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27 novembre 2016 7 27 /11 /novembre /2016 00:54

« Sans le pouvoir, les idéaux ne peuvent être réalisés ; avec le pouvoir, ils survivent rarement. » (Fidel Castro).


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L’ancien chef d’État cubain Fidel Castro est mort à La Havane ce vendredi 25 novembre 2016 à l’âge de 90 ans. Bien qu’en retrait de la vie politique depuis 2008, il était régulièrement visité par des chefs d’État étrangers, en particulier par le Président français François Hollande le 11 mai 2015, le pape François le 20 septembre 2015 et le Président américain Barack Obama le 20 mars 2016. Chaque visiteur, probablement impressionné, devait avoir l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps, celui des années 1960, celui de l’époque soviétique à ses heures de gloire, celui de la guerre froide.

Fidel Castro vient de quitter un monde qui n’était déjà plus le sien depuis plusieurs décennies, une sorte de dinosaure en sursis malgré le dernier choc de météorite, un rescapé d’une histoire ancienne du marxisme et du communisme.

Dire que Fidel Castro fait partie de l’histoire du monde, c’est une évidence, ne serait-ce que par sa longévité, presque un demi-siècle de pouvoir absolu :16 février 1959 au 24 février 2008. Pour dire qu’il était un grand "démocrate", il faudrait être aveuglé par une idéologie qui s’est pourtant effondrée sur elle-même il y a déjà vingt-cinq ans et que seule, la Corée du Nord continue encore à promouvoir, un pays "exemplaire" en matière de démocratie et de libertés publiques (la Chine serait, elle aussi, encore communiste, mais un d’un "communisme capitaliste").

Si Cuba était le pays idéal de démocratie réelle tellement loué par certains vieux idéologues en voie de disparition, pourquoi y aurait-il alors eu des centaines de milliers de Cubains qui ont voulu quitter leur pays et débarquer en Floride ? Une démocratie, surtout avec le niveau de culture revendiqué, cela devrait attirer, ou du moins, retenir son peuple de s’expatrier, car certes, Cuba a attiré tous les nostalgiques de cet idéal communiste terrifiant qui voulait imposer à chacun la voie de son propre bonheur. Cuba, le pays de l’immigration à effet miroir !

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L’afflux régulier et dense d’immigrés cubains sur le sol américain avait d’ailleurs encouragé le Président américain Ronald Reagan à raconter l’une de ses blagues dont il était coutumier lors des sommets internationaux entre chefs d’État et de gouvernement.

Jacques Attali, dans son livre "C’était François Mitterrand" publié le 2 novembre 2005 (chez Fayard), en a apporté un témoignage amusé. Au cours d’une discussion très sérieuse sur le désarmement, lors d’un déjeuner célébrant le centenaire de la statue de la Liberté, le 4 juillet 1986, Ronald Reagan n’avait pas pu s’empêcher de couper la parole d’un de ses collaborateurs pour raconter à François Mitterrand sa plaisanterie : « Je ne vous ai jamais raconté mon histoire sur Castro ? Un jour, il fait un discours sur la grand-place de La Havane. Au bout d’une heure, il est furieux d’apercevoir dans la foule un jeune homme qui se promène avec un panier en criant : "Peanuts ! Coca Cola !". Castro continue son discours. L’autre continue de crier "Peanuts ! Coca Cola !". Au bout de cinq heures de discours, Castro, furieux, hurle : "La prochaine fois que j’entends quelqu’un crier ‘Peanuts ! Coca Cola !’, moi, Fidel Castro, Lider maximo, je le prends par la peau du cou et je l’emmène à Miami !". Alors, toute la foule se met à crier "Peanuts ! Coca Cola !". ». Cela a fait éclater de rire François Mitterrand dont l’épouse Danielle avait pourtant noué des liens amicaux très solides avec Fidel Castro.

Au fil des années, Cuba est devenue une monarchie communiste, un peu à l’instar de la Corée du Nord mais avec les règles dynastiques de l’Arabie Saoudite puisque le 24 février 2008, ce fut Raul Castro (85 ans), le frère de Fidel Castro, qui lui a succédé, grâce à deux élections, le 24 février 2008 et le 24 février 2013, qui, sans opposition, lui ont permis d’être élu et réélu "démocratiquement".

Le mot "démocratique" doit alors être pris au sens communiste du terme ! L’élection du chef d’État se fait par les 612 membres de "l’Assemblée Nationale du Pouvoir populaire" (là encore, "populaire" au sens communiste du terme). Aux dernières élections législatives du 3 février 2013, il y a eu 612 candidats pour 612 sièges (cela tombait bien !). Pour voter, il suffit d’avoir au moins 16 ans, et pas 18 ans comme dans la plupart de ces "dictatures" d’Europe de l’Ouest qui n’ont jamais rien compris aux libertés politiques, et en plus, le peuple est constitutionnellement capable de démettre de leurs fonctions les mauvais députés (il n’en a jamais eu l’occasion car les députés étaient tous excellents puisque scrupuleusement sélectionnés par le Parti communiste cubain). En outre, il y a 299 députées soit 48,9% de femmes (bien mieux qu’en France, donc !). Aucune campagne électorale n’est tolérée afin de promouvoir un candidat : c’est pratique, pas de frais de campagne !

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Cette belle "démocratie" permet donc des scores extraordinaires de démocratie. Ainsi, la participation le 3 février 2013 fut de 91,3%. Les 612 candidats ont tous été élus, et ont enregistré des résultats très "enviables", de 69,4% pour une ("médiocre") candidate du 3e district de Camagüey, à 99,9% pour les trois ("excellents") candidats du 3e district de Guantanamo. À 86 ans, Fidel Castro s’était encore fait réélire avec 94,7% des suffrages dans le 7e district de Santiago de Cuba (il aurait eu 91 ans à la fin de ce mandat, ce qui montre à quel point les députés sont actifs dans cette belle "démocratie").

Raul Castro a promis de quitter le pouvoir d’ici à 2018 (il aurait alors 87 ans !) et laisserait ses mandats "démocratiquement" à Miguel Diaz-Canel Bermudez (qui n’est pas son frère), professeur d’électronique de 56 ans, favorable à l’ouverture du pays, qui, depuis le 24 février 2013, a été désigné Premier Vice-Président des Conseils d’État et des ministres de la République de Cuba…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 novembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La belle "démocratie" de Fidel Castro.
Fidel Castro, vieux dinosaure du XXe siècle.
Rencontre avec Trump ?
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Staline.
Mao.

