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16 avril 2021 5 16 /04 /avril /2021 03:08

Faut-il accepter de se faire vacciner avec AstraZeneca ou pas ?


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Après le Président de la République fédérale d’Allemagne Frank-Walter Steinmeier (âgé de 65 ans) le 1er avril 2021, la Chancelière allemande Angela Merkel (âgée de 66 ans) a prévu de se faire vacciner avec le vaccin AstraZeneca ce vendredi 16 avril 2021. Autant dire que cette information a de quoi rassurer la France qui pouvait craindre un effet domino après l’annonce par le Danemark de renoncer définitivement à ce vaccin.

On a trop souvent surinterpréter la décision du gouvernement danois annoncée le 14 avril 2021 par Soren Brostrom, le directeur de l’Agence nationale de santé danoise. Le Danemark est un petit pays et s’il peut faire vacciner toute sa population sans le vaccin AstraZeneca, c’est tant mieux pour lui. Au-delà de la réalité de ce vaccin, le déficit de confiance dont ce vaccin pâtit est tel que c’est même la politique de vaccination qui peut être mise en défiance.

Mais la France ni l’Allemagne ne peuvent pas se permettre de se passer de ce vaccin. En France, par exemple, le total de l’approvisionnement, depuis le début, en vaccins, est prévu à la fin du mois d’avril 2021 selon la répartition suivante. Pfizer : 17,2 millions de doses ; Moderna : 2,5 millions de doses ; AstraZeneca : 7,4 millions de doses ; Johnson&Johnson : 0,6 million de doses. On voit bien, avec ces chiffres, que pour un pays de 67 millions d’habitants (soit, à part pour Johnson&Johnson, un besoin de 134 millions de doses, voire plus car on dit maintenant que les personnes en immunodéficience devront prendre une troisième dose), on ne peut pas se passer du vaccin AstraZeneca. Au 15 avril 2021, il y a eu en France 11 956 087 personnes vaccinées avec au moins une dose et 4 265 276 personnes qui ont reçu une seconde dose. C’est 2 millions de plus que l’objectif des 10 millions le 15 avril 2021, mais on est encore loin du compte pour immuniser toute la population.

Pour redorer une image ternie dès le début, le Ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran (àgé de 40 ans et 9 mois), en tant que personnel soignant (il est neurologue), s’est fait vacciner publiquement le 8 février 2021 avec un vaccin AstraZeneca. De même, le Premier Ministre Jean Castex (âgé de 55 ans et 9 mois) s’est lui aussi fait vacciner publiquement le 19 mars 2021 à Melun avec le même vaccin. Dès lors que la recommandation, à partir du 19 mars 2021, est de ne vacciner que les personnes de plus de 55 ans (en Allemagne, Espagne, Portugal Italie, Pays-Bas, réservé aux plus de 60 ans ; au Royaume-Uni, aux plus de 30 ans), on comprendra que le Président de la République Emmanuel Macron (43 ans) ne pourra pas se faire vacciner avec le vaccin AstraZeneca. Et Olivier Véran aura une seconde dose d’un autre vaccin.

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Revenons au vaccin AstraZeneca. Et d’abord, son appellation. Son nom commercial était AZD1222, et il s’est transformé le 29 mars 2021 en VaxZevria. En fait, on l’appellera toujours AstraZeneca, parce que pour les vaccins contre le covid-19, ce qui est sans précédent, on les nomme par le nom des entreprises qui les ont conçus ou plutôt produits (on oublie souvent les partenaires scientifiques indispensables : l’Université d’Oxford pour AstraZeneca, BioNtech pour Pfizer, etc.). Pourquoi ? Parce qu’ils n’étaient pas encore finis d’être développés quand le grand public a eu connaissance de leur existence, et leur nom commercial n’avait pas encore été donné.

Le vaccin AstraZeneca est effectivement le résultat d’une collaboration entre le groupe pharmaceutique suédo-britannique AstraZeneca (issu de la fusion en 1999 du Britannique Zeneca avec le Suédois Astra, donc issu de l’Union Européenne), dirigé par le Français Pascal Soriot depuis 2012 (Moderna aussi est dirigé par un Français), et de deux laboratoires de l’Université d’Oxford. Ils ont reçu des financements publics massifs, tant américains, britanniques qu’européens (dans une moindre mesure). La compensation de ces aides publiques, c’est d’être vendu à prix coûtant, c’est-à-dire sans bénéfices, ce qui peut se concevoir ici (j’en reparlerai prochainement) car ce groupement de partenaires n’a pas financé lui-même sa recherche. C’est donc l’un des vaccins les moins chers sur le marché actuel.

Sa technologie est différente de celle de Pfizer et Moderna : il s’agit de la technologie à vecteur viral. On utilise ici un adénovirus de chimpanzé. C’est la même technologie que celle utilisée par le vaccin russe Sputnik V et le vaccin Johnson&Johnson. A priori, les effets secondaires devraient être les mêmes car dépendent de la technologie.

Le Royaume-Uni et l’Union Européenne ont misé massivement sur ce vaccin AstraZeneca, qui a deux avantages sur les vaccins à ARN messagers : ils sont peu coûteux (d’une part), ils se conservent à moins basse température (d’autre part), ce qui permet d’être injecté dans tous les cabinets médicaux ou assimilés (médecins, pharmaciens, etc.). C’est grâce à lui que le Royaume-Uni (qui a commencé à vacciner avec AstraZeneca le 4 janvier 2021) a obtenu des résultats très positifs au point de rouvrir ses pubs le 12 avril 2021.

Rappelons une chose importante : lorsqu’un vaccin est utilisé, cela signifie qu’il a obtenu son autorisation de mise sur le marché par l’agence du pays dans lequel il est utilisé. On a pu reprocher une certaine lenteur administrative de passer par ces agences mais en fait, c’est une question de sécurité. Aucun vaccin n’a été autorisé sans les conclusions de la phase III des essais cliniques, c’est-à-dire sur plusieurs dizaines de milliers de personnes. C’est le processus classique pour un vaccin ou un médicament. L’agence américaine n’a pas encore autorisé le vaccin AstraZeneca, souhaitant avoir un dossier scientifique plus complet.

Quel que soit le vaccin, aucun de ceux autorisés en Europe n’a été autorisé sans expérimentation préalable. Ceux qui se font vacciner ne sont donc pas des "cobayes" mais des patients classiques, et comme pour tout nouveau médicament, une pharmacovigilance est en cours pour recenser tous les effets secondaires, même minimes qui pourraient survenir après les injections. La phase III permet de voir les effets négatifs sur plusieurs dizaines de milliers de personnes. La pharmacovigilance, sur plusieurs dizaines de millions de personnes. Lorsqu’il y a un effet sur un million, il n’est pas visible en phase III mais il est visible en phase de vaccination massive.

Les Britanniques ont en quelque sorte défriché le terrain vaccinal et montré les deux caractéristiques qu’on attend d’un vaccin : son innocuité et son efficacité. Les derniers chiffres donnent une efficacité d’environ 97%, qui est supérieure aux vaccins à ARN messagers. Son innocuité est prouvée, néanmoins, il y a des effets secondaires, ce qui est le cas de tous les vaccins (la vaccination n’est pas une opération anodine, on demande au corps de réagir et de produire des anticorps, c’est une opération qui peut être épuisante pendant un temps court, une journée).

Pour le vaccin AstraZeneca, on a parlé de deux types d’effets secondaires. Un effet secondaire très fréquent qui est un corps en état fortement grippal, grosse fatigue et fièvre, pendant un jour. C’est sans conséquence mais cela montre qu’un vaccin n’est pas anodin. Lorsque la vaccination avec AstraZeneca a été ouverte le 6 février 2021 à l’hôpital (le 25 février 2021 chez les médecins généralistes et le 15 mars 2021 chez les pharmaciens), d’abord pour le personnel soignant, il y a eu des désorganisations parce que tout un service qui s’était fait vacciner a été en congé maladie pendant un jour en même temps.

L’autre effet secondaire est beaucoup plus grave puisqu’il peut aboutir à la mort. En revanche, il est extrêmement rare. Il peut provoquer une thrombose, la formation de caillots sanguins pouvant entraîner la mort. La fréquence est très faible, de l’ordre de 2,4 cas par million de personnes vaccinées. Le Royaume-Uni en a recensé une trentaine. Lorsque la personne vaccinée victime de thrombose est suivie, on peut éviter le pire avec des anticoagulants, mais à condition d’être suivie.

Certains médecins considéraient que les cas de thrombose n’étaient pas forcément liés à la vaccination par AstraZeneca (corrélation n’est pas causalité). En France, il y a environ 300 cas de thrombose par jour, hors de toute vaccination covid. Néanmoins, ce type de thrombose est très particulière et très rare, et semble plus fréquente chez les personnes vaccinées avec AstraZeneca. Les cas sont souvent chez les femmes et plus chez les jeunes. Le fait d’arrêter la vaccination d’AstraZeneca aux personnes de moins de 55 ans a eu de quoi étonner car au début, on recommandait de vacciner avec AstraZeneca seulement les personnes de moins de 65 ans car l’étude clinique donnait peu d’information sur les plus de 65 ans. Le 10 février 2021, l’OMS a annoncé l’innocuité pour les plus de 75 ans et son efficacité sur le variant anglais (le 2 mars 2021, la France a donc levé cette limite et a permis la vaccination aux plus de 65 ans). En revanche, l’Afrique du Sud a renoncé au vaccin AstraZeneca, considérant une trop faible efficacité sur le variant sud-africain.

Dès l’autorisation européenne (le 29 janvier 2021) et française (le 2 février 2021), il y a eu des problèmes de "communication" (pas seulement, les cas de thrombose ne sont pas des problèmes de communication). Au début, c’était le défaut d’engagement d’AstraZeneca qui a livré à l’Union Européenne beaucoup moins de doses que prévu. Ces retards de livraison ont aussi alimenté la suspicion.

Le sommet de la défiance a eu lieu le 15 mars 2021 : après la suspension du vaccin AstraZeneca de plusieurs pays (Danemark, Norvège, Islande le 11 mars 2021, Bulgarie et Thaïlande le 12 mars 2021), et celle de l’Allemagne (le 15 mars 2021), la France, par la voix du Président Emmanuel Macron, l’a également suspendu, à la surprise générale (Emmanuel Macron l’a dit au détour du 26e sommet franco-espagnol à Montauban, mettant en difficulté les médecins qui étaient en train de vacciner le même jour dans leur cabinet).

Même s’il s’agissait de prendre le temps d’étudier les cas de thrombose et d’attendre la conclusion de l’Agence européenne du médicament le 18 mars 2021, qui a encouragé la reprise de la vaccination AstraZeneca, cette suspension a renforcé le manque de confiance en ce sens qu’une suspension montrait qu’il y avait quelque chose de grave. La reprise en France a eu lieu au même moment que la vaccination de Jean Castex, mais l’exemplarité du Premier Ministre n’a pas compensé la suspicion par la suspension du Président de la République (qui avait tablé sur le fait qu’on renforcerait la confiance en montrant une plus grande vigilance). Le 19 mars 2021 également, le Premier Ministre britannique Boris Johnson (âgé de 56 ans) s’est fait vacciner avec AstraZeneca.

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Mais revenons au principal, les cas de thrombose : le 26 mars 2021, il est avéré qu’il y a un lien entre le vaccin AstraZeneca et ces cas de thrombose qui sont très rares avec la vaccination, mais encore plus rares sans vaccination. Le 7 avril 2021, l’Agence européenne a confirmé que la causalité a été établie entre ces cas et le vaccin sans savoir expliquer pourquoi (certains évoquent l’hypothèse que la dose, qui doit être donnée par une injection intramusculaire, a pu être donnée en injection intraveineuse par erreur, ce qui ferait réagir le corps plus rapidement).

On a beau donner quelques statistiques, comme 2,4 cas de thrombose veineuse cérébrale par million de personnes vaccinées, ce qui signifie que cela reste rare, ou 222 sur 34 millions de personnes vaccinées (je n’ai trouvé aucun décompte réellement établi et cohérent, mais c’est l’ordre de grandeur qu’il faut avoir à l’esprit), le principe de la vaccination est d’être protégé, d’avoir sa santé protégée, son corps renforcé et pas de provoquer des défaillances.

C’est pourquoi je considère que le discours visant à démontrer que la "balance bénéfices/risques" reste largement positive est très contreproductif. Pourquoi ? Parce qu’évidemment, en période de pandémie de covid-19, la vaccination est une nécessité suprême et urgente, chaque jour de retard se compte en dizaines ou en centaines de décès supplémentaires pour notre pays. Il faut donc vacciner, avec toutes les doses à disposition. Mais on ne convaincra pas ceux qui ont de la défiance pour le vaccin AstraZeneca avec le concept de balance bénéfices/risques.

Car de quels bénéfices et de quels risques s’agit-il ? C’est là l’important.

D’un point de vue santé publique, sur le plan purement collectif, il n’y a pas photo : la balance bénéfices/risques du vaccin AstraZeneca est largement avantageuse. Plus on vaccine, moins le virus circule, plus vite on pourra rouvrir nos lieux de convivialité. Le nombre des éventuels décès provoqués par les cas de thrombose est très largement inférieur au nombre de décès supplémentaires sans cette vaccination AstraZeneca. C’est une évidence et les médecins, autorités sanitaires et gouvernement pensent principalement à cette balance bénéfices/risques.

Mais d’un point de vue individuel, il en est tout autrement. C’est l’histoire des accidents d’avion, des attentats dans le métro, etc. La probabilité d’en être victime est ultrafaible. Ce qui nous permet de continuer à prendre l’avion, le métro… enfin, hors crise sanitaire évidemment. Il y a pourtant des victimes, et pour elles, ce n’est pas une question de probabilité, c’est le passage de vie à mort, c’est une famille endeuillée, c’est un univers qui s‘écroule.

Or cette balance bénéfices/risques individuelle doit aussi être étudiée. Globalement, les médecins ont raison lorsqu’ils disent qu’il y a beaucoup plus de risques d’être contaminé par le virus que d’avoir une thrombose veineuse cérébrale en étant vacciné. Cela ne fait aucun doute. Mais ce n’est pas parce qu’on est contaminé qu’on va forcément développer une forme sévère voire en mourir, surtout si on n’a aucune comorbidité et n’est pas trop âgé. Il serait intolérable, mais on ne le saura jamais, de mourir d’une thrombose à cause de la vaccination alors qu’on ne serait pas mort du covid-19 si on n’avait pas été vacciné.

Or, cette dernière phrase peut faire pencher la balance dans l’autre sens. On ne peut pas passer par pertes et profits, au nom du bien commun, tout décès provoqué par la vaccination par AstraZeneca. On doit essayer de comprendre pour quelles raisons il y a des cas de thrombose, s’il y a des personnes "à risques" et alors, on pourra utiliser le vaccin AstraZeneca autrement que comme une roulette russe.

