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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 04:47

« L’Angoisse atroce, despotique, sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. » (Baudelaire, 1857).



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Depuis dimanche, c’est assuré : Jair Bolsonaro deviendra officiellement le Président de la République fédérale du Brésil le 1er janvier 2019. Lorsqu’on écoute à l’extérieur du Brésil les réactions à son élection, et en particulier en France, on entend à peu près toujours ce même son de cloche : "Au secours, l’extrême droite a gagné au Brésil !". Et les analystes les plus téméraires en viennent même à dire : "Hou ! c’est le retour aux heures sombres…". Ce type d’analyse, heureusement, est parfois plus nuancé, mais globalement, il n’y a pas matière à réflexion mais matière à émotion, ce qui, pour des analyses, sont plutôt en contradiction avec leur objectif : donner à penser.

Non pas cet aveuglément, mais cette incompréhension a déjà eu lieu à plusieurs reprises dans l’histoire récente. Rappelons-nous la forte popularité de Mikhaïl Gorbatchev en Europe de l’Ouest et le score lilliputien qu’il obtenait à l’élection présidentielle en Russie, de l’ordre du 1%.

Plus récemment, l’impossibilité, prouvée par de nombreux arguments, l’impossibilité de l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre 2016. Et lorsqu’il fut élu, il restait l’incompréhension de ce que représentait cet OVNI de la vie politique américaine (encore aujourd’hui, il est difficile de bien le définir, et les élections intermédiaires du 6 novembre 2018 vont sans doute encore surprendre les observateurs car il est fort probable qu’elles soient gagnées par les Républicains.

Après tout, c’est peut-être cela, la vague actuelle, mondiale, dans les démocraties aussi différentes que les États-Unis, le Brésil, l’Autriche, l’Italie, la Hongrie, et même la France, c’est peut-être que les peuples, librement, mettent au pouvoir des OVNI de leur vie politique intérieure. Même en France donc, puisque le Président Emmanuel Macron, lui aussi, à "l’extrême centre", n’est pas plus définissable, avec les outils d’observation classiques, que d’autres qu’on présenterait plus aisément à "l’extrême droite" ou "extrême gauche" : au-delà de Donald Trump et Jair Bolsonaro (qui s’entendront bien), il y a Viktor Orban, Matteo Salvini et Luigi Di Maio, etc.

Pour ce qui concerne le Brésil, à part les clichés de la baie de Rio et du fameux géant économique qu’on attend qu’il devienne puissance économique (pour l’instant, la Chine et l’Inde ont été plus efficaces), les "médias" en sont restés à Lula, Président du Brésil du 1er janvier 2003 au 1er janvier 2011, le beau sourire, la rassurante gauche capable de gouverner ("gauche responsable", celle qui, partout en Europe, est en train de se faire éjecter à chaque élection), en oubliant que s’il jouit d’une bonne image encore parmi certaines catégories de la population brésilienne, d’autres catégories le rejettent parfois violemment, considéré comme le responsable de tous les maux et en particulier, de la corruption et de l’insécurité. Et actuellement en prison, interdit de se représenter à l’élection présidentielle.

La première des réactions est de constater les résultats (et de les reconnaître évidemment) : il n’y a pas eu photo. Jair Bolsonaro a dominé les deux tours de l’élection présidentielle. Au premier tour du 7 octobre 2018, il a obtenu 46,03% soit 49 millions d’électeurs, et le deuxième candidat, son concurrent du second tour, n’a eu que 29,28% soit 31 millions d’électeurs. Donc une très large avance au premier tour, 18 millions d’électeurs ! Au second tour de ce dimanche 28 octobre 2018, Jair Bolsonaro a obtenu 55,13% soit presque 58 millions de suffrages face à son concurrent du PT (le parti de Lula), Fernando Haddad, seulement 44,87% soit 47 millions de suffrages. Avec une abstention de 21,30%, ce qui reste très satisfaisant pour la représentativité de l’élection. En clair, Jair Bolsonaro n’est même pas très loin de la majorité absolue des électeurs inscrits : 49,85%. C’est pas mal !

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Le 7 octobre 2018, son parti, plutôt petit car il n’avait eu qu’un seul siège aux précédentes élections du 5 octobre 2014, a pris la deuxième place sur le plan parlementaire, il n’aura cependant pas la majorité absolue et devra composer avec d’autres groupes. En effet, à la Chambre des députés, le PSL (son parti, parti social-libéral) est premier en voix avec 11,7% (11,5 millions de suffrages) mais deuxième en sièges, avec 52 sièges sur 513 au total. Au Sénat, renouvelé partiellement, ce parti est troisième en voix avec 11,3% (19,4 millions de suffrages) et a obtenu 4 sièges sur les 54 renouvelables et sur les 81 au total. Pour ces deux scrutins, la participation fut de 79,80%, ce qui est important. Jair Bolsonaro ne pourra pas légiférer comme il le voudra car il ne contrôle pas le Parlement qui reste très éclaté.

Le respect de la démocratie en général impose donc le respect de cette élection présidentielle en particulier, qui n’a pas été "mal" gagnée mais au contraire très largement gagnée : presque 11 millions de voix ont séparé les deux candidats. Il n’y a donc a priori pas photo, à moins d’une immense fraude électorale assez difficile à imaginer de cette ampleur. C’est le premier point.

Le deuxième point, ce serait de comprendre comment les Brésiliens en sont arrivés là, et là aussi, c’est assez facilement explicable par la corruption et aussi l’insécurité : 64 000 meurtres par an, souvent sans suite judiciaire (j’ai lu des statistiques affolantes, seulement un meurtre sur dix est suivi d’arrestations et de condamnations, les autres ne sont pas élucidés). Sans compter la faiblesse économique. Que le peuple brésilien soit en colère est donc très compréhensible.

On restera cependant toujours étonné par les contradictions apparentes habituelles dans ce genre de situation. Par exemple, à 63 ans, Jair Bolsonaro, ancien militaire de profession, jusqu’en 1988, avec le grade de capitaine, est élu député fédéral depuis le 3 octobre 1990, constamment réélu. Il est donc loin d’incarner lui-même le changement et le renouvellement. Ses étiquettes politiques, si elles ont changé de temps en temps, ont souvent été "centristes", démocrates-chrétiennes. Loin des extrémismes donc.

Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS et par ailleurs proche de Jean-Luc Mélenchon (et adorateur de Hugo Chavez), a expliqué sur Europe 1 le 7 septembre 2018 : « Bolsonaro est l’un de ceux qui profitent le plus de ces crises multiples, économiques, sociales, politiques et démocratiques. Le rejet très fort de la politique en général par la population crée une sorte de trumpisme brésilien. Bolsonaro capte ces ressentiments et se transforme en candidat anti-système, ce qu’il n’est pourtant pas du tout. ». Professeur de sciences politiques à l’Université de Brasilia, Lucio Renno a déclaré à RFI en septembre 2018 : « Il se présente comme étant un candidat hors du système politique brésilien, alors qu’il cumule déjà sept mandats en tant que député. Toute sa famille est dans la politique. ». En effet, trois de ses cinq enfants sont parlementaires ! Cela fait penser à une autre famille

Pouvait-on prévoir son élection ? Peut-être car la campagne sur les réseaux sociaux a fait rage largement en faveur du candidat Jair Bolsonaro, avec ce néologisme diffusé sans cesse : Bolsomito. En français, "mito" pourrait être compris comme "mythomane" mais en portugais, cela signifie plutôt la légende Bolso est née ! Jair Bolsonaro a eu 9,3 millions d’abonnés aux différents réseaux sociaux (Facebook, Twitter et Instagram) tandis que Lula n’a en eu que la moitié, 4,3 millions.

Mais finalement, ce qui compte, en tout cas pour des étrangers, en particulier les Européens, ce n’est pas le passé mais le futur. C’est vrai que son élection a de quoi angoisser lorsqu’on écoute ses discours. Jair Bolsonaro est un adorateur de Pinochet, un nostalgique de la période de dictature militaire brésilienne et est partisan de la peine de mort. En 1999, il avait ainsi une solution très simpliste pour résoudre le problème de la corruption : « [La junte militaire entre 1964 et 1985] aurait dû assassiner quelque 30 000 personnes corrompues. ». À une autre occasion, il a dit aussi le 8 juillet 2016 à la radio : « L’erreur de la dictature a été de torturer au lieu de tuer. ». Ses déclarations encore récentes sont souvent polluées par ses conceptions qui fleurent le racisme, l’homophobie, la misogynie, au point de dire à l’une de ses collègues députée femme qu’il ne la violerait pas car elle était trop moche !

Un discours de haine et de violence que la campagne électorale lui a rendu : le 6 septembre 2018 lors d’un meeting à Juiz de Fora, Jair Bolsonaro fut blessé au cours d’un attentat au poignard, profondément atteint au ventre, avec trois organes touchés, ce qui l’a fait hospitaliser pendant vingt-trois jours. Cette agression dont il a été victime a sans doute renforcé le mouvement ascendant en sa faveur.

Parmi les commentaires en France, il y a toujours cette contradiction de vouloir mélanger autoritarisme et libéralisme. Le libéralisme, c’est justement moins d’État, libérer les citoyens de la tutelle de l’État. C’est le contraire d’une éventuelle aventure autocratique et antidémocratique. C’est tout le contraire. À l’annonce du résultat de son élection, Jair Bolsonaro a d’ailleurs annoncé qu’il respecterait la Constitution. Le dire n’est pas une garantie qu’il la respectera mais c’est mieux en le disant.

Comme il ne connaît rien sur le plan économique, Jair Bolsonaro a toujours refusé de débattre avec ses adversaires pendant la campagne et en particulier avec son adversaire du second tour Fernando Haddad. Mais cela fait longtemps que le peuple ne cherche plus des premiers de la classe. Il cherche des leaders qui l’écoutent et qui sache résoudre les problèmes du pays. Cela dit, le populisme de Jair Bolsonaro ne s’est pas traduit par des déclarations fustigeant les élites.

Partisan, dans un discours le 21 octobre 2018, d’une grande "purge" politique qui laisserait à la gauche le choix "entre la prison ou l’exil", Jair Bolsonaro a sans doute parlé en cassant toutes les prudences sémantiques pour des raisons démagogiques. Il a maintenant devant lui un pays avec 58 millions de citoyens, ses électeurs, qui attendent beaucoup de lui. Un pays coupé en deux et donc, qui pourrait rapidement tomber dans la guerre civile s’il se met à pourchasser ses adversaires politiques au mépris de toutes les règles constitutionnelles.

Journaliste spécialiste des relations internationales sur France Inter, Pierre Haski a raison, à mon sens, quand il cherche, ce 29 octobre 2018, la meilleure comparaison à faire : « Jair Bolsonaro ressemble un peu à Donald Trump, mais beaucoup à Rodrigo Duterte, le Président des Philippines. Vous savez, le Président des Philippines qui s’est lui-même comparé à Hitler, dont la guerre contre la drogue s’est transformée en milliers d’exécutions sommaires et qui s’est empressé d’étouffer la presse indépendante. Bolsonaro menace de faire pareil au Brésil. ».

En effet, Jair Bolsonaro, non seulement est partisan de la peine de mort, mais aussi partisan d’un assouplissement pour le port d’armes. Ces deux positions ne sont pas sans conséquence : la politique de Rogrigo Duterte a été d’encourager les citoyens de faire la loi eux-mêmes en exécutant les trafiquants de drogue à la place de la justice et de la police. Environ 4 000 personnes sont mortes ainsi aux Philippines, ce qui peut être considéré comme de véritables assassinats non sanctionnés par le code pénal. Des actes très arbitraires, donc, puisque sans procès.

Partisan du retour aux valeurs familiales traditionnelles, Jair Bolsonaro s’était converti dans les eaux du Jourdain en mai 2016 pour faire partie des églises évangéliques. Et c’est peut-être dans cette perspective qu’il faut comprendre cette élection : la large victoire de Jair Bolsonaro est aussi une grande victoire de l’influence des églises évangéliques sur l’Église catholique. Et cela dans une période où, pour la première fois, un pape est originaire d’Amérique du Sud…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jair Bolsonaro.
Augusto Pinochet.
Juan Manuel Santos.
Hugo Chavez.
Miguel Diaz-Canel.
Fidel Castro.
Che Guevara.
Maximilien l’archidupe.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181028-bolsonaro.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/faut-il-avoir-peur-de-jair-209100

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/10/29/36825275.html



 

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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 04:30

« Le pardon est évidemment un élément central, mais pas un pardon comme une aumône. (…) Nous faisons tous partie d’une génération qui, avec le pardon, doit assumer cette responsabilité. (…) Nous ne pouvons pas continuer une justice de vengeance, la paix va nous demander d’accepter un certain degré d’impunité, c’est inévitable. » (Interview à l’AFP, le 28 juin 2013).


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Celle qui parle de pardon et de réconciliation, elle peut en parler vraiment car elle a été la victime, dans sa chair, de cette guerre civile en Colombie. Un peu comme Simone Veil, déportée à Auschwitz à l’âge de 15 ans, panthéonisée ce dimanche 1er juillet 2018, était bien placée pour parler de l’amitié franco-allemande et de la construction européenne (à la grosse différence que sa famille a été décimée par les nazis). Ingrid Betancourt a vécu plus de six années  très difficiles dans la jungle colombienne, otage malmenée et violée par des guérilleros communistes. Cela fait dix ans qu’elle a été libérée de cet enfer, le 2 juillet 2008.

