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16 avril 2017 7 16 /04 /avril /2017 01:36

« Les cultures profondément religieuses du monde voient cette exclusion du divin de l’universalité de la raison comme un outrage à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui reste sourde au divin et repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures. » (Ratisbonne, le 12 septembre 2006).



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Heureux hasard pour un pape que fêter son anniversaire le jour de Pâques, la plus importante fête religieuse des chrétiens. Et pas n’importe quel anniversaire ! Benoît XVI fête en effet ses 90 ans ce dimanche 16 avril 2017.

En fait, Benoît XVI n’est plus pape. Il est redevenu Joseph Ratzinger. C’est très rare, sans précédent depuis six siècles. Benoît XVI est un "ancien pape", fonction pourtant qui dure à vie, c’est-à-dire jusqu’à la mort. Il a en effet sagement renoncé à son pontificat le 28 février 2013, se considérant trop faible et épuisé, laissant ainsi désigner de son vivant, le 13 mars 2013, son successeur, le pape François (dix ans plus jeune).

Ordonné prêtre le 29 juin 1951, Joseph Ratzinger fut consacré archevêque de Munich du 28 mai 1977 au 15 février 1982, créé cardinal le 27 juin 1977 (cardinal-évêque en 1993), nommé préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi du 25 novembre 1981 au 13 mai 2005, avant d’être élu pape le 19 avril 2005 pour assurer la lourde succession de Jean-Paul II.

Benoît XVI n’a pas le caractère d’un homme de pouvoir et de communication, au contraire de son prédécesseur et de son successeur. Il est avant tout un homme de réflexion et d’études. Il a été théologien, même un grand "savant" (on dirait maintenant un "intellectuel") qui se complaît dans les échanges intellectuels avec d’autres universitaires.

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C’était dans cet esprit qu’il a prononcé une conférence à Ratisbonne le 12 septembre 2006, devant les "représentants du monde des sciences" au grand amphithéâtre de l’Université où il enseigna dans sa jeunesse (dans le cadre d’un voyage apostolique de cinq jours en Allemagne). Il voulait rappeler qu’on ne pouvait exclure de la raison (et plus généralement, de la science) la question de Dieu. Et réciproquement.

Ce discours dit de Ratisbonne fut sans doute l’un des plus marquants de son pontificat car il fut médiatisé à la suite d’une mauvaise polémique : des musulmans avaient cru déceler dans les propos du pape des insultes contre l’islam alors que Benoît XVI n’avait fait que citer certains propos historiques (polémique provenant d’un malentendu probablement volontaire en vue de dénigrer les chrétiens).

La conférence portait sur la foi, la raison et l’université. Le but de Benoît XVI était surtout d’inciter aux échanges entre les cultures et à renforcer l’étude des religions.

Pour évoquer la foi et la violence contre les indifèles, Benoît XVI a évoqué les travaux du théologien d’origine libanaise Théodore Khoury qui rapporta une controverse de 1391 en citant les propos de l’empereur byzantin Manuel II Paléologue (1350-1425) adressés à un érudit musulman de Perse : « L’empereur explique minutieusement pourquoi la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison. Elle est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l’âme. "Dieu ne prend pas plaisir au sang, dit-il, et ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu. La foi est fruit de l’âme, non pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu’un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste et non pas de recourir à la violence et à la menace… Pour convaincre une âme douée de raison, on n’a pas besoin de son bras, ni d’objets pour frapper, ni d’aucun autre moyen qui menace quelqu’un de mort…". L’affirmation décisive de cette argumentation contre la conversion par la force dit : "Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu". L’éditeur du texte, Théodore Khoury, commente à ce sujet : "Pour l’empereur byzantin nourri de philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, au contraire, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle qui consiste à être raisonnable". ». Manuel II, théologien orthodoxe, était l’empereur d’un empire assiégé par les Ottomans et qui n’a pas trouvé de soutien auprès des puissances européennes (catholiques). Constantinople fut finalement prise par les musulmans en 1453.

Benoît XVI a commenté ainsi cette proximité philosophique : « Cet intime rapprochement mutuel ici évoqué, qui s’est réalisé entre la foi biblique et le questionnement philosophique grec, est un processus décisif non seulement du point de vue de l’histoire des religions mais aussi de l’histoire universelle, qui aujourd’hui encore nous oblige. ».

Parlant d’une tentative de déshellénisation de la foi chrétienne à l’époque où il avait commencé son travail universitaire (en 1959 à Bonn), Benoît XVI a expliqué : « L’idée centrale qui apparaît chez [Adolf von] Harnack est le retour à Jésus simple homme et à son message simple, qui serait antérieur à toutes les théologisations et aussi à toutes les hellénisations. Ce message simple représenterait le véritable sommet de l’évolution religieuse de l’humanité. Jésus aurait congédié le culte au bénéfice de la morale. En définitive, on le représente comme le père d’un message moral philanthropique. Le souci d’Harnack est au fond de mettre le christianisme en harmonie avec la raison moderne, précisément en le libérant d’éléments apparemment philosophiques et théologiques, comme (…) la foi en la divinité du Christ et en la Trinité de Dieu. (…) En arrière-plan, on perçoit l’autolimitation moderne de la raison (…). Cette conception moderne de la raison (…) repose sur une synthèse entre le platonisme (cartésianisme) et l’empirisme, confirmée par le progrès technique. ».

Il a abouti alors à ces réflexions : « D’une part, on présuppose la structure mathématique de la matière, pour ainsi dire, sa rationalité interne, qui permet de la comprendre et de l’utiliser dans sa forme efficiente. Ce présupposé est en quelques sortes l’élément platonicien de la compréhension moderne de la nature. D’autre part, pour nos intérêts, il y va de la fonctionnalité de la nature, où seule la possibilité de la vérification ou de la falsification par l’expérience décide de la certitude. Selon les cas, le poids entre les deux pôles peut se trouver davantage d’un côté ou de l’autre. ».

Benoît XVI a rejeté l’idée que la raison ne devait se contenter que de considérations qui excluraient le divin car cela risquerait d’engendrait l’arbitraire : « Les interrogations proprement humaines, "d’où venons-nous", "où allons-nous", les questions de la religion et de l’éthique, ne peuvent (…) trouver place dans l’espace de la raison commune, délimitée par la "science" ainsi comprise, et doivent être renvoyées au domaine de la subjectivité. Au nom de ses expériences, le sujet décide ce qui lui semble acceptable d’un point de vue religieux, et la "conscience" subjective devient, en définitive ; l’unique instance éthique. Cependant, l’éthique et la religion perdent ainsi leur force de construire une communauté et tombent dans l’arbitraire. Cette situation est dangereuse pour l’humanité. Nous le constatons bien avec les pathologies de la religion et de la raison, qui nous menacent et qui doivent éclater nécessairement là où la raison est si réduite que les questions de la religion et de la morale ne la concernent plus. ».

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Benoît XVI en est arrivé à ceci : « L’éthique de la scientificité (…) est (…) volonté d’obéissance à la vérité et, en ce sens, expression d’une attitude fondamentale qui fait partie des décisions essentielles de l’esprit chrétien. Il n’est pas question de recul ni de critique négative, mais d’élargissement de notre conception et de notre usage de la raison. Car, tout en nous réjouissant beaucoup des possibilités de l’homme, nous voyons aussi les menaces qui surgissent de ces possibilités et nous devons nous demander comment les maîtriser. Nous ne le pouvons que si foi et raison se retrouvent d’une manière nouvelle, si nous surmontons la limitation autodécrétée de la raison à ce qui est susceptible de falsification dans l’expérience et si nous ouvrons de nouveau à la raison tout son espace. ».

Ce qui signifiait que l’ancien pape faisait la promotion de la théologie comme discipline universitaire : « La question "pourquoi en est-il ainsi ?" demeure. Les sciences de la nature doivent l’élever à d’autres niveaux et à d’autres façons de penser, à la philosophie et à la théologie. (…) Écouter les grandes expériences et les grandes intuitions des traditions religieuses de l’humanité, mais spécialement de la foi chrétienne, est source de connaissance à laquelle se refuser serait une réduction de notre faculté d’entendre et de trouver des réponses. (…) Depuis longtemps, l’Occident est menacé par cette aversion pour les interrogations fondamentales de la raison et il ne pourrait qu’en subir un grand dommage. Le courage de s’ouvrir à l’ampleur de la raison et non de nier sa grandeur, tel est le programme qu’une théologie se sachant engagée envers la foi biblique doit assumer dans le débat présent. ».

Comme on le voit, reprenant l’encyclique "Fides et ratio" publiée le 14 septembre 1998 par Jean-Paul II (dont il fut l’inspirateur), qui commençait ainsi : « La foi et la raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la vérité. », Benoît XVI s’est adressé à la fois au monde "occidental" déchristianisé qui considère que la foi ne fait pas partie du domaine de la raison et au monde musulman qui, au contraire, considère que la raison ne fait pas partie du domaine de la foi. Une parole qu’en cette période d’attentats terroristes (Londres, Saint-Pétersbourg, Stockholm, Alexandrie, etc.), il n’est pas inutile de rappeler…

C’est ce qu’a résumé le philosophe Raphaël Lellouche le 1er octobre 2006 : « Autrement dit, toute l’intention du discours de Ratisbonne, au fond, c’est d’essayer de penser la possibilité d’un dialogue des cultures. (…) C’est réfléchir sur les conditions au dialogue des cultures. Et sa réponse, c’est qu’il y a deux obstacles à ce dialogue. D’une part, une théologie qui pourrait justifier la violence religieuse (et qui est celle du jihad), c’est-à-dire une théologie du divin qui exclut la raison. Et de l’autre, une raison trop étroite, essentiellement logico-empirique ou positiviste, qui exclut le divin, et qui est un logos asthenos, une raison impuissante, à entrer en dialogue avec les peuples dont les cultures sont profondément religieuses. C’est cela, le propos du discours de Ratisbonne. » (Institut Hayek).

Joyeuse fête de Pâques et bon anniversaire : encore de longues années consacrées à la méditation et à la réflexion !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 avril 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les 90 ans de Benoît XVI.
Le discours du pape le 12 septembre 2006 à Ratisbonne (texte intégral).
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
L’infaillibilité papale.
Pâques.
Le pape Formose.
La tunique d’Argenteuil.
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Hommage à l'abbé Pierre.
Mère Teresa.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Concile Vatican II.
Jean XXIII.
Paul VI.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Monseigneur Romero.
Sœur Emmanuelle.
Le dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Jean-Marie Lustiger.
Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170416-benoit-xvi.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/quand-benoit-xvi-parlait-de-la-foi-191706

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22 janvier 2017 7 22 /01 /janvier /2017 03:04

« Viens m’aider à aider ! »


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Il y a eu, en France, 454 personnes sans domicile fixe qui sont mortes dans la rue en 2016. C'est un scandale... À Paris, le 22 janvier 2007, il y a dix ans, Henri Grouès est mort à 94 ans. Il était plus connu sous un autre nom, l’abbé Pierre. Personnalité préférée des Français pendant une vingtaine d’années à la fin du siècle dernier, il représentait toute la complexité française, à la fois anticléricale et portant aux nues un homme d’église, à la fois grincheuse et généreuse. Ce n’est pas un hasard si l’abbé Pierre avait été rejoint par une personnalité très différente de lui mais qui avait compris que l’urgent était d’aider les plus pauvres, ceux qui n’avaient plus de domicile, plus assez de quoi vivre, de quoi se loger, de quoi se nourrir : Coluche, créateur des Restos du cœur, lui-même auteur d’un appel radiophonique, le 26 septembre 1985.

Roland Barthes l’avait comparé en 1957 à saint François d’Assise. La nouvelle de sa disparition en début de la campagne présidentielle de 2007 avait provoqué une véritable surenchère d’hommages. Ils étaient mérités et avec le recul du temps, l’abbé Pierre, là où il est, peut franchement être heureux de ne pas avoir été inutile durant sa longue existence. Ses combats contre la pauvreté ont été repris par d’autres, moins connus, plus anonymes, mais tout aussi efficaces.

Certes, on pourra dire que ces combats de charité, issus d’initiatives collectives mais privées, sont nécessaires en raison d’une véritable carence des pouvoirs publics. La vague de froid qui s’est "abattue" sur la France la semaine qui vient de passer, pas si exceptionnelle si l’on songe qu’en hiver, c’est "normal" qu’il fasse froid, a montré l’extrême précarité de milliers de personnes qui passent les nuits glaciales hors d’une chambre, hors d’un endroit chauffé.

On peut encore mourir de froid en France en 2017 et ce fait est insupportable. Lorsqu’elle était Ministre du Logement, il y a un peu moins de dix ans, Christine Boutin avait d’ailleurs posé la question : faut-il obliger ceux qui n’ont pas d’abri à être abrités, au risque de les forcer contre leur volonté, ou faut-il préserver leur liberté lorsqu’ils ne veulent pas bénéficier de place dans un centre d’accueil, quand il y en a ? Il n’y a pas de réponse satisfaisante mais pour pouvoir se poser la question, il faut d’abord qu’il y ait suffisamment de places pour tous ceux qui dorment dehors, et je crois malheureusement qu’on est encore loin du compte.

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Certains ont même la mauvaise foi d’accuser l’arrivée des réfugiés (pas si massive que cela en France), pour lesquels on trouve miraculeusement des centres d’accueil, au détriment des "pauvres" bien français. La préférence nationale en matière de lutte contre la pauvreté est d’ailleurs une fumisterie totale : il faut sauver toute personne en danger, quelle qu’elle soit, et personne ne s’aviserait à demander la carte d’identité à une personne tombée à l’eau et qui risquerait de se noyer. En hiver 1954, quand l’abbé Pierre avait tant bousculé les consciences après son appel radiophonique, il n’y avait pas autant d’immigration, pas de réfugiés, et pourtant, il y avait la pauvreté dans les villes.

Résistant dans le Vercors, député MRP de Nancy à 33 ans, de 1945 à 1951, l’abbé Pierre était avant tout un engagé dans l’humanité et dans l’humilité, pour ne pas dire un enragé de la vie. Sa principale initiative fut la création en novembre 1949 à Neuilly-Plaisance du Mouvement Emmaüs, du nom d’un village palestinien proche de Jérusalem, évoqué dans l’Évangile selon saint Luc (chapitre 24, versets 13 à 35). Grâce à son indemnité parlementaire, il avait réussi à acquérir une maison pour accueillir des exclus et des personnes en attente de reconstruction personnelle.

L’idée de ce mouvement (« une espèce de carburant social à base de récupération d’hommes broyés » selon la belle formule d’Albine Novarino), c’est de faire venir des personnes qui ont tout perdu et de les amener à en aider d’autres, qui ont aussi tout perdu. Aider à aider : « Je ne peux pas t’aider, je n’ai rien à te donner. Mais toi, tu peux m’aider à aider les autres. ». Passer du statut du rescapé à celui du sauveur, c’est se rendre utile, c’est être reconnu dans sa dignité humaine. C’est aussi hyper-volontariste, c’est croire que le monde ne peut changer que si l’on décide de le changer soi-même. C’est avec cette même philosophique que le père Guy Gilbert a aussi agi de son côté.

Pour financer leurs activités, notamment la construction de logements, toutes ces personnes d’Emmaüs font de la récupération d’objets d’occasion, des meubles, des vêtements, des livres, des jouets, toutes sortes d’objets, pour les revendre dans des centres Emmaüs. Il y a beaucoup dans la région parisienne (j’ai pu visiter celui des Ulis ou de Bougival, l’un des plus gros).

Le candidat LR François Fillon a même visité un centre Emmaüs le 3 janvier 2017 dans le 19e arrondissement de Paris, parce qu’il sait que la lutte contre la pauvreté est un élément majeur pour un candidat qui souhaite prôner l’intérêt général et que le système actuel engendre bien trop de précarité et de pauvreté pour accepter de ne rien faire.

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Aujourd’hui, une quarantaine de pays accueillent des communautés Emmaüs sur ce principe, faisant travailler cinq mille compagnons dans le monde. Grâce à l’abbé Pierre, ces communautés lui survivent.

Ce fut lors d’un naufrage sur le Rio de la Plata, entre l’Argentine et l’Uruguay, le 11 juillet 1963, qu’il a pris conscience que sa personne était le seul lien entre les communautés dans le monde. Il avait alors échappé à la mort : « Cette mort manquée a été dans ma vie personnelle sûrement un moment comparable en importance à celui de l’entrée chez les capucins et à celui des nuits de mendicité (…). Mais ce fut aussi le déclenchement d’un tournant majeur dans l’histoire, l’avenir du mouvement Emmaüs. ». Il a donc travaillé plusieurs années pour créer Emmaüs International pour qu’il ne fût plus indispensable à la continuation de ce grand élan. C’est cette organisation d’ailleurs qui est le légataire universel de l’abbé Pierre. Quelques années avant ce naufrage, il avait été rescapé en Inde de l’atterrissage en urgence de son avion au moteur en panne.

