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8 octobre 2019 2 08 /10 /octobre /2019 17:59

« Vigilance : 1. Surveillance attentive et soutenue. 2. État psychologique de l’organisme qui reçoit des stimulations et y répond. » (Le Petit Larousse).


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Imaginez-vous un jour en train de prendre tranquillement l’avion pour l’Écosse. À votre arrivée à l’aéroport de Glasgow, vous voici menotté brutalement, mis à l’écart dans une pièce, fouillé (complètement et sans ménagement), et on vous prend les empreintes digitales. Stupéfait, vous lâchez seulement un timide "bêê" ou "mêê" d’opposition, et le soir même, vous apprenez que chez vous, de l’autre côté de la Manche, la police française est en train de faire une perquisition. Ce n’est jamais drôle une perquisition, mais vous n’êtes pas là, puisque vous être en cellule en Écosse. Une nuit à l’ombre. Et puis, très rapidement, les excuses de la maison, on vous relâche, il y avait méprise, vous n’êtes pas le supposé horrible individu qu’on croyait. Bref, vous retrouvez votre liberté après ces quelques heures pénibles. Expérience éprouvante.

Mais ce n’est pas fini, car vous vous rendez compte alors que vous avez fait les titres de tous les journaux du matin. La gloire ! Heureusement, la méprise vous permet d’éviter l’identification dans la rue, nom et photo publiés sont ceux du vilain, pas les vôtres. Désormais, vous cherchez à reprendre votre vie normale, la plus discrètement possible. Espérons que votre propre voyage en Écosse acceptait les indiscrétions auprès de vos proches, histoire de ne pas revenir à la maison avec une scène de ménage en perspective !…

Car la réalité, c’est que vous n’êtes pas Xavier Dupont de Ligonnès. Cinq morts. Affaire terrible, qui fait penser au film "Sept morts sur ordonnance" de Jacques Rouffio (sorti le 3 décembre 1975) avec le redoutable Charles Vanel et les victimes Gérard Depardieu et Michel Piccoli. Ou encore à un autre fait-divers cruel, l’assassinat par Jean-Claude Romand de sa famille, cinq personnes (femme, enfants, parents) les 9 et 10 janvier 1993, condamné le 2 juillet 1996 à la réclusion criminelle à perpétuité avec une période de sûreté de vingt-deux ans, et mis en liberté conditionnelle il y a quelques mois, le 28 juin 2019.

Une famille nombreuse décimée, sauf le père qui est introuvable. Tout l’accuse mais concrètement, rien n’est sûr. Peu de journalistes laissent encore planer le doute sur la culpabilité du chef de famille, doute d’autant plus grand que quelques heures auparavant, tout le monde y allait sur son arrestation. Seul, le procureur de la République a demandé de la prudence. C’était le moins qu’on puisse faire.

La chance est peut-être que cela se soit passé en début de week-end. Un jour de folie et de désinformation par imprudence, un jour de repentance regénératrice (bref, de rédemption). Et lundi, on passe à une autre "séquence", comme on dit. Il faudra quand même faire le bilan de ce qu’il s’est réellement passé. Qui des policiers ou des médias ont été les plus imprudents, les plus légers ? Et il aurait été plus judicieux de s’appesantir ce week-end dans les médias plutôt sur l’offensive turque contre les Kurdes dans le nord de la Syrie et la libération de 800 proches des jdihadistes de Daech précédemment retenus dans des camps.

On a expliqué que tout a commencé par une dénonciation anonyme en France, mais l’avion est parti trop vite pour permettre l’arrestation de la personne en question en France. Y avait-il une volonté délibérée de mettre en difficulté cette pauvre personne arrêtée pour rien, devenue en l’espace de quelques heures le meurtrier le plus connu de France, ou une volonté délibérée de discréditer encore un peu plus la police française ?

