte tenu de l’actualité, que la moindre anicroche sera déformée dans le sens d’une plus grande marginalisation (…). ».

Et le journaliste de conseiller : « Il nous semble plus intelligent (…) d’éviter de tendre des bâtons pour se faire battre. Adapter certains comportements, éviter les provocations inutiles et se faire remarquer par son exemplarité ; cela pourrait être beaucoup plus efficace que s’entêter dans des parties de bras de fer inutiles et perdues d’avance (…). Pour faire le parallèle avec le Speedwater Park, [les musulmans] autoriseraient-ils les étrangers vivant chez eux à privatiser des plages pour leurs amateurs de nudisme et des salons pour leurs soirées libertines ? ».

Et de terminer ainsi : « Pourquoi ne pas prendre de la hauteur (…) au lieu de chercher querelle aux autres en voulant leur imposer, qui plus est chez eux, une vision du monde que l’islam dans sa seule et unique vérité condamne tout simplement ? » ("Algérie Focus").


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 août 2016)
http://www.rakotoarison.eu


(La première illustration est un tableau de Pablo Picasso, "Jacqueline aux mains croisées", peint le 3 juin 1954, huile sur toile, 116 x 88,5 cm, exposé au Musée National Picasso à Paris).


Pour aller plus loin :
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
Terrorisme islamiste.
L’esprit républicain.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.

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http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-burkini-reseau-en-question-183613

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 06:58

« Il m’arrive d’éprouver une sorte de stupeur à l’idée qu’il ait pu exister des "fous de Dieu", qui lui ont tout sacrifié, à commencer par leur raison. » (Emil Cioran, "Des Lames et des Saints").


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Dans le petit village, c’était le jour de Pâques, le dimanche 27 mars 2016, en fin de matinée. Les cloches avaient sonné vers onze heures cinq et la messe avait commencé. La fête de Pâques, pour les chrétiens, c’est la plus importante des fêtes religieuses. Pas la fête du chocolat et des sucreries, des œufs, des poules, des poissons et des lapins, mais celle de la Résurrection de Jésus-Christ, c’est-à-dire du seul acte de foi que le christianisme demande à ses fidèles. Croire à la résurrection d’entre les morts, c’est surtout croire à la vie éternelle, croire qu’il y a une vie après la mort, ou plutôt, qu’il y a une vie après la vie, que cette vie d’outre-tombe a déjà commencé sur Terre et que chacun est appelé.


La joie pascale

Pâques clôt ainsi la période de quarante jours qui s’appelle le Carême, qui commence avec le mercredi des Cendres, rappel que l’être humain, comme tout autre être vivant, n’est que poussière, et qui se finit par la Semaine Sainte. Celle-ci commence par le dimanche des Rameaux, le Christ arrivant à Jérusalem et acclamé. Imaginons le meeting politique d’une personnalité très populaire et charismatique. Les rameaux d’olivier sont les signes pour honorer l’invité.

Puis cette presque descente aux Enfers, du moins, à la mort. Le Jeudi Saint, dernier repas avec ses disciples, la Cène, qui fut la première communion, la première eucharistie, et la nuit, cette peur terrible de mourir, cette sueur de sang, cette proximité à abandonner, à renoncer, ce caractère plus humain que divin. Enfin, le sinistre Vendredi Saint, la trahison de Judas, la lâcheté de Pierre (le premier pape), et la condamnation sans procès, le calvaire de porter la Croix puis la crucifixion. Le dernier souffle à quinze heures. Étranges jeux de mots. Sur cette Pierre, je bâtirai mon Église. Et je Croix.

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Naturellement, l’annonce de la "bonne nouvelle", à savoir que "Christ est vivant" est essentiellement joyeuse. Elle signifie que le Christ était venu un peu pour nous racheter du péché originel, cette pseudo-pomme de la connaissance croquée avec insolence. Un peu à la manière des compagnies d’assurance ! Bien sûr, tout cela est imagé, il faut concevoir le Christ peut-être comme une sorte de vaccin. Dieu a créé les hommes et Dieu a créé les virus qui les tuent, et Il leur a envoyé le vaccin, leur Sauveur. Bon, c’est théologiquement bien plus compliqué bien sûr mais j’aime bien l’image du vaccin, même si le concept est très subtil et même assez compliqué.


La désolation terroriste

À cinquante mètres de l’église du petit village, on pouvait apercevoir les drapeaux tricolores mis en berne. Trois fois. Ceux de la mairie, ceux de l’école élémentaire, ceux du poste de police. Cinq jours auparavant, au moins 32 personnes avaient perdu la vie (et 340 avaient été blessées) dans les terrifiants attentats de Bruxelles.

Ce n’était pas le premier et hélas pas le dernier attentat islamiste dans le monde. Selon l’Université du Maryland qui tient une macabre base de données sur le terrorisme international, plus de 12 500 personnes ont été tuées (et plus de 13 000 blessées) au cours de 1 681 attentats commis par Daech dans le monde entre avril 2013 et novembre 2015.

Le même dimanche, mais on ne l’a su qu’un peu plus tard car le massacre a eu lieu un peu après midi et demi, heure de Paris, au moins 72 personnes (dont 29 enfants et principalement des femmes) ont perdu la vie et plus de 350 ont été blessées à l’entrée du parc Gulshan-e-Iqbal à Lahore, grande ville du Pakistan. Le kamikaze s’était placé près d’un manège d’enfants venus jouer après le pique-nique de Pâques. Les terroristes avaient visé les chrétiens pendant leur fête (mais ont tué une majorité de musulmans), car le gouvernement avait fait exécuter Mumtaz Qadri, qui avait assassiné le 4 janvier 2011 le gouverneur du Pendjab Salman Taseer, qui avait dénoncé la loi interdisant le blasphème promulguée en 1986 par le dictateur Zia Ul-Haq : « Toute remarque désobligeante à l’égard du Saint Prophète (…) à l’écrit ou à l’oral, ou par représentation visible, ou toute imputation ou insinuation, directe ou indirecte (…) sera punie de mort, ou d’emprisonnement à vie, et aussi passible d’une amende. » (article 295-C du code pénal pakistanais inséré par la loi Act, 111 of 1986).


Dieu et le mal

Cette juxtaposition du deuil et de la joie ne peut que faire réfléchir à la foi. En effet, selon les croyants, Dieu est tout puissant, Dieu est bon, et pourtant, le mal existe. Soit il n’est pas capable d’arrêter le mal, soit, il n’est pas bon et sert le mal. Cette incohérence encourage beaucoup de personnes justement à ne pas croire, ou à ne plus croire après la survenue d’un grand malheur dans leur vie.

Cette incohérence, Épicure l’avait déjà abordée à la manière d’un Grafcet ou d’un organigramme informatique : « Le mal existe, donc de deux choses l’une : ou Dieu le sait, ou il l’ignore. Dieu sait que le mal existe, il peut donc le supprimer mais il ne veut pas… Un tel Dieu serait cruel et pervers, donc inadmissible. Dieu sait que le mal existe, il veut le supprimer mais il ne peut le faire… Un tel Dieu serait impuissant, donc inadmissible. Dieu ne sait pas que le mal existe… Un tel Dieu serait aveugle et ignorant, donc inadmissible. ».

Voltaire était moins démonstratif : « La question du bien et du mal demeure un chaos indébrouillable pour ceux qui cherchent de bonne foi ; c’est un jeu d’esprit pour ceux qui disputent : ils sont des forçats qui jouent avec leurs chaînes. » ("Dictionnaire philosophique").

Hannah Arendt, elle, replaçait le mal uniquement sur le terrain des humains : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. » ("Le Système totalitaire").


Le libre arbitre

Si cette réflexion sur Dieu et le mal est assez classique, la réponse des chrétiens est beaucoup moins évidente que la question : si le mal existe, c’est parce que Dieu, tout puissant et bon qu’il soit, a voulu laisser aux humains leur totale liberté. Même celle de faire le mal, même celle de s’opposer à lui, de ne pas croire en lui. Dieu masochiste ? Peut-être.

Pourtant, cette liberté est fondamentale. C’est elle qui conduit à ce que la page de l’avenir reste encore blanche : tant qu’une vie n’est pas encore vécue, tout est possible, le meilleur comme le pire. Rien n’est écrit. Pas même Dieu ne le sait !

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Cette liberté engage l’homme. Elle lui commande aussi le principe de responsabilité. Pas de liberté sans assumer ses actes. Pas de liberté non plus en refusant la liberté aux autres. Cela nécessite donc la tolérance du vivre ensemble : la liberté de croire (ou ne pas croire), la liberté de circulation, la liberté d’expression, et bien sûr, la liberté d’entreprendre.

On aurait pu appeler cela "libéralisme" mais ce mot est galvaudé, vidé de ses sens historiques et même politiques (le libéralisme est gauchisme aux États-Unis et en France, étrangement, quasiment d’extrême droite !). Certains préféreraient à mauvais titre parler d’un "ultralibéralisme" ou d’un "néolibéralisme" mais que veut dire plus libre que libre ? c’est comme la lessive qui laverait plus blanc que blanc ?

