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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 03:40

« Regardons le visage des enfants. Ayons le courage d’éprouver de la honte devant eux, qui sont innocents et représentent l’avenir. Ils interpellent nos consciences et nous interrogent (…). La Méditerranée, qui a uni pendant des millénaires des peuples différents et des terres éloignées, est en train de devenir un cimetière froid sans pierres tombales. (…) Frères et sœurs, je vous en prie, arrêtons ce naufrage de civilisation ! » (Pape François, le 5 décembre 2021 à Lesbos).



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Jorge Mario Bergoglio, ancien archevêque de Buenos-Aires, autrement dit, le pape François fête son 85e anniversaire ce vendredi 17 décembre 2021. C’est un peu étonnant quand on connaît, malgré une fatigue due à une opération chirurgicale en été dernier, le dynamisme tant physique que moral de ce pape hors du commun, qui a la volonté de vivre la parole de Dieu avec une expression moderne. Il a déjà fait savoir qu’il n’hésiterait pas à faire comme son prédécesseur s’il sentait qu’il ne pourrait plus assurer sa lourde charge.

Quelques petites données pour replacer dans l’histoire : le pape François, à 85 ans, est déjà plus âgé que Jean-Paul II à sa mort et est pas loin de l’âge de Benoît XVI quand il a décidé de renoncer à la trop lourde charge pontificale. Et la durée du pontificat de François a déjà dépassé celle de Benoît XVI, plus de huit ans. Il a été en effet élu le 13 mars 2013 à l’âge de 76 ans.

C’était déjà hélas âgé pour démarrer un pontificat, il avait le même âge de Jean XXIII dont le pontificat n’a même pas duré cinq ans (et pourtant, il fut historique). Comme Benoît XVI (élu pape à 78 ans), le pape François n’a pas eu pour ambition de réformer la Curie romaine, mais il a, par sa personnalité simple et attachante, considérablement modifié les codes et protocoles. Il veut être simple, proche des fidèles (et des autres aussi), et surtout, il veut rappeler ce que la parole d’Évangile veut dire, parfois en opposition à ceux qui, pourtant, revendiquent une certaine identité catholique qui n’a pourtant pas grand-chose de catholique (catholique, en grec, signifie universel).

C’est pourquoi, comme l’a expliqué Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef au  journal "La Croix", à Guillaume Erner le 2 décembre 2020 sur France Culture, François s’adresse à tout le monde : « Ce pape-là, plus que les autres, essaie d’aller au-delà des catholiques et de leur parler à travers des interviews, à travers des films et à travers des livres. Il y a sans doute deux choses : il pense aujourd’hui que le pape doit parler à l’ensemble des citoyens du monde, finalement, et pas simplement aux catholiques pratiquants. Et puis, sans doute aussi parce qu’il y a quand même une forte opposition hiérarchique dans l’Église à ce pape-là et pour lui, c’est un moyen de la contourner. ».

Dans l’actualité du pape, il y a eu son dernier voyage pontifical, le trente-cinquième depuis le début de son pontificat, du 2 au 6 décembre 2021 à Chypre et en Grèce. Il a fait 4 500 kilomètres de vol, et s’est exprimé à l’occasion de douze discours publics et de nombreuses rencontres de responsables politiques et religieux, y compris orthodoxes, et cela dans un contexte sanitaire difficile.

Le sujet d’actualité le plus brûlant pour lui était la mort de 27 personnes qui ont fait naufrage le 24 novembre 2021 dans la Manche et plus généralement, l’indignation qu’il souhaite exprimer face aux drames humains que vivent les réfugiés. Avant de partir, il avait déjà tweeté le 28 novembre 2021 : « Je ressens de la tristesse quand je pense à ceux qui sont morts dans la Manche, à ceux de la frontière avec la Biélorussie, dont beaucoup sont des enfants, à ceux qui se noient dans la Méditerranée, à ceux qui sont rapatriés en Afrique du Nord et transformés en esclaves. ». Et celui-ci le même jour : « Combien de migrants sont exposés, même de nos jours, à des dangers très graves et combien perdent la vie à nos frontières ! ».

À la fin de son voyage, avant une grande messe à Athènes, il est retourné sur l’île de Lesbos, dans la mer Égée, à quelques kilomètres des côtes turques. En effet, le 16 avril 2016, il était déjà venu sur cette île pour parler de sauver et d’accueillir les réfugiés : "Nous sommes tous des migrants !" proclamait-il. Revenons alors à ses déclarations de 2016.

Il avait alors dit ceci, au Camp de réfugiés de Moria : « Nous sommes venus attirer l’attention du monde sur cette grave crise humanitaire et plaider pour sa résolution. Comme des hommes de foi, nous voulons unir nos voix pour parler ouvertement en votre nom. Nous espérons que le monde prêtera attention à ces scènes de besoin tragique, voire désespéré, et répondra de manière digne de notre humanité commune. Dieu a créé l’humanité pour qu’elle soit une famille ; lorsque n’importe lequel de nos frères et sœurs souffre, nous sommes tous affectés. Nous savons tous par expérience combien il est facile à certains d’ignorer la souffrance des autres et même d’exploiter leur vulnérabilité. Mais nous savons également que ces crises peuvent révéler le meilleur en nous. » (16 avril 2016).

Aux habitants de Lesbos : « Il ne faut cependant jamais oublier que les migrants, avant d’être des numéros, sont des personnes, des visages, des noms, des histoires. L’Europe est la patrie des droits humains, et quiconque pose le pied en terre européenne devrait pouvoir en faire l’expérience ; ainsi il se rendra plus conscient de devoir à son tour les respecter et les défendre. » (16 avril 2016).

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Dans son dernier voyage pontifical, le pape François est donc revenu sur cette question de la crise humanitaire des réfugiés. Il s’est ainsi adressé aux réfugiés qui avaient témoigné devant lui, en l’église paroissiale de la Sainte-Croix à Nicosie le 3 décembre 2021 en leur citant d’abord un passage d’une lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse : « Vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu. ».

Et le pape de commenter : « Des paroles très lointaines dans le temps, mais très proches, plus actuelles que jamais, comme si elles avaient été écrites aujourd’hui pour nous : "vous n’êtes pas des étrangers, mais des concitoyens". C’est la prophétie de l’Église : une communauté qui, avec toutes les limites humaines, incarne le rêve de Dieu. (…) Dieu veut cela, Dieu rêve de cela. C’est nous qui ne voulons pas. ».

Dans ces témoignages de migrants, le pape François en a entendu beaucoup qui ne savaient pas se définir, donner son identité : « Vos témoignages sont comme un "miroir" pour nous, communautés chrétiennes. Lorsque toi, Thamara qui viens du Sri Lanka, tu dis : "On me demande souvent qui je suis", la brutalité des migrations met en jeu l’identité même. (…) Qui suis-je. Et lorsque tu dis cela, tu nous rappelles qu’on nous pose aussi parfois cette question : "Qui es-tu ?". Et malheureusement, cela signifie souvent : "De quel parti es-tu ? À quel groupe appartiens-tu ?". Mais comme tu nous l’as dit, nous ne sommes pas des numéros, nous ne sommes pas des individus à cataloguer. ».

L’identité, et puis la haine, ce qu’ont ressentie beaucoup de migrants comme Maccolins de Cameroun : « La haine est un poison dont il est difficile de se désintoxiquer. Et la haine est une mentalité, une mentalité tordue, qui au lieu de nous faire reconnaître comme des frères, nous fait voir comme des adversaires, comme des rivaux  quand ce n’est pas comme des objets à vendre ou à exploiter. ».

Le voyage : « Lorsque toi, Rozh, qui viens d’Iraq, tu dis que tu es "une personne en voyage", tu nous rappelles que nous sommes aussi des communautés en voyage, nous sommes sur le chemin du conflit à la communion. Sur ce long chemin fait de montées et de descentes, il ne faut pas avoir peur des différences entre nous, mais plutôt, oui, de nos fermetures et de nos préjugés qui nous empêchent de nous rencontrer vraiment et de marcher ensemble. ».

Le pape François enfin a évoqué l’effroyable indifférence : « Le danger est que souvent, nous ne laissons pas entrer les rêves en nous, et que nous préférons dormir au lieu de rêver. Il est si facile de regarder ailleurs. Et en ce monde, nous nous sommes habitués à cette culture de l’indifférence, à cette culture du regarder ailleurs et nous endormir tranquilles. Mais sur cette route, on ne peut jamais rêver. (…) C’est l’histoire d’un esclavage, d’un esclavage universel. Nous voyons ce qui se passe, et le pire, c’est que nous sommes en train de nous habituer à cela. "Oui, aujourd’hui, une embarcation a coulé, là, beaucoup de disparus…". Mais ce fait de s’habituer est une maladie grave, c’est une maladie très grave, et il n’y a pas d’antibiotique pour cette maladie ! (…) En vous voyant, je pense à beaucoup qui ont dû retourner parce qu’ils ont été repoussés et ont fini dans les camps, de vrais camps où les femmes sont vendues, les hommes torturés, faits esclaves… (…) J’ai vu des témoignages filmés de cela : des lieux de torture, de vente de personnes. Je dis cela parce que c’est ma responsabilité d’aider à ouvrir les yeux. La migration forcée n’est pas une pratique touristique : s’il vous plaît ! (…) Ceux qui ont donné tout ce qu’ils avaient pour monter sur une embarcation, de nuit, et ensuite… sans savoir s’ils arriveront… Et ensuite, repoussés pour finir dans les camps, vrais lieux de confinement, de torture et d’esclavage. (…) Les barbelés (…) sont mis pour ne pas laisser entrer le réfugié, celui qui vient demander la liberté, du pain, de l’aide, de la fraternité, de la joie, qui, fuyant la haine se retrouve devant une haine qui s’appelle fil de fer barbelé. Que le Seigneur réveille la conscience de chacun de nous devant toutes ces choses. Et pardonnez-moi si j’ai dit les choses comme elles sont, mais nous ne pouvons pas taire et regarder ailleurs, dans cette culture de l’indifférence. ».

Plus tard, le 5 décembre 2021, le pape François a prononcé un grand discours au centre de réception et d’identification de Mytilène, sur l’île de Lesbos, en commençant par citer ce que son ami Bartholomée, le patriarche œcuménique de Constantinople, a dit il y a cinq ans, lors de sa venue du 16 avril 2016 : « Celui qui a peur de vous ne vous a pas regardés dans les yeux. Celui qui a peur n’a pas vu vos visages. Celui qui a peur n’a pas vu vos enfants. Il oublie que la dignité et la liberté dépassent la peur et la division. Il oublie que la question migratoire n’est pas un problème du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, de l’Europe et de la Grèce. Elle est un problème mondial. ».

Et François l’a confirmé ce 5 décembre 2021 : « Oui, c’est un problème mondial, une crise humanitaire qui nous concerne tous. La pandémie nous a touchés de manière globale, elle nous a fait réaliser que nous sommes tous dans la même barque, elle nous a fait éprouver ce que signifie avoir les mêmes peurs. Nous avons compris que les grandes questions doivent être abordées ensemble, car dans le monde d’aujourd’hui, les solutions partielles sont inadaptées. (…) Tout paraît terriblement bloqué lorsqu’il s’agit de la question migratoire. Pourtant, des personnes et des vies humaines sont en jeu ! L’avenir de tout le monde est en jeu, il ne sera serein que s’il est intégré. Ce n’est qu’en étant réconcilié avec les plus faibles que l’avenir sera prospère. Parce que lorsque les pauvres sont rejetés, c’est la paix qui est rejetée. Le repli sur soi et les nationalismes, comme l’histoire nous l’enseigne, mènent à des conséquences désastreuses. (…) C’est une illusion de penser qu’il suffit de se préserver soi-même, en se défendant des plus faibles qui frappent à la porte. L’avenir nous met de plus en plus en contact les uns avec les autres. Pour en faire un bien, ce sont les politiques de grande envergure qui sont utiles, et non les actions unilatérales. (…) Surmontons la paralysie de la peur, l’indifférence qui tue, le désintérêt cynique qui, avec ses gants de velours, condamne à mort ceux qui sont en marge ! Luttons à la racine contre cette pensée dominante, cette pensée qui se concentre sur son propre moi, sur les égoïsmes personnels et nationaux qui deviennent la mesure et le critère de toute chose. (…) Ce n’est pas en élevant des barrières que l’on résout les problèmes et que l’on améliore la vie en commun. Au contraire, c’est en unissant nos forces pour prendre soin des autres, selon les possibilités réelles de chacun et dans le respect de la loi, en mettant toujours en avant la valeur irrépressible de la vie de tout homme, de toute femme, de toute personne. ».

À l’évidence, François est un pape révolutionnaire. Sa parole compte dans la grande cacophonie du monde. Il est rassurant qu’il s’attache aux graves problèmes de notre temps sans chercher à rebondir sur de vaines polémiques, des polémiques parfois dérisoires (je pense au mariage pour tous). C’est son rôle, celui d’un lanceur d’alerte comme on dit. Il n’a aucune armée mais il a un ministère de la parole bien plus écouté que bien des États du monde. Le scandale est là, depuis longtemps, pas seulement depuis la crise syrienne. Les réfugiés sont victimes de la cupidité de criminels et de l’indifférence des émus.

