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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 02:36

« Quand je suis arrivé à Paris, j’ai trouvé les Parisiens très gais. Je venais de Bordeaux où les gens n’étaient pas naturellement souriants. J’ai été tout de suite enchanté par le métro, les autobus, la fièvre de la ville. Et surtout, j’ai fait beaucoup de vélo. Pendant trente ans, je suis allé partout en bicyclette. » (Sempé, 2011).



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C’est ce jeudi 17 août 2017 que le célèbre dessinateur humoristique Jean-Jacques Sempé fête ses 85 ans. Un âge canonique qu’il aurait certainement souhaité célébrer avec son compère René Goscinny avec qui il a collaboré dans les années 1950 et 1960 pour leur très renommé "Petit Nicolas" : « "Le Petit Nicolas", c’est d’abord une histoire d’amitié. Nous avons mis nos souvenirs d’enfance en partage. Je racontais à René mes histoires de football, de colonies de vacances, mes chahuts à l’école. Et René Goscinny adorait interpréter ces souvenirs. Partant de ce que je disais, il a brodé tout autour, inventé tous les personnages, imaginé des situations. » (2011).

Mais Sempé ne peut évidemment pas être réduit au Petit Nicolas. Si ce petit garçon des années 1950 lui a assuré une belle réputation, Sempé est avant tout l’auteur de milliers de dessins humoristiques parus dans la presse, à Paris comme à New York, et mis en album chez Denoël.

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À l’origine, Sempé n’était pas du tout dessinateur et il l’a été seulement "sur le tas" (le tas de feuilles). Il a eu une enfance pas très heureuse avec des parents qui se querellaient continuellement, il n’a pas fait d’études, il subissait même un bégaiement qui lui empêche d’apprendre des langues étrangères, il a eu une préadolescence coupée par la Seconde Guerre mondiale et il a fait beaucoup de petits boulots avant de voir son premier dessin publié par le journal "Sud Ouest" en 1950 (il habitait alors Bordeaux). Son premier dessin sous sa propre signature (et pas pseudonyme) a paru le 29 avril 1951. Il avait alors 18 ans, et son gagne-pain était assuré !

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Il débarqua à Paris en été 1951 et est devenu un amoureux nostalgique de la capitale. Il y trouva les encouragements de certains aînés, comme le dessinateur Chaval et la journaliste Françoise Giroud qui l’a embauché à "L’Express" de 1965 à 1975. Il a collaboré à de nombreux autres journaux ou hebdomadaires, comme "Le Nouvel Observateur", "Télérama", Paris Match", "France Dimanche", "Pilote", etc. et à partir de 1978, "New Yorker" (magazine culturel américain).

On ne s’étonnera pas de la fréquentation, durant les années 1960, près du Luxembourg (à Paris), de personnalités comme Jacques Tati et Jacques Prévert, aussi Anémone, Françoise Sagan, etc.

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À partir de 1962 (avec "Rien n’est simple"), Sempé a publié chez Denoël ses dessins dans des albums quasi-annuels pendant une cinquantaine d’années. Il ressort de ses dessins une très grande tendresse pour l’humanité pourtant pas forcément décrite sous le meilleur jour : « Je ne m’exclus pas de l’humanité que je dessine. Je suis proche de mes personnages, ils sont mes semblables. En me moquant d’eux, je me moque de moi-même. C’est la différence entre l’humour et l’esprit : l’esprit consiste à rire et faire rire des autres, l’humour à rire de soi. » ("Télérama", le 7 mars 2009 : les autres citations, sauf indication contraire, proviennent de cette interview).

Ne pas s’exclure de la bêtise de ses personnages, c’est osé (et rare) de l’avouer clairement : « La bêtise et la prétention sont très proches, me semble-t-il, et il m’est arrivé d’être content de moi alors qu’il n’y avait vraiment pas lieu de l’être. Un de mes dessins représente un peintre qui regarde la toile qu’il vient d’achever d’un air très satisfait, tandis que derrière lui, sa femme fait une moue extrêmement sceptique, ça, c’est tout à fait moi ! ».

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Ses dessins sont assez précis, surtout dans l’expression des visages, des yeux très réactifs, une bouche parfois discrète mais qui parle beaucoup, un mouvement, etc. : « Les dessinateurs que j’admire ont réussi, en quelques traits qui parfois représentent énormément de travail, énormément d’ébauches jetées dans la corbeille à papier, à rendre la personnalité de quelqu’un, sa démarche, son humeur. À mon petit niveau, je cherche à faire la même chose. Quand je dessine un bonhomme qui marche, je voudrais qu’on comprenne qu’il a tel âge, s’il est gai ou pas, s’il est pressé ou s’il a le temps, et pourquoi. Dans le dessin, tout est explicite, en principe. Je voudrais mettre beaucoup de choses, parfois, j’y arrive. Parfois, aussi, je mets des choses qui ne devraient pas y être : cela s’appelle de la lourdeur. Quand je suis lourd, je suis fou furieux contre moi-même. (…) Le fait d’être trop démonstratif, trop didactique, de surligner, de grossir le trait. Le fait d’être assommant. Ce que j’appelle la légèreté, c’est une forme d’épure. ».

La mélancolie n’est pas absente, évidemment, de ses dessins : « La mélancolie est partout présente. (…) La mélancolie fait partie de la vie. Parce qu’on se rend compte que tout est fragile : les relations humaines, l’existence, la lumière même… C’est lié au temps qui passe, ou au temps qu’il fait. (…) La mélancolie fait partie de la création. ».

Sempé est un observateur candide qui raconte ce qu’il voit, de manière assez neutre bien que parfois crûe. Il est un provincial définitivement fasciné par la capitale parisienne. Il est un naïf qui voit tous les angles, lucide et sans illusion. Ses dessins apportent un témoignage inégalé de la vie sociale pendant plusieurs décennies, une chronique sociale assez proche des films de Jacques Tati dans l’esprit.

La masse humaine qui prend le métro, les embouteillages parisiens qui engloutissent la ville dans un noir atmosphérique, le fossé immense entre une émission de type de celle animée par Bernard Pivot posant une question très abstraite à un philosophe difficile et les paysans qui la regardent le soir au coin du feu, les coureurs de jupons, les maris trompeurs, les névrosés, etc. beaucoup de faits passent à la moulinette du dessinquisiteur Sempé.

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Largement reconnu depuis longtemps, Sempé a vu déjà deux rétrospectives qui lui ont été consacrées, une à Caen en 1984 (avec un concert dirigé par le musicien Michel Legrand) et une en 2011-2012 au prestigieux Hôtel de Ville de Paris (sans doute le lieu qui pouvait lui faire le plus grand plaisir), à l’occasion de ses 80 ans.

Rêveur et dilettante, il a néanmoins produit plusieurs milliers de dessins qui ont fait le tour du monde : « De ce qui se passe autour de moi, je ne vois pas grand-chose, parce que j’ai la tête ailleurs, je pense toujours à autre chose. C’est mon défaut depuis que je suis tout gosse : (…) même si j’ai l’air intéressé par ce qui se passe, ce n’est pas vrai, je ne suis pas vraiment là. ».

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Une poésie dessinée qui croque ce monde si éphémère pour en faire une époque qui ne vieillit plus : « En tant que dessinateur humoristique, mon travail consiste à exposer le mieux qu’il m’est possible une situation. Une ambiance. Quelque chose qui a trait à la vie quotidienne des gens. C’est cela ma contrainte. Le dessin humoristique est un genre très spécifique. Ce n’est ni du dessin politique, ni de la bande dessinée. C’est un genre sans repère : ce peut être, par exemple, un couple qui marche dans la rue, la scène a pu se produire la veille ou un demi-siècle auparavant, on ne sait pas. C’est ce qui m’a toujours charmé dans le dessin d’humour : cette absence de repères, cette intemporalité. ».

Bon anniversaire Sempé, et bravo pour être, parmi d’autres, et notamment votre compère Goscinny, le symbole du génie français si peu affiché et si peu conscient à l’intérieur de nos frontières.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Toutes les illustrations sont des dessins réalisés par Jean-Jacques Sempé pour les éd. Denoël).


Pour aller plus loin :
"Mes personnages ne sont pas minuscules, c’est le monde qui est grand" : interview de Sempé par Nathalie Crom dans "Télérama" du 7 mars 2009.
Sempé.
Petite anthologie des gags de Lagaffe.
Jidéhem.
Gaston Lagaffe.
Albert Uderzo.
Cabu.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170817-sempe.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/sempe-et-cent-reproches-195927

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/17/35586732.html


 

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15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 23:25

« L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde. » (Magritte).