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8 octobre 2016 6 08 /10 /octobre /2016 06:39

« Les problèmes et les rivalités d’aujourd’hui doivent se résoudre par le dialogue, il n’y a pas d’autre solution. La victoire écrasante d’un seul camp n’est plus acceptable. Nous devons travailler à résoudre les conflits dans un esprit de conciliation, en tenant compte des intérêts de chacun… Je pense sincèrement que la violence a fait son temps. Seule la non-violence apportera de véritables solutions. » (Le dalaï-lama).


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C’est avec grand plaisir que j’ai appris, ce vendredi 7 octobre 2016, l’attribution du Prix Nobel de la Paix à Juan Manuel Santos, Président de la République de Colombie, qui a signé il y a quelques jours, le 26 septembre 2016, un accord de paix avec la guérilla des FARC. Cet accord, en discussion depuis quatre ans, met fin à cinquante-deux ans de guerre civile en Colombie, dont le nom, pourtant, ne peut pas mieux symboliser la paix (même si son étymologie vient d’ailleurs).

S’il y a, en automne 2016, un processus de paix à encourager, c’est bien celui qui se déroule actuellement en Colombie, comme l’an dernier fut encouragé le processus de démocratisation de la Tunisie, expérience extrêmement isolée de démocratie pluraliste et pacifiée dans un pays majoritairement musulman (et ce malgré les attentats que le pays a subis).

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Pourtant, quelques jours auparavant, le 2 octobre 2016, le référendum qui devait faire ratifier l’accord de paix par le peuple colombien a été un échec (certes très serré). Or, l’échec provient surtout de personnes qui trouvaient que les FARC avaient des compensations trop importantes en échange de la paix, notamment la possibilité de s’intégrer dans le jeu normal de la politique et des institutions colombiennes. C’est sans doute pour cette raison que le Prix Nobel n’a été attribué qu’au seul Président Juan Manuel Santos et pas à son interlocuteur, sans qui il n’y aurait pas eu négociations ni accord, à savoir Timoleon Jimenez, commandant en chef des FARC, qui a félicité très sportivement le nouveau lauréat.

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On pourrait s’en étonner, alors que la plupart des Nobel récompensant des accords de paix sont attribués aux deux parties : Menahem Begin et Anouar El-Sadate, Yitzhak Rabin, Shimon Peres et Yasser Arafat, David Trimble et John Hume, etc. Même Nelson Mandela avait conditionné l’acceptation de son Nobel à son partage avec Frederik De Klerk, car il songeait que la réconciliation nationale serait assez difficile à amorcer de façon trop déséquilibrée.

Toutefois, dans le cas de la Colombie, on pourrait imaginer que c’est au contraire une belle habileté de n’avoir consacré que le Président colombien. Cela ferait taire les critiques de ceux qui, à l’instar de son prédécesseur Alvaro Uribe, rejettent toute concession à l’égard des FARC, en tout cas, toute concession trop importante. Le comité Nobel a ainsi suivi l’évidence (encourager le processus de paix en Colombie) tout en écoutant attentivement le peuple colombien qui s’est prononcé dans les urnes.

Pour Juan Manuel Santos, qui est à son second mandat présidentiel non renouvelable, donc, qui n’aura aucune préoccupation électorale susceptible de polluer son action pour les deux prochaines années (la fin de son mandat), cela lui donnera l’autorité morale autant que politique pour "rectifier" (je crois que c’est le mot utilisé) l’accord de paix afin de le faire admettre par l’ensemble du peuple colombien. Sa tâche sera donc de renégocier à la baisse les avantages que les FARC avaient réussi à obtenir.

Rien n’est jamais acquis, et les Accords d’Oslo, pourtant, là aussi, consacrés par le comité Nobel, ont montré que la paix n’était pas forcément facile à mettre en œuvre, même si les premières étapes, a priori les plus difficiles, avaient été franchies. Pour le cas de la Colombie, il semble que la bonne volonté des deux côtés reste largement majoritaire, c’est heureux.

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À propos de l’attribution du Prix Nobel de la Paix (on en dira ce qu’on veut, mais il a permis à certaines personnalités exceptionnelles de se faire entendre au niveau mondial et d’avoir encore plus d’influence au service de la paix), j’avais lu la veille de l’attribution du prix de cette année qu’une association avait proposé que Jacques Chirac soit lauréat du Prix Nobel, j’imagine pour son action contre la guerre en Irak voulue par les Américains.

J’ai lu aussi que Laurent Fabius avait été très sérieusement proposé cette année, pour être honoré du succès diplomatique de la COP21 (en décembre 2015). On sait que les préoccupations environnementales avaient déjà séduit le comité Nobel en 2007 qui avait choisi Al Gore et le GIEC. J’avais aussi appris que Nicolas Sarkozy avait été cité il y a quelques années, alors encore Président de la République, pour son implication en Géorgie.

Et soudain, me suis venue cette idée tout à fait plausible, bien que saugrenue : et si François Hollande avait été choisi, pour une raison quelconque (soutien face aux attentats, situation du Mali, etc., que sais-je) ? Seul contre tous en France, et auréolé à l’étranger, comme cela a été le cas très récemment lorsqu’il a reçu, le 19 septembre 2016 à New York, le prix du meilleur homme d’État mondial de l’année, qui « honore les dirigeants qui soutiennent la paix et la liberté, par la promotion de la tolérance, la dignité humaine et les droits de l’Homme ».

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Le Nobel pourrait alors avoir une influence électorale non négligeable, et cela de la part d’un organisme (le comité Nobel) qui est totalement étranger au peuple français. Cela pourrait être considéré comme une ingérence extérieure à la France. Comme l’a été l’attribution du Nobel à Barack Obama, en 2009, par prévention, avant qu’il n’ait agi. Cela dit, il est peu probable que cela ait eu une quelconque influence sur le peuple américain au moment de voter, lors de sa réélection en 2012.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 octobre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Juan Manuel Santos.
La paix entre le gouvernement colombien et les FARC.
Aristide Briand (1926).
René Cassin (1968).
Andrei Sakharov (1975).
Mère Teresa (1979).
Lech Walesa (1983).
Desmond Tutu (1984).
Élie Wiesel (1988).
Le dalaï-lama (1989).
Mikhaïl Gorbatchev (1990).
Nelson Mandela (1993).
Frederik De Klerk (1993).
Shimon Peres (1994).
Yitzhak Rabin (1994).
Yasser Arafat (1994).
Jimmy Carter (2002).
Al Gore (2007).
Irena Sendlerowa.
Barack Obama (2009).
L’Union Européenne, lauréate (2012).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161007-juan-manuel-santos.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/juan-manuel-santos-consacre-apotre-185334

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/10/08/34413453.html

 

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5 octobre 2016 3 05 /10 /octobre /2016 06:42

« On appellera colombes ceux qui privilégient la paix à tout prix et faucons ceux qui, pour préserver la paix, ne craignent pas d’envisager la guerre. Jusqu’au bout faucons et colombes s’affronteront. » (Alain Decaux, "De Staline à Kennedy").