Car je ne peux pas évoquer ce sujet, somme toute sans importance sauf pour la personne arrêtée qui, je l’espère, aura des réparations (et pour les proches de la famille Dupont de Ligonnès qui attendent toujours une explication), et les conséquences de l’attentat de la préfecture de police à Paris le 3 octobre 2019, quatre personnes tuées atrocement par un des leurs, en seulement sept minutes.

Lors de l’hommage national, le mardi 8 octobre 2019 dans la cour de la préfecture de police, hommage à ces quatre victimes, Aurélia Trifiro, Damien Ernest, Anthony Lancelot et Brice Le Mescam, tous les quatre ayant chacun un conjoint et pour trois d’entre eux, deux enfants chacun, le Président de la République Emmanuel Macron est venu « pour m’incliner devant le sacrifice de vos quatre collègues, pour saluer notre héros, pour apporter le soutien de la nation à la préfecture de police si durement éprouvée ».

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Il a surtout évoqué la "société de vigilance" : « Mais je veux aussi vous le dire avec force aujourd’hui : les institutions seules ne suffiront pas. L’administration seule et tous les services de l’État ne sauraient venir à bout de l’hydre islamiste. Non, c’est la nation tout entière qui doit s’unir, se mobiliser, agir. Nous ne l’emporterons que si notre pays qui est venu à bout de tant et tant d’épreuves dans l’histoire se lève pour lutter contre cet islamisme souterrain qui corrompt les enfants de France. Une société de vigilance, voilà ce qu’il nous revient de bâtir. La vigilance, et non le soupçon qui corrompt. La vigilance : l’écoute attentive de l’autre, l’éveil raisonnable des consciences. C’est tout simplement savoir repérer à l’école, au travail, dans les lieux de culte, près de chez soi, les relâchements, les déviations, ces petits gestes qui signalent un éloignement avec les lois et les valeurs de la République. Une séparation. » (8 octobre 2019).

Sur le principe, Emmanuel Macron a sans doute raison. D’autant plus raison que ce qu’il s’est passé à la préfecture de police aurait pu se passer dans n’importe quelle entreprise, lieu de vie, association, etc. La "séparation" arrive progressivement et peut survenir dans tous les milieux. Le premier signe d’ailleurs très symptomatique, c’est quand un homme, un collègue, refuse de serrer la main à une femme, une collègue. Mais en l’occurrence, pour cet attentat à la préfecture de police, les simples citoyens hors de la police n’avaient pas beaucoup de possibilités pour détecter et mettre hors d’état de nuire ce terroriste alien. C’était ici bien de la police qu’il était question.

Emmanuel Macron a bien insisté qu’il ne voulait pas lever l’ère du soupçon, mais avec cette mésaventure du faux Xavier Dupont de Ligonnès, dont l’origine est une dénonciation anonyme, la "société de vigilance" pourrait rapidement se transformer en "société de délation". C’est pour cela qu’il faudrait être vigilant avant tout à la prudence et ne se baser que des seuls faits.

Lors d’une des auditions devant une commission parlementaire, le Ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a énuméré les différents signes qui pourraient révéler une "radicalisation" islamiste… et dans ces signes, il a cité la barbe que la personne laisserait pousser. Heureusement, un des parlementaires présents à cette audition lui a dit : mais vous-même, vous avez une barbe !

Il faut éviter la chasse aux barbus (d’autant plus que la barbe est à la mode), la chasse à toutes sortes de signes de radicalisation, mais qui, en eux-mêmes, ne font pas de la personne un être radicalisé. Au même titre qu’il parle de fraîchement converti qui ferait ses prières, mais tous les pratiquants, a priori, font aussi leurs prières (la République garantit même la libre pratique de son culte, c’est le principe de laïcité). À mon sens, seule une personne compétence, expérimentée en matière de lutte contre le terrorisme islamique, peut comprendre réellement s’il y a possible radicalisation ou pas. Pas les novices, pas les apprentis "vigiles".

