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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 03:33

« Je dois toutefois supposer que vous savez que la psychanalyse est un procédé de traitement médical de personnes atteintes de maladies nerveuses. » (1916).


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Le célèbre neurologue autrichien Sigmund Freud (1856-1939) a tenu une série de conférences chaque samedi de l’hiver 1915-1916 et de l’hiver 1916-1917 à la faculté de médecine de Vienne. Dans le public se mêlaient des étudiants en médecine, des médecins mais aussi toutes les personnes curieuses du sujet. La dernière conférence a eu lieu le 17 mars 1917, il y a exactement un siècle. Freud a rassemblé ses conférences dans un livre devenu référence, qui a eu beaucoup de succès, "Introduction à la psychanalyse", paru la même année. Il a dû rédiger son texte après ses conférences car il parlait sans avoir écrit de notes au préalable.

Si ce livre ne constitue pas la "naissance" de la psychanalyse dont le mot a été inventé par Freud dès 1896, vingt ans auparavant, il est néanmoins à l’origine du développement au grand public de ce nouveau concept. Par les hasards de la chronologie européenne, les dernières conférences ont été données au moment de la première Révolution russe, celle de février 1917 (qui a eu lieu en fait en mars 1917 dans le calendrier grégorien).

Freud décrit très rapidement la méthode : « Le traitement psychanalytique ne comporte qu’un échange de paroles entre l’analysé et le médecin. Le patient parle, raconte les événements de sa vie passée et ses impressions présentes, se plaint, confesse ses désirs et ses émotions. Le médecin s’applique à diriger la marche des idées du patient, éveille ses souvenirs, oriente son attention dans certaines directions, lui donne des explications et observe les réactions de compréhension ou d’incompréhension qu’il provoque ainsi chez le malade. ».

C’est probablement la première difficulté de la psychanalyse, celle de faire comprendre qu’à travers un simple échange verbal, des mécanismes (invisibles) se déclenchent et une solution peut se construire.

C’est une approche très innovante de thérapie des phénomènes pathologiques. Freud propose ainsi un certain nombre de chapitres concernant les manifestations de l’inconscient qui est la matière première du psychanalyste.

Il n’est pas question ici de faire un résumé exhaustif de ces conférences bien trop denses et qui ont suscité de nombreux développements ultérieurs, au cours du siècle qui a suivi. Je ne prendrai que quelques notions proposées par Freud.

Par exemple, "l’acte manqué" qu’il considère comme un « acte psychique complet, ayant son but propre ». Il peut être un lapsus lorsqu’on prononce, écrit ou entend un mot à la place d’un autre, ou une maladresse, un oubli, etc. Au lieu de considérer ces aspérités d’actes comme fortuites, Freud estime au contraire qu’elles sont significatives car elles chercheraient à réaliser un désir refoulé. C’est ce qu’il appelle un retour du refoulé, en ce sens où ces actes font surface en contournant la conscience pour avoir leur propre "vie".

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Un autre champ très grand à exploiter, c’est dans le domaine de l’interprétation des rêves. Au-delà de la signification première du rêve, au premier degré, le rêve exprime un sens caché qui provient des refoulements de la personne qui rêve et qui ne peut "censurer" des sujets dans la mesure où sa conscience est endormie. Quand la conscience dort, les inconsciences dansent !

Pour comprendre le sens caché d’un rêve, il y a donc tout un travail à fournir, dont la technique des "associations libres" qui, par des souvenirs parfois très anciens, permet de faire comprendre la signification, dans le rêve, d’une couleur, d’un bruit, d’une odeur, d’une forme, d’un geste, etc.

Le déterminisme freudien peut se comprendre dans ce genre d’exposé : « On peut suggérer au rêveur l’objet de son rêve, mais il est impossible d’agir sur ce qu’il va rêver. Le mécanisme du travail d’élaboration et le désir inconscient du rêve échappent à toute influence étrangère. En examinant les excitations somatiques des rêves, nous avons reconnu que la particularité et l’autonomie de la vie de rêve se révèlent dans la réaction par laquelle le rêve répond aux excitations corporelles et psychiques qu’il reçoit. ».

Cette technique des associations libres est le moyen de suivre le cheminement de l’inconscient. Cela nécessite du psychanalyste une neutralité bienveillante pour éviter que le patient se sente jugé et pour débrider son expression et sa réflexion.

À travers les émotions qui refont surface, le patient est alors invité à revivre des scènes de son passé, et va projeter ses sentiments sur le psychanalyste. Lorsque ce transfert est réalisé, alors la guérison est proche.

La névrose est, comme le rêve et l’acte manqué, un autre moyen de déguiser un désir refoulé. Freud considère que la psychanalyse a pour but justement de supprimer le refoulement. Le médecin doit donc faire comprendre que le statu quo du patient névrotique lui apporte plus de souffrance que de lever cette barrière du refoulement et d’affronter ces refoulements (peurs pendant la petite enfance, etc.) pour être guéri de sa névrose.

Freud distingue les personnes névrotiques des personnes psychotiques, et déconseille un travail psychanalytique sur ces dernières car elles ne sont pas capables de transfert, à cause de leur grand narcissisme qui centre leurs désirs sur eux-mêmes.

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Je n’ai fait qu’effleurer très rapidement et en surface ce vaste sujet. Ces années 1915-1917 ont durablement marqué l’histoire de l’humanité puisque, comme je l’ai indiqué, il y a eu la révolution russe, aussi, hélas, la Première Guerre mondiale, et également une voire deux révolutions dans la physique. Avec la Relativité générale d’Einstein et avec le développement de l’intrigante physique quantique qui, contrairement aux idées freudiennes de déterminisme psychique, a massacré le déterminisme scientifique au profit d’une théorie probabiliste imparfaite intellectuellement mais rudement efficace encore aujourd’hui.

Certains ont poursuivi le travail de Freud, d’autres au contraire se sont opposés à la théorie de Freud, en remettant en cause les principes de base. Le dernier connu en date est peut-être Michel Onfray, mais il n’est pas le seul.

J’ai le souvenir d’un exposé très philosophique de François Bayrou, à l’époque où il était encore jeune député, dans une station de ski dans les Pyrénées en été 1991. Il expliquait que le XXe siècle a été dévasté par trois philosophies plus ou moins bien comprises : Nietzsche, qui a abouti au nazisme génocidaire, Marx, qui a abouti au communisme sanguinaire, et enfin Freud qui a remplacé Dieu, et il souhaitait alors que d’autres valeurs, celles de l’humanisme, puissent plutôt dominer le monde actuel.

Pour ou contre la psychanalyse ?
Le débat reste ouvert, même un siècle plus tard...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sigmund Freud.
Livre "Introduction à la psychanalyse" (à télécharger).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170317-freud-psychanalyse.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-psychanalyse-introduite-par-190535

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/17/35026888.html


 

 

 

 

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 04:24

En 1917, Sigmond Freud a publié les conférences qu'il a données entre 1915 et 1917 dans un recueil qui fait date, intitulé "Introduction à la psychanalyse".

Cliquer sur le lien pour télécharger le livre de Freud (fichier .pdf) :
http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/intro_a_la_psychanalyse/intro_psychanalyse_1.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170317-freud-psychanalyse.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170317-livre-freud-psychanalyse.html
 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 04:44

« Pourquoi fait-on des dessins affreux ? Je crois que c’est surtout pour le plaisir simple et bête de faire des grimaces… En cherchant un peu plus loin, on trouverait peut-être que c’est pour transformer en gag la crainte du vieillissement, de la maladie, du cercueil ! S’il n’est pas ce remède, le dessin d’horreur est un dévergondage, ce qui n’est pas une raison pour que je m’en abstienne. » (André Franquin).