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Engagé depuis quatre ans, le processus de paix entre le gouvernement colombien et les guérilleros des FARC était sur le point de se conclure, mais le référendum du 2 octobre 2016 pourrait le remettre en cause. Pas sûr, du coup, que la signature de l’accord historique le 24 août 2016 par le Président colombien, Juan Manuel Santos, et le commandant en chef des FARC depuis novembre 2011, Timoleon Jimenez, soit consacrée par l’attribution du Prix Nobel de la Paix. Le prochain devrait être annoncé ce vendredi 7 octobre 2016 à Oslo.

Revenons à ce processus de paix.

Depuis plus de cinquante-deux ans, la Colombie est ravagée par une guerre civile particulièrement meurtrière : 260 000 personnes en sont mortes, 45 000 sont disparues, et 6,9 millions de personnes furent déportées (déplacées). Créées le 27 mai 1964, les FARC sont communistes et ont engagé des milliers de guérilleros (plusieurs centaines d’entre eux, chaque année, sont exécutés pour trahison ou désertion) et contrôlent une partie non négligeable du territoire de la Colombie.

À cette guerre civile particulièrement atroce (les guérilleros n’hésitent pas non plus à prendre des otages comme monnaie d’échange, la plus connue en France a été la sénatrice Isabelle Betancourt, candidate écologiste à l’élection présidentielle du 26 mai 22002, enlevée le 23 février 2002 et finalement libérée le 2 juillet 2008) a été préférée une solution négociée pour un accord de paix. Ce n’était pas évident, car l’État colombien attendait un cessez-le-feu unilatéral des FARC avant d’envisager de commencer à discuter.

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L’accession au pouvoir d’Alvaro Uribe, Président de la République de Colombie du 7 août 2002 au 7 août 2010, élu le 26 mai 2002 au premier tour avec 54,0% des voix (avec 46,5% de participation) et réélu le 28 mai 2006 au premier tour avec 62,4% des voix (avec 45,1% de participation) a privilégié la solution militaire pour terminer cette guerre par la force. Son père avait été assassiné par les FARC en 1983 et lui-même a échappé à plusieurs tentatives d’assassinat dont une le 16 avril 2002 en pleine campagne présidentielle.

Alvaro Uribe avait réussi à réviser la Constitution colombienne pour pouvoir être élu une seconde fois (ce fut une première depuis un siècle) mais n’est pas parvenu à la modifier pour avoir le droit d’exercer un troisième mandat (la Cour constitutionnelle l’a rejeté le 26 février 2010). Ce fut alors son ancien Ministre de la Défense (du 19 juillet 2006 au 23 mai 2009), Juan Manuel Santos, qui lui succéda le 7 août 2010, élu le 20 juin 2010 au second tour avec 69,1% des voix (avec 44,3% de participation) et réélu le 15 juin 2014 au second tour avec 51,0% des voix (avec 47,9% des voix).

L’élection présidentielle de 2014 fut particulière puisque Juan Manuel Santos fut opposé, au second tour, au candidat du Centre démocratique, qui est un parti issu d’une scission avec le parti présidentiel (parti social d’unité nationale), créé le 20 janvier 2013 notamment par Alvaro Uribe, en considérant Juan Manuel Santos comme un traître pour avoir accepté d’engager le processus de paix avec les FARC en 2012. Oscar Ivan Zuluaga, le candidat en question, ancien Ministre des Finances et du Crédit public d’Alvaro Uribe (du 5 février 2007 au 7 août 2010), avait même dépassé Juan Manuel Santos au premier tour du 25 mai 2014 avec 29,3% des voix contre 25,7% des voix en faveur du Président sortant (avec 40,1% de participation).

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Le processus de paix a en effet démarré à La Havane le 26 août 2012. La procédure de discussion entre le gouvernement colombien et les FARC a été mise en place à Oslo le 18 octobre 2012 et les négociations ont eu lieu ensuite à La Havane à partir de novembre 2012.

Six points de discussions étaient à l’ordre du jour. Le 26 mai 2013, un premier accord a été conclu concernant la réforme agraire (les FARC sont recrutées essentiellement en milieu rural). Le 6 novembre 2013, un deuxième accord a eu lieu sur la participation politique. Le 16 mai 2014 (en pleine campagne présidentielle en Colombie), a été conclu un troisième accord concernant les drogues illégales. Le 15 décembre 2015, un quatrième accord traitait des réparations en faveur des victimes de la guerre civile. Le 23 juin 2016, un cinquième accord a permis un cessez-le-feu bilatéral avec dépôt des armes. Enfin, le 23 août 2016, un sixième accord a été décidé sur le mécanisme de ratification par le peuple colombien, ce qui a permis la conclusion d’un accord global de paix le 24 août 2016.

Le 23 septembre 2016, la 10e conférence nationale des FARC a validé l’accord de paix. Sa signature solennelle a eu lieu le 26 septembre 2016 à Cartagena, sur la côte antillaise (nord-ouest) de la Colombie, au bord des Caraïbes, avec une poignée de main de Juan Manuel Santos à Timoleon Jimenez, en présence de Raul Castro, qui supervisait les négociations (à noter que le Venezuela, qui avait rompu ses relations diplomatiques le 22 juillet 2010, s’est ensuite rapproché du gouvernement colombien depuis le début de ce processus, grâce à une diplomatie active du Président Santos).

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Le 18 juillet 2016, la Cour constitutionnelle avait déclaré constitutionnel le référendum d’approbation de l’accord de paix. La procédure était la suivante : si le référendum approuvait l’accord, le Congrès l’examinerait et si le Congrès le validait, la Cour constitutionnelle le contrôlerait. En cas de validation finale, le Président le promulguerait et l’accord aurait force de loi.

On notera la grande différence avec la procédure constitutionnelle française où le référendum français se déroule en aval et pas en amont du processus : il faut d’abord l’approbation du Parlement avant l’approbation du peuple. De plus, le Conseil Constitutionnel ne se permettrait pas de discuter de mesures constitutionnelles qui auraient été approuvées par le peuple, même si elles étaient en contradiction avec d’autres dispositions constitutionnelles ; il se permettrait seulement d’indiquer son interprétation en cas de problème concret.

