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9 janvier 2023 1 09 /01 /janvier /2023 04:25

« [Lula] peut compter sur le soutien inébranlable de la France. » (Emmanuel Macron, le 8 janvier 2023).




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Est-ce une tentative de putsch comme l'Amérique du Sud en est si coutumière (entre autres, car d'autres continents en sont coutumiers également) ? Ou est-ce une manifestation un peu trop explicite de colère d'avoir perdu les élections ? En tout cas, ce ne sont pas des gilets jaunes (seulement 2 000 dans les rues de Paris le samedi 7 janvier 2023 !), au moins des gilets jaunes et verts aux couleurs nationales du Brésil... et même, pour certains nostalgiques, de l'Empire du Brésil, période qui s'étend du 12 octobre 1822 au 15 novembre 1889 ? En tout cas, l'insurrection à Brasilia des partisans de l'ancien Président Jair Bolsonaro, en envahissant les institutions politiques les plus hautes du Brésil, a de quoi inquiéter une nouvelle fois sur la santé de la démocratie brésilienne.

Des centaines de partisans de Jair Bolsonaro (certains ont estimé jusqu'à 4 000) ont envahi ce dimanche 8 janvier 2023 les palais nationaux dans la capitale du Brésil : la Cour suprême du Brésil, le Congrès national du Brésil, et même, le Palais du Planalto, résidence du Président du Brésil. Comme c'était dimanche, ces locaux étaient vides. Les forces de l'ordre ont mis longtemps à réagir, puis ont procédé à au moins 150 arrestations tout en tentant de rétablir l'ordre public (avec des bombes lacrymogènes).

Le Président Lula, qui, élu le 30 octobre 2022, venait d'être intronisé à la tête du Brésil le 1er janvier 2023 en l'absence de son prédécesseur et adversaire Jair Bolsonaro, parti aux États-Unis (à Orlando, en Floride), était absent, lui aussi, de Brasilia (il était à Araraquara, dans l'État de Sao Paulo) et a réagi avec fermeté en considérant ces insurgés comme des « vandales fascistes ». Il souhaite punir tous les fauteurs de trouble qui refusent de reconnaître sa victoire démocratique et qui s'en prennent aux institutions.

On se rappelle aussi que son prédécesseur avait tenté d'organiser la paralysie sur les routes par blocages de camions afin d'empêcher certains habitants d'aller voter au second tour le 30 octobre 2022, sans succès puisque finalement, Lula a gagné avec un écart suffisamment large pour que les personnes de bonne foi et honnêtes intellectuellement ne puissent pas contester sa victoire.

Il est impossible de ne pas faire le parallèle avec l'invasion du Capitole à Washington le 6 janvier 2021, quelques jours avant l'avènement de Joe Biden à la Maison-Blanche. Ces deux faits, extrêmement graves pour le respect de la démocratie, paraissent des farces, et pourtant, c'est grave parce que des vies humaines pourraient périr dans ce genre d'événement. À ma connaissance, il n'y a pas eu (encore) de victime, mais la violence appelle la violence et le champ du possible peut s'élargir soudainement.

Refuser la règle du jeu démocratique est le germe d'une tentation autoritaire. La mauvaise foi se mêle à la rancœur mais aussi à la fantaisie. On voyait ainsi des insurgés jouer au toboggan dans l'enceinte du Parlement. Certains journalistes, de loin, y voyaient une "profanation" de lieux sacrés, ce qui est assez ridicule : il ne s'agit pas de lieux saints mais de locaux des institutions, et ceux-ci appartiennent au peuple. Certes, il faut les respecter comme il faut respecter la parole du peuple qui s'exprime au travers des élections, mais il faut aussi dédramatiser. J'ai déjà vu des enfants jouer dans l'hémicycle du Palais-Bourbon au cours d'une visite on ne peut plus ordinaire. Les insurgés de Bolsonaro n'ont même pas interrompu une séance puisque les parlementaires ne siégeaient pas (au contraire de la journée du 6 janvier 2021 à Washington où les parlementaires devaient justement officialiser l'élection de Joe Biden).

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Cette insurrection fait suite à une vague de manifestations très dures de la part de l'extrême droite depuis l'élection de Lula, extrême droite qui a demandé (en vain) l'intervention de l'armée pour renverser le Président élu. Le gouvernement de Lula doit agir avec fermeté mais sans faire de victimes, ce qui est très difficile dans le cas de manifestants violents. Force doit être donnée et reconnue au candidat élu démocratiquement.

Au-delà du légalisme qui donne raison à Lula, ce pays qu'est le Brésil va être très difficile à gouverner car cet événement montre une fois encore (et on le savait lors de la campagne électorale) que le Brésil est très profondément divisé en deux camps totalement opposés. Il n'est pas sûr que Lula, maintenant un vieillard, issu de l'extrême gauche mais soutenu en 2022 jusque par des partis de centre droit, puisse être l'homme de la situation pour rétablir l'ordre mais aussi la concorde et la réconciliation au sein du peuple. Son malheur est sans doute qu'il n'a pas su trouver un héritier politique et qu'il a dû lui-même revenir au pouvoir.

Décidément, le Brésil suit le destin des États-Unis, avec Bolsonaro dans le rôle de Donald Trump, Lula dans celui de Joe Biden, le premier sera octogénaire comme le second avant la fin de son mandat, et les ultras de Bolsonaro aussi stupides que ceux de Trump, avec en plus la bêtise de le faire après avoir perdu le pouvoir (au contraire des trumpistes).


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (08 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brasilia : selon Lula, des vandales fascistes !
Luiz Inacio Lula da Silva.
Brésil 2022 : grande incertitude électorale.
Au Brésil, le choc des titans...

Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230108-brasilia-insurrection.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/brasilia-selon-lula-des-vandales-245935

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/08/39774111.html







 

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31 octobre 2022 1 31 /10 /octobre /2022 04:50

« La résurrection est une idée toute naturelle ; il n'est pas plus étonnant de naître deux fois qu'une. » (Voltaire).




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Comme les sondages le laissaient prévoir, le second tour de l'élection présidentielle qui s'est déroulée ce dimanche 30 octobre 2022 au Brésil a été très serré pour les plus de 156 millions d'électeurs que compte le grand peuple d'Amérique latine.

Le vote est obligatoire selon l'âge (les plus âgés sont exonérés de l'obligation), ce qui permet une forte participation (qui n'est donc qu'artificielle). En revanche, la passion entre les deux camps n'était pas artificielle et c'est pour cela qu'il y a eu peu de bulletins blancs ou nuls. Par ailleurs, le vote se faisait de manière électronique (j'ai déjà écrit ce que je pensais d'une telle méthode). Le vote électronique a de nombreux défauts sur la transparence, la garantie, pour chaque citoyen, sans compétence informatique, que le vote est sincère et secret, mais il a au moins un avantage, la rapidité du dépouillement.

Durant plusieurs heures, c'était le site du Tribunal supérieur électoral (TSE) qui a communiqué l'état des totaux en fonction de la part prise en compte des bulletins. À un moment donné, il y avait moins de 700 000 voix d'écart, ce qui, sur plus de 120 millions de voix, était un écart très faible de quelques dixièmes de pourcent. Mais comme les zones où Jair Bolsonaro était le plus populaire ont été dépouillées les premières, la courte avance qu'avait acquise son concurrent Luiz Inacio Lula da Silva ne pouvait que s'accroître au fil des résultats.

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C'est ce qui s'est passé et peu avant 20 heures, heure locale (minuit, heure de Paris), même si les bureaux de vote n'avaient pas encore été tous comptabilisés (seulement 98,9% des bulletins), l'élection de Lula était mathématiquement acquise en raison de la différence de voix. La fin du dépouillement a eu lieu au-delà de 22 heures 30, avec plus de 2 millions de voix d'écart, ce qui reste une courte avance (de moins de 2% des suffrages).

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À 22 heures 29, sur plus de 99,99% des bulletins dépouillés, Lula est arrivé en tête avec 60 344 845 voix, soit 50,90% des voix, face à Jair Bolsonaro 58 205 521 voix, soit 49,10% des voix. Sur les 124 250 767 bulletins dépouillés, 3,16% ont été comptabilisés parmi les blancs et les nuls.

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À minuit heures 18, la totalité des bulletins ont été dépouillés. Sur 125 252 796, Lula est arrivé en tête avec 60 345 999 voix, soit 50,90% des voix, face à Jair Bolsonaro 58 206 354 voix, soit 49,10% des voix. Un peu plus de 2,1 millions de voix les séparent.



Ouvrier à 14 ans, figure du syndicalisme brésilien, président du Parti des travailleurs du 10 février 1980 au 15 novembre 1994, député de Sao Paolo de février 1987 à février 1991, Lula a été élu Président de la République fédérative du Brésil le 27 octobre 2002, réélu le 29 octobre 2006, en exercice du 1er janvier 2003 au 1er janvier 2011. Et il fait donc son grand retour au pouvoir en se faisant réélire ce 30 octobre 2022, son mandat de quatre ans commencera le 1er janvier 2023. Il y a trois jours, Lula venait de fêter son 77e anniversaire, ce qui est très âgé (mais plus jeune que Joe Biden de trois ans).

La grande question, très immédiatement, est le comportement de son rival et Président sortant Jair Bolsonaro : va-t-il reconnaître sa défaite ou donnera-t-il dans le trumpisme électoral ? Si l'élection a été serrée, l'écart en voix est quand même important, plus de 2 millions d'électeurs, et pour contester sa défaite électorale, il lui faudra démontrer que plus d'un million d'électeurs auraient pu changer leur vote, ce n'est pas une mince affaire juridique.

D'un point de vue politique, il n'est pas sûr que ce soit l'intérêt de Jair Bolsonaro de contester la victoire de Lula : en effet, son parti est arrivé en tête le 2 octobre 2022, ce qui signifie que l'influence politique de Bolsonaro restera importante au sein du Parlement brésilien. S'il souhaite reprendre sa revanche en 2026, face à un Président sortant qui sera probablement un vieillard, il aura intérêt à ne pas hypothéquer ses chances en ne reconnaissant pas la légalité électorale.

La tâche de Lula va être immense, la première sera de réunifier le pays profondément divisé en tentant la réconciliation. Mais celle-ci semble déjà mission impossible !...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (30 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Luiz Inacio Lula da Silva.
Brésil 2022 : grande incertitude électorale.
Au Brésil, le choc des titans...

Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

_yartiBresil2022A04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221030-lula.html

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29 octobre 2022 6 29 /10 /octobre /2022 05:33

« À partir de l'incertitude avancer tout de même. Rien d'acquis, car tout acquis ne serait-il pas paralysie ? L'incertitude est le moteur, l'ombre est la source. » (Philippe Jaccottet).




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Le second tour de l'élection présidentielle au Brésil se tient ce dimanche 30 octobre 2022 et le moins qu'on puisse observer, c'est que la plus grande incertitude est au rendez-vous. Initialement, ce scrutin aurait dû être le retour triomphal de l'ancien Président Lula (Luiz Inacio Lula da Silva) dont la popularité n'a jamais cessé d'être élevée depuis la fin de son second mandat il y a douze ans, même lorsqu'il a été incarcéré (de manière injustifiée).

Issu du Parti des travailleurs (à gauche dans l'échiquier politique), il était aussi soutenu par une frange du centre droit et Geraldo Alckmin, le candidat Vice-Président avec lequel Lula s'est associé, fait même partie des milieux d'affaires. Dans les sondages, il bénéficiait avant le premier tour d'entre 10 et 15 points d'avance, et la polarisation du débat électoral autour des deux seuls candidats Lula et Jair Bolsonaro (le Président sortant du "Parti libéral", considéré populiste sinon d'extrême droite) a même laissé probable son élection dès le premier tour.

Mais il en a été tout autrement : Jair Bolsonaro a su se redresser, remonter et profiter de nombreux "votes cachés", notamment auprès de ses réseaux religieux. Au premier tour le 2 octobre 2022, seulement 5 points les séparaient, Lula en tête avec 48,4% et Jair Bolsonaro 43,2%.

La situation a été même très profitable au Président sortant puisque, en même temps que le premier tour de l'élection présidentielle, ont eu lieu aussi les élections parlementaires, le renouvellement des 513 sièges de la Chambre des députés et d'un tiers des 81 sièges du Sénat. Or, ces élections parlementaires ont été une grande victoire du parti de Jair Bolsonaro qui est devenu la première formation du pays avec 99 sièges sur 513, soit 66 sièges de plus qu'aux précédentes élections parlementaires du 7 octobre 2018. Le parti de Lula, le Parti des travailleurs, avec 68 sièges, a gagné aussi en sièges, mais seulement 12, et sa coalition Brésil de l'espoir, formée avec les communistes et le Parti vert n'a obtenu que 80 sièges, deuxième formation du pays, bien loin du PL. La Chambre des députés restera très divisée et obtenir des majorités sera difficile dans ce pays au régime présidentiel. Les performances électorales au Sénat étaient de même proportion qu'à la Chambre des députés, avec le PL en tête avec 8 sièges sur 27 et le PT avec 4 sièges sur 27.

Les quatre semaines de la campagne du second tour de l'élection présidentielle ont renforcé l'âpreté du combat électoral et divisé profondément le Brésil en deux camps très différents, sociologiquement, géographiquement. Sur le papier, Lula restait le favori puisqu'il était en tête du premier tour et que les deux principaux candidats arrivés après les deux premiers l'ont soutenu, Simone Tebet, candidate du Mouvement démocratique brésilien, qui a eu 4,2% des suffrages exprimés, ainsi que Ciro Gomes du Parti démocratique travailliste qui a eu 3,0% des suffrages exprimés, ont tous les deux, bien que du bout des lèvres, apporté leur soutien à Lula pour le second tour.

