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30 novembre 2020 1 30 /11 /novembre /2020 03:04

« Nous célébrons la messe pour la gloire de Dieu et le salut du monde. Veillons donc à la bienveillance entre nous dans nos manières de réagir aux événements marqués par les contraintes d’une crise sanitaire grave pendant laquelle nous avons à prendre soin les uns des autres. (…) La désobéissance aux règles données ne me semble pas être la bonne voie, même s’il est utile de chercher à les faire évoluer. » (Mgr Michel Pansard, évêque d’Évry-Corbeil-Essonnes, le 27 novembre 2020).


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Depuis le matin de ce samedi 28 novembre 2020, l’allégement du confinement a permis un certain nombre de "libérations", les "gens" se sont roués vers les chemins de campagne, vers les magasins, et ce dimanche 29 novembre 2020, la messe en public dans les églises était désormais autorisée.

La messe et le reconfinement, ce thème mériterait à lui tout seul un bouquin entier. Mon sentiment est très amer. Je regrette le traitement des médias sur la réaction de certains catholiques à la suite de la décision de reconfiner le pays prise le 28 octobre 2020. J’ai eu l’impression que certains fidèles, y compris des évêques qui, à mon sens, auraient dû prendre un petit peu plus de hauteur, ont suivi les traces des petits commerçants, des restaurateurs, des autres parties catégorielles très touchées par le reconfinement et cela m’a particulièrement écœuré (doublement : ces réactions et la manière dont en ont fait part les médias en général). L’esprit revendicatif n’est pas dans l’ADN de la foi qui, avant tout, est constructive, légaliste et bienveillante.

Mais parallèlement, le gouvernement a rendu la mission impossible de le suivre dans tous les recoins de son plan d’allégement du confinement, au point de s’être fait sévèrement blâmer, pour l’article 47 de son décret du 27 novembre 2020, par le Conseil d’État ce dimanche 29 novembre 2020.

En cause, la jauge de 30 personnes pour assister à une messe : « Il ne résulte pas de l’instruction que l’interdiction absolue et générale de toute cérémonie religieuse de plus de trente personnes, alors qu’aucune autre activité autorisée n’est soumise à une telle limitation fixée indépendamment de la superficie des locaux en cause, ne serait justifiée par les risques qui sont propres à des cérémonies. ». D’où il en résulte : « un caractère disproportionné au regard de l’objectif de préservation de la santé publique et constitue ainsi, eu égard au caractère essentiel de la composante en cause de la liberté de culte, une atteinte grave et manifestement illégale à cette dernière ».

En effet, depuis le 28 novembre 2020, parmi les allégements, il y a les commerçants et les loisirs en plein air (se promener pendant trois heures au lieu d’une, et à vingt kilomètres au lieu d’un), mais aussi la possibilité, refusée depuis le 28 octobre 2020, de faire à nouveau des messes en public.

Précisons en préliminaire que pour un chrétien, un chrétien pratiquant, la messe chaque semaine est le point d’ancrage de la foi, celle des rencontres, celle surtout de la communion. Il est difficile de vivre sa foi seul : être chrétien, c’est d’abord de se sentir dans une collectivité (pas seulement chrétienne) et de vivre Dieu dans ses relations avec les autres, pas seulement en amour ou en amitié, mais aussi dans les relations professionnelles, associatives, etc. Couper l’humain d’autres humains, c’est l’empêcher d’interagir, l’empêcher de poursuivre, nouer des relations sociales.

Néanmoins, ne pas avoir de relations "physiques" ne signifie pas ne pas avoir de relations sociales du tout. Grâce au numérique, au développement explosif des visioconférences (Teams, Zoom, Skype, Facebook, etc.), les relations interhumaines peuvent perdurer malgré l’éloignement physique. C’est toujours plus difficile, c’est toujours frustrant et lors de la communion, c’est plus délicat à appréhender.

Lors du premier confinement, tous les chrétiens ont accepté, à ma connaissance, l’interdiction des messes publiques, comme tous les commerçants avaient accepté d’être la fermeture de leur commerce lorsqu’ils ne proposaient pas des produits de première nécessité.

Lors de ce second confinement, il n’en a pas été de même, et j’ai particulièrement regretté que de nombreux catholiques, néanmoins pas forcément représentatifs de l’ensemble des catholiques français, ont réussi à faire une véritable OPA sur le monopole de la représentation médiatique depuis le 7 novembre 2020. En effet, le gouvernement avait admis une certaine tolérance pour le long week-end de la Toussaint afin que les Français pussent célébrer religieusement leurs morts.

L’interdiction a donc eu lieu à partir du week-end du 7-8 novembre 2020 et depuis cette date, des catholiques ont manifesté toutes les semaines pour permettre la messe publique. Rappelons que les règles depuis le 28 octobre 2020 sont que les édifices religieux restent ouverts au public et chacun peut donc s’y rendre, mais à titre privé, et sans rassemblement, tandis que les prêtres peuvent célébrer des messes dans ces édifices religieux, sans public, dans le but de les retransmettre sur Internet.

Je m’explique : dans leur paresse maladive, la plupart des médias, y compris les deux grandes chaînes d’information continue (BFM-TV et LCI), n’ont cessé de couvrir la revendication de quelques centaines de manifestants par agglomération qui protestaient contre l’interdiction de la messe en public. Or, au lieu de mettre comme titre "Des catholiques réclament le retour des messes", ils ont paresseusement titré : "Les catholiques réclament le retour des messes".

Ce choix d’article est essentiel et fautif. En généralisant, on attribue à ces manifestants une représentativité qui n’a en tout cas jamais été démontrée. Certes, les médias généralisent tout autant les manifestants d’autres catégories comme "les commerçants veulent ça", "les restaurateurs veulent ci" à la différence que dans ces cas, ce sont de vrais mouvements revendicatifs, qui veulent soutenir leur profession, et ce soutien est justifié et l’on verrait mal pourquoi d’autres commerçants, d’autres restaurateurs, par exemple, ne soutiendraient pas ceux qui s’engagent.

Aidés de plusieurs évêques, ces catholiques revendicatifs dont la mobilisation sur les réseaux sociaux a été efficace et rapide, ont réussi à préempter la parole des catholiques français en général. Il s’avère que ce sont surtout des catholiques "identitaires", dont les revendications ont permis de réaffirmer leur existence médiatique, hélas, au même titre que d’autres catégories revendicatives.

Et pourtant, le message de la foi, c’est avant tout protéger les personnes, prendre soin des autres, des plus fragiles, et l’Église catholique devrait donc être en première ligne pour défendre les mesures sanitaires afin de préserver la santé des Français : pour la première fois au monde, la France, comme la plupart des autres pays, et c’est une évolution heureuse, a considéré que la vie de ses citoyens valaient plus que son économie. Comme j’ai déjà eu l’occasion de le dire, il ne faut pas opposer sanitaire et économique car les deux sont évidemment imbriqués, mais c’est heureux que la vie des personnes l’ait emporté sur la prospérité économique.

Durant le premier confinement, peut-être aussi en raison d’une profonde sidération, mais aussi parce que le message du Christ rejoint cette hiérarchisation des priorités ("ma vie vaut plus que leur argent", il me semble, en substance, que c’était même un slogan du …NPA !!), "les" catholiques en général avaient montré un grand sens de responsabilité et de solidarité.

Dans ce second confinement, tout le monde y est allé pour protester contre la restriction de ses droits. C’est le principe d’un confinement : si le gouvernement avait donné raison à toutes les revendications, il n’y aurait plus eu de confinement et pas eu cette rupture qui a été rudement efficace contre l’expansion de l’épidémie en novembre. Cette efficacité est d’ailleurs le meilleur argument de la patience pendant un confinement qui est période temporaire. Prendre son mal en patience. Pour éviter que d’autres ne souffrent, ne meurent.

Oser parler de libertés brimées est vraiment stupide et scandaleux quand on parle du confinement. Oui, effectivement, ma liberté de circulation a largement été restreinte. Mais d’un autre côté, la liberté de ne pas être contaminé et de ne pas mourir du covid-19 est aussi réelle et c’est cette liberté-là qu’on a heureusement et sagement privilégiée. C’est regrettable que certains catholiques, menées par des associations de type Civitas (dont je pourrais néanmoins approuver les positions sur certains sujets) a préféré se mettre du côté de la démagogie au lieu du côté de la responsabilité. Avec un militantisme très politisé.