Refusant honneurs et responsabilités hiérarchiques au sein de l’Église catholique et préservant sa liberté de parole, l’abbé Pierre a rencontré personnellement, durant sa longue existence, des personnages historiques exceptionnels, en particulier De Gaulle en 1944 à Alger, le père Pierre Teilhard de Chardin en 1945 chez lui, Albert Einstein en 1948 à l’Université de Princeton, Dwight Einsenhower en 1955 à la Maison-Blanche, Indira Gandhi en 1956 et 1971, et évidemment plusieurs papes (notamment Jean XXIII et Jean-Paul II) et de nombreuses personnalités politiques françaises (dont Jacques Chirac).

Merci à l’abbé Pierre, visionnaire, volontaire, déplaceur de montagnes, dont l’appel du 1er février 1954 n’a hélas toujours pas vieilli : « Mes amis, au secours ! Une femme vient de mourir gelée, cette nuit à trois heures, sur le trottoir du boulevard Sébastopol, serrant sur elle le papier par lequel, avant-hier, on l’avait expulsée… Chaque nuit, ils sont plus de deux mille recroquevillés sous le gel, sans toit, sans pain, plus d’un presque nu. Devant l’horreur, les cités d’urgence, ce n’est même plus assez urgent ! (…) Il faut que ce soir même, dans toutes les villes de France, dans chaque quartier de Paris, des pancartes s’accrochent sous une lumière dans la nuit, à la porte de lieux où il y ait couverture, paille, soupe (…) [avec] ces simples mots : "Toi qui souffres, qui que tu sois, entre, dors, mange, reprends espoir, ici, on t’aime !" ».

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Et de rajouter : « La météo annonce un mois de gelées terribles. Tant que dure l’hiver, que ces centres subsistent, devant leurs frères mourant de misère, une seule opinion doit exister entre hommes : la volonté de rendre impossible que cela dure. Je vous prie, aimons-nous assez tout de suite pour faire cela. ».

Que le souvenir de l’abbé Pierre soit encore assez fort pour interpeller en 2017 chaque candidat à l’élection présidentielle sur cette question essentielle de la solidarité ! Une société qui ne vient pas en aide à ses membres les plus fragiles est une société sans âme et sans cœur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Viens m’aider à aider !
Le pape François, une vie d’espérance.
Coluche.
Hommage à l'abbé Pierre.
Mère Teresa.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Concile Vatican II.
Jean XXIII.
Paul VI.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Monseigneur Romero.
Sœur Emmanuelle.
Le dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Jean-Marie Lustiger.
Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170122-abbe-pierre.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/l-abbe-pierre-une-existence-188729

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/01/21/34818943.html


 

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16 décembre 2016 5 16 /12 /décembre /2016 06:09

« Aujourd’hui, je voudrais tous vous inviter à apercevoir aussi dans les yeux et le cœur des réfugiés et des personnes déracinées de force, la lumière de l’espérance. Une espérance qui s’exprime dans l’attente d’un meilleur avenir, dans l’envie de relations d’amitié, dans le désir de participer à la société qui les accueille, également à travers l’apprentissage de la langue, l’accès au travail et à l’instruction pour les plus petits. » (24 mai 2013).


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Le deux cent soixante-cinquième successeur de saint Pierre, selon la chronologie officielle, qui a repris le nom de saint François d’Assise, le pape François, le premier à avoir emprunté ce nom, le premier pape argentin et même sud-américain, fête ce samedi 17 décembre 2016 son 80e anniversaire. Il est aussi le premier pape moderne (l’histoire ancienne en a "fourni" aussi) à diriger l’Église catholique alors que survit encore un ancien pape ("démissionnaire").

Après le pape de la communication politique et le pape intellectuel, François s’est surtout distingué comme le pape simple des humbles. Refusant de vivre dans les appartements pontificaux qui l’éloigneraient et même l’isoleraient de l’humanité, il a préféré très humblement demander aux fidèles, lors de son élection, le 13 mars 2013, de prier pour lui, car sa tâche allait être difficile.

Il ne s’agit pas de la direction d’une vieille et grande institution, même s’il y a des réformes nécessaires que ni Jean-Paul II ni Benoît XVI n’ont eu la force de faire (pas plus que François), mais avant tout du message pastoral : comment être chrétien dans le monde aussi déchristianisé et aussi "marchandisé" (consumériste) que celui d’aujourd’hui ?

Le pape François n’entend pas vraiment apporter de réponse théologique. Il est loin des ouvrages savants et parfois difficilement compréhensibles aux profanes, comme pouvait en écrire Benoît XVI. Il est juste un homme simple, avec un bon sens qu’on aimerait continuer à dire "paysan", sans fioriture, sans fard, avec une authenticité qui fait chaud aux cœurs des personnes en souffrance.

Évidemment, 80 ans, c’est déjà beaucoup. C’est l’âge du début de l’épuisement. Benoît XVI a "renoncé" à 85 ans. François ira sans doute jusqu’à ce que son épuisement lui indiquera d’arrêter, avec plus de facilité que son prédécesseur car il y aura déjà eu un précédent. Il a quand même déjà pris rendez-vous en juillet 2019 à Panama pour les Journées mondiales de la jeunesse.

Son cœur est sans doute jeune, et il le conçoit même un peu naïf sinon candide. Il est hors de tout cynisme politique, celui qui se voile certaines faces pour atteindre certains objectifs plus ou moins avouables. Il donne la parole du vivant dans l’espérance : « Le désespoir est contagieux, mais la joie aussi est contagieuse : ne suivez pas les personnes négatives, mais continuez à faire rayonner autour de vous lumière et espérance ! Et sachez que l’espérance ne déçoit pas, ne déçoit jamais ! » (7 juillet 2014).

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Je propose ici quelques (courts) extraits de certaines déclarations que le pape François a prononcées au début de son pontificat.


Les réfugiés en Europe

Le 8 juillet 2013, ce fut (presque) son premier déplacement (le deuxième en fait), lorsqu’il est allé à Lampedusa. Pour le pape François, la situation des réfugiés est l’un des défis essentiels de l’Europe d’aujourd’hui : « Ces frères et sœurs cherchaient à sortir de situations difficiles pour trouver un peu de sérénité et de paix ; ils cherchaient une place meilleure pour eux et leurs familles, mais ils ont trouvé la mort. Combien de gens comme eux ne trouvent ni compréhension, ni accueil, ni solidarité ! Et leurs voix montent jusqu’à Dieu ! ».

Quelques semaines plus tard, le 5 août 2013, il rappelait que la valeur principale, c’était de protéger la personne humaine : « La réalité des migrations, en notre époque de mondialisation, demande à être affrontée et gérée d’une manière nouvelle, équitable et efficace, qui exige avant tout une coopération internationale et un esprit de profonde solidarité et de compassion. La coopération à différents niveaux est importante, avec l’adoption par tous d’instruments normatifs qui protègent et promeuvent la personne humaine. ».

Après être allé sur l’île de Lesbos, le pape François a voulu accueillir le 16 avril 2016 trois familles de réfugiés syriens arrivées sur l’île et les héberger au Vatican : « C’est une goutte d’eau dans la mer, mais après cette goutte, la mer ne sera plus jamais la même ! » (c’était une parole de Mère Teresa). Comment a-t-il choisi ces douze réfugiés musulmans dont six enfants ? Il l’a dit clairement : « Ces trois familles avaient leurs papiers en règle (…). Il y avait deux familles chrétiennes, mais leurs papiers n’étaient pas prêts. » en insistant sur le fait que la religion ne donnait aucun droit à « une dérogation ».

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Ces trois familles ont rejoint deux autres familles de réfugiés qui avaient été accueillies par la paroisse du Vatican, ce qui donne un très fort taux d’accueil des réfugiés pour un petit État de 1 000 habitants (l’équivalent de 10 millions de personnes accueillies pour la population de toute l’Europe !).

Avec Angela Merkel, le pape François est l’un des rares "dirigeants" européens à sauver l’honneur des Européens en défendant les valeurs de l’Europe, ces valeurs chrétiennes que certaines voudraient énoncer sans savoir ce qu’elles signifient vraiment dans le concret, celle de la dignité humaine et celle de l’accueil à ceux qui en ont besoin.


L’éthique et la solidarité

C’est au Vatican le 16 mai 2013 que le pape a évoqué les réflexions éthiques qui devraient être prises en compte dans la manière de gouverner, notamment devant l’ambassadeur du Luxembourg au Vatican : « Tout comme la solidarité, l’éthique dérange ! Elle est considérée comme contre-productive, comme trop humaine car elle relativise l’argent et le pouvoir, comme une menace car elle refuse la manipulation et l’assujettissement de la personne. En effet, l’éthique conduit vers Dieu qui, Lui, se situe en dehors des catégories du marché. Dieu est considéré par ces financiers comme étant incontrôlable (…), dangereux même puisqu’il appelle l’homme à s’accomplir pleinement et à se libérer de toutes les formes d’esclavage. L’éthique, une éthique non idéologique bien sûr, permet, à mon avis, de créer un équilibre et un ordre social plus humain. (…) [L’Église] exhorte les dirigeants des instances financières à prendre en compte l’éthique et la solidarité. ».

Le 16 septembre 2013, il insistait sur l’importance de l’engagement politique : « La politique, selon la doctrine sociale de l’Église, est une des formes les plus élevées de la charité, car elle sert le bien commun. Et on ne peut pas s’en laver les mains : chacun de nous doit faire quelque chose. Mais nous avons tellement pris l’habitude de nous contenter de discuter de ceux qui nous gouvernement et de critiquer leurs actions. ».


La diversité enrichit

Le 30 novembre 2013, François a appelé ses interlocuteurs à ne pas se satisfaire de la pensée ambiante et de s’engager dans leur propre voie : « Il ne faut pas se résigner à la monotonie de la vie quotidienne, mais cultiver des projets d’une vaste portée, aller au-delà de l’ordinaire : ne vous laissez pas voler l’enthousiasme de la jeunesse ! Ce serait une erreur aussi de se laisser emprisonner par la pensée faible et uniforme, celle qui est homologuée, ou bien par une mondialisation entendue comme homogénéisation. Pour dépasser ces risques, le modèle à suivre n’est pas la sphère. Le modèle à suivre dans la véritable mondialisation, qui est bonne, n’est pas la sphère, où tout relief est nivelé et où disparaît toute différence ; c’est au contraire le polyèdre, qui inclut une multiplicité d’éléments et respecte l’unité dans la variété. En défendant l’unité, défendons aussi la diversité. Sinon, cette unité ne serait pas humaine. ».

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Et il a ajouté : « En effet, la pensée est féconde quand elle est l’expression d’un esprit ouvert, qui discerne, toujours éclairé par la vérité, par le bien et par la beauté. Si vous ne vous laissez pas conditionner par l’opinion dominante mais que vous restez fidèles aux principes éthiques et religieux chrétiens, vous trouverez le courage d’aller à contre-courant. Dans un univers mondialisé, vous pourrez contribuer à sauvegarder les particularités et les singularités, tout en cherchent à ne pas abaisser le niveau éthique. ».


Faire la paix

Dans une méditation le 24 janvier 2014, le pape est revenu sur l’importance de dialoguer et de pacifier autour de soi : « L’humilité, la douceur, le fait de se donner tout entier à tous sont les trois éléments fondamentaux du dialogue. Or (…) nous savons tous que pour y parvenir, il faut avaler des couleuvres : la paix est à ce prix ! La paix se fait avec l’humilité (…) en cherchant toujours à voir dans l’autre l’image de Dieu. (…) La bonne attitude à avoir est l’humilité : il est toujours bon de faire des pont, toujours, toujours ! ».

Des ponts et pas des murs : « Pour ouvrir le dialogue, il ne faut pas trop tarder. (…) Il faut amorcer le dialogue tout de suite, car le temps fait élever les murs, comme il fait pousser la mauvaise herbe qui empêche la croissance du bon grain. Et lorsque les murs sont dressés, il est si difficile de se réconcilier, si difficile ! ».


Le dialogue et la communication

Un pape qui parlait d’Internet, cela aurait pu faire bizarre pour son prédécesseur, mais pas pour lui, le 24 janvier 2014, avec les consignes de prudence qu’on donne souvent aux jeunes : « Le désir de connexion numérique peut finir par nous isoler de notre prochain, de nos plus proches voisins. (…) Il ne suffit pas de parcourir les "routes" numériques, c’est-à-dire simplement d’être connecté, il est nécessaire que la connexion s’accompagne d’une rencontre vraie. Nous ne pouvons pas vivre seuls, refermés sur nous-mêmes. Nous avons besoin d’aimer et d’être aimés. Nous avons besoin de tendresse. Ce ne sont pas les stratégies de communication qui en garantissent la beauté, la bonté et la vérité. ».

L’important est donc de communiquer avec authenticité : « Seul, celui qui communique en se mettant soi-même en jeu peut représenter un point de référence. L’implication personnelle est la racine même de sa fiabilité. ».

D’où sa belle définition du dialogue : « Dialoguer signifie être convaincu que l’autre a quelque chose de bon à dire, faire de la place à son point de vue, à ses propositions. Dialoguer signifie renoncer non pas à ses propres idées et traditions, mais à la prétention qu’elles soient uniques et absolues. ».

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Enfin, le pape François a martelé sa détermination à se fondre dans le monde des vivants et pas à s’isoler dans une tour d’ivoire : « Je le répète souvent : entre une Église qui prend des coups parce qu’elle sort dans la rue et une Église malade parce qu’elle reste dans l’autoréférence, je préfère sans aucun doute la première. Les routes sont celles du monde où les gens vivent, où l’on peut les rejoindre effectivement et affectivement. ».


Chaque être humain est précieux et unique

Je terminerai sur ce qui est sans doute l’élément le plus intangible du christianisme. Le 24 novembre 2013, le pape François a évoqué le caractère sacré de la personne humaine : « Au-delà de son apparence, chaque être est infiniment sacré et mérite notre affection et notre dévouement. C’est pourquoi, si je réussis à aider une seule personne à vivre mieux, cela justifie déjà le don de ma vie. ».

Bon anniversaire, très saint Père, et très longue vie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le pape François, une vie d’espérance.
Le pape François aux États-Unis.
Le pape François à Strasbourg.
Discours du pape François devant le Congrès américain le 24 septembre 2015 (texte intégral).
Discours du pape François devant l’Assemblée générale de l’ONU le 25 septembre 2015 (texte intégral).
La peine de mort.
La vie humaine.
Pape Jean-Paul II.
Pape Paul VI.
Pape Jean XXIII.
Pape Benoît XVI.
Concile Vatican II.
La Pologne en 1989.
Anitnazi.
Anticommuniste.
Les réfugiés.
Infaillible ?
La renonciation.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161217-pape-francois.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-pape-francois-une-vie-d-187470

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/16/34680820.html

 

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7 octobre 2016 5 07 /10 /octobre /2016 06:36

« Vous voyez, Dieu n’est pas un chrétien ! » (Bruxelles, le 2 juin 2006).


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Ce vendredi 7 octobre 2016, l’archevêque sud-africain (à la retraite) Desmond Tutu fête ses 85 ans. Un âge canonique qui le place dans le rôle de Sage. Ce rôle, en fait, il l’a toujours pris depuis le début de son existence, sans s’empêcher pour autant de dire les choses franchement, avec audace et parfois en se mettant certaines personnes à dos.

Né dans le Transvaal, Desmond Tutu passa une partie de son enfance à Johannesburg et fit des études pour devenir instituteur en 1954, mais il y renonça trois ans plus tard à cause du système scolaire qui négligeait la population noire. Il changea de trajectoire en reprenant des études, en théologie, ce qui l’a conduit à être ordonné prêtre anglican en 1961. Il occupa différentes fonctions dans l’Église anglicane, en Grande-Bretagne ainsi qu’en Afrique du Sud où il fut nommé doyen du diocèse de Johannesburg en 1975, puis évêque du Lesotho en 1976, et secrétaire général du Conseil œcuménique d’Afrique du Sud en 1978.

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La lutte contre l’apartheid fut pour Desmond Tutu l’un de ses principaux sujets de préoccupation depuis les émeutes de Soweto du 16 juin 1976 qui ont entraîné 23 morts dont des enfants, et depuis l’arrestation le 18 août 1977 puis l’assassinat après torture le 12 septembre 1977 de Steve Biko, l’un des militants anti-apartheid les plus marquants.

Ce fut Desmond Tutu qui s’exprima lors de l’enterrement de Steve Biko dont la mort a provoqué d’autant plus l’émotion dans la communauté internationale que le Ministre sud-africain de la Justice Jimmy Kruger s’en était moqué : « La mort de Steve Biko me laisse froid. ». En vérité, la mort de Steve Biko a laissé froid… d’abord Steve Biko lui-même… Les conséquences, ce furent deux résolutions de l’ONU adoptées contre le régime sud-africain (le 31 octobre 1977 et le 4 novembre 1977).