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Dans le numéro 985 du "Journal de Spirou" sorti le 28 février 1957, un curieux personnage a fait son apparition pour la première fois. Il y a soixante ans exactement. Un jeune probablement pas très diplômé mais débrouillard, plein de tendresse et d’astuces, aussi un peu paresseux sur les bords, est devenu, au fil des bandes et des semaines, un héros. Ou plutôt, un anti-héros. Mort il y a un peu plus de vingt ans (le 5 janvier 1997 à 73 ans et 2 jours), André Franquin, futur auteur des "Idées noires", a créé Gaston Lagaffe. Son premier gag a été publié dans le "Journal de Spirou" numéro 1000, le 13 juin 1957.

À une époque des super-héros des "comics" américains, de Superman à Batman, l’arrivée d’un anti-héros à la vie plus que banale pouvait choquer. Aux côtés de Spirou et Fantasio, reporters aux aventures aussi exotiques que passionnantes, l’auteur a fait recruter un employé de bureau terne et sans aspérité. Et surtout, sans emploi précis.

La bande dessinée a "pris" tout de suite, car elle "parlait" à de nombreux lecteurs. La vie insipide de bureau, avec son chef de service hystérique (Prunelle ici), sa collègue au sourire rose en dents de scie (mademoiselle Jeanne), au comptable toujours rabat-joie (Boulier), etc. permettait une rapide identification.

Dans les premières années, le supérieur hiérarchique de Gaston était Fantasio, mais lorsque, en 1969, Franquin a laissé Jean-Claude Fournier reprendre les personnages de Spirou et Fantasio pour mieux se consacrer à Gaston Lagaffe, il a préféré choisir un nouveau personnage pour ne pas créer une double image de Fantasio : « Il ne pouvait y avoir deux Fantasio différents dans le même journal. Je connais la logique des lecteurs et les lecteurs n’auraient pas accepté ça ! » (Franquin). Ce fut Prunelle, en tant que rédacteur en chef du journal, qui remplaça Fantasio. Fantasio a fait sa dernière apparition auprès de Gaston Lagaffe le 8 avril 1971.

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Le ressort comique, c’était que justement, malgré cette vie terne et sans aventure, on pouvait y mettre de l’humour, de la poésie, de la créativité, même des rêves (sur une île déserte), avec quelques éléments récurrents qui se déclinaient de mille manières, comme le fameux courrier en retard.

Car si l’on comprend bien, Gaston Lagaffe était avant tout affecté aux réponses aux courriers des lecteurs. En fait, c’était son rôle a posteriori qui est survenu lors de son licenciement le 15 décembre 1960 (après avoir installé une vache dans la rédaction), mais heureusement, les lecteurs ont envoyé par milliers tellement de demandes pour qu’il fût réembauché par Dupuis que ce fut le cas le 19 janvier 1961. Pour se faire pardonner, Gaston Lagaffe a alors promis le 2 février 1961 qu’il répondrait personnellement aux milliers de lecteurs qui l’avaient soutenu.

Franquin ne s’était pas gêné pour prendre comme contexte la propre vie d’une maison d’édition de bandes dessinées, les éditions Dupuis, avec un patron, monsieur Dupuis, qui n’apparaît jamais dans les histoires mais avec cette réflexion répétée sans arrêt : mais pour quel travail Dupuis paie-t-il donc l’employé Gaston ?!

Autant dire qu’en 1958, on était en plein dans les Trente Glorieuses. La génération du baby-boom était adolescente, la France était en pleine crise algérienne et institutionnelle et De Gaulle allait revenir au pouvoir, établir des institutions stables dont la classe politique de 2017 bénéficie encore, et lancer un programme d’industrie et d’innovation qui a encouragé le progrès technologique et économique de la France (raffineries de pétrole, nucléaire, aéronautique, spatial, etc.).

Cela signifiait que si la situation morale et politique était assez incertaine, la situation économique n’avait rien de comparable à notre époque, et le chômage était quasi-inexistant. Beaucoup de postes, dans les années 1960, furent pourvus sans forcément tous les diplômes nécessaires, faute de main-d’œuvre suffisante.

Aujourd’hui, des Gaston Lagaffe, il ne peut plus y en avoir. Ils auraient été virés depuis longtemps. C’est dommage, car cette bande dessinée démontre que justement, aussi improductif se montre-t-il, Gaston Lagaffe est sans doute un élément moteur dans la cohésion sociale de son entreprise, polarisant haine ou passion autour de lui, créant du lien social, sollicitant l’entraide solidaire, la coopération, l’empathie au point de partager au nouvel an un bon rhume avec tous ses collègues !

Car le personnage est évidemment attachant, plein de ressources, un peu le débrouillard face aux règles, règlements, obligations, etc., le "Français résistant", qui contourne les règles, et en même temps, la bonne humeur, l’optimiste, le souriant, le généreux, le cœur sur la main (il n’y a aucune arrogance dans ce personnage, par exemple). Je parle de Français mais l’auteur est belge et Gaston est probablement un Belge.

Gaston Lagaffe est comme Spirou, Lucky Luke, Astérix ou même les Schtroumpfs, il est habillé toujours de la même manière. Des espadrilles bleues savate, des chaussettes rouges, un jeans noir, un pull à col roulé vert. Son nombril est à découvert, préfigurant la mode des années 2000 aux pantalons taille basse. Comble du politiquement incorrect d’aujourd’hui, Gaston Lagaffe, au début, fume des cigarettes (comme Lucky Luke du reste à la même époque).

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Comme c’est un doux rêveur, c’est un écologiste avant l’heure, aimant la nature, les animaux, la forêt, les champs. Le père Gustave est l’un de ses amis paysans. Il a apprivoisé un chat et une mouette rieuse qui a mauvais caractère. Tous les deux de vils animaux prêts à entrer dans le jeu des gaffes. Vu comment est dessiné le chat, j’imagine que Franquin a dû partager son existence avec quelques chats très joueurs. Gaston sauve de nombreux animaux de la mort certaine, comme un homard à qui il évite le bain bouillant au restaurant et qui devient combiné téléphonique pour le pauvre Fantasio (le téléphone homard fut une sculpture en plastique et métal de Salvador Dali créée en 1938 et qui pouvait être visible à Paris en 2013).

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L’interlocuteur numéro un de Gaston est Prunelle, barbu à lunettes et fumeur de pipe (il est apparu pour la première fois le 19 juillet 1962). C’est son chef mais aussi son compagnon de gaffe, souvent sa victime. Il est souvent en colère contre Gaston mais parfois, il apprend avec lui, ou il est associé à diverses inventions. Son cri le plus connu est : "RROGNTUDJÛ", dont la traduction (littéralement "nom de Dieu") est peu éloignée du "M’enfin !" de Gaston, le "M" désignant bien sûr le mot de Cambronne en éclipse. À noter que Prunelle voussoie Gaston alors que Gaston tutoie Prunelle. Généralement, ce serait plutôt l’inverse, le chef de service tutoierait le jeune collaborateur.

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En revanche, ses collègues le tutoient, comme Lebrac, le dessinateur stressé (car son dessin était à livrer pour hier). Et Gaston Lagaffe n’est jamais pour rien dans le stress du dessinateur, comme la fois où il a eu l’idée de lui accrocher sa gomme au moyen d’un élastique pour qu’il ne la perde plus, mais cela l’énerve car elle ne fait qu’osciller. Gaston lui dit alors : « Le chat réagit mieux que toi. Il a vu tout de suite le côté amusant. ». Lebrac est probablement l’autocaricature de Franquin lui-même.

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Préposée aux archives, mademoiselle Jeanne, à la grande queue de cheval rousse, est l’amoureuse timide et fascinée, admiratrice de toutes les idées les plus loufoques de Gaston Lagaffe. Elle est apparue pour la première fois le 15 novembre 1962. L’amour ne reste cependant que platonique et ils se voussoient. Gaston l’amènera en week-end champêtre, lui fera écouter de la belle musique avec son fameux gaffophone (apparu le 9 mars 1967), qui dépouille les sapins de leurs épines, lui montrera ses dernières inventions (le canapé de type crotte de mammouth composé… des courriers en retard), etc. et elle sera même l’héroïne des songes langoureux sur une île déserte, cascade d’eau, plage paradisiaque, hamac entre deux palmiers, requins dans la mer que Gaston-Tarzan saura éventrer au bon moment, etc.