Faire du simple citoyen, sans formation et sans expérience, un "vigile" me paraît plus inquiétant que rassurant. On a vu avec l’affaire d‘Outreau en 2004-2005 comment de fausses accusations pouvaient détruire des vies entières de personnes finalement (et heureusement) innocentées. Les leçons de l’histoire ne semblent pas avoir été encore acquises.

La grande mésaventure du malchanceux pris pour Xavier Dupont de Ligonnès nous le rappelle : même si une affaire intéresse beaucoup de gens (et pourquoi ? par voyeurisme ? par la cruauté inimaginable ? par le mystère ?), nul ne peut s’improviser enquêteur. À l’évidence, les "sources" (policières ?) qui auraient informé les journaux ont été au mieux imprudentes et, dans tous les cas, très légères. Comment jeter en pâture aux médias l’honneur d’un homme avant d’avoir l’assurance qu’il s‘agissait bien de la personne recherchée ?

Je termine sur la manière d’identifier une personne. On a parlé des empreintes digitales, et que les empreintes digitales de l’homme arrêté étaient "presque" comme celles de Xavier Dupont de Ligonnès. D’une part, le "presque" est catastrophique à préciser : je crois qu’il y a eu seulement cinq points sur treize qui "matchaient", c’est un peu faible pour avoir l’équivalence. C’est ou ce n’est pas. Les analyses ADN auraient d’ailleurs "innocenté" totalement le malchanceux, mais il a fallu le temps de les réaliser. Temps en prison et sous un déluge de calomnie involontaire.

Le professeur Jacques Testart faisait remarquer dans "Le Monde diplomatique" de juin 2008, que la recherche latente mais réelle d’une centralisation de fichiers d’empreintes génétiques pouvait apparaître particulièrement dangereuse pour nos libertés : « L’anthropologue Gérard Dubey remarque qu’en un siècle seulement, après l’avènement de la biométrie, les repères ont évolué depuis l’être identifié socialement jusqu’à l’être défini biométriquement. Combien de temps faudra-t-il, après l’avènement de la génétique moléculaire, pour définir les êtres génétiquement ? Et en quoi le critère génétique est-il différent des critères biométriques classiques ? On sait que les jumeaux vrais, qui partagent le même ADN, montrent des empreintes digitales différentes (…). Il s’ensuit que la "reine des preuves" que constitue l’ADN pour la justice ne permettrait pas de discriminer des jumeaux aussi bien que le font les empreintes digitales ! (…) Rappelons que la biométrie a toujours fonctionné à la peur, peur de l’autre, et s’est généralisée sans opposition organisée, comme par effet de sidération laissant place à une véritable atonie sociale. ».

Effet de sidération, peur… C’est cette peur qu’il faut éviter d’insuffler dans nos sociétés meurtries par les attentats terroristes islamiques. C’est le but ultime des terroristes de faire peur et de faire modifier notre manière de vivre, en particulier en renforçant la culture du soupçon et en hystérisant sur l’islamisme, provoquant ainsi l’accroissement d’un fossé entre la société et ceux susceptibles d’être radicalisés. La "société de vigilance" ne doit pas évoluer en société de surveillance. C’est là un grand défi quand tant de nouvelles technologies ont déjà réussi à piéger notre simple liberté d’aller et venir où bon nous semble…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 octobre 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La société de vigilance et le faux Xavier Dupont de Ligonnès.
N’oublions pas le sacrifice du colonel Arnaud Beltrame !
Strasbourg : la France, du jaune au noir.
Mortelle méprise.
L’affaire Seznec.
L’affaire Grégory.
L’affaire Boulin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20191008-societe-vigilance.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2019/10/14/37710505.html


 

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6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 13:09

Véronique Kantor avait rencontré Coluche au début des années 1970. Ils se sont mariés le 16 octobre 1975, et ont eu deux enfants, Romain en 1972 et Marius en 1976. Ils se sont séparés en 1981. Destinée au journalisme, elle s'est consacrée aux Restos du Cœur. Coluche est mort en juin 1986.

