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30 décembre 2022 5 30 /12 /décembre /2022 04:16

« La France a le meilleur parti communiste du monde. Y a plus de gens inscrits au PC en France de leur propre volonté qu'en URSS. » (Coluche).





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L'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS, en russe : CCCP, en anglais USSR) a été créée il y a un siècle, le 30 décembre 1922 à la suite de la Révolution bolchevik du 7 novembre 1917 et du traité de Brest-Litovsk du 3 mars 1918 qui a conclu une paix négociée et séparée entre les empires centraux et la Russie bolchevik. Cet immense État, en principe fédéral, provenait d'une idée de Lénine qui comptait rassembler les nations communistes sous une même bannière nationale.

L'URSS regroupait une quinzaine de pays (cela a varié en fonction des époques), qu'on pourrait regrouper en plusieurs régions, en plus de la Russie. L'Europe avec l'Ukraine, la Biélorusse, la Lituanie, l'Estonie, la Lettonie et la Moldavie ; le Caucase avec l'Arménie, l'Azerbaïdjan et la Géorgie ; enfin, l'Asie centrale avec le Kazakhstan, l'Ouzbékistan, le Kirghizstan, le Turkménistan et le Tadjikistan. Il faut aussi rajouter la Mongolie, entre la Chine et la Russie, la Carélie (qui était finnoise et intégrée à la Russie en 1956), d'autres territoires européens (polonais, roumains, baltes, etc.) suivant les remembrements de l'Europe après la guerre et des territoires asiatiques qui furent également remembrés.

Ceux qui ont lu la Constitution de ce nouvel État peuvent comprendre l'extrême complexité d'une telle structure, d'autant plus que la République socialiste fédérative de Russie, par exemple, était elle-même composée de républiques autonomes, de régions (oblast), etc. C'était le principe des poupées russes. Seule la Constitution de la Yougoslavie après la Seconde Guerre mondiale était plus compliquée.

Mais il y a un fossé entre le formalisme technico-juridique et la simplicité politique : l'URSS était dirigée simplement par un parti unique, le parti communiste de l'Union Soviétique (PCUS), lui-même dirigé par un comité central et surtout, un politburo (bureau politique) qui est le sommet du pouvoir. Le véritable chef était donc celui qui dirigeait le PCUS, à savoir le Secrétaire Général, ce qui fait qu'il y a eu peu de dirigeants de l'URSS en un peu moins de soixante-neuf ans (1922-1991) : Lénine (du 8 novembre 1917 au 3 avril 1922), Staline (du 3 avril 1922 au 5 mars 1953), Nikita Khrouchtchev (du 7 septembre 1953 au 14 octobre 1964), Leonid Brejnev (du 14 octobre 1964 au 10 novembre 1982), Youri Andropov (du 12 novembre 1982 au 9 février 1984), Konstantin Tchernenko (du 13 février 1984 au 10 mars 1985) et Mikhaïl Gorbatchev (du 11 mars 1985 au 24 août 1991). Le 29 août 1991, Boris Eltsine a obtenu la dissolution du PCUS. Après sept années de direction collégiale, Staline a véritablement pris le pouvoir seul en 1929, après avoir expulsé Trotski et réhabilité Kamenev et Zinoviev.

Ces dirigeants suprêmes occupaient en même temps une fonction dans l'État, qui n'était pas forcément la plus importante, soit le poste de chef du gouvernement ou Président du Conseil des ministres (Lénine, Staline, Khrouchtchev), soit celui de chef de l'État, autrement dit, du Président du Praesidium du Soviet Suprême de l'URSS (Brejnev, Andropov, Tchernenko, Gorbatchev). Gorbatchev a voulu simplifier l'appellation en la transformant le 25 mai 1989 en Président du Soviet Suprême de l'URSS puis le 15 mars 1990 en Président de l'URSS.

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Le principe du "centralisme démocratique" était d'ailleurs totalement opposé aux principes du fédéralisme qui veut laisser de l'autonomie quand c'est possible (principe de subsidiarité). L'URSS n'en était pas à ce seul paradoxe, ou plutôt, à cette seule hypocrisie, tous les discours officiels pendant toute la durée de ce grand pays fut teinté d'hypocrisie et de langage officiel qui n'avait aucun rapport avec un semblant de vérité. On parlerait aujourd'hui de "vérité alternative", ce qui explique pourquoi elle perdure à Moscou malgré la chute du communisme.

Dans les années 1930, ce pays a fait pourtant rêver de nombreux idéalistes en Europe, pour des raisons que j'ai toujours du mal à m'expliquer, si ce n'est pour s'opposer au fascisme et au nazisme, avec la difficulté que les deux idéologies néfastes de l'Europe du XXsiècle (communisme et nazisme) se sont réunies dans une sorte d'alliance du pire avec le Pacte germano-soviétique signé le 23 août 1939, juste avant la guerre, pacte de circonstance permettant à Staline de préparer son armée et à Hitler d'éviter deux fronts en Europe, un front ouest et un front est. L'URSS a encore fait rêver quelques crédules jusqu'à la fin des années 1970 où l'invasion de l'Afghanistan sonnait comme un dernier avertissement.

Quand j'étais gosse, on insistait bien pour ne pas parler de Russie mais d'Union Soviétique, au même titre qu'on ne parle pas d'Angleterre mais du Royaume-Uni, ni de Hollande mais des Pays-Bas lorsqu'on veut citer des pays. J'étais encore dans la génération de ceux qui pensaient que l'URSS durerait plus de 100 ans, peut-être 200 ans... et jamais j'aurais imaginé, jamais j'aurais osé imaginer, parce que je ne croyais plus au Père Noël, que le mur de Berlin se serait effondré de lui-même le 9 novembre 1989, l'Allemagne serait réunifiée le 3 octobre 1990 et surtout, que l'URSS aurait implosé dès le 25 décembre 1991, il y a un peu plus de trente ans. Et cela avec très peu de morts, à l'exception de ceux de la révolution roumaine en décembre 1989.

Mikhaïl Gorbatchev, qui est mort il y a quelques mois, avait cru être celui qui ferait renaître une URSS modernisée, avec des institutions présidentielles (à l'américaine ou à la française, ce qu'est devenue la Russie moderne sur le papier), avec une Présidence de l'URSS etc. Jouant sur la transparence (glasnost) et la restructuration (perestroïka), Gorbatchev a vu l'État soviétique s'écrouler comme un château de cartes, incapable de rénovation interne. Mission impossible !

À l'époque, on avait parlé de la "fin de l'Histoire" et des démocraties triomphantes. En fait, dès août 1990 et l'invasion irakienne du Koweït, on pouvait comprendre que l'histoire ne s'arrêterait hélas jamais. Quelques mois plus tard, l'éclatement de la Yougoslavie allait faire redémarrer une guerre civile longue et atroce en raison de petits dirigeants nationalistes plus cruels qu'intelligents que l'histoire a d'ailleurs déjà jugés.

On pourrait oser dire que la guerre en Ukraine serait la conséquence de l'éclatement de l'URSS, mais c'est faux puisque justement, avec le mémorandum de Bucarest signé le 5 décembre 1994, reconfirmé le 4 décembre 2009, tout a été fait pour éviter une issue sanglante : l'Ukraine remettait à la Russie toutes les armes nucléaires stockées sur son territoire, acceptait de laisser la flotte russe à Sébastopol, et la Russie, en contrepartie, garantissait à l'Ukraine moderne les frontières de l'ancienne République socialiste soviétique d'Ukraine. Le problème a été lorsque l'Ukraine a voulu prendre son autonomie politique par rapport à la Russie, Vladimir Poutine, craignant la contagion des peuples lors la Révolution de février 2014, a annexé la Crimée en mars 2014 puis a envahi l'Ukraine en février 2022 sans pour autant réussir à gagner sur le terrain (au début de l'URSS aussi, il y a eu des territoires autoproclamés soviétiques mais dont les Soviétiques n'avaient pas le contrôle sur le terrain).

Pourtant, Vladimir Poutine n'a rien d'un communiste, son modèle intellectuel est plutôt Soljenitsyne, à savoir, un nationalisme exacerbé mâtiné de Grande Russie, à la sauce au goût tsariste légèrement prononcé. S'il jouit d'un soutien d'une partie des populations en Europe, c'est par une action de cheval de Troie auprès de forces populistes européennes mais aussi en instrumentalisant avec succès un courant anti-américain qui a toujours été de paire avec un courant anticapitaliste voire un courant antisémite (Wall Street était le symbole de Satan, ce qui a été étrangement aussi celui des terroristes islamistes de 2001).


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Sylvain Rakotoarison (26 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221230-urss.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/la-peau-de-l-urss-245617

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/09/28/39648011.html





 

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6 octobre 2022 4 06 /10 /octobre /2022 05:25

« Nous appelons le régime de Kiev à cesser immédiatement le feu et toutes les hostilités ; à mettre fin à la guerre qu'il a déclenchée en 2014 et à revenir à la table des négociations. Nous sommes prêts pour cela, comme nous l'avons dit plus d'une fois. Mais le choix des habitants de Donetsk, Lougansk, Zaporijjia et Kherson ne sera pas discuté. La décision a été prise, et la Russie ne la trahira pas. Les autorités actuelles de Kiev doivent respecter cette libre expression de la volonté du peuple ; il n'y a pas d'autre moyen. C'est la seule voie vers la paix. Nous défendrons notre terre avec toutes les forces et les ressources dont nous disposons, et nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour assurer la sécurité de notre peuple. C'est la grande mission libératrice de notre nation. » (Vladimir Poutine, le 30 septembre 2022 au Kremlin).




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Coïncidence des agendas ce vendredi 7 octobre 2022, le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine atteint son 70e anniversaire le même jour que l'attribution du Prix Nobel de la Paix pour l'année 2022.

Si l'on en croyait les poutinophiles, Poutine aurait tous les atouts pour se voir récompenser : il serait prêt à arrêter la guerre en Ukraine si les Ukrainiens étaient prêts à reconnaître l'annexion des quatre régions du Sud et de l'Est de l'Ukraine. Ils seraient même prêts à insulter ceux des Ukrainiens, nombreux, qui veulent résister contre l'occupant russe, les traiter de va-t-en-guerre, ce qui est quand même une inversion des rôles : les Ukrainiens n'ont jamais rien eu contre la Russie, mais s'ils veulent encore exister, il faut bien qu'ils se défendent. Peut-être d'ailleurs allons-nous assister à la transformation de l'opération militaire spéciale en opération anti-terrorriste ?

Bon, évidemment, mon titre est provocateur, car s'il y a bien un personnage de la planète qui est le plus susceptible de provoquer une guerre thermonucléaire effroyable, c'est bien aujourd'hui Vladimir Poutine et personne d'autre. Ses exactions en Tchétchénie, en Syrie, et maintenant en Ukraine ont montré que seul, le rapport de forces fonctionne avec lui et tous ceux qui se sont couchés devant lui, lui ont donné quitus de continuer dans sa quête névrotique de la Grande Russie éternelle qui n'a rien de soviétique.

Au contraire, le Comité Nobel a récompensé l'année dernière du Nobel de la Paix 2021 le journaliste russe Dmitri Mouratov, rédacteur en chef de la "Novaïa Gazeta", seul journal à audience nationale vraiment indépendant, depuis 1995 et en lutte pour la liberté de la presse et les droits de l'homme en Russie (partagé avec la journaliste philippino-américaine Maria Ressa). Lorsque ce dernier l'a appris, il a dédié son Prix à ces nombreux journalistes de son journal assassinés pour avoir voulu connaître certaines vérités en Russie, en particulier Anna Politkovskaïa, et a affirmé que personnellement, il aurait voté pour l'attribuer à l'opposant Alexeï Navalny. Alors que le Prix Nobel lui a attribué une somme d'environ un demi-million de dollars, Dmitri Mouratov a vendu sa médaille du Nobel aux enchères au printemps 2022 pour plus de 100 millions de dollars pour apporter de l'aide aux enfants déportés d'Ukraine à cause de la guerre.

La paranoïa de Poutine contre un invisible "Occident" alors que le peuple russe dans sa grande majorité se reconnaît de ce style de vie depuis une trentaine d'années, a été nourrie par une pression nationaliste intérieure croissante. Il faut considérer quelques fautes de faiblesse principalement de la part des États-Unis, d'une part en août 2013, lorsque la Syrie a franchi la ligne rouge avec les armes chimiques et qu'il n'y a eu aucune réaction, d'autre part, en août 2021, lorsque l'armée américaine a déserté l'Afghanistan au profit des talibans. Entre-temps, Poutine a annexé la Crimée comme une lettre à la poste, en mars 2014, et à part quelques vaines protestations, et quelques sanctions ciblées personnellement, personne n'avait vraiment réagi.

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En envahissant volontairement l'Ukraine le 24 février 2022, Poutine imaginait deux choses : d'une part, que son armée pourrait entrer dans les rues de Kiev en quelques jours et renverser le régime au profit d'un nouveau Président fantoche à l'image de la Biélorussie, d'autre part, que les dits "Occidentaux" ne réagiraient pas, comme lors de la Crimée. Le changement d'objectifs en finalement se "contentant" du Sud et de l'Est de l'Ukraine qu'il a voulu annexer ne répond pas à ses erreurs stratégiques initiales : surtout les États-Unis et l'Europe ont réagi très sévèrement, très fermement et très solidairement, par des sanctions très fortes et immédiates (qui nécessairement font effet sur l'économie russe) et par une aide militaire totale à l'armée ukrainienne. Enfin, les démocraties se sont réveillées ! Et Poutine a redonné un sens à l'OTAN, plus que jamais nécessaire face à des voisins belliqueux.