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Comme il a une vie en dehors du boulot, Gaston fréquente aussi d’autres personnages que ceux des éditions Dupuis : son ami Jules-de-chez-Smith-en-face est l’alter ego du gaffeur dans le bâtiment en face, leur association permet évidemment plus de gags et plus d’astuces pour ne pas travailler. Il y a aussi Bertrand Labévue, ami dépressif prêt à passer sa vie dans une poubelle.

L’un des personnages souvent en colère, c’est Longtarin, l’agent de police, celui préposé à la circulation (autant dire qu’il n’y en a plus de nos jours, les feux rouges sont maintenant munis de caméras de surveillance), et avec Gaston, il joue au chat et à la souris (la souris étant Lagaffe). Il faut dire aussi que le vieux tacot (une Fiat 509) a toutes les caractéristiques pour rendre dubitatif devant les éventuelles infractions au code de la route (précisons que le contrôle technique n’était pas encore obligatoire, ce qui permet ainsi l’utilisation de charbon de bois, par exemple, pour faire tourner le moteur !). Inutile de préciser que cette bande dessinée ne donne pas une image très flatteuse des forces de l’ordre, l’auteur étant lui-même antimilitariste.

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Franquin s’est montré presque visionnaire en présentant Gaston Lagaffe comme l’inventeur de l’airbag (pas encore tout à fait au point car il étouffe le conducteur ; comme dira Prunelle, dans un accident, ça fait plus propre !), ou encore le moteur électrique (d’une manière très naïve, avec une pile électrique géante).

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Les gags avec la voiture de Lagaffe font aussi penser au film "Trafic" de Jacques Tati, avec le barbecue intégré à l’habitacle. Longtarin ne cesse de vouloir verbaliser Gaston qui lui invente beaucoup de bricoles, la sucette géante en guise de panneau de sens interdit, la grue dans un arbre pour stationner en hauteur, la tirelire en forme de parcmètre, etc.

Au-delà de toutes les inventions technologiques plus ou moins farfelues, Gaston Lagaffe est connu aussi pour sa passion de la chimie. Il fait de nombreuses expériences de chimie amusante, et aussi de gastronomie, mais c’est la même discipline pour cet employé de bureau. Ce type d’activité a certainement suscité de réelles vocations, chez des enfants fascinés, à devenir chimistes… même si les expériences de Gaston finissent toujours mal, avec une explosion, un incendie ou une catastrophe de même envergure !

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La culture n’est pas négligée puisqu’on peut par exemple voir la description d’une voûte romane en guise de rangement de la bibliothèque. Différents équipements sportifs sont également présentés, comme la boule de bowling qui est évidemment rangée en haut d’une armoire, ou un jokari avec une super-balle reliée à un élastique très long, faisant le bonheur du matou.

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Gaston Lagaffe joue aussi un rôle essentiel, volontairement ou involontairement, pour empêcher toute signature des contrats très importants avec le terrible homme d’affaires "gros plein de soupe" De Mesmaeker, qui est apparu pour la première fois le 17 mars 1960 ("Journal de Spirou" numéro 1144). Il ressemble au père de Jidéhem, dont le vrai nom est Jean De Maesmaker ("coutelier" en flamand, mais avec le jeu de mot bienvenu "mess maker", faiseur de pagaille, en anglais) : « Jidéhem est arrivé un jour en riant et disant : il ressemble à mon père. (…) Si vous me donnez votre permission, je l’appelle De Mesmaeker ! Il était d’accord et on l’a fait. » (Franquin).

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Jidéhem était le dessinateur de décors des bandes dessinées de Franquin et s’occupait aussi de leur encrage, et son père, lui, était un vrai responsable commercial et avec la notoriété de Gaston Lagaffe, il a eu beaucoup de mal à être pris au sérieux pour faire signer ses contrats commerciaux ! Au départ, d’ailleurs, Jidéhem aurait dû récupérer la série de Gaston Lagaffe, mais Franquin trouvait qu’il dessinait avec le trait trop raide pour le mou Gaston : « Gaston, finalement, je ne le sens pas : il est trop souple pour moi ! » (Jidéhem).

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Ce fut dans le numéro 2776 du "Journal de Spirou" le 25 juin 1991 que fut publiée la dernière planche de Gaston Lagaffe. Le dernier album de Gaston Lagaffe, seizième à l’origine mais dix-neuvième en comptant les rééditions (à cause de différents formats, il y a eu un véritable désordre dans la numérotation des albums dès les années 1970 !), est paru à titre posthume le 7 décembre 1999 aux éditions Marsu Productions, titré depuis 2009 "Faites gaffe à Lagaffe".

Cela fait une vingtaine d’années de Gaston Lagaffe est à la retraite (normal, quand on s’appelle Gaston Lagaffe, de prendre sa retraite à 40 ans !), et c’est une immense désolation qu’il ne reprenne pas un peu d’activité pour satisfaire ses nombreux adorateurs dont je fais partie. Précurseur, Gaston Lagaffe, bien avant l’heure, est peut-être finalement le bon prototype du jeune de la "génération Y" !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Toutes les illustrations sont des dessins réalisés par André Franquin pour les éd. Dupuis, sauf indication contraire).


Pour aller plus loin :
Gaston Lagaffe.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170228-gaston-lagaffe.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/gaston-lagaffe-le-jeune-de-190135

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/28/34981513.html


 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 05:03

« Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? ».


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Le samedi 28 janvier 2017, à 21 heures, a eu lieu la dernière représentation, à Paris, de la pièce "Acting". La première représentation a été jouée le jeudi 29 septembre 2016. Le lieu, le Théâtre des Bouffes-Parisiens (2 rue Monsigny à Paris 2e), ce théâtre qui avait été une excuse pour le Président François Hollande par sa présence pour écouter Michel Drucker et ne pas regarder le deuxième débat de la primaire socialiste le 15 janvier 2017… La pièce est ensuite jouée au théâtre d’Antibes du 2 au 4 février 2017.

"Acting" est une pièce écrite et mise en scène par le dramaturge et réalisateur Xavier Durringer, réalisateur notamment du film "La conquête" (sorti le 18 mai 2011) qui raconte l’ascension de Nicolas Sarkozy (joué par Denis Podalydès) de 2002 à 2007. Les décors sont d’Éric Durringer, les lumières d’Orazio Trotta et les costumes de Nathalie Bérard-Benoin.

Écrite en 2012, elle fut d’abord jouée à Bordeaux. Le cadre, c’est une cellule de prison avec trois lits superposés. Le décor très sobre est assez symbolique, on dirait que la cellule est dans une sorte de grotte avec pour seul contact avec l’extérieur une porte au fond de la scène, d’où rentre parfois le surveillant.

Dans la cellule, il y a deux prisonniers. L’un s’appelle Horace, le plus ancien dans la cellule, ce qui lui donne le droit de dormir sur le lit le plus haut. Il est muet et a été condamné pour meurtre. Il est insomniaque et regarde la télévision pendant la nuit. L’autre, installé sur le lit du milieu, est Gepetto. Il était expert-comptable et a une personnalité assez misérable. La pièce commence quand Robert est introduit dans la cellule. Il prend donc le lit du bas. Robert est un cinéaste (probablement raté) et a été condamné pour meurtre.