Mais sur le terrain, cela semble tout autre. Les électeurs de Simone Tebet et de Ciro Gomes auraient, selon des analystes électoraux, déserté leur candidat pour porter leur vote à Jair Bolsonaro dès le premier tour pour faire barrage au Parti des travailleurs. Ce serait le cas aussi des électeurs sociaux-démocrates. La très bonne performance parlementaire du parti de Jair Bolsonaro pourrait être un excellent levier pour le second tour de la présidentielle malgré le bilan désastreux de son mandat, une gestion désastreuse de la crise du covid-19 ayant entraîné près de 700 000 décès, une augmentation des inégalités sociales, une image internationale déplorable avec la remise en cause de tous les engagements écologiques, etc.

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Les sondages l'ont d'ailleurs mesuré et l'écart s'est considérablement resserré entre les deux candidats. La véritable question pourrait être celle-ci : y aura-t-il un vainqueur dès le dimanche soir ? Ou risquerait-il d'y avoir toute une polémique postélectorale pour savoir qui a gagné si l'écart de voix était très faible. Jair Bolsonaro, à l'instar de Donald Trump en 2020, a déjà fait savoir qu'il ne pouvait pas perdre cette élection et reconnaître sa défaite électorale serait donc pour lui très difficile à assumer personnellement.

De son côté, Lula jouit d'une excellente image à l'étranger ; lorsqu'il était Président, il s'est lié d'amitié avec le Président français Jacques Chirac au cours de leur travail sur les questions touchant à la lutte contre les bouleversements climatiques, ce dernier trouvant dans le combat écologique un exutoire personnel tandis que la politique intérieure était préemptée par son héritier et rival Nicolas Sarkozy, ministre incontournable.

L'histoire des peuples du monde a souvent montré qu'une élection n'est jamais acquise avant le vote. Celle du 30 octobre 2022 au Brésil plus que toute autre...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (28 octobre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Brésil 2022 : grande incertitude électorale.
Au Brésil, le choc des titans...

Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221028-bresil.html

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3 octobre 2022 1 03 /10 /octobre /2022 05:03

« Dieu est au-dessus de tous. Cette histoire d'État laïque, c'est n'importe quoi. L'État est chrétien, et la minorité qui est contre cela, qu'elle parte. Les minorités doivent se soumettre à la majorité. » (Jair Bolsonaro, février 2017 à Campina Grande).




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Une phrase parmi d'autre du Président brésilien sortant, à comparer avec cette réflexion du grand Albert Camus : « La démocratie, ce n'est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité. ». Grande surprise à l'issue du premier tour de l'élection présidentielle au Brésil : le Président sortant Jair Bolsonaro a obtenu beaucoup plus de voix que ce que les sondages prévoyaient face à l'ancien Président Lula.

Ce dimanche 2 octobre 2022, 156 454 011 électeurs brésiliens étaient convoqués et 79,0% sont allés voter (ce qui correspond à peu près à la participation de l'élection précédente en octobre 2018 ; le vote est obligatoire pour les électeurs de 18 à 70 ans). Alors que l'ancien Président Lula (Luiz Inácio Lula da Silva) espérait gagner cette élection dès le premier tour, il n'a obtenu que 48,4% (ce qui reste beaucoup dans d'autres contextes nationaux) et est talonné par Jair Bolsonaro à 43,2%, ce qui nécessite un second tour pour les départager, qui aura lieu le 30 octobre 2022.

Ce résultat a de quoi surprendre puisque les sondages d'intentions de vote donnaient autour de 45% à Lula et seulement autour de 33% (les derniers sondages donnaient même 50% à Lula et 36% à Bolsonaro). Assez impopulaire, Jair Bolsonaro semble avoir rattraper une partie de son retard et s'il n'est pas le favori pour le second tour, il peut encore surprendre d'ici à quatre semaines.

La campagne électorale a été très dure entre les deux camps, et cette âpreté continuera donc pendant encore quatre semaines. Quels sont les enjeux de cette élection ? Il s'agit de deux visions de la société.


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Jouissant d'un fort soutien des classes populaires impactées par la crise économique, Lula, à 76 ans, tente un come-back politique inespéré. Élu et réélu Président du Brésil de 2003 à 2011, il est descendu aux enfers jusqu'à être arrêté, condamné en 2017 et incarcéré du 7 avril 2018 au 8 novembre 2019, pendant plus d'un an, pour fait de corruption, jusqu'à ce que la Cour Suprême a considéré que cet emprisonnement était abusif (en 2021, il est quasiment lavé de toutes ses condamnations et il a été établi qu'il a été victime d'un complot pour l'empêcher d'être candidat en 2018). Pour cette raison, en effet, il n'a pas pu concourir à l'élection présidentielle de 2018 (comme aux États-Unis, un Président ne peut fait plus de deux mandats de quatre ans successifs, mais peut se représenter ensuite). À titre personnel, son élection permettrait d'effacer politiquement ses anciens déboires judiciaires.

Sur le plan politique, et les résultats de ce premier tour le confirment, Lula semblait être la seule personnalité à pouvoir affronter le Président sortant de manière efficace. Alors qu'il avait réussi à sortir 30 millions de personnes de la pauvreté lors de ses premiers mandats, Lula suscite beaucoup d'attente pour réduire cette fracture sociale et faire baisser les conséquences de la crise économique. Néanmoins, sa proximité avec le centre droit (il a choisi pour Vice-Président Geraldo Alckmin, figure de la bourgeoisie conservatrice, pour rassurer les marchés) va probablement éviter de faire une politique à gauche toute, même s'il a préconisé une augmentation des impôts pour les plus riches.

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Soutenu par les milieux évangélistes très actifs dans les classes populaires, les lobbies des armes, les industriels de l'agriculture, et favorable à la poursuite des réformes visant à réduire l'intervention de l'État, Jair Bolsonaro, à 67 ans, n'a pas su montrer un bilan très positif de sa Présidence principalement marquée par une gestion calamiteuse et irresponsable de la pandémie du covid-19 (avec près de 700 000 personnes qui sont mortes du covid-19), la destruction de l'Amazonie et une image internationale du Brésil déplorable.

Même si, en absolu, il y a eu plus de déforestation sous les mandats de Lula, ce dernier a tenté de les réduire, tandis que Bolsonaro, appelé le Trump des tropiques, l'a au contraire augmenté au fil des années au profit des industriels, refusant de prendre en compte les considérations écologiques internationales.

La remontée électorale de Jair Bolsonaro a été une surprise dans ce premier tour, ce qui confirme une fois encore qu'un scrutin n'est jamais acquis avant la fermeture des bureaux de vote. Les Brésiliens vont donc continuer à vivre quatre semaines au rythme d'un duel sans concession, où la haine et la mauvaise foi ne semblent pas de nature à redorer l'image politique du pays...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (03 octobre 2022)
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Pour aller plus loin :
Au Brésil, le choc des titans...
Jair Bolsonaro.
Carlos Ghosn.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221002-bresil.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/au-bresil-le-choc-des-titans-244126

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21 août 2021 6 21 /08 /août /2021 03:35

« Je m’élance de nouveau à sa poursuite. Mes chaussures me broient les pieds ; j’ai déjà plein d’ampoules. Mes cuisses me brûlent. Allez, Alvie ! Tu vas y arriver ! C’est juste un gars normal, c’est pas Usain Bolt. Je gagne du terrain : trois mètres, deux mètres, un mètre. » (Chloé Esposito, "Bad", 2018).




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Comme on le voit, le sprinter jamaïcain Usain Bolt est devenu, même dans ce thriller déconcertant de Chloé Esposito, le synonyme de l’homme qui court le plus vite du monde. Usain Bolt fête ses 35 ans ce samedi 21 août 2021. C’est l’occasion de revenir sur sa légende : huit médailles d’or aux jeux olympiques (Pékin 2008, Londres 2012, Rio 2016), onze victoires aux championnats du monde, il était un véritable dieu des stades. Je l’écris à l’imparfait car il a pris sa retraite le 13 août 2017 (il a couru sa dernière course compétition la veille). Il avait commencé en 2001 à l’âge de 14 ans. Il a tenté une reconversion dans le football au succès très mitigé.

Je m’intéresse assez rarement aux sports mais j’ai été fasciné par lui aux Jeux olympiques de Londres, en août 2012. J’ai été pris au jeu après avoir zappé un peu au hasard. Retour sur des performances hors du commun en six tableaux, sous la forme de plusieurs "reportages" (les âges indiqués sont ceux en août 2012, il y a neuf ans).


1. 100 MÈTRES (HOMMES) le 5 août 2012

C’est l’épreuve reine des jeux olympiques d’été. C’est donc vraiment une chance de me retrouver à voir les demi-finales et la finale du 100 mètres. Inutile de dire que c’est du rapide. Au moins, c’est bien moins ennuyeux qu’un long match de handball, même s’il y a de jolies Suédoises !

Il y a trois demi-finales. Le but pour chacun des sept ou huit coureurs de chaque équipe est donc d’être qualifié pour la finale. Avant le départ des courses, le présentateur officiel introduit le compétiteur, ce qui permet à ce dernier de se montrer et de faire le cas échéant des mimiques.

Le Jamaïcain Usain Bolt (bientôt 26 ans) ne s’en prive pas à chaque départ, il semble sympa, joyeux, fait un peu le clown en mimant avec ses doigts ses pas de course… Lors de la demi-finale, il se ménage, je le sens bien, il arrive premier, mais il ralentit à la fin, pour se réserver pour la finale.

Finalement, la finale récompense les trois coureurs arrivés premiers aux demi-finales, ce qui n’est pas vraiment une surprise.

Usain Bolt arrive premier (médaille d’or) avec 9,63 secondes. Le vent est favorable à +1,5 m/s. Alors, ça y est, on dit qu’il "entre dans la légende" car c’est le second athlète à conserver son titre olympique, après l’Américain Carl Lewis (en 1984 et 1988). Il avait déjà fait 9,69 secondes le 16 août 2008 aux JO de Pékin. Et il est le détendeur du record du monde avec 9,58 secondes réalisé le 16 août 2009 à Berlin (37,6 km/h !). Usain Bolt est du coup l’un des sportifs les plus sponsorisés au monde (avec Puma entre autres).

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J’avoue que j’en suis presque ému, de me retrouver dans une sorte d’observation en direct de l’événement sportif. Carl Lewis (51 ans), j’en avais juste entendu parler, mais c’est déjà pas mal pour moi. Usain Bolt, même notoriété, donc. Il a déjà signé de gros contrats avec des sponsors dès l’âge de 16 ans ! Sa joie décontractée le rend populaire. Il a l’air facile, comme gars. Après sa victoire, il parcourt tout le stade, il s’agenouille, baise le sol, face aux dizaines de photographes un peu étonnés. Il touche les mains des spectateurs privilégiés qui peuvent l’approcher autour de la piste.

L’objectif d’Usain Bolt, champion colosse d’un mètre quatre-vingt-quinze, est de courir le 100 mètres en 9,40 secondes. Il pourrait s’améliorer lors de son démarrage, et en allant à Mexico, par exemple, où il y a moins d’air à cause de l’altitude, il aurait moins de résistance à l’air. L’Université de Tilburg avait estimé en juillet 2012 que la limite ultime serait de 9,36 secondes mais l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du sport de Paris avait déjà donné en début 2008 une limite de 9,72 secondes qui fut allègrement dépassée (9,72 secondes fut le temps obtenu par Usain Bolt dès le 21 mai 2008 à New York).

Le deuxième de la course (médaille d’argent) est le Jamaïcain Yohan Blake (vingt-deux ans), avec 9,75 secondes. Son meilleur temps fut pareil, le 29 juin 2012 à Kington.

Enfin, la médaille de bronze est l’Américain Justin Gatlin (30 ans), avec 9,79 secondes. Le meilleur score de Justin Gatlin fut de 9,77 secondes le 12 mai 2006 à Doha mais le 23 août 2006, il fut suspendu pour huit ans, ramené à quatre ans, pour cause de dopage (qu’il a toujours nié, expliquant : « Je ne peux pas expliquer ces résultats parce que je n’ai jamais pris sciemment aucune substance interdite ni autorisé qui que ce soit à m’administrer une telle substance »).

D’autres champions ou recordmen historiques ont participé à cette finale, dont le Jamaïcain Asafa Powell (29 ans) qui se blesse et fait donc une très mauvaise performance (11,99 secondes), classé dernier, et aussi l’Américain Tyson Gay (30 ans le 9 août), quatrième (il met 0,145 seconde à démarrer, à comparer avec 0,165 seconde pour Usain Bolt). Le record de Tyson Gay fut de 9,69 secondes le 20 septembre 2009 à Shanghai.

Les cinq coureurs Usain Bolt, Yohan Blake, Justin Gatlin, Tyson Gay et Asafa Powell pouvaient donc tous les cinq prétendre à la médaille d’or. Usain Bolt est sans doute celui qui a été le plus détendu, comme si la demi-finale n’était qu’une simple balade dominicale avant l’épreuve sérieuse.

Enfin, il est intéressant à savoir que des huit coureurs qui ont participé à cette finale du 100 mètres, sept ont fait moins de dix secondes (le septième a fait 9,98 secondes) et si le huitième a dépassé les dix secondes, c’est à cause d’une simple blessure (Asafa Powell a battu plusieurs fois le record du monde et il a fait 9,74 secondes le 9 septembre 2007 à Rieti).