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Luttant essentiellement par ses sermons qui étaient très écoutés mais aussi par des actions concrètes (par exemple, dépistage du HIV), Desmond Tutu prôna la non-violence, la paix, et aussi la non-vengeance et le pardon. Ce fut cette lutte pacifique qui le rapprocha naturellement de Nelson Mandela, alors en prison, lui aussi pour la non-violence. Ce combat trouva une reconnaissance internationale et un encouragement politique le 16 octobre 1984 lorsque le Prix Nobel de la Paix fut décerné à Monseigneur Tutu.

Le 7 septembre 1986, Desmond Tutu fut nommé archevêque du Cap, qui lui donna plus d’influence pour s’opposer à l’apartheid. La transition démocratique entre Frederik De Klerk et Nelson Mandela fut l’occasion d’un nouveau défi pour celui qui était devenu une "star" internationale : Nelson Mandela lui confia la présidence de la très stratégique Commission Vérité et Réconciliation chargée d’enquêter sur les crimes commis durant le régime d’apartheid. L’objectif était d’amnistier les criminels qui auraient reconnus publiquement leurs crimes, correspondant à la période entre le 1er mars 1960 et le 10 mai 1994. La Commission a donc tenu de très nombreuses auditions retransmises à la télévision (chaque dimanche) du 15 avril 1996 à juin 1998, et a remis son rapport le 29 octobre 1998. Cette mission a servi de base pour façonner le "roman national" à la nouvelle Afrique du Sud.

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L’autorité morale et l’aura internationale que lui ont apportées ses responsabilités religieuses et son Prix Nobel ont amené Desmond Tutu à intervenir en faveur de nombreuses causes, en particulier pour un Tibet libre. Ami de longue date du dalaï-lama, Prix Nobel de la Paix 1989, Desmond Tutu lui a expliqué ce qu’il dirait aux autorités chinoises : « Nous disions au gouvernement d’apartheid : vous avez peut-être des armes, vous avez peut-être le pouvoir, mais vous avez déjà perdu. Venez rejoindre le camp des vainqueurs ! ». L’archevêque sud-africain s’est également exclamé : « Je dis un grand merci à Dieu d’avoir créé un dalaï-lama ! ».

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Desmond Tutu a aussi soutenu le combat politique de l’ancienne opposante birmane Aung San Suu Kyi, autre Prix Nobel de la Paix (1991), s’est fermement opposé à la dictature de Robert Mugabe au Zimbabwe (et au silence du gouvernement sud-africain sur la situation politique au Zimbabwe), a dénoncé l’accession au pouvoir de Jacob Zuma soutenu par un parti ultramajoritaire, s’est engagé contre l’homophobie, a réfléchi sur le changement climatique (en suggérant des mesures radicales comme le boycott des compagnies pétrolières), s’est opposé très fermement à la guerre en Irak (et souhaite que George W. Bush et Tony Blair soient jugés pour cela), et reste toujours fidèle à la cause palestinienne, accusant les gouvernements israéliens de ne pas vouloir la paix et de faire de la ségrégation comme à l’époque de l’apartheid ou même du nazisme. Il a aussi mené des combats contre le racisme, le sida, la tuberculose, la pauvreté, et pour l’égalité homme/femme, la réunification de la Corée, la paix au Soudan, pour la réconciliation aux îles Salomon (le 29 avril 2009) après les violences interethniques de 1998 à 2003, etc. Il accepta même la légalisation de l’avortement en Afrique du Sud en 1996.

En avril 2003, le prélat anglican avait téléphoné à Condoleezza Rice, à l’époque conseillère sécurité à la Maison-Blanche, pour retarder la déclaration de guerre : « Selon quel critère devons-nous décider que Robert Mugabe doit être traduit devant la justice, mais que Tony Blair doit participer au circuit des conférences, que Ben Laden doit être assassiné, mais que l’Irak doit être envahi, pas parce qu’il possède des armes de destruction massive, comme Blair (…) a fini par l’admettre, mais pour se débarrasser de Saddam Hussein ? » ("The Observer", le 2 septembre 2012).

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Desmond Tutu n’a sans doute pas plu à tout le monde en exprimant certaines idées auxquelles il croit. Mais la chose qui est sûre, c’est qu’en s’engageant si ouvertement, parce qu’avec ses titres et ses prix (il a reçu d’autres récompenses prestigieuses que le Nobel), sa parole est écoutée, il a toujours prôné la non-violence, la paix, la réconciliation et le pardon. Et cela, personne ne peut être raisonnablement contre. Happy birthday !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Desmond Tutu.
Mère Teresa.
Le dalaï-lama.
Le pardon.
L’Afrique du Sud.
L'Afrique du Sud de Pieter Botha.
L'Afrique du Sud de Frederik De Klerk.
L’Afrique du Sud de Nelson Mandela.
L’Afrique du Sud de Thabo Mbeki.
L’Afrique du Sud de Jacob Zuma.
Le Zimbabwe.

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 23:44

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Discours du pape Benoît XVI le 12 septembre 2006 à l'Université de Ratisbonne

VOYAGE APOSTOLIQUE DU PAPE BENOÎT XVI
À MUNICH, ALTÖTTING ET RATISBONNE
(9-14 SEPTEMBRE 2006)

RENCONTRE AVEC LES REPRÉSENTANTS DU MONDE DES SCIENCES

DISCOURS DU SAINT-PÈRE

Grand Amphithéâtre de l'Université de Ratisbonne
Mardi 12 septembre 2006

 

Foi, Raison et Université:
souvenirs et réflexions

Eminences, Messieurs les Recteurs, Excellences,
Mesdames, Messieurs!

C'est pour moi un moment émouvant que de me retrouver encore une fois à l'université et de pouvoir de nouveau donner une conférence. Mes pensées me ramènent aux années durant lesquelles, après une belle période à l'Institut supérieur de Freising, j'ai commencé mon activité académique comme enseignant à l'université de Bonn. C'était encore le temps – en 1959 – de l’ancienne université des professeurs ordinaires. Les différentes chaires n'avaient ni assistants ni secrétaires propres, mais, en revanche, il y avait un contact très direct avec les étudiants et surtout aussi entre les professeurs. Dans les salles des professeurs, on se rencontrait avant et après les cours. Les contacts avec les historiens, les philosophes, les philologues et naturellement entre les deux facultés de théologie étaient très vivants. Chaque semestre avait lieu ce qu'on appelait le dies academicus, au cours duquel des professeurs de toutes les facultés se présentaient aux étudiants de l'ensemble de l'université. Cela rendait possible une expérience d'Universitas, à laquelle, Monsieur le Recteur magnifique, vous venez précisément de faire allusion. Malgré toutes les spécialisations, qui nous rendent parfois incapables de communiquer les uns avec les autres, nous faisions l'expérience de former cependant un tout et qu'en tout nous travaillions avec la même raison dans toutes ses dimensions, en ayant le sentiment d'assumer une commune responsabilité du juste usage de la raison ; voilà ce que nous pouvions vivre. Sans aucun doute, l'Université était aussi très fière de ses deux facultés de théologie. Il était clair qu'elles aussi, en s'interrogeant sur la raison de la foi, accomplissaient un travail qui appartient nécessairement au tout de l'Universitas scientiarum, même si tous pouvaient ne pas partager la foi, dont la corrélation avec la raison commune est le travail des théologiens. Cette cohésion interne dans l'univers de la raison n'a pas même été troublée quand on entendit, un jour, un de nos collègues déclarer qu'il y avait, dans notre université, une curiosité : deux facultés s'occupaient de quelque chose qui n'existait même pas – de Dieu. Il s'avérait indiscutable dans l'ensemble de l'Université que, même devant un scepticisme aussi radical, il demeurait nécessaire et raisonnable de s'interroger sur Dieu au moyen de la raison et de le faire en relation avec la tradition de la foi chrétienne.

Tout cela m'est revenu à l'esprit quand, tout récemment, j'ai lu la partie, publiée par le professeur Théodore Khoury (de Münster), du dialogue sur le christianisme et l'islam et sur leur vérité respective, que le savant empereur byzantin Manuel II Paléologue mena avec un érudit perse, sans doute en 1391 durant ses quartiers d’hiver à Ankara [1]. L'empereur transcrit probablement ce dialogue pendant le siège de Constantinople entre 1394 et 1402. Cela explique que ses propres réflexions sont rendues de manière plus détaillée que celles de son interlocuteur persan [2]. Le dialogue embrasse tout le domaine de la structure de la foi couvert par la Bible et le Coran ; il s'intéresse en particulier à l'image de Dieu et de l'homme, mais revient nécessairement sans cesse sur le rapport de ce qu'on appelait les « trois Lois » ou les « trois ordres de vie» : Ancien Testament – Nouveau Testament – Coran. Je ne voudrais pas en faire ici l'objet de cette conférence, mais relever seulement un point – au demeurant marginal dans l'ensemble du dialogue – qui m'a fasciné par rapport au thème ‘foi et raison’, et qui servira de point de départ de mes réflexions sur ce sujet.

Dans le septième entretien (διάλεξις – controverse) publié par le professeur Khoury, l'empereur en vient à parler du thème du djihad, de la guerre sainte. L'empereur savait certainement que, dans la sourate 2,256, on lit : pas de contrainte en matière de foi – c'est probablement l'une des plus anciennes sourates de la période initiale qui, nous dit une partie des spécialistes, remonte au temps où Mahomet lui-même était encore privé de pouvoir et menacé. Mais, naturellement, l'empereur connaissait aussi les dispositions – d'origine plus tardive – sur la guerre sainte, retenues par le Coran. Sans entrer dans des détails comme le traitement différent des « détenteurs d'Écritures » et des « infidèles », il s'adresse à son interlocuteur d'une manière étonnamment abrupte – abrupte au point d’être pour nous inacceptable –, qui nous surprend et pose tout simplement la question centrale du rapport entre religion et violence en général. Il dit : « Montre moi ce que Mahomet a apporté de nouveau et tu ne trouveras que du mauvais et de l'inhumain comme ceci, qu'il a prescrit de répandre par l'épée la foi qu'il prêchait » [3]. Après s'être prononcé de manière si peu amène, l'empereur explique minutieusement pourquoi la diffusion de la foi par la violence est contraire à la raison. Elle est contraire à la nature de Dieu et à la nature de l'âme. « Dieu ne prend pas plaisir au sang, dit-il, et ne pas agir selon la raison (‘σύν λόγω’) est contraire à la nature de Dieu. La foi est fruit de l'âme, non pas du corps. Celui qui veut conduire quelqu'un vers la foi doit être capable de parler et de penser de façon juste et non pas de recourir à la violence et à la menace... Pour convaincre une âme douée de raison, on n'a pas besoin de son bras, ni d'objets pour frapper, ni d'aucun autre moyen qui menace quelqu'un de mort... » [4].

L’affirmation décisive de cette argumentation contre la conversion par la force dit : « Ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu » [5]. L'éditeur du texte, Théodore Khoury, commente à ce sujet: « Pour l'empereur, byzantin nourri de philosophie grecque, cette affirmation est évidente. Pour la doctrine musulmane, au contraire, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n'est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle qui consiste à être raisonnable ».

[6] Khoury cite à ce propos un travail du célèbre islamologue français R. Arnaldez, qui note que Ibn Hazm va jusqu'à expliquer que Dieu n'est pas même tenu par sa propre parole et que rien ne l'oblige à nous révéler la vérité. Si tel était son vouloir, l'homme devrait être idolâtre [7].

À partir de là, pour la compréhension de Dieu et du même coup pour la réalisation concrète de la religion, apparaît un dilemme qui constitue un défi très immédiat. Est-ce seulement grec de penser qu'agir de façon contraire à la raison est en contradiction avec la nature de Dieu, ou cela vaut-il toujours et en soi ? Je pense que, sur ce point, la concordance parfaite, entre ce qui est grec, dans le meilleur sens du terme, et la foi en Dieu, fondée sur la Bible, devient manifeste. En référence au premier verset de la Genèse, premier verset de toute la Bible, Jean a ouvert le prologue de son évangile par ces mots : « Au commencement était le λογος ». C'est exactement le mot employé par l'empereur. Dieu agit « σύν λόγω », avec logos. Logos désigne à la fois la raison et la parole – une raison qui est créatrice et capable de se communiquer, mais justement comme raison. Jean nous a ainsi fait don de la parole ultime de la notion biblique de Dieu, la parole par laquelle tous les chemins souvent difficiles et tortueux de la foi biblique parviennent à leur but et trouvent leur synthèse. Au commencement était le Logos et le Logos est Dieu, nous dit l'Évangéliste. La rencontre du message biblique et de la pensée grecque n'était pas le fait du hasard. La vision de saint Paul, à qui les chemins vers l'Asie se fermaient et qui ensuite vit un Macédonien lui apparaître et qui l'entendit l'appeler : « Passe en Macédoine et viens à notre secours » (cf. Ac 16, 6-10) – cette vision peut être interprétée comme un condensé du rapprochement, porté par une nécessité intrinsèque, entre la foi biblique et le questionnement grec.

En fait, ce mouvement de rapprochement mutuel était à l'œuvre depuis longtemps. Déjà, le nom mystérieux de Dieu lors de l’épisode du buisson ardent, qui distingue Dieu des divinités aux noms multiples et qui énonce simplement à son sujet le « Je suis », son être, est une contestation du mythe, qui trouve une analogie interne dans la tentative socratique de surmonter et de dépasser le mythe [8]. Le processus engagé au buisson ardent parvient à une nouvelle maturité, au cœur de l'Ancien Testament, pendant l'Exil, où le Dieu d'Israël, désormais sans pays et sans culte, se proclame le Dieu du ciel et de la terre et se présente dans une formule qui prolonge celle du buisson : « Je suis celui qui suis ». Avec cette nouvelle reconnaissance de Dieu s'opère, de proche en proche, une sorte de philosophie des Lumières, qui s'exprime de façon drastique dans la satire des divinités, qui ne seraient que des fabrications humaines (cf. Ps 115). C'est ainsi que la foi biblique, à l'époque hellénistique et malgré la rigueur de son opposition aux souverains grecs qui voulaient imposer par la force l'assimilation à leur mode de vie grec et au culte de leurs divinités, alla de l'intérieur à la rencontre de la pensée grecque en ce qu'elle avait de meilleur pour établir un contact mutuel, qui s'est ensuite réalisé dans la littérature sapientielle plus tardive. Nous savons aujourd'hui que la traduction grecque de l'Ancien Testament faite à Alexandrie – la Septante – est plus qu'une simple traduction du texte hébreu (à apprécier peut-être de façon pas très positive). Elle est un témoin textuel indépendant et une avancée importante de l'histoire de la Révélation. Cette rencontre s'est réalisée d'une manière qui a eu une importance décisive pour la naissance et la diffusion du christianisme [9]. Fondamentalement, il s'agit d'une rencontre entre la foi et la raison, entre l'authentique philosophie des Lumières et la religion. À partir de l'essence de la foi chrétienne et, en même temps, de la nature de la pensée grecque, qui avait fusionné avec la foi, Manuel II a pu vraiment dire : ne pas agir « avec le Logos » est en contradiction avec la nature de Dieu.

Pour être honnête, il faut noter ici que, à la fin du Moyen Âge, se sont développées, dans la théologie, des tendances qui ont fait éclater cette synthèse entre l’esprit grec et l’esprit chrétien. Face à ce qu'on appelle l'intellectualisme augustinien et thomiste, commença avec Duns Scot la théorie du volontarisme qui, dans ses développements ultérieurs, a conduit à dire que nous ne connaîtrions de Dieu que sa voluntas ordinata. Au-delà d'elle, il y aurait la liberté de Dieu, en vertu de laquelle il aurait aussi pu créer et faire le contraire de tout ce qu'il a fait. Ici se dessinent des positions qui peuvent être rapprochées de celles d'Ibn Hazm et tendre vers l'image d'un Dieu arbitraire, qui n'est pas non plus lié à la vérité ni au bien. La transcendance et l'altérité de Dieu sont placées si haut que même notre raison et notre sens du vrai et du bien ne sont plus un véritable miroir de Dieu, dont les possibilités abyssales, derrière ses décisions effectives, demeurent pour nous éternellement inaccessibles et cachées. À l'opposé, la foi de l'Église s'en est toujours tenue à la conviction qu'entre Dieu et nous, entre son esprit créateur éternel et notre raison créée, existe une réelle analogie, dans laquelle – comme le dit le IVe Concile du Latran, en 1215 – les dissimilitudes sont infiniment plus grandes que les similitudes, mais sans supprimer l'analogie et son langage. Dieu ne devient pas plus divin si nous le repoussons loin de nous dans un pur et impénétrable volontarisme, mais le Dieu véritablement divin est le Dieu qui s'est montré comme Logos et qui, comme Logos, a agi pour nous avec amour. Assurément, comme le dit Paul, l'amour « surpasse » la connaissance et il est capable de saisir plus que la seule pensée (cf. Ep 3, 19), mais il reste néanmoins l'amour du Dieu-Logos, ce pourquoi le culte chrétien est, comme le dit encore Paul, « λογική λατρεία », un culte qui est en harmonie avec la Parole éternelle et notre raison (cf. Rm 12, 1) [10].