Le référendum du 2 octobre 2016 a interrompu toutefois ce long processus de paix. Un peu à la surprise des sondages qui tablaient sur 55% de "oui". La question était : « Approuvez-vous l’accord final pour terminer le conflit et construire une paix stable et durable ? ». Il n’y a eu que 49,8% de "oui" (soit 6 377 464 voix) face aux 50,2% de "non". La participation a été plus faible que pour les quatre dernières élections présidentielles, seulement 37,4%. Pour que l'accord fût approuvé par ce référendum, il fallait qu'au moins 13% des électeurs inscrits (soit au moins 4 396 626 voix) se portassent sur le "oui" et que le "oui" fût évidemment majoritaire. Cela signifie que ce référendum est valide car il y a eu assez de participation (au moins 26% des électeurs inscrits). Géographiquement, on peut voir une certaine correspondance entre les zones contrôlées par les FARC et les zones qui ont donné un "oui" majoritaire.

Si les partisans des FARC étaient plutôt favorables à cette solution négociée qui leur permet de rentrer dans le jeu politique, les partisans de l’ancien Président Uribe étaient fermement contre cet accord de paix et trouvaient que la médiation cubaine a trop donné aux FARC. Certains, d’ailleurs, dans la classe politique, sont prudemment restés neutres. Le Président Santos a considéré que le nouveau parti de son prédécesseur (redevenu sénateur aux élections générales du 9 mars 2014) n’était qu’un mouvement d’extrême droite qui prônait la poursuite de la guerre avec des forces paramilitaires.

La paix était-elle fichue pour autant ? Probablement pas politiquement, puisque le gouvernement colombien et les FARC ont annoncé qu’ils restaient favorables à la paix et au cessez-le-feu. Il va donc leur falloir trouver une méthode juridique pour que cette paix négociée puisse quand même se retrouver dans les textes, sans doute en renégociant l’accord de paix sur certains points qui auraient suscité le rejet (très serré) des électeurs.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 octobre 2016)
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Pour aller plus loin :
La paix entre le gouvernement colombien et les FARC.
Fidel Castro.
Hugo Chavez.
Che Guevara.
Peuple et populismes.

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27 avril 2016 3 27 /04 /avril /2016 06:13

« Aylwin a cherché, à travers le dialogue et l’accord, à avancer vers un pays de pleine démocratie. Il a toujours aidé à l’unité des démocrates. » (Michelle Bachelet, Présidente de la République du Chili, 19 avril 2016).


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Le premier Président chilien démocratiquement élu après le coup d’État du 11 septembre 1973, Patricio Aylwin, s’est éteint à l’âge de 97 ans, la semaine dernière, le 19 avril 2016, à Santiago du Chili. Démocrate-chrétien, il était l’organisateur en chef de la transition démocratique au Chili, le passage de la dictature militaire du général Augusto Pinochet vers un régime démocratique classique en Amérique latine (régime présidentiel), à peu près au même moment que la chute du mur de Berlin et du début des négociations pour mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud.

Né le 26 novembre 1918 à Vina del Mar (une station balnéaire), Patricio Aylwin est devenu avocat en 1943 (à 24 ans) après de brillantes études, et a été professeur de droit à l’Université du Chili (de 1946 à 1962). En 1945, il a été recruté comme secrétaire de la Cour suprême.

Engagé à la Phalange Nationale (une mouvance de l’humanisme chrétien de Jacques Maritain qu’on pourrait rapprocher du Parti social français du colonel de La Rocque en France à la même époque), qu’il présida de 1950 à 1951, il participa à la création, le 28 juillet 1957, du Parti démocrate-chrétien (rassemblement de plusieurs organisations chrétiennes sociales dont la Phalange Nationale pour proposer une troisième voie entre capitalisme et communisme) dont il assura la présidence de nombreuses fois, en 1958, de 1965 à 1967, de 1973 à 1976, de 1987 à 1989, et même de 2001 à 2002.

Si le candidat des démocrates-chrétiens échoua à l’élection présidentielle du 4 septembre 1958 (Jorge Alessandri a gagné avec 31,6% contre 28,8% à Salvador Allende et 20,7% à Eduardo Frei Montalva), celui-ci, Eduardo Frei Montalva, fut finalement élu Président de la République le 4 septembre 1964 avec 56,1% des voix contre 39,0% au socialiste Salvador Allende et il exerça son mandat du 3 novembre 1964 au 3 novembre 1970.

Élu sénateur en 1965, Patricio Aylwin fut élu Président du Sénat chilien le 12 janvier 1971 (jusqu’au 22 mars 1972) et eut un rôle politique de premier plan lors de l’arrivée au pouvoir des socialistes avec Salvador Allende, Président de la République du 4 novembre 1970 au 11 septembre 1973.

Salvador Allende fut élu le 4 septembre 1970 avec seulement 36,6% des voix, soit avec moins de 40 000 voix d’avance sur Jorge Alessandri, Président de la République du 3 novembre 1958 au 3 novembre 1964 (qui avait battu Eduardo Frei Montalva le 4 septembre 1958). Salvador Allende ne bénéficiait pas de majorité parlementaire (il gouverna par décrets) puisque la coalition qui soutenait Allende (socialistes, communistes et radicaux) n’avait eu, aux élections parlementaires du 4 mars 1969, que 61 sièges de députés sur 150 (et 20 sièges de sénateurs sur 50).

Patricio Aylwin et Eduardo Frei Montalva furent parmi les plus grands opposants à Salvador Allende. En effet, il faut comprendre que les démocrates-chrétiens étaient opposés aux socialistes marxistes, craignant, en pleine guerre froide, la mainmise de l’URSS sur leur pays, et Eduardo Frei Montalva et Salvador Allende avaient été justement rivaux lors de l’élection présidentielle précédente. Patricio Aylwin s’est donc opposé le plus possible au gouvernement de Salvador Allende et a prit la tête de la "résistance" des parlementaires contre l’exécutif.

Aux élections parlementaires du 4 mars 1973, le Parti démocrate-chrétien resta au premier rang avec 29,1% des suffrages pour l’élection des députés (50 sièges sur 150) et 33,9% des suffrages pour l’élection des sénateurs (10 sièges sur 25). L’Union populaire (regroupant les partisans de Salvador Allende : communistes, socialistes et radicaux) n’avait obtenu que 62 sièges de députés sur 150 (et 11 sièges de sénateurs sur 25).