Très vite, Robert explique à Gepetto les rudiments du milieu des acteurs. Par exemple, lorsqu’une actrice se met nue, devant la caméra, en fait, ce n’est pas l’actrice créditée mais une jeune personne qui joue la doublure, souvent plus belle que l’actrice. Il raconte que la vraie vie d’un acteur, c’est surtout attendre devant son téléphone qu’un réalisateur l’appelle pour lui proposer un rôle.

Intrigué et fasciné par le métier d’acteur, Gepetto demande alors à Robert de lui apprendre ce métier. Réticent au départ, Robert y voit d’abord une façon de passer le temps en prison. Ensuite, il y trouve aussi un défit personnel car son élève ne paraît pas le plus performant. On voit donc Robert donner des cours de comédie à Gepetto qui est au départ particulièrement terne et nul. Mais petit à petit, Gepetto devient de plus en plus présent sur la scène.

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C’est en fait Shakespeare qui est mis en valeur dans cette pièce assez étonnante. Gepetto déclame la même tirade de Shakespeare (le monologue d’Hamlet) de trente-six manières, en commençant par la récitation scolaire très mauvaise jusqu’à une sorte d’allégorie surmontée d’une cape de rouge royal.

C’étaient évidemment les deux comédiens principaux qui m’ont fait venir à ce théâtre.

Niels Arestup (67 ans) joue le rôle de Robert. Je l’avais vu jouer dans des films au cinéma, campant par exemple excellemment le dircab organisé et lymphatique, Claude Maupas, dans "Quai d’Orsay" (réalisé par Bertrand Tavernier et sorti le 6 novembre 2013) qui lui a valu l’un de ses trois Césars (le calme n’est pourtant pas sa première caractéristique de comédien !) ou encore dans le magistral dialogue entre le général Dietrich von Choltitz et Raoul Nordling sur la destruction de Paris dans "Diplomatie" (réalisé par Volker Schlöndorff et sorti le 5 mars 2014).

Mais sa vie, c’est d’abord le théâtre où il s’épanouit, où il nage avec aisance. Sa voix très puissante, son souffle, sa présence sur la scène sont très impressionnants. C’est à l’évidence le principal personnage de la pièce, qui l’inonde de son charisme incroyable.

Kad Merad (52 ans) joue le rôle de Gepetto. L’air assez terne, il est très adapté à ce type de rôle souvent de personnage médiocre et sans envergure. Plus à l’aise au cinéma qu’au théâtre, il a gagné en notoriété avec "Bienvenue chez les Ch’tis" (2008) mais parmi les très nombreux films dans lesquels il a joué, on peut citer par exemple "Un ticket pour l’Espace" (2006) où il joue le spationaute amateur en attente de reconnaissance de son garçon (dans un duo avec la magnifique actrice Marina Foïs), ou encore dans "Le Petit Nicolas" (2009) et "Les vacances du Petit Nicolas" (2014) où il a joué parfaitement le rôle du père du Petit Nicolas (et ce n’était pas évident au départ de l’imaginer excellent pour ce rôle).

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Certains critiques ont d’ailleurs estimaient que Kad Merad jouait assez mal dans cette pièce "Acting", mais justement, son rôle était d’être un comédien raté et Shakespeare pouvait l’emporter vers le meilleur, le sublimer. Ces deux comédiens, visiblement, prenaient du plaisir sur scène même si Kad Merad semble moins assuré que son vieux compère.

Kad Merad a expliqué sur France 5 qu’il ne faisait pas toujours la même chose à chaque représentation et qu’il testait certains gestes. Donc, je ne sais pas si c’est systématique ou pour une seule représentation, mais disons pour l’anecdote que Kad Merad s’est beaucoup investi dans ce projet …au point de se mettre complètement nu sur la scène devant un public surpris ! C’est dans cette nudité, éclairée subtilement par Orazio Trotta, que Gepetto récite de manière très incarnée sa tirade de Shakespeare.

Enfin, l’humoriste Patrick Bosso (54 ans), a bien voulu se prêter au jeu d’Horace, au dialogue inexistant. On peut s’interroger sur l’utilité de son personnage, mais sa présence permet de mettre en place discrètement quelques éléments du décor et de donner une ambiance un peu plus glauque dans l’histoire.

Le public dans la salle le dimanche était de tout milieu, tout âge, et a semblé captivé du début à la fin avec ce dialogue ininterrompu entre Niels Arestup et Kerad Merad. Nul doute que cette pièce sera rejouée une prochaine saison…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Acting.
Quai d’Orsay.
Shakespeare.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170108-acting.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/acting-hamlet-a-toutes-les-sauces-189003

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/02/34855415.html




 

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 11:05

« Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? ».


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Ce week-end a lieu la dernière représentation, à Paris, de la pièce "Acting", plus précisément le samedi 28 janvier 2017 à 21 heures. Deux autres représentations auparavant, le jeudi 26 janvier et le vendredi 27 janvier 2017 à 21 heures. Le lieu, le Théâtre des Bouffes-Parisiens (2 rue Monsigny à Paris 2e), ce théâtre qui avait été une excuse pour le Président François Hollande par sa présence pour écouter Michel Drucker et ne pas regarder le deuxième débat de la primaire socialiste le 15 janvier 2017… La pièce sera ensuite jouée au théâtre d’Antibes du 2 au 4 février 2017.

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"Acting" est une pièce écrite et mise en scène par le dramaturge et réalisateur Xavier Durringer, réalisateur notamment du film "La conquête" (sorti le 18 mai 2011) qui raconte l’ascension de Nicolas Sarkozy (joué par Denis Podalydès) de 2002 à 2007. Les décors sont d’Éric Durringer, les lumières d’Orazio Trotta et les costumes de Nathalie Bérard-Benoin.

Écrite en 2012, elle fut d’abord jouée à Bordeaux. Le cadre, c’est une cellule de prison avec trois lits superposés. Le décor très sobre est assez symbolique, on dirait que la cellule est dans une sorte de grotte avec pour seul contact avec l’extérieur une porte au fond de la scène, d’où rentre parfois le surveillant.

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Dans la cellule, il y a deux prisonniers. L’un s’appelle Horace, le plus ancien dans la cellule, ce qui lui donne le droit de dormir sur le lit le plus haut. Il est muet et a été condamné pour meurtre. Il est insomniaque et regarde la télévision pendant la nuit. L’autre, installé sur le lit du milieu, est Gepetto. Il était expert-comptable et a une personnalité assez misérable. La pièce commence quand Robert est introduit dans la cellule. Il prend donc le lit du bas. Robert est un cinéaste (probablement raté) et a été condamné pour meurtre.

Très vite, Robert explique à Gepetto les rudiments du milieu des acteurs. Par exemple, lorsqu’une actrice se met nue, devant la caméra, en fait, ce n’est pas l’actrice créditée mais une jeune personne qui joue la doublure, souvent plus belle que l’actrice. Il raconte que la vraie vie d’un acteur, c’est surtout attendre devant son téléphone qu’un réalisateur l’appelle pour lui proposer un rôle.

Intrigué et fasciné par le métier d’acteur, Gepetto demande alors à Robert de lui apprendre ce métier. Réticent au départ, Robert y voit d’abord une façon de passer le temps en prison. Ensuite, il y trouve aussi un défit personnel car son élève ne paraît pas le plus performant. On voit donc Robert donner des cours de comédie à Gepetto qui est au départ particulièrement terne et nul. Mais petit à petit, Gepetto devient de plus en plus présent sur la scène.

C’est en fait Shakespeare qui est mis en valeur dans cette pièce assez étonnante. Gepetto déclame la même tirade de Shakespeare (le monologue d’Hamlet) de trente-six manières, en commençant par la récitation scolaire très mauvaise jusqu’à une sorte d’allégorie surmontée d’une cape de rouge royal.

C’étaient évidemment les deux comédiens principaux qui m’ont fait venir à ce théâtre.