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Depuis cinquante ans, depuis exactement le 15 août 2017, René Magritte n’est pas un peintre. N’est plus un peintre, sinon, il nous produirait encore de délicieux et subtils tableaux. Il n’est qu’un triste locataire perpétuel de la concession numéro 3047 du cimetière belge de Shaerbeek, près de Bruxelles.

L’évocation de Magritte fait penser immédiatement à sa "fameuse pipe" qui n’en était pas une. Il le disait d’ailleurs : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer, ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc, si j’avais écrit sous mon tableau "Ceci est une pipe", j’aurais menti ! ». D’ailleurs, cette pipe, réalisée en 1929, elle avait pour tire : "La Trahison des images".

Pourtant, ce n’était pas seulement une pipe, représentative ou pas. Magritte était un peintre surréaliste dont le style très académique, très classique, était au service d’une relation absurde entre les choses représentées. Ce sont les compositions de ces tableaux qui sont extrêmement rafraîchissantes, donnant des correspondances, des connexions, des courts-circuits très particuliers entre les idées, les choses, les êtres, les concepts. Comme Salvador Dali qui était le peintre des rêves, Magritte s’est évertué dans l’onirisme figuratif (à ne pas confondre avec l’onanisme figuratif !) avec des formes géométriques très accentuées et des couleurs souvent reposantes à l’œil.

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Auréolé de son vivant, Magritte s’est éteint chez lui d’une sale maladie à l’âge de seulement 68 ans (né le 21 novembre 1898). Il avait connu les deux guerres mondiales, mais aussi un drame familial (le suicide de sa mère lorsqu’il avait 13 ans), et a rencontré sa future femme Georgette à la foire de Charleroi peu avant la Première Guerre mondiale. Il ne la recroisa par hasard que six ans plus tard. Adolescent, il aimait jouer dans un cimetière, en s’aventurant dans les caveaux.

Pour rendre hommage à Magritte à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, je propose ici modestement de revoir quelques-uns de ses tableaux, puisés parmi les centaines d’œuvres qu’il a faites, souvent une provocation contre le conventionnel, ou une association entre deux concepts. Le titre de la plupart de ses œuvres n’a rien avoir avec ce qui est représenté, par volonté de déstabiliser l’entendement. Mes commentaires n’ont d’intérêt que d’introduire les tableaux, les éléments intéressants, qui se regardent et "se consomment" en dehors de toute contrainte extérieure, avec l’esprit le plus vierge possible. Beaucoup de compositions peuvent faire sens.

Dans ce petit inventaire imaginaire, l’homme au chapeau melon a une lune à fine lamelle de croissant en guise de réflexion, à défaut de soleil malgré le ciel bleu. Être dans la lune ? Peut-être, mais l’aspect sombre et obscur du costume, neutre du non-visage peut laisser croire à un manque. On tourne le dos aux conventions.

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Le gros nuage blanc dans un paysage de montagne va certainement apporter la pluie pour nourrir les ruisseaux et rivières. Pourquoi donc ne pas recueillir l’eau dans un verre à vin ? Mettre de l’eau dans son vin, ou demander un nuage de lait avec son thé ?

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Dans la chambre recouverte d’un papier peint ciel, les objets intimes n’ont pas la taille réglementaire. Le lit est tout petit tandis que les ustensiles pour se rendre élégante sont géants, ainsi que ceux pour boire ou fumer (pour le côté éventuellement masculin).

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De vieilles chaussures en cuir à forme de pieds, cela devrait être l’adaptation la plus affinée pour se chausser. Maintenant, les magasins de sports proposent chaussettes et chaussures avec différentiation des orteils. Les ongles pousseront-ils ? Toujours noter les légendes sans toujours rapport évident avec le sujet du tableau.

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La colombe remplie de ciel est récurrente chez Magritte. Il en a peint de nombreuses. Ici survolant les vagues d’une mer plutôt calme. Le ciel de l’oiseau semble plus rassurant que celui de l’extérieur.

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Un nuage d’une plage ensoleillée entre par inadvertance dans une chambre. Les murs en sont rouges de confusion. Les décors intérieurs dans les décors extérieurs et vice-versa ont souvent de quoi étonner sinon détonner.

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L’amoureux des chats ne peut pas rester insensible à ce chat dans le melon. Au lieu de sortir un lapin, le magicien Magritte sort un félin philosophe en lévitation, la tête dans les nuages. Un chat en forme de pot.

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Sans doute l’un des tableaux les plus "frappants" de Magritte. La mémoire en forme de choc frontal, devant un rideau qui pourrait se refermer sur la vie, qui est le ciel et les nuages.

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Échouée sur les rives d’une plage déserte, une sirène à l’envers, à tête de poisson et à pattes d’humain. Si les cuisses sont gracieuses, rien n’indique volupté tant la tête écailleuse du poisson se prête mal aux désirs amoureux. Sans compter l’haleine.

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Le croissant de lune enfin agrandi et même pesé et soupesé dans une soucoupe, à côté d’une amphore, sur ce qui ressemblerait à des ruines d’un temps jadis.

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Reprenant le principe des sirènes à l’envers, le tableau représente deux amoureux pétrifiés au bord de la mer avec un navire au large qui passe.

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Terminons sur cet autoportrait du peintre, avec un titre devinette, la clairvoyance. Le peintre, anticipant le devenir de l’œuf, son modèle, brosse les détails de l’oiseau qui en sortirait…

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Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170815-magritte.html




 

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 04:40

« Deux génocides, deux murs des lamentations dans le sang, tout pour faire un comique. ».



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Il fait partie du patrimoine culturel de la France, cette France légère et comique, celle qui rit avec esprit, celle d’Astérix et de Gotlib. Bref, celle de Francis Veber. Il fête ce vendredi 28 juillet 2017 son …80e anniversaire. Déjà ! Pendant toute sa carrière au cinéma et au théâtre, comme scénariste et réalisateur de films, ou metteur en scène, il a montré pourtant la jeunesse de son inspiration.

S’il parle de "deux génocides", c’est parce qu’il est à la fois juif (son père) et arménien (sa mère). On lui a même proposé d’être un prétendant au trône en Arménie !

Il a écrit (ou réécrit) le scénario de nombreux films à succès, comme "Le grand blond avec une chaussure noire", "Le professionnel", "Le grand bleu", "Adieu poulet", "Peur sur la ville", "La cage aux folles", etc.

Les films qu’il a réalisés sont peu nombreux mais succulents et à grand succès (douze). Certains films proviennent de pièces de théâtre qu’il a écrites et mises en scène. Souvent, le trait comique tient par le dialogue/duo entre deux personnages clefs. Francis Veber a fait jouer des acteurs "récurrents" dans ses films : Pierre Richard, Gérard Depardieu, Thierry Lhermitte, Richard Berry, Daniel Auteuil, Laurent Gamelon, Michel Aumont, Roland Blanche, Armelle Deutsch, Robert Dalban, etc.

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Ses dix meilleurs films ont totalisé plus de 40 millions d’entrées dans les salles de cinéma françaises ! J’en propose quatre, uniquement pour le plaisir de revenir sur de véritables petites "pépites" du cinéma français. Inutile de parler des récompenses, nombreuses, de la profession, la meilleure est celle du grand public.

Le sommet a été pour son fameux "Dîner de c@ns", sorti le 15 avril 1998, avec plus de 9 millions d’entrées. L’histoire est courte et c’est d’abord une pièce de théâtre, bien rythmée, avec des acteurs excellents. Dialogue entre Thierry Lhermitte et Jacques Villeret qui joue le "c@n" de Thierry Lhermitte : chaque convive d’un repas est sensé amené un c@n avec lui pour se moquer de lui. Et certains personnages secondaires sont particulièrement réussis, comme Daniel Prévost, le contrôleur des impôts un peu sadique sur les bords (assez caricatural, certes, mais cela fait tellement plaisir !), ou encore Catherine Frot, un peu nymphomane sur les bords.






Le rôle de Jacques Villeret est d’ailleurs un personnage dont le nom se retrouve dans une petite dizaine de films, François Pignon, depuis Jacques Brel ("L’emm@rdeur") à Pierre Richard ("Les compères" et "Les fugitifs") et également Daniel Auteuil dans "Le placard".