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Lors du coup d’État du 11 septembre 1973, Patricio Aylwin, de manière sans doute naïve, a soutenu dans un premier temps l’arrivée au pouvoir des militaires, considérant qu’il valait mieux pour le Chili une dictature militaire qu’une dictature communiste, mais il ne concevait le pouvoir militaire que temporairement (quelques années), le temps de calmer le climat politique et d’organiser de nouvelles élections. Or, Augusto Pinochet est resté au pouvoir pendant …seize ans ! Patricio Aylwin a écrit dans ses mémoires : « Lamentablement, une certaine période de dictature était nécessaire, mais nous pensions qu’elle devait être la plus brève possible : deux, trois ou cinq ans. » (1998).

Parmi les exactions commises à l’occasion de ce coup d’État, le domicile du poète Pablo Neruda (Prix Nobel de Littérature 1971) fut vandalisé et ses livres brûlés. Pablo Neruda avait été pré-candidat du Parti communiste à la candidature de l’Union populaire en 1970. Salvador Allende avait été finalement choisi malgré ses échecs aux trois précédentes élections présidentielles : 4 septembre 1952 (5,5%), 4 septembre 1958 (28,9%) et 4 septembre 1964 (39,0%). Le 23 septembre 1973, à la veille de son départ pour le Mexique, Pablo Neruda est mort, officiellement d’un cancer de la prostate mais plus vraisemblablement assassiné par des proches de Pinochet (par injection létale). Son corps fut exhumé le 8 avril 2013 ; l’enquête reste en cours, et un document du Ministère de l’Intérieur transmis le 25 mars 2015 au magistrat chargé d’enquêter considère que l’assassinat est « clairement possible et hautement probable ». Dans son autobiographie, Pablo Neruda avait notamment écrit : « Je veux vivre dans un pays où il n’y a pas d’excommuniés. Je veux vivre dans un monde où les êtres sont seulement humains, sans autres titres que celui-ci, sans être obsédés par une règle, par un mot, par une étiquette. ».

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En 1976, Patricio Aylwin a finalement compris que le régime militaire s’enfonçait dans la dictature et s’opposa à Pinochet. Il s’opposa notamment au référendum du 11 septembre 1980 sur la nouvelle Constitution qui donnait encore huit années de pouvoir absolu à Pinochet (elle fut approuvée officiellement par 67,0% des voix, promulguée le 21 octobre 1980 et applicable à partir du 11 mars 1981) et il se retrouva le seul leader de l’opposition après la mort du Président Eduardo Frei Montalva le 22 janvier 1982 (ce dernier avait été élu Président du Sénat en mars 1973 et s’opposa très activement contre Salvador Allende ; il restait un recours à l’époque de Pinochet dont il était aussi devenu l’opposant ; certains indices laisseraient entendre qu’Eduardo Frei Montalva aurait été assassiné par des proches de Pinochet).

Pendant une dizaine d’années, Patricio Aylwin a essayé (et réussi) à fédérer tous les partis d’opposition à Pinochet et à faire accepter une solution de sortie de dictature négociée avec les militaires. Lors du référendum du 5 octobre 1988 où Pinochet demandait encore huit ans de pouvoir absolu, Patricio Aylwin prit la tête des partisans du "non" et gagna ce scrutin avec 56,0% de "non". L’échec de Pinochet a fait prolonger son mandat d’un an (jusqu’au 11 mars 1990), le temps d’organiser démocratiquement des élections présidentielle et parlementaires. Le référendum du 30 juillet 1989 fit approuver par 91,3% des voix la révision constitutionnelle promulguée le 17 août 1989, résultat d’une négociation entre la junte militaire et les partis d’opposition, pour garantir la pluralité politique.

L’élection présidentielle consécutive à cet échec de Pinochet a eu lieu le 14 décembre 1989 et l’opposition unie derrière lui (Concertation des partis pour la démocratie), Patricio Aylwin a été élu Président de la République dès le premier tour avec 55,2% des voix contre deux opposants dont un proche de Pinochet. Son slogan fut : "Gana la gente" (qu’on pourrait traduire par "Gagnez le peuple").

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Parallèlement, le même jour, les députés et sénateurs furent démocratiquement élus et le peuple donnèrent une large majorité à la Concertation (22 sénateurs sur 38 et 69 députés sur 120), mettant le Parti démocrate-chrétien au premier rang avec 32,2% des suffrages pour l’élection des sénateurs (13 sièges sur 38) et 26,0% des suffrages pour l’élection des députés (38 sièges sur 120).

Patricio Aylwin fut donc Président de la République du Chili du 11 mars 1990 au 11 mars 1994 tout en maintenant, selon l’accord négocié, Augusto Pinochet à la tête des armées (nommé par Salvador Allende le 23 août 1973, il resta commandant en chef des forces armées chiliennes jusqu’au 11 mars 1998, comme l’imposait la Constitution promulguée le 21 octobre 1980).

Patricio Aylwin a suivi une politique économique qui a permis une croissance de 7% chaque année. Le chômage a baissé de 7,8% à 6,5% entre 1990 et 1993 et les revenus des plus pauvres a crû de 20%. Les dépenses pour l’éducation ont augmenté de 40% et pour la santé de 54%. Enfin, plus de 100 000 logements nouveaux ont été construits sous son mandat.

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Il a tenu sa promesse électorale de nommer une commission d’enquête, la Commission nationale Vérité et Réconciliation, mise en place le 25 avril 1990, quelques jours après sa prise de fonction, sur les crimes de la dictature de Pinochet (présidée par l’ancien sénateur Raul Rettig, qui fut ambassadeur au Brésil sous Allende) qui a abouti à la publication du rapport Rettig le 9 février 1991 (consultable ici) : « Comme Président de la République, je me permets d’assumer la représentation de la nation toute entière pour, en son nom, demander pardon aux familles des victimes. » (mars 1991). Il y a eu plus de 3 200 morts commises par la junte militaire entre 1973 et 1990.

Néanmoins, ce rapport a été négocié avec les militaires, aucun nom des meurtriers n’a été cité : « Il y aura justice dans la mesure du possible. ». Patricio Aylwin a préféré ne pas engager des actions en justice contre les militaires impliqués dans ces milliers de meurtres, tortures, et disparitions, car le risque aurait été grand de provoquer une grave crise politique ; Pinochet était resté chef des armées pendant encore huit ans après son départ du pouvoir politique. Ce n’est que bien plus tard que la justice a commencé à se mettre en marche, mais trop tard pour Pinochet qui avait été arrêté de manière inattendue à Londres le 16 octobre 1998 à la suite d’un mandat d’arrêt international signé par le juge espagnol Baltasar Garzon, placé sous résidence surveillée jusqu’au 2 mars 2000 (il fut soutenu par Margaret Thatcher), puis ramené au Chili. Malgré les multiples procédures judiciaires à son encontre, Pinochet est mort le 10 décembre 2006 sans avoir été condamné des crimes commis sous son régime.