Dans son ordonnance du 7 novembre 2020 à la suite de plusieurs recours d’associations catholiques, le Conseil d’État a donné raison au gouvernement sur la mesure d’interdiction des messes publiques (décret du 29 octobre 2020) : « Après avoir rappelé que la liberté de culte est une liberté fondamentale mais qui doit être conciliée avec l’impératif de protection de la santé, reconnu par la Constitution, le juge relève que la circulation du virus sur le territoire métropolitaine s’est fortement amplifiée au cours des dernières semaines malgré les mesures déjà prises, et que les motifs de rassemblements autres que scolaires et professionnels ont par conséquent dû être limités. S’agissant des lieux de culte en particulier, le juge des référés constate que le risque de contamination n’y est pas écarté et que les mesures de restriction, qui doivent faire l’objet d’un prochain réexamen, prendront fin au plus tard, au terme de l’état d’urgence sanitaire, fixé à ce jour au 16 novembre [cet état d’urgence a été prolongé]. Le juge des référés considère donc, en l’état de son instruction, que l’atteinte portée par le décret à la liberté de culte, à la liberté personnelle, à la liberté d’aller et venir et à la liberté de réunion n’est pas manifestement illégale. Il précise, toutefois, qu’une prorogation de l’état d’urgence sanitaire implique une concertation avec les représentants des principaux cultes sur l’éventuelle prolongation des mesures. ».

La réaction de Mgr Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, lors de son discours de clôture de l’assemblée plénière de la conférence par visioconférence, le 8 novembre 2020, était sage : « Nous sommes déçus sans doute. Le juge, ce qui est important, a rappelé avec force que la liberté de culte était une liberté fondamentale, qu’elle ne s’exerçait pas seulement individuellement mais aussi par des célébrations publiques. Il a toutefois estimé que des mesures d’interdiction étaient légitimes et proportionnées, compte tenu de la gravité de la situation sanitaire, ce d’autant qu’il a pu lui être montré que certains lieux de culte manquaient aux règles de protection sanitaire édictées. Nous, évêques, partageons la tristesse des fidèles, privés non seulement de la messe mais, pour certains, de la célébration d’une étape de leur initiation chrétienne ou de leur mariage. Des efforts collectifs sont nécessaires si nous voulons avoir une chance de célébrer Noël de manière digne, sans qu’une inquiétude exagérée pèse sur nos soignants mobilisés dans les hôpitaux et toutes les structures qui œuvrent pour la santé publique. ».

Il a évoqué notamment l’aspect "politique" du sujet : « Je me dois de vous dire : au-delà de la douleur de la privation de messe, pour moi, il est important qu’en cette affaire, le droit soit dit avec précision. Nous avons appris à vivre en régime de séparation et à goûter la liberté qu’y trouve l’Église de vivre sa vie propre, non pas hors de l’État mais sans sa contrainte, non pas contre la société mais en son sein, en servant sa cohésion, mais selon la dynamique propre de la foi en l’Évangile du Christ et de la dilatation du cœur et de l’action que nous en recevons. En un temps où, pour des raisons tout à fait compréhensibles, qui relèvent de sa responsabilité, l’État cherche à renforcer sa surveillance des religions, quelles qu’elles soient, nous devons être vigilants, nous ce sont tous les citoyens français, sur la précision des textes qui limitent ou encadrent ou expriment les libertés fondamentales. ».

Les mesures d’allègement du confinement concernant les messes publiques ont été prises le 26 novembre 2020 lors de la conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex. Or, celles-ci sont pour le moins étonnantes : les messes pourront de nouveau se faire publiquement, mais avec une jauge de 30 personnes, c’est-à-dire en limitant à 30 personnes l’assistance.

Cette jauge peut faire référence à la jauge acceptée même au début du reconfinement pour les enterrements (limités à 30 personnes). On peut imaginer que le gouvernement considérait la messe comme un "rassemblement" du même type qu’un rassemblement sportif ou culturel (encore interdit jusqu’au 15 décembre 2020) et que le fait d’autoriser la messe publique dès le 28 novembre 2020 était une faveur (comme l’ouverture des petits commerces le 28 novembre au lieu du 1er décembre), avait un but liturgique, permettre aux fidèles d’assister aux messes à partir du dimanche de l’Avent, période de préparation de Noël.

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On aurait pu cependant prendre une autre logique. Car restreindre à 30 personnes sans condition de surface de l’église est assez aberrant : il y a une différence entre une petite église de village et une grande cathédrale de métropole. Et cela d’autant plus que les messes ont été sécurisées pendant la période du premier déconfinement avec un banc sur deux interdit, des couloirs de circulation, du gel hyrdroalcoolique disponible à l’entrée des églises etc. Et d’autant plus aussi que les églises, généralement, sont de grand volume, un plafond très haut (qui pose problème pour le chauffage en hiver), loin des espaces très confinés comme les petits commerces. Or, la logique de ces petits commerces, qui ont rouvert le 28 novembre 2020, c’est une jauge proportionnelle à la superficie : 8 mètres carrés par personne présente. Pourquoi ne pas l’avoir appliquée aux messes publiques ?

C’est en gros cela que le Conseil d’État a dit ce 29 novembre 2020 pour répondre aux recours de certaines associations catholiques : il a donné trois jours au gouvernement pour modifier les conditions des messes publiques dans le sens d’une proportionnalité de la surface. Cette décision fera sans doute date (jurisprudence) dans le droit administratif français car le Conseil d’État a fait état d’une supériorité de la liberté du culte sur d’autres libertés d’expression en justifiant par ailleurs la fermeture des cinémas et des théâtres, par exemple.

De là à dire que le gouvernement aurait tout fait pour empêcher les catholiques d’aller à la messe, ce serait de la paranoïa pure sinon du complotisme qu’on pourrait conjuguer aussi avec les comédiens, les cinéastes, les restaurateurs, les cafetiers, les gérants de discothèque ou de salles de sport, etc. C’est un loupé gouvernemental comme il y en aura d’autres particulièrement parce que le gouvernement doit réguler des milliers de professions qui existent en France. J’étais particulièrement subjugué quand le Premier Ministre lui-même devait expliquer ce qu’il en était pour les auto-écoles, pour les… etc. Une liste à la Prévert.

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Je regrette donc que "ces" catholiques se soient investis dans ce genre de combat. Ils pourront toujours dire qu’ils ont eu raison avec les derniers recours puisque le Conseil d’État leur a donné raison et je peux aussi m’en féliciter (le bon sens doit toujours être soutenu), mais c’est un combat bien mineur dans un pays et un monde exsangues par la crise sanitaire. J’aurais préféré que ces catholiques se mobilisassent pour d’autre cause, comme celle d’une "nouvelle" pauvreté qui a explosé depuis le premier confinement.

Comme je l’ai écrit, ces catholiques revendicatifs sont avant tout des catholiques "identitaires", c’est-à-dire qui veulent faire de leur foi un étendard, ce qui est, à mon sens, très peu dans l’esprit du Christ qui n’était pas politique (rendons à César ce qui appartient à César). Eux, semble-t-il, militent contre le gouvernement, ils en ont le droit car ce sont des citoyens, mais ce n’est plus sur le terrain religieux.

Ils sont par ailleurs souvent les premiers à s’opposer à ce qu’ils pourraient appeler une "islamisation" de la France (notons que cette peur existait déjà il y a quarante ans et on nous prédisait les pires choses pour vingt ans plus tard !). Eh bien ils oublient qu’en réclamant des rassemblements plus nombreux de fidèles dans les messes, en plein pic épidémique, c’est aussi permettre des rassemblements de musulmans dans les mosquées ou ce qui leur sert de mosquée. Y ont-ils pensé ? Si le Premier Ministre israélien Benyamin Netanyahou a confiné son pays en septemrbe, c’est parce que de nombreux rassemblements religieux avaient rallumé l’épidémie et il ne pouvait pas les interdire spécifiquement car des partis ultrareligieux font partie de sa majorité bancale.

D’un point de vue sanitaire, je pense qu’il y a plus de risque du côté de l’islam, car il peut y avoir de fortes mobilisations, que du côté de l’Église catholique dont on voit souvent les églises quasi-vides pendant les messes d’avant-covid (sauf les messes de Noël qui deviennent une sorte d’attraction pour touristes).

J’ai entendu des catholiques, et même des prêtres, dire qu’ils feraient des messes plus nombreuses que la jauge légale, pour provoquer le gouvernement. Je trouve cela doublement irresponsable. Irresponsable au regard des victimes de cette pandémie, non seulement les personnes décédées mais toutes celles qui ont été traumatisées, parfois à vie, par leur hospitalisation (il faudrait faire un peu plus de reportages dans les services de réanimation), mais aussi irresponsable au regard des valeurs républicaines.

En effet, se mettre volontairement dans l’illégalité, c’est revenir à l’époque de Combes, quand les catholiques bataillaient contre un gouvernement anticlérical. Ce serait une faute politique majeure en 2020 alors qu’on ne cesse aujourd’hui de se demander si l’islam est ou n’est pas compatible avec les lois de la République. Dire que "les" catholiques entrent dans l’illégalité, certains osent même dire dans la résistance (écorchant au passage l’héroïsme des Daniel Cordier et des Hubert Germain qui savent, eux, ce qu’a été la Résistance), c’est finalement approuver que les islamistes préféreraient la charia à la République. Ce serait une faute stratégique profonde qui laisserait des séquelles durables dans la société française.