Et il avait parfaitement raison quand, évoquant la parabole du Bon Samaritain, il a "attaqué" les manipulateurs d’opinion qui revendiquent faussement des valeurs chrétiennes en refusant d’accueillir les réfugiés (suivez mon regard) : « Sur les rives de cette mer, Dieu s’est fait homme. (…) Il nous aime comme ses enfants, et veut que nous soyons frères. Et pourtant, c’est Dieu que l’on offense en méprisant l’homme créé à son image, en le laissant à la merci des vagues, dans le clapotis de l’indifférence, parfois même justifié au nom de prétendues valeurs chrétiennes. La foi, au contraire, exige compassion et miséricorde, ne l’oublions pas que c’est le style de Dieu : proximité, compassion et tendresse. La foi exhorte à l’hospitalité (…). Ce n’est pas de l’idéologie religieuse, ce sont les racines chrétiennes concrètes. Jésus affirme solennellement qu’il est là, dans l’étranger, dans le réfugié, dans celui qui est nu et affamé. Et le programme chrétien, c’est d’être là où est Jésus. ». Les mots sont explicites, clairs, sans ambiguïtés. Cela remet les choses en place.

Ces deux voyages à Lesbos (16 avril 2016 et 5 décembre 2021) ont été des voyages essentiels de ce pontificat, peut-être les plus importants, car ils rappellent à quel point la religion n’est pas une politique, elle est de revenir aux fondamentaux de l’humain.

Je termine ici par les relations entre la France et le Vatican. Dans l’actualité papale, il y a eu aussi sa rencontre avec Président français Emmanuel Macron au Vatican le 26 novembre 2021. Les relations entre la France et le Vatican ne sont pas au beau fixe malgré le sentiment de grand espoir de nombreux catholiques français pour ce grand pape d’ouverture. En effet, le pape François avait commencé son pontificat en pleine polémique puis adoption du mariage pour tous sous le quinquennat de François Hollande.

Le pape n’a encore fait aucun déplacement en France depuis les plus de huit ans de pontificat. Il était sur le point de venir au printemps 2019 pour se rendre compte de destruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris par un incendie, mais cela ne s’est pas fait, malgré l’invitation très insistante du Président français. Il faut dire que la situation de l’Église de France est très délicate actuellement : la France a perdu deux de ses plus importants évêques avec les démissions de Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris. Il est loin le temps où dominait le charisme intellectuel de deux grands cardinaux français, Mgr Albert Decourtray, archevêque de Lyon, et Mgr Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris. Mais plus encore, c’est bien le rapport Sauvé qui a plongé tant l’Église de France que le Vatican, qui a réaffirmé sa fermeté sur ce sujet, dans un trouble profond et durable qui acte la responsabilité de l’institution catholique elle-même dans les nombreux crimes pédophiles commis par des prêtres. Une visite pontificale devrait donc avoir eu une préparation très approfondie et rigoureuse pour qu’elle soit utile. Pour l’heure, c’est d’autant moins à l’ordre du jour que le pape s’était donné comme règle de ne jamais aller dans un pays en période électorale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le pape François, une vie d’espérance.
La solidarité du pape François.
L’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
Jacques Hamel, martyr de la République autant que de l’Église.
Abus sexuels : l’Église reconnaît sa responsabilité institutionnelle.
Rerum Novarum.
L’encyclique "Rerum Novarum" du 15 mai 1891.
La Vierge de Fatima.
L’attentat contre le pape Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
L’Église de Benoît XVI.
Michael Lonsdale.
Pourquoi m’as-tu abandonné ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211217-pape-francois.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-solidarite-universelle-du-pape-237970

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/11/39258670.html





 

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6 novembre 2021 6 06 /11 /novembre /2021 03:31

« Je suis retourné dans ma tente pour me coucher en me disant que cela était peut-être normal (…). Le week-end a fini, je suis rentré ne disant rien à mes parents, puis j’ai pris une douche. Dans mon cerveau, j’avais l’impression que des cadenas s’étaient verrouillés, me disant que cela était peut-être normal. » (témoignage d’une victime, rapport Sauvé, 5 octobre 2021).




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Les évêques de France sont réunis en assemblée plénière du 2 au 8 novembre 2021 à Lourdes. C’est la seconde fois qu’ils se réunissent en 2021, selon le calendrier ordinaire de la Conférence des évêques de France (CEF). La session conclut l’année liturgique et démarre la nouvelle année liturgique. Et bien sûr, au cœur des sujets d’attention, les abus sexuels dont l’ampleur a été révélée par le rapport Sauvé le 5 octobre 2021. Les évêques avaient ainsi prévu de communiquer sur le sujet ce vendredi 5 novembre 2021 à 15 heures, ce qu’ils ont fait après un vote important.

Sans pour autant faire des analogies oiseuses, toute chose égale par ailleurs, la déclaration des évêques du 5 novembre 2021 est l’équivalent, pour ces crimes et délits sexuels, de la reconnaissance par le Président Jacques Chirac de la responsabilité de la France dans la rafle du Vel’ d’Hiv’.

En effet, ce vendredi matin, les évêques venaient de « reconnaître la responsabilité institutionnelle de l’Église dans les violences qu’ont subies tant de personnes victimes ». Ils venaient également de « reconnaître la dimension systémique de ces violences : au sens où elles ne sont pas seulement le fait d’individus isolés, mais ont été rendues possibles par un contexte global. Des fonctionnements, des mentalités, des pratiques au sein de l’Église catholique ont permis que ces actes se perpétuent et ont empêché qu’ils soient dénoncés et sanctionnés ». Enfin, ils ont reconnu que « cette responsabilité entraîne un devoir de justice et de réparation qui ouvre la possibilité de demander pardon en vérité ».

C’est une avancée notable, indispensable pour ensuite tourner la page et reprendre les relations entre l’Église catholique, d’une part, et les fidèles, d’autre part, sur une base nouvelle, plus saine, plus vraie. Lors de la précédente assemblée plénière des évêques de France en mars 2021, les évêques avaient reconnu leur responsabilité en tant qu’évêques, chargés de prévenir les éventuels problèmes avec prêtres et religieux de leur diocèse, mais cela restait de la responsabilité individuelle, pas, comme ici, une responsabilité institutionnelle.

Je m’en réjouis. Nul ne peut nier que maintenant, l’Église de France veut faire le ménage avec sa part la plus obscure. C’est difficile, car pendant des décennies, on a surtout voulu éviter de faire scandale là où il y avait victimes et crimes. Elle a été très courageuse de demander et financer le rapport qui a révélé toute la gravité de la situation, 300 000 personnes victimes depuis soixante-dix ans. C’est aussi l’époque qui veut cela, plus de transparence, et plus de parole, plus d’écoute aussi, que ce soit dans l’Église comme dans la société en général (MeToo, etc.).

Il faut noter d’ailleurs deux choses : la volonté générale du Vatican, avec le pape François, de faire toute la lumière sur ces violences, et la volonté particulière de l’Église de France d’en faire autant, avec un rapport accablant, mais nécessaire, pas de perspective sans diagnostic, suivant en cela certains autres pays et à l’avenir, d’autres pays feront ce même travail d’état des lieux. La position du Vatican a été sans ambiguïté dès le pape Jean-Paul II, mais Jean-Paul II et Benoît XVI non seulement étaient dépassés par ce phénomène, mais ne savaient non plus comment faire, que faire pour arrêter les violences et protéger. Cela fait une dizaine d’années (cela date d’avant le pape François) que cette préoccupation est au cœur de l’attention des évêques, en multipliant des structures d’écoute, de dialogue, etc.

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Ce rapport aurait dû être rédigé bien plus tôt, évidemment, mais il est une base solide pour l’avenir, sur laquelle pourront intervenir non seulement les évêques mais aussi les victimes, car le plus important en plus d’éviter que cela se reproduise, c’est de s’occuper des victimes.

À l’issue de l’entretien de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, président de la CEF, avec le Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin le 12 octobre 2021, à la suite d’une maladresse de communication de l’évêque à la radio, la CEF avait publié un communiqué en exprimant notamment ceci : « Mgr Éric de Moulins-Beaufort a tenu à redire la détermination de tous les évêques et, avec eux, de tous les catholiques, à faire de la protection des enfants une priorité absolue, en étroite collaboration avec les autorités françaises. (…) Les évêques de France réunis en assemblée plénière (…) travailleront ensemble (…) sur les mesures et réformes à poursuivre et à entreprendre (…). La réalité des violences et agressions sexuelles sur mineurs au sein de l’Église et dans la société invitent les femmes et les hommes de bonne volonté, croyants ou non, à travailler ensemble au service de la protection des plus jeunes, de l’accueil et de l’accompagnement des personnes victimes. Devant ces faits, Mgr Éric de Moulins-Beaufort redit sa honte, sa consternation, mais aussi sa détermination à mener les réformes nécessaires pour que l’Église, en France, mérite la confiance de tous. ».

Cette dernière phrase est essentielle, ce qui justifie mon agacement à voir continuer à être diffusés les spots proposant de faire des legs à l’Église : avant de demander quoi que ce soit, il faut renouer la confiance. Et les paroles d’il y a un mois n’étaient pas suffisantes : honte, consternation… les victimes s’en fichent.

Ce 5 novembre 2021, en revanche, on est arrivé à une étape bien plus déterminante, en mettant en cause le système, c’est-à-dire l’institution religieuse dans son ensemble, dans cette violence, par ce principe d’autorité et de convenances qui a fait que, pendant longtemps, c’était plutôt l’enfant victime que le prêtre prédateur qui fut puni, par les parents, lorsqu’il osait en parler.

Dans le point-étape de cette assemblé plénière au 5 novembre 2021, il est donc dit : « Bouleversés et accablés, nous comprenons et nous partageons le trouble et l’inquiétude ainsi que la colère que suscite l’institution ecclésiale qui n’a pas su voir ces terribles faits ni les dénoncer, et qui n’a pas prêté attention aux personnes victimes ni à leur souffrance. (…) Elles ont été victimes de la trahison inexcusable et intolérable d’évêques, de prêtres, de diacres, de religieux et de laïcs chargés de l’Évangile. ».

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Les mots sont forts : « La première obligation de l’Église catholique contractée vis-à-vis des victimes est la reconnaissance de sa responsabilité institutionnelle, outre la responsabilité propre des auteurs des abus sexuels. Sa responsabilité est engagée vis-à-vis des personnes victimes, de la société et de Dieu. ».

Et vient alors cette deuxième étape, après la reconnaissance de responsabilité, qui est la réparation pour la victime. Les évêques citent Jésus que saint Marc fait dire à ceux qui sont blessés : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? ». C’est sur cela que planchent actuellement les évêques et leur travail sera loin d’être terminé le 8 novembre 2021. Il ne s’agit pas d’effacer, de mettre de la poussière sous le tapis en échange d’un chèque, mais de tenter, par un moyen ou un autre, que les victimes puissent y trouver un réconfort, et en tout cas, puissent retrouver un goût à la vie, car souvent, ils ont un enfer dans l’habitacle.

Ce processus d’ailleurs, comme c’est dit plus haut, peut être aidé de personnes même non-croyantes. Car finalement, ce que l’Église fait en ce moment, d’autres institutions devront bien le faire aussi, car ces abus sexuels n’ont pas été exclusivement commis dans un cadre religieux. D’autres lieux, essentiellement éducatifs ou sportifs, ont été le territoire de prédateurs sexuels contre des enfants qui ont été parfois traumatisés à vie.

Donc, il ne faut pas voir que cette affaire ne concerne que les catholiques, elle concerne tout le monde, inséré dans une société qui doit protection aux plus faibles, en particulier aux enfants et aux personnes dépendantes. Heureusement, les évêques de France sont en bonne voie. Il y aura encore du chemin à parcourir, mais au moins, on ne pourra plus dire en ricanant que l’Église est un bordel : ses dirigeants le savent maintenant mieux que personne d’autres. Si on le dit, on ne ricanera plus. On pleurera peut-être, et on tentera aussi de travailler pour assurer et organiser cette protection qui a fait tant défaut.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 novembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Abus sexuels : l’Église reconnaît sa responsabilité institutionnelle.
Legs et indécence.
Il y a un an, l’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
Aider les chrétiens d’Orient sur France Inter : l’hypersensibilité de la laïcité.
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Secret de la confession et lois de la République.
Mgr Éric de Moulins-Beaufort.
Abus sexuels dans l’Église : honte, effroi et pardon !
Rapport de Jean-Marc Sauvé remis le 5 octobre 2021 sur la pédocriminalité dans l’Église (à télécharger).
Présentation du rapport Sauvé le 5 octobre 2021 (vidéo).
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs (2) : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Protection des mineurs (1) : 15 ans, âge minimal du consentement sexuel ?
Richard Berry et l’immonde.
Olivier Duhamel et le scandaleux secret de famille de Camille Kouchner.
La faute de Mgr Jacques Gaillot.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Mgr Barbarin : le vent du boulet.
Polanski césarisé au milieu des crachats.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Pédophilie dans l’Église catholique : la décision lourde de Lourdes.
David Hamilton.
Adèle Haenel.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211105-abus-sexuels-eglise-catholique.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/abus-sexuels-l-eglise-reconnait-sa-236998

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/11/05/39207646.html







 

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6 octobre 2021 3 06 /10 /octobre /2021 08:02

« Le secret de confession s’impose à nous (…) et en ce sens-là, il est plus fort que les lois de la République. » (Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le 6 octobre 2021 sur France Info).



