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24 septembre 2020 4 24 /09 /septembre /2020 03:22

« Déshabillez-moi
Déshabillez-moi
Oui, mais pas tout de suite
Pas trop vite
Sachez me convoiter
Me désirer
Me captiver… »

(Paroles de Robert Nyel,
musique de Gabrielle Vervaecke, 1967)



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La triste annonce de la famille a été faite dans la soirée : « Juliette Gréco s’est éteinte ce mercredi 23 septembre 2020 entourée des siens dans sa tant aimée maison de Ramatuelle. Sa vie fut hors du commun. ». Juliette Gréco avait fêté ses 93 ans il y a sept mois, juste avant la crise du covid-19. Sale temps pour les chanteuses légendaires : Suzy Delair, Zizi Jeanmaire, Annie Cordy… Année 2020 terrible.

Une existence qui a commencé mal, l’adolescence pendant la guerre, la famille déportée, sans elle qui a faill l’être, mais quand même internée, des tas de questions sur la Shoah, sur pourquoi pas moi, pourquoi d’autres jeunes filles… Et après la guerre, une carrière qui a démarré sur les chapeaux de roue à Saint-Germain-des-Prés, collusion entre les intellectuels et les artistes. Elle fut, à elle toute seule, une encyclopédie culturelle. Juliette Gréco devait être la mémoire de cette période si faste d’après-guerre où tout était possible. Elle était une voix, une interprète au service de prestigieux et talentueux "créateurs de paroles". La liste est vertigineuse.

Non seulement elle les a connus, ces écrivains, ces philosophes, ces poètes, ces chanteurs, ces comédiens, ces paroliers, ces musiciens, mais elle a parfois connu leur naissance artistique. Pas étonnant que bien plus tard, elle ait voulu leur rendre hommage, comme ce disque "Juliette chante Brel" sorti le 28 octobre 2013 (chez Deutsche Grammophon/Universal Music) pour honorer un coup de foudre, Jacques Brel.

La chanteuse l’a raconté à la journaliste Véronique Mortaigne dans "Le Monde" du 29 octobre 2013, avec son style inimitable : « En 1954, j’étais au balcon du Gaumont-Palace à Paris, un très beau cinéma, avec des orgues, et j’ai vu arriver ce machin dégingandé, avec un côté Don Quichotte déjà, de grands bras, de longues pattes, une figure longue aussi. Il jouait trois chansons à l’entracte, personne ne l’écoutait. Je suis tombé en arrêt comme un chien de chasse. Canetti [un propriétaire de cabaret] m’a dit : "Ah bon, ça vous intéresse ? Il s’appelle Brel, il est Belge. On essaie, on va voir…". On a vu. ».

La Gréco a tenu son dernier concert le 12 mars 2016 au Théâtre de l’Étang, à Saint-Estève (dans les Pyrénées-Orientales). Elle aurait dû poursuivre cette dernière tournée (où elle disait merci à son public toujours fidèle malgré l’âge et les générations qui sont passées) mais un AVC l’a foudroyée le 24 mars 2016 et elle ne pouvait plus parler. Année particulièrement terrible puisqu’elle a perdu sa fille unique Laurence-Marie vaincue par la maladie à 62 ans, fille du comédien Philippe Lemaire (1927-2004), son premier ancien mari. Elle a aussi perdu Gérard Jouannest (1933-2018), son mari pendant un peu plus de trente ans (ils se sont mariés en avril 1988, il était aussi le musicien de Jacques Brel), ainsi que son autre ancien mari, l’acteur Michel Piccoli (1925-2020).

Véronique Mortaigne de "Télérama" a pu interviewer Juliette Gréco très récemment cet été (le 16 juillet 2020) et a pu témoigner qu’elle avait retrouvé l’usage de la voix : « Gréco a si bien lutté qu’elle reparle. Différemment, sans les phrases fleuries auxquelles la mutine nous avait habitués. Elle livre des mots dépouillés comme on décoche des flèches. Et l’âge imposant la remarque, oui, elle a toute sa tête. Bref, elle est "vivante". ».

C’était son désir le plus cher, qu’elle avait répété le 17 avril 2015 sur France Inter, juste avant sa dernière tournée : « Je veux partir debout, je ne veux pas faire pitié. ». Alors, c’est à son public ce soir de se lever, triste et reconnaissant, et de lui rendre hommage. Déshabillons-nous ! (Euh, qu’est-ce que je raconte ?! Écoutons-la plutôt !). Elle a bien mérité de la France et de Paris !









Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
La grande dame existentialiste.
Juliette Gréco.
Bourvil.
Jimi Hendrix.
Annie Cordy.
Joe Dassin.
Zizi Jeanmaire.
Suzy Delair.
Jean Ferrat.

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 03:15

« La bêtise est infiniment plus fascinante que l’intelligence, infiniment plus profonde. L’intelligence a des limites, la bêtise n’en a pas. » (Claude Chabrol, 2010). Seconde partie.



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Après avoir présenté la première partie de la carrière cinématographique de Claude Chabrol dominée par son égérie et épouse Stéphane Audran, voici un échantillon de la seconde partie, avec la domination d’une autre actrice très importante pour Chabrol, Isabelle Huppert. Suite des "échantillonnages"…



9. "Violette Nozière" sorti le 24 mai 1978

Le film (très engagé contre la peine de mort) raconte l’histoire de Violette Nozière et fut la révélation de l’actrice principale, Isabelle Hubert (nomination aux Césars) pour le rôle de Violette Nozière, aux côtés de sa mère Stéphane Audran (César), son père Jean Carmet, son amoureux Jean-François Garreaud, et aussi Bernadette Lafont, Fabrice Luchini, Jean-Pierre Coffe, etc. Violette Nozière fut condamnée à mort le 13 octobre 1934 pour avoir empoisonné ses parents et tué son père. Chabrol a choisi Isabelle Huppert et Jean Carmet comme principaux acteurs en référence à leur prestation dans "Dupont Lajoie" réalisé par Yves Boisset (sorti le 25 février 1975), où le personnage de Jean Carmet a violé puis tué celui d’Isabelle Huppert. Violette Nozière, pour se défendre à son procès, avait affirmé que son père avait abusé d’elle, ce qui n’a jamais été prouvé. Cet aspect "incestueux" (appuyé par le film d’Yves Boisset en reprenant les mêmes acteurs) ajoute du glauque au glauque, comme savait si bien faire Chabrol.






10. "Poulet au vinaigre" sorti le 10 avril 1985

Ce film policier aborde le sujet des magouilles immobilières et met en scène l’inspecteur Lavardin joué avec brio par Jean Poiret, aux côtés de Stéphane Audran, Lucas Belvaux, le notaire Michel Bouquet, Pauline Lafont, Pierre-François Duméniaud, etc. La prestation de Jean Poiret fut renouvelée avec le film suivant, "Inspecteur Lavardin" sorti le 12 mars 1986, aux côtés de Bernadette Lafont, Jean-Luc Bideau, Jean-Claude Brialy, Pierre-François Duméniaud, etc.









11. "Masques" sorti le 11 février 1987

Film au titre aujourd’hui "symptomatique", abordant le milieu de la télévision avec Philippe Noiret, le présentateur de télévision, Robin Renucci, le journaliste, Monique Chaumette, Anne Brochet, Bernadette Lafont, Pierre-François Duméniaud, etc. Cécile Mury de "Télérama" : « Claude Chabrol donne libre cours à son ironique perversité. (…) Faux amis, faux gentils, faux biographe (…) et vraie princesse, séquestrée à cause d’un mystérieux secret. » (29 mai 2010).






12. "Une affaire de femmes" sorti le 21 septembre 1988

Abordant un sujet très sensible, l’avortement sous l’Occupation (ce qui valait la peine de mort), Chabrol a adapté un roman de l’avocat Francis Szpiner (élu maire du 16e arrondissement de Paris en juin 2020). L’histoire repose sur un fait-divers réel. Avec Isabelle Huppert, Marie Trintignant, François Cluzet, Nils Tavernier, Marie Bunel, Pierre-François Duméniaud, etc.

Frédéric Strauss de "Télérama" : « Il y a du bovarysme, déjà, dans cette Marie jouée par Huppert comme une femme en fuite : échapper à la pauvreté, à la morosité, à son mari, qu’elle n’aime pas, et finalement à la réalité de sa petite entreprise. Chabrol met admirablement en relief ses contradictions, ses aveuglements. En revanche, il est sans merci pour la France de Pétain, ses rangs de traîtres érigés en juges garants de l’honneur de la nation. Un très grand Chabrol-Huppert. » (11 février 2012).






13. "Madame Bovary" sorti le 3 avril 1991

Flaubert, auteur fétiche de Chabrol, et "Madame Bovary", l’un de ses meilleurs romans, qu’il n’a osé adapter à sa "sauce" que tardivement, pour ne pas le rater. Et son adaptation est devenue "l’adaptation" du roman. Avec Isabelle Huppert dans le rôle d’Emma Bovary, Christophe Malavoy dans celui de l’amant, Jean-François Balmer du mari trompé, avec aussi Jean Yanne, le pharmacien, Pierre-François Duméniaud, etc.









14. "L’Œil de Vichy" sorti le 10 mars 1993

Lorsque je l’ai vu au cinéma, il y avait une grosse polémique qui n’avait, à mon sens, pas lieu d’être. Ce film est un documentaire sans commentaire, juste des extraits choisis des actualités que présentait aux Français le régime de Pétain. Évidemment, il faut alors le recul de l’historien et ne pas prendre pour argent comptant ce qui y est dit. Vu la période actuelle de "politiquement correct", peut-être que ce film ne pourrait plus sortir de nos jours. En tout cas, peut-être que la culture historique a baissé d’un cran et qu’il faille maintenant commenter ce qui était abject pour dire : attention, ceci est abject ; un peu comme les faux applaudissements dans les séries supposées comiques pour dire : attention, maintenant, il faut rire. Pour faire ce documentaire, Chabrol s’est aidé de deux grands historiens de la période, Robert Paxton et Jean-Pierre Azéma. La voix de Michel Bouquet vient quand même rappeler quelques faits historiques.

Chabrol a expliqué l’absence de mise en garde : « Un piège épouvantable : les images justement. "L’Œil de Vichy" est donc un étalage de mensonges, d’altérations de la vérité, de mauvaise foi. Il ne porte à aucun moment une accusation quelconque, car il n’en a pas besoin. La simple confrontation entre les images commentées et les faits suffit à expliquer, je l’espère une fois pour toutes, comment la France fut gouvernée entre 1940 et 1944, dans le mensonge et la duplicité et comment, pendant un temps, les Français, ou une partie, ont pu être dupes. » (10 mars 1993).

 








15. "La Cérémonie" sorti le 30 août 1995

Avec Sandrine Bonnaire (la bonne), Isabelle Huppert (la factrice), Jacqueline Bisset, Virginie Ledoyen, Jean-Pierre Cassel etc. Pierre Murat de "Télérama", dont la critique est intéressante à relire en période de gilets jaunes, vingt-cinq ans plus tard : « Tout ça finira mal, aucun doute. Mais Hitchcock nous l’a bien appris : c’est justement cette certitude qui fait naître la peur. L’angoisse naît moins de la catastrophe qui survient que de l’attente qui la précède. (…) Chabrol est beaucoup trop malin pour songer à se prendre au sérieux. Son film est un divertissement. Brillant. Mais c’est, peut-être, aussi, un avertissement. Qui suggère, mais comme ça, mine de rien, que tout pourrait péter un jour. Que tout pétera sûrement. Et qu’il n’y aura, alors, ni remords ni regrets. » (30 août 1995).






16. "Merci pour le chocolat" sorti le 25 octobre 2000

L’un des meilleurs derniers films de Chabrol, toujours dans une ambiance de bourgeoisie en fin de course. Avec Isabelle Huppert, la fausse gentille, l’énigmatique musicien Jacques Dutronc, la belle et brillante élève pianiste Anna Mouglalis, le beau-fils un peu mou Rodolphe Pauly, et la participation de Michel Robin. Chabrol dans "Les Inrocks" : « Charlotte Armstrong [auteur du roman qui a inspiré le film, "The Chocolate Cobweb"] est une Américaine du Wisconsin qui a renouvelé le polar sophistiqué en s’intéressant surtout aux positions morales de ses personnages. (…) En gros, il doit y avoir 50% du bouquin et 50% d’inventé. Il y a trente ans, je pensais adapter vraiment le livre, alors qu’il fallait simplement en utiliser des éléments. » (10 novembre 2000).

Louis Guichard de "Télérama" : « Objectivement exempt de rebondissement majeur (…),"Merci pour le chocolat" donne sans cesse l’illusion délicieuse que quelque chose d’exceptionnel se trame ou est sur le point de se produire. Merci pour la mise en scène donc, et pour tous ces détails incongrus sur lesquels le cinéaste se garde bien de s’attarder, mais qu’on ne peut s’empêcher d’ausculter avidement comme autant d’indices, de prémices… (…) Quelque chose de si simple et de si énorme que d‘autres cinéastes s’efforceraient tant bien que mal d’en estomper la part d’invraisemblance. Chabrol, lui, fait l’inverse : il accentue soudain la dimension délirante de son scénario, et envoie balader toute contrainte de réalisme, selon une logique du "ça passe ou ça casse". » (25 octobre 2000).









17. "L’ivresse du pouvoir" sorti le 22 février 2006

Difficile de dire que l’histoire ne retrace pas l’affaire Elf, à tel point que la juge Eva Joly a même regretté une atteinte à sa vie privée. Alors, malgré les noms changés, voici Isabelle Huppert magistrale en juge bulldozer (Eva Joly), François Berléand en principal coupable (Loïk Le Floch-Prigent), ainsi que Patrick Bruel, Maryline Canto (en Laurence Vichnievsky) Robin Renucci, Jean-François Balmer, Pierre Vernier, Jacques Boudet (en Charles Pasqua), Thomas Chabrol, Pierre-François Duméniaud, etc. dans un scénario qui parle surtout du pouvoir du juge. Un film qu’a dû apprécier l’actuel garde des sceaux Éric Dupond-Moretti.