Alors, heureusement, beaucoup d’évêques ont gardé raison et tiennent un discours de responsabilité qui peut être rassurant.

Ainsi, le 17 novembre 2020, Mgr Michel Pansard, évêque d’Évry-Corbeil-Essonnes, a adressé un message clair : « Tenez bon ! ». En d’autres termes : « Je sais la souffrance de beaucoup d’entre vous de ne pas pouvoir puiser ensemble dans la participation à la messe, le pain vivant pour vivre nos vies comme des vies données, des vies qui aiment (…). Je sais aussi votre souci de vivre dans la légalité et de prendre soin les uns des autres. Je le crois et l’espère, par nos gestes, nos paroles, notre écoute, nos sourires des yeux, nos initiatives de partage… Dieu pourra aujourd’hui encore faire des merveilles dans vos vies comme dans celles de ceux dont vous êtes proches. (…) Tenons bon et soutenons-nous les uns les autres pour vivre, au jour le jour, dans la charité et l’unité (…). ».

Au début du premier confinement, le 17 mars 2020, il avait tenu aussi un discours de respect des règles : « Notre responsabilité à tous nous oblige à prendre notre part à la mise en œuvre personnelle et communautaire à la lutte contre l’épidémie du coronavirus et le respect des consignes données par les autorités de la Nation. Elle nous oblige aussi à trouver les initiatives qui permettront de maintenir les liens de charité, de fraternité, de communion et de prière dans nos différentes communautés chrétiennes. ».

C’est cela qu’il faut que "les" catholiques, oui, tous les catholiques, se rappellent. L’épidémie est loin d’avoir été jugulée, même si la situation s’améliore. Le moindre relâchement pourrait nous coûter très cher. À ce jour, il y a encore autour de 10 000 à 15 000 nouveaux cas de personnes contaminées dépistées par jour, ce qui est important. On sait hélas aujourd’hui que ces nouvelles contaminations se traduiront dans quelques semaines par plusieurs dizaines voire centaines de décès. Les catholiques, par leur fraternité, leur solidarité et leur responsabilité, doivent faire partie de ceux qui contribuent à améliorer la situation et pas à la rendre pire. À chacun de voir où est l’essentiel, dans l’humain.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Les messes à l’épreuve du covid-19.
Nouvelles attestations de déplacements à partir du 28 novembre 2020 (à télécharger).
Il regarde le soleil dans tes yeux !
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Covid-19 : faut-il rendre contraignant l’isolement des personnes contaminées ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 24 novembre 2020 (texte intégral et vidéo).
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Covid-19 : vaccins et informations parcellaires.
La lune de Jupiter.
Faudra-t-il rendre obligatoire le futur vaccin contre le covid-19 ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201129-covid-messe.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/les-messes-a-l-epreuve-du-covid-19-229110

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/29/38679652.html






 

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10 septembre 2020 4 10 /09 /septembre /2020 03:47

« Chers amis, je sais que vous ne manquez pas de souffle et que personne n’est à l’étroit dans votre cœur. Merci de faire jaillir des flammes d’amour là où vous êtes. Pour la joie de beaucoup. » (Mgr Jacques Gaillot, novembre 2013).


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L’ancien évêque d’Évreux Mgr Jacques Gaillot fête ce vendredi 11 septembre 2020 son 85e anniversaire. Très médiatique dans les années 1980 et 1990, il a fait partie de beaucoup de combats (il continue encore aujourd’hui), mais son côté assez "transgressif" n’a pas plu aux "autorités" ecclésiastiques, si bien qu’il a été "démis" de son diocèse par le pape Jean-Paul II pour un imaginaire évêché de Partenia. Parfois, l’Église catholique fait aussi dans le virtuel. En effet, depuis le 13 janvier 1995, Mgr Jacques Gaillot est évêque in partibus de Partenia, un ancien diocèse situé en Algérie et qui n’est qu’honorifique (ce qui explique qu’il est toujours en fonction, puisqu’un évêque, normalement, est mis à la retraite à 75 ans).

Je n’ai pas souvent été d’accord avec lui sur beaucoup de ses prises de position, et son omniprésence dans les médias me gênait un peu car un homme d’église (il est ici inutile de rajouter, hélas, une femme d’église) doit être a priori "humble" et s’effacer dans le service qu’il assure. Mais je porte envers lui une grande estime parce qu’il tente d’aller jusqu’au bout de ses idées et que c’est l’essentiel, l’indépendance d’esprit et les combats qu’il considère comme la traduction, libre, du message de l’Évangile. Surtout que ses combats sont toujours du côté des plus faibles, des plus démunis. Il faut être fort pour tenter à la fois de détonner (je pourrais même écrire "détoner") et de rester au sein de l’Église dont la hiérarchie est parfois trop prégnante. C’est pour cela que son éviction de l’évêché d’Évreux m’a paru regrettable et anachronique : dans l’Église catholique aussi, il faut insuffler un peu de "démocratie participative" !

Le 13 janvier 1995, Mgr Gaillot a expliqué son éviction en prenant les médias à témoin : « J’ai été convoqué à Rome par le cardinal Gantin, préfet de la Congrégation des évêques, le 12 janvier à 9 heures 30. Les menaces qui pesaient sur moi depuis un certain temps ont été exécutées. Le couperet est tombé. On m’a notifié que j’étais relevé de mes fonctions d’évêque et que le siège d’Évreux serait déclaré vacant le jour suivant à 12 heures. On m’a invité à donner ma démission, chose que j’ai cru ne pas devoir faire. ».

Dans ses grands moments, probablement happé par les sirènes des médias (et son côté très charismatique ravissait ces dits médias qui bénéficiaient d’une forte audience avec lui), Mgr Gaillot séduisait paradoxalement beaucoup ceux qui n’avaient pas la foi, ceux qui se qualifiaient volontiers de "bouffe-curés" ou d’anticléricaux, si ce n’est d’athées ou d’agnostiques. Sa "disgrâce" a scandalisé ceux qui, normalement, devaient se moquer de l’organisation interne d’une Église dont ils n’étaient pas membres et que pour certains, ils ridiculisaient régulièrement.

Ses transgressions avec le discours officiel de l’Église catholique ont montré que cet homme est un réel homme de foi, qui considère Dieu avant toute autre considération, notamment cléricale, et en cela, il a raison dans la hiérarchie des valeurs. Il est en quelque sorte un aiguillon dans une structure un peu trop timorée ou conservatrice.

Cela explique d’ailleurs pourquoi il s’entend bien avec le pape actuel, le pape François, qui, lui aussi, est hors normes, n’hésite pas à bousculer les conservatismes internes et taper dans la fourmilière. La rencontre de Mgr Gaillot avec le pape François le 1er septembre 2015 au Vatican a été une sorte de réhabilitation même s’il n’avait jamais été "dégradé" par l’Église catholique. Il aurait pu être suspendu (ce fut le cas par exemple pour des évêques ou cardinaux rendus coupables de faits de pédophilie), alors qu’il n’a été, lui, qu’éloigné de la communauté catholique en lui laissant un ministère de la parole et de la réflexion. Cela montre aussi à quel point les déclarations de Mgr Gaillot étaient dérangeantes, mais pas condamnables.

Dans une lettre adressée en novembre 2013 à des fidèles, Mgr Gaillot d’ailleurs a évoqué sa proximité avec le pape François qui venait d’être élu : « Saint François [d’Assise], avec sa merveilleuse humanité, a souvent soufflé sur les braises pour que jaillissent en toute occasion les flammes de l’amour. (…) Si notre pape bien-aimé a choisi de porter le nom de François, qu’aucun pape n’a osé prendre dans l’histoire, c’est pour réformer l’Église et lui redonner le goût et la joie de l’Évangile. (…) Voilà un pape qui ouvre des portes, donne envie de vivre avec humanité et nous engage à rendre la terre plus habitable à tous. Il ne fait pas la morale, ne juge pas, ne rappelle pas la discipline. Il indique une autre façon d’être en allant vers les déshérités, invite à prier, à écouter la Parole de Dieu pour que notre cœur devienne brûlant. ».

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Né le 11 septembre 1935 à Saint-Dizier, Jacques Gaillot fut ordonné prêtre le 18 mars 1961 à Langres, fut affecté à Saint-Dizier en 1973 puis nommé vicaire général du diocèse de Langres en 1977, et consacré évêque le 20 juin 1982. Il fut pendant plus de douze ans le très médiatique évêque d’Évreux, du 5 mai 1982 au 13 janvier 1995, et pas un seul sujet de société ne le laissait indifférent, ce qui faisait qu’il contribuait très fréquemment au débat public, mais en solitaire, face à deux cardinaux très écoutés de l’époque (et dont la richesse de pensée manque aujourd’hui), Mgr Albert Decourtray et Mgr Jean-Marie Lustiger, archevêques respectivement de Lyon et de Paris.

