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29 décembre 2016 4 29 /12 /décembre /2016 02:38

« Si je suis tué par des hommes ordinaires, par mes frères, toi, tsar Nicolas, tu vivras. Tu resteras sur le trône et tes enfants vivront. Si je suis tué par des seigneurs, des aristocrates, mon sang coulera sur toute la Russie, et ils devront quitter le pays qui basculera et sera vaincu. » (décembre 1916).


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Il y a un siècle, dans la nuit du 29 au 30 décembre 1916 (pour le calendrier grégorien), Grigori Efimovitch Raspoutine fut assassiné à Petrograd (Saint-Pétersbourg). Il devait avoir probablement 47 ans, presque 48 ans.

Raspoutine avait déjà été victime d’une première tentative d’assassinat, par une ancienne prostituée qui l’avait poignardé le 29 juin 1914. Il en réchappa et en profita pour renforcer son emprise auprès de la famille impériale.

À sa mort, Raspoutine était donc au sommet de son influence, voire de son pouvoir. Réel personnage de roman, vaguement mystique, pseudo-moine originaire de Sibérie, il était un conseiller tellement proche de la tsarine Alexandra Fiodorovna (Alix de Hesse-Darmstadt), chargée de gouverner la Russie à partir du 21 août 1915, pendant que son époux Nicolas II commandait lui-même les armées impériales, qu’il prenait des décisions importantes (des nominations notamment) alors qu’il n’avait aucune légitimité, suscitant jalousie et agacement dans la famille impériale et parmi les autres proches du tsar, suscitant aussi l’inquiétude par sa proximité avec l’Allemagne, pays contre lequel la Russie était en guerre depuis le 1er août 1914.

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Mikhaïl Rodzianko, président de la Douma, avait ainsi mis en garde Nicolas II : « Je dois dire à Votre Majesté que cela ne peut pas continuer beaucoup plus longtemps. Personne ne vous ouvre les yeux sur le rôle véritable que cet homme joue. Sa présence à la Cour de Votre Majesté sape la confiance dans le pouvoir suprême et peut avoir un effet néfaste sur le sort de la dynastie et détourner le cœur des gens de leur empereur. ».

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Alexandre Kerenski, député et futur Président du gouvernement provisoire de la Russie du 21 juillet 1917 au 8 novembre 1917, s’était également inquiété : « La foi aveugle de la tsarine en Raspoutine l’a amenée à lui demander conseil, non seulement dans les questions personnelles, mais aussi sur des questions de politique d’État. Le général Alekseïev, tenu en haute estime par Nicolas II, a essayé de parler à la tsarine au sujet de Raspoutine, mais il réussit seulement à s’en faire une ennemie implacable. Le général m’a dit plus tard à ce sujet sa profonde préoccupation en apprenant qu’une carte secrète des opérations militaires avait trouvé son chemin dans les mains de l’impératrice. Mais comme beaucoup d’autres, il était impuissant à prendre des mesures. ».

Touché par de nombreux scandales mettant en jeu la réputation de la cour, Raspoutine a fédéré autour de lui tellement de détestation et de crainte qu’il fut finalement assassiné. Il fut invité à dîner dans le palais de son futur assassin et fut empoisonné au cyanure de potassium (introduit dans des pâtisseries) mais insuffisamment (ou même pas du tout) au point d’être achevé par beaucoup de coups et par cinq coups de feu issus de trois revolvers différents. Son corps fut ensuite jeté dans la Nevka. Lorsque que le corps a été retrouvé, gelé, le 1er janvier 1917, on a fait une autopsie qui révéla la présence d’eau dans les poumons, ce qui signifiait que Raspoutine n’était pas encore mort malgré ses blessures lorsqu’il fut jeté dans l’eau et mourut noyé.

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Ce fut le prince Félix Youssoupov, issue d’une famille encore plus riche que celle de Nicolas II, qui organisa le complot visant à l’éliminer. Les parents de Félix Youssoupov avaient été humiliés par Raspoutine quelques mois auparavant. Parmi ses complices, le grand-duc Dimitri Pavlovitch Romanov (très "proche" sentimentalement de Féix Youssoupov), le député Vladimir Pourichkevitch (leader d’un parti d’extrême droite), le lieutenant Sergueï Soukhotine et le docteur Stanislas Lazovert (médecin-chef d’un train-hôpital de la Croix-Rouge qui fut sous les ordres de Vladimir Pourichkevitch mais qui apparemment, n’aurait pas fourni le cyanure de potassium mais une poudre inoffensive).

Lorsque la police arriva, les deux derniers conspirateurs avaient déjà fui Petrograd, et les trois premiers, interrogés, dont la mort était réclamée par la tsarine pour venger Raspoutine, ont eu la vie sauve et furent seulement exilés par le tsar, car la population fut réjouie et soulagée de l’assassinat de Raspoutine.

Enterré le 3 janvier 1917 au palais de Tsarskoïe Selo, près de Petrograd, le corps de Raspoutine fut exhumé et brûlé le 22 mars 1917, ses cendres dispersées dans la forêt, par les bolcheviks. La famille impériale fut elle-même massacrée par les bolcheviks dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918 à Iekaterinbourg.

Raspoutine aurait fait devant l’impératrice cette prophétie : « Je mourrai dans des souffrances atroces. Après ma mort, mon corps n’aura point de repos. Puis tu perdras ta couronne. Toi et ton fils, vous serez massacrés ainsi que toute la famille. Après, le déluge terrible passera sur la Russie. Et elle tombera entre les mains du Diable. ».

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Bien plus tard après son assassinat, beaucoup de témoignages concordants laissèrent entendre que l’agent secret britannique Oswald Rayner, ami d’enfance de Félix Youssoupov, était présent lors de l’assassinat, voire a tiré lui-même sur Raspoutine : la Grande-Bretagne voulait éviter à tout prix que la Russie retirât ses troupes contre l’Allemagne pendant la Première Guerre mondiale. L’ancien diplomate russe devenu romancier français Vladimir Fédorovski, après avoir mené sa propre enquête, a affirmé le 1er décembre 2011 que les coups de feu ont été tirés par le grand-duc Dimitri Pavlovitch et par Oswald Rayner ("Le Roman de Raspoutine" aux éd. du Rocher).

Par ailleurs, le grand-duc Nicolas Mikhaïlovitch Romanov, grand historien à l’esprit très libéral, évoqua, dans son journal, une relation très ambiguë entre Raspoutine et le prince Félix Youssoupov : « Félix Youssoupov me narra toute l’histoire, son affection, sa relation homosexuelle avec Raspoutine. Le starets se prit d’affection pour lui. Peu après, le prince lui fit entièrement confiance. Ils se sont vus presque chaque jour et parlèrent de tout. Raspoutine l’initia à ses projets. Une chose incroyable se produisit, Raspoutine était épris et avait une passion charnelle pour Félix. Je suis convaincu qu’il y avait des manifestations physiques de cette amitié sous forme de baisers, d’attouchements de part et d’autre et peut-être quelque chose de plus cynique. Le sadisme de Raspoutine laisse un doute. Je comprenais peu les perversités sexuelles de Félix. Bien avant son mariage, des rumeurs circulèrent sur sa lascivité. ».

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Après l’abdication de Nicolas II le 15 mars 1917, le prince Félix Youssoupov s’exila en Crimée, puis a pu fuir le 11 avril 1919 la Russie devenue soviétique, à bord d’un cuirassé de la Royal Navy. Après un séjour à Rome puis à Londres, lui et sa famille s’installèrent à Paris en 1920 et y restèrent. Il publia ses mémoires, notamment sur la mort de Raspoutine en 1927, et exprima ainsi ses scrupules juste avant l’assassinat : « Une inexprimable pitié pour cet homme m’a soudain saisi. La fin ne justifie pas les moyens ignobles. J’ai ressenti le mépris de soi. Comment pourrais-je commettre une telle infamie ? J’ai regardé la victime. Le "vieil homme" était confiant et calme. Et puis, soudain, apparut devant moi la vie de Raspoutine dans toutes ses abominations. Et mes doutes et scrupules disparurent. ».

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Félix Youssoupov est mort le 27 septembre 1967 : Alain Decaux venait de l’interviewer pour réaliser avec Robert Hossein et Claude de Sailly le film "J’ai tué Raspoutine" sorti le 3 mai 1967, film dans lequel, pour le rôle du grand-duc Dimitri Pavlovitch, a joué …l’actuel député-maire de Levallois-Perret, Patrick Balkany ! Félix Youssoupov est enterré au cimetière russe de Sainte-Geneviève-des-Bois.

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La fille de Raspoutine, née le 27 mars 1899, Maria Grigorievna Raspoutine, émigra après la Révolution russe en Roumanie, puis en France, enfin aux États-Unis où elle mourut le 27 septembre 1977 (à Los Angeles). Elle chercha à faire juger le prince Félix Youssoupov lorsque ce dernier a reconnu dans un livre qu’il avait été l’un des assassins de son père mais fut déboutée par un tribunal français qui se considéra incompétent. Elle-même a écrit un livre sur son père, publié en 1966 aux éditions Albin Michel.


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Sylvain Rakotoarison (29 décembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Raspoutine.
Léonid Brejnev.
La fin de l’URSS.
La catastrophe de Tchernobyl.
Trofim Lyssenko.
Anna Politkovskaia.
Vladimir Poutine.
L’élection présidentielle de mars 2008.
Mikhail Gorbatchev.
Boris Eltsine.
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L’Afghanistan.
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Staline.
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24 décembre 2016 6 24 /12 /décembre /2016 03:14

« Le totalitarisme veut atteindre la racine même de la pensée et de la sensibilité, tuer la source de l’indépendance intellectuelle et morale en chaque individu. (…) Il veut se substituer à nous en chacun de nous, régner en maître à l’intérieur des consciences. » (Jean-François Revel).


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Il y a exactement vingt-cinq ans, le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev, Président de l’Union Soviétique, a remis sa démission. Pas de successeur. L’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS) était devenue une coquille vide d’où étaient parties toutes ces républiques qui avaient été englouties par la Révolution russe.

Je dois dire que lorsque j’ai appris la nouvelle, je ne l’aurais jamais crue seulement trente mois auparavant. Je croyais que l’URSS aurait encore duré au moins deux ou trois générations supplémentaires. Et quasiment sans coup de feu, sans effusion de sang (il y en a eu mais indirectement), l’empire des Soviets s’est disloqué aussi facilement qu’un château de cartes.

Pourtant, le communisme fut un totalitarisme aussi inquiétant que ne le fut le nazisme, comme l’a proposé Françoise Thom, professeure d’histoire à la Sorbonne : « Les deux systèmes n’acceptent pas la nature humaine telle qu’elle est, les deux systèmes sont en guerre avec la nature humaine. C’est la racine du totalitarisme. Le nazisme est basé sur une fausse biologie, le communisme est basé sur une fausse sociologie. Mais les deux systèmes prétendent avoir une base scientifique. ».

Ce que disait aussi la philosophe Hannah Arendt, spécialiste des régimes totalitaires : « Le totalitarisme ne tend pas vers un règne despotique sur les hommes, mais vers un système dans lequel les hommes sont superflus. Le pouvoir total ne peut être achevé que dans un monde de réflexes conditionnés, de marionnettes ne présentant pas la moindre trace de spontanéité. ».

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Un des livres de Vladimir Fédorovski, écrivain français, ancien diplomate russe et docteur en histoire, a pour titre : "De Raspoutine à Poutine" (éd. Perrin, 2001). C’était un peu cela, l’Union Soviétique, née dans la douleur de la guerre civile, peu après l’assassinat de Raspoutine, et partie sans acharnement thérapeutique, avec une piqûre d’anti-douleur pour que "tout" se passât bien.

Car l’Union Soviétique, c’était à la fois un État et un regroupement d’États. Staline avait réussi à convaincre les Alliés de lui faire attribuer à l’ONU trois sièges et pas seulement un siège, en laissant croire que l’Ukraine et la Biélorussie étaient également des États souverains, ce qu’elles n’étaient pas.

Entre parenthèses, pour les europhobes de pacotille, l’Union Européenne d’aujourd’hui n’a strictement rien à voir avec l’URSS de 1922 à 1991. Chaque État a adhéré à l’Union Européenne selon ses volontés, et la volonté de son peuple, et aussi la volonté des membres d’origine. La preuve par l’absurde, c’est qu’un peuple, s’il le voulait, pourrait partir, le Brexit l’a démontré récemment. Enfin, l’Union Européenne rassemble librement 500 millions de citoyens sur les valeurs communes de liberté, d’égalité et de droits de l’Homme, tout le contraire de l’URSS avec son goulag, ses dissidents, ses purges, ses invasions étrangères…

C’est peut-être Milton Friedman qui a donné la bonne différenciation : « Il n’y a fondamentalement que deux manières de coordonner les activités économiques de millions de personnes. La première est la direction centralisée, qui implique l’usage de la coercition : c’est la technique de l’armée et de l’État totalitaire moderne. La seconde est la coopération volontaire des individus : c’est la technique du marché. ». Je ne m’étendrai pas plus ici sur ce sujet car ce n’est pas l’objet de cet article mais de temps en temps, il faut savoir rappeler quelques évidences pour des personnes qui auraient la mémoire un peu trop courte.