Aurélien Ferenczi de "Télérama" : « Surgit alors le substrat politique de ce film à la fois drôle et infiniment mélancolique : un monde qui fout le camp, une certaine idée de la France en monarchie républicaine, de vieux notables contre des énarques profiteurs. Avec une bonhomie misanthrope, Chabrol renvoie dos-à-dos ces ombres condamnées à disparaître. Elles lui offrent pourtant l’un de ces magnifiques trompe-l’œil dont il est passé maître. » (22 février 2006). Mehdi Benallal, parlant du personnage joué par Isabelle Huppert : « Ce n’est pas l’histoire de sa chasse aux patrons qu’il faut suivre, mais la manière dont change quasi-imperceptiblement quelqu’un qui a cru pouvoir faire triompher ses principes et dont les principes, le temps passant, se transforment. En quoi ? Que s’est-il passé ? Cela, c’est ce que vous n’avez lu nulle part. ».




 








18. "Bellamy" sorti le 25 février 2009

Dernier film de Chabrol et seul film où le héros est joué par Gérard Depardieu, avec Clovis Cornillac, Jacques Gamblin et Marie Bunel. Jacques Morice de "Télérama" : « Autant dire que le film réserve des replis inattendus. Il est truffé de clins d’œil (à Truffaut, Maupassant…) et d’hommages (notamment à Brassens). Les huîtres chaudes, la pintade, les arènes de Nîmes et le monument qu’est Depardieu lui-même pourraient faire croire à une balade patrimoniale un peu pépère. Apparence trompeuse. Entamé un peu mollement comme une série B genre "Poulet au vinaigre", "Bellamy" s’achène froidement comme un film noir à la Duvivier, rongé par la culpabilité et le dégoût de soi. » (25 février 2009). Jean-François Rauger du "Monde" : « "Bellamy" est un film faussement débonnaire. Alors que le moteur policier de l’intrigue s’effiloche, se mettent en placent les composantes d’une vision qui dépasse les triviaux enjeux du genre criminel. » (3 mars 2009).






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200912-claude-chabrol-2.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/claude-chabrol-explorateur-des-227118

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/13/38532495.html







 

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3 septembre 2020 4 03 /09 /septembre /2020 03:38

« Les boursouflures d’ego et les mesquineries de toutes sortes sont malheureusement inévitables dans la vie politique et trouvent en période de campagne leur point culminant, chacun voulant graviter dans l’orbite du candidat. » (Roselyne Bachelot, 16 juin 2012).



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Dans la matinale de France Inter le 26 août 2020, le Premier Ministre Jean Castex a annoncé que 2 milliards d’euros, sur les 100 milliards d’euros au total du plan de relance, vont être affectés à la culture. 2% du budget de la nation : ce n’est pas tout à fait cela, c’est juste pour le plan de relance, mais c’est un montant exceptionnel, qu’aucun ministre de la culture, depuis des décennies, n’avait jamais atteint. Ces. 2%, Roselyne Bachelot l’a obtenu en quelques semaines après son arrivée place de Valois. Il y a des raisons de doper particulièrement les métiers de la culture : avec les métiers du tourisme (dont restauration et hôtellerie), les métiers de la culture sont les plus touchés par la crise sanitaire, avec des situations sociales particulièrement dramatiques pour de nombreuses personnes du secteur.

Roselyne Bachelot à la Culture, ce fut "la" surprise de la composition du nouveau gouvernement, enfin, l’une des deux surprises, puisque celle de maître Éric Dupond-Moretti à la Justice était, elle aussi, improbable. Même si ce choix, finalement, m’a peu étonné. Elle était taillée pour la Culture.

Personnellement, je me réjouis à plus d’un titre de la nomination de Roselyne Bachelot à la Culture, le 6 juillet 2020. Elle a su sa nomination dès le 3 juillet au soir, c’est-à-dire, seulement quelques heures après la démission du Premier Ministre Édouard Philippe. Avec elle, pas de tergiversations, hésitations, retours en arrière, la décision de la nommer a été rapide, et tout aussi rapide fut sa passation de pouvoirs, dès le soir de sa nomination officielle, avec le "pauvre" Franck Riester, également ex-UMP, qui n’a pas réussi à s’imposer dans ce ministère, pourtant fin connaisseur des questions sur l’audiovisuel public (il a été relégué au commerce extérieur, enfin, au rayonnement extérieur).

Elle ne se prend pas au sérieux, elle est insaisissable. Son point fort, effectivement, est sa personnalité, une personnalité incroyable, incroyablement joyeuse (elle rigole toujours, elle sait prendre la vie pour la vivre), et surtout, incroyablement indépendante. Indépendante, et même, incontrôlable : on n’arrête plus Roselyne ! Elle a maintenant 73 ans, sans doute le seul vrai handicap de la dame (c’est quand même non négligeable), mais semble avoir plus d’énergie que des ministriaux à peine quadragénaires ! Son électron-librisme fait sa force et sa réputation : avec elle, pas de langue de bois, et même, plutôt une "langue de p…", pour prendre le langage de Canal plus (de l’époque Philippe Gildas, Antoine de Caunes et José Garcia).

La phrase citée en tête d’article a été écrite pour la campagne présidentielle de 2012, celle de Nicolas Sarkozy. Et l’ancienne (et future) ministre l’a fait suivre d’un exemple plutôt cruel pour l’un des protagonistes : « Jean-François Copé en donnera un exemple comique en montant prestement sur la tribune au moment de l’ovation vibrante qui salue le discours de François Fillon, faisant ainsi croire que ces applaudissements s’adressaient à lui. ».

En revanche, pour la campagne présidentielle de 2017, c’était un peu différent, car tous les hiérarques de LR ont préféré au contraire prendre leur distance avec leur candidat François Fillon, en raison de "l’affaire". Roselyne Bachelot, elle, avait soutenu François Fillon lors de la primaire LR en novembre 2016, tout comme lors de l’élection à la présidence de l’UMP en novembre 2012, par solidarité régionale, elle était une élue des Pays de la Loire, comme l’ancien Premier Ministre.

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Et non seulement Roselyne Bachelot a des fidélités régionales, mais elle a aussi des fidélités familiales. Après tout, elle fut à ses débuts la fille de son père, Jean Narquin, éminent dentiste, ancien résistant et député RPR dont elle a "pris", à la suite, à l’âge de 41 ans, la circonscription à Angers en juin 1988 (elle fut constamment réélue jusqu’en 2012 ; elle a été aussi élue députée européenne de 2004 à 2007, après avoir quitté le gouvernement quelques mois auparavant). Mais ce serait aller un peu trop vite, avec sa trajectoire, de parler simplement d’héritière.

D’une part, Roselyne Bachelot s’est assuré une situation professionnelle en devenant pharmacienne. Ce n’est pas donné à tout le monde. Cela lui a conféré quelques compétences dans le domaine dans la santé, que ses futurs contempteurs n’ont pas (elle est sortie major de ses études doctorales, et a siégé au conseil d’administration du CHU d’Angers).

D’autre part, certes, elle fut la collaboratrice parlementaire de son père, mais elle a fait ses premières armes électorales sur son propre nom, elle a été élue conseillère générale du Maine-et-Loire dès mars 1982 (elle avait 35 ans), dans un canton d’Angers, élue jusqu’en 1988. Elle fut aussi conseillère régionale des Pays de la Loire de 1986 à 2007 (le conseil régional fut présidé notamment par Olivier Guichard puis François Fillon ; en 2010, on avait pensé à elle pour prendre la succession mais elle préférait rester ministre). Elle a tenté aussi de conquérir la mairie d’Angers en juin 1995 (son père avait tenté en mars 1983), tous les deux en vain, ils ont échoué.

Comme on le voit, notable de province, elle a fait une carrière politique très ordinaire au sein du parti gaulliste (RPR puis UMP). Elle était une jeune militante RPR, comme tant d’autres, et elle était tellement militante qu’elle a suivi un peu stupidement les consignes du RPR entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1981, elle a voté pour François Mitterrand au lieu de Valéry Giscard d’Estaing, geste très politicien qu’elle a regretté plus tard. La maturité et l’indépendance politiques, c’est un chemin à parcourir dans l’existence. Certains n’y arrivent jamais.

En fait, l’indépendance, elle l’a prise assez rapidement. Dès le 11 décembre 1990, elle a repoussé les consignes de son groupe RPR et a voté la loi Évin, à savoir la loi n°91-31 du 10 janvier 1991 relative à la lutte contre le tabagisme et l’alcoolisme. Elle a récidivé en novembre 1998 en votant le PACS proposé par Lionel Jospin.

Son travail parlementaire très important s’est porté surtout sur les affaires sociales, domaine qu’elle connaît bien : sur l’exclusion, le handicap, la dépendance, la protection sociale, la bioéthique, la santé en général, etc. Si elle a manqué d’être ministre des gouvernements d’Alain Juppé entre 1995 et 1997, elle a pris cependant beaucoup plus d’importance politique au sein du RPR, ce qui rendait naturelle son entrée au gouvernement après la réélection de Jacques Chirac dont elle fut la porte-parole pendant la campagne présidentielle de 2002.

Roselyne Bachelot s’est fait beaucoup remarquer dans ses responsabilités ministérielles. Bien qu’incontrôlable, elle est cependant éprise du sens des responsabilités et a assumé excellemment ses fonctions de "femme d’État". Ni femme accentuant sa féminité dans une position de victime ou de séductrice, ni femme homme, mais peut-être que c’est le fait d’être femme qui lui a permis tant d’indépendance d’esprit et surtout, tant de tolérance par rapport à ceux qui ont dirigé les gouvernements auxquels elle a appartenu. On n’en veut pas à Roselyne parce que c’est elle.

Elle fut nommée Ministre de l’Écologie et du Développement durable du 6 mai 2002 au 31 mars 2004 dans les deux premiers gouvernements de Jean-Pierre Raffarin. Ce fut elle qui chapeauta la rédaction de la Charte de l’Environnement qui fut incluse dans la Constitution (loi constitutionnelle n°2005-205 du 1er mars 2005 relative à la Charte de l’Environnement) qui définit notamment trois principes : le principe de prévention, le principe de précaution et le principe pollueur-payeur. Ces trois principes sont déjà anciens mais ils n’étaient alors pas constitutionnels.

Le principe de précaution est sans doute le plus connu : « Lorsque la réalisation d’un dommage, bien qu’incertaine en l’état des connaissances scientifiques, pourrait affecter de manière grave et irréversible l’environnement, les autorités publiques veilleront, par application du principe de précaution, et dans leurs domaines d’attribution, à la mise en œuvre de procédures d’évaluation des risques et à l’adoption de mesures provisoire et proportionnées afin de parer à la réalisation du dommage. ». Ce principe a été beaucoup critiqué, à l’instar de l’entrepreneur Mathieu Laine : « L’histoire de l’humanité a depuis toujours été guidée par cette logique de l’essai, de la tentative et de l’erreur sans cesse corrigée pour parvenir à la vérité. Le principe de précaution annihile cette dynamique et paralyse le progrès. » (2007). En fait, tout est une question d’application : il ne faut pas faire n’importe quoi, mais il faut pouvoir avancer. Ce principe a joué dans la crise sanitaire, en particulier avec l’hydroxychloroquine.

Après l’élection de Nicolas Sarkozy, Roselyne Bachelot fut nommée Ministre de la Santé et des Sports du 18 mai 2007 au 14 novembre 2010 puis Ministre des Solidarités et de la Cohésion sociale du 14 novembre 2010 au 16 mai 2012, dans les trois gouvernements de François Fillon dont la proximité politique n’était plus à découvrir.

À la Santé, Roselyne Bachelot s’est particulièrement affirmée comme une grande réformatrice, avec la création des ARS (agences régionales de santé) et le bouleversement de la carte hospitalière, mais son action la plus médiatisée fut les mesures qu’elle a prises pour lutter contre l’épidémie de grippe A(H1N1). Je ne reviendrai pas ici plus précisément sur le sujet (qui nécessite beaucoup de développement), si ce n’est qu’on lui a reproché d’avoir pris trop de précaution, notamment en achetant massivement des doses de vaccin contre ce virus (deux doses par personne) et en créant un stock d’environ 1,7 milliard de masques (chirurgicaux et FPP2) pour être prêt en cas de pandémie. Heureusement, l’épidémie a touché moins fortement que prévu. Au lieu de s’en réjouir, on a critiqué, phénomène hélas très français pour ne pas dire franchouillard.

Roselyne Bachelot a été traînée dans la boue sur le sujet pendant une décennie, et de manière particulièrement abjecte, infecte et injuste, car si elle n’avait pas pris ses responsabilités, on lui aurait reproché (à juste titre) qu’elle ne se souciait pas de la santé des Français. Bref, dans une telle affaire, elle a fait son devoir hors de toute pression médiatique pourtant forte, et son indépendance d’esprit et surtout, ses compétences dans le secteur de la santé ont été deux atouts dans ce dossier.

Le problème, ce fut que ses successeurs ont eu moins de courage qu’elle pour poursuivre cette politique de prévention et de préparation d’une éventuelle pandémie, notamment au cours du quinquennat de François Hollande, très léger en la matière. La pénurie de masques et l’absence du stock de masques en état de protéger ont montré, à l’hiver dernier, la pertinence a posteriori de la politique de santé publique menée par Roselyne Bachelot en 2009.

La pandémie du covid-19 a effectivement réhabilité Roselyne Bachelot et son sens de l’anticipation. Une pandémie était parmi la liste des catastrophes planétaires probables, avec un niveau de risque supérieur au siècle précédent, passage d’une pandémie par soixante ans à deux ou trois (depuis le début de ce millénaire, il y avait eu deux ou trois alertes avant le covid-19). Son franc-parler n’a pas fait que des heureux. Encore éditorialiste sur LCI, elle a pu envoyer ses flèches lors du confinement, et même le 1er juillet 2020, lors de son audition très officielle devant la commission d’enquête de l’Assemblée Nationale sur la gestion de la crise sanitaire, elle a créé la polémique en fustigeant les médecins généralistes qui n’avaient plus de masques dans leur cabinet en les responsabilisant : normalement, en période ordinaire, ils devraient avoir tous un stock important de masques, sans attendre que l’État les leur fournisse.