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Quelle maladresse ! Mgr Éric de Moulins-Beaufot, archevêque de Reims depuis le 28 octobre 2018 et président de la Conférence des évêques de France (CEF) depuis le 3 avril 2019, c’est-à-dire le premier représentant de l’Église de France, de ce qu’elle pense, de ce qu’elle a à dire, a visiblement commis une gaffe monumentale lors de son entretien sur France Info le mercredi 6 octobre 2021 à 8 heures 30. Il s’agissait, pour lui, de commenter la remise du rapport Sauvé, très lourd, sur la pédocriminalité dans l’Église de France depuis 1950 et qui a fait état de 330 000 victimes (je l’ai évoqué ici et j’y reviendrai).

On ne parle pas impunément de notions ultrasensibles en République française. Dire que le secret de la confession est plus fort que les lois de la République, c’est, dans l’esprit de nombreux Français, y compris dans le mien alors que je suis pourtant catholique, c’est en quelque sorte prôner la charia dans sa version soft catholique.

Il a fallu attendre un jour pour que la polémique éclatât vraiment sur la scène médiatique.

Le gouvernement a cru bon de réagir. Il ne voulait pas être critiqué de ne pas avoir réagi. Le sujet est sensible. Ainsi, cette réaction a été une communication assez étrange : à l’issue du conseil des ministres qui s’est tenu exceptionnellement ce jeudi 7 octobre 2021, le porte-parole du gouvernement Gabriel Atttal a déclaré que le Président de la République Emmanuel Macron avait demandé au Ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin de convoquer Mgr Éric de Moulins-Beaufort. A priori, pour une République qui garantit la séparation des Églises et de l’État, c’est assez cavalier. Mais le président de la CEF n’a pas voulu y voir une offense et a répondu dès 14 heures 45 le même jour qu’il acceptait volontiers de rencontrer le Ministre de l’Intérieur qu’il verra donc le mardi 12 octobre 2021 à 14 heures.

C’est très étonnant d’entendre la phrase polémique de la bouche de l’archevêque de Reims car évidemment, sa pensée est beaucoup plus complexe et subtile que cela. Quand on suit d’ailleurs son parcours, celui qui a été nommé le 21 mai 2008 évêque auxiliaire de Paris aux côtés de Mgr André Vingt-Trois a obtenu, avant sa formation au Séminaire français de Rome, le diplôme de l’IEP Paris, une école qui assure généralement une bonne capacité à communiquer. Mais ce n’est d’ailleurs pas la première fois que l’archevêque a parlé avec maladresse. Quand il évoquait Vincent Lambert, il y avait aussi des propos assez ambigus.

Sur la confession, il faut rappeler une note de la Conférence des évêques de France du 8 décembre 2020 (donc très récente) qui assure : « Il n’est pas permis à un prêtre de faire usage de ce qu’il a entendu en confession (…) et donc, il ne peut en aucun cas signaler aux autorités judiciaires un pénitent (…). La sanction (…) est l’excommunication. ». C’est une note et elle n’a pas forcément une grande valeur, car même le pape François, conscient de l’extrême gravité du problème, y réfléchit depuis plusieurs années.

Car le problème est là, se pose. D’un côté, on a des responsables cléricaux (prêtres, évêques) qui sont dépositaires, par la confession, d’informations particulièrement abjectes, des cas de pédocriminalité, et la seule logique, et même, la seule obligation, c’est de signaler les faits au procureur de la République, ne serait-ce que pour stopper le prédateur s’il devait commettre d’autres abus sexuels. Ça, c’est la logique républicaine.

Le rapport Sauvé du 5 octobre 2021 rappelle ainsi : « Le secret de la confession ne peut déroger à l’obligation, prévue par le code pénal, de signaler aux autorités judiciaires et administratives les cas de violences sexuelles infligées à un mineur ou à une personne vulnérable. ».

De l’autre côté, la logique religieuse, c’est de rappeler que tout ce qui est dit au cours de la confession est secret, un secret plus grand qu’un secret professionnel (comme le secret médical qui peut être levé par la justice), car le prêtre qui confesse n’est qu’un intermédiaire entre celui qui se confesse et Dieu.

L’importance du secret de la confession, d’un point de vue pratique, c’est qu’il permet aux bouches de s’ouvrir malgré tout, tant celles des victimes que celles des prédateurs. Sans ce secret, la confession n’aurait plus aucun rôle ni de sens, à moins de faire renaître le principe des confessions publiques particulièrement connu dans les dictatures communistes.

Le point qui permet de résoudre le problème, c’est que le prêtre confesseur ne doit pas lâcher l’affaire et doit encourager la personne qui s’est confessée d’aller parler dans un autre cadre, soit auprès d’une cellule d’écoute (l’Église en a mis en place depuis quelques années, et la Commission Sauvé en a été une, elle mériterait peut-être d’être pérennisée et permanente), soit directement auprès d’une autorité judiciaire.

La polémique dont le président des évêques français est à l’origine est d’autant plus surprenante que justement, au contraire de certaines organisations musulmanes, il n’y a jamais eu de problème entre les institutions républicaines et les organisations catholiques sur la primauté des lois de la République française sur toute autre considération, y compris religieuse. La loi du 9 décembre 1905, qui fut combattue par une majorité de catholiques à l’époque, a au contraire été la garante de la neutralité de l’État, garante très originale quand on regarde les autres pays, et même la loi consacre la célèbre formule : "Rends à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui appartient à Dieu".

Ce qu’a dit Mgr Éric de Moulins-Beaufort le 6 octobre 2021, bien que maladroit, était pourtant plus subtil que ce que la polémique voudrait bien entendre : « Il faut un espace de parole libre qui se fait devant Dieu. (…) Il y a deux cas. Il y a le cas du pédophile qui viendrait se confesser. Comme c’est secret, on ne sait pas s’il y en a qui le font (…). C’est un vrai souci (…). Là encore, il faut certainement que nous soyons plus précis, plus fermes, sur le fait que les violences sexuelles ne sont pas un problème de chasteté, c’est un problème d’atteinte à la vie, c’est un problème de crime, de meurtre, symboliquement au moins, et il est très important de le voir. Il faut que les confesseurs soient bien conscients de cela. Et puis d’autre part, il peut y avoir le cas d’un enfant, qui dit quelque chose, qui laisse entendre, ou qui fait comprendre qu’il est une victime. Il faut que nous trouvions le moyen de permettre à cet enfant de parler autrement. Mais beaucoup d’enfants ne parlent qu’en confession, parce que c’est la confession, parce qu’ils savent que c’est secret. S’ils découvrent que nous utilisons ce qu’ils nous disent pour aller faire du mal à leurs parents, dans la psychologie des enfants, c’est un problème. Parce que les enfants ne veulent pas, souvent, que l’on touche à leurs parents. C’est déjà un premier pas pour eux de pouvoir parler en confession. Il faut que nous apprenions, il faut nous former, que nous formions pour apprendre à partir de cette parole à rendre possible une autre parole. Ça me paraît beaucoup plus important et cela portera de meilleurs fruits. ».

 




Dans son communiqué du 7 octobre 2021, il a complété : « Le secret de la confession, imposé aux prêtres par le droit canonique n’est pas contraire au droit pénal français, comme le souligne la circulaire de la chancellerie du 11 août 2004. La confession est aussi un moment durant lequel une personne victime, par exemple un enfant, peut évoquer ce qu’elle a subi, et être rassurée sur son innocence… parce que la certitude du secret lui permet de livrer ce qui lui est le plus difficile. ».

Et le communiqué se termine ainsi : « Le secret de la confession a toujours été respecté par la République française. C’est l’honneur de la République française que de respecter ainsi la dignité de la conscience de chacun. ». Ainsi rédigé, cela n’a rien à voir avec la phrase : "Le secret de la confession est plus fort que les lois de la République". En effet, le communiqué précise au contraire que le secret de la confession est conforme aux lois de la République. Il n’y a donc pas d’incompatibilité, pas de bataille d’influence entre l’un ou les autres, mais bien un accord. Du reste, ce n’est pas le seul secret qui est respecté par la justice, les échanges entre un prévenu et son avocat sont, eux aussi, couverts par le secret dans la procédure pénale (ce qui explique la nature du grand scandale de mettre sous écoute des avocats, par exemple).

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On voit donc bien qu’il y a surtout ici une erreur de communication. L’Église catholique et l’État sont ici alliés, avec le même but, en finir avec la pédocriminalité, ou plutôt, car on n’en finira hélas jamais, des déviants existeront toujours, les pourchasser, surtout les détecter et les empêcher de recommencer, voire prévenir les abus sexuels si c’est possible.

Cette polémique aura peut-être l’effet bénéfique de clarifier les positions de chacun. Et ce rapport Sauvé rendu public le 5 octobre 2021, aura sans nul doute des répercussions bien plus conséquentes que dans la seule Église catholique. L’étendue de la pédocriminalité est bien plus grave qu’on ne pouvait l’imaginer, dans toutes les strates de la société où on peut lâchement s’en prendre aux enfants.

Je reviendrai sur cette initiative courageuse de la Conférence des évêques de France et de la Conférence des religieux et religieuses de France (CORREF) d’avoir pris l’initiative d’un tel audit qui aura pour conséquence qu’on prendra désormais l’Église comme un proche de la victime et pas comme un proche du prédateur, ce qu’elle aurait dû faire depuis longtemps. C’est à l’honneur de l’Église d’avoir ouvert enfin, officiellement et en toute transparence, le couvercle de la marmite nauséeuse. Et personne ne peut imaginer toutes les conséquences que cela va engendrer.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Secret de la confession et lois de la République.
Mgr Éric de Moulins-Beaufort.
Abus sexuels dans l’Église : honte, effroi et pardon !
Rapport de Jean-Marc Sauvé remis le 5 octobre 2021 sur la pédocriminalité dans l’Église (à télécharger).
Présentation du rapport Sauvé le 5 octobre 2021 (vidéo).
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs (2) : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Protection des mineurs (1) : 15 ans, âge minimal du consentement sexuel ?
Richard Berry et l’immonde.
Olivier Duhamel et le scandaleux secret de famille de Camille Kouchner.
La faute de Mgr Jacques Gaillot.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Mgr Barbarin : le vent du boulet.
Polanski césarisé au milieu des crachats.
Faut-il boycotter Roman Polanski ?
Pédophilie dans l’Église catholique : la décision lourde de Lourdes.
David Hamilton.
Adèle Haenel.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211006-eric-de-moulins-beaufort.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/08/39168766.html


 

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 09:17

« Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et à chacun. (…) [La voix des victimes] nous bouleverse, leur nombre nous accable. » (Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le 5 octobre 2021).




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330 000 enfants victimes de prédateurs sexuels religieux en France depuis 1950 ! Le moment était attendu et regarder lucidement la vérité est toujours une épreuve très difficile : l’ancien Vice-Président du Conseil d’État Jean-Marc Sauvé a remis dans la matinée de ce mardi 5 octobre 2021 à Mgr Éric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France (CEF), et à la religieuse Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France (COREF), le volumineux rapport de 2 500 pages (qu’on pourra bientôt télécharger ici) sur la pédocriminalité dans l’Église de France depuis 1950.

Mais avant d’évoquer le contenu particulièrement scandaleux et abject du rapport, rappelons quelques éléments qui sont rarement précisés.

Déjà, la première chose à dire, et c’est l’essentiel, c’est l’Église elle-même qui a commandé ce rapport. Ce n’est pas de l’autoflagellation, c’est la nécessité d’ouvrir tous les placards, même les plus nauséeux et il fallait le faire de manière la plus approfondie et exhaustive possible. Ce rapport n’est donc pas un acte d’accusation, c’est une nécessité de faire toute la vérité, ce qui a été bien trop souvent caché pour, supposément, ne pas nuire à l’institution catholique. Les faits d’eux-mêmes lui ont nui beaucoup plus que leur publicité et ont avant tout nui aux très nombreux enfants victimes.

Que le crime existe dans ce monde paraît une fatalité, l’humain a ses lumières et ses noirceurs, mais que ces actes particulièrement odieux et lâches puisse être commis justement par ceux qui, au contraire, été chargés de protéger les enfants qu’on leur avait confiés, de leur apporter l’amour de Dieu et pas leur libido lâche et sadique, est une chose peu compréhensible et révoltante.

C’est l’Église catholique qui a mis en place le 8 février 2019 cette commission, la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (CIASE). Elle a choisi le haut fonctionnaire Jean-Marc Sauvé (72 ans) pour la présider, dont l’indépendance est largement reconnue (il avait cependant apporté son avis lors de la malheureuse affaire concernant Vincent Lambert qui a montré qu’il n’était pas philosophiquement neutre). Le choix s’est porté sur Jean-Marc Sauvé parce que l’Église recherchait, selon le porte-parole de la CEF Olivier Ribadeau-Dumas, « une personnalité dont la crédibilité et la notoriété seraient garantes de son impartialité et de son indépendance ».