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La dislocation est venue du délitement et le délitement de ce vent de liberté des peuples qui a soufflé sur l’Europe en 1989. Tous les régimes communistes satellites de l’URSS se sont libérés de la tutelle de Moscou. La raison ? Au contraire de Nikita Khrouchtchev en 1956, au contraire de Léonid Brejnev en 1968, en 1970, en 1981, Mikhaïl Gorbatchev avait décidé une fois pour toutes de ne pas utiliser son armée pour réprimer les peuples. Quand les Allemands de l’Est l’ont compris, quand les Hongrois l’ont compris, et même quand les Polonais l’ont compris, les révolutions ont eu lieu, en douceur, de velours, sauf dans un pays, la Roumanie, où la guerre civile fut courte mais sanglante.

Entre l’été 1989 et la fin 1991, il y a eu à peine trente mois. Trente mois qui ont montré au grand jour que l’URSS était un paquebot beaucoup trop lourd pour pouvoir être dirigé correctement et efficacement en période de tempête. Mikhaïl Gorbatchev l’avait compris dès qu’il est arrivé au pouvoir en mars 1985. Il devait prendre la succession d’une série de gérontocrates qui avaient laissé leur pays dans un état économique catastrophique, ruiné par la course aux armements. C’est lui qui remarqua et promut Boris Eltsine, de la même génération (un mois d’écart en âge), pour avoir un allié au sein du Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS) et faire ses réformes.

Mais à la différence de Mikhaïl Gorbatchev qui croyait que le système soviétique était transformable et amendable, Boris Eltsine a compris assez vite, et dès 1989, que l’Union Soviétique n’était plus viable. En effet, dès le printemps 1990, les pays baltes ont proclamé leur indépendance : la Lituanie le 11 mars 1990, l’Estonie le 30 mars 1990, et la Lettonie le 4 mai 1990. À eux se sont ajoutées l’Arménie le 23 août 1990 et la Géorgie le 9 avril 1991.

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Envisageant très rapidement une solution de dislocation (imaginant le transfert de la majeure partie des pouvoirs de l’URSS vers la Russie elle-même), Boris Eltsine s’est fait élire Président du Praesidium du Soviet Suprême de la République socialiste fédérative soviétique de Russie le 29 mai 1990, poste qui s’est transformé en Président de la République socialiste fédérative soviétique de Russie le 10 juillet 1991 après son élection au suffrage universel direct le 12 juin 1991, puis en Président de la Fédération de Russie le 25 décembre 1991, réélu le 3 juillet 1996.

Mikhaïl Gorbatchev a fait réformes constitutionnelles sur réformes constitutionnelles, évoluant entre les libéraux qui trouvaient qu’il n’en faisait pas assez et les conservateurs qui trouvaient qu’au contraire, il en faisait trop. Il a même instauré des élections pluralistes, timidement. Les premières et seules élections législatives de l’URSS ont eu lieu les 26 mars 1989 et 9 avril 1989.

Face aux peuples qui se révoltaient, Mikhaïl Gorbatchev a tenté de reprendre l’initiative en organisant le seul référendum de l’histoire soviétique, le 17 mars 1991. Ce référendum était voulu par les députés par leur vote du 24 décembre 1990. La question fut : « Pensez-vous qu’il est essentiel de préserver l’URSS sous forme d’une fédération renouvelée de républiques souveraines et égales où les droits et les libertés de chacun, quelle que soit la nationalité, seront pleinement garantis ? ».

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Malgré le boycott des pays baltes, de l’Arménie, de la Géorgie et aussi de la Moldavie (qui se considère comme roumaine), le résultat fut un "succès" (très provisoire) : 77,8% ont répondu "oui" (113 512 812 électeurs) avec une participation de 80,0%. Les plus forts taux se retrouvaient parmi les États d’Asie centrale autour de 95% de "oui".

Il faut replacer dans le contexte historique. Le 3 octobre 1990, six mois auparavant, Helmut Kohl avait réussi à réaliser la Réunification de l’Allemagne. Tout était mouvant en Europe de l’Est. En janvier 1991, Mikhaïl Gorbatchev a employé la méthode forte en envoyant les chars soviétiques à Vilnius pour empêcher l’indépendance de la Lituanie et préserver la population russophone.

Fort de cette approbation par référendum, Mikhaïl Gorbatchev allait donc signer le 20 août 1991 le traité instituant une nouvelle URSS, l’Union des États souverains avec une plus grande autonomie des républiques membres, tout en préservant le poste de Président fédéral.

Le 19 août 1991, le putsch de Moscou empêcha la tenue de cette signature. Le putsch n’a pas tourné en faveur des putschistes grâce au courage et à la volonté de Boris Eltsine qui s’était hissé sur un char soviétique au centre de Moscou pour les empêcher de prendre position. Le 21 août 1991, Mikhaïl Gorbatchev retourna au Kremlin sans aucune légitimité, accompagné d’un Boris Eltsine qui avait été élu démocratiquement deux mois auparavant.

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Ce fut Boris Eltsine qui mena la politique soviétique entre août et décembre 1991, d'une manière presque autoritaire face à Mikhaïl Gorbatchev. Pendant cette période, toutes les autres républiques de l’URSS ont fait sécession et ont proclamé leur indépendance (autres que celles qui avaient déjà proclamé leur indépendance) : l’Ukraine le 24 août 1991, la Biélorussie le 25 août 1991, la Moldavie le 27 août 1991, le Kirghizistan le 31 août 1991, l’Ouzbékistan le 1er septembre 1991, le Tadjikistan le 9 septembre 1991, l’Azerbaïdjan le 18 octobre 1991, le Turkménistan le 27 octobre 1991, et le Kazakhstan le 16 décembre 1991. Même la Russie a proclamé son indépendance le 12 décembre 1991 !

À la place de l’URSS ou même de la nouvelle fédération qu’avait proposée Mikhaïl Gorbatchev, Boris Eltsine (Russie), Léonid Kravtchouk (Ukraine) et Stanislaw Chouchkievitch (Biélorussie) se sont réunis lors d’un sommet à Minsk le 8 décembre 1991 pour instaurer une Communauté des États indépendants, puis les Présidents des onze républiques restantes de l’encore URSS se rencontrèrent lors d’un nouveau sommet à Alma-Ata le 21 décembre 1991 pour confirmer l’accord à trois de Minsk.

Président d’une Union d’aucune république socialiste soviétique, Mikhaïl Gorbatchev remit sa démission le 25 décembre 1991. L’URSS et toutes les institutions qui dépendaient de l’URSS furent dissoutes. Concentrant tous les pouvoirs anciennement soviétiques, Boris Eltsine resta Président de la Fédération de Russie jusqu’au 31 décembre 1999, jour où il confia les pouvoirs à son jeune et nouveau Premier Ministre Vladimir Poutine. En décembre 2016, Vladimir Poutine est toujours à la tête de la Russie. Dans un an, il dépassera la longévité de Léonid Brejnev…

Joyeux Noël !


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Sylvain Rakotoarison (24 décembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Raspoutine.
Léonid Brejnev.
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Vladimir Poutine.
L’élection présidentielle de mars 2008.
Mikhail Gorbatchev.
Boris Eltsine.
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L’Afghanistan.
Boris Nemtsov.
Staline.
Ronald Reagan.
Margaret Thatcher.
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Un nouveau monde.
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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 06:15

« Je suis vieux et fatigué. Laissons-les faire face à eux-mêmes. J’ai fait le principal. Quelqu’un aurait-il pu rêver de pouvoir dire à Staline qu’il ne nous convenait plus et lui proposer de prendre sa retraite ? Pas même une tache humide ne serait restée là où nous nous serions tenus. Aujourd’hui, tout est différent. La peur a disparu et nous pouvons parler d’égal à égal. C’est ma contribution. Je ne me battrai pas. » (Nikita Khrouchtchev le 13 octobre 1964, s’adressant à Anastase Mikoyan).



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En Ukraine, le 19 décembre 1906 dans le calendrier grégorien, il y a exactement 110 ans, est né Léonid Brejnev, l’un des rares dirigeants suprêmes de la défunte Union Soviétique.

Pour ceux de ma génération, il était le symbole du gros ours soviétique, déjà malade tant de la maladie (l’homme) que de la bureaucratie et de la planification (l’Union Soviétique). Le règne fut long et interminable.

Après des études pour devenir ingénieur métallurgiste, Léonid Brejnev fut de la première génération d’après la Révolution russe (il n’avait que 10 ans lorsque celle-ci éclata). Il adhéra au Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS) à l’âge de 16 ans et fit partie, dans les années 1930 et 1940, de ces jeunes cadres qui ont bénéficié des purges staliniennes : beaucoup de postes étaient donc à prendre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut ainsi commissaire politique.

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Pendant toute son ascension, dans un parti dominé par Staline, il fut le protégé de Nikita Khrouchtchev, qui avait la mainmise sur le PCUS de l’Ukraine : premier secrétaire du PCUS de Dniepropetrovsk juste après la guerre, Léonid Brejnev fut député du Soviet Suprême en 1950, puis premier secrétaire du PCUS de la Moldavie, puis en 1952 membre du comité central du PCUS et fut en passe d’intégrer le Politburo. C’était déjà une très belle carrière pour cet apparatchik aux origines modestes.

La mort de Staline ne lui a pas permis d’entrer immédiatement au Politburo car sa composition en fut réduite. En 1955, Léonid Brejnev fut alors nommé par Nikita Khrouchtchev, devenu Secrétaire Général du PCUS le 14 mars 1953 (face à Gueorgui Malenkov qui avait assuré l’intérim du pouvoir à la mort de Staline), premier secrétaire du PCUS du Kazakhstan, un poste décisif dans sa montée vers le pouvoir suprême. En février 1956, il fut chargé de superviser l’industrie militaire soviétique, ainsi que le programme spatial et les infrastructures. En juin 1957, il a soutenu Nikita Khrouchtchev qui devait faire face à la résistance des anciens staliniens (Gueorgui Melenkov, Viatcheslav Molotov et Lazare Kaganovitch).

La victoire définitive de Nikita Khrouchtchev a eu pour conséquence son entrée au Politburo et l’arrivée au saint des saints. En 1959, il est entré au secrétariat du comité central. Montrant sa place déterminante, Nikita Khrouchtchev le nomma du 7 mai 1960 au 15 juillet 1964 Président du Praesidium du Soviet Suprême de l’URSS, poste équivalent à chef d’État, surtout honorifique mais qui donnait une idée de la place qu’avait atteinte Léonid Brejnev au sein de l’appareil du parti. Dans ces nouvelles fonctions, il fit de nombreux déplacements à l’étranger, lui donnant des goûts de luxe qui donnèrent une image épouvantable à son régime ultérieurement.

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Lorsqu’il fut désigné premier secrétaire du comité central en 1963, il faisait figure de dauphin de Nikita Khrouchtchev. À partir de cette date, le pouvoir de Nikita Khrouchtchev était de plus en plus contesté à l’intérieur de l’appareil du parti : les réformes économiques n’ont pas eu les résultats escomptés et les déclarations du Secrétaire Général de plus en plus imprévisibles, suscitant inquiétude et réticence parmi les cadres. Le 15 juillet 1964, Léonid Brejnev laissa la Présidence du Praesidium du Soviet Suprême à Anastase Mikoyan qui resta fidèle à Nikita Khrouchtchev. Léonid Brejnev avait déjà songé à faire arrêter Nikita Khrouchtchev dès juin 1964, lors du retour d’un voyage en Scandinavie.

Léonid Brejnev organisa l’éviction de Nikita Khrouchtchev avec la complicité de Nikolaï Podgorny (membre du Politburo), d’Alexis Kossyguine (membre du Politburo), d’Alexandre Chélépine (ancien chef du KGB, Vice-Premier Ministre et chargé au comité central des organes de sécurité de l’URSS) et du jeune successeur de ce dernier à la présidence du KGB, Vladimir Semitchastny. Ce fut Mikhaïl Souslov, membre du Politburo et l’idéologue du parti, qui prit une part importante dans le limogeage de Nikita Khrouchtchev.

Ce dernier était en séjour en vacances à Pitsounda, en Abkhasie. Le 12 octobre 1964, Léonid Brejnev lui annonça la tenue le lendemain d’une réunion exceptionnelle du Praesidium à Moscou. Il s’y rendit. Accusé de tous les maux le 13 octobre 1964, Nikita Khrouchtchev refusa de se battre pour garder son pouvoir et déclara forfait auprès de son ami Anastase Mikoyan (lire la citation en tête de l’article).

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Le 14 octobre 1964, très formellement, le Praesidium et le comité central ont "accepté" le départ "volontaire" de Nikita Khrouchtchev qui était à la fois le Premier Secrétaire du comité central PCUS (depuis le 7 septembre 1953) et le Président du Conseil des ministres de l’URSS (depuis le 27 mars 1958).