Aujourd'hui, toute la question réside dans le seul atout que détient encore Poutine, puisqu'il n'a plus la puissance de la force armée conventionnelle (la contre-offensive ukrainienne montre à quel point les lignes de commandement russes sont dans un sale état). Cet atout, qu'il partage avec un peu moins d'une dizaine de nations, c'est l'arme nucléaire. Se servira-t-il d'une bombe nucléaire tactique pour tenter de reprendre du terrain en Ukraine ?

La raison apporterait une réponse négative. D'abord, parce qu'il faudrait bien trouver une cible, et quelle cible choisirait-il sans anéantir sa propre armée et sans rendre inexploitable les territoires qu'il revendique depuis leur annexion. Ensuite, parce que les États-Unis ont été très clairs sur cette question : quelle qu'en soient les circonstances, les Américains répliqueraient. Ils ne répliqueraient d'ailleurs pas forcément avec des moyens nucléaires mais conventionnels contre la Russie. Et les supposés alliés neutres de la Russie (la Chine, l'Inde entre autres) commenceraient sérieusement à s'inquiéter.

Mais on voit bien que depuis au moins le 24 février 2022, la raison n'a plus cours au Kremlin. Ou alors, c'est une raison consécutive à un analyse erronée de la réalité. C'est là le danger. Poutine n'est pas fou, bien sûr que non, mais il se sent humilié par les défaites de la guerre qu'il a lui-même provoquée. Il démontre à la planète entière que la Russie n'est qu'une faible puissance militaire sans ses ogives nucléaires, au point que même l'Ukraine est capable de l'écraser.

Alors, abandonnons le Nobel de la Paix, peut-être à Volodymyr Zelensky, pourquoi pas ? Et replaçons l'église au centre du village : attribuons à Poutine plutôt le Prix Nobel de la Guerre !...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (02 octobre 2022)
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221007-poutine.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/poutine-prix-nobel-de-la-paix-2022-244127

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8 septembre 2022 4 08 /09 /septembre /2022 05:40

« Tenter de refaire de la Russie un empire, c’est poser la question même de son existence. » (Egor Gaïgar, 2006, "La mort de l’Empire : leçons pour la Russie contemporaine").




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L’année 2022 est une année horrible pour les oligarques russes. L’invasion de l’Ukraine par la Russie a plombé l’économie russe. La prospérité ne vient jamais qu’en période de paix. Or, pour les oligarques qui ne comprennent plus Vladimir Poutine, la situation est parfois fatale. Ainsi, Ravil Maganov a été déclaré mort le jeudi 1er septembre 2022 à Moscou. Il allait avoir 68 ans. On aurait pu trouver cela "anodin", mais des communiqués citant des personnes bien informées (pour ne pas reprendre l’expression de Coluche) ont annoncé qu’il était à l’hôpital et qu’il serait tombé par la fenêtre de sa chambre qui était au sixième étage (par exemple, l’agence Tass). Il serait mort des suites de ses blessures. De son côté, son employeur a avancé comme explication qu’il est mort "après une grave maladie". C’était donc probablement la raison de sa présence à l’hôpital central de Moscou où il aurait été soigné pour une grave maladie cardiovasculaire. Une enquête a été lancée pour savoir s’il s’agit d’un suicide ou pas, mais probablement que sa mort restera à jamais mystérieuse.

Qui était Ravil Maganov, originaire du Tartastan ? Il a fait partie des fondateurs du groupe Lukoil dont il aurait proposé le nom. Lukoil, créé le 25 novembre 1991 par décret du conseil des ministres de l’URSS (qui n’avait plus qu’un mois à vivre), est un consortium pétrolier et gazier, le deuxième de la Russie. Premier producteur de pétrole, Lukoil est acteur à la fois dans l’extraction et le raffinage. Le 17 novembre 1992, l’économie russe a été autorisée à s’ouvrir au capital privé. La privatisation de Lukoil s’est réalisée en 1993-1995. Le chiffre d’affaires a été de plus de 105 milliards de dollars en 2019, avec près de 9 milliards de dollars de résultat net, et sa capitalisation a été estimée en 2020 à près de 40 milliards de dollars.

Premier vice-président exécutif du groupe Lukoil, chargé de l’exploration et de la production pétrolières depuis 1994, Ravil Maganov a présidé le conseil d’administration en 2020. L’une des particularités de Lukoil, c’est que l’entreprise s’est prononcée assez tôt contre l’invasion russe en Ukraine. Son grand patron, Vahid Alekperov, PDG depuis 1993, est l’un des hommes les plus riches de la Russie (10e fortune russe selon le magazine "Forbes", et 66e fortune mondiale; il détient près de 30% du capital de Lukoil) et a été sanctionné par l’Union Européenne dès le 28 février 2022 (ses avoirs européens ont été gelés). Il a démissionné le 21 avril 2022, après la prise de position de Lukoil sur la guerre en Ukraine, tandis que la valeur de l’entreprise qu’il a su faire développer a chuté de 95%.

La fortune de Ravil Maganov, elle, n’a jamais été révélée mais certains l’ont estimée à 10 millions de dollars (ce qui n’est pas immense comparativement aux multimilliardaires). Il fut récompensé par Vladimir Poutine lui-même le 21 novembre 2019 du prestigieux Ordre d’Alexandre Nevski (recréé le 7 septembre 2010 sur le modèle impérial).

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Sur un fil Twitter, un internaute a inscrit cyniquement à propos de la mort de Ravil Maganov : « La fameuse maladie de la fenêtre folle… ». En fait de fenêtre, c’est plus généralement d’une mort violente que plusieurs oligarques russes sont morts ces derniers mois, au point que certaines personnes se posent des questions sur l’origine réelle de ces disparitions.

Ainsi, au moins huit autres hommes d’affaires ont été tués dans des conditions tout aussi mystérieuses que Ravil Maganov, parfois avec des proches et ces morts ont été souvent (mal) camouflées en suicide. Leonid Schulman (60 ans), chef du service des transports de Gazprom, a été retrouvé mort dans une mare de sang, dans sa salle de bains, le 30 janvier 2022 près de Saint-Pétersbourg, et le poignard était loin du corps. Alexander Tyuliakov (61 ans), directeur général adjoint de la trésorerie de Gazprom, a été retrouvé pendu le 25 février 2022 près de Saint-Pétersbourg, probablement battu à mort avant d’être pendu. Mikhaïl Wattford né Tolstosheya (66 ans), magnat du pétrole, a été retrouvé pendu dans son garage le 28 février 2022 en Grande-Bretagne. Vasily Melnikov (43 ans), patron d’une entreprise du secteur pharmaceutique, a été retrouvé mort le 23 mars 2022 à Nijniy Novgorod, avec sa femme et ses deux enfants en bas âges, tous les trois poignardés. Sergueï Protosenya (55 ans), ancien vice-président de Novatek, a été retrouvé pendu le 19 avril 2022 en Espagne, et sa femme et sa fille ont été tuées à coup de hache. Vladislav Avayev (51 ans), ancien vice-président de Gazprom Bank, a été retrouvé tué par balle le 20 avril 2022 à Moscou, ainsi que sa femme (enceinte) et sa fille. Alexandre Subbotine (43 ans), ancien dirigeant de Lukoil, a été retrouvé mystérieusement tué le 12 mai2022 à Moscou. Youri Voronov (61 ans), président d’Astra Shipping (proche de Gazprom), a été retrouvé avec une balle dans la tête, le 4 juillet 2022 près de Saint-Pétersbourg, et le pistolet traînait dans la piscine.

Cette année, il ne fait pas bon de faire partie ou d’avoir fait partie des dirigeants de l’industrie pétrochimique ou gazière de Russie, ou d’autres industries stratégiques. Ou plutôt, il ne fait pas bon d’être oligarque et opposé à la guerre en Ukraine. Proposant ses services à Volodymyr Zelensky pour entamer des négociations entre l’Ukraine et la Russie, le milliardaire Roman Abramovitch a été victime d’un empoisonnement chimique le 3 mars 2022.

Certains ont été plus rapides que d’autres (mais n’auront pas forcément un meilleur destin). Ainsi, l’ancien Vice-Premier Ministre Anatoli Tchoubaïs, l’économiste de Boris Eltsine, reconverti dans les affaires lucratives sous Poutine et même, depuis le 4 décembre 2020, devenu le représentant spécial du Président de la Fédération de Russie pour les relations avec les organisations internationale afin d’atteindre les objectifs de développement durable, a fui la Russie le 23 mars 2022 pour s’exiler à Istanbul, afin de marquer son opposition à l’invasion russe de l’Ukraine.

Quelques jours auparavant (le 19 mars 2022), Anatoli Tchoubaïs avait rendu hommage sur Facebook à son ami et ancien Premier Ministre (en 1992) Egor Gaïdar, mort d’une embolie à la suite d’un AVC le 16 décembre 2009 à l’âge de 53 ans, qui avait été mystérieusement empoisonné le 24 novembre 2006 à Dublin (il s’était déplacé en Irlande pour faire la promotion de son dernier livre : "La mort de l’Empire"). Anatoli Tchoubaïs fut lui-même hospitalisé en urgence, en soins intensifs, dans un hôpital de Sardaigne où il se trouvait en vacances, du 1er au 7 août 2022 puis transféré dans un hôpital de Francfort pour une maladie neurologique très rare (syndrome de Guillain-Barré), probablement consécutive, là aussi, à un empoisonnement…


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Sylvain Rakotoarison (03 septembre 2022)
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220901-ravil-maganov.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/ravil-maganov-enieme-mort-243615

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31 août 2022 3 31 /08 /août /2022 05:57

« En permettant, en toute conscience, que la Russie sorte du communisme sans guerre civile, Gorbatchev remporte une victoire, qui signe aussi sa perte. » (Vladimir Fédorovski, 2019).



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Héritier de Lénine et dernier maître de l’URSS du 11 mars 1985 au 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev est mort ce mardi 30 août 2022 à l’âge de 91 ans et demi, à Moscou, des « suites d’une longue maladie grave ». La mort de celui qui a reçu un Prix Nobel de la Paix en 1990 pour avoir mis fin à la guerre froide et engagé la Russie dans la voie d’un désarmement nucléaire avec les Américains (mais qui a en même temps réprimé dans le sang la volonté d’émancipation des États baltes) va sans doute provoquer une surenchère de récupération en pleine guerre entre la Russie et l’Ukraine.

Ainsi, le Président de la Fédération de Russie Vladimir Poutine, au pouvoir depuis vingt-trois ans, a adressé ses « profondes condoléances » et cela ne m’étonnerait pas qu’il réserve à celui qui pourrait être considéré comme son illustre prédécesseur des funérailles nationales.

Pourtant, Gorbatchev, qui est entré dans l’Histoire dès 1985 avec la fin de la succession des dirigeants de la gérontocratie qu’était devenue l’URSS, qui a apporté une lueur de démocratie, de liberté, de transparence (glasnost) et de restructuration (perestroïka) au peuple russe, n’a jamais été populaire. Au contraire, il fait partie des dirigeants russes les moins aimés des Russes, responsables de la perte de la grandeur de la Russie avec l’effondrement de l’URSS. Candidat à l’élection présidentielle du 16 juin 1996, il n’a obtenu que 0,52% des suffrages exprimés (386 069 voix !), très loin des 35,79% de Boris Eltsine qui a été réélu au second tour.

Dans l’introduction à son livre "Le roman vrai de Gorbatchev" publié en janvier 2019 (éd. Flammarion), Vladimir Fédorovski, que j’ai cité en début d’article, continuait ainsi : « Il ne suit pas le programme pour lequel Youri Andropov, son parrain politique et son prédécesseur, l’avait mandaté : appliquer la même stratégie que Deng Xiaoping en Chine, organiser l’ouverture graduelle de l’économie d’un main de fer politique, ce qu’il faut bien appeler la terreur. Si l’on suit Andropov, il aurait fallu continuer à tuer. Mais Gorbatchev ne le voulait pas. "Ni humainement, ni politiquement !" me précisera Alexandre Yakovlev. ». Yakovlev (1923-2005) a été le théoricien des transformations politiques, conseiller très proche de Gorbatchev. C’était aussi un correspondant très assidu de Vladimir Fédorovski, ancien diplomate russe devenu écrivain français (je l’ai croisé plusieurs fois au Salon du Livre de Paris).

Mais revenons en arrière. Gorbatchev a gravi tous les échelons du parti communiste d’Union Soviétique (PCUS) en se faisant élire responsable jeune, etc. Au fil des responsabilités, il notait tout ce qui n’allait pas en URSS, sans en référer à personne. Dans les années 1970, il a été repéré par Youri Andropov, chef du KGB, qui, lui-même, venait de se rendre compte de l’état déplorable de l’URSS : il avait fait évaluer le PNB de l’URSS selon les calculs occidentaux, et la place de l’URSS était lamentable. Il a donc apprécié ce jeune cadre très direct qui n’hésitait pas à être lucide et à trouver des solutions. Succédant à Brejnev, Andropov l’a nommé Ministre de l’Agriculture.

Gorbatchev, qui a tenu beaucoup de conférences internationales un fois retiré de la politique soviétique, était présent le 21 octobre 2011 au Palais des Congrès de Montréal. Olivier Schmouker était présent et a raconté sur son blog quelques anecdotes livrées par l’ancien dirigeant soviétique. Ainsi, c’est grâce à une grève des agriculteurs canadiens que Gorbatchev, ministre en visite au Canada, a dû attendre son homologue canadien, en retard à cause des manifestants, en faisant la connaissance de l’ambassadeur de l’URSS au Canada, un certain Alexandre Yakovlev : « Deux semaine plus tard, M. Yakovlev était rappelé en URSS pour agir comme l’éminence grise du plus jeune ministre soviétique. ».