Cette liberté, non seulement on la retrouve dans la devise de la République française (et d’autres pays d’ailleurs) mais aussi sur le fronton des églises construites il y a cent cinquante ans comme la basilique Saint-Denys qui abrite la tunique d'Argenteuil.

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Or, cette liberté, comme on le voit, est fondatrice de la civilisation chrétienne. Elle est fondatrice et malgré la désaffection continue du christianisme, c’est bien elle qui a inspiré notre vie moderne et notre législation, et à commencer par les philosophes des Lumières du XVIIIe siècle, qui s’en prenaient uniquement au cléricalisme de l’Église, à son pouvoir temporel qui n’avait pas lieu d’être. C’est elle qui a inspiré les droits de l’Homme, et en quelques sortes les démocraties.

Cela peut paraître paradoxal car en France, la République et la démocratie se sont forgées en résistance à la monarchie et à l’Église, mais probablement que l’Église de l’époque avait un peu oublié les prérequis du christianisme. C’est le pape Léon XIII qui, au contraire, a "autorisé" (le mot est très mauvais mais je n’en ai pas d’autre aussi précis) les chrétiens à accepter la République française et la démocratie (et pas seulement politique, également sociale).


Les nouveaux "fous de Dieu"

Il a fallu néanmoins attendre plusieurs années après la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité pour séparer complètement le temporel du spirituel et pacifier l’Église au sein de la République.

Aujourd’hui, les "fous de Dieu", selon l’expression de Cioran qui date de 1937, ne sont plus d’essence chrétienne mais d’essence musulmane. Ce sont des islamistes qui veulent terroriser tous ceux qui ne pensent pas comme eux, qui veulent asservir le monde selon des règles quasi-sectaires.

Et pour eux, le meilleur moyen de semer la terreur, c’est de semer la mort et la désolation, de massacrer les innocents, de décapiter, de brûler vif, de déchiqueter, de tuer et de tuer, au mépris de leur propre vie puisqu’ils méprisent la vie en général et la leur en particulier.

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Or, s’il y a une leçon que le Christ a laissée aux humains il y a près de deux mille ans, c’est bien celle-ci : que la vie est un bien précieux et que celle-ci est comme l’Amour, elle n’est jamais acquise et il faut en permanence la nourrir, la chérir…

C’est cette espérance folle qui faisait que la joie régnait dans l’église de ce petit village, en même temps que les drapeaux tricolores restaient tristement en berne. Une espérance complètement folle : la vie l’emportera sur la mort.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'ostension de la tunique d'Argenteuil.
Le pape Formose.
La Passion.
Les attentats de Bruxelles.
La vie humaine.
Être vivant sur Terre.
La laïcité.
Le pape François à Washington.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160327-paques.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/reflexions-postpascales-179519

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 06:01

« [Thomas] leur déclara : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous (…), non je ne croirai pas !" Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : "La paix soit avec vous !". Puis, il dit à Thomas : "Avance ton doigt ici, et vois mes mains (…) : cesse d’être incrédule, sois croyant." Alors, Thomas lui dit : "Mon Seigneur et mon Dieu !" Jésus lui dit : "Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu." » (Évangile selon saint Jean, chapitre 20).


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Le soir du jeudi 24 mars 2016 a eu lieu, de manière impressionnante, une opération antiterroriste de grande ampleur dans une rue d’Argenteuil. Reda Kriket a été à cette occasion arrêté, pour avoir stocké de très nombreuses armes destinées à un attentat "imminent". Il bénéficie pour l’instant de la présomption d’innocence.

Le lendemain, vendredi 15 mars 2016, jour du Vendredi Saint pour les chrétiens, ce fut presque normal pour les habitants d’Argenteuil de voir bouclé un autre quartier de leur ville. Pourtant, cela n’avait plus rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Il s’agissait d’assurer la sécurité aux 150 000 voire 200 000 visiteurs, parfois étrangers, venus se pencher sur la tunique d’Argenteuil.

En effet, Mgr Stanislas Lalanne, l’évêque de Pontoise dont dépend la basilique, a décidé d’une ostension exceptionnelle de cette relique du 25 mars au 10 avril 2016.

Exceptionnelle, car cette pièce n’est en principe exposée que deux fois par siècle. La dernière ostension a eu lieu du 14 au 23 avril 1984 (80 000 personnes sont venus la voir) et la précédente du 30 mars au 21 mai 1934. La prochaine était en principe prévue en 2034 et pas en 2016, mais Mgr Lalanne a saisi une triple occasion pour montrer la tunique restaurée au cours du 1er trimestre 2016 : les 50 ans du diocèse de Pontoise, les 150 ans de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil (célébrés le 22 mars 2016), et enfin, le pape François a souhaité le 11 avril 2015 faire de cette année un Jubilé extraordinaire de la Miséricorde (du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016) pour célébrer le cinquantenaire de la clôture du Concile Vatican II (bulle pontificale "Misericordiae vultus" : « L’Église ressent le besoin de garder vivant cet événement. »).

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Le recteur et curée de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil, le père Guy-Emmanuel Cariot, expliquait le pourquoi de cette ostension : « La Sainte Tunique nous met face à la Passion du Christ. Pour les chrétiens, le mystère pascal est bien une grande occasion de "jubiler". La Sainte Tunique nous invite donc à approfondir le mystère de Dieu en plongeant au cœur du mystère de sa Miséricorde infinie. » ("Église en Val-d’Oise" n°321 de janvier 2016).

Mais revenons au bout de tissu lui-même.


Que prétend-on qu’il soit ?

Cette tunique aurait été le vêtement qu’a mis le Christ lorsqu’il a porté la croix durant son supplice et qu’il est allé jusqu’à son lieu de crucifixion. Les quatre bourreaux auraient alors tiré au sort (en jouant aux dés) pour savoir à qui reviendrait cette tunique. Les autres effets du Christ et de ses deux compagnons d’infortune auraient été partagés entre les quatre soldats.

C'est l'Évangile selon saint Jean qui a décrit cette tunique : « Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils firent quatre parts de ses habits, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique : c'était une tunique sans couture, tissée tout d'une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : "Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l'aura." ».


Histoire de la tunique

Les rumeurs non étayées par des preuves tangibles ont affirmé que Ponce Pilate aurait racheté la tunique et l’aurait revendue à des chrétiens. J’imagine avec une belle plus-value ! En fait, la légende dit que Ponce Pilate l’aurait acquise pour la porter lors de sa comparution devant un tribunal à Rome pour ne pas être condamné et qu’il se serait ensuite enfui à Vienne (à côté de Lyon) où il se serait suicidé.

On dit même que Pierre (le premier pape) en aurait été le dépositaire et l’aurait emporté avec lui à Jaffa (Joppé) lorsqu’il a fui Jérusalem. On aurait retrouvé sa trace vers 327 ou 328 avec sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin, puis elle serait restée à Jaffa encore en 590 mais aurait été transférée dans la basilique des Saints-Archanges à Galata, le faubourg nord de Constantinople, avant la conquête de la Palestine par l’empereur sassanide Chosroès II (en 614).

Il faut bien reconnaître que l’absence d’information historique sur la tunique durant les six premiers siècles semblerait correspondre aux datations au carbone 14 même si celles-ci restent incohérentes (voir plus loin).

En 800, sainte Irène, l’impératrice byzantine, aurait offert la tunique en cadeau pour se marier avec Charlemagne qui allait devenir empereur d’Occident et ne faire ensemble qu’un seul empire. Mais Irène se fit déchoir de son trône et dut s’exiler, et le cadeau n’aurait plus eu aucune valeur politique. Charlemagne aurait alors transféré la tunique le 12 août 800 ou en 803 (selon les témoignages) au couvent des bénédictines de Notre-Dame-d’Humilité fondé vers 660 à Argenteuil dont l’abbesse était sa fille, Théodrade. Pour la protéger des Normands venus piller et détruire Argenteuil en 882, la tunique fut cachée par les bénédictines dans un mur de l’abbatiale d’Argenteuil et fut retrouvée par hasard en 1152 ou 1154, après la reconstruction de l’abbaye en 1003 voulue par Adélaïde, la veuve du roi Hugues Capet.

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L’abbaye d’Argenteuil (issue du monastère de bénédictines mais les femmes en ont été expulsées par Suger à cause de l’amour de la prieure Héloïse, première femme de lettres avant Hildegarde de Bingen, pour le théologien Pierre Abélard dont elle a eu un enfant) est devenue une dépendance de l’abbaye de Saint-Denis au XIIe siècle et on en a retrouvé en 1989 des vestiges ainsi que ceux d’une nécropole mérovingienne dans le quartier de la basilique, rue Notre-Dame à Argenteuil, vestiges devenus monuments historiques le 14 novembre 1996 et accessibles au public à partir de 2014.

