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13 juin 2017 2 13 /06 /juin /2017 05:12

« Pourquoi fait-on des dessins affreux ? Je crois que c’est surtout pour le plaisir simple et bête de faire des grimaces… En cherchant un peu plus loin, on trouverait peut-être que c’est pour transformer en gag la crainte du vieillissement, de la maladie, du cercueil ! » (André Franquin).


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Il y a soixante ans, le 13 juin 1957, est paru le 1000e numéro du "Journal de Spirou". C’était alors l’occasion de publier le premier gag d’un célèbre employé de bureau, Gaston Lagaffe, venu travailler aux éditions Dupuis on n’a jamais su trop comment ni pourquoi. J’avais déjà évoqué la figure de Gaston Lagaffe il y a quelques mois. Entre temps, un de ses talentueux collaborateurs, Jidéhem, spécialisé surtout dans les décors de cette bande dessinée, a souhaité rejoindre Franquin au paradis des auteurs de BD.

Je profite alors de cet anniversaire pour proposer une petite anthologie des gags de Gaston Lagaffe, une modeste sélection très arbitraire qui m’a paru assez représentative du mythe qui s’est forgé en moi. Car ce garçon aux jeans de taille basse qui laissent le nombril à l’air (c’était très visionnaire à l’époque) a accompagné, tel un grand frère un peu gauche, toute mon enfance et a participé, par défaut, à une partie de mon éducation.

Le temps de la mondialisation semble à l’opposé de cette petite vie pépère de bureau où les improductifs avaient encore droit de cité. D’ailleurs, le mot "improductif" devrait être correctement défini, car Gaston n’est pas vraiment un improductif.

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Certes, il est le contemplateur des siestes pendant les heures de bureau, mais son ingéniosité donne beaucoup d’idées pour créer de l’activité économique, au point même qu’un jour, montrant un très beau coucou en forme de capsule spatiale, il a réussi à faire détourner Monsieur De Mesmaeker de son fameux contrat avec Dupuis pour commencer à rédiger un autre contrat destiné justement à la commercialisation de cette pendule qui l’avait séduit.

Lagaffe a d’ailleurs toutes les qualités de l’idéaliste, celui qui aime la nature, qui pense à la hiérarchie des choses, sans avoir le nez sur le guidon, qui a du recul pour comprendre les choses importantes de la vie, qui est généreux et serviable, aidant une vieille tante ou un copain en difficulté. En ce sens, il est un altermondialiste avant l’heure, sans pour autant être partisan du repli sur soi ou du protectionnisme (car curieux de tout, Gaston aime la nouveauté, la modernité et aussi, donc, les gens venus d’autres mondes).

Je commence ici très brièvement avec quelques gags concernant justement le Gaston au grand cœur. Il a notamment pour ami Bertrand Labévue qui déprime beaucoup. Le thème de la dépression (on dit aujourd’hui burn out) n’est pas vraiment traité si ce n’est pour en voir les effets parfois amusants. Ce qui est intéressant, c’est que Gaston ne change pas de comportement avec un "dépressif" par rapport à un "non dépressif".

Ainsi, on le voit parlementer avec Labévue qui a un manque évident de confiance en lui.

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La personne qui compte sans doute le plus au cœur de Gaston, c’est une collègue de bureau, Mademoiselle Jeanne, qui est archiviste. Elle est complètement fascinée par ce fabriquant de gaffes en série, et les deux s’aiment un peu, mais très timidement : jamais de tutoiement, pas de bisou sur la bouche, beaucoup de rouge de confusion quand les élans du cœur sont exprimés trop explicitement. Bref, mai 1968 n’est pas encore passé, et sur ce plan-là, la série laisse un petit goût de ringardise assumée tout en donnant du charme aux échanges platoniques.

Gaston n’hésite jamais à rendre un service à Mademoiselle Jeanne, si bien qu’un jour, il lui propose de réparer la fermeture éclair de sa housse de vêtements. Pour cela, il lui demande d’entrer à l’intérieur, ce qui lui vaut d’être un "garçon qui l’emballe". Finalement, Mademoiselle Jeanne reste coincée à l’intérieur de la housse et rien n’est réparé, mais elle ne lui en veut pas !

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Parmi les histoires d’amour avec Mademoiselle Jeanne, il y a les rêves. Gaston adore faire des rêves pendant qu’il travaille dur au bureau. Il s’imagine un grand héros du genre de Tarzan pour protéger sa dulcinée subjuguée par le courage et la puissance de son protecteur. Le rêve débouche très vite sur une bataille contre les requins qu’il réussit à tuer un à un.