Cet intime rapprochement mutuel ici évoqué, qui s'est réalisé entre la foi biblique et le questionnement philosophique grec, est un processus décisif non seulement du point de vue de l'histoire des religions mais aussi de l'histoire universelle, qui aujourd'hui encore nous oblige. Quand on considère cette rencontre, on ne s'étonne pas que le christianisme, tout en ayant ses origines et des développements importants en Orient, ait trouvé son empreinte décisive en Europe. À l'inverse, nous pouvons dire aussi : cette rencontre, à laquelle s'ajoute ensuite l'héritage de Rome, a créé l'Europe et reste le fondement de ce que, à juste titre, on appelle l’Europe.

La revendication de déshellénisation du christianisme, qui, depuis le début de l'époque moderne, domine de façon croissante le débat théologique, s'oppose à la thèse selon laquelle l'héritage grec, purifié de façon critique, appartient à la foi chrétienne. Si l'on y regarde de plus près, on peut observer que ce programme de déshellénisation a connu trois vagues, sans doute liées entre elles, mais qui divergent nettement dans leurs justifications et leurs buts [11].

La déshellénisation apparaît en relation avec les préoccupations de la Réforme du XVIe siècle. Étant donné la tradition des écoles théologiques, les réformateurs ont fait face à une systématisation de la foi, entièrement déterminée par la philosophie, pour ainsi dire une définition extérieure de la foi par une pensée qui n'émanait pas d'elle. De ce fait, la foi n'apparaissait plus comme une parole historique vivante, mais comme enfermée dans un système philosophique. Face à cela, la sola scriptura cherche la figure primitive de la foi, telle qu'elle se trouve à l'origine dans la Parole biblique. La métaphysique apparaît comme un présupposé venu d'ailleurs, dont il faut libérer la foi pour qu'elle puisse de nouveau redevenir pleinement elle-même. Avec une radicalité que les réformateurs ne pouvaient prévoir, Kant a agi à partir de ce programme en affirmant qu'il a dû mettre la pensée de côté pour pouvoir faire place à la foi. Du coup, il a ancré la foi exclusivement dans la raison pratique et il lui a dénié l'accès à la totalité de la réalité.

La théologie libérale des XIXe et XXe siècles a amené une deuxième vague dans ce programme de déshellénisation, dont Adolf von Harnack est un éminent représentant. Du temps de mes études, tout comme durant les premières années de mon activité universitaire, ce programme était aussi fortement à l’œuvre dans la théologie catholique. La distinction de Pascal entre le Dieu des philosophes et le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob servait de point de départ. Dans ma leçon inaugurale à Bonn en 1959, j'ai essayé de m'y confronter et je ne voudrais pas reprendre de nouveau tout cela ici [12]. Mais je voudrais essayer, au moins très brièvement, de mettre en lumière l'aspect nouveau qui distingue cette deuxième vague de déshellénisation. L'idée centrale qui apparaît chez Harnack est le retour à Jésus simple homme et à son message simple, qui serait antérieur à toutes les théologisations et aussi à toutes les hellénisations. Ce message simple représenterait le véritable sommet de l'évolution religieuse de l'humanité. Jésus aurait congédié le culte au bénéfice de la morale. En définitive, on le représente comme le père d'un message moral philanthropique. Le souci de Harnack est au fond de mettre le christianisme en harmonie avec la raison moderne, précisément en le libérant d'éléments apparemment philosophiques et théologiques comme, par exemple, la foi en la divinité du Christ et en la Trinité de Dieu. En ce sens, l'exégèse historico-critique du Nouveau Testament, telle qu'il la voyait, réintègre de nouveau la théologie dans le système de l'Université. Pour Harnack, la théologie est essentiellement historique et, de ce fait, rigoureusement scientifique. Ce qu'elle découvre de Jésus par la voie critique est pour ainsi dire l'expression de la raison pratique. Du même coup, elle a sa place justifiée dans le système de l'Université. En arrière plan, on perçoit l'autolimitation moderne de la raison, qui a trouvé son expression classique dans les Critiques de Kant, mais qui, entre-temps encore, a été radicalisée par la pensée des sciences de la nature. Cette conception moderne de la raison, pour le dire en raccourci, repose sur une synthèse entre le platonisme (cartésianisme) et l'empirisme, confirmée par le progrès technique. D'une part, on présuppose la structure mathématique de la matière, pour ainsi dire, sa rationalité interne, qui permet de la comprendre et de l'utiliser dans sa forme efficiente. Ce présupposé est en quelque sorte l'élément platonicien de la compréhension moderne de la nature. D'autre part, pour nos intérêts, il y va de la fonctionnalité de la nature, où seule la possibilité de la vérification ou de la falsification par l’expérience décide de la certitude. Selon les cas, le poids entre les deux pôles peut se trouver davantage d'un côté ou de l'autre. Un penseur aussi rigoureusement positiviste que Jacques Monod s'est déclaré platonicien convaincu.

Pour notre question, cela entraîne deux orientations décisives. Seule la forme de certitude, résultant de la combinaison des mathématiques et des données empiriques, autorise à parler de scientificité. Ce qui a la prétention d'être science doit se confronter à ce critère. Ainsi, les sciences relatives aux choses humaines comme l'histoire, la psychologie, la sociologie, la philosophie, ont tenté de se rapprocher de ce canon de la scientificité. Mais pour nos réflexions, il est en outre important que la méthode en tant que telle exclue la question de Dieu et la fasse apparaître comme une question non-scientifique ou préscientifique. Mais, de ce fait, nous nous trouvons devant une réduction du rayon de la science et de la raison, qu'il faut mettre en question.

Je reviendrai encore sur ce point. Pour l'instant, il faut d'abord constater que, conduite dans cette perspective, toute tentative visant à ne conserver à la théologie que son caractère de discipline « scientifique » ne garde du christianisme qu'un misérable fragment. Il nous faut aller plus loin : si la science dans son ensemble n'est que cela, l'homme lui-même s'en trouve réduit. Car les interrogations proprement humaines, «d'où venons-nous», « où allons-nous», les questions de la religion et de l'éthique, ne peuvent alors trouver place dans l'espace de la raison commune, délimitée par la « science » ainsi comprise, et doivent être renvoyées au domaine de la subjectivité. Au nom de ses expériences, le sujet décide ce qui lui semble acceptable d'un point de vue religieux, et la « conscience » subjective devient, en définitive, l'unique instance éthique. Cependant, l'éthique et la religion perdent ainsi leur force de construire une communauté et tombent dans l'arbitraire. Cette situation est dangereuse pour l'humanité. Nous le constatons bien avec les pathologies de la religion et de la raison, qui nous menacent et qui doivent éclater nécessairement là où la raison est si réduite que les questions de la religion et de la morale ne la concernent plus. Ce qui nous reste de tentatives éthiques fondées sur les lois de l'évolution ou de la psychologie et de la sociologie est tout simplement insuffisant.

Avant de parvenir aux conclusions auxquelles tend ce raisonnement, il me faut encore évoquer brièvement la troisième vague de déshellénisation, qui a cours actuellement. Au regard de la rencontre avec la pluralité des cultures, on dit volontiers aujourd'hui que la synthèse avec l'hellénisme, qui s'est opérée dans l'Église antique, était une première inculturation du christianisme qu'il ne faudrait pas imposer aux autres cultures. Il faut leur reconnaître le droit de remonter en deçà de cette inculturation vers le simple message du Nouveau Testament, pour l'inculturer à nouveau dans leurs espaces respectifs. Cette thèse n'est pas simplement erronée mais encore grossière et inexacte. Car le Nouveau Testament est écrit en grec et porte en lui-même le contact avec l'esprit grec, qui avait mûri précédemment dans l'évolution de l'Ancien Testament. Certes, il existe des strates dans le processus d'évolution de l'Église antique qu'il n'est pas besoin de faire entrer dans toutes les cultures. Mais les décisions fondamentales, qui concernent précisément le lien de la foi avec la recherche de la raison humaine, font partie de la foi elle-même et constituent des développements qui sont conformes à sa nature.

J'en arrive ainsi à la conclusion. L'essai d'autocritique de la raison moderne esquissé ici à très gros traits n'inclut d'aucune façon l'idée qu'il faille remonter en deçà des Lumières (Aufklärung) et rejeter les intuitions de l'époque moderne. Nous reconnaissons sans réserve la grandeur du développement moderne de l'esprit. Nous sommes tous reconnaissants pour les vastes possibilités qu'elle a ouvertes à l'homme et pour les progrès en humanité qu'elle nous a donnés. L'éthique de la scientificité – vous y avez fait allusion M. le Recteur magnifique – est par ailleurs volonté d'obéissance à la vérité et, en ce sens, expression d'une attitude fondamentale qui fait partie des décisions essentielles de l'esprit chrétien. Il n'est pas question de recul ni de critique négative, mais d'élargissement de notre conception et de notre usage de la raison. Car, tout en nous réjouissant beaucoup des possibilités de l'homme, nous voyons aussi les menaces qui surgissent de ces possibilités et nous devons nous demander comment les maîtriser. Nous ne le pouvons que si foi et raison se retrouvent d'une manière nouvelle, si nous surmontons la limitation autodécrétée de la raison à ce qui est susceptible de falsification dans l'expérience et si nous ouvrons de nouveau à la raison tout son espace. Dans ce sens, la théologie, non seulement comme discipline d'histoire et de science humaine, mais spécifiquement comme théologie, comme questionnement sur la raison de la foi, doit avoir sa place dans l'Université et dans son large dialogue des sciences.

C'est ainsi seulement que nous devenons capables d'un véritable dialogue des cultures et des religions, dont nous avons un besoin si urgent. Dans le monde occidental domine largement l'opinion que seule la raison positiviste et les formes de philosophie qui s'y rattachent seraient universelles. Mais les cultures profondément religieuses du monde voient cette exclusion du divin de l'universalité de la raison comme un outrage à leurs convictions les plus intimes. Une raison qui reste sourde au divin et repousse la religion dans le domaine des sous-cultures est inapte au dialogue des cultures. En cela, comme j'ai essayé de le montrer, la raison des sciences modernes de la nature, avec l'élément platonicien qui l'habite, porte en elle une question qui la transcende, ainsi que ses possibilités méthodologiques. Elle doit tout simplement accepter comme un donné la structure rationnelle de la matière tout comme la correspondance entre notre esprit et les structures qui régissent la nature : son parcours méthodologique est fondé sur ce donné. Mais la question « pourquoi en est-il ainsi ? » demeure. Les sciences de la nature doivent l'élever à d'autres niveaux et à d'autres façons de penser – à la philosophie et à la théologie. Pour la philosophie et, d'une autre façon, pour la théologie, écouter les grandes expériences et les grandes intuitions des traditions religieuses de l'humanité, mais spécialement de la foi chrétienne, est une source de connaissance à laquelle se refuser serait une réduction de notre faculté d'entendre et de trouver des réponses. Il me vient ici à l'esprit un mot de Socrate à Phédon. Dans les dialogues précédents, beaucoup d'opinions philosophiques erronées avaient été traitées, maintenant Socrate dit : « On comprendrait aisément que, par dépit devant tant de choses fausses, quelqu'un en vienne à haïr et à mépriser tous les discours sur l'être pour le reste de sa vie. Mais de cette façon, il se priverait de la vérité de l'être et pâtirait d'un grand dommage » [13]. Depuis longtemps, l'Occident est menacé par cette aversion pour les interrogations fondamentales de la raison et il ne pourrait qu'en subir un grand dommage. Le courage de s'ouvrir à l'ampleur de la raison et non de nier sa grandeur – tel est le programme qu'une théologie se sachant engagée envers la foi biblique doit assumer dans le débat présent. « Ne pas agir selon la raison, ne pas agir avec le Logos, est en contradiction avec la nature de Dieu » a dit Manuel II à son interlocuteur persan, en se fondant sur sa vision chrétienne de Dieu. Dans ce grand Logos, dans cette amplitude de la raison, nous invitons nos interlocuteurs au dialogue des cultures. La retrouver nous-mêmes toujours à nouveau est la grande tâche de l'Université.

[1] De l’ensemble des 26 colloques (διάλεξις – Khoury traduit controverse) du dialogue (« Entretien »), Th. Khoury a publié la 7e « controverse » avec des notes et une large introduction sur l’origine du texte, sur la tradition manuscrite et sur la structure du dialogue, ainsi que de brefs résumés des « controverses » non éditées ; au texte grec est associée une traduction française : Manuel II Paléologue « Entretiens avec un Musulman. 7e controverse » : SC 115, Paris, 1966. De plus, Karl Förstel a publié dans le Corpus Islamico-Christianum (Série grecque, Rédaction A. Th. Khoury – R. Glei) une édition commentée du texte, grec-allemand: Manuel II Paléologue, Dialogue avec un Musulman, 3 vol., Würzburg – Altenberge, 1993-1996. Déjà en 1966, E. Trapp avait publié le texte grec – avec une introduction – comme deuxième volume de « Wiener byzantinischen Studien ». Je citerai par la suite selon Khoury.

[2] Sur l’origine et la rédaction du dialogue, cf. Khoury pp. 22-29 ; on trouve aussi de larges commentaires à ce sujet dans les éditions Förstel et Trapp.

[3] Controverse VII, 2c : Khoury, pp. 142-143 ; Förstel, vol. I, VII, Dialogue 1.5, pp. 240-241. Dans le monde musulman cette citation a été malheureusement considérée comme une expression de ma position personnelle et elle a de ce fait suscité une indignation compréhensible. Je souhaite que le lecteur de mon texte puisse comprendre rapidement que cette phrase n’exprime pas mon jugement personnel sur le Coran, envers lequel j’ai le respect dû au livre sacré d’une grande religion. Avec la citation du texte de l’empereur Manuel II, j’entendais seulement mettre en évidence le rapport essentiel entre foi et raison. Sur ce point, je suis d’accord avec Manuel II, sans pour autant faire mienne la polémique.

[4] Controverse, VII 3b – c : Khoury, pp. 144-145 ; Förstel, vol. I, VII Dialogue 1.6 pp. 240-243.

[5] C’est seulement pour cette affirmation que j’ai cité le dialogue entre Manuel II et son interlocuteur persan. C’est là qu’apparaît le thème des réflexions qui suivent.

[6] Cf. Khoury, op. cit. p. 144, n. 1.

[7] R. Arnaldez, Grammaire et théologie chez Ibn Hazm de Cordoue, Paris, 1956, p. 13 ; cf. Khoury p. 144. Le fait que, dans la théologie du Moyen-Âge tardif, il existe des positions comparables apparaîtra dans le développement ultérieur de mon discours.

[8] Pour l’interprétation largement discutée de l’épisode du buisson ardent, je voudrais renvoyer à mon livre Einführung in das Christentum (Munich, 1968), pp. 84-102. Je pense que, dans ce livre, mes affirmations restent encore valables, malgré les développements ultérieurs du débat.

[9] Cf. A. Schenker : l’Écriture sainte subsiste en plusieurs formes canoniques simultanées : L’interpretazione della Bibbia nella Chiesa. Atti del Simposio promosso dalla Congregazione per la Dottrina della Fede, Città del Vaticano, 2001, pp. 178-186.

[10] Sur cette question je me suis exprimé de manière plus détaillée dans mon livre Der Geist der Liturgie. Eine Einführung, Freiburg 2000, 38-42.

[11] De l’importante littérature sur le thème de la deshellénisation, je voudrais d’abord mentionner A. Grillmeier, Hellenisierung – Judaisierung des Christentums als Deuteprinzipien der Geschichte des kirchlichen Dogmas : Id., Mit ihm und in ihm. Christologische Forschungen und Perspektiven, Freiburg, 1975, pp. 423-488.

[12] Publié et commenté récemment par Heino Sonnemanns: Joseph Ratzinger – Benedikt XVI, Der Gott des Glaubens und der Gott der Philosophen. Ein Beitrag zum Problem der theologia naturalis. Johannes-Verlag Leutesdorf, 2 ergänzte Auflage, 2005.

[13] 90c-d. Pour ce texte, cf. R. Guardini, Der Tod des Sokrates. Mainz-Paderborn, 19875, pp. 218-221.

 


Benoît XVI,  le 12 septembre 2006 à l'Université de Ratisbonne.

Source : w2.vatican.va
 

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4 septembre 2016 7 04 /09 /septembre /2016 01:00

« La vie est une chance, saisis-là ! » (Mère Teresa).