Alexandre Yakovlev, plus tard, confiait être : « incapable de pénétrer le psychisme de Gorbatchev. Il était impossible d’atteindre son âme. La personnalité de cet homme était une forteresse inaccessible. ». En revanche, on sait, parce qu’il l’a beaucoup commenté, que Gorbatchev n’avait aucune intention d’être le fossoyeur de l’Union Soviétique. Au contraire, il fut son seul dirigeant à avoir cette ambition démesurée de réformer l’URSS pour la consolider, la faire perdurer : « Cette vision nous a conduits à engager des changements démocratiques, à ouvrir le pays, à réformer notre union et notre économie, à rendre leur liberté de mouvement aux citoyens, à introduire la liberté d’expression et de religion. À cette époque, je n’avais aucune hésitation, je savais que c’était le chemin à suivre. Et j’ai cru que l’on pourrait ainsi préserver l’Union Soviétique. » a-t-il clairement proclamé à sa conférence à Montréal (toujours selon Olivier Schmouker).

La gestion catastrophique de l’accident nucléaire de Tchernobyl a été aussi un élément déclencheur très fort pour profondément réformer l’URSS : « Les apparatchiks essaient de minimiser l’ampleur de cette catastrophe, bien qu’ils aient toutes les informations par le KGB. Gorbatchev décide de rendre compte de la situation à la télévision une journée plus tard (…). Cette fois-ci, la vérité nue est exprimée, de surcroît par le secrétaire général du parti, chef suprême du Kremlin ! "C’était, me dirait Yakovlev, en événement apocalyptique face auquel les vieilles formules n’avaient plus de sens et qui autorisait enfin tous les basculements. D’autant plus que cette catastrophe-là, nous nous l’étions infligée à nous-mêmes…". Du jour au lendemain, Gorbatchev peut affirmer devant le pays entier ce qu’il ne laissait entendre que devant les seules élites : le système communiste ne marche pas. Avec ce discours sans ambiguïté sur le drame de Tchernobyl, la parole se libère un peu plus, y compris à la télévision. » (Vladimir Fédorovski).

On connaît la suite. Le 12 juin 1991, lors de la fête nationale, Gorbatchev fut copieusement hué par la foule et tout le comité central a quitté précipitamment la Place rouge. La perspective d’un nouvel accord d’union entre les différentes républiques de l’URSS (qui allait être signé le 20 août 1991) a provoqué un coup d'État la veille, avec la complicité d’un grand nombre de responsables de l’entourage de Gorbatchev. L’une des erreurs a été de mal s’entourer, mais surtout, cela a été de ne pas anticiper un tel coup d'État dans ce contexte d’ouverture politique qui était contesté par de nombreux conservateurs du parti.

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L’échec des putschistes n’a pas redonné le pouvoir à Gorbatchev, qui avait été assigné à résidence dans sa villa de Crimée, mais à Boris Eltsine, dirigeant de la Fédération de Russie, incluse pour quelques mois encore dans l’URSS, qui s’était opposé au putsch avec un grand courage physique, debout sur un char soviétique chargé de la répression. La séance mémorable du 23 août 1991 a montré un Boris Eltsine autoritaire imposant ses décisions à un Mikhaïl Gorbatchev dépecé de toutes ses prérogatives jusqu’aux Accords de Minsk le 8 décembre 1991, les Accords d’Alma-Ata le 21 décembre 1991 (création de la CEI), et la fin officielle de l’URSS le jour du 25 décembre 1991 (Noël était deux semaines plus tard pour les orthodoxes).

Olivier Schmouker a rapporté aussi cette réflexion de Gorbatchev le 21 octobre 2011 : « Nous avons changé le monde. Je peux le dire, car si rien n’avait été entrepris chez nous, le monde ne serait pas tel qu’il est aujourd’hui. Et cela m’a été confirmé un jour par Frederik De Klerk, l’ancien chef d’État sud-africain, qui a eu le Prix Nobel de la Paix : "Sans vous, sans la perestroïka, croyez-moi, l’apartheid serait encore en vigueur en Afrique du Sud. Vous nous avez montré que changer est toujours possible", m’a-t-il confié. ». En concluant avec une formule de Pierre Dac, célèbre humoriste français : « Face au monde qui change, il vaut mieux penser le changement que changer le pansement. » (Je ne sais pas comment cela se traduit en russe pour garder l’intérêt du jeu de mots).

Détesté par les Russes, adulé par les Allemands, et plus généralement, par les Européens, Gorbatchev a réussi ce qui a fait sa fragilité : son respect de la vie humaine. Il a refusé les répressions sanglantes faites dans la zone d’influence soviétique dans le passé (Budapest en 1956, Prague en 1968) ou en Chine dans le présent (Tiananmen au printemps 1989). En clair, il a refusé d’empêcher par la force les élections démocratiques en Pologne en juin 1989, il a refusé d’empêcher la chute du mur de Berlin en novembre 1989, il a refusé d’empêcher la Réunification de l’Allemagne en octobre 1990.

Dans son livre, Fédorovski revient aussi sur ce sujet : « Mikhaïl Gorbatchev espère naïvement que sa prise de risque en faveur de la réunification de l’Allemagne sera récompensée et que, selon la formule, on va lui "renvoyer l’ascenseur". À l’époque, on lui a promis plusieurs fois que l’OTAN ne viendrait pas au-delà de la frontière est-allemande de 1990. Le Secrétaire d'État américain, James Baker, lui précise même que l’OTAN ne progressera pas "d’un pouce vers l’Est". À cette voix se sont jointes celles du Président George H.W. Bush, du Ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne de l’Ouest Hans Dietrich Genscher, du Chancelier ouest-allemand Helmut Kohl, du directeur de la CIA Robert Gates, du Président français François Mitterrand, du Premier Ministre britannique John Major, du Ministre des Affaires étrangères britannique Douglas Hurd, et du Secrétaire Général de l’OTAN Manfred Wörner. ».

Et l’ancien diplomate soviétique de constater : « C’est pourquoi Boris Eltsine, puis surtout Vladimir Poutine, n’auront de cesse de tempêter contre l’expansion de l’OTAN vers leur frontière, malgré des garanties contraires. "Qu’est-il arrivé aux assurances que nos partenaires occidentaux nous offraient après la dissolution du Pacte de Varsovie ? Où sont ces déclarations aujourd’hui ?" interroge Poutine à la conférence de Munich sur la sécurité en 2007. "Personne ne semble même s’en souvenir. Pourtant, je peux citer le discours de M. Wörner, Secrétaire Général de l’OTAN, à Bruxelles le 17 mai 1990 : ‘Le fait que nous ne sommes pas prêts à placer une armée de l’OTAN hors du territoire de l’Allemagne offre une garantie de sécurité solide à l’Union Soviétique’. Où son passées ces garanties ?" ».

Toutefois, aucun traité n’a été conclu avec ces supposées garanties. En revanche, la seule chose qui vaille, le seul texte qui engage juridiquement, c’est le Mémorandum de Budapest, signé le 5 décembre 1994 et confirmé le 4 décembre 2009 par la Russie, les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan, qui fait renoncer ces trois anciennes républiques de l’URSS à l’arme nucléaire en échange d’une reconnaissance de leurs frontières. Ce que Vladimir Poutine a allègrement violé le 24 février 2022 en envahissant l’Ukraine, mais aussi en annexant la Crimée en mars 2014.

Quant à l’opinion de Gorbatchev sur Poutine, elle est difficile à bien la comprendre : Vladimir Fédorovski a cité des propos contradictoires, très laudateurs pour son action en Ukraine (son livre date de 2019), mais aussi très critiques sur les valeurs démocratiques. Pour Fédorovski, toutefois, « l’ère Poutine est l’antithèse de la perestroïka (…). Au départ, [Poutine] est choisi par Eltsine pour être la marionnette d’un système oligarchique pourri. Mais il devient aussitôt marionnettiste ! Il tue l’ancien système oligarchique pour en créer un nouveau. ». En tout cas, Gorbatchev n’avait plus la possibilité de se rendre en Ukraine, les autorités ukrainiennes lui avaient refusé le visa parce qu’il avait affirmé que la Crimée devait rester russe.

Les Russes revisiteront certainement Gorbatchev avec un œil plus favorable dans quelque temps, probablement après l’ère Poutine…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (30 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Poutinien ?
L'héritier de Béria ?
Le début de la fin.
Mikhaïl Gorbatchev.
La fin de l’URSS.
Andrei Gromyko.
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Dmitri Vrubel.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
L'avis de François Hollande.
Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
Klim Tchourioumov.
Après Vostok 1, Sputnik V.
Evgueni Primakov.
Irina Slavina, le cauchemar par le feu.
Trotski.
Vladimir Poutine au pouvoir jusqu'en 2036 ?
Anatoli Tchoubaïs.
Vladimir Poutine : comment rester au pouvoir après 2024 ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220830-gorbatchev.html

https://www.agoravox.fr/actualites/europe/article/gorbatchev-le-liquidateur-du-243539

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/08/30/39612858.html








 

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21 août 2022 7 21 /08 /août /2022 03:39

« En se battant pour sa liberté, l’Ukraine se bas aussi pour la nôtre, et ce n’est pas là qu’une figure de style. » (Bernard Guetta, le 23 août 2022).




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Ce mercredi 24 août 2022 marque une double date pour l’Ukraine : c’est la fête nationale des Ukrainiens qui ont acquis leur indépendance de l’URSS le 24 août 1991 (31e anniversaire), mais aussi et surtout, c’est le sixième mois de guerre que la Russie de Poutine impose à l’Ukraine. C’est aussi un autre sinistre anniversaire, qui pourrait paraître très différent des précédents mais peut-être qu’il y a en commun la notion de massacres humains : le 450e anniversaire du massacre de la Saint-Barthélemy.

Avant de poursuivre, rappelons inlassablement que dans ce conflit armé qui a déjà fait des dizaines, peut-être des centaines de milliers de morts, dont beaucoup de civils, les Ukrainiens sont les victimes, pacifiques mais résistantes, et l’armée russe et ses prestataires sont les agresseurs. Et j’insiste aussi là-dessus : il ne s’agit pas de la Russie mais bien de la Russie de Poutine. Le peuple russe, c’est autre chose, il peut être conditionné, mais il n’est pas plus va-t-en-guerre que les autres peuples de l’Europe. C’est pourquoi, d’ailleurs, je comprendrais mal l’interdiction de délivrer des visas de tourisme (français ou européens) aux Russes car l’amitié franco-russe existe, reste forte et doit perdurer.

Le bilan humain est déjà très lourd et il est impossible de le connaître exactement, parce que la guerre n’est pas finie et parce que la désinformation se retrouve dans les deux camps. Selon des approximations à ce jour, sujettes à caution, les forces russes auraient subi 15 000 morts et 45 000 blessés (sur un peu plus de 200 000 hommes) et les forces ukrainiennes 9 000 morts et 30 000 blessés (sur plus d’un million d’hommes mobilisés), sans compter les très nombreux civils, ukrainiens, qui ont péri depuis six mois. Le bilan matériel est subi principalement par l’Ukraine. Quant à l’impact économique, c’est le monde entier qui en subit les conséquences, de manière durable et massive.

Je propose sept dates pour ces six mois. Elles ne sont pas exhaustives, elles sont probablement arbitraires, elles ne sont peut-être pas l’essentiel stratégique de la guerre, mais elles posent comme des jalons dans l’émotion internationale.


1. Jeudi 24 février 2022 : début de l’invasion des troupes russes en Ukraine

C’est la date principale, il y a six mois. Personne n’y croyait… sauf les Américains qui avaient observé précisément la mobilisation des troupes russes à la frontière russe et biélorusse. En fait, on n’y croyait pas parce que c’était impensable dans l’intérêt de la Russie dont l’avenir à long terme est forcément européen et pas chinois (car le clivage historique et économique est ainsi).

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Poutine a commis une immense faute en envahissant l’Ukraine. On pourrait mettre en parallèle la faute, énorme, du Président américain George W. Bush d’envahir l’Irak, mais elle est encore pire. Certes, la guerre en Irak a été une monstrueuse faute qui a eu beaucoup de conséquences désastreuses pour notre vie quotidienne (car cela rejaillit sur la vie quotidienne), en particulier la création de Daech, la multiplication des attentats meurtriers, l’afflux massifs de réfugiés surtout syriens en Europe, et leurs conséquences économiques mais aussi politiques et électorales (montée des extrémismes, des populismes partout dans le monde). Mais au moins, les États-Unis avaient atteint leur objectif avec le calendrier prévu.

Au contraire de Bush, Poutine a tout foiré. C’est ce que Roland Dumas, ancien Ministre des Affaires étrangères, avait d’ailleurs confié à Catherine Nay le 5 avril 2022. Poutine a fait de nombreuses erreurs de discernement. D’abord, il a cru qu’il pourrait conquérir l’Ukraine en trois jours, un peu comme Hitler avec l’Autriche (l’Anschluss). Et il a cru que les Ukrainiens salueraient la "libération" russe. Les Ukrainiens ont su résister dès la première minute. Ensuite, il n’a pas apprécié à sa juste valeur l’état de délabrement de l’armée russe, la vétusté du matériel, ainsi que le manque d’hommes entraînés. L’hypocrisie suprême de parler d’une "opération militaire spéciale" (sans compter l’objectif de "dénazification") empêche de mobiliser les jeunes Russes et impose le volontariat. Enfin, il n’a pas évalué à sa juste prévision la réaction du "camp occidental" (à savoir principalement les États-Unis et l’Europe), qui a su s’adapter après le premier étonnement (car tout le monde a été étonné, pas seulement Poutine) de la résistance ukrainienne.