Se plaçant sous le parrainage du père missionnaire Jacques-Désiré Laval (1803-1864), béatifié le 29 avril 1979 par Jean-Paul II (sa première béatification !) et fêté le 9 septembre, prêtre d’Évreux parti à l’île Maurice, Jacques Gaillot est devenu très rapidement un "évêque rouge" : opposé à la dissuasion nucléaire (octobre 1983), soutenant la première Intifada et rencontrant Yasser Arafat à Tunis (1985), préférant défendre en Afrique du Sud un militant anti-apartheid (d’Évreux) à accompagner sa communauté diocésaine à un pèlerinage à Lourdes (juillet 1987), favorable à l’ordination des hommes mariés et prêt à bénir l’union entre deux personnes homosexuelles (novembre 1988), etc.

De nombreux propos dans la presse ont régulièrement provoqué des polémiques avec sa "hiérarchie" au point d’être contraint à signer une déclaration avec le président de la Conférence des évêques de France (Mgr Decourtray) pour veiller à ne pas mobiliser « l’opinion en des conflits contraires au bien commun de la société et à la force du message chrétien » (15 février 1989).

Il venait en effet de publier une tribune controversée dans "Gai Pied" du 2 février 1989 sur l’homosexualité et la foi catholique. Dans le magazine "Globe" d’avril 1989, Mgr Gaillot a (encore) parlé de l’homosexualité en minimisant l’importance la morale : « Je suis d’abord stupéfait par le poids de la morale sur les comportements. Si on m’avait posé la question, j’aurais placé la morale en dernier lieu et la peur du sida avant tout le reste. La vie des individus me préoccupe plus que leur morale. Je relève avec plaisir que la peur du "qu’en-dira-t-on" ne fait plus recette. ». J’approuve d’ailleurs tout à fait l’idée de placer la vie des personnes avant leur morale : il y a la théorie et les principes, mais l’essentiel est dans la vie et les êtres.

Cela ne l’a pas empêché de continuer à s’opposer aux essais nucléaires en accompagnant les militants de Greenpeace sur le Rainbow-Warrior II au large de Mururoa (juillet 1995). À participer le 12 décembre 1989 à la cérémonie de transfert des cendres de l’abbé Grégoire au Panthéon (il fut le seul représentant du clergé, car l’abbé Grégoire avait accepté la constitution civile du clergé, qui, à mon sens, mais je sais que j’exagère ici et cela mériterait de plus amples développements, fut ressentie à peu près de la même manière que le cadre imposé actuellement par la Chine communiste aux prêtres catholiques). À s’opposer à la guerre du Golfe (1991). À défendre toujours les plus fragiles, les personnes immigrées sans-papiers, les personnes qui n’ont pas de logement, à combattre contre les lois sécuritaires ou anti-immigration ("Coup de gueule contre l’exclusion", sorti en 1994 chez Ramsay). À défendre les résistants iraniens qui ont été arrêtés en France (juin 2003). À se dire favorable au mariage pour tous (2013) mais aussi à l’euthanasie. À demander la remise en liberté des terroristes italiens Marina Petrella et Cesare Battisti (août 2007), etc.

Sur ce dernier point, de nombreux "intellectuels de gauche" français ont soutenu Cesare Battisti, condamné à la réclusion à perpétuité en Italie pour plusieurs assassinats. Après la tolérance de François Mitterrand, et l’imminence d’une extradition dans les années 2000, le terroriste, qui s’était exilé en France, a fui au Brésil (soutenu par Lula) puis en Bolivie d’où il fut finalement extradé en Italie le 14 janvier 2019 après avoir échappé pendant plus de trente ans à sa condamnation à la réclusion à perpétuité, définitivement confirmée le 19 novembre 2019. Cesare Battisti a finalement reconnu les faits le 25 mars 2019 : « Tout ce qui est écrit dans le jugement est la vérité. J’ai commis quatre homicides, j’ai tué Santoro et Sabbadin et suis responsable aussi de la mort de Torregiani et Campagna. J’ai blessé trois personnes, j’ai commis des vols pour me financer. Je me rends compte du mal que j’ai fait, et je demande pardon aux familles des victimes. (…) Je n’ai jamais été victime d’une injustice. Je me suis moqué de tous ceux qui m’ont aidé, je n’ai même pas eu besoin de mentir à certains d’entre eux. ». D’où l’intérêt d’être vigilant pour tous ceux qui ont la signature compulsive des pétitions.

Autant d’actions de militantisme, de prises de position, de soutiens, de combats, ont fait de cet homme évidemment un homme faillible : il a eu des actions pertinentes, honorables, et pour d’autres, il a pu se tromper, probablement par des mouvements trop spontanés dans l’action, dans l’émotion.

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Cependant, je relève deux grosses fautes qu’il a commises, une que je considère énormément grave (l’autre qui ne rejaillit que sur sa réputation intellectuelle, et tout le monde s’en moque, probablement lui aussi), et une très heureuse prise de position.

Les fautes.

"Petite" faute : on l’a accusé de plagiat pour son livre "La dernière tentation du diable", sorti en 1998, et dont une cinquantaine de pages auraient été directement "pompées" sur l’ouvrage du politologue Paul Ariès, "Le Retour du diable" sorti en 1996 (éd. Golias). Ce n’est pas la première fois qu’il y a ce genre de plagiat avec une personnalité publique (aussi chez des scientifiques médiatiques, dont un dont je tairai le nom car je l’apprécie bien par ailleurs), car cela révèle surtout que ces personnes-là écrivent peu elles-mêmes leurs livres ! En effet, Mgr Gaillot a rejeté la responsabilité sur son "documentaliste" qui l’aurait "piégé", ce qui est très crédible…

"Grave" faute : en juin 1988, Mgr Gaillot, en tant qu’évêque d’Évreux, a accueilli un prêtre québécois qui avait été condamné en 1985 à vingt mois de prison pour des multiples faits de pédophilie. Il le savait et pourtant, il l’a nommé curé d’une paroisse de son diocèse ainsi que vicaire pour l’ouest de l’Eure, ce qui l’a mis en contact avec des enfants. Le prêtre en question a continué ses crimes et fut condamné en 2005 par les assises de l’Eure à douze ans de prison ferme pour avoir violé plusieurs fois un mineur entre 1989 et 1992. Dans "Le Parisien" du 5 avril 2010, Mgr Gaillot a reconnu sa grave faute (il parle d’erreur, ce qui, à mon avis, est un mot trop faible) : « On rendait service. On vous demandait d’accueillir un prêtre indésirable et vous l’acceptiez. C’est ce que j’ai fait, il y a plus de vingt ans. C’était une erreur. (…) Dans l’Église, les choses ont changé. Maintenant, on s’en remet à la justice. On sort peu à peu de cette culture du secret. ».

Mgr Gaillot a donné quelques explications de son "erreur" : « Je savais surtout qu’il avait fait un an de thérapie et qu’il était chaudement recommandé par des laïcs ainsi que par son supérieur canadien (…). J’avais envie de lui donner sa chance. Je n’imaginais pas qu’il puisse être un pervers (…). Les gens le trouvaient très sympa. Je me suis dit qu’on pouvait lui faire confiance. J’ai proposé au conseil épiscopal de le nommer curé. C’est ma deuxième erreur. ». De là à revenir sur ses transgressions habituelles, mais qui n’expliquent en rien les actes de pédophilie : « Célibat des prêtres, homosexualité, préservatif, avortement, place de la femme : sur toutes ces questions, l’Église est en retard. ». Prosélytisme ici malvenu : des hommes mariés sont aussi auteurs de faits de pédophilie, etc.

Cette grave faute de Mgr Gaillot prouve que nul n’est infaillible, mais pour cette situation particulière là, elle a pu remettre en cause sa réputation et la considération que pouvaient avoir de lui de nombreux militants "de gauche", souvent non croyants, qui avaient foi en lui. Cela montre aussi le contexte général des années 1980 et 1990 dans lequel se trouvait l’Église où le secret ("pas de scandale") était préféré à la (simple) justice (tant pis pour les victimes). Cela remet en perspective la "passivité" de Mgr Philippe Barbarin qui a été relaxé le 30 janvier 2020 par la cour d’appel de Lyon.