Jean-Marc Sauvé a voulu avoir une totale liberté, en particulier dans le choix des vingt-deux membres (il a choisi des experts reconnus dans différents domaines, le droit, la théologie, la psychiatrie, la sociologie, l’histoire, l’anthropologie, etc.). Tous les membres de la commission ont travaillé à titre bénévole.

Non seulement la Commission Sauvé a été chargé d’établir les faits mais aussi de proposer des actions correctives et réparatrices. 3,5 millions d’euros ont été alloués, financés par la CEF (pour les deux tiers) et par la COREF (pour le tiers restant) pour mener à bien les investigations pendant deux ans et demi. En envisageant cette grande responsabilité de superviser ce travail gigantesque, Jean-Marc Sauvé a expliqué dès le 14 novembre 2018 : « Seul l’établissement de la vérité permettra de sortir de l’ère de la suspicion et de la controverse assez vive quand laquelle nous sommes entrés. ».

La deuxième chose à rappeler, c’est qu’il est souvent évoqué la période entre 1950 et 2020, mais en fait, il faut plutôt parler de la période 1950 à 1990, car c’est à partir des années 2000 que la parole s’est libérée et que l’Église a commencé à voir l’étendue des dégâts (on comprend mal pourquoi elle a mis si longtemps mais il vaut mieux tard que jamais). Ce sont les papes Benoît XVI puis François qui ont voulu en finir avec ce silence complètement dément sur ces abominations au sein de leur propre maison.

Enfin, la troisième chose à rappeler sera de se poser aussi une autre question : comment est-il possible que ces crimes ou délits aient été impunis, non seulement au sein de l’Église, mais aussi au sein de l’État dont le premier rôle est de protéger ses enfants ? Pourquoi n’y a-t-il eu aucune plainte, aucune démarche auprès de la justice pénale de la part des victimes ou de leur famille, faute que la hiérarchie catholique ait rompu le silence sur ce qu’elle savait et qu’elle taisait ? Un enfant doit pouvoir crier au secours même s’il est agressé par les plus proches de son environnement social. Mas c’est vrai qu’on remonte aussi jusqu’aux années 1950, à une époque très différente où la honte, l’humiliation restaient encore du côté de la victime et pas du bourreau.

La Commission Sauvé a travaillé, structurée en quatre groupes de travail. Elle a aussi lancé trois enquêtes, une première pour fouiller dans les archives de l’Église, une deuxième pour évaluer l’ampleur de la catastrophe, et une troisième pour constituer une revue de presse.

À la suite d’un appel à témoignages lancé le 3 février 2019, 1 628 victimes ont rempli un questionnaire pour permettre une enquête de victimologie et certaines d’entre elles (243) ont été écoutées par la commission. Il apparaît d’ailleurs que les victimes des prédateurs sexuels religieux sont 80% des garçons et 20% des filles alors que les jeunes victimes sexuelles dans la société en général, ce rapport s’inverse, 75% sont des filles et 25% des garçons.

Le 5 octobre 2021, Jean-Marc Sauvé a évalué le nombre de prédateurs sexuels au sein de l’Église depuis 1950 à entre 2 900 et 3 200(soit entre 2,5% et 2,8% des prêtres en exercice) et le nombre de victimes entre 216 000 et 330 000, ce dernier nombre prenant en compte les victimes non seulement des prêtres et religieux mais aussi des laïcs travaillant pour l’Église (catéchisme, mouvements de jeunesse, etc.). Ces estimations ont été réalisées sur la base d’un sondage commandé par l’INSERM auprès d’un échantillon représentatif de 28 000 personnes (mais représentatif de quoi ?).

L’objectif de la CIASE n’était pas seulement de faire un état des lieux, il était aussi de faire des propositions pour que ces genres d’actes scandaleux ne puissent plus se reproduire dans le futur. Cette démarche de l’Église est louable et même exemplaire d’en finir avec l’hypocrisie, et nul doute qu’elle va s’en prendre plein les dents pendant des mois voire des années. Mais c’est bien elle et pas un organisme issu de l’État qui a voulu faire ce travail d’introspection et de vérité. C’est une démarche délicate, difficile mais absolument nécessaire pour en finir avec le silence criminel qui nourrit tant les soupçons injustifiés que l’impunité encore plus scandaleuse. Probablement qu’il va y avoir une suite judiciaire à ce très lourd travail, du moins pour les faits les plus récents non soumis à la prescription.

Cinq Églises catholiques nationales ont déjà réalisé ce genre de travail avant la France : les États-Unis, l’Australie, les Pays-Bas, l’Irlande et l’Allemagne. C’est une démarche historique car le sujet reste tabou et pourrait même déborder l’environnement spécifiquement religieux pour se propager dans l’école (publique) et dans les familles.

Effectivement, le rapport a évalué, au-delà de la prédation spécifiquement religieuse, à 5,5 millions de victimes d’abus sexuels quand elles ont été mineures. Les violences sexuelles dans le cadre religieux représenteraient ainsi "seulement" 4% du total de ces violences dans la société française pendant cette période. Inutile de dire que ce rapport aura plusieurs ondes de choc et d’autres institutions que l’Église vont se trouver touchées par cet état des lieux accablant.

Le rapport établit en effet des pourcentages d’enfants victimes d’abus sexuels dans un milieu défini : 0,82% des enfants ayant fréquenté le milieu religieux ont été victimes d’abus sexuels, tandis que, hors de l’Église, 0,36% dans les colonies de vacances, 0,34% dans les écoles publiques (hors internat), 0,28% dans les milieux sportifs et 0,17% dans les milieux culturels.

Ce taux, appelé "taux de prévalence", et c’était ma deuxième remarque préliminaire, a baissé dans le milieu religieux entre 1950 et 1980, et en 1980, ce taux est tombé autour de 0,30%, ce qui correspond apparemment à un taux (hélas) "ordinaire" dans la plupart des secteurs de toute la société. Cela signifie ainsi qu’il y a eu des actions faites, comme la formation des prêtres, qui ont donné des résultats pour réduire ce phénomène qui devait être très important dans les années 1950.

On retrouve aussi cette baisse dans le nombre de prédateurs sexuels (d’auteurs d’abus sexuels). Dans l’article très détaillé de Jean-Marie Guénois dans "Le Figaro" du 5 octobre 2021, il est ainsi comparé la proportion de prêtres prédateurs (autour de 2,5% à 2,8%) en moyenne entre 1950 et 2020 à leur proportion entre 2018 et 2020, 35 cas sur plus de 13 000 prêtres, soit un taux de 0,26%, dix fois plus faible que la moyenne sur soixante-dix ans.

La majorité des agressions sexuelles (56%) ont eu lieu entre 1950 et 1970, 22% entre 1970 et 1990 et 22% entre 1990et 2020. Cette baisse dans le temps se retrouve aussi dans la part des agressions sexuelles commises au sein de l’Église française par rapport à l’ensemble des agressions sexuelles commises dans la société française : 8% entre 1950 et 1970, puis 2,5% entre 1970 et 1990 et enfin 2,0% entre 1990 et 2020.

Et dans les précédentes études réalisées dans les pays déjà cités, il apparaît que le taux de prêtres prédateurs est plus faible en France (entre 2,5% et 2,8% en moyenne) qu’ailleurs : 4,4% en Allemagne, 4,8% aux États-Unis, 7,0% en Australie et 7,5% en Irlande (avec néanmoins des différences de méthodologie, pour attendre ces estimations, à prendre en compte).

N’ayant pas encore eu accès directement au rapport lui-même, j’ai encore beaucoup de questions sans réponse, comme ces deux questions récurrentes : pourquoi la hiérarchie catholique a-t-elle refusé de sanctionner les prêtres dont elle connaissait les abus sexuels ? Pourquoi ces agressions n’ont-elles pas pu remonter à la surface de la justice française elle-même ? On en reparlera, comme on dit…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Abus sexuels dans l’Église : honte, effroi et pardon !
Rapport de Jean-Marc Sauvé remis le 5 octobre 2021 sur la pédocriminalité dans l’Église (à télécharger).
Présentation du rapport Sauvé le 5 octobre 2021 (vidéo).
Discours du pape François le 24 février 2019 au Vatican (texte intégral).
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs (2) : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Protection des mineurs (1) : 15 ans, âge minimal du consentement sexuel ?
Richard Berry et l’immonde.
Olivier Duhamel et le scandaleux secret de famille de Camille Kouchner.
La faute de Mgr Jacques Gaillot.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
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Adèle Haenel.
Mgr Barbarin : une condamnation qui remet les pendules à l’heure.
Pédophilie dans l’Église : le pape François pour la tolérance zéro.
Le pape François demande pardon pour les abus sexuels dans l’Église.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211005-pedocriminalite-eglise.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/abus-sexuels-dans-l-eglise-honte-236282

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/05/39164341.html







 

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 08:53

Jean-Marc Sauvé, président de la CIASE, a remis aux évêques et religieux le 5 octobre 2021 à 9 heures le rapport sur les violences sexuelles dans l'Église catholique de 1950 à 2020 en France. On peut le télécharger et le lire en détail. Cliquer sur le lien correspondant au rapport ou annexes (fichiers .pdf).


RAPPORT

Rapport de la commission
Télécharger le rapport
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Les-violences-sexuelles-dans-l-Eglise-catholique-France-1950-2020.pdf


Ciase De victimes à témoins
De victimes à témoins
Télécharger le recueil de témoignages
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN32-Recueil-de-temoignages-De-victimes-a-temoins.pdf


Ciase - Résumé du rapport du 5 octobre 2021

Résumé du rapport de la Ciase
Télécharger le résumé du rapport de la Ciase
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Resume.pdf


Available in English : Summary of the Final Report, October 5th, 2021
The final report will be translated in English and available at the end of the year.
Download the summary of the Report
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Summary-of-the-Final-Report-5-october-2021.pdf


Annexes

Glossaire
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A1-Glossaire.pdf

Bibliographie
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A2-Bibliographie.pdf

Repères chronologiques sur le respect de la personne de l’enfant
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A3-Reperes-chronologiques-sur-le-respect-de-la-personne-et-de-l-enfant.pdf


Mandat, composition et moyens

    Lettre de mission CEF-CORREF
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A4-Lettre-de-mission-CEF-CORREF.pdf

    Composition de la CIASE
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A5-Composition-de-la-CIASE.pdf

    Composition des groupes de travail
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A6-Composition-des-groupes-de-travail.pdf

    Lettres de mission des groupes de travail
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A7-Lettres-de-mission-des-groupes-de-travail.pdf

    Composition du « groupe miroir »
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A8-Composition-du-groupe-miroir.pdf

    Convention UADF-CIASE du 14 janvier 2019
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A9-Convention-UADF-CIASE-du-14-janvier-2019.pdf

    État prévisionnel des dépenses de la commission de 2019 à 2021
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A10-Etat-previsionnel-des-depenses-de-la-commission-de-2019-a-2021.pdf


Auditions et comptes rendus

    Liste des auditions en réunions plénières
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A11-Liste-des-auditions-en-reunions-plenieres.pdf

    Comptes rendus des auditions en séance plénière
https://www.ciase.fr/auditions-en-seance-pleniere/

    Protocole d’auditions de victimes
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN13-Protocole-d-auditions-de-victimes.pdf


Appel à témoignages et enquête en population générale

    Communiqué de l’appel à témoignages
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN14-Communique-de-l-appel-a-temoignages.pdf

    Convention avec France Victimes
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN15-Convention-avec-France-Victimes.pdf

    Tableau statistique des résultats de l’appel à témoignages, 3 juin 2019 – 31 octobre 2020 / Dispositif France
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A16-Tableau-statistique-des-resultats-de-l-appel-a-temoignages.pdf


Victimes

    Questionnaire de l’appel à témoignages
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN17-Questionnaire-de-l-appel-a-temoignages.pdf

    Questionnaire de l’enquête en population générale
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN18-Questionnaire-de-l-enquete-en-population-generale.pdf

    Recensement des prêtres et religieux de 1946 à nos jours
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-A19-Recensement-des-pretres-et-religieux-de-1946-a-nos-jours.pdf


Archives

    Note de juin 2019 du secrétariat général de la CEF au président de la CIASE relative aux archives de l’Église
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN20-Note-de-juin-2019-du-secretariat-general-de-la-CEF-au-president-de-la-CIASE.pdf

    Courrier du 18 décembre 2019 de la Secrétairerie d’État du Vatican à Mgr Eric de Moulins-Beaufort sur l’accès aux archives diocésaines et religieuses
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN21-Courrier-du-18-decembre-2019-de-la-Secretairerie-d-Etat-du-Vatican-a-Mgr-Eric-de-Moulins-Beaufort.pdf

    Convention UADF-CIASE du 17 février 2020 sur l’accès aux archives des diocèses et leur exploitation
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN22-Convention-ADF-CIASE-du-17-fevrier-2020.pdf

    Courrier du 12 mars 2020 du secrétariat général de la CORREF à l’attention des supérieur(e)s majeur(e)s dont les archives sont investiguées par la CIASE
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN23-Courrier-du-12-mars-2020-du-secretariat-general-de-la-CORREF.pdf

    Courrier du 2 avril 2020 du secrétaire général de la CEF à l’attention des évêques des diocèses dont les archives sont analysées par les chercheurs missionnés par la CIASE
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN24-Courrier-du-2-avril-2020-du-secretaire-general-de-la-CEF.pdf