Pour la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy (entre novembre 2010 et mai 2012), Roselyne Bachelot avait été chargée de lancer la grande réforme de la dépendance (cinquième pilier de la sécurité sociale), mais la crise de l’euro et le surendettement de l’État ont fait renoncer à cette réforme qui va finalement être relancée par le Président Emmanuel Macron dans les mois prochains, avec "juste" dix ans de retard (les personnes très âgées de l’époque n’ont pas pu l’attendre…). Notons à cet égard que François Hollande n’a même pas commencé à imaginer de la reprendre à son compte pendant son quinquennat, alors qu’elle est attendue depuis une bonne vingtaine d’années.

Après la défaite de Nicolas Sarkozy, Roselyne Bachelot a changé complètement de métier, même si elle a accepté de participer aux travaux de la Commission sur la rénovation et la déontologie d la vie publique présidée par Lionel Jospin du 16 juillet 2012 au 9 novembre 2012 (aux côtés notamment de Jean-Claude Casanova, Olivier Schrameck, Dominique Rousseau, Agnès Roblot-Troizier). Cela a suscité de vaines polémiques sur des supposées indemnités de présence.

Roselyne Bachelot a répété sans cesse qu’elle quittait la vie politique et qu’elle refuserait tout nouveau ministère, le cas échéant (si on le lui proposait). Elle est devenue journaliste, voire animatrice de télévision, sur Direct 8, RMC, puis LCI entre 2017 et 2020, à tel point que ses collègues de LCI ont été surpris d’apprendre sa nomination dans le gouvernement de Jean Castex (elle ne les avait pas prévenus !). Elle devra désormais les voussoyer à nouveau.

Elle a été aussi une "Grosse tête" sur RTL. Femme de cœur et d’émotion, lorsque le journaliste Pierre Bénichou est mort, le 31 mars 2020, elle l’a appris en direct sur le plateau de télévision, annoncé sans émotion, une nouvelle comme une autre, et elle fut bouleversée, les larmes aux yeux, car l’ancien directeur du "Nouvel Observateur", par ailleurs "Grosse tête" et vieux membre de la "bande à Ruquier", était un grand ami avec qui elle s’était beaucoup amusée. Elle a redonné vie et émotion à ce qui pouvait n’être qu’une froide information : oui, l’annonce de tout drame humain est une émotion. Rien n’est anodin, derrière les informations qui paraissent neutres et factuelles, il y a les drames et des familles en désespoir. Ses larmes ont redonné du sens à l’information. Une page de publicité a opportunément contribué à les couvrir d’un voile pudique.

Le "pire", sans doute, c’est qu’elle a enregistré une série d’émissions de divertissement, particulièrement légère, pour M6, les Reines du Shopping, et l’émission a dû avertir qu’elle avait été enregistrée avant la crise sanitaire (le non port des masque révèle sans complaisance le caractère réchauffé de nombreuses émissions télévisées) et surtout, avant la nomination de Roselyne Bachelot au gouvernement. Cela lui apprendra à signer des contrats sans clauses exceptionnelles, comme celle de redevenir ministre.

Car il y a deux mois, Roselyne Bachelot n’a pas résisté à l’appel au large, à une nouvelle aventure gouvernementale, le Ministère de la Culture. Son discours lors de la passation des pouvoirs a été d’une grande intelligence, d’un salutaire humour et d’une réelle gravité. Roselyne Bachelot, incontestablement, est une grande politique et peut-être que son action à ce ministère, malgré la courte durée dont elle va disposer, va imprimer les esprits. Ce nouveau gouvernement s’est un peu plus professionnalisé dans la fonction politique ; Gérald Darmanin à l’Intérieur aussi montre une reprise en main du politique sur le copinage ou la "société civile" (mal nommée).





Dès la première minute de son ministère, Roselyne Bachelot a insisté pour dire qu’elle était la ministre des artistes et pas la ministre des arts. En somme, elle exprime l’empathie du gouvernement pour les artistes, principalement les intermittents du spectacle, qui sont aujourd’hui encore, et depuis le début du confinement, en pleine galère sociale. Les 2 milliards d’euros du plan de relance ne seront donc pas de trop pour soutenir cette profession malmenée par le coronavirus. Plus précisément, elle a déclaré qu’elle serait la ministre des artistes et des territoires.

Plus généralement, sa nomination à la Culture a rassuré la plupart des acteurs de la culture. Elle connaît bien ce secteur (presque autant que celui de la santé) et elle a montré, par sa visite à la Maison de la Radio quelques heures après sa passation de pouvoirs, qu’elle savait rendre hommage aux professionnels de l’audiovisuel public, insistant d’ailleurs sur le fait que l’audiovisuel public, et en particulier France Inter dont c’est aussi l’une des missions, a été très efficace dans la diffusion des informations spéciales pendant la crise sanitaire.

Très active, elle est sur tous les fronts. Elle est allée notamment à Beyrouth. À France Télévisions, Roselyne Bachelot a poursuivi la politique de son prédécesseur, notamment par l’extinction de la chaîne d’outre-mer France Ô (qui a eu lieu le 24 août 2020), ce qui a suscité quelques incompréhensions (Audrey Pulvar, Pascal Légitimus, Erik Orsenna, Firmine Richard, etc. ont signé une tribune de protestation dans "Libération" le 27 août 2020), mais a repoussé d’un an la fermeture prévue de la chaîne France 4.

Qu’on ne croie pas que c’est une sarkozyste qui a été nommée ici au gouvernement (comme on a pu le lire ici ou là). Elle n’a jamais été sarkozyste, pas plus macroniste, mais elle est bachelotiste. Si on devait poussait plus loin ses origines politiques, ses mentors ont été d’abord son père Jean Narquin (1922-2003), ensuite Jacques Chirac (1932-2019), enfin François Fillon, ce qui a expliqué sa présence au gouvernement durant tout le quinquennat de Nicolas Sarkozy.

D’ailleurs, elle n’est pas tendre avec l’ancien Président. Dans son livre "À feu et à sang" qui retrace la campagne présidentielle de 2012 (éd. Flammarion), sorti le 16 juin 2012, Roselyne Bachelot assume son parler vrai : « Tout au long du quinquennat [de Nicolas Sarkozy], j’ai pu mesurer l’influence néfaste des communicants qui, dans leur souci obsessionnel de tout maîtriser, ont transformé les visites prétendument de terrain en des simulacres de rencontres aseptisées dont toute spontanéité est évacuée, toute aspérité gommée. Alors que les militants UMP font la claque à la sortie de la réunion, les habitants du lieu sont maintenus à distance, bloqués dans leur voiture pendant des heures par des cordons de gardes mobiles : de l’art et de la manière de transformer un citoyen bienveillant en antisakozyste prêt à mordre. ».

Mine de rien, Roselyne Bachelot est l’auteur de déjà une dizaine de livres, au style direct d’autant plus vivifiant qu’il ne s’encombre pas d’hypocrisie ou de langue de bois, dont une très remarquée biographie de sa grand-mère, "Corentine" (éd. Plon), sortie le 28 février 2019, et elle avait prévu de sortir cet automne son autobiographie (chez Albin Michel), mais elle a repoussé sa sortie, pour rédiger un nouveau chapitre : bonne chance, Roselyne, dans ces nouvelles fonctions !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Roselyne Bachelot, la culture gaie.
Éric Dupond-Moretti, le ténor intimidé.
Barbara Pompili, "l’écolo" de service.
François Bayrou sera-t-il le Jean Monnet du XXIsiècle ?
Secrétaires d’État du gouvernement Castex : des nouveaux et des partants.
Nomination des secrétaires d’État du gouvernement Castex I.
Gérald Darmanin, cible des hypocrisies ambiantes.
Relance européenne : le 21 juillet 2020, une étape historique !
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 16 juillet 2020 au Sénat (texte intégral).
Discours du Premier Ministre Jean Castex le 15 juillet 2020 à l’Assemblée Nationale (texte intégral).
La déclaration de politique générale de Jean Castex le 15 juillet 2020.
Interview du Président Emmanuel Macron le 14 juillet 2020 par Léa Salamé et Gilles Bouleau (retranscription intégrale).
Emmanuel Macron face aux passions tristes.
L'enfant terrible de la Macronie.
Composition du gouvernement Castex I.
Le gouvernement Castex I nommé le 6 juillet 2020.
Jean Castex, le Premier Ministre du déconfinement d’Emmanuel Macron.
Discours du Président Emmanuel Macron devant la Convention citoyenne pour le climat le 29 juin 2020 à l’Élysée (texte intégral).
Après-covid-19 : écologie citoyenne, retraites, PMA, assurance-chômage ?
Édouard Philippe, le grand atout d’Emmanuel Macron.
Municipales 2020 (5) : la prime aux… écolos ?
Convention citoyenne pour le climat : le danger du tirage au sort.
Les vrais patriotes français sont fiers de leur pays, la France !
Le Sénat vote le principe de la PMA pour toutes.
Retraites : Discours de la non-méthode.
La réforme de l’assurance-chômage.
Emmanuel Macron explique sa transition écologique.

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19 août 2020 3 19 /08 /août /2020 03:15

« Et si tu n’existais pas,
Dis-moi pourquoi j’existerais
Pour traîner dans un monde sans toi
Sans espoir et sans regret. »
(Joe Dassin, Pierre Delanoë et Claude Lemesle, 1975).



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Il y a quarante ans, le 20 août 1980 à l’heure du déjeuner, le chanteur français Joe Dassin s’est écroulé d’une crise cardiaque à Papeete qu’il avait rejoint pour quelques jours de vacances après une année de tournée éreintante (il avait eu sa première crise cardiaque le 1er avril 1969). Il n’avait que 41 ans (né le 5 novembre 1938 à New York) et, étrangement, il a été enterré discrètement le 31 août 1980 dans un cimetière juif de Los Angeles, très loin de ses "adorateurs-trices" français(es : j’inclusive ici au féminin car cela a du sens). Sa famille, qui était américaine (son père, Jules Dassin, né en 1910 et mort en 2008, était un cinéaste américain), avait dû s’inquiéter de ces fans qui pouvaient perturber le recueillement des proches (Johnny Hallyday a suivi ce même genre de "finitude" à Saint-Barthélémy).

Joe Dassin était aussi un citoyen américain, car né aux États-Unis et il a passé son enfance aux États-Unis (à Brooklyn puis Los Angeles) avant d’atteindre, à l’âge de l’adolescence, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suisse et …Grenoble (où il a passé le baccalauréat avec mention), le père tournant en Europe pour fuir le maccarthysme. Il retourna faire ses études supérieures aux États-Unis (il y décrocha un master en ethnologie) et avait envisagé de consacrer sa vie à l’écriture. Fan de Boby Lapointe et de Georges Brassens, il s’achemina vers une carrière de chanteur un peu par "hasard" en 1964.

Le français n’était donc pas sa langue maternelle, ce qui peut se confirmer par un très (très) léger accent dans ses chansons. Bien que d’origine américaine, Joe Dassin fut l’un des meilleurs porte-parole de la culture française dans le monde, avec la vente de plus de 50 millions de disques, dont 17 en France, et il fait partie de ces artistes disparus (comme Claude François) qui continuent à vendre bien après leur mort (en 2010, il était en quatorzième position des chanteurs ayant le plus vendu de disques en France !). Il suffit d'ailleurs de voir les audiences sur Youtube pour en prendre la mesure (plusieurs dizaines de millions de vues, parfois plus  d'une dizaine de milliiers de commentaires...).

Toujours étrangement, je me suis mis à apprécier beaucoup Joe Dassin… en Russie. Il faut dire que beaucoup de Russes adorent l’écouter, comme Édith Piaf, comme Patricia Kaas, entre autres. En fait, pas si étrange que cela, pas étonnant que les Russes l’apprécient parce que Joe Dassin, effectivement, a un vrai fond slave : son grand-père Samuel Dassin était originaire d’Odessa et a émigré aux États-Unis.

Malgré les immenses succès qu’il a eus, Joe Dassin a aussi connu des périodes difficiles, de reflux de succès parfois (puis de rebondissement avec de nouveaux "tubes") et des périodes noires comme la consommation de drogues (il a même été arrêté par la police en 1977) : « Il a brûlé la chandelle, tiré la corde jusqu’à ce qu’elle cède. Je me souviens lui avoir dit, au moment de notre séparation [en 1976], que s’il continuait ainsi, il ne serait plus de ce monde dans cinq ans… Mais c’était son choix. Et je le respecte. Joe reste l’homme de ma vie, et la seule preuve d’amour, c’est de comprendre les gens. À un moment, il a voulu que j’ouvre la porte pour qu’il puisse s’envoler. ». Ces mots sont de sa première femme Maryse le 17 novembre 2014. Sa seconde femme, Christine, mère de ses deux enfants (orphelins très tôt), est morte en 1995 à 45 ans.

Il y a des météores dans certaines existences, et il n’aurait pas été inimaginable que Joe Dassin fût encore de ce monde à l’âge de 81 ans. Ses chansons, elles, continuent toujours à inonder et à enchanter le monde… En voici quelques-unes, trouvées sur l’Internet.