Ingrid Betancourt était une jeune femme politique pleine d’avenir. Née le jour de Noël 1961, elle fut élue députée du 20 juillet 1994 au 20 juillet 1998 puis sénatrice du 20 juillet 1998 jusqu’à son enlèvement le 23 février 2002. Elle menait sa campagne présidentielle en tant que candidate des écologistes. À l’époque de son enlèvement, elle avait 40 ans.

Fille d’un ancien ministre et ambassadeur en Colombie en France puis à l’Unesco, et d’une ancienne députée, sénatrice et ambassadrice, Ingrid Betancourt a passé son enfance en France (où étaient affectés ses parents) puis y est retournée pour ses études, notamment à l’IEP Paris (diplômée en 1983) où elle se lia d‘amitié avec un de ses enseignants, Dominique de Villepin. Elle a d’abord épousé un Français (1981-1990) avec qui elle a eu deux enfants, puis, après une séparation, elle est retournée vivre en Colombie en 1989 et épousa plus tard un Colombien (1997-2011).

Ingrid Betancourt, citoyenne franco-colombienne, s’est engagée dans la vie politique en Colombie au début des années 1990 et a dénoncé la corruption, ce qui la mettait en danger, elle mais aussi ses enfants.

Lorsqu’elle fut enlevée le 23 février 2002 dans la zone démilitarisée de San Vicente del Caguan, son nom est devenu rapidement le symbole de la résistance face à la violence et à la corruption, et aussi celle de l’engagement politique au féminin, en particulier en France dont la classe politique s’est beaucoup mobilisée, en particulier à Paris où était installée une grande affiche rappelant son enlèvement sur la place de l’Hôtel de Ville.

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Pendant six ans, les gouvernements français ont tenté de faire libérer Ingrid Betancourt, sans doute pas de la bonne manière. D’une part, il y avait une certaine instrumentalisation de ce combat qui se trouvait ainsi au cœur de la rivalité entre Nicolas Sarkozy (Ministre de l’Intérieur) et Dominique de Villepin (Ministre des Affaires étrangères). Après sa libération, Ingrid Betancourt a d’ailleurs demandé le retrait de son nom et de son visage dans le combat pour libérer les otages.

Pour simplifier, on peut présenter les choses ainsi : le gouvernement français cherchait à obtenir la libération de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle par la négociation avec les guérilleros (avec l’aide de Hugo Chavez), tandis que le gouvernement colombien n’entendait pas traiter avec eux, quitte parfois à utiliser des renseignements français pour tuer notamment le numéro deux des FARC (hors du territoire colombien !).

Ce fut par la force que les troupes colombiennes ont pu libérer Ingrid Betancourt et ses compagnons d’infortune. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy, devenu Président de la République, a été pris de court dans cette soirée du 2 juillet 2008. Un avion est parti de Paris pour rapatrier (ou expatrier ?) Ingrid Betancourt arrivée en France le 4 juillet 2008 avec tous les honneurs de la République : le Sénat et l’Assemblée Nationale l’ont accueillie, l’ancien Président Jacques Chirac l’a reçue le 9 juillet 2008, et Nicolas Sarkozy l’a décorée à l’occasion de la garden-party du 14 juillet 2008 à l’Élysée.

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Ingrid Betancourt a complètement changé sa vie (son mari a écrit un livre en 2010, "Ingrid et moi. Une liberté douce-amère") et a renoncé à toute activité politique, en Colombie (elle a cependant déclaré plusieurs années plus tard, le 8 septembre 2017 au Talk "Le Figaro", qu’elle n’excluait plus de revenir faire de la politique en Colombie, peut-être dans la perspective de l’élection présidentielle du printemps 2018).

Comme en France, on aurait pu aussi imaginer un engagement dans la vie politique française où elle reste connue et populaire. Elle a cependant participé à plusieurs meetings en faveur de Nicolas Sarkozy, un pour le soutenir lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012, un autre le 20 février 2013 à la Maison de la Chimie, un autre enfin lors de la primaire LR le 9 octobre 2016 au Zénith de Paris.

Peu de temps après sa libération, une polémique a eu lieu lorsque l’ancienne otage avait demandé au gouvernement colombien plusieurs millions d’euros d’indemnités. En effet, elle avait été enlevée deux jours après une opération de reconquête territoriale du gouvernement sur les FARC et au cours d’une opération de communication du Président colombien qui ne voulait pas la présence d’autres candidats. Il avait donc retiré la garde rapprochée d’Ingrid Betancourt pour la dissuader de l’accompagner. Finalement, elle a renoncé à demander tout dédommagement pour couper court aux polémiques et renouveler sa reconnaissance auprès de l’armée colombienne qui l’avait libérée. Et aussi pour éviter que cette polémique franchît l’océan et n’atteignît la France dont le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme lui avait proposé une indemnité de moins de la moitié du million d’euros qu’elle a aussi refusée en juillet 2010.

Profondément croyante (elle a fait sa première communion avec le pape Paul VI qui va être canonisé dans quelques mois), Ingrid Betancourt avait fait le déplacement à Lourdes dès le 12 juillet 2008 et a rencontré le pape Benoît XVI au Vatican le 2 septembre 2008. Après avoir vécu quelques années (au début des années 2010) à Oxford en Angleterre pour faire des études de théologie, elle réside en France et se consacre à l’écriture.

Lors de la dernière élection présidentielle colombienne des 27 mai et 17 juin 2018, Ingrid Betancourt a soutenu la candidature de Gustavo Petro (58 ans), qui a perdu avec 41,8% face à Ivan Duque (41 ans), élu avec 54,0% au second tour, pour la succession de Juan Manuel Santos, Prix Nobel de la Paix 2016, qui ne pouvait pas se représenter après deux mandats. Pour l’anecdote, son ancienne compagne de captivité, l’avocate Clara Rojas qui fut enlevée en même temps qu’elle et libérée des FARC le 10 janvier 2008, a soutenu Ivan Duque.

Venue à Bogota pour la Foire internationale du livre, Ingrid Betancourt avait mis en garde sur l’avenir de la Colombie le 24 avril 2018 : « Il faut protéger la paix, en faisant des changements si c’est nécessaire, mais il ne faut pas que ce soit une excuse pour reprendre la guerre. Moi, je crois que les candidats qui sont en lice ne sont pas es gens belliqueux. Mais il faut aussi regarder les forces qui accompagnent ces personnes et qui, à un moment donné, peuvent faire pression sur elles et les obliger à prendre des décisions qui iraient à l’encontre de l’intérêt de la paix pour tous les Colombiens. » (Euronews).

C’était le sens de son engagement contre le candidat Ivan Duque (qui vient d’être élu le 17 juin 2018) car ce dernier voudrait revenir sur certaines dispositions de l’accord de paix fait par le Président sortant et les FARC. En particulier sur cette impunité imposée par les accords de paix. Ivan Duque avait été soutenu par les trois anciens Présidents colombiens César Gavira (1990-1994), André Pastrana (1998-2002) et Alvaro Uribe (2002-2010). Il prendra ses fonctions le 7 août 2018 pour un mandat de quatre ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ingrid Betancourt.
Juan Manuel Santos.
La paix entre le gouvernement colombien et les FARC.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Peuple et populismes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180702-ingrid-betancourt.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ingrid-betancourt-la-liberee-douce-205672

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 03:11

« Nous sommes face à une succession sans transition. Cette succession autoritaire, où les Cubains n’ont pas eu leur mot à dire, ne s’accompagne pas d’une transition vers la démocratie. » (Rafael Rojas, historien cubain enseignant à l’Université de Yale, cité par "Le Monde" le 17 avril 2018).



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La fin de la dynastie Castro, c’est maintenant. Jusqu’à maintenant, Cuba était une monarchie communiste. Pas une monarchie classique de type nord-coréen (on se succède de père en fils), mais de type pétrolier, comme la monarchie saoudienne : on se succède de frère en frère. Inévitablement, la nature allait faire son œuvre.

C’est ce jeudi 19 avril 2018 que Raul Castro (87 ans dans un mois et demi), chef de l’État cubain officiellement depuis le 24 février 2008, réellement depuis le 31 juillet 2006, chef du parti communiste cubain depuis le 19 avril 2011, devrait quitter le pouvoir. Il avait succédé à son frère Fidel Castro (1926-2016) au pouvoir depuis le 16 février 1959, soit plus de cinquante-neuf ans !

La session constituante de l’Assemblée du peuple s’est ouverte ce mercredi 18 avril 2018 pour procéder à la succession de Raul Castro. Un seul candidat s’est déclaré, prévu depuis plus de cinq ans, Miguel Diaz-Canel (58 ans dans un jour). Un seul, comme d’habitude dans une dictature communiste. On élit "démocratiquement" sur la base d’un seul candidat. C’est plus pratique pour éviter que les électeurs se trompent.

Beau cadeau d’anniversaire ! Si Miguel Diaz-Canel n’est plus tout jeune (né le 20 avril 1960 à Santa Clara, il n’est plus très loin des 60 ans), il est quand même extrêmement jeune par rapport aux potentats brotonsauriens de la révolution. Mieux : il est né après la révolution cubaine. C’est aussi pour cette raison que certains sont tentés de le comparer à Mikhaïl Gorbatchev, le premier Secrétaire Général du Parti communiste de l’Union Soviétique a être né après la Révolution russe. Mais la comparaison devrait s’arrêter là, car Miguel Diaz-Canel, considéré comme un bon technocrate, ne semble pas du tout prêt à réformer la vie politique cubaine, en clair, à la DÉMOCRATISER. Ce qu’avait fait Gorbatchev en URSS.

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Miguel Diaz-Canel n’est pas un militaire, c’est un civil après avoir servi comme officier des forces armées révolutionnaires. Il a obtenu un diplôme d’ingénieur et a enseigné l’électronique dans une université provinciale. C’est son parcours d’apparatchik du parti communiste cubain qui lui a permis de gravir une à une, progressivement, les marches du pouvoir. Dès 1991 (il avait alors 31 ans), il fut promu au comité central du parti, et en 2003, il fut nommé membre du bureau politique du parti, comme le plus jeune de ses dirigeants, toujours soutenu par Raul Castro, à l’époque numéro deux du régime et inamovible Ministre des Armées.

Désigné Ministre de l’Enseignement supérieur du 8 mai 2009 au 21 mars 2012, il fut bombardé le 22 mars 2012 Vice-Président du Conseil des ministres chargé de l’éducation, de la science, de la culture et des sports (il y a en tout huit Vice-Présidents du Conseil des ministres), succédant au vieux révolutionnaire orthodoxe José Ramon Fernandez Alvarez (94 ans), fonction qu’il a renforcée à partir du 24 février 2013 avec celle de dauphin désigné, Premier Vice-Président des Conseils d’État et des ministres de la République de Cuba, poste qu’il a repris du stalinien José Ramon Machado Ventura (87 ans), numéro deux du pays depuis le départ de Fidel Castro, et toujours numéro deux du parti communiste cubain, l’un des vétérans de la révolution cubaine.

Selon toute vraisemblance, et en raison d’absence de concurrence, Miguel Diaz-Canel devrait être élu ce 19 avril 2018 avec environ 90% des voix des députés (eux-mêmes élus avec la même absence de concurrence) au poste de Président des Conseils d’État et des ministres de la République de Cuba, et à ce titre, succéder à la dynastie Castro. Pour l’instant, il ne sera encore maître ni du parti communiste cubain, ni de l’armée cubaine. Raul Castro restera en effet chef du parti communiste jusqu’en 2021 (ce dernier aura alors 90 ans !). La première vraie interrogation réside donc sur la réalité de son pouvoir à ce poste stratégique.

Pendant les années Raul Castro (2006-2018), Cuba a cherché à s’ouvrir à l’international, et la meilleure illustration fut le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis le 20 juillet 2015. Sur le plan institutionnel, il a aussi modifié le régime politique en limitant à deux mandats consécutifs de cinq ans, ce qui explique le départ de Raul Castro (limitation qu’il a proposée sans trop de difficulté en raison de son grand âge). Il faudra donc savoir si cette limitation restera en l’état avec un Président plus jeune ou si des contournements auront lieu. En plus clair, Cuba pourrait passer peut-être directement de Tchernenko à Poutine sans passer par les cases Gorbatchev et Eltsine.

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Le journal "France-Antilles" a cité le 21 mars 2018 les qualités de Miguel Diaz-Canel reconnues par son mentor : ayant une « solide fermeté idéologique », « il n’est ni un parvenu ni un intrus ». Cela donne une idée des capacités d’évolution du régime pour le "libéraliser" réellement, avec des élections libres et sincères. D’autres ont surtout évoqué le caractère transparent et insipide, et le côté "sympathique" (par exemple, il faisait du vélo pour faire face à la crise économique, il porte des jeans et a un peu ouvert le pays sur le plan culturel). Sans caractère, certes, mais intransigeant contre tous ceux qui voudraient dévier de la ligne idéologique du parti communiste (donnant des consignes pour mettre au pas Internet, par exemple), ce qui ne donne pas beaucoup d’espoir d’amélioration pour le peuple cubain.