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160619-coluche.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180406-veronique-colucci.html


 

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25 février 2018 7 25 /02 /février /2018 03:34

« Cela pourrait être un os humain, peut-être une tête de fémur. » (Le procureur de Brest, le 24 février 2018 à Morlaix).


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Grands frissons dans un cellier obstrué depuis des décennies et dégagé et fouillé dans la journée de ce samedi 24 février 2018 à Morlaix : un morceau d’os apparemment, une tête de fémur humain, a été découvert dans l’ancienne demeure des Seznec par des bénévoles au cours de fouilles "privées". Les lieux ont été bouclés et les fouilles ont été mises sous le contrôle de la judtice. Le procureur de Brest, qui s’est déplacé sur les lieux, a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire confiée à la police judiciaire de Rennes pour déterminer les circonstances de la mort du propriétaire de cet os.

Il est encore beaucoup trop tôt pour être affirmatif, la prudence doit évidemment dominer, mais cet élément nouveau pourrait se révéler décisif dans la compréhension de l’affaire Seznec, près de 95 ans après les faits !

De quoi s’agit-il ? L’affaire Seznec a été beaucoup médiatisée dans les années 1980 et 1990 par un des petits-fils de Guillaume Seznec, Denis Le Her, qui a passé sa vie à vouloir réhabiliter son grand-père. Selon lui, Guillaume Seznec était innocent et a été injustement condamné du meurtre d’un notable de province dont on n’a jamais retrouvé le corps. Cet os, cela pourrait bien appartenir à cette personne disparue, justement.

Guillaume Seznec (1878-1954) et Pierre Quémeneur (1877-1923) furent deux hommes d’affaires plus ou moins honnêtes qui s’appréciaient et étaient devenus des amis. Les deux étaient issus d’un milieu paysan assez pauvre et tous les deux avaient la volonté de monter dans l’échelle sociale en s’occupant de diverses entreprises.

Guillaume Seznec n’a cependant jamais réussi à bâtir une fortune, au contraire de Pierre Quémeneur qui profita de la Première Guerre mondiale pour faire fortune (il a fourni des poteaux en bois pour les tranchées). Pierre Quémeneur a même entamé une carrière politique, élu conseiller municipal en 1914, puis élu conseiller général du Finistère en 1919. Ce dernier était très chaleureux et savait convaincre ses électeurs en leur promettant de s’occuper de leurs problèmes personnels, tandis que Guillaume Seznec était plus réservé.

J’ai écrit "plus ou moins honnêtes" car leurs affaires étaient parfois à la limite de la légalité sans forcément que cela fût prouvé. Ainsi, Guillaume Seznec a bénéficié deux fois d’un remboursement d’assurances à la suite de deux incendies qui ont ravagé ses entreprises (l’un des incendies l’a d’ailleurs blessé avant la guerre, le brûlant au visage et aux mains). En mai 1923, il était question d’une affaire de voitures Cadillac provenant d’un stock de guerre américain revendu à des Russes que les deux hommes d’affaires voulaient racheter et les revendre avec une forte plus-value. À cette occasion, Guillaume Seznec avait remis la quasi-totalité de sa fortune en espèces à son compagnon d’affaires.

Ils devaient se rejoindre le 24 mai 1923 à Rennes, l’un en train et l’autre en voiture. Puis faire la route ensemble jusqu’à Paris. Mais la voiture de Guillaume Seznec était tellement pourrie qu’ils sont tombés souvent de pannes. Dans la nuit du 25 au 26 mai 1923, ils décidèrent de se séparer à Dreux : Pierre Quémeneur reprendrait le train pour Paris afin de ne pas rater leur important rendez-vous d’affaires et Guillaume Seznec repartirait à Morlaix pour faire réparer la voiture. Il y arriva effictivement le 27 mai 1923.