2. LE ROI USAIN DE JAMAÏQUE

Inutile de dire que les jeux olympiques de Londres entreront dans l’histoire du monde avec la triple performance du sprinter jamaïcain Usain Bolt. Un patronyme prédestiné puisqu’il signifie l’éclair. Il a réussi à renouveler ses trois médailles d’or obtenues en 2008 aux JO de Pékin pour les trois épreuves reines de la course de vitesse : 100 mètres, 200 mètres et le relais 4 fois 100 mètres où il a établi, avec son équipe jamaïcaine, un nouveau record.

Alors, oui, Usain Bolt a le droit de dire le 9 août 2012 qu’il est devenu une légende. Ce n’est pas très modeste, ce n’est pas très humble, mais c’est raisonnable, c’est la vérité et quand on voit son état physique à la fin de chaque épreuve, on se dit qu’il a encore des possibilités d’amélioration car il ne paraît ni essoufflé ni fatigué, il paraît encore très  en forme à se mettre au sol, à faire des pompes ou encore à saluer le public l’acclamant, à faire des grimaces aux caméras de télévision...

Le sportif le plus sponsorisé du monde sera-t-il également le plus populaire ? En tout cas, c’est clair que cet homme à l’allure sympathique n’a rien d’un être ordinaire.


3. 200 MÈTRES (HOMMES) le 9 août 2012

Le soir du 9 août, c’était donc la finale du 200 mètres. Je n’ai pas vu les demi-finales mais un Français s’est qualifié pour la finale, Christophe Lemaitre (22 ans). En demi-finale, il avait un score supérieur aux grands champions de la finale, mais ces derniers ne voulaient visiblement pas se fouler.

Résultat, Christophe Lemaitre s’est retrouvé en sixième position sur huit avec 20,18 secondes alors qu’il a déjà fait 19,80 secondes le 3 septembre 2011 à Daegu.

Les gagnants n’ont même pas une seconde d’écart avec lui, et les trois médaillés sont jamaïcains (ce qui donne une petite idée pour la course de relais 4 fois 100 mètres du surlendemain).

Le record actuel était de 19,19 secondes réalisé par Usain Bolt le 20 août 2009 à Berlin et le record olympique de 19,30 secondes par le même le 20 août 2008 aux JO de Pékin.

La médaille d’or ce 9 août 2012 est Usain Bolt avec 19,32 secondes, ce qui lui a donné sa cinquième médaille d’or olympique à Pékin et à Londres et deux fois consécutivement pour deux épreuves (100 mètres et 200 mètres). C’est le premier athlète de tous les temps à avoir conservé son titre de champion olympique du 200 mètres une seconde fois.

La médaille d’argent est le Jamaïcain Yohan Blake, également médaille d’argent pour le 100 mètres, avec 19,44 secondes, alors qu’il était le leader mondial en titre avec 19,80 secondes le 1er juillet 2012 à Kingston (en ayant battu Usain Bolt).

Enfin, la médaille de bronze est aussi un Jamaïcain, Warren Weir (22 ans), avec 19,84 secondes, qui a fait ainsi ce jour-là sa meilleure performance (et son meilleur temps pour le 100 mètres est de 10,51 secondes, le 1er mars 2008 à Kingston, loin derrière Usain Bolt et Yohan Blake).

Évidemment, comme il y avait un Français dans cette course, la télévision française s’est jetée sur lui au lieu de mettre les projecteurs sur les champions jamaïcains.

Pourtant, le contraste était frappant : d’un côté, Usain Bolt, juste après sa prestation, a continué à courir pour parcourir le stade, a fait des pompes, à montrer qu’il était très à l’aise et en forme (il a dit avec très peu de modestie qu’il était devenu une légende, ce qui est pourtant vrai, et avait reconnu que le fait d’avoir été dépassé par Yohan Blake dans les qualifications pour la Jamaïque l’avait un peu boosté) ; d’un autre côté, Christophe Lemaitre complètement essoufflé encore dix minutes après, et laissant dire que s’il avait été dans un autre couloir, il aurait pu grappiller une médaille (mais quand on regarde les choses, il était loin de la troisième place !).

Pour être complet sur ce 200 mètres, le vent était favorable à +0,4 m/s. La limite est de +2,0 m/s pour ne pas fausser les performances.


4. RELAIS 4 FOIS 100 MÈTRES (HOMMES) le 11 août 2012

La finale s’est déroulée le 11 août. Beaucoup de suspens pour savoir si Usain Bolt allait remporter aussi cette épreuve, ce qui le rendrait triplement légendaire après ses doubles performances olympiques sur le 100 mètres et le 200 mètres. L’équipe jamaïcaine était en effet dotée de redoutables champions du sprint. N’hésitant pas à se consacrer à la finale, Usain Bolt n’avait même pas pris part à la demi-finale la veille !

Heureusement, malgré un match de basket féminin très ennuyeux (comme tous les matchs), une finale entre la France et les États-Unis (les Américaines ont gagné et donc, la France n’a eu que la médaille d’argent), France 2 a daigné diffuser l’intégralité de cette épreuve d’athlétisme qui a encore battu quelques records. Une raison à cela, la France participait à la finale.

Le résultat fut donc à la mesure de l’attente suscitée par le quintuple champion olympique.

Mais avant, reprenons l’historique : l’équipe jamaïcaine était déjà leader en 2011-2012 avec 37,82 secondes le 14 avril 2012 à Kingston. Le record du monde était de 37,04 secondes réalisé par l’équipe jamaïcaine le 4 septembre 2011 à Daegu et le record olympique, toujours battu par l’équipe jamaïcaine, avec 37,10 secondes le 22 août 2008 aux JO de Pékin. Dans cette équipe, il y avait déjà Usain Bolt, Yohan Blake et Asafa Powell.

Eh bien, tous ces records ont été battus par cette équipe jamaïcaine décidément imbattable sinon par elle-même et devenue de nouveau médaille d’or ce 11 août 2012 à Londres, avec 36,84 secondes. C’est assez rare qu’aux JO des records du monde soient battus. L’équipe était composée de Usain Bolt et Yohan Blake (bien sûr) mais aussi de Nesta Carter (26 ans) et Michael Frater (29 ans), athlètes très costauds également.

C’est donc des records à la chaîne qui se sont accumulés ce soir-là : record pour le relais 4 fois 100 mètres, record olympique, record pour Usain Bolt qui détient désormais six médailles d’or olympique avec le renouvellement de ses trois de Pékin à Londres (c’est exceptionnel et inégalé).

L’équipe américaine (avec Justin Gatlin et Tuson Gay) a décroché la médaille d’argent avec 37,04 secondes (ce qui était l’ancien record du monde la veille et aurait battu le record olympique sans les Jamaïcains !). Et la médaille de bronze est revenue à l’équipe du Trinidad et Tobago avec 38,12 secondes (donc bien après !).

L’équipe française a fait bonne figure mais n’a pas décroché de médaille (à quatre centièmes de seconde près) en arrivant quatrième avec 38,16 secondes. Dans cette équipe, il y avait Christophe Lemaitre mais aussi Jimmy Vicaut (20 ans), Pierre-Alexis Pessonneaux (24 ans) et Ronald Pognon (29 ans). Comme pour le 200 mètres, on a pu voir Christophe Lemaitre complètement épuisé (couché au sol sur le dos les genoux fléchis) tandis que Usain Bolt continuait allègrement à parcourir le stade pour recevoir les hourrahs !

Ce qui est impressionnant, c’est que si l’on prend la moyenne pour 100 mètres parcourus dans cette course de relais 4 fois 100 mètres, cela donne 9,21 secondes ! Soit très inférieur au record mondial du 100 mètres (9,58 secondes détenu par Usain Bolt). Cela peut s’expliquer par le fait que le coéquipier qui reçoit le témoin court déjà avant pour foncer directement au prochain coéquipier, sans perdre le temps du démarrage.


5. JO VS CULTURE ?

Les jeux olympiques de Londres qui se terminent ce dimanche 12 août 2012. Certes, je me suis peut-être fondu à la masse des imbéciles empâtés du canapé (cependant sans cannette ni popcorn) qui font ce genre de sport parfaitement passif le soir avant de se coucher.

Mais j’ai pu vivre en direct, trois fois de suite, la véritable légende d’Usain Bolt, au 100 mètres, au 200 mètres et au relais 4 fois 100 mètres. Car il ne faut pas minimiser la performance : Usain Bolt est devenu la légende olympique INÉGALÉE de toute l’histoire humaine ! Je le dis en sachant très bien que sa tête et ses chevilles se sont enflées au même niveau que ses mollets et ses épaules, mais c’est un fait, Carl Lewis, comparé à lui, fait l’image d’un petit joueur, quasi-jaloux d’ailleurs puisqu’il a déclaré en 11 août (avant la sixième médaille d’or) que son honorable successeur ne pouvait réussir de telles performances sans dopage (à quoi l’honorable en question lui a répondu qu’il n’avait plus beaucoup d’admiration pour l’homme qui lui avait longtemps servi de modèle, ou un truc du genre).

Alors, oui, c’est peut-être l’unique fois de ma vie, mais je le fais sans honte, j’ai bien aimé goûter à cette histoire. Même par la petite lorgnette de mon téléviseur. Même si le chauvinisme des commentateurs français pouvaient faire mal au ventre…


6. USAIN BOLT ET LE RELAIS 4 FOIS 100 MÈTRES (HOMMES)

En regardant le relais 4 fois 100 mètres le soir du 11 août : je cherchais vainement Usain Bolt en regardant le nom sur les tee-shirts et je ne voyais qu’un certain "Jam". Je ne comprenais pas qui était ce Jam si souvent montré… et j’ai compris tardivement que ce n’était pas le nom du sportif (comme pour un 100 mètres individuel) mais le nom de son équipe aux belles couleurs de la Jamaïque, à savoir son pays !

Une anecdote dans la soirée du 11 août : il y a eu des discussions pour savoir si le passage du témoin entre Yohan Blake et Usain Bolt a été réglementaire ou pas. La disqualification de l’équipe jamaïcaine, qui venait de battre un nouveau record du monde, aurait eu quelques répercussions sur la "légende boltienne". Finalement, la performance a été validée et il paraîtrait que le Premier Ministre britannique David Cameron lui-même serait intervenu pour aller dans ce sens… Usain Bolt, qui va avoir 26 ans le 21 août 2012 (35 ans le 21 août 2021), n’a sans doute plus besoin de personne pour nourrir sa propre gloire, mais la réciproque n’est pas vraie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 août 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Usain Bolt.
Robert Marchand.
Les Joyeux drilles de l'escadrille.
Michael Collins.
John Glenn.
Thomas Pesquet.
Youri Gagarine.
Quand Jacques Chirac sauva le Tour de France…
Raymond Poulidor.
L’exploit de Thomas Coville.
La France qui gagne.
Communion nationale et creuset républicain.
Faut-il haïr le football en 2016 ?
Les jeux olympiques de Berlin en 1936.
Les jeux olympiques de Londres en 2012.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210821-usain-bolt.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/usain-bolt-l-homme-qui-court-le-234623

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/07/23/39068975.html









 

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29 octobre 2018 1 29 /10 /octobre /2018 04:47

« L’Angoisse atroce, despotique, sur mon crâne incliné plante son drapeau noir. » (Baudelaire, 1857).



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Depuis dimanche, c’est assuré : Jair Bolsonaro deviendra officiellement le Président de la République fédérale du Brésil le 1er janvier 2019. Lorsqu’on écoute à l’extérieur du Brésil les réactions à son élection, et en particulier en France, on entend à peu près toujours ce même son de cloche : "Au secours, l’extrême droite a gagné au Brésil !". Et les analystes les plus téméraires en viennent même à dire : "Hou ! c’est le retour aux heures sombres…". Ce type d’analyse, heureusement, est parfois plus nuancé, mais globalement, il n’y a pas matière à réflexion mais matière à émotion, ce qui, pour des analyses, sont plutôt en contradiction avec leur objectif : donner à penser.

Non pas cet aveuglément, mais cette incompréhension a déjà eu lieu à plusieurs reprises dans l’histoire récente. Rappelons-nous la forte popularité de Mikhaïl Gorbatchev en Europe de l’Ouest et le score lilliputien qu’il obtenait à l’élection présidentielle en Russie, de l’ordre du 1%.

Plus récemment, l’impossibilité, prouvée par de nombreux arguments, l’impossibilité de l’élection de Donald Trump à la Maison-Blanche en novembre 2016. Et lorsqu’il fut élu, il restait l’incompréhension de ce que représentait cet OVNI de la vie politique américaine (encore aujourd’hui, il est difficile de bien le définir, et les élections intermédiaires du 6 novembre 2018 vont sans doute encore surprendre les observateurs car il est fort probable qu’elles soient gagnées par les Républicains.

Après tout, c’est peut-être cela, la vague actuelle, mondiale, dans les démocraties aussi différentes que les États-Unis, le Brésil, l’Autriche, l’Italie, la Hongrie, et même la France, c’est peut-être que les peuples, librement, mettent au pouvoir des OVNI de leur vie politique intérieure. Même en France donc, puisque le Président Emmanuel Macron, lui aussi, à "l’extrême centre", n’est pas plus définissable, avec les outils d’observation classiques, que d’autres qu’on présenterait plus aisément à "l’extrême droite" ou "extrême gauche" : au-delà de Donald Trump et Jair Bolsonaro (qui s’entendront bien), il y a Viktor Orban, Matteo Salvini et Luigi Di Maio, etc.