Je termine toutefois positivement mon évocation de Mgr Jacques Gaillot par une heureuse prise de position, qui était courageuse provenant d’un évêque. En effet, au "Club de la presse" d’Europe 1 le 12 mars 1989 (c’était le premier tour des élections municipales et il était interdit, pour l’émission politique, d’inviter une personnalité politique, elle a donc invité un évêque), Mgr Gaillot a donné sa position "libérale" tant sur "Les Versets sataniques", le livre de Salman Rushdie sorti en 1988 (l’ayatollah Khomeini a publié une fatwa de mort contre Salman Rushdie le 14 février 1989) que sur "La dernière tentation du Christ", le film de Martin Scorsese sorti en France le 28 septembre 1988 (aux États-Unis le 12 août 1988) qui a déclenché non seulement des protestations mais a même provoqué des attentats dans des cinémas français (tuant une personne le 8 octobre 1988 à Paris).

Vu le contexte, il fallait en effet du courage pour affirmer haut et fort la liberté d’expression, même en autorisant de se moquer d’une religion dont il est un grand serviteur, en prônant le droit au blasphème et surtout, la primauté des personnes sur les religions : « Il y a un droit au blasphème. Le sacré, c’est l’Homme ! ».

Pour compléter, voici Jacques Gaillot qui raconte sa vie le 19 septembre 2019 à Bernard Baissat à radio libertaire (émission "Si Vis Pacem").





Je conclus avec un message que Mgr Jacques Gaillot a écrit en septembre 2015 à la suite du baptême d’un enfant, et qui rappelle le mystère de la naissance, aussi intense que celui de la mort : « Avec chaque enfant, vient au monde quelque chose de nouveau qui n’a pas existé avant lui et qui n’existera pas après lui. Chaque individu apporte la nouveauté. Il est unique. Cet enfant devra trouver un chemin qui sera le sien et qui ne pourra être que le sien. Dans chaque être, il y a un trésor caché qui ne se trouve en aucun autre. (…) Nous ne sommes pas faits pour copier quelqu’un, pour reproduire un modèle. Il ne s’agit pas de s’aligner sur les autres et de faire comme eux. Celui qui ne fait que suivre les autres ne vit pas vraiment. Mais nous nous inspirons de la vie des personnes qui nous marquent. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de Mgr Gaillot.
Mgr Jacques Gaillot.
Mgr Philippe Barbarin.
Mgr Albert Decourtray.
Mgr Jean-Marie Lustiger.
De la théocratie à la démocratie laïque.
Charles Péguy.
Étienne Borne.
Marc Sangnier.
Saint Jean-Paul II, le pape de la foi et de la raison.
Jeanne d’Arc.
L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
Benoît XVI.
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Pierre Teilhard de Chardin.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
Le pape François.
L’abbé Bernard Remy.
Mgr Roger Etchegaray.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Miss Corny.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Jean-Marie Vianney.
Abbé Pierre.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
Notre-Dame de Paris : la flèche ne sera pas remplacée par une pyramide !
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Maurice Bellet, cruauté et tendresse.
Réflexions postpascales.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200911-jacques-gaillot.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/mgr-jacques-gaillot-l-eveque-aime-226989

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/01/38509729.html





 

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 03:59

« Il y a deux jours dans une année, où l’on ne peut rien faire. Ils s’appellent hier et demain. Pour le moment, aujourd’hui est le jour idéal pour aimer, croire, faire et principalement vivre. » (le dalaï-lama).



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Le quatorzième dalaï-lama, Tenzin Gyatso (Lhamo Dhondup), Prix Nobel de la Paix 1989, fête ce lundi 6 juillet 2020 son 85e anniversaire. Il avait annoncé qu’il se retirerait de la vie politique après un accord entre le Tibet et la Chine populaire. Vu la manière dont Xi Jinping a traité le "problème" d’Hongkong, il n’est pas évident que le dalaï-lama puisse vivre un jour cette réconciliation impossible.

Son travail fut d’abord de changer les institutions tibétaines qu’il trouvait beaucoup trop archaïques : « Toutes les institutions religieuses, y compris la mienne, se sont développées dans un contexte féodal. Corrompues par leur hiérarchie, elles ont commencé par discriminer entre hommes et femmes, puis ont accepté des compromis avec le pouvoir et entériné des déviances telles que la charia ou le système des castes. Mais les temps changent. Les institutions doivent donc changer. C’est pourquoi l’institution des dalaï-lamas, j’y ai mis fin avec fierté et volontairement. Je suis d’accord, elle est périmée. ».

Depuis le 17 novembre 1950, Tenzin Gyatso est le chef spirituel du Tibet, spirituel et temporel. Cela pourrait être considéré comme un pape, à la différence qu’il n’y a pas vraiment de "peuple du Vatican", juste des fonctionnaires, tandis qu’au Tibet, il y a tout un peuple. Le chef à la fois d’un État et d’une religion, c’est ce qu’on peut appeler un théocrate, comme le Guide de la révolution l’est en Iran, supplantant, dans la hiérarchie des normes politiques, le Président de la République iranienne. Mais ce n’est pas la volonté du dalaï-lama d’être un théocrate. C’est pour cela que l’une des missions qu’il s’est fixée, au-delà d’un accord avec le gouvernement communiste chinois qui considère que le Tibet fait partie du territoire chinois, c’est de faire naître une "démocratie tibétaine" au concept totalement novateur et assez difficile à mettre en pratique en raison de l’inexistence politique de l’État tibétain. La reine d’Angleterre est aussi à la fois chef d’État et chef spirituel d’une religion (également le roi du Maroc), mais ce qui prédomine au Royaume-Uni est la démocratie parlementaire.

Le gouvernement tibétain en exil s’est établi à Dharamsala, située dans le nord de l’Inde, le 28 avril 1959 (en accord avec Nehru, après le soulèvement tibétain du 10 mars 1959 qui réagissait à l’invasion communiste de 1950). Depuis cette date, le dalaï-lama cherche à démocratiser les institutions tibétaines en exil. Le Premier Ministre du gouvernement tibétain en exil depuis le 8 août 2011 est Lobsang Sangay (51 ans), docteur en droit d’Harvard, élu le 20 mars 2011 (résultats annoncés le 27 avril 2011) et réélu le 27 avril 2016 pour un second mandat de cinq ans.

Cette élection du 20 mars 2011 a été historique puisqu’elle a acté en quelque sorte la fin de la "fonction" de dalaï-lama (officiellement le 20 septembre 2012) et le début de la "laïcité tibétaine", à savoir, la séparation du spirituel et du temporel, selon les vœux de Tenzin Gyatso. Le premier tour a eu lieu le 3 octobre 2010 pour environ 80 000 électeurs tibétains en exil, et Lobsang Sangay, parmi vingt-sept candidats, a franchi cette étape avec 47,8% des voix (annoncée le 12 novembre 2010) pour un second tour le 20 mars 2011 où il fut élu avec 55,0% (et une participation de 61,9%) après une vraie campagne électorale entre trois candidats. Lobsang Sangay fut réélu le 20 mars 2016 avec 57,3% (avec un premier tour le 18 octobre 2015 où il a reçu 66,7%). La campagne, résumée à un duel entre le Premier Ministre sortant et le Président du Parlement tibétain en exil (Penpa Tsering depuis le 16 décembre 2008, qui fut aussi candidat en 2010), fut particulièrement difficile au point que le dalaï-lama en a critiqué certains aspects. Les élections parlementaires ont eu lieu en même temps que l’élection du Premier Ministre.

Le précédent Premier Ministre du gouvernement en exil fut un chef religieux, le 5e Samdhong Rinpoché (Lobsang Tenzin, 80 ans), en fonction du 20 août 2001 au 7 août 2011. Sa première élection, le 12 mai 2001 (premier tour) avec 82,8% et le 29 juillet 2001 (second tour) avec 84,5%, fut une étape marquante dans la démocratisation du Tibet en exil puisqu’elle fut la première élection au suffrage universel direct. Samdhong Rinpoché fut réélu le 3 juin 2006 avec 90,7%. L’élection de 2011 fut donc elle aussi au suffrage direct, sans dignitaire religieux.

Cette modernisation de l’administration du Tibet en exil est donc essentielle dans ses rapports avec le gouvernement chinois mais aussi avec le reste de la "communauté internationale" qui pouvait craindre que le soutien au dalaï-lama était un chèque en blanc pour une nouvelle théocratie. Cela montre que, même si cette démocratie naissante a besoin de maturité et d’amélioration, le dalaï-lama a conscience de l’évolution des temps qui ne peut accepter un mélange du politique et du religieux.

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À l’occasion de son 85e anniversaire, je propose quelques citations de Tenzin Gyatso, dont les développements philosophiques sont généralement très compliqués à comprendre, même si : « Nul besoin de temples, nul besoin de philosophies compliquées. Notre cerveau et notre cœur sont nos temples. ». Ou encore : « Intelligence et cœur, voilà la bonne combinaison et le bon chemin pour se réaliser sans nécessairement être croyant. Ceci est pour moi la religion universelle. ». Il a toutefois ce sens de la communication (et peut-être du marketing ?) qui lui permet, au-delà de la complexité et profondeur de sa pensée, de s’exprimer aussi simplement.