Le partage des dépouilles se fit entre les conspirateurs : Léonid Brejnev est devenu Premier Secrétaire du comité central du PCUS le 14 octobre 1964, s’octroyant la grande part du pouvoir suprême, Alexis Kossyguine fut Président du Conseil des ministres le 15 octobre 1964. Anastase Mikoyan réussit à rester Président du Praesidium du Soviet Suprême, mais fut mis à la retraite rapidement, dès le 9 décembre 1965, laissant place à Nikolaï Podgorny.

Si l’éviction de Nikita Khrouchtchev fut collective, très rapidement, le pouvoir qui est repris en main fut très personnel : Léonid Brejnev réussit petit à petit à récupérer la totalité des pouvoirs au sein du parti et au sein de l’État, faisant même dans les années 1970, un véritable culte de la personnalité.

Alexandre Chélépine, qui faisait partie des successeurs potentiels de Nikita Khrouchtchev, perdit son influence et fut évincé du Politburo le 16 avril 1976, et du comité central en 1976. Le 18 mai 1967, le protégé de ce dernier, Vladimir Semitchastny, fut évincé de la présidence du KGB au profit de Youri Andropov (en poste jusqu’au 26 mai 1982), proche de Léonid Brejnev et dont le mentor était Mikhaïl Souslov. Nikolaï Podgorny fut également évincé de la Présidence du Praesidium du Soviet Suprême le 16 juin 1977 et fut remplacé par Léonid Brejnev lui-même qui cumula donc direction du parti et direction de l’État (aucun dirigeant soviétique ne l’avait encore fait jusque là mais cela est devenu ensuite la norme, comme du reste dans la Chine communiste). Alexandre Kossyguine, en désaccord avec Léonid Brejnev sur les réformes économiques et malade, fut écarté de la Présidence du Conseil des ministres quelques semaines avant sa mort, le 23 octobre 1980, au profit de Nikolaï Tikhonov.

En mars 2014, la crise de la Crimée à population russe mais appartenant à l'Ukraine provenait de l'époque de Nikita Khrouchtchev qui, ukrainien, a fait don de la Crimée à l'Ukraine. Léonid Brejnev n'a pas remis en cause ce don car lui-même était ukrainien. Ce changement restait assez mineur et sans conséquence tant que l'Ukraine et la Russie gardaient un avenir commun au sein de l'Union Soviétique.

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À la fin des années 1970, Léonid Brejnev était le dirigeant le plus puissant de l’Union Soviétique, s’octroyant des dizaines de décorations, se gratifiant même du titre usurpé de maréchal de l’Union Soviétique (en mai 1976). Dès mai 1965, Léonid Brejnev avait restalinisé les discours officiels et avait renforcé les pouvoirs du KGB au détriment des libertés publiques.

Les dix-huit longues années sous domination de Léonid Brejnev furent des années de stagnation économique et de refermeture politique en misant massivement sur un réarmement nucléaire de l’URSS pour faire face aux États-Unis. Cette "refermeture" était cependant ambiguë puisqu’une politique de détente vers "l’Occident" était également de mise avec la négociation des accords de limitation de la course aux armements (SALT) en 1979 et aussi l’Acte final d’Helsinki en 1975 sur la défense des droits de l’Homme, détente voulue pour faire contrepoids à la situation très mauvaise des relations diplomatiques de la Chine de Mao Tsé-Toung.

Pour éviter le renouvellement de l’insurrection de Budapest en 1956, Léonid Brejnev réprima les volontés d’émancipation des peuples d’Europe centrale et orientale comme à Prague en 1968, Gdansk en 1970 puis Varsovie en 1981, a arrêté Andrei Sakharov, et surtout, a commis sans doute la faute fatale de l’invasion de l’Afghanistan en décembre 1979.

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Le baiser sur la bouche du dirigeant est-allemand fut mis en peinture sur le mur de Berlin comme symbole de la répression des peuples européens (j’ai eu beaucoup d’émotion à revoir cette peinture sur le mur à Berlin en janvier 2013).

La longue agonie de Léonid Brejnev symbolisa également l’agonie du régime soviétique lui-même, à une époque où le responsable de l’agriculture, Mikhaïl Gorbatchev, protégé de Youri Andropov, avait compris que sans réformes structurelles très profondes, l’Union Soviétique ne durerait plus que quelques années. Cette agonie a eu lieu aussi dans un certain contexte international : après la maladie du Président français Georges Pompidou et c’était assez ordinaire à l’époque de lire des ouvrages sur "ces malades qui nous gouvernent".

Après une crise cardiaque en mars 1982, Léonid Brejnev est mort à l’âge de 75 ans le 10 novembre 1982 à Moscou. Sa mort a ouvert une période d’instabilité très forte en Union Soviétique, avec la mise en place d’une véritable gérontocratie pendant deux ans et demi, jusqu’à l’arrivée du "jeune" Mikhaïl Gorbatchev (54 ans), le 11 mars 1985 à la tête du PCUS.

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Entre temps, Youri Andropov, chef du KGB, succéda à Léonid Brejnev le 12 novembre 1982 comme Secrétaire Général du comité central du PCUS et aussi le 16 juin 1983 comme Président du Praesidium du Soviet Suprême, mais très malade, il succomba à 69 ans le 9 février 1984. Il fut remplacé par son rival Konstantin Tchernenko, également malade et âgé, qui fut Secrétaire Général du comité central du PCUS le 13 février 1984 et Président du Praesidium du Soviet Suprême le 11 avril 1984. Lui-même succomba à 73 ans le 10 mars 1985, rendant plus que nécessaire de mettre en avant un dirigeant d’une nouvelle génération pour faire face aux États-Unis à la fierté retrouvée de Ronald Reagan.

La thérapie Gorbatchev (à base de perestroïka et de glasnost) ne fut cependant pas suffisante pour pérenniser l’Union Soviétique qui implosa d’elle-même, presque sans effusion de sang, le 25 décembre 1991, après la chute du mur de Berlin et la libération des peuples d’Europe sous le joug soviétique. Le long pouvoir de Léonid Brejnev a illustré les limites du communisme, tant économiques que politiques, évidemment !


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La catastrophe de Tchernobyl.
Trofim Lyssenko.
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20 novembre 2016 7 20 /11 /novembre /2016 01:03

« Apport scientifique nul, paralysie de la biologie et de l’agronomie soviétiques pendant près de trente ans, mise à l’écart et assassinats de savants mondialement réputés. » (Joël Kotek et Dan Kotec, "L’Affaire Lyssenko ou l’histoire réelle d’une science prolétarienne en Occident", 1986).


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Le 20 novembre 1976 à Kiev, il y a quarante ans, est mort très discrètement Trofim Denissovitch Lyssenko, à l’âge de 79 ans, qui fut le symbole d’une science soviétique typiquement mensongère et idéologique. Elle fut annoncée sans tambour ni trompette par une simple dépêche par l’agence de presse officielle de l’Union Soviétique. Cela faisait plus de dix ans qu’il était en disgrâce.

Pourtant, avec ses pseudo-travaux de physiologie du développement des végétaux (en particulier des céréales), Lyssenko fut un personnage très important de l’empire soviétique. Il fut pendant trente ans le dictateur des scientifiques soviétiques. Un véritable cauchemar historique et scientifique lorsque l’on sait que les Russes comptent parmi les scientifiques les plus performants du monde, chimistes, physiciens, mathématiciens, et ce n’est pas un hasard si les champions aux échecs sont russes pour la plupart.

Trofim Lyssenko est né le 29 septembre 1898 de parents paysans ukrainiens. Il a suivi une formation en horticulture puis en agronomie. À partir de 1925, il commença à travailler auprès de chercheurs en agronomie, en particulier en Azerbaïdjan. Ses premiers travaux ont porté sur l’effet de la température sur la durée de la croissance des végétaux, et il aurait démontré en 1927 qu’il était possible de transformer un champ en prairie.

Sa réputation a commencé à briller à partir de ce moment-là ("La Pravda" lui a consacré en août 1927 un article très élogieux, en le nommant le "professeur aux pieds nus"). Deux ans plus tard, après des publications sur la vernalisation, il fut nommé chercheur à l’Institut de génétique d’Odessa (la vernalisation avait été en fait découverte par des Américains en 1857 pour avoir du blé d’hiver au printemps).

Un premier colloque scientifique à Leningrad en janvier 1929 n’a pas donné de reconnaissance scientifique à Lyssenko. Cependant, après de nouvelles expérimentations de vernalisation sur du blé en hiver, il a acquis une aura auprès des paysans ukrainiens. À partir de 1930, devenu héros de l’Union Soviétique grâce à Staline, Lyssenko est devenu intouchable malgré les quelques prudentes réserves des (vrais) biologistes soviétiques.

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La bataille idéologique a démarré en 1934 lorsque, directeur scientifique et membre de l’Académie des sciences d’Ukraine, Lyssenko a attaqué les théories génétiques de Gregor Mendel. En février 1935, devant Staline, Lyssenko a appelé ouvertement à tuer les ennemis de sa pseudo-théorie scientifique : « Pour défendre la vernalisation dans les différentes discussions que nous avons eues avec ces prétendus savants, pour imposer son application, il a fallu ne pas hésiter à verser le sang, à porter des coups. Dites-moi, camarades, sur le front de la vernalisation, ne s’agit-il pas toujours de lutte de classe ? ». Pourtant, la vernalisation n’avait pas du tout obtenu les résultats attendus sur les rendements (à une époque de famine).

L’ascension vers tous les honneurs s’est poursuivie pour Lyssenko : membre de la récente Académie Lénine des sciences agronomiques en juin 1935, parlementaire au Soviet suprême de l’Union Soviétique en 1935, rédacteur en chef d’un magazine scientifique d’agrobiologie en août 1935, directeur de l’Institut de génétique et reproduction des végétaux d’Odessa en 1936, membre de l’Académie des sciences de l’Union Soviétique en 1936.

Ce fut fort de tous ses titres académiques que Lyssenko a porté le fer idéologique au cours d’une communication à Moscou en décembre 1936 où il expliqua qu’il y avait deux tendances dans la génétique : la génétique classique, celle de Mendel, qui était soutenue par la bourgeoisie ennemie, établissement des caractères héréditaires, et la sienne, qui considérait que les caractères pouvaient s’acquérir par une modification de l’environnement. Cette dernière tendance, largement soutenue par le pouvoir soviétique, était en cohérence avec le matérialisme dialectique.

Les biologistes dont les travaux furent contestés par Lyssenko furent arrêtés et emprisonnés lors des grandes purges staliniennes. Le mouvement fut si massif qu’il a fallu annuler le congrès international de génétique qui devait se tenir à Moscou en 1937. Les généticiens opposés à l’idéologie de Lyssenko furent désignés comme des "ennemis du peuple".

Une petite remarque : les travaux de Lyssenko n’ont jamais adopté une démarche scientifique et Lyssenko les défendait en ne présentant que des expériences qui avaient bien marché, sans prendre en compte les autres, qui avaient échoué. À cela, il extrapolait en proposant une théorie qui généralisait quelques essais non fiables et surtout, non reproductibles, ce qui était le contraire de la démarche scientifique. Lyssenko soutenait le principe de "bonds dialectiques"de transformation des espèces par le milieu environnant, au contraire d’un déterminisme de caractères héréditaires.

En février 1938, Lyssenko fut nommé président de l’Académie Lénine des sciences agronomiques et en 1940, après l’arrestation de son prestigieux premier directeur Nikolaï Vavilov (qui mourut deux ans plus tard au goulag ainsi que tous ses collaborateurs), directeur de l’Institut de génétique de l’Académie des sciences de l’Union Soviétique.

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À partir de 1946, les théories foireuses de Lyssenko ont commencé à connaître les premières contestations par des chercheurs soviétiques (au point de vouloir créer un institut de génétique parallèle pour s’opposer à celui de Lyssenko), mais jouissant du soutien indéfectible de Staline, Lyssenko est parvenu à maintenir sa suprématie scientifique sur tout le pays et à éliminer toute contestation : « De 1948 à 1952, le pouvoir de Lyssenko fut absolu : aucune de ses décisions ne fut contestée, aucune de ses thèses critiquée. » (Dominique Lecourt, "Lyssenko, histoire réelle d’une science prolétarienne", 1976). Les scientifiques récalcitrants devaient exprimer publiquement leur autocritique.

En 1948, en pleine guerre froide, les scientifiques français communistes, Jacques Monod en particulier, ont rompu avec le Parti communiste français en raison de sa défense des théories foireuses de Lyssenko. Jacques Monod a écrit dans "Combat", le journal d’Albert Camus : « Comment Lyssenko a-t-il pu acquérir assez d’influence et de pouvoir pour subjuguer ses collègues, conquérir l’appui de la radio et de la presse, l’approbation du comité central et de Staline en personne, au point qu’aujourd’hui, la vérité dérisoire de Lyssenko est la vérité officielle garantie par l’État que tout ce qui s’en écarte est "irrévocablement banni" de la science soviétique ? (…) Tout cela est insensé, démesuré, invraisemblable. C’est vrai pourtant. Que s’est-il passé ? » (septembre 1948).