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Le couple est dans l’eau mais peut encore respirer, et Gaston n’hésite pas à tuer à mains nues les prédateurs qui veulent les manger.

Dans un rêve ultérieur avec les requins, il y a une prise de conscience de l’environnement et de la vie animale qu’il faut aussi protéger. Alors, au lieu de tuer le requin, Gaston préfère simplement le domestiquer. Le requin devient alors un cheval docile pour chevaucher l’océan, un peu à la manière d’un film de science fiction. L’amoureuse est totalement conquise : « Je ne sais quelle est la créature qui pourrait vous résister ! »

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Je proposerai la suite de ce petit tour d’horizon des gags de l’ami Gaston, en passant au thème de la cuisine qu’il confond parfois avec la petite chimie amusante.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Toutes les illustrations sont des dessins réalisés par André Franquin pour les éd. Dupuis).


Pour aller plus loin :
Petite anthologie des gags de Lagaffe.
Jidéhem.
Gaston Lagaffe.
Albert Uderzo.
Cabu.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170613-gag-gaston.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/petite-anthologie-des-gags-de-194061

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/06/13/35378076.html

 

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6 mai 2017 6 06 /05 /mai /2017 03:20

« Louis et moi avons beaucoup d’affinités. Ce lien de parenté a naturellement accentué les ressemblances entre le personnage et moi-même. Nous sommes tous les deux généreux, filous, capables d’un coup de gueule, sans violence gratuite. »


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Peut-on être sympathique et bougon à la fois ? C’est peut-être tout le génie de la psychologie française que Victor Lanoux savait incarner dans sa complexité, un peu comme un Astérix des temps modernes, esprit à la fois indépendant et solidaire. Il aurait eu 81 ans le 18 juin prochain, mais la mauvaise santé l’a emporté à Royan ce jeudi 4 mai 2017.

S’il n’a eu aucune récompense officielle de la profession (seulement des "nominations" aux Césars et Molières), il a eu une large reconnaissance du grand public qui a pu le remarquer et l’apprécier dans de nombreux films au cinéma, auprès de grands réalisateurs : Yves Allégret, Gilles Grangier, Yves Boisset, Pierre Granier-Deferre, Claude Berri, Gérard Oury, Jean-Marie Poiré, Jean-Pierre Mocky, Philippe de Broca, André Téchiné, Georges Lautner, etc.

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À ses débuts, entre 25 et 30 ans, il commença en écrivant et interprétant des sketchs aux côtés de Pierre Richard dans des petites salles de spectacle. Parallèlement, il avait quelques rôles au théâtre dans des pièces de Molière, Shakespeare, etc. puis, à partir de la fin des années 1960, au cinéma.

Dans deux films d’Yves Robert, "Un éléphant, ça trompe énormément" (1976) et "Nous irons tous au paradis" (1977), Victor Lanoux fait partie d’une bande de copains avec Jean Rochefort, Claude Brasseur et Guy Bedos qui aura marqué le cinéma français des années 1970. Victor Lanoux campe un personnage un peu brutal et tendre en même temps.

Il a joué dans de nombreux téléfilms également, mais comme certaines stars du cinéma, Victor Lanoux s’est concentré à la fin de sa carrière sur une série télévisée centrée sur son personnage de brocanteur, "Louis la Brocante", dont il tourna quarante-quatre épisodes, diffusés du 24 janvier 1998 au 4 mars 2014 sur France 3.

Le principe de cette série française est assez classique : un personnage central, là où il se trouve, résout de nombreuses affaires, problèmes psychologiques ou matériels de son entourage. Victor Lanoux le fait comme brocanteur. D’autres séries télévisées utilisent le même ressort et placent ce personnage central dans d’autres contextes, comme "Joséphine ange gardien" (Mimi Mathy est une ange gardienne), "Camping paradis" (Laurent Ournac est un directeur de camping), "Doc Martin" (Thierry Lhermitte est médecin dans un village breton), "L’institut" (Gérard Klein est instituteur), "Famille d’accueil" (Virginie Lemoine et Christian Charmetant sont parents d’accueil), "Père et maire" (Christian Rauth est maire et Daniel Rialet est curé), etc.