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C’est ce dimanche 4 septembre 2016 qu’a lieu, au Vatican, une grande cérémonie pour la canonisation de Mère Teresa. Des manifestations ont lieu aussi dans d’autres endroits du monde. On pourra toujours disserter sur la pertinence, ou pas, de ce genre de cérémonie (béatification et canonisation) et se dire que les hommes restent les hommes et que Dieu reconnaîtra les siens (ce sujet ne regarde après tout que ceux qui ont la foi, les catholiques ici, les autres devraient s’en moquer).

C’est plutôt l’occasion de revenir sur ce parcours exceptionnel d’humanité de Mère Teresa, nommée "une icône mondiale de l’amour" par Violaine des Courières, journaliste du magazine "La Vie" (dans son article du 31 août 2016).

Mère Teresa a raconté à l'un de ses biographes, Malcolm Muggeridge, qu'elle savait ce qu'il se passerait après sa mort. Elle se présenterait devant saint Pierre qui lui dirait : "Vous ne pouvez pas entrer au paradis car il n'y a pas de taudis". Alors, elle lui répondrait : "Pauvre saint Pierre ! Je vais remplir le paradis des pauvres gens de mes bidonvilles et vous serez bien forcé de m'y laisser entrer !".

En quelques sortes, Mère Teresa faisait partie des personnes qu’on savait saintes de leur vivant, par leur manière de concevoir la vie, de prendre attention aux autres, aux plus fragiles. D’ailleurs, les hommes l’ont aussi "consacrée" dans sa sainteté en lui attribuant le Prix Nobel de la Paix le 17 octobre 1979 (je rassure les inquiets : les Prix Nobel de la Paix ne sont pas tous des saints, loin de là, bien sûr !).

Elle-même, dans son humilité, a accepté toutes les récompenses, pas par orgueil mais pour rester dans sa voie, aider les plus défavorisés, considérant que tout honneur qu’elle pouvait recevoir était d’abord une reconnaissance des plus modestes, des plus défavorisés (elle revendait même ses médailles). Après sa mort, elle a même eu un aéroport international prenant son nom, celui de Tirana, la capitale de l’Albanie, pays qui lui avait refusé le visa pour se rendre au chevet de sa mère lorsque c’était une dictature communsite.

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Mère Teresa est née le 26 août 1910 à Skopje, à l’époque dans l’Empire ottoman, sous le nom d’Anjezë Gonxha Bojaxhiu. Elle était alors albanaise, d’une famille bourgeoise catholique qui aidait beaucoup les défavorisés (beaucoup de pauvres étaient invités à leur table : « Ma fille n’accepte jamais une bouchée qui ne soit partagée avec d’autres. »).

La guerre des Balkans et la Première Guerre mondiale ont appauvri la famille, le père est mort d’une mauvaise santé et ses entreprises ont fait faillite. À 12 ans, Anjezë (Agnès) décida à se consacrer entièrement à aider les plus pauvres. Elle quitta sa famille à l’âge de 18 ans, le 25 septembre 1928, pour entrer chez les Sœurs de Notre-Dame de Lorette, près de Dublin (malgré l’opposition de son grand frère). Elle y apprit notamment l’anglais et dès le 1er décembre 1928, elle partit en Inde pour son noviciat. Elle découvrit l’extrême pauvreté qui l’a beaucoup choquée : « Si les gens de nos pays voyaient ces spectacles, ils cesseraient de se plaindre de leurs petits ennuis. ».

Elle est devenue religieuse le 23 mai 1929, puis le 25 mai 1931, elle prit le nom de Sœur Mary-Teresa, en souvenir de Thérèse de Lisieux (1873-1897) qui venait d’être canonisée le 17 mai 1925 et considérée comme patronne des missions. Ses vœux définitifs ont été faits le 24 mai 1937.

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Le nom de "Mère Teresa" lui est venu naturellement de son activité d’enseignante auprès des enfants de Calcutta, elle était devenue une sorte de seconde mère pour eux. Rapidement, elle fut nommée pour enseigner la géographie dans une école pour des filles de familles aisées, mais elle passa beaucoup de temps, parallèlement, à s’occuper des défavorisés des bidonvilles.

Sa vocation de se consacrer totalement aux plus pauvres est survenue le 10 septembre 1946 : « Soudain, j’entendis avec certitude la voix de Dieu. Le message était clair : je devais sortir du couvent et aider les pauvres en vivant avec eux. C’était un ordre, un devoir, une certitude. ».

Elle reprit la dernière parole du Christ sur la Croix comme une devise personnelle : « J’ai soif. » : elle parla alors de sa soif du Christ et de son besoin d’aider les pauvres : « Pour moi, ils sont tous le Christ. Le Christ dans un déguisement désolant. ». Dans une lettre rédigée le 26 mars 1993, elle expliqua : « Retenez ceci : "J’ai soif" est bien plus profond que Jésus vous disant "Je vous aime". Tant que vous ne savez pas au plus profond de vous que Jésus a soif de vous, vous ne pouvez pas savoir qui il veut être pour vous. Ou qui il veut que vous soyez pour lui. Jésus a soif, même maintenant, dans votre cœur et dans les pauvres, il connaît votre faiblesse. Il veut seulement votre amour, il veut seulement la chance de vous aimer. ». Cette parole du Christ a fait écho dans sa conscience : « Dans la mesure om vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40).

Le 8 août 1948, après avoir convaincu son archevêque (de Calcutta), elle a convaincu le pape lui-même Pie XII qui accepta qu’elle prît une sorte d’année sabbatique hors de sa communauté religieuse. Elle la quitta effectivement huit jours plus tard, le 16 août 1948, avec très peu d’argent en poche.

Elle suivit une formation d’infirmière, créa des écoles dans des quartiers pauvres, et fonda le 7 octobre 1950 une nouvelle communauté religieuse, les Missionnaires de la Charité. En mars 1963, une communauté de frères missionnaires fut créée parallèlement avec les mêmes règles. En 1965, le pape Paul VI en a fait une société de droit pontifical dépendant directement du Vatican. Des centres furent créés à l’étranger, en particulier en Amérique latine (le premier fut au Venezuela). La congrégation compte de nos jours environ 5 000 religieuses réparties sur 132 pays. Le 4 mars 2016, elle fut victime, comme d’autres organisations, d’un attentat (pas revendiqué par Daech) à Aden, au Yémen, qui a tué seize personnes dont quatre religieuses.

Dans son journal, elle notait : « L’extrême pauvreté vide progressivement l’homme de son humanité. ». Chaque rencontre qui l’a émue a été le point de départ d’une nouvelle action : un mouroir pour accueillir les personnes en fin de vie trop pauvres pour être acceptées par un hôpital (le mouroir de Kalighat fut ouvert le 22 août 1952), un orphelinat pour recueillir et soigner des enfants abandonnés (l’orphelinat de Nirmala Shishu Bavan fut ouvert le 24 novembre 1955), elle proposa des ambulances pour soigner les lépreux (en 1957), etc.

Mère Teresa, qui était opposée à l’avortement, a toujours cherché des solutions alternatives par l’adoption des enfants non désirés : « Toute vie est vie de Dieu en nous. Même l’enfant non encore né a la vie de Dieu en lui. Nous n’avons pas le droit de détruire cette vie, quel que soit le moyen employé et pour quelque raison que ce soit. ».

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Au début des années 1960, Mère Teresa développa ses activités humanitaires au-delà de Calcutta, reçut le soutien du Premier Ministre indien Jawaharlal Nehru. Elle commença à s’exprimer dans des médias (en particulier la BBC) pour rechercher de l’aide (pas seulement financière) et les premières récompenses arrivèrent pour soutenir son action de solidarité. À partir du début des années 1970, Mère Teresa a gagné beaucoup de notoriété internationale. Elle créa en 1976 un nouvel ordre religieux des sœurs contemplatives.

Écoutée et médiatisée, elle a pu ainsi se permettre de fustiger le matérialisme et de prôner un retour sur les valeurs essentielles : « L’amour naît et vit dans le foyer. L’absence de cet amour dans les familles crée la souffrance et le malheur du monde aujourd’hui. Nous avons tous l’air pressé. Nous courons comme des fous après les progrès matériels ou les richesses. Nous n’avons plus le temps de bien vivre les uns avec les autres : les enfants n’ont plus de temps pour les parents, ni les parents pour les enfants, ni pour eux-mêmes. Si bien que c’est de la famille elle-même que provient la rupture de la paix du monde. ».

Prônant la pauvreté pour ses religieuses et refusant une organisation efficace dans la collecte des dons, elle refusa toutes les aides qui se contentaient de lui apporter seulement un soutien financier. Ce qu’elle voulait, c’était une aide humaine concrète : « C’est un capital d’amour qu’il faut réunir. Un sourire, une visite à une personne âgée. Les vrais coopérateurs du Christ sont les porteurs de sa charité. L’argent vient si l’on recherche le royaume de Dieu. Alors tout le reste est donné. ».

Au-delà de son humanisme et de sa grande charité, Mère Teresa fut aussi une personne exceptionnellement courageuse. En 1982 à Beyrouth, elle s’avança avec la Croix-Rouge sur la ligne de front entre l’armée israélienne et les milices palestiniennes pour évacuer de la zone et sauver 37 enfants malades ou blessés. De même, malgré de graves problèmes cardiaques, elle n’a jamais cessé ses activités, voyageant à travers le monde pour apporter son enthousiasme et son espérance.

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Courageuse et toujours attentive aux malheurs de l’actualité. Elle se déplaça par exemple le 11 décembre 1984 pour aider les victimes de la catastrophe chimique de Bhopal. Elle aida les victimes du tremblement de terre au Guatemala en 1977, protégea les aborigènes en Australie, s'occupa des réfugiés palestiniens à Amman en 1970, était à Cuba en 1986. Elle n’hésitait pas non plus à accepter de l’aide de pays parfois sous la coupe de dictateurs avérés, car dans son action, elle rejetait toute considération politique.

Insistant sur l’importance de la prière qui était pour elle une nécessité à l’action, elle a en 1995 expliqué assez simplement pourquoi : « Le fruit du silence est la prière. Le fruit de la prière est la foi. Le fruit de la foi est l’amour. Le fruit de l’amour est le service. Le fruit du service est la paix. » ("Un Chemin tout simple"). Jean-Paul II a résumé ainsi : « Contemplation et action, évangélisation et promotion humaine : Mère Teresa proclame l’Évangile à travers sa vie entièrement offerte aux pauvres, mais, dans le même temps, enveloppée par la prière. » (19 octobre 2003).

Le philosophe Emmanuel Lévinas témoignait : « Cette femme peut réunir les hommes beaucoup plus que les livres sacrés et leurs versets. ». Elle disait simplement : « Nous sommes le plus beau des marchés, nous vendons de l'amour. » (1986).

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Mère Teresa est morte à 87 ans le 5 septembre 1997 aux urgences de l’hôpital de Calcutta, quelques jours après l’accident tragique de son amie, Lady Diana (qui a couvert médiatiquement la disparition de la religieuse). Sainte Thérèse de Lisieux qui fut son modèle est morte de tuberculose à 24 ans le 30 septembre 1897, quasiment cent ans auparavant. Malgré quelques critiques sur sa notion de souffrance, Mère Teresa a reçu un hommage unanime à sa mort. De très nombreuses personnalités internationales sont venues à ses obsèques, dont Hillary Clinton (en tant que Première dame des États-Unis).

Parce que tout le monde la considérait déjà comme une sainte, l’Église catholique a accéléré la procédure de béatification et de canonisation. Elle fut béatifiée le 19 octobre 2003 à Rome par le pape Jean-Paul II (qui célébrait également son vingt-cinquième anniversaire de pontificat). Le 15 mars 2016, le pape François a pris la décision de la canoniser, et la cérémonie est prévue ce dimanche 4 septembre 2016. Canonisée moins de vingt ans après sa mort, la procédure fut très rapide, mais pas la plus rapide puisque Jean-Paul II lui-même fut canonisé le 27 avril 2014, moins de dix ans après sa mort.

Son identité, voici ce qu’elle en disait elle-même : « Par mon sang, je suis albanaise. Par ma nationalité, indienne. Par ma foi, je suis une religieuse catholique. Pour ce qui est de mon appel, j’appartiens au monde. Pour ce qui est de mon cœur, j’appartiens entièrement au Cœur de Jésus. » (Mère Teresa).

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Elle pouvait aller au Vatican sans rendez-vous. Jean-Paul II, dans son homélie de béatification, a ainsi raconté : « Elle se rendait partout pour servir le Christ chez les plus pauvres parmi les pauvres. Même les conflits et les guerres ne réussissaient pas à l’arrêter. De temps en temps, elle venait me parler de ses expériences au service des valeurs évangéliques. » (19 octobre 2003).

Et de rappeler : « Sa vie est un témoignage de la dignité et du privilège du service humble. Elle avait choisi d’être non seulement la dernière, mais la servante des derniers. Véritable mère pour les pauvres, elle s’est agenouillée auprès de ceux qui souffraient de diverses formes de pauvreté. Sa grandeur consiste dans sa capacité à donner sans compter, à donner "jusqu’à souffrir". Sa vie était une façon radicale de vivre l’Évangile et de le proclamer avec courage. » (Jean-Paul II).

Près de vingt ans après sa mort, la société matérialiste a encore progressé, avec son lot de petits appareils communicants et technologiques qui permettent à fois d’échanger avec l’autre bout du monde mais aussi de ne même plus voir son voisin dans une rame de métro. La canonisation de Mère Teresa a cet intérêt ainsi de revenir sur une destinée humaine extraordinaire qui se dépouille de tout ce qui est inutile pour ne voir que l’essentiel, l’humain en tant que tel.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er septembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Biographie du Vatican (19 octobre 2003).
Mère Teresa.
Pape François.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Concile Vatican II.
Jean XXIII.
Paul VI.
Jean-Paul II.
Benoît XVI.
Monseigneur Romero.
Sœur Emmanuelle.
Abbé Pierre.
Le dalaï-lama.
Jean-Marie Vianney.
Jean-Marie Lustiger.
Albert Decourtray.
Le Pardon.
La Passion.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160904-mere-teresa.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/mere-teresa-sainte-parmi-les-184189

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/09/01/34260705.html



 

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10 août 2016 3 10 /08 /août /2016 06:29

Faudrait-il trancher entre le droit sacré à une vie privée et une laïcité jusqu’au fond de la culotte ? L’obligation du port du burkini dans une réception privée pose la question d’un retour en arrière des mœurs imposé par un islam de plus en plus implanté en France. En ce sens, c’est la polémique elle-même qui est un fait sociologique.


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L’affaire du burkini dans un parc aquatique privé près de Marseille est l’une des polémiques qui enflamment régulièrement la France et seulement la France. Cela a commencé avec le voile à l’école il y a un peu moins de trente ans, puis cela a pu se décliner sur les cantines scolaires, la viande hallal, l’abattage rituel, la burqa à la crèche, etc.

Penser que ce type de discussions passionnelles serait stérile n’apporte pas grand chose au débat : l’existence même de la polémique est un fait sociologique important en France parce que tout ce qui touche à la laïcité, à la religion, et plus précisément depuis trente-cinq ans, à l’islam, est une chose extrêmement sensible aux yeux de nombreux Français, à tort ou à raison.


"Détente entre femmes"

Les faits sont les suivants : une association marseillaise de femmes visiblement musulmanes (Smile 13, smile pour sœurs marseillaises initiatrices de loisirs et d’entraide) a loué un parc aquatique privé près de Marseille (Speedwater Park) pour permettre à ses membres ou invitées de se baigner sans se montrer en maillot de bain.

Sur son site Internet, l’association affirme ainsi : « Le but premier de l’association est de faciliter l’accès à l’eau aux femmes par le biais d’activités physiques et de loisirs. » en ajoutant : « Tout simplement, parce qu’on a toutes besoin de petits moments comme ça où on pense juste à nous lol, Smile 13 organise régulièrement des journées piscine/détente entre femmes ;-) Les biens loués sont tous équipés d’une maison avec piscine sans vis-à-vis (…). ».

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L’affiche, quant à elle, est très explicite et expose pourquoi cela a suscité tant de protestation et d’incompréhension. Deux choses sont en fait choquantes.


Burkini obligatoire

La première concerne la tenue de bain : « Exceptionnellement, le parc autorise la baignade en burkini et jilbeb de bain » et l’affiche précise même : « Je compte sur vous pour respecter la "awra" et donc, de ne pas venir en deux pièces (parties doivent être cachées de la poitrine aux genoux), le minimum est un maillot une pièce avec paréo ou short-caleçon ».

Sur le site Internet, il est précisé la même chose : « J’invite les sœurs qui participeront à avoir un bon comportement ; c’est-à-dire avoir une tenue adéquate (pas de maillot deux pièces, les parties du haut du buste aux genoux doivent être cachées), même si nous ne sommes qu’entre filles, nous n’allons pas aller à un défilé de mode lol, préservez-vous autant des femmes que des hommes mais soyez à l’aise quand même, on est là pour se détendre, rencontrer des sœurs ou venir avec des amies pour avoir une petite parenthèse de notre quotidien. » (j’ai corrigé les très nombreuses fautes de français). Ce "quotidien" ne semble pas très rose pour ces femmes…

Autorisation très étonnante du parc aquatique, car pour des raisons d’hygiène, les établissements de bain rendent souvent obligatoire le port du maillot de bain classique et même parfois, interdisent le short de bain.