Michel Foucault (né il y a 90 ans, le 15 octobre 1926) expliqua plus tard : « Quand j’ai fait mes études, vers les années 1950-1955, l’un des grands problèmes qui se posait était celui du statut politique de la science et des fonctions idéologiques qu’elle pouvait véhiculer. Ce n’était pas exactement le problème Lyssenko qui dominait, mais je crois qu’autour de cette vilaine affaire qui est restée si longtemps enfouie et soigneusement cachée, tout un tas de questions intéressantes ont été agitées. Deux mots vont les résumer toutes : pouvoir et savoir. Je crois que j’ai écrit "L’Histoire de la folie" un peu sur l’horizon de ces questions. » ("Dits et écrits", 1994). "L’Histoire de la folie à l’âge classique" a été publié en 1961 (chez Plon).

La mort de Staline le 5 mars 1953 ne transforma pas la situation dans la mesure où Nikita Khrouchtchev, à son tour, protégea également Trofim Lyssenko, malgré une contestation de plus en plus fréquente des travaux de Lyssenko par les biologistes soviétiques (un appel en 1955 fut soutenu entre autres par Andrei Sakharov).

Après le limogeage de Nikita Khrouchtchev en 1964, Lyssenko a perdu tous ses soutiens politiques. Les partisans de la génétique classique ont réinvesti la plupart des instances scientifiques de l’Union Soviétique tandis que Lyssenko a perdu la plupart de ses responsabilités. Le dictateur des scientifiques soviétiques fut enfin détrôné après avoir régné pendant près de trente ans.

Les généticiens soviétiques ont participé au centenaire de l’énonciation des lois de Mendel en juin 1965 en Tchécoslovaquie. En 1966, les lois de Mendel furent enfin inscrites au programme de l’enseignement de la biologie. Lyssenko a fait perdre trente ans à la "biologie soviétique" pour des raisons purement idéologiques.

Malgré le discrédit total et reconnu des travaux de Lyssenko à l’intérieur même de l’Union Soviétique, Trofim Lyssenko ne fut jamais inquiété par ses pratiques frauduleuses et a conservé jusqu’à sa mort les avantages de sa position d’académicien. Trop de responsables politiques l’avaient protégé pendant trois décennies pour pouvoir faire sereinement son procès sans mettre en danger les autorités politiques elles-mêmes.

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Lyssenko fut l’exemple éloquent de l’imposture soviétique sur les rendements de l’agriculture soviétique, au même titre que les statistiques de la production industrielle, de la croissance etc. furent falsifiées jusqu’à l’arrivée au pouvoir de Youri Andropov et de son "poulain" Mikhaïl Gorbatchev.

Parmi les illustrations les plus démonstratives de l’imposture intellectuelle, il y a eu cette déclaration de Lyssenko qui considérait incompatible la génétique avec le communisme : « L’incarnation la plus éclatante de cette dégradation [du darwinisme] est donnée par Weismann, Mendel, Morgan, fondateurs de la génétique réactionnaire contemporaine. » (Lyssenko, "Agrobiololgie : génétique, sélection et production des semences", 1943).

Il est vrai que durant la même période, les autorités nazies fustigeaient de leur côté la "science juive" en rejetant notamment les théories d’Albert Einstein


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6 octobre 2016 4 06 /10 /octobre /2016 06:02

« À chaque fois que la question se posait de savoir s’il y avait un journaliste honnête en Russie, le premier nom qui venait à l’esprit était pratiquement toujours celui de Politkovskaïa. » (Oleg Panfilov, octobre 2006).



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Il y a dix ans, le 7 octobre 2006, la journaliste indépendante russe Anna Politkovskaïa a été retrouvée en fin d’après-midi dans la cage d’escalier de son immeuble à Moscou, assassinée de quatre balles. Le jour anniversaire du Président de la Fédération de Russie. Elle était la vingt-et-unième journaliste assassinée depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine, et malheureusement loin d’être la dernière. Elle avait 48 ans, une famille, deux enfants.

Comme plus tard lors de l’assassinat de l’ancien Vice-Premier Ministre Boris Nemtsov, le 27 février 2015, Vladimir Poutine utilisa le même sophisme : cet assassinat lui faisait plus de mal que de bien tandis que la personne assassinée ne le dérangeait pas beaucoup.

L’un des responsables politiques régulièrement brocardés par Anna Politkovskaïa, le Premier Ministre tchétchène (du 17 novembre 2005 au 2 mars 2007) soutenu par le Kremlin, Ramzan Kadyrov, lui aussi, estimait que les articles incendiaires de la journaliste ne lui faisaient pas beaucoup d’ombre. Ils n’ont pas forcément tort, mais on imagine aussi très mal l’assassinat d’une journaliste si courageuse uniquement pour faire du tort à Vladimir Poutine (et avec cette idée, on pourrait échafauder des théories du complot à plusieurs bandes).

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Ramzan Kadyrov (né en octobre 1976) est le fils de l’indépendantiste pro-russe Akhmad Kadyrov, Président de la République de Tchétchénie élu le 5 octobre 2003 et assassiné le 9 mai 2004 à Grozny par des terroristes islamistes tchétchènes. Le fils, choyé par le Président russe, est lui-même, depuis le 2 mars 2007, le Président de la République de Tchétchénie, toujours soutenu par Vladimir Poutine. Il a été touché personnellement le 26 juillet 2014 par les sanctions de l’Union Européenne contre la Russie pour son ingérence dans la crise ukrainienne (visa interdit, gel de ses éventuels avoirs en Europe).

Son nom est fréquemment cité parmi ceux qui auraient intérêt à l’élimination d’opposants, comme la journaliste Anna Politkovskaïa, mais aussi la journaliste Natalia Estemirova et enfin Boris Nemtsov. Toutes ces personnes assassinées enquêtaient sur des faits extrêmement graves de violation des droits de l’Homme en Tchétchénie.

Dans un article publié le 11 septembre 2006, Anna Politkovskaïa écrivait : « Qu’est-ce que le syndrome Kadyrov ? On peut le caractériser par les traits suivants que sont l’insolence rustre et la cruauté masquée par du courage et de l’amabilité. En Tchétchénie, les kadyrovtsy frappent les hommes et les femmes à partir du moment où ils pensent que c’est nécessaire. Ils les décapitent de la même façon que leurs ennemis wahhabites. Et tout ceci est justifié et commenté par les plus hautes autorités comme des "détails permettant de placer les Tchétchènes en faveur de la Russie". ».

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Le journal "Le Monde" du 26 septembre 2009 confirmait ce genre de réflexion : « Avec la bénédiction de Moscou, Kadyrov semble donc bénéficier d’un droit de vie et de mort sur ses sujets. Les opposants de Kadyrov [Soulim Iamadaïev, Mussa Assaev, Islam Djanibekov, Gazi Edilsoultanov et Oumar Israïlov] ont donc été assassinés en de multiples endroits situés hors de Tchétchénie : Vienne, Istanbul, Dubaï, et Moscou. ».

Le magazine "L’Express" a même évoqué le 2 septembre 2010 l’implication d’agents du FSB et même du réseau diplomatique russe pour aider le dictateur tchétchène dans ses viles besognes, dans un article de Blaise Gauquelin au titre sans ambiguïté : "Les tueurs du Président Kadyrov", et a observé : « Des projets d’assassinat visant des opposants tchétchènes en France font l’objet de discrètes investigations. ».

Par "insolence rustre", il faut comprendre que Ramzan Kadyrov était un musulman pratiquant et supportait très mal les tenues contemporaines pour les femmes. Convoquée par le Président tchétchène le 31 mars 2008, la journaliste Natalia Estemirova est venue à son bureau mais ne portait pas de foulard ; il  la menaça ainsi : « Tu dois te comporter comme une femme respectable, pas comme une p@te (…). Tu me provoques, tu m’excites avec tes cheveux ! ». Rappelons que Ramzan Kadyrov, qui a manifesté contre les caricatures de Mahomet juste après les attentats contre "Charlie-Hebdo", marié en 1996, a sept enfants et en a adopté deux autres. Pendant une année, la journaliste n’a cessé de recevoir des menaces de mort… jusqu’à son assassinat le 15 juillet 2009 à Grozny.

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Ramzan Kadyrov avait menacé de mort Boris Nemtsov dès 2002. Ce dernier avait trouvé des preuves sur la participation de kadyrovtsy dans la guerre du Donbass (commencée le 6 avril 2014). Les kadyrovtsky sont les membres de la milice de Ramzan Kadyrov qui sont régulièrement accusés d’enlèvements, de tortures, d’assassinats pour consolider le pouvoir politique de leur chef. Visiblement, Ramzan Kadyrov n’a rien à envier à Baby Kim.

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Revenons à Anna Politkovskaïa. Née le 30 août 1958 à New York, fille de diplomates soviétiques, elle suivit des études de journalisme et collabora pour "Izvestia" puis "Novaïa Gazeta". Depuis l’élection de Vladimir Poutine, elle a reçu plusieurs menaces de viol et de mort, au point de devoir s’exiler quelques mois en Autriche en 2001 pour se protéger. Elle fit des reportages en Tchétchénie et a découvert la grande maltraitance des soldats russes, allant de la torture jusqu’à la mort, actes commis par leurs supérieurs.

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Elle est allée enquêter partout où les affaires étaient troubles. Elle est allée auprès des victimes de guerre en Tchétchénie (elle fut même incarcérée quelques jours au sud de la région parce qu’elle était trop curieuse), elle a pris part aux négociations pour libérer les otages du théâtre Doubrovka à Moscou du 23 au 26 octobre 2002 (bilan : 130 morts sans compter les 40 terroristes), et elle aurait dû également participer aux négociations lors de la prise d’otages d’une école de Beslan du 1er au 3 septembre 2004 (bilan : 334 morts dont 186 enfants), mais elle est tombée gravement malade pendant le voyage, empoissonnée dans son avion pour Rostov-sur-le-Don, si bien qu’elle n’a pas atteint Beslan.

Son dernier livre avait un titre étrangement prémonitoire, publié en France le 21 septembre 2006 : "Douloureuse Russie, journal d’une femme en colère". Elle se faisait le procureur intraitable d’un pays dirigé d’une main de fer par Vladimir Poutine et les services du FSB (ex-KGB), en énumérant les nombreuses violations des droits de l’Homme et en craignant un bain de sang en cas de nouvelle révolution.

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Le commanditaire de son assassinat n’est toujours pas connu et n’a donc toujours pas été inquiété. Dix ans qu’Anna Politkovskaïa a été tuée. Ne l’oublions pas. Hommage à elle et à tous les journalistes tués pour avoir voulu trop en savoir…


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Anna Politkovskaia.
Vladimir Poutine.
L’élection présidentielle de mars 2008.
Mikhail Gorbatchev.
Boris Eltsine.
Andrei Sakharov.
L’Afghanistan.
Boris Nemtsov.
Staline.
Ronald Reagan.
Margaret Thatcher.
François Mitterrand.
La transition démocratique en Pologne.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
Un nouveau monde.
L’Europe et la paix.

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26 avril 2016 2 26 /04 /avril /2016 06:49

« Je me suis dit à plusieurs reprises que l’on finirait par faire la chasse aux savants pour les noyer, comme au Moyen Âge. » (cité par Svetlana Aleksievitch).


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Il y a exactement trente ans, dans la nuit du 25 au 26 avril 1986, à minuit vingt-trois, heure de Paris, s’est déclenchée la plus gigantesque des catastrophes nucléaires de l’histoire mondiale. La centrale de Tchernobyl, près de Pripiat, en Ukraine, n’était plus sous contrôle.

Elle a contaminé une très grande partie du pays voisin, la Biélorusse : « À la suite de l’influence permanente de petites doses d’irradiation, le nombre de personnes atteintes, en Biélorussie, de cancers, d’arriération mentale, de maladies nerveuses et psychiques ainsi que de mutations génétiques s’accroît chaque année… » ("Belarouskaïa Entsiklopediïa", 1996).

Cette catastrophe fut « le point extrême de tout ce qui n’allait pas dans la gestion de l’économie du pays [URSS] » selon le chimiste et académicien Valeri Legassov (1936-1988), directeur de l’Institut Kourtchatov sur l’énergie atomique (principal centre de recherche de l’industrie nucléaire soviétique) qui s’est suicidé le 27 avril 1988, le lendemain du deuxième anniversaire de la catastrophe, en raison des fortes pressions politiques dont il faisait l’objet.

Cet anniversaire est l’occasion d’évoquer Svetlana Aleksievitch, journaliste biélorusse dissidente qui a été récompensée l’an dernier, le 8 octobre 2015, par le Prix Nobel de Littérature 2015 pour « son œuvre polyphonique, mémorial de la souffrance et du courage à notre époque ». C’était la sixième fois qu’un auteur de langue russe fut honoré par cette distinction mais c’est aussi assez exceptionnel qu’une journaliste plus qu’une écrivaine ait été ainsi gratifiée.