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Justement, "Le placard", sorti le 17 janvier 2001, a été, lui aussi, un grand succès avec plus de 5 millions d’entrées en France. Le contexte est plutôt rare dans le cinéma, la vie dans une entreprise, où Daniel Auteuil, craignant d’être licencié, fait semblant d’être homosexuel pour se protéger de son employeur qui, refusant d’être taxé d’homophobie, va devoir le garder. C’est Michel Aumont, son voisin qui a perdu son chat, qui lui conseille cette manœuvre. Le duo se fait avec Gérard Depardieu, dans le rôle du directeur des ressources humaines (pas très crédible cependant), où il y a inversion des rôles entre le fort et le faible.






Autre grand succès (7 millions d’entrées) qu’il faut absolument avoir vu pour comprendre la comédie burlesque à la française, c’est "La chèvre" sorti le 9 décembre 1981, dans un duo cocasse entre Pierre Richard, qui n’a jamais de chance et a été choisi pour cette raison pour retrouver une femme enlevée dans un pays lointain (l’idée ici est de croire qu’il va retrouver la même malchance que la femme). Et la femme, c’est la fille de son patron. Sa participation est donc imposée à Gérard Depardieu, le détective privé d’origine, qui va devoir l’accompagner et qui va sauter de surprises en stupéfactions, en observant toutes les tuiles qui arrivent à son malchanceux partenaire d’aventure.






Enfin, je termine avec un film qui n’a fait "que" (!) 1,3 million d’entrées, "Le jouet", le premier réalisé par Francis Veber, sorti le 8 décembre 1976, avec Pierre Richard dans le rôle d’un petit employé dans un journal, qui va faire un reportage dans un magasin de jouets qui appartient aussi à son patron milliardaire joué par le sévère Michel Bouquet (la doublure d’un Marcel Dassault dans la réalité). Le fils de ce dernier passe dans le magasin pour choisir un jouet et choisit …Pierre Richard ! Le directeur du magasin, Michel Aumont, a beau lui dire que ce n’est pas un jouet mais un monsieur, rien à faire et comme le patron a toujours raison, on finit par emballer le monsieur (qui accepte de peur d’être licencié)… Ce sont donc souvent des comiques de situation avec un soupçon d’absurde.







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Rich.

Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170728-francis-veber.html

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 12:03

« Je ne suis pas un très bon chrétien. Je n’étudie pas beaucoup ma religion, mais je crois en l’amour de Dieu. De la même façon que l’on ne sait pas toujours pourquoi on aime une personne, j’aime Dieu. Je le fréquente tous les dimanches. Lorsqu’il m’arrive de confier à quelqu’un mon intention d’aller à la messe le dimanche et que mon interlocuteur me fait part de son étonnement, je lui dis que c’est moi qui suis étonné qu’il n’aille pas à l’église. (…) [Mais] mon métier est en contradiction avec la générosité qu’un chrétien devrait avoir. Un acteur est, malgré tout, tourné vers lui-même. Ne me transformez pas en comédien catholique. Je veux rester un acteur qui puisse jouer tour à tour un sal@ud ou un saint. » ("La Croix" le 15 avril 2006).



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Le grand acteur français du cinéma et du théâtre Claude Rich a tiré sa révérence ce jeudi 21 juillet 2017 à l’âge de 88 ans, dans sa résidence d’Orgeval. Comme si c’était autorisé d’abandonner tous ceux qui l’ont adoré !… C’est la conséquence secondaire du cinéma : les acteurs, on va les voir (dans les salles), ou même, ils s’invitent chez soi, à la télévision, en dvd et autre écran interposé. Ils sont présents, familiers, parfois complices, certains, on les aime, d’autres, on préfère les éviter sans les haïr (comment peut-on détester ceux qu’on ne connaît pas vraiment ?), mais ils font partie en quelques sortes du paysage personnel, d’une grande famille.

Claude Rich, ce serait le grand-oncle. Farceur, toujours le mot pour rire, imposant, impressionnant et bienveillant. Il aurait pu faire de la politique et avec sa voix si agréable, si caractéristique, si rassurante, avec son sourire si communicateur, avec ses yeux si pétillants, je ne doute pas qu’il aurait fait un malheur électoral. Mais il n’était qu’un joueur, un joueur de comédie.

Simple employé de banque, il a réussi le concours du Conservatoire national d’art dramatique de Paris, sorti en 1953 avec le second prix. Même promo que ses futurs compères Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bruno Cremer… : « Au théâtre, la fidélité du public est touchante. En comparaison, le cinéma apparaît mécanique. On regarde un écran. ». École des stars, il y a appris paradoxalement l’humilité et la discrétion.

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Il a joué dans environ quatre-vingts films de cinéma (de 1955 à 2014) et dans une cinquantaine de pièces de théâtre (de 1951 à 2011), dont certaines qu’il a écrites lui-même, sans compter des dizaines de téléfilms (dont le "remake" des "Rois maudits", celui de Josée Dayan diffusé du 7 au 28 novembre 2005 sur France 2). Ce qui trouble, c’est le changement et la continuité dans une vie. C’est sûr qu’un acteur qui vieillit, tout le monde peut s’en apercevoir, à quatre-vingts ans versus à vingt ans, c’est toujours très impressionnant, comme lorsqu’on regarde des vieilles photos de famille. Une, deux, trois générations sont déjà passées.

Claude Rich, il avait le don extraordinaire d’être le gendre idéal des années 1960, un peu intello sur les bords, probablement bobo avant l’heure, parfois fils du vice-président des Fonds monétaires internationaux. Né le 8 février 1929 (à Strasbourg), il avait une trentaine d’années à l’époque. On le retrouve ainsi dans "Les Tontons flingueurs" (1963) aimant la nièce de Lino Ventura ou encore dans "Oscar" (1967), une grande farce, aimant la fille de Louis de Funès. Il avait déjà sa voix extraordinaire, si intelligible, si frappante, si pénétrante.

En fait, Claude Rich était doué surtout pour les personnages complexes et difficiles, et lorsque les rides sont venues, Claude Rich devenait souvent un notable, un ministre même, ou un juge, ou un membre du Conseil d’État, etc.

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Au début, il a rarement eu les premiers rôles mais au contraire de nombreux seconds rôles succulents, Claude Rich a largement été récompensé par la "profession" de son vivant (je précise "de son vivant", car combien d’acteurs peu reconnus vivants le sont-ils devenus à titre posthume, avec le regret des jurys ?) : s’il n’a jamais obtenu de Molière malgré cinq nominations, il fut deux fois récompensés par un César, le César du meilleur acteur pour "Le souper" (1993) où il est Talleyrand face à Fouché joué par Claude Brasseur (le film tiré de la pièce mise en scène par Jean-Pierre Miquel en 1989), et (de quoi effrayer le lauréat qui peut se croire déjà enterré), le César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, en 2002 (pourtant, sa carrière n’était pas encore achevée à cette date).

Le journal "La Croix" a consacré un portrait intéressant de Claude Rich le 15 avril 2006. Passionné par l’histoire, l’acteur a joué de nombreux personnages historiques, comme Léon Blum, Talleyrand, le cardinal Ottaviani, Voltaire, Jean XXII, Galilée, Louis Althusser, etc. (et même Panoramix !) : « Je ne sais où je trouve cette capacité à exprimer la noirceur de l’âme humaine. ».

Un de ses réalisateurs Bertrand Tavernier l’a décrit de cette façon : « Il est l’acteur dans ce qu’il a de plus imaginatif, généreux et ouvert sur tout ce qui entoure son rôle. Ensuite, j’aime ses angoisses et ses doutes, sa discrétion. Il se conduit de manière formidable, sans en tirer aucune gloriole. (…) On dirait que sur lui, les saletés de la vie n’ont aucune prise, qu’elles passent à côté : comme s’il était immunisé contres elles ! » (15 avril 2006).

Dans son métier, il a toujours gardé au creux du cœur ce conseil du maître Louis Jouvet : « N’oubliez jamais, lorsque vous serez au sommet, que le succès est éphémère et la mort au bout ! ».

Pour ne pas oublier avec lui, je vous propose quelques scènes qu’on peut voir sur Internet, et l’une des vidéos sur Youtube ("La bûche") est accompagnée de ce message en anglais qui montre que la malice et le génie du comédien Claude Rich avaient largement dépassé les frontières hexagonales : « The monologue is one of the reasons why Claude Rich is such a great actor. His gentle smile, serene face and tender voice… bring such warmth to a two-minute-monologue. ».