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Dans "Louis la Brocante", c’est une série qui hume la province, la campagne lyonnaise, les bonnes sœurs, la gendarmerie aussi, etc. Son grand succès (certains épisodes ont atteint une audience de 9 millions de téléspectateurs) est basé non seulement sur le cadre (à la fois campagne et brocante), mais aussi sur le comédien lui-même qui inspire la sympathie et la complicité. Le personnage a été créé spécialement pour Victor Lanoux et sa personnalité : « Le personnage a été créé pour moi. Les deux auteurs (…) se sont inspirés des rôles que j’avais déjà interprétés et de ce qu’ils connaissaient de ma personnalité. ».

Il y a quatre ans, le 20 novembre 2012, Victor Lanoux (qui avait alors 76 ans alors que son personnage a 60 ans) a décidé d’arrêter la série, alors qu’il avait déjà voulu l’arrêter à la mort de trois comédiens survenue entre septembre 2009 et mars 2011 (Sim, ainsi que les interprètes du gendarme et de la mère supérieure : Armand Chagot et Nadia Barentin). Beaucoup de téléspectateurs pouvaient l’imaginer comme un vieil oncle plein de cœur et de dynamisme, toujours prêt à repartir pour la bonne cause.


Voici quelques séquences qui le font revivre un peu.


1. Sketch "Les briques" avec Pierre Richard (19 décembre 1965).






2. Extrait "Un éléphant, ça trompe énormément" (22 septembre 1976).





3. Extrait "Nous irons tous au paradis" (9 novembre 1977).






4. Extrait "Le bal des casse-pieds" (12 février 1992).






5. Interview de France 3 sur "Louis la Brocante" (4 mai 2006).






6. Un épisode de "Louis la Brocante" : "Le cordon bleu" (4 avril 2006).







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Eugène Ionesco.
Gotlib.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/victor-lanoux-joyeux-moustachu-192844

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27 avril 2017 4 27 /04 /avril /2017 00:59

« La musique moderne exige des sons différents, souvent plus sévères afin que le son du violoncelle puisse s'élever au-dessus de l'orchestre. Mon Stradivarius est d'une beauté incroyable, mais en tant qu'artiste je ne suis pas toujours à la recherche d'une belle sonorité, et j'utilise des instruments modernes le cas échéant. » (Rostropovitch).


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Il est né il y a un peu plus de quatre-vingt-dix ans, le 27 mars 1927, à Bakou, en Azerbaïdjan, et mort il y a juste dix ans, le 27 avril 2007, à Moscou. Mstislav Rostropovitch fut un musicien exceptionnel, connu d’abord pour sa virtuosité du violoncelle au point qu’il a suscité un grand nombre de créations d’œuvres musicales pour cet instrument qu’il considérait comme peu honoré par les compositeurs.

Issu d’une famille de musiciens (mère pianiste, père et grand-père violoncellistes), Rostropovitch fut connu et reconnu très rapidement. Son premier concert en soliste a eu lieu en 1940, à l’âge de 13 ans, dans une interprétation du concerto pour violoncelle n°1 de Saint-Saëns.

Au conservatoire de Moscou, il a appris le violoncelle, le piano, la direction et la composition. Il a renoncé assez rapidement à la composition, se disant qu’il n’était pas assez doué pour cela. En revanche, au-delà de son rôle de soliste, il a dirigé plusieurs orchestres au cours de sa vie (notamment l’Orchestre symphonique de Washington pendant dix-sept ans). Il a bénéficié de l’enseignement de professeurs prestigieux comme Prokofiev et Shostakovich. Son amour de l’opéra l’a conduit à diriger "Eugène Onéguine" en 1967 au Bolchoï.

À l’âge de 23 ans, en 1950, sa réputation n’était plus à faire et il a reçu des mains même de Staline la plus grande récompense de l’époque, le prix Staline, un prix prestigieux qui avait récompensé auparavant notamment Shostakovich en 1941, 1942, 1950, et 1952 ; Prokofiev en 1943, 1946, 1947 et 1951 ; Tolstoï en 1943, Tcherenkov en 1946, 1952 et 1977 (futur Prix Nobel de Physique 1958) ; Kalachnikov en 1949 (l’inventeur du fameux fusil mitrailleur qui est mort récemment, le 23 décembre 2013). Sakharov l’a obtenu un peu plus tard, en 1954 (futur Prix Nobel de la Paix 1975).