Dans son règlement intérieur, le parc aquatique en question annonce d’ailleurs clairement la couleur (avec deux fautes de français) : « Seuls les maillots une pièce et deux pièces ainsi que le short de bain (avec filet) sont autorisés pour la baignade. Toutes autres tenues de bain ne seront pas acceptés » (sic). Seuls, précise son site Internet, « les tee-shirts spéciaux de protection UV sont tolérés. ».


Domaine privé

Cette question de tenue obligatoire ne me choque pas vraiment car c’est une journée privative dans un établissement privé et c’est se mêler des affaires privées que de vouloir régenter la tenue de ses propres invités. Je suis déjà allé dans des réceptions où le carton d’invitation insistait sur « tenue de soirée exigée » etc. La tradition stupide des enchères de la jarretière dans certains mariages n’est pas plus pertinente que l’obligation du burkini, mais reste du domaine privé et chaque individu a le droit de faire ce qu’il veut tant qu’il respecte la loi et les personnes (en l’occurrence, je trouve que cette tradition, même si elle permet de financer un voyage de noces, ne respecte pas vraiment la mariée !).

Même le Palais-Bourbon impose aux hommes le port de la cravate et le 17 avril 1985, Jack Lang, alors Ministre de la Culture, avait créé la polémique, lors d’une réponse à une question au gouvernement d’un député, en se présentant devant l’hémicycle habillé d’une veste en col Mao fermé (créée par le styliste Thierry Mugler qui a gagné en notoriété), cachant la cravate qu’il portait pourtant. Mais là, c’était du ressort du domaine public, pas privé.

Toutefois, même si cela relève de soirées privées, de nombreuses discothèques ou clubs de nuit ont été épinglés pour une certaine forme de ségrégation à l’entrée.

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A contrario, les espaces naturistes peuvent également choquer s’ils sont imposés à tous dans le domaine public.


Considérations religieuses …ou personnelles

Plus généralement, le port du burkini n’est pas seulement une affaire de religion, et de la peur que celle-ci envahisse tous les pores de la société française, une inquiétude renforcée par la multiplication des attentats terroristes d’origine islamiste, mais également une affaire de pudeur, qui est une notion très personnelle, qui peut d’ailleurs évoluer au fil d’une existence, et qui touche d’abord à l’intime.

On peut imaginer en effet que beaucoup de personnes (pas seulement des femmes) puissent avoir des réticences de montrer leur corps à demi-nu pour diverses raisons, divers complexes etc. ; une infirmité, un surpoids, des poils trop nombreux, etc. peuvent expliquer aisément une coquetterie dont la religion n’a que faire (d’ailleurs, on peut même se trouver beau dans son corps et ne pas vouloir le montrer aux autres, ou ne le réserver qu’à son conjoint), au même titre qu’un végétarien ne mange pas de porc mais pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la religion.

Cependant, il s’agit bien, ici, de considérations religieuses et elles sont plus difficilement évitables. D’ailleurs, certaines personnes ont voulu réagir en se prêtant aux interprétations du Coran et en affirmant qu’il n’y a aucun texte qui interdise aux femmes musulmanes de se baigner en simple maillot de bain. Hélas, au contraire du christianisme, l’islam est une religion qui n’a aucune hiérarchie, donc, aucune autorité morale ne puisse apporter "la" version officielle d’interprétation des textes.


Interdit aux hommes

Ce qui m’a le plus choqué, c’est la ségrégation sexuelle et cela, je ne suis pas sûr que ce soit légal, même si c’est privatif, car cette ségrégation est anticonstitutionnelle. L’affiche proclame en effet que cette journée est réservée : « exclusivement pour les femmes et les enfants » avec une précision : « garçon autorisé jusqu’à 10 ans ». Dommage pour le frère qui a 11 ans !

Au nom de quoi les familles doivent-elles être séparées dans une telle journée de loisirs ? C’est cela qui va à l’encontre du "vivre ensemble" tel que la République française le conçoit. Elle tolère et accepte naturellement la pratique religieuse, de toutes les religions, mais rejette toute forme de discrimination, en particulier sexuelle.

Le ridicule va jusqu’à rappeler quand même aux femmes qui viendraient que le « personnel » est quand même « mixte » (heureusement !). Si ce qui rend l’interdiction des hommes sans objet puisqu’il y aura quand même des hommes…

Cette discrimination sexuelle est particulièrement affligeante dans la vie sociale actuelle et est contraire aux valeurs de la République. Non seulement c’est antirépublicain mais c’est aussi antifamilial puisque cela exclut l’homme au même titre que lorsque l’homme voudra se baigner, sa femme ne l’accompagnera pas de peur de montrer son corps aux autres hommes. Cela alors que des villes comme Paris et Lyon fêtent cet été le 70e anniversaire du bikini !

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On voit d’ailleurs dans la rédaction du site Internet de l’association que cette journée aquatique est d’abord une audace que prennent ces femmes musulmanes ; en quelques sortes, il faut être courageuses pour pouvoir se détendre entre elles, sans hommes qui semblent être de véritables éléments contraignants dans leur vie. On peut donc imaginer que leur retirer ce genre de journée (elles n’iraient pas dans une piscine sans burkini de toute façon) leur retirerait tout accès à cette détente et les désocialiseraient encore un peu plus.


Réactions très clivées ou très légères

Dès que la polémique, la semaine dernière, a fait irruption dans le domaine public, le sénateur-maire de la commune où se situe ce parc aquatique (privé, je précise) a publié un arrêté interdisant la tenue de cette journée, en raison des risques de trouble public. Il est néanmoins probable que si l’association invitante protestait contre cet arrêté, la justice administrative lui donnerait raison car il s’agit, je le répète, d’une simple journée privée.

L’association a subi depuis la semaine dernière des flots de réactions assez agressives et a publié le 6 août 2016 le communiqué suivant : « Nous sommes tristes et inquiètes d’assister au déferlement de haine raciste, de grossièreté et de menaces dont nous sommes la cible, en tant qu’association mais également individuellement. Entre les insultes, les sollicitations incessantes des journalistes et les menaces de mort qui ont visé des membres de l’équipe, dont une personne a reçu, par la poste, une lettre nominative figurant des balles de revolver, la situation est devenue surréaliste. ».

Cette association a en outre changé certaines pages de son site Internet (entre le 6 et le 9 août 2016), en retirant de ses phrases son prosélytisme islamique d’origine au profit d’informations plus factuelles, notamment sur ses activités d’enseignement de la langue arabe. Le site a ainsi supprimé des phrases comme : « Apprendre cette belle langue, avec laquelle la révélation du Noble Coran a été faite à notre très cher et bien-aimé Prophète Mohamed Salla Allahou ‘alayhi wa salam, n’est autre qu’une bénédiction d’Allah ta’ala. » ; ou encore : « Qu’Allah ta’ala vous guide dans votre recherche de savoir et votre ambition à vous perfectionner pour la face d’Allah Azzawajel. ». De même, une phrase qui reprend la ségrégation du parc aquatique a été supprimée : « Notre sœur N*** dispense déjà des cours d’arabe et de Coran aux enfants à la Mosquée des Cèdres, elle dispensera des cours aux femmes et aux enfants à compté du 1er septembre (…). ».

Du côté du parc aquatique, c’est la lâcheté qui prédomine et des responsabilisés qui ne s’assument pas. Son dirigeant a affirmé que l’association n’avait fait que le contacter mais ce n’est pas du tout vrai, c’était toute une organisation et c’était bouclé depuis longtemps puisque la date était fixée au samedi 10 septembre 2016, d’où l’affiche d’ailleurs.


Comment réagir à une telle polémique ?

La réaction raisonnable oscillerait entre deux réflexes antagonistes.

Le premier réflexe serait de laisser dans le domaine privé tout ce qui relève d’une initiative dans le domaine privé. Au nom de quoi aurais-je à intervenir dans une réception privée dont certains éléments me choqueraient voire me troubleraient ? Cela ne devrait pas me regarder.

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Cependant, le second réflexe prendrait assez rapidement place : comment peut-on encore accepter cette double obligation d’avoir des vêtements de baignade qui vont à l’encontre de l’hygiène élémentaire (et interdits comme tels) et d’organiser une discrimination sur la base unique du sexe et de l’âge (pour les garçons) ? On imagine que dans la tête des organisatrices, un garçon de 10 ans et demi va avoir des obsessions sexuelles à la seule vue d’une femme habillée en burkini, on croit rêver !

D’ailleurs, certains musulmans sont violemment opposés au burkini, mais pas forcément pour une bonne raison : ils considèrent que le vêtement colle trop à la peau et donc, moule trop le corps qui, ainsi, est mis à découvert ! Je soupçonne cependant que la mode du burkini chez les musulmanes répond aussi à un intérêt purement économique : avec ce nouveau produit créé par un styliste libanais en Australie, cela ouvre évidemment un nouveau marché particulièrement juteux…


Peur d’une "islamisation" de l’Europe ?

Tout cela alimente la peur d’une "invasion islamique" que les attentats terroristes ne font rien pour éteindre. Ce sont même des provocations inutiles, similaires, dans un autre sens, à l’apéro saucisson vin rouge organisé le 12 juillet 2011 par des députés UMP particulièrement maladroits : là aussi, c’était une initiative privée mais qui avait un objectif clairement polémique et provocateur. Rappelons pour l’anecdote que ce groupe de députés UMP n’existe même plus en tant que tel…

Il ne faut pas non plus oublier que peu de jours auparavant, selon le "Daily Mail" du 27 juillet 2016, à Geldern, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, un Land de l’Allemagne voisine, six hommes musulmans barbus proférant des insultes en allemand et en arabe, ont fait violemment irruption dans une piscine naturiste. Ils ont notamment menacé les femmes nues qui s’y baignaient de toutes les « exterminer » en raison de leur « infidélité ». Ce type d’agression crée à l’évidence un climat d’insécurité et de perte d’identité qui se répand dans toute l’Europe indépendamment de la vague terroriste.


Retour en arrière

Tout cela n’augure rien de bon : il s’agit avant tout d’un véritable retour en arrière de l’ordre moral. Peut-être qu’il ne faut pas voir ces singularités dans un sens religieux mais plutôt dans un sens chronologique.

Dans la France de tradition catholique, au début du XXe siècle, les femmes auraient porté des vêtements de bain à peu près pareils à ces burkinis. La ségrégation entre les sexes a duré d’ailleurs très longtemps, notamment dans la vie scolaire (mon lycée était encore non mixte à mon époque) et on peut encore lire dans les villages "école pour filles" ou "école pour garçons" sur les vieux murs des mairies. Enfin, il n’était pas rare de voir les dames âgées, pas du tout musulmanes, porter un foulard sur la tête, encore dans les années 1970.

L’implantation de l’islam en France semble en fait surtout ramener la société française dans un passé lointain, dans une période archaïque où les relations sociales étaient dominées par les hommes machistes face à des femmes soumises et aux ordres. C’est plus d’un siècle de luttes progressistes qui se trouve ainsi bafoué avec ce type d’initiative …privée.


En finir avec les provocations…

Peut-être faudrait-il seulement écouter d’autres musulmans s’interroger sur ce qu’il se passe en France ?

Le journaliste algérien Aziz Benyahia s’est ainsi interrogé le 8 août 2016 : « Nous ne pouvons nous abstenir de faire grief à ceux des musulmans qui persistent à se singulariser de la sorte, sachant bien que la société "occidentale" est arrivée à un tel niveau de crispation à l’égard des musulmans, compte tenu de l’actualité, que la moindre anicroche sera déformée dans le sens d’une plus grande marginalisation (…). ».

Et le journaliste de conseiller : « Il nous semble plus intelligent (…) d’éviter de tendre des bâtons pour se faire battre. Adapter certains comportements, éviter les provocations inutiles et se faire remarquer par son exemplarité ; cela pourrait être beaucoup plus efficace que s’entêter dans des parties de bras de fer inutiles et perdues d’avance (…). Pour faire le parallèle avec le Speedwater Park, [les musulmans] autoriseraient-ils les étrangers vivant chez eux à privatiser des plages pour leurs amateurs de nudisme et des salons pour leurs soirées libertines ? ».

Et de terminer ainsi : « Pourquoi ne pas prendre de la hauteur (…) au lieu de chercher querelle aux autres en voulant leur imposer, qui plus est chez eux, une vision du monde que l’islam dans sa seule et unique vérité condamne tout simplement ? » ("Algérie Focus").


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 août 2016)
http://www.rakotoarison.eu


(La première illustration est un tableau de Pablo Picasso, "Jacqueline aux mains croisées", peint le 3 juin 1954, huile sur toile, 116 x 88,5 cm, exposé au Musée National Picasso à Paris).


Pour aller plus loin :
La laïcité depuis le 9 décembre 1905.
Le burkini réseau en question.
L’apéro saucisson vin rouge (12 juillet 2011).
Terrorisme islamiste.
L’esprit républicain.
Le patriotisme.
Représenter le prophète ?
L’islam rouge (19 septembre 2012).
La laïcité et le voile.
La burqa et la République.
Terrorisme et islamisme.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160805-burkini.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/le-burkini-reseau-en-question-183613

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/08/10/34173039.html

 

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6 avril 2016 3 06 /04 /avril /2016 06:58

« Il m’arrive d’éprouver une sorte de stupeur à l’idée qu’il ait pu exister des "fous de Dieu", qui lui ont tout sacrifié, à commencer par leur raison. » (Emil Cioran, "Des Lames et des Saints").


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Dans le petit village, c’était le jour de Pâques, le dimanche 27 mars 2016, en fin de matinée. Les cloches avaient sonné vers onze heures cinq et la messe avait commencé. La fête de Pâques, pour les chrétiens, c’est la plus importante des fêtes religieuses. Pas la fête du chocolat et des sucreries, des œufs, des poules, des poissons et des lapins, mais celle de la Résurrection de Jésus-Christ, c’est-à-dire du seul acte de foi que le christianisme demande à ses fidèles. Croire à la résurrection d’entre les morts, c’est surtout croire à la vie éternelle, croire qu’il y a une vie après la mort, ou plutôt, qu’il y a une vie après la vie, que cette vie d’outre-tombe a déjà commencé sur Terre et que chacun est appelé.


La joie pascale

Pâques clôt ainsi la période de quarante jours qui s’appelle le Carême, qui commence avec le mercredi des Cendres, rappel que l’être humain, comme tout autre être vivant, n’est que poussière, et qui se finit par la Semaine Sainte. Celle-ci commence par le dimanche des Rameaux, le Christ arrivant à Jérusalem et acclamé. Imaginons le meeting politique d’une personnalité très populaire et charismatique. Les rameaux d’olivier sont les signes pour honorer l’invité.

Puis cette presque descente aux Enfers, du moins, à la mort. Le Jeudi Saint, dernier repas avec ses disciples, la Cène, qui fut la première communion, la première eucharistie, et la nuit, cette peur terrible de mourir, cette sueur de sang, cette proximité à abandonner, à renoncer, ce caractère plus humain que divin. Enfin, le sinistre Vendredi Saint, la trahison de Judas, la lâcheté de Pierre (le premier pape), et la condamnation sans procès, le calvaire de porter la Croix puis la crucifixion. Le dernier souffle à quinze heures. Étranges jeux de mots. Sur cette Pierre, je bâtirai mon Église. Et je Croix.

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Naturellement, l’annonce de la "bonne nouvelle", à savoir que "Christ est vivant" est essentiellement joyeuse. Elle signifie que le Christ était venu un peu pour nous racheter du péché originel, cette pseudo-pomme de la connaissance croquée avec insolence. Un peu à la manière des compagnies d’assurance ! Bien sûr, tout cela est imagé, il faut concevoir le Christ peut-être comme une sorte de vaccin. Dieu a créé les hommes et Dieu a créé les virus qui les tuent, et Il leur a envoyé le vaccin, leur Sauveur. Bon, c’est théologiquement bien plus compliqué bien sûr mais j’aime bien l’image du vaccin, même si le concept est très subtil et même assez compliqué.


La désolation terroriste

À cinquante mètres de l’église du petit village, on pouvait apercevoir les drapeaux tricolores mis en berne. Trois fois. Ceux de la mairie, ceux de l’école élémentaire, ceux du poste de police. Cinq jours auparavant, au moins 32 personnes avaient perdu la vie (et 340 avaient été blessées) dans les terrifiants attentats de Bruxelles.

Ce n’était pas le premier et hélas pas le dernier attentat islamiste dans le monde. Selon l’Université du Maryland qui tient une macabre base de données sur le terrorisme international, plus de 12 500 personnes ont été tuées (et plus de 13 000 blessées) au cours de 1 681 attentats commis par Daech dans le monde entre avril 2013 et novembre 2015.