En épuisant ses forces militaires sur l’Ukraine qui n’était pas pourtant pas un danger pour elle, la Russie se met en grave danger en cas d’agression extérieure : elle n’aurait plus sa capacité de réaction.


2. Mercredi 9 mars 2022 : le bombardement d’un hôpital pour enfants à Marioupol

La guerre est terrible, elle est horrible, elle détruit de nombreuses vies humaines. J’ai toujours du mal avec la notion de "crime de guerre" car pour moi, la guerre elle-même est un crime, ceux qui déclenchent la guerre, en toute conscience, en tout cynisme, sont des criminels. Mais le droit international fait la différence : il y a les troupes militaires, dans les deux camps, qui combattent et peuvent s’entretuer (sauf quand ils sont faits prisonniers auquel cas la Convention de Genève s’applique), et il y a les civils, qu’il faut protéger. Mais a-t-on vu une guerre sans pertes de civils ? La guerre est un massacre organisé et elle est d’autant plus dure qu’elle oppose deux forces de même importance militaire, ce qui semble paradoxalement le cas ici (paradoxalement, car on aurait pu penser que la Russie était bien plus puissante).

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Cela écrit, il y a des actes criminels contre les civils que ne nécessitaient ni la tactique ni la stratégie de guerre. L’un de ces actes qui a suscité l’émotion internationale fut le bombardement d’un hôpital pour enfants et d’une maternité de Marioupol, le "Maternity Hospital n°3", le 9 mars 2022. Une neurologue a affirmé : « Des femmes, des nouveaux-nés et du personnel médical ont été tués. ».

C’était une faute de l’armée russe d’avoir bombardé un tel centre hospitalier, une faute lourde qui a plombé toutes les raisons de faire la guerre (ça ne sert à rien de dénazifier si on renazifie en même temps). Elle a placé Poutine dans la catégorie des criminels de guerre comme un vulgaire Milosevic. Après un long siège, la ville de Marioupol, qui est un port stratégique du Donbass de plus de 400 000 habitants avant la guerre, a été entièrement conquise par les troupes russes le 20 mai 2022, détruite à 90%.


3. Vendredi 1er avril 2022 : découverte des massacres de Boutcha

J’ai évoqué dans le point précédent les crimes de guerre, le bombardement d’un hôpital, par exemple, mais il y a hélas bien pire : des assassinats en masse, des exécutions sommaires de civils, des viols, des actes de tortures, etc. Hélas, c’est ce qui s’est passé en particulier dans les villes de Boutcha, Borodianka, Irpin, Motyjyn et Trostianets, au nord de Kiev, des massacres de civils découverts au début du mois d’avril 2022, après le retrait des troupes russes.

Car effectivement, après l’enlisement de l’armée russe dans le nord de Kiev, Poutine a réaffecté ses troupes en les focalisant sur le Donbass, et a ainsi "libéré" (la libération, c’est quand les troupes russes quittent le territoire ukrainien, pas quand elles l’envahissent, c’est ainsi la signification des mots dans le dictionnaire) plusieurs villes qui ont été occupées par les troupes russes durant le mois de mars 2022.

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Ce qu’ont découvert les troupes ukrainiennes lorsqu’elles sont revenues sécuriser ces villes, à partir du 1er avril 2022, a été absolument abject. Des morts pour le plaisir de tuer, du sadisme à l’état pur. Au moins 1 314 personnes ukrainiennes civiles sont mortes ainsi. Certaine personnes mortes ont été découvertes menottées dans le dos, d’autres écrasées par un char dans leur voiture, certains corps étaient déjà présents au 11 mars 2022 et laissés en décomposition (certains images satellites l’ont prouvé). Certains corps n’ont plus d’oreilles, des dents arrachées, etc. Certains ont été abattus alors qu’ils promenaient leur chien ou qu’ils portaient des sacs de provisions. D’autres corps ont été retrouvés brûlés, en particulier, des corps de femmes dévêtues à moitié calcinés (on avait tenté de les brûler). Des voitures ont été incendiées avec leurs passagers, dont des enfants. Un corps a été retrouvé décapité et la tête brûlée. La plupart des témoignages de ce qu’on a retrouvé dans ces villes libérées sont insoutenables.

Forcément, Poutine paiera un jour ou l’autre. Car il est responsable d’un tel gâchis humain, qu’il contrôle ou qu’il ne contrôle plus ses troupes (auquel cas, c’est bien plus grave).


4. Jeudi 14 avril 2022 : naufrage du croiseur russe Moskva dans la mer Noire

Un autre événement qui a montré la faiblesse de l’armée russe, c’est le naufrage du croiseur russe, le Moskva, le 14 avril 2022. Il a appareillé à Sébastopol avant le début de la guerre et il était déployé comme navire amiral de la flotte russe de la mer Noire. Sa position était stratégique dans la mer Noire.

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Le 13 avril 2022, l’armée ukrainienne a annoncé qu’elle avait touché le croiseur avec au moins deux missiles Neptune, lancés depuis un lieu près d’Odessa, ce qui a provoqué un incendie. Le Moskva a fini par couler le lendemain. L’armée russe a affirmé que l’incendie provenait d’une explosion de munitions à cause d’une négligence humaine (quelqu’un qui fumait), ce qui est peu crédible. Elle a aussi affirmé qu’il n’y aurait quasiment pas eu de pertes d’équipage (510 hommes ?) à l’exception de 1 mort et 27 disparus, mais certains évoqueraient plusieurs centaines de disparus.

Cette perte de navire, le plus grand depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est particulièrement humiliante pour Poutine. L’impression que David se moquerait de Goliath. Elle montre aussi l’état de la flotte russe, incapable de détecter et d’alerter des attaques par missile. Seul, le gouvernement turc peut autoriser l’arrivée d’un autre navire de guerre russe par les Dardanelles et le Bosphore et dès le 28 février 2022, la Turquie avait annoncé sagement son interdiction du passage de tout navire de guerre, quelle qu’en soit la nationalité. Du reste, la version russe (négligence interne) n’est pas moins humiliante pour l’armée russe, taxée dans ce cas d’incompétence.


5. Jeudi 16 juin 2022 : visite européenne à Kiev

Très attendu à Kiev depuis février 2022, Emmanuel Macron a fait le déplacement pour rencontrer le Président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il l’a fait en tant que Président de la République française, mais aussi en tant que Président du Conseil de l’Union Européenne qu’il était jusqu’au 1er juillet 2022.

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Et il n’est pas venu seul, accompagné des deux autres puissances fondatrices de l’Europe, Olaf Scholz pour l’Allemagne et Mario Draghi pour l’Italie, ainsi que de Klaus Iohannis, Président de la Roumanie, pays très exposé par la guerre en Ukraine, tant en termes de sécurité qu’en termes de réfugiés.

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Cette visite européenne a été essentielle sur le plan diplomatique car elle a confirmé le soutien total de l’Union Européenne à la résistance ukrainienne et à sa demande d’adhésion.


6. Samedi 6 août 2022 : inquiétude sur la centrale nucléaire de Zaporijia

C’est probablement la date la plus arbitraire de ces sept dates, car il fallait bien en donner une. J’ai choisi celle-ci car c’est à ce moment-là que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a exprimé le risque d’une véritable catastrophe nucléaire mettant en danger l’Ukraine et l’Europe en raison des bombardements que subit la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus puissante des centrales nucléaires européennes avec 6 GW.

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La centrale de Zaporijia est sous le contrôle des troupes russes depuis le 4 mars 2022 et depuis lors, c’est bien les autorités russes qui sont responsables de tout ce qui pourrait survenir dans cette centrale. Je me réjouis d’ailleurs que Poutine ait accepté une visite d’inspection de l’AIEA le 19 août 2022, après la conversation téléphonique avec Emmanuel Macron.

Des troupes russes ont bombardé la centrale le 4 mars 2022. D’autres bombardements ont eu lieu (russes ou ukrainiens, les deux pays s’en défendent), en particulier le 6 et le 11 août 2022.

Ces affrontements près d’une centrale nucléaire sont probablement une source d’inquiétude bien plus forte que le risque d’une agression nucléaire qui reste seulement théorique. Dans le cas de cette centrale, rien ne semble sous contrôle, ni les troupes, ni le personnel de maintenance qui opère dans la centrale et c’est cela qui fait peur. Volodymyr Zelensky a exigé que l’ONU soit responsable de la sécurité de cette centrale qui devra être démilitarisée.


7. Samedi 20 août 2022 : assassinat de la journaliste Daria Douguina

La dernière date est l’assassinat de la journaliste Daria Douguina, qui, revenant d’une manifestation culturelle, a été tuée par l’explosion de la voiture (un Toyota Land Cruiser Prado) qu’elle conduisait dans la nuit du 20 au 21 août 2022 près de Moscou (à une trentaine de kilomètres). Elle avait 29 ans (née le 15 décembre 1992) et son assassinat a suscité beaucoup d’émotion, bien au-delà de la Russie (aussi en France, elle était une amie de Marion Maréchal et plus généralement, d’une certaine extrême droite en France). On ne sait pas vraiment si c’était elle-même ou son père, Alexandre Douguine, qui a été visé dans cet attentat, car elle conduisait la voiture de son père et ce dernier la suivait de peu. C’est clair qu’on peut aussi imaginer l’émotion du père de voir en direct sa fille partir en fumée. Elle a été enterrée le 23 août 2022.

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Disons-le tout de suite : je soutiens fermement l’aspiration du peuple ukrainien à exister et à vivre dans la sécurité et la paix, mais je condamne naturellement ce lâche assassinat qui est aussi moche que les massacres cités plus haut.

Rappelons qui elle était : une journaliste militante, spécialiste de la Grèce antique, avec un doctorat de philosophie de l’Université de Moscou en poche (parlant aussi le français, elle a fait une partie de ses études à l’Université de Bordeaux) qui, comme son père, prêchait pour un nationalisme pan-russe extrême, pour des valeurs de la Sainte Russie comme civilisation à part entière contre l’Occident et contre l’Asie. On a dit que son père était un proche conseiller de Poutine mais il paraît beaucoup plus éloigné qu’il n’était dit, il n’occupe d’ailleurs aucune fonction officielle. Alexandre Douguine, nationaliste russe, est un intellectuel de 60 ans qui a créé (entre autres) le parti national-bolchévique en mai 1993 (son logo était le brassard nazi avec une faucille et un marteau à la place de la croix gammée ; il fut interdit en août 2007), puis le parti Eurasie en juin 2002, dont la philosophie est l’affrontement inévitable entre la Russie et les États-Unis.

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Pour Poutine, qui a exprimé son émotion, c’est une occasion supplémentaire d’être soumis à une forte pression des nationalistes russes. Alors que les autorités ukrainiennes ont rejeté toute responsabilité dans cet attentat et qu’un groupe russe exilé inconnu l’a revendiqué, les autorités russes (en particulier le FSB) a déterminé dans les heures qui ont suivi la supposée responsable de cet assassinat : une jeune femme militaire ukrainienne arrivée en Russie le 23 juillet 2022 avec sa fille de 12 ans, qui aurait espionné Daria Doguina à Moscou et qui serait venue aussi au festival auquel la journaliste a participé, et qui se serait enfouie en Estonie.

Je suis bien incapable de connaître le niveau de véracité de ces informations, mais il me paraît très étrange que cette affaire soit résolue avec une telle rapidité alors qu’on ne connaît toujours pas les responsables de l’assassinat de Boris Nemtsov commis le 27 février 2015.

De plus, quel aurait été l’intérêt de l’Ukraine de faire de Daria Douguina (à défaut de son père) un martyr de la Russie face aux prétendus méchants Ukrainiens ? Hélas, la guerre est monstrueuse en elle-même et sécrète les monstres dans les deux camps qui pouvaient être inhibés par un État de droit. Lorsque la guerre domine, le droit, le respect aux personnes, la justice… toutes ces digues du vivre ensemble sont renversées.


Et maintenant ?

La guerre continuera car elle est devenue une sorte de Vietnam pour la Russie. Poutine a besoin de considération et ne pourrait garder la face s’il se retirait immédiatement de l’Ukraine. Il est donc dans une position impossible, il a compris (car il est intelligent) qu’il a fait une bourde, mais il ne sait pas comment faire machine arrière sans déprécier l’avenir de la Russie.

Pourtant, l’annexion pure et simple de l’Ukraine à la Russie, comme cela avait été fait en Crimée, est impossible. La guerre risque d’être longue car l’Ukraine est un peuple résistant et tenace. Pire pour Poutine, à cause de lui, ou grâce à lui, les Ukrainiens ont su se construire leur propre histoire patriotique. Leur enjeu, c’est l’existence même de la nation ukrainienne. Il y a donc un véritable parallèle avec la situation de la France en juin 1940, quand la nation française était en danger de mort à cause de l’Occupation nazie. À cet égard, Volodymyr Zelensky a montré, contre toute attente, l’âme d’un grand homme d’État qui façonne l’histoire (en revanche, je ne le comparerais pas du tout à De Gaulle, car les contextes sont différents).

Quant à l’OTAN, j’y reviendrai, elle qui était en "mort cérébrale", a été redynamisée par Poutine, au point que la Finlande et la Suède ont demandé leur intégration dans cet ensemble qui a pour seule fonction, défensive, la sauvegarde des territoires nationaux de leurs membres. Incontestablement, la situation géostratégique de la Russie après cette invasion est pire, au regard de sa propre sécurité, qu’avant. Probablement qu’un jour, les Russes eux-mêmes s’en apercevront et en tireront les conséquences qui s’imposeront alors.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Les massacres de Boutcha.
Le naufrage du croiseur russe Moskva.
L’assassinat de Daria Douguina.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
L'avis de François Hollande.
Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220820-daria-douguina.html

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14 avril 2022 4 14 /04 /avril /2022 19:43

« En se battant pour sa liberté, l’Ukraine se bas aussi pour la nôtre, et ce n’est pas là qu’une figure de style. » (Bernard Guetta, le 23 août 2022).