Être en vie : « Chaque jour, au réveil, songez à la chance que vous avez d’être en vie. J’ai une précieuse vie humaine, je ne vais pas la gaspiller. ». Aussi : « Attachons-nous à reconnaître le caractère si précieux de chaque journée. ».

L’optimisme : « Certains regardent la vase au fond de l’étang, d’autres contemplent la fleur de lotus à la surface de l’eau, il s’agit d’un choix. ».

L’altruisme : « Un moyen efficace de combattre l’angoisse est de se préoccuper moins de soi et plus des autres. Quand nous voyons vraiment les difficultés d’autrui, les nôtres perdent de leur importance. ».

Les autres : « On ne peut porter sur personne de jugement définitif. ».

L’aptitude au changement : « Souvent, on refuse de renoncer au passé, on s’accroche à une apparence ou à des aptitudes passées, alors il est certain que l’on ne se prépare pas une vieillesse heureuse. ».

La fierté : « Malgré notre besoin de confiance en nous, il est important de savoir distinguer l’arrogance de la fierté légitime. ».

L’écoute : « Lorsque vous parlez, vous ne faites que répéter ce que vous savez déjà, alors que lorsque vous écoutez, vous pouvez apprendre quelque chose de nouveau. ».

La laïcité : « Si vous croyez vraiment à la laïcité, vous devez respecter toutes les autres traditions, parce que des millions de personnes suivent ces traditions. Puisque nous devons respecter tous les êtres humains, l’humanité entière, il faut donc respecter leurs conceptions et leur foi. Y compris les non-croyants. C’est également leur droit de ne pas croire. » (16 janvier 2008).

La polémique comme sens du progrès (au sens raoultien du terme !) : « La controverse n’est pas mauvaise en soi. Le monde évolue par l’opposition des forces et des énergies. Ce sont les débats d’idées, les conflits d’opinions qui portent en eux le germe des nouvelles trouvailles. La controverse est naturelle ; l’important, c’est la manière dont nous l’utilisons pour progresser. ». Aussi : « Je pense que le fait de disposer de deux avis contradictoires et d’arguer de leurs mérites respectifs est indispensable à qui veut affiner son esprit. Il ne s’agit pas là d’un combat politique. La discussion est positive. Je crois vraiment que, sans elle, la logique ou la pensée bouddhique seraient moins avancée (…). C’est pourquoi je pense qu’entendre des idées opposées pour en tirer une leçon vaut la peine. ».

L’avidité : « La patience est le seul remède à la frustration. L’avidité, je veux ceci ou cela, n’entraîne que le malheur, la destruction et de l’environnement et l’exploitation de l’autre ; elle creuse le fossé entre riches et pauvres. ».

L’argent : « Peut-être que la crise malencontreuse [de 2008] peut-elle servir de leçon pour commencer à réfléchir aux autres valeurs des êtres humains, pas seulement à l’argent. ».

La condescendance : « Ne vous considérez jamais comme supérieur à ceux que vous aidez. Personnellement, quand je rencontre un mendiant, je m’efforce toujours de ne pas le voir comme un inférieur, mais comme un être humain qui ne diffère en rien de moi. ».

La haine : « Tout le monde parle de paix, mais on ne peut réaliser la paix à l’extérieur si l’on héberge en soi la colère ou la haine. ». Aussi : « La colère émane d’un esprit grossier qui doit être adouci par l’amour. ».

La guerre : « Quand les armes parlent, le résultat est la mort et la destruction. Les armes ne distingueront pas entre l’innocent et le coupable. Un missile, une fois envoyé, ne respectera pas les innocents, les pauvres, les sans défense, ou ceux dignes de compassion. Par conséquent, les vrais perdants seront les pauvres et les sans défense, ceux qui sont complètement innocents, et ceux qui mènent une existence simple. ».

La non-violence : « Il n’y a pas grand-chose à apprendre de ce XXe siècle, excepté ce qu’ont fait le Mahatma Gandhi, Martin Luther King et Nelson Mandela, qui pratiquèrent tous la non-violence et nous ont montré la voie d’une union mondiale. ».

La paix : « Les vœux ne suffisent pas. Il est nécessaire de prendre conscience de notre responsabilité universelle. N’oubliez pas que la paix dans le monde commence par la paix au cœur de chacun d’entre nous. ».

La puissance de chacun : « Si vous avez l’impression d’être trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir. ».

L’amour : « Donnez à ceux que vous aimez des ailes pour voler, des racines pour revenir, et une raison de rester. ».

L’amour (bis) : « La religion est un choix personnel et la moitié de l’humanité n’en pratique d’ailleurs aucune. Mais en revanche, les valeurs d’amour, de tolérance, de compassion prônées par le bouddhisme concernent tous les humains et cultiver ces valeurs n’a rien à voir avec le fait d’être croyant ou pas. ». Aussi : « Malgré leurs différences philosophiques et rituelles, toutes les religions se ressemblent : elles délivrent un message de compassion, d’amour et de pardon. ».

Effectivement, avec ces réflexions de paix et d’amour, difficile de dire que le dalaï-lama, tout chef bouddhiste qu’il est, ne s’accorderait pas avec le christianisme, par exemple. D’ailleurs, il l’a lui-même exprimé ainsi : « Je dois reconnaître une chose : le christianisme (et particulièrement le catholicisme romain) est la religion avec laquelle j’ai eu le plus de contacts étroits en dehors du bouddhisme. C’est peut-être grâce à l’indubitable message d’amour et de compassion du christianisme dont le Nouveau Testament fait la vérité divine par excellence, Dieu comme amour infini, une divinité qui a le souci des souffrances du monde. Ce message résonne puissamment avec le bouddhisme, qui fait de la compassion la plus haute valeur spirituelle et éthique. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
De la théocratie à la démocratie laïque.
Le 14e dalaï-lama.
La Chine et le Tibet.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200706-dalai-lama.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/de-la-theocratie-a-la-democratie-225576

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/01/38404165.html





 

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17 mai 2020 7 17 /05 /mai /2020 03:06

« Fides et Ratio binae quasi pennae videntur quibus Veritatis ad contemplationem hominis attollitur animus. » [La foi et la Raison sont comme deux ailes qui permettent à l’esprit humain de s’élever vers la contemplation de la Vérité.] (Jean-Paul II, le 14 septembre 1998).


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Étranges, ces médias qui, certes, sont soumis à une période particulière d’urgence sanitaire, mais qui, à se consacrer à des sujets fondamentaux, préfèrent parler des vacances (de toute façon foutues) des "Français" (ceux qui n’en prennent pas habituellement apprécieront la généralité) ou de l’ouverture de telle ou telle plage sur le littoral atlantique, en oubliant le centenaire de l’une des plus imposantes personnalités de la planète depuis le début du siècle dernier, dont font partie aussi Gandhi, Einstein, peut-être Nelson Mandela… je ne cite que les personnalités "positives" car le XXe sièce a aussi compté son lot de personnalités majeures …mais hélas négativement majeures (ne les citons pas).

Je veux parler ici d’un saint (oui, il est saint maintenant, même si à mon sens, tout le monde est saint au fond de soi-même), un pape, un grand messianique, un grand charismatique et surtout, un grand rationnel. En effet, Karol Wojtyla devenu Jean-Paul II est né près de Cracovie, en Pologne, il y a 100 ans, le 18 mai 1920 et à mon avis, il fut sans doute la personnalité qui a bouleversé le monde d’une manière durable et profonde.

Résumons très très brièvement l’existence de celui qui a connu, par sa nationalité, les horreurs tant du nazisme que du communisme, les deux fléaux du siècle dernier : ordonné prêtre le 1er novembre 1946, consacré évêque le 28 septembre 1958, archevêque de Cracovie du 13 janvier 1964 au 29 décembre 1978, créé cardinal le 26 juin 1967 par Paul VI, et enfin, élu pape le 16 octobre 1978 (évêque de Rome), intronisé quatre jours plus tard. Il est mort il y a un peu plus de quinze ans, le 2 avril 2005, et fut l’un des premiers (sinon le premier) des saints à avoir été saint aussi rapidement après sa mort : béatifié le 1er mai 2011 par Benoît XVI et canonisé le 27 avril 2014 par le pape François (il est fêté le 22 octobre par référence à sa prise de fonction).

Précisons que le mot "élu" pour parler d’élection du pape est assez inexact puisqu’il n’est pas élu par les fidèles (par les chrétiens) mais par le Collège des cardinaux, et encore, seulement ceux qui n’ont pas dépassé la limite d’âge, 80 ans (enfin, c’est plutôt la règle que Jean-Paul II a établie pour ses successeurs, c’était un peu différent pour lui et ses prédécesseurs). Le meilleur mot à utiliser serait plutôt "coopté", un peu à l’instar de l’Académie française capable, elle aussi, de faire des élections "blanches" (c’est-à-dire sans élu qui a recueilli la majorité, ce qui se traduit, pour "l’élection" papale par une fumée …"noire").