"Les Tontons flingueurs" (réalisé par Georges Lautner et sorti le 27 novembre 1963)














"Oscar" (réalisé par Édouard Molinaro et sorti le 11 octobre 1967)










"Le souper" (réalisé par Édouard Molinaro et sorti le 23 écembre 1992)






"La bûche" (réalisé par Danièle Thompson et sorti le 24 novembre 1999)






"Cherchez Hortense" (réalisé par Pascal Bonitzer et sorti le 5 septembre 2012)






"Bouquet final" (réalisé par Josée Dayan et diffusé le 21 juin 2011 sur France 3)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Rich.
Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170720-claude-rich.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/claude-rich-quel-acteur-195300

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/07/21/35495935.html

 

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 03:53

« Pourquoi sommes-nous au monde, sinon pour amuser nos voisins et rire d’eux à notre tour ? » ("Orgueil et préjugés").


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Il y a deux cents ans, le 18 juillet 1817 à quatre heures et demi du matin, est morte la célèbre romancière britannique Jane Austen à Westminster. Elle n’avait que 41 ans, probablement malade dès le début de l’année 1816, peut-être d’une insuffisance surrénalienne due à la tuberculose. Elle a cherché à continuer à écrire le plus longtemps possible, mais la maladie l’a fait arrêter d’écrire le 18 mars 1817, assigner au lit à partir d’avril 1817. Elle était encore jeune, d’autant plus qu’elle n’a jamais été mariée. Elle a été enterrée dans une aile de la nef de la cathédrale de Westminster.

Issue d’une famille nombreuse (fratrie de huit enfants dont deux filles) qui l’a toujours soutenue, Jane Austen a écrit de nombreux romans qui décrivent la vie sociale des notables provinciaux en Grande-Bretagne au début du XIXe siècle. Son génie, c’est la réalisme social, parfois mordant, et son style en discours indirect libre fut assez novateur (mais elle n’était pas la première romancière à l’avoir utilisé). Ses romans sont toujours très lus, deux siècles plus tard, voués parfois à un véritable "culte", et semblent encore d’une grande actualité pour les sentiments.

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La plupart de ses romans partent d’une ou de plusieurs familles, souvent nombreuses, et évoquent plus particulièrement le destin des femmes. Une jeune femme, à l’époque, n’avait vraiment d’avenir qu’en se trouvant le mari idéal. C’était comme cela que son existence sociale pouvait le mieux s’épanouir et qu’en tout cas, sa sécurité financière était assurée (Jane Austen n’a pas beaucoup voyagé et n’était pas mariée, comme je l’ai indiqué plus haut).

Ses descriptions sont très précises car l’auteure a le souci du détail, expliquant à son neveu que c’était comme « un petit morceau (deux pouces de large) d’ivoire, sur lequel je travaille avec une brosse si fine qu’elle produit peu d’effet pour beaucoup de travail ». Son premier grand roman a été publié de façon anonyme une quinzaine d’années après l’avoir écrit. Elle s’est toujours effacée derrière ses écrits, si bien que sa vie est restée peu connue (du moins de son vivant).

L’ouvrage biographique de référence a été écrit par son neveu James Edward Austen-Leigh et publié en 1870 ("A Memoir of Jane Austen") avec des portraits d’elle réalisés par sa sœur et complice Cassandra (elle aussi mourut sans être mariée, à l’âge de 72 ans, et elle détruisit une grande partie des lettres de sa sœur pour préserver la confidentialité de leurs nombreux échanges épistolaires).

Ses principales œuvres (dont certaines ont été adaptées bien plus tard au cinéma et à la télévision avec un grand succès) sont : "Raison et sentiments" ("Sense and sensibility") en octobre 1811, "Orgueil et préjugés" ("Pride and Prejudice") en janvier 1813, "Le Parc de Mansfield ou les trois cousines" ("Mansfield Park") en mai 1814, "La Nouvelle Emma ou les caractères anglais du siècle" ("Emma") en décembre 1815, "La Famille Elliott ou l’ancienne inclination" ("Persuasion") en décembre 1817 (posthume) et "L’Abbaye de Northanger" ("Northanger Abbey") aussi en décembre 1817 (posthume). Les titres (originaux en anglais comme ceux traduits en français) ont évolué au fil du temps (avant puis après la mort de l’écrivaine).

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Les dates correspondent à la première publication et pas à l’écriture, car le brouillon de "Raison et sentiments" a été achevé avant 1796 (elle avait 20 ans) et celui de "Orgueil et préjugés" en août 1797 (elle n’avait pas encore 22 ans). Elle lisait à voix haute ses manuscrits devant sa famille et les remania souvent (dans un souci de perfectionnisme, parfois en changeant complètement la structure, passant d’un style épistolaire à la narration à la troisième personne). Ce fut à la lecture de "Orgueil et préjugés" que son père chercha un éditeur, mais sans succès. La première version de "L’Abbaye de Northanger", parodiant les "romans gothiques" très à la mode à l’époque (précurseurs des romans noirs, misant à la fois sur le sentimental et le macabre), a été finie d’écrire en 1799 (elle avait 23 ans).

Ce fut son frère Henry, banquier et très introduit dans la "haute société", qui lui trouva un éditeur, Thomas Egerton, qui publia en 1811 " Raison et sentiments". Ce fut un succès commercial suffisant pour se permettre de vivre en toute indépendance (après la mort de leur père en janvier 1805, les deux sœurs Cassandra et Jane ont vécu grâce à l’aide financière de quatre de leurs frères). Après la publication du "Parc de Mansfield", Jane changea d’éditeur pour un éditeur londonien plus renommé, John Murray. L’éditeur Richard Bentley a racheté les droits en 1832 et a publié la première édition (quasiment) complète des œuvres de Jane Austen en octobre 1833.

La pamphlétaire anglaise Elizabeth Barrett Browning (1806-1861) jugea Jane Austen sans complaisance : « Elle atteint la perfection dans ce qu’elle entreprend… mais son excellence, me semble-t-il, repose plus dans l’exécution que dans l’aspiration. Sa vision de la vie est étroite, terre à terre et essentiellement non poétique (…). Ses personnages ne lèvent jamais le regard, et quand ils le tournent vers eux-mêmes, ils ne touchent pas au tréfonds. (…) La vie conventionnelle n’est pas la vie intérieure. (…) Dieu, la nature, l’âme, qu’est-ce qu’elle en dit, ou même suggère, à leur propos ? » (1853).

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La popularité et le succès de ses romans proviennent d’abord de ce grand talent de la description par l’observation minutieuse de la société humaine, des relations sociales, des sentiments, des détails savamment construits avec des liens logiques, et ensuite d’un véritable humour, au second degré, voire une ironie parodique qui confine à un certain féminisme, à une défense de la "condition féminine".

La première phrase de "Orgueil et préjugés" est par exemple très percutante : « C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire à la tête d’une belle fortune est forcément en quête d’une épouse. ». La suite démontre l’humour décalé : « Cette vérité est si bien ancrée dans l’esprit des familles des alentours qu’il est considéré comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles. ». Cette ironie a un but, celui de pointer du doigt la vanité de ses personnages.

Les héroïnes sont souvent de séduisantes jeunes femmes, courageuses et pauvres, qui évoluent bien grâce à des mariages finalement réussis et heureux. Un bon mariage faisait justement un élément de survie dans cette petite noblesse terrienne très patriarcale. Tout se joue entre 18 et 25 ans. C’est la préoccupation première de leur mère.

L’audace sociale de l’auteure se lit au-delà de la description très structurée de ses histoires. La focalisation géographique et temporelle est telle que Jane Austen ne s’est jamais occupée de l’évolution générale des mentalités ni des courants culturels.

Sophie Thomas, professeure associée à l’Université Ryerson au Canada, spécialiste de la littérature anglaise du XVIIIe siècle et du XIXe siècle, a noté qu’on pouvait comprendre « l’excellente veine de cynisme féminin » de Jane Austen, selon l’expression de la romancière écossaise Margaret Oliphant (1828-1897), en lisant le commentaire assez machiste du célèbre écrivain américain Mark Twain (1835-1910) sur l’auteure : « Chaque fois que je lis "Orgueil et préjugés", j’ai envie de la déterrer et de lui taper le crâne avec son propre tibia. ».

Son dernier roman fut inachevé : "Sanditon" ("The Brothers"), composé d’une cinquantaine de pages écrites entre janvier 1817 et mars 1817, a été publié seulement en 1925. Dans ce roman, sur un ton comique et léger, sont évoqués trois personnages hypocondriaques très caricaturaux et pleins d’imagination. La mère de Jane fut elle-même hypocondriaque. Avec ce dernier ouvrage, la romancière britannique Margaret Drabble (née en 1939) a décrit Jane Austen comme « une femme mourante traitant le sujet de la maladie de façon amusée et railleuse ». C’est cette distance qui trouble d’autant plus que la narration est très proche des personnages (donc sans impression de distance).