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À partir de 1963, sa réputation lui a permis de faire des tournées en Europe occidentale où il rencontra des compositeurs comme Britten, Dutilleux, Messiaen et même Bernstein, qui composèrent des œuvres musicales qui lui furent spécialement destinées. Rostropovitch aida Prokofiev lorsqu’il fut pourchassé par Staline (Prokofiev et Staline sont morts le même jour, à moins d’une heure de décalage), et Prokofiev composa pour lui une symphonie (op. 125) et un concerto (op. 132) dont Rostropovitch termina l’écriture après la mort de Prokofiev. Shostakovich, lui aussi, a découvert rapidement le génie musical de Rostropovitch et lui a dédié ses deux concertos pour violoncelle. Après la mort du compositeur, Rostropovich a racheté la maison habitée par Shostakovich pendant vingt ans à Saint-Pétersbourg et en a fait un musée.

Cette ouverture occidentale lui a montré qu’il existait, de l’autre côté du Rideau de fer, la démocratie et la liberté d’expression, au contraire de son pays, l’Union Soviétique. Rostropovitch apporta son soutien aux dissidents soviétiques dans les années 1970, comme Soljenitsyne et Sakharov, ce qui l’a rangé lui aussi dans les rangs des opposants à Brejnev qui l’a expulsé et déchu de sa nationalité soviétique en 1978, quatre ans après son exil aux États-Unis.

L’image qui restera encore longtemps dans les livres d’histoire, ce fut sa venue à Berlin le 11 novembre 1989, quelques heures après la chute du mur de Berlin. Il joua du violoncelle devant le mur, très simplement, sur une chaise, entouré des citoyens allemands fascinés par l’accélération de l’histoire.

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Pragmatique, Gorbatchev, qui avait réhabilité Sakharov le 19 décembre 1985, a réhabilité Rostropovitch le 16 janvier 1990. Rostropovitch est donc retourné à Moscou et a soutenu en 1991 Boris Eltsine, en dirigeant un concert sur la Place Rouge interprété par l’Orchestre symphonique de Washington dont il était encore le directeur musical.

Parmi les nombreux titres honorifiques reçus au cours de sa carrière, on peut citer que Rostropovitch fut en 1976 le troisième lauréat du Prix Ernst-von-Siemens, après Benjamin Britten et Olivier Messiaen et avant Herbert von Karajan, Pierre Boulez, Yehudi Menuhin, Karlheinz Stockhausen, Leonard Bernstein, György Ligeti, Claudio Abbado, Maurizio Pollini, Helmut Lachenmann, György Kurtag, Wolfgang Rihm, Henri Dutilleux, Daniel Barenboïm, Anne-Sophie Mutter, etc.

À sa mort à la suite d'une douloureuse maladie, quatre jours après celle de son ami Boris Eltsine, Rostropovitch a reçu les honneurs de la Russie, au cours d’une cérémonie le 29 avril 2007 dans la cathédrale du Christ-Sauveur à Moscou, très nouvellement reconstruite le 19 août 2000 sur les plans de l’originale (elle fut détruite le 5 décembre 1931 par Staline pour en faire un palais géant qui ne fut jamais construit et qui est devenue une gigantesque piscine), en présence notamment de Vladimir Poutine (que Rostropovitch avait soutenu), de la veuve de Boris Eltsine, de la veuve de Soljenitsyne et aussi de Bernadette Chirac (son mari était Président de la République française pour quelques jours encore), qui avait organisé une très grande fête à Paris à l’occasion des 70 ans de Rostropovitch en sa présence. Le musicien fut ensuite enterré à Moscou dans le même cimetière que ses deux maîtres Prokofiev et Shostakovich, ainsi que d’autres célébrités comme Andreï Gromyko, Nikita Khrouchtchev, Alexandre Lebed, Molotov, Nikolaï Podgorny, Boris Eltsine, Nicolas Gogol, Scriabine, Tchekhov, Rubinstein, Tcherenkov, Tupolev, etc.

Pour lui rendre hommage, je propose ici quatre extraits de ses très nombreux concerts.


1. Concert devant le mur de Berlin (11 novembre 1989).






2. 4e mouvement de la Symphonie n°5 de Shostakovich (Orchestre de Washington).