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Car Svetlana Aleksievitch, qui va bientôt avoir 68 ans, est avant tout une passeuse de témoins, une accoucheuse de témoignages. J’avais découvert, dès la sortie de sa traduction chez Lattès en 1998, son magnifique livre "La Supplication" ("Tchernobylskaïa Molitva", éd. Ostojié, Moscou, 1997) qui retranscrit de nombreux témoignages qui n’avaient jamais été entendus jusqu’alors sur les conséquences humaines et sociales très graves de la catastrophe de Tchernobyl.

Elle est une historienne des individus, une transmetteuse des retombées de la grande histoire sur la petite histoire. Svetlana Aleksievitch a également publié d’autres livres de recueil de témoignages sur d’autres sujets qui la touchent de près, à savoir sur la vie quotidienne en Union Soviétique et la guerre en Afghanistan : « Pendant soixante-dix ans, on les a trompés [parlant des citoyens de l’ex-URSS], puis pendant vingt ans, on les a volés. », ce qui fait qu’ils sont devenus « des gens très agressifs et dangereux pour le monde », préférant restaurer la grandeur d’un État révolu à la sauvegarde de la vie humaine. Elle a reproché ainsi à Vladimir Poutine d’avoir engagé le conflit en Ukraine pour de telles raisons.

Elle a adopté le style de roman polyphonique en interrogeant de très nombreux contemporains : « J’ai souvent pensé que je n’aurais jamais assez de force pour arriver [à mener à bien cette entreprise]. Je me souviens avoir vu des jeunes gens travailler sur la centrale de Tchernobyl après la catastrophe sans protection particulière. Je me souviens des hôpitaux afghans où j’avais sous les yeux les atrocités que nos soldats commettaient. J’ai perdu connaissance plusieurs fois. Je ne suis pas une héroïne. Toutes ces voix m’ont poursuivie, hantée. Il m’aura fallu toutes ces années pour monter cet édifice. Peut-être ai-je eu tort de me lancer dans cette aventure ? Aujourd’hui, je me sens libérée. » ("Le Figaro" en 2013).

Parmi ses autres œuvres, on peut citer : "La Guerre n’a pas un visage de femme" (1985) qui raconte les atrocités qu’ont connues les femmes pendant la Seconde Guerre mondiale et qui fut soutenu par Mikhaïl Gorbatchev ; "Derniers témoins" (1985) qui laisse la parole aux enfants pendant la guerre ; "Les Cercueils de zinc" (1990) sur la guerre en Afghansitan ; "Ensorcelés par la mort" (1995) ; "La Fin de l’homme rouge ou le Temps du désenchantement" (2013) où elle décrit les désillusions postcommunistes du peuple russe (« Seul un Soviétique peut comprendre un Soviétique. »).

Récompensée par de nombreux autres prix (comme le Prix Médicis Essai en 2013), Svetlana Alexksievitch fut souvent censurée dans son pays, la Biélorussie, même si son récent Prix Nobel a fait la fierté du Président biélorusse indétrônable Alexandre Loukachenko réélu pour un cinquième mandat le 11 octobre 2015 dans une parodie d’élection présidentielle (au pouvoir depuis le 20 juillet 1994).

Spécialiste de l’Homo sovieticus, elle a dû s’exiler à Paris puis à Berlin pendant plusieurs années mais vit de nouveau en Biélorussie depuis 2013 : « Pendant trente ans, j’ai écris l’encyclopédie de la grande utopie, le communisme. Dans mes cinq livres, je pense avoir tout dit sur le mal et l’homme. Aujourd’hui, je confronte ma méthode d’interview à des champs nouveaux : l’amour et la vieillesse, ou la mort, si vous voulez. Il y a deux moments dans la vie où le langage est proche de l’âme : lorsqu’on aime et lorsqu’on va mourir. Quoi que j’écrive, il est toujours question de l’homme et de son inaptitude au bonheur. » (13 novembre 2015).

La méthode de Svetlana Aleksievitch est assez bien expliquée par elle-même : « Je pose des questions (…) sur les milliers de détails d’une vie qui a disparu. C’est la seule façon d’insérer la catastrophe dans un cadre familier et d’essayer de raconter quelque chose. (…) L’histoire ne s’intéresse qu’aux faits. Les émotions, elles, restent toujours en marge. Ce n’est pas l’usage de les laisser entrer dans l’histoire. Moi, je regarde le monde avec les yeux d’une littéraire et non d’une historienne. » (2013). Elle expliquait aussi : « Très tôt, je me suis intéressée à ceux qui ne sont pas pris en compte par l’histoire. Ces gens qui se déplacent dans l’obscurité sans laisser de traces et à qui on ne demande rien. Mon père, ma grand-mère m’ont raconté des histoires encore plus bouleversantes que celles que j’ai consignées dans mon [dernier] livre. Ce fut le choc de mon enfance et mon imagination en a été frappée à jamais. » ("Le Figaro" en 2013).

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Revenons à son meilleur livre, à mon avis, essentiel, "La Supplication, Tchernobyl, chronique du monde après l’apocalypse" où elle a regroupé de nombreuses interviews des habitants, victimes et acteurs de la catastrophe, pendant dix ans (plus de cinq cents témoignages). Elle souffre même d’un cancer pour s’être trop approchée des lieux du désastre. Ni jugement moral, ni ambition scientifique dans ce documentaire. Juste des témoignages individuels et concordants qui montrent, par un effet de loupe, ce que personne ne pourrait imaginer de l’extérieur.

En somme, l’auteur a fait revivre ces centaines de victimes de ce désastre écologique qui ne pouvait pas lui être indifférent : « Si, dans mes livres précédents, je scrutais les souffrances d’autrui, maintenant, je suis moi-même un témoin, comme chacun d’entre nous. Ma vie fait partie de l’événement. C’est ici que je vis, sur la terre de Tchernobyl. Dans cette petite Biélorussie dont le monde n’avait presque pas entendu parler avant cela. Dans un pays dont on dit maintenant que ce n’est plus une terre, mais un laboratoire. Les Biélorusses constituent le peuple de Tchernobyl. Tchernobyl est devenu notre maison, notre destin national. Comment aurais-je pu ne pas écrire ce livre ? » (1997).

Le sociologue suisse Jean Rossiaud (militant antinucléaire) a expliqué en septembre 2000 l’importance éthique du travail de Svetlana Aleksievitch : « Elle se lève seule (…) pour récolter des centaines de vérités subjectives, intimes, solitaires, qui en se recoupant, donnent la trame d’une expérience collective inédite, littéralement inimaginable. (…) Il est nécessaire de rassembler des milliers de témoignages de victimes, parce que non seulement la victime possède une place singulière pour témoigner de l’expérience de l’horreur, mais surtout parce que son témoignage isolé suscite immanquablement l’incrédulité et la renvoie définitivement à sa solitude. La chronique tragique de Tchernobyl commence à peine. À nous de lui donner la continuité nécessaire pour que le travail de mémoire (…) se prolonge par un travail de deuil des promesses d’un progrès technologique illimité, fruit d’un système social qui a rendu cette horreur possible. ».

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Je propose ici très modestement quelques extraits de témoignages tirés de ce livre indispensable qui donnent un aperçu de l’horreur que vivent encore certains habitants près de Tchernobyl.

Arkadi Fikine, liquidateur : « Un groupe de scientifiques est arrivé en hélicoptère. Ils portaient des vêtements spéciaux de caoutchouc, des bottes hautes, des lunettes de protection. Comme pour un débarquement sur la Lune… Une vieille femme s’est approchée de l’un d’eux. (…) "Un scientifique ? Voyez comment il est affublé. Et nous alors ?". Elle l’a poursuivi avec un bâton. Je me suis dit à plusieurs reprises que l’on finirait par faire la chasse aux savants pour les noyer, comme au Moyen Âge. J’ai vu un homme dont on enterrait la maison devant ses yeux… On enterrait des maisons, des puits, des arbres… On enterrait la terre… On la découpait, on en enroulait des couches… Je vous ai prévenue… Rien d’héroïque. ».

Alexandra Ivanovna Kravtsova, médecin : « Deux enfants, deux garçons. Ils n’ont pas été à la crèche, ni au jardin d’enfants. Ils passent leur temps à l’hôpital. L’aîné, on ne peut même pas savoir si c’est un garçon ou une fille. Il est chauve. Je l’ai amené chez des médecins et des guérisseurs de toutes sortes. Il est le plus petit de sa classe. Il n’a pas le droit de courir, de jouer. Si quelqu’un le bouscule par hasard, il saigne, il peut mourir. Il a  une maladie du sang dont je ne peux même pas prononcer le nom. Je restais près de lui à l’hôpital et je me disais : "Il va mourir". Par la suite, j’ai compris que je ne devais pas penser ainsi. J’allais aux toilettes pour pleurer. Aucune mère ne pleure dans la chambre de son enfant, mais aux toilettes, dans la salle de bains. Je revenais toute gaie. (…) "Maman, fais-moi sortir de l’hôpital. Je vais mourir. Ici, tout le monde meurt". Où puis-je pleurer ? Aux toilettes ? Mais il y a la queue, là-bas… Et ils sont tous comme moi… ».

Lioudmila Dmitrievna Polenskaïa, institutrice, évacuée de la zone de Tchernobyl : « À cette époque, notre famille a décidé de ne pas économiser sur la nourriture. Nous achetions le saucisson le plus cher en espérant qu’il était fait avec de la bonne viande. Et puis nous avons bientôt appris que l’on ajoutait de la viande contaminée justement dans ce saucisson-là car il n’était consommé qu’en petites quantités à cause de son prix élevé. Nous nous sommes retrouvés sans défense. (…) Mes amis sont médecins, enseignants. L’intelligentsia locale. Nous avions notre petit cercle. (…) Je le répète : c’est quelque chose qui dépasse la Kolyma, Auschwitz et l’Holocauste. Mais où sont-ils, nos intellectuels, nos écrivains, nos philosophes ? Pourquoi se taisent-ils ? ».

Nadejda Petrovna Vygovskaïa, évacuée de Pripiat : « Mon fils est allé à l’école, il est rentré en larmes dès le premier jour de classe. On lui avait dit de s’installer à côté d’une petite fille, mais celle-ci n’avait pas voulu, en disant qu’il était radioactif et qu’on pouvait mourir à rester assis à côté de lui. Mon fils était le seul enfant de Tchernobyl, dans sa classe. Les autres avaient peur de lui et l’appelaient "la luciole". J’ai eu peur que son enfance ne se termine si vite… (…) À Kiev, on nous a distribué de l’argent pour la première fois, mais il était impossible d’acheter quoi que ce soit : avec une migration de centaines de milliers de personnes, les magasins étaient dévalisés. Dans les gares, dans les cars, il y avait beaucoup de crises cardiaques et d’hémorragies cérébrales. C’est l’exemple de ma mère qui m’a sauvée. Pendant sa longue vie, elle a perdu à maintes reprises sa maison et tous ses biens. La première fois, elle a été victime des répressions des années trente. Ils lui ont tout confisqué : la vache, le cheval, la maison. La deuxième fois, c’était un incendie et elle a pu tout juste me prendre dans les bras pour me sauver des flammes. ».

Sergueï Gourine, opérateur de cinéma : « On m’a posé toutes sortes de questions, mais l’une d’entre elles est restée gravée dans ma mémoire : un garçon qui rougissait et balbutiait a pris la parole. Apparemment, il était timide et taciturne. Il m’a demandé : "Pourquoi ne pouvait-on pas sauver les animaux qui sont restés là-bas ?". Je n’ai pas pu lui répondre… Nos livres, nos films parlent seulement de la pitié et de l’amour pour l’homme. Rien que pour l’homme ! Pas pour tout ce qui est vivant. Pas pour les animaux ou les plantes… Cet autre monde… Mais avec Tchernobyl, l’homme a levé la main sur tout… ».

Larissa Z. : « Parlez de ma fille à tout le monde. À quatre ans, elle chante, danse et récite des poèmes par cœur. Son développement intellectuel est normal. Elle ne diffère en rien des autres enfants, elle a seulement des jeux bien à elle. Avec ses poupées, elle ne joue pas "au magasin" ou "à l’école", mais "à l’hôpital" (…). Depuis quatre ans, nous vivons à l’hôpital, elle et moi. (…) On lui a fait des fesses… On est en train de lui former un vagin… Après la dernière opération, l’évacuation d’urine a totalement cessé et les chirurgiens ne sont pas parvenus à lui insérer un cathéter. Il faut encore d’autres interventions. Mais on nous conseille de la faire opérer à l’étranger. Mais où trouver les dizaines de milliers de dollars nécessaires alors que mon mari n’en gagne que cent vingt par mois ? Un professeur nous a donné un discret conseil : "Avec une telle pathologie, votre enfant représente un grand intérêt pour la science. Écrivez à des cliniques étrangères. Cela doit les intéresser". Et depuis, je n’arrête pas d’écrire… J’écris que l’on presse l’urine toutes les demi-heures, avec les mains, que l’urine passe à travers des trous minuscules dans la région du vagin. Si on ne le fait pas, son rein unique cessera de fonctionner. Est-ce qu’il y a un [autre] enfant dans le monde à qui l’on doit presser les urines toutes les demi-heures ? Et combien de temps peut-on supporter cela ? Personne ne connaît l’importance des petites doses de radiations sur l’organisme d’un enfant. Je leur demande de prendre ma fillette, même pour des expériences… Je ne veux pas qu’elle meure… Je suis d’accord pour qu’elle devienne un cobaye, comme une grenouille ou un lapin, pourvu qu’elle survive. ».