C’est pour cela qu’il faut prendre en compte l’aspect psychologique dans la vaccination. L’objectif est de vacciner le plus de monde possible le plus rapidement possible. C’est une course de vitesse pour éviter la multiplication des variants qui ne se créent que par une forte circulation du virus.

Alors, faut-il accepter de se faire vacciner avec AstraZeneca ?

À mon sens, à ceux que cela concerne, c’est-à-dire les plus de 55 ans, il ne faut pas leur imposer l’AstraZeneca (ni le Johnson&Johnson qui devrait avoir les mêmes effets avec la même technologie). Certains n’auront pas peur du vaccin AstraZeneca, ou du moins, en auront moins peur que d’être malades du covid-19, et dans ce cas, ils se feront vacciner avec AstraZeneca.

Ceux qui n’auront pas ou plus confiance à AstraZeneca, il faut quand même leur permettre d’être vaccinés avec un autre vaccin, car le risque, sinon, serait qu’ils refusent de se faire vacciner, et pour la santé publique, ce serait une catastrophe beaucoup plus grande que de risquer la pénurie de vaccins à ARN messagers. Et l’une des solutions, ce serait d’espacer les deux doses de ces vaccins à ARN messagers, certains médecins préconisent maintenant douze semaines, au lieu des quatre semaines au début de la campagne de vaccination, porté récemment à six semaines.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La balance bénéfices-risques du vaccin d’AstraZeneca.
Covid-19 : 100 000 décès en France, 1 million en Europe.
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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210415-covid-dd-vaccin-astrazeneca.html

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http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/19/38875010.html










 

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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 03:58

« Cette troisième vague est peut-être la plus dure. » (Angela Merkel, le 12 avril 2021).


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Triste bilan, hélas seulement provisoire, de la pandémie de covid-19 en France, en Europe et dans le monde. Il faut insister : le covid-19 est une saloperie, il s’attaque à tout le monde, aux personnes vulnérables (âgées, malades), mais aussi aux personnes jeunes, en pleine santé, en pleine forme. Cette semaine sera celle d’un seuil franchi, un seuil macabre et bien inimaginable il y a treize mois, au début de la prise de conscience collective : le 14, ou le 15 avril 2021, 100 000 personnes seront décédées du covid-19 en France. Ce mardi 13 avril 2021, le nombre exact était de 99 480 décès (dont 73 335 après hospitalisation, les autres étant en EHPAD), et il y a actuellement entre 300 et 400 décès par jour.

Le taux moyen de personnes qui sont mortes du covid-19 en France sur le nombre total de personnes hospitalisées est de 17% (ce n’est pas négligeable) et le taux moyen apparent de décès rapporté au nombre de cas détectés est de 2% (il faut compter qu’un cas sur deux a été détecté, le taux réel est donc plutôt proche de 1%, ce qui reste très élevé : 1 personne meurt sur 100 personnes contaminées).

100 000 personnes, et leurs familles, les amis, cela commence à faire beaucoup, c’est beaucoup plus que les victimes des attentats depuis 2015, plus que les victimes de la route cumulées depuis plus d’une vingtaine d’années. Même si, hélas, la crise n’est pas encore finie, il est temps que la Nation honore ces morts comme on a honoré aussi les victimes des attentats. Pas seulement par quelques mots dans l’hémicycle de l’Assemblée Nationale au détour d’une phrase, mais par une vraie cérémonie. Joe Biden, en arrivant à la Maison-Blanche, l’avait fait pour honorer à l’époque les 400 000 personnes tombées du covid-19 (elles étaient 415 000 le 20 janvier 2021), elles sont maintenant plus de 577 000.

Deux autres seuils macabres vont aussi bientôt être franchis : en Europe (en comptant la Russie et le Royaume-Uni), le seuil de 1 million de décès va également survenir (ce 13 avril 2021, environ 960 000), et dans le monde, celui de 3 millions de décès (ce 13 avril 2021, environ 2,97 millions de décès). La France se "classe" au 8e rang mondial de la mortalité absolue (sans mettre en rapport avec la population), derrière les États-Unis, le Brésil, le Mexique, l’Inde, le Royaume-Uni, l’Italie et la Russie et devant l’Allemagne. L’Europe est donc durement touchée, représentant un tiers des décès au total alors qu’elle ne représente qu’un neuvième de la population mondiale.

En nombre de cas détectés de covid-19, d’autres seuils symboliques ont été ou vont être franchis ces prochains jours. En France, 5 millions de cas détectés, le seuil a été franchi la semaine dernière (le 10 avril 2021), la France est la première d’Europe, un podium dont elle se passerait bien (5,1 millions ce 13 avril 2021). Et au quatrième rang mondial derrière les États-Unis, l’Inde et le Brésil et devant la Russie et le Royaume-Uni. En Europe, le seuil de 42 millions de cas détectés est sur le point d’être franchi ce mercredi 14 avril 2021. Et dans le monde, le seuil de 140 millions cas détectés sera franchi avant la fin de la semaine (137,8 millions ce 13 avril 2021, avec un rythme de 500 000 à 700 000 nouveaux cas chaque jour).

Bien sûr, le nombre total de cas détectés depuis le début de la pandémie est une donnée très partielle de la réalité, parce qu’au début, en France, par exemple, on ne testait que les cas graves, et cela dépend aussi du nombre de tests, et après un retard au démarrage, la France fait partie des nations qui testent le plus sa population. Au 13 avril 2021, près de 70,5 millions de tests ont été réalisés, soit en moyenne plus d’un par habitant (à titre comparatif, l’Allemagne, beaucoup plus nombreuse, n’en a fait que 51,5 millions). Le nombre de décès donne une meilleure vision de la réalité (la France est au quatrième rang européen après le Royaume-Uni, l’Italie et la Russie et avant l’Allemagne, l’Espagne et la Pologne).

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Un autre critère essentiel est le nombre de personnes en réanimation (ou en situation critique, les définitions peuvent être un peu différentes selon les pays) pour cause de covid-19. Ce sont des personnes qui resteront marquées à vie si elles en réchappent. Actuellement (au 13 avril 2021), il y en a plus de 104 000 dans le monde, plus de 33 000 en Europe, et en France, le seuil de 6 000 patients en réanimation va être franchi le 14 ou le 15 avril 2021 (au 13 avril 2021, ils sont 5 952), soit beaucoup plus qu’à la deuxième vague en novembre 2020 (20% de plus), mais moins qu’à la première vague (environ 7 300 en avril 2020). Plusieurs médecins hospitaliers estiment que le pic de cette troisième vague n’aura pas lieu avant le début du mois de mai 2021.

Depuis le début de la pandémie, 74 730 personnes ont été soignées en réanimation en France et 437 684 ont été hospitalisées (au 13 avril 2021). Actuellement, 31 226 malades du covid-19 sont hospitalisées, soit environ 6 000 de plus que le mois dernier.

Plus généralement, cette maladie touche gravement la population mondiale. Je le répète, hélas, la crise n’est pas terminée, est loin d’être terminée dans certains pays, ce qui signifie que partout, elle peut ressurgir si on arrive à l’éradiquer localement (les îles ont un avantage dans ce cas-là).

Sa mortalité est très forte : en France, le covid-19 a déjà tué plus de 0,15% de la population française (à ne pas confondre avec le taux de décès sur le nombre de personnes contaminées ou sur le nombre de personnes hospitalisées, voir au premier paragraphe). Au Royaume-Uni et en Italie, ce taux est actuellement à 0,19%, au Mexique, en Espagne et en Pologne à 0,16%. Aux États-Unis, au Brésil et au Portugal, il est à 0,17%. Certains pays plus petits ont des taux bien plus élevés : 0,26% en République tchèque, 0,25% en Hongrie, 0,23% en Bosnie, 0,20% en Belgique, Slovénie et Slovaquie. L’Europe centrale a été très touchée par la deuxième vague. Inversement, l’Allemagne a un taux beaucoup plus faible que les autres pays voisins, avec 0,09%, par la chance d’avoir été très peu touchée lors de la première vague. Nul pays n’est épargné, si ce n’est la Chine et d’autres pays asiatiques qui ont appliqué très rigoureusement et très militairement des restrictions sévères qui n’auraient jamais été acceptées en France ni en Europe.

La perspective du variant brésilien peut en plus effrayer : le Brésil est dans une situation catastrophique, avec 3 000 à 4 000 décès chaque jour, plus de la moitié des environ 10 000 malades en réanimation sont des personnes jeunes, âgées de moins de 40 ans. Le Brésil a eu plus de 355 000 décès depuis le début de la pandémie ayant touché au moins 13,5 millions de personnes. Mais il faut rappeler que la politique du gouvernement brésilien est de laisser faire, de n’appliquer aucune mesure efficace de restriction sanitaire.

Deux pays ont pu montrer l’efficacité d’une politique volontariste en matière sanitaire. Les Américains ont très peu respectés les gestes barrières, du moins pour la moitié d’entre eux, quand Donald Trump était Président (le masque était stupidement politisé ; on le porte, on est démocrate, on ne le porte pas, on est républicain). Depuis que Joe Biden est au pouvoir et que des mesures rationnelles et efficaces ont été prises, il y a eu un net recul du nombre de décès chaque jour (moins de 1 000 par jour alors qu’il y a trois mois, on en était à plus de 4 000 par jour). Cela signifie qu’au Brésil, on pourrait stopper aussi efficacement l’épidémie de cette manière. En Angleterre, après trois mois de confinement très strict, on commence à déconfiner, dès ce 12 avril 2021 (ouverture des terrasses des bars, restaurants, etc.).

Dans ces deux pays, les restrictions sanitaires ont été décidées parallèlement à une vaccination massive de la population. Au Royaume-Uni, environ 60% de la population a eu la première dose de vaccin. Le nombre de décès a diminué drastiquement, 23 pour le 13 avril 2021. Peut-on dire que le Royaume-Uni devient un pays modèle en gestion du covid-19 ? Difficile de dire car comparativement, il y a eu plus de décès qu’en France (127 123). On avait déjà cru, lors de la première vague, que l’Allemagne était un pays modèle, la deuxième vague a démontré que finalement, il n’y a beaucoup de miracle. L’Allemagne va atteindre le seuil des 80 000 décès (dans deux ou trois jours) et a franchi le 12 avril 2021 le seuil de 3 millions de cas détectés. Lorsque les mesures sont prises (voir les États-Unis et le Brésil dans le raisonnement par contraposition), les conséquences des gestions nationales sur l’évolution de l’épidémie sont relativement mineures.

Probablement que s’il y a un pays à prendre vraiment en exemple, c’est Israël qui a poussé à l’extrême la politique de vaccination. Et comme prévu, cela a eu d’heureuses conséquences sur la mortalité (ce 13 avril 2021, seulement 5 décès ont été à déplorer en Israël). On oublie cependant deux éléments à prendre en compte. Israël est un petit pays, de moins de 10 millions d’habitants. Si la France était de la taille d’Israël, cela aurait fait déjà une dizaine de jours que sa population aurait entièrement eu une première dose. L’autre élément, c’est qu’Israël a pu être fourni massivement en vaccins Pfizer par un accord qui prévoie d’apporter toutes les données de pharmacovigilance de la population israélienne au producteur pharmaceutique. Il n’est pas certain que les Français qui ont protesté contre le "retard vaccinal" de la France auraient accepté de laisser filer leurs informations personnelles à un grand groupe privé étranger.

Cela dit, l’exemple de ces trois pays (entre autres) est rassurant et prouve, si on avait un doute, que la vaccination est la solution à moyen et long terme (pas à court terme hélas). La France, à cet égard, n’a pas à rougir de sa politique vaccinale. C’est vrai qu’il y a eu un démarrage lent, mais cette lenteur n’était pas un problème français, c’est simplement un problème d’approvisionnement du fournisseur. Les structures, surtout basée par les collectivités territoriales, sont prêtes à vacciner massivement depuis longtemps (le record a été de plus de 500 000 en une journée).

Le seuil de 10 millions de personnes vaccinées en première injection prévu pour le 15 avril 2021 a été atteint avec une semaine d’avance. Au 13 avril 2021, plus de 11,2 millions de Français ont eu leur première dose, cela commence à devenir important (environ 17% de la population nationale). On voit les effets dans les EHPAD où les résidents ont été vaccinés avec un taux d’environ 90%, et aujourd’hui, il n’y a quasiment plus de mortalité dans ces établissements (alors qu’auparavant, un tiers des décès provenait des EHPAD).

Cette source d’optimisme n’est pas vaine malgré le variant brésilien. Même s’il progresse plus lentement que le variant anglais, il y a des risques, malgré toutes sortes de mesures de fermeture des frontières, de fermeture de liaisons aériennes, que le variant brésilien continuera à circuler même en Europe (aux Pays-Bas, il serait déjà à 7%, et pourrait être majoritaire dès le mois de mai). Mais les vaccins à ARN messagers restent efficaces contre tous les types de variants, car ils sont capables de s’adapter très rapidement aux nouveaux variants (il faut environ deux ou trois mois de développement).

Vouloir rendre obligatoire la vaccination est illusoire quand ceux qui veulent être vaccinés ne peuvent pas encore être honorés. Et si le taux de vaccination volontaire est suffisamment important, il n’y a nul besoin sanitaire à rendre la vaccination obligatoire. En revanche, la vaccination restera dans tous les cas fortement recommandée, car le virus continuera encore longtemps à circuler dans le monde, et ne sera alors contaminée que cette faible minorité de rebelles aux vaccins. Ils apprendront alors à leurs dépens, hélas, que cette maladie existe réellement et que c’est une belle saloperie…


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Sylvain Rakotoarison (13 avril 2021)
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11 avril 2021 7 11 /04 /avril /2021 03:02

« Chers amis, connus et inconnus de moi, mes chers compatriotes et toutes les personnes du monde ! Dans quelques instants, une puissante fusée soviétique va propulser mon vaisseau dans l’étendue de l’Espace. Ce que je veux vous dire est ceci. Toute ma vie est désormais devant moi comme une simple inspiration. Je sens que je peux accroître ma force pour faire avec succès ce que l’on attend de moi. » (Gagarine, 12 avril 1961).



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Faisons un peu de russophilie. J’ai déjà travaillé avec des scientifiques russes de haut niveau pour des projets stratégiques et j’ai pu apprécier à quel point les chercheurs russes s’étaient maintenus dans l’excellence, malgré des moyens financiers très limités depuis l’effondrement de l’URSS. Je les ai côtoyés à peine dix ans après cet événement historique, certains étaient monarchistes (le directeur du laboratoire avait même installé un tableau géant du tsar dans son gigantesque bureau). Tous étaient fort sympathiques et certains adoraient la France et les Français et me récitaient même des vers de Rimbaud, mais ils étaient déjà sexagénaires, je ne suis pas sûr que la jeunesse moscovite d’aujourd’hui connaisse le français et je la crois plutôt anglophone, du moins l’élite, c’est plus efficace pour elle (du reste comme à Sofia, Bucarest, Bratislava, etc.).