La première trace authentifiée de la présence de la tunique à Argenteuil remonte à 1156, date de sa première ostension en présence du théologien Hugues III d’Amiens, archevêque de Rouen et légat du pape, proche de Suger, le puissant abbé de Saint-Denis, et du roi de France Louis VII (le père de Philippe Auguste). En revanche, aucun document n’a indiqué que saint Louis (le roi Louis IX) était venu se prosterner devant la tunique lors de ses deux déplacements à l’abbaye d’Argenteuil en 1255 et 1260, ce qui est étonnant.

En 1411, l’abbaye fut incendiée à cause de la Guerre de cent ans, puis reconstruite en 1449. La tunique fit l’objet d’une procession solennelle jusqu’à la basilique Saint-Denis le 1er mai 1529 et d’une autre grande procession à Paris en 1534, à la demande du roi François 1er qui autorisa le 21 janvier 1544 les habitants d’Argenteuil à construire une forteresse pour protéger la tunique, ce qui n’empêcha cependant pas la prise d’Argenteuil par les huguenots le 12 octobre 1567 (en pleine guerre de religion).

La tunique échappa cependant aux exactions et continua à faire l’objet de vénération auprès des rois Henri III, qui décida de la reconstruction de l’abbaye d’Argenteuil, Louis XIII (qui s’y rendit trois fois), des reines Marie de Médicis et Anne d’Autriche, des cardinaux de Bérulle et Richelieu, de la famille de Guise, ainsi que de Marie de Modèle, la femme du roi d’Angleterre déchu.

Chassé par la Révolution de leur monastère, les moines bénédictins d’Argenteuil transférèrent la tunique à l’église paroissiale le 31 mai 1790 puis le père François Ozet, le curé (constitutionnel) d’Argenteuil, qui devait remettre à l’État la châsse en tant qu’argenterie de l’église, décida, pour le sauver en le cachant, de découper le vêtement en plusieurs morceaux le 18 novembre 1793, de confier certains morceaux à des paroissiens et d’en enterrer d’autres dans le jardin du presbytère pour le protéger de la confiscation des biens du clergé. Après deux ans de prison, une fois libéré, le curé ressortit le 14 mai 1795 les morceaux récupérés de la tunique et les fit recoudre (certains morceaux étaient absents et sont encore introuvables) et les ostensions ont repris alors.

L’église paroissiale étant trop vétuste, une autre église fut construite par l’architecte Théodore Ballu entre 1862 et 1865 dans le style néo-roman pour accueillir la tunique le 5 juin 1865 (Ballu construisait au même moment l’église de la Sainte-Trinité dans le 9e arrondissement à Paris). En 1898, le pape Léon XIII érigea cette église en basilique en raison de ses origines mérovingiennes et de la présence de la tunique. Un ostension a eu lieu en 1844, une autre en 1894 et une troisième en 1900.

Classée monument historique le 23 mai 1979, la tunique a encore eu un dernier rebondissement en étant volée en décembre 1983 mais étrangement restituée le 2 février 1984 sans donner lieu à une enquête policière (juste avant l’ostension de 1984).


Authenticité de la tunique

Comme on le voit, il y a eu beaucoup d’incertitudes sur l’origine historique de la tunique et encore en 1984, il aurait même pu y avoir un échange de pièce.

La première enquête d’authentification eut lieu en 1646 organisée par la Congrégation de Saint-Maur. En 1673, Mgr Pierre du Camboust de Coislin, archevêque de Paris, diligenta également une enquête pour connaître les cas de miracle provenant de la tunique.(plusieurs personnes atteintes de paralysie se sont remises à remarcher, en particulier Catherine Potel, une jeune fille de 20 ans, dont les jambes étaient paralysées depuis sept ans et qui retrouva soudainement leur usage après s’être rendue devant la tunique le 16 juillet 1673).

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La science fut utilisée seulement à partir de la fin du XIXe siècle, avec des enquêtes diligentées par l’évêque de Versailles, en 1892 et en 1893, en utilisant les compétences d’un chimiste, d’un pharmacien, et aussi du directeur des teintures des Manufactures nationales des Gobelins.

L’analyse du textile a montré que la tunique était sans couture, de fabrication assez rudimentaire (certains imaginent qu’elle aurait été tissée par sainte Marie, la mère de Jésus, elle-même) et provenait de Palestine. La laine fine d’origine animale fut colorée avant le tissage très régulier (1 400 tours par mètre de fil). Par ailleurs, le tissage est en fils torsadés en Z. Au temps de Jésus en Palestine, le tissage était plutôt en S.

L’analyse des microparticules a montré la présence de pollen provenant de plusieurs plantes de Palestine (une quinzaine), ainsi que la présence d’un carbonate de calcium qui se retrouve dans les pierres de construction à Jérusalem. On a retrouvé aussi des particules de peau humaine et de cheveux. Certains mêmes pollens ont été retrouvés sur le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo.

De 1932 à 1934, avec des photographies en infrarouge, on a pu déterminer l’emplacement des taches de sang qui correspondrait bien à celui qu’aurait pu avoir le Christ en portant la croix. En 1986, on a déterminé le groupe sanguin de ce sang, AB, assez rare, qui est le même groupe que le sang découvert sur le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo. L’analyse ADN réalisée en 2005 indiqua que le sang provenait d’un homme qui a eu un choc traumatique fort et qui était déshydraté.

En 2004, le sous-préfet d’Argenteuil Jean-Pierre Maurice diligenta une datation au carbone 14 réalisée au CEA de Saclay. Les résultats donnèrent une date entre 530 et 650 sous réserve que l’échantillon n’ait pas été pollué (ce qui pouvait être le cas avec les incendies, l’humidité due à l’enterrement, les transports etc.). Un autre fragment du même échantillon a été analysé au carbone 14 par une société privée qui a établi la date entre 670 et 880. Cette datation n’est pas cohérente avec le premier fragment car les deux intervalles obtenus ne se recoupent pas.


Visite personnelle

Par curiosité, je suis allé voir cette tunique le samedi 2 avril 2016. Il pleuvait et j’ai dû attendre trois quarts d’heure, ce qui ne me paraissait pas très long quand je compare parfois aux files d’attente pour certaines expositions au Grand Palais à Paris (j’ai souvenir notamment de celle sur Georges de La Tour du 3 octobre 1997 au 26 janvier 1998). Par ailleurs, de jeunes scouts venaient régulièrement proposer à ceux qui attendaient des parts de gâteau fait maison et du café ou chocolat chauds. Il y avait même des crêpes.

J’ai vu beaucoup de nationalités parmi la foule des visiteurs, des Indiens, des Européens de l’Est (des Polonais, des Roumains, etc.) et aussi beaucoup de chrétiens orthodoxes. Le fait même qu’autant de personnes (150 000 à 200 000 personnes sont attendues) ont fait le déplacement, parfois de très loin, est lui-même une réalité sociologique. Qu’est-ce qui pousse une personne à venir à Argenteuil pour l’ostension ?

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Je n’ai pas ressenti d’émotion particulière, peut-être parce que la tunique n’était pas très visible, assez éloignée et protégée par du verre qui reflétait la lumière, mais aussi parce qu’on ne peut pas rester longtemps devant la relique en raison du flux continu de visiteurs (il faut vite dégager l’espace pour les autres et limiter le temps d’attente dans la queue). Néanmoins, si ce morceau de tissu, rapiécé et restauré, était vrai, il y aurait de quoi être très ému, autant voire plus que d’observer le buste de Néfertiti au Neues Museum de Berlin.

Mais je me moque un peu de savoir si cette tunique est authentique ou pas. Si ce l’était, cela aurait bien sûr un intérêt formidable mais pas religieux, plutôt historique. La tunique d’Argenteuil, comme le linceul de Turin, ne sont pas des éléments de foi, c’est-à-dire que la foi chrétienne ne repose pas sur leur authenticité. D’ailleurs, l’Église est toujours restée très prudente sur ce sujet et a été la première à vouloir faire les analyses scientifiques poussées avec les moyens technologiques modernes.

Il est d’ailleurs très probable que ces vêtements fussent des faux du VIe ou VIIe siècle qui avaient des objectifs peut-être pécuniaires (la possession d’une relique enrichissait beaucoup la paroisse ou l’abbaye en raison de l’afflux de pèlerins et le trafic de reliques devait sûrement être fructueux).

Mgr Stanislas Lalanne l’a d’ailleurs exprimé ainsi : « D’autres [recherches scientifiques] seront encore menées, et elles sont tout à fait légitimes et instructives. Les travaux des historiens et des différentes disciplines scientifiques se conjuguent pour réfléchir, analyser… Mais ce n’est pas l’essentiel. Notre foi chrétienne ne repose pas sur l’authenticité de la Sainte Tunique. Celle-ci n’est pas de l’ordre du dogme, même si elle représente un appui solide pour notre foi, car il est important d’avoir des attestations et des traces. (…) L’ostension ne doit pas simplement être un événement réussi : elle doit être un événement porteur de sens et de dynamisme pour nous apprendre à mieux vivre fraternellement. » (12 novembre 2015).