Lena Joudro, 15 ans : « Nous avons laissé chez nous mon hamster, nous l’avons enfermé. Nous lui avons laissé de la nourriture pour deux jours. Et nous sommes partis pour toujours. ».

Nikolaï Fomitch Kalouguine : « Il y a eu une annonce à la radio : interdit d’emporter les chats ! Je voulais cacher ma minette dans une valise, mais il n’y avait pas moyen : elle se débattait, griffait tout le monde. Interdit aussi d’emporter des affaires personnelles ! (…) À l’époque, tout le monde nous disait que nous allions tous mourir. Que, vers l’an 2000, il n’y aurait plus de Biélorusse. Ma fille avait six ans. Je la borde et elle me murmure à l’oreille : "Papa, je veux vivre, je suis encore petite". Et moi qui pensais qu’elle ne comprenait pas… Pouvez-vous imaginer sept petites filles totalement chauves en même temps ? Elles étaient sept dans la chambre… (…) Ma femme ne pouvait plus supporter de la voir à l’hôpital (…). Nous l’avons allongée sur la porte… Sur la porte qui avait supporté mon père, jadis. Elle est restée là jusqu’à l’arrivée du petite cercueil… Il était à peine plus grand que la boîte d’une poupée. Je veux témoigner que ma fille est morte à cause de Tchernobyl. Et qu’on veut nous faire oublier cela. ».

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Édouard Korotkov, pilote d’hélicoptère : « Avant notre retour définitif à la maison, nous avons été convoqué par un collaborateur du KGB qui nous a conseillé instamment de ne jamais raconter à personne ce que nous avions vu. Lorsque je suis rentré d’Afghanistan, je savais que j’allais vivre. Mais Tchernobyl, c’était le contraire : cela ne tuerait qu’après notre départ… ».

Irina Kisseleva, journaliste : « Quelqu’un vous a-t-il dit qu’il était strictement interdit de prendre des photos à proximité immédiate du réacteur ? Il fallait une autorisation spéciale. On confisquait les appareils. avant leur départ, on fouillait les soldats qui y avaient fait leur service, pour qu’ils n’emportent pas de photos. Pas de pièces à conviction. Le KGB confisquait même les pellicules aux équipes de télévision. Ils les rendaient après les avoir exposées à la lumière. Que de documents ont été détruits ! Que de témoignages perdus pour la science et pour l’histoire ! ».

Vassili Borissovitch Nesterenko, directeur de l’Institut de l’énergie nucléaire de l’Académie des sciences de Biélorussie : « J’ai pris le premier train pour Minsk. Après une nuit sans sommeil, au matin, j’étais chez moi. J’ai mesuré la thyroïde de mon fils : cent quatre-vingts microröntgens à l’heure ! La thyroïde est un parfait dosimètre. Il fallait de l’iode. De l’iode ordinaire. Deux à trois gouttes pour les enfants dans un demi-verre d’eau. Trois à quatre gouttes pour les adultes. Le réacteur allait brûler pendant dix jours, il fallait faire ce traitement pendant dix jours. Mais personne ne nous écoutait, nous autres, les scientifiques, les médecins. (…) On me prenait pour un fou. "De quoi parlez-vous, professeur ?". Röntgens, microröntgens… Un langage d’extraterrestre… Retour à Minsk. Sur l’avenue principale, on vendait des pirojki farcis à la viande hachée, des glaces, des petits pains. Sous le nuage radioactif… (…) Des milliers de tonnes de césium, d’iode, de plomb, de zirconium, de cadmium, de béryllium, de bore et une quantité inconnue de plutonium (dans les réacteurs de type RBMK à uranium-graphite du genre de Tchernobyl, on enrichissait du plutonium militaire qui servait à la production des bombes atomiques) étaient déjà retombées sur notre terre. Au total, quatre cent cinquante types de radionucléides différents. Leur quantité était égale à trois cent cinquante bombes de Hiroshima. Il fallait parler de physique, des lois de la physique. Et eux, ils parlaient d’ennemis. Ils cherchaient des ennemis ! ».

Valentina Timofeïevna Panassevitch, veuve d’un liquidateur : « Il y avait pas mal de rumeurs : on disait que les Tchernobyliens "luisaient" même après leur mort… J’ai lu que les gens font un détour pour ne pas s’approcher trop des tombes des pompiers de Tchernobyl, enterrés au cimetière de Mitino. Et l’on évite d’enterrer d’autres morts près d’eux. Si les morts ont peur des morts, que dire des vivants ? Car personne ne sait ce qu’est Tchernobyl. Il n’y a que des suppositions. Des pressentiments. ».

Anna Petrovna Badaïeva, résidente sans autorisation : « Pendant la guerre, on ramassait les orties et les feuilles d’arroche. La faim nous gonflait le ventre, mais nous ne mourions pas… Les baies des forêts, les champignons… Et maintenant… Nous pensions que ce qui bouillait dans les marmites étaient éternel. Je n’aurais jamais cru que cela pourrait changer. Mais c’est ainsi… On ne peut plus boire du lait. Ni cuisiner des haricots. On nous interdit les cueillettes de champignons ou de baies. ».

D’ailleurs, encore aujourd’hui, si vous voulez consommer des champignons, évitez catégoriquement ceux qui proviennent d’Ukraine ou de Biélorussie ! Vous constaterez qu’ils sont nettement moins onéreux que ceux originaires d’autres régions du monde…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 avril 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Fukushima expliqué par Maurice Allais.
Le secteur de l’énergie en France.
Alexandre Loukachenko.
Les élections législatives biélorusses du 28 septembre 2008.
Mikhaïl Gorbatchev.
Vladimir Poutine.
La guerre en Afghanistan.
Boris Nemtsov.
Andrei Sakharov.
Alexandre Soljenitsyne.
Svetlana Aleksievitch.
Staline.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160426-tchernobyl.html

http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/tchernobyl-devoir-de-memoire-180322

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/04/26/33718198.html

 

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14 octobre 2015 3 14 /10 /octobre /2015 23:24

Né le 20 novembre 1947 à Gouryev, Nurlan Balgimbayev fut d'abord Ministre du pétrole et du gaz du Kazakhstan puis nommé le Premier Ministre du Kazakhstan du 10 octobre 1997 au 1er octobre 1999 pendant le mandat de Noursoultan Nazarbaïev (Président de la République du Kazakhstan depuis le 22 février 1990. Il était président de la Kazakhstan Oil Investment Company depuis février 2002.

SR



 

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26 juin 2015 5 26 /06 /juin /2015 20:54

Né le 19 octobre 1929 à Kiev en Ukraine, Evgueni Primakov a passé son enfance à Tbilisi en Géorgie puis a suivi des études à Moscou. Il fut journaliste de 1956 à 1970, d'abord pour la radio soviétique puis pour la Pravda comme correspondant au Moyen-Orient qu'il a appris à bien connaître (il parlait couramment arabe). Directeur adjoint de l'Institut d'économie et de relations internationales de l'Académie des sciences de 1970 à 1977, il devint directeur de l'Institut d'études orientales de l'Académie des sciences de 1977 à 1985. Il fut notamment le directeur de thèse de Mahmoud Abbas. Il fut ensuite directeur de l'Institut d'économie et de relations internationales de 1985 à 1989.

Primakov commença sa carrière politique auprès de Gorbatchev comme Président du Soviet de l'Union de 1989 à 1990 puis entra au Conseil présidentiel de Gorbatchev de 1990 à 1991. Il fut notamment son envoyé spécial en Irak auprès de Saddam Hussein, lors de la (première) Guerre du Golfe. Il fut ensuite nommé Premier président adjoint du KGB d'août 1991 à décembre 1991. Après la chute de l'URSS, il fut nomme directeur du Service des renseignements extérieurs de la Russie (SVR) de décembre 1991 à janvier 1996.

Evgueni Primakov fut nommé Ministre des Affaires étrangères de Russie du 10 janvier 1996 au 11 septembre 1998. Le 27 mai 1996, il signa avec Javier Solana, Secrétaire Général de l'OTAN l'acte de la fin de la guerre froide.

Après l'échec d'un nouvea gouvernement de Viktor Tchernomyrdine, Boris Eltsine nomma Primakov Président du Gouvernement russe du 11 septembre 1998 au 12 mai 1999, homme de compromis tant avec les communistes qu'avec les nationalistes. Son opposition à l'intervention de l'OTAN au Kosovo l'a rendu populaire mais a rendu la Russie impuissante dans l'évolution de la Serbie. Il fut finalement renvoyé par Eltsine au profit de Sergueï Stepachine. Après l'été, Primakov s'opposa à l'avènement de Poutine mais ne parvint pas à empêcher la victoire électorale de Poutine en décembre 1999. Alors candidat à l'élection présidentielle, Primakov renonça à ses ambitions présidentielles le 4 janvier 2000 et rallia Poutine.

Primakov devint de nouveau émissaire en Irak en mars 2003 et a témoigné en faveur de Milosevic lors due son procès en novembre 2004. Parallèlement, il fut président de la Chambre de commerce et d'industrie de la Fédération de Russie de décembre 2001 à 2011, date à laquelle il se retira de la vie publique (à 81 ans).

SR



 

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 06:58

Dernier chef de l’URSS, il a voulu libéraliser un régime non libéralisable. Il en est devenu bien malgré lui le liquidateur, avec cet exploit historique d’avoir évité de terribles répressions dans le sang lors de la chute de l’empire soviétique. Cela lui a valu le Prix Nobel de la Paix en 1990.


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Il y a trente ans exactement, Mikhail Gorbatchev devenait, le 11 mars 1985, Secrétaire Général du Parti communiste d’Union Soviétique (PCUS), soit le poste politique le plus important de toute l’Union des Républiques socialistes soviétiques (URSS).

Son arrivée, encouragée initialement par son parrain Youri Andropov (mort en février 1984), a donné un air de renouveau après la succession de gérontocrates pendant deux ans et demi, à la suite de Leonid Brejnev. À tout juste 54 ans, Mikhail Gorbatchev a conquis le pouvoir suprême, grâce à la complicité de l’inamovible Andrei Gromyko, et il comptait bien réformer le système soviétique qu’il avait compris sclérosé et inanimé, tant économiquement que politiquement. Forte ambition.

Cela a donné de nombreuses réformes, tant au niveau institutionnel (avec la création, à la fin, d’un véritable Président de l’Union Soviétique sur le modèle américain) qu’au niveau international avec une nouvelle détente : accord avec Ronald Reagan sur les armes nucléaires (au Sommet de Washington du 8 décembre 1987), désengagement militaire d’Afghanistan le 16 mai 1988, libération du physicien Andrei Sakharov en décembre 1986, autorisation de publication de "Docteur Jivago" de Boris Pasternak en novembre 1985, et évidemment, chute du mur de Berlin le 9 novembre 1989, etc.

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La "gorbymania" a tellement bien "pris" en Europe occidentale que le plus fervent soutien de Gorbatchev fut… Margaret Thatcher ! Le style très moderne du nouveau dirigeant soviétique (son épouse Raïssa très photogénique, etc.) apportait un nouveau souffle à un régime d’une autre époque, issu de Lénine et Staline. Ses deux maîtres mots furent perestroïka (restructuration) et glasnost (transparence).

Faisons un bond de six ans et demi. Pendant tout son mandat, Mikhail Gorbatchev a dû composer tant avec une aile réformatrice (qui se trouva rapidement un leader en la personne de Boris Eltsine, rival personnel de Gorbatchev au sein du PCUS), qu’avec une aile conservatrice, très inquiète du projet d’autonomie des républiques soviétiques proposées par le Kremlin. Cela a conduit au putsch manqué de Moscou du 19 au 21 août 1991 et en quelques mois, à la mort définitive de l’Union Soviétique.

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Comment imaginer qu’une dictature qui avait duré trois générations ait pu se déliter aussi rapidement, en à peine six mois ?

Le 19 août 1991, Gorbatchev fut enfermé dans sa datcha de Foros, en Crimée (où il était en vacances depuis le 4 août) par l’armée et un comité de salut public annonça à Moscou que pour raison de santé, Gorbatchev quittait le pouvoir et laissait place à une sorte d’oligarchie pas très bien préparée.

Il y avait urgence : le lendemain, Gorbatchev devait signer un nouveau traité de l’union (Union des républiques souveraines soviétiques) qui remettait en cause la toute puissance de la Russie sur les autres États de l’Union Soviétique. Une plus grande autonomie des républiques au sein d’une structure moins centralisée. La Russie avait déjà pris, comme d’autres républiques, son autonomie ; le 12 juin 1990, le congrès des députés du peuple de la République socialiste fédérative soviétique de Russie avait en effet proclamé la souveraineté de la Russie. Pressé par les conservateurs, Gorbatchev avait commencé une répression sanglante à Vilnius le 13 janvier 1991, faisant 15 morts, après la proclamation d’indépendance de la Lituanie en mars 1990, mais il avait reculé devant l’indignation internationale. À Riga aussi, les troupes soviétiques étaient présentes.