Notes juridiques sur le thème de la responsabilité civile

    Note de la Professeure Muriel Fabre-Magnan
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN25-Note-de-la-Professeure-Muriel-Fabre-Magnan.pdf

    Note du Professeur Laurent Aynès
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN26-Note-du-Professeur-Laurent-Aynes.pdf


Rapports particuliers de recherche

    Rapport Inserm-EHESS – Sociologie des violences sexuelles au sein de l’Église catholique en France (1950-2020)
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN27-Rapport-Inserm-EHESS.pdf

    Rapport EPHE – Les violences sexuelles dans l’Église catholique en France (1950-2020) : Une analyse sociohistorique
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN28-Rapport-EPHE.pdf

    Rapport FMSH – Les violences sexuelles dans l’Église de France au double prisme des témoignages de personnes victimes auprès de la CIASE, et de la couverture médiatique de 1950 à 2020
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN29-Rapport-FMSH.pdf

    Rapport sur l’analyse des dossiers de 35 membres du clergé agresseurs sexuels
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN30-Rapport-sur-l-analyse-des-dossiers-de-35%20membres-du-clerge-agresseurs-sexuels.pdf

    Synthèse de l’enquête par entretiens avec des prêtres et séminaristes
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN31-Synthese-de-l-enquete-par-entretiens-avec-des-pretres-et-seminaristes.pdf


Mémorial littéraire

    Recueil de témoignages, De victimes à témoins
https://www.ciase.fr/medias/Ciase-Rapport-5-octobre-2021-Annexe-AN32-De-victimes-a-temoins.pdf


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211005-pedocriminalite-eglise.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20211005-rapport-sauve.html


 

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5 octobre 2021 2 05 /10 /octobre /2021 07:45

(vidéo)


Remise du rapport Sauvé sur les violences sexuelles dans l'Église le 5 octobre 2021 à 9 heures







Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211005-pedocriminalite-eglise.html


SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20211005-video-sauve.html



 

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24 juillet 2021 6 24 /07 /juillet /2021 03:18

« Cette histoire se répète jusqu’à aujourd’hui ; et aujourd’hui, dans l’Église, il y a plus de martyrs chrétiens qu’aux premiers temps. Aujourd’hui, il y a des chrétiens assassinés, torturés, empoisonnés, égorgés parce qu’ils ne renient pas Jésus-Christ. Dans cette histoire, nous arrivons à notre père Jacques : lui, il fait partie de cette chaîne des martyrs. » (pape François, le 14 septembre 2016).



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Ce vendredi 23 juillet 2021, une information est venue s’incruster discrètement dans le flux des actualités nombreuses, qu’elles fussent sanitaires ou, moins graves, plus simplement  estivales. Les forces de l’ordre doivent maintenir une vigilance accrue contre les risques d’attentats terroristes islamiques. Des menaces ont été renouvelées récemment, et malheureusement, ces menaces ne doivent jamais être prises à la légère. La crise sanitaire n’a jamais empêché des assassinats perpétrés par des terroristes et des exemples récemment l’ont hélas prouvé, notamment la jeune policière à Rambouillet ou encore Samuel Paty, le prof d’histoire. Je voudrais profiter de cette information pour rappeler l’assassinat du père Jacques Hamel, il y a cinq ans, le 26 juillet 2016, mort pour avoir faire vivre sa foi et son espérance de Dieu.

Le père Jacques Hamel est mort d’avoir dit la messe en l’église Saint-Étienne de Saint-Étienne-du-Rouvray, près de Rouen. Il n’y avait que cinq paroissiens pendant la messe, un couple de retraités et trois religieuses. Le matin du 26 juillet 2021, deux assaillants islamistes ont envahi l’église, ont tué le prêtre (inutile d’insister sur le comment), et blessé un paroissien à peine moins âgé que le prêtre, et ont retenu en otages trois autres paroissiens (qui étaient des femmes) jusqu’à ce que les forces de l’ordre soient intervenues et aient "neutralisé" les assassins dont je ne souhaite pas ici citer les noms qui ne méritent aucune publicité.

Le père Hamel avait résisté, il avait refusé de s’agenouiller, d’obéir à ce qu’il imaginait être les forces  de Satan (ses derniers mots furent : « Va-t-en Satan ! »). Probablement qu’il serait mort même s’il n’avait pas résisté, puisque les deux terroristes voulaient tuer et eux-mêmes mourir en martyrs pour une cause dont les victimes ici n’étaient pour rien (la guerre en Syrie). Avant l’arrivée de la police, il y a même eu un dialogue surréaliste entre les deux assassins et les religieuses sur la vie après la mort, sur la paix, etc. Daech a revendiqué l’attentat quelques heures plus tard.

Martyr, c’était le père Jacques Hamel qui l’a été. À sa mort, j’avais indiqué qu’en France, personne n’avait été assassiné pour avoir été prêtre depuis la guerre en Vendée, mais j’étais un peu trop optimiste sur l’histoire de mon pays, car j’avais omis le massacre de prêtres et religieux parisiens par les insurgés communards pendant la Commune de Paris. Jacques Hamel allait atteindre 86 ans (il est né le 30 novembre 1930 et a été ordonné prêtre le 30 juin 1958). Malgré son grand âge très avancé, il était le curé de cette paroisse depuis dix ans, faute de nouveaux prêtres.

Le Président de la République François Hollande s’est rendu sur les lieux quelques heures après l’assassinat. Une messe à Notre-Dame de Paris fut dite par Mgr André Vingt-Trois (le cardinal et archevêque de Paris) le 27 juillet 2016 en souvenirs du père Jacques Hamel, en présence de nombreuses personnalités dont François Hollande, Nicolas Sarkozy, Valéry Giscard d’Estaing, Manuel Valls (Matignon), Gérard Larcher (Sénat) et Claude Bartolone (Assemblée Nationale), les plus hautes autorités de l’État.

Les funérailles ont eu lieu le 2 août 2016 en la cathédrale Notre-Dame de Rouen célébrées par Mgr Dominique Lebrun, l’archevêque de Rouen, en présence du Ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve, du Président du Conseil Constitutionnel Laurent Fabius (qui fut longtemps un élu de l’agglomération rouennaise), du maire de Rouen Yves Robert, de la députée Valérie Fourneyron (ancienne ministre et ancienne maire de Rouen), du président du conseil régional de Normandie Hervé Morin, etc.

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Cet assassinat a eu lieu lors des Journées mondiales de la jeunesse à Cracovie (du 26 au 31 juillet 2016), ce qui signifiait que beaucoup d’évêques et de cardinaux français s’y étaient rendus, dont Mgr Dominique Lebrun qui est rentré d’urgence en France : « La mort du père Jacques ressemble à celle de Jésus comme la mort de tous les martyrs de la vérité, de la justice, de la paix, de la foi. » (28 juillet 2016). Au cours de son voyage vers Cracovie, le pape François a réagi ainsi le 27 juillet 2016 : « Combien de chrétiens, d’innocents, d’enfants ? N’ayons pas peur de dire cette vérité : le monde est en guerre, car il a perdu la paix. ».

Le plus incompréhensible, dans cet assassinat, c’était que le père Jacques Hamel était un ami des musulmans, puisqu’il avait créé un comité interconfessionnel avec l’imam de Saint-Étienne-du-Rouvray (qui a été effondré à la nouvelle de sa mort car c’était un ami), et le prêtre avait alloué une partie de la propriété paroissiale pour y construire la mosquée de la ville.

L’assassinat du prêtre a été événement mondial relayé dans de nombreux pays. Le pape François a rapidement évoqué le statut de "martyr", lors d’une messe d’hommage le 14 septembre 2016 : « Nous devons le prier, c’est un martyr, et les martyrs sont des bienheureux, pour qu’il nous donne à tous la fraternité, la paix, et aussi le courage de dire la vérité : tuer au nom de Dieu est satanique. ».

Le procès en béatification a été ouvert le 2 octobre 2016, ce qui est exceptionnel, un délai de cinq ans est requis en principe, même si ce ne fut pas le cas pour le pape Jean-Paul II et pour Mère Teresa. Jacques Hamel sera probablement béatifié dans peu de temps car il a donné sa vie pour son espérance, mais il n’est pas seulement un martyr de l’Église catholique, et c’est cela que tous les citoyens français doivent comprendre, y compris les non-catholiques, athées, agnostiques, etc., Jacques Hamel a été aussi un martyr de la République française, celle des Lumières, celle des droits de l’homme.

François Hollande l’a d’ailleurs rappelé le 26 juillet 2016 : « Attaquer une église, tuer un prêtre, c’est profaner la République qui garantit la liberté de conscience. ». Après une autre messe d’hommage dite par Mgr Dominique Lebrun le 26 juillet 2017 à Saint-Étienne-du-Rouvray, le Président Emmanuel Macron (aux côtés du Premier Ministre Édouard Philippe et du ministre Gérard Collomb) a rappelé les déclarations de son prédécesseur, en citant l’article 18 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui garantit « la liberté de manifester sa religion ou sa conviction, seul ou en commun, tant en public qu’en privé, par l’enseignement, les pratiques, le culte et l’accomplissement des rites ».

En s’opposant vivement aux violences des deux terroristes, en ne se couchant pas devant eux, bref, n’ayant pas eu peur d’eux, sûr de sa foi et de son espérance, Jacques Hamel fait partie effectivement des martyrs de la République, de ceux qui n’ont pas eu froid aux yeux à accomplir leur tâche hors de toute contrainte, au même titre que Samuel Paty a enseigné, que le colonel Arnaud Beltrame a fait son devoir en libérant des otages, que les dessinateurs de "Charlie Hebdo" n’ont pas hésité à publier des dessins provocateurs en toute liberté. À ce propos, ayons aussi une petite pensée pour Kurt Westergaard, qui est mort le 14 juillet 2021 ; il fut le dessinateur danois des fameuses caricatures de Mahomet, publiées le 30 septembre 2005, qui ont enflammé le monde musulman.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 juillet 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Hamel, martyr de la République autant que de l’Église.
L'assassinat du père Jacques Hamel.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210726-jacques-hamel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/jacques-hamel-martyr-de-la-234616

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/23/39068961.html









 

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16 mai 2021 7 16 /05 /mai /2021 03:46

« La soif d’innovation qui depuis longtemps s’est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse devait, tôt ou tard, passer des régions de la politique dans la sphère voisine de l’économie sociale. (…) Les rapports entre patrons et ouvriers se sont modifiés. La richesse a afflué entre les mains d’un petit nombre et la multitude a été laissée dans l’indigence. » (Léon XIII, le 15 mai 1891).


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Il y a cent trente ans, le 15 mai 1891, a été promulguée l’encyclique "Rerum Novarum" par le pape Léon XIII. Elle a marqué une véritable étape dans l’histoire de l’Église catholique et sert de base de la doctrine sociale de l’Église. Elle a tellement marqué les esprits que d’autres papes (quatre au moins) ont publié d’autres encycliques faisant explicitement référence à Rerum Novarum : la plus connue est celle de Jean-Paul II promulguée le 1er mai 1991, "Centisimus Annus". Le premier pape à l’avoir fait fut Pie XI avec "Quadragesimo Anno" le 15 mai 1931. Il y a eu aussi : "Mater et Magistra" de Jean XXIII le 15 mai 1961, "Octogesima Adveniens" de Paul VI le 14 mai 1971 et "Laborem Exercera" de Jean-Paul II le 14 septembre 1981).

Il y a trente ans, le dimanche 12 mai 1991, j’ai eu la chance de participer au centenaire de cette encyclique, dans le cadre d’un colloque présidé par Mgr Lorenzo Antonetti, nonce apostolique à Paris (et futur cardinal), à l’intérieur de la prestigieuse cathédrale Notre-Dame de Paris. Entre parenthèses, parler d’assister à un colloque rend songeur, en cette période de crise sanitaire, plus encore à Notre-Dame qui n’est plus accessible depuis deux ans. Il y avait quelques invités très intéressants, en particulier le maître des lieux, le cardinal Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris, Mgr Joseph Duval, archevêque de Rouen et président de la Conférence des évêques de France, et aussi le politologue René Rémond, qui a beaucoup écrit sur la démocratie chrétienne, le père Jean-Yves Calvez, théologien jésuite, et l’historien Philipe Levillain, auteur du futur "Dictionnaire historique de la papauté" (éd. Fayard, 2006).

Léon XIII, prélat intellectuel et progressiste, a été pape du 20 février 1878 à sa mort, le 20 juillet 1903 à l’âge de 93 ans, après un pontificat de vingt-cinq ans, un an de moins que celui de son lointain successeur, qui, comme lui, a assuré le début d’un siècle, Jean-Paul II. Rerum Novarum a été une véritable révolution dans l’Église catholique, un pavé dans la mare lancé par un pape qui a publié quatre-vingt-six encycliques !

Par ses multiples contributions, Léon XIII a voulu que l’Église prît part aux débats publics du moment. Or, la question sociale, très importante à la fin du XIXe siècle avec la révolution industrielle, est devenue l’une des lignes de démarcation dans la réflexion politique. Parce qu’elle est d’abord une religion de charité et d’amour (la charité est l’une des trois formes d’amour), la lutte contre la pauvreté et la précarité a toujours été, pour l’Église, une priorité essentielle. Mais si l’Église s’opposait au capitalisme qui exploitait les ouvriers, elle rejetait également les idéologies athées, en particulier le communisme et le socialisme, qui niaient le principe de la personne humaine au profit d’un collectif aussi abstrait que théorique.