La paix et le pardon

Je termine cette présentation succincte justement avec le message de l’évêque de Pontoise qui n’est pas un message de dévotion mais de paix et de pardon. Mgr Stanislas Lalanne ne considère effectivement pas que l’authenticité de la tunique soit un élément déterminant, car elle est avant tout une image, un symbole qui prête à réfléchir, qui donne l’occasion de réfléchir.

Dans une conférence de presse le 12 novembre 2015, voici ce qu’il disait à ce propos : « La Tunique est un signe, pour nous chrétiens, que le Christ s’est engagé jusqu’au bout, jusqu’au don total de lui-même. La Passion et la croix de Jésus sont comme la signature, pour nous chrétiens, de sa vie donnée pour le salut de tous les hommes. Nous croyons fermement qu’il n’a pas choisi la violence, qu’il a fait confiance en Dieu son Père et qu’il a  pardonné à ses bourreaux. ».

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Et il ajoutait : « La mémoire de cet événement est essentielle pour nous et pour notre monde, marqué par la violence, par la division et souvent par les haines. Son message s’adresse à tous, et pas uniquement aux fidèles catholiques. Il porte au-delà des clivage des cultures, au-delà des oppositions et des différences de religions. Nous poursuivons ensemble ce travail commun pour que la paix advienne et que la violence soit dépassée. Je considère que l’ostension de la Sainte Tunique est une occasion privilégiée de vivre cette dimension. ». J’ajouterais que cet effort de mémoire se fait comme doit se faire aussi l’effort de mémoire pour la Shoah. Visiter Auschwitz me paraît tout aussi essentiel pour prendre en compte l’extrême violence dont l’être humain peut prendre le visage.

Au-delà de la paix et d’un monde sans violence, l’évêque invitait aussi au pardon : « Un autre message de la Sainte Tunique est l’invitation au pardon. Le pardon est vital pour chacun et pour la vie en société. Ce qui est vrai dans nos vies personnelles l’est aussi pour nos communautés, nos institutions. » (12 novembre 2015).


Informations pratiques

La basilique Saint-Denys d’Argenteuil, située au 17 rue des Ouches, se trouve à dix minutes de Paris (train au départ de la gare de Saint-Lazare). La tunique peut être visitée tous les jours de 10 heures à 22 heures jusqu’au dimanche 10 avril 2016 à 17 heures, sauf durant la messe quotidienne, les jours de la semaine à 19 heures, le samedi 9 avril à 12 heures et le dimanche 10 avril à 11 heures. Par ailleurs, la basilique restera ouverte pour une veillée avec les jeunes toute la nuit du samedi 9 au dimanche 10 avril.

Après le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, le dimanche 27 mars 2016 (à Pâques), et le cardinal Andre Vingt-Trois, archevêque de Paris, le lundi 4 avril 2016, d’autres prélats viendront animer la messe à Argenteuil à l’occasion de l’ostension, en particulier Mgr Rabban Al Qas, évêque de Dohuk, dans le nord de l’Irak, ce mardi 5 avril 2016 à 19 heures (en rite chaldéen), et le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la disciple des sacrements, ce dimanche 10 avril 2016 à 11 heures.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pape François.
La Passion.
Calendrier au jour le jour de l’ostension.
Histoire de la tunique.
Réflexions postpascales.
Formose et son jugement cadavérique.
Concile Vatican II.

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 06:27

« Une cérémonie abominable suivit, où le mort fut dégradé, dépouillé des vêtements pontificaux auxquels collaient les chairs putréfiées, jusqu’au cilice que portait ce rude ascète ; les doigts de sa main droite furent coupés, ces doigts indignes qui avaient béni le peuple. » (Daniel-Rops, "L’Église des temps barbares", 1950).


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Le 4 avril 896, il y a exactement 1 120 ans, le pape Formose est mort. Né il y a environ 1 200 ans, vers l’an 816, ce pape assez particulier, ascète à la vie exemplaire et doté d’une grande culture, très apprécié du peuple de Rome, eut une destinée si extraordinaire qu’il fut encore un élément d’attention après sa mort.

Aux IXe et Xe siècles, la vie d’un pape n’était pas de tout repos et n’avait pas grand chose à voir avec les papes d’aujourd’hui. Univers impitoyable où quelques souverains de l’Europe donnaient le climat, la vie physique des papes ne tenait parfois qu’à un fil.

À la naissance assez peu connue (certains l’ont dit originaire de Rome, d’autres de Corse), Formose fut évêque de Porto en 864 et a eu des missions du Vatican en Bulgarie en 866, en France en 869 et en 872, et à Constantinople. Formose rencontra le roi Charles II le Chauve pour l’encourager à se faire sacrer empereur par le pape, sur le trône de Charlemagne.

Le 14 décembre 872, Formose se sentit apte à devenir pape mais ne fut pas élu. Le pape élu, Jean VIII, s’est alors acharné contre lui (qui lui contestait l’élection) en convoquant un synode, ce qui obligea Formose à revenir de Bulgarie. Formose fut alors accusé d’avoir voulu devenir archevêque de Bulgarie et pape, alors qu’il n’aurais pas dû quitter son diocèse de Porto (dont il était l’évêque) sans l’autorisation du pape. Pour ces raisons, il fut excommunié par Jean VIII en juillet 872.

Boris Ier, le roi de Bulgarie, avait souhaité que Formose fût évêque de Bulgarie, ce qui fut refusé par les papes Nicolas Ier et Adrien II en raison du droit canon. Plus tard, le pape Étienne V imposa le latin dans la liturgie au détriment de la langue slavone, ce qui a plongé la Bulgarie dans la zone d’influence byzantine.

Jean VIII a dirigé onze conciles pour discipliner le clergé, a prononcé de très nombreuses excommunications le rendant très impopulaire et il a couronné trois empereurs : Charles II le Chauve, Louis II le Bègue et Charles III le Gros. Parce qu’il était détesté même du clergé, Jean VIII a dû s’exiler en 878 à Arles (Louis II le Bègue lui refusa la couronne impériale) avant de retourner à Rome en 881.

En 878, l’excommunication de Formose fut levée sous condition de ne jamais retourner à Rome ni d’exercer des fonctions sacerdotales. Jean VIII mourut le 16 décembre 882 assassiné à coups de marteau par ses proches après avoir été empoisonné.

Le pape Marin Ier élu en 883 réhabilita Formose comme évêque de Porto et finalement, Formose fut élu pape le 6 octobre 891 succédant aux papes Adrien III et Étienne V. Comme Arnulf refusa d’aider le pape assiégé en Italie, Étienne V proposa à Guy de Spolète la couronne impériale.

Comme pape, Formose se trouva dans une Europe en pleine confusion. Si le schisme d’Orient fut évité par Jean VIII en légitimant le patriarche de Constantinople Photius, ce dernier fut évincé le 25 décembre 886 au profit d’Étienne Ier de Constantinople, le fils de l’empereur Basile Ier. En France, la couronne était contestée entre les Carolingiens (Charles III le Simple, qui avait le soutien de Formose, fut roi des Francs du 3 janvier 898 au 29 juin 922) et les Capétiens (Eudes, premier roi "capétien" des Francs, du 29 février 888 au 3 janvier 898) qui finirent par prendre définitivement le pouvoir en France un siècle plus tard (avec Hugues Capet).

La couronne impériale fut également très disputée entre deux clans. Si Formose n’a pas pu éviter de sacrer empereur Guy III de Spolète en avril 892 (il était roi d’Italie), à la mort de ce dernier, le 12 décembre 894, si son fils Lambert de Spolète a prit la succession impériale, Formose de son côté incita Arnulf Ier de Carinthie à reconquérir l’Italie contre les Spolétains dès 894 et à reprendre la couronne impériale le 22 février 896. Les Spolétains étaient opposés à la fois aux Carolingiens et à Formose.

Le 4 avril 896, Formose est mort peu de temps après le départ d’Arnulf frappé de paralysie, mais on ne lui a pas permis le repos éternel. Son deuxième successeur Étienne VI, élu pape en mai 896, sous la pression de Lambert de Spolète voulant se venger, décida d’organiser un véritable procès posthume de son prédécesseur Formose.

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Cet étrange procès a eu lieu en janvier 897 et on l’appela le "Concile cadavérique". On exhuma le cadavre de Formose, on l’habilla de ses habits pontificaux et on l’installa sur son trône. En face, le pape Étienne VI jouait le rôle du procureur et Formose n’eut droit qu’à un simple diacre comme avocat. Étienne VI reprit les accusations de Jean VIII et condamna Formose à ne plus être pape, et à annuler toutes ses décisions, en particulier, toutes les consécrations, nombreuses, d’évêques. En effet, Formose ne pouvait pas devenir évêque de Rome alors qu’il était déjà évêque de Porto.

Pour comprendre ce qui a motivé Étienne VI dans cette mascarade, c’était son propre sort. En effet, le droit canon interdisant à un évêque d’échanger son diocèse avec un autre, Étienne VI n’aurait pas dû être élu pape puisqu’il était déjà évêque d’Agnani. Mais il avait été consacré évêque justement par le pape Formose. En annulant tous les actes de Formose, Étienne VI se voyait ainsi démis de son diocèse d’Agnani et pouvait donc prétendre au diocèse de Rome.