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Ce mercredi 24 août 2022 marque une double date pour l’Ukraine : c’est la fête nationale des Ukrainiens qui ont acquis leur indépendance de l’URSS le 24 août 1991 (31e anniversaire), mais aussi et surtout, c’est le sixième mois de guerre que la Russie de Poutine impose à l’Ukraine. C’est aussi un autre sinistre anniversaire, qui pourrait paraître très différent des précédents mais peut-être qu’il y a en commun la notion de massacres humains : le 450e anniversaire du massacre de la Saint-Barthélemy.

Avant de poursuivre, rappelons inlassablement que dans ce conflit armé qui a déjà fait des dizaines, peut-être des centaines de milliers de morts, dont beaucoup de civils, les Ukrainiens sont les victimes, pacifiques mais résistantes, et l’armée russe et ses prestataires sont les agresseurs. Et j’insiste aussi là-dessus : il ne s’agit pas de la Russie mais bien de la Russie de Poutine. Le peuple russe, c’est autre chose, il peut être conditionné, mais il n’est pas plus va-t-en-guerre que les autres peuples de l’Europe. C’est pourquoi, d’ailleurs, je comprendrais mal l’interdiction de délivrer des visas de tourisme (français ou européens) aux Russes car l’amitié franco-russe existe, reste forte et doit perdurer.

Le bilan humain est déjà très lourd et il est impossible de le connaître exactement, parce que la guerre n’est pas finie et parce que la désinformation se retrouve dans les deux camps. Selon des approximations à ce jour, sujettes à caution, les forces russes auraient subi 15 000 morts et 45 000 blessés (sur un peu plus de 200 000 hommes) et les forces ukrainiennes 9 000 morts et 30 000 blessés (sur plus d’un million d’hommes mobilisés), sans compter les très nombreux civils, ukrainiens, qui ont péri depuis six mois. Le bilan matériel est subi principalement par l’Ukraine. Quant à l’impact économique, c’est le monde entier qui en subit les conséquences, de manière durable et massive.

Je propose sept dates pour ces six mois. Elles ne sont pas exhaustives, elles sont probablement arbitraires, elles ne sont peut-être pas l’essentiel stratégique de la guerre, mais elles posent comme des jalons dans l’émotion internationale.


1. Jeudi 24 février 2022 : début de l’invasion des troupes russes en Ukraine

C’est la date principale, il y a six mois. Personne n’y croyait… sauf les Américains qui avaient observé précisément la mobilisation des troupes russes à la frontière russe et biélorusse. En fait, on n’y croyait pas parce que c’était impensable dans l’intérêt de la Russie dont l’avenir à long terme est forcément européen et pas chinois (car le clivage historique et économique est ainsi).

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Poutine a commis une immense faute en envahissant l’Ukraine. On pourrait mettre en parallèle la faute, énorme, du Président américain George W. Bush d’envahir l’Irak, mais elle est encore pire. Certes, la guerre en Irak a été une monstrueuse faute qui a eu beaucoup de conséquences désastreuses pour notre vie quotidienne (car cela rejaillit sur la vie quotidienne), en particulier la création de Daech, la multiplication des attentats meurtriers, l’afflux massifs de réfugiés surtout syriens en Europe, et leurs conséquences économiques mais aussi politiques et électorales (montée des extrémismes, des populismes partout dans le monde). Mais au moins, les États-Unis avaient atteint leur objectif avec le calendrier prévu.

Au contraire de Bush, Poutine a tout foiré. C’est ce que Roland Dumas, ancien Ministre des Affaires étrangères, avait d’ailleurs confié à Catherine Nay le 5 avril 2022. Poutine a fait de nombreuses erreurs de discernement. D’abord, il a cru qu’il pourrait conquérir l’Ukraine en trois jours, un peu comme Hitler avec l’Autriche (l’Anschluss). Et il a cru que les Ukrainiens salueraient la "libération" russe. Les Ukrainiens ont su résister dès la première minute. Ensuite, il n’a pas apprécié à sa juste valeur l’état de délabrement de l’armée russe, la vétusté du matériel, ainsi que le manque d’hommes entraînés. L’hypocrisie suprême de parler d’une "opération militaire spéciale" (sans compter l’objectif de "dénazification") empêche de mobiliser les jeunes Russes et impose le volontariat. Enfin, il n’a pas évalué à sa juste prévision la réaction du "camp occidental" (à savoir principalement les États-Unis et l’Europe), qui a su s’adapter après le premier étonnement (car tout le monde a été étonné, pas seulement Poutine) de la résistance ukrainienne.

En épuisant ses forces militaires sur l’Ukraine qui n’était pas pourtant pas un danger pour elle, la Russie se met en grave danger en cas d’agression extérieure : elle n’aurait plus sa capacité de réaction.


2. Mercredi 9 mars 2022 : le bombardement d’un hôpital pour enfants à Marioupol

La guerre est terrible, elle est horrible, elle détruit de nombreuses vies humaines. J’ai toujours du mal avec la notion de "crime de guerre" car pour moi, la guerre elle-même est un crime, ceux qui déclenchent la guerre, en toute conscience, en tout cynisme, sont des criminels. Mais le droit international fait la différence : il y a les troupes militaires, dans les deux camps, qui combattent et peuvent s’entretuer (sauf quand ils sont faits prisonniers auquel cas la Convention de Genève s’applique), et il y a les civils, qu’il faut protéger. Mais a-t-on vu une guerre sans pertes de civils ? La guerre est un massacre organisé et elle est d’autant plus dure qu’elle oppose deux forces de même importance militaire, ce qui semble paradoxalement le cas ici (paradoxalement, car on aurait pu penser que la Russie était bien plus puissante).

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Cela écrit, il y a des actes criminels contre les civils que ne nécessitaient ni la tactique ni la stratégie de guerre. L’un de ces actes qui a suscité l’émotion internationale fut le bombardement d’un hôpital pour enfants et d’une maternité de Marioupol, le "Maternity Hospital n°3", le 9 mars 2022. Une neurologue a affirmé : « Des femmes, des nouveaux-nés et du personnel médical ont été tués. ».

C’était une faute de l’armée russe d’avoir bombardé un tel centre hospitalier, une faute lourde qui a plombé toutes les raisons de faire la guerre (ça ne sert à rien de dénazifier si on renazifie en même temps). Elle a placé Poutine dans la catégorie des criminels de guerre comme un vulgaire Milosevic. Après un long siège, la ville de Marioupol, qui est un port stratégique du Donbass de plus de 400 000 habitants avant la guerre, a été entièrement conquise par les troupes russes le 20 mai 2022, détruite à 90%.


3. Vendredi 1er avril 2022 : découverte des massacres de Boutcha

J’ai évoqué dans le point précédent les crimes de guerre, le bombardement d’un hôpital, par exemple, mais il y a hélas bien pire : des assassinats en masse, des exécutions sommaires de civils, des viols, des actes de tortures, etc. Hélas, c’est ce qui s’est passé en particulier dans les villes de Boutcha, Borodianka, Irpin, Motyjyn et Trostianets, au nord de Kiev, des massacres de civils découverts au début du mois d’avril 2022, après le retrait des troupes russes.

Car effectivement, après l’enlisement de l’armée russe dans le nord de Kiev, Poutine a réaffecté ses troupes en les focalisant sur le Donbass, et a ainsi "libéré" (la libération, c’est quand les troupes russes quittent le territoire ukrainien, pas quand elles l’envahissent, c’est ainsi la signification des mots dans le dictionnaire) plusieurs villes qui ont été occupées par les troupes russes durant le mois de mars 2022.

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Ce qu’ont découvert les troupes ukrainiennes lorsqu’elles sont revenues sécuriser ces villes, à partir du 1er avril 2022, a été absolument abject. Des morts pour le plaisir de tuer, du sadisme à l’état pur. Au moins 1 314 personnes ukrainiennes civiles sont mortes ainsi. Certaine personnes mortes ont été découvertes menottées dans le dos, d’autres écrasées par un char dans leur voiture, certains corps étaient déjà présents au 11 mars 2022 et laissés en décomposition (certains images satellites l’ont prouvé). Certains corps n’ont plus d’oreilles, des dents arrachées, etc. Certains ont été abattus alors qu’ils promenaient leur chien ou qu’ils portaient des sacs de provisions. D’autres corps ont été retrouvés brûlés, en particulier, des corps de femmes dévêtues à moitié calcinés (on avait tenté de les brûler). Des voitures ont été incendiées avec leurs passagers, dont des enfants. Un corps a été retrouvé décapité et la tête brûlée. La plupart des témoignages de ce qu’on a retrouvé dans ces villes libérées sont insoutenables.

Forcément, Poutine paiera un jour ou l’autre. Car il est responsable d’un tel gâchis humain, qu’il contrôle ou qu’il ne contrôle plus ses troupes (auquel cas, c’est bien plus grave).


4. Jeudi 14 avril 2022 : naufrage du croiseur russe Moskva dans la mer Noire

Un autre événement qui a montré la faiblesse de l’armée russe, c’est le naufrage du croiseur russe, le Moskva, le 14 avril 2022. Il a appareillé à Sébastopol avant le début de la guerre et il était déployé comme navire amiral de la flotte russe de la mer Noire. Sa position était stratégique dans la mer Noire.

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Le 13 avril 2022, l’armée ukrainienne a annoncé qu’elle avait touché le croiseur avec au moins deux missiles Neptune, lancés depuis un lieu près d’Odessa, ce qui a provoqué un incendie. Le Moskva a fini par couler le lendemain. L’armée russe a affirmé que l’incendie provenait d’une explosion de munitions à cause d’une négligence humaine (quelqu’un qui fumait), ce qui est peu crédible. Elle a aussi affirmé qu’il n’y aurait quasiment pas eu de pertes d’équipage (510 hommes ?) à l’exception de 1 mort et 27 disparus, mais certains évoqueraient plusieurs centaines de disparus.

Cette perte de navire, le plus grand depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, est particulièrement humiliante pour Poutine. L’impression que David se moquerait de Goliath. Elle montre aussi l’état de la flotte russe, incapable de détecter et d’alerter des attaques par missile. Seul, le gouvernement turc peut autoriser l’arrivée d’un autre navire de guerre russe par les Dardanelles et le Bosphore et dès le 28 février 2022, la Turquie avait annoncé sagement son interdiction du passage de tout navire de guerre, quelle qu’en soit la nationalité. Du reste, la version russe (négligence interne) n’est pas moins humiliante pour l’armée russe, taxée dans ce cas d’incompétence.


5. Jeudi 16 juin 2022 : visite européenne à Kiev

Très attendu à Kiev depuis février 2022, Emmanuel Macron a fait le déplacement pour rencontrer le Président ukrainien Volodymyr Zelensky. Il l’a fait en tant que Président de la République française, mais aussi en tant que Président du Conseil de l’Union Européenne qu’il était jusqu’au 1er juillet 2022.

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Et il n’est pas venu seul, accompagné des deux autres puissances fondatrices de l’Europe, Olaf Scholz pour l’Allemagne et Mario Draghi pour l’Italie, ainsi que de Klaus Iohannis, Président de la Roumanie, pays très exposé par la guerre en Ukraine, tant en termes de sécurité qu’en termes de réfugiés.

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Cette visite européenne a été essentielle sur le plan diplomatique car elle a confirmé le soutien total de l’Union Européenne à la résistance ukrainienne et à sa demande d’adhésion.


6. Samedi 6 août 2022 : inquiétude sur la centrale nucléaire de Zaporijia

C’est probablement la date la plus arbitraire de ces sept dates, car il fallait bien en donner une. J’ai choisi celle-ci car c’est à ce moment-là que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a exprimé le risque d’une véritable catastrophe nucléaire mettant en danger l’Ukraine et l’Europe en raison des bombardements que subit la centrale nucléaire de Zaporijia, la plus puissante des centrales nucléaires européennes avec 6 GW.

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La centrale de Zaporijia est sous le contrôle des troupes russes depuis le 4 mars 2022 et depuis lors, c’est bien les autorités russes qui sont responsables de tout ce qui pourrait survenir dans cette centrale. Je me réjouis d’ailleurs que Poutine ait accepté une visite d’inspection de l’AIEA le 19 août 2022, après la conversation téléphonique avec Emmanuel Macron.

Des troupes russes ont bombardé la centrale le 4 mars 2022. D’autres bombardements ont eu lieu (russes ou ukrainiens, les deux pays s’en défendent), en particulier le 6 et le 11 août 2022.

Ces affrontements près d’une centrale nucléaire sont probablement une source d’inquiétude bien plus forte que le risque d’une agression nucléaire qui reste seulement théorique. Dans le cas de cette centrale, rien ne semble sous contrôle, ni les troupes, ni le personnel de maintenance qui opère dans la centrale et c’est cela qui fait peur. Volodymyr Zelensky a exigé que l’ONU soit responsable de la sécurité de cette centrale qui devra être démilitarisée.


7. Samedi 20 août 2022 : assassinat de la journaliste Daria Douguina

La dernière date est l’assassinat de la journaliste Daria Douguina, qui, revenant d’une manifestation culturelle, a été tuée par l’explosion de la voiture (un Toyota Land Cruiser Prado) qu’elle conduisait dans la nuit du 20 au 21 août 2022 près de Moscou (à une trentaine de kilomètres). Elle avait 29 ans (née le 15 décembre 1992) et son assassinat a suscité beaucoup d’émotion, bien au-delà de la Russie (aussi en France, elle était une amie de Marion Maréchal et plus généralement, d’une certaine extrême droite en France). On ne sait pas vraiment si c’était elle-même ou son père, Alexandre Douguine, qui a été visé dans cet attentat, car elle conduisait la voiture de son père et ce dernier la suivait de peu. C’est clair qu’on peut aussi imaginer l’émotion du père de voir en direct sa fille partir en fumée. Elle a été enterrée le 23 août 2022.