Le même dimanche, mais on ne l’a su qu’un peu plus tard car le massacre a eu lieu un peu après midi et demi, heure de Paris, au moins 72 personnes (dont 29 enfants et principalement des femmes) ont perdu la vie et plus de 350 ont été blessées à l’entrée du parc Gulshan-e-Iqbal à Lahore, grande ville du Pakistan. Le kamikaze s’était placé près d’un manège d’enfants venus jouer après le pique-nique de Pâques. Les terroristes avaient visé les chrétiens pendant leur fête (mais ont tué une majorité de musulmans), car le gouvernement avait fait exécuter Mumtaz Qadri, qui avait assassiné le 4 janvier 2011 le gouverneur du Pendjab Salman Taseer, qui avait dénoncé la loi interdisant le blasphème promulguée en 1986 par le dictateur Zia Ul-Haq : « Toute remarque désobligeante à l’égard du Saint Prophète (…) à l’écrit ou à l’oral, ou par représentation visible, ou toute imputation ou insinuation, directe ou indirecte (…) sera punie de mort, ou d’emprisonnement à vie, et aussi passible d’une amende. » (article 295-C du code pénal pakistanais inséré par la loi Act, 111 of 1986).


Dieu et le mal

Cette juxtaposition du deuil et de la joie ne peut que faire réfléchir à la foi. En effet, selon les croyants, Dieu est tout puissant, Dieu est bon, et pourtant, le mal existe. Soit il n’est pas capable d’arrêter le mal, soit, il n’est pas bon et sert le mal. Cette incohérence encourage beaucoup de personnes justement à ne pas croire, ou à ne plus croire après la survenue d’un grand malheur dans leur vie.

Cette incohérence, Épicure l’avait déjà abordée à la manière d’un Grafcet ou d’un organigramme informatique : « Le mal existe, donc de deux choses l’une : ou Dieu le sait, ou il l’ignore. Dieu sait que le mal existe, il peut donc le supprimer mais il ne veut pas… Un tel Dieu serait cruel et pervers, donc inadmissible. Dieu sait que le mal existe, il veut le supprimer mais il ne peut le faire… Un tel Dieu serait impuissant, donc inadmissible. Dieu ne sait pas que le mal existe… Un tel Dieu serait aveugle et ignorant, donc inadmissible. ».

Voltaire était moins démonstratif : « La question du bien et du mal demeure un chaos indébrouillable pour ceux qui cherchent de bonne foi ; c’est un jeu d’esprit pour ceux qui disputent : ils sont des forçats qui jouent avec leurs chaînes. » ("Dictionnaire philosophique").

Hannah Arendt, elle, replaçait le mal uniquement sur le terrain des humains : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal. » ("Le Système totalitaire").


Le libre arbitre

Si cette réflexion sur Dieu et le mal est assez classique, la réponse des chrétiens est beaucoup moins évidente que la question : si le mal existe, c’est parce que Dieu, tout puissant et bon qu’il soit, a voulu laisser aux humains leur totale liberté. Même celle de faire le mal, même celle de s’opposer à lui, de ne pas croire en lui. Dieu masochiste ? Peut-être.

Pourtant, cette liberté est fondamentale. C’est elle qui conduit à ce que la page de l’avenir reste encore blanche : tant qu’une vie n’est pas encore vécue, tout est possible, le meilleur comme le pire. Rien n’est écrit. Pas même Dieu ne le sait !

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Cette liberté engage l’homme. Elle lui commande aussi le principe de responsabilité. Pas de liberté sans assumer ses actes. Pas de liberté non plus en refusant la liberté aux autres. Cela nécessite donc la tolérance du vivre ensemble : la liberté de croire (ou ne pas croire), la liberté de circulation, la liberté d’expression, et bien sûr, la liberté d’entreprendre.

On aurait pu appeler cela "libéralisme" mais ce mot est galvaudé, vidé de ses sens historiques et même politiques (le libéralisme est gauchisme aux États-Unis et en France, étrangement, quasiment d’extrême droite !). Certains préféreraient à mauvais titre parler d’un "ultralibéralisme" ou d’un "néolibéralisme" mais que veut dire plus libre que libre ? c’est comme la lessive qui laverait plus blanc que blanc ?

Cette liberté, non seulement on la retrouve dans la devise de la République française (et d’autres pays d’ailleurs) mais aussi sur le fronton des églises construites il y a cent cinquante ans comme la basilique Saint-Denys qui abrite la tunique d'Argenteuil.

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Or, cette liberté, comme on le voit, est fondatrice de la civilisation chrétienne. Elle est fondatrice et malgré la désaffection continue du christianisme, c’est bien elle qui a inspiré notre vie moderne et notre législation, et à commencer par les philosophes des Lumières du XVIIIe siècle, qui s’en prenaient uniquement au cléricalisme de l’Église, à son pouvoir temporel qui n’avait pas lieu d’être. C’est elle qui a inspiré les droits de l’Homme, et en quelques sortes les démocraties.

Cela peut paraître paradoxal car en France, la République et la démocratie se sont forgées en résistance à la monarchie et à l’Église, mais probablement que l’Église de l’époque avait un peu oublié les prérequis du christianisme. C’est le pape Léon XIII qui, au contraire, a "autorisé" (le mot est très mauvais mais je n’en ai pas d’autre aussi précis) les chrétiens à accepter la République française et la démocratie (et pas seulement politique, également sociale).


Les nouveaux "fous de Dieu"

Il a fallu néanmoins attendre plusieurs années après la loi du 9 décembre 1905 sur la laïcité pour séparer complètement le temporel du spirituel et pacifier l’Église au sein de la République.

Aujourd’hui, les "fous de Dieu", selon l’expression de Cioran qui date de 1937, ne sont plus d’essence chrétienne mais d’essence musulmane. Ce sont des islamistes qui veulent terroriser tous ceux qui ne pensent pas comme eux, qui veulent asservir le monde selon des règles quasi-sectaires.

Et pour eux, le meilleur moyen de semer la terreur, c’est de semer la mort et la désolation, de massacrer les innocents, de décapiter, de brûler vif, de déchiqueter, de tuer et de tuer, au mépris de leur propre vie puisqu’ils méprisent la vie en général et la leur en particulier.

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Or, s’il y a une leçon que le Christ a laissée aux humains il y a près de deux mille ans, c’est bien celle-ci : que la vie est un bien précieux et que celle-ci est comme l’Amour, elle n’est jamais acquise et il faut en permanence la nourrir, la chérir…

C’est cette espérance folle qui faisait que la joie régnait dans l’église de ce petit village, en même temps que les drapeaux tricolores restaient tristement en berne. Une espérance complètement folle : la vie l’emportera sur la mort.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'ostension de la tunique d'Argenteuil.
Le pape Formose.
La Passion.
Les attentats de Bruxelles.
La vie humaine.
Être vivant sur Terre.
La laïcité.
Le pape François à Washington.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160327-paques.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/reflexions-postpascales-179519

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/06/33584738.html


 

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5 avril 2016 2 05 /04 /avril /2016 06:01

« [Thomas] leur déclara : "Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous (…), non je ne croirai pas !" Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : "La paix soit avec vous !". Puis, il dit à Thomas : "Avance ton doigt ici, et vois mes mains (…) : cesse d’être incrédule, sois croyant." Alors, Thomas lui dit : "Mon Seigneur et mon Dieu !" Jésus lui dit : "Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu." » (Évangile selon saint Jean, chapitre 20).


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Le soir du jeudi 24 mars 2016 a eu lieu, de manière impressionnante, une opération antiterroriste de grande ampleur dans une rue d’Argenteuil. Reda Kriket a été à cette occasion arrêté, pour avoir stocké de très nombreuses armes destinées à un attentat "imminent". Il bénéficie pour l’instant de la présomption d’innocence.

Le lendemain, vendredi 15 mars 2016, jour du Vendredi Saint pour les chrétiens, ce fut presque normal pour les habitants d’Argenteuil de voir bouclé un autre quartier de leur ville. Pourtant, cela n’avait plus rien à voir avec la lutte contre le terrorisme. Il s’agissait d’assurer la sécurité aux 150 000 voire 200 000 visiteurs, parfois étrangers, venus se pencher sur la tunique d’Argenteuil.

En effet, Mgr Stanislas Lalanne, l’évêque de Pontoise dont dépend la basilique, a décidé d’une ostension exceptionnelle de cette relique du 25 mars au 10 avril 2016.

Exceptionnelle, car cette pièce n’est en principe exposée que deux fois par siècle. La dernière ostension a eu lieu du 14 au 23 avril 1984 (80 000 personnes sont venus la voir) et la précédente du 30 mars au 21 mai 1934. La prochaine était en principe prévue en 2034 et pas en 2016, mais Mgr Lalanne a saisi une triple occasion pour montrer la tunique restaurée au cours du 1er trimestre 2016 : les 50 ans du diocèse de Pontoise, les 150 ans de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil (célébrés le 22 mars 2016), et enfin, le pape François a souhaité le 11 avril 2015 faire de cette année un Jubilé extraordinaire de la Miséricorde (du 8 décembre 2015 au 20 novembre 2016) pour célébrer le cinquantenaire de la clôture du Concile Vatican II (bulle pontificale "Misericordiae vultus" : « L’Église ressent le besoin de garder vivant cet événement. »).

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Le recteur et curée de la basilique Saint-Denys d’Argenteuil, le père Guy-Emmanuel Cariot, expliquait le pourquoi de cette ostension : « La Sainte Tunique nous met face à la Passion du Christ. Pour les chrétiens, le mystère pascal est bien une grande occasion de "jubiler". La Sainte Tunique nous invite donc à approfondir le mystère de Dieu en plongeant au cœur du mystère de sa Miséricorde infinie. » ("Église en Val-d’Oise" n°321 de janvier 2016).

Mais revenons au bout de tissu lui-même.


Que prétend-on qu’il soit ?

Cette tunique aurait été le vêtement qu’a mis le Christ lorsqu’il a porté la croix durant son supplice et qu’il est allé jusqu’à son lieu de crucifixion. Les quatre bourreaux auraient alors tiré au sort (en jouant aux dés) pour savoir à qui reviendrait cette tunique. Les autres effets du Christ et de ses deux compagnons d’infortune auraient été partagés entre les quatre soldats.

C'est l'Évangile selon saint Jean qui a décrit cette tunique : « Quand les soldats eurent crucifié Jésus, ils firent quatre parts de ses habits, une pour chaque soldat. Ils prirent aussi la tunique : c'était une tunique sans couture, tissée tout d'une pièce de haut en bas. Alors ils se dirent entre eux : "Ne la déchirons pas, désignons par le sort celui qui l'aura." ».


Histoire de la tunique

Les rumeurs non étayées par des preuves tangibles ont affirmé que Ponce Pilate aurait racheté la tunique et l’aurait revendue à des chrétiens. J’imagine avec une belle plus-value ! En fait, la légende dit que Ponce Pilate l’aurait acquise pour la porter lors de sa comparution devant un tribunal à Rome pour ne pas être condamné et qu’il se serait ensuite enfui à Vienne (à côté de Lyon) où il se serait suicidé.

On dit même que Pierre (le premier pape) en aurait été le dépositaire et l’aurait emporté avec lui à Jaffa (Joppé) lorsqu’il a fui Jérusalem. On aurait retrouvé sa trace vers 327 ou 328 avec sainte Hélène, la mère de l’empereur Constantin, puis elle serait restée à Jaffa encore en 590 mais aurait été transférée dans la basilique des Saints-Archanges à Galata, le faubourg nord de Constantinople, avant la conquête de la Palestine par l’empereur sassanide Chosroès II (en 614).

Il faut bien reconnaître que l’absence d’information historique sur la tunique durant les six premiers siècles semblerait correspondre aux datations au carbone 14 même si celles-ci restent incohérentes (voir plus loin).

En 800, sainte Irène, l’impératrice byzantine, aurait offert la tunique en cadeau pour se marier avec Charlemagne qui allait devenir empereur d’Occident et ne faire ensemble qu’un seul empire. Mais Irène se fit déchoir de son trône et dut s’exiler, et le cadeau n’aurait plus eu aucune valeur politique. Charlemagne aurait alors transféré la tunique le 12 août 800 ou en 803 (selon les témoignages) au couvent des bénédictines de Notre-Dame-d’Humilité fondé vers 660 à Argenteuil dont l’abbesse était sa fille, Théodrade. Pour la protéger des Normands venus piller et détruire Argenteuil en 882, la tunique fut cachée par les bénédictines dans un mur de l’abbatiale d’Argenteuil et fut retrouvée par hasard en 1152 ou 1154, après la reconstruction de l’abbaye en 1003 voulue par Adélaïde, la veuve du roi Hugues Capet.

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L’abbaye d’Argenteuil (issue du monastère de bénédictines mais les femmes en ont été expulsées par Suger à cause de l’amour de la prieure Héloïse, première femme de lettres avant Hildegarde de Bingen, pour le théologien Pierre Abélard dont elle a eu un enfant) est devenue une dépendance de l’abbaye de Saint-Denis au XIIe siècle et on en a retrouvé en 1989 des vestiges ainsi que ceux d’une nécropole mérovingienne dans le quartier de la basilique, rue Notre-Dame à Argenteuil, vestiges devenus monuments historiques le 14 novembre 1996 et accessibles au public à partir de 2014.

La première trace authentifiée de la présence de la tunique à Argenteuil remonte à 1156, date de sa première ostension en présence du théologien Hugues III d’Amiens, archevêque de Rouen et légat du pape, proche de Suger, le puissant abbé de Saint-Denis, et du roi de France Louis VII (le père de Philippe Auguste). En revanche, aucun document n’a indiqué que saint Louis (le roi Louis IX) était venu se prosterner devant la tunique lors de ses deux déplacements à l’abbaye d’Argenteuil en 1255 et 1260, ce qui est étonnant.

En 1411, l’abbaye fut incendiée à cause de la Guerre de cent ans, puis reconstruite en 1449. La tunique fit l’objet d’une procession solennelle jusqu’à la basilique Saint-Denis le 1er mai 1529 et d’une autre grande procession à Paris en 1534, à la demande du roi François 1er qui autorisa le 21 janvier 1544 les habitants d’Argenteuil à construire une forteresse pour protéger la tunique, ce qui n’empêcha cependant pas la prise d’Argenteuil par les huguenots le 12 octobre 1567 (en pleine guerre de religion).

La tunique échappa cependant aux exactions et continua à faire l’objet de vénération auprès des rois Henri III, qui décida de la reconstruction de l’abbaye d’Argenteuil, Louis XIII (qui s’y rendit trois fois), des reines Marie de Médicis et Anne d’Autriche, des cardinaux de Bérulle et Richelieu, de la famille de Guise, ainsi que de Marie de Modèle, la femme du roi d’Angleterre déchu.

Chassé par la Révolution de leur monastère, les moines bénédictins d’Argenteuil transférèrent la tunique à l’église paroissiale le 31 mai 1790 puis le père François Ozet, le curé (constitutionnel) d’Argenteuil, qui devait remettre à l’État la châsse en tant qu’argenterie de l’église, décida, pour le sauver en le cachant, de découper le vêtement en plusieurs morceaux le 18 novembre 1793, de confier certains morceaux à des paroissiens et d’en enterrer d’autres dans le jardin du presbytère pour le protéger de la confiscation des biens du clergé. Après deux ans de prison, une fois libéré, le curé ressortit le 14 mai 1795 les morceaux récupérés de la tunique et les fit recoudre (certains morceaux étaient absents et sont encore introuvables) et les ostensions ont repris alors.

L’église paroissiale étant trop vétuste, une autre église fut construite par l’architecte Théodore Ballu entre 1862 et 1865 dans le style néo-roman pour accueillir la tunique le 5 juin 1865 (Ballu construisait au même moment l’église de la Sainte-Trinité dans le 9e arrondissement à Paris). En 1898, le pape Léon XIII érigea cette église en basilique en raison de ses origines mérovingiennes et de la présence de la tunique. Un ostension a eu lieu en 1844, une autre en 1894 et une troisième en 1900.

Classée monument historique le 23 mai 1979, la tunique a encore eu un dernier rebondissement en étant volée en décembre 1983 mais étrangement restituée le 2 février 1984 sans donner lieu à une enquête policière (juste avant l’ostension de 1984).


Authenticité de la tunique

Comme on le voit, il y a eu beaucoup d’incertitudes sur l’origine historique de la tunique et encore en 1984, il aurait même pu y avoir un échange de pièce.

La première enquête d’authentification eut lieu en 1646 organisée par la Congrégation de Saint-Maur. En 1673, Mgr Pierre du Camboust de Coislin, archevêque de Paris, diligenta également une enquête pour connaître les cas de miracle provenant de la tunique.(plusieurs personnes atteintes de paralysie se sont remises à remarcher, en particulier Catherine Potel, une jeune fille de 20 ans, dont les jambes étaient paralysées depuis sept ans et qui retrouva soudainement leur usage après s’être rendue devant la tunique le 16 juillet 1673).