Qu’importe cette précision, si ce n’est que cette élection se déroule sans campagne électorale, sans candidat non plus, et dans l’isolement le plus complet (ce qui devient de plus en plus difficile avec les nouvelles technologies). À ce sujet, je recommande vivement l’excellent film de Nanni Moretti, "Habemus papam" (sorti en France le 7 septembre 2011), où Michel Piccoli joue l’élu qui s’angoisse du vertige de la responsabilité. Pas de campagne, mais des réflexions, des discussions quand même. Après la mort de Jean-Paul Ier (1912-1978), au pontificat parmi les plus courts, trente-quatre jours, les cardinaux ne voulaient pas prendre le risque d’un nouveau pape encore "bref".

Ils avaient pensé au geste symbolique de choisir le primat de Pologne, archevêque de Varsovie, Stefan Wyszynski (1901-1981), très connu et très actif pour soutenir, aux côtés du leader syndical Lech Walesa, les chrétiens polonais opprimés par la dictature communiste. Mais son âge et son état de santé n’en auraient pas fait un bon candidat, si bien que les regards se sont portés vers l’archevêque de Cracovie, jeune (58 ans), sportif et très charismatique, qui voulait se faire appeler le pape Stanislas. Stefan Wyszynski lui déconseilla cette appellation trop nationaliste (l’élection d’un pape polonais était déjà en elle-même un événement marquant qui pouvait troubler) et, comme pour chaque nouveau pape, la tradition était de s’insérer dans l’histoire de ses prédécesseurs (seul, le pape François a rompu cette tradition séculaire).

L’archevêque de Varsovie, malade, est mort le 28 mai 1981, deux semaines après l’attentat contre Jean-Paul II qui l’avait mis dans un état entre la vie et la mort, et Stefan Wyszynski a profondément prié pour que ce fût lui qui partît et pas Jean-Pau II. Que sa prière fût efficace, à savoir, eût l’effet escompté, je suis incapable évidemment de le dire, mais lui s’est éteint et Jean-Paul II a finalement survécu à ses blessures, et il a même été l’un des trois papes les plus longs des deux millénaires de l’Église. Du reste, il était prévu la béatification du cardinal Wyszynski le 7 juin 2020 à Varsovie, mais à cause de la pandémie du covid-19, cette célébration a été reportée sine die.

Pendant ses plus de vingt-six ans de pontificat, Jean-Paul II a fait beaucoup de choses, il a parcouru le monde (Paul VI avait commencé, Jean-Paul II a visité quasiment tous les pays sauf quelques-uns, certains très importants d’ailleurs), et il a visité des centaines de millions de chrétiens au cours d’énormes rencontres internationales (en particulier les JMJ, journées mondiales de la jeunesse, organisées tous les deux ans dans une ville du monde). Il a aussi publié quatorze encycliques (ce qui est beaucoup), et je veux ici m’arrêter sur l’avant-dernière, une que je considère comme parmi les plus importantes qu’un pape ait publiées de tous les temps : "Fides et Ratio", publiée le 14 septembre 1998.

Rappelons d’abord très succinctement ce qu’est une encyclique (mot dont l’étymologie est aussi circulaire qu’une bulle papale) : c’est une lettre du pape qui donne la position officielle de l’Église catholique sur un sujet précis, cela peut être un sujet d’actualité. C’est une position doctrinale (tandis que la bulle papale est un acte juridique, pas un écrit explicatif). Les encycliques sont formellement adressées aux évêques, mais de la même façon que lorsqu’un ministre s’adresse aux parlementaires, ils s’adressent, au-delà d’eux, aussi aux citoyens, le pape, par les encycliques, s’adresse, au-delà des évêques, à l’ensemble des fidèles.

L’encyclique du 14 septembre 1998 (dont on peut lire la traduction française ici) a été préparée par le théologien Joseph Ratzinger, cardinal et préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi et futur successeur (Benoît XVI), à qui le sujet tient beaucoup à cœur. Le message qu’il voulait faire passer, indiqué en haut de cet article (dans sa version originale), c’est ce qu’on pourrait mettre sous la forme d’une équation philosophique : foi + raison = vérité. Ou plutôt (mais je ne dispose pas, simplement, des signes typographiques ici), avec les liens logiques : foi ET raison IMPLIQUE vérité (j’insiste sur le lien d’implication et pas d’équivalence).

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C’était la dernière encyclique de ce XXe siècle qui fut si scientifique (et si peu spirituel). Il était nécessaire de rappeler la position de l’Église par rapport à la science, et cela justement à cause des erreurs du passé (lointaines). Jean-Paul II d’ailleurs n’a pas hésité à reconnaître ces erreurs du passé pour repartir sur des bases saines. L’idée, pourtant évidente mais si souvent ignorée, rejetée, c’est que la foi, la religion, ne s’oppose pas à la science, au fait avéré. Elle n’en aurait d’ailleurs pas les moyens intellectuels, de la combattre.

Si, par exemple, on pouvait démontrer que Dieu existait (ou que Dieu n’existait pas, le raisonnement serait le même), il n’y aurait plus à y croire ou à ne pas y croire : il est (ou alors, il n’est pas). On ne discute pas des faits accomplis, sauf à vouloir être malhonnête intellectuellement (chose qui, malheureusement, est très courante dans le débat politique). La raison ne se discute pas. La foi ne peut s’appliquer qu’à des choses que l’on ne peut pas prouver (c’est pourquoi la réalité ou pas du Saint-Suaire ne peut pas influencer la foi ou la non foi, car cela concerne des domaines différents de l’esprit humain).

L’Église aime-t-elle la science ? Oui, et à ceux qui en doutent, affirmons que c’est au Vatican qu’il y a des universités et des académies parmi les mieux composées en chercheurs reconnus mondialement. Prenons par exemple l’Académie pontificale des sciences, qui jouit de cette réputation d’être l’institution savante qui a compté le plus de lauréats du Prix Nobel (une quarantaine), et ceux-ci ont été choisis membres de l’Académie avant d’avoir reçu leur Prix Nobel. Ainsi, en ont fait ou en font partie : Niels Bohr, Paul Dirac, Max Planck, Louis de Broglie, Erwin Schrödinger, Werner Heisenberg, Alexander Fleming, Georges Lemaître, Ernest Rutherford, Édouard Branly, Guglielmo Marconi, Max von Laue, Louis Leprince-Ringuet, Otto Hahn, Stephen Hawking, Thomas Morgan, Jérôme Lejeune, Alexis Carrel, Claude Cohen-Tannoudji, Stevent Chu, Jean-Marie Lehn, John Barrow, Cédric Villani, Stanislas Dehaene, Yves Coppens, Nicole Le Douarin, etc.

La suite de l’introduction indiquée en tête d’article est la suivante, plus spécifique aux croyants : « C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité et, au terme, de le connaître lui-même afin que, le connaissant et l’aimant, il puisse atteindre la pleine vérité sur lui-même. ».

Je laisse ceux qui sont intéressés par cette encyclique la lire, mais pour les autres, je propose ici quelques extraits qui me paraissent intéressants voire essentiels à la méditation (mais ce n’est qu’une modeste et très personnelle sélection). J’indique au début le numéro du paragraphe de l’encyclique dont est extraite la citation.

5. Une perte de sens : « On a vu apparaître chez l’homme contemporain, et pas seulement chez quelques philosophes, des attitudes de défiance assez répandues à l’égard des grandes ressources cognitives de l’être humain. Par fausse modestie, on se contente de vérités partielles et provisoires, sans plus chercher à poser les questions radicales sur le sens et sur le fondement ultime de la vie humaine, personnelle et sociale. En somme, on a perdu l’espérance de pouvoir recevoir de la philosophie des réponses définitives à ces questions. ».

16. Foi et raison, l’une éclaire l’autre : « Autrement dit, l’homme sait reconnaître sa route à la lumière de la raison, mais il peut la parcourir rapidement, sans obstacle et jusqu’à la fin, si, avec rectitude, il situe sa recherche dans la perspective de la foi. La raison et la foi ne peuvent donc être séparées sans que l’homme perde la possibilité de se connaître lui-même, de connaître le monde et Dieu de façon adéquate. ».

17. Le désir de connaître : « Il ne peut donc exister aucune compétitivité entre la raison et la foi : l’une s’intègre à l’autre, et chacune a son propre champ d’action. (…) Dans leurs mondes respectifs, Dieu et l’homme sont placés dans une relation unique. En Dieu réside l’origine de toutes choses, en lui se trouve la plénitude du mystère, et cela constitue sa gloire ; à l’homme revient le devoir de rechercher la vérité par sa raison, et en cela consiste sa noblesse. (…) Le désir de connaître est si grand et comporte un tel dynamisme que le cœur de l’homme, même dans l’expérience de ses limites infranchissables, soupire vers l’infinie richesse qui est au-delà, parce qu’il a l’intuition qu’en elle se trouve la réponse satisfaisante à toutes les questions non encore résolues. ».