Pour ce qui concerne le Brésil, à part les clichés de la baie de Rio et du fameux géant économique qu’on attend qu’il devienne puissance économique (pour l’instant, la Chine et l’Inde ont été plus efficaces), les "médias" en sont restés à Lula, Président du Brésil du 1er janvier 2003 au 1er janvier 2011, le beau sourire, la rassurante gauche capable de gouverner ("gauche responsable", celle qui, partout en Europe, est en train de se faire éjecter à chaque élection), en oubliant que s’il jouit d’une bonne image encore parmi certaines catégories de la population brésilienne, d’autres catégories le rejettent parfois violemment, considéré comme le responsable de tous les maux et en particulier, de la corruption et de l’insécurité. Et actuellement en prison, interdit de se représenter à l’élection présidentielle.

La première des réactions est de constater les résultats (et de les reconnaître évidemment) : il n’y a pas eu photo. Jair Bolsonaro a dominé les deux tours de l’élection présidentielle. Au premier tour du 7 octobre 2018, il a obtenu 46,03% soit 49 millions d’électeurs, et le deuxième candidat, son concurrent du second tour, n’a eu que 29,28% soit 31 millions d’électeurs. Donc une très large avance au premier tour, 18 millions d’électeurs ! Au second tour de ce dimanche 28 octobre 2018, Jair Bolsonaro a obtenu 55,13% soit presque 58 millions de suffrages face à son concurrent du PT (le parti de Lula), Fernando Haddad, seulement 44,87% soit 47 millions de suffrages. Avec une abstention de 21,30%, ce qui reste très satisfaisant pour la représentativité de l’élection. En clair, Jair Bolsonaro n’est même pas très loin de la majorité absolue des électeurs inscrits : 49,85%. C’est pas mal !

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Le 7 octobre 2018, son parti, plutôt petit car il n’avait eu qu’un seul siège aux précédentes élections du 5 octobre 2014, a pris la deuxième place sur le plan parlementaire, il n’aura cependant pas la majorité absolue et devra composer avec d’autres groupes. En effet, à la Chambre des députés, le PSL (son parti, parti social-libéral) est premier en voix avec 11,7% (11,5 millions de suffrages) mais deuxième en sièges, avec 52 sièges sur 513 au total. Au Sénat, renouvelé partiellement, ce parti est troisième en voix avec 11,3% (19,4 millions de suffrages) et a obtenu 4 sièges sur les 54 renouvelables et sur les 81 au total. Pour ces deux scrutins, la participation fut de 79,80%, ce qui est important. Jair Bolsonaro ne pourra pas légiférer comme il le voudra car il ne contrôle pas le Parlement qui reste très éclaté.

Le respect de la démocratie en général impose donc le respect de cette élection présidentielle en particulier, qui n’a pas été "mal" gagnée mais au contraire très largement gagnée : presque 11 millions de voix ont séparé les deux candidats. Il n’y a donc a priori pas photo, à moins d’une immense fraude électorale assez difficile à imaginer de cette ampleur. C’est le premier point.

Le deuxième point, ce serait de comprendre comment les Brésiliens en sont arrivés là, et là aussi, c’est assez facilement explicable par la corruption et aussi l’insécurité : 64 000 meurtres par an, souvent sans suite judiciaire (j’ai lu des statistiques affolantes, seulement un meurtre sur dix est suivi d’arrestations et de condamnations, les autres ne sont pas élucidés). Sans compter la faiblesse économique. Que le peuple brésilien soit en colère est donc très compréhensible.

On restera cependant toujours étonné par les contradictions apparentes habituelles dans ce genre de situation. Par exemple, à 63 ans, Jair Bolsonaro, ancien militaire de profession, jusqu’en 1988, avec le grade de capitaine, est élu député fédéral depuis le 3 octobre 1990, constamment réélu. Il est donc loin d’incarner lui-même le changement et le renouvellement. Ses étiquettes politiques, si elles ont changé de temps en temps, ont souvent été "centristes", démocrates-chrétiennes. Loin des extrémismes donc.

Christophe Ventura, chercheur à l’IRIS et par ailleurs proche de Jean-Luc Mélenchon (et adorateur de Hugo Chavez), a expliqué sur Europe 1 le 7 septembre 2018 : « Bolsonaro est l’un de ceux qui profitent le plus de ces crises multiples, économiques, sociales, politiques et démocratiques. Le rejet très fort de la politique en général par la population crée une sorte de trumpisme brésilien. Bolsonaro capte ces ressentiments et se transforme en candidat anti-système, ce qu’il n’est pourtant pas du tout. ». Professeur de sciences politiques à l’Université de Brasilia, Lucio Renno a déclaré à RFI en septembre 2018 : « Il se présente comme étant un candidat hors du système politique brésilien, alors qu’il cumule déjà sept mandats en tant que député. Toute sa famille est dans la politique. ». En effet, trois de ses cinq enfants sont parlementaires ! Cela fait penser à une autre famille

Pouvait-on prévoir son élection ? Peut-être car la campagne sur les réseaux sociaux a fait rage largement en faveur du candidat Jair Bolsonaro, avec ce néologisme diffusé sans cesse : Bolsomito. En français, "mito" pourrait être compris comme "mythomane" mais en portugais, cela signifie plutôt la légende Bolso est née ! Jair Bolsonaro a eu 9,3 millions d’abonnés aux différents réseaux sociaux (Facebook, Twitter et Instagram) tandis que Lula n’a en eu que la moitié, 4,3 millions.

Mais finalement, ce qui compte, en tout cas pour des étrangers, en particulier les Européens, ce n’est pas le passé mais le futur. C’est vrai que son élection a de quoi angoisser lorsqu’on écoute ses discours. Jair Bolsonaro est un adorateur de Pinochet, un nostalgique de la période de dictature militaire brésilienne et est partisan de la peine de mort. En 1999, il avait ainsi une solution très simpliste pour résoudre le problème de la corruption : « [La junte militaire entre 1964 et 1985] aurait dû assassiner quelque 30 000 personnes corrompues. ». À une autre occasion, il a dit aussi le 8 juillet 2016 à la radio : « L’erreur de la dictature a été de torturer au lieu de tuer. ». Ses déclarations encore récentes sont souvent polluées par ses conceptions qui fleurent le racisme, l’homophobie, la misogynie, au point de dire à l’une de ses collègues députée femme qu’il ne la violerait pas car elle était trop moche !

Un discours de haine et de violence que la campagne électorale lui a rendu : le 6 septembre 2018 lors d’un meeting à Juiz de Fora, Jair Bolsonaro fut blessé au cours d’un attentat au poignard, profondément atteint au ventre, avec trois organes touchés, ce qui l’a fait hospitaliser pendant vingt-trois jours. Cette agression dont il a été victime a sans doute renforcé le mouvement ascendant en sa faveur.

Parmi les commentaires en France, il y a toujours cette contradiction de vouloir mélanger autoritarisme et libéralisme. Le libéralisme, c’est justement moins d’État, libérer les citoyens de la tutelle de l’État. C’est le contraire d’une éventuelle aventure autocratique et antidémocratique. C’est tout le contraire. À l’annonce du résultat de son élection, Jair Bolsonaro a d’ailleurs annoncé qu’il respecterait la Constitution. Le dire n’est pas une garantie qu’il la respectera mais c’est mieux en le disant.

Comme il ne connaît rien sur le plan économique, Jair Bolsonaro a toujours refusé de débattre avec ses adversaires pendant la campagne et en particulier avec son adversaire du second tour Fernando Haddad. Mais cela fait longtemps que le peuple ne cherche plus des premiers de la classe. Il cherche des leaders qui l’écoutent et qui sache résoudre les problèmes du pays. Cela dit, le populisme de Jair Bolsonaro ne s’est pas traduit par des déclarations fustigeant les élites.

Partisan, dans un discours le 21 octobre 2018, d’une grande "purge" politique qui laisserait à la gauche le choix "entre la prison ou l’exil", Jair Bolsonaro a sans doute parlé en cassant toutes les prudences sémantiques pour des raisons démagogiques. Il a maintenant devant lui un pays avec 58 millions de citoyens, ses électeurs, qui attendent beaucoup de lui. Un pays coupé en deux et donc, qui pourrait rapidement tomber dans la guerre civile s’il se met à pourchasser ses adversaires politiques au mépris de toutes les règles constitutionnelles.

Journaliste spécialiste des relations internationales sur France Inter, Pierre Haski a raison, à mon sens, quand il cherche, ce 29 octobre 2018, la meilleure comparaison à faire : « Jair Bolsonaro ressemble un peu à Donald Trump, mais beaucoup à Rodrigo Duterte, le Président des Philippines. Vous savez, le Président des Philippines qui s’est lui-même comparé à Hitler, dont la guerre contre la drogue s’est transformée en milliers d’exécutions sommaires et qui s’est empressé d’étouffer la presse indépendante. Bolsonaro menace de faire pareil au Brésil. ».

En effet, Jair Bolsonaro, non seulement est partisan de la peine de mort, mais aussi partisan d’un assouplissement pour le port d’armes. Ces deux positions ne sont pas sans conséquence : la politique de Rogrigo Duterte a été d’encourager les citoyens de faire la loi eux-mêmes en exécutant les trafiquants de drogue à la place de la justice et de la police. Environ 4 000 personnes sont mortes ainsi aux Philippines, ce qui peut être considéré comme de véritables assassinats non sanctionnés par le code pénal. Des actes très arbitraires, donc, puisque sans procès.

Partisan du retour aux valeurs familiales traditionnelles, Jair Bolsonaro s’était converti dans les eaux du Jourdain en mai 2016 pour faire partie des églises évangéliques. Et c’est peut-être dans cette perspective qu’il faut comprendre cette élection : la large victoire de Jair Bolsonaro est aussi une grande victoire de l’influence des églises évangéliques sur l’Église catholique. Et cela dans une période où, pour la première fois, un pape est originaire d’Amérique du Sud…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (29 octobre 2018)
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Pour aller plus loin :
Jair Bolsonaro.
Augusto Pinochet.
Juan Manuel Santos.
Hugo Chavez.
Miguel Diaz-Canel.
Fidel Castro.
Che Guevara.
Maximilien l’archidupe.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/faut-il-avoir-peur-de-jair-209100

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1 juillet 2018 7 01 /07 /juillet /2018 04:30

« Le pardon est évidemment un élément central, mais pas un pardon comme une aumône. (…) Nous faisons tous partie d’une génération qui, avec le pardon, doit assumer cette responsabilité. (…) Nous ne pouvons pas continuer une justice de vengeance, la paix va nous demander d’accepter un certain degré d’impunité, c’est inévitable. » (Interview à l’AFP, le 28 juin 2013).


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Celle qui parle de pardon et de réconciliation, elle peut en parler vraiment car elle a été la victime, dans sa chair, de cette guerre civile en Colombie. Un peu comme Simone Veil, déportée à Auschwitz à l’âge de 15 ans, panthéonisée ce dimanche 1er juillet 2018, était bien placée pour parler de l’amitié franco-allemande et de la construction européenne (à la grosse différence que sa famille a été décimée par les nazis). Ingrid Betancourt a vécu plus de six années  très difficiles dans la jungle colombienne, otage malmenée et violée par des guérilleros communistes. Cela fait dix ans qu’elle a été libérée de cet enfer, le 2 juillet 2008.

Ingrid Betancourt était une jeune femme politique pleine d’avenir. Née le jour de Noël 1961, elle fut élue députée du 20 juillet 1994 au 20 juillet 1998 puis sénatrice du 20 juillet 1998 jusqu’à son enlèvement le 23 février 2002. Elle menait sa campagne présidentielle en tant que candidate des écologistes. À l’époque de son enlèvement, elle avait 40 ans.

Fille d’un ancien ministre et ambassadeur en Colombie en France puis à l’Unesco, et d’une ancienne députée, sénatrice et ambassadrice, Ingrid Betancourt a passé son enfance en France (où étaient affectés ses parents) puis y est retournée pour ses études, notamment à l’IEP Paris (diplômée en 1983) où elle se lia d‘amitié avec un de ses enseignants, Dominique de Villepin. Elle a d’abord épousé un Français (1981-1990) avec qui elle a eu deux enfants, puis, après une séparation, elle est retournée vivre en Colombie en 1989 et épousa plus tard un Colombien (1997-2011).

Ingrid Betancourt, citoyenne franco-colombienne, s’est engagée dans la vie politique en Colombie au début des années 1990 et a dénoncé la corruption, ce qui la mettait en danger, elle mais aussi ses enfants.

Lorsqu’elle fut enlevée le 23 février 2002 dans la zone démilitarisée de San Vicente del Caguan, son nom est devenu rapidement le symbole de la résistance face à la violence et à la corruption, et aussi celle de l’engagement politique au féminin, en particulier en France dont la classe politique s’est beaucoup mobilisée, en particulier à Paris où était installée une grande affiche rappelant son enlèvement sur la place de l’Hôtel de Ville.

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Pendant six ans, les gouvernements français ont tenté de faire libérer Ingrid Betancourt, sans doute pas de la bonne manière. D’une part, il y avait une certaine instrumentalisation de ce combat qui se trouvait ainsi au cœur de la rivalité entre Nicolas Sarkozy (Ministre de l’Intérieur) et Dominique de Villepin (Ministre des Affaires étrangères). Après sa libération, Ingrid Betancourt a d’ailleurs demandé le retrait de son nom et de son visage dans le combat pour libérer les otages.