Saluons donc ce 60e anniversaire : le 12 avril 1961, la mission Vostok 1 s’est déroulée quasi-parfaitement. Étape essentielle du programme spatial soviétique dirigé par Serguei Korolev, la mission visait à placer sur orbite terrestre le premier humain (homme en l’occurrence). Youri Gagarine a ainsi décollé de la base spatiale Baïkonour (en fait Tiouratam), au Kazakhstan, le 12 avril 1961 à 7 heures 07 (heure de Paris). Il a fait un tour de la Terre, est resté 108 minutes en suspension dans l’Espace et a atterri à 8 heures 55.

Lancer un vaisseau autour de la Terre n’était plus un exploit, envoyer un homme pas vraiment non plus ; l’exploit, c’était de le maintenir vivant et surtout, de le ramener vivant. Le cosmonaute s’est éjecté à 7 kilomètres du sol, évitant ainsi le choc de la capsule, et est descendu en parachute (ce qui est très haut). Gagarine lui-même n’a atteint le sol qu’à 9 heures 05 et il a raconté plus tard : « Lorsqu’ils m’ont vu dans ma combinaison spatiale, traînant mon parachute en marchant, ils ont commencé à s’enfuir, effrayés. Je leur ai dit : n’ayez pas peur, je suis un Soviétique comme vous, qui revient de l’Espace et qui doit trouver un téléphone pour appeler Moscou ! ».

Après le lancement du premier satellite Spoutnik 1 (le 4 octobre 1957), le vol de Gagarine fut salué par tous, y compris les scientifiques américains, comme un véritable succès et comme une nouvelle page tournée du progrès technologique de l’humanité. L’URSS, qui avait beaucoup investi dans son programme spatial, a pu faire la preuve qu’elle était en avance sur les États-Unis en matière spatiale.

Paradoxalement, c’est grâce à cet exploit que les États-Unis de John Kennedy se sont "réveillés" et ont lancé le programme Apollo qui a permis à "l’homme" de marcher sur la Lune. La concurrence a toujours provoqué la saine émulation et l’histoire de la conquête spatiale des années 1960 et 1970 a montré qu’elle n’était pas vaine, cette concurrence, et cela même sans attentes économiques.

Les approches techniques sont d’ailleurs assez différentes. Les Américains, lorsqu’ils s’y mettent, y investissent beaucoup d’argent et conçoivent le plus-que-parfait. Parfois, cela peut faire des problèmes, des défaillances. Les Soviétiques, eux, misaient sur la robustesse et l’efficacité. Leurs bonnes vielles fusées sont peut-être un peu anciennes, mais elles fonctionnent, elles sont fiables. La haute technologie peut être intéressante mais est moins solide, peut avoir mille défauts et même provoquer des accidents, mais les accidents, il y en a eu dans les deux "camps".

Toujours est-il qu’on ne doit en aucun cas considérer que la "science russe" (même je trouve stupide d’accoler une nationalité au mot "science" qui est par essence celle de l’humanité, résultat de projets internationaux) fait partie de l’excellence et cette tradition n’est pas nouvelle, soixante ans après cet exploit de Gagarine. Les Russes font partie de l’excellence dans de nombreux domaines, j’en cite trois, le spatial, bien sûr, les mathématiques (si je ne m’étais pas retenu, j’aurais acheté toutes leurs collections de manuels universitaires très bien réalisés qui étaient proposées au Hall du Livre, la grande librairie de Nancy, à des prix défiant toute concurrence, à une époque d’avant Internet), et aussi, bien sûr, la biologie, la virologie, les vaccins.

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Petite transition donc pour aboutir au fameux vaccin russe contre le covid-19 Sputnik V (le V étant pour vaccin, ou virus ? mais pas pour le 5 romain, même si en fait, le nom réel de ce vaccin n’a rien à voir : Gam-Covid-Vac). Cette appellation est très politique et permet de rappeler l’excellence technologique de la Russie. Mais fallait-il autant insister sur une évidence ? Ou alors, n’était-ce plus une évidence ? Du moins pour certains pays ?

Ce vaccin a été conçu et développé au sein du prestigieux Institut de recherche Gamaleïa d’épidémiologie et de microbiologie créé en 1891, nationalisé en 1919 et situé à Moscou. Il a été baptisé du nom de Nikolaï Gamaleïa, pionner de la recherche sur les vaccins. Cet institut d’excellence a proposé en mai 2017 un vaccin contre Ebola qu’il a livré à la Guinée.

Dès mai 2020, cet institut a annoncé le développement de ce vaccin Sputnik V. Celui qui a supervisé les travaux de recherche est Denis Logunov, qui avait travaillé aussi sur Ebola et sur le MERS (le deuxième coronavirus mortel, SARS du Moyen-Orient).

L’essai clinique en phase I s’est terminé en juin 2020 et la phase II en juillet 2020. Dès le 11 août 2020, les autorités sanitaires russe l’ont autorisé alors que la phase III n’avait pas encore été réalisée. D’une part, cela signifie que ce serait le premier vaccin développé au monde contre le covid-19, d’autre part, cela signifie qu’il y a eu précipitation puisqu’on n’a pas attendu la conclusion de la phase III (la plus longue, test sur une population statistiquement représentative, de plusieurs dizaines de milliers de personnes, en deux groupes, placebo et substance active, pour évaluer l’efficacité et l’innocuité du vaccin).

Avec la première annonce d’Albert Bourla, le patron de Pfizer, le 9 novembre 2020 sur l’efficacité de 90% de son vaccin développé avec Biontech sur une technologie à ARN messager (efficacité revue à la hausse à 95% le 18 novembre 2020), puis la surenchère de Moderna à 94,5% le 16 novembre 2020, le Président russe Vladimir Poutine montrait que les travaux de la Russie n’étaient pas "impossibles" alors qu’on parlait de plusieurs années pour développer un vaccin. En effet, Vladimir Poutine a communiqué dès le 7 novembre 2020 sur l’efficacité de 92% du vaccin Sputnik V.

Personne n’est évidemment dupe, ce qui a fait dire par le Président français Emmanuel Macron un peu maladroitement, à l’issue du Conseil Européen du 25 mars 2021 : « Nous sommes face à une guerre mondiale d’un nouveau genre. Face notamment aux attaques, aux velléités de déstabilisation russes, chinoises, d’influence par le vaccin. Face à cela, si nous voulons tenir, nous devons être souverains. Nous nous sommes mis aujourd’hui en capacité de produire pour ce faire. ». Ce "nous" correspond à l’Union Européenne qui, à la fin de l’année 2021, devrait avoir produit 3 milliards de doses de vaccin, première puissance de production de vaccins contre le covid-19.

Toutefois, ni la France, ni l’Europe n’ont jamais rejeté a priori le vaccin russe parce qu’il était russe. Au contraire, l’Europe a toujours pris au sérieux le vaccin Sputnik V, surtout depuis la publication des résultats intermédiaires de la phase III dans "The Lancet" le 2 février 2021 (qui évalue l’efficacité à 91,6%), au point que l’Allemagne et la France sont prêtes à produire elles-mêmes ce vaccin en cas d’autorisation de mise sur le marché par l’Agence européenne du médicament.

Tout le monde (et moi le premier) est ravi qu’un vaccin russe existe au même titre que les autres vaccins, car la pandémie concerne les 7,8 milliards d’êtres humains et aucun vaccin ne sera donc de trop.

Passons rapidement sur des polémiques inutiles. Il y a la "guerre scientifique" et la "guerre de communication". Sur le front de la communication, et c’est de "bonne guerre", Vladimir Poutine a beaucoup communiqué sur le sujet. Saluons-le d’ailleurs lorsqu’il propose des doses à l’Europe malgré les différends diplomatiques qui nous divisent. La lutte contre la pandémie est mondiale et il ne sert à rien de "résoudre" la crise dans un pays si un autre pays est porteur d’un nouveau foyer.

Cette guerre du vaccin est donc bien une lutte mondiale, au même titre que la conquête spatiale : à la fois une forte concurrence nationale, une forte visée diplomatique (en mettre plein la vue), mais aussi, et c’est heureux, une forte coopération internationale, au même titre que Russes et Américains (et Européens) sont ensemble dans les stations spatiales et s’entraident (surtout depuis la fin des navettes spatiales américaines).

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Trois semaines après que Vladimir Poutine a proposé des doses à l’Europe (50 millions de doses), la Russie n’avait vacciné que 4% de sa population tandis que la France déjà 10%. Il y a cette impression que la Russie préfère exporter son vaccin plutôt que d’en faire bénéficier son peuple, non pas pour le tester sur des populations étrangères (cela n’aurait pas de sens) mais pour simplement avoir une nouvelle influence diplomatique …au détriment de son peuple. En tout cas, l’Argentine, le Brésil, l’Inde, l’Algérie, la Bolivie, la Hongrie, la Serbie, la Tunisie, le Mexique, l’Ouzbékistan, le Népal, l’Égypte, entre autres, ont déjà bénéficié du vaccin russe ou l’ont déjà autorisé.

Dans tous les cas, la Russie n’a pas les capacités de production de ce qu’elle offre à l’Europe. En clair, les premières livraisons, dans le meilleur des cas, auront lieu en juin 2021. La guerre ne sera pas finie à cette période mais l’urgence aura, je l’espère, diminué, d’une part parce que les populations vulnérables auront été déjà vaccinées, d’autre part parce que l’Europe aura déjà produit des centaines de millions de doses au point de s’autosuffire ou même d’exporter.

Néanmoins, toutes les voies sont bonnes dans ce combat contre le virus. Il y a eu une part d’hypocrisie de la part de la Russie à regretter que l’Europe ne prenne pas en compte son vaccin alors qu’elle n’avait pas fait très tôt sa demande d’autorisation de mise sur le marché à l’Agence européenne du médicament. Le dossier aurait été déposé mais il aurait manqué beaucoup de données. Depuis le 4 mars 2021, l’agence européenne étudie le dossier.

Bien sûr, on pourra à ce stade faire le petit couplet anti-eurocrates, bureaucrates de Bruxelles. À tort à mon sens. On peut regretter que cela prenne du temps, mais inversement, plus on va vite, moins on est prudent. Or, l’histoire du vaccin d’AstraZeneca (j’y reviendrai certainement plus tard) montre que la précipitation n’est peut-être pas pertinente. Au départ, le vaccin était destiné aux moins de 65 ans, aujourd’hui, il est destiné aux plus de 55 ans (à partir du 12 avril 2021), mais en Allemagne, il est destiné aux plus de 60 ans, tandis qu’au Royaume-Uni, il est destiné aux plus de 30 ans.

C’est d’autant plus crucial de prendre le temps d’étudier les résultats de la phase III des essais cliniques du vaccin Sputnik V que sa technologie est similaire à celle d’AstraZeneca : le vaccin utilise en effet deux adénovirus humains recombinants (pas les mêmes qu’AstraZeneca qui utilise un adénovirus de chimpanzé), un pour la première dose et un autre pour la seconde dose, et nécessite une quantité importante du produit pour assurer la réaction immunitaire. Il est donc possible que des effets de thrombose soient également présents même si, pour l’instant, aucune donnée ne va en ce sens. C’est d’ailleurs assez curieux que certains qui protestent contre le vaccin d’AstraZeneca puissent promouvoir le vaccin russe de même technologie, et donc, avec les mêmes risques.

Un autre problème est la fiabilité de la chaîne industrielle. On l’a vu pour Pfizer en janvier 2021, non seulement il faut l’innocuité et l’efficacité du vaccin, mais il faut pouvoir le produire en contrôlant parfaitement sa composition sur des centaines de millions de lots. Ce n’est plus un problème scientifique mais de contrôle de qualité de l’outil de production, et c’est le même enjeu pour tous les types de vaccin.

Alors, oui, le vaccin Sputnik V est intéressant et doit être autorisé si toutes les garanties scientifiques ont été apportées dans les essais cliniques, avec la même rigueur, ni plus ni moins, que les quatre vaccins déjà autorisés par l’Union Européenne. Bravo donc à l’Institut Gamaleïa et à ses partenaires, ainsi qu’à la Russie en général pour son excellence scientifique !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
60 ans après Vostok 1, Sputnik V : comme une simple inspiration.
Youri Gagarine.
Spoutnik.
Rosetta, mission remplie !
Le dernier vol des navettes spatiales.
André Brahic.
Les petits humanoïdes de Roswell…
Roland Omnès.
Evry Schatzman.
Katalin Kariko.
Le plan quantique en France.
Apocalypse à la Toussaint ?
Bill Gates.
Benoît Mandelbrot.
Le syndrome de Hiroshima.
Au cœur de la tragédie einsteinienne.
Pierre Teilhard de Chardin.
Jacques Testart.
L’émotion primordiale du premier pas sur la Lune.
Peter Higgs.
Léonard de Vinci.
Stephen Hawking, Dieu et les quarks.
Les 60 ans de la NASA.
Max Planck.
Georg Cantor.
Jean d’Alembert.
David Bohm.
Marie Curie.
Jacques Friedel.
Albert Einstein.
La relativité générale.
Bernard d’Espagnat.
Niels Bohr.
Paul Dirac.
Olivier Costa de Beauregard.
Alain Aspect.

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1 avril 2021 4 01 /04 /avril /2021 06:21

« Un an de peine, d’épreuves, où nous aurons été au moins 4 millions et demi à contracter la maladie et où bientôt 100 000 familles auront été endeuillées. Un an d’efforts pour tous. D’angoisses, de sacrifices. De fierté aussi et d’actes héroïques. Un an où, ensemble, nous avons résisté et appris. Un an où nous avons tenu. » (Emmanuel Macron, le 31 mars 2021).




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Annoncée le matin, l’allocution télévisée que le Président de la République Emmanuel Macron a prononcée ce mercredi 31 mars 2021 à 20 heures pendant vingt-cinq minutes, a eu le mérite de faire solennellement le point sur la crise sanitaire et de donner des perspectives, de « rebâtir ce chemin d’espoir, celui qui nous permettra de retrouver progressivement une vie normale » (on peut réécouter ou lire l’allocution ici). Sa parole devenait indispensable depuis le 28 mars 2021, quand une quarantaine de médecins hospitaliers décrivaient la situation catastrophique des services de réanimation avec risque de tri des patients (le mot "tri" a fait polémique).

Les commentaires journalistiques en réaction à cette allocution m’ont paru complètement hors-sol. Tout était bon de toute façon pour enfoncer la parole présidentielle, comme si les journalistes qui avaient prévu de partir en vacances en avril étaient en colère de ne plus pouvoir le faire. Ils ne regardaient que le bout de leurs libertés personnelles, ou encore "l’acceptabilité", étonnés de voir que 57% des sondés avaient été convaincus par le Président (chez Harris pour LCI).