Dans sa nouvelle "Les Janéites" publiée en 1924, Rudyard Klipling a rendu hommage à l’œuvre de Jane Austen comme romancière indispensable pour les soldats britanniques pendant qu’ils vivaient l’horreur des tranchées de la Première Guerre mondiale. Beaucoup d’analyses ont été proposées sur les romans de Jane Austen depuis une cinquantaine d’années. Son œuvre fait désormais partie du patrimoine littéraire mondial, à tel point que certains romans ou films comme "Le Journal de Bridget Jones" d’Helen Fielding (1996, adapté au cinéma par Sharon Maguire le 4 avril 2001) et "Coup de foudre à Bollywood" réalisé par Gurinder Chadha (6 octobre 2004) furent principalement inspirés par les romans de Jane Austen.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 juillet 2017)
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Pour aller plus loin :
Jane Austen.
William Shakespeare.

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http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jane-austen-chroniqueuse-geniale-195114

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8 juillet 2017 6 08 /07 /juillet /2017 02:33

« Je n’ai jamais été [un ange] ! Quand il y a des embouteillages en ville et quand on m’enquiquine, je suis une personne parfaitement normale. Je peste, je réponds et j’assume le fait qu’il y a plein de choses que je n’aime pas ! » ("Le Figaro", le 3 octobre 2013).


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Ce samedi 8 juillet 2017, l’actrice et humoriste Mimie Mathy fête son 60e anniversaire. Très connue par une série télévisée, Mimie Mathy soufre depuis sa naissance d’une achonodroplasie, c’est-à-dire que ses membres ne se sont pas développés normalement, elle ne mesure qu’un mètre trente-deux. Et alors ? Qu’est-ce qui l’empêche de vivre une vie comme une autre, sans être un animal de foire, sans être un être singulier dans la société indifférente ? Rien !

C’est cette joie de vivre qui transparaît dans toutes les prestations publiques de Mimie Mathy. Une insubmersible joie de vivre. Si bien que son sourire, son humilité aussi, peuvent désarmer les plus fermés des repliés. La joie de vivre est aussi indissociable d’un véritable courage social, celui de s’affirmer comme une personne humaine aussi riche et enrichissante qu’une autre, malgré les différences qui, en ce qui la concerne, sont très visibles mais chacun a ses propres singularités, certaines bien cachées au fond de l’âme et pas moins handicapantes.

Cette joie de vivre n’est pas venue tout seule. Elle a eu la chance d’avoir des parents qui ont voulu son épanouissement au lieu de son enfermement comme cela peut souvent arriver : « Évidemment, les gens me toisent dans la rue. Évidemment, j’ai pleuré sur ma différence. Évidemment, toutes mes copines ont roulé leur premier patin avant moi. Mais je ne crois que pas cela m’ait rendue méchante. Pourquoi ? Parce que, et je le dois à mes parents chéris, j’ai su tirer ma force de ma différence. De fait, aujourd’hui, si les gens se retournent sur moi, ce n’est plus parce que je suis petite, mais parce que je suis connue. » (3 octobre 2013).

Très vite, elle a trouvé sa vocation dans le spectacle ou l’animation. Ce fut Michel Fugain qui lui donna sa première chance à la fin des années 1970 à Nice.

Ce métier l’a tellement enthousiasmée qu’elle est partie pour Paris (elle était lyonnaise) pour, comme on dit, "percer". Elle s’est retrouvée chez Bouvard, dans son petit théâtre télévisé qui était une excellente école du spectacle, pendant les années 1980. Elle y croisa deux autres humoristes, Isabelle de Botton et Michèle Bernier avec lesquelles elle a formé "Les Filles", pour des spectacles comiques sur scène.

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Au milieu des années 1990, la télévision l’a découverte. Un premier puis un second téléfilms ("Une nounou pas comme les autres"), où elle avait le principal rôle, ont fait un tabac d’audience. France 2 qui les a diffusés a alors détrôné la toute-puissance de TF1 avec un grand nombre de téléspectateurs : 12,8 millions le 19 janvier 1994 et 11,8 millions le 12 avril 1995.

Beau joueur, le directeur de la chaîne concurrente, TF1, lui a offert des fleurs et finalement, Mimie Mathy fut recrutée par TF1, plus reconnaissant que sa chaîne d’origine. Le 3 octobre 2013, elle a confié qu’elle touchait 250 000 euros par épisode, cachet à la baisse : « Je tiens d’ailleurs à préciser que pour que Joséphine continue au moins une année encore, j’ai baissé mon cachet. Ce sont tout de même trois cents personnes qui bossent sur cette série. » ("Le Figaro"). Elle préfère le franc-parler sur un sujet souvent tabou en France : « Entre ce que TF1 empoche, ce que je reverse aux impôts et ce que je donne aux associations et aux gens que j’aime, ce serait idiot de se sentir coupable. Aussi idiot que de faire de la langue de bois sur mon salaire. ».

Ce fut comme cela qu’est née la série télévisée "Joséphine ange gardien", dont la première diffusion a eu lieu le 15 décembre 1997 sur TF1, cela va faire vingt ans. Un succès qui s’est confirmé au fil des saisons (18 saisons ont été enregistrées, ce qui correspond à 86 épisodes !).

La trame de la série est assez ordinaire : un être d’exception s’implique dans la vie quotidienne de ses contemporains et résout leurs problèmes (psychologiques, matériels, etc.) grâce à une bonne dose d’humour, de finesse et de bon sens. Les milieux humains abordés permettent de décrire la société actuelle, ses difficultés, ses atouts, etc.

C’est un fil assez récurrent dans beaucoup de séries françaises : Victor Lanoux (qui vient de mourir) a joué le brocanteur rassembleur, Laurent Ournac le patron d’un camping qui rend les vacances magiques, Thierry Lhermitte le médecin hypertimide en Bretagne, Christian Rauth et Daniel Rialet le maire et le prêtre dans une redite plus complice de "Don Camillo", Gérard Klein l’instituteur qui résout les problèmes autant des parents que de ses élèves, etc.

Ce qui marche bien avec "Joséphien ange gardien", c’est la bonne humeur, l’optimisme, le côté très positif du personnage joué par Mimie Mathy. Elle est directement la représentante de Dieu et descend sur Terre avec un objectif humain très précis. Elle doit donc s’insérer socialement auprès de ses "clients" d’une manière ou d’une autre (elle se fait embaucher comme aide à domicile, ou infirmière dans un hôpital, etc.) et peut commencer à comprendre les enjeux relationnels, les problèmes psychologiques et à essayer de recoller les morceaux si nécessaires.

C’est vrai qu’il faut le dire : aimerait-on vraiment avoir une Joséphine dans ses parages ? Pas forcément, car pour comprendre, elle est obligée de poser plein de questions, de tirer les vers du nez, de fouiller un peu dans les âmes et dans les bureaux, les poubelles, etc. si bien que son attention pourrait se révélait vite intrusive. Mais c’est pour la bonne cause.

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Bien sûr, comme elle est envoyée de Dieu, elle a des super-pouvoirs. Elle peut réussir une mayonnaise sans en connaître la recette ou ranger une chambre d’un simple claquement de doigts. Ou mieux, se téléporter, sans doute le plus efficace de ses super-pouvoirs, qui a toujours le don d’agacer ceux qu’elle essaie de suivre.

Avec cette série plébiscitée par les téléspectateurs, Mimie Mathy fait partie du cercle très restreint des personnalités les plus aimées des Français. Elle a été reconnue aussi par la profession de la télévision : elle a reçu trois 7 d’or de la meilleure comédienne de fiction, pour sa participation dans la série, en 1998, en 2000 et en 2003.

L’envers de la médaille, avec un tel succès d’audience dans une série télévisée, c’est que Mimie Mathy, qui a un vrai talent de comédienne, s’est emprisonnée elle-même dans ce rôle de Joséphine et c’est très difficile de le faire oublier et d’en sortir. On se souvient à quel point Peter Falk a perdu son jeu d’acteur (pourtant présent dans le grand film "Les ailes du désir" de Wim Wenders sorti le 17 mai 1987) en devenant le fameux lieutenant Columbo (69 épisodes diffusés entre le 20 février 1968 et le 30 janvier 2003, avec un arrêt entre 1978 et 1989).

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En revanche, cela n’exclut pas de poursuivre son activité de one-man-show, ou plutôt, one-woman-show. En 2002, elle a inauguré un spectacle avec un grand succès qu’elle a renouvelé un peu partout en France, "J’adore papoter avec vous".