Le texte de Rerum Novarum est le fruit d’une très longue maturation chez Léon XIII, notamment lorsqu’il était en poste en Belgique bien avant d’être pape, dans les années 1840. Il voyait alors dans ce pays très industrialisé de nombreux ouvriers qui se détournaient de l’Église et il avait réalisé des enquêtes dans plusieurs pays européens (en France, en Suisse, en Allemagne, en Autriche, etc.) pour comprendre l’évolution de l’industrialisation et de la condition des ouvriers.

L’encyclique Rerum Novarum a ainsi encouragé le développement de tout un courant catholique social, où les intérêts des plus pauvres, des ouvriers, sont défendus par un syndicalisme chrétien. Léon XIII avait bien compris, avec l’expérience désastreuse et sanguinaire de la Commune de Paris, entre autres révoltes populaires, qu’il ne fallait pas laisser la défense des ouvriers à des révolutionnaires violents. Il fallait donc prôner une troisième voie. Par ailleurs, en se préoccupant des considérations économiques et sociales, l’Église souhaitait être pleinement dans la société et pas hors des réalités quotidiennes. En cela, le texte est fondateur.

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Que dit ce texte ? L’encyclique dresse d’abord un diagnostic et surtout, indique que le sujet est très actuel : « Partout, les esprits sont en suspens et dans une anxieuse attente, ce qui seul suffit à prouver combien de graves intérêts sont ici engagés. Cette situation préoccupe à la fois le génie des savants, la prudence des sages, les délibérations des réunions populaires, la perspicacité des législateurs et les conseils des gouvernants. En ce moment, il n’est pas de question qui tourmente davantage l’esprit humain. ». C’est une grande dose de lucidité qui s’exprime ainsi.

Ne pas vouloir traiter de la question sociale, c’est accepter de la laisser traiter exclusivement par d’autres, par des « opinions erronées et fallacieuses ». L’encyclique insiste donc sur l’aspect très sensible du sujet : « Le problème n’est pas aisé à résoudre, ni exempt de péril. Il est difficile, en effet, de préciser avec justesse les droits et les devoirs qui règlent les relations des riches et des prolétaires, des capitalistes et des travailleurs. D’autre part, le problème n’est pas sans danger, parce que trop souvent d’habiles agitateurs cherchent à en dénaturer le sens et en profitent pour exciter les multitudes et fomenter les troubles. ».

La nécessité de donner une réponse à cette question est, pour l’encyclique, évidente : « Quoi qu’il en soit, nous sommes persuadés, et tout le monde en convient, qu’il faut, par des mesures promptes et efficaces, venir en aide aux hommes des classes inférieures, attendu qu’ils sont pour la plupart dans une situation d’infortune et de misère. ». Avec une description apocalyptique de certains patrons exploiteurs : « Les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrer à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d’une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue accroître encore le mal. (…) À tout cela, il faut ajouter la concentration entre les mains de quelques-uns de l’industrie et du commerce devenus le partage d’un petit nombre d’hommes opulents et de ploutocrates qui imposent ainsi un joug presque servile à l’infinie multitude des prolétaires. ».

Il est remarquable d’ailleurs que cette description est encore donnée pour le XXIe siècle, ce qui est, à mon avis, une exagération, car la différence entre il y a cent trente ans et maintenant, ce sont justement toutes nos lois sociales, et pour la France, notre modèle social qui garantit un grand nombre de droits aux salariés. En revanche, les excès de l’époque n’étaient pas des exagérations, mais bien la triste réalité. Si le texte insiste sur les "travailleurs isolés", c’est d’une part pour regretter la fin des corporations supprimées par la Révolution, et d’autre part, pour encourager les travailleurs à s’organiser dans des syndicats catholiques.

Car ceux qui prétendent défendre les ouvriers, les socialistes (communistes), proposent de très mauvaises solutions pour les ouvriers : « Les socialistes, pour guérir ce mal, poussent à la haine jalouse des pauvres contre les riches. Ils prétendent que toute propriété de biens privés doit être supprimée, que les biens d’un chacun doivent être communs à tous. ».

Et l’encyclique de 1891 a compris très simplement ce qui clochait dans cette idéologie fumeuse (qui a fait des centaines de millions de morts au XXe siècle) : « La raison intrinsèque du travail entrepris par quiconque exerce un métier, le but immédiat visé par le travailleur, c’est d’acquérir un bien qu’il possédera en propre et comme lui appartenant. Car s’il met à la disposition d’autrui ses forces et son énergie, ce n’est évidemment que pour obtenir de quoi pourvoir à son entretien et aux besoins de la vie. Il attend de son travail le droit strict et rigoureux, non seulement de recevoir son salaire, mais encore d’en user comme bon lui semblera. ».

Avec cette dernière phrase citée, on a tout de la troisième voie, qu’on pourrait simplifier avec "la gauche" (« recevoir son salaire »), le droit à ne pas être un esclave mais bien un salarié payé correctement pour son travail, et avec "la droite" (« en user comme bon lui semblera »), le droit de dépenser comme il le souhaite, pouvoir être propriétaire, être "libéral" au sens économique. Pas étonnant que ce courant de la doctrine sociale de l’Église se situe donc, aujourd’hui encore, dans une position politique centrale sinon centriste (en d’autres termes, la démocratie chrétienne), avec probablement une évolution politique de gauche vers la droite à fur et à mesure que les droits sociaux ont été reconnus et garantis et que les patrons sont devenus plus respectueux de leurs salariés (une des émanations françaises de la démocratie chrétienne, Jeune République, créée par Marc Sangnier, était "de gauche" et a soutenu le Front populaire en 1936).

Pour ceux qui ne sont pas convaincus, l’encyclique enfonce le clou : « Cette conversion de la propriété privée en propriété collective, préconisée par le socialisme, n’aurait d’autre effet que de rendre la situation des ouvriers plus précaire, en leur retirant la libre disposition de leur salaire et en leur enlevant, par le fait même, tout espoir et toute possibilité d’agrandir leur patrimoine et d’améliorer leur situation. ».

Dans les solutions proposées par l’Église, celle-ci insiste sur un certain nombre de principes. Le premier est le principe d’inégalité, qui est une réalité sociale : « L’homme doit accepter cette nécessité de sa nature qui rend impossible, dans la société civile, l’élévation de tous au même niveau. Sans doute, c’est là ce que poursuivent les socialistes. Mais contre la nature, tous les efforts sont vains. C’est elle, en effet, qui a disposé parmi les hommes des différences aussi multiples que profondes ; différences d’intelligence, de talent, de santé, de force ; différences nécessaires d’où naît spontanément l’inégalité des conditions. Cette inégalité d’ailleurs tourne au profit de tous, de la société comme des individus. La vie sociale requiert dans son organisation des aptitudes variées et des fonctions diverses, et le meilleur stimulant à assumer ces fonctions est, pour les hommes, la différence de leurs conditions respectives. ».

Un autre principe, c’est de ne pas prôner la lutte des classes. Pour l’Église, le capital et le travail sont complémentaires et pas opposés : « Il vaut mieux voir les choses telles qu’elles sont et (…) chercher ailleurs un remède capable de soulager nos maux. L’erreur capitale, dans la question présente, c’est de croire que les deux classes sont ennemies-nées l’une de l’autre, comme si la nature avait armé les riches et les pauvres pour qu’ils se combattent mutuellement dans un duel obstiné. C’est là une affirmation à ce point déraisonnable et fausse que la vérité se trouve dans une doctrine absolument opposée. ».

Dans cette troisième voie, l’encyclique énumère alors les devoirs des deux "protagonistes". On notera l’équivalence ouvriers/pauvres et celle patrons/riches, qui sont beaucoup moins évidentes aujourd’hui (il y a des ouvriers qui peuvent être riches, des plombiers, des maçons, des électriciens, des couvreurs, etc., et bien sûr, il peut y avoir des patrons pauvres, la situation sanitaire l’a démontré mais c’était déjà le cas auparavant, évidemment).

Ouvriers/pauvres : « Il doit fournir intégralement et fidèlement tout le travail auquel il s’est engagé par contrat libre et conforme à l’équité. Il ne doit point léser son patron, ni dans ses biens, ni dans sa personne. Ses revendications mêmes doivent être exemptes de violences et ne jamais revêtir la forme de séditions. Il doit fuir les hommes pervers qui, dans des discours mensongers, lui suggèrent des espérances exagérées et lui font de grandes promesses qui n’aboutissent qu’à de stériles regrets et à la ruine des fortunes. ». Je ne sais pas pourquoi, mais ces "hommes aux grandes promesses" évoqués, cela me fait penser à Jean-Luc Mélenchon !…

Patrons/riches : « Ils ne doivent poins traiter l’ouvrier en esclave ; il est juste qu’ils respectent en lui la dignité de l’homme, relevée encore par celle du chrétien. (…) Il est encore défendu aux patrons d’imposer à leurs subordonnés un travail au-dessus de leurs forces ou en désaccord avec leur âge ou leur sexe. Mais, parmi les devoirs principaux du patron, il faut mettre au premier rang celui de donner à chacun le salaire qui convient. (…) D’une manière générale, que le riche et le patron se souviennent qu’exploiter la pauvreté et la misère, et spéculer sur l’indigence sont choses que réprouvent également les lois divines et humaines. ».

Et le texte rappelle très opportunément : « Les fortunés de ce monde sont avertis que les richesses ne les mettent pas à couvert de la douleur, qu’elles ne sont d’aucune utilité pour la vie éternelle, mais plutôt un obstacle, qu’ils doivent trembler devant les menaces insolites que Jésus-Christ profère contre les riches ; qu’enfin, il viendra un jour où ils devront rendre à Dieu, leur juge, un compte très rigoureux de l’usage qu’ils auront fait de leur fortune. ».

Autre devoir, la solidarité et le partage, en d’autres termes, la charité : « Dès qu’on a accordé ce qu’il faut à la nécessité, à la bienséance, c’est un devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres. (…) C’est un devoir, non pas de stricte justice, sauf les cas d’extrême nécessité, mais de charité chrétienne, un devoir par conséquent dont on ne peut poursuivre l’accomplissement par l’action de la loi. ».

La doctrine sociale de l’Église est résumée « en quelques mots » ainsi : « Quiconque a reçu de la divine bonté une plus grande abondance, soit des biens extérieurs et du corps, soit des biens de l’âme, les a reçus dans le but de les faire servir à son propre perfectionnement et également, comme ministre de la providence, au soulagement des autres. ». L’encyclique cite alors saint Grégoire Ier le Grand, pape de 590 à 604, grand intellectuel très influent au Moyen-Âge (ce fut en son honneur qu’on nomma les "chants grégoriens"), dans ses homélies sur les Évangiles : « Quelqu’un a-t-il le talent de la parole, qu’il prenne garde de se taire ; une surabondance de biens, qu’il ne laisse pas la miséricorde s’engourdir au fond de son cœur ; l’art de gouverner, qu’il s’applique avec soin à en partager avec son frère et l’exercice et les bienfaits. » (lib. I, hom. 9, n.7, PL LXXVI, 1109).

Quant aux pauvres, Léon XIII veut les déculpabiliser : « La pauvreté n’est pas un opprobre et [il] ne faut pas rougir de devoir gagner son pain à la sueur de son front. ».

Enfin, l’encyclique passe en revue le rôle de l’État qui doit protéger les intérêts des ouvriers : « [L’État] peut grandement améliorer le sort de la classe ouvrière. Il le fera dans toute la rigueur de son droit et sans avoir à redouter le reproche d’ingérence ; car en vertu même de son office, l’État doit servir l’intérêt commun. Il est évident que plus se multiplieront les avantages résultant de cette action d’ordre général, et moins on aura besoin de recourir à d’autres expédients pour remédier à la condition des travailleurs. ».

Et elle ajoute : « Parmi les graves et nombreux devoirs des gouvernants qui veulent pourvoir comme il convient au bien public, celui qui domine tous les autres consiste à avoir soin également de toutes les classes de citoyens, en observant rigoureusement les lois de la justice dite distributive. Tous les citoyens sans exception doivent apporter leur part à la masse des biens communs qui, du reste, par un retour naturel, se répartissent de nouveau entre les individus. Néanmoins, les apports respectifs ne peuvent être ni les mêmes, ni d’égale mesure. Quelques que soient les vicissitudes par lesquelles les formes de gouvernement sont appelées à passer, il y aura toujours entre les citoyens ces inégalités de conditions sans lesquelles une société ne peut ni exister, ni être conçue. ».

Par ailleurs, l’encyclique considère comme incompatibles une fonction de chef d’entreprise et une fonction au sein d’un exécutif politique : « À tout prix, il faut des hommes qui gouvernent, qui fassent des lois, qui rendent la justice, qui enfin de conseil ou d’autorité, administrent les affaires de la paix et les choses de la guerre. À n’en pas douter, ces hommes doivent avoir la prééminence dans toute société et y tenir le premier rang, puisqu’ils travaillent directement au bien commun et d’une manière si excellente. Ceux au contraire qui s’appliquent aux choses de l’industrie ne peuvent concourir à ce bien commun, ni dans la même mesure, ni par les mêmes voies. ».