1. "Guantanamera" (Joe Dassin et Jean-Michel Rivat) en 1966






2. "Les Dalton" (Joe Dassin, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas) en 1967






3. "Le petit pain au chocolat" (Joe Dassin et Pierre Delanoë) en 1968






4. "Siffler sur la colline" (Joe Dassin, Jean-Michel Rivat et Frank Thomas) en 1968






5. "Les Champs-Élysées" (Joe Dassin et Pierre Delanoë) en 1969






6. "C’est la vie, Lily" (Joe Dassin et Pierre Delanoë) en 1969






7. "L’Amérique" (Joe Dassin et Pierre Delanoë) en 1970






8. "Taka takata" (Joe Dassin, Al Verlane, Richalle Dassin et Claude Lemesle) en 1972






9. "Salut les amoureux" (Joe Dassin, Richelle Dassin et Claude Lemesle) en 1972






10. "Et si tu n’existais pas" (Joe Dassin, Pierre Delanoë et Claude Lemesle) en 1975






11. "Ça va pas changer le monde" (Joe Dassin, Pierre Delanoë et Claude Lemesle) en 1975






12. "Salut" (Joe Dassin, Pierre Delanoë et Claude Lemesle) en 1975






13. "L’Été indien" (Joe Dassin, Pierre Delanoë et Claude Lemesle) en 1975






14. "Il était une fois nous deux" (Joe Dassin, Pierre Delanoë et Claude Lemesle) en 1976






15. "À toi" (Joe Dassin, Jean Baudlot, Pierre Delanoë et Claude Lemesle) en 1976






16. "Blue Country" (Joe Dassin, Pierre Delanoë et Claude Lemesle) en 1979






Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (18 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Joe Dassin.
Zizi Jeanmaire.
Suzy Delair.
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/joe-dassin-et-le-romantisme-226517

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11 août 2020 2 11 /08 /août /2020 03:36

« Au large la nuit, surtout la nuit, un moment, j’ai été roi d’un royaume : celui où être roi, c’est vivre pour ceux qui ne croient plus à la vie et parler pour ceux qui ne savent pas parler. » ("Mémoire de sept vies : croire et oser", 1997, éd. Plon). Sur Jean-François Deniau, quatrième et dernière partie.



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Disparu il y a dix ans (treize ans), Jean-François Deniau fut une personnalité aux multiples vies, diplomate, politique, marin et …écrivain.


6. L’écrivain

Dès 1955 (il avait 26 ans), Jean-François Deniau a publié son premier livre chez Grasset, un roman court, sous le pseudonyme de Thomas Sercq : « Ce que l’on fera, un jour, de grand, de beau, de surprenant, parce qu’à dix-huit ans, on avait eu des rêves, on s’était fait des idées, les larmes vous étaient montées aux yeux et l’on avait dû lutter pour ne pas pleurer. ».

Dans les années 1970 et 1980, il a écrit ses récits de passionné de la mer qui lui valurent le 9 avril 1992 son élection à l’Académie française, au fauteuil de La Bruyère, de Pierre Gaxotte et de Jacques Soustelle. Il fut reçu solennellement sous la Coupole le 10 décembre 1992, et a repris la lame de son épée d’ambassadeur à Madrid pour son épée d’académicien : « J’y tenais car je suis très heureux d’avoir pu accomplir cette mission en Espagne auprès du roi au moment difficile et important pour nous tous qu’on appelle la transition démocratique. » (7 décembre 1992).

Parmi ses devoirs d’académicien, Jean-François Deniau a rédigé un discours sur le vertu le 30 novembre 1995 : « Les vertus sont féminines. Elles sont sept, chacun le sait. Trois théologales (…) : la foi, l’espérance, la charité. Quatre cardinales (…) sur lesquelles tourne notre vie morale et sociale : la justice, la prudence, la force, la tempérance. Tous au féminin. ».

Ses talents de narrateur étaient très réputés. Le 25 janvier 2007, en lui rendant hommage, Pierre-Jean Rémy a raconté : « Du récit à la fin d’un dîner où, fascinant causeur, il savait tenir en haleine une douzaine d’amis, c’est avec une déroutante aisance que Jean-François Deniau est passé à une écriture à la fois épique et familière, qui racontait encore mieux ces sept vies et plus, qui avaient été les siennes. Et le public de quelques amis, de beaucoup d’amis déjà qui l’écoutaient, est devenu celui de ces centaines de milliers de lecteurs qui ont découvert en lui un véritable héros de notre temps, non pas byronien comme le personnage de Lermontov, mais pétri d’un humanisme vibrant pour toutes les causes de son temps où, pour lui, engagement et courage tenaient lieu de raison. Et ses livres en font magnifiquement foi. ».

Puis Pierre-Jean Rémy de réaffirmer ce courage : « Peu d’hommes jouent vraiment leur vie en écrivant. Quand Jean-François Deniau écrivait, c’était chaque fois sa vie qu’il avait jouée avant, prenant chaque fois un maximum de risques sans toujours prendre, selon la formule de Kipling (…), sans toujours pourtant prendre un maximum de précautions. ».


7. La personne qui lutte contre la maladie

Enfin, il m’a paru pertinent de terminer ce modeste portrait en évoquant aussi l’homme malade. Sans doute pas la face la plus réjouissante, une maladie qu’il a combattue pendant plus d’une vingtaine d’années, voire trentaine d’années, avec beaucoup de courage et sans renoncer à ses engagements, ses initiatives, ses expéditions. Cette maladie, hélas, est bien célèbre, trop célèbre. Jean-François Deniau avait plusieurs fois vu la mort s’approcher de près dans ses aventures parfois très périlleuses, sur des terrains de guerre ou en pleine mer. Déjà le 18 août 1992, Michèle Cotta avait remarqué dans son cahier : « Je l’ai trouvé bien fatigué, ayant du mal, plus de mal que d’habitude, à se déplacer. ».

Ses amis académiciens l’avaient tellement connu côtoyer ainsi la maladie que cela faisait presque partie de son identité à l’Académie. Le 10 décembre 1992, Alain Peyrefitte lui parla en ces termes : « Il ne s’écoule guère de saison, sans que vous retourniez à l’hôpital pour vous livrer aux mains des chirurgiens. À votre réveil, Frédérique est là, près de vous, qui vous tient la main, et qui plonge dans vos yeux encore voilés, son regard anxieux. Vous avez accepté d’être le cobaye d’un nouveau traitement de choc, qui, combiné à l’effet des rayons, a lésé votre moelle épinière. Il vous a fait perdre le contrôle de vos jambes ; votre voix aussi, un temps. On a craint pour vous le fauteuil roulant. Les médecins vous ont dit : "Vous allez travailler comme une bête pour sauver vos jambes !". Vous tomberez pour vous relever, vous vous appliquerez jusqu’à recouvrer votre mobilité… Et vous repartirez : le Liban à nouveau, le Kurdistan, Sarajevo… On meurt, vous en avez la conviction, parce qu’on s’arrête de lutter. ».

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Voici trois autres témoignages poignants d’académiciens amis, chargés hélas de faire l’éloge de Jean-François Deniau après sa disparition.

Le 25 janvier 2007, Pierre-Jen Rémy a rappelé : « Les os, les poumons. Mais il continuait à se battre, à bourlinguer, à naviguer, à répondre "présent" quand on avait besoin de lui : c’était normal. Il nous apparaissait ici, parmi nous, à l’Académie, avec une canne, deux cannes, des tuyaux, un bras en écharpe, et il repartait pour Beyrouth, et il publiait un autre livre, et il se voyait confier une autre mission : c’était normal. Et même les tuyaux ou les cannes avaient fini par nous paraître normaux, à nous, ses confrères. Après les balles perdues ou celles qu’on lui destinait (…), c’était une autre mort qui tournait depuis des années autour de lui, mais il l’écartait d’un haussement d’épaule. Il bougonnait, n’en parlait pas, il souffrait, et ça durait. Depuis combien de temps avait-il ses habitudes au Val-de-Grâce, comme d’autres les ont dans la quiétude de leur bibliothèque ? On le voyait debout, débouler en claudiquant parmi nous. Il s’appuyait lourdement sur celui-ci, sur celui-là pour monter les marches : c’était devenu normal. (…) Ses souffrances et son courage. La force formidable qui l’habitait et à laquelle nous, nous nous étions si naïvement habitués. Lui seul savait vraiment les mille morts qui le harcelaient et que, l’air de rien, il regardait en face, avant de repartir pour la Sologne ou pour se reposer en traversant l’Atlantique. ».

Quelques jours plus tard, à son enterrement aux Invalides, son autre collègue académicien Alain Decaux a raconté, le 29 janvier 2007 : « À l’Académie française, Jean-François, quand, appuyé sur ta canne, tu nous rejoignais le jeudi, tu cherchais une épaule. J’aimais bien que cette épaule fût la mienne. Trop souvent, je t’entendais annoncer : "J’arrive du Val-de-Grâce". Après la séance que tu éclairais de ton incroyable mémoire, ayant trouvé une nouvelle épaule, tu déclarais : "Je retourne au Val-de-Grâce". (…) Très peu [de médias] ont souligné que, depuis plus de vingt ans, les unes et les autres [de tes missions] ont été accomplis par un homme qui, par la force de l’esprit, s’arrachait à un corps mutilé et martyrisé. Tu allais toujours jusqu’au bout, je dirais même au-delà. En novembre dernier, quelques jours avant ton ultime rechute, tu as tenu à te rendre en Palestine pour étudier et dénoncer les problèmes, particulièrement graves, de l’acheminement de l’eau. Tu es rentré à Paris. Pour mourir. (…) En soldat, en marin, tu as exigé de connaître l’échéance que l’on t’a dite proche. (…) Tu m’as fait l’honneur, immense, d’en débattre avec moi. ».

Son successeur à l’Académie française, spécialiste de la musique baroque, Philippe Beaussant, a décrit l’univers hospitalier le 23 octobre 2008 : « On commence à comprendre pourquoi Jean-François Deniau détestait l’hôpital, où il est si souvent allé, où il a si souvent souffert, et si souvent écrit, en demandant aux infirmières de fixer ses perfusions dans le bras gauche pour qu’il puisse continuer à tenir sa plume. La chambre d’hôpital, ce n’est pas seulement son caractère impersonnel qui est détestable : c’est l’infantilisation du malade. Le malade n’est pas un malade : c’est un patient. Le vocabulaire de l’hôpital dit les choses comme elles sont. Patience. Patience. Ne bougez pas. Ne décidez rien. Ce n’est pas à vous de décider. Vous être irresponsable, au vrai sens de ce mot : non responsable. Interdit de réponse. (…) La vie, c’est le plateau ; le destin, c’est le valet de chambre qui porte le plateau. Alors, que fait-on si le valet a la main qui tremble ? Si le destin est un traître ? Et si, par le truchement de la maladie imbécile, il vous réduit, vous le premier, vous le meilleur, à n’être plus qu’un corps souffrant dont on ôte des bouts de poumon, des morceaux de cœur, une fois, deux fois, dix fois ; que faire si l’on ne peut plus se mouvoir sans s’accrocher au bras de quelqu’un et si chaque minute vécue entre deux pontages n’est qu’un sursis ? ».


Le chaud soleil

En étant passionné par beaucoup de choses, Jean-François Deniau a laissé ses ambitions politiques au second plan de ses passions dans sa hiérarchie de la vie. Le 10 décembre 1992, évoquant la figure de Jacques Soustelle, il proposait cette brillante réflexion : « Chacun de nous, à vingt ans, et parfois plus tard, a rêvé d’être roi. De détenir le pouvoir suprême, et de se sentir nécessaire totalement et surtout, naturellement. Ce moment où un être humain croit s’identifier à la volonté d’un peuple et à la permanence d’une nation, est-il de soleil plus haut et plus chaud ? (…) Les convictions personnelles comme la tradition familiale m’ont conduit à un autre combat, celui du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. ».

Pour ce combat, jamais gagné, qu’il en soit remercié encore ici.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 janvier 2017)
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Pour aller plus loin :
Jean-François Deniau.
Jean d’Ormesson.
Alain Peyrefitte.
Pierre-Jean Rémy.
Jean François-Poncet.
Claude Cheysson.
Valéry Giscard d’Estaing.
Pierre Messmer.
Jacques Chirac.
Raymond Barre.
Maurice Faure.
L’URSS.
L’Afghanistan.
Andrei Sakharov.
Xavier Deniau.
Edgar Faure.
Jean Lecanuet.
Michèle Cotta.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Françoise Giroud.
Simone Veil.
Monique Pelletier.
Quai d’Orsay.
 

 

 

 

 

 

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7 août 2020 5 07 /08 /août /2020 03:23

« Des milliers et des milliers de penseurs et d’artistes isolés, dont la voix est couverte par le tumulte odieux des falsificateurs enrégimentés, sont actuellement dispersés dans le monde. De nombreuses petites revues locales tentent de grouper autour d’elles des forces jeunes, qui cherchent des voies nouvelles, et non des subventions. Toute tendance progressive en art est flétrie par le fascisme comme une dégénérescence. Toute création libre est déclarée fasciste par les stalinistes. L’art révolutionnaire indépendant doit se rassembler pour la lutte contre les persécutions réactionnaires et proclamer hautement son droit à l’existence. » ("Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant", juillet 1938).



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Il y a quatre-vingts ans, le 21 août 1940, est mort le révolutionnaire russe Léon Trotski (Lev Bronstein), à l’âge de 60 ans (né le 7 novembre 1879). Trotski a été assassiné par un agent de Staline à Mexico où il s’était exilé. Un coup de piolet la veille qui l’a blessé mortellement. L'assassin fut condamné au Mexique mais récompensé en URSS.

Trotski, créateur sanguinaire de l’Armée rouge, fut éliminé par Staline après la mort de Lénine : exclu du parti communiste d’Union Soviétique le 12 novembre 1927, déporté au Kazakhstan en 1928, expulsé d’URSS en février 1929, Trotski séjourna en Turquie de février 1929 à juillet 1933, puis en France de juillet 1933 à juin 1935, puis, de nouveau expulsé, il s’exila en Norvège de juin 1935 à décembre 1936 et fut ensuite accueilli par le Mexique qui lui proposa l’asile politique le 9 janvier 1937.

Dans un premier temps, il logea à Mexico chez le couple de peintres Diego Rivera et Frida Kahlo (avec qui il a eu une liaison). Diego Rivera, à l’époque très célèbre, fut un grand disciple de Trotski mais se brouilla avec lui en 1939. Le 3 septembre 1938, Trotski créa la IVe Internationale qui a donné naissance, par la suite, à toute une série de groupuscules crypto-révolutionnaires dans le monde, notamment en France (PCI, OCI, LCR, MPPT, PT, NPA, etc.).