Pour sanction très macabre, on retira les vêtements pontificaux du cadavre et on lui coupa les trois doigts de la main droite servant aux bénédictions papales. On jeta le reste du corps dans le Tibre et il fut récupéré par chance par un pêcheur. On attendit la mort d’Étienne VI en août 897 (il fut déposé et étranglé dans sa prison) et l’élection du pape Théodore II pour inhumer Formose dans la Basilique Saint-Pierre et on interdit le principe de juger des morts.

Néanmoins, le pape Serge III, qui fut le confident d’Étienne VI et partagea sa haine de Formose, reprit les condamnations contre Formose et il aurait alors fait de nouveau déterrer son corps, le décapiter, couper les trois doigts de la main gauche servant encore à consacrer et éliminer définitivement le cadavre. Cette version est historiquement contestée.

Il faut aussi rappeler qu’entre 896 et 904, les papes se succédèrent dans une lutte acharnée entre partisans de Formose et partisans des Spolétains. C’était une véritable guerre des clans entre les Carolingiens en perte d’influence et la puissante aristocratie romaine voulant imposer le pape et l’empereur. Les considérations religieuses étaient assez faibles face aux considérations politiques. Ainsi, Serge III avait échoué d’être pape en janvier 898 face à Jean IX qui réhabilita Formose à la suite de Théodore II.

Élu pape le 29 janvier 904, Serge III fut considéré comme auteur de plusieurs assassinats et fit commencer une période très trouble des pontificats qu’on appela "pornocratie" car deux femmes, Theodora et sa fille Marozia, ont pu influencer de manière durable les affaires romaines. Serge III fut ainsi le père d’un futur pape, Jean XI, qu’il a eu avec Marozia qui elle-même a "imposé" douze papes de 904 à 963 sur quatre générations. Les actes de Serge III furent plus tard annulés par l’Église.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pape François.
Pape Benoît XVI.
Pape Jean-Paul II.
Pape Paul VI.
Pape Jean XXIII.
Concile Vatican II.
Pape Formose.

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17 octobre 2015 6 17 /10 /octobre /2015 06:46

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » (Article 10 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen proclamée le 26 août 1789).


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Il y a exactement trois cent trente ans, le 17 octobre 1685, le roi Louis XIV a signé l’Édit de Fontainebleau qui révoqua l’Édit de Nantes signé par son grand-père Henri IV le 13 avril 1598. La répression contre les protestants fut très forte et réanima les guerres de religion. Il a fallu attendre le 9 décembre 1905 pour trouver une pacification religieuse en France, après la déclaration générale de liberté du culte intégrée dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 (article 10).

Les conséquences de ces persécutions furent très importantes. Ainsi, près de 800 000 Français protestants s’exilèrent hors des frontières françaises malgré l’interdiction de Louis XIV qui promettaient aux réfugiés les galères s’ils étaient arrêtés. Ce fut une émigration massive qui fut une chance pour les pays d’accueil. Eh oui, encore une immigration positive, tant pis pour les Cassandre qui sans arrêt saturent les médias pour évoquer un supposé "grand remplacement", crainte criante voire hurlante qui ne se comprend que dans leur manque de confiance en eux et dans leur incapacité à se sentir bien avec leur propre identité, sentiment de faiblesse et antipatriotique par excellence.


Guerres de religion et postures politiques

Revenons à 1685. Ou plutôt à 1598. L’Édit de Nantes n’a pas été une mesure de tolérance voulue par Henri IV. Il faut plutôt le comprendre comme le résultat d’une longue négociation dans le but de pacifier la France en stoppant les guerres de religion et d’encourager sa prospérité économique.

D’autres textes royaux avaient déjà été signés antérieurement concernant les protestants, et notamment pour accorder la liberté de pratiquer leur culte, comme l’Édit de Saint-Germain-en-Laye du 17 janvier 1562 (Charles IX n’avait que 12 ans, le texte avait été préparé par la régente Catherine de Médicis et son Chancelier Michel de L’Hospital), en échange de la restitution des lieux de culte occupés, édit qui fut amendé par l’Édit d’Amboise du 19 mars 1563 (le duc de Guise, François de Lorraine, avait fait massacrer une cinquantaine de protestants à Vassy le 1er mars 1562), ainsi que l’Édit de Longjumeau du 23 mars 1568, supprimé par l’Édit de Saint-Maur du 23 septembre 1568, et le Traité de Saint-Germain-en-Laye du 8 août 1570.

Puis, est survenu le massacre de la Saint-Barthélemy le 24 août 1572, qui fut la conséquence d’une paix rejetée par les catholiques, de l’impopularité du mariage du futur Henri IV le 18 août 1572 (avec la fameuse reine Margot,sœur de Charles IX : elle catholique, lui protestant n’ayant pas le droit d’entrer dans une église catholique, ils se marièrent sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris), et de l’attentat contre Coligny le 22 août 1572 (Coligny fut soupçonné d’avoir été le commanditaire de l’assassinat du duc de Guise le 18 février 1563, et fut finalement lui-même assassiné lors du massacre de la Saint-Barthélemy), massacre qui engendra jusqu’à 30 000 morts dans toute la France selon certaines estimations (Ambroise Paré en a réchappé), et cela a ensuite abouti à une paix formalisée par l’Édit de Boulogne du 11 juillet 1573.

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L’origine du massacre de la Saint-Barthélemy pourrait être la peur de la famille royale de se retrouver seule dans Paris, sans défense après le départ des Guise de Paris (pour protester contre les concessions aux protestants et le retour en grâce de Coligny). Pour éviter une émeute, ils auraient alors décidé d’éliminer préventivement tous les chefs militaires protestants à Paris, puis, avec l’agitation, le peuple a lynché tous les protestants qu’il croisait. Cette version reste encore en discussion chez les historiens.

Une petite parenthèse sur Coligny qui avait pris beaucoup d’ascendant sur le jeune roi Charles IX, sans doute au grand dam de sa mère Catherine de Médicis, et qui avait rejoint le parti de la réforme aux côtés du prince de Condé (assassiné le 13 mars 1569). Après avoir retrouvé grâce auprès du roi, Coligny, blessé au bras et à la main par l’attentat deux jours avant, fut tout de même assassiné chez lui, près du Louvre, son corps dénudé fut ensuite jeté par la fenêtre à la foule, émasculé et décapité dans la cour, puis le reste du corps fut traîné dans les rues de Paris, plongé trois jours dans la Seine et enfin, décomposé, il fut pendu à un gibet par les pieds. En clair, les assassins de Daech n’ont rien inventé

Bref, une longue série d’édits a été signée par Charles IX puis son frère Henri III soit pour donner des droits aux protestants, soit pour les leur retirer, en fonction des circonstances, le tout dans un climat très tendu d’opposition frontale entre catholiques et protestants (les guerres de religion ont eu lieu de 1562 à 1598). Certains édits ont été carrément rejetés par le Parlement de Paris, ou plus généralement par le peuple, d’autres n’ont volontairement jamais été appliqués par le roi.


L’Édit de Nantes du 13 avril 1598

La différence, en 1598, c’est que Henri IV était un ancien protestant (converti le 25 juillet 1593 pour accéder au trône de France, et qui avait déjà abjuré le protestantisme le 26 septembre 1572 pour se protéger d’un éventuel autre massacre) et il avait la ferme volonté de pacifier le pays entre catholiques et protestants. L’Édit de Nantes du 13 avril 1598 a donc fait date dans l’Histoire de France car il a réglé la question des guerres de religion, ce qui n’était pas une mince affaire. Il conserva le catholicisme comme religion d’État du royaume mais accorda aux protestants la liberté de culte ainsi que cent quarante-quatre places fortes (dont La Rochelle, Montpellier, Nîmes, Montauban, Sedan, Royan, Saumur, Bergerac, Niort, Cognac, Alès, Briançon, etc.).

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Néanmoins, l’Édit de Nantes fut peu populaire, contesté tant du côté des catholiques pour les concessions faites que du côté protestants qui trouvaient ne pas avoir obtenu beaucoup de droits. Au contraire, certaines régions du pays ont pu se recatholiciser et la confirmation de l’existence d’une religion officielle conforta le principe de la monarchie absolue de droit divin.

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Très réticent, le Parlement de Paris ne l’a enregistré que le 25 février 1599. Les autres parlements de pays d’états l’ont enregistré au cours de l’année 1600. Encore une parenthèse avec la situation actuelle : cette nécessité de "ratification" d’un édit (ici traité de paix) par l’ensemble des parlements locaux fait étrangement écho au principe de l’Union Européenne dont chaque traité doit être ratifié par la suite par les parlements de chaque État membre.