3. Concerto n°2 de Shostakovich.






4. Symphonie en mi mineur pour violoncelle (op. 125) de Prokofiev.







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 avril 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mstislav Rostropovitch.
György Ligeti.
Raspoutine.
Léonid Brejnev.
La fin de l’URSS.
La catastrophe de Tchernobyl.
Trofim Lyssenko.
Anna Politkovskaia.
Vladimir Poutine.
L’élection présidentielle de mars 2008.
Mikhail Gorbatchev.
Boris Eltsine.
Alexandre Soljenitsyne.
Andrei Sakharov.
L’Afghanistan.
Boris Nemtsov.
Staline.
La transition démocratique en Pologne.
La chute du mur de Berlin.
La Réunification allemande.
Un nouveau monde.
L’Europe et la paix.

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25 avril 2017 2 25 /04 /avril /2017 00:54

« À cette époque-là [années 1950], on faisait n’importe quoi pour subsister. On m’aurait demandé d’illustrer le Bottin que je l’aurais fait… ».


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Depuis la mort du regretté Gotlib, après Hergé (Tintin), Goscinny, Morris (Lucky Luke), Franquin (Gaston Lagaffe), Jacques Martin (Alix), Edgar P. Jacobs (Blake et Mortimer), Peyo (Les Schtroumpfs), Tabary (Iznogoud), Greg (Achille Talon), Roba (Boule et Bill), Fred (Philémon), Cabu (le Grand Duduche), etc., il est parmi les derniers des grands auteurs de la bande dessinée "historique" francophone encore en vie : Albert Uderzo, le célèbre dessinateur d’Astérix, fête ses 90 ans ce mardi 25 avril 2017.

Ce fils d’immigrés italiens né en Champagne a tout de suite été passionné par la bande dessinée après sa découverte de Mickey. Il a appris le métier sur le tas et en 1941, son premier dessin fut publié. Il a commencé en illustrant beaucoup d’œuvres (prêt à illustrer l’annuaire téléphonique s’il le fallait !). Juste après la guerre, il a tenté sa chance dans le dessin animé, n’hésitant pas à envisager le meilleur pour lui : « Je me voyais en toute simplicité devenir un jour le Walt Disney français. ». C’était cependant un milieu qui ne lui convenait pas.

Son savoir-faire n’était d’ailleurs pas que le dessin (avec deux genres, réaliste ou caricatural) : Uderzo est un grand adepte des gags et quand, au début des années 1950, son génie comique a rencontré le futur maître René Goscinny (pas encore très connu et à peu près du même âge), cela ne pouvait que faire des étincelles.

Leur première œuvre commune fut Oumpah-Pah, un petit Indien qui fut publié  dans le "Journal de Tintin" à partir du 2 avril 1958. Uderzo a fait partie des premiers auteurs lors du lancement du nouveau magazine "Pilote" en dessinant les aventures de Tanguy et Laverdure avec pour scénariste Jean-Michel Charlier, mais cela n’a pas duré très longtemps, seulement deux ans, car Uderzo allait être occupé par une autre série bien plus prometteuse.

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En effet, dans le premier numéro de "Pilote", le 29 octobre 1959, est sortie également la première page d’Astérix le Gaulois, avec pour scénariste son compère Goscinny. Une aventure qui a tout de suite eu un succès mondial : avec plus de 350 millions d’albums vendus en 2011, bientôt 400 millions, traduits dans 113 langues, Uderzo gagne ainsi beaucoup de droits d’auteur chaque année.

Ce qui déclencha une polémique familiale de plusieurs années car sa fille considérait qu’Albert Uderzo étai victime d’un abus de faiblesse. La famille s’est réconciliée une fois que la justice a rejeté cette accusation et établi qu’Uderzo n’était pas …sénile (le 27 décembre 2013, il disait : « Je ne suis pas Liliane Bettencourt ! »). Le différend familial portait aussi sur le licenciement de sa fille et sur le devenir des éditions Albert René.

L’humour fin et sophistiqué d’Astérix, c’était la rencontre exceptionnelle entre un Goscinny génial dans l’humour et la chronique et un Uderzo fan des gags. Cela a donné une demi-cinquantaine d’histoires gauloises où l’anachronisme côtoyait les sujets d’actualité plus ou moins épineux (la collaboration, la corruption, la fraude fiscale, etc.).

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Avec ce ton dynamique qui mélange à la fois un chauvinisme franchouillard d’autodérision, un esprit français à la fois rebelle et raisonnable, de mauvais caractère et brave, et un humour qui redonne de la vigueur au latin, qui fait des multiples clins d’œil aux copains avec beaucoup de caricatures (comme Pierre Tchernia), les histoires d’Astérix ont pu incarner elles-mêmes l’esprit français au point que le premier satellite français mis sur orbite fut nommé Astérix.