Le spectacle, coécrit par Muriel Robin (on ressent parfois son style), présente Mimie Mathy seule sur scène avec, derrière elle, une montagne de cartons. Le cadre : elle vient de déménager. Sur le plan technique, c’est très pratique puisque cela lui permet d’ouvrir au fil des sketchs certains cartons, lui permettant de sortir des accessoires sans retourner dans les coulisses.







Dans ce spectacle, elle se faisait régulièrement aider par un spectateur choisi au hasard dans la salle pour ranger quelques cartons, et ce fut même à cette occasion qu’elle a rencontré son futur mari : « Après le spectacle, tout le monde m’a demandé ce qui s’était passé sur scène parce que l’ambiance était devenue tout à coup très bizarre. En fait, c’était un coup de foudre ! On s’est revus trois semaines après. Et depuis, on ne s’est plus quittés. (…) Cela aurait pu être juste une rencontre, une aventure sans lendemain. Mais on a réussi à construire quelque chose de fort. On est mariés depuis huit ans, et je me réjouis chaque matin de me réveiller à ses côtés. Je m’interroge aussi parfois. Comment ce garçon de 1 mètre 86 a-t-il pu s’éprendre d’une fille de 1 mètre 32 comme moi ? Que m’a-t-il trouvé ? Pourquoi est-il toujours avec moi ? C’est sans doute ça l’amour… Parce que j’avais renoncé, en fait. Et c’est tout ça, et bien d’autres choses, que je raconte dans mon [nouveau] spectacle. » (3 octobre 2013).

Son nouveau spectacle (sur le même mode que le précédent) a commencé le 23 octobre 2013 au Théâtre de la Porte Saint-Martin, à Paris.

Puisque 60 ans peut être une étape pour certains, parfois la retraite (plus maintenant), j’espère que ce n’est pas le cas pour Mimie Mathy à qui je souhaite de continuer à faire rêver les Français avec sa magie d’ange un peu artisanale. Bon anniversaire, Mimie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 juillet 2017)
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Pour aller plus loin :
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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6 juillet 2017 4 06 /07 /juillet /2017 12:56

« Dans mon travail, les jeux devant le micro, les rythmes et les cris, tout ce langage expressif parcourt comme un fil la gamme de mes états corporels et sentimentaux au cours de la vie. ».


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Le compositeur de "musique concrète" (électroacoustique) Pierre Henry est mort à 89 ans ce jeudi 6 juillet 2017 dans un hôpital à Paris : « Il est décédé cette nuit. » a annoncé son assistante Isabelle Warnier, proche de la famille, à l’AFP en fin de matinée. L'émotion est là pour une personnalité hors normes qui défiait la loi du temps.

À cause d’une santé défaillante, il avait renoncé à venir à la création de l’une de ses dernières œuvres à Strasbourg le 23 septembre 2016, au Festival Musica. "Chroniques terriennes" fut une œuvre « indicible et secrète » qui était un cadeau au festival. Ce fut Thierry Balasse, ingénieur du son et précieux collaborateur du compositeur, qui le remplaça et qui l’a interprété en même temps que "Dracula" (2002) sur une inspiration de la "Tétralogie" de Richard Wagner. Comme Simone Veil, il n’était pas loin de ses 90 ans.

Je ne sais pas si la nouvelle de sa disparition fera les titres dans les journaux déjà en overdose d’informations avant la pause estivale. Pierre Henry fut un compositeur majeur de la seconde moitié du XXe siècle. Il fut l’élève de Nadia Boulanger et d’Olivier Messiaen, mais son originalité résidait dans sa façon de révolutionner complètement l’idée de musique. Tout son était, chez lui, matière première à œuvre, et cela a pu donner de beaux morceaux parfois en collaboration avec d’autres arts comme la danse ou le cinéma.

J’ai eu la chance d’avoir assisté à trois de ses nombreux concerts parisiens dans les dix dernières années, et il y a deux choses qui m’ont frappé immédiatement. Pierre Henry, malgré l’âge, la maladie, la fatigue, a toujours aimé travailler jusqu’à ses dernières limites. Et autour de lui, autour de moi donc, il y avait un public souvent d’habitués, de connaisseurs, presque de "fans" dans un sens qu’on pourrait l’imaginer "gourou" (il avait en plus la tête de l’emploi, avec son impressionnante figure "patriarchique" de Dieu-le-père), mais dans une secte qui ne pouvait pas l’être puisqu’elle transmettait liberté, créativité, originalité, nouveauté, ouverture sur le monde…

De plus, son petit air "cabotin" était assez plaisant, on voyait qu’il aimait s’ouvrir à son public, se faire aimer et il n’hésitait pas, encore récemment (je n’ai hélas pas eu cette chance d’en être), d’inviter son public à venir l’écouter carrément chez lui, dans sa demeure devenue une sorte de musée vivant et salle de concert privée.

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J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer sa musique concrète, ici et .

Comme souvent dans "l’art contemporain", on peut aimer ou ne pas aimer. C’est plus facile de ne pas aimer ou même de vouloir se faire un point d’honneur de rejeter parce que c’est original, singulier, parfois choquant, que de rejeter de "l’art classique" ou même "académique" qui pourrait pourtant paraître parfois "ennuyeux". Face à l’art, la posture n’a d’intérêt qu’au critique professionnel, mais certainement pas à l’amateur bienveillant.

Mais tout art, toute culture a son véritable critère dans l’émotion que peut ressentir le public. Et il faut bien dire qu’en ce qui me concerne, certaines des œuvres de Pierre Henry ont fait sens en moi, au plus profond de mon être, dans le puits intérieur de la petite enfance, sans qu’il me soit facile d’y trouver une explication vraiment satisfaisante, même si d’autres œuvres sont, de mes propres oreilles, très difficiles à écouter, pour ne pas dire inaudibles !

Plutôt que du blabla, plutôt que de la lecture, comme pour chaque artiste musical, il vaut mieux l’écoute de certains morceaux choisis. J’en propose quatre, assez arbitrairement j’en conviens, certains dans des conditions assez originales et peu habituelles.

Comme cette musique est très technologique et artistique, les compositions sont souvent le résultat d’une collaboration fructueuse avec d’autres personnes, ingénieur, chorégraphe, etc. comme Pierre Schaeffer, Maurice Béjart, Michel Colombier, etc.


1. "Messe pour le temps présent" (1967).






2. "Symphonie pour un homme seul" (1949).






3. "Divinités paisibles" dans "Le voyage" (1962).






4. "Dixième symphonie, hommage à Beethoven" (1979).






5. "Le fil de la vie" (2012) : présentation de l’œuvre.






Ce dernier morceau, "Le fil de la vie", fut l’une des dernières grandes œuvres de Pierre Henry. Elle fut créée le 29 septembre 2012 à la Cité de la Musique, à Paris. Elle fut « la décomposition de certaines de mes œuvres », un « voyage d’introspection ». Une sorte d’autobiographie, de testament musical. Son mot d’ordre était : « Faire une musique qui colle à la durée humaine et vécue avec humour. ».

La France et le monde de la musique ont perdu un très grand compositeur, sorte de dernier dinosaure qui a survécu à tant de vagues au fil du siècle dernier. Il sera probablement difficile d’imaginer un "héritier" tant sa musique était particulière, à la fois technologique et personnelle. Hommage et honneur au musicien, et condoléances à ses proches.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 juillet 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Hommage à Pierre Henry (6 juillet 2017).
Le dernier concert de Pierre Henry.
La musique concrète de Pierre Henry toujours à l’honneur de l’été parisien.
Vidéo de "Symphonie pour un homme seul" (Pierre Schaeffer et Pierre Henry).
Mstislav Rostropovitch.
György Ligeti.
Yehudi Menuhin.
Les 90 ans de Pierre Boulez.
Une exposition sur Pierre Boulez.
Jean Sibelius.
Armide.
Pierre Boulez.
Henri Dutilleux.
Myung-Whun Chung.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.

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http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/hommage-a-pierre-henry-pere-de-la-194845

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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 05:12

« Pourquoi fait-on des dessins affreux ? Je crois que c’est surtout pour le plaisir simple et bête de faire des grimaces… En cherchant un peu plus loin, on trouverait peut-être que c’est pour transformer en gag la crainte du vieillissement, de la maladie, du cercueil ! » (André Franquin).


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Il y a soixante ans, le 13 juin 1957, est paru le 1000e numéro du "Journal de Spirou". C’était alors l’occasion de publier le premier gag d’un célèbre employé de bureau, Gaston Lagaffe, venu travailler aux éditions Dupuis on n’a jamais su trop comment ni pourquoi. J’avais déjà évoqué la figure de Gaston Lagaffe il y a quelques mois. Entre temps, un de ses talentueux collaborateurs, Jidéhem, spécialisé surtout dans les décors de cette bande dessinée, a souhaité rejoindre Franquin au paradis des auteurs de BD.