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La science fut utilisée seulement à partir de la fin du XIXe siècle, avec des enquêtes diligentées par l’évêque de Versailles, en 1892 et en 1893, en utilisant les compétences d’un chimiste, d’un pharmacien, et aussi du directeur des teintures des Manufactures nationales des Gobelins.

L’analyse du textile a montré que la tunique était sans couture, de fabrication assez rudimentaire (certains imaginent qu’elle aurait été tissée par sainte Marie, la mère de Jésus, elle-même) et provenait de Palestine. La laine fine d’origine animale fut colorée avant le tissage très régulier (1 400 tours par mètre de fil). Par ailleurs, le tissage est en fils torsadés en Z. Au temps de Jésus en Palestine, le tissage était plutôt en S.

L’analyse des microparticules a montré la présence de pollen provenant de plusieurs plantes de Palestine (une quinzaine), ainsi que la présence d’un carbonate de calcium qui se retrouve dans les pierres de construction à Jérusalem. On a retrouvé aussi des particules de peau humaine et de cheveux. Certains mêmes pollens ont été retrouvés sur le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo.

De 1932 à 1934, avec des photographies en infrarouge, on a pu déterminer l’emplacement des taches de sang qui correspondrait bien à celui qu’aurait pu avoir le Christ en portant la croix. En 1986, on a déterminé le groupe sanguin de ce sang, AB, assez rare, qui est le même groupe que le sang découvert sur le linceul de Turin et le suaire d’Oviedo. L’analyse ADN réalisée en 2005 indiqua que le sang provenait d’un homme qui a eu un choc traumatique fort et qui était déshydraté.

En 2004, le sous-préfet d’Argenteuil Jean-Pierre Maurice diligenta une datation au carbone 14 réalisée au CEA de Saclay. Les résultats donnèrent une date entre 530 et 650 sous réserve que l’échantillon n’ait pas été pollué (ce qui pouvait être le cas avec les incendies, l’humidité due à l’enterrement, les transports etc.). Un autre fragment du même échantillon a été analysé au carbone 14 par une société privée qui a établi la date entre 670 et 880. Cette datation n’est pas cohérente avec le premier fragment car les deux intervalles obtenus ne se recoupent pas.


Visite personnelle

Par curiosité, je suis allé voir cette tunique le samedi 2 avril 2016. Il pleuvait et j’ai dû attendre trois quarts d’heure, ce qui ne me paraissait pas très long quand je compare parfois aux files d’attente pour certaines expositions au Grand Palais à Paris (j’ai souvenir notamment de celle sur Georges de La Tour du 3 octobre 1997 au 26 janvier 1998). Par ailleurs, de jeunes scouts venaient régulièrement proposer à ceux qui attendaient des parts de gâteau fait maison et du café ou chocolat chauds. Il y avait même des crêpes.

J’ai vu beaucoup de nationalités parmi la foule des visiteurs, des Indiens, des Européens de l’Est (des Polonais, des Roumains, etc.) et aussi beaucoup de chrétiens orthodoxes. Le fait même qu’autant de personnes (150 000 à 200 000 personnes sont attendues) ont fait le déplacement, parfois de très loin, est lui-même une réalité sociologique. Qu’est-ce qui pousse une personne à venir à Argenteuil pour l’ostension ?

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Je n’ai pas ressenti d’émotion particulière, peut-être parce que la tunique n’était pas très visible, assez éloignée et protégée par du verre qui reflétait la lumière, mais aussi parce qu’on ne peut pas rester longtemps devant la relique en raison du flux continu de visiteurs (il faut vite dégager l’espace pour les autres et limiter le temps d’attente dans la queue). Néanmoins, si ce morceau de tissu, rapiécé et restauré, était vrai, il y aurait de quoi être très ému, autant voire plus que d’observer le buste de Néfertiti au Neues Museum de Berlin.

Mais je me moque un peu de savoir si cette tunique est authentique ou pas. Si ce l’était, cela aurait bien sûr un intérêt formidable mais pas religieux, plutôt historique. La tunique d’Argenteuil, comme le linceul de Turin, ne sont pas des éléments de foi, c’est-à-dire que la foi chrétienne ne repose pas sur leur authenticité. D’ailleurs, l’Église est toujours restée très prudente sur ce sujet et a été la première à vouloir faire les analyses scientifiques poussées avec les moyens technologiques modernes.

Il est d’ailleurs très probable que ces vêtements fussent des faux du VIe ou VIIe siècle qui avaient des objectifs peut-être pécuniaires (la possession d’une relique enrichissait beaucoup la paroisse ou l’abbaye en raison de l’afflux de pèlerins et le trafic de reliques devait sûrement être fructueux).

Mgr Stanislas Lalanne l’a d’ailleurs exprimé ainsi : « D’autres [recherches scientifiques] seront encore menées, et elles sont tout à fait légitimes et instructives. Les travaux des historiens et des différentes disciplines scientifiques se conjuguent pour réfléchir, analyser… Mais ce n’est pas l’essentiel. Notre foi chrétienne ne repose pas sur l’authenticité de la Sainte Tunique. Celle-ci n’est pas de l’ordre du dogme, même si elle représente un appui solide pour notre foi, car il est important d’avoir des attestations et des traces. (…) L’ostension ne doit pas simplement être un événement réussi : elle doit être un événement porteur de sens et de dynamisme pour nous apprendre à mieux vivre fraternellement. » (12 novembre 2015).


La paix et le pardon

Je termine cette présentation succincte justement avec le message de l’évêque de Pontoise qui n’est pas un message de dévotion mais de paix et de pardon. Mgr Stanislas Lalanne ne considère effectivement pas que l’authenticité de la tunique soit un élément déterminant, car elle est avant tout une image, un symbole qui prête à réfléchir, qui donne l’occasion de réfléchir.

Dans une conférence de presse le 12 novembre 2015, voici ce qu’il disait à ce propos : « La Tunique est un signe, pour nous chrétiens, que le Christ s’est engagé jusqu’au bout, jusqu’au don total de lui-même. La Passion et la croix de Jésus sont comme la signature, pour nous chrétiens, de sa vie donnée pour le salut de tous les hommes. Nous croyons fermement qu’il n’a pas choisi la violence, qu’il a fait confiance en Dieu son Père et qu’il a  pardonné à ses bourreaux. ».

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Et il ajoutait : « La mémoire de cet événement est essentielle pour nous et pour notre monde, marqué par la violence, par la division et souvent par les haines. Son message s’adresse à tous, et pas uniquement aux fidèles catholiques. Il porte au-delà des clivage des cultures, au-delà des oppositions et des différences de religions. Nous poursuivons ensemble ce travail commun pour que la paix advienne et que la violence soit dépassée. Je considère que l’ostension de la Sainte Tunique est une occasion privilégiée de vivre cette dimension. ». J’ajouterais que cet effort de mémoire se fait comme doit se faire aussi l’effort de mémoire pour la Shoah. Visiter Auschwitz me paraît tout aussi essentiel pour prendre en compte l’extrême violence dont l’être humain peut prendre le visage.

Au-delà de la paix et d’un monde sans violence, l’évêque invitait aussi au pardon : « Un autre message de la Sainte Tunique est l’invitation au pardon. Le pardon est vital pour chacun et pour la vie en société. Ce qui est vrai dans nos vies personnelles l’est aussi pour nos communautés, nos institutions. » (12 novembre 2015).


Informations pratiques

La basilique Saint-Denys d’Argenteuil, située au 17 rue des Ouches, se trouve à dix minutes de Paris (train au départ de la gare de Saint-Lazare). La tunique peut être visitée tous les jours de 10 heures à 22 heures jusqu’au dimanche 10 avril 2016 à 17 heures, sauf durant la messe quotidienne, les jours de la semaine à 19 heures, le samedi 9 avril à 12 heures et le dimanche 10 avril à 11 heures. Par ailleurs, la basilique restera ouverte pour une veillée avec les jeunes toute la nuit du samedi 9 au dimanche 10 avril.

Après le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, le dimanche 27 mars 2016 (à Pâques), et le cardinal Andre Vingt-Trois, archevêque de Paris, le lundi 4 avril 2016, d’autres prélats viendront animer la messe à Argenteuil à l’occasion de l’ostension, en particulier Mgr Rabban Al Qas, évêque de Dohuk, dans le nord de l’Irak, ce mardi 5 avril 2016 à 19 heures (en rite chaldéen), et le cardinal Robert Sarah, préfet de la Congrégation pour le culte divin et la disciple des sacrements, ce dimanche 10 avril 2016 à 11 heures.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pape François.
La Passion.
Calendrier au jour le jour de l’ostension.
Histoire de la tunique.
Réflexions postpascales.
Formose et son jugement cadavérique.
Concile Vatican II.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160402-tunique-argenteuil.html

http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/l-ostension-de-la-tunique-d-179627

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/05/33613850.html


 

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4 avril 2016 1 04 /04 /avril /2016 06:27

« Une cérémonie abominable suivit, où le mort fut dégradé, dépouillé des vêtements pontificaux auxquels collaient les chairs putréfiées, jusqu’au cilice que portait ce rude ascète ; les doigts de sa main droite furent coupés, ces doigts indignes qui avaient béni le peuple. » (Daniel-Rops, "L’Église des temps barbares", 1950).


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Le 4 avril 896, il y a exactement 1 120 ans, le pape Formose est mort. Né il y a environ 1 200 ans, vers l’an 816, ce pape assez particulier, ascète à la vie exemplaire et doté d’une grande culture, très apprécié du peuple de Rome, eut une destinée si extraordinaire qu’il fut encore un élément d’attention après sa mort.

Aux IXe et Xe siècles, la vie d’un pape n’était pas de tout repos et n’avait pas grand chose à voir avec les papes d’aujourd’hui. Univers impitoyable où quelques souverains de l’Europe donnaient le climat, la vie physique des papes ne tenait parfois qu’à un fil.

À la naissance assez peu connue (certains l’ont dit originaire de Rome, d’autres de Corse), Formose fut évêque de Porto en 864 et a eu des missions du Vatican en Bulgarie en 866, en France en 869 et en 872, et à Constantinople. Formose rencontra le roi Charles II le Chauve pour l’encourager à se faire sacrer empereur par le pape, sur le trône de Charlemagne.

Le 14 décembre 872, Formose se sentit apte à devenir pape mais ne fut pas élu. Le pape élu, Jean VIII, s’est alors acharné contre lui (qui lui contestait l’élection) en convoquant un synode, ce qui obligea Formose à revenir de Bulgarie. Formose fut alors accusé d’avoir voulu devenir archevêque de Bulgarie et pape, alors qu’il n’aurais pas dû quitter son diocèse de Porto (dont il était l’évêque) sans l’autorisation du pape. Pour ces raisons, il fut excommunié par Jean VIII en juillet 872.

Boris Ier, le roi de Bulgarie, avait souhaité que Formose fût évêque de Bulgarie, ce qui fut refusé par les papes Nicolas Ier et Adrien II en raison du droit canon. Plus tard, le pape Étienne V imposa le latin dans la liturgie au détriment de la langue slavone, ce qui a plongé la Bulgarie dans la zone d’influence byzantine.

Jean VIII a dirigé onze conciles pour discipliner le clergé, a prononcé de très nombreuses excommunications le rendant très impopulaire et il a couronné trois empereurs : Charles II le Chauve, Louis II le Bègue et Charles III le Gros. Parce qu’il était détesté même du clergé, Jean VIII a dû s’exiler en 878 à Arles (Louis II le Bègue lui refusa la couronne impériale) avant de retourner à Rome en 881.

En 878, l’excommunication de Formose fut levée sous condition de ne jamais retourner à Rome ni d’exercer des fonctions sacerdotales. Jean VIII mourut le 16 décembre 882 assassiné à coups de marteau par ses proches après avoir été empoisonné.

Le pape Marin Ier élu en 883 réhabilita Formose comme évêque de Porto et finalement, Formose fut élu pape le 6 octobre 891 succédant aux papes Adrien III et Étienne V. Comme Arnulf refusa d’aider le pape assiégé en Italie, Étienne V proposa à Guy de Spolète la couronne impériale.

Comme pape, Formose se trouva dans une Europe en pleine confusion. Si le schisme d’Orient fut évité par Jean VIII en légitimant le patriarche de Constantinople Photius, ce dernier fut évincé le 25 décembre 886 au profit d’Étienne Ier de Constantinople, le fils de l’empereur Basile Ier. En France, la couronne était contestée entre les Carolingiens (Charles III le Simple, qui avait le soutien de Formose, fut roi des Francs du 3 janvier 898 au 29 juin 922) et les Capétiens (Eudes, premier roi "capétien" des Francs, du 29 février 888 au 3 janvier 898) qui finirent par prendre définitivement le pouvoir en France un siècle plus tard (avec Hugues Capet).

La couronne impériale fut également très disputée entre deux clans. Si Formose n’a pas pu éviter de sacrer empereur Guy III de Spolète en avril 892 (il était roi d’Italie), à la mort de ce dernier, le 12 décembre 894, si son fils Lambert de Spolète a prit la succession impériale, Formose de son côté incita Arnulf Ier de Carinthie à reconquérir l’Italie contre les Spolétains dès 894 et à reprendre la couronne impériale le 22 février 896. Les Spolétains étaient opposés à la fois aux Carolingiens et à Formose.

Le 4 avril 896, Formose est mort peu de temps après le départ d’Arnulf frappé de paralysie, mais on ne lui a pas permis le repos éternel. Son deuxième successeur Étienne VI, élu pape en mai 896, sous la pression de Lambert de Spolète voulant se venger, décida d’organiser un véritable procès posthume de son prédécesseur Formose.

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Cet étrange procès a eu lieu en janvier 897 et on l’appela le "Concile cadavérique". On exhuma le cadavre de Formose, on l’habilla de ses habits pontificaux et on l’installa sur son trône. En face, le pape Étienne VI jouait le rôle du procureur et Formose n’eut droit qu’à un simple diacre comme avocat. Étienne VI reprit les accusations de Jean VIII et condamna Formose à ne plus être pape, et à annuler toutes ses décisions, en particulier, toutes les consécrations, nombreuses, d’évêques. En effet, Formose ne pouvait pas devenir évêque de Rome alors qu’il était déjà évêque de Porto.

Pour comprendre ce qui a motivé Étienne VI dans cette mascarade, c’était son propre sort. En effet, le droit canon interdisant à un évêque d’échanger son diocèse avec un autre, Étienne VI n’aurait pas dû être élu pape puisqu’il était déjà évêque d’Agnani. Mais il avait été consacré évêque justement par le pape Formose. En annulant tous les actes de Formose, Étienne VI se voyait ainsi démis de son diocèse d’Agnani et pouvait donc prétendre au diocèse de Rome.

Pour sanction très macabre, on retira les vêtements pontificaux du cadavre et on lui coupa les trois doigts de la main droite servant aux bénédictions papales. On jeta le reste du corps dans le Tibre et il fut récupéré par chance par un pêcheur. On attendit la mort d’Étienne VI en août 897 (il fut déposé et étranglé dans sa prison) et l’élection du pape Théodore II pour inhumer Formose dans la Basilique Saint-Pierre et on interdit le principe de juger des morts.

Néanmoins, le pape Serge III, qui fut le confident d’Étienne VI et partagea sa haine de Formose, reprit les condamnations contre Formose et il aurait alors fait de nouveau déterrer son corps, le décapiter, couper les trois doigts de la main gauche servant encore à consacrer et éliminer définitivement le cadavre. Cette version est historiquement contestée.

Il faut aussi rappeler qu’entre 896 et 904, les papes se succédèrent dans une lutte acharnée entre partisans de Formose et partisans des Spolétains. C’était une véritable guerre des clans entre les Carolingiens en perte d’influence et la puissante aristocratie romaine voulant imposer le pape et l’empereur. Les considérations religieuses étaient assez faibles face aux considérations politiques. Ainsi, Serge III avait échoué d’être pape en janvier 898 face à Jean IX qui réhabilita Formose à la suite de Théodore II.

Élu pape le 29 janvier 904, Serge III fut considéré comme auteur de plusieurs assassinats et fit commencer une période très trouble des pontificats qu’on appela "pornocratie" car deux femmes, Theodora et sa fille Marozia, ont pu influencer de manière durable les affaires romaines. Serge III fut ainsi le père d’un futur pape, Jean XI, qu’il a eu avec Marozia qui elle-même a "imposé" douze papes de 904 à 963 sur quatre générations. Les actes de Serge III furent plus tard annulés par l’Église.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 avril 2016)
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Pour aller plus loin :
Pape François.
Pape Benoît XVI.
Pape Jean-Paul II.
Pape Paul VI.
Pape Jean XXIII.
Concile Vatican II.
Pape Formose.

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http://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/formose-et-son-jugement-179588

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