Dans les albums d’Astérix, le côté râleur et grognon des Gaulois est compensé par les fins heureuses, car les histoires se terminent toujours en banquet au clair de lune avec une franche rigolade, des sangliers rôties, des nanas qui dansent sur la table …et un barde ligoté contre un arbre.

Histoire moins rigolote, et même tragique, la mort brutale de Goscinny à 51 ans en novembre 1977 (d’arrêt cardiaque lors d’un test à l’effort) a laissé orphelin Astérix au moment où ses auteurs étaient en cours de divorce avec leur éditeur Dargaud. Albert Uderzo a finalement décidé de continuer les histoires en reprenant aussi leur scénario. Le premier album sans Goscinny (25e album d’Astérix) fut "Le Grand fossé" (analogie du mur de Berlin mais aussi du clivage politique gauche/droite). On comprendra que les histoires qui ont suivi n’étaient pas exactement de même facture, sans l’irremplaçable Goscinny, même si le succès commercial restait au rendez-vous.

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Au-delà des albums de bande dessinée eux-mêmes, le personnage d’Astérix a aussi engendré une dizaine de dessins animés qui ont eu environ 17 millions d’entrées en France et quatre films qui ont totalisé plus de 48 millions d’entrées en France, et beaucoup d’autres activités commerciales (comme un parc de loisirs au nord de Paris et de très nombreux jeux vidéo).

Ayant des difficultés de santé avec ses mains et ne pouvant plus dessiner, Uderzo a décidé cependant en 2011 de poursuivre la série sans lui. Le premier album dessiné par Didier Conrad et scénarisé par Jean-Yves Ferri est sorti le 24 octobre 2013 ("Astérix chez les Pictes") et le troisième (38e album d’Astérix) sortira le 19 octobre 2017 ("Astérix et la Transitalique"). Par ailleurs, n’étant pas capable de différencier le vert du rouge, Albert Uderzo laissa à son frère Marcel, également auteur de bandes dessinées, la charge des couleurs.

Après l’attentat contre "Charlie Hebdo", l’une des victimes assassinées, Cabu, était un grand ami, Uderzo a publié un dessin de soutien et de solidarité, et a vendu une planche originale aux enchères pour aider les familles des victimes.

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Parmi les nombreuses récompenses qu’il a reçues, Uderzo a notamment été lauréat du grand prix de la ville d’Angoulême en 1999, une reconnaissance qui était déjà acquise par les nombreux lecteurs depuis une quarantaine d’années.

Au fait, Astérix a-t-il une couleur politique ? Certains l’ont cru mais Goscinny et Uderzo ont tout fait pour donner des signaux contradictoires et préserver la neutralité du personnage qui, par conséquent, est un bon symbole de rassemblement gaulois.

Que cet anniversaire à l’âge canonique, qui survient entre les deux tours d’une élection présidentielle cruciale dans l’histoire de la Gaule, euh, de la France, soit l’occasion, avant de futures batailles ou nouvelles querelles internes, de rester unis pour saluer le grand génie d’Albert Uderzo et de son regretté compère René Goscinny !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 avril 2017)
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Pour aller plus loin :
Albert Uderzo.
Cabu.
Gaston Lagaffe.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170425-uderzo.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/uderzo-l-un-des-deux-papas-d-192322

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/04/25/35201991.html

 

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3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 01:29

« Je ne me suis jamais supporté physiquement. J’ai horreur de me voir à l’écran… »


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L’un des acteurs français de second rôle les plus prolifiques est mort il y a trente ans, le 3 avril 1987, juste après une bonne partie de cartes entre copains. C’est l’occasion de revoir quelques tirades célèbres de Robert Dalban, un acteur très familier du cinéma français des années 1960, et en particulier, des fameux dialogues de Michel Audiard. Jamais récompensé officiellement par la profession, Robert Dalban a laissé suffisamment de tirades sur pellicule pour assurer son souvenir sinon sa postérité.

Né le 19 juillet 1903, il a tourné en effet dans plus de deux cents films et téléfilms, aux côtés de nombreux acteurs comme Jean Marais, Paul Meurice, Alain Delon, Fernandel, Albert Préjean, Jean Gabin, Bernard Blier, Lino Ventura, Louis de Funès, Claude Rich, Pierre Richard, Jean Lefebvre, Francis Blanche, Louis Seigner, André Pousse, Michel Constantin, Paul Préboist, Jean Carmet, etc. et je ne cite pas les très nombreuses actrices qu’il a dû côtoyer pendant plus de cinquante ans de carrière.