Je profite alors de cet anniversaire pour proposer une petite anthologie des gags de Gaston Lagaffe, une modeste sélection très arbitraire qui m’a paru assez représentative du mythe qui s’est forgé en moi. Car ce garçon aux jeans de taille basse qui laissent le nombril à l’air (c’était très visionnaire à l’époque) a accompagné, tel un grand frère un peu gauche, toute mon enfance et a participé, par défaut, à une partie de mon éducation.

Le temps de la mondialisation semble à l’opposé de cette petite vie pépère de bureau où les improductifs avaient encore droit de cité. D’ailleurs, le mot "improductif" devrait être correctement défini, car Gaston n’est pas vraiment un improductif.

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Certes, il est le contemplateur des siestes pendant les heures de bureau, mais son ingéniosité donne beaucoup d’idées pour créer de l’activité économique, au point même qu’un jour, montrant un très beau coucou en forme de capsule spatiale, il a réussi à faire détourner Monsieur De Mesmaeker de son fameux contrat avec Dupuis pour commencer à rédiger un autre contrat destiné justement à la commercialisation de cette pendule qui l’avait séduit.

Lagaffe a d’ailleurs toutes les qualités de l’idéaliste, celui qui aime la nature, qui pense à la hiérarchie des choses, sans avoir le nez sur le guidon, qui a du recul pour comprendre les choses importantes de la vie, qui est généreux et serviable, aidant une vieille tante ou un copain en difficulté. En ce sens, il est un altermondialiste avant l’heure, sans pour autant être partisan du repli sur soi ou du protectionnisme (car curieux de tout, Gaston aime la nouveauté, la modernité et aussi, donc, les gens venus d’autres mondes).

Je commence ici très brièvement avec quelques gags concernant justement le Gaston au grand cœur. Il a notamment pour ami Bertrand Labévue qui déprime beaucoup. Le thème de la dépression (on dit aujourd’hui burn out) n’est pas vraiment traité si ce n’est pour en voir les effets parfois amusants. Ce qui est intéressant, c’est que Gaston ne change pas de comportement avec un "dépressif" par rapport à un "non dépressif".

Ainsi, on le voit parlementer avec Labévue qui a un manque évident de confiance en lui.

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La personne qui compte sans doute le plus au cœur de Gaston, c’est une collègue de bureau, Mademoiselle Jeanne, qui est archiviste. Elle est complètement fascinée par ce fabriquant de gaffes en série, et les deux s’aiment un peu, mais très timidement : jamais de tutoiement, pas de bisou sur la bouche, beaucoup de rouge de confusion quand les élans du cœur sont exprimés trop explicitement. Bref, mai 1968 n’est pas encore passé, et sur ce plan-là, la série laisse un petit goût de ringardise assumée tout en donnant du charme aux échanges platoniques.

Gaston n’hésite jamais à rendre un service à Mademoiselle Jeanne, si bien qu’un jour, il lui propose de réparer la fermeture éclair de sa housse de vêtements. Pour cela, il lui demande d’entrer à l’intérieur, ce qui lui vaut d’être un "garçon qui l’emballe". Finalement, Mademoiselle Jeanne reste coincée à l’intérieur de la housse et rien n’est réparé, mais elle ne lui en veut pas !

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Parmi les histoires d’amour avec Mademoiselle Jeanne, il y a les rêves. Gaston adore faire des rêves pendant qu’il travaille dur au bureau. Il s’imagine un grand héros du genre de Tarzan pour protéger sa dulcinée subjuguée par le courage et la puissance de son protecteur. Le rêve débouche très vite sur une bataille contre les requins qu’il réussit à tuer un à un.

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Le couple est dans l’eau mais peut encore respirer, et Gaston n’hésite pas à tuer à mains nues les prédateurs qui veulent les manger.

Dans un rêve ultérieur avec les requins, il y a une prise de conscience de l’environnement et de la vie animale qu’il faut aussi protéger. Alors, au lieu de tuer le requin, Gaston préfère simplement le domestiquer. Le requin devient alors un cheval docile pour chevaucher l’océan, un peu à la manière d’un film de science fiction. L’amoureuse est totalement conquise : « Je ne sais quelle est la créature qui pourrait vous résister ! »

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Je proposerai la suite de ce petit tour d’horizon des gags de l’ami Gaston, en passant au thème de la cuisine qu’il confond parfois avec la petite chimie amusante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Toutes les illustrations sont des dessins réalisés par André Franquin pour les éd. Dupuis).


Pour aller plus loin :
Petite anthologie des gags de Lagaffe.
Jidéhem.
Gaston Lagaffe.
Albert Uderzo.
Cabu.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170613-gag-gaston.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/petite-anthologie-des-gags-de-194061

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/13/35378076.html

 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 03:20

« Louis et moi avons beaucoup d’affinités. Ce lien de parenté a naturellement accentué les ressemblances entre le personnage et moi-même. Nous sommes tous les deux généreux, filous, capables d’un coup de gueule, sans violence gratuite. »


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Peut-on être sympathique et bougon à la fois ? C’est peut-être tout le génie de la psychologie française que Victor Lanoux savait incarner dans sa complexité, un peu comme un Astérix des temps modernes, esprit à la fois indépendant et solidaire. Il aurait eu 81 ans le 18 juin prochain, mais la mauvaise santé l’a emporté à Royan ce jeudi 4 mai 2017.

S’il n’a eu aucune récompense officielle de la profession (seulement des "nominations" aux Césars et Molières), il a eu une large reconnaissance du grand public qui a pu le remarquer et l’apprécier dans de nombreux films au cinéma, auprès de grands réalisateurs : Yves Allégret, Gilles Grangier, Yves Boisset, Pierre Granier-Deferre, Claude Berri, Gérard Oury, Jean-Marie Poiré, Jean-Pierre Mocky, Philippe de Broca, André Téchiné, Georges Lautner, etc.

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À ses débuts, entre 25 et 30 ans, il commença en écrivant et interprétant des sketchs aux côtés de Pierre Richard dans des petites salles de spectacle. Parallèlement, il avait quelques rôles au théâtre dans des pièces de Molière, Shakespeare, etc. puis, à partir de la fin des années 1960, au cinéma.

Dans deux films d’Yves Robert, "Un éléphant, ça trompe énormément" (1976) et "Nous irons tous au paradis" (1977), Victor Lanoux fait partie d’une bande de copains avec Jean Rochefort, Claude Brasseur et Guy Bedos qui aura marqué le cinéma français des années 1970. Victor Lanoux campe un personnage un peu brutal et tendre en même temps.

Il a joué dans de nombreux téléfilms également, mais comme certaines stars du cinéma, Victor Lanoux s’est concentré à la fin de sa carrière sur une série télévisée centrée sur son personnage de brocanteur, "Louis la Brocante", dont il tourna quarante-quatre épisodes, diffusés du 24 janvier 1998 au 4 mars 2014 sur France 3.

Le principe de cette série française est assez classique : un personnage central, là où il se trouve, résout de nombreuses affaires, problèmes psychologiques ou matériels de son entourage. Victor Lanoux le fait comme brocanteur. D’autres séries télévisées utilisent le même ressort et placent ce personnage central dans d’autres contextes, comme "Joséphine ange gardien" (Mimi Mathy est une ange gardienne), "Camping paradis" (Laurent Ournac est un directeur de camping), "Doc Martin" (Thierry Lhermitte est médecin dans un village breton), "L’institut" (Gérard Klein est instituteur), "Famille d’accueil" (Virginie Lemoine et Christian Charmetant sont parents d’accueil), "Père et maire" (Christian Rauth est maire et Daniel Rialet est curé), etc.

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Dans "Louis la Brocante", c’est une série qui hume la province, la campagne lyonnaise, les bonnes sœurs, la gendarmerie aussi, etc. Son grand succès (certains épisodes ont atteint une audience de 9 millions de téléspectateurs) est basé non seulement sur le cadre (à la fois campagne et brocante), mais aussi sur le comédien lui-même qui inspire la sympathie et la complicité. Le personnage a été créé spécialement pour Victor Lanoux et sa personnalité : « Le personnage a été créé pour moi. Les deux auteurs (…) se sont inspirés des rôles que j’avais déjà interprétés et de ce qu’ils connaissaient de ma personnalité. ».