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Ce fut le fils d’Eduardo Frei Montalva, à savoir Eduardo Frei Ruiz-Tagle, candidat démocrate-chrétien soutenu par la Concertation, qui fut élu à l’élection présidentielle du 11 décembre 1993 avec 58,0% dès le premier tour et qui dirigea le Chili du 11 mars 1994 au 11 mars 2000. Le peuple avait donc donné quitus au mandat de Patricio Aylwin et à son gouvernement démocrate-chrétien. La coalition fut reconduite au parlement (21 sénateurs sur 38 et 70 députés sur 120), le Parti démocrate-chrétien étant resté en tête avec 20,2% des voix pour l’élection des sénateurs (13 sièges sur 38) et 27,1% des voix pour l’élection des sénateurs (37 sièges sur 120).

Les partis de la Concertation (de centre droit et centre gauche) restèrent au pouvoir au Chili jusqu’à la défaite de ce même Eduardo Frei Montalva au second tour de l’élection présidentielle du 17 janvier 2010 (48,4% contre 51,6% au candidat de la Rénovation nationale Sebastian Pinera) et retrouva le pouvoir lors de la réélection de la socialiste Michelle Bachelet à la Présidence de la République le 15 décembre 2013 (au second tour avec 62,2% des suffrages).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Rapport Rettig publie le 9 février 1991 (à télécharger).
Augusto Pinochet.
Patricio Aylwin, homme-clef de la transition démocratique chilienne.
Imre Pozsgay, homme-clef de la transition démocratique hongroise.
Frederik De Klerk, homme-clef de la transition démocratique sud-africaine.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160419-patricio-aylwin.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/patricio-aylwin-homme-clef-de-la-180391

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/27/33718206.html


 

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1 avril 2016 5 01 /04 /avril /2016 06:47

« Si j’étais un citoyen américain, je voterais sans hésitation pour Donald Trump parce qu’il est le candidat le plus révolutionnaire que les États-Unis ont connu depuis plus d’un demi-siècle. » (Fidel Castro, "Washington Post" le 31 mars 2016).

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L’ancien homme fort de Cuba, Fidel Castro, qui va avoir 90 ans le 13 août prochain, a surpris plus d’un observateur lors d’une interview qu’il a accordée le 31 mars 2016 à la rédaction du très réputé "Washington Post".

C’est sans doute le signe d’une évidente détente entre les États-Unis et Cuba. La venue historique du Président Barack Obama à La Havane le 21 mars 2016, la première d’un Président américain depuis 1928, est encore dans tous les esprits. Portant lui-même le parapluie, Barack Obama a achevé sous la pluie la normalisation internationale de Cuba.

Le Président de la République française François Hollande était venu à La Havane le 12 mai 2015 et y avait rencontré Fidel Castro, tout comme le pape François le 21 septembre 2015.

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Fidel Castro, sans doute le dernier homme de légende de l’après-guerre, a pris le pouvoir absolu à Cuba en 1959. Premier Ministre du 16 février 1959 au 24 février 2008, Président des Conseils d’État (chef de l’État) du 2 décembre 1976 au 24 février 2008, et premier secrétaire du Parti communiste cubain du 3 octobre 1965 au 19 avril 2011, Fidel Castro, malade, avait laissé le pouvoir absolu dès le 31 juillet 2006 à son frère Raul Castro qui va avoir 85 ans dans deux mois.

Raul Castro fut le principal artisan de la politique militaire de Cuba comme Ministre des Forces armées révolutionnaires du 16 février 1959 au 24 février 2008 et Vice-Président des Conseils d’État du 2 décembre 1976 au 24 février 2008. Raul Castro a promis qu’il remettrait le pouvoir à une personnalité civile le 24 février 2018. Leur frère aîné Ramoz Castro Ruz est mort récemment, à l’âge de 91 ans, le 23 février 2016 à La Havane.

Cuba, avec la Corée du Nord et la Chine, reste l’un des derniers régimes communistes à avoir résisté à la chute du mur de Berlin.

Affaibli par l’âge et la maladie, le Lider Maximo de la revolucion cubana (selon son surnom autoproclamé le 2 décembre 1961) réussit néanmoins à survivre dans la vie publique par de nombreuses interventions médiatiques. La dernière n’est pas passée inaperçue puisque pour la première fois depuis soixante-sept ans, il a accepté de s’exprimer dans un journal américain, le "Washington Post", le jeudi 31 mars 2016.

N’hésitant pas à faire preuve d’ingérence dans la vie politique américaine en fustigeant le candidat aux primaires républicaines Ted Cruz, sénateur du Texas depuis 2013, dont le père a fui Cuba pour cause de dictature castriste, Fidel Castro a apporté un vibrant soutien au milliardaire Donald Trump qu’il a rencontré d’ailleurs à son domicile de La Havane, devenu une maison musée, le 30 mars 2016. Donald Trump avait fait le déplacement à Cuba pour se moquer de Barack Obama et de « tous ces démocrates fonçant la queue entre les jambes » vers les nouveaux marchés cubains.

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En effet, Fidel Castro a déclaré : « Si j’étais un citoyen américain, je voterais sans hésitation pour Donald Trump parce qu’il est le candidat le plus révolutionnaire que les États-Unis ont connu depuis plus d’un demi-siècle. J’ai combattu pendant plus d’un demi-siècle les États-Unis et la CIA, mais aujourd’hui, Donald Trump serait prêt à initier un véritable partenariat avec Cuba. ».

À la question de savoir si le soutien à un milliardaire ne le gênait pas, Fidel Castro a répondu : « Le monde a beaucoup changé et il faut trouver d’autres formes de révolution. Ce n’est pas être milliardaire qui pose un problème. L’important, c’est de savoir ce qu’on fait avec l’argent qu’on a gagné. Si [le candidat Trump] le dépense au service de la révolution, cela ne peut que favoriser l’épanouissement de la population cubaine. » tout en rappelant que « la présence d’un milliardaire à la Maison Blanche est la garantie qu’il n’y aurait pas de corruption au plus haut niveau de l’État » comme cela aurait été le cas, a-t-il laissé entendre, à l’époque de George W. Bush et de son père George W. H. Bush à l’occasion de « leurs guerres colonialistes » en Irak.