Mais les considérations politiciennes n’ont pas cours avec une crise sanitaire d’une telle ampleur. Oublient-ils, ces journalistes, que chaque jour, autour de 300 personnes meurent du covid-19 ? Ce 31 mars 2021, ils étaient 303 à en mourir, et cela en fait au total 95 640, autant dire 100 000 dans quelques jours, hélas. 300 chaque jour, un crash de Boeing chaque jour. C’était cette image qu’ont employée les médecins qui ont ouvert la polémique sur le "tri" des patients. Peut-on rester indifférent à ce massacre ? C’était donc juste et heureux que le Président ait commencé son allocution sur cet élément essentiel.

Emmanuel Macron a voulu être équilibré. Le risque est donc d’être contesté des deux côtés, chez ceux qui prônent un confinement strict et chez ceux qui voudraient la réouverture de tout. Il a répondu aux médecins ainsi : « Il ne faut absolument pas céder à la panique ; nous avons conservé la maîtrise de la situation à l’hôpital. Cette situation est dure, beaucoup de services sont surchargés. Mais nous n’en avons pas perdu le contrôle. ». En même temps, il ne voulait pas être euphorique : « Nous ne devons pas non plus céder au déni, ce serait faux de dire que si nous ne faisions rien, les choses s’amélioreraient d’elles-mêmes, non ; alors nous nous placerions dans une situation délicate, de potentielle saturation de tout le pays. ».

Emmanuel Macron a donc tenté, au début de son intervention, de justifier sa politique et son choix, le 29 janvier 2021, de ne pas reconfiner le pays. Il a expliqué que deux mois avaient été gagnés, mais gagnés par  qui ? Par les 20 000 personnes décédées pendant cette période ? Ce qui paraît en revanche possible, c’est qu’un confinement de deux mois (en février et mars 2021) n’auraient pas empêché la remontée de maintenant. C’est ce qui se passe en Allemagne, aussi en Italie.

Dans cette politique du 29 janvier 2021, il a énuméré les trois principes qui l’avaient inspiré : la sécurité (« ne jamais transiger sur la santé des Françaises et des Français »), l’équilibre (« prendre en compte les conséquences des restrictions ») et la responsabilité (« faire confiance »).

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L’infléchissement de cette politique a eu lieu le 18 mars 2021 avec la mise sous confinement léger de seize puis dix-neuf départements. Mais, l’infléchissement a été insuffisant : « Deux semaines après la mise en place de ces mesures, les chiffres sont clairs. Oui, cette stratégie a eu des premiers effets. Mais très clairement, ces efforts restent trop limités au moment où l’épidémie accélère. ».

Les mesures prises le 18 mars 2021 ne semblent pas être vraiment efficaces. Pas de baisse du nombre de nouveaux cas, nous en sommes toujours à plus de 40 000 quotidiens. Plus il y a de cas, plus il y a d’hospitalisations et d’occupations de lit en réanimation (actuellement 5 053, dépassant le pic de novembre 2020), plus il y a malheureusement de décès.

Pour cette raison, Emmanuel Macron a pris la décision d’élargir le confinement léger à tout le territoire métropolitain. Dès lors que la situation est critique dans la plupart des départements, il n’y avait plus de raison de territorialiser. Notons que ce fut la même chose en octobre 2020. Prise ainsi, la mesure n’aura probablement pas plus d’efficacité que localement. On peut comprendre la colère des médecins hospitaiers qui ont exprimé leur colère après l’allocution. Leur colère permet même au chef de l’État de démontrer qu’il reste équilibré et qu’il n’a pas opté pour un confinement dur. En clair, qu’il est resté libre de sa politique et qu’il ne la définit pas sous la pression de médecins qui ont voulu manipuler "l’opinion publique".

La philosophie générale du 31 mars 2021 n’est donc pas punitive : « Très clairement, nous faisons le choix de la confiance. Nous faisons le choix de la responsabilité, et, si je puis dire, de la respiration. ». On peut donc être amené à penser que les contrôles policiers ne se feront que pour empêcher les rassemblements nombreux, festifs et la consommation d’alcool sur voie publique.

À mon sens, cette décision de généraliser les mesures du 18 mars 2021 sur tout le territoire va peu impacter sur la circulation du virus. En revanche, une autre décision, beaucoup plus importante, et grave sur le plan symbolique, va, à mon sens, être efficace : la fermeture des écoles au mois d’avril 2021.

La semaine du 5 au 9 avril est réservée aux cours en distanciel (rappelons que cette semaine contient le lundi 5 qui est le lundi de Pâques), puis deux semaines de vacances scolaires, sans zones, pour tout le pays, enfin, la quatrième semaine, les écoles seront rouvertes mais pas les lycées et collèges avec cours en distanciel. Bref, ce qui avait été fortement conseillé pour les vacances de février va être appliqué aux vacances d’avril.

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L’intérêt d’utiliser les vacances scolaires dans la fermeture des écoles, c’est de ne pas trop impacter sur la scolarité des enfants. Il y a des études contradictoires sur la capacité de faire circuler le virus par les écoles. C’est en tout cas l’une des causes, car il y a ensuite contamination de la famille (dans les deux sens, soit l’enfant contamine sa famille en rentrant chez lui, soit un adulte de la famille l’a contaminé et l’enfant contamine ensuite d’autres camarades de classe).

La vraie efficacité provient des conséquences secondaires : dès lors que les enfants sont à la maison, les adultes devront aussi y être. Soit ils seront obligés de faire du télétravail, soit ils seront en chômage partiel, notamment quand s’occuper de ses enfants prendra trop de temps dans la journée pour pouvoir travailler. C’est cet effet secondaire sur le travail des adultes qui est intéressant, car cela confinera beaucoup de parents d’élèves à leur domicile. Cela réduira les interactions sociale, donc freinera la circulation du virus.

Mais là aussi, le mot "confiner" est mal adapté, car rien n’empêchera de sortir autant de temps que voulu à l’extérieur, avant le couvre-feu de 19 heures, dans la limite des 10 kilomètres, sans attestation de déplacement (qui reste nécessaire pour des déplacements de plus de 10 kilomètres).

Inquiet par la hausse continue du nombre de contaminations depuis cinq ou six semaines, j’étais donc plutôt favorable à un confinement strict, plutôt strict et court que léger (comme aujourd’hui) et long. Mais la proposition d’Emmanuel Macron me paraît équilibrée et raisonnable. Et habile, puisqu’il ne s’agit pas de reconfiner comme en mars 2020, tout en étant efficace. Le reconfinement des parents d’élèves va réduire considérablement les déplacements (ce qui n’était pas le cas avec les mesures du 18 mars 2021 ; en région parisienne, la première semaine, il n’y a eu une baisse que de 5% des déplacements en région parisienne, trop faible pour avoir un effet sur la circulation du virus).

Les autres mesures présentées par Emmanuel Macron semblaient plutôt incantatoires. Augmenter le nombre de lits en réanimation : j’imagine que les hôpitaux n’ont pas attendu la parole présidentielle pour faire tout leur possible pour accueillir dans les meilleures conditions les malades. Renforcer la campagne de vaccination, samedi dimanche compris : j’imagine aussi que cette volonté dépend avant tout de l’approvisionnement des doses de vaccins. Ce qui est clair, c’est que dans quelques mois, nous n’aurons plus de tension, comme ce fut le cas aussi avec les masques et les tests PCR. Il faut quelques mois pour construire les lignes de production.

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Sur le calendrier vaccinal, après le 27 mars 2021 pour les 70-75 ans, la vaccination sera ouverte aux 60-70 ans à partir du 16 avril 2021, aux 50-60 ans à partir du 15 mai 2021 et aux 18-50 ans à partir du 15 juin 2021. C’est parce qu’il y a la perspective de la vaccination que les mesures de restriction sanitaire sont acceptables. 8,5 millions de personnes ont reçu au moins une dose de vaccin, c’est déjà beaucoup (13% de la population totale), et l’objectif des 10 millions au 15 avril 2021 paraît largement réaliste.

À l’issue de cette allocution, beaucoup de commentateurs ont conclu qu’Emmanuel Macron restait droit dans ses bottes et se refusait à dire qu’il aurait pu se tromper. C’est pourtant faux, ils n’ont pas écouté jusqu’au bout le Président de la République : « Je sais qu’il y a beaucoup de lassitude, de fatigue. Je sais qu’il y a aussi parfois de l’énervement, de l’emportement, et c’est bien normal. Je sais qu’à chaque étape de cette épidémie, nous pouvions nous dire que nous aurions pu faire mieux. Nous avons commis des erreurs. Tout cela est vrai. ». Pour poursuivre : « Mais je sais une chose : nous avons tenu, nous avons appris et nous nous sommes à chaque fois améliorés. ».

Concrètement, pour ceux qui habitent dans les dix-neuf départements concernés par les mesures du 18 mars 2021 et qui n’ont pas d’enfants scolarisés, les mesures du 31 mars 2021 n’auront aucun impact. La nationalisation des limitations de déplacement me paraît raisonnable dès lors que la circulation du virus s’accélère partout en France. La fermeture des écoles pendant le mois d’avril 2021 est la mesure la plus importante, et j’ose croire qu’elle sera efficace par le fait que les parents resteront chez eux pour garder leurs enfants.

Pour ceux qui ont des enfants scolarisés, la vie va être évidemment bouleversée. C’est sur eux que portera l’essentiel de l’effort national demandé. Qu’ils en soient ici vivement remerciés !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (01er avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Le "chemin d’espoir" d’Emmanuel Macron.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron, le 31 mars 2021 à Paris (texte intégral et vidéo).
Emmanuel Macron sera-t-il un Président réformateur ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron pour les vœux 2021, le 31 décembre 2020 à Paris (texte intégral et vidéo).
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron en hommage à Valéry Giscard d’Estaing, le 3 décembre 2020 à Paris (texte intégral et vidéo).
Discours du Président Emmanuel Macron sur la lutte contre le séparatisme, le 2 octobre 2020 aux Mureaux (texte intégral).
Emmanuel Macron : 43 ans en quarantaine.
Écologie : un référendum, pourquoi pas ?
Le calendrier de l’Avent du Président Macron.
Emmanuel Macron et l’électrochoc du confinement nocturne.

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30 mars 2021 2 30 /03 /mars /2021 03:20

« C’est dans le moule de l’action que notre intelligence a été coulée. La spéculation est un luxe, tandis que l’action est une nécessité. » (Henri Bergson, 1907).


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Voici un témoignage personnel, le mien. J’ai passé deux après-midi, la première quinzaine du mois de février 2021, à aider bénévolement dans un centre de vaccination contre le covid-19. Disons-le clairement, ce n’est pas dans mon ADN de me vanter de mes actions de bénévolat, d’autant plus que j’en fais assez peu, trop peu en tout cas à mon goût, et le bénévolat ne se comprend qu’associé à la discrétion, faire du bénévolat et en faire la publicité, c’est déjà du bénévolat intéressé, ce qui n’est pas ici mon intention. Mais il faut bien que je le dise pour expliquer pourquoi j’étais une petite souris dans ce centre de vaccination.

Je considère que la mise sur le marché des vaccins à ARN messager contre le covid-19 dès décembre 2020 a été une excellente nouvelle pour de nombreuses raisons. D’une part, c’est une excellente nouvelle à moyen terme, pour pouvoir imaginer 2021 comme une année de fin de crise sanitaire mondiale (sans vaccin, il faut bien comprendre que la crise sanitaire aurait pu durer une dizaine d’années). Voir le début du bout du tunnel est un élément psychologique essentiel face à un virus, ses variants, et à une maladie inconnus qui étonnent encore beaucoup aujourd’hui.

D’autre part, c’est un point de singularité dans l’histoire des sciences. On reparlera longtemps de cette avancée historique du vaccin à ARN messager, j’en ai déjà parlé et je ne me lasserai jamais de le répéter : l’ARN messager est une innovation de rupture majeure qui va trouver de nombreuses nouvelles applications médicales. Rien n’est certain, évidemment, c’est le principe de la recherche scientifique, mais l’efficacité incroyable et exceptionnelle de ces vaccins et de cette technologie va apporter un flux très important d’investissements dans ce domaine. On pourra dire que ce sera à la mode, comme ce fut le cas des supraconducteurs il y a quelques décennies, mais il faut être convaincu que l’avancée de la science, aujourd’hui, ne se fait qu’avec de l’argent (et ceux qui refusent de payer à leur juste prix les vaccins oublient qu’en les achetant seulement à prix coûtant de production, ils condamnent à court terme les recherches futures, et l’on voit aujourd’hui à quel point elles sont cruciales pour tous les humains).

Enfin, plus généralement, je reste surpris en bien par le génie humain qui, face à l’adversité, est capable de la gérer et de la contourner, de l’affronter, même si je ne doute pas que ce ne sera pas (hélas) la dernière crise sanitaire de l’histoire humaine.

Agir est toujours plus intelligent que papoter. Comme je l’ai écrit plus haut, il n’est pas question de me vanter ou de me valoriser sur ce sujet mais plutôt d’être honoré de pouvoir faire partie, comme micromaillon, de la longue chaîne de la vaccination.

Honoré et ému. J’ai eu en effet l’occasion de pouvoir aider dans un petit centre de vaccination et plus que j’ai apporté (une présence, une activité essentiellement administrative sans beaucoup de valeur ajoutée), j’ai beaucoup reçu aussi, de l’humain et du technique. Je resterai donc dans le flou de la géographie des lieux puisque je n’écris pas sous anonymat, mais la précision de ce qui se passe réellement dans un centre de vaccination (et qu’on ne me parle pas de vaccinodrome comme on le fait trop souvent maintenant, ce sont simplement des "centres de vaccination", qu’ils soient petits, c’était le cas du mien, ou qu’ils soient gigantesques, à Paris, à Lyon, à Grenoble, etc.).

Évoquons rapidement ma relation au vaccin : je ne suis pas hélas, ou plutôt, tant mieux, parmi les personnes à risques, et par conséquent, je ne peux pas prendre de rendez-vous pour me faire vacciner (et travailler dans un centre de vaccination ne permet pas, je l’assure auprès des suspicieux, de se faire une p’tite injection en douce ! Tout est noté, millimétré, tracé). De plus, je n’ai pas, pour moi, peur du covid-19 pour une ou deux raisons inutiles ici à développer. En revanche, j’attends impatiemment de pouvoir me faire vacciner, plus pour tâter charnellement cette nouvelle technologie que pour être protégé (même si j’apprécierai cette protection par ailleurs, ne serait-ce que pour ne pas risquer d’être un vecteur de contamination à des personnes à risques).