Il y a quatre ans, le 20 novembre 2012, Victor Lanoux (qui avait alors 76 ans alors que son personnage a 60 ans) a décidé d’arrêter la série, alors qu’il avait déjà voulu l’arrêter à la mort de trois comédiens survenue entre septembre 2009 et mars 2011 (Sim, ainsi que les interprètes du gendarme et de la mère supérieure : Armand Chagot et Nadia Barentin). Beaucoup de téléspectateurs pouvaient l’imaginer comme un vieil oncle plein de cœur et de dynamisme, toujours prêt à repartir pour la bonne cause.


Voici quelques séquences qui le font revivre un peu.


1. Sketch "Les briques" avec Pierre Richard (19 décembre 1965).






2. Extrait "Un éléphant, ça trompe énormément" (22 septembre 1976).





3. Extrait "Nous irons tous au paradis" (9 novembre 1977).






4. Extrait "Le bal des casse-pieds" (12 février 1992).






5. Interview de France 3 sur "Louis la Brocante" (4 mai 2006).






6. Un épisode de "Louis la Brocante" : "Le cordon bleu" (4 avril 2006).







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Eugène Ionesco.
Gotlib.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170504-victor-lanoux.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/victor-lanoux-joyeux-moustachu-192844

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/05/06/35252315.html
 

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 00:59

« La musique moderne exige des sons différents, souvent plus sévères afin que le son du violoncelle puisse s'élever au-dessus de l'orchestre. Mon Stradivarius est d'une beauté incroyable, mais en tant qu'artiste je ne suis pas toujours à la recherche d'une belle sonorité, et j'utilise des instruments modernes le cas échéant. » (Rostropovitch).


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Il est né il y a un peu plus de quatre-vingt-dix ans, le 27 mars 1927, à Bakou, en Azerbaïdjan, et mort il y a juste dix ans, le 27 avril 2007, à Moscou. Mstislav Rostropovitch fut un musicien exceptionnel, connu d’abord pour sa virtuosité du violoncelle au point qu’il a suscité un grand nombre de créations d’œuvres musicales pour cet instrument qu’il considérait comme peu honoré par les compositeurs.

Issu d’une famille de musiciens (mère pianiste, père et grand-père violoncellistes), Rostropovitch fut connu et reconnu très rapidement. Son premier concert en soliste a eu lieu en 1940, à l’âge de 13 ans, dans une interprétation du concerto pour violoncelle n°1 de Saint-Saëns.

Au conservatoire de Moscou, il a appris le violoncelle, le piano, la direction et la composition. Il a renoncé assez rapidement à la composition, se disant qu’il n’était pas assez doué pour cela. En revanche, au-delà de son rôle de soliste, il a dirigé plusieurs orchestres au cours de sa vie (notamment l’Orchestre symphonique de Washington pendant dix-sept ans). Il a bénéficié de l’enseignement de professeurs prestigieux comme Prokofiev et Shostakovich. Son amour de l’opéra l’a conduit à diriger "Eugène Onéguine" en 1967 au Bolchoï.

À l’âge de 23 ans, en 1950, sa réputation n’était plus à faire et il a reçu des mains même de Staline la plus grande récompense de l’époque, le prix Staline, un prix prestigieux qui avait récompensé auparavant notamment Shostakovich en 1941, 1942, 1950, et 1952 ; Prokofiev en 1943, 1946, 1947 et 1951 ; Tolstoï en 1943, Tcherenkov en 1946, 1952 et 1977 (futur Prix Nobel de Physique 1958) ; Kalachnikov en 1949 (l’inventeur du fameux fusil mitrailleur qui est mort récemment, le 23 décembre 2013). Sakharov l’a obtenu un peu plus tard, en 1954 (futur Prix Nobel de la Paix 1975).

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À partir de 1963, sa réputation lui a permis de faire des tournées en Europe occidentale où il rencontra des compositeurs comme Britten, Dutilleux, Messiaen et même Bernstein, qui composèrent des œuvres musicales qui lui furent spécialement destinées. Rostropovitch aida Prokofiev lorsqu’il fut pourchassé par Staline (Prokofiev et Staline sont morts le même jour, à moins d’une heure de décalage), et Prokofiev composa pour lui une symphonie (op. 125) et un concerto (op. 132) dont Rostropovitch termina l’écriture après la mort de Prokofiev. Shostakovich, lui aussi, a découvert rapidement le génie musical de Rostropovitch et lui a dédié ses deux concertos pour violoncelle. Après la mort du compositeur, Rostropovich a racheté la maison habitée par Shostakovich pendant vingt ans à Saint-Pétersbourg et en a fait un musée.

Cette ouverture occidentale lui a montré qu’il existait, de l’autre côté du Rideau de fer, la démocratie et la liberté d’expression, au contraire de son pays, l’Union Soviétique. Rostropovitch apporta son soutien aux dissidents soviétiques dans les années 1970, comme Soljenitsyne et Sakharov, ce qui l’a rangé lui aussi dans les rangs des opposants à Brejnev qui l’a expulsé et déchu de sa nationalité soviétique en 1978, quatre ans après son exil aux États-Unis.

L’image qui restera encore longtemps dans les livres d’histoire, ce fut sa venue à Berlin le 11 novembre 1989, quelques heures après la chute du mur de Berlin. Il joua du violoncelle devant le mur, très simplement, sur une chaise, entouré des citoyens allemands fascinés par l’accélération de l’histoire.

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Pragmatique, Gorbatchev, qui avait réhabilité Sakharov le 19 décembre 1985, a réhabilité Rostropovitch le 16 janvier 1990. Rostropovitch est donc retourné à Moscou et a soutenu en 1991 Boris Eltsine, en dirigeant un concert sur la Place Rouge interprété par l’Orchestre symphonique de Washington dont il était encore le directeur musical.

Parmi les nombreux titres honorifiques reçus au cours de sa carrière, on peut citer que Rostropovitch fut en 1976 le troisième lauréat du Prix Ernst-von-Siemens, après Benjamin Britten et Olivier Messiaen et avant Herbert von Karajan, Pierre Boulez, Yehudi Menuhin, Karlheinz Stockhausen, Leonard Bernstein, György Ligeti, Claudio Abbado, Maurizio Pollini, Helmut Lachenmann, György Kurtag, Wolfgang Rihm, Henri Dutilleux, Daniel Barenboïm, Anne-Sophie Mutter, etc.

À sa mort à la suite d'une douloureuse maladie, quatre jours après celle de son ami Boris Eltsine, Rostropovitch a reçu les honneurs de la Russie, au cours d’une cérémonie le 29 avril 2007 dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, très nouvellement reconstruite le 19 août 2000 sur les plans de l’originale (elle fut détruite le 5 décembre 1931 par Staline pour en faire un palais géant qui ne fut jamais construit et qui est devenue une gigantesque piscine), en présence notamment de Vladimir Poutine (que Rostropovitch avait soutenu), de la veuve de Boris Eltsine, de la veuve de Soljenitsyne et aussi de Bernadette Chirac (son mari était Président de la République française pour quelques jours encore), qui avait organisé une très grande fête à Paris à l’occasion des 70 ans de Rostropovitch en sa présence. Le musicien fut ensuite enterré à Moscou dans le même cimetière que ses deux maîtres Prokofiev et Shostakovich, ainsi que d’autres célébrités comme Andreï Gromyko, Nikita Khrouchtchev, Alexandre Lebed, Molotov, Nikolaï Podgorny, Boris Eltsine, Nicolas Gogol, Scriabine, Tchekhov, Rubinstein, Tcherenkov, Tupolev, etc.

Pour lui rendre hommage, je propose ici quatre extraits de ses très nombreux concerts.


1. Concert devant le mur de Berlin (11 novembre 1989).






2. 4e mouvement de la Symphonie n°5 de Shostakovich (Orchestre de Washington).






3. Concerto n°2 de Shostakovich.






4. Symphonie en mi mineur pour violoncelle (op. 125) de Prokofiev.







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 avril 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mstislav Rostropovitch.
György Ligeti.
Raspoutine.
Léonid Brejnev.
La fin de l’URSS.
La catastrophe de Tchernobyl.
Trofim Lyssenko.
Anna Politkovskaia.
Vladimir Poutine.
L’élection présidentielle de mars 2008.
Mikhail Gorbatchev.
Boris Eltsine.
Alexandre Soljenitsyne.
Andrei Sakharov.
L’Afghanistan.
Boris Nemtsov.
Staline.
La transition démocratique en Pologne.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
Un nouveau monde.
L’Europe et la paix.

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http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/rostropovitch-le-genie-du-192389

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