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Disons-le tout de suite : je soutiens fermement l’aspiration du peuple ukrainien à exister et à vivre dans la sécurité et la paix, mais je condamne naturellement ce lâche assassinat qui est aussi moche que les massacres cités plus haut.

Rappelons qui elle était : une journaliste militante, spécialiste de la Grèce antique, avec un doctorat de philosophie de l’Université de Moscou en poche (parlant aussi le français, elle a fait une partie de ses études à l’Université de Bordeaux) qui, comme son père, prêchait pour un nationalisme pan-russe extrême, pour des valeurs de la Sainte Russie comme civilisation à part entière contre l’Occident et contre l’Asie. On a dit que son père était un proche conseiller de Poutine mais il paraît beaucoup plus éloigné qu’il n’était dit, il n’occupe d’ailleurs aucune fonction officielle. Alexandre Douguine, nationaliste russe, est un intellectuel de 60 ans qui a créé (entre autres) le parti national-bolchévique en mai 1993 (son logo était le brassard nazi avec une faucille et un marteau à la place de la croix gammée ; il fut interdit en août 2007), puis le parti Eurasie en juin 2002, dont la philosophie est l’affrontement inévitable entre la Russie et les États-Unis.

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Pour Poutine, qui a exprimé son émotion, c’est une occasion supplémentaire d’être soumis à une forte pression des nationalistes russes. Alors que les autorités ukrainiennes ont rejeté toute responsabilité dans cet attentat et qu’un groupe russe exilé inconnu l’a revendiqué, les autorités russes (en particulier le FSB) a déterminé dans les heures qui ont suivi la supposée responsable de cet assassinat : une jeune femme militaire ukrainienne arrivée en Russie le 23 juillet 2022 avec sa fille de 12 ans, qui aurait espionné Daria Doguina à Moscou et qui serait venue aussi au festival auquel la journaliste a participé, et qui se serait enfouie en Estonie.

Je suis bien incapable de connaître le niveau de véracité de ces informations, mais il me paraît très étrange que cette affaire soit résolue avec une telle rapidité alors qu’on ne connaît toujours pas les responsables de l’assassinat de Boris Nemtsov commis le 27 février 2015.

De plus, quel aurait été l’intérêt de l’Ukraine de faire de Daria Douguina (à défaut de son père) un martyr de la Russie face aux prétendus méchants Ukrainiens ? Hélas, la guerre est monstrueuse en elle-même et sécrète les monstres dans les deux camps qui pouvaient être inhibés par un État de droit. Lorsque la guerre domine, le droit, le respect aux personnes, la justice… toutes ces digues du vivre ensemble sont renversées.


Et maintenant ?

La guerre continuera car elle est devenue une sorte de Vietnam pour la Russie. Poutine a besoin de considération et ne pourrait garder la face s’il se retirait immédiatement de l’Ukraine. Il est donc dans une position impossible, il a compris (car il est intelligent) qu’il a fait une bourde, mais il ne sait pas comment faire machine arrière sans déprécier l’avenir de la Russie.

Pourtant, l’annexion pure et simple de l’Ukraine à la Russie, comme cela avait été fait en Crimée, est impossible. La guerre risque d’être longue car l’Ukraine est un peuple résistant et tenace. Pire pour Poutine, à cause de lui, ou grâce à lui, les Ukrainiens ont su se construire leur propre histoire patriotique. Leur enjeu, c’est l’existence même de la nation ukrainienne. Il y a donc un véritable parallèle avec la situation de la France en juin 1940, quand la nation française était en danger de mort à cause de l’Occupation nazie. À cet égard, Volodymyr Zelensky a montré, contre toute attente, l’âme d’un grand homme d’État qui façonne l’histoire (en revanche, je ne le comparerais pas du tout à De Gaulle, car les contextes sont différents).

Quant à l’OTAN, j’y reviendrai, elle qui était en "mort cérébrale", a été redynamisée par Poutine, au point que la Finlande et la Suède ont demandé leur intégration dans cet ensemble qui a pour seule fonction, défensive, la sauvegarde des territoires nationaux de leurs membres. Incontestablement, la situation géostratégique de la Russie après cette invasion est pire, au regard de sa propre sécurité, qu’avant. Probablement qu’un jour, les Russes eux-mêmes s’en apercevront et en tireront les conséquences qui s’imposeront alors.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 août 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
6 mois de guerre en Ukraine en 7 dates.
Les massacres de Boutcha.
Le naufrage du croiseur russe Moskva.
L’assassinat de Daria Douguina.
Kiev le 16 juin 2022 : une journée d’unité européenne historique !
L'avis de François Hollande.
Volodymyr Zelensky.
Poutine paiera pour les morts et la destruction de l’Ukraine.
Ukraine en guerre : coming out de la Grande Russie.
Robert Ménard, l’immigration et l’émotion humanitaire.
Ukraine en guerre : Emmanuel Macron sur tous les fronts.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !

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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 16:39

RIA Novosti a accidentellement publié le 26 février 2022 un éditorial de Piotr Akopov qui devait consacrer la victoire de la Russie sur l'Ukraine, mais c'était prématuré et il a été retiré aussitôt. On peut lire l'article en russe ci-dessous ou retrouver la traduction d'Inna Uryvskaya pour Fondapol avec le lien ci-dessous.

Cliquer sur ce lien pour télécharger la traduction par Fondapol (fichier .pdf) :
https://www.fondapol.org/app/uploads/2022/03/fondapol-decryptage-pyotr-akopov-ria-novosti-03-2022.pdf

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220310-ukraine.html

SR
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20220302-traduction-akopov.html




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2 mars 2022 3 02 /03 /mars /2022 03:50

« Les commentateurs et les personnalités télévisuelles joignent le chœur belliqueux. Tout se passe comme si le monde se préparait à la guerre. (…) Débarrasser le monde de cette peur signifie rendre les gens plus libres. Cela devrait être un objectif commun. Beaucoup d’autres problèmes seraient alors plus faciles à résoudre. Il est maintenant temps de décider et d’agir. » (Mikhaïl Gorbatchev, le 26 janvier 2017, "Time" et "L’Express").


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Une réflexion assez utopique quand on songe que cinq ans plus tard, la Russie a déclaré la guerre totale contre l'Ukraine... Qui a, en Russie, la même popularité que François Asselineau en France ? Réponse étonnante : pas un obscur rond-de-cuir au charisme d’huître et accusé d’agression sexuelle, mais un ancien chef de l’État. Mikhaïl Gorbatchev, qui fête ce mercredi 2 mars 2022 son 91e anniversaire, s’est exposé, comme Asselineau le 23 avril 2017, à une élection présidentielle au suffrage universel direct. François Asselineau a obtenu 332 547 voix soit 0,9% des suffrages exprimés. Le 16 juin 1996, lors d’une élection présidentielle beaucoup plus ouverte que prévue, Gorbatchev avait obtenu à peine mieux pour un pays beaucoup plus nombreux, 386 069 voix soit 0,5% des suffrages exprimés.

Impopulaire et interdit pendant cinq ans de pénétrer en Ukraine à partir 26 mai 2016 à cause de son soutien à l'annexion de la Crimée, Gorbi avait effectivement dit maladroitement au journal anglais "The Sunday Times" le 22 mai 2016 : « Je suis toujours du côté de la volonté des peuples et la plupart des gens en Crimée voulaient être réunis à la Russie. ». L'approbation de la politique ukrainienne de la Russie d'avant le 24 février 2022 a valu des remerciements de Vladimir Poutine qui l'a chaleureusement flatté l'an dernier, lors de son 90e anniversaire, le 2 mars 2021 : « Vous appartenez de plein droit à une pléiade de personnes extraordinaires, des hommes d'État remarquables de l'ère moderne qui ont influencé de manière significative le cours de l'histoire nationale et mondiale. ». C'était encore à l'époque où Poutine aimait l'histoire et ne rêvait pas de déchirer des pages des livres d'histoire.

La grande popularité dont bénéficie Gorbatchev en Europe et aux États-Unis est proportionnelle à la grande impopularité qu’il a toujours essuyée, depuis la chute de l’URSS, dans son pays. C’est un peu normal : syndic de faillite, ce n’est jamais un métier populaire, pas plus qu’employé des pompes funèbres.

Avec Dmitri Medvedev, Gorbatchev est le seul ancien chef d’État encore en vie que la Russie de Vladimir Poutine compte encore. Aujourd’hui, les traits tellement vieillissants qu’il est à peine reconnaissable en dehors de sa tache de sang sur le crâne, il est passé d’un courant social-démocrate (qui fut aussi l’évolution du communisme italien qui a su prendre le virage de la modernité, au contraire de nos archéocaciques du communisme français), courant qui n’a pas beaucoup fleuri dans des élections plus ou moins verrouillées par le parti de Poutine, à un courant écologiste et pacifiste (comme ont évolué d’autres communistes, comme Pierre Juquin). Il voudrait la suppression de toutes les armes nucléaires et plus généralement, de toutes les armes de destruction massive dans le monde, il voudrait aussi la création d’un tribunal international qui jugerait tous les crimes écologiques, dont la définition resterait encore à trouver.

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Ces activités politiques plus ou moins soutenues ont peu d’écho et d’influence, et si Gorbatchev compte aujourd’hui, c’est comme homme du passé, homme de l’histoire mondiale, qui lui a valu le Prix Nobel de la Paix en 1990 malgré la répression soviétique dans les pays baltes en janvier 1991.

Parmi les cadres les plus dynamiques du parti mais aussi les plus lucides sur la situation de son pays, poulain de Youri Andropov, Mikhaïl Gorbatchev a succédé à Konstantin Tchernenko comme Secrétaire Général du comité central du Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS), autrement dit, chef suprême de l’URSS, qu’il est resté du 11 mars 1985 au 24 août 1991, fonction qu’il a cumulée avec chef de l’État soviétique du 1er octobre 1988 au 25 décembre 1991, sous des appellations diverses, d’abord Président du Praesidium du Soviet Suprême de l’URSS, puis, le 25 mai 1989, Président du Soviet Suprême de l’URSS, enfin, le 15 mars 1990, plus simplement et avec plus de modernité, Président de l’URSS.

Arrivé assez jeune au pouvoir (54 ans) après une longue succession de gérontocrates finissant l’ère Brejnev, Gorbatchev voulait réformer l’URSS de l’intérieur pour la faire durer, la consolider, la pérenniser. Comme on aurait pu s’y attendre d’un point de vue théorique, il a fait la démonstration par l’absurde qu’un bon régime communiste était un régime communiste mort.

Il est arrivé pour ses réformes avec deux maîtres mots : perestroïka, qui signifie restructuration, et glasnost, le plus important à mon avis, qui signifie transparence. Sans doute séduit par la tradition démocratique de ce qu’on appelle "l’Occident", Gorbatchev aurait rêvé d’une URSS démocratique, assise sur un socle populaire mais restant aussi communiste qu’à ses débuts. Libéraliser sans décommuniser. Les Russes, finalement, ont voulu libéraliser la vie politique avant la vie économique, tandis que les Chinois font exactement l’inverse : ils libéralisent l’économie, mais pour libéraliser la politique, on attendra encore.

Évidemment, comme son rival jumeau Boris Eltsine, qui, lui, a penché du côté de l’après-URSS, Gorbatchev est très impopulaire dans l’esprit des citoyens russes car il est le symbole de l’effondrement de la dignité historique de la Russie, celle qui met sur le même piédestal Ivan IV, Pierre le Grand, Nicolas II, et même Staline, voire Poutine. En quelque sorte, l’incarnation de l’anti-Russie, un pays en désordre, dilapidé, humilié, ruiné politiquement, pillé économiquement, sans éclat international.

Pourtant, c’était bien Gorbatchev qui avait redoré le blason russe auprès de la "communauté internationale" au concept assez flou, en voulant renouer des relations internationales d’égal à égal et en tournant la page de la guerre froide que son dernier successeur vient de ramener brutalement à la sauvage réalité.

Dans son ouvrage passionnant sur Gorbatchev, "Le roman vrai de Gorbatchev", qu’il a sorti aux éditions Flammarion en janvier 2019, Vladimir Fédorovski analyse justement ce "mystère" Gorbatchev. Écrivain et historien francophile et francophone (il est docteur d’État), Vladimir Fédérovski est très bien placé pour parler de la période Gorbatchev : diplomate soviétique (il a été la plume de Leonid Brejnev et Andreï Gromyko), il était conseiller diplomatique sous Gorbatchev et a noué des liens amicaux avec Alexandre Yakovlev, le théoricien des réformes gorbatchéviennes. En contact quasi-quotidiennement avec ce dernier, Vladimir Fédororvski a pu ainsi comprendre les différentes évolutions et difficultés de la perestroïka et de la glasnost.

Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est que Fédorovski remet parfois les pendules à l’heure. Ainsi, aussi surprenant soit-il, il considère que Gorbatchev aurait pu être l’héritier de Beria, oui, de Lavrenti Beria, l’impitoyable Ministre de l’Intérieur de Staline, celui qui, par sa longévité, était le successeur évident, naturel, inéluctable du "petit père des peuples". Fédorovski consacre tout un chapitre sur Beria comme "précurseur de Gorbatchev".