Je n’ai pas peur pour moi mais j’ai beaucoup peur pour des personnes très proches qui, elles, sont vulnérables, et je ne peux qu’éprouver un sentiment de colère, larvée car j’en connais les raisons, contre l’impossibilité de certaines d’entre elles à prendre rendez-vous pour se faire vacciner. Vacciner 7,8 milliards d’humains est une tâche qui n’a jamais existé dans l’histoire du monde. Les moyens industriels ont beau être modernes et monumentaux, il faut le temps pour fabriquer le vaccin. La patience est là. Après tout, n’appelle-t-on pas ceux qui consultent patients ? En revanche, je n’ai pas de colère de ne pas être prioritaire. Au contraire, j’approuve qu’on fasse les choses dans l’ordre logique pour réduire au maximum le nombre de décès de cette saleté de maladie (2,8 millions de morts, ça suffit !). Le nombre de décès par rapport à l’explosion du nombre de cas depuis février 2021 laisse d’ailleurs entrevoir un premier effet très rapide de la vaccination parmi les plus vulnérables, c’est heureux, c’est rassurant.

Alors, venons-en au fait. J’ai travaillé dans un petit centre de vaccination, avec seulement deux unités, c’est-à-dire deux endroits complets pour se faire vacciner en parallèle. Les lieux, un petit gymnase dans une commune de taille moyenne, avec la possibilité d’aérer en hauteur et avec une rampe d’accès pour les personnes à mobilité réduite. L’entrée est la même pour tous, si bien qu’on fait quelques dizaines de mètres supplémentaires pour atteindre la porte d’entrée.

J’ai eu des tâches différentes selon le jour où j’étais venu. La première après-midi, j’étais installé à l’entrée du centre et j’accueillais les nouveaux arrivants. Je pouvais les voir à l’avance (la rampe est longue), ce qui permettait de leur ouvrir la porte. Mains nettoyées au gel hydroalcoolique et prise de température au front avec un pyromètre. Comme il faisait froid dehors, ou alors il y avait un temps variable (cela a oscillé entre belle éclaircie et très grosse averse), j’ai eu des résultats très variables sur mon pyromètre qui mesurait plus la météo extérieure que celle intérieure des arrivants, et une personne sur dix ne semblait même pas vouloir que la température s’affichât !

Mon travail consistait aussi à vérifier que leur nom était bien inscrit sur ma liste de rendez-vous sortie directement du site Doctolib et je leur montrais ensuite où se rendre pour se faire vacciner. Certains candidats à la vaccination étaient des patients habituels d’un des deux médecins, que je leur envoyais en donc.

L’ambiance était généralement bon enfant. L’ambiance était bon enfant entre les personnes qui y travaillaient, à savoir des agents municipaux des différentes communes concernées par ce centre, des bénévoles (comme moi) et évidemment, un médecin et une infirmière par unité (je dis ainsi, mais dans une unité de ce centre, c’était plutôt une médecin et un infirmier).

L’ambiance avec les personnes qui venaient se faire vacciner était globalement bon enfant aussi, mais pas toujours. Sans vouloir être irrespectueux dans mes termes, j’ose dire que j’adore discuter avec les "p’tits vieux" ! Je me rends compte que j’étais sur le même mode de communication avec mes grands-parents lorsqu’ils étaient encore de ce monde. Un mode à la fois bienveillant, intimiste et souriant. Ils étaient plutôt curieux des autres, ouverts, un peu timides. Quand je dis souriant, c’est optimiste, positif. Négliger les nuages noirs et insister sur le ciel bleu. C’est soulageant. Cela nous changeait des râleurs professionnels, même si certains en étaient.

La plupart appréciaient de discuter, toujours avec le sourire donc, et étaient même très "scolaires", ils arrivaient généralement avec une demi-heure en avance, ayant trop peur de rater le rendez-vous, ils avaient peur de ne pas avoir leur carte d’identité, ou d’autres papiers (ce qui n’était pas grave, voir plus loin). Et je me suis rendu compte que le lien social ayant été tellement distendu, tellement "sinistré" par la crise sanitaire, que pouvoir parler avec un inconnu (lui aussi souriant) était une bulle d’oxygène. Ah, je ne cesse d’écrire souriant, sourire… eh oui, tout le monde était masqué, mais le masque n’a jamais empêché de lire un sourire !

Même si je n’étais pas en manque de relations sociales, moi aussi, cela me faisait plaisir de discuter avec eux, de les comprendre, d’avoir leurs réactions, d’avoir cette ouverture sur le monde. Souvent, d’ailleurs, ils arrivaient avec un enfant (adulte), un membre de la famille, ou un ami, et souvent aussi, c’était le fiston qui leur avait pris le rendez-vous sur Internet, parce que eux, Internet, c’était compliqué, même si la plupart semblaient savoir assez bien naviguer sur leur complexe smartphone. Une fois, c’était carrément deux brancardiers qui sont venus accompagner une personne qui venait de se fracturer je ne sais plus quel os, le coccyx, je crois.

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À l’accueil, j’étais aussi au premier rang (à les recevoir) des "problèmes". Par exemple, cette personne qui a pris rendez-vous sur Doctolib il y a une ou deux semaines et qui voulait vérifier qu’il était bien prévu. Hélas, ma liste ne le contenait pas. Dans l’ordinateur (je n’avais pas accès à l’ordinateur à l’entrée), pas de rendez-vous indiqué à son nom, mais son nom était bien dans la base de données.

Le problème ? Un bug : tous ceux qui avaient leur rendez-vous ce jour-là l’avaient pris dès les premiers jours d’ouverture, c’est-à-dire trois ou quatre semaines auparavant. Mais parfois, il y a des rendez-vous qui se libèrent pour une raison ou une autre. Si, dans cette situation, deux personnes s’y inscrit au même moment, bizarrement, le site les admet tous les deux, mais seulement le premier, peut-être avec deux microsecondes d’avance, est inscrit et l’autre est rejeté mais il ne le sait pas. Apparemment, c’était le deuxième ou le troisième dans ce cas dans ce centre.

Parfois, il y avait des mauvais coucheurs. Eh oui, il y en a à tout âge ! Un par exemple qui est venu sur place pour se prendre un rendez-vous. J’ai eu beau lui dire et répéter que le centre n’avait aucune possibilité de prendre des rendez-vous, il ne le comprenait pas. Après une longue discussion totalement inutile (qui pourrait faire croire que j’étais dans un sketch des Inconnus), il est reparti en disant "Je ne vous remercie pas, je ne vous salue pas". Une conclusion qui nous faisait évidemment sourire, une collègue et moi. J’aime bien les râleurs, cela me fait adorer les bienveillants.

Heureusement, il n’y a pas eu de violence mais je crois que dans certains quartiers "chauds", des forces de police municipale seraient vraiment nécessaires car on pourrait même imaginer des commandos pour se faire vacciner (heureusement, à ma connaissance, il n’y en a eu nulle part encore, mais pourquoi pas ? Les pharmacies de garde sont parfois braquées la nuit).

En revanche, il y a eu une dizaine de personnes qui sont venues dans le centre pour savoir s’il restait une injection de disponible. En effet, le flacon fait cinq ou six injections et dès qu’il est ouvert, il n’est plus conservable. S’il manquait de candidat au vaccin, les doses restantes seraient jetées. Donc, de doux rêveurs qui n’ont pas réussi à obtenir de rendez-vous pensaient ainsi trouver en fin de journée des possibilités de se faire vacciner. Démarche inutile. Hélas pour eux, il n’en était pas question ; beaucoup de rendez-vous ont dû être annulés en février à cause d’une rupture d’approvisionnement, si bien que le centre de vaccination avait déjà une très longue liste d’attente et lorsqu’il y a des doses restantes (ce qui est très rare, le cas simplement d’un rendez-vous non honoré mais là encore, c’est quasiment jamais), on appelle au téléphone les personnes dont le rendez-vous a été annulé pour leur proposer de se faire vacciner immédiatement. Résultat, on ne manque jamais de candidats à la vaccination. Pas de gâchis des doses, donc.

Comme je l’ai écrit, le centre de vaccination est petit. Il a vacciné soixante-six personnes en une journée. Un rendez-vous toutes les dix minutes par unité et deux unités. Sur ma feuille, j’avais donc le nom de la personne et l’heure du rendez-vous, ainsi que la marque du vaccin (tous étaient vaccinés en première injection de Biontech/Pfizer). J’avais l’impression d’être un assesseur, de faire voter. Mouvement de l’urne par la seringue ! En fait, je n’ai jamais vu une seule seringue de mes deux jours à ce centre de vaccination. Elles étaient manipulées dans des box à l’abri des regards. Pas de photographe (mais pas de ministre non plus !).

Je notais aussi le nom de la commune à côté du nom de la personne sur la liste. Enfin, pas systématiquement, car il fallait que je le demandasse à la personne et quand il en arrivait plusieurs en même temps, pressé par l’afflux, le pyromètre, le gel, la porte, j’oubliais généralement de poser cette question. La médecine est libre en France, cela signifie que n’importe qui peut choisir n’importe quel médecin pour se faire soigner. C’est le cas aussi pour se faire vacciner. Je peux habiter à Marseille et me faire vacciner à Alençon. C’est pourquoi certains Parisiens avaient été en colère en voyant que tous les rendez-vous dans le 20e arrondissement avaient été pris d’assaut pas des non-Parisiens. Ici aussi, il y avait beaucoup de personnes "étrangères" aux communes qui ont organisé le centre de vaccination, parfois habitant à plus de trente kilomètres, n’ayant pas eu de chance pour obtenir un rendez-vous plus près de chez elles. En tant qu’usager, j’apprécie cette liberté de choix, en tant qu’organisateur, c’est difficile et souvent injuste dès lors que les communes investissent dans les moyens de l’organisation, qui devraient, en principe, ne servir que leurs contribuables (c’est le principe par exemple des piscines municipales dont le prix d’entrée est plus élevé pour les non habitants de la commune).

J’ai écrit que je n’avais vu aucune seringue. Si cela se trouve, dans ces box, ils ne se faisaient pas vacciner… Je plaisante ! Aucun complotisme évidemment dans le bâtiment : ceux qui étaient venus, que ce soit pour vacciner ou pour être vaccinés, étaient venus librement et volontairement, ils savaient à quoi s’en tenir et étaient plutôt pressés d’être vaccinés. Pas de méchants dominateurs du monde, pas de puce imaginaire dans l’injection, pas d’antivaccinisme primaire, pas de Bill Gates (on se demande ce qu’il vient faire là, apporter une aide sans pareil à la recherche médicale est un grand atout pour l’humanité ; il ne donnerait rien, on critiquerait son égoïsme), pas non plus de déni de la pandémie. Le seul signe d’éventuelle animosité, c’était sur la difficulté de prendre un rendez-vous. Ce que tout le monde pouvait comprendre. L’un me parlait même d’une situation "kafkaïenne" pour prendre rendez-vous. Je compatissais puisque ce fut le cas aussi pour un membre de ma famille.

Il faut savoir aussi, je l’écris car cela peut être utile à quelques lecteurs, que certains rendez-vous ont été pris directement par la mairie des villes des personnes en question. Beaucoup de communes se chargent en effet, si les habitants concernés le souhaitent, de prendre à leur place les rendez-vous dans le centre de vaccination (dans mon centre, des plages horaires sont même réservées pour toutes les communes impliquées) et même, le cas échéant, de les conduire dans une navette, ce qui enlève tous les obstacles que peuvent rencontrer certaines personnes âgées (qui ne savent pas utiliser Internet, qui n’ont pas de voiture, qui n’ont pas d’enfants proches qui peuvent les aider, etc.). L’intérêt de passer par la mairie pour un couple, c’est d’avoir les rendez-vous en même temps, car c’est très difficile sur Internet de prendre deux rendez-vous à la même heure.

L’autre après-midi, j’étais affecté à l’une des deux unités de vaccination, chargé de l’aspect administratif de la procédure. Il venait de neiger dans la nuit et apparemment, tous les rendez-vous ont quand même été honorés, ce qui n’était pas évident (cela glissait bien sur la chaussée et même sur les trottoirs). D’ailleurs, plusieurs personnes avaient bravé la neige pour tenter leur chance de l’injection restante sans patient (inutilement donc), se disant que des rendez-vous ne seraient pas honorés par la neige (ce qui n’aurait rien changé, vu la très longue liste d’attente par ailleurs).

Ma prestation était plus "subtile" (si j’ose écrire ainsi). Dans un petit box intimiste, je prenais en charge la ou les personnes à vacciner. Je leur demandais la carte vitale et la carte d’identité. Ce qui m’intéressait dans la carte d’identité, c’était juste la date de naissance (vérifier l’âge) mais certains n’en avaient pas, avaient oublié, etc. et évidemment, je ne leur refusais pas l’accès à la vaccination. J’avais deux formulaires papier à remplir avec leurs coordonnées. Je vérifiais la condition d’âge, et aussi si leur nom était bien dans l’ordinateur dont je disposais, afin de leur donner l’heure et la date du rendez-vous pour la seconde dose.

Le remplissage de formulaire était particulièrement long, surtout avec mon écriture illisible (j’essayais de m’appliquer !), ce qui permettait un peu de conversation. Par exemple, cette dame qui était presque traumatisée de ne plus pouvoir voir ou toucher ses petits-enfants et qui me demandait si elle pourrait les toucher dans la semaine. Je faisais un peu le rabat-joie, je disais qu’il fallait attendre la seconde injection, encore une quinzaine de jours pour son effet, et que le vaccin n’était efficace qu’à 95%, c’est-à-dire que 5% des personnes vaccinées n’étaient donc pas protégées et pouvaient quand même être contaminées et développer peut-être une forme grave, et donc, dans tous les cas, il fallait rester prudente tant que la circulation du virus était très active. Du reste, la communication institutionnelle du gouvernement à la télévision en faveur de la vaccination me paraît dangereuse, montrant une grand-mère qui veut embrasser ses petits-enfants.

Et surtout, je donnais les directives aux personnes. Souvent, un accompagnant était là pour l’aspect matériel ou organisationnel. J’ai fait vacciner au moins trois ou quatre nonagénaires (j’ai d’abord écrit nanogénaires !), d’ailleurs, qui paraissaient en excellente forme, mais un peu fatigués ou parfois dépassés par les événements. Comme c’était la commune qui avait pris les rendez-vous, j’avais souvent des couples, et c’est toujours très bien, les couples, il y en a toujours un qui est l’organisateur pour l’autre un peu plus distrait. C’est plus facile à "gérer".

Je donnais aussi à "mes clients" deux documents qui expliquent ce qu’est la vaccination proposée, et qui donnent des coordonnées Internet et téléphone en cas d’effet indésirable, pour la pharmacovigilance, pouvoir noter toute remarque, même mineure, concernant leur vaccination (en général, l’accès aux messages de pharmacovigilance est réservé aux seuls médecins, pour cette vaccination, tous les patients y ont accès). La plupart des candidats à la vaccination étaient déjà bien informés sur le sujet, ce qui me semblait assez rassurant sur la maturité et la rationalité des postulants au vaccin. Je concluais toujours ce laïus par le fait qu’à la moindre hésitation, la moindre question, la moindre inquiétude, il faut contacter son médecin.