Une tolérance pour des raisons de politique étrangère

Le successeur (et fils) de Henri IV, à savoir Louis XIII, poursuivit cette politique de conciliation avec l’Édit de Montpellier signé le 19 octobre 1622 dont le but était de stopper la révolte des huguenots dirigés par le duc de Rohan. D’autres révoltes huguenotes ont eu lieu et d’autres traités ont été signés pour rétablir la paix (à Paris, le 5 février 1626, à Alès le 28 juin 1629). L’Édit d’Alès a supprimé en particulier la possibilité de places fortes pour les protestants.

Toutefois, Richelieu voulut préserver l’Édit de Nantes pour des raisons diplomatiques, car il souhaitait préserver son alliance avec les princes allemands (protestants) et avec la Suède dans la Guerre de Trente ans (en raison de sa confrontation avec les Habsbourg).

Mazarin continua une politique favorable aux huguenots surtout pour maintenir une neutralité anglaise (à l’époque, Cromwell avait pris le pouvoir) dans le conflit entre la France et l’Espagne. Beaucoup de huguenots avaient d’ailleurs soutenu le roi lors de la Fronde. À partir de 1659, Mazarin est devenu moins conciliant avec les protestants. La mort de Mazarin le 9 mars 1661 renforça les édits contraignants contre les protestants.


Supprimer le "problème" huguenot

L’arrivée au pouvoir du jeune roi Louis XIV bouleversa ce fragile équilibre. Très rapidement, il fit appliquer scrupuleusement l’Édit de Nantes dans le sens que tout ce qui n’y était pas autorisé fut interdit aux protestants. La Guerre de Hollande (le 29 juin 1673, Louis XIV s’est emparé de Maastricht où D’Artagnan est mort quelques jours plus tôt) et le Traité de Nimègue du 10 août 1678 consacrèrent la France comme grande puissance de l’Europe (même si elle n’a pas réussi à conquérir les Pays-Bas calvinistes), ce qui conforta Louis XIV dans son pouvoir et multiplia les conversions catholiques des notables protestants. La France a retrouvé la paix avec l’Espagne le 17 septembre 1678, avec le Saint-Empire Romain Germanique le 5 février 1679, avec le Brandebourg le 20 juin 1679, avec le Danemark le 2 septembre 1679 et avec la Suède le 26 novembre 1679.

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Très hostile à la "religion prétendument réformée" (RPR), Louis XIV encouragea à partir de 1681 (jusqu’en 1686) les "dragonnades" (ordonnance du 11 avril 1681), souhaitées par Louvois mais réprouvées par Colbert (qui n’empêcha rien car il mourut le 6 septembre 1683), commandées entre autres par le marquis de Boufflers et le duc de Noailles. C’étaient des persécutions cruelles pour obliger par la force, parfois sous la torture, les protestants à abjurer et se convertir au catholicisme, ce qui a provoqué de nombreux assassinats mais aussi des centaines de milliers de conversions (elles furent donc efficaces). Les premières vagues d’émigration des protestants se firent en 1679 vers l’Angleterre et les Provinces-Unies (équivalentes aux Pays-Bas actuel).

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Sur le plan extérieur, Louis XIV devait également donner quelques gages de catholicisme et de fidélité au pape Innocent XI pour faire oublier que la "Fille aînée de l’Église" ne fût pas présente pour aider l’Autriche contre l’empire ottoman au siège de Vienne, levé le 12 septembre 1683.


L’Édit de Fontainebleau du 17 octobre 1685

Ce fut dans ce contexte de volonté d’unifier le royaume (une seule foi, une seule loi, un seul roi ; Bossuet : « Désobéir au roi, c’est désobéir à Dieu lui-même ! ») que Louis XIV, convaincu que le mouvement général de conversions était une large réussite, a signé le 17 octobre 1585 l’Édit de Fontainebleau qui révoqua l’Édit de Nantes : « Dieu ayant enfin permis que nos peuples jouissent d’un parfait repos et que nous-mêmes, n’étant pas occupés des soins de les protéger contre nos ennemis (…), nous voyons présentement, avec la juste reconnaissance que nous devons à Dieu, que nos soins ont eu la fin que nous nous sommes proposés, puisque la meilleure et la plus grande partie de nos sujets de ladite RPR ont embrassé la Catholique. Et d’autant qu’au moyen de l’exécution de l’Édit de Nantes et de tout ce qui a été ordonné en faveur de ladite RPR demeure inutile, nous avons jugé que nous ne pouvions rien faire de mieux pour effacer entièrement la mémoire des troubles, de la confusion et des maux que le progrès de cette fausse religion a causés dans notre royaume et qui ont donné lieu audit édit et à tant d’autres édits et déclarations qui l’ont précédé ou ont été faits en conséquence, que de révoquer entièrement ledit Édit de Nantes. » (17 octobre 1685).

Il est probable que Madame de Maintenon, pourtant très catholique, ne fût pas du tout à l’origine de cette décision alors que les "temporisateurs", Anne d’Autriche et Colbert étaient déjà morts (respectivement en 1666 et 1683). Louvois a contresigné cet édit qui interdit désormais le protestantisme sur tout le territoire français sauf en Alsace. Le Parlement de Paris a enregistré rapidement l’Édit de Fontainebleau, dès le 22 octobre 1585.

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Les conséquences de l’Édit de Fontainebleau furent désastreuses pour l’économie française dans les décennies voire siècles qui ont suivi. En effet, à court terme, le roi a dû faire face à des révoltes et des soulèvements (en particulier aux Cévennes). Mais sur le long terme, ce fut toute une part de la richesse du royaume qui "s’évapora" : au moins 200 000 protestants quittèrent la France dans les années qui suivirent l’Édit de Fontainebleau pour s’établir dans des lieux moins hostiles à la Réforme. Les pays étrangers furent déconcertés et choqués par une telle répression française. Celle-ci diminua dans les faits à partir de 1698 selon la volonté de Louis XIV un peu dépassé par les événements, et ce fut Louis XVI qui mit juridiquement fin à la répression avec l’Édit de Versailles du 7 novembre 1787 (plus d’un siècle plus tard !).


Émigration massive de la population française à la fin du XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle

Cette émigration massive fut une véritable chance pour les pays d’accueil et contribua à leur prospérité lors de la révolution industrielle. Environ 1% de la population française a quitté définitivement la France, provenant de l’élite, pour s’établir en Angleterre, aux Pays-Bas, en Prusse et aussi en Amérique.

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Le duc de Prusse et grand électeur de Brandebourg, Frédéric-Guillaume Ier de Hohenzollern (arrière-grand-père du fameux Frédéric II de Prusse), profita des persécutions pour accueillir les réfugiés protestants français, notamment par l’Édit de Potsdam du 8 novembre 1585 (soit seulement trois semaines après la révocation de l’Édit de Nantes). Il proposa aux protestants français de les accueillir sur le territoire prussien et brandebourgeois.

Au delà d’un "visa", il accorda aux protestants français une exonération fiscale de dix ans (!), l’autorisation de pratiquer leur religion en français selon la liturgie des églises réformées françaises. L’objectif de Frédéric-Guillaume Ier fut de compenser les grosses pertes démographiques dues à la Guerre de Trente ans et de dynamiser certains secteurs économiques. (L’Allemagne de 2015 semble donc dans cette même tradition d’accueil humanitaire à objectifs économiques).

Cette ouverture des frontières favorisa également la venue des protestants persécutés de Russie ou de Bohême. Potsdam fut transformé en une "plaque tournante" de l’immigration européenne. Malgré l’éloignement géographique et culturel, le Brandebourg accueillit de 1685 à 1731 environ 20 000 protestants français , pour moitié à Berlin même, sur les 60 000 migrants français ayant choisi de se réfugier dans les États allemands. Plus de 3 000 protestants de Metz s’installèrent ainsi à Berlin au début de cette période pour participer à l’essor de la ville. Il faut préciser que Berlin ne comptait plus que 6 000 habitants et que les réfugiés appartenaient à l’élite intellectuelle (ingénieurs, chefs d’entreprise, scientifiques, militaires, etc.). Ils y ont implanté plusieurs manufactures.

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Parmi les descendants de ces migrants français en Allemagne, on peut citer Dorothée Viehmann (qui inspira les frères Grimm pour certains de leurs contes qui transmettaient donc des histoires d’origine française et pas allemande), Lothar de Maizière, dernier Premier Ministre de la République Démocratique d’Allemagne (RDA), le premier démocratiquement élu, du 12 avril 1990 au 2 octobre 1990, son cousin Thomas de Maizière, actuel Ministre fédéral de l’Intérieur en Allemagne (depuis le 28 octobre 2009, sauf du 3 mars 2011 au 17 décembre 2013 où il était à la Défense), et à ce titre, aux prises avec le dossier de la crise des réfugiés en Europe. Tous les deux sont des descendants d’huguenots venus de Maizières-lès-Metz en Lorraine.