Niels Arestup (67 ans) joue le rôle de Robert. Je l’avais vu jouer dans des films au cinéma, campant par exemple excellemment le dircab organisé et lymphatique, Claude Maupas, dans "Quai d’Orsay" (réalisé par Bertrand Tavernier et sorti le 6 novembre 2013) qui lui a valu l’un de ses trois Césars (le calme n’est pourtant pas sa première caractéristique de comédien !) ou encore dans le magistral dialogue entre le général Dietrich von Choltitz et Raoul Nordling sur la destruction de Paris dans "Diplomatie" (réalisé par Volker Schlöndorff et sorti le 5 mars 2014).

Mais sa vie, c’est d’abord le théâtre où il s’épanouit, où il nage avec aisance. Sa voix très puissante, son souffle, sa présence sur la scène sont très impressionnants. C’est à l’évidence le principal personnage de la pièce, qui l’inonde de son charisme incroyable.

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Kad Merad (52 ans) joue le rôle de Gepetto. L’air assez terne, il est très adapté à ce type de rôle souvent de personnage médiocre et sans envergure. Plus à l’aise au cinéma qu’au théâtre, il a gagné en notoriété avec "Bienvenue chez les Ch’tis" (2008) mais parmi les très nombreux films dans lesquels il a joué, on peut citer par exemple "Un ticket pour l’Espace" (2006) où il joue le spationaute amateur en attente de reconnaissance de son garçon (dans un duo avec la magnifique actrice Marina Foïs), ou encore dans "Le Petit Nicolas" (2009) et "Les vacances du Petit Nicolas" (2014) où il a joué parfaitement le rôle du père du Petit Nicolas (et ce n’était pas évident au départ de l’imaginer excellent pour ce rôle).

Certains critiques ont d’ailleurs estimaient que Kad Merad jouait assez mal dans cette pièce "Acting", mais justement, son rôle était d’être un comédien raté et Shakespeare pouvait l’emporter vers le meilleur, le sublimer. Ces deux comédiens, visiblement, prenaient du plaisir sur scène même si Kad Merad semble moins assuré que son vieux compère.

Kad Merad a expliqué sur France 5 qu’il ne faisait pas toujours la même chose à chaque représentation et qu’il testait certains gestes. Donc, je ne sais pas si c’est systématique ou pour une seule représentation, mais disons pour l’anecdote que Kad Merad s’est beaucoup investi dans ce projet …au point de se mettre complètement nu sur la scène devant un public surpris ! C’est dans cette nudité, éclairée subtilement par Orazio Trotta, que Gepetto récite de manière très incarnée sa tirade de Shakespeare.

Enfin, l’humoriste Patrick Bosso (54 ans), a bien voulu se prêter au jeu d’Horace, au dialogue inexistant. On peut s’interroger sur l’utilité de son personnage, mais sa présence permet de mettre en place discrètement quelques éléments du décor et de donner une ambiance un peu plus glauque dans l’histoire.

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Le public dans la salle le dimanche était de tout milieu, tout âge, et a semblé captivé du début à la fin avec ce dialogue ininterrompu entre Niels Arestup et Kerad Merad. Nul doute que cette pièce sera rejouée une prochaine saison…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Acting.
Quai d’Orsay.
Shakespeare.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170108-acting.html







 

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31 décembre 2016 6 31 /12 /décembre /2016 02:10

Beaux yeux pour pleurer.


Cinq grandes stars du cinéma mondial viennent de partir en quelques jours autour de Noël 2016. Zsa Zsa Gabor est morte à moins de deux mois de ses 100 ans le dimanche 18 décembre 2016 à Los Angeles. Michèle Morgan "les beaux yeux" est morte à presque 97 ans le mardi 20 décembre 2016 à Meudon. Claude Gensac, qui fut la partenaire ("biche") de Louis de Funès, est morte à deux mois de ses 90 ans le mardi 27 décembre 2016 à Paris. Le même jour, Carrie Fisher, qui avait interprété le rôle de la princesse Leia Organa d'Alderaan dans "Star Wars", est morte à 60 ans à Los Angeles à la suite d'une crise cardiaque le 23 décembre 2016 dans un avion qui venait de Londres. Sa mère, Debbie Reynolds, célèbre notamment pour son rôle dans "Singin' in the rain", ne lui a survécu que de quelques heures, succombant à un accident vasculaire cérébral à 84 ans le mercredi 28 décembre 2016 à Los Angeles aussi.

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Pendant ce temps, l'actualité n'en finit pas d'être tragique. L'ambassadeur de Russie en Turquie Andreï Karlov a été assassiné le 19 décembre 2016 à Ankara, et le même jour dans la soirée, douze personnes ont été assassinées dans un attentat au camion bélier à Berlin. Soixante-quatre chanteurs et musiciens des Chœurs de l'Armée rouge (dont le chef d'orchestre, le général Valéry Khalilov) ont également péri dans un avion russe allant vers la Syrie, qui s'est écrasé dans la Mer Noire près de Sotchi le 25 décembre 2016 avec ses 92 passagers.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (31 décembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
Kirk Douglas.
Jean Gabin.






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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 06:42

Beaux yeux pour pleurer.


Deux grandes stars du cinéma mondial viennent de partir. Zsa Zsa Gabor est morte à moins de deux mois de ses 100 ans le dimanche 18 décembre 2016 à Los Angeles, et Michèle Morgan "les beaux yeux" à presque 97 ans le mardi 20 décembre 2016 à Meudon.

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Pendant ce temps, l'actualité n'en finit pas d'être tragique. L'ambassadeur de Russie en Turquie Andreï Karlov a été assassiné le 19 décembre 2016 à Ankara, et dans la soirée, douze personnes ont été assassinées dans un attentat au camion bélier à Berlin.


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Sylvain Rakotoarison (21 décembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Disparition de Zsa Zsa Gabor et de Michèle Morgan (dessin).
L’attentat de Berlin du 19 décembre 2016.
Kirk Douglas.
Jean Gabin.



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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 03:59

« J’avais 16 ans quand cet homme a pris le pouvoir en 1933. Pendant la décennie qui a précédé, on se moquait de lui, il n’était pas pris au sérieux. Il était considéré comme un bouffon qui ne pourrait jamais tromper une population civilisée et éduquée avec sa rhétorique haineuse et nationaliste. Les "experts" le considéraient comme une blague. Ils avaient tort. » ("Huffington Post", le 19 septembre 2016).


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L’acteur américain Kirk Douglas fête ce vendredi 9 décembre 2016 ses 100 ans. Un centenaire si rare chez les acteurs, même s’il en existe encore quelques-uns, ou quelques-unes, comme Gisèle Casadesus en France (qui a 102 ans et demi), Olivia de Havilland à Paris (qui a 100 ans et demi) et Zsa Zsa Gabor à Los Angeles (qui va avoir 100 ans dans deux mois). Il est né quand Woodrow Wilson était le Président des États-Unis ! Je lui souhaite de poursuivre sa longue existence dans les meilleures conditions de cœur et d'esprit.

En évoquant Kirk Douglas, on remonte le temps d’une manière vertigineuse. Car sa carrière a commencé juste au début des années 1940, puis à l’âge d’or du cinéma d’Hollywood. Il est de la même génération que Burt Lancaster et aussi Ronald Reagan, mais était Démocrate, pas Républicain. D’ailleurs, son engagement est allé assez loin dans la production de films particulièrement "engagés" au plein maccarthysme.

Toujours engagé, même centenaire, il prit fortement position, dernièrement, le 19 septembre 2016, dans la campagne présidentielle, pour s’opposer à la candidature de Donald Trump, en le comparant (un peu exagérément) à Adolf Hitler : « Il y a quelques semaines, nous avons entendu des mots en Arizona. Ils ont glacé le sang de ma femme Anne, qui a grandi en Allemagne. Ils auraient pu être prononcés en 1933. (…) Je pensais avoir tout vu, jusqu’à maintenant. Mais je n’ai jamais vu une telle campagne de peur, menée par l’un des principaux candidats à la Présidence des États-Unis. ».