Ensuite, je leur expliquais la marche à suivre : d’abord, se rendre dans le box de la médecin avec mes deux formulaires, juste à côté du mien. Là, ils répondraient à un certain nombre de questions et la médecin jugerait s’il y avait ou pas des contre-indications pour la vaccination. Si tout allait bien, alors ils iraient dans le box de l’infirmier pour avoir ladite dose. Là, je récupérerais l’un des deux formulaires pour y inscrire définitivement la date du rendez-vous de la seconde dose (je l’avais inscrite initialement sur un post it), et ensuite, après l’injection, ils iraient s’asseoir dans une salle d’attente pendant un quart d’heure. Ce temps a deux fonctions : une fonction administrative sans importance, cela me permettait de photocopier le formulaire que j’avais récupéré et de donner l’original au patient en leur disant de le rapporter pour la seconde dose.

Mais l’attente d’un quart d’heure a surtout, une fonction médicale : la plupart des effets secondaires ont lieu dès les premières minutes. En attendant un quart d’heure, on sait à peu près l’effet du vaccin sur les patients. Ainsi, comme sur mon formulaire, l‘infirmier avait indiqué l’heure de l’injection, je devais surveiller l’heure et venir un quart d’heure plus tard aux nouvelles : savoir s’il y avait un mal de tête, s’il y avait des rougeurs etc.

À ma connaissance, mon centre de vaccination n’a connu aucun effet secondaire indésirable depuis son ouverture, mais comme c’est un petit centre, cela ne donne aucune statistique représentative. Si j’en crois la littérature récente sur le sujet, il y a un effet indésirable par 100 000 personnes vaccinées, ce qui est minime mais pas nul : à l’époque où j’ai aidé, dans le monde, plus de 200 millions de doses avaient déjà été injectées, en France, plus de 3 millions, et pour 3 millions, cela correspondait à 30 personnes ayant des effets indésirables (ce sont eux que les complotistes vous montreront, pas les 2 999 970 personnes pour qui tout s’est bien passé). Pas de chance si cela tombe sur vous. Mais c’est beaucoup plus rare que de choper le coronavirus dont le taux se situe, en France, autour de 5 500 par 100 000 habitants, soit plus de 5 000 fois plus ! (chiffres toujours à l’époque où j’ai vacciné, c’est-à-dire première quinzaine de février).

Bref, de cette expérience qui m’a certainement plus enrichi qu’elle n’a enrichi les autres, c’est-à-dire de ces quelques trop courtes heures consacrées à la vaccination, je me suis forgé une conviction très forte : grâce aux structures locales, disons-le clairement, grâce aux élus municipaux, la France est en total état de marche pour une vaccination à grande échelle. D’ailleurs, toujours en février, la France vaccinait plus de personnes par jour que l’Allemagne, ce qui est un repère pour ceux qui voudraient faire des comparaisons.

Aujourd’hui, il manque certes le grain à moudre, les doses, car il faut les fabriquer, mais tout le reste sera capable de suivre : il suffira de faire fonctionner les centres de vaccination la nuit, le week-end, il suffira donc de mobiliser des bénévoles et du personnel soignant et administratif pour que tout roule plus rapidement. C’est donc bien un problème industriel à l’échelle mondiale qui est la cause d’une trop lente vaccination, mais comme pour les masques et les tests PCR, cette production s’amplifiera avec les semaines et les mois à venir. Le problème n’est pas donc tant les personnes capables de vacciner (médecins, internes, infirmières, dentistes, vétérinaires, pompiers, etc.) ni les lieux pour vacciner (on a des espaces publics disponibles, plus même car ils sont interdits aux rassemblements publics en ce moment) que les doses qui doivent être fabriquées.

On ne fabrique pas des milliards de doses d’un claquement des doigts, et l’on ne construit pas des usines en trois jours. Il fallait évidemment attendre les autorisations de mise sur le marché avant d’investir massivement dans l’outil productif, et encore, dans ce cas précisément, la plupart des fabricants de vaccins avaient anticipé ces autorisations pour commencer le lancement de leur production (avec donc un réel risque financier). Maintenant que tout est confirmé, les financements arrivent pour les investissements productifs. Il n’y a pas non plus de problème de propriété intellectuelle dans cette apparente lenteur, il faut juste le temps de délivrer.

Cet esprit bon enfant et bienveillant ressenti dans ce centre de vaccination m’a semblé être un grand moment de communion républicaine. Une expression que j’aime beaucoup, qui mélange le religieux et le laïc mais qui est assez réel, comme le furent les moments de joie quand la France a gagné une coupe du monde de football. Un destin commun. Solidaire et commun. Ces petits moments méritent qu’on les savoure, ils sont trop rares pour qu’on les ignore. Quant aux complotistes, laissons-les dans leurs petites rancœurs, ce ne sont pas eux qui font avancer le monde…

NB. Au dimanche 28 mars 2021, 7 742 466 personnes ont déjà reçu leur première injection de vaccin contre le covid-19 en France et 2 651 777 leur seconde injection. Depuis le 27 mars 2021, la vaccination est ouverte aux personnes de plus de 70 ans. Au bout de trois mois de vaccination, la France n’a pas à rougir de son bilan vaccination même si tout le monde aimerait que cela aille plus vite.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Témoignage : au cœur d’un centre de vaccination contre le covid-19.
Tribune de 41 médecins du 28 mars 2021.
Origine du coronavirus SARS-CoV-2 : détecté et en circulation en France depuis le 5 novembre 2019 ?
Les bons alexandrins de Santé Publique France.
Dedans avec les miens, dehors en citoyen (comportements en temps de covid-19).
Mesures renforcées, confinement et confusion.
Les nouvelles attestations de déplacement à partir du 20 mars 2021 (à télécharger).
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 18 mars 2021 à Paris (texte intégral).
Alors, confinement ou pas confinement ?
Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210210-cy-centre-vaccination.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/temoignage-au-coeur-d-un-centre-de-231553

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/06/38851239.html



 

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24 mars 2021 3 24 /03 /mars /2021 03:09

« L’épidémie s’emballe, les chiffres explosent. (…) Si on ne freine pas l’épidémie tout de suite, c’est l’hôpital qui risque de craquer. (…) D’ici quinze jours à trois semaines, les hôpitaux vont se prendre une vague d’une violence inouïe. » (Frédéric Valletoux, le 23 mars 2021 sur LCI).




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Frédéric Valletoux sait de quoi il parlait. Il est le maire de Fontainebleau depuis le 16 octobre 2005 et le président de la Fédération hospitalière de France depuis septembre 2011. En déplacement à Valenciennes, le Président de la République Emmanuel Macron a dit la même chose ce mardi 23 mars 2021 : « Les prochaines semaines seront dures sur le plan du virus et sur le plan hospitalier. ».

Il était temps (ce 22 mars 2021) que le gouvernement lâchât la fièvre technocratique et proposât un slogan simple pour faire respecter les "bons" comportements sociaux en temps de pandémie de covid-19. Certes, on ne dira jamais assez que le bon sens devrait suffire à savoir quels gestes sont pertinents ou pas pour éviter de propager le virus, un peu comme pour le code de la route (mettre sa ceinture, rouler à allure modérée, ne pas boire d’alcool, ne pas utiliser son smartphone au volant, etc.), mais malheureusement, le "bon sens" n’est peut-être pas ce qui est le mieux partagé dans notre société, surtout en matière de pandémie.

Au bout d’un an, il paraît donc judicieux de rappeler quelques fondamentaux, et aussi de les mettre à jour (notamment avec les variants) ou de rajouter ce qui avait été oublié (par exemple, on a dit très tardivement, seulement en décembre 2020, qu’il fallait aérer souvent les logements, cela allait sans dire, mais c’était quand mieux en le disant).

Alors, au-delà des différents gestes à faire ou à ne pas faire (il y a eu du progrès par rapport à février 2020, plus personne ne serre les mains, n’embrasse ses interlocutrices, etc., ce qui est désolant d’un point de vue social et affectif, mais plus que salutaire d’un point de vue sanitaire), il était pertinent de faire des piqûres de rappel en temps de covid, et surtout, de trouver un slogan qui se mémorise facilement et qui puisse se répéter sans arrêt, être repris par les enfants, par les adultes, etc. On a déjà eu des slogans du même genre, qui ne sont pas forcément très précis mais qui permettent d’insister là où il faut, comme "Mangez cinq fruits et légumes !" ou encore la lutte contre l’alcoolisme (une campagne en cours à la télévision) avec, dans le passé, des slogans comme "Un verre ça va, trois verres, bonjour les dégâts !" et "Boire ou conduire, il faut choisir !".

Ce slogan est un joli alexandrin : "Dedans avec les miens, dehors en citoyen". Cela dit à peu près tout sur les comportements chez soi et à l’extérieur. Chez soi, aérer souvent, y rester après 19 heures (pour le couvre-feu), et même dans la journée avec le télétravail, et le plus important : ne pas inviter des amis chez soi, ni se rendre chez les autres.

Je m’arrête sur le télétravail que le gouvernement ne peut pas rendre obligatoire. Au-delà de l’aspect juridique et constitutionnel (sur la liberté d’entreprendre), il y a une double impossibilité : l’État ne peut pas savoir précisément les activités qui peuvent être en télétravail et celles qui ne peuvent pas, et même s’il le savait, il ne pourrait jamais faire appliquer une telle obligation par manque de bataillons d’inspecteurs du travail.

C’est donc typiquement une recommandation aux chefs d’entreprise avec une forte pression pour leur responsabilisation (rappelons que le chef d’entreprise est responsable de mettre tout en œuvre pour protéger ses employés dans l’exercice de leurs fonctions). En France, depuis une vingtaine d’années, il y a un double frein au télétravail. Du côté de l’employeur, on craint que, hors du lieu de travail, l’employé ne travaille pas (mais le bilan du premier confinement a montré qu’au contraire, la productivité avait augmenté en télétravail). Du côté des employés, des syndicats freinent également car demandent des garanties, des indemnités supplémentaires (pour l’occupation du bureau dans le logement, l’éventuelle mise aux normes électriques, l’abonnement téléphonique ou Internet, etc.).

À l’extérieur, contrairement aux deux précédents confinements, ce "confinement-sans-le-dire" encourage plutôt la sortie dehors, car il y a moins de risque de contamination en plein air qu’en endroit clos, si bien qu’il n’y a plus de limite de durée pour les promenades, sports, sorties du chien, etc., seulement une limite de distance (10 kilomètres en principe, et pour des cas exceptionnels, à justifier, 30 kilomètres avec attestation).

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Mais cela n’empêche pas les gestes barrières à l’extérieur, en particulier conserver la distanciation physique, se laver les mains très souvent, porter le masque (porter le masque partout est peut-être sans intérêt lorsqu’on est seul en forêt, mais la recommandation a le mérite d’être simple, car par exemple, aux entrées et sorties des écoles, dans des rues très fréquentées, le port du masque à l’extérieur est indispensable), aussi ne pas manger, boire, fumer quand on est avec d’autres que des personnes de son foyer. Enfin, ne pas franchir les limites de son département, sauf aux frontières (30 kilomètres du domicile). Pour la région parisienne, cela signifie que plusieurs départements peuvent être en principe parcourus le cas échéant.

La mesure principale dans l’établissement d’un confinement, c’est l’attestation. Remplir une attestation à chaque déplacement, bien qu’autovalidée, oblige à une prise de conscience qu’à chaque sortie de chez soi, on peut être un facteur de propagation du virus d’une manière ou d’une autre. C’est amusant que le slogan soit un alexandrin car l’appellation même de l’attestation en est aussi un (beaucoup moins joli) : "attestation de déplacement dérogatoire".

Une autre recommandation est d’utiliser les outils numériques, c’est-à-dire de télécharger l’application TousAntiCovid. L’idée est assez simple et connue : grâce à la géolocalisation, votre smartphone est capable de repérer qui a été à côté de vous à l’extérieur, et si l’une de ces personnes a été testée positive au covid-19 par la suite (et qu’elle l’a déclaré dans l’application), alors un message vous est envoyé pour dire que vous êtes un cas contact. Notez bien que si l’information peut être consultable par les opérateurs (et probablement par la justice en cas de mandat), vous-même qui recevez ce genre de message êtes incapable de savoir où, quand (exactement) ni évidemment qui a été proche de vous.

Être cas contact oblige : se faire tester tout de suite et dans cinq à sept jours (les tests peuvent être rapides, cela ne pose plus beaucoup de problème maintenant), mais aussi, s’isoler pendant maintenant dix jours (au moins une semaine) jusqu’à se savoir covid négatif lors du second test. L’idée est intéressante mais la pratique technique est tout autre : l’application ne distingue pas s’il y a ou pas des cloisons entre la personne testée positive et vous, que ce soient des murs ou des planchers/plafonds. Si bien qu’imposer un isolement long qui peut désorganiser une vie professionnelle (et affective), n’a pas de sens si on ne sait pas où s’est produit le croisement (dans un immeuble de bureaux à dizaines d’étages, la géolocalisation ne sait pas faire la différence avec les étages).

Mais le slogan alexandrin sera-t-il longtemps d’actualité ? Ce n’est pas certain car à part, justement, une responsabilisation accrue de nous tous, ce troisième confinement n’apporte pas beaucoup de mesures réellement efficaces pour réduire la circulation du virus. Malheureusement, on comprend que les radars automatiques ont toujours été plus efficaces que les slogans en matière de sécurité routière (le bâton du policier est plus efficace que la carotte de la santé préservée). Rien n’exclut donc qu’à court terme, un confinement beaucoup plus strict, de type premier confinement, soit finalement décidé pour enrayer une bonne fois pour toute cette épidémie, j’écris "une bonne fois pour toute" car la perspective d’une vaccination massive de toute la population peut rendre optimiste.

Actuellement, le rythme, hélas, s’accélère dans les hôpitaux. La semaine dernière, il y a eu entre 30 000 et 38 000 nouveaux cas détectés chaque jour. Si, ce mardi 23 mars 2021, il n’y a eu "que" 14 678 nouveaux cas de covid-19 détectés (chiffre anormalement bas pour un mardi), il faut déplorer 2 286 nouvelles hospitalisations et 488 nouvelles admissions en réanimation (soit 26 756 personnes actuellement hospitalisées pour cause de covid-10, dont 4 634 en réanimation). Cela fait une personne admise en réanimation toutes les 3 minutes ! Hélas, comme l’ont déclaré Frédéric Valletoux et Emmanuel Macron (voir le début de l’article), dans deux à trois semaines, la situation dans les hôpitaux sera encore plus tendue, puisqu’il faut un temps de développement de la maladie (le pic de novembre 2020 en réanimation sera hélas probablement atteint).

Et c’est là que l’intervention du Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, lors de la conférence de presse du 18 mars 2021 à Matignon, prenait du sens : sur recommandation des personnels soignants rencontrés à l’hôpital de Poissy, Olivier Véran a rappelé les différents stades de la maladie. Je recommande donc d’écouter attentivement la présentation d’Olivier Véran sur la vidéo suivante, à partir de 28e minute. Non seulement il a parlé des gestes barrières, de tester, tracer, isoler, mais il a parlé aussi des traitements des malades à l'hôpital.