D’autres protestants français ont émigré dans d’autres pays, en particulier l’Angleterre, les Pays-Bas, les États-Unis, le Canada et même l’Afrique du Sud (des viticulteurs bordelais y ont produit du vin local), l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Ce fut le cas de Denis Papin, mathématicien calviniste, l’inventeur de la machine à vapeur et d’un sous-marin, qui s’exila à Londres dès 1675. Parmi les descendants d’huguenots aux États-Unis, de grands noms comme… Éleuthère Irénée du Pont de Nemours (né à Paris, fils d’un huguenot qui a émigré aux États-Unis seulement en 1799), mais aussi Franklin Delano Roosevelt et Warren Buffet.


L’immigration, richesse imprévue

Encore une fois, l’exemple historique de l’émigration massive des huguenots français vers des pays qui ont bénéficié de leur apport pour la révolution industrielle est un exemple parmi d’autres (comme l’émigration irlandaise au XIXe siècle) qui démontrent que les pays d’accueil ont factuellement toujours été bénéficiaires d’une forte immigration, et cela malgré de grandes différences en culture, langue, religion, etc. et malgré, parfois, une forte réticence d’une partie de la population du pays d’accueil, toujours encline à la xénophobie voire au racisme.

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Que cet exemple fasse aussi réfléchir aux défis d’aujourd’hui, en particulier à cette nouvelle "guerre de religion" que le Daech est en train de mener contre tous les "infidèles" et qui a provoqué un déplacement massif de populations dans le monde arabe (un quart de la population totale de la Syrie par exemple).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 octobre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis XIV.
Marignan.
L’émigration irlandaise.
La crise des réfugiés en Europe.
La laïcité depuis 1905.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20151017-revocation-edit-nantes.html

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29 septembre 2015 2 29 /09 /septembre /2015 06:57

« Voici arrivée l'heure où s'impose une halte, un moment de recueillement, de réflexion, quasi de prière : repenser à notre commune origine, à notre histoire, à notre destin commun. Jamais comme aujourd'hui, (…) n'a été aussi nécessaire l'appel à la conscience morale de l'homme. Car le péril ne vient, ni du progrès, ni de la science, qui, bien utilisés, pourront (…) résoudre un grand nombre des graves problèmes qui assaillent l'humanité. (…) Le vrai péril se tient dans l'homme, qui dispose d'instruments toujours plus puissants, aptes aussi bien à la ruine qu'aux plus hautes conquêtes. » (Discours de Paul VI à l’Organisation des Nations Unies à l’occasion du vingtième anniversaire de l’Organisation, le 4 octobre 1965).



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Jamais dans ce monde si mouvementé, si troublé, si agité par les guerres, le terrorisme, la crise économique et sociale, jamais les paroles de la philosophe Simone Weil n’ont été aussi nécessaire qu’aujourd’hui : « Seul est éternel le devoir envers l’être humain comme tel. ». La semaine dernière, le pape François a sans aucun doute répondu à ce besoin à l’occasion de deux discours historiques.

Et c’est certainement le rôle du pape de rappeler de temps en temps le devoir envers l’être humain. Au contraire de la plupart des chefs d’État plus préoccupés par les circonstances à court terme, par le jeu électoral, par les visions à la petite semaine, et parce qu’il n’a rien de matériel à marchander, le pape, plus que d’autres, a la capacité de prononcer des discours avec une vision large, globale et à long terme, comme tous les grands leaders du monde devraient avoir (et comme aussi des scientifiques tels que Bernard d’Espagnat).

C’est ce qu’a fait le pape François lors de son petit périple sur le continent américain, "son" continent, qu’il a commencé à La Havane le 20 septembre 2015 (où il a rencontré dans sa retraite Fidel Castro : « C’est mon devoir de bâtir des ponts et d’aider tous les hommes et toutes les femmes, de toutes les manières possibles, à faire de même. », a-t-il évoqué le 24 septembre 2015), qu’il a poursuivi lors d’une visite officielle aux États-Unis (il a rencontré Barack Obama le 22 septembre 2015), et qu’il a achevé aux Nations Unies.

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Durant son passage, il a reçu les ovations des peuples qu’il a rencontrés, une ferveur qui rappelle celle de Jean-Paul II, le pape voyageur, qu’il n’égalera pas simplement parce qu’il n’en aura pas le temps (il aura 79 ans en décembre). Après avoir prononcé un discours historique au Parlement Européen le 25 novembre 2014 à Strasbourg, il vient de se rendre dans deux enceintes essentielles, au Congrès des États-Unis à Washington le 24 septembre 2015 (accueilli par Joe Biden, Vice-Président des États-Unis et à ce titre, Président du Sénat américain) et à l’Assemblée générale de l’ONU à New York le 25 septembre 2015 (accueilli par Ban Ki-Moon, Secrétaire Général de l’ONU).

J’évoque dans cet article le contenu de ces deux discours historiques dont la densité la rigueur intellectuelles ne peuvent pas étonner de la part d’un pape.


Discours devant le Congrès américain le 24 septembre 2015

C’est la première fois qu’un pape s’est exprimé devant le Congrès des États-Unis. Celui-ci rassemble les deux assemblées, la Chambre des Représentants et le Sénat.

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Le pape François n’est pas une personnalité à mettre sa langue dans sa poche. C’est pour cela qu’il ne varie pas l’orientation de ses discours en fonction de ses interlocuteurs, aussi amis soient-ils, aussi protocolaire soit l’exercice. Je ne suis donc pas étonné que le pape a insisté sur le plus grand anachronisme de la société américaine : la peine de mort. Comment est-il possible qu’un peuple qui se dise éclairé des principes de liberté et de responsabilité individuelles puisse encore accepter le principe de la peine de mort ?

Pour les abolitionniste, la position du pape, celui-ci comme tous ses prédécesseurs, n’est pas exceptionnelle. L’Église catholique a toujours défendu le principe de protection de la vie humaine et aussi la capacité de rédemption de tout être humain, même les plus cruels. C’est en revanche moins fréquent que le pape se déplace jusqu’au cœur de la démocratie américaine pour le dire les yeux dans les yeux au législateur américain.

Les paroles pontificales ont été d’autant plus fortes qu’elles n’ont pas eu l’air de trop marteler : « La Règle d’Or [voir plus bas] nous rappelle aussi notre responsabilité de protéger et de défendre la vie humaine à chaque étape de son développement. Cette conviction m’a conduit, depuis le début de mon ministère, à défendre, à différents niveaux, la cause de l’abolition mondiale de la peine de mort. Je suis convaincu que ce chemin est le meilleur, puisque chaque vie est sacrée, chaque personne humaine est dotée d’une dignité inaliénable, et la société ne peut que bénéficier de la réhabilitation de ceux qui sont reconnus coupables de crimes. Récemment, mes frères Évêques, ici aux États-Unis, ont renouvelé leur appel pour l’abolition de la peine de mort. Non seulement je les soutiens, mais aussi j’apporte mes encouragements à tous ceux qui sont convaincus qu’une juste et nécessaire punition ne doit jamais exclure la dimension de l’espérance et l’objectif de la réhabilitation. ».

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Le discours du pape (texte intégral ici) était articulé autour de quatre figures historiques américaines, Abraham Lincoln (assassiné il y a cent cinquante ans), Martin Luther King, Dorothy Day et Thomas Merton.

Son premier sujet était le fondamentalisme religieux à combattre absolument.

Ce n’est pas anodin que ce soit justement un chef religieux, écouté et apprécié, qui le dise. Aucune religion ne devrait prôner la guerre : « Notre monde devient de plus en plus un lieu de violent conflit, de haine et d’atrocités brutales, perpétrées même au nom de Dieu et de la religion. Nous savons qu’aucune religion n’est exempte de formes d’illusion individuelle ou d’extrémisme idéologique. Cela signifie que nous devons faire spécialement attention à tout type de fondamentalisme, qu’il soit religieux ou de n’importe quel autre genre. Un équilibre délicat est nécessaire pour combattre la violence perpétrée au nom d’une religion, d’une idéologie ou d’un système économique, tout en sauvegardant aussi la liberté religieuse, la liberté intellectuelle et les libertés individuelles. ».

Mais là encore, il ne s’agit pas de dire qu’il y a des bons ou des méchants, et c’est dans l’enceinte du pays qui a conçu l’idée de "l’Axe du Mal" que le pape veut rejeter tout manichéisme simpliste, toute bipolarité qui nuit à la raison humaine (c’est aussi, à une moindre conséquence, le problème de la démocratie française où la bipolarisation prend beaucoup trop d’importance) : « Le monde contemporain, avec ses blessures ouvertes qui affectent tant de nos frères et sœurs, exige que nous affrontions toute forme de polarisation qui le diviserait en deux camps. Nous savons qu’en nous efforçant de nous libérer de l’ennemi extérieur, nous pouvons être tentés de nourrir l’ennemi intérieur. Imiter la haine et la violence des tyrans et des meurtriers est la meilleure façon de prendre leur place. (...) Notre réponse doit au contraire être une réponse d’espérance et de guérison, de paix et de justice. Nous sommes appelés à unir le courage et l’intelligence pour résoudre les nombreuses crises géopolitiques et économiques actuelles. ».