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Et d’ajouter : « J’ai vécu longtemps, j’ai bien vécu. Je ne serai pas là pour voir les conséquences si ce mal prend racine dans notre pays. Mais vos enfants, et les miens, seront là. Et leurs enfants. Et les enfants de leurs enfants. ».

D’origine juive et (biélo)russe, Kirk Douglas (qui s’appelait en fait Issur Daniélovitch puis Izzy Demsky) a voulu très tôt devenir acteur et rencontra notamment Lauren Bacall (devenue une très grande amie) pendant leurs études d’art dramatique juste avant l’entrée en guerre des États-Unis (il s’engagea puis fut réformé après une maladie). Il joua aussi avec Robert Mitchum et Burt Lancaster avant un premier succès dans "Le champion" en 1949 (il a 32 ans).

A commencé alors une carrière cinématographique de légende avec des grands réalisateurs (Howard Haws, Vincente Minnelli, Stanley Kubrick, Robert Aldrich, Otto Preminger, Brian De Palma, etc.), des grands acteurs (Burt Lancaster, Tony Curtis, John Wayne, etc.) et des grandes actrices (Lauren Bacall, Rita Hayworth, etc.).

Sa période d’or du cinéma fut les années 1950 et 1960, où il tourna dans de nombreux films (dont certains qu’il produisait en même temps), notamment : "La femme aux chimères" (1950), "La captive aux yeux clairs" (1952), "Vingt mille lieues sous les mers" (1954), "Ulysse" (1954), "La vie passionnée de Vincent Van Gogh" (1956), "Règlements de comptes à OK Corral" (1957), "Les sentiers de la gloire" (1957), "Les Vikings" (1958), "Spartacus" (1960), "Les héros de Télémark" (1965), "L’ombre d’un géant" (1966), "La caravane de feu" (1967), etc.

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Malgré son âge très avancé et son état de santé défaillant, Kirk Douglas a tourné avec son fils Michael, la mère de ce dernier Diana, et leur petit-fils Cameron dans "Une si belle famille" (2003). Par ailleurs, il a participé au grand film de René Clément "Paris brûle-t-il ?" (1966) dans un rôle mineur.

Kirk Douglas va souffler ses cent bougies la peine au ventre, un mois et un jour après les élections américaines qui lui font craindre que le pire est devant lui, alors qu’il voulait siffler : « Les jours heureux sont encore ici ! » [Happy days are here again], et il ajoutait : « Comme mon adorable amie Lauren Bacall m’a dit une fois : "Tu sais siffler, n’est-ce pas ? Tu mets tes lèvres ensemble, et tu souffles !" ».

Pour lui rendre hommage, voici quelques extraits de films très connus dans lesquels il a joué.


1. "La vie passionnée de Vincent Van Gogh" (17 septembre 1956, Vincent Minnelli)

Kirk Douglas joue extraordinairement le rôle du peintre, aux côtés d’Anthony Queen (Gauguin), de Pamela Brown et de James Donald (Theo).






2. "Règlements de comptes à OK Corral" (29 mai 1957, John Sturges)

Kirk Douglas joue le joueur de poker et Burt Lancaster le shériff.






3. "Les sentiers de la gloire" (18 septembre 1957, Stanley Kubrick)

Film extraordinaire, initialement interdit en France (sa sortie a eu lieu le 26 mars 1975, soit dix-sept ans plus tard !), qui reprend un épisode terrible de l’Histoire de France qui s'est déroulé dans l’armée française au cours de la Premier Guerre mondiale. Kirk Douglas joue un colonel qui tente de sauver la vie de soldats français qui sont jugés et condamnés à mort par une justice militaire expéditive en période de guerre.



Les Sentiers de la Gloire - Path of Glory (De... par laurentnice



4. "Spartacus" (6 octobre 1960, Stanley Kubrick)

Spartacus est joué par Kirk Douglas aux côtés notamment de Crassus (Laurence Olivier), Lentulus Batiatus (Peter Ustinov) et Antoninus (Tony Curtis).






5. "L’ombre d’un géant" (30 mars 1966, Melville Shavelson)

Le film raconte le début de l’armée israélienne juste avant l’indépendance d’Israël en 1948. Jouent aux côtés de Kirk Douglas notamment Franck Sinatra, John Wayne et James Donald.










Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (09 décembre 2016)
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Pour aller plus loin :
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Eugène Ionesco.
Gotlib.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/kirk-douglas-a-l-ombre-d-un-geant-187327

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/09/34659298.html



 

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 19:51

« Je classe l’humanité en deux catégories : ceux qui classent l’humanité en deux catégories ; les autres, dont je fais partie. » ("Ma Vie en vrac", éd. Flammarion, 2006).


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L’un de ses gags, c’était ce vieux dessinateur dépressif qui ne trouvait plus de gag à imaginer pour sa page quotidienne et qui appela la mort. Lorsque la mort est venue, le dessinateur trouva un nouveau gag (au dépens de la faucheuse) et lui demanda donc de revenir un peu plus tard, le temps de dessiner son gag… Cette fois-ci, pourtant, ce dimanche 4 décembre 2016 au Vésinet, "brutalement", le maître de l’humour dessiné fin et sophistiqué n’a pas su convaincre la mort de retourner sur ses pas. Gotlib avait 82 ans et déjà une légende monumentale derrière lui. À la fin du 31e Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil (du 30 novembre au 5 décembre 2016).

À la différence des bandes dessinées proposées par ce salon à Montreuil, l’œuvre de Gotlib n’était pas à mettre entre toutes les mains, et notamment celles de l’innocence de l’enfance. Quand on relit certains extraits, on peut même retenir un frisson d’audace. Perversion sexuelle, exorcisme, hérésie, tous les sujets parfois glauques ou graveleux avaient été abordés par Gotlib qui, pourtant, avait gardé sa naïveté et sa gentillesse venues de l’enfance.

Le Web permet de voir rapidement que la peine est largement partagée par de très nombreux amoureux de Gotlib, dont je fais partie. Il était en quelques sortes mon oncle ou mon grand-oncle, celui qui était le plus jeune de la famille, la branche un peu artiste, celle de l’audace, la rigolote, celle qui continue à s’amuser pendant que les grandes personnes dissertent.

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À la maison, quand j’étais enfant, nous n’avions que des bandes dessinées "classiques", comme Astérix, Lucky Luke, Gaston Lagaffe, Spirou, Achille Talon, Boule et Bill, un peu de Tintin, sans plus.

Ce fut durant l’adolescence, quand je m’arrêtais dans une grande librairie, de retour du lycée, que j’ai découvert par moi-même Gotlib. Certes, j’ai découvert la face "sérieuse", celle que des mains innocentes pouvaient consulter. Et d’abord, les fameux "Dingodossiers" avec son compère René Goscinny, un autre génie, et sa continuation personnelle, les fameuses "Rubriques à brac" (Goscinny n’avait plus assez de temps pour poursuivre avec lui, et lui, par hommage et respect, s’était refusé à garder la même appellation).

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J’étais emballé par les nombreuses conférences loufoques du Professeur Burp, les déclinaisons très créatives de la découverte de la gravitation universelle par Newton, les rouspétances discrètes de la petite coccinelle, les nouvelles aventures du commissaire Bougret et de son assistant Charolles qui aime bien flirter avec la secrétaire (des plaisanteries sur Goscinny, Fred, Gébé et lui-même), etc.

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À cette série pouvaient s’accrocher le très lymphatique Gai-Luron et son plaisant compagnon Jujube, ainsi que Hamster Jovial, le chef scout des louveteaux qu’il encadre, qui ouvrait la voie à la provocation et au scato-comique.

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Toutes ces planches sont des descriptions sans complaisance mais avec beaucoup de tendresse des imperfections de la société dans laquelle Gotlib vivait à l’époque, à savoir, essentiellement celle des années 1960 et des années 1970.