18. Bien focaliser le regard : « La raison doit respecter certaines règles fondamentales pour pouvoir exprimer au mieux sa nature. Une première règle consiste à tenir compte du fait que la connaissance de l’homme est un chemin qui n’a aucun répit ; la deuxième naît de la conscience que l’on ne peut s’engager sur une telle route avec l’orgueil de celui qui pense que tout est le fruit d’une conquête personnelle ; une troisième règle est fondée sur la "crainte de Dieu", dont la raison doit reconnaître la souveraine transcendance et en même temps l’amour prévoyant dans le gouvernement du monde. Quand il s’éloigne de ces règles, l’homme s’expose au risque de l’échec et finit par se trouver dans la condition de "l’insensé". Dans la Bible, cette stupidité comporte une menace pour la vie ; l’insensé en effet s’imagine connaître beaucoup de choses, mais en réalité, il n’est pas capable de fixer son regard sur ce qui est essentiel. Cela l’empêche de mettre de l’ordre dans son esprit et de prendre l’attitude qui convient face à lui-même et à son environnement. ».

20. Le sens profond des choses : « Tout ce que [la raison] atteint (…) peut être vrai, mais elle n’acquiert une pleine signification que si son contenu est placé dans une perspective plus vaste, celle de la foi (…). La foi libère donc la raison en ce qu’elle lui permet d’atteindre d’une manière cohérente son objet de connaissance et de le situer dans l’ordre suprême où tout prend son sens. En un mot, l’homme atteint la vérité par la raison, parce que, éclairé par la foi, il découvre le sens profond de toute chose, en particulier de sa propre existence. ».

21. La vocation de chercheur : « Malgré la peine, le croyant ne cède pas. La force pour continuer son chemin vers la vérité lui vient de la certitude que Dieu l’a créé comme un "explorateur", dont la mission est de ne renoncer à aucune recherche, malgré la tentation continuelle du doute. ».

22. Adam et Ève et l’arbre de la connaissance : « L’aveuglément de l’orgueil donna à nos premiers parents l’illusion d’être souverains et autonomes, et de pouvoir faire abstraction de la connaissance qui vient de Dieu. Ils entraînèrent tout homme et toute femme dans leur désobéissance originelle, infligeant à la raison des blessures qui allaient alors l’entraver sur le chemin de la pleine vérité. ».

25. L’esprit critique et l’art du discernement : « On pense à juste titre qu’une personne a atteint l’âge adulte quand elle peut discerner, par ses propres moyens, ce qui est vrai de ce qui est faux, en se formant un jugement sur la réalité objective des choses. C’est là l’objet de nombreuses recherches, en particulier dans le domaine des sciences, qui ont conduit au cours des derniers siècles à des résultats très significatifs, favorisant un authentique progrès de l’humanité tout entière. ».

25 (suite). Citation de l’encyclique "Veritatis Splendor" (publiée le 6 août 1993) : « Il n’y a pas de morale sans liberté. (…) S’il existe un droit à être respecté dans son propre itinéraire de recherche de la vérité, il existe encore antérieurement l’obligation morale grave pour tous de chercher la vérité et, une fois qu’elle est connue, d’y adhérer. ».

26. Le sens de la vie et l’inconnu de la mort : « L’expérience quotidienne de la souffrance, la sienne propre et celle d’autrui, la vue de tant de faits qui à la lumière de la raison, apparaissent inexplicables, suffisent à rendre inéluctable une question aussi dramatique que celle du sens [de la vie]. Il faut ajouter à cela que la première vérité absolument certaine de notre existence, outre le fait que nous existons, est l’inéluctabilité de notre mort. (…) Chacun veut, et doit, connaître la vérité sur sa fin. Il veut savoir si la mort sera le terme définitif de son existence ou s’il y a quelque chose que dépasse la mort ; s’il lui est permis d’espérer une vie ultérieure ou non. (…) Il n’est donc pas du tout fortuit que, devant le fait de la mort, les philosophes se soient sans cesse reposé ce problème en même temps que celui du sens de la vie et de l’immortalité. ».

32. Confiance et connaissance : « Dans son acte de croire, chacun se fie aux connaissances acquises par d’autres personnes. On peut observer là une tension significative : d’une part, la connaissance par croyance apparaît comme une forme imparfaite de connaissance, qui doit se perfectionner progressivement grâce à l’évidence atteinte personnellement ; d’autre part, la croyance se révèle souvent humainement plus riche que la simple évidence, car elle inclut un rapport interpersonnel et met en jeu non seulement les capacités cognitives personnelles, mais encore la capacité plus radicale de se fier à d’autres personnes, et d’entrer dans un rapport plus stable et plus intime avec elles. (…) La perfection de l’homme (…) ne se trouve pas dans la seule acquisition de la connaissance abstraite de la vérité, mais elle consiste aussi dans un rapport vivant de donation et de fidélité envers l’autre. Dans cette fidélité qui sait se donner, l’homme trouve pleine certitude et pleine sécurité. En même temps, cependant, la connaissance par croyance, qui se fonde sur la confiance interpersonnelle, n’est pas sans référence à la vérité : en croyant, l’homme s’en remet à la vérité que l’autre lui manifeste. ».

85. Pas d’avenir sans passé : « Il est tout à fait significatif que, dans le contexte d’aujourd’hui, certains philosophes se fassent les promoteurs de la redécouverte du rôle déterminant de la tradition pour un juste mode de connaissance. En effet, le recours de la tradition n’est pas un simple rappel du passé ; il consiste plutôt à reconnaître la validité d’un patrimoine culturel qui appartient à toute l’humanité. (…) C’est bien le fait d’aller jusqu’aux racines de la tradition qui nous permet d’exprimer aujourd’hui une pensée originale, nouvelle, tournée vers l’avenir. ».

Enfin, je termine par cet appel du pape aux scientifiques (après avoir fait un appel aux théologiens et aux philosophes).

106. Appel à l’éthique des scientifiques : « Je ne peux pas manquer non plus, enfin, de me tourner vers les scientifiques qui, par leurs recherches, nous apportent une connaissance croissante de l’univers dans son ensemble et de la diversité incroyablement riche de ses composantes animées et inanimées, avec leurs structures atomiques et moléculaires complexes. Sur le chemin parcouru, spécialement en ce siècle, ils ont franchi les étapes qui ne cessent de nous impressionner. En exprimant mon admiration et mes encouragements aux valeureux pionniers de la recherche scientifique, auxquels l’humanité doit une si grande part de son développement actuel, je ressens le devoir de les exhorter à poursuivre leurs efforts en demeurant toujours dans la perspective sapientielle, dans laquelle les acquis scientifiques et technologiques s’associent aux valeurs philosophiques et éthiques qui sont des manifestations spécifiques et essentielles de la personne humaine. Le scientifique a bien conscience que "la quête de la vérité, même si elle concerne la réalité finie du monde ou de l’homme, est sans fin, mais renvoie toujours à quelque chose de plus élevé que l’objet d’étude immédiat, vers des questions qui donnent accès au Mystère". ».

Cette encyclique est donc un document philosophique très dense, composé de 108 paragraphes et 132 références bibliographiques. Elle est une base intellectuelle extrêmement solide des professionnels de la raison, à savoir, des scientifiques, pour ne pas occulter le sens de leurs recherches. En ces temps de pandémie, plus que jamais cette éthique est nécessaire, et a une finalité : plus que la vérité, elle est centrée sur la personne humaine.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (16 mai 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Saint Jean-Paul II, le pape de la foi et de la raison.
Jeanne d’Arc.
L’encyclique "Caritas in veritate" du 29 juin 2009.
Benoît XVI.
Pâques 2020, le coronavirus et Dieu…
Pierre Teilhard de Chardin.
L’encyclique "Fides et ratio" du 14 septembre 1998.
Le pape François.
L’abbé Bernard Remy.
Mgr Roger Etchegaray.
Marie-Jeanne Bleuzet-Julbin.
Miss Corny.
Sœur Emmanuelle : respecter et aimer.
Sœurs de Saint-Charles.
Père Gilbert.
Frère Roger.
Jean-Marie Vianney.
Abbé Pierre.
La "peur" de saint Jean-Paul II.
Notre-Dame de Paris : la flèche ne sera pas remplacée par une pyramide !
Dis seulement une parole et je serai guéri.
Maurice Bellet, cruauté et tendresse.
Réflexions postpascales.

_yartiJeanPaulII2020A03



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200518-jean-paul-ii.html

https://www.agoravox.fr/actualites/religions/article/saint-jean-paul-ii-1920-2005-le-224491

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/05/16/38297767.html





 

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