Mais ce n’est pas pour autant une réflexion "anti-patron", car elle reconnaît pleinement leur part dans le bien commun, ainsi que celle des ouvriers : « Eux aussi [ceux qui s’appliquent aux choses de l’industrie], cependant, quoique d’une manière moins directe, servent grandement les intérêts de la société. Sans nul doute, le bien commun dont l’acquisition doit avoir pour effet de perfectionner les hommes est principalement un bien moral. Mais, dans une société bien constituée, il doit se trouver encore une certaine abondance de biens extérieurs "dont l’usage est requis à l’exercice de la vertu" [selon l’expression de saint Thomas]. Or, tous ces biens, c’est le travail de l’ouvrier, travail des champs ou de l’usine, qui en est surtout la source féconde et nécessaire. ».

L’encyclique se termine par exhorter l’ensemble des responsables de l’Église à promouvoir la charité : « Quant à l’Église, son action ne fera jamais défaut en aucune manière et sera d’autant plus féconde qu’elle aura pu se développer avec plus de liberté. Nous désirons que ceci soit compris surtout par ceux dont la mission est de veiller au bien public. Que les ministres sacrés déploient toutes les forces de leur âme et toutes les industries de leur zèle, et que, sous l’autorité de vos paroles et de vos exemples, vénérables frères, ils ne cessent d’inculquer aux hommes de toutes les classes les règles évangéliques de la vie chrétienne, qu’ils travaillent de tout leur pouvoir au salut des peuples, et par-dessus tout, qu’ils s’appliquent à nourrir en eux-mêmes et à faire naître dans les autres, depuis les plus élevés jusqu’aux plus humbles, la charité reine et maîtresse de toutes les vertus. ».

Comme on le lit par ces extraits bien trop courts pour en mesurer toute la richesse, l’encyclique est un texte très fort, simple à comprendre, très ferme dans les positions sur les uns et les autres, et montre à quel point la République française, qui s’est construite pendant plus d’un siècle contre le cléricalisme ambiant, poursuit les mêmes buts que l’Église dans sa traduction sociale : chaque personne est unique et mérite respect et dignité, et lorsqu’elle est dans le besoin, doit pouvoir être aidée par la collectivité, et les personnes riches, qui ne sont pas des ennemis, doivent participer à cette élémentaire et nécessaire œuvre de redistribution que l’Église appelle charité et que la République appelle solidarité nationale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 mai 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rerum Novarum.
L’encyclique "Rerum Novarum" du 15 mai 1891.
La Vierge de Fatima.
L’attentat contre le pape Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
L’Église de Benoît XVI.
Michael Lonsdale.
Pourquoi m’as-tu abandonné ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210515-rerum-novarum.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-130-ans-de-l-encyclique-rerum-232927

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13 mai 2021 4 13 /05 /mai /2021 03:11

« Jésus est un ami exigeant, qui indique des objectifs élevés et qui demande que l’on sorte de soi-même pour aller à sa rencontre. "Celui qui perdra sa vie pour moi et pour l’Évangile la sauvera" (Marc 8, 35). Cette proposition peut paraître difficile et, dans certains cas, elle peut faire peur. Mais, je vous le demande, vaut-il mieux se résigner à une vie sans idéaux, à une société marquée par des inégalités, des excès de pouvoir et des égoïsmes, ou au contraire, chercher généreusement la vérité, le bien, la justice, en travaillant pour un monde qui reflète la beauté de Dieu, même au prix de devoir affronter les épreuves que cela comporte ? » (Jean-Paul II, discours aux jeunes, le 26 mai 2002 à la cathédrale de Plovdiv, en Bulgarie).



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Imaginez qu’un inconnu veuille vous tuer. Il parvient à vous atteindre d’une balle dans le corps. Par une chance extraordinaire, vous en réchappez. Que pouvez-vous imaginer comme relations futures avec votre apprenti assassin ? Le tuer à votre tour ? Le haïr ? Le mépriser ?

Ce jeudi 13 mai 2021, fête de l’Ascension pour les catholiques, est un anniversaire un peu particulier. Il y a quarante ans, le pape Jean-Paul II a été victime d’une tentative d’assassinat. C’était un mercredi, le jour habituel de l’audience générale devant 20 000 fidèles. Il circulait dans une voiture sans protection (la "papamobile" avec vitres blindées n’a été construite qu’à la suite de cet attentat) pour saluer la foule de la place Saint-Pierre de Rome quand un jeune homme de nationalité turque tira deux fois sur lui.

Je préfère généralement me focaliser sur la victime à m’arrêter sur le criminel, mais dans ce cas-là, il est intéressant à connaître ce jeune homme, Mehmet Ali Agca, qui était recherché par la police turque car il avait assassiné un journaliste le 2 février 1979 (Abdi Ipekçi, le directeur d’un journal influent). Il n’était pas seul, il a eu des complices dont un qui devait envoyer une grenade dans la foule juste après les tirs pour faire diversion par la panique et permettre de s’enfuir vers l’ambassade de Bulgarie, mais le complice n’a rien fait comme prévu et s’est enfoui dans la foule, les deux personnes ont donc été rapidement arrêtées.

Le criminel a expliqué en particulier : « Pour moi, le pape était l’incarnation du capitalisme dans son ensemble. ». Ce qui est une phrase de grande ignorance : au contraire, le pape est par essence "anti-capitaliste". Pour en être convaincu, il suffit de relire l’encyclique Rerum Novarum qui a été promulguée par le pape il y a cent trente ans.

Par chance, aucun organe vital ne fut touché et Jean-Paul II a survécu après une très longue opération en gardant des séquelles. C’était le jour anniversaire de la première apparition de la Vierge de Fatima (le 13 mai 1917), ce qui l’a conduit à se croire sous sa protection. Il alla plusieurs fois à Fatima, la première fois dès le 13 mai 1982. Il fit même incruster une des balles qui a failli le tuer dans la couronne de la statue de cette Vierge (en fait, pas tout à fait, voir le paragraphe suivant). À l’occasion du passage au nouveau millénaire, Jean-Paul II révéla d’ailleurs le 26 juin 2000 que cette tentative d’assassinat était prédite par le troisième secret de Fatima qui fut connu de Sœur Lucie le 13 juillet 1917.

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Le cardinal Angelo Soldano, Secrétaire d’État du pape, déclara le 13 mai 2000 : « Après l’attentat du 13 mai 1981, il apparut clairement à Sa Sainteté qu’il y avait eu "une main maternelle pour guider la trajectoire du projectile" permettant au "pape agonisant" de s’arrêter "au seuil de la mort" (Jean-Paul II, "Méditation avec les évêques italiens depuis l’hôpital polyclinique Gemelli", Insegnamenti, vol. XVIIII, 1994, p.1061). À l’occasion d’un passage à Rome de l’évêque de Leiria-Fatima de l’époque, le pape décida de lui remettre le projectile, resté dans la jeep après l’attentat, pour qu’il soit gardé dans le sanctuaire. Sur l’initiative de l’évêque, il fut enchâssé dans la couronne de la statue de la Vierge de Fatima. ».

Le pape avait été élu seulement deux ans et demi auparavant, le 16 octobre 1978. Un pape jeune (il allait avoir 61 ans lors de l’attentat), polonais, qui sera l’un des plus longs de l’histoire de l’Église catholique (le troisième plus long derrière …saint Pierre et Pie IX), un pape essentiel dans la déconstruction du communisme international, l’un des symboles forts de la chute de l’URSS, et aussi l’un des papes importants des rencontres œcuméniques, qui a fait des centaines de voyages dans le monde pour rencontrer tous les humains de la terre, parlant des dizaines de langues. Ce pape-là, il aurait pu trouver la fin du voyage dès ce 13 mai 1981 à cause d’un extrémiste assassin.

Au premier semestre de l’année 1981, le contexte international était particulier. Celui encore de la guerre froide, avec une victoire de la gauche en France, la nomination de ministres communistes dans le gouvernement français, mais aussi celui du développement de l’islamisme politique avec un premier foyer en Iran, et aussi l’attentat contre le nouveau Président américain Ronald Reagan, futur leader de la déréglementation de l’économie mondiale.

Comment aurait été le monde sans Jean-Paul II à partir de 1981 ? La question mérite d’être posée et c’est la raison pour laquelle la fameuse "piste bulgare" a eu de si nombreux défenseurs, même si aucune instruction judiciaire n’a pu aboutir, n’ayant aucun élément prouvant quoi que ce fût. La piste bulgare fut proposée par l’auteur de l’attentat lui-même, revendiquant son commanditaire parmi les services secrets bulgares, eux-mêmes sous commande du KGB de l’URSS à l’époque dirigée par Brejnev. L’idée était d’éliminer un pape polonais qui risquait de mettre en péril les régimes communistes en Europe. Jusqu’à maintenant, aucun élément n’a permis d’établir un seul fait allant dans ce sens, y compris avec l’ouverture des archives après la chute de la dictature communiste en Bulgarie.

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Comme dans tout événement "mystérieux", les hypothèses les plus folles ont pu courir, comme un crime de la mafia italienne, etc. Il est plus probable que ce fût l’œuvre d’un déséquilibré, certes activiste d’extrême droite, condamné à mort puis à la prison à vie en Turquie mais évadé et réfugié en Bulgarie, d’autant plus que Mehmet Ali Agca, musulman, s’est converti le 13 mai 2007 au catholicisme et s’est autoproclamé le "Christ éternel" prêt à assassiner le pape François (à qui il avait demandé une audience en novembre 2014) si Dieu le lui demandait… À la mort de Jean-Paul II, le 2 avril 2005, il avait voulu assister à ses funérailles (demande refusée par les autorités turques), et il s’est rendu au Vatican fleurir la tombe du saint pape le 27 décembre 2014.

Le procès de Mehmet Ali Agca a eu lieu très rapidement, du 20 au 22 juillet 1981. Il a plaidé l’acte isolé d’un fanatique religieux. Il fut condamné à la réclusion criminelle à perpétuité avec un an d’isolement, et fut gracié par le Président italien Carlo Azeglio Ciampi, extradé en Turquie le 14 juin 2000, où il retourna purger sa première peine transformée en peine de 10 ans de prison. Il est sorti définitivement de prison le 18 janvier 2010. Il est libre et a aujourd’hui 63 ans.

Dans son message adressé le 18 octobre 1996 à l’occasion de la Journée mondiale des malades qui allait avoir lieu le 11 février 1997 à Fatima, Jean-Paul II a écrit : « L’invitation de la très Sainte Vierge Marie à la pénitence n’est que la manifestation de sa sollicitude maternelle envers la condition de la famille humaine, en demande de conversion et de pardon. ». Pardon, le mot est lâché. Car ce qui a été le plus important dans cet attentat du 13 mai 1981 contre le pape Jean-Paul II, ce n’est même pas qu’il en ait réchappé, ce fut sa réaction sortant de l’ordinaire.

C’est là qu’on peut comprendre a posteriori qu’il était un "saint" (un vrai, canonisé le 24 avril 2014). En effet, la réaction de Jean-Paul II fut plus que de pardonner son agresseur criminel, elle fut de sympathiser avec lui et avec sa famille. Le 27 décembre 1983, il a même fait un acte absolument exceptionnel : le pape est allé rencontrer Mehmet Ali Agca dans sa prison italienne et a discuté avec lui. Jusqu’à sa mort, Jean-Paul II a continué à entretenir des liens avec Mehmet Ali Agca et sa famille, notamment sa mère et un frère.

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À l’issue de son entrevue, Jean-Paul II a déclaré à la presse : « Ce dont nous avons parlé restera un secret entre lui et moi. Je lui ai parlé comme à un frère à qui j’ai pardonné et qui a mon entière confiance. ». En fait, la situation était moins idyllique que montrée. Selon Mgr Mieczyslaw Mokrzycki, archevêque de Lvov, en Ukraine, qui fut l’assistant du futur cardinal Stanislas Dziwisz, le secrétaire particulier de Jean-Paul II qui se trouvait dans la voiture avec le pape lors de l’attentat, le pape était plutôt déçu de cette rencontre : « Ni repentir, ni regret, il n’a pas prononcé le mot pardon. » (dans "Le mardi était son jour préféré" sorti en avril 2010).

Mgr Stanislas Dziwisz, devenu l’archevêque de Cracovie, a révélé en 2014, quant à lui, que Jean-Paul II fut victime d’une seconde tentative d’assassinat en mai 1982 lors de sa visite à Fatima, un homme l’a blessé avec un poignard et fut vite maîtrisé, cet événement ne fut pas ébruité.

La réaction d’un saint, face au traumatisme d’un attentat, ce n’est pas seulement ne pas avoir peur, c’est de pardonner et de considérer qu’en chaque humain, aussi criminel soit-il, il y a un cœur qui peut être racheté. Je ne sais pas ce qu’il en est de la rédemption de Mehmet Ali Agca, mais il est sûr que la traduction de cette idée sur le plan politique est extrêmement révolutionnaire !