Comme je l’ai écrit, malgré cette transition qui n’en est pas une, Raul Castro garde encore la réalité du pouvoir à la tête du parti communiste cubain. Les Cubains devront donc encore attendre avant de connaître une véritable transition démocratique qui libérerait ce pays ruiné par soixante ans de dictature communiste. Mais peut-être que l’hypercastrophile Jean-Luc Mélenchon pourrait finalement postuler à Cuba à la tête du parti unique ? Lui au moins a du caractère ! Et les Français seraient enfin débarrassés de ses fausses et feintes colères !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 avril 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Miguel Diaz-Canel.
Encore le Che Guevara.
La belle "démocratie" de Fidel Castro.
Fidel Castro, vieux dinosaure du XXe siècle.
Rencontre avec Trump ?
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Staline.
Mao.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180419-miguel-diaz-canel.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/cuba-sans-les-castro-203562

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 03:23

« Haïtiens de partout, je suis avec vous. Je vous bénis de tout cœur. Courage ! Tenez ferme ! » (Jean-Paul II, le 9 mars 1983 à Port-au-Prince).


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Un triste anniversaire pour l’un des pays les plus pauvres du monde et les moins "chanceux" aussi : il y a soixante ans, le 22 octobre 1957, le médecin François Duvalier fut investi Président de la République d’Haïti à la suite de son élection le 22 septembre 1957 à la sincérité vacillante, aidée par l’armée. Personne n’aurait pu imaginer que venait alors de démarrer l’une des dictatures les plus cruelles que le monde d’après-guerre aura connues, à la fois par sa terreur et par sa longévité.

Pour un dictature voulant perpétuer son pouvoir, il n’y a qu’une méthode qui fonctionne : installer la terreur systématique pour pouvoir durer. Mais cela n’est valable que le temps de la propre vie du dictateur : Franco, Pinochet, etc., même Marcos s’il n’avait pas été chassé, n’auront tyrannisé que de leur vivant.

C’est beaucoup plus subtil lorsque le dictateur veut préserver la dictature au-delà de sa propre vie. Alors, il n’y a pas trente-six solutions : ou cette dictature se préserve au moyen d’un parti plus ou moins unique, communiste, c’est plus sûr ; ou mieux encore, le dictateur crée sa propre dynastie. Ou inclusif : la Corée du Nord en est à sa troisième génération, beaucoup plus efficace que l’Union Soviétique, finalement, qui n’a pas été à l’abri d’un Gorbatchev qui s’était retrouvé dans la position d’un dictateur mais avec une âme d’humaniste.

Des dictatures dynastiques, c’est finalement assez rare dans l’histoire du monde même si son concept paraît assez naturel et logique : perpétuer le pouvoir oligarchique d’un même clan, donc familial plus que partisan. On peut citer aussi Cuba, mais l’histoire de confier une succession à son frère, un peu à la mode "saoudienne", a des chances de terminer en queue de poisson à long terme.

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Né le 14 avril 1907 à Port-au-Prince d’un père journaliste originaire de la Martinique, François Duvalier a fait des études de médecine et s’est fait beaucoup apprécier par les paysans en étant médecin dans les zones rurales d’une grande pauvreté. Son surnom "Papa-Doc", il l’a donc reçu dès cette époque et bien avant de faire de la politique.

Intéressé par le vaudou et flirtant avec la politique (il dirigea même le Mouvement des ouvriers paysans), il fut nommé Sous-secrétaire d’État au Travail du 26 novembre 1948 au 14 octobre 1949 puis Secrétaire d’État à la Santé publique et au Travail du 14 octobre 1949 au 10 mai 1950 (l’équivalent de ministre) par le Président Léon Dumarsais Estimé (1900-1953). Sa carrière ministérielle s’acheva avec un coup d’État militaire de Paul Eugène Magloire (1907-2001) qui l’obligea à l’exil.

La vie politique haïtienne a toujours été très chaotique et la période entre 1946 et 1956 le fut plus particulièrement avec une succession de coups d’État militaires qui se renversaient les uns les autres, plusieurs Présidents haïtiens en furent à la fois auteurs et victimes, notamment Élie Lescot (1883-1974) renversé le 11 janvier 1946, Léon Dumarsais Estimé renversé le 10 mai 1950 et Paul Eugène Magloire renversé le 12 décembre 1956.

La période de décembre 1956 à octobre 1957 fut encore plus instable que d’habitude, les Présidents par intérim se succédèrent parfois pour quelques semaines sinon jours, comme le juge Joseph Nemours Pierre-Louis (1900-1966) qui voulait organiser une élection présidentielle pour le printemps 1957, le juge Franck Sylvain (1909-1987), renversé par le général Léon Cantave (1910-1967).

Puis fut mis à la tête du pays Daniel Figolé (1913-1986), que François Duvalier avait rencontré dès 1946 et qui a reporté l’élection présidentielle de six ans, mais il fut lui aussi renversé par le général Antonio Kébreau (1909-1963) qui organisa l’élection présidentielle du 22 septembre 1957 et aida le "médecin de campagne" François Duvalier à se faire élire avec 72,4% des suffrages, contre 26,6% à l’ancien sénateur Louis Déjoie (1896-1969), industriel et grand propriétaire de plantations, pour un mandat de six ans. Parallèlement, le Parti de l’unité nationale de François Duvalier rafla 35 sièges sur 37.

Le climat resta très troublé puisque Louis Déjoie retira sa candidature au dernier moment pour dénoncer la fraude électorale et appela à la grève générale. L’armée avait cru voir en Papa-Doc une marionnette facilement manipulable, lui si effacé qui n’avait jusque là jamais fait preuve d’une très grande force de caractère.

L’élection de François Duvalier fut alors un événement pour plusieurs raisons : d’une part, elle marqua le terme d’un désordre institutionnel durable avec une forte attente d’une stabilité démocratiquement acquise ; d’autre part, la campagne très populiste de François Duvalier, populiste ou populaire (selon le camp choisi), laissait entendre qu’une fois élu, il se préoccuperait avant tout des populations les plus pauvres de l’île.

Parmi ses thèmes de campagne, il y en avait un particulièrement "raciste", puisque basé sur la couleur de la peau. François Duvalier avait voué aux gémonies les métis qui occupaient généralement les postes du pouvoir économique et politique et il se faisait le représentant et le défenseur de la population noire faiblement représentée au sein de ce même pouvoir. Il prôna une sorte de nationalisme noir. Le discours anti-élite est encore beaucoup pratiqué de nos jours et pas seulement à Haïti…

Considérant l’histoire instable de ses prédécesseurs, un Président haïtien avait toutes les raisons de devenir paranoïaque et de craindre d’être lui-même renversé. Les 28 et 29 juillet 1958, une tentative de coup d’État menée par le capitaine Alix Pasquet (qui fut tué à cette occasion) déclencha véritablement la dictature. Le 31 juillet 1958, profitant de cette tentative déjouée (Erdogan a fait de même en Turquie en juillet 2016), François Duvalier imposa l’état de siège pour six mois et le renvoi du Parlement, laissant au gouvernement la possibilité de légiférer (décret du Sénat du 30 juillet 1958, suspension des garanties constitutionnelles du 31 juillet 1958, etc.). Par la suite, François Duvalier fut victime d’autres tentatives d’assassinat ou de coup d’État.

Il purgea également l’armée des officiers pas suffisamment loyaux et surtout, il créa les tristement célèbres "Tontons macoutes" (l’équivalent de "croque-mitaine" en quelques sortes) rassemblant plusieurs milliers de miliciens paramilitaires prêts à le protéger et à semer la terreur dans la population. Ces Tontons macoutes permettaient aussi de contourner la toute puissance de l’armée. Et comme ces miliciens n’étaient pas payés, ils se payaient avec leurs exactions : pillages, viols, tortures, assassinats, massacres, etc. Le chef des Tontons macoutes, Clément Barbot (1914-1963) fut lui-même tué avec ses proches par François Duvalier, soupçonnant un manque de loyauté dès mai 1959.

Succombant à la paranoïa de palais et craignant une conspiration des plus proches, François Duvalier, habillé d’un uniforme de simple soldat, assista le 8 juin 1967 après-midi, à la prison de Fort-Dimanche, à l’exécution sans jugement de dix-neuf de ses officiers les plus fidèles, après les avoir publiquement humiliés, et il n’épargna un vingtième, un de ses gendres, que sur la supplication de sa fille Marie-Denise. Le 22 juin 1967, il expliqua aux autres notables mourant de trouille qui avaient été obligés d’assister à ces exécutions : « Je suis tel un bras d’acier frappant sans pitié… sans pitié… sans pitié. J’ai fait fusiller ces officiers dans le but de protéger la Révolution et ceux qui la servent. Je m’aligne en compagnie des grands meneurs de peuples tel Atatürk, Lénine, N’Krumah, Lumumba, Azikiwe, Mao Tsé-Toung. ». Il a reconnu plus tard, devant deux témoins, s’être trompé : « J’ai fait tuer dix-neuf loyaux officiers… Dix-neuf loyaux officiers duvaliéristes dont la mort n’a pas fait beaucoup pleurer la nation. ». Cette histoire a été évoquée par l’historien Charles Dupuy en 2014 : « [François Duvalier] vivait dans la crainte paranoïaque d’un complot contre sa personne, d’une conjuration militaire ourdie de l’intérieur. Le Palais était alors divisé en deux clans hostiles… ».

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Ce fut donc dans toute la démesure que le dictateur s’exprima. François Duvalier se prit pour Napoléon. Il massacra tous ses opposants, il spolia son pays, détourna toutes les aides internationales à son seul profit, piocha dans le trésor public, engendra des vagues d’exils, etc. Tous les cerveaux émigrèrent pour échapper à cette dictature sanglante. Le PIB d’Haïti a baissé de 40% entre 1960 et 1970.

L’un des points d’appui du régime de cette dictature fut les États-Unis, qui, au nom de l’anticommunisme et craignant que la Révolution cubaine ne se propageât, ont soutenu plus que de raison François Duvalier (qui formalisa ce choix le 25 juin 1960 après les avoir invités le 13 juillet 1959). Toutefois, à la fin des années 1960, les États-Unis s’éloignèrent du régime qui se montrait également antiaméricain pour des raisons racistes.

D’un point de vue constitutionnel, Papa-Doc modifia les institutions pour renforcer son pouvoir personnel. Le référendum du 30 avril 1961, où il reçut 100,0% de "oui" (1,3 million de suffrages), a prolongé son mandat, qui devait se terminer le 15 mai 1963 (selon l’article 57 de la Constitution de 1957), jusqu’en 1967. Le référendum du 14 juin 1964, où il reçut 99,9% de "oui" (2,8 millions de suffrages), le proclama "Président à vie". Enfin, le référendum du 31 janvier 1971, où il reçut 100,0% de "oui" (2,3 millions de suffrages), désigna son fils Jean-Claude Duvalier comme successeur, avec quelques articles aménageant juridiquement cette disposition comme la réduction à 18 ans de l’âge minimum pour être Président.

Comme on le voit, les résultats de ces "plébiscites" très napoléoniens ont été truqués de manière un peu trop voyante pour être crédibles, l’opposition politique ayant été systématiquement laminée au cours de cette dictature. À partir de 1964, un véritable culte de la personnalité fut imposé à la population, avec l’affichage de portraits de François Duvalier dans toutes les écoles, les bâtiments publics, etc.

L’un des éléments les plus sinistres de cette dictature fut le massacre du 26 avril 1963 (avant la Présidence à vie de Duvalier), avec l’assassinat d’au moins 73 opposants et leur famille, femmes et enfants, jusqu’à un bébé de 9 mois. Le cinquantenaire de ce massacre fut commémoré à Haïti et aussi dans de nombreuses villes du monde, le 26 avril 2013, en particulier à Paris, Bruxelles, Genève, Madrid, Boston, New York, Montréal, Québec, etc.

Les relations entre l’Église catholique et le régime duvaliériste furent très mauvaises au point que le pape Paul VI excommunia François Duvalier en 1961 parce qu’il avait expulsé des évêques et des jésuites. Un peu plus tard, il a réussi cependant à obtenir du Vatican le soin de nommer lui-même les évêques haïtiens, évidemment à sa dévotion et proches du culte vaudou. François Duvalier, qui se prenait pour un dieu et qui avait rédigé des prières à sa dévotion, annonça même que l’assassinat de John F. Kennedy fut le résultat d’un sort vaudou !

Malade, Papa-Doc annonça le 2 janvier 1971 que son fils Jean-Claude prendrait sa succession, comme si le pays était une boutique familiale. Le pays ne fut donc pas soulagé le 21 avril 1971, lors de l’annonce de la mort de François Duvalier, sept jours après son 64e anniversaire. Michel Soukar a décrit la situation du pays à cette date : « Pour éviter tout dérapage, les hommes du pouvoir, sous la supervision de l’ambassade américaine, organisent la transition. Le pays est quadrillé par l’armée et par la milice, les bateaux de guerre de la US Navy croisent au large des côtes haïtiennes. » (2013).

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Son fils, Jean-Claude Duvalier fut surnommé "Baby-Doc" parce qu’il n’avait que 19 ans  quand il prit le pouvoir, le plus jeune chef d’État du monde (né le 3 juillet 1951 à Port-au-Prince), seul fils du dictateur, cancre et le plus jeune de la fratrie (complétée par trois sœurs). Il continua la dictature avec la même cruauté sanglante des Tontons macoutes : des milliers de personnes furent torturées, assassinées, des centaines de milliers durent prendre le chemin de l’exil. La dictature dura encore près de quinze années, malgré quelques espoirs de libéralisation et d’ouverture du régime.

Jusqu’à la fin des années 1970, Jean-Claude Duvalier était perçu en effet comme plus respectueux des droits de l’homme, mais il s’intéressait peu au pouvoir qui fut aux mains des "dinosaures" de Papa-Doc, puis il a repris personnellement le pouvoir de manière autoritaire, avec ses propres hommes, en écartant l’ancienne clique et sa propre mère Simone Ovide (1913-1997).