Mais Pierre Quémeneur, qui avait prévenu sa famille qu’il reviendrait le 28 mai 1923, n’a jamais été plus revu après ce 25 mai 1923 et Guillaume Seznec fut la dernière personne connue à l’avoir vu. Ce dernier retourna à Paris le 1er juin 1923 mais n’a pas retrouvé Pierre Quémeneur, qui, pourtant, envoya un télégramme à sa famille (il était célibataire et sans enfant) daté du 13 juin 1923 depuis Le Havre. Ce télégramme suffisamment louche a été suspecté d’être un faux et la famille a averti la police sur sa disparition qui a ouvert une instruction judiciaire le 22 juin 1923 à Brest.

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Très vite, Guillaume Seznec fut suspecté d’avoir tué Pierre Quémeneur. Il fut arrêté le 1er juillet 1923 et inculpé d’assassinat le 7 juillet 1923. Les expertises judiciaires ont prouvé qu’il avait réalisé plusieurs faux en écriture, après la disparition de Quémeneur, en particulier le télégramme du Havre (on l’a même aperçu au Havre à la date d’envoi) et une promesse de vente d’une propriété luxueuse de Pierre Quémeneur signée de Guillaume Seznec mais dont la signature de Quémeneur semblait être un faux.

Le procès s’est déroulé du 24 octobre 1924 au 4 novembre 1924 à Quimper, pour juger un assassinat sans cadavre. Guillaume Seznec fut reconnu coupable du meurtre sans préméditation de Pierre Quémeneur, par la majorité des douze jurés, et a évité de justesse la peine de mort, condamné aux travaux forcés à perpétuité. Il quitta la métropole le 7 avril 1927 pour être interné dans un bagne en Guyane.

Pendant tout le restant de sa vie, Guillaume Seznec a toujours proclamé son innocence dans cette affaire. Marie-Jeanne, qu’il a épousée le 18 juillet 1906, l’a toujours soutenu pour faire reconnaître son innocence. Elle est morte de maladie à Paris le 14 mai 1931.

Le 18 février 1934, six des jurés ont regretté leur décision et ont demandé la révision du procès. Il faut se rappeler qu’il n’était pas possible, jusqu’à récemment, de faire appel à un verdict des assises, et la cour de cassation avait rejeté le pourvoi le 8 janvier 1925 (par ailleurs, les députés ont voté à l’unanimité, le 23 juin 1989, une loi pour faciliter la révision d’un procès, puis une autre loi adoptée le 20 juin 2014). En 1938, la peine de Guillaume Seznec fut commuée en détention pour encore vingt ans (à partir de cette date).

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Le 2 février 1946, il fut gracié (on a expliqué que c’était De Gaulle qui l’aurait gracié, mais De Gaulle venait de démissionner de la Présidence du Conseil quelques jours auparavant). Guillaume Seznec fut finalement libéré le 14 mai 1947, et quitta la Guyane le 20 juin 1947 pour arriver au Havre le 1er juillet 1947, après vingt-quatre ans d’incarcération. La plupart des Français l’ont traité comme un héros. Il a pu revoir sa famille (il avait quatre enfants et beaucoup de petits-enfants). Il est mort des suites d’un accident de la circulation le 13 février 1954 à l’âge de 75 ans (il est né le 1er mai 1878).

La lutte n’est pas interrompue par la mort de Guillaume Seznec. Sa fille Jeanne (troisième enfant, née le 8 novembre 1912), puis un des fils de celle-ci, Denis Le Her, ont poursuivi la cause pour réhabiliter leur père et grand-père, en ayant déposé quatorze requêtes en révision qui furent, toutes, rejetées par la justice jusqu’à maintenant, notamment : le 7 décembre 1926, le 9 avril 1935, le 7 juillet 1949, en 1951, en 1956, le 28 juin 1996 et le 14 décembre 2006 (la dernière).