Ce ne furent que quelques années plus tard, étudiant, que je découvris, avec des camarades prescripteurs, la face moins politiquement correcte de Gotlib, le "Gotlib pour adultes", celui des obsessions sexuelles, de l’anticléricalisme blasphématoire, de l’exhibition des fantasmes : "Pervers Pépère", "Rhâ-Gnagna", "Rhââ Lovely" qui sont des bandes dessinées "hard" dans le sens où elles ne sont destinées qu’aux adultes. Un exemple ici qui a mélangé à la fois le courage et la dégueulasserie, rompant le manichéisme simpliste des récits dessinés tout en étant très "osé".

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On pouvait bien sûr concevoir que certaines idées étaient de mauvais goût mais pour paraphraser Clemenceau, j’aurais tendance à dire que Gotlib est un bloc, on le prend ou on le rejette mais si l’on le prend, on prend tout. Parce que la férocité n’a rien à voir avec la méchanceté. Et encore moins à voir avec la vulgarité.

La fascination pour Gotlib porte à la fois sur le fond et la forme. L’humour décalé ou au second degré, au millième degré, avec son style incisif, ses blagues en récurrence, ses effets répétitifs, ses mises en abyme aussi. Et son trait très aiguisé, ses visages qui suscitaient l’imitation, les yeux expressifs, les oreilles bien esquissées, les mouvements dynamisés par des interjections et des onomatopées très vivantes.

Admirateur de Georges Brassens, Gotlib, c’était aussi un humour très français, très franchouillard. Ce n’était pas anodin qu’il fut co-inventeur du faux super-héros Superdupont, prêt à sauver la patrie avec son béret et sa baguette de bain, dans un costume pyjama très soyeux et des pantoufles de luxe.

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On ne peut que tirer son chapeau (comme Charolles !) pour la clairvoyance de Gotlib face aux extrémismes qui couvaient déjà sous les braises dans le pays, plus aptes à parler à tort et à travers de "patrie" qu’à la servir vraiment et qui confondent patriotisme et nationalisme qui a toujours été à l’origine des guerres dans l’histoire du monde. Au moins, lui, pouvait se vanter d’être né patriote : on n’arrive pas au monde et en France impunément un 14 juillet. Il a échappé de peu à la rafle du Vel’ d’Hiv’ mais son père, lui, fut déporté et gazé à Buchenwald…

Il y a deux ans à Paris, pour fêter ses 80 ans, Gotlib avait eu le privilège d’une exposition entièrement dédiée à ses créations, "Les mondes de Gotlib", qui avait rassemblé des documents, nombreux et passionnants, le concernant.

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Nul doute que durant cette période de Noël 2016, accompagnant cette nouvelle funeste, les marchands proposeront les œuvres gotlibiennes dans de nouvelles éditions de luxe pour marquer sa tragique disparition. Il avait en fait déjà disparu depuis une trentaine d’années, renonçant à la vie folle du dessinateur, et ses bandes dessinées n’ont pourtant jamais été aussi vivantes qu’aujourd’hui…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu

(Tous les dessins sont de Gotlib, éd. Audie).


Pour aller plus loin :
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161204-gotlib.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/au-revoir-gotlib-187227

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/12/04/34648579.html

 

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3 décembre 2016 6 03 /12 /décembre /2016 03:53

« Peut-être plus justement aurait-il aimé dire comme le peintre Degas : "J’aimerais être illustre et inconnu". Georges Duby n’aimait pas parler de lui. La pudeur suspendait la confidence. Il lui fallait forcer sa nature pour employer le "je". Il considérait que seule l’œuvre à laquelle il avait consacré sa vie méritait considération. » (Jean-Marie Rouart, 12 novembre 1998 à Paris).


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L’historien du Moyen-Âge Georges Duby a quitté les cathédrales à 77 ans le 3 décembre 1996, il y a exactement vingt ans. Il était l’un des plus grands historiens français du XXe siècle, avec son maître, Fernand Braudel.

Georges Duby parla ainsi de Fernand Braudel : « L’attache qui me lie à [lui] est plus serrée et ma dette envers lui plus lourde encore [que Georges Dumézil, son autre maître]. Trente années durant, la confiance dont il me témoigna conforta la mienne et soutint mon effort. Braudel fut réellement mon maître. Sans ses avis, ses encouragements, sans la vivacité, la générosité de ses critiques, je n’aurais pas mené comme je l’ai fait ma tâche d’historien.(…) Au lendemain de son élection à l’Académie, nous lui disions, ma femme et moi, notre joie. Il me répondit par un court billet dont je retiens cette apostrophe : "Ne souriez pas : vous y viendrez". En maintes circonstances, Braudel m’avait comme cela fait signe, appelé à sortir de moi-même, tiré de ma timidité. Il m’avait averti longtemps à l’avance que, malgré ma résolution têtue de ne point m’éloigner de ces terres de soleil, de solitude et de grand vent où je me plais [Aix-en-Provence], je finirais par venir à Paris, au Collège de France. J’y vins et, vous le voyez, à son dernier appel, j’ai répondu. » (28 janvier 1988).

Aix-en-Provence fut une véritable révélation : « En quel terrain plus giboyeux pourrais-je espérer poursuivre ma chasse au bonheur ? Il me semblait, dans les rues silencieuses, frôler tantôt Jean-Henri Fabre, tantôt le cardinal de Bernis. Lyon, c’était l’ennui, Aix, le plaisir. ».

Eh oui, pas évident pour le passionné d’accepter le prestige et les honneurs : « Comme beaucoup de savants, ses travaux de longue haleine, ses recherches scientifiques autant que sa réserve naturelle auraient dû l’éloigner du grand public. Ce public auquel il aura toujours à cœur de s’adresser. » (Jean-Marie Rouart).

Pourtant, Georges Duby les méritait, ces honneurs et cette célébrité, et les reçut. Né le 7 octobre 1919 à Paris, près de la Place de la République, il mena une carrière particulièrement brillante : après des études à Lyon, il fut reçu comme agrégé d’histoire et géographie en 1942 et enseigna d’abord aux universités de Lyon, de Besançon et d’Aix-en-Provence. Pendant la guerre, il a caché un résistant juif. Il a soutenu sa thèse de doctorat le 21 juin 1952 à la Sorbonne sur la société au XIe et XIIe siècles dans la région mâconnaise et sur l’abbaye cistercienne de la Ferté-sur-Grosne entre 1113 et 1178. Le pli était pris : Georges Duby est devenu un médiéviste chevronné : « Grand travailleurs, esprit austère, exigeant (…), il a creusé dans ces galeries souterraines que sont les archives, dans l’ombre des bibliothèques. » (Jean-Marie Rouart).

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Son objet d’étude, c’était la société médiévale. Faire le pont entre l’histoire et la géographie, les territoires, les espaces ruraux, les populations. Amateur pointilleux de la langue française, disciple de Georges Dumézil, Georges Duby n’a pas hésité à s’investir dans la communication pour le grand public en proposant des documentaires télévisés ("Le Temps des cathédrales" en 1976) et en intervenant régulièrement dans des débats télévisés. Il fut d’ailleurs le premier président de la chaîne de télévision culturelle Arte France (de 1986 à 1989).

Il a tenu de très nombreuses conférences en France et à l’étranger, fut notamment membre du directoire du CNRS (Centre national de la Recherche scientifique) et d’autres organisations scientifiques françaises et étrangères. Il fut l’ami de beaucoup d’artistes (il a eu le premier prix de dessin au concours général), en particulier Soulages, Olivier Debré, etc.