Lors de son voyage en Bulgarie du 23 au 26 mai 2002, Jean-Paul II a par ailleurs affirmé qu’il n’avait jamais cru à la "piste bulgare" et il a déclaré, lors d’une rencontre avec les jeunes à la cathédrale de Plovdiv le 26 mai 2002 : « Abattez les barrières de la superficialité et de la peur ! (…) Goûtez la joie de la réconciliation dans le sacrement de pénitence. (…) Ne cédez pas aux flatteries et aux illusions faciles du monde, qui se transforment bien souvent en tragiques déceptions. C’est dans les moments difficiles, dans les moments d’épreuve, vous le savez, que l’on mesure la qualité des choix. Il n’existe pas de raccourci vers le bonheur et la lumière ! ». Oui, le pardon, c’est la seule voie de la réconciliation. On n’est jamais canoniser par hasard…


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Sylvain Rakotoarison (13 mai 2021)
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Pour aller plus loin :
Rerum Novarum.
L’encyclique "Rerum Novarum" du 15 mai 1891.
La Vierge de Fatima.
L’attentat contre le pape Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
L’Église de Benoît XVI.
Michael Lonsdale.
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15 avril 2021 4 15 /04 /avril /2021 03:30

« La cité de l’homme n’est pas uniquement constituée par des rapports de droits et de devoirs, mais plus encore, et d’abord, par des relations de gratuité, de miséricorde et de communion. » (Benoît XVI, "Caritas in veritate", le 29 juin 2009).



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Le "pape émérite", c’est-à-dire l’ancien pape, le pape ayant renoncé à ses fonctions de pape, Benoît XVI atteint ce jeudi 16 avril 2021 l’âge de 94 ans. Un pape probablement très affaibli, dont des rumeurs folles annonçaient en octobre dernier les pires informations sur sa santé. Sa décision de quitter le pontificat de son vivant a été sage et humaine : il l’a annoncée peu avant ses 85 ans le 11 février 2013 pour prendre effet le 28 février 2013.

Il a expliqué de nouveau cette démarche le 27 février 2013 lors de sa dernière audience publique : « Ces derniers mois, j’ai senti que mes forces étaient diminuées, et j’ai demandé à Dieu avec insistance, dans la prière, de m’éclairer de sa lumière pour me faire prendre la décision la plus juste non pour mon bien mais pour le bien de l’Église. J’ai fait ce pas en pleine conscience de sa gravité et aussi de sa nouveauté, mais avec une profonde sérénité d’âme. Aimer l’Église signifie aussi avoir le courage de faire des choix difficiles, douloureux, en ayant toujours à cœur le bien de l’Église et non soi-même. ».

Dès lors qu’on vit plus âgé, comment peut-on accepter à vie une fonction épuisante à très forte responsabilité ? À moins d’être soit un dictateur (et c’est le clan qui continue à gouverner) soit un surhomme (je n’écris pas ici une surfemme, le contexte s’y prête mal même si, théoriquement et originellement, rien n’interdisait à une femme d’accéder à cette fonction).

D’ailleurs, son successeur, le pape François, va lui-même, cette année, atteindre l’âge de 85 ans et probablement qu’il n’hésitera pas à quitter ses fonctions comme Benoît XVI si la fatigue l’étreint trop. On pourrait d’ailleurs imaginer une réforme qui donnerait un âge limite à la fonction : après tout, les évêques doivent prendre leur retraite à 75 ans, ce qui est déjà bien âgé pour certains, et les cardinaux de plus de 80 ans ne votent plus lors des conclaves. Pourquoi un pape pourrait continuer même centenaire ce que les autres prélats sont interdits de responsabilités ?

Rassurant tous les fidèles, les deux papes ont été vaccinés contre le covid-19 très tôt : le pape François a eu sa première dose le 13 janvier 2021 et Benoît XVI le 14 janvier 2021. Cette rapidité était d’autant plus nécessaire pour le pape actuel qu’il porte peu souvent le masque quand il parle en public et qu’il courait donc un grand risque d’être contaminé dans une enclave d’un pays très durement touché par la pandémie de covid-19.

Féru des auteurs catholiques français François Mauriac, Paul Claudel et Georges Bernanos, Joseph Ratzinger a été ordonné prêtre il y a presque soixante-dix ans, le 29 juin 1951, mais parallèlement à sa trajectoire de prêtre, puis archevêque de Munich (le 28 mars 1977), cardinal (le 27 juin 1977), préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (le 25 novembre 1981), enfin, 265e pape Benoît XVI (élu le 19 avril 2005), il a eu aussi une très longue carrière d’universitaire, de théologien, à Munich.

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Lorsqu’il a quitté la Curie romaine le 28 février 2013 pour se retirer définitivement de son magistère, Benoît XVI a fait ses adieux, à la Salle Clémentine, aux cardinaux présents à Rome en citant Romano Guardini : « Je voudrais vous laisser une pensée simple, qui me tient beaucoup à cœur : une pensée sur l’Église, sur son ministère, qui constitue pour nous tous, pouvons-nous dire, la raison et la passion de notre vie. J’emprunte, pour m’aider, une expression de Romano Guardini, écrite précisément l’année où les Pères du Concile Vatican II approuvèrent la Constitution "Lumen gentium", dans son dernier livre, avec une dédicace personnelle également pour moi ; c’est pourquoi les paroles de ce livre me sont particulièrement chères. Romano Guardini dit : L’Église "n’est pas une institution conçue et construite de façon théorique (…) mais une réalité vivante (…). Elle vit au cours du temps, en devenir, comme tout être vivant, en se transformant (…). Et pourtant, dans sa nature, elle demeure toujours la même, et son cœur est le Christ". ».

Et il a poursuivi : « C’est l’expérience que nous avons faite, me semble-t-il, hier place Saint-Pierre : voir que l’Église est un corps vivant, animé par l’Esprit Saint et qu’elle vit réellement par la force de Dieu. Elle est dans le monde mais elle n’appartient pas au monde : elle appartient à Dieu, au Christ, à l’Esprit. (…) C’est pourquoi l’autre expression célèbre de Romano Guardini est également vraie et éloquente : "L’Église se réveille dans les âmes". L’Église vit, grandit et se réveille dans les âmes qui (…) offrent à Dieu leur propre chair et, précisément dans leur pauvreté et leur humilité, elles deviennent capables d’engendrer le Christ aujourd’hui dans le monde. À travers l’Église, le mystère de l’Incarnation demeure présent pour toujours. Le Christ continue à marcher à travers les temps et tous les lieux. ».

"L’expérience" dont le pape émérite parlait place Saint-Pierre le 27 février 2013, c’était sa dernière audience générale donnée aux fidèles venus très nombreux le saluer une dernière fois en plein soleil : « Je vous remercie d’être venus si nombreux (…). Je suis véritablement ému et je vois l’Église vivante ! ».

Et son message était le suivant : « Quand, le 19 avril il y a presque huit ans, j’ai accepté d’assumer le ministère pétrinien, j’ai eu la ferme certitude qui m’a toujours accompagné : cette certitude de la vie de l’Église par la Parole de Dieu. En ce moment, comme je l’ai déjà exprimé plusieurs fois, les paroles qui ont résonné dans mon cœur ont été : Seigneur, pourquoi me demandes-tu cela et que me demandes-tu ?.C’est un poids grand celui que tu me poses sur les épaules, mais si tu me le demandes, sur ta parole, je jetterai les filets, sûr que tu me guideras, aussi avec toutes mes faiblesses. Et huit années après, je peux dire que le Seigneur m’a vraiment guidé, m’a été proche, j’ai pu percevoir quotidiennement sa présence. Cela a été un bout de chemin de l’Église qui a eu des moments de joie et de lumière, mais aussi des moments pas faciles (…). Cela a été une certitude, que rien ne peut troubler. Et c’est pour cela qu’aujourd’hui mon cœur est plein de reconnaissance envers Dieu parce qu’il n’a jamais fait manquer à toute l’Église et aussi à moi sa consolation, sa lumière, son amour. ».

Et pour lui, tous constituent l’Église : « Je voudrais que mon salut et mes remerciements parviennent (…) à tous : le cœur d’un pape s’élargit au monde entier. (…) On peut toucher du doigt ce qu’est l’Église, non pas une organisation, une association à des fins religieuses ou humanitaires, mais un corps vivant, une communion de frères et de sœurs dans le Corps de Jésus-Christ, qui nous unit tous. Expérimenter l’Église de cette façon et pouvoir presque pouvoir toucher de la main la force de sa vérité et de son amour, est un motif de joie, en un temps où beaucoup parlent de son déclin. Mais nous voyons combien l’Église est vivante aujourd’hui ! » (27 février 2013).

Comme on a pu s’en apercevoir lors de son dernier discours le 28 février 2013, Benoît XVI a cité Romano Guardini. C’était un peu normal et le contraire aurait été étonnant. Qui fut-il ? Romano Guardini (1885-1968) fut un des théologiens catholiques les plus importants du XXe siècle qui définissait ainsi sa vocation : « expliciter et interpréter la réalité chrétienne dans son ensemble, avec bien sûr le sérieux scientifique voulu et un niveau spirituel aussi élevé que possible ». Il fut également le professeur (enseignant la "vision chrétienne du monde") de Joseph Ratzinger lorsque ce dernier était un étudiant de 18 ans et qu’il suivait ses études à l’Institut supérieur de philosophie et de théologie de Freising, près de Munich, et en quelque sorte, son "mentor" intellectuel et spirituel. Le futur pape a confié : « Quand j’ai commencé mes études de théologie, au début de 1946, l’une de mes premières lectures a été le premier ouvrage de Romano Guardini "L’Esprit de la liturgie", un petit livre publié à Pâques 1918. ».

Dans son livre reprenant le même titre que celui de Guardini, "L’Esprit de la liturgie", sorti en 1999, le cardinal Ratzinger a expliqué son parallèle avec le livre d’origine : « Je voudrais tenter une comparaison, largement inappropriée comme toutes les comparaisons, mais qui aide à comprendre. On pourrait dire que la liturgie ressemblait alors, en 1918, par certains aspects, à une fresque restée intacte, mais presque recouverte d’une couche ultérieure, dans le missel avec lequel le prêtre la célébrait, sa forme était pleinement présente, telle qu’elle s’était développée depuis son origine, mais pour les croyants, elle était en grande partie cachée par des instructions et des formes de prière à caractère privé. Grâce au mouvement liturgique et, de manière définitive, grâce au Concile Vatican II, la fresque a été nettoyée et pendant un moment, nous avons été fascinés par la beauté de ses couleurs et de ses dessins. ».

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Cette extrait de préface a été citée dans un long article retraçant la proximité intellectuelle entre Guardini et Ratzinger publié en 2008 par Silvano Zucal, professeur de philosophie à l’Université de Trente et éditeur des œuvres de Romano Guardini, dans "Vita e Pensiero", la revue de l’Université catholique de Milan (traduit en français par Charles de Pechpeyrou).

Silvano Zucal a notamment présenté la conception de l’Église du futur pape : « Les deux hommes s’interrogent (…) sur l’Église, son sens et son destin. Si Guardini prophétisait en 1921 "qu’un processus de grande portée a débuté. L’Église se réveille dans les consciences", Ratzinger, dans un registre plus dramatique, posait tout aussi radicalement le problème ecclésiologique à partir de ce qu’il considérait comme le renversement de la thèse guardinienne : "Le processus de grande portée est que l’Église s’éteint dans les âmes et se désagrège dans les communautés". En ce sens, il suffit de penser à la très forte résonance de l’émouvant discours prononcé par Ratzinger le 4 juin 1970 à l’Académie catholique bavaroise de Munich devant mille personnes. À la question "Pourquoi suis-je encore dans l’Église aujourd’hui ?", il avait répondu : "Je suis dans l’Église pour les mêmes raisons pour lesquelles je suis chrétien : parce que l’on ne peut pas croire tout seul. On ne peut être chrétien que dans l’Église, pas à côté d’elle". ».

On ne peut pas croire tout seul. C’est avec cette compréhension de 1970 qu’il faut comprendre comment Benoît XVI a abordé sa renonciation en 2013, lorsqu’il a dit : « La gravité de la décision [d’accepter d’être pape] a été vraiment aussi dans le fait qu’à partir de ce moment, j’étais engagé sans cesse et pour toujours envers le Seigneur. Toujours, celui qui assume le ministère pétrinien n’a plus aucune vie privée. Il appartient toujours et totalement à tous, à toute l’Église. (…) Le "toujours" est aussi un "pour toujours", il n’y a plus de retour dans le privé. Ma décision de renoncer à l’exercice actif du ministère, ne supprime pas cela. (…) Je ne porte plus le pouvoir de la charge pour le gouvernement de l’Église, mais dans le service de la prière, je reste, pour ainsi dire, dans l’enceinte de saint Pierre. Saint Benoît (…) nous a montré le chemin pour une vie qui, active ou passive, appartient totalement à l’œuvre de Dieu. ».

C’est pour cette raison que Benoît XVI n’est pas un ex-pape mais est resté pape, émérite. Il ne s’est pas reclus, seul loin des hommes, en attendant la mort, il s’est juste dégagé des responsabilités mais pas de son universalité. C’est donc bien une retraite dans l’Église et pas un retrait de l’Église. Retraite que je lui souhaite la plus douce possible et la plus communiante possible.


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Sylvain Rakotoarison (11 avril 2020)
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Le pape du développement humain intégral.
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