 




J’ai eu l’occasion de faire l’expérience, moi-même, et certains de mes proches, que ces informations de base, pourtant sans cesse répétées dans les médias depuis plus d’un an, ne sont, pour certaines personnes, pas encore bien assimilées, même dans des professions dites intellectuelles et CSP++. Car elles ne sont pas "intuitives".

On le voit même parmi les journalistes. Par exemple, la Ministre de la Culture Roselyne Bachelot a annoncé qu’elle a été testée positive le 20 mars 2021. Je lui souhaite un prompt rétablissement. Or la Ministre de l’Industrie vient de dire le 23 mars 2021 (probablement pour répondre à une question) : elle va bien. C’est rassurant mais cela ne signifie rien : la réalité, c’est qu’il existe une période charnière, cruciale, dans l’avancement de cette saloperie, qui est vers sept à dix jours du début de la maladie (début qui peut avoir lieu avant le test positif).

En effet, la forme sévère se déclenche avec ce retard, ce qui explique pourquoi il y a un décalage entre les courbes des nouveaux cas et des nouvelles hospitalisations. La réanimation peut venir par la suite (encore une ou deux semaines de décalage, mais cela peut intervenir dès le début de l’hospitalisation), et le décès, le cas échéant, peut intervenir beaucoup plus tard, après quatre semaines d’hospitalisation. La poisse de la situation actuelle, à cause d’un double effet à préciser ou à confirmer (variant anglais et vaccination des personnes âgées), c’est que l’âge moyen des personnes admises en réanimation est plus faible, et heureusement, ces personnes sont plus solides, résistent mieux, mais par voie de conséquence, la durée moyenne d’un séjour en réanimation s’est allongée (environ de quatre à six semaines), ce qui renforce la tension hospitalière.

L’autre point important, au-delà du fait qu’on peut être covid-19 positif et asymptomatique, c’est qu’il faut cinq à sept jours (voire dix pour le variant anglais ?) entre le moment où l’on attrape le virus et le moment où l’on devient positif. Cela signifie que lorsque le patron du Tour de France a été positif le 8 septembre 2020, après une rencontre avec Jean Castex le 5 septembre 2020 pendant deux heures dans une voiture, c’était inutile, pour Jean Castex, de se faire tester le jour même ou le lendemain, il faut attendre au moins cinq à sept jours après la rencontre (et s’isoler entre-temps).

Cet aspect très surprenant de la cinétique du virus peut expliquer l’explosion du mois de mars 2020. C’est étrange qu’aujourd’hui encore, des personnes testées positives, en regardant leur emploi du temps passé, pensent avoir été contaminées un ou deux jours avant d’être malades, l’origine de la contamination remonte forcément à plus loin.

Comme la radioactivité, un virus est difficile à cerner avec le "bon sens", il peut inquiéter parce qu’on ne le voit pas, sujet à toutes les peurs imaginaires, mais il ne faut pas le négliger pour autant parce qu’il a déjà tué près de 2,75 millions de personnes dans le monde malgré les nombreuses mesures de restriction sanitaire partout sur la planète. Personne, en quelques heures, ne peut s’improviser en virologue, épidémiologiste ni infectiologue, mais tout le monde peut prendre connaissance des gestes qu’il convient de faire ou pas faire pour en finir avec ce cauchemar qui a duré déjà une quinzaine de mois. C’est cela, être citoyen. Citoyen responsable et solidaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu

NB du 24 mars 2021 : Roselyne Bachelot a été hospitalisée et est sous surveillance renforcée. Elle est la seconde ministre ainsi hospitalisée du covid-19, avec Élisabeth Borne. Je leur souhaite un rapide rétablissement.


Pour aller plus loin :
Les bons alexandrins de Santé Publique France.
Dedans avec les miens, dehors en citoyen (comportements en temps de covid-19).
Mesures renforcées, confinement et confusion.
Les nouvelles attestations de déplacement à partir du 20 mars 2021 (à télécharger).
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 18 mars 2021 à Paris (texte intégral).
Alors, confinement ou pas confinement ?
Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

_yartiCovidCX03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210322-covid-cx.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/les-bons-alexandrins-de-sante-231828

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/23/38881248.html


 

 




 

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 19:19

(verbatim)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210322-covid-cx.html



COMPORTEMENTS EN TEMPS DE COVID-19
préconisés par Santé Public France


Adapter son quotidien


I. Informations sur les mesures nationales

1. entre 19h et 6h (couvre-feu), partout sur le territoire, obligation de présenter une attestation dérogatoire au couvre-feu lors des déplacements.
2. les sorties et déplacements sans attestations dérogatoires sont interdits de 19h00 à 06h00, sous peine d’une amende de 135 € et jusqu’à 3750 € en cas de récidive.
3. les établissements autorisés à ouvrir ne pourront plus accueillir de public après 19h00.


II. Informations sur les mesures locales

Aisne, Alpes-Maritimes, Essonne, Eure, Hauts-de-Seine, Nord, Oise, Paris, Pas-de-Calais, Seine-et-Marne, Seine-Saint-Denis, Seine-Maritime, Somme, Val-de-Marne, Val-d’Oise, Yvelines : dans ces 16 départements, des mesures plus fortes, s’appuyant  sur un principe de confiance et de responsabilité, s'appliquent dès vendredi 19 mars 2021 à minuit :

1. commerces : seuls les commerces vendant des biens et des services de première nécessité seront autorisés à ouvrir – auxquels s’ajoutent les librairies, les disquaires, les magasins de bricolage, de plantes et de fleurs, les coiffeurs, les cordonniers, les chocolatiers, les concessions automobiles, les visites de biens immobiliers – afin de réduire les contacts dans les lieux clos ;
2. déplacements hors domicile :  un simple justificatif de domicile est nécessaire pour les déplacements dans une zone située à moins de 10 km, sans limite de temp, entre 6h et 19h ; une attestation de déplacement dérogatoire est nécessaire pour les déplacements dans un rayon supérieur à 10 km (à l'intérieur du département ou pour les déplacements inter-régionaux) ;
3. manifestations et regroupements : ils seont strictement contrôlés, voire interdits si les gestes barrières ne peuvent être garantis ;
4. couvre-feu : il est décalé à 19h dès samedi, sur tout le territoire ;
5. déplacement inter-régionaux : ils sont proscrits sauf motif impérieux ou professionnel ne pouvant être différés ;
6. activité professionnelle : toutes les entreprises doivent encourager le télétravail à raison d’au moins 4 jours par semaine, les déplacements entre le domicile et le lieu de travail doivent également faire l’objet d’une vigilance accrue.


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Illustration : Service d'information du Gouvernement


III. Éducation

Le confinement du printemps 2020 a accru le risque de décrochage scolaire pour les enfants, en particulier les plus défavorisés. Le Gouvernement a donc fait le choix de laisser tous les établissements scolaires ouverts – avec une demi-jauge pour les lycées - fin de préserver l’éducation de nos enfants.

En revanche, il est essentiel, s’agissant des enfants, de durcir les règles sanitaires : le protocole sanitaire dans les cantines scolaires est renforcé (pas de brassage des enfants à la cantine, allongement des temps de restauration, plats à emporter), et jusqu’à nouvel ordre les activités physiques extrascolaires en intérieur seront interdites.

La capacité de dépistage dans les établissements scolaires sera également augmentée, avec un objectif de 300 000 tests par semaine et des objectifs fixés par académie.


IV. Personnes âgées

Afin de lutter contre la solitude des ainés, les visites en Ehpad et en maison de retraite sont autorisées dans le strict respect des mesures barrières.


V. Travail

Le télétravail doit être la norme pour l’ensemble des entreprises et administrations qui peuvent l’appliquer, à raison de 4 jours sur 5 en télétravail.


VI. Commerces et établissements recevant du public (ERP)

Les commerces ont repris leurs activités le 28 novembre dernier tout comme les auto-écoles, les agents immobiliers et les services à domicile avec un protocole sanitaire strict. La mise en place du couvre-feu impose cependant une fermeture à 18h00 pour l’ensemble de ces établissements.

Depuis le 1er février, les commerces non-alimentaires de plus de 20 000 mètres carrés sont fermés par mesure de précaution.

Pour limiter la concentration des flux et favoriser l’activité commerciale, les possibilités d’ouverture des commerces le dimanche sont élargies et les établissements sont encouragés à se saisir des possibilités d’ouverture supplémentaire sur la pause déjeuner.

L’ensemble des secteurs faisant toujours l’objet de fermetures administratives (bars, restaurants, boites de nuit…) ou directement impactés par les mesures sanitaires continueront de bénéficier de mesures d’aides.


VII. Activités culturelles

Toutes les activités, tous les établissements, tous les équipements qui sont aujourd’hui fermés, le resteront encore au cours des prochaines semaines. C’est le cas des cinémas, des théâtres, des salles de spectacle, des équipements sportifs ou de loisirs. C’est également le cas pour les bars et les restaurants.

S’agissant des stations de sport d’hiver, la circulation épidémique ne permet pas d’envisager une réouverture.


VIII. Lieux de culte

Les offices dans les lieux de culte sont autorisés, les fidèles doivent respecter une règle d’un siège sur trois et d’une rangée sur deux pour y assister.


IX. Déplacements internationaux et dans les Outre-mer

Compte tenu du risque de propagation des souches variantes de la Covid-19, depuis le dimanche 31 janvier, toute entrée en France et toute sortie de notre territoire à destination ou en provenance d’un pays extérieur à l’Union européenne sera interdite, sauf motif impérieux.

Les entrées en France, y compris pour l’Union européenne, seront conditionnées à la présentation d’un test PCR négatif.

Les déplacements dans les Outre-mer seront autorisés uniquement sur motif impérieux.

Pour plus d’information sur vos déplacements à l’étranger :
www.diplomatie.gouv.fr/fr/je-pars-a-l-etranger/


Source : www.gouvernement.fr/info-coronavirus
https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20210322-conseil-pandemie.html


 

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21 mars 2021 7 21 /03 /mars /2021 03:35

« Nous ne pouvons pas laisser ce virus, ou plutôt, désormais, ces variants poursuivre sa route sans tout mettre en œuvre pour l’entraver (…). Il nous faut donc encore et à nouveau faire face ensemble : nous avons devant nous des jours encore difficiles. Nous devons être derrière nos soignants. Nous les applaudissions chaque soir à 20 heures lors du premier confinement. Ils le méritent encore aujourd’hui. Nous sommes confrontés à une troisième vague de cette pandémie, qui semble ne pas vouloir en finir, mais la grande différence avec les vagues précédentes, c’est que nous avons aussi une perspective qui s’appelle la vaccination. Cette perspective change tout et nous dit que non seulement, ces efforts sont indispensables, mais qu’ils ne seront pas vains. » (Jean Castex, le 18 mars 2021).




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Le "troisième confinement" a débuté ce samedi 20 mars 2021 à zéro heure dans seize départements de France métropolitaine. Pendant tout le week-end, ce fut confusion et incompréhension dans les médias et dans les esprits pour savoir ce qui est légal, interdit, autorisé, recommandé, avec ou sans attestation et laquelle, quelle case cocher (toujours rien sur les visites chez le vétérinaires, par exemple). Le diable est dans les détails.

La conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex tenue le 18 mars 2021 a laissé plus de questions que de réponses. Le lendemain, son prédécesseur direct, Édouard Philippe, très concerné par les nouvelles mesures prises par le gouvernement car il est le maire du Havre, en Seine-Maritime, l’un des seize départements, a fait une déclaration officielle qui laissait entendre une certaine critique à l’égard de Jean Castex. Entre les deux, il n’y a pas photo dans le savoir-faire de chef de gouvernement : après les conférences de presse d’Édouard Philippe, tout était clair et tout était surtout bouclé, étudié, réfléchi.

Depuis quelques jours, on a l’impression que tout pourrait changer d’une heure à l’autre, que les plus protestataires auraient leur fenêtre d’efficacité juste après la conférence de presse, que s’ils faisaient opportunément pression, ils obtiendraient gain de cause. Par exemple, le  jeudi soir, les salons de coiffure et les fleuristes n’étaient pas des commerces "essentiels" et devaient rester fermés. Et le vendredi matin, rectificatif, ils pouvaient rester ouverts.

En fait, toute tentative de donner une définition des commerces "essentiels" est une mission impossible. Cette fois-ci, le gouvernement a appris et a épargné les libraires et les disquaires en les considérant désormais comme "essentiels" (ce qui n’enlève pas le fait qu’il y a plus de risque chez un libraire qu’ailleurs car les clients feuillètent souvent les livres et les reposent ensuite dans le rayon). Parmi les "nouveaux" commerces devenus essentiels, il y a les chocolatiers. Je suis un peu étonné car a priori, le chocolat est un aliment comme un autre et tous les commerces alimentaires sont autorisés (essentiels), mais certains ont expliqué qu’on laissait ouverts les chocolatiers parce que c’était bientôt Pâques (eh oui, dans deux semaines à peine !). Mais, réfléchissons : pourquoi achète-t-on une boîte de chocolats ? Rarement pour soi, plutôt pour offrir, mais justement, quand on est "confiné" (je reviens sur le mot), on n’invite plus (j’y reviens aussi plus loin), donc, pourquoi acheter des fleurs et des chocolats si on ne peut plus être reçu ?

Des incohérences de ce type, il y en a mille et évidemment, comme le gouvernement ne peut pas penser à tous les cas, il y aura toujours des cas surréalistes ou kafkaïens…

Samedi, ce fut la journée "attestation". Maintenant, j’ai pris l’habitude que les attestations obligatoires ne sont jamais mises en ligne au moment où elles deviennent obligatoires. Il y a souvent un jour de décalage.

Là, il y a eu deux impréparations. La première était que la première version de l’attestation dérogatoire de déplacement (celle de samedi matin) était beaucoup trop compliquée, deux pages et surtout, elle était conçue pour deux types de déplacements : pendant la journée, entre 6 heures et 19 heures, et sous couvre-feu, entre 19 heures et 6 heures. Autant dire que même les surdiplômés pouvaient être perplexes devant ce formulaire de deux pages. Alors, les "médias" n’ont cessé de fustiger cet État bureaucratique qui pond sans arrêt des paperasses indigestes.

C’est vraiment peu pertinent de le dire dans ce cas-là (même si la bureaucratie est bien réelle dans d’autres domaines, chacun a son expérience de la chose), et j’imagine que le gouvernement n’est pas mécontent de cette sortie anti-bureaucratique… car la cause, ce n’est pas le résultat, c’est le cahier des charges : quand on écoutait la conférence de presse de Jean Castex de jeudi, on sentait bien que traduire ces éléments très flous dans une attestation allait être une (autre) mission impossible. Résultat, de nouvelles attestations (qu’on peut télécharger ici), version de samedi après-midi, avec deux formulaires différents selon le moment de la journée, et toujours deux pages pour l’attestation, et toujours, comme écrit plus haut, des cas oubliés (rendez-vous chez le vétérinaire, entre autres, j’insiste bien sur le sujet car j’adore les chats et les vétérinaires sont mes amis).