Donald Trump avait appuyé la politique d’ouverture de Barack Obama vers Cuba amorcée par une déclaration commune le 17 décembre 2014 et par la reprise des relations diplomatiques le 20 juillet 2015 avec la réouverture de l’ambassade des États-Unis à Cuba.

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Le "Washington Post" lui a posé aussi la question sur Hillary Clinton. Pour Fidel Castro, l’élection de l’ancienne Première Dame serait une catastrophe pour la paix mondiale car elle représente tout ce que l’etablishment américain voudrait, à savoir faire la guerre au Pakistan, à l’Iran, et certaines voix parlent même de faire la guerre à l’Arabie Saoudite, maintenant que l’indépendance énergétique des États-Unis est assurée à court terme grâce au développement complètement anti-écologique des gaz de schiste. Fidel Castro a également rendu responsable « le clan Clinton » de l’existence de Daech.

Très informé sur la campagne présidentielle américaine, Fidel Castro a souligné par exemple que Donald Trump avait déclaré qu’il assumerait l’accord préliminaire de Genève sur le programme nucléaire iranien signé le 24 novembre 2013 qui a abouti au Plan global d’action conjoint signé le 14 juillet 2015 : « C’est l’exemple parfait de mauvais accord qu’on doit assumer ! ». Donald Trump avait aussi protesté contre la guerre en Irak.

Rappelant ses actions en faveur de la culture et de l’éducation, Fidel Castro a rejeté d’un revers de main les supposées atteintes aux droits humains. Selon lui, ce sont ses « détracteurs impérialistes » qui ne cessent de parler de prisonniers politiques et de morts suspectes alors que Cuba est très loin du niveau de barbarie que les États-Unis auraient atteint sur une baie cubaine, au camp de Guantanamo, dont Raul Castro revendique toujours la souveraineté.

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Il n’est pas sûr que le soutien de Fidel Castro à Donald Trump soit profitable au candidat milliardaire hors norme dans un pays très soucieux de son indépendance et de sa liberté. Néanmoins, après avoir gagné l’Arizona le 22 mars 2016, menant la course en tête avec 755 délégués face à Ted Cruz, 465 délégués (il en faut 1 237 pour obtenir l’investiture), Donald Trump peut bénéficier d’une nouvelle illustration de l’un de ses leitmotivs : le monde a vraiment changé, et seul, lui, parce qu’il est un entrepreneur volontaire, peut comprendre ce changement et conduire en douceur les États-Unis dans ce nouveau monde.

On peut lire la traduction française de l’intégralité de l’interview de Fidel Castro au "Washington Post" du 31 mars 2016 à ce lien.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (1er avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Interview de Fidel Castro au "Washington Post" du 31 mars 2016 (à télécharger).
Le trumpisation de la vie politique américaine.
Che Guevara.
Hugo Chavez.
Staline.
Baby Kim.
Chute du mur de Berlin.

_yartiCastroFidelA06



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160401-fidel-castro.html

http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/fidel-castro-voterait-donald-trump-179508

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/01/33565708.html

 

 

 

 

 

 

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3 octobre 2015 6 03 /10 /octobre /2015 13:37

Né le 2 février 1937 à Panama, Eric Artyro Delvalle Cohen-Henriquez fut le chef du Parti républicain panaméen et Vice-Président de l'Assemblée Natoanle  en 1984. Puis il fut Vice-Président de la République du Panama du 11 octobre1984 au 28 septembre 1985. Après la démission de Nicolas Ardito Barletta et encouragé par le général Manuel Noriega, Eric Arturo Delvalle fut Président de la République du Panama du 28 septembre 1985 au 26 février 1988, bien que le pouvoir fût concrètement pour Noriega qui l'a destitué en 1988.

SR



 

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4 octobre 2014 6 04 /10 /octobre /2014 19:04

Né le 3 juillet 1951 à Port-au-Prince, Jean-Claude Duvalier est devenu le 21 avril 1971, à 19 ans, Président de la République de Haïti pour succéder à son père François Duvalier. Ils furent dictateurs de père en fils, donc : Papa Doc et Baby Doc. Il poursuivit le régime de terreur avec les Tontons macoutes, avec la torture et l'assassinat de milliers de Haïtiens, du trafic de drogue etc. Le 7 février 1986, il a dû évacuer le palais présidentiel face aux émeutes, et a atterri à Grenoble. Il resta en exil à Mougins (06) jusqu'au 16 janvier 2011 où il rentra à Haïti. Il fut arrêté le 18 janvier 2011 puis relâché avec interdiction de quitter le pays. Il a comparu devant la cour d'appel de Port-au-Prince le 28 février 2013 et en février 2014, une instruction était ouverte pour le mettre en examen pour crimes contre l'humanité. Il a succombé le 4 octobre 2014 d'une crise cardiaque.

SR

 

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29 juin 2014 7 29 /06 /juin /2014 11:47

Né le 16 août 1930 à Port-au-Prince, Leslie Manigat a soutenu un doctorat de philosophie à la Sorbonne avant de devenir directeur des affaires politiques au Ministère haïtien des Affaires étrangères, proche du dictateur François Duvalier pour qui il créa en 1958 l'École des hautes études internationales. Emprisonné par François Duvalier en 1963 pour son soutien aux grèves de l'époque, il s'exila en France, aux États-Unis puis au Venezuela où il a poursuivi une carrière universitaire (en particulier à Science Po Paris). Après le départ de Jean-Claude Duvalier (Baby Doc), il fut candidat à l'élection présidentielle du 29 novembre 1987 (annulée) puis celle du 17 janvier 1988 où il fut élu dès le premier tour avec 50,3% (ce fut la première élection depuis celle de François Duvalier le 22 septembre 1957). Il fut Président de la République de Haïti du 7 février 1988 au 20 juin 1988 avec le soutien de l'armée. Il destitua le général Henri Namphy (qui lui avait laissé le pouvoir) mais ce dernier fut soutenu par l'armée qui fit un coup d'État le 20 juin 1988. Henri Namphy reprit le pouvoir et Leslie Manigat reprit le chemin de l'exil jusqu'en décembre 1990. Leslie Manigat fut de nouveau candidat à l'élection présidentielle du 7 février 2006 où il a atteint la deuxième place avec 12,4%. Sa (seconde) épouse Mirlande Manigat, ancienne sénatrice et experte en droit constitutionnel (docteur de science politique à la Sorbonne), fut candidate à la dernière élection présidentielle le 28 novembre 2010 où elle recueillit 31,4% la plaçant en tête du premier tour mais fut battue avec seulement 31,7% au second tour le 20 mars 2011 par l'actuel Président haïtien Michel Martelly qui était arrivé initialement en troisième position au premier tour.
 