Son mariage très fastueux, le 27 mai 1980, avec Michèle (67 ans), représentante de la bourgeoisie métisse, ancienne épouse du fils d’Alix Pasquet (l’auteur du premier coup d’État contre François Duvalier), fut une insulte à la pauvreté de la population (le troisième mariage le plus coûteux du monde, selon le livre Guinness des records). Le clan de l’épouse faisait même du trafic de cadavres avec les écoles de médecine… Elle dépensa l’argent du pays sans compter. Il divorça en exil le 19 juin 1990.

Le "début de la fin" eut lieu lors de la visite du pape Jean-Paul II à Haïti le 9 mars 1983. La présence pontificale à Haïti a eu lieu dans le cadre d’un grand voyage en Amérique centrale du 2 au 9 mars 1983 qui l’amena au Costa Rica, au Nicaragua, au Panama, au Salvador, au Guatemala, au Belize, au Honduras et à Haïti.

Le 9 mars 1983 à Port-au-Prince, en clôture du congrès eucharistique, Jean-Paul II déclara au peuple haïtien : « Vous avez choisi comme slogan de votre congrès : "Il faut que quelque chose change ici". Eh bien, vous trouvez dans l’Eucharistie l’inspiration, la force et la persévérance pour vous engager dans ce processus de changement. Il faut bien, en effet, que les choses changent. En préparant le congrès, l’Église a eu le courage de regarder en face les dures réalités actuelles, et je suis sûr qu’il en est de même pour tous les hommes de bonne volonté, pour tous ceux qui aiment profondément leur patrie. Certes, vous disposez d’un beau pays, aux ressources humaines nombreuses. Et l’on peut parler chez vous du sentiment religieux inné et généreux, de la vitalité et du caractère populaire de l’Église. Mais les chrétiens ont constaté aussi la division, l’injustice, l’inégalité excessive, la dégradation de la qualité de la vie, la misère, la faim, la peur d’un grand nombre ; ils ont pensé aux paysans incapables de vivre de leur terre, aux gens qui s’entassent, sans travail, dans les villes, aux familles disloquées, aux victimes de diverses frustrations. Et pourtant, ils sont persuadés qu’il a des solutions, dans la solidarité. Il faut que les "pauvres" de toutes sortes se reprennent à espérer. L’Église garde en ce domaine une mission prophétique, inséparable de sa mission religieuse, et elle demande la liberté de l’accomplir : pas pour accuser, et pas seulement pour faire prendre conscience du mal, mais pour contribuer de façon positive au redressement, en engageant toutes les consciences et plus particulièrement la conscience de ceux qui portent une responsabilité dans les villages, dans les cités et au niveau national, à agir conformément à l’Évangile et à la doctrine sociale de l’Église. ».

Et d’énumérer les réformes nécessaires : « Il y a certainement un profond besoin de justice, d’une meilleure distribution des biens, d’une organisation plus équitable de la société, avec davantage de participation, une conception plus désintéressée du service de tous chez ceux qui ont des responsabilités ; il y a le désir légitime, pour les médias et la politique, d’une libre expression respectueuse des options des autres et du bien commun ; il y a le besoin d’un accès plus ouvert et plus aisé aux biens et aux services qui ne peuvent rester l’apanage de quelques-uns : par exemple, la possibilité de manger à sa faim et d’être soigné, le logement, la scolarisation, la victoire sur l’analphabétisme, un travail honnête et digne, la sécurité sociale, le respect des responsabilités familiales et des droits fondamentaux de l’homme. Bref, tout ce qui fait que l’homme et la femme, les enfants et les vieillards puissent mener une vie vraiment humaine. Il ne s’agit pas de rêver de richesse, ni de société de consommation, mais il s’agit, pour tous, d’un niveau de vie digne de la personne humaine, des fils et filles de Dieu. Et cela n’est pas impossible si toutes les forces vives du pays s’unissent dans un même effort, comptant aussi sur la solidarité internationale qui est toujours souhaitable. Les chrétiens veulent être des gens de l’espérance, de l’amour, de l’action responsable. » (9 mars 1983).

Face aux opposants, Jean-Claude Duvalier avait choisi la solution de la répression et de l’imposture politique. Il organisa un référendum le 22 juillet 1985 avec la même crédibilité que ceux de son père, en recevant 99,98% de "oui" (2,3 millions de suffrages) pour approuver la création du poste de Premier Ministre, la transformation de sa fonction présidentielle en "Présidence à vie" et la possibilité par le Président de nommer son successeur. Par ailleurs, le multipartisme fut rétabli, à la condition que les partis le reconnussent comme Président à vie et lui fissent totale allégeance !

Le voyage du pape renforça moralement les opposants au régime des Duvalier. Une vague de manifestations et de révoltes eut lieu dans le pays entre fin novembre 1985 et fin janvier 1986 et provoqua des dizaines de morts. La répression comme réaction du pouvoir n’aida pas ce pouvoir face à la contestation généralisée dans le pays. Ronald Reagan lâcha Baby-Doc. Les États-Unis lui refusèrent l’asile politique, mais l’aidèrent à quitter Haïti en lui prêtant un avion.

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Le 7 février 1986, chassés par le peuple, Jean-Claude Duvalier et sa famille s’exilèrent en France. À Port-au-Prince, 500 000 personnes furent présentes devant le palais présidentiel. L’armée a repris le pouvoir au nom du peuple et les maisons des Duvalier furent pillées, des dizaines de Tontons macoutes furent lynchés, lapidés ou brûlés vif, le cadavre de François Duvalier fut exhumé et profané le 8 février 1986. Le processus démocratique s’est conclu par le référendum du 29 mars 1987 qui approuva la nouvelle Constitution (proclamant toutes les libertés fondamentales : expression, presse, association, religion, politique) avec 99,8% de "oui" (1,3 million de voix).

La Suisse, le Gabon, la Grèce, l’Espagne et le Maroc refusèrent l’asile politique. Atterrissant à Grenoble, Baby-Doc séjourna, à partir du 7 mars 1986 et pendant plusieurs dizaines d’années, à Mougins, près de Sophia-Antipolis, dans la région niçoise, dans le luxe, puis à Paris. Sa fortune estimée à 800 millions de dollars était supérieure à la dette extérieure d’Haïti. Il fut considéré comme parmi les dirigeants politiques les plus corrompus au monde.

Après des velléités de se présenter à l’élection présidentielle haïtienne des 7 février et 21 avril 2006 et libre d’un passeport diplomatique depuis 2005, Baby-Doc profita du premier anniversaire du terrible séisme qui tua plus d’une centaine de milliers de Haïtiens pour revenir à Haïti, le 16 janvier 2011 et oser dire à son arrivée : « Je suis venu à Haïti pour aider le peuple haïtien dans sa reconstruction. ».

Baby-Doc fut interpellé le 18 janvier 2011, mais remis en liberté avec interdiction de quitter Haïti. La justice haïtienne fut finalement bien trop lente pour juger ses crimes contre l’humanité. Le 4 octobre 2014, Jean-Claude Duvalier est mort d’une crise cardiaque, à l’âge de 63 ans, sensiblement au même âge que son père. Il avait assisté le 5 juillet 2014 aux obsèques de Leslie Manigat (1930-2014), le premier Président élu démocratiquement après sa dictature, le 17 janvier 1988 par 50,3% des voix, investi le 7 février 1988 et …renversé le 20 juin 1988 par les militaires.

Jean-Claude Duvalier n’a pas eu de funérailles nationales malgré la demande de certains Haïtiens. Les mots du Président de l’époque, Michel J. Martelly (56 ans), a suscité la polémique : « Sincères sympathies à l’endroit de la famille et de la nation tout entière en cette triste circonstance. En dépit de nos querelles et de nos divergences, saluons le départ d’un authentique fils d’Haïti. L’amour et la réconciliation doivent toujours vaicnre nos querelles intestines. Que ton âme repose en paix. » (4 octobre 2014).

L’historien Charles Dupuy a rappelé : « Au moins 50 000 personnes sont mortes dans la prison de Fort-Dimanche à Port-au-Prince. Les prisonniers mouraient dans la discrétion car il n’y avait pas de registre et ils étaient transportés dans différentes prisons pour que leurs familles perdent leur trace. » (Canoe.ca).

Le blogueur Widlore Mérancourt aussi s’est souvenu : « Des maisons incendiées avec leurs occupants, des dizaines de femmes, de filles et enfants éventrés, des hommes arrachés de la chaleur du lit de leurs femmes en pleine nuit pour ne plus donner signe de vie. Fort-Dimanche, ô douce maison de retraite anticipée où celui qui rentre n’en sort pas. Que de mères n’ont pas fini leurs deuils ! Que de fils, de filles pleurent encore leurs disparus ! (…) Liberté d’expression bâillonnée, régime de terreur, dictature de la pensée unique, pillage dans les caisses de l’État, misère, cerveaux contraints à l’exil, terreur institutionnalisée, exécutions sommaires, Tonton macoute, image répugnante de l’île dans la communauté internationale. Qui dit mieux ? » (24 juin 2014).

Le site haitiluttecontre-impunite.org a enfoncé le clou ainsi : « Cette vague de tueries frappait toute personne, y compris des bébés, des vieillards, qui avaient un lien quelconque avec un ou des compatriotes qui étaient ouvertement hostiles ou supposés hostiles au régime. (…) Répétons-le : ces massacres n’étaient pas des accidents, ils constituaient la mise en application d’une politique de terreur élaborée, conçue et instituée par François Duvalier. Cette politique imprégnait la société civile avec une telle force que la moindre critique du régime ou d’un membre de celui-ci par n’importe quel individu, qu’ils soit homme, femme, vieillard, adolescent ou enfant, paysan ou bourgeois, signait l’arrêt de mort de cet individu. Cette terreur infusait au sein même de la société civile une telle peur qu’il était devenu impossible de faire confiance à qui que ce soit. On était condamné "à se parler par signes" car l’espace duvaliérien, le pouvoir duvaliérien semblaient interdire toute proximité, toute intimité entre individus, les murs avaient littéralement des oreilles. (…) On devait soit se soumettre, soit s’exiler, soit résister avec le risque de se retrouver avec sa famille six pieds sous terre. ».

Les deux Duvalier ont ensanglanté et volé le peuple haïtien pendant près de trente ans sans qu’aucun de leur crime n’ait pu être jugé. Seule l’histoire les aura jugés. Ne l’oublions pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Duvalier.
Leslie Manigat.
Un scénario à l’ivoirienne pour Haïti ?
Apocalypse now : l’autre possibilité d’une île.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Jean-Bedel Bokassa.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Robert Mugabe.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171022-duvalier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/francois-duvalier-le-dictateur-197986

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/23/35796883.html


 

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 04:30

« Que le Québec soit libre, c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là. » (De Gaulle à sa conférence de presse, Paris le 27 novembre 1967).


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L’histoire des relations entre le Canada et la France a eu ses hauts et ses bas. En ce moment, cela pourrait être un haut, car les deux chefs de l’exécutif sont considérés souvent comme "de la même farine" : jeunes, au contact simple et direct, décontractés, ce qui a créé une certaine connivence dès leur première rencontre à Bruxelles le 25 mai 2017 pour le Sommet de l’OTAN. Avec une différence près : Justin Trudeau, le Premier Ministre canadien, est le fils de son père Pierre Elliott (1919-2000), qui fut, lui aussi, Premier Ministre canadien (du 20 avril 1968 au 3 juin 1979 et du 3 mars 1980 au 30 juin 1984). Tandis que le Président français Emmanuel Macron n’avait pas, initialement, d’ascendance politique.

Mais si l’on remonte à un demi-siècle, il y a exactement cinquante ans, le 24 juillet 1967, les relations entre la France et le Canada étaient particulièrement exécrables. La cause ? De Gaulle, qui voulait montrer l’amitié de la France avec les Québécois.

Le Premier Ministre du Canada était alors Lester Pearson (1897-1972), du Parti libéral. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix le 12 octobre 1957, car, diplomate, il a été récompensé pour son rôle dans le règlement de la crise du canal de Suez en 1956 en créant une force de maintien de la paix de l’ONU, notion qui fut réutilisée de nombreuses fois ultérieurement pour apaiser certains conflits. Il dirigeait le gouvernement canadien depuis le 22 avril 1963 (jusqu’au 20 avril 1968, date à laquelle lui succéda Pierre Elliott Trudeau).

Il y avait déjà eu quelques signaux négatifs. Lester Pearson craignait déjà une ingérence française dans les affaires canadiennes. Le gouverneur général du Canada (depuis le 15 septembre 1959) Georges Vanier (1888-1967), francophone, est mort en fonctions, le 5 mars 1967 à Ottawa et il avait été un ami de De Gaulle depuis 1940 (il était militaire et diplomate, jusqu’à être ambassadeur du Canada en France de 1944 à 1953). Or, De Gaulle n’envoya aucun représentant à l’enterrement le 8 mars 1967 à Montréal.