Ce qui l’a amené à évoquer le problème des réfugiés, un problème qui préoccupe aussi les États-Unis (en pleine campagne électorale) sur son propre sol avec l’arrivée de beaucoup de Mexicains : « Dans ce continent aussi, des milliers de personnes sont portées à voyager vers le Nord à la recherche d’une vie meilleure pour elles-mêmes et pour leurs proches, à la recherche de plus grandes opportunités. N’est-ce pas ce que nous voulons pour nos propres enfants ? Nous ne devons pas reculer devant leur nombre, mais plutôt les voir comme des personnes, en les regardant en face et en écoutant leurs histoires, en essayant de répondre le mieux possible à leur situation, de répondre d’une manière toujours humaine, juste et fraternelle. Nous avons besoin d’éviter une tentation fréquente de nos jours : écarter tout ce qui s’avère difficile. ».

Le pape a dit très haut quelques évidences : « Nous, le peuple de ce continent, nous n’avons pas peur des étrangers, parce que la plupart d’entre nous étaient autrefois des étrangers. Je vous le dis en tant que fils d’immigrés, sachant que beaucoup d’entre vous sont aussi des descendants d’immigrés. ».

Il a alors énoncé sa "Règle d’Or" (évoquée ici déjà plus haut) qui n’est qu’une formule de bon sens rappelée par un Évangéliste : « Souvenons-nous de la Règle d’Or : "Tout ce que vous voudriez que les autres fassent pour vous, faites-le pour les autres aussi" (Mt 7, 12). Cette règle nous indique une direction claire. Traitons les autres avec la même passion et compassion avec lesquelles nous voulons être traités. Cherchons pour les autres les mêmes possibilités que nous cherchons pour nous-mêmes. Aidons les autres à prospérer, comme nous aimerions être aidés nous-mêmes. ».

Tout ce que le pape François a dit aux Américains est évidemment valable pour les peuples européens, et en particulier pour le peuple français : aider les autres à prospérer, c’est s’aider à prospérer soi-même. En d’autres termes, que l’immigration est une chance pour le pays d’accueil. Une nouvelle variante de cet "adage" : Aide-toi et le Ciel t’aidera !

À un an de l’élection présidentielle américaine de 2016, très ouverte avec le départ de Barack Obama, le pape François a aussi donné aux responsables américains sa définition du bon dirigeant : « Un bon dirigeant politique est quelqu’un qui, ayant à l’esprit les intérêts de tous, saisit le moment dans un esprit d’ouverture et de pragmatisme. » (en faisant allusion aux retrouvailles diplomatiques avec Cuba et aussi avec l’Iran).

Comme on le voit, le pape n’a pas manqué d’audace lors de sa visite aux parlementaires américains.


Discours devant l’Assemblée générale des Nations Unies le 25 septembre 2015

Le lendemain, le pape est venu parler aux représentants de la planète réunis pour la session annuelle habituelle mais un peu particulière cette année puisque c’est le soixante-dixième anniversaire de l’ONU. Son (lointain) prédécesseur, le pape Paul VI, était venu honoré de sa présence l’Assemblée générale de l’ONU il y a cinquante ans, en 1965, pour le vingtième anniversaire de l’ONU (dont il a rappelé quelques phrases retranscrites au chapeau de cet article). Et par la suite, Jean-Paul II (deux fois, en 1979 et en 1995) et Benoît XVI (une fois, en 2008) étaient venus s’exprimer à cette tribune exceptionnelle.

L’autre particularité de cette session, c’est qu’elle se tient à deux mois de la très importante Conférence de Paris où il sera question de trouver un accord mondial pour réduire au mieux le réchauffement climatique.

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Le discours du pape (texte intégral ici) a donc repris le thème central de sa dernière encyclique (sur laquelle je reviendrai), à savoir l’écologie, et il considère qu’il ne peut y avoir de défense de l’environnement sans défense de l’être humain (et réciproquement). En d’autres termes, on ne peut pas, sous prétexte de favoriser la Nature, défavoriser l’humain.

C’est le sens de son message sur le droit à l’environnement : « Il faut affirmer qu’il existe un vrai "droit de l’environnement’’ pour un double motif. En premier lieu, parce que nous, les êtres humains, nous faisons partie de l’environnement. Nous vivons en communion avec lui, car l’environnement comporte des limites éthiques que l’action humaine doit reconnaître et respecter. L’homme, même s’il est doté de "capacités inédites" qui "montrent une singularité qui transcende le domaine physique et biologique" (Encyclique Laudato si’, n. 81), est en même temps une portion de cet environnement. Il a un corps composé d’éléments physiques, chimiques et biologiques, et il peut survivre et se développer seulement si l’environnement écologique lui est favorable. Toute atteinte à l’environnement, par conséquent, est une atteinte à l’humanité. En second lieu, parce que chacune des créatures, surtout les créatures vivantes, a une valeur en soi, d’existence, de vie, de beauté et d’interdépendance avec les autres créatures. Nous les chrétiens, avec les autres religions monothéistes, nous croyons que l’Univers provient d’une décision d’amour du Créateur, qui permet à l’homme de se servir, avec respect, de la création pour le bien de ses semblables et pour la gloire du Créateur. Mais l’homme ne peut abuser de la création et encore moins n’est autorisé à la détruire. ».

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Le pape François a donc mis en parallèle "l’ambition du profit et du pouvoir" et le danger que court l’être humain en tant qu’espèce : « La crise écologique, avec la destruction d’une bonne partie de la biodiversité, peut mettre en péril l’existence même de l’espèce humaine. Les conséquences néfastes d’une mauvaise gestion irresponsable de l’économie mondiale, guidée seulement par l’ambition du profit et du pouvoir, doivent être un appel à une sérieuse réflexion sur l’homme : "L’homme n’est pas seulement une liberté qui se crée de soi. L’homme ne se crée pas lui-même. Il est esprit et volonté, mais il est aussi nature" (Benoît XVI, Discours au Parlement Fédéral d’Allemagne, le 22 septembre 2011). ».

Toujours centré sur la personne humaine, le pape François a mis en garde contre une gestion de l’économie qui s’oppose à l’épanouissement humain, contestant notamment le principe d’austérité imposé aux peuples (les plus pauvres sont mis au rebut, obligés de vivre des rebuts : la traite des être humains, le commerce d’organes, l’exploitation sexuelle des enfants, l’esclavage dans le travail, le trafic de drogue et d’armes, le terrorisme et le crime organisé), et réclamant un « minimum absolu » qui a « sur le plan matériel, trois noms : toit, travail et terre ; et un nom sur le plan spirituel : la liberté de pensée, qui comprend la liberté religieuse, le droit à l’éducation et les autres droits civiques ». Droit à l’éducation notamment « pour les filles, exclues dans certaines régions du monde ».

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Le pape a répété sa demande que les décisions soient prises toujours dans l’objectif de l’humain : « Dans les guerres et les conflits, il y a des êtres humains concrets, des frères et des sœurs qui sont nôtres, des hommes et des femmes, des jeunes et des personnes âgées, des enfants qui pleurent, souffrent et meurent, des êtres humains transformés en objet mis au rebut alors qu’on ne fait que s’évertuer à énumérer des problèmes, des stratégies et des discussions. ».


Protéger la vie humaine en toute occasion

Au cours de ces deux rencontres institutionnelles, le pape François a donc rappelé la doctrine de l’Église catholique, à savoir que ce qui est le plus important, c’est la vie humaine et la protection et l’épanouissement de toutes les personnes, y compris les exclus et les laissés-pour-compte.

Et parmi les préoccupations sociales, économiques et politiques, il a rajouté cette préoccupation écologique qui est devenu un point essentiel dans le développement de l’humanité. Historiquement, c’est peut-être l’Église catholique qui en a parlé le plus tardivement, mais elle le fait aujourd’hui avec une véritable force et une authenticité qu’on aimerait bien retrouver à travers le courant écologiste dans le paysage politique française…

Quand il a commencé son discours à l’ONU, il avait remercié ses interlocuteurs : « Merci des efforts de tous et de chacun en faveur de l’humanité ! ». Alors, j’aimerais remercier le pape François, moi aussi, de ses nombreux efforts pour défendre, d’une voix haute ce qui devrait être le bien universel le plus précieux, chaque vie humaine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 septembre 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Discours du pape François devant le Congrès américain le 24 septembre 2015 (texte intégral).
Discours du pape François devant l’Assemblée générale de l’ONU le 25 septembre 2015 (texte intégral).
La peine de mort.
La vie humaine.
Pape Jean-Paul II.
Pape Paul VI.
Pape Jean XXIII.
Pape Benoît XVI.
Pape François à Strasbourg.
Concile Vatican II.
La Pologne en 1989.
Anitnazi.
Anticommuniste.
Les réfugiés.
Infaillible ?
La renonciation.
Le Pardon.
La Passion.

_yartiPapeFrancois20150908



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20150925-pape-francois.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-pape-francois-au-congres-us-et-172394

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2015/09/29/32702404.html
 

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