Les putschistes menés par Guennadi Ianaïev, le Vice-Président de l’URSS choisi par Gorbatchev pour calmer l’ardeur des conservateurs, furent Vladimir Krioutchkov, le chef du KGB, Valentin Pavlov, le Premier Ministre de l’URSS, Boris Pougo, le Ministre de l’Intérieur, Dimitri Iazov, le Ministre de la Défense, Oleg Baklanov, le vice-chef du conseil de sécurité, Oleg Chénine, le secrétaire du comité central et Valéry Boldin, le directeur de cabinet de Gorbatchev.

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L’état d’urgence fut proclamé pour une période de six mois.
La censure fut rétablie.
Les chars sont arrivés en plein Moscou, sur la place Rouge.
Les Russes ne comprenaient pas trop ce qu’il se passait.
Les conducteurs de char non plus.

Il y a eu alors l’épisode de Boris Eltsine qui est monté courageusement sur un char. Il était déjà le chef du parlement local depuis deux ans (ou plutôt, le Président de la République socialiste fédérative soviétique de Russie élu démocratiquement au suffrage universel direct dès le premier tour le 12 juin 1991). L’armée a fraternisé avec la foule. Il a gagné ses lettres de noblesse historiques à cette occasion. Les manifestants avaient un chef. Un nouveau roi. Un nouveau tsar.

Gorbatchev et Eltsine n’avaient qu’un mois d’écart.
Même génération, même ambition.
L’un a été plus féroce que l’autre.

Ce que dit Gorbatchev de son rival vingt années plus tard, avec du mépris et une rancune certaine : « Il aimait le pouvoir. Il était irascible et ambitieux. (…) J’aurais dû l’envoyer ambassadeur dans une république bananière, pour qu’il y fume le narguilé. ». Gorbatchev et Eltsine sont aujourd’hui les dirigeants russes les moins appréciés des Russes (respectivement 14% et 17% de cote de popularité dans un sondage de l’institut VTsIOM en octobre 2011, alors que Poutine avait 61%, Brejnev 39% et Staline 28%).

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Dans ses mémoires, Gorbatchev a raconté qu’il a eu une conversation téléphonique de sa datcha avec George WH Bush (père) : « François Mitterrand devait m’appeler, il ne l’a pas fait. ». Soutenu par Helmut Kohl, Gorbatchev a pointé du doigt l’une des plus grandes erreurs diplomatiques de François Mitterrand en ayant été le seul chef d’État à avoir reconnu les putschistes par sa lecture devant les caméras d’une lettre qu’il avait adressée à Guennadi Ianaïev.

Un documentaire titré "Les derniers jours de l’URSS" est régulièrement diffusé sur la Chaîne parlementaire (LCP), réalisé par Jean-Charles Deniau en 2011 pour le vingtième anniversaire (diffusé initialement sur France 3 le 12 décembre 2011).

Le 20 août 1991, le documentaire l’a inclus au montage, c’est assez émouvant, Gorbatchev fit un enregistrement vidéo amateur dans sa prison dorée pour dire que ce n’était pas vrai du tout, qu’il n’était pas malade et qu’il était retenu prisonnier. À peu à l’instar d’une princesse prisonnière de son donjon.

Inutile, la vidéo, car dès le 22 août 1991, l’affaire s’est délitée : les putschistes n’ont pas osé tirer sur le peuple et se sont évaporés, l’un se suicida (Pougo, qui tua aussi sa femme), la plupart furent jugés et condamnés à de la prison, mais furent amnistiés en 1994. Eltsine a définitivement gagné la partie.

Il a envoyé son propre Vice-Président, Routskoi pour ramener Gorbatchev à Moscou.
Gorbatchev désormais devrait tout à son pire rival. Il est devenu son vassal. L’arrivée du maître du Kremlin sonné, en pull, hirsute, a donné au monde entier une image d’homme fini.

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Le 24 août 1991 (c’est très rapide), séance officielle présidée par Gorbatchev et Eltsine. En public, Eltsine s’est levé martialement et a intimé l’ordre à Gorbatchev de signer le décret de dissolution du Parti communiste d’Union Soviétique. Ce parti qui fut la clef de voûte de l’État depuis 1922 ! Gorbatchev ne voulait pas. Il l’a signé sous la contrainte de l’index pointé, devant les caméras du monde entier. L’empire s’est écroulé comme un simple formalité administrative. Comme un château de cartes. Le vent s’est levé.

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Eltsine a conclu dans son coin un nouveau pacte avec les présidents des autres républiques soviétiques, le 21 novembre 1991 à Alma-Ata, au Kazakhstan, et le 8 décembre 1991 à Minsk en Biélorussie. L’émergence de la Communauté des États indépendants (CEI). Sans les pays baltes qui avaient déjà obtenu leur indépendance complète dès septembre 1991 : depuis plus de dix ans, ces pays sont maintenant membres de l’Union Européenne (officiellement depuis le 1er mai 2004).

Il ne restait donc plus que la conclusion définitive.

Le jour de Noël 1991, Gorbatchev signa sa démission de Président de l’Union Soviétique. Par la même occasion, l’Union Soviétique était morte. Dissoute officiellement le 26 décembre 1991 par le Soviet Suprême. La RSFS de Russie est devenue la Fédération de Russie et le pouvoir suprême transféré dans les faits à Boris Eltsine.

2011 dans le documentaire. Voici Gorbatchev, avec quelques années en plus (il a 80 ans en 2011), l’ancien chef suprême, le terrible chef de l’Armée rouge, qui commentait tranquillement ses derniers jours au pouvoir. On n’imagine même pas François Mitterrand ou Jacques Chirac le faire ! Ou alors, il faudrait imaginer Khrouchtchev dire comment il a été limogé comme un malpropre !

Son témoignage pour l’Histoire est évidemment très important.

Comme Nelson Mandela, Gorbatchev a eu la possibilité de s’expliquer sur toute son existence, sur ses intentions, sur ses décisions, sur ses déceptions, sur ses réussites, etc. C’est rare au regard des historiens. Même en France, la plupart des dirigeants politiques quittent ce monde avec une grande part de secret. Sans jamais se justifier. Raymond Barre avait expliqué par exemple, peu avant sa disparition, pourquoi il n’avait pas voulu écrire de mémoires : cela représentait un travail documentaire trop épuisant pour son état de santé.

Chose plus troublante, Gorbatchev, grossi, à peine reconnaissable si ce n’est que sa tache sur le crâne aide bien, n’était pas le seul témoin de ces événements de 1991.

Il y avait l’envers du décor.
Un putschiste.

Vasily Strarodoubtsev, lui aussi témoignait dans le documentaire. Comme putschiste. Auréolé d’une médaille bien visible à sa boutonnière et d’une statue de Lénine posée sur son bureau.

Strarodoubtsev, n’est pas très connu, pas la peine de chercher sur Wikipédia, il n’est pas dans la rubrique francophone. Il est mort peu après son témoignage à 80 ans. Un an plus jeune que Gorbatchev. Agronome à Novomoskovsk où il a été récompensé comme un Héros du travail socialiste, et aussi par l’Ordre de Lénine, etc. (d’où la médaille qu’il arborait dans le documentaire). Il a dû bien se débrouiller car malgré sa compromission dans le putsch raté, il s’est retrouvé sénateur de 1993 à 1996, puis gouverneur de la région de Tula de 1997 à 2005 puis député de 2007 à 2011 sous l’étiquette du parti agraire dont il était l’un des notables.

Cette échappée de paroles de tout côtés fait évidemment le bonheur des historiens.
Mais la morale devrait peut-être aller se rhabiller. Les perdants aussi façonnent désormais l’histoire. Le putsch n’a été qu’une tentative fumeuse de conservation d’un régime anachronique.

Toujours vingt ans plus tard, au cours d’une longue interview dans "Rossiïskaïa Gazeta" le 15 août 2011, Mikhail Gorbatchev a reconnu avoir été informé, deux mois avant, par les Américains de la préparation du coup d’État du 19 août 1991 : « Bush [père] m’a appelé. Il tenait cette information du maire de Moscou, Gavriil Popov. (…) Je pensais qu’il fallait être idiot pour jouer son va-tout. (…) Mais malheureusement, c’étaient des idiots [les putschistes]. Et nous, nous étions des semi-idiots, y compris moi-même. J’étais épuisé. Je n’aurais pas dû partir en vacances. C’était une erreur. ».

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Aujourd’hui, Mikhail Gorbatchev a 84 ans. Il reste encore assez apprécié dans les démocraties dites occidentales pour son rôle historique mais est complètement déconsidéré dans son propre pays : il est rendu responsable du démantèlement de l’empire et de la fin de la superpuissance soviétique. Le 16 juin 1996, dans une folle tentative de réhabilitation, Mikhail Gorbatchev s’était même présenté à l’élection présidentielle mais n’avait recueilli que 0,5% des suffrages exprimés, très loin derrière Boris Eltsine (35,3%), Guennadi Ziouganov (32,0%), Alexandre Lebed (14,6%), Grigori Iavlinsk (7,3%) et Vladimir Jirinovski (5,7%) sur un total de 74 387 754 votants ! Cela donne une idée de son crédit.

Vladimir Poutine, lui, dirige la Fédération de Russie d’une main de maître depuis le 9 août 1999, comme Premier Ministre ou comme Président de la Fédération, soit depuis plus de quinze ans et demi. Soit plus que la longévité cumulée de Gorbatchev et Eltsine, et pas loin de celle de …Brejnev.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 mars 2015)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vladimir Poutine.
L’élection présidentielle de mars 2008.
Mikhail Gorbatchev.
Boris Eltsine.
Andrei Sakharov.
L’Afghanistan.
Boris Nemtsov.
Staline.
Ronald Reagan.
Margaret Thatcher.
François Mitterrand.
La transition démocratique en Pologne.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
Un nouveau monde.
L’Europe et la paix.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-123852391.html
 

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/gorbatchev-le-debut-de-la-fin-de-l-164682

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6 mars 2015 5 06 /03 /mars /2015 03:17

Démocrate mais pas nationaliste, au contraire d’un Soljenitsyne, il avait mis en garde dès les années 1960 contre la course aux armements nucléaires et contre la dictature d’une bureaucratie soviétique qui ne savait que réprimer. Seconde partie.


yartiSakharov01Andrei Sakharov fut le physicien très efficace qui a réussi, sous le contrôle de Beria, à rattraper le retard nucléaire soviétique par rapport aux États-Unis. Mais très vite, la célèbre phrase « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme. » prit toute sa signification. Il mit en danger sa personne et sa famille pour prôner les droits humains à une époque de la guerre froide où l’escalade des postures aurait pu aboutir au pire. Il était devenu dissident.


Le dissident

Au lieu de choisir la facilité et la gloire, il réalisa au fil du temps l’aspect particulièrement monstrueux voire grotesque de la course aux armements nucléaires entre l’Est et l’Ouest et plus généralement, de la manière dont était gouverné son pays.

Dès 1957, Sakharov a publié un article pour mettre en garde contre les effets très néfastes à long terme des essais nucléaires : il avait calculé que chaque mégatonne testé dans l’atmosphère allait tuer 6 600 personnes au cours des 8 000 prochaines années sur la planète. En 1958, il publia un autre article dans "La Pravda" où il proposait quelques conseils sur la réforme de l’enseignement.

Dans les années 1960, il commença à critiquer ouvertement à la fois la course folle au nucléaire et la politique très bureaucratique du trio au pouvoir au Kremlin qui avait succédé à Khrouchtchev, à savoir Leonid Brejnev (1906-1982), Alexis Kossyguine (1904-1980) et Nikolaï Podgorny (1903-1983), au départ un quatuor avec Anastase Mikoyan (1895-1978).

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Son action se politisa à partir de juin 1964 au sein de l’Académie des sciences dont il a convaincu l’honorable assemblée de refuser la cooptation de deux biologistes, proches des thèses farfelues du biologiste escroc Trofim Lyssenko (1898-1976), imposés par Khrouchtchev. En 1965, Lyssenko, ayant perdu ses deux protecteurs, Staline et Khrouchtchev, fut même exclu de l’Académie, après avoir envoyé au goulag et à la mort des biologistes chevronnés. Grâce à cette bataille gagnée, Sakharov se lia avec les frères Roy et Jaurès Medvedev qui l’encouragèrent à s’interroger plus généralement sur la nature du régime soviétique.

À partir de 1966, Sakharov multiplia ses prises de position pour défendre les dissidents (qu’il appelait des "penseurs libres") que le régime avait emprisonnés. Le 6 juillet 1968, il publia à l’étranger "Réflexions sur le progrès, la coexistence et la liberté intellectuelle" : « La liberté de pensée est la seule garantie d’une approche démocratique de la politique, de l’économie et de la culture. ».