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Issu d’une famille modeste, venu à Paris avec ses parents et ses deux sœurs, Robert Dalban a renoncé aux études quand il a compris sa fascination pour le spectacle. Il a fréquenté quelques jeunes voyous et aurait pu mal finir. Il a commencé à 16 ans comme comique troupier dans des théâtres parisiens, recruté par le futur père de Catherine Deneuve et de Françoise Dorléac. Il fit même une tournée aux États-Unis aux côtés de la mythique Sarah Bernhardt. Il a commencé à tourner des films en 1934. Il s’est marié avec la célèbre actrice Madeleine Robinson en 1940 (« à la suite d’un pari stupide » aurait dit l’actrice) pour six ans, puis avec la chanteuse Francine Claudel pour pas plus longtemps.

Dans ses nombreux films, il a joué souvent des rôles mineurs mais d’une très convaincante sincérité. Souvent dans des fonctions annexes, comme serveur, domestique, concierge, garagiste, commerçant, voire policier, truand, etc. Sa voix (qu’il a parfois prêtée pour des doublages d’acteurs américains comme Clark Gable et Burt Lancaster, et même Jean Gabin pour un film américain !) reste familière et rassurante, paternelle et nécessaire aux cinéphiles des années 1960.

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Le sommet de son art, il le doit à Georges Lautner et Michel Audiard, collaboration dans une dizaine de films à la fois polars et comiques argotiques, et le principal est évidemment "Les Tontons flingueurs", sorti le 27 novembre 1963, où Robert Dalban ressemble à s’y méprendre à l’ancien brigand devenu domestique Nestor, au château de Moulinsart, dans la bande dessinée Tintin.

Robert Dalban prononce alors quelques répliques qu’on dit "culte" comme le fameux « Yes Sir ! », ou encore : « Quand ça change, ça change ! Il ne faut pas se laisser démonter. ».





Dans "Le Pacha" de Georges Lautner, sorti le 14 mars 1968, il est un inspecteur un peu compromis et dit à Jean Gabin, le commissaire : « J’ai eu les jetons, c’est tout ! ». C’est à ce moment-là qu’à la question « À quoi tu penses ? », Jean Gabin lui répond le fameux : « Je pense que quand on mettra les c@ns sur orbite, t’as pas fini de tourner ! ». Les dialogues de Michel Audiard restent tellement savoureux que l’histoire, finalement, importe peu. Une autre tirade de Robert Dalban : « Depuis vingt ans que je fonce et que je prends du plomb dans la viande, on s’habituait ! ».





Dans "Ne nous fâchons pas", toujours de Georges Lautner, sorti le 20 avril 1966, Robert Dalban est dans un petit rôle, celui de l’embaumeur de corps (thanatopracteur), et propose à Jean Gabin comment faire disparaître un cadavre gênant.





Enfin, pour terminer sur les répliques "culte", dans "Un idiot à Paris", de Serge Korber, sorti le 22 mars 1967, toujours Michel Audiard au dialogue, Robert Dalban est le maire qui dit : « Je suis ancien combattant, militant socialiste et bistrot, c’est dire si dans la vie, j’ai entendu des c@nneries, mais des comme ça, jamais ! ».






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (03 avril 2017)
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Pour aller plus loin :
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Eugène Ionesco.
Gotlib.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/robert-dalban-le-majordome-191241

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/04/03/35101195.html

 

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17 mars 2017 5 17 /03 /mars /2017 03:33

« Je dois toutefois supposer que vous savez que la psychanalyse est un procédé de traitement médical de personnes atteintes de maladies nerveuses. » (1916).


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Le célèbre neurologue autrichien Sigmund Freud (1856-1939) a tenu une série de conférences chaque samedi de l’hiver 1915-1916 et de l’hiver 1916-1917 à la faculté de médecine de Vienne. Dans le public se mêlaient des étudiants en médecine, des médecins mais aussi toutes les personnes curieuses du sujet. La dernière conférence a eu lieu le 17 mars 1917, il y a exactement un siècle. Freud a rassemblé ses conférences dans un livre devenu référence, qui a eu beaucoup de succès, "Introduction à la psychanalyse", paru la même année. Il a dû rédiger son texte après ses conférences car il parlait sans avoir écrit de notes au préalable.