Ce samedi aussi, il y a eu des mesures d’allègement, mais ce n’était pas encore officiel pour l’honnête personne qui voulait sortir de chez elle le samedi matin (rappelons que le malheureux contrevenant doit payer au moins 135 euros, et plus si affinités) : l’attestation de déplacement devient inutile en cas de déplacement à moins de 10 kilomètres de son domicile. Seul, un justificatif de domicile est suffisant dans ce cas-là. En fait, on peut se poser vraiment la question de devoir remplir une attestation de déplacement et surtout, de l’horodater encore, alors que la permission de sortie est sans limite de durée.

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Dimanche, la polémique a porté sur les réceptions chez soi. Jusqu’à maintenant, la recommandation, c’était de limiter la jauge chez soi à six, invités compris (problème pour les familles nombreuses). Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal a donc étonné les journalistes de BFM-TV quand il leur a déclaré le 21 mars 2021 qu’il était bien entendu interdit d’inviter des amis à son domicile pour le déjeuner et encore moins pour le dîner (couvre-feu). Il est vrai que c’est l’une des grandes sources de contamination : on invite des amis que l’on connaît bien et évidemment, on ôte les masques (quand on mange, on ne peut pas faire autrement) et on s’alcoolise un peu, on se rapproche… Bref, ces réceptions seraient désormais interdites, ce qui n’étonne pas en période de forte circulation du virus, mais quelques minutes plus tard, le Ministère de l’Intérieur a rectifié les déclarations du porte-parole en disant que ce n’était pas une interdiction (légalement, impossible d’interdire ce qu’on fait chez soi à part fêtes clandestines et tapage nocturne) mais que c’était une recommandation de ne pas recevoir d’amis chez soi.

Mais cette rectification donnait une équivalence : pas interdit égale autorisé. Or, il aurait mieux fallu dire pourquoi on faisait cette recommandation, pour ne pas contaminer une famille amie, simplement. Je rappelle qu’au niveau national, on est désormais autour de 35 000 nouveaux cas détectés chaque jour, alors qu’il y a deux semaines, c’était 20 000 nouveaux cas détectés.

Continuons avec des récurrences journalistiques du week-end, il y en a trois qui ont le don de m’agacer fortement car elles ne correspondent pas aux faits.

La première, c’est de décrire (surtout vendredi) la véritable transhumance de nombreuses personnes de Paris vers la province (province non confinée) avec saturation des trains, l’un qui disait que c’était la première fois qu’il avait acheté un billet aller sans le retour, etc. Bref, au lieu de rester confiné à Paris, aller jouir de la plage de La Baule, pourquoi pas ? c’est même très astucieux… mais d’une part, cela ne concerne qu’un très très petit nombre de franciliens (par exemple, les personnes qui ont déjà un certain niveau de revenus ou de richesse, mais qui, en plus, ont du temps, ne travaillent donc pas ou plus, donc cela réduit pas mal, des jeunes et des personnes âgées), donc, l’effet ne peut être que très faible, et d’autre part, cette peur que ces transhumants contaminent la province est une idée très mauvaise qu’on se fait de la province et surtout de la situation épidémique.

Là encore, il faut se souvenir des journées des 16 et 17 mars 2020 qui avaient connu une telle transhumance et il n’y a pas eu pour autant de foyers de contamination en province pour cette raison-là. Mais l’idée qu’on se fait là est encore faussée par une fausse assurance de croire que le virus ne circulerait que dans les seize départements reconfinés. En fait, la situation est mauvaise dans quasiment tous les départements de la France métropolitaine (à l’exception peut-être d’un ou de deux) et  dans les seize cités, c’est encore plus mauvais. Déjà, ce dimanche soir, sont évoqués douze autres départements qui pourraient "tomber" dans ce nouveau reconfinement en raison de la forte circulation du virus.

Bref, c’est comme l’histoire des frontières : ce qui compte, c’est de réduire les interactions entre personnes, mais fermer une frontière quand, des deux côtés, le virus circule beaucoup, cela n’a pas beaucoup de sens. Que ceux qui veulent quitter Paris le fassent donc quand ils le peuvent !

La deuxième récurrence agaçante, c’est de dire que le "pari" du Président Emmanuel Macron est en passe d’être perdu (puisqu’il faut reconfiner). Disons-le clairement : il n’y a pas de "pari" car ce n’est pas un "jeu". Chaque jour, près de 300 personnes meurent du covid-19, au total, déjà plus de 92 000 et les 100 000 seront hélas largement dépassés lorsqu’on verra la fin du tunnel. Ce n’est pas un jeu et encore moins le jeu d’Emmanuel Macron. Ce sont des Français dont il s’agit, ce sont eux qui "gagneront" ou qui "perdront", pas le Président de la République.

Enfin, troisième récurrence journalistique, la tarte à la crème resservie à chaque prestation de journalistes ou d’invités politiques de l’opposition, mais il faut dire que le gouvernement avait aidé pour avoir ce genre d’argument : non, ce n’est pas le nombre de lits disponibles en réanimation qui est important ! On l’a bien observé en Allemagne en janvier et février 2021, les services de réanimation n’étaient pas saturés, mais il y avait jusqu’à 1 400 décès par jour.

Ce n’est pourtant pas compliqué de comprendre cela : aussi nombreux le seraient-ils que l’épidémie resterait un problème macabre. Au moins un tiers des personnes, qui ont le covid-19, admises en réanimation en va en mourir parce qu’on ne sait pas les traiter. L’objectif d’un État qui se soucie de la protection des citoyens, c’est de réduire au maximum le nombre de morts, et donc, le nombre de personnes en réanimation, et pour cela, il n’y a que deux possibilités quand l’épidémie est en plein essor : le confinement (séparer physiquement les personnes pour éviter les contaminations) et la vaccination.

La chance d’aujourd’hui, rappelée par le Premier Ministre avec raison, c’est que nous avons maintenant la perspective de la vaccination et aussi critiquable soit-elle, cette campagne de vaccination commence à faire effet, près de 10% de la population est maintenant vaccinée, dont plus de 45% des personnes âgées de plus 75 ans. Cela a un impact surtout sur le nombre de décès, mais cela a pour effet aussi un rajeunissement des personnes ayant une forme sévère (admises en réanimation) et peut-être a-t-elle contribué à freiner la hausse exponentielle de cette troisième vague qui, de façon surprenante, semble croître par plateaux (15-25 000 puis 30-40 000 nouveaux cas par jour, etc.).

Sur le sujet de la vaccination, obligatoire ou pas, notons bien ceci. Même si les personnes vaccinées peuvent être malades (l’efficacité est de 95% et pas de 100%), elles ne sont pas contaminantes (cela est désormais établi dans des études sur Israël, les États-Unis et le Royaume-Uni). Comme le virus est encore en forte circulation, à la fin de la campagne de vaccination, la probabilité qu’une personne non vaccinée chope cette saleté sera beaucoup plus élevée qu’aujourd’hui, puisque ce seront les seules personnes qui permettront au virus de durer et de se reproduire. Cela peut faire réfléchir et faire évoluer son éventuel refus de se faire vacciner.

Revenons maintenant à l’essentiel : est-ce un confinement ou pas ? Et quel que soit son nom, sera-t-il efficace ?

Dans sa conférence de presse le 18 mars 2021, Jean Castex a en tout cas utilisé le mot : « Dans ces seize départements, de nouvelles mesures de freinage massives de l’épidémie interviendront à compter de ce vendredi soir minuit, et pour quatre semaines. C’est une troisième voie que nous retenons, une voie qui doit permettre de freiner sans enfermer. Ces mesures de confinement ne seront pas la reprise telle quelle de celles que nous avions mises en place en mars et en novembre derniers. Car depuis le début de l’épidémie, il y a exactement un an, le temps a passé, la crise a duré, mais nous avons appris. ». Et ce n’était pas un lapsus, car le mot "confinement" a même été inscrit sur une diapo du Premier Ministre pour représenter la France selon le taux d’incidence des départements : « Départements passant en confinement ».

Mais parallèlement, le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran a déclaré dans "Le Parisien" le 21 mars 2021 : « Je me refuse à parler de confinement tout simplement parce que ce n’en est pas un ! ». Confinement, le mot interdit ?

Et c’est compréhensible, cette confusion, puisque justement, c’est l’art du Président de la République de dire qu’on fait du confinement (devant les soignants) sans faire de confinement (au regard de son "pari", voir ce mot plus haut). Jean Castex a justifié la méthode ainsi : « Notre conviction est que si de nouvelles mesures s’avèrent aujourd’hui nécessaires, nous devons continuer dans la même cohérence : privilégier une approche pragmatique, proportionnée et territorialisée, ne pas appliquer mécaniquement les mêmes mesures qu’hier, prendre en compte ce que cette épidémie nous a appris. ».

Concrètement, je ne vois pas vraiment quelles ont les mesures supplémentaires qui permettraient d’enrayer cette hausse continue de l’épidémie. À part la fermeture des marchands de vêtements et de chaussures, peut-être de bricolage (?), et encore, seulement hors des galeries commerciales puisque dans les galeries commerciales, c’était déjà fermé, qu’y a-t-il de nouveau par rapport à avant le 18 mars 2021 ?

Dans mon modeste esprit, j’avais adopté un critère qui me paraissait inattaquable pour savoir si c’était un confinement ou pas : l’attestation. S’il me fallait une attestation dérogatoire de déplacement pour me déplacer, alors je considérerais que c’est bien un confinement. Mais, comme je l’ai expliqué plus haut, même l’attestation est floue : je n’en ai pas besoin si je fais mes courses à moins de 10 kilomètres de chez moi, et j’en ai besoin si c’est entre 10 et 30 kilomètres. Quant au justificatif professionnel, sans limitation kilométrique, il ne change pas vraiment par rapport à celui nécessaire pour le couvre-feu (car qui, en Île-de-France, peut rentrer chez lui après une journée de travail avant 18 heures ? pas beaucoup de monde, c’est difficile quand les trajets sont longs).

Dans la nouvelle version de l’attestation dérogatoire, on ne parle pas de "confinement" mais de "mesures renforcées", c’est une très jolie expression : « Attestation de déplacement dérogatoire pour les personnes résidant dans les départements soumis à des mesures renforcées ».

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Alors, va pour les "mesures renforcées". La question est donc : ces "mesures renforcées" vont-elles réellement juguler l’épidémie alors qu’on est en pleine explosion. L’avis des médecins hospitaliers semble partagé, mais la plupart se gardent bien de faire un pronostic. On connaît surtout les avis avant la décision du 18 mars 2021, par exemple, celui du professeur Gilbert Deray qui préconisait un confinement strict et court sur tout le territoire pour réduire l’épidémie drastiquement (écoles fermées).

Comme je viens de l’écrire, j’aurais tendance à dire que ces mesures, ce n’est pas assez, car il y a finalement peu de différence avec "avant", mais j’avais déjà cru à cela lors du deuxième confinement, que j’avais même qualifié de "Canada Dry" et la réalité a été que l’épidémie a été, malgré tout, fortement stoppée au milieu du mois de novembre 2020, à ma grande joie mais aussi à mon grand étonnement.

Alors, je me garderai aussi d’avoir un pronostic, et je sais aussi que la psychologie a une valeur d’efficacité assez difficilement explicable. Ainsi, il y a eu beaucoup moins de morts sur les routes entre juillet et octobre 2002, alors que le premier radar automatique n’avait pas encore été posé mais ces radars avaient été annoncés par le Président Jacques Chirac dès le 14 juillet 2002. Dans le comportement collectif, l’effet psychologique d’une annonce est parfois plus important que la réalisation concrète de l’annonce. Si cette nouvelle étape de "mesures renforcées" contribuait à faire prendre conscience à tous que non, malgré le printemps qui est là, malgré la lassitude (imagine-t-on un Poilu dire en 1916 aux Allemands : pouce, je ne joue plus, j’en ai marre de la guerre, des tranchées boueuses, des amis déchiquetés, etc. ?).

La prise de conscience, comme je l’ai indiqué plus haut, c’est de rappeler ce que disait Jean Castex le 18 mars 2021 : « Le constat que nous pouvons faire de la situation confirme nos craintes : la progression de l’épidémie s’accélère nettement. Nous avons enregistré 38 000 cas sur la seule journée d’hier, 35 000 aujourd’hui. Le nombre de nouveaux cas a augmenté de 23,6% en une semaine. Cette reprise dessine en réalité ce qui s’apparente de plus en plus clairement à une troisième vague, alors même que nous approchons du chiffre terrible des 100 000 morts. Cette troisième vague s’observe d’ailleurs, à des degrés divers, dans plusieurs autres pays européens. Cette troisième vague, nous en connaissons la cause : l’arrivée du variant britannique qui représente maintenant près des trois quarts des contaminations. Ce variant britannique, nous savions, et je vous l’avais dit, qu’il était plus contagieux. Nous découvrons peu à peu qu’il est en réalité à la fois plus virulent et potentiellement plus grave. Et cela se vérifie dans les chiffres de nos services de réanimation. (…) Chaque jour, environ 330 nouveaux malades arrivent en réanimation : cela représente une personne toutes les quatre minutes ! Plus inquiétant (…), ces arrivées en service de réanimation concernent des personnes plus jeunes et en meilleure santé que lors des vagues précédentes, et leur durée de séjour à l’hôpital est de plus en plus longue. Clairement, ces éléments sont plus préoccupants encore que ce que nous pouvions comprendre de l’évolution du virus il y a encore quelques semaines. ».

Le 19 mars 2021 : il y a eu 35 088 nouveaux cas détectés ; le 20 mars 2021 : 35 327 nouveaux cas ; le 21 mars 2021 : 30 581 nouveaux cas. Au 21 mars 2021, 4 406 malades du covid-19 sont actuellement en réanimation.

Cette prise de conscience a un objectif, pas celui d’être contraint dans nos libertés, mais simplement de faire plus attention avec les gestes barrières (tout le monde doit faire plus attention, car ce n’est pas naturel). On n’a pas encore le luxe de l’insouciance, mais elle viendra parce que la vaccination massive protégera bientôt l’ensemble de la population.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mesures renforcées, confinement et confusion.
Les nouvelles attestations de déplacement à partir du 20 mars 2021 (à télécharger).
Conférence de presse du Premier Ministre Jean Castex le 18 mars 2021 à Paris (texte intégral).
Alors, confinement ou pas confinement ?
Gilbert Deray.
Covid-19 : un an après, toujours le cauchemar ?
Covid-19 : le mot interdit.
Les jeunes, génération sacrifiée ?

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210321-covid-cw.html

https://www.agoravox.fr/actualites/sante/article/mesures-renforcees-confinement-et-231775

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/21/38877739.html







 

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