Je propose ici d’évoquer la rencontre très surréaliste de Trotski avec …le roi du surréalisme, l’écrivain André Breton (1896-1966), venu le visiter à Mexico en juin et été 1938. André Breton était fasciné par Trotski depuis la publication du livre de ce dernier sur Lénine ("Lénine") en 1925. André Breton prôna en 1935 l’indépendance politique des artistes : « Les communistes ne pensent qu’à la littérature de propagande. Or, l’activité poétique, telle que la conçoit le surréalisme, ne peut subir un contrôle de ce genre ; Baudelaire, Rimbaud, Lautréamont, Apollinaire ont créé une sorte de déterminisme de la poésie qui rend impossible le souci de propagande. ». Une telle vision intellectuelle lui a valu quelques difficultés par la direction du PCF dont il était adhérent depuis 1927.

Au-delà de leur rencontre (qu’ils ont faite aux côtés et chez Diego Rivera et Frida Kahlo), André Breton et Trotski ont rédigé le "Manifeste pour un art révolutionnaire indépendant" que Trotski refusa de signer car il pensait que seuls les artistes devaient signer ce genre de manifeste. Au départ, il ne comprenait d’ailleurs pas bien le mouvement surréaliste d’André Breton mais le courant entre les deux hommes a semblé être bien passé sur un double point commun, la révolution et l’internationalisme. L’idée du manifeste est venue de Trotski et sa rédaction a été l’objet de nombreuses et âpres discussions entre les deux hommes.

Ce manifeste a débouché sur la création de la Fédération internationale pour l’art révolutionnaire indépendant (FIARI) qui regroupa un grand nombre de personnalités parfois très différentes. On peut citer Trotski, André Breton, Diego Rivera, Gaston Bachelard, Jean Giono, Roger Martin du Gard, Maurice Nadeau, Michel Leiris, Léo Malet, Yves Allégret, Benjamin Péret, etc. (ce qui a entraîné la rupture d’André Breton avec Paul Éluard), un mouvement "marxiste libertaire", selon les mots du sociologue franco-brésilien Michael Löwy, proche du mouvement marxiste révolutionnaire et du surréalisme. Cette fédération n’a cependant pas duré très longtemps puisqu’elle a sombré avec le début de la Seconde Guerre mondiale. La victoire militaire de l’URSS empêcha sa recréation après la guerre.

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Qu’y avait-il dans ce manifeste rendu public en juillet 1938 ?

C’était un manifeste peut-être plus anarchiste que communiste. Il contenait seize points de "révolution surréaliste", certains très organisationnels et sans intérêt intellectuel. Il traduisait l’inquiétude tant du stalinisme, qui pourrait être vu comme une captation d’héritage du léninisme, que du nazisme dans une Europe proche de la guerre : « Jamais la civilisation n’a été menacée de tant de dangers qu’aujourd’hui. Les vandales, à l’aide de leurs moyens barbares, c’est-à-dire fort précaires, détruisirent la civilisation antique dans un coin limité de l’Europe. Actuellement, c’est toute la civilisation mondiale, dans l’unité de son destin historique, qui chancelle sous la menace de forces réactionnaires armées de toute la technique moderne. ».

Le manifeste proposait une tentative de définition de l’art, forcément révolutionnaire : « L’art véritable, c’est-à-dire celui qui ne se contente pas de variations sur des modèles tout faits mais s’efforce de donner une expression aux besoins intérieurs de l’homme et de l’humanité d’aujourd’hui, ne peut pas ne pas être révolutionnaire, c’est-à-dire ne pas aspirer à une reconstruction complète et radicale de la société, ne serait-ce que pour affranchir la création intellectuelle des chaînes qui l’entravent et permettre à toute l’humanité de s’élever à des hauteurs que seuls des génies isolés ont atteintes dans le passé. ». L’ambition des surréalistes trotskistes était donc gigantesque.

Même si le texte précisait bien : « Nous ne nous solidarisons pas un instant, quelle que soit sa fortune actuelle, avec le mot d’ordre "Ni fascisme, ni communisme". », l’équivalence entre nazisme et stalinisme était quand même acté : « Le fascisme hitlérien, après avoir éliminé d’Allemagne tous les artistes chez qui s’était exprimé à quelque degré l’amour de la liberté, ne fût-ce que formelle, a astreint ceux qui pouvaient encore consentir à tenir une plume ou un pinceau à se faire les valets du régime et à le célébrer par ordre, dans les limites extérieures de la pire convention. À la publicité près, il en a été de même en URSS au cours de la période de furieuse réaction que voici parvenue à son apogée. ».

Le stalinisme était évidemment considéré comme une perversion du communisme : « Si (…) nous rejetons toute solidarité avec la caste actuellement dirigeante en URSS, c’est précisément parce qu’à nos yeux, elle ne représente pas le communisme mais en est l’ennemi le plus perfide et le plus dangereux. ».

Dans le raisonnement, il semblait clair que les attaques allaient beaucoup plus contre Staline que contre Hitler : « Sous l’influence du régime totalitaire de l’URSS et par l’intermédiaire des organismes dits "culturels" qu’elle contrôle dans les autres pays, s’est étendu sur le monde entier un profond crépuscule hostile à l’émergence de toute espèce de valeur spirituelle. Crépuscule de boue et de sang dans lequel, déguisés en intellectuels et en artistes, trempent des hommes qui se sont fait de la servilité un ressort, du reniement de leurs propres principes un jeu pervers, du faux témoignage vénal une habitude et de l’apologie du crime une jouissance. L’art officiel de l’époque stalinienne reflète avec une cruauté sans exemple dans l’histoire leurs efforts dérisoires pour donner le change et masquer leur véritable rôle mercenaire. ». Les mots sont durs et tranchants, sans équivoque.

Le manifeste était cependant compréhensif : « Dans la période présente, caractérisée par l’agonie du capitalisme, tant démocratique que fasciste, l’artiste, sans même qu’il ait besoin de donner à sa dissidence sociale une forme manifeste, se voit menacé de la privation du droit de vivre et de continuer son œuvre par le retrait devant celle-ci de tous les moyens de diffusion. Il est naturel qu’il se tourne alors vers les organisations stalinistes qui lui offrent la possibilité d’échapper à son isolement. ». "L’agonie du capitalisme démocratique" resterait encore à prouver quatre-vingt-deux ans après…

Comme avec les précédents passages, le style est succulent et je ne sais pas si Trotski a beaucoup contribué à ce style qui paraît surtout celui d’André Breton, ou s’il a principalement apporté idées et raisonnements au manifeste : « L’art ne peut consentir sans déchéance à se plier à aucune directive étrangère et à venir docilement remplir les cadres que certains croient pouvoir lui assigner, à des fins pragmatiques, extrêmement courtes. Mieux vaut se fier au don de préfiguration qui est l’apanage de tout artiste authentique, qui implique un commencement de résolution (virtuel) des contradictions les plus graves de son époque et oriente la pensée de ses contemporains vers l’urgence de l’établissement d’un ordre nouveau. ».

Probablement que l’influence de Trotski était plus importante que celle d’André Breton dans le passage suivant, qui montrait l’apparente contradiction entre dictature et anarchisme : « Si, pour le développement des forces productives matérielles, la révolution est tenue d’ériger un régime socialiste de plan centralisé, pour la création intellectuelle, elle doit dès le début établir et assurer un régime anarchiste de liberté individuelle. Aucune autorité, aucune contrainte, pas la moindre trace de commandement ! ».

Quelques-uns des raisonnements de ce manifeste concernant l’art sont encore aujourd’hui tout à fait admissibles, mais je reste toujours très étonné d’imaginer que des auteurs particulièrement doués, indépendants et subtils aient pu sombrer aveuglément dans le totalitarisme économique que leur proposait Trotski dès lors qu’il leur proposait parallèlement …l’indépendance et la liberté artistiques, qui étaient probablement les seuls points d’intérêt des surréalistes dans cette démarche (André Breton se souciait peu de l’économie politique).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 août 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
André Breton.
Rencontre surréaliste avec Trotski.
Trotski.
Vladimir Poutine se prépare à un avenir confortable.
Anatoli Tchoubaïs.
Vladimir Poutine : comment rester au pouvoir après 2024 ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200821-andre-breton.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/08/21/38490363.html



 

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24 juillet 2020 5 24 /07 /juillet /2020 03:12

« Le style est, pour l’œuvre d’art, ce que le sang est pour le corps humain ; il le développe, le nourrit, lui donne la force, la santé, la durée. » (Eugène Viollet-le-Duc, 1868).


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Le peintre tchécoslovaque Alphonse Mucha est né il y a cent soixante ans, le 24 juillet 1860 près de Brno, en Moravie, et est mort le 14 juillet 1939 à Prague. Comme Toulouse-Lautrec, il a réalisé de nombreuses affiches et posters et fait partie des artistes phares de l’Art nouveau, comme Louis Majorelle, Émile Gallé ou encore Gustav Klimt.

Lorsque l’on visite Prague, très belle capitale tchèque, l’un de phare de la culture européenne, on préfère souvent rester en plein centre-ville, et il faut dire qu’il y a beaucoup à visiter (le château, les synagogues, etc.). Néanmoins, il peut être intéressant à prendre le bus et à s’éloigner du centre historique pour atteindre le Palais des foires et expositions, un bâtiment imposant, du style Bauhaus, inauguré à la fin des années 1920 et qui aujourd’hui sert de musée pour exposer les œuvres contemporaines de la Galerie nationale de Prague. Au moins quatre étages, de la très grande surface, un cadre idéal pour les visiteurs qui ont besoin de calme et de recueillement, et un artiste national mis en valeur, Alphonse Mucha.

Après des études à Munich, Mucha a séjourné à Paris entre 1887 et 1906. Tout en continuant ses études, il y trouva beaucoup de travail de graphisme pour réaliser des affiches et posters, dans une capitale européenne aussi très culturelle (Exposition universelle de 1889, etc.). Il réalisa des illustrations et des décorations, fut recruté également par la maison d’édition Armand Colin. Par un concours de circonstances, Mucha réalisa entre Noël 1894 et le Nouvel An 1895 l’affiche célèbre annonçant la pièce de Victor Sardou dans laquelle Sarah Bernhardt jouait au Théâtre de la Renaissance, à Paris. Avec ses nombreuses œuvres, il gagna à Paris sa notoriété et sa reconnaissance.

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Mucha a séjourné ensuite aux États-Unis entre 1906 et 1910, successivement à New York, Chicago et Philadelphie. Voulant exacerber le nationalisme slave, un mécène américain de Chicago (Charles Richard Crane, qui a fait fortune dans la plomberie) a financé la réalisation d’une monumentale fresque, "L’Épopée slave", que Mucha a peinte après son installation à Prague pendant une vingtaine d’années, entre 1910 et 1928, et qui est exposée depuis le 10 mai 2012 au Palais des foires et expositions que j’évoquais plus haut.

Après l’indépendance de la Tchécoslovaquie le 28 octobre 1918, Mucha fut considéré comme un artiste national et il réalisa de nombreux travaux pour son nouveau pays (timbres, décorations de bâtiments culturels, églises, etc.). Il est mort à 78 ans peu après l’invasion de la Tchécoslovaquie par les nazis, acceptée lâchement par les Accords de Munich.

Je propose ici, très modeste musée virtuel, quelques exemples de ses œuvres connues…

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Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (24 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Alphonse Mucha.
Le peintre Raphaël.
Léonard de Vinci.
Zao Wou-Ki.
Chu Teh-Chun.
Pierre Soulages.
Auguste Renoir.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200724-mucha.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/mucha-artiste-phare-de-l-art-225959

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/24/38446195.html





 

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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 03:31

« Mais j’observe que les rideaux sont tirés. Il semble flotter, soudain, dans le trop-plein de sa mémoire si vive. Cet immortel est-il en train de comprendre qu’il va, contre toute évidence, devoir finir par s’en aller ? » (Bernard-Henri Lévy, le 20 février 2020 dans "L’Obs").




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L’éditorialiste politique Jean Daniel, fondateur et long patron du "Nouvel Observateur" aurait eu 100 ans ce mardi 21 juillet 2020. Il aurait pu les avoir, il les a presque eus, car il s’est éteint il y a cinq mois, le 19 février 2020. Il n’a pas vécu l’un des événements mondiaux et nationaux les plus marquants du siècle, voire de plusieurs siècles, assurément, la pandémie de coronavirus, le confinement, l’extrême crise économique, celle d’une récession historique qui dépasse tous les records vers le bas : décroissance, chômage, déficit, endettement… et surmortalité due au covid-19 (612 000 décès à ce jour, loin encore d’être à sa fin). Une tragédie collective qui fait réfléchir, qui fait changer… ou pas. Personne n’aura le loisir de savoir ce que Jean Daniel en aurait pensé.

Une disparition est le moment où ceux qui ont admiré une personne en profitent pour mieux formuler leur admiration. C’est souvent dommage car la personne aurait sans doute mérité de les écouter. Mais le grand âge suffit parfois à ces formulations d’admiration, et alors, la personne admirée en profite, voire rectifie s’il y a lieu.

Ainsi, Jean Daniel a été "célébré" par ses amis pour ses 90 ans, cela s’est passé le 28 septembre 2010 (ils avaient un peu de retard) et étaient présents notamment Michel Rocard et Stéphane Hessel, qui ont quitté ce monde bien plus vite que le célébré.

Je prends l’occasion du centenaire de la naissance de Jean Daniel pour proposer quelques extraits de ces "formulations d’admiration", des admirateurs au nombre de cinq, très différents, Pierre Desproges, Bernard-Henri Lévy, Serge Raffy, Hubert Védrine et Emmanuel Macron. D’ailleurs, petite devinette : cherchez, parmi ces cinq noms, l’intrus.

Je donne immédiatement la réponse, il s’agit bien sûr de Pierre Desproges. Cet homme qui manque tant à l’humour français d’aujourd’hui était un homme tendre, ce qui peut étonner ses nouveaux lecteurs tant il a pu dire des vacheries au kilomètre, mais selon le vieil adage "qui aime bien châtie bien", l’homme tendre châtiait excellemment et avec virtuosité. Je commence donc par lui.