Pourtant, le portrait d’un homme qui a consacré sa vie (né le 26 décembre 1946) à demander la réhabilitation de son grand-père n’est pas si "idyllique" que cela. En effet, selon Denis Le Her (qui s’est fait appeler Denis Seznec à partir des années 1990 et qui est passé de l’extrême gauche en mai 1968 au soutien à la candidature de Marine Le Pen en 2012), son grand-père était totalement innocent, y compris des faux en écriture, et aurait été victime d’une machination de l’inspecteur de police Pierre Bonny (1895-1944), qui fut parmi les chargés de l’enquête, futur révoqué de la police en 1935 pour une affaire de corruption liée à l’affaire Stavisky, proche de la Cagoule et futur responsable de la gestapo en 1942, fusillé en 1944 lors de l’épuration.

Le problème, c’est que Pierre Bonny n’a effectué que 5 actes sur les 500 relevant de l’enquête, il n’a donc été impliqué qu’à la marge (cette hypothèse de machination a été définitivement écartée par la cour de révision le 14 décembre 2006). Plus grave, Denis Le Her aurait mal étudié le dossier judiciaire car les faux en écriture ont été scientifiquement établis.

Denis Langlois fut l’avocat de la famille Seznec de 1976 à 1990, à titre bénévole. Mais il fut congédié par Denis Le Her qui n’a pas apprécié la dénonciation par l’avocat de la stratégie adoptée (innocence totale et médiatisation) qui a toujours abouti au rejet des requêtes en révision.

Denis Le Her a intensifié sa campagne médiatique. Un livre à 200 000 exemplaires vendus, des milliers de conférences un peu partout en France, un dépôt de plainte contre la République française le 20 décembre 1996 auprès de la Cour européenne de justice, un appel solennel au Président Jacques Chirac le 28 janvier 1997 et même une Ministre de la Justice, bretonne, Marilyse Lebranchu, touchée par son combat, qui voudrait rouvrir le procès le 3 avril 2001.

Denis Langlois a écrit en 2015 : « L’échec survient logiquement en 1996, et là, il est difficile de comprendre que la stratégie reste imperturbablement la même. Des révélations ont montré pourquoi les magistrats de la commission [de révision] ont rejeté la demande. Ils ont été heurtés essentiellement par la médiatisation excessive de l’affaire et l’affirmation de l’innocence pleine et entière de Guillaume Seznec, alors que sa participation aux faux leur paraît indiscutable. ». En d’autres termes, les magistrats refusent la pression des médias et l’officialisation de la thèse peu défendable de Denis Le Her.

Parmi les faits troublants, le procureur général de la République près la Cour de cassation a révélé le 13 janvier 1997 que le dossier criminel de Guillaume Seznec avait été détruit dans l’incendie du Parlement de Bretagne, à Rennes, en 1994.

Pourtant, ce petit-fils n’est pas forcément le seul représentant de cette famille qui est divisée. Son frère aîné, Bernard Le Her, a considéré qu’il y avait une autre version que l’innocence complète de son grand-père.

Ce fut dans un livre qui est sorti le 12 février 2015 ("Pour en finir avec l’affaire Seznec", Éditions de la Différence) que l’ancien avocat Denis Langlois a finalement "lâché le morceau", ayant peur de mourir avec ce "secret". En effet, en 1978, Bernard Le Her lui a appris que son oncle Petit-Guillaume, le fils aîné (et deuxième enfant né le 14 mars 1910) de Guillaume Seznec, avait entendu sa mère crier chez eux.

L’hypothèse proposée est donc la suivante : Pierre Quémeneur serait revenu chez les Seznec le 27 mai 1923 en absence de Guillaume Seznec, aurait fait des avances à son épouse Marie-Jeanne qui, pour se défendre, l’aurait frappé avec un chandelier, il serait tombé et serait accidentellement mort. Quand Guillaume Seznec est arrivé, il aurait enterré le corps dans un cellier qu’il a ensuite muré. Petit-Guillaume et une employée de maison furent témoins de cette scène et s’engagèrent à garder le silence. Bernard Le Her a enregistré à son insu le témoignage de Petit-Guillaume qui est mort en 1982.