Il écrit notamment : « Souhaitant libéraliser l’économie du pays, instaurer une économie de marché et une forme de multipartisme, Beria proposa de retirer le soutien soviétique à l’Allemagne de l’Est pour permettre sa réunification avec l’Allemagne fédérale. (…) Les décisions prises par Beria au printemps 1953 furent effectivement appliquées, et la terreur apocalyptique qui avait symbolisé les règnes de Lénine et de Staline ne reparut jamais. Pendant cent jours, Beria se comporta en dirigeant volontaire, d’une envergure exceptionnelle, multipliant de sa propre autorité les réformes et d’extraordinaires initiatives diplomatiques. Ces projets auraient pu annoncer la fin de la guerre froide et saboter la domination du parti communiste. C’est sur ce plan précis que Beria fut incontestablement le vrai précurseur de Gorbatchev ! Prouvant par là même qu’une partie des dirigeants du Kremlin sentait depuis longtemps la nécessité de sortir du communisme. (…) Dès 1953, quand Beria s’était emparé du pouvoir, tel était déjà son programme : décollectiviser l’agriculture et l’économie, amorcer la détente avec l’Occident. Mais il faut croire qu’il était trop tôt pour une telle lucidité. En un mois, son sort fut réglé. La vieille garde jeta son dévolu sur Khrouchtchev, qui incarnait à merveille la fameuse "sagesse du guépard" : tout modifier pour que rien ne change. ».

Pour Fédorovski, Yakovlev a eu une part décisive au moment de la succession de Tchernenko : il a négocié les ralliements déterminants à Gorbatchev de Viktor Grichine, secrétaire du parti à Moscou, et surtout, de Gromyko, promis à la Présidence du Soviet Suprême, dans la bataille de succession contre son rival "conservateur" Grigori Romanov. Vladimir Krioutchkov et Evgueni Primakov sont aussi intervenus pour favoriser la désignation de Gorbatchev. Krioutchkov, futur chef du KGB, fut impliqué dans le coup d’État du 19 août 1991 contre Gorbatchev. Primakov fut par la suite un Ministre des Affaires étrangères et un Premier Ministre de Boris Eltsine.

Le programme politique de Gorbatchev était celui de son éminence grise, Yakovlev. Selon Fédorovski : « À ses yeux, la perestroïka est la dernière chance de réconcilier les socialistes de l’Est et de l’Ouest, de rassembler les communistes réformateurs et les sociaux-démocrates dans une sorte d’union de gauche à vocation internationale. Aux yeux de Yakovlev, il faut même assurer la convergence entre les deux systèmes, dans le nouveau contexte de la mondialisation et de l’interdépendance des nations. (…) C’est le moment que choisit Yakovlev pour faire passer à l’attention de Gorbatchev une analyse chiffrée de "l’étendue des crimes du régime totalitaire", laquelle avance le nombre effroyable de vingt-cinq millions de victimes sous Lénine, Trotski et Staline. ».

Mikhaïl Gorbatchev aurait été un héritier de Lavrenti Beria si celui-ci avait eu le temps de gouverner la Russie soviétique. Il est devenu un anecdotique François Asselineau du paysage politique russe. À moins de s’être transformé en une sorte Al Gore moscovite avec ses (nouvelles) aspirations écologistes…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mikhaïl Gorbatchev.
Nous Européens, nous sommes tous des Ukrainiens !
Déclaration conjointe contre la guerre en Ukraine et sanctions contre la Russie.
Klim Tchourioumov.
60 ans après Vostok 1, Sputnik V : comme une simple inspiration.
L'héritier de Béria ?
Evgueni Primakov.
Irina Slavina, le cauchemar par le feu.
Trotski.
Vladimir Poutine se prépare à un avenir confortable.
Anatoli Tchoubaïs.
Vladimir Poutine : comment rester au pouvoir après 2024 ?

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12 avril 2021 1 12 /04 /avril /2021 03:43

« Chers amis, connus et inconnus de moi, mes chers compatriotes et toutes les personnes du monde ! Dans quelques instants, une puissante fusée soviétique va propulser mon vaisseau dans l’étendue de l’Espace. Ce que je veux vous dire est ceci. Toute ma vie est désormais devant moi comme une simple inspiration. Je sens que je peux accroître ma force pour faire avec succès ce que l’on attend de moi. » (Gagarine, 12 avril 1961).



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Faisons un peu de russophilie. J’ai déjà travaillé avec des scientifiques russes de haut niveau pour des projets stratégiques et j’ai pu apprécier à quel point les chercheurs russes s’étaient maintenus dans l’excellence, malgré des moyens financiers très limités depuis l’effondrement de l’URSS. Je les ai côtoyés à peine dix ans après cet événement historique, certains étaient monarchistes (le directeur du laboratoire avait même installé un tableau géant du tsar dans son gigantesque bureau). Tous étaient fort sympathiques et certains adoraient la France et les Français et me récitaient même des vers de Rimbaud, mais ils étaient déjà sexagénaires, je ne suis pas sûr que la jeunesse moscovite d’aujourd’hui connaisse le français et je la crois plutôt anglophone, du moins l’élite, c’est plus efficace pour elle (du reste comme à Sofia, Bucarest, Bratislava, etc.).

Saluons donc ce 60e anniversaire : le 12 avril 1961, la mission Vostok 1 s’est déroulée quasi-parfaitement. Étape essentielle du programme spatial soviétique dirigé par Serguei Korolev, la mission visait à placer sur orbite terrestre le premier humain (homme en l’occurrence). Youri Gagarine a ainsi décollé de la base spatiale Baïkonour (en fait Tiouratam), au Kazakhstan, le 12 avril 1961 à 7 heures 07 (heure de Paris). Il a fait un tour de la Terre, est resté 108 minutes en suspension dans l’Espace et a atterri à 8 heures 55.

Lancer un vaisseau autour de la Terre n’était plus un exploit, envoyer un homme pas vraiment non plus ; l’exploit, c’était de le maintenir vivant et surtout, de le ramener vivant. Le cosmonaute s’est éjecté à 7 kilomètres du sol, évitant ainsi le choc de la capsule, et est descendu en parachute (ce qui est très haut). Gagarine lui-même n’a atteint le sol qu’à 9 heures 05 et il a raconté plus tard : « Lorsqu’ils m’ont vu dans ma combinaison spatiale, traînant mon parachute en marchant, ils ont commencé à s’enfuir, effrayés. Je leur ai dit : n’ayez pas peur, je suis un Soviétique comme vous, qui revient de l’Espace et qui doit trouver un téléphone pour appeler Moscou ! ».

Après le lancement du premier satellite Spoutnik 1 (le 4 octobre 1957), le vol de Gagarine fut salué par tous, y compris les scientifiques américains, comme un véritable succès et comme une nouvelle page tournée du progrès technologique de l’humanité. L’URSS, qui avait beaucoup investi dans son programme spatial, a pu faire la preuve qu’elle était en avance sur les États-Unis en matière spatiale.

Paradoxalement, c’est grâce à cet exploit que les États-Unis de John Kennedy se sont "réveillés" et ont lancé le programme Apollo qui a permis à "l’homme" de marcher sur la Lune. La concurrence a toujours provoqué la saine émulation et l’histoire de la conquête spatiale des années 1960 et 1970 a montré qu’elle n’était pas vaine, cette concurrence, et cela même sans attentes économiques.

Les approches techniques sont d’ailleurs assez différentes. Les Américains, lorsqu’ils s’y mettent, y investissent beaucoup d’argent et conçoivent le plus-que-parfait. Parfois, cela peut faire des problèmes, des défaillances. Les Soviétiques, eux, misaient sur la robustesse et l’efficacité. Leurs bonnes vielles fusées sont peut-être un peu anciennes, mais elles fonctionnent, elles sont fiables. La haute technologie peut être intéressante mais est moins solide, peut avoir mille défauts et même provoquer des accidents, mais les accidents, il y en a eu dans les deux "camps".

Toujours est-il qu’on ne doit en aucun cas considérer que la "science russe" (même je trouve stupide d’accoler une nationalité au mot "science" qui est par essence celle de l’humanité, résultat de projets internationaux) fait partie de l’excellence et cette tradition n’est pas nouvelle, soixante ans après cet exploit de Gagarine. Les Russes font partie de l’excellence dans de nombreux domaines, j’en cite trois, le spatial, bien sûr, les mathématiques (si je ne m’étais pas retenu, j’aurais acheté toutes leurs collections de manuels universitaires très bien réalisés qui étaient proposées au Hall du Livre, la grande librairie de Nancy, à des prix défiant toute concurrence, à une époque d’avant Internet), et aussi, bien sûr, la biologie, la virologie, les vaccins.

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Petite transition donc pour aboutir au fameux vaccin russe contre le covid-19 Sputnik V (le V étant pour vaccin, ou virus ? mais pas pour le 5 romain, même si en fait, le nom réel de ce vaccin n’a rien à voir : Gam-Covid-Vac). Cette appellation est très politique et permet de rappeler l’excellence technologique de la Russie. Mais fallait-il autant insister sur une évidence ? Ou alors, n’était-ce plus une évidence ? Du moins pour certains pays ?

Ce vaccin a été conçu et développé au sein du prestigieux Institut de recherche Gamaleïa d’épidémiologie et de microbiologie créé en 1891, nationalisé en 1919 et situé à Moscou. Il a été baptisé du nom de Nikolaï Gamaleïa, pionner de la recherche sur les vaccins. Cet institut d’excellence a proposé en mai 2017 un vaccin contre Ebola qu’il a livré à la Guinée.

Dès mai 2020, cet institut a annoncé le développement de ce vaccin Sputnik V. Celui qui a supervisé les travaux de recherche est Denis Logunov, qui avait travaillé aussi sur Ebola et sur le MERS (le deuxième coronavirus mortel, SARS du Moyen-Orient).

L’essai clinique en phase I s’est terminé en juin 2020 et la phase II en juillet 2020. Dès le 11 août 2020, les autorités sanitaires russe l’ont autorisé alors que la phase III n’avait pas encore été réalisée. D’une part, cela signifie que ce serait le premier vaccin développé au monde contre le covid-19, d’autre part, cela signifie qu’il y a eu précipitation puisqu’on n’a pas attendu la conclusion de la phase III (la plus longue, test sur une population statistiquement représentative, de plusieurs dizaines de milliers de personnes, en deux groupes, placebo et substance active, pour évaluer l’efficacité et l’innocuité du vaccin).

Avec la première annonce d’Albert Bourla, le patron de Pfizer, le 9 novembre 2020 sur l’efficacité de 90% de son vaccin développé avec Biontech sur une technologie à ARN messager (efficacité revue à la hausse à 95% le 18 novembre 2020), puis la surenchère de Moderna à 94,5% le 16 novembre 2020, le Président russe Vladimir Poutine montrait que les travaux de la Russie n’étaient pas "impossibles" alors qu’on parlait de plusieurs années pour développer un vaccin. En effet, Vladimir Poutine a communiqué dès le 7 novembre 2020 sur l’efficacité de 92% du vaccin Sputnik V.

Personne n’est évidemment dupe, ce qui a fait dire par le Président français Emmanuel Macron un peu maladroitement, à l’issue du Conseil Européen du 25 mars 2021 : « Nous sommes face à une guerre mondiale d’un nouveau genre. Face notamment aux attaques, aux velléités de déstabilisation russes, chinoises, d’influence par le vaccin. Face à cela, si nous voulons tenir, nous devons être souverains. Nous nous sommes mis aujourd’hui en capacité de produire pour ce faire. ». Ce "nous" correspond à l’Union Européenne qui, à la fin de l’année 2021, devrait avoir produit 3 milliards de doses de vaccin, première puissance de production de vaccins contre le covid-19.

Toutefois, ni la France, ni l’Europe n’ont jamais rejeté a priori le vaccin russe parce qu’il était russe. Au contraire, l’Europe a toujours pris au sérieux le vaccin Sputnik V, surtout depuis la publication des résultats intermédiaires de la phase III dans "The Lancet" le 2 février 2021 (qui évalue l’efficacité à 91,6%), au point que l’Allemagne et la France sont prêtes à produire elles-mêmes ce vaccin en cas d’autorisation de mise sur le marché par l’Agence européenne du médicament.

Tout le monde (et moi le premier) est ravi qu’un vaccin russe existe au même titre que les autres vaccins, car la pandémie concerne les 7,8 milliards d’êtres humains et aucun vaccin ne sera donc de trop.

Passons rapidement sur des polémiques inutiles. Il y a la "guerre scientifique" et la "guerre de communication". Sur le front de la communication, et c’est de "bonne guerre", Vladimir Poutine a beaucoup communiqué sur le sujet. Saluons-le d’ailleurs lorsqu’il propose des doses à l’Europe malgré les différends diplomatiques qui nous divisent. La lutte contre la pandémie est mondiale et il ne sert à rien de "résoudre" la crise dans un pays si un autre pays est porteur d’un nouveau foyer.

Cette guerre du vaccin est donc bien une lutte mondiale, au même titre que la conquête spatiale : à la fois une forte concurrence nationale, une forte visée diplomatique (en mettre plein la vue), mais aussi, et c’est heureux, une forte coopération internationale, au même titre que Russes et Américains (et Européens) sont ensemble dans les stations spatiales et s’entraident (surtout depuis la fin des navettes spatiales américaines).

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Trois semaines après que Vladimir Poutine a proposé des doses à l’Europe (50 millions de doses), la Russie n’avait vacciné que 4% de sa population tandis que la France déjà 10%. Il y a cette impression que la Russie préfère exporter son vaccin plutôt que d’en faire bénéficier son peuple, non pas pour le tester sur des populations étrangères (cela n’aurait pas de sens) mais pour simplement avoir une nouvelle influence diplomatique …au détriment de son peuple. En tout cas, l’Argentine, le Brésil, l’Inde, l’Algérie, la Bolivie, la Hongrie, la Serbie, la Tunisie, le Mexique, l’Ouzbékistan, le Népal, l’Égypte, entre autres, ont déjà bénéficié du vaccin russe ou l’ont déjà autorisé.