Pierre Desproges (19 décembre 1982 sur France Inter)

Les saltimbanques aiment bien reprendre quelques arrêts sur image sans approfondir, reformuler des premières impressions, juste pour que leurs lecteurs ou auditeurs puissent s’identifier à elles. C’était le cas de Pierre Desproges pour Jean Daniel. Cela s’est passé au fameux "Tribunal des flagrants délires" qui étaient diffusés en direct, sans filet, tous les jours de la semaine, le matin, sur France Inter.

Lors du "procès" du 19 décembre 1982, le prévenu était une prévenue, l’auteure de bandes dessinées Claire Bretécher. Le réquisitoire de Pierre Desproges servait à mitrailler à vue sur tout ce qui pouvait ressembler au PAF (paysage audiovisuel français), et s’adressant à Claire Bretécher, il ne pouvait qu’évoquer l’un de ses plus grands amis, Jean Daniel. Pourquoi l’aurait-il épargné ?

Il l’a décrit comme un homme à la gravité dans le regard : « Vous avez prostitué votre feutre et trahi notre noble cause bourgeoise en allant dessiner dans "Le Nouvel Observateur", le journal de machin… comment s’appelle-t-il déjà, le faire-part pensant ? Jean Daniel ! Mon Dieu, comme cet homme est peu primesautier ! ».

Puis Desproges a évoqué la victoire de la gauche, en se trompant faussement sur l’année : « Le soir du 10 mai 80 et quelques, quand la populace a cru que c’était la Révolution, il a essayé de chanter "on a gagné" avec les autres : on aurait dit un moine anémié psalmodiant un chant grégorien aux obsèques de Léon Blum. ». Gravité et exigence qui ne semblent pas synonymes, aux yeux de l’humoriste, de légèreté et franche rigolade.

Et, sombrant dans la loufoquerie totale, il a terminé sur Jean Daniel ainsi : « La dernière fois que je l’ai vu (il me semble, si ma mémoire est bonne, que c’était dans une partouze à Neuilly), il s’est approché de moi, et bien qu’il fût alors tout nu avec un caleçon sur la tête et un confetti sur le nez, j’ai vraiment cru lire sur son visage qu’il allait m’annoncer que l’ensemble de ma famille venait d’être décimée dans un accident d’automobile. ».

Puisqu’on est dans "la dernière fois que je l’ai vu", reprenons du sérieux et allons voir…


Bernard-Henri Lévy (20 février 2020 dans "L’Obs")

Le "nouveau" philosophe a vu pour la première fois le "vieux" journaliste (pas si vieux à l’époque) en 1969. Une relation très particulière s’est tissée au fil des décennies entre les deux hommes : BHL considérait Jean Daniel comme le jumeau …de son père, né au même moment quasiment au même lieu, même exigence, même démarche intellectuelle. Et, en juillet 1961, hospitalisé au même moment dans des chambres mitoyennes : « À force de l’épier et d’observer le défilé incessant de ses visiteurs, j’arrivai à la conclusion qu’un journaliste est un monsieur au chevet de qui se pressent des ministres, des aventuriers, un futur Président de la République, des Prix Nobel de Littérature, des actrices, et des acteurs, ainsi que, last but not least, un ballet de jolies femmes soucieuses. ».

La dernière fois que BHL a vu Jean Daniel faire une apparition publique : « Je me souviens de lui aux obsèques de notre amie Florence Malraux. C’est l’une de ses dernières apparitions. Il est très pâle. Très fragile. Il a un plaid sur les épaules. Son pas est incertain. Mais il est là. Extraordinairement concentré. Il n’aurait manqué pour rien au monde ce rendez-vous de la mort et de la vie. ».

La dernière fois que BLH a vu Jean Daniel (tout court) : « Je me souviens de notre dernier rendez-vous, cet après-midi d’hiver, il y a quelques semaines, chez lui : il se tient droit dans son fauteuil et a retrouvé sa carrure de lutteur ; la pensée est claire ; il a des projets d’édito ; (…) il est moqueur ; fait des reproches ; revient sur des malentendus anciens qu’il feint de dénouer ; (…) murmure que le pire, dans la mort, serait de ne plus être là pour veiller sur Michèle [la femme de Jean Daniel]. ».

Bernard-Henri Lévy a décrit « cet homme si souverain et qui allait devenir l’un de mes professeurs d’énergie et de vie » à coups de témoignages personnels.

L’homme en 1969 : « Je me souviens qu’il était très glorieux. Très prestigieux. Le seul de son espèce à inspirer pareil désir à la promotion la plus intransigeante, la plus sectaire, jamais entrée rue d’Ulm. Et déjà, malgré sa jeunesse, la même voix de gorge, sourde, un peu cendrée, qui semblait s’arracher à l’on ne sait quelle douleur secrète. ».

Son journal, l’histoire de sa vie : « Je me souviens d’un Jean Daniel qui (…) nourrissait le beau projet de faire aussi l’Histoire qu’il commentait. Et je me souviens d’une Histoire qui, bonne fille, lui renvoyait parfois la balle. (…) Je me souviens que tous ses éditos ont toujours été écrits comme s’il avait vu passer, chaque semaine, l’esprit du monde. Mais on avait tort d’ironiser. Car l’esprit de sérieux qui l’animait, la mise en scène de ses doutes et de ses déchirements, sa façon de dire "Nous, l’Observateur", comme s’il parlait d’un parti ou d’un pays, n’ont-ils pas prémuni l’exception française qu’était, en effet, son journal contre ce mal du siècle qu’est l’esprit de dérision ricaneur ? ».

Deux vies, journaliste et écrivain : « Je me souviens de l’art avec lequel lui qui fut, dans sa première vie, ce modèle de journaliste, ce professionnel exemplaire, ce patron, s’inventa une deuxième vie d’intellectuel à part entière, auteur de livres exigeants sur la laïcité et la nation, et puis, en parallèle, une œuvre autobiographique où l’intime le dispute à l’extime, la confidence à l’Histoire. ».


Serge Raffy (20 février 2020 dans "L’Obs")

Probablement la biographie la plus complète parue par "L’Obs" lors de la mort du fondateur de l’hebdo, Serge Raffy aussi voyait l’ambivalence hésitante de Jean Daniel : « D’où vient cette lueur mélancolique dans le regard ? Est-ce parce qu’il fut toute sa vie un écrivain égaré en journalisme et qu’il porte ce regret comme une blessure ? Enseveli sous les honneurs, les prix, les médailles, Jean Daniel (…) a traversé le XXe siècle en côtoyant les plus grands, Kennedy, Castro, De Gaulle, Ben Bella, Mendès France, Mitterrand, Rocard, et tant d’autres. Il murmurait à l’oreille des Présidents, dans la cavalcade effrénée de l’Histoire, mais il n’est jamais vraiment sorti de cette ambiguïté originelle. Celle de l’impossible choix. Écrivain ou journaliste ? Combien de fois a-t-il répété autour de lui qu’il n’avait jamais tranché la question ? Et si ce doute était sa principale force ? Et aussi l’explication du succès d’un titre déjà quinquagénaire. Si le fameux ADN, la singularité, du journal qu’il a fondé, en 1964, "Le Nouvel Observateur du monde", prenait sa source dans l’histoire même de son inventeur et inspirateur ? ».

Dans son article, Serge Raffy a cité Pierre Bénichou, qui fut directeur adjoint puis directeur délégué du "Nouvel Observateur" de 1985 à 2005, qui a survécu à Jean Daniel seulement de quelques semaines (il est mort le 31 mars 2020), pour confirmer cette hésitation existentielle : « C’est sans doute une des clefs de la vie de Jean Daniel. Il aurait pu devenir une jolie plume, auteur de romans bien ficelés, pour ne pas dire plus, mais la politique lui est tombée dessus sans crier gare. Le tourbillon de l’Histoire l’a, si je puis dire, pris par surprise. Il l’a déniaisé, et pas n’importe quand : le 7 octobre 1940. ».

Cette date, c’est celle de l’abrogation du décret Crémieux par le régime de Pétain (statut des Juifs en France depuis 1870) : sous prétexte d’être supposé Juif, Jean Daniel n’était alors plus Français et n’était pas non plus Algérien (il faisait alors ses études à Alger et l’université l’expulsa). Le début d’un engagement politique qui l’a amené dans la Résistance.

Serge Raffy a reproduit le manifeste que le futur journaliste avait rédigé et signé : « Nous, jeunes étudiants juifs, nous nous sommes donnés tout entiers à la vie française, notre langue est la langue française, nos maîtres, les maîtres de l’université française. Que l’on songe au désarroi qui serait le nôtre, le jour où l’on voudrait nous interdire la seule culture qui nous soit accessible. Nous ne pourrions même pas nous replier sur un passé juif, sur des traditions juives que nous avons perdues de notre propre mouvement et parce que le gouvernement de la France nous y invitait. Nous serions comme dépouillés de biens et richesses, qu’on nous avait implicitement promis. ». Le débat sur l’identité nationale de 2010, il l’avait initié dès 1940 !

Après la guerre et une expérience peu heureuse au sommet du pouvoir, comme conseiller du Président du Gouvernement provisoire Félix Gouin rapidement emporté par un scandale financier, à la tête d’un petit journal ("Caliban"), Jean Daniel a voulu réunir de prestigieuses signatures, ce qui en a fait un grand ami du grand Albert Camus : « [Le nouveau patron de presse] cherche à s’entourer de tous les intellectuels de la place de Paris. Son argumentaire pour les attirer dans ses filets : esprit critique, attention, réflexion, lucidité. Et ils viennent tous, conquis par le charme provincial et la délicatesse de ce débutant en journalisme : Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Emmanuel Mounier, Jean-Marie Domenach, Claude Bourdet, et bien d’autres. Cet aréopage d’intellectuels, sous l’impulsion de Camus, cherche à sortir des griffes idéologiques du PCF, tout-puissant dans le monde de l’université et des belles lettres. ». Malgré l’aide financière de Louis Joxe et René Pleven, "Caliban" a finalement fait faillite.

Serge Raffy a raconté ensuite le passage à vide dans la carrière de Jean Daniel, le chômage, et son emploi dans une agence de presse : « Il en profite pour tenter d’écrire des romans, mais l’isolement l’épouvante. Il n’a pas l’âme d’un moine cistercien. Il a besoin d’être au cœur de l’Histoire en mouvement. Au cœur de l’Histoire ou en lisière ? ». Après son premier roman ("L’Erreur", sorti en 1953 chez Gallimard) : « La critique annonce la naissance d’un écrivain. À tort, car la politique, ce diable souriant, va encore le rattraper. ».

Après Albert Camus, une autre personnalité déterminante que Jean Daniel a beaucoup admirée, Pierre Mendès France, rencontré à "L’Express" où il travailla avant "Le Nouvel Observateur". Une communauté de vue sur la guerre d’Algérie : Pierre Mendès France voulait négocier, Guy Mollet, alors Président du Conseil, était pour la répression. Un autre aussi était pour la répression, François Mitterrand : « Partisan d’une ligne dure, très répressive, le futur patron du PS d’Épinay refuse de nombreuses demandes de grâce d’insurgés condamnés à mort. Quarante-cinq Algériens seront guillotinés sous son mandat [de Ministre de la Justice]. Cette tache sur le parcours de celui qui accédera au pouvoir vingt-cinq ans plus tard ne s’est jamais effacée dans la mémoire du journaliste de "L’Express". ».

Serge Raffy a évoqué un autre aspect de la vie très riche de Jean Daniel, en novembre 1963 : « Surprise : à la Maison-Blanche, John Kennedy lui propose de jouer les messagers de paix auprès du leader cubain. JFK, après la crise des missiles, ne veut plus revivre un conflit qui a failli tourner au cauchemar nucléaire. JFK cherche un émissaire qui n’implique pas directement son administration. Le journaliste français est tout indiqué pour cette mission. Jean Daniel part donc à Cuba rencontrer le Lider Maximo. Le 22 novembre 1963, il déjeune sur la plage de Varadero en compagnie du Commandante. Alors que les deux hommes dégustent une langouste grillée, ils apprennent l’attentat de Dallas. Jean Daniel se retrouve brutalement acteur de l’Histoire. La presse américaine lui consacre de longs articles. ». Son propre journal est resté indifférent.

Après la réorientation plus centriste et moins mendésiste de "L’Express" par son directeur JJSS, Jean Daniel le quitta et s’engagea dans l’aventure du "Nouvel Observateur" avec des parrains financier (l’industriel Claude Perdriel), littéraire (Jean-Paul Sartre), et politiques (Pierre Mendès France et François de Grossouvre, homme à tout faire de François Mitterrand). Le premier numéro est sorti le 19 novembre 1964 (« Il nous faut réapprendre le monde ! »), un an avant l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct.

Serge Raffy a cité l’auteure d’une "remarquable" biographie, Corinne Renou-Nativel (éditions du Rocher) pour expliquer le cocktail gagnant du journal naissant : « En fait, on retrouve ses intuitions dans les grands principes de l’hebdomadaire. Mêler littérature et journalisme. Introduire la subjectivité de l’individu au service de la compréhension du monde. Les faits, oui, mais avec l’élégance et l’analyse. Pour réussir ce tour de force, Perdriel et Daniel savaient qu’il leur fallait recruter les meilleurs journalistes, des stylistes qui aiment l’info, des oiseaux rares. En fait, ce duo a traqué les talents pendant cinquante ans, au seul profit de cet objet de presse curieux qu’est "Le Nouvel Observateur". ».

Les soutiens aux élections présidentielles étaient souvent assez flous : mendésiste, Jean Daniel a soutenu de mauvaise grâce François Mitterrand en 1965 : « Il le fait du bout des lèvres. Mitterrand n’oubliera jamais cette réticence à son égard. ». Après 1974 (Claude Perdriel s’était beaucoup engagé aux côtés de François Mitterrand) : « De son côté, Jean Daniel se rapproche de l’étoile montante de la "deuxième gauche", le fils spirituel de Mendès France, Michel Rocard. ». Après la victoire socialiste de 1981 : « Jean Daniel fait partie des visiteurs du soir de l’Élysée, mais il n’aura jamais la confiance de son hôte. Le contentieux est trop ancien et trop à vif. ».