Ce qui mit les apparatchiks du parti communiste dans une folle rage, mais ceux-ci ne réussirent pas à le faire exclure de l’Académie (malgré les purges staliniennes, aucun académicien n’avait jamais été exclu et un précédent avec Sakharov aurait mis en insécurité les autres académiciens). Pourtant, dans ce livre, Sakharov ne se faisait que porteur des "droits humains", expression (traduite) utilisée aussi par le pape François, préférée à "droits de l’homme" : « J’ai été éloigné des dossiers top secrets et relevé de mes privilèges au sein de la nomenklatura soviétique. ».

Sakharov créa en 1970 avec d’autres scientifiques un Comité pour la défense des droits humains pour soutenir des dissidents opprimés, les faire libérer, leur éviter, le cas échéant, une condamnation à mort, fustiger la déportation de Soljenitsyne dont il s’opposait au "nationalisme grand russe" : « Je considère que la voie démocratique est la meilleure pour n’importe quel pays. Je considère que l’esprit slavophile, qui a existé pendant des siècles en Russie, combiné avec le mépris des étrangers, des autres peuples et des personnes d’une autre croyance, a constitué le plus grand malheur et non pas la santé de la Russie. ».

La première rencontre avec Alexandre Soljenitsyne (1918-2008) a eu lieu le 26 août 1968. L’écrivaine dissidente Lydia Tchoukovskaïa (1907-1996) observait ainsi les relations entre les deux hommes : « Alexandre Soljenitsyne et Andrei Sakharov avaient des divergences d’opinion en philosophie, histoire et politique. Mais ils se respectaient profondément. Et naturellement, Soljenitsyne a défendu publiquement Sakharov à plusieurs reprises. Et naturellement, Sakharov a soutenu immédiatement son dissident contemporain dès que la rumeur de l’arrestation de Soljenitsyne a fait le tour de la ville le soir du 12 février 1974. » [Le Prix Nobel de Littérature 1970 fut arrêté en raison de la publication, à l’étranger, de "L’Archipel du goulag"]. Lydia Tchoukovskaïa fut la première lauréate du Prix Sakharov du courage civique de l’écrivain attribué en octobre 1990 par une association d’écrivains soviétiques puis russes.

Ce fut à l’occasion de ses actions pour la défense des droits humains qu’il rencontra à Kalouga Elena Bonner (1923-2011), médecin et militante des droits de l’homme, divorcée d’un premier mari, avec qui il se maria le 7 janvier 1972 après une relation qui avait commencé en août 1971. Sakharov s’était marié avec sa première femme, Klavdia Vikhireva, le 10 juillet 1943, et ils eurent trois enfants. Klavda était morte après une longue maladie le 8 mars 1969, ce qui plongea Sakharov dans un profond chagrin.

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Les parents d'Elena Bonner étaient des militants communistes et son père avait participé à la Révolution en Transcaucasie et fut responsable du Komintern. Née au Turkménistan, elle a pu, enfant, croiser chez elle des visiteurs comme le futur tyran bulgare Gueorgui Dimitrov ou le futur autocrate yougoslave, le maréchal Tito. Quand elle a eu 14 ans, son père fut arrêté et fusillé l'année suivante, lors des purges staliniennes, et sa mère, condamnée, a vécu dix-huit années de prison, de camp et d'exil. Elena Bonner s'engagea comme infirmière durant la Seconde Guerre mondiale, blessée à deux reprises, et poursuivit des études de médecine pour devenir pédiatre. Ses parents réhabilités après la déstalinisation, elle adhéra au parti communiste en 1956, une erreur qu'elle a comprise en 1968 lors de l'invasion des chars soviétiques à Prague. Elle quitta le parti communiste et se mit à militer pour les droits de l'homme et la liberté d'expression : « Nous étions des gens absolument libres dans un État absolument pas libre. ».


Au cours des années 1970, Andrei Sakharov fut de plus en plus isolé par les autorités soviétiques, soit par les exils forcés, soit par les emprisonnements des opposants qu’il soutenait. Un événement majeur l’a réconforté dans son combat : le 9 octobre 1975, le Comité Nobel norvégien lui a attribué le Prix Nobel de la Paix avec ce qualitatif : "porte-parole de la conscience de l’humanité", ce qui relança son action publique et amplifia son écho dans la communauté internationale : « D’une manière convaincante, Sakharov a montré que les droits inviolables de l’homme constituaient la seule raison sûre d’une véritable et durable coopération internationale. ».

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Le Kremlin lui refusa le visa pour aller recevoir le prix, si bien que ce fut Elena Bonner qui est venue le 11 décembre 1975 chercher le prix à Oslo et lire le message de son mari. Sakharov profita de cette nouvelle notoriété internationale pour publier "Mon Pays et le monde" où il s’en prenait à la répression du régime soviétique.

Son opposition contre l’invasion de l'Afghanistan par l'URSS a monté d’un cran la réponse des autorités en ce qui le concernait : le 22 janvier 1980, il fut arrêté à Moscou et condamné son procès à un exil intérieur, emmené en résidence surveillée à Nijniy Novgorod (Gorki) où il ne pouvait ni sortir, ni téléphoner, ni écrire du courrier à sa famille, ni recevoir des visiteurs. Son seul lien avec le monde extérieur fut son épouse et aussi des publications scientifiques, car malgré son activité politique, il avait poursuivi ses travaux en physique fondamentale.

En tout, Sakharov resta isolé pendant six ans, et a même fait deux fois la grève de la faim, malgré son état physique déplorable, le 2 mai 1984 et le 16 avril 1985, pour réclamer qu’Elena Bonner, elle aussi très malade, après deux infarctus, arrêtée le 2 mai 1984 pour agitation antisoviétique et condamnée le 10 août 1984 à cinq années d’exil à Nijniy Novgorod, pût se faire soigner à l’étranger.

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Sakharov chercha même à écrire son autobiographie, il a dû recommencer deux fois son manuscrit de huit cents pages car à deux reprises, le livre achevé avait été volé et détruit (le livre fut finalement édité après sa mort). Il a également subi un programme de répression psychiatrique spécialement conçue contre les dissidents. Pendant ce temps, au Kremlin, la gérontocratie s’effondrait : après Leonid Brejnev, Youri Andropov puis Konstantin Tchernenko se succédèrent, tous vieux et malades, jusqu’à l’avènement de Mikhaïl Gorbatchev le 11 mars 1985.

À l’extérieur de l’Union Soviétique, Andrei Sakharov a pu compter sur de nombreux soutiens. Ainsi, le 18 mai 1983 devant le Congrès, le Président des États-Unis Ronald Reagan décréta le 21 mai 1983 comme journée nationale Andrei Sakharov, à l’occasion de son 62e anniversaire : « Aujourd’hui, nous appelons les dirigeants soviétiques à redonner à Andrei Sakharov sa liberté. Le monde a besoin de son savoir, de sa sagesse et de sa noblesse. ».


Entre deux dimanches politiques catastrophiques (échec du PS aux élections européennes et manifestation d'un million de personnes en faveur de l'enseignement libre), le Président français François Mitterrand a sans doute apporté le soutien le plus médiatique au dissident au cours un voyage à Moscou. Il a en effet osé, lors du dîner officiel donné au Kremlin le 21 juin 1984 parmi plusieurs centaines de convives et la presse internationale, prononcer le nom d'Andréi Sakharov devant Constantin Tchernenko, Andréi Gromyko et de nombreux apparatchiks médusés : « Les accords d'Helsinski traitaient de la liberté de circulation. C'est pourquoi nous parlons parfois de cas symboliques, comme celui du Professeur Sakharov. (...) Nous ne voulons pas nous ingérer dans vos affaires. Mais vous savez que nous sommes en désacord sur l'Afghanistan. ». Il répondait à un toast de son homologue soviétique Tchernenko : « Ceux qui essaient de nous donner des conseils en matière de droits de l'homme ne font que provoquer chez nous un sourire ironique. ».

Avec Gorbatchev, la situation de Sakharov allait s’améliorer. Adepte de la perestroïka et de la glasnost, Gorbatchev a décidé sous la pression de la grève de la faim de Sakharov d’autoriser le voyage d’Elena Bonner qui alla se faire soigner aux États-Unis pour un sextuple pontage coronarien, d’octobre 1985 à juin 1986.

Finalement, Gorbatchev décida de libérer le couple Sakharov le 19 décembre 1986. Il l’a appris quand deux ouvriers vinrent lui installer la nuit une ligne téléphonique et pour l’essayer, il a eu au bout du fil Gorbatchev qui lui a annoncé qu’ils pouvaient rentrer à Moscou.

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Pour rendre hommage à l’action de Sakharov en faveur des droits de l’homme, le Parlement Européen a créé en décembre 1985 le Prix Andrei Sakharov pour honorer ceux qui ont consacré leur vie à la défense des droits de l’homme et des libertés, parfois à titre posthume. Le premier prix a été attribué en 1988. Ainsi, entre autres, ont été ainsi honorés par la commission des affaires étrangères et la sous-commission des droits de l’homme du Parlement Européen Nelson Mandela (1988), Anatoli Martchenko (1988), Alexander Dubcek (1989), Aung San Suu Kyi (1990), Taslima Nasreen (1994), Wei Jingsheng (1996), Ibrahim Rugova (1997), Xanana Gusmao (1999), Alexandre Milinkevitch (2006) et Mohamed Bouazizi (2011).


Le démocrate

Loin de se satisfaire de cette vague de réformes en Union Soviétique, Andrei Sakharov n’a cessé de s’opposer à Gorbatchev sur l’idée de la démocratie. Réhabilité, il se fit élire membre du présidium de l’Académie des sciences en octobre 1988.

Son action politique connut ensuite son "heure de gloire" lorsqu’il a été élu le 26 mars 1989 député dans le nouveau Congrès des députés du peuple, la chambre basse de l’Union Soviétique chargé de désigner le Soviet Suprême, comprenant 2 250 sièges. Les élections étaient semi-libres (avec 5 074 candidats), et Sakharov fut élu sur le "quota" de l’Académie des sciences. Il fut l’un des dirigeants de l’opposition démocratique, en coprésidant le groupe interrégional.

Parmi ses échanges parfois virulents avec le pouvoir, il y a eu, la veille de sa mort, cette scène, qui fut filmée, d’un Sakharov très entêté réclamant l’abrogation de l’article 6 de la Constitution de l’URSS qui accordait au parti communiste son rôle dirigeant, face à un Gorbatchev agacé, fermé, cassant, refusant toute évolution et déjà bien attaqué par "ses" conservateurs : « L’affrontement entre les deux hommes fut bref, mais plein d’enseignements. D’un côté il y avait le vieillard convaincu et tenace, symbole du contre-pouvoir. De l’autre un homme de pouvoir, soudain autoritaire et excédé, méprisant. La scène n’a duré que quelques secondes, mais elle mérite d’être revue et méditée. Elle est aussi vraie que les images d’un Gorbatchev bonhomme et enjoué dont nous sommes abreuvés. » (racontait Jacques Amalric le 16 décembre 1989).

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Il avait rédigé un projet de constitution soviétique basé sur les droits humains qui n’a jamais eu le temps d’être discuté. Le 14 décembre 1989, Andrei Sakharov s’effondra à la suite d’une crise cardiaque à son domicile à Moscou. Il avait vécu un printemps et un été 1989 extraordinaires avec la nomination d’un gouvernement non communiste en Pologne et la chute du mur de Berlin. Quelques mois plus tard, l’Union Soviétique elle-même s’écroula sans effusion de sang, le 25 décembre 1991.


Le courage

Courage, c’était sans aucun doute ce mot qui revient sans cesse à l’évocation de Sakharov, qui préféra perdre tous ses privilèges pour défendre la dignité et les droits humains au cours d’une période très difficile. Sans ce type de personnes qui ont anticipé l’histoire, jamais les événements de 1989 puis de 1991 auraient pu se produire à l’est du Rideau de fer. Sakharov laissera donc à la mémoire du monde un souvenir plus politique que scientifique.

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Quant à Elena Bonner, elle s’est profondément opposée à la politique répressive du gouvernement russe contre le peuple tchétchène, a condamné les méthodes très autoritaires de Vladimir Poutine (elle a été la première signataire d’un manifeste appelant le 10 mars 2010 à la démission de Poutine) tout en s’inquiétant d’un retour à l’antisémitisme en Europe. Elle est morte d’une insuffisance cardiaque le 18 juin 2011 à Boston après son hospitalisation le 21 février 2011 (ses enfants habitant aux États-Unis).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 décembre 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Un savant en dissidence" (Jacques Amalric dans "Le Monde" du 11 octobre 1975).
"Un vrai démocrate" (Jacques Amalric dans "Le Monde" du 16 décembre 1989).
Alexandre Soljenitsyne.
La Pologne en 1989.
Le mur de Berlin.
Elena Bonner.
Vaclav Havel.
Nelson Mandela.
Jean-Paul II.
Staline.
L’Europe, c’est la paix.

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http://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/andrei-sakharov-le-grand-savant-160719

 

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