C’était aussi une période où la volonté d’indépendance ou plutôt, de plus grande autonomie des Québécois allait croissant dans la vie politique. Ainsi, Daniel Johnson (1915-1968) fut élu Premier Ministre du Québec le 16 juin 1966 (jusqu’à sa mort le 26 septembre 1968), et son principal projet était de réformer la Constitution canadienne pour renforcer les intérêts des Québécois. Durant la campagne des élections générales québécoises du 5 juin 1966, son slogan (celui de son parti, l’Union nationale) était "Québec d’abord !". Mais à ces élections, il n’a eu qu’une courte victoire (sur le Parti libéral de son rival Jean Lesage, Premier Ministre sortant), et n’avait donc pas les moyens politiques d’imposer une telle réforme constitutionnelle sans d’autres appuis politiques. Ce fut la raison pour laquelle il a invité le Général De Gaulle le 13 septembre 1966 à venir visiter l’exposition universelle de Montréal en été 1967 (l’exposition était ouverte du 28 avril au 29 octobre 1967).

De Gaulle avait alors été déjà invité par le gouvernement canadien (fédéral), à la fois pour l’exposition universelle et aussi pour célébrer le centenaire de la Constitution canadienne (qui est entrée en application le 1er juillet 1867 : on vient de fêter son cent cinquantième anniversaire il y a quelques semaines). De Gaulle ne voulait cependant pas montrer qu’il cautionnait cette Constitution : il était opposé au caractère confédéral qui sous-estimait l’autonomie du Québec, selon lui. Finalement, il accepta l’invitation (du Québec, pas du Canada !) en février 1967, et reçut en grandes pompes Daniel Johnson à l’Élysée le 18 mai 1967 qu’il accepta d’aider à réformer la Constitution canadienne (ce qui était une ingérence étrangère !). Pourquoi cette volonté d’aider les Québécois ?

De Gaulle considérait que la France avait une dette envers les Québécois qu’elle avait abandonnés au XVIIIe siècle. Arrivés le 24 juillet 1534 avec Jacques Cartier, les Français ont quitté le Canada en raison du Traité de Paris signé le 10 février 1763 entre la France, le Royaume-Uni et l’Espagne pour mettre fin à la Guerre de Sept Ans (ce traité a fait perdre la domination mondiale de la France au profit du Royaume-Uni, en particulier en Inde et en Amérique). De Gaulle aurait lâché à son gendre Alain de Boissieu : « Je compte frapper un grand coup. Ca bardera, mais il le faut. C’est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France. ».

Dans son déplacement de quelques jours, tout a été fait pour "agacer" le gouvernement canadien. Même le mode de transport ! De Gaulle aurait pu prendre l’avion (c’était nettement plus rapide) mais dans ce cas, le protocole l’aurait obligé à atterrir à Ottawa, la capitale, alors qu’il ne voulait pas commencer son voyage par Ottawa (qui était une ville incontournable pour un premier voyage officiel au Canada). Il embarqua dans le croiseur "Colbert" à Brest le 15 juillet 1967, fit une étape à Saint-Pierre-et-Miquelon le 20 juillet 1967 et arriva à Québec le 23 juillet 1967, reçu par Daniel Johnson.

Il y prononça un discours sur l’identité commune entre Français et Québécois : « On assiste ici à l’avènement d’un peuple qui, dans tous les domaines, veut disposer de lui-même et prendre en main ses destinées. ». Et il a eu son premier bain de foule : « De tout mon cœur ! De tout mon cœur, je remercie Québec de son magnifique accueil, de son accueil français ! Nous sommes liés par le présent. Parce qu’ici, comme dans le Vieux Pays, nous nous sommes réveillés ! Nous acquérons toujours plus fort, les moyens d’être nous-mêmes. Nous sommes liés par notre avenir… Mais on est chez soi, ici, après tout ! Ce que nous faisons ici et là-bas, nous le faisons toujours un peu plus ensemble. Toute la France, en ce moment, regarde par ici. Elle vous voit. Elle vous entend. Elle vous aime. ».

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Le 24 juillet 1967, il se déplaça en voiture officielle de Québec à Montréal. Tout au long de la route, il reçut des ovations de la part des habitants venus en masse le saluer. Il y avait une atmosphère proche de la Libération de Paris ! Dans les villes étapes, les gens portaient des panneaux "Québec libre", "Vive le Canada français !" et "France libre". Lorsque De Gaulle arriva à Montréal, il fut reçu avec les honneurs à l’hôtel de ville par le maire Jean Drapeau (1916-1999), maire du 25 octobre 1954 au 28 octobre 1957 et depuis le 24 octobre 1960 (il le resta jusqu’au 9 novembre 1986).

Jean Drapeau avait prévu que De Gaulle prononçât un discours dans la salle d’honneur de la mairie, devant les notables invités. Mais une foule d’environ vingt mille personnes avait pris place devant la mairie pour l’ovationner. Ce furent plus tard, par des témoignages de proches, dont celui de son fils Philippe De Gaulle, qu’on a su que le garde du corps de De Gaulle se débrouilla pour trouver des micros et brancher la sonorisation, ce qui a permis à De Gaulle de venir s’exprimer sur le balcon, à la grande stupéfaction de ses hôtes !

Ce fut à ce moment que, emporté par une foule qui lui était complètement acquise, il prononça son fameux discours sur le Québec libre, qui n’avait rien d’un laïus théorique sur la souveraineté des peuples, mais qui était juste une expression sortie du cœur (préméditée ou pas).

Le discours était souvent entrecoupé des ovations des habitants. Il commença par quelques mots émus d’avoir été aussi bien accueilli : « C’est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal. Française. Au nom du Vieux Pays, au nom de la France, je vous salue. Je vous salue de tout mon cœur ! Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas. Ce soir, ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. Et tout le long de ma route, outre cela, j’ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent, d’affranchissement vous accomplissez ici. Et c’est à Montréal qu’il faut que je le dise, parce que, s’il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c’est la vôtre ! Je dis, c’est la vôtre et je me permets d’ajouter, c’est la nôtre ! ».

Ce fut ensuite la grande affection qu’il a éprouvée pour les Canadiens francophones : « Si vous saviez quelle confiance la France réveillée, après d’immenses épreuves, porte maintenant vers vous. Si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada. Et si vous saviez à quel point elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès ! C’est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords pour que les Français de part et d’autres de l’Atlantique, travaillent ensemble à une même œuvre française. Et d’ailleurs, le concours de la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l’étonnement de tous et qui, un jour, j’en suis sûr, vous permettront d’aider la France ! Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j’emporte cette réunion de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu’elle en vaudra mieux. ».

Et il a fini son discours sous un tonnerre d’acclamations et d’applaudissements, avec une expression qui a choqué bien des diplomates (y compris français) : « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec… libre ! Vive le Canada français ! Et vive la France ! ».






L’histoire ne dira pas si ces mots étaient préparés ou pas. Il me semble que De Gaulle devait avoir une petite idée de ce qu’il voulait dire . Cette idée était de redonner confiance et fierté aux Québécois, de les assurer de l’amitié historique des Français. Mais il n’avait peut-être pas imaginé de prononcer l’expression "Québec libre" (qui a fait le "buzz" !) qu’il a dû dire porté par son lyrisme et par l’élan de la foule qui l’a galvanisé.

Alain Peyrefitte a cependant dit le contraire en expliquant au printemps 1997 (dans "Les cahiers d’histoire du Québec au XXe siècle") que De Gaulle avait prémédité cette formule, très conscient du parallélisme avec la "France libre" et qu’il était persuadé qu’il y aurait une "République française du Canada" (selon une conversation personnelle en septembre 1965). C’est comme l’expression "Je vous ai compris", ainsi que les intentions de De Gaulle pour l’Algérie lorsqu’il retrouva le pouvoir le 1er juin 1958 : avait-il imaginé tout de suite l’indépendance sans le dire ou a-t-il évolué comme ont évolué aussi beaucoup de Français ?

Concrètement, cela a eu deux conséquences internationales. La première, c’est qu’avec De Gaulle, la France montrait une fois de plus à la Terre entière qu’elle était libre et indépendante et disait ce qu’elle voulait dire, quitte à choquer dans les chancelleries. La deuxième, c’était que le Québec est devenu connu dans le monde entier (y compris en Chine). Petite province qui voudrait son autonomie dans un pays pas très important, sa notoriété a été hissée au sommet par cette déclaration gaullienne. Daniel Johnson a été lui-même surpris par ce discours inattendu.

Évidemment, il y a eu une troisième conséquence, la protestation des Canadiens anglophones et du gouvernement fédéral canadien qui a vu dans cette démarche une véritable ingérence française. Lester Pearson a déclaré dès le 25 juillet 1967 : « Certaines déclarations faites par le Président ont tendance à encourager la faible minorité de notre population qui cherche à détruire le Canada et, comme telles, elles sont inacceptables pour le peuple canadien et son gouvernement. Les habitants du Canada sont libres. Toutes les provinces du Canada sont libres. Les Canadiens n’ont pas besoin d’être libérés. Le Canada restera uni et rejettera toutes les tentatives visant à détruire son unité. ». Il a fallu attendre la démission de De Gaulle pour un début de réchauffement des relations entre le Canada et la France.

Pour se rendre compte de l’effet politique et diplomatique, il faudrait imaginer aujourd’hui Angela Merkel venant à Strasbourg dire : "Vive l’Alsace libre !" et réclamer l’indépendance de l’Alsace, ou alors Theresa May venant à Rennes dire : "Vive la Bretagne libre !" et réclamer l’indépendance de la Bretagne. Le coup du "Québec libre", c’était aussi gros que ça ! Même plus gros, en raison de la personnalité et du passé glorieux de De Gaulle (plutôt imaginer respectivement Helmut Kohl et Winston Churchill).

De Gaulle, d’ailleurs, qui devait ensuite se rendre à Ottawa pour rencontrer le Premier Ministre fédéral, a finalement préféré écourter son séjour au Canada, devenu persona non grata. Il a passé la journée du 25 juillet 1967 à visiter l’exposition universelle à Montréal, pris un dîner avec Daniel Johnson : « Ni vous ni moi n’avons perdu nos heures. Peut-être se sera-t-il passé quelque chose ? ». Le 26 juillet 1967, il a partagé un déjeuner avec le maire Jean Drapeau : « Ensemble, nous avons été au fond des choses et nous en recueillons, les uns et les autres, des leçons capitales. Et, quant au reste, tout ce qui grouille, grenouille ou scribouille, n’a pas de conséquence historique dans ces grandes circonstances, pas plus qu’elle n’en eut jamais dans d’autres. ». Le même jour, De Gaulle est reparti de Montréal par avion vers Paris.

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Préméditée ou pas, la formule du "Québec libre" fut surtout assumée par De Gaulle (notamment lors de sa conférence de presse du 27 novembre 1967) et c’était cela l’essentiel politiquement. On peut en trouver l’origine dans cette haute idée de la France qu’il avait, et ce combat permanent contre tout ce qui rabaissait la France et les Français. Or, parmi les cicatrices qu’il ressentait encore très profondément, très vivement, en tant qu’incarnation de la nation, c’était l’humiliation de la France de Louis XV avec le Traité de Paris signé le 10 février 1763 qui a constitué la fin de la domination mondiale de la France et le début de l’hégémonie anglophone sur l’Asie, l’Amérique, etc.

Avec cette expression, il a voulu chercher à "résister" contre cette défaite française, mais ce ne fut qu’un vague sursaut sans lendemain. Du reste, on pourrait confirmer cet état d’esprit en lisant ses archives dont certaines ont été publiées en 1988. Lorsqu’il fut invité à célébrer le centenaire du Canada moderne, De Gaulle écrivit le 6 décembre 1966, dans une note interne : « Il n’est pas question que j’adresse un message au Canada pour célébrer son centenaire. Nous pouvons avoir de bonnes relations avec l’ensemble de l’actuel Canada. Nous devons en avoir d’excellentes avec le Canada français. Mais nous n’avons pas à féliciter ni les Canadiens ni nous-mêmes de la création d’un État fondé sur notre défaite d’autrefois et sur l’intégration d’une partie du peuple français dans un ensemble britannique. ».

La fin de la domination mondiale de la France a été en effet bien antérieure aux deux guerres mondiales du XXe siècle. Il reste que l’esprit français a encore une grande influence culturelle et humanitaire dans le monde et que c’est forcément en entrant dans la mondialisation avec l’esprit de conquête qu’on pourra faire perdurer cette influence française dans la monde, certainement pas en fermant les frontières et en se repliant dans un pays imaginaire qui n’existe de toute façon plus depuis longtemps.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2017)
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Pour aller plus loin :
Justin Trudeau et le CETA.
De Gaulle et le Québec libre.
Philippe De Gaulle.
L’ambition en politique.
De Gaulle réélu.
Halte à la récupération de De Gaulle !
La première élection présidentielle française.
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
L’élection présidentielle de 2012.
Le quinquennat.
La Ve République.
De Gaulle face à l’Histoire.
L’appel du 18 juin.
De Gaulle Président.
Les valeurs du gaullisme.
L’héritage du gaullisme.
Péguy.
Le Comité Rueff.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170724-de-gaulle-quebec.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-quebec-libre-de-de-gaulle-195214

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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 00:54

« Sans le pouvoir, les idéaux ne peuvent être réalisés ; avec le pouvoir, ils survivent rarement. » (Fidel Castro).


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L’ancien chef d’État cubain Fidel Castro est mort à La Havane ce vendredi 25 novembre 2016 à l’âge de 90 ans. Bien qu’en retrait de la vie politique depuis 2008, il était régulièrement visité par des chefs d’État étrangers, en particulier par le Président français François Hollande le 11 mai 2015, le pape François le 20 septembre 2015 et le Président américain Barack Obama le 20 mars 2016. Chaque visiteur, probablement impressionné, devait avoir l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps, celui des années 1960, celui de l’époque soviétique à ses heures de gloire, celui de la guerre froide.