Loin des honneurs : « Le Président [Mitterrand], après son élection, lui aurait proposé un poste d’ambassadeur en Tunisie, puis au Burkina Faso, puis la direction du Centre Georges-Pompidou. Il aurait pu intriguer pour obtenir le Ministère de la Culture ou entrer à l’Académie française, sans doute la plus belle des consécrations pour l’amoureux de la langue française qu’il est. Mais aucune sirène n’a pu l’éloigner de sa famille, de son enfant de papier, ce "Nouvel Observateur". ».

Trop proche du pouvoir dans les années 1980, les ventes de l’hebdomadaire ont chuté, ce qui a fait réagir le propriétaire, Claude Perdriel : « Un conflit larvé s’engage, à fleurets mouchetés. Entre Claude, l’homme des chiffres, et Jean, celui des lettres, la partie, au fil des années, va se durcir. Elle va épuiser de nombreux directeurs de rédaction , Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, Bernard Guetta, Guillaume Malaurie, tous tombés au champ d’honneur, tous tiraillés entre deux loyautés irréconciliables. ».


Hubert Védrine (2011)

Ancien Secrétaire Général de l’Élysée et ancien (long) Ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine fait figure d’exception dans la classe politique : aux confins des ambitions éditoriales et des occasions politiques, l’homme avait même envisagé sa propre candidature à l’élection présidentielle il y a quelque temps (il avait même réservé des noms de domaine au cas où). Son dernier livre porte sur l’écologie et il faisait ainsi partie des hommes cités pour occuper le Ministère de la Transition écologique lors de la nomination du gouvernement de Jean Castex.

En 2011, on avait demandé à Hubert Védrine d’écrire sur Jean Daniel. Pressé notamment par Jean Lacouture, il s’est exécuté : « Je pense que les idées de Jean Daniel, sa philosophie de vie et de son métier, son sens de l’amitié choisie, sa façon d’être à la fois un intellectuel, un grand journaliste et un véritable écrivain, me paraissent d’autant plus précieux que la société dans laquelle nous vivons leur tourne le dos, cesse de les comprendre et de s’en inspirer, s’en détache. Il est arrivé à Jean Daniel d’écrire qu’il se sentait "lentement expulsé du siècle, et donc de l’Histoire en train de se faire". (…) En cet automne 2010, Jean Daniel me dit : "(…) Le rêve intellectuel selon Foucault était de marier le prophète juif, le législateur romain, le sage grec". Il ajoute : "Ce rêve n’est plus possible". ».

Toujours l’ambivalence entre l’écrivain et le journaliste : « [Jean Lacouture] rappelle la définition de Jean Daniel par Régis Debray : "un Benjamin Constant revu par Albert Londres". Réaction de l’intéressé : "On ne peut pas faire un compliment plus élevé". Et d’ailleurs, la seule épitaphe qu’il accepte : "journaliste et écrivain français". La formule définit parfaitement cet homme à la curiosité intacte, toujours en éveil, comme son amour des mots. ».

Hubert Védrine a cité encore Jean Daniel sur Mendès France, en mars 2011 : « Quant à l’art de communiquer, Mendès France se comporte comme un homme acharné à convaincre, là où De Gaulle entend exalter, et là où Mitterrand ne pense qu’à séduire (…). Cet homme [Mendès France] me fascinait, je désirais le servir, écrire et même militer pour lui. ».

L’ancien ministre a rappelé la position toujours constante de Jean Daniel sur le conflit israélo-palestinien : « [En 2008], Jean Daniel rappelle que sa ligne est celle que Pierre Mendès France avait énoncée dès 1970, et dont "il a fait en sorte de ne jamais s’écarter" : "ce que je demande est très simple ; je souhaite de toutes mes forces convaincre les Israéliens que les Palestiniens ont le droit de réclamer pour eux ce qu’Israël a obtenu pour lui". (…) Jean Daniel ne sera pas en paix tant que ce scandale, l’absence d’un État palestinien viable, qui est aussi un abcès de fixation dans la relation Islam-Occident, et, pour les Occidentaux, une absurdité stratégique. Le problème du Proche-Orient est en ce moment insoluble. Il ne faut pas pour autant abandonner le camp de la paix en Israël. ».

La notion de nation, au même titre que la laïcité, travaillait beaucoup Jean Daniel : « Nation, identité et même identité nationale, ce sont pour lui de vrais problèmes qu’il ne faut pas éluder même s’ils sont posés, à l’été 2010, par "des gens antipathiques" avec "de mauvaises arrière-pensées", et que le débat officiel à ce sujet est un "gâchis" alors même qu’il avait jugé "sain" depuis longtemps le principe d’un tel débat. Il faut être "compréhensif" avec les vraies questions, estime-t-il, même mal posées. Irait-il jusqu’à dire avec Jean-Pierre Chevènement que l’identité est ce qui reste quand on a abandonné la souveraineté ? ».

Hubert Védrine a rappelé que Jean Daniel a regretté le "non" au référendum du 29 mai 2005 : « Il va encore plus loin en renversant l’explication communément donnée à la désaffection des peuples pour l’Europe : "C’est cette utopie brandie des États-Unis d’Europe qui maintient les souverainetés dans leurs réflexes les plus tribaux, les plus chauvins et les moins responsables". Et puis, il y a le facteur temps. Jean Daniel rappelle que, selon Péguy, les peuples ne peuvent pas digérer trop vite les changements. "Plus en trente ans qu’en trois cents ans !", se plaignait l’écrivain. C’était en 1910… ».


Emmanuel Macron (discours le 28 février 2020 aux Invalides)

Jean Daniel a reçu les honneurs militaires de la République française par un hommage national du Président de la République Emmanuel Macron dans la cour d‘honneur des Invalides le 28 février 2020.

L’hommage militaire se justifiait pleinement : « Lui à qui le régime de Vichy venait d’enlever la nationalité française, il intégra comme sergent-chef la deuxième division blindée du général Leclerc, participe aux combats de la Libération de Paris. La Croix de guerre qu’il portait parfois à la poitrine tout près du cœur accompagne aujourd’hui son cercueil drapé de bleu, de blanc, de rouge. ».

Le doute et le style : « "Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent". Ces mots d’André Gide, que Jean Daniel considérait comme son professeur de doute, fait la boussole intellectuelle et morale de son existence et de ses engagements. (…) L’éthique et le travail. La foi dans la vérité, la religion du juste, mais par la plume. (…) Avec son style resserré et au fond si stendhalien, sa plume fut un passeport pour entrer dans ce cercle de penseurs, de poètes. Surtout la haute idée qu’il se faisait de la littérature en fit d’emblée l’un des leurs. (…) Lui qui disait de Julien Sorel, le héros du "Rouge et le Noir", qu’il lui avait appris l’orgueil, la vérité et la volonté, n’a jamais cessé de placer la littérature au-dessus de tout. Considérant l’art du récit comme la voie la plus sûre vers la compréhension du monde, le plus court chemin vers l’universel. (…) Le style, une manière d’être au monde, une hygiène de vie même. ».

Journaliste exemplaire : « Ce qui faisait de Jean Daniel un monument, un exemple pour toute une profession, c’était avant tout sa pratique quotidienne du métier, cette façon unique de croiser le métier de journaliste, l’amour des lettres et celui des idées. Jean Daniel journaliste, c’était un engagement total de l’information, un bourreau de travail capable d’assimiler des heures durant une documentation exhaustive sur les sujets qu’il traitait et devenir ainsi plus expert que les spécialistes (…). Il cherchait toujours à faire dialoguer les contraires, à donner droit d’encre et de papier aux points de vue qui n’étaient pas les siens. (…) Jean Daniel journaliste, c’était une exigence. Ne jamais céder aux premiers élans, restituer le contexte autant que le complexe, rendre compte toujours des multiples facettes des faits et des temps. Cette exigence de chaque instant, tout à la fois morale et professionnelle, fit que Jean Daniel se trompa rarement. Et passer en revue ses milliers d’éditoriaux et ses dizaines d’ouvrages est un redoutable exercice d’humilité tant perce la justesse visionnaire des analyses. L’indépendance algérienne, le totalitarisme, la crise écologique, la nation que, contre beaucoup de ses amis, il reconnaissait comme une aspiration légitime des peuples. Jean Daniel sut voir clair dans le brouillard des faits, distinguer l’essentiel dans le flot du superficiel. ».

Enfin, son centenaire : « Jean Daniel, ces dernières semaines, vous évoquiez souvent l’éditorial que vous rêviez d’écrire pour vos 100 ans. Le destin, hélas, ne vous en a pas laissé le temps (…). C’est à nous qu’il revient d’écrire l’éditorial ému de votre adieu. "Vous vivrez", tel pourrait être son titre. (…) Ce pouvoir de porter la plume dans la plaie, les talents que vous avez décelés lui feront franchir ce centenaire que la vie terrestre ne vous a pas offert. Vous vivrez parce que tous ces intellectuels qui, passant fébrilement la porte de votre bureau, ont été un jour bénis par votre murmure tout épiscopal, porteront votre souvenir avec passion et respect. ».


La vie exceptionnelle de Jean Daniel

Ces extraits étaient cinq témoignages de la vie exaltante de Jean Daniel, qui permettent ainsi, par petites touches, de comprendre sa vie intellectuelle et d’engagement. Féru d’André Gide, ami d’Albert Camus, Jean Daniel a côtoyé de très nombreux intellectuels de son siècle, et il serait vain de les citer, certains l’ont déjà été ci-dessous, faut-il en rajouter d’autres, comme Edgar Morin, Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes, Maurice Clavel, Gilles Deleuze, Louis Aragon, Edmond Maire, Mario Soares, François Furet, Mona Ozouf, Françoise Giroud, Michel Tournier, François Nourissier, George Steiner, Milan Kundera, Paul Ricœur, Pierre Nora, Pierre Soulages, Michel Bouquet, etc. ? Sans doute, au risque d’être excessivement réducteur et d’être archi non exhaustif, d’en oublier beaucoup trop.

Pour terminer ce portrait par témoignages, une touche provisoirement finale, je reprendrai trois citations intéressantes proposées Eva Salevid, (ancienne) étudiante de l’Université de Linköping (Suède), dans son mémoire de maîtrise de langue et culture françaises, daté de novembre 2006 et consacré à Jean Daniel et à ses idées européennes.

Première citation de Jean Daniel, lui-même fils d’ouvrier et devenu bourgeois, en 1984 (interviewé par Louis Pinto pour son livre "L’Intelligence en action : Le Nouvel Observateur") : « Pourquoi refuser d’être ce que nous étions : des bourgeois ? Pourquoi ne pas regarder en face le rôle qui nous était imparti : celui de faire évoluer la bourgeoisie et les élites ? ».

Deuxième citation de l’historien Théodore Zeldin en 1983 ("Les Français" chez Fayard) : « Chez lui, l’autorité de l’écriture dissimule le doute. Et c’est parce que les profanes ne discernent pas les incertitudes qui se dissimulent derrière les convictions, sous une prose vigoureuse et brillante, qu’il leur arrive d’être intimidés par les intellectuels français, clé de voûte de l’opiniâtreté. Mais il serait faux de croire qu’ils constituent une classe à part. ».

Troisième citation de Jean Daniel le 23 septembre 2004 dans "Le Nouvel Observateur" : « Dominique de Villepin, dans "Le Requiem et la Mouette" [chez Plon] ne recule devant rien (…). Notre poète diplomate est passé de l’exaltation de la grandeur par la France à une célébration de l’universalité grâce à la Révolution française. "Je crois à l’éternité de l’homme né un soir de 1789". Ni Michelet ni Jaurès ne sont allés jusque-là. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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19 juillet 2020 7 19 /07 /juillet /2020 03:12

« Adieu, fantômes ! Le monde n’a plus besoin de vous. Ni de moi. Le monde, qui baptise du nom de progrès sa tendance à une précision fatale, cherche à unir aux bienfaits de la vie les avantages de la mort. Une certaine confusion règne encore, mais encore un peu de temps et tout s’éclaircira ; nous verrons enfin apparaître le miracle d’une société animale, une parfaite et définitive fourmilière. » (Paul Valéry, 1919).



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Monstre sacré de la littérature française, reconnu et encensé de son vivant par mille et un honneurs, le poète (et philosophe) Paul Valéry s’est éteint à Paris il y a soixante-quinze ans, le 20 juillet 1945, à l’âge de 73 (il est né à Sète le 30 octobre 1871). Coïncidence, sa disparition a eu lieu trois jours avant le début du procès du maréchal Pétain devant la Haute Cour de justice, d’abord admiré par Paul Valéry comme l’homme de Verdun, puis détesté en 1940 comme l’honteux et odieux homme de la collaboration avec les nazis.

Enterré à Sète après des funérailles nationales, dans ce cimetière qu’il a si bien décrit : « Ce toit tranquille, où marchent des colombes,/ Entre les pins palpite, entre les tombes ;/ Midi le juste y compose de feux/ La mer, la mer, toujours recommencée !/ Ô récompense après une pensée/ Qu’un long regard sur le calme des dieux ! » dans "Cimetière marin", son deuxième chef-d’œuvre (qui se termine ainsi : « Le vent se lève !… Il faut bien vivre !/ L’air immense ouvre et referme mon livre,/ La vague en poudre ose jaillir des rocs !/ Envolez-vous, pages tout éblouies !/ Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies/ Ce toit tranquille où picoraient des focs ! »), sorti en 1920 (il y a cent ans), après son premier chef-d’œuvre, "La Jeune Parque", sorti en 1917 et avant "Charmes", sorti en 1922 : ces trois recueils de poèmes édités chez Gallimard ont eu beaucoup de succès et ont fait la renommée internationale de Paul Valéry, devenu rapidement, entre les deux guerres, la référence morale, intellectuelle, littéraire, au point qu’il pouvait lui-même s’en moquer tellement il trouvait cela exagéré. Il a fait de très nombreuses conférences et beaucoup de voyages officiels en cette qualité de maître incontesté de la poésie française.