Ses six ouvrages les plus passionnants sont, à mon sens : "L’An mil" (en 1967 chez Julliard), "Le Dimanche de Bouvines (27 juillet 1214)" (en 1973 chez Gallimard) sur la Bataille de Bouvines et le mythe fondateur de la nation française, "Les Procès de Jeanne d’Arc" (avec son épouse, en 1973 chez Gallimard), "Le Temps des cathédrales" (en 1976 chez Gallimard), "L’Europe au Moyen-Âge, art roman et art gothique" (en 1979 chez Flammarion) et "L’Histoire de la France : le Moyen-Âge" (en 1987 chez Hachette).

Alain Peyrefitte raconta "L’An mil"devant son auteur : « Utilisation pertinente des textes, perspicacité du commentaire, remise en question des idées reçues, tout, dans ce petit ouvrage, stimule la réflexion. Selon votre habitude, vous concluez par un superbe raccourci : "Ici, dans la nuit, dans cette indigence tragique et dans cette sauvagerie, commencent, pour des siècles, les victoires de la pensée d’Europe". Quelle différence entre la fin du premier millénaire et la fin du second ! Vous n’êtes pas seul à craindre que, dans l’abondance et le confort où nous sommes, ne commencent les défaites de notre civilisation. Et de plus en plus rares sont ceux qui attendent la lumière éternelle. L’espérance semble nous avoir quittés. » (28 janvier 1988).

Jean-Marie Rouart a expliqué que l’histoire était d’abord l’histoire sociale : « La Nouvelle Histoire comportait des risques, notamment celui d’être mal comprise ou rendue systématique. Fernand Braudel et Georges Duby ont été les premiers à s’insurger contre la catastrophique disparition des chronologies dans les études secondaires. Elle présente un autre danger : en sous-estimant les prouesses de l’action individuelle, les énigmes de l’ambition, de la foi, du cœur, elle éteint l’enthousiasme pour les grands hommes. Elle retire au passé sa poésie, son romanesque et se réduit parfois à l’exercice d’une brillante autopsie. ».

Georges Duby a expliqué la signification de cette société médiévale qui se mit à construire des monumentales cathédrales : « Par définition, la cathédrale est l’église de l’évêque, donc l’église de la cité, et ce que l’art des cathédrales signifia d’abord en Europe, ce fut la renaissance des villes. ».

Signe de reconnaissance, il fut élu professeur au Collège de France en 1970 (en même temps que Michel Foucault et Raymond Aron) et y resta jusqu’en 1991, à la chaire d’histoire des sociétés médiévales.

En 1974, il fut élu membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. Il fut également membre étranger de la British Academy, de la Royal Historical Society, de la Medieval Academy of America, de l’American Philosophical Society, de l’Académie royale de Belgique, de l’Accademia nazionale dei Lincei, de la Real Academia de Buesnas Lettras de Barcelone, de l’Académie européenne, de l’Académie des sciences de Hongrie, etc. Par ailleurs, il a reçu beaucoup de médailles et récompenses, comme les Palmes académiques (commandeur), le Mérite agricole (chevalier), la Légion d’honneur (commandeur), le Mérite (grand officier). Il fut aussi commandeur des Arts et des Lettres.

La consécration eut lieu lors de son élection à l’Académie française le 18 juin 1987 (au fauteuil d’André Maurois), où il fut reçu par Alain Peyrefitte le 28 janvier 1988, qui souligna : « L’Académie est le couronnement naturel de votre carrière. Exactement mille ans après que Hugues Capet fut élu roi de France, vous fûtes élu à l’Académie française : les historiens de demain retiendront peut-être ce nouveau clin d’œil du hasard, en tout cas du destin. ».

La réception bénéficia même (ce qui est très rare) d’une couverture médiatique par sa diffusion à la télévision française : « Dans ma voix, mon émotion se décèle. Je ne sais si l’on y sent aussi mon plaisir, ce plaisir que tous les miens, tous mes amis partagent. Votre choix, je l’ai dit, m’étonna. Me surprit aussi son retentissement, cette sorte de gloire dont l’élu, votre élu, se trouve du jour au lendemain revêtu. Je n’imaginais pas devenir l’objet de tant d’attentions, recevoir de si nombreux messages, certains venant de si haut, de si loin ou des profondeurs du passé : l’écho se répercutant aussitôt bien au-delà des frontières, et tous ces camarades d’études, de régiment que j’avais perdus de vue et qui tinrent à me témoigner que le lien n’était pas rompu. » (28 janvier 1988).

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Jean-Marie Rouart a décrit l’apport fondamental de Georges Duby : « Ne cherchons pas dans l’histoire l’objectivité, ni l’impartialité. Nous regardons le passé avec les yeux de notre temps. Georges Duby a projeté sur le Moyen-Âge les interrogations de notre siècle ; son grand apport aura été notamment de poser la question sociale, ainsi que d’avoir apporté une vision neuve des rapports entre les classes dominantes et les dominés. Nul avant lui n’avait examiné le Moyen-Âge sous cet angle. Michelet a voulu faire entendre la voix du peuple ; Georges Duby aura, lui, mis en lumière les conditions économiques et sociales des opprimés. Il aura été le porte-voix de ceux que l’histoire a trop souvent oubliés. Ainsi il a réuni la science et la sensibilité moderne. ».

La subjectivité de l’historien était-elle forcément idéologique ? Non, bien sûr, et ce fut Alain Peyrefitte qui le développa le mieux devant Georges Duby : « Vous soulignez ce que vous devez à Marx, à ses analyses sur les rapports de production et sur la lutte des classes. Pourtant, en dépit du succès que vous avez connu auprès des marxistes, vous n’avez jamais cédé à l’esprit ni aux excès idéologiques. L’économie n’explique pas tout ; le champ social la déborde largement. Vous utilisez les analyses de Marx, mais savez vous en dégager pour construire pragmatiquement vos études. Vous attachez autant d’importance à l’influence des mentalités qu’à celles des infrastructures matérielles. Vous êtes généreux, sensible au sort des humbles ; mais vous êtes un spectateur non engagé, à la différence de Raymond Aron. Vous voulez être ni "de gauche" ni "de droite". » (28 janvier 1988).

De même, Georges Duby était assez "neutre" religieusement, comme l’a constaté le même Alain Peyrefitte : « Je me défends, Monsieur, d’essayer de saisir où vous vous situez face au christianisme. Du moins n’êtes-vous pas du côté des "rationalistes", qui ricanent avec Voltaire sur le pucelage de Jeanne. Vous n’avez pas non plus la foi de votre mère, que vous qualifiez de "religion mérovingienne" (…). Vous ressentez en tout cas quelque chose qui s’approche de la foi et qui est le sens du sacré. Comment pourrait-on, d’ailleurs, comprendre le Moyen-Âge comme vous le faites, sans participer à son obsession du divin ? Rechercher la compagnie des saints et des preux, sans êtres éclaboussé de lumière ? ».

Mais c’est sans doute Georges Duby lui-même qui a proposé la meilleure définition de son rôle d’historien : « Qu’est-ce que le discours historique, sinon l’expression d’une réaction personnelle de l’historien devant les vestiges éparpillés de son émotion. Je dirais de son rêve. Car, inéluctablement, il doit rêver. Sérieusement, mais rêver. ». En ce sens, Georges Duby a fait rêver ses nombreux lecteurs sur les épopées médiales qu’il a su tant décrire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 décembre 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Georges Duby.
Alain Peyrefitte.
André Malraux.
Hannah Arendt et la doxa.
Hannah Arendt, la totalitarismologue du XXe siècle.
Xénophon.
Jacqueline de Romilly.
André Brahic.
Françoise Giroud.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Elie Wiesel.
Emmanuel Levinas.
William Shakespeare.
John Maynard Keynes.
Jacques Rueff.
Ernst Mach.
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Bernard d’Espagnat.
François Jacob.
Maurice Allais.
Luc Montagnier.

_yartiDubyGeorges04



http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20161203-georges-duby.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/georges-duby-le-moyen-age-en-187160

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