Pour simplifier, on peut présenter les choses ainsi : le gouvernement français cherchait à obtenir la libération de l’ancienne candidate à l’élection présidentielle par la négociation avec les guérilleros (avec l’aide de Hugo Chavez), tandis que le gouvernement colombien n’entendait pas traiter avec eux, quitte parfois à utiliser des renseignements français pour tuer notamment le numéro deux des FARC (hors du territoire colombien !).

Ce fut par la force que les troupes colombiennes ont pu libérer Ingrid Betancourt et ses compagnons d’infortune. D’ailleurs, Nicolas Sarkozy, devenu Président de la République, a été pris de court dans cette soirée du 2 juillet 2008. Un avion est parti de Paris pour rapatrier (ou expatrier ?) Ingrid Betancourt arrivée en France le 4 juillet 2008 avec tous les honneurs de la République : le Sénat et l’Assemblée Nationale l’ont accueillie, l’ancien Président Jacques Chirac l’a reçue le 9 juillet 2008, et Nicolas Sarkozy l’a décorée à l’occasion de la garden-party du 14 juillet 2008 à l’Élysée.

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Ingrid Betancourt a complètement changé sa vie (son mari a écrit un livre en 2010, "Ingrid et moi. Une liberté douce-amère") et a renoncé à toute activité politique, en Colombie (elle a cependant déclaré plusieurs années plus tard, le 8 septembre 2017 au Talk "Le Figaro", qu’elle n’excluait plus de revenir faire de la politique en Colombie, peut-être dans la perspective de l’élection présidentielle du printemps 2018).

Comme en France, on aurait pu aussi imaginer un engagement dans la vie politique française où elle reste connue et populaire. Elle a cependant participé à plusieurs meetings en faveur de Nicolas Sarkozy, un pour le soutenir lors de la campagne pour l’élection présidentielle de 2012, un autre le 20 février 2013 à la Maison de la Chimie, un autre enfin lors de la primaire LR le 9 octobre 2016 au Zénith de Paris.

Peu de temps après sa libération, une polémique a eu lieu lorsque l’ancienne otage avait demandé au gouvernement colombien plusieurs millions d’euros d’indemnités. En effet, elle avait été enlevée deux jours après une opération de reconquête territoriale du gouvernement sur les FARC et au cours d’une opération de communication du Président colombien qui ne voulait pas la présence d’autres candidats. Il avait donc retiré la garde rapprochée d’Ingrid Betancourt pour la dissuader de l’accompagner. Finalement, elle a renoncé à demander tout dédommagement pour couper court aux polémiques et renouveler sa reconnaissance auprès de l’armée colombienne qui l’avait libérée. Et aussi pour éviter que cette polémique franchît l’océan et n’atteignît la France dont le fonds de garantie des victimes des actes de terrorisme lui avait proposé une indemnité de moins de la moitié du million d’euros qu’elle a aussi refusée en juillet 2010.

Profondément croyante (elle a fait sa première communion avec le pape Paul VI qui va être canonisé dans quelques mois), Ingrid Betancourt avait fait le déplacement à Lourdes dès le 12 juillet 2008 et a rencontré le pape Benoît XVI au Vatican le 2 septembre 2008. Après avoir vécu quelques années (au début des années 2010) à Oxford en Angleterre pour faire des études de théologie, elle réside en France et se consacre à l’écriture.

Lors de la dernière élection présidentielle colombienne des 27 mai et 17 juin 2018, Ingrid Betancourt a soutenu la candidature de Gustavo Petro (58 ans), qui a perdu avec 41,8% face à Ivan Duque (41 ans), élu avec 54,0% au second tour, pour la succession de Juan Manuel Santos, Prix Nobel de la Paix 2016, qui ne pouvait pas se représenter après deux mandats. Pour l’anecdote, son ancienne compagne de captivité, l’avocate Clara Rojas qui fut enlevée en même temps qu’elle et libérée des FARC le 10 janvier 2008, a soutenu Ivan Duque.

Venue à Bogota pour la Foire internationale du livre, Ingrid Betancourt avait mis en garde sur l’avenir de la Colombie le 24 avril 2018 : « Il faut protéger la paix, en faisant des changements si c’est nécessaire, mais il ne faut pas que ce soit une excuse pour reprendre la guerre. Moi, je crois que les candidats qui sont en lice ne sont pas es gens belliqueux. Mais il faut aussi regarder les forces qui accompagnent ces personnes et qui, à un moment donné, peuvent faire pression sur elles et les obliger à prendre des décisions qui iraient à l’encontre de l’intérêt de la paix pour tous les Colombiens. » (Euronews).

C’était le sens de son engagement contre le candidat Ivan Duque (qui vient d’être élu le 17 juin 2018) car ce dernier voudrait revenir sur certaines dispositions de l’accord de paix fait par le Président sortant et les FARC. En particulier sur cette impunité imposée par les accords de paix. Ivan Duque avait été soutenu par les trois anciens Présidents colombiens César Gavira (1990-1994), André Pastrana (1998-2002) et Alvaro Uribe (2002-2010). Il prendra ses fonctions le 7 août 2018 pour un mandat de quatre ans.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er juillet 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ingrid Betancourt.
Juan Manuel Santos.
La paix entre le gouvernement colombien et les FARC.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Peuple et populismes.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180702-ingrid-betancourt.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/ingrid-betancourt-la-liberee-douce-205672

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/07/02/36527738.html
 

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19 avril 2018 4 19 /04 /avril /2018 03:11

« Nous sommes face à une succession sans transition. Cette succession autoritaire, où les Cubains n’ont pas eu leur mot à dire, ne s’accompagne pas d’une transition vers la démocratie. » (Rafael Rojas, historien cubain enseignant à l’Université de Yale, cité par "Le Monde" le 17 avril 2018).



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La fin de la dynastie Castro, c’est maintenant. Jusqu’à maintenant, Cuba était une monarchie communiste. Pas une monarchie classique de type nord-coréen (on se succède de père en fils), mais de type pétrolier, comme la monarchie saoudienne : on se succède de frère en frère. Inévitablement, la nature allait faire son œuvre.

C’est ce jeudi 19 avril 2018 que Raul Castro (87 ans dans un mois et demi), chef de l’État cubain officiellement depuis le 24 février 2008, réellement depuis le 31 juillet 2006, chef du parti communiste cubain depuis le 19 avril 2011, devrait quitter le pouvoir. Il avait succédé à son frère Fidel Castro (1926-2016) au pouvoir depuis le 16 février 1959, soit plus de cinquante-neuf ans !

La session constituante de l’Assemblée du peuple s’est ouverte ce mercredi 18 avril 2018 pour procéder à la succession de Raul Castro. Un seul candidat s’est déclaré, prévu depuis plus de cinq ans, Miguel Diaz-Canel (58 ans dans un jour). Un seul, comme d’habitude dans une dictature communiste. On élit "démocratiquement" sur la base d’un seul candidat. C’est plus pratique pour éviter que les électeurs se trompent.

Beau cadeau d’anniversaire ! Si Miguel Diaz-Canel n’est plus tout jeune (né le 20 avril 1960 à Santa Clara, il n’est plus très loin des 60 ans), il est quand même extrêmement jeune par rapport aux potentats brotonsauriens de la révolution. Mieux : il est né après la révolution cubaine. C’est aussi pour cette raison que certains sont tentés de le comparer à Mikhaïl Gorbatchev, le premier Secrétaire Général du Parti communiste de l’Union Soviétique a être né après la Révolution russe. Mais la comparaison devrait s’arrêter là, car Miguel Diaz-Canel, considéré comme un bon technocrate, ne semble pas du tout prêt à réformer la vie politique cubaine, en clair, à la DÉMOCRATISER. Ce qu’avait fait Gorbatchev en URSS.

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Miguel Diaz-Canel n’est pas un militaire, c’est un civil après avoir servi comme officier des forces armées révolutionnaires. Il a obtenu un diplôme d’ingénieur et a enseigné l’électronique dans une université provinciale. C’est son parcours d’apparatchik du parti communiste cubain qui lui a permis de gravir une à une, progressivement, les marches du pouvoir. Dès 1991 (il avait alors 31 ans), il fut promu au comité central du parti, et en 2003, il fut nommé membre du bureau politique du parti, comme le plus jeune de ses dirigeants, toujours soutenu par Raul Castro, à l’époque numéro deux du régime et inamovible Ministre des Armées.

Désigné Ministre de l’Enseignement supérieur du 8 mai 2009 au 21 mars 2012, il fut bombardé le 22 mars 2012 Vice-Président du Conseil des ministres chargé de l’éducation, de la science, de la culture et des sports (il y a en tout huit Vice-Présidents du Conseil des ministres), succédant au vieux révolutionnaire orthodoxe José Ramon Fernandez Alvarez (94 ans), fonction qu’il a renforcée à partir du 24 février 2013 avec celle de dauphin désigné, Premier Vice-Président des Conseils d’État et des ministres de la République de Cuba, poste qu’il a repris du stalinien José Ramon Machado Ventura (87 ans), numéro deux du pays depuis le départ de Fidel Castro, et toujours numéro deux du parti communiste cubain, l’un des vétérans de la révolution cubaine.

Selon toute vraisemblance, et en raison d’absence de concurrence, Miguel Diaz-Canel devrait être élu ce 19 avril 2018 avec environ 90% des voix des députés (eux-mêmes élus avec la même absence de concurrence) au poste de Président des Conseils d’État et des ministres de la République de Cuba, et à ce titre, succéder à la dynastie Castro. Pour l’instant, il ne sera encore maître ni du parti communiste cubain, ni de l’armée cubaine. Raul Castro restera en effet chef du parti communiste jusqu’en 2021 (ce dernier aura alors 90 ans !). La première vraie interrogation réside donc sur la réalité de son pouvoir à ce poste stratégique.

Pendant les années Raul Castro (2006-2018), Cuba a cherché à s’ouvrir à l’international, et la meilleure illustration fut le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis le 20 juillet 2015. Sur le plan institutionnel, il a aussi modifié le régime politique en limitant à deux mandats consécutifs de cinq ans, ce qui explique le départ de Raul Castro (limitation qu’il a proposée sans trop de difficulté en raison de son grand âge). Il faudra donc savoir si cette limitation restera en l’état avec un Président plus jeune ou si des contournements auront lieu. En plus clair, Cuba pourrait passer peut-être directement de Tchernenko à Poutine sans passer par les cases Gorbatchev et Eltsine.

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Le journal "France-Antilles" a cité le 21 mars 2018 les qualités de Miguel Diaz-Canel reconnues par son mentor : ayant une « solide fermeté idéologique », « il n’est ni un parvenu ni un intrus ». Cela donne une idée des capacités d’évolution du régime pour le "libéraliser" réellement, avec des élections libres et sincères. D’autres ont surtout évoqué le caractère transparent et insipide, et le côté "sympathique" (par exemple, il faisait du vélo pour faire face à la crise économique, il porte des jeans et a un peu ouvert le pays sur le plan culturel). Sans caractère, certes, mais intransigeant contre tous ceux qui voudraient dévier de la ligne idéologique du parti communiste (donnant des consignes pour mettre au pas Internet, par exemple), ce qui ne donne pas beaucoup d’espoir d’amélioration pour le peuple cubain.

Comme je l’ai écrit, malgré cette transition qui n’en est pas une, Raul Castro garde encore la réalité du pouvoir à la tête du parti communiste cubain. Les Cubains devront donc encore attendre avant de connaître une véritable transition démocratique qui libérerait ce pays ruiné par soixante ans de dictature communiste. Mais peut-être que l’hypercastrophile Jean-Luc Mélenchon pourrait finalement postuler à Cuba à la tête du parti unique ? Lui au moins a du caractère ! Et les Français seraient enfin débarrassés de ses fausses et feintes colères !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 avril 2018)
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Pour aller plus loin :
Miguel Diaz-Canel.
Encore le Che Guevara.
La belle "démocratie" de Fidel Castro.
Fidel Castro, vieux dinosaure du XXe siècle.
Rencontre avec Trump ?
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Staline.
Mao.

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https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/cuba-sans-les-castro-203562

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23 octobre 2017 1 23 /10 /octobre /2017 03:23

« Haïtiens de partout, je suis avec vous. Je vous bénis de tout cœur. Courage ! Tenez ferme ! » (Jean-Paul II, le 9 mars 1983 à Port-au-Prince).


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Un triste anniversaire pour l’un des pays les plus pauvres du monde et les moins "chanceux" aussi : il y a soixante ans, le 22 octobre 1957, le médecin François Duvalier fut investi Président de la République d’Haïti à la suite de son élection le 22 septembre 1957 à la sincérité vacillante, aidée par l’armée. Personne n’aurait pu imaginer que venait alors de démarrer l’une des dictatures les plus cruelles que le monde d’après-guerre aura connues, à la fois par sa terreur et par sa longévité.

Pour un dictature voulant perpétuer son pouvoir, il n’y a qu’une méthode qui fonctionne : installer la terreur systématique pour pouvoir durer. Mais cela n’est valable que le temps de la propre vie du dictateur : Franco, Pinochet, etc., même Marcos s’il n’avait pas été chassé, n’auront tyrannisé que de leur vivant.