Lorsqu’il décida, dans sa nuit mystique du 4 au 5 octobre 1892 (la "nuit de Gênes", il avait 20 ans), de ne plus faire de littérature, de s’éloigner de la poésie et de faire des sciences et des mathématiques, imaginait-il qu’il serait élu membre de l’Académie des sciences de Lisbonne, en 1935 ? Il s’intéressa aux travaux de Bergson, Einstein, Louis de Broglie, Henri Poincaré, Paul Langevin et Auguste Perret. Il échangea beaucoup de réflexion avec ces derniers.

Professeur au Collège de France (chaire de poétique à partir de 1937), grand officier de la Légion d’honneur (1938), président du Pen Club français (1924 à 1934), administrateur du Centre universitaire méditerranéen de Nice (1933 à 1941), président de la commission de synthèse de la coopération culturelle pour l’exposition universelle (1936), président d’honneur de la Sacem (1939), président de l’Union française pour le sauvetage de l’enfance (1941 à 1945), il fut élu le 19 novembre 1925, au quatrième tour par 17 voix, membre de l’Académie française et succéda à Anatole France (à qui il avait succédé à la présidence du Pen Club français). Il s’installa pour une petite vingtaine d’années dans le fauteuil de Malesherbes, Thiers (qui y siégea longtemps, de 1833 à 1877), Henri Martin, Ferdinand de Lesseps, Anatole France, et laissa son siège, après sa disparition notamment à Henri Mondor et au professeur François Jacob.

Ses premiers mots à ses confrères académiciens furent d’ailleurs ceux-ci : « Le passé saisit le présent, et je me sens environné d’une foule d’ombres que je ne puis écarter de mon discours. Les morts n’ont plus que les vivants comme ressource. Nos pensées sont pour eux les seuls chemins du jour. Eux qui nous ont tant appris, eux qui semblent s’être effacés pour nous et nous avoir abandonné toutes leurs chances, il est juste et digne de nous qu’ils soient pieusement accueillis dans nos mémoires et qu’ils boivent un peu de vie dans nos paroles. Il est juste et naturel que je sois à présent sollicité de mes souvenirs et que mon esprit se sente assisté d’une troupe mystérieuse de compagnons et de maîtres disparus dont les encouragements et les lumières que j’en ai reçus m’ont conduit insensiblement devant vous. Je dois à bien des morts d’être tel que vous ayez pu me choisir ; et à l’amitié je dois presque tout. ».

Sa réception sous la Coupole le 23 juin 1927 fut exceptionnelle car Paul Valéry refusa de prononcer une seule fois le nom de son prédécesseur dont il faisait l’éloge. La raison : il en voulait encore à Anatole France de ne pas avoir publié une œuvre de Mallarmé dans le journal "Le Parnasse contemporain". Car Mallarmé était en quelque sorte son inspirateur littéraire ; étudiant, il participait avec assiduité, aux côtés d’un autre grand ami, André Gide (qui insista plus tard pour qu’il publiât ses premiers poèmes), aux précieuses rencontres du mardi chez Mallarmé après avoir fait la connaissance de son ami Pierre Louÿs.

Car c’était bien sa conception de l’écriture qui a impressionné très vite les lecteurs de Paul Valéry. Il était à la recherche des vers "parfaits", plus importants que le sens et l’inspiration. La biographie de l’Académie française explique : « Quête de la "poésie pure", son œuvre se confond avec une réflexion sur le langage, vecteur entre l’esprit et le monde qui l’entoure, instrument de connaissance pour la connaissance. ».

Si Paul Valéry a rédigé finalement peu de poésie, il fut aussi très connu, après sa mort, pour avoir rédigé ses "Cahiers", tous les jours quelques heures pendant une cinquantaine d’années, où il couchait sur le papier l’état de ses réflexions, souvent inquiètes et sans illusions, qui ne furent publiés qu’après sa mort. Une masse incroyable, éditée la première fois par le CNRS entre 1957 et 1961, regroupant plus de 30 000 pages en 261 cahiers !

Chargé de prononcer (en tant que directeur) le rapport sur les prix de vertu le 20 décembre 1934 à la séance publique annuelle de l’Académie française, Paul Valéry déclara : « Voyez-vous, il n’est encore rien de tel comme une vieille Académie pour connaître bien des perfections qui ne se rencontrent pas dans les rues. N’oubliez point que ce qu’il y a de meilleur est toujours assez caché, et que ce qu’il y a de plus haut et de plus précieux au monde est toujours niable. ».

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Ses dernières années renforcèrent l’admiration qu’on pouvait déjà avoir de Paul Valéry. En effet, directeur de l’Académie française, le 22 janvier 1931, Paul Valéry a accueilli sous la Coupole, le maréchal Philippe Pétain (élu le 20 juin 1929 à l’unanimité pour succéder au maréchal Ferdinand Foch, dans le fauteuil de Lacordaire, Albert de Broglie, et après la guerre, d’André François-Poncet, Edgar Faure et Michel Serres) : « D’immenses services rendus à la France ; les mérites les plus solides couronnés par les dignités les plus relevées ; la confiance inspirée aux troupes, celle de la nation tout entière qui vous retient dans la paix à la tête de ses forces, tout vous portait au fauteuil vacant du grand capitaine, même le contraste le plus sensible, et sans doute le plus heureux pour le bon succès de la guerre dans le caractère, dans les conceptions, dans la conduite des idées. ».

Une occasion pour Paul Valéry de prononcer des mots de la fin curieusement prophétiques : « Que personne ne croie qu’une nouvelle guerre puisse mieux faire et radoucir le sort du genre humain. Il semble cependant que l’expérience n’est pas suffisante. Quelques-uns placent leurs espoirs dans une reprise du carnage. On trouve qu’il n’y eut pas assez de détresse, de déceptions, pas assez de ruines ni de larmes ; pas assez de mutilés, d’aveugles, de veuves et d’orphelins. Il paraît que les difficultés de la paix font pâlir l’atrocité de la guerre, dont on voit cependant interdire ça et là les effrayantes images. (…) Quels étranges esprits que les esprits responsables de ces pensées ! En plein conscience, en pleine lucidité, en présence de terrifiants souvenirs, auprès de tombes innombrables, au sortir de l’épreuve même, à côté des laboratoires où les énigmes de la tuberculose et du cancer sont passionnément attaquées, des hommes peuvent encore songer à essayer de jouer au jeu de la mort. Balzac, il y a juste cent ans, écrivait : "Sans se donner le temps d’essuyer ses pieds qui trempent dans le sang jusqu’à la cheville, l’Europe n’a-t-elle pas sans cesse recommencé la guerre ? Ne dirait-on pas que l’humanité, toute lucide et raisonnante qu’elle est, incapable de sacrifier ses impulsions à la connaissance et ses haines à ses douleurs, se comporte comme un essaim d’absurdes et misérables insectes invinciblement attirés par la flamme ?  » (c’était le 22 janvier 1931).

Malgré cette relation particulière qui lia les deux hommes, Paul Valéry refusa le principe de la collaboration et refusa que l’Académie, dont il était encore le directeur sous l’Occupation, fît allégeance à Pétain (au grand dam d’Abel Bonnard). Il osa même faire l’éloge de son ami Henri Bergson mort le 4 janvier 1941 malgré la "judéité" de ce dernier. Le philosophe Henri Bergson avait été élu à l’Académie française le 12 février 1914 et fut lauréat du Prix Nobel de Littérature en 1927. Paul Valéry le considéra ce 9 janvier 1941 comme « le plus grand philosophe de notre temps », enterré très discrètement en sa présence et celle de seulement une trentaine d’autres proches.

Berson loué et admiré : « Que sa métaphysique nous eût ou non séduits, que nous l’ayons ou non suivi dans la profonde recherche à laquelle il a consacré toute sa vie, et dans l’évolution véritablement créatrice de sa pensée, toujours plus hardie et plus libre, nous avions en lui l’exemplaire le plus authentique des vertus intellectuelles les plus élevées. Une sorte d’autorité morale dans les choses de l’esprit s’attachait à son nom, qui était universel. La France sut faire appel à ce nom et à cette autorité dans des circonstances dont je m’assure qu’il vous souvient. Il eut quantité de disciples d’une ferveur, et presque d’une dévotion que personne après lui, dans le monde des idées, ne peut à présent se flatter d’exciter. ».

Paul Valéry parla plus précisément de son style d’écriture : « La vraie valeur de la philosophie n’est que de ramener la pensée à elle-même. Cet effort exige de celui qui veut le décrire et communiquer ce qui lui apparaît de sa vie intérieure, une application particulière et même l’invention d’une manière de s’exprimer convenable à ce dessein, car le langage expire à sa propre source. C’est ici que se manifesta toute la ressource du génie de M. Bergson. Il osa emprunter à la poésie ses armes enchantées, dont il combina le pouvoir avec la précision dont un esprit nourri aux sciences exactes ne peut souffrir de s’écarter. Les images, les métaphores les plus heureuses et les plus neuves obéirent à son désir de reconstituer dans la conscience d’autrui les découvertes qu’il faisait dans la sienne, et les résultats de ses expériences interpellent. (…) Permettez-moi d’observer que cette reprise fut à très peu près contemporaine de celle qui se produisit dans l’univers de la musique, quand se manifesta l’œuvre très subtile et très dégagée de Claude Achille Debussy. Ce furent deux réactions caractéristiques de la France. ».

La fin de son éloge ne manquait ni d’amertume, ni de pessimisme : « Très haute, très pure, très supérieure figure de l’homme pensant, et peut-être l’un des derniers hommes qui auront exclusivement, profondément et supérieurement pensé, dans une époque du monde où le monde va pensant et méditant de moins en moins, où la civilisation semble, de jour en jour, se réduire au souvenir et aux vestiges que nous gardons de sa richesse multiforme et de sa production intellectuelle libre et surabondante, cependant que la misère, les angoisses, les contraintes de tout ordre dépriment ou découragent les entreprises de l’esprit, Bergson semble déjà appartenir à un âge révolu, et son nom, le dernier grand nom de l’histoire de l’intelligence européenne. ».

Exprimer une telle admiration pourrait apparaître de nos jours anodin et ordinaire, mais en 1941, en pleine période de collaboration "triomphante", c’était au contraire un acte de courage indéniable qui impressionna notamment De Gaulle et qui l’encouragea, en tant que Président du Conseil, à demander et organiser des funérailles nationales lors de sa disparition…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (18 juillet 2020)
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Pour aller plus loin :
Paul Valéry.
François Jacob.
Edgar Morin, le dernier intellectuel ?
Michel Droit.
18 juin 1940 : De Gaulle et l’esprit de Résistance.
Vladimir Jankélévitch.
Marc Sangnier.
Michel Houellebecq écrit à France Inter sur le virus sans qualités.
Jean-Paul Sartre.
Pierre Teilhard de Chardin.
Boris Vian.
Jean Daniel.
Claire Bretécher.
George Steiner.
Françoise Sagan.
Jean d’Ormesson.
Les 90 ans de Jean d’O.

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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 10:20

« Si l’on me demandait ce que je connais de plus parisien en matière de séduction, je dirais Zizi, ses jambes, sa voix, ses bras, ses mains, son corps, ses chevilles, sa façon de bouger. Elle est ce qui dure, elle est le style. » (Edmonde Charles-Roux).


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Quatre mois après une autre légende de la vie culturelle parisienne (Suzy Delair), la danseuse et chanteuse Zizi Jeanmaire s’est éteinte à l’âge de 96 ans ce vendredi 17 juillet 2020 à son domicile suisse, paisiblement selon sa famille.

On pouvait rester indifférent vis-à-vis de cette artiste du music-hall, mais il est indiscutable qu’il n’y en a plus des pareilles de nos jours. Allier la grâce et le populaire, la culture et le divertissement, l’exigence et la légèreté…

Il y a un an, j’avais évoqué sa trajectoire en France et aux États-Unis, ses relations tumultueuses et pourtant infiniment durables avec le chorégraphe Roland Petit qu’elle avait connu quand ils étaient encore enfants, cette passion de la danse et du spectacle, de la scène et de la musique.

Je propose ici trois prestations très connues de Zizi Jeanmaire, très connues et qu’il "faut" connaître (pour les plus jeunes !) pour comprendre quelle artiste était Zizi Jeanmaire. Comme le disait Edmonde Charles-Roux, écrivaine mais aussi épouse de Gaston Defferre, ce qui n’était pas rien car le maire de Marseille avait "hébergé" (pour ne pas dire "rattrapé") le couple dans leur art pour continuer leurs ballets dans les années 1970 après un grave problème financier (c’est difficile d’être à la fois bon artiste et bon gestionnaire, le génie et le talent s’accommodent mal des rudesses de la réglementation…)… Comme le disait donc Edmonde Charles-Roux, Zizi Jeanmaire était un corps merveilleux, une voix, et surtout, une dynamique, des mouvements, une présence, un regard.

Voici donc l’époustouflante "Carmen" chorégraphiée par Roland Petit en février 1949 sur une musique très connue de Georges Bizet (ici la représentation du 29 novembre 1956)…






Quelques mois plus tard, en septembre 1950, après leur tournée américaine, Roland Petit l’a transformée en "Croqueuse de diamant", comme ici (en 1957)…






Enfin, un peu plus tard, l’accélérateur de notoriété, en chanteuse et ballerine de cabaret, Zizi Jeanmaire a commencé à interpréter "Mon truc à plumes" en 1962 avec la collaboration du haut couturier Yves Saint Laurent pour des costumes très fantaisistes…






Merci Zizi Jeanmaire d’avoir contribué au rayonnement de la culture française dans le monde et plus particulièrement aux États-Unis ! RIP.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 juillet 2020)
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Pour aller plus loin :
Zizi Jeanmaire.
Site officiel de Zizi Jeanmaire.
95 plumes.
Suzy Delair.
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200717-zizi-jeanmaire.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/adieu-l-artiste-de-charmes-zizi-225815

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/17/38434940.html




 

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