SR



Les publications de Leslie Manigat furent les suivantes :
*L'Amérique latine au XXe siècle: 1889-1929. [Paris], Editions Richelieu, 1973.
Note: Il fut re-publié en 1991 par les Editions du Seuil (ISBN 2020123738)
*The Caribbean and world politics : cross currents and cleavages. / édité par Jorge Heine et Leslie Manigat. New York: Holmes & Meier, 1988.
Le cas de Toussaint revisité : modernité et actualité de l'Ouverture. Port-au-Prince : [s.n.], 2001.
*Comment et pourquoi Haiti, pionnière du cycle historique de l'abolition de l'esclavage des noirs, et première à  inaugurer l'ère de la décolonisation des peuples de couleur, a-t-elle pu chuter, après deux siècles de vie nationale, à ce niveau critique de sous-développement qui la fait situer aujourd'hui parmi les pays les moins avancés du globe (PMAS)? Port-au-Prince : RDNP, 1999.
*Au coeur complexe de la société traditionnelle : problématique et destins d'Haïti-Thomas. Port-au-Prince : Centre "Humanisme démocratique en action" CHUDAC, 1998.
*La crise haïtienne contemporaine :  une lecture d'historien-politologue, ou, Haiti des années 1990 : une grille d'intelligibilité pour la crise présente. Port-au-Prince : Editions des Antilles, 1995. 
*Une date littéraire, un événement pédagogique: compte rendu-critique de l'ouvrage de Pradel Pompilus et du Frère Raphaël "Manuel illustré d'histoire de la littérature haïtienne."  Port-au-Prince:  Imprimerie La Phalange, 1962.
*De un Duvalier a otro : itinerario de un fascismo de subdesarrollo. Caracas (Venezuela) : Monte Avila Editores, 1972.
*Les deux cents ans d'histoire du peuple haitien, 1804-2004 : réflexions à l'heure du bilan d'une évolution bi-centenaire. Port-au-Prince : Editions Lorquet, 2002
*La diaspora haïtienne et la modernisation économique d'Haiti: occasions d'investissement et perspectives économiques en vue d'un plus grand rôle de la diaspora haïtienne dans le processus de modernisation économique d'Haiti. Port-au-Prince: RDNP, 1999.
*Le drapeau de l'Arcahaie et la deuxième phase des guerres d'indépendance. [Port-au-Prince] : Média-Texte, [200-].
*Ethnicité, nationalisme et  politique : le cas d'Haïti. (s.l.): Editions Connaissance d'Haiti, 1975.
*Éventail d'histoire vivante d'Haiti : des préludes à la Révolution de Saint Domingue jusqu'à nos jours : (1789-1999). Port-au-Prince : CHUDAC, 2001-
*Un fait historique: l'avénement à la présidence d'Haiti du général Salomon; essai d'application d'un point de théorie d'histoire. Port-au-Prince:  Imprimerie de l'Etat, 1957.
*Haiti of the sixties, object of international concern: a tentative global analysis of the potentially explosive situation of a crisis country in the Caribbean. Baltimore: School of Advanced International Studies, Johns Hopkins University Press, 1964.
*Introduction à l'étude de l'histoire de la diplomatie et des relations internationales d'Haiti : collection pédagogique, "le livre du maitre, guide de l'étudiant". Port-au-Prince : Média-Texte, 2003.
*Maîtriser la conjoncture. (s.l.): Connaissance d'Haiti, 1975.
*Quelle démocratie pour Haïti?: éléments de réflexion pour une réponse. Port-au-Prince: Centre Humanisme démocratique en action, [1996].
*Les relations haitiano-dominicaines : ce que tout haïtien devrait savoir. [Port-au-Prince]: Publications du CHUDAC, 1997.
*La révolution de 1843 : essai d'analyse historique d'une conjoncture de crise. Port-au-Prince : Centre "Humanisme démocratique en action," 1997.
*Une seule voix pour deux voies : "un seul lit pour deux rêves". [Port-au-Prince] : Centre Humanisme démocratique en action : Editions des Antilles, [1994].
*La substitution de la prépondérance américaine à la prépondérance française en Haïti au début du xxe siècle : la conjoncture de 1910-1911 [S.l. : s.n., 19--]
*Toussaint Louverture : "les 12 facettes de son génie". Port-au-Prince : Ministère de l'information de l'éducation populaire et du tourisme : Ministère de l'éducation nationale de la recherche scientifique et des sports, 2001.
*Visiones del Caribe : tres articulos / Leslie Manigat et autres. Traduction de Sylvia Lopez Pacheco. Porto Rico: [1990]
Note: Ces articles font partie de la thèse de la traductrice présentée à l'Université de Port-Rico.

 

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12 octobre 2013 6 12 /10 /octobre /2013 08:32

Né le 4 janvier 1927, Paul Guy Desmarais (Sr) fut un homme d'affaires canadien francophone et l'un de plus riches milliardaires du Canada. Il fut le patron de Power Corporation du Canada (médias, papiers, finances) de  1968 à 1997. Il a eu une très grande influence sur la classe politique canadienne car il fut l'employeur de trois Premiers Ministres : Pierre-Elliott Trudeau, Jean Chrétien et Brian Mulroney. Son influence était également française puisque son fils (Paul Desmarais Jr) siège au conseil d'administration de Total, Suez et Lafarge. Sa famille est proche des Dassault, Rothschild et Peugeot. Le 6 mai 2007, Paul Desmarais Sr participait à la réception au Fouquet's pour l'élection de Nicolas Sarkozy qu'il a conseillé dès 1995.

SR

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11 septembre 2013 3 11 /09 /septembre /2013 00:45

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Le 11 septembre 1973, le Chili a connu un terrible coup d'Etat militaire qui instaura une dictature militaire cruelle. Le Président socialiste Salvadore Allende se suicida le jour-même et Augusto Pinochet s'empara du pouvoir. D'abord chef de la junte militaire, il s'autoproclama Président de la République et quitta le pouvoir partiellement le 11 mars 1990 (il resta le chef des armées chiliennes jusqu'en 1998). Pinochet mourut le 10 décembre 2006 à 91 ans sans avoir été inquiété par la justice sur sa responsabilité pour les dizaines de milliers d'assassinats politiques et de disparitions dont il fut responsable, refusant d'exprimer un regret ou une demande de pardon quelques jours avant sa mort.

Le 11 septembre, jour noir pour les démocrates dans le monde...


Sylvain Rakotoarison (11 septembre 2013)

 


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