C’est beaucoup plus subtil lorsque le dictateur veut préserver la dictature au-delà de sa propre vie. Alors, il n’y a pas trente-six solutions : ou cette dictature se préserve au moyen d’un parti plus ou moins unique, communiste, c’est plus sûr ; ou mieux encore, le dictateur crée sa propre dynastie. Ou inclusif : la Corée du Nord en est à sa troisième génération, beaucoup plus efficace que l’Union Soviétique, finalement, qui n’a pas été à l’abri d’un Gorbatchev qui s’était retrouvé dans la position d’un dictateur mais avec une âme d’humaniste.

Des dictatures dynastiques, c’est finalement assez rare dans l’histoire du monde même si son concept paraît assez naturel et logique : perpétuer le pouvoir oligarchique d’un même clan, donc familial plus que partisan. On peut citer aussi Cuba, mais l’histoire de confier une succession à son frère, un peu à la mode "saoudienne", a des chances de terminer en queue de poisson à long terme.

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Né le 14 avril 1907 à Port-au-Prince d’un père journaliste originaire de la Martinique, François Duvalier a fait des études de médecine et s’est fait beaucoup apprécier par les paysans en étant médecin dans les zones rurales d’une grande pauvreté. Son surnom "Papa-Doc", il l’a donc reçu dès cette époque et bien avant de faire de la politique.

Intéressé par le vaudou et flirtant avec la politique (il dirigea même le Mouvement des ouvriers paysans), il fut nommé Sous-secrétaire d’État au Travail du 26 novembre 1948 au 14 octobre 1949 puis Secrétaire d’État à la Santé publique et au Travail du 14 octobre 1949 au 10 mai 1950 (l’équivalent de ministre) par le Président Léon Dumarsais Estimé (1900-1953). Sa carrière ministérielle s’acheva avec un coup d’État militaire de Paul Eugène Magloire (1907-2001) qui l’obligea à l’exil.

La vie politique haïtienne a toujours été très chaotique et la période entre 1946 et 1956 le fut plus particulièrement avec une succession de coups d’État militaires qui se renversaient les uns les autres, plusieurs Présidents haïtiens en furent à la fois auteurs et victimes, notamment Élie Lescot (1883-1974) renversé le 11 janvier 1946, Léon Dumarsais Estimé renversé le 10 mai 1950 et Paul Eugène Magloire renversé le 12 décembre 1956.

La période de décembre 1956 à octobre 1957 fut encore plus instable que d’habitude, les Présidents par intérim se succédèrent parfois pour quelques semaines sinon jours, comme le juge Joseph Nemours Pierre-Louis (1900-1966) qui voulait organiser une élection présidentielle pour le printemps 1957, le juge Franck Sylvain (1909-1987), renversé par le général Léon Cantave (1910-1967).

Puis fut mis à la tête du pays Daniel Figolé (1913-1986), que François Duvalier avait rencontré dès 1946 et qui a reporté l’élection présidentielle de six ans, mais il fut lui aussi renversé par le général Antonio Kébreau (1909-1963) qui organisa l’élection présidentielle du 22 septembre 1957 et aida le "médecin de campagne" François Duvalier à se faire élire avec 72,4% des suffrages, contre 26,6% à l’ancien sénateur Louis Déjoie (1896-1969), industriel et grand propriétaire de plantations, pour un mandat de six ans. Parallèlement, le Parti de l’unité nationale de François Duvalier rafla 35 sièges sur 37.

Le climat resta très troublé puisque Louis Déjoie retira sa candidature au dernier moment pour dénoncer la fraude électorale et appela à la grève générale. L’armée avait cru voir en Papa-Doc une marionnette facilement manipulable, lui si effacé qui n’avait jusque là jamais fait preuve d’une très grande force de caractère.

L’élection de François Duvalier fut alors un événement pour plusieurs raisons : d’une part, elle marqua le terme d’un désordre institutionnel durable avec une forte attente d’une stabilité démocratiquement acquise ; d’autre part, la campagne très populiste de François Duvalier, populiste ou populaire (selon le camp choisi), laissait entendre qu’une fois élu, il se préoccuperait avant tout des populations les plus pauvres de l’île.

Parmi ses thèmes de campagne, il y en avait un particulièrement "raciste", puisque basé sur la couleur de la peau. François Duvalier avait voué aux gémonies les métis qui occupaient généralement les postes du pouvoir économique et politique et il se faisait le représentant et le défenseur de la population noire faiblement représentée au sein de ce même pouvoir. Il prôna une sorte de nationalisme noir. Le discours anti-élite est encore beaucoup pratiqué de nos jours et pas seulement à Haïti…

Considérant l’histoire instable de ses prédécesseurs, un Président haïtien avait toutes les raisons de devenir paranoïaque et de craindre d’être lui-même renversé. Les 28 et 29 juillet 1958, une tentative de coup d’État menée par le capitaine Alix Pasquet (qui fut tué à cette occasion) déclencha véritablement la dictature. Le 31 juillet 1958, profitant de cette tentative déjouée (Erdogan a fait de même en Turquie en juillet 2016), François Duvalier imposa l’état de siège pour six mois et le renvoi du Parlement, laissant au gouvernement la possibilité de légiférer (décret du Sénat du 30 juillet 1958, suspension des garanties constitutionnelles du 31 juillet 1958, etc.). Par la suite, François Duvalier fut victime d’autres tentatives d’assassinat ou de coup d’État.

Il purgea également l’armée des officiers pas suffisamment loyaux et surtout, il créa les tristement célèbres "Tontons macoutes" (l’équivalent de "croque-mitaine" en quelques sortes) rassemblant plusieurs milliers de miliciens paramilitaires prêts à le protéger et à semer la terreur dans la population. Ces Tontons macoutes permettaient aussi de contourner la toute puissance de l’armée. Et comme ces miliciens n’étaient pas payés, ils se payaient avec leurs exactions : pillages, viols, tortures, assassinats, massacres, etc. Le chef des Tontons macoutes, Clément Barbot (1914-1963) fut lui-même tué avec ses proches par François Duvalier, soupçonnant un manque de loyauté dès mai 1959.

Succombant à la paranoïa de palais et craignant une conspiration des plus proches, François Duvalier, habillé d’un uniforme de simple soldat, assista le 8 juin 1967 après-midi, à la prison de Fort-Dimanche, à l’exécution sans jugement de dix-neuf de ses officiers les plus fidèles, après les avoir publiquement humiliés, et il n’épargna un vingtième, un de ses gendres, que sur la supplication de sa fille Marie-Denise. Le 22 juin 1967, il expliqua aux autres notables mourant de trouille qui avaient été obligés d’assister à ces exécutions : « Je suis tel un bras d’acier frappant sans pitié… sans pitié… sans pitié. J’ai fait fusiller ces officiers dans le but de protéger la Révolution et ceux qui la servent. Je m’aligne en compagnie des grands meneurs de peuples tel Atatürk, Lénine, N’Krumah, Lumumba, Azikiwe, Mao Tsé-Toung. ». Il a reconnu plus tard, devant deux témoins, s’être trompé : « J’ai fait tuer dix-neuf loyaux officiers… Dix-neuf loyaux officiers duvaliéristes dont la mort n’a pas fait beaucoup pleurer la nation. ». Cette histoire a été évoquée par l’historien Charles Dupuy en 2014 : « [François Duvalier] vivait dans la crainte paranoïaque d’un complot contre sa personne, d’une conjuration militaire ourdie de l’intérieur. Le Palais était alors divisé en deux clans hostiles… ».

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Ce fut donc dans toute la démesure que le dictateur s’exprima. François Duvalier se prit pour Napoléon. Il massacra tous ses opposants, il spolia son pays, détourna toutes les aides internationales à son seul profit, piocha dans le trésor public, engendra des vagues d’exils, etc. Tous les cerveaux émigrèrent pour échapper à cette dictature sanglante. Le PIB d’Haïti a baissé de 40% entre 1960 et 1970.

L’un des points d’appui du régime de cette dictature fut les États-Unis, qui, au nom de l’anticommunisme et craignant que la Révolution cubaine ne se propageât, ont soutenu plus que de raison François Duvalier (qui formalisa ce choix le 25 juin 1960 après les avoir invités le 13 juillet 1959). Toutefois, à la fin des années 1960, les États-Unis s’éloignèrent du régime qui se montrait également antiaméricain pour des raisons racistes.

D’un point de vue constitutionnel, Papa-Doc modifia les institutions pour renforcer son pouvoir personnel. Le référendum du 30 avril 1961, où il reçut 100,0% de "oui" (1,3 million de suffrages), a prolongé son mandat, qui devait se terminer le 15 mai 1963 (selon l’article 57 de la Constitution de 1957), jusqu’en 1967. Le référendum du 14 juin 1964, où il reçut 99,9% de "oui" (2,8 millions de suffrages), le proclama "Président à vie". Enfin, le référendum du 31 janvier 1971, où il reçut 100,0% de "oui" (2,3 millions de suffrages), désigna son fils Jean-Claude Duvalier comme successeur, avec quelques articles aménageant juridiquement cette disposition comme la réduction à 18 ans de l’âge minimum pour être Président.

Comme on le voit, les résultats de ces "plébiscites" très napoléoniens ont été truqués de manière un peu trop voyante pour être crédibles, l’opposition politique ayant été systématiquement laminée au cours de cette dictature. À partir de 1964, un véritable culte de la personnalité fut imposé à la population, avec l’affichage de portraits de François Duvalier dans toutes les écoles, les bâtiments publics, etc.

L’un des éléments les plus sinistres de cette dictature fut le massacre du 26 avril 1963 (avant la Présidence à vie de Duvalier), avec l’assassinat d’au moins 73 opposants et leur famille, femmes et enfants, jusqu’à un bébé de 9 mois. Le cinquantenaire de ce massacre fut commémoré à Haïti et aussi dans de nombreuses villes du monde, le 26 avril 2013, en particulier à Paris, Bruxelles, Genève, Madrid, Boston, New York, Montréal, Québec, etc.

Les relations entre l’Église catholique et le régime duvaliériste furent très mauvaises au point que le pape Paul VI excommunia François Duvalier en 1961 parce qu’il avait expulsé des évêques et des jésuites. Un peu plus tard, il a réussi cependant à obtenir du Vatican le soin de nommer lui-même les évêques haïtiens, évidemment à sa dévotion et proches du culte vaudou. François Duvalier, qui se prenait pour un dieu et qui avait rédigé des prières à sa dévotion, annonça même que l’assassinat de John F. Kennedy fut le résultat d’un sort vaudou !

Malade, Papa-Doc annonça le 2 janvier 1971 que son fils Jean-Claude prendrait sa succession, comme si le pays était une boutique familiale. Le pays ne fut donc pas soulagé le 21 avril 1971, lors de l’annonce de la mort de François Duvalier, sept jours après son 64e anniversaire. Michel Soukar a décrit la situation du pays à cette date : « Pour éviter tout dérapage, les hommes du pouvoir, sous la supervision de l’ambassade américaine, organisent la transition. Le pays est quadrillé par l’armée et par la milice, les bateaux de guerre de la US Navy croisent au large des côtes haïtiennes. » (2013).

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Son fils, Jean-Claude Duvalier fut surnommé "Baby-Doc" parce qu’il n’avait que 19 ans  quand il prit le pouvoir, le plus jeune chef d’État du monde (né le 3 juillet 1951 à Port-au-Prince), seul fils du dictateur, cancre et le plus jeune de la fratrie (complétée par trois sœurs). Il continua la dictature avec la même cruauté sanglante des Tontons macoutes : des milliers de personnes furent torturées, assassinées, des centaines de milliers durent prendre le chemin de l’exil. La dictature dura encore près de quinze années, malgré quelques espoirs de libéralisation et d’ouverture du régime.

Jusqu’à la fin des années 1970, Jean-Claude Duvalier était perçu en effet comme plus respectueux des droits de l’homme, mais il s’intéressait peu au pouvoir qui fut aux mains des "dinosaures" de Papa-Doc, puis il a repris personnellement le pouvoir de manière autoritaire, avec ses propres hommes, en écartant l’ancienne clique et sa propre mère Simone Ovide (1913-1997).

Son mariage très fastueux, le 27 mai 1980, avec Michèle (67 ans), représentante de la bourgeoisie métisse, ancienne épouse du fils d’Alix Pasquet (l’auteur du premier coup d’État contre François Duvalier), fut une insulte à la pauvreté de la population (le troisième mariage le plus coûteux du monde, selon le livre Guinness des records). Le clan de l’épouse faisait même du trafic de cadavres avec les écoles de médecine… Elle dépensa l’argent du pays sans compter. Il divorça en exil le 19 juin 1990.

Le "début de la fin" eut lieu lors de la visite du pape Jean-Paul II à Haïti le 9 mars 1983. La présence pontificale à Haïti a eu lieu dans le cadre d’un grand voyage en Amérique centrale du 2 au 9 mars 1983 qui l’amena au Costa Rica, au Nicaragua, au Panama, au Salvador, au Guatemala, au Belize, au Honduras et à Haïti.