Fidel Castro vient de quitter un monde qui n’était déjà plus le sien depuis plusieurs décennies, une sorte de dinosaure en sursis malgré le dernier choc de météorite, un rescapé d’une histoire ancienne du marxisme et du communisme.

Dire que Fidel Castro fait partie de l’histoire du monde, c’est une évidence, ne serait-ce que par sa longévité, presque un demi-siècle de pouvoir absolu :16 février 1959 au 24 février 2008. Pour dire qu’il était un grand "démocrate", il faudrait être aveuglé par une idéologie qui s’est pourtant effondrée sur elle-même il y a déjà vingt-cinq ans et que seule, la Corée du Nord continue encore à promouvoir, un pays "exemplaire" en matière de démocratie et de libertés publiques (la Chine serait, elle aussi, encore communiste, mais un d’un "communisme capitaliste").

Si Cuba était le pays idéal de démocratie réelle tellement loué par certains vieux idéologues en voie de disparition, pourquoi y aurait-il alors eu des centaines de milliers de Cubains qui ont voulu quitter leur pays et débarquer en Floride ? Une démocratie, surtout avec le niveau de culture revendiqué, cela devrait attirer, ou du moins, retenir son peuple de s’expatrier, car certes, Cuba a attiré tous les nostalgiques de cet idéal communiste terrifiant qui voulait imposer à chacun la voie de son propre bonheur. Cuba, le pays de l’immigration à effet miroir !

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L’afflux régulier et dense d’immigrés cubains sur le sol américain avait d’ailleurs encouragé le Président américain Ronald Reagan à raconter l’une de ses blagues dont il était coutumier lors des sommets internationaux entre chefs d’État et de gouvernement.

Jacques Attali, dans son livre "C’était François Mitterrand" publié le 2 novembre 2005 (chez Fayard), en a apporté un témoignage amusé. Au cours d’une discussion très sérieuse sur le désarmement, lors d’un déjeuner célébrant le centenaire de la statue de la Liberté, le 4 juillet 1986, Ronald Reagan n’avait pas pu s’empêcher de couper la parole d’un de ses collaborateurs pour raconter à François Mitterrand sa plaisanterie : « Je ne vous ai jamais raconté mon histoire sur Castro ? Un jour, il fait un discours sur la grand-place de La Havane. Au bout d’une heure, il est furieux d’apercevoir dans la foule un jeune homme qui se promène avec un panier en criant : "Peanuts ! Coca Cola !". Castro continue son discours. L’autre continue de crier "Peanuts ! Coca Cola !". Au bout de cinq heures de discours, Castro, furieux, hurle : "La prochaine fois que j’entends quelqu’un crier ‘Peanuts ! Coca Cola !’, moi, Fidel Castro, Lider maximo, je le prends par la peau du cou et je l’emmène à Miami !". Alors, toute la foule se met à crier "Peanuts ! Coca Cola !". ». Cela a fait éclater de rire François Mitterrand dont l’épouse Danielle avait pourtant noué des liens amicaux très solides avec Fidel Castro.

Au fil des années, Cuba est devenue une monarchie communiste, un peu à l’instar de la Corée du Nord mais avec les règles dynastiques de l’Arabie Saoudite puisque le 24 février 2008, ce fut Raul Castro (85 ans), le frère de Fidel Castro, qui lui a succédé, grâce à deux élections, le 24 février 2008 et le 24 février 2013, qui, sans opposition, lui ont permis d’être élu et réélu "démocratiquement".

Le mot "démocratique" doit alors être pris au sens communiste du terme ! L’élection du chef d’État se fait par les 612 membres de "l’Assemblée Nationale du Pouvoir populaire" (là encore, "populaire" au sens communiste du terme). Aux dernières élections législatives du 3 février 2013, il y a eu 612 candidats pour 612 sièges (cela tombait bien !). Pour voter, il suffit d’avoir au moins 16 ans, et pas 18 ans comme dans la plupart de ces "dictatures" d’Europe de l’Ouest qui n’ont jamais rien compris aux libertés politiques, et en plus, le peuple est constitutionnellement capable de démettre de leurs fonctions les mauvais députés (il n’en a jamais eu l’occasion car les députés étaient tous excellents puisque scrupuleusement sélectionnés par le Parti communiste cubain). En outre, il y a 299 députées soit 48,9% de femmes (bien mieux qu’en France, donc !). Aucune campagne électorale n’est tolérée afin de promouvoir un candidat : c’est pratique, pas de frais de campagne !

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Cette belle "démocratie" permet donc des scores extraordinaires de démocratie. Ainsi, la participation le 3 février 2013 fut de 91,3%. Les 612 candidats ont tous été élus, et ont enregistré des résultats très "enviables", de 69,4% pour une ("médiocre") candidate du 3e district de Camagüey, à 99,9% pour les trois ("excellents") candidats du 3e district de Guantanamo. À 86 ans, Fidel Castro s’était encore fait réélire avec 94,7% des suffrages dans le 7e district de Santiago de Cuba (il aurait eu 91 ans à la fin de ce mandat, ce qui montre à quel point les députés sont actifs dans cette belle "démocratie").

Raul Castro a promis de quitter le pouvoir d’ici à 2018 (il aurait alors 87 ans !) et laisserait ses mandats "démocratiquement" à Miguel Diaz-Canel Bermudez (qui n’est pas son frère), professeur d’électronique de 56 ans, favorable à l’ouverture du pays, qui, depuis le 24 février 2013, a été désigné Premier Vice-Président des Conseils d’État et des ministres de la République de Cuba…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 novembre 2016)
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Pour aller plus loin :
La belle "démocratie" de Fidel Castro.
Fidel Castro, vieux dinosaure du XXe siècle.
Rencontre avec Trump ?
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Staline.
Mao.

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:39

« Les problèmes et les rivalités d’aujourd’hui doivent se résoudre par le dialogue, il n’y a pas d’autre solution. La victoire écrasante d’un seul camp n’est plus acceptable. Nous devons travailler à résoudre les conflits dans un esprit de conciliation, en tenant compte des intérêts de chacun… Je pense sincèrement que la violence a fait son temps. Seule la non-violence apportera de véritables solutions. » (Le dalaï-lama).


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C’est avec grand plaisir que j’ai appris, ce vendredi 7 octobre 2016, l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Juan Manuel Santos, Président de la République de Colombie, qui a signé il y a quelques jours, le 26 septembre 2016, un accord de paix avec la guérilla des FARC. Cet accord, en discussion depuis quatre ans, met fin à cinquante-deux ans de guerre civile en Colombie, dont le nom, pourtant, ne peut pas mieux symboliser la paix (même si son étymologie vient d’ailleurs).

S’il y a, en automne 2016, un processus de paix à encourager, c’est bien celui qui se déroule actuellement en Colombie, comme l’an dernier fut encouragé le processus de démocratisation de la Tunisie, expérience extrêmement isolée de démocratie pluraliste et pacifiée dans un pays majoritairement musulman (et ce malgré les attentats que le pays a subis).

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Pourtant, quelques jours auparavant, le 2 octobre 2016, le référendum qui devait faire ratifier l’accord de paix par le peuple colombien a été un échec (certes très serré). Or, l’échec provient surtout de personnes qui trouvaient que les FARC avaient des compensations trop importantes en échange de la paix, notamment la possibilité de s’intégrer dans le jeu normal de la politique et des institutions colombiennes. C’est sans doute pour cette raison que le Prix Nobel n’a été attribué qu’au seul Président Juan Manuel Santos et pas à son interlocuteur, sans qui il n’y aurait pas eu négociations ni accord, à savoir Timoleon Jimenez, commandant en chef des FARC, qui a félicité très sportivement le nouveau lauréat.

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On pourrait s’en étonner, alors que la plupart des Nobel récompensant des accords de paix sont attribués aux deux parties : Menahem Begin et Anouar El-Sadate, Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat, David Trimble et John Hume, etc. Même Nelson Mandela avait conditionné l’acceptation de son Nobel à son partage avec Frederik De Klerk, car il songeait que la réconciliation nationale serait assez difficile à amorcer de façon trop déséquilibrée.

Toutefois, dans le cas de la Colombie, on pourrait imaginer que c’est au contraire une belle habileté de n’avoir consacré que le Président colombien. Cela ferait taire les critiques de ceux qui, à l’instar de son prédécesseur Alvaro Uribe, rejettent toute concession à l’égard des FARC, en tout cas, toute concession trop importante. Le comité Nobel a ainsi suivi l’évidence (encourager le processus de paix en Colombie) tout en écoutant attentivement le peuple colombien qui s’est prononcé dans les urnes.

Pour Juan Manuel Santos, qui est à son second mandat présidentiel non renouvelable, donc, qui n’aura aucune préoccupation électorale susceptible de polluer son action pour les deux prochaines années (la fin de son mandat), cela lui donnera l’autorité morale autant que politique pour "rectifier" (je crois que c’est le mot utilisé) l’accord de paix afin de le faire admettre par l’ensemble du peuple colombien. Sa tâche sera donc de renégocier à la baisse les avantages que les FARC avaient réussi à obtenir.

Rien n’est jamais acquis, et les Accords d’Oslo, pourtant, là aussi, consacrés par le comité Nobel, ont montré que la paix n’était pas forcément facile à mettre en œuvre, même si les premières étapes, a priori les plus difficiles, avaient été franchies. Pour le cas de la Colombie, il semble que la bonne volonté des deux côtés reste largement majoritaire, c’est heureux.

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À propos de l’attribution du Prix Nobel de la Paix (on en dira ce qu’on veut, mais il a permis à certaines personnalités exceptionnelles de se faire entendre au niveau mondial et d’avoir encore plus d’influence au service de la paix), j’avais lu la veille de l’attribution du prix de cette année qu’une association avait proposé que Jacques Chirac soit lauréat du Prix Nobel, j’imagine pour son action contre la guerre en Irak voulue par les Américains.

J’ai lu aussi que Laurent Fabius avait été très sérieusement proposé cette année, pour être honoré du succès diplomatique de la COP21 (en décembre 2015). On sait que les préoccupations environnementales avaient déjà séduit le comité Nobel en 2007 qui avait choisi Al Gore et le GIEC. J’avais aussi appris que Nicolas Sarkozy avait été cité il y a quelques années, alors encore Président de la République, pour son implication en Géorgie.

Et soudain, me suis venue cette idée tout à fait plausible, bien que saugrenue : et si François Hollande avait été choisi, pour une raison quelconque (soutien face aux attentats, situation du Mali, etc., que sais-je) ? Seul contre tous en France, et auréolé à l’étranger, comme cela a été le cas très récemment lorsqu’il a reçu, le 19 septembre 2016 à New York, le prix du meilleur homme d’État mondial de l’année, qui « honore les dirigeants qui soutiennent la paix et la liberté, par la promotion de la tolérance, la dignité humaine et les droits de l’Homme ».

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Le Nobel pourrait alors avoir une influence électorale non négligeable, et cela de la part d’un organisme (le comité Nobel) qui est totalement étranger au peuple français. Cela pourrait être considéré comme une ingérence extérieure à la France. Comme l’a été l’attribution du Nobel à Barack Obama, en 2009, par prévention, avant qu’il n’ait agi. Cela dit, il est peu probable que cela ait eu une quelconque influence sur le peuple américain au moment de voter, lors de sa réélection en 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Juan Manuel Santos.
La paix entre le gouvernement colombien et les FARC.
Aristide Briand (1926).
René Cassin (1968).
Andrei Sakharov (1975).
Mère Teresa (1979).
Lech Walesa (1983).
Desmond Tutu (1984).
Élie Wiesel (1988).
Le dalaï-lama (1989).
Mikhaïl Gorbatchev (1990).
Nelson Mandela (1993).
Frederik De Klerk (1993).
Shimon Peres (1994).
Yitzhak Rabin (1994).
Yasser Arafat (1994).
Jimmy Carter (2002).
Al Gore (2007).
Irena Sendlerowa.
Barack Obama (2009).
L’Union Européenne, lauréate (2012).

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http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/juan-manuel-santos-consacre-apotre-185334

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 06:42

« On appellera colombes ceux qui privilégient la paix à tout prix et faucons ceux qui, pour préserver la paix, ne craignent pas d’envisager la guerre. Jusqu’au bout faucons et colombes s’affronteront. » (Alain Decaux, "De Staline à Kennedy").


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Engagé depuis quatre ans, le processus de paix entre le gouvernement colombien et les guérilleros des FARC était sur le point de se conclure, mais le référendum du 2 octobre 2016 pourrait le remettre en cause. Pas sûr, du coup, que la signature de l’accord historique le 24 août 2016 par le Président colombien, Juan Manuel Santos, et le commandant en chef des FARC depuis novembre 2011, Timoleon Jimenez, soit consacrée par l’attribution du Prix Nobel de la Paix. Le prochain devrait être annoncé ce vendredi 7 octobre 2016 à Oslo.

Revenons à ce processus de paix.

Depuis plus de cinquante-deux ans, la Colombie est ravagée par une guerre civile particulièrement meurtrière : 260 000 personnes en sont mortes, 45 000 sont disparues, et 6,9 millions de personnes furent déportées (déplacées). Créées le 27 mai 1964, les FARC sont communistes et ont engagé des milliers de guérilleros (plusieurs centaines d’entre eux, chaque année, sont exécutés pour trahison ou désertion) et contrôlent une partie non négligeable du territoire de la Colombie.