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Pour Denis Langlois, le corps de Pierre Quémeneur devrait donc toujours être dans cette maison à Morlaix. La justice ayant refusé d’effectuer des fouilles (refus de l’ancien procureur de Brest le 26 mai 2015), l’avocat à la retraite a réussi en décembre 2017 à convaincre le propriétaire de la maison d’accepter des fouilles dans sa propriété. Après un appel à des dons et la mobilisation des volontaires, il a pu constituer une équipe d’une dizaine de bénévoles, dont un archéologue qui a pu apporter sa caution scientifique et surtout, la manière de procéder selon les règles de l’art (avec numérotation des objets découverts, etc.).

Ces fouilles ont commencé ce 24 février 2018 et comme un os d’origine apparemment humaine a été trouvé immédiatement, la justice a pris le relais : enfin, la vérité sur Pierre Quémeneur pourra peut-être sortir, près d’un siècle après sa disparition. Ce fut une stratégie donc fort habile pour remettre la justice dans la boucle, elle qui a toujours refusé, depuis 1924, de revenir sur le jugement de culpabilité.

Pour Denis Langlois, la découverte du corps de Pierre Quémeneur serait un élément décisif dans la validation de cette nouvelle hypothèse, qui innocenterait Guillaume Seznec du meurtre, au moins au bénéfice du doute (puisque sa femme aurait pu aussi l’avoir tué). En revanche, la validation de cette hypothèse laisserait un goût assez amer sur la moralité et l’honnêteté de Guillaume Seznec puisque les faux en écriture avaient pour but de récupérer l’argent transmis au noir à Quémeneur qu’il n’aurait jamais pu reprendre s’il avait alerté la police au moment de l’accident.

La réaction de Denis Le Her, interrogé à chaud par "Le Télégramme", fut la suivante, emprunt d’une grande lucidité : « Je suis perplexe. (…) Si c’était effectivement Quémeneur, cela remettrait beaucoup de choses en question. Ce serait quand même vraiment étonnant. Mais c’est assez facile de savoir si c’est lui. Il avait un nez cassé et une dent en or (…). Si c’est le cas, ça prouve que la police n’a pas fait son travail. La piste des fouilles n’a jamais été explorée par la justice. Cela prouverait que mon grand-père est innocent. Mais ça voudrait dire qu’il a quand même fait une erreur, celle de couvrir sa femme. » (24 février 2018).

Note du 28 février 2018 à 13 heures :
Les deux bouts d'os trouvés le 24 et le 25 février 2018 proviennent d'un animal. Mais les fouilles continuent...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 février 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’affaire Seznec.
L’affaire Grégory.
L’affaire Boulin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20180224-seznec.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/affaire-seznec-un-rebondissement-201845

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2018/02/25/36173055.html


 

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18 janvier 2018 4 18 /01 /janvier /2018 21:49

Née le 3 mai 1960, Jacinte Giscard d'Estaing, quatrième enfant de Valéry Giscard d'Estaing et d'Anne-Aymone Sauvage de Brantes, fut vétérinaire soignant les chevaux. Elle a pris plusieurs initiatives pour l'équitation (a créé en 1990 Poneyland) et fut commissaire générale du Generali Open de France à Lamotte-Beuvron (quinze mille cavaliers). Elle a eu beaucoup de notoriété lors de la campagne présidentielle de son père en 1974 où elle fut représentée, à l'âge de 14 ans, sur une affiche avec son père. Elle s'est éteinte le 16 janvier 2018 des suites d'une douloureuse maladie.

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180116-jacinte-giscard-d-estaing.html

 

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Du 07 février 2007
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