Le 9 mars 1983 à Port-au-Prince, en clôture du congrès eucharistique, Jean-Paul II déclara au peuple haïtien : « Vous avez choisi comme slogan de votre congrès : "Il faut que quelque chose change ici". Eh bien, vous trouvez dans l’Eucharistie l’inspiration, la force et la persévérance pour vous engager dans ce processus de changement. Il faut bien, en effet, que les choses changent. En préparant le congrès, l’Église a eu le courage de regarder en face les dures réalités actuelles, et je suis sûr qu’il en est de même pour tous les hommes de bonne volonté, pour tous ceux qui aiment profondément leur patrie. Certes, vous disposez d’un beau pays, aux ressources humaines nombreuses. Et l’on peut parler chez vous du sentiment religieux inné et généreux, de la vitalité et du caractère populaire de l’Église. Mais les chrétiens ont constaté aussi la division, l’injustice, l’inégalité excessive, la dégradation de la qualité de la vie, la misère, la faim, la peur d’un grand nombre ; ils ont pensé aux paysans incapables de vivre de leur terre, aux gens qui s’entassent, sans travail, dans les villes, aux familles disloquées, aux victimes de diverses frustrations. Et pourtant, ils sont persuadés qu’il a des solutions, dans la solidarité. Il faut que les "pauvres" de toutes sortes se reprennent à espérer. L’Église garde en ce domaine une mission prophétique, inséparable de sa mission religieuse, et elle demande la liberté de l’accomplir : pas pour accuser, et pas seulement pour faire prendre conscience du mal, mais pour contribuer de façon positive au redressement, en engageant toutes les consciences et plus particulièrement la conscience de ceux qui portent une responsabilité dans les villages, dans les cités et au niveau national, à agir conformément à l’Évangile et à la doctrine sociale de l’Église. ».

Et d’énumérer les réformes nécessaires : « Il y a certainement un profond besoin de justice, d’une meilleure distribution des biens, d’une organisation plus équitable de la société, avec davantage de participation, une conception plus désintéressée du service de tous chez ceux qui ont des responsabilités ; il y a le désir légitime, pour les médias et la politique, d’une libre expression respectueuse des options des autres et du bien commun ; il y a le besoin d’un accès plus ouvert et plus aisé aux biens et aux services qui ne peuvent rester l’apanage de quelques-uns : par exemple, la possibilité de manger à sa faim et d’être soigné, le logement, la scolarisation, la victoire sur l’analphabétisme, un travail honnête et digne, la sécurité sociale, le respect des responsabilités familiales et des droits fondamentaux de l’homme. Bref, tout ce qui fait que l’homme et la femme, les enfants et les vieillards puissent mener une vie vraiment humaine. Il ne s’agit pas de rêver de richesse, ni de société de consommation, mais il s’agit, pour tous, d’un niveau de vie digne de la personne humaine, des fils et filles de Dieu. Et cela n’est pas impossible si toutes les forces vives du pays s’unissent dans un même effort, comptant aussi sur la solidarité internationale qui est toujours souhaitable. Les chrétiens veulent être des gens de l’espérance, de l’amour, de l’action responsable. » (9 mars 1983).

Face aux opposants, Jean-Claude Duvalier avait choisi la solution de la répression et de l’imposture politique. Il organisa un référendum le 22 juillet 1985 avec la même crédibilité que ceux de son père, en recevant 99,98% de "oui" (2,3 millions de suffrages) pour approuver la création du poste de Premier Ministre, la transformation de sa fonction présidentielle en "Présidence à vie" et la possibilité par le Président de nommer son successeur. Par ailleurs, le multipartisme fut rétabli, à la condition que les partis le reconnussent comme Président à vie et lui fissent totale allégeance !

Le voyage du pape renforça moralement les opposants au régime des Duvalier. Une vague de manifestations et de révoltes eut lieu dans le pays entre fin novembre 1985 et fin janvier 1986 et provoqua des dizaines de morts. La répression comme réaction du pouvoir n’aida pas ce pouvoir face à la contestation généralisée dans le pays. Ronald Reagan lâcha Baby-Doc. Les États-Unis lui refusèrent l’asile politique, mais l’aidèrent à quitter Haïti en lui prêtant un avion.

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Le 7 février 1986, chassés par le peuple, Jean-Claude Duvalier et sa famille s’exilèrent en France. À Port-au-Prince, 500 000 personnes furent présentes devant le palais présidentiel. L’armée a repris le pouvoir au nom du peuple et les maisons des Duvalier furent pillées, des dizaines de Tontons macoutes furent lynchés, lapidés ou brûlés vif, le cadavre de François Duvalier fut exhumé et profané le 8 février 1986. Le processus démocratique s’est conclu par le référendum du 29 mars 1987 qui approuva la nouvelle Constitution (proclamant toutes les libertés fondamentales : expression, presse, association, religion, politique) avec 99,8% de "oui" (1,3 million de voix).

La Suisse, le Gabon, la Grèce, l’Espagne et le Maroc refusèrent l’asile politique. Atterrissant à Grenoble, Baby-Doc séjourna, à partir du 7 mars 1986 et pendant plusieurs dizaines d’années, à Mougins, près de Sophia-Antipolis, dans la région niçoise, dans le luxe, puis à Paris. Sa fortune estimée à 800 millions de dollars était supérieure à la dette extérieure d’Haïti. Il fut considéré comme parmi les dirigeants politiques les plus corrompus au monde.

Après des velléités de se présenter à l’élection présidentielle haïtienne des 7 février et 21 avril 2006 et libre d’un passeport diplomatique depuis 2005, Baby-Doc profita du premier anniversaire du terrible séisme qui tua plus d’une centaine de milliers de Haïtiens pour revenir à Haïti, le 16 janvier 2011 et oser dire à son arrivée : « Je suis venu à Haïti pour aider le peuple haïtien dans sa reconstruction. ».

Baby-Doc fut interpellé le 18 janvier 2011, mais remis en liberté avec interdiction de quitter Haïti. La justice haïtienne fut finalement bien trop lente pour juger ses crimes contre l’humanité. Le 4 octobre 2014, Jean-Claude Duvalier est mort d’une crise cardiaque, à l’âge de 63 ans, sensiblement au même âge que son père. Il avait assisté le 5 juillet 2014 aux obsèques de Leslie Manigat (1930-2014), le premier Président élu démocratiquement après sa dictature, le 17 janvier 1988 par 50,3% des voix, investi le 7 février 1988 et …renversé le 20 juin 1988 par les militaires.

Jean-Claude Duvalier n’a pas eu de funérailles nationales malgré la demande de certains Haïtiens. Les mots du Président de l’époque, Michel J. Martelly (56 ans), a suscité la polémique : « Sincères sympathies à l’endroit de la famille et de la nation tout entière en cette triste circonstance. En dépit de nos querelles et de nos divergences, saluons le départ d’un authentique fils d’Haïti. L’amour et la réconciliation doivent toujours vaicnre nos querelles intestines. Que ton âme repose en paix. » (4 octobre 2014).

L’historien Charles Dupuy a rappelé : « Au moins 50 000 personnes sont mortes dans la prison de Fort-Dimanche à Port-au-Prince. Les prisonniers mouraient dans la discrétion car il n’y avait pas de registre et ils étaient transportés dans différentes prisons pour que leurs familles perdent leur trace. » (Canoe.ca).

Le blogueur Widlore Mérancourt aussi s’est souvenu : « Des maisons incendiées avec leurs occupants, des dizaines de femmes, de filles et enfants éventrés, des hommes arrachés de la chaleur du lit de leurs femmes en pleine nuit pour ne plus donner signe de vie. Fort-Dimanche, ô douce maison de retraite anticipée où celui qui rentre n’en sort pas. Que de mères n’ont pas fini leurs deuils ! Que de fils, de filles pleurent encore leurs disparus ! (…) Liberté d’expression bâillonnée, régime de terreur, dictature de la pensée unique, pillage dans les caisses de l’État, misère, cerveaux contraints à l’exil, terreur institutionnalisée, exécutions sommaires, Tonton macoute, image répugnante de l’île dans la communauté internationale. Qui dit mieux ? » (24 juin 2014).

Le site haitiluttecontre-impunite.org a enfoncé le clou ainsi : « Cette vague de tueries frappait toute personne, y compris des bébés, des vieillards, qui avaient un lien quelconque avec un ou des compatriotes qui étaient ouvertement hostiles ou supposés hostiles au régime. (…) Répétons-le : ces massacres n’étaient pas des accidents, ils constituaient la mise en application d’une politique de terreur élaborée, conçue et instituée par François Duvalier. Cette politique imprégnait la société civile avec une telle force que la moindre critique du régime ou d’un membre de celui-ci par n’importe quel individu, qu’ils soit homme, femme, vieillard, adolescent ou enfant, paysan ou bourgeois, signait l’arrêt de mort de cet individu. Cette terreur infusait au sein même de la société civile une telle peur qu’il était devenu impossible de faire confiance à qui que ce soit. On était condamné "à se parler par signes" car l’espace duvaliérien, le pouvoir duvaliérien semblaient interdire toute proximité, toute intimité entre individus, les murs avaient littéralement des oreilles. (…) On devait soit se soumettre, soit s’exiler, soit résister avec le risque de se retrouver avec sa famille six pieds sous terre. ».

Les deux Duvalier ont ensanglanté et volé le peuple haïtien pendant près de trente ans sans qu’aucun de leur crime n’ait pu être jugé. Seule l’histoire les aura jugés. Ne l’oublions pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 octobre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Duvalier.
Leslie Manigat.
Un scénario à l’ivoirienne pour Haïti ?
Apocalypse now : l’autre possibilité d’une île.
Mao Tsé Toung.
Aldolf Hitler.
Joseph Staline.
Pol Pot.
Kim Jong-un.
Saddam Hussein.
Mouammar Kadhafi.
Bachar El-Assad.
Ferdinand Marcos.
Jean-Bedel Bokassa.
Francisco Franco.
Augusto Pinochet.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Mahmoud Ahmadinejad.
Rouhollah Khomeiny.
Robert Mugabe.
Pieter Botha.
Philippe Pétain.
Pierre Laval.
Léonid Brejnev.
Saparmyrat Atayewic Nyyazow.
Laurent Gbagbo.
Zine el-Abidine Ben Ali.
Hosni Moubarak.
Alexandre Loukachenko.
Louis-Antoine de Saint-Just.
Dictature de la pensée unique.
Nicolas Sarkozy était-il un dictateur ?
François Hollande était-il un dictateur ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20171022-duvalier.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/francois-duvalier-le-dictateur-197986

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/10/23/35796883.html


 

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24 juillet 2017 1 24 /07 /juillet /2017 04:30

« Que le Québec soit libre, c’est, en effet, ce dont il s’agit. Cela aboutira forcément, à mon avis, à l’avènement du Québec au rang d’un État souverain, maître de son existence nationale, comme le sont par le monde tant et tant d’autres peuples, tant et tant d’autres États, qui ne sont pas pourtant si valables, ni même si peuplés, que ne le serait celui-là. » (De Gaulle à sa conférence de presse, Paris le 27 novembre 1967).


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L’histoire des relations entre le Canada et la France a eu ses hauts et ses bas. En ce moment, cela pourrait être un haut, car les deux chefs de l’exécutif sont considérés souvent comme "de la même farine" : jeunes, au contact simple et direct, décontractés, ce qui a créé une certaine connivence dès leur première rencontre à Bruxelles le 25 mai 2017 pour le Sommet de l’OTAN. Avec une différence près : Justin Trudeau, le Premier Ministre canadien, est le fils de son père Pierre Elliott (1919-2000), qui fut, lui aussi, Premier Ministre canadien (du 20 avril 1968 au 3 juin 1979 et du 3 mars 1980 au 30 juin 1984). Tandis que le Président français Emmanuel Macron n’avait pas, initialement, d’ascendance politique.

Mais si l’on remonte à un demi-siècle, il y a exactement cinquante ans, le 24 juillet 1967, les relations entre la France et le Canada étaient particulièrement exécrables. La cause ? De Gaulle, qui voulait montrer l’amitié de la France avec les Québécois.

Le Premier Ministre du Canada était alors Lester Pearson (1897-1972), du Parti libéral. Il a reçu le Prix Nobel de la Paix le 12 octobre 1957, car, diplomate, il a été récompensé pour son rôle dans le règlement de la crise du canal de Suez en 1956 en créant une force de maintien de la paix de l’ONU, notion qui fut réutilisée de nombreuses fois ultérieurement pour apaiser certains conflits. Il dirigeait le gouvernement canadien depuis le 22 avril 1963 (jusqu’au 20 avril 1968, date à laquelle lui succéda Pierre Elliott Trudeau).

Il y avait déjà eu quelques signaux négatifs. Lester Pearson craignait déjà une ingérence française dans les affaires canadiennes. Le gouverneur général du Canada (depuis le 15 septembre 1959) Georges Vanier (1888-1967), francophone, est mort en fonctions, le 5 mars 1967 à Ottawa et il avait été un ami de De Gaulle depuis 1940 (il était militaire et diplomate, jusqu’à être ambassadeur du Canada en France de 1944 à 1953). Or, De Gaulle n’envoya aucun représentant à l’enterrement le 8 mars 1967 à Montréal.

C’était aussi une période où la volonté d’indépendance ou plutôt, de plus grande autonomie des Québécois allait croissant dans la vie politique. Ainsi, Daniel Johnson (1915-1968) fut élu Premier Ministre du Québec le 16 juin 1966 (jusqu’à sa mort le 26 septembre 1968), et son principal projet était de réformer la Constitution canadienne pour renforcer les intérêts des Québécois. Durant la campagne des élections générales québécoises du 5 juin 1966, son slogan (celui de son parti, l’Union nationale) était "Québec d’abord !". Mais à ces élections, il n’a eu qu’une courte victoire (sur le Parti libéral de son rival Jean Lesage, Premier Ministre sortant), et n’avait donc pas les moyens politiques d’imposer une telle réforme constitutionnelle sans d’autres appuis politiques. Ce fut la raison pour laquelle il a invité le Général De Gaulle le 13 septembre 1966 à venir visiter l’exposition universelle de Montréal en été 1967 (l’exposition était ouverte du 28 avril au 29 octobre 1967).