À cette guerre civile particulièrement atroce (les guérilleros n’hésitent pas non plus à prendre des otages comme monnaie d’échange, la plus connue en France a été la sénatrice Isabelle Betancourt, candidate écologiste à l’élection présidentielle du 26 mai 22002, enlevée le 23 février 2002 et finalement libérée le 2 juillet 2008) a été préférée une solution négociée pour un accord de paix. Ce n’était pas évident, car l’État colombien attendait un cessez-le-feu unilatéral des FARC avant d’envisager de commencer à discuter.

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L’accession au pouvoir d’Alvaro Uribe, Président de la République de Colombie du 7 août 2002 au 7 août 2010, élu le 26 mai 2002 au premier tour avec 54,0% des voix (avec 46,5% de participation) et réélu le 28 mai 2006 au premier tour avec 62,4% des voix (avec 45,1% de participation) a privilégié la solution militaire pour terminer cette guerre par la force. Son père avait été assassiné par les FARC en 1983 et lui-même a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat dont une le 16 avril 2002 en pleine campagne présidentielle.

Alvaro Uribe avait réussi à réviser la Constitution colombienne pour pouvoir être élu une seconde fois (ce fut une première depuis un siècle) mais n’est pas parvenu à la modifier pour avoir le droit d’exercer un troisième mandat (la Cour constitutionnelle l’a rejeté le 26 février 2010). Ce fut alors son ancien Ministre de la Défense (du 19 juillet 2006 au 23 mai 2009), Juan Manuel Santos, qui lui succéda le 7 août 2010, élu le 20 juin 2010 au second tour avec 69,1% des voix (avec 44,3% de participation) et réélu le 15 juin 2014 au second tour avec 51,0% des voix (avec 47,9% des voix).

L’élection présidentielle de 2014 fut particulière puisque Juan Manuel Santos fut opposé, au second tour, au candidat du Centre démocratique, qui est un parti issu d’une scission avec le parti présidentiel (parti social d’unité nationale), créé le 20 janvier 2013 notamment par Alvaro Uribe, en considérant Juan Manuel Santos comme un traître pour avoir accepté d’engager le processus de paix avec les FARC en 2012. Oscar Ivan Zuluaga, le candidat en question, ancien Ministre des Finances et du Crédit public d’Alvaro Uribe (du 5 février 2007 au 7 août 2010), avait même dépassé Juan Manuel Santos au premier tour du 25 mai 2014 avec 29,3% des voix contre 25,7% des voix en faveur du Président sortant (avec 40,1% de participation).

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Le processus de paix a en effet démarré à La Havane le 26 août 2012. La procédure de discussion entre le gouvernement colombien et les FARC a été mise en place à Oslo le 18 octobre 2012 et les négociations ont eu lieu ensuite à La Havane à partir de novembre 2012.

Six points de discussions étaient à l’ordre du jour. Le 26 mai 2013, un premier accord a été conclu concernant la réforme agraire (les FARC sont recrutées essentiellement en milieu rural). Le 6 novembre 2013, un deuxième accord a eu lieu sur la participation politique. Le 16 mai 2014 (en pleine campagne présidentielle en Colombie), a été conclu un troisième accord concernant les drogues illégales. Le 15 décembre 2015, un quatrième accord traitait des réparations en faveur des victimes de la guerre civile. Le 23 juin 2016, un cinquième accord a permis un cessez-le-feu bilatéral avec dépôt des armes. Enfin, le 23 août 2016, un sixième accord a été décidé sur le mécanisme de ratification par le peuple colombien, ce qui a permis la conclusion d’un accord global de paix le 24 août 2016.

Le 23 septembre 2016, la 10e conférence nationale des FARC a validé l’accord de paix. Sa signature solennelle a eu lieu le 26 septembre 2016 à Cartagena, sur la côte antillaise (nord-ouest) de la Colombie, au bord des Caraïbes, avec une poignée de main de Juan Manuel Santos à Timoleon Jimenez, en présence de Raul Castro, qui supervisait les négociations (à noter que le Venezuela, qui avait rompu ses relations diplomatiques le 22 juillet 2010, s’est ensuite rapproché du gouvernement colombien depuis le début de ce processus, grâce à une diplomatie active du Président Santos).

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Le 18 juillet 2016, la Cour constitutionnelle avait déclaré constitutionnel le référendum d’approbation de l’accord de paix. La procédure était la suivante : si le référendum approuvait l’accord, le Congrès l’examinerait et si le Congrès le validait, la Cour constitutionnelle le contrôlerait. En cas de validation finale, le Président le promulguerait et l’accord aurait force de loi.

On notera la grande différence avec la procédure constitutionnelle française où le référendum français se déroule en aval et pas en amont du processus : il faut d’abord l’approbation du Parlement avant l’approbation du peuple. De plus, le Conseil Constitutionnel ne se permettrait pas de discuter de mesures constitutionnelles qui auraient été approuvées par le peuple, même si elles étaient en contradiction avec d’autres dispositions constitutionnelles ; il se permettrait seulement d’indiquer son interprétation en cas de problème concret.

Le référendum du 2 octobre 2016 a interrompu toutefois ce long processus de paix. Un peu à la surprise des sondages qui tablaient sur 55% de "oui". La question était : « Approuvez-vous l’accord final pour terminer le conflit et construire une paix stable et durable ? ». Il n’y a eu que 49,8% de "oui" (soit 6 377 464 voix) face aux 50,2% de "non". La participation a été plus faible que pour les quatre dernières élections présidentielles, seulement 37,4%. Pour que l'accord fût approuvé par ce référendum, il fallait qu'au moins 13% des électeurs inscrits (soit au moins 4 396 626 voix) se portassent sur le "oui" et que le "oui" fût évidemment majoritaire. Cela signifie que ce référendum est valide car il y a eu assez de participation (au moins 26% des électeurs inscrits). Géographiquement, on peut voir une certaine correspondance entre les zones contrôlées par les FARC et les zones qui ont donné un "oui" majoritaire.

Si les partisans des FARC étaient plutôt favorables à cette solution négociée qui leur permet de rentrer dans le jeu politique, les partisans de l’ancien Président Uribe étaient fermement contre cet accord de paix et trouvaient que la médiation cubaine a trop donné aux FARC. Certains, d’ailleurs, dans la classe politique, sont prudemment restés neutres. Le Président Santos a considéré que le nouveau parti de son prédécesseur (redevenu sénateur aux élections générales du 9 mars 2014) n’était qu’un mouvement d’extrême droite qui prônait la poursuite de la guerre avec des forces paramilitaires.

La paix était-elle fichue pour autant ? Probablement pas politiquement, puisque le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé qu’ils restaient favorables à la paix et au cessez-le-feu. Il va donc leur falloir trouver une méthode juridique pour que cette paix négociée puisse quand même se retrouver dans les textes, sans doute en renégociant l’accord de paix sur certains points qui auraient suscité le rejet (très serré) des électeurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La paix entre le gouvernement colombien et les FARC.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Peuple et populismes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161002-colombie-farc.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/pas-de-nobel-pour-la-colombie-185218

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/05/34399507.html

 

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 06:13

« Aylwin a cherché, à travers le dialogue et l’accord, à avancer vers un pays de pleine démocratie. Il a toujours aidé à l’unité des démocrates. » (Michelle Bachelet, Présidente de la République du Chili, 19 avril 2016).


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Le premier Président chilien démocratiquement élu après le coup d’État du 11 septembre 1973, Patricio Aylwin, s’est éteint à l’âge de 97 ans, la semaine dernière, le 19 avril 2016, à Santiago du Chili. Démocrate-chrétien, il était l’organisateur en chef de la transition démocratique au Chili, le passage de la dictature militaire du général Augusto Pinochet vers un régime démocratique classique en Amérique latine (régime présidentiel), à peu près au même moment que la chute du mur de Berlin et du début des négociations pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud.

Né le 26 novembre 1918 à Vina del Mar (une station balnéaire), Patricio Aylwin est devenu avocat en 1943 (à 24 ans) après de brillantes études, et a été professeur de droit à l’Université du Chili (de 1946 à 1962). En 1945, il a été recruté comme secrétaire de la Cour suprême.

Engagé à la Phalange Nationale (une mouvance de l’humanisme chrétien de Jacques Maritain qu’on pourrait rapprocher du Parti social français du colonel de La Rocque en France à la même époque), qu’il présida de 1950 à 1951, il participa à la création, le 28 juillet 1957, du Parti démocrate-chrétien (rassemblement de plusieurs organisations chrétiennes sociales dont la Phalange Nationale pour proposer une troisième voie entre capitalisme et communisme) dont il assura la présidence de nombreuses fois, en 1958, de 1965 à 1967, de 1973 à 1976, de 1987 à 1989, et même de 2001 à 2002.

Si le candidat des démocrates-chrétiens échoua à l’élection présidentielle du 4 septembre 1958 (Jorge Alessandri a gagné avec 31,6% contre 28,8% à Salvador Allende et 20,7% à Eduardo Frei Montalva), celui-ci, Eduardo Frei Montalva, fut finalement élu Président de la République le 4 septembre 1964 avec 56,1% des voix contre 39,0% au socialiste Salvador Allende et il exerça son mandat du 3 novembre 1964 au 3 novembre 1970.

Élu sénateur en 1965, Patricio Aylwin fut élu Président du Sénat chilien le 12 janvier 1971 (jusqu’au 22 mars 1972) et eut un rôle politique de premier plan lors de l’arrivée au pouvoir des socialistes avec Salvador Allende, Président de la République du 4 novembre 1970 au 11 septembre 1973.

Salvador Allende fut élu le 4 septembre 1970 avec seulement 36,6% des voix, soit avec moins de 40 000 voix d’avance sur Jorge Alessandri, Président de la République du 3 novembre 1958 au 3 novembre 1964 (qui avait battu Eduardo Frei Montalva le 4 septembre 1958). Salvador Allende ne bénéficiait pas de majorité parlementaire (il gouverna par décrets) puisque la coalition qui soutenait Allende (socialistes, communistes et radicaux) n’avait eu, aux élections parlementaires du 4 mars 1969, que 61 sièges de députés sur 150 (et 20 sièges de sénateurs sur 50).

Patricio Aylwin et Eduardo Frei Montalva furent parmi les plus grands opposants à Salvador Allende. En effet, il faut comprendre que les démocrates-chrétiens étaient opposés aux socialistes marxistes, craignant, en pleine guerre froide, la mainmise de l’URSS sur leur pays, et Eduardo Frei Montalva et Salvador Allende avaient été justement rivaux lors de l’élection présidentielle précédente. Patricio Aylwin s’est donc opposé le plus possible au gouvernement de Salvador Allende et a prit la tête de la "résistance" des parlementaires contre l’exécutif.

Aux élections parlementaires du 4 mars 1973, le Parti démocrate-chrétien resta au premier rang avec 29,1% des suffrages pour l’élection des députés (50 sièges sur 150) et 33,9% des suffrages pour l’élection des sénateurs (10 sièges sur 25). L’Union populaire (regroupant les partisans de Salvador Allende : communistes, socialistes et radicaux) n’avait obtenu que 62 sièges de députés sur 150 (et 11 sièges de sénateurs sur 25).

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Lors du coup d’État du 11 septembre 1973, Patricio Aylwin, de manière sans doute naïve, a soutenu dans un premier temps l’arrivée au pouvoir des militaires, considérant qu’il valait mieux pour le Chili une dictature militaire qu’une dictature communiste, mais il ne concevait le pouvoir militaire que temporairement (quelques années), le temps de calmer le climat politique et d’organiser de nouvelles élections. Or, Augusto Pinochet est resté au pouvoir pendant …seize ans ! Patricio Aylwin a écrit dans ses mémoires : « Lamentablement, une certaine période de dictature était nécessaire, mais nous pensions qu’elle devait être la plus brève possible : deux, trois ou cinq ans. » (1998).

Parmi les exactions commises à l’occasion de ce coup d’État, le domicile du poète Pablo Neruda (Prix Nobel de Littérature 1971) fut vandalisé et ses livres brûlés. Pablo Neruda avait été pré-candidat du Parti communiste à la candidature de l’Union populaire en 1970. Salvador Allende avait été finalement choisi malgré ses échecs aux trois précédentes élections présidentielles : 4 septembre 1952 (5,5%), 4 septembre 1958 (28,9%) et 4 septembre 1964 (39,0%). Le 23 septembre 1973, à la veille de son départ pour le Mexique, Pablo Neruda est mort, officiellement d’un cancer de la prostate mais plus vraisemblablement assassiné par des proches de Pinochet (par injection létale). Son corps fut exhumé le 8 avril 2013 ; l’enquête reste en cours, et un document du Ministère de l’Intérieur transmis le 25 mars 2015 au magistrat chargé d’enquêter considère que l’assassinat est « clairement possible et hautement probable ». Dans son autobiographie, Pablo Neruda avait notamment écrit : « Je veux vivre dans un pays où il n’y a pas d’excommuniés. Je veux vivre dans un monde où les êtres sont seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette. ».

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En 1976, Patricio Aylwin a finalement compris que le régime militaire s’enfonçait dans la dictature et s’opposa à Pinochet. Il s’opposa notamment au référendum du 11 septembre 1980 sur la nouvelle Constitution qui donnait encore huit années de pouvoir absolu à Pinochet (elle fut approuvée officiellement par 67,0% des voix, promulguée le 21 octobre 1980 et applicable à partir du 11 mars 1981) et il se retrouva le seul leader de l’opposition après la mort du Président Eduardo Frei Montalva le 22 janvier 1982 (ce dernier avait été élu Président du Sénat en mars 1973 et s’opposa très activement contre Salvador Allende ; il restait un recours à l’époque de Pinochet dont il était aussi devenu l’opposant ; certains indices laisseraient entendre qu’Eduardo Frei Montalva aurait été assassiné par des proches de Pinochet).