Dans tous les cas, la Russie n’a pas les capacités de production de ce qu’elle offre à l’Europe. En clair, les premières livraisons, dans le meilleur des cas, auront lieu en juin 2021. La guerre ne sera pas finie à cette période mais l’urgence aura, je l’espère, diminué, d’une part parce que les populations vulnérables auront été déjà vaccinées, d’autre part parce que l’Europe aura déjà produit des centaines de millions de doses au point de s’autosuffire ou même d’exporter.

Néanmoins, toutes les voies sont bonnes dans ce combat contre le virus. Il y a eu une part d’hypocrisie de la part de la Russie à regretter que l’Europe ne prenne pas en compte son vaccin alors qu’elle n’avait pas fait très tôt sa demande d’autorisation de mise sur le marché à l’Agence européenne du médicament. Le dossier aurait été déposé mais il aurait manqué beaucoup de données. Depuis le 4 mars 2021, l’agence européenne étudie le dossier.

Bien sûr, on pourra à ce stade faire le petit couplet anti-eurocrates, bureaucrates de Bruxelles. À tort à mon sens. On peut regretter que cela prenne du temps, mais inversement, plus on va vite, moins on est prudent. Or, l’histoire du vaccin d’AstraZeneca (j’y reviendrai certainement plus tard) montre que la précipitation n’est peut-être pas pertinente. Au départ, le vaccin était destiné aux moins de 65 ans, aujourd’hui, il est destiné aux plus de 55 ans (à partir du 12 avril 2021), mais en Allemagne, il est destiné aux plus de 60 ans, tandis qu’au Royaume-Uni, il est destiné aux plus de 30 ans.

C’est d’autant plus crucial de prendre le temps d’étudier les résultats de la phase III des essais cliniques du vaccin Sputnik V que sa technologie est similaire à celle d’AstraZeneca : le vaccin utilise en effet deux adénovirus humains recombinants (pas les mêmes qu’AstraZeneca qui utilise un adénovirus de chimpanzé), un pour la première dose et un autre pour la seconde dose, et nécessite une quantité importante du produit pour assurer la réaction immunitaire. Il est donc possible que des effets de thrombose soient également présents même si, pour l’instant, aucune donnée ne va en ce sens. C’est d’ailleurs assez curieux que certains qui protestent contre le vaccin d’AstraZeneca puissent promouvoir le vaccin russe de même technologie, et donc, avec les mêmes risques.

Un autre problème est la fiabilité de la chaîne industrielle. On l’a vu pour Pfizer en janvier 2021, non seulement il faut l’innocuité et l’efficacité du vaccin, mais il faut pouvoir le produire en contrôlant parfaitement sa composition sur des centaines de millions de lots. Ce n’est plus un problème scientifique mais de contrôle de qualité de l’outil de production, et c’est le même enjeu pour tous les types de vaccin.

Alors, oui, le vaccin Sputnik V est intéressant et doit être autorisé si toutes les garanties scientifiques ont été apportées dans les essais cliniques, avec la même rigueur, ni plus ni moins, que les quatre vaccins déjà autorisés par l’Union Européenne. Bravo donc à l’Institut Gamaleïa et à ses partenaires, ainsi qu’à la Russie en général pour son excellence scientifique !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2021)
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Pour aller plus loin :
60 ans après Vostok 1, Sputnik V : comme une simple inspiration.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Roland Omnès.
Evry Schatzman.
Katalin Kariko.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Bill Gates.
Benoît Mandelbrot.
Le syndrome de Hiroshima.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Pierre Teilhard de Chardin.
Jacques Testart.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Peter Higgs.
Léonard de Vinci.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
Max Planck.
Georg Cantor.
Jean d’Alembert.
David Bohm.
Marie Curie.
Jacques Friedel.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.

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2 mars 2021 2 02 /03 /mars /2021 03:46

« Les commentateurs et les personnalités télévisuelles joignent le chœur belliqueux. Tout se passe comme si le monde se préparait à la guerre. (…) Débarrasser le monde de cette peur signifie rendre les gens plus libres. Cela devrait être un objectif commun. Beaucoup d’autres problèmes seraient alors plus faciles à résoudre. Il est maintenant temps de décider et d’agir. » (Mikhaïl Gorbatchev, le 26 janvier 2017, "Time" et "L’Express").


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Qui a, en Russie, la même popularité que François Asselineau en France ? Réponse étonnante : pas un obscur rond-de-cuir au charisme d’huître et accusé d’agression sexuelle, mais un ancien chef de l’État. Mikhaïl Gorbatchev, qui fête le mardi 2 mars 2021 son 90e anniversaire, s’est exposé, comme Asselineau le 23 avril 2017, à une élection présidentielle au suffrage universel direct. François Asselineau a obtenu 332 547 voix soit 0,9% des suffrages exprimés. Le 16 juin 1996, lors d’une élection présidentielle beaucoup plus ouverte que prévue, Gorbatchev avait obtenu à peine mieux pour un pays beaucoup plus nombreux, 386 069 voix soit 0,5% des suffrages exprimés.

La grande popularité dont bénéficie Gorbatchev en Europe et aux États-Unis est proportionnelle à la grande impopularité qu’il a toujours essuyée, depuis la chute de l’URSS, dans son pays. C’est un peu normal : syndic de faillite, ce n’est jamais un métier populaire, pas plus qu’employé des pompes funèbres.

Avec Dmitri Medvedev, Gorbatchev est le seul ancien chef d’État encore en vie que la Russie de Vladimir Poutine compte encore. Aujourd’hui, les traits tellement vieillissants qu’il est à peine reconnaissable en dehors de sa tache de sang sur le crâne, il est passé d’un courant social-démocrate (qui fut aussi l’évolution du communisme italien qui a su prendre le virage de la modernité, au contraire de nos archéocaciques du communisme français), courant qui n’a pas beaucoup fleuri dans des élections plus ou moins verrouillées par le parti de Poutine, à un courant écologiste et pacifiste (comme ont évolué d’autres communistes, comme Pierre Juquin). Il voudrait la suppression de toutes les armes nucléaires et plus généralement, de toutes les armes de destruction massive dans le monde, il voudrait aussi la création d’un tribunal international qui jugerait tous les crimes écologiques, dont la définition resterait encore à trouver.

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Ces activités politiques plus ou moins soutenues ont peu d’écho et d’influence, et si Gorbatchev compte aujourd’hui, c’est comme homme du passé, homme de l’histoire mondiale, qui lui a valu le Prix Nobel de la Paix en 1990 malgré la répression soviétique dans les pays baltes.

Parmi les cadres les plus dynamiques du parti mais aussi les plus lucides sur la situation de son pays, poulain de Youri Andropov, Mikhaïl Gorbatchev a succédé à Konstantin Tchernenko comme Secrétaire Général du comité central du Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS), autrement dit, chef suprême de l’URSS, qu’il est resté du 11 mars 1985 au 24 août 1991, fonction qu’il a cumulée avec chef de l’État soviétique du 1er octobre 1988 au 25 décembre 1991, sous des appellations diverses, d’abord Président du Praesidium du Soviet Suprême de l’URSS, puis, le 25 mai 1989, Président du Soviet Suprême de l’URSS, enfin, le 15 mars 1990, plus simplement et avec plus de modernité, Président de l’URSS.

Arrivé assez jeune au pouvoir (54 ans) après une longue succession de gérontocrates finissant l’ère Brejnev, Gorbatchev voulait réformer l’URSS de l’intérieur pour la faire durer, la consolider, la pérenniser. Comme on aurait pu s’y attendre d’un point de vue théorique, il a fait la démonstration par l’absurde qu’un bon régime communiste était un régime communiste mort.

Il est arrivé pour ses réformes avec deux maîtres mots : perestroïka, qui signifie restructuration, et glasnost, le plus important à mon avis, qui signifie transparence. Sans doute séduit par la tradition démocratique de ce qu’on appelle "l’Occident", Gorbatchev aurait rêvé d’une URSS démocratique, assise sur un socle populaire mais restant aussi communiste qu’à ses débuts. Libéraliser sans décommuniser. Les Russes, finalement, ont voulu libéraliser la vie politique avant la vie économique, tandis que les Chinois font exactement l’inverse : ils libéralisent l’économie, mais pour libéraliser la politique, on attendra encore.

Évidemment, comme son rival jumeau Boris Eltsine, qui lui a penché du côté de l’après-URSS, Gorbatchev est très impopulaire dans l’esprit des citoyens russes car il est le symbole de l’effondrement de la dignité historique de la Russie, celle qui met sur le même piédestal Ivan IV, Pierre le Grand, Nicolas II, et même Staline, voire Poutine. En quelque sorte, l’incarnation de l’anti-Russie, un pays en désordre, dilapidé, ruiné économiquement, pillé économiquement, sans éclat international.

Pourtant, c’était bien Gorbatchev qui avait redoré le blason russe auprès de la "communauté internationale" au concept assez flou, en voulant renouer des relations internationales d’égal à égal et en tournant la page de la guerre froide.

Dans son ouvrage passionnant sur Gorbatchev, "Le roman vrai de Gorbatchev", qu’il a sorti aux éditions Flammarion en janvier 2019, Vladimir Fédorovski analyse justement ce "mystère" Gorbatchev. Écrivain et historien francophile et francophone (il est docteur d’État), Vladimir Fédérovski est très bien placé pour parler de la période Gorbatchev : diplomate soviétique (il a été la plume de Leonid Brejnev et Andreï Gromyko), il était conseiller diplomatique sous Gorbatchev et a noué des liens amicaux avec Alexandre Yakovlev, le théoricien des réformes gorbatchéviennes. En contact quasi-quotidiennement avec ce dernier, Vladimir Fédororvski a pu ainsi comprendre les différentes évolutions et difficultés de la perestroïka et de la glasnost.

Ce qui est intéressant dans ce livre, c’est que Fédorovski remet parfois les pendules à l’heure. Ainsi, aussi surprenant soit-il, il considère que Gorbatchev aurait pu être l’héritier de Beria, oui, de Lavrenti Beria, l’impitoyable Ministre de l’Intérieur de Staline, celui qui, par sa longévité, était le successeur évident, naturel, inéluctable du "petit père des peuples". Fédorovski consacre tout un chapitre sur Beria comme "précurseur de Gorbatchev".

Il écrit notamment : « Souhaitant libéraliser l’économie du pays, instaurer une économie de marché et une forme de multipartisme, Beria proposa de retirer le soutien soviétique à l’Allemagne de l’Est pour permettre sa réunification avec l’Allemagne fédérale. (…) Les décisions prises par Beria au printemps 1953 furent effectivement appliquées, et la terreur apocalyptique qui avait symbolisé les règnes de Lénine et de Staline ne reparut jamais. Pendant cent jours, Beria se comporta en dirigeant volontaire, d’une envergure exceptionnelle, multipliant de sa propre autorité les réformes et d’extraordinaires initiatives diplomatiques. Ces projets auraient pu annoncer la fin de la guerre froide et saboter la domination du parti communiste. C’est sur ce plan précis que Beria fut incontestablement le vrai précurseur de Gorbatchev ! Prouvant par là même qu’une partie des dirigeants du Kremlin sentait depuis longtemps la nécessité de sortir du communisme. (…) Dès 1953, quand Beria s’était emparé du pouvoir, tel était déjà son programme : décollectiviser l’agriculture et l’économie, amorcer la détente avec l’Occident. Mais il faut croire qu’il était trop tôt pour une telle lucidité. En un mois, son sort fut réglé. La vieille garde jeta son dévolu sur Khrouchtchev, qui incarnait à merveille la fameuse "sagesse du guépard" : tout modifier pour que rien ne change. ».

Pour Fédorovski, Yakovlev a eu une part décisive au moment de la succession de Tchernenko : il a négocié les ralliements déterminants à Gorbatchev de Viktor Grichine, secrétaire du parti à Moscou, et surtout, de Gromyko, promis à la Présidence du Soviet Suprême, dans la bataille de succession contre son rival "conservateur" Grigori Romanov. Vladimir Krioutchkov et Evgueni Primakov sont aussi intervenus pour favoriser la désignation de Gorbatchev. Krioutchov, futur chef du KGB, fut impliqué dans le coup d’État du 19 août 1991 contre Gorbatchev. Primakov fut par la suite un Ministre des Affaires étrangères et un Premier Ministre de Boris Eltsine.

Le programme politique de Gorbatchev était celui de son éminence grise, Yakovlev. Selon Fédorovski : « À ses yeux, la perestroïka est la dernière chance de réconcilier les socialistes de l’Est et de l’Ouest, de rassembler les communistes réformateurs et les sociaux-démocrates dans une sorte d’union de gauche à vocation internationale. Aux yeux de Yakovlev, il faut même assurer la convergence entre les deux systèmes, dans le nouveau contexte de la mondialisation et de l’interdépendance des nations. (…) C’est le moment que choisit Yakovlev pour faire passer à l’attention de Gorbatchev une analyse chiffrée de "l’étendue des crimes du régime totalitaire", laquelle avance le nombre effroyable de vingt-cinq millions de victimes sous Lénine, Trotski et Staline. ».

Mikhaïl Gorbatchev aurait été un héritier de Lavrenti Beria si celui-ci avait eu le temps de gouverner la Russie soviétique. Il est devenu un anecdotique François Asselineau du paysage politique russe. À moins de s’être transformé en une sorte Al Gore moscovite avec ses (nouvelles) aspirations écologistes…


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Sylvain Rakotoarison (02 mars 2021)
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Mikhaïl Gorbatchev.
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