De Gaulle avait alors été déjà invité par le gouvernement canadien (fédéral), à la fois pour l’exposition universelle et aussi pour célébrer le centenaire de la Constitution canadienne (qui est entrée en application le 1er juillet 1867 : on vient de fêter son cent cinquantième anniversaire il y a quelques semaines). De Gaulle ne voulait cependant pas montrer qu’il cautionnait cette Constitution : il était opposé au caractère confédéral qui sous-estimait l’autonomie du Québec, selon lui. Finalement, il accepta l’invitation (du Québec, pas du Canada !) en février 1967, et reçut en grandes pompes Daniel Johnson à l’Élysée le 18 mai 1967 qu’il accepta d’aider à réformer la Constitution canadienne (ce qui était une ingérence étrangère !). Pourquoi cette volonté d’aider les Québécois ?

De Gaulle considérait que la France avait une dette envers les Québécois qu’elle avait abandonnés au XVIIIe siècle. Arrivés le 24 juillet 1534 avec Jacques Cartier, les Français ont quitté le Canada en raison du Traité de Paris signé le 10 février 1763 entre la France, le Royaume-Uni et l’Espagne pour mettre fin à la Guerre de Sept Ans (ce traité a fait perdre la domination mondiale de la France au profit du Royaume-Uni, en particulier en Inde et en Amérique). De Gaulle aurait lâché à son gendre Alain de Boissieu : « Je compte frapper un grand coup. Ca bardera, mais il le faut. C’est la dernière occasion de réparer la lâcheté de la France. ».

Dans son déplacement de quelques jours, tout a été fait pour "agacer" le gouvernement canadien. Même le mode de transport ! De Gaulle aurait pu prendre l’avion (c’était nettement plus rapide) mais dans ce cas, le protocole l’aurait obligé à atterrir à Ottawa, la capitale, alors qu’il ne voulait pas commencer son voyage par Ottawa (qui était une ville incontournable pour un premier voyage officiel au Canada). Il embarqua dans le croiseur "Colbert" à Brest le 15 juillet 1967, fit une étape à Saint-Pierre-et-Miquelon le 20 juillet 1967 et arriva à Québec le 23 juillet 1967, reçu par Daniel Johnson.

Il y prononça un discours sur l’identité commune entre Français et Québécois : « On assiste ici à l’avènement d’un peuple qui, dans tous les domaines, veut disposer de lui-même et prendre en main ses destinées. ». Et il a eu son premier bain de foule : « De tout mon cœur ! De tout mon cœur, je remercie Québec de son magnifique accueil, de son accueil français ! Nous sommes liés par le présent. Parce qu’ici, comme dans le Vieux Pays, nous nous sommes réveillés ! Nous acquérons toujours plus fort, les moyens d’être nous-mêmes. Nous sommes liés par notre avenir… Mais on est chez soi, ici, après tout ! Ce que nous faisons ici et là-bas, nous le faisons toujours un peu plus ensemble. Toute la France, en ce moment, regarde par ici. Elle vous voit. Elle vous entend. Elle vous aime. ».

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Le 24 juillet 1967, il se déplaça en voiture officielle de Québec à Montréal. Tout au long de la route, il reçut des ovations de la part des habitants venus en masse le saluer. Il y avait une atmosphère proche de la Libération de Paris ! Dans les villes étapes, les gens portaient des panneaux "Québec libre", "Vive le Canada français !" et "France libre". Lorsque De Gaulle arriva à Montréal, il fut reçu avec les honneurs à l’hôtel de ville par le maire Jean Drapeau (1916-1999), maire du 25 octobre 1954 au 28 octobre 1957 et depuis le 24 octobre 1960 (il le resta jusqu’au 9 novembre 1986).

Jean Drapeau avait prévu que De Gaulle prononçât un discours dans la salle d’honneur de la mairie, devant les notables invités. Mais une foule d’environ vingt mille personnes avait pris place devant la mairie pour l’ovationner. Ce furent plus tard, par des témoignages de proches, dont celui de son fils Philippe De Gaulle, qu’on a su que le garde du corps de De Gaulle se débrouilla pour trouver des micros et brancher la sonorisation, ce qui a permis à De Gaulle de venir s’exprimer sur le balcon, à la grande stupéfaction de ses hôtes !

Ce fut à ce moment que, emporté par une foule qui lui était complètement acquise, il prononça son fameux discours sur le Québec libre, qui n’avait rien d’un laïus théorique sur la souveraineté des peuples, mais qui était juste une expression sortie du cœur (préméditée ou pas).

Le discours était souvent entrecoupé des ovations des habitants. Il commença par quelques mots émus d’avoir été aussi bien accueilli : « C’est une immense émotion qui remplit mon cœur en voyant devant moi la ville de Montréal. Française. Au nom du Vieux Pays, au nom de la France, je vous salue. Je vous salue de tout mon cœur ! Je vais vous confier un secret que vous ne répéterez pas. Ce soir, ici, et tout le long de ma route, je me trouvais dans une atmosphère du même genre que celle de la Libération. Et tout le long de ma route, outre cela, j’ai constaté quel immense effort de progrès, de développement, et par conséquent, d’affranchissement vous accomplissez ici. Et c’est à Montréal qu’il faut que je le dise, parce que, s’il y a au monde une ville exemplaire par ses réussites modernes, c’est la vôtre ! Je dis, c’est la vôtre et je me permets d’ajouter, c’est la nôtre ! ».

Ce fut ensuite la grande affection qu’il a éprouvée pour les Canadiens francophones : « Si vous saviez quelle confiance la France réveillée, après d’immenses épreuves, porte maintenant vers vous. Si vous saviez quelle affection elle recommence à ressentir pour les Français du Canada. Et si vous saviez à quel point elle se sent obligée de concourir à votre marche en avant, à votre progrès ! C’est pourquoi elle a conclu avec le gouvernement du Québec, avec celui de mon ami Johnson, des accords pour que les Français de part et d’autres de l’Atlantique, travaillent ensemble à une même œuvre française. Et d’ailleurs, le concours de la France va, tous les jours un peu plus, prêter ici, elle sait bien que vous le lui rendrez, parce que vous êtes en train de vous constituer des élites, des usines, des entreprises, des laboratoires, qui feront l’étonnement de tous et qui, un jour, j’en suis sûr, vous permettront d’aider la France ! Voilà ce que je suis venu vous dire ce soir en ajoutant que j’emporte cette réunion de Montréal un souvenir inoubliable. La France entière sait, voit, entend, ce qui se passe ici et je puis vous dire qu’elle en vaudra mieux. ».

Et il a fini son discours sous un tonnerre d’acclamations et d’applaudissements, avec une expression qui a choqué bien des diplomates (y compris français) : « Vive Montréal ! Vive le Québec ! Vive le Québec… libre ! Vive le Canada français ! Et vive la France ! ».






L’histoire ne dira pas si ces mots étaient préparés ou pas. Il me semble que De Gaulle devait avoir une petite idée de ce qu’il voulait dire . Cette idée était de redonner confiance et fierté aux Québécois, de les assurer de l’amitié historique des Français. Mais il n’avait peut-être pas imaginé de prononcer l’expression "Québec libre" (qui a fait le "buzz" !) qu’il a dû dire porté par son lyrisme et par l’élan de la foule qui l’a galvanisé.

Alain Peyrefitte a cependant dit le contraire en expliquant au printemps 1997 (dans "Les cahiers d’histoire du Québec au XXe siècle") que De Gaulle avait prémédité cette formule, très conscient du parallélisme avec la "France libre" et qu’il était persuadé qu’il y aurait une "République française du Canada" (selon une conversation personnelle en septembre 1965). C’est comme l’expression "Je vous ai compris", ainsi que les intentions de De Gaulle pour l’Algérie lorsqu’il retrouva le pouvoir le 1er juin 1958 : avait-il imaginé tout de suite l’indépendance sans le dire ou a-t-il évolué comme ont évolué aussi beaucoup de Français ?

Concrètement, cela a eu deux conséquences internationales. La première, c’est qu’avec De Gaulle, la France montrait une fois de plus à la Terre entière qu’elle était libre et indépendante et disait ce qu’elle voulait dire, quitte à choquer dans les chancelleries. La deuxième, c’était que le Québec est devenu connu dans le monde entier (y compris en Chine). Petite province qui voudrait son autonomie dans un pays pas très important, sa notoriété a été hissée au sommet par cette déclaration gaullienne. Daniel Johnson a été lui-même surpris par ce discours inattendu.

Évidemment, il y a eu une troisième conséquence, la protestation des Canadiens anglophones et du gouvernement fédéral canadien qui a vu dans cette démarche une véritable ingérence française. Lester Pearson a déclaré dès le 25 juillet 1967 : « Certaines déclarations faites par le Président ont tendance à encourager la faible minorité de notre population qui cherche à détruire le Canada et, comme telles, elles sont inacceptables pour le peuple canadien et son gouvernement. Les habitants du Canada sont libres. Toutes les provinces du Canada sont libres. Les Canadiens n’ont pas besoin d’être libérés. Le Canada restera uni et rejettera toutes les tentatives visant à détruire son unité. ». Il a fallu attendre la démission de De Gaulle pour un début de réchauffement des relations entre le Canada et la France.

Pour se rendre compte de l’effet politique et diplomatique, il faudrait imaginer aujourd’hui Angela Merkel venant à Strasbourg dire : "Vive l’Alsace libre !" et réclamer l’indépendance de l’Alsace, ou alors Theresa May venant à Rennes dire : "Vive la Bretagne libre !" et réclamer l’indépendance de la Bretagne. Le coup du "Québec libre", c’était aussi gros que ça ! Même plus gros, en raison de la personnalité et du passé glorieux de De Gaulle (plutôt imaginer respectivement Helmut Kohl et Winston Churchill).

De Gaulle, d’ailleurs, qui devait ensuite se rendre à Ottawa pour rencontrer le Premier Ministre fédéral, a finalement préféré écourter son séjour au Canada, devenu persona non grata. Il a passé la journée du 25 juillet 1967 à visiter l’exposition universelle à Montréal, pris un dîner avec Daniel Johnson : « Ni vous ni moi n’avons perdu nos heures. Peut-être se sera-t-il passé quelque chose ? ». Le 26 juillet 1967, il a partagé un déjeuner avec le maire Jean Drapeau : « Ensemble, nous avons été au fond des choses et nous en recueillons, les uns et les autres, des leçons capitales. Et, quant au reste, tout ce qui grouille, grenouille ou scribouille, n’a pas de conséquence historique dans ces grandes circonstances, pas plus qu’elle n’en eut jamais dans d’autres. ». Le même jour, De Gaulle est reparti de Montréal par avion vers Paris.

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Préméditée ou pas, la formule du "Québec libre" fut surtout assumée par De Gaulle (notamment lors de sa conférence de presse du 27 novembre 1967) et c’était cela l’essentiel politiquement. On peut en trouver l’origine dans cette haute idée de la France qu’il avait, et ce combat permanent contre tout ce qui rabaissait la France et les Français. Or, parmi les cicatrices qu’il ressentait encore très profondément, très vivement, en tant qu’incarnation de la nation, c’était l’humiliation de la France de Louis XV avec le Traité de Paris signé le 10 février 1763 qui a constitué la fin de la domination mondiale de la France et le début de l’hégémonie anglophone sur l’Asie, l’Amérique, etc.

Avec cette expression, il a voulu chercher à "résister" contre cette défaite française, mais ce ne fut qu’un vague sursaut sans lendemain. Du reste, on pourrait confirmer cet état d’esprit en lisant ses archives dont certaines ont été publiées en 1988. Lorsqu’il fut invité à célébrer le centenaire du Canada moderne, De Gaulle écrivit le 6 décembre 1966, dans une note interne : « Il n’est pas question que j’adresse un message au Canada pour célébrer son centenaire. Nous pouvons avoir de bonnes relations avec l’ensemble de l’actuel Canada. Nous devons en avoir d’excellentes avec le Canada français. Mais nous n’avons pas à féliciter ni les Canadiens ni nous-mêmes de la création d’un État fondé sur notre défaite d’autrefois et sur l’intégration d’une partie du peuple français dans un ensemble britannique. ».

La fin de la domination mondiale de la France a été en effet bien antérieure aux deux guerres mondiales du XXe siècle. Il reste que l’esprit français a encore une grande influence culturelle et humanitaire dans le monde et que c’est forcément en entrant dans la mondialisation avec l’esprit de conquête qu’on pourra faire perdurer cette influence française dans la monde, certainement pas en fermant les frontières et en se repliant dans un pays imaginaire qui n’existe de toute façon plus depuis longtemps.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Justin Trudeau et le CETA.
De Gaulle et le Québec libre.
Philippe De Gaulle.
L’ambition en politique.
De Gaulle réélu.
Halte à la récupération de De Gaulle !
La première élection présidentielle française.
Faut-il supprimer l’élection présidentielle ?
L’élection présidentielle de 2012.
Le quinquennat.
La Ve République.
De Gaulle face à l’Histoire.
L’appel du 18 juin.
De Gaulle Président.
Les valeurs du gaullisme.
L’héritage du gaullisme.
Péguy.
Le Comité Rueff.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170724-de-gaulle-quebec.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/le-quebec-libre-de-de-gaulle-195214

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