Pendant une dizaine d’années, Patricio Aylwin a essayé (et réussi) à fédérer tous les partis d’opposition à Pinochet et à faire accepter une solution de sortie de dictature négociée avec les militaires. Lors du référendum du 5 octobre 1988 où Pinochet demandait encore huit ans de pouvoir absolu, Patricio Aylwin prit la tête des partisans du "non" et gagna ce scrutin avec 56,0% de "non". L’échec de Pinochet a fait prolonger son mandat d’un an (jusqu’au 11 mars 1990), le temps d’organiser démocratiquement des élections présidentielle et parlementaires. Le référendum du 30 juillet 1989 fit approuver par 91,3% des voix la révision constitutionnelle promulguée le 17 août 1989, résultat d’une négociation entre la junte militaire et les partis d’opposition, pour garantir la pluralité politique.

L’élection présidentielle consécutive à cet échec de Pinochet a eu lieu le 14 décembre 1989 et l’opposition unie derrière lui (Concertation des partis pour la démocratie), Patricio Aylwin a été élu Président de la République dès le premier tour avec 55,2% des voix contre deux opposants dont un proche de Pinochet. Son slogan fut : "Gana la gente" (qu’on pourrait traduire par "Gagnez le peuple").

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Parallèlement, le même jour, les députés et sénateurs furent démocratiquement élus et le peuple donnèrent une large majorité à la Concertation (22 sénateurs sur 38 et 69 députés sur 120), mettant le Parti démocrate-chrétien au premier rang avec 32,2% des suffrages pour l’élection des sénateurs (13 sièges sur 38) et 26,0% des suffrages pour l’élection des députés (38 sièges sur 120).

Patricio Aylwin fut donc Président de la République du Chili du 11 mars 1990 au 11 mars 1994 tout en maintenant, selon l’accord négocié, Augusto Pinochet à la tête des armées (nommé par Salvador Allende le 23 août 1973, il resta commandant en chef des forces armées chiliennes jusqu’au 11 mars 1998, comme l’imposait la Constitution promulguée le 21 octobre 1980).

Patricio Aylwin a suivi une politique économique qui a permis une croissance de 7% chaque année. Le chômage a baissé de 7,8% à 6,5% entre 1990 et 1993 et les revenus des plus pauvres a crû de 20%. Les dépenses pour l’éducation ont augmenté de 40% et pour la santé de 54%. Enfin, plus de 100 000 logements nouveaux ont été construits sous son mandat.

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Il a tenu sa promesse électorale de nommer une commission d’enquête, la Commission nationale Vérité et Réconciliation, mise en place le 25 avril 1990, quelques jours après sa prise de fonction, sur les crimes de la dictature de Pinochet (présidée par l’ancien sénateur Raul Rettig, qui fut ambassadeur au Brésil sous Allende) qui a abouti à la publication du rapport Rettig le 9 février 1991 (consultable ici) : « Comme Président de la République, je me permets d’assumer la représentation de la nation toute entière pour, en son nom, demander pardon aux familles des victimes. » (mars 1991). Il y a eu plus de 3 200 morts commises par la junte militaire entre 1973 et 1990.

Néanmoins, ce rapport a été négocié avec les militaires, aucun nom des meurtriers n’a été cité : « Il y aura justice dans la mesure du possible. ». Patricio Aylwin a préféré ne pas engager des actions en justice contre les militaires impliqués dans ces milliers de meurtres, tortures, et disparitions, car le risque aurait été grand de provoquer une grave crise politique ; Pinochet était resté chef des armées pendant encore huit ans après son départ du pouvoir politique. Ce n’est que bien plus tard que la justice a commencé à se mettre en marche, mais trop tard pour Pinochet qui avait été arrêté de manière inattendue à Londres le 16 octobre 1998 à la suite d’un mandat d’arrêt international signé par le juge espagnol Baltasar Garzon, placé sous résidence surveillée jusqu’au 2 mars 2000 (il fut soutenu par Margaret Thatcher), puis ramené au Chili. Malgré les multiples procédures judiciaires à son encontre, Pinochet est mort le 10 décembre 2006 sans avoir été condamné des crimes commis sous son régime.

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Ce fut le fils d’Eduardo Frei Montalva, à savoir Eduardo Frei Ruiz-Tagle, candidat démocrate-chrétien soutenu par la Concertation, qui fut élu à l’élection présidentielle du 11 décembre 1993 avec 58,0% dès le premier tour et qui dirigea le Chili du 11 mars 1994 au 11 mars 2000. Le peuple avait donc donné quitus au mandat de Patricio Aylwin et à son gouvernement démocrate-chrétien. La coalition fut reconduite au parlement (21 sénateurs sur 38 et 70 députés sur 120), le Parti démocrate-chrétien étant resté en tête avec 20,2% des voix pour l’élection des sénateurs (13 sièges sur 38) et 27,1% des voix pour l’élection des sénateurs (37 sièges sur 120).

Les partis de la Concertation (de centre droit et centre gauche) restèrent au pouvoir au Chili jusqu’à la défaite de ce même Eduardo Frei Montalva au second tour de l’élection présidentielle du 17 janvier 2010 (48,4% contre 51,6% au candidat de la Rénovation nationale Sebastian Pinera) et retrouva le pouvoir lors de la réélection de la socialiste Michelle Bachelet à la Présidence de la République le 15 décembre 2013 (au second tour avec 62,2% des suffrages).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport Rettig publie le 9 février 1991 (à télécharger).
Augusto Pinochet.
Patricio Aylwin, homme-clef de la transition démocratique chilienne.
Imre Pozsgay, homme-clef de la transition démocratique hongroise.
Frederik De Klerk, homme-clef de la transition démocratique sud-africaine.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160419-patricio-aylwin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/patricio-aylwin-homme-clef-de-la-180391

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/27/33718206.html


 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 06:47

« Si j’étais un citoyen américain, je voterais sans hésitation pour Donald Trump parce qu’il est le candidat le plus révolutionnaire que les États-Unis ont connu depuis plus d’un demi-siècle. » (Fidel Castro, "Washington Post" le 31 mars 2016).

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L’ancien homme fort de Cuba, Fidel Castro, qui va avoir 90 ans le 13 août prochain, a surpris plus d’un observateur lors d’une interview qu’il a accordée le 31 mars 2016 à la rédaction du très réputé "Washington Post".

C’est sans doute le signe d’une évidente détente entre les États-Unis et Cuba. La venue historique du Président Barack Obama à La Havane le 21 mars 2016, la première d’un Président américain depuis 1928, est encore dans tous les esprits. Portant lui-même le parapluie, Barack Obama a achevé sous la pluie la normalisation internationale de Cuba.

Le Président de la République française François Hollande était venu à La Havane le 12 mai 2015 et y avait rencontré Fidel Castro, tout comme le pape François le 21 septembre 2015.

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Fidel Castro, sans doute le dernier homme de légende de l’après-guerre, a pris le pouvoir absolu à Cuba en 1959. Premier Ministre du 16 février 1959 au 24 février 2008, Président des Conseils d’État (chef de l’État) du 2 décembre 1976 au 24 février 2008, et premier secrétaire du Parti communiste cubain du 3 octobre 1965 au 19 avril 2011, Fidel Castro, malade, avait laissé le pouvoir absolu dès le 31 juillet 2006 à son frère Raul Castro qui va avoir 85 ans dans deux mois.

Raul Castro fut le principal artisan de la politique militaire de Cuba comme Ministre des Forces armées révolutionnaires du 16 février 1959 au 24 février 2008 et Vice-Président des Conseils d’État du 2 décembre 1976 au 24 février 2008. Raul Castro a promis qu’il remettrait le pouvoir à une personnalité civile le 24 février 2018. Leur frère aîné Ramoz Castro Ruz est mort récemment, à l’âge de 91 ans, le 23 février 2016 à La Havane.

Cuba, avec la Corée du Nord et la Chine, reste l’un des derniers régimes communistes à avoir résisté à la chute du mur de Berlin.

Affaibli par l’âge et la maladie, le Lider Maximo de la revolucion cubana (selon son surnom autoproclamé le 2 décembre 1961) réussit néanmoins à survivre dans la vie publique par de nombreuses interventions médiatiques. La dernière n’est pas passée inaperçue puisque pour la première fois depuis soixante-sept ans, il a accepté de s’exprimer dans un journal américain, le "Washington Post", le jeudi 31 mars 2016.

N’hésitant pas à faire preuve d’ingérence dans la vie politique américaine en fustigeant le candidat aux primaires républicaines Ted Cruz, sénateur du Texas depuis 2013, dont le père a fui Cuba pour cause de dictature castriste, Fidel Castro a apporté un vibrant soutien au milliardaire Donald Trump qu’il a rencontré d’ailleurs à son domicile de La Havane, devenu une maison musée, le 30 mars 2016. Donald Trump avait fait le déplacement à Cuba pour se moquer de Barack Obama et de « tous ces démocrates fonçant la queue entre les jambes » vers les nouveaux marchés cubains.

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En effet, Fidel Castro a déclaré : « Si j’étais un citoyen américain, je voterais sans hésitation pour Donald Trump parce qu’il est le candidat le plus révolutionnaire que les États-Unis ont connu depuis plus d’un demi-siècle. J’ai combattu pendant plus d’un demi-siècle les États-Unis et la CIA, mais aujourd’hui, Donald Trump serait prêt à initier un véritable partenariat avec Cuba. ».

À la question de savoir si le soutien à un milliardaire ne le gênait pas, Fidel Castro a répondu : « Le monde a beaucoup changé et il faut trouver d’autres formes de révolution. Ce n’est pas être milliardaire qui pose un problème. L’important, c’est de savoir ce qu’on fait avec l’argent qu’on a gagné. Si [le candidat Trump] le dépense au service de la révolution, cela ne peut que favoriser l’épanouissement de la population cubaine. » tout en rappelant que « la présence d’un milliardaire à la Maison Blanche est la garantie qu’il n’y aurait pas de corruption au plus haut niveau de l’État » comme cela aurait été le cas, a-t-il laissé entendre, à l’époque de George W. Bush et de son père George W. H. Bush à l’occasion de « leurs guerres colonialistes » en Irak.

Donald Trump avait appuyé la politique d’ouverture de Barack Obama vers Cuba amorcée par une déclaration commune le 17 décembre 2014 et par la reprise des relations diplomatiques le 20 juillet 2015 avec la réouverture de l’ambassade des États-Unis à Cuba.

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Le "Washington Post" lui a posé aussi la question sur Hillary Clinton. Pour Fidel Castro, l’élection de l’ancienne Première Dame serait une catastrophe pour la paix mondiale car elle représente tout ce que l’etablishment américain voudrait, à savoir faire la guerre au Pakistan, à l’Iran, et certaines voix parlent même de faire la guerre à l’Arabie Saoudite, maintenant que l’indépendance énergétique des États-Unis est assurée à court terme grâce au développement complètement anti-écologique des gaz de schiste. Fidel Castro a également rendu responsable « le clan Clinton » de l’existence de Daech.

Très informé sur la campagne présidentielle américaine, Fidel Castro a souligné par exemple que Donald Trump avait déclaré qu’il assumerait l’accord préliminaire de Genève sur le programme nucléaire iranien signé le 24 novembre 2013 qui a abouti au Plan global d’action conjoint signé le 14 juillet 2015 : « C’est l’exemple parfait de mauvais accord qu’on doit assumer ! ». Donald Trump avait aussi protesté contre la guerre en Irak.

Rappelant ses actions en faveur de la culture et de l’éducation, Fidel Castro a rejeté d’un revers de main les supposées atteintes aux droits humains. Selon lui, ce sont ses « détracteurs impérialistes » qui ne cessent de parler de prisonniers politiques et de morts suspectes alors que Cuba est très loin du niveau de barbarie que les États-Unis auraient atteint sur une baie cubaine, au camp de Guantanamo, dont Raul Castro revendique toujours la souveraineté.

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Il n’est pas sûr que le soutien de Fidel Castro à Donald Trump soit profitable au candidat milliardaire hors norme dans un pays très soucieux de son indépendance et de sa liberté. Néanmoins, après avoir gagné l’Arizona le 22 mars 2016, menant la course en tête avec 755 délégués face à Ted Cruz, 465 délégués (il en faut 1 237 pour obtenir l’investiture), Donald Trump peut bénéficier d’une nouvelle illustration de l’un de ses leitmotivs : le monde a vraiment changé, et seul, lui, parce qu’il est un entrepreneur volontaire, peut comprendre ce changement et conduire en douceur les États-Unis dans ce nouveau monde.

On peut lire la traduction française de l’intégralité de l’interview de Fidel Castro au "Washington Post" du 31 mars 2016 à ce lien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Interview de Fidel Castro au "Washington Post" du 31 mars 2016 (à télécharger).
Le trumpisation de la vie politique américaine.
Che Guevara.
Hugo Chavez.
Staline.
Baby Kim.
Chute du mur de Berlin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160401-fidel-castro.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/fidel-castro-voterait-donald-trump-179508

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/01/33565708.html

 

 

 

 

 

 

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