Si ce livre ne constitue pas la "naissance" de la psychanalyse dont le mot a été inventé par Freud dès 1896, vingt ans auparavant, il est néanmoins à l’origine du développement au grand public de ce nouveau concept. Par les hasards de la chronologie européenne, les dernières conférences ont été données au moment de la première Révolution russe, celle de février 1917 (qui a eu lieu en fait en mars 1917 dans le calendrier grégorien).

Freud décrit très rapidement la méthode : « Le traitement psychanalytique ne comporte qu’un échange de paroles entre l’analysé et le médecin. Le patient parle, raconte les événements de sa vie passée et ses impressions présentes, se plaint, confesse ses désirs et ses émotions. Le médecin s’applique à diriger la marche des idées du patient, éveille ses souvenirs, oriente son attention dans certaines directions, lui donne des explications et observe les réactions de compréhension ou d’incompréhension qu’il provoque ainsi chez le malade. ».

C’est probablement la première difficulté de la psychanalyse, celle de faire comprendre qu’à travers un simple échange verbal, des mécanismes (invisibles) se déclenchent et une solution peut se construire.

C’est une approche très innovante de thérapie des phénomènes pathologiques. Freud propose ainsi un certain nombre de chapitres concernant les manifestations de l’inconscient qui est la matière première du psychanalyste.

Il n’est pas question ici de faire un résumé exhaustif de ces conférences bien trop denses et qui ont suscité de nombreux développements ultérieurs, au cours du siècle qui a suivi. Je ne prendrai que quelques notions proposées par Freud.

Par exemple, "l’acte manqué" qu’il considère comme un « acte psychique complet, ayant son but propre ». Il peut être un lapsus lorsqu’on prononce, écrit ou entend un mot à la place d’un autre, ou une maladresse, un oubli, etc. Au lieu de considérer ces aspérités d’actes comme fortuites, Freud estime au contraire qu’elles sont significatives car elles chercheraient à réaliser un désir refoulé. C’est ce qu’il appelle un retour du refoulé, en ce sens où ces actes font surface en contournant la conscience pour avoir leur propre "vie".

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Un autre champ très grand à exploiter, c’est dans le domaine de l’interprétation des rêves. Au-delà de la signification première du rêve, au premier degré, le rêve exprime un sens caché qui provient des refoulements de la personne qui rêve et qui ne peut "censurer" des sujets dans la mesure où sa conscience est endormie. Quand la conscience dort, les inconsciences dansent !

Pour comprendre le sens caché d’un rêve, il y a donc tout un travail à fournir, dont la technique des "associations libres" qui, par des souvenirs parfois très anciens, permet de faire comprendre la signification, dans le rêve, d’une couleur, d’un bruit, d’une odeur, d’une forme, d’un geste, etc.

Le déterminisme freudien peut se comprendre dans ce genre d’exposé : « On peut suggérer au rêveur l’objet de son rêve, mais il est impossible d’agir sur ce qu’il va rêver. Le mécanisme du travail d’élaboration et le désir inconscient du rêve échappent à toute influence étrangère. En examinant les excitations somatiques des rêves, nous avons reconnu que la particularité et l’autonomie de la vie de rêve se révèlent dans la réaction par laquelle le rêve répond aux excitations corporelles et psychiques qu’il reçoit. ».

Cette technique des associations libres est le moyen de suivre le cheminement de l’inconscient. Cela nécessite du psychanalyste une neutralité bienveillante pour éviter que le patient se sente jugé et pour débrider son expression et sa réflexion.

À travers les émotions qui refont surface, le patient est alors invité à revivre des scènes de son passé, et va projeter ses sentiments sur le psychanalyste. Lorsque ce transfert est réalisé, alors la guérison est proche.

La névrose est, comme le rêve et l’acte manqué, un autre moyen de déguiser un désir refoulé. Freud considère que la psychanalyse a pour but justement de supprimer le refoulement. Le médecin doit donc faire comprendre que le statu quo du patient névrotique lui apporte plus de souffrance que de lever cette barrière du refoulement et d’affronter ces refoulements (peurs pendant la petite enfance, etc.) pour être guéri de sa névrose.

Freud distingue les personnes névrotiques des personnes psychotiques, et déconseille un travail psychanalytique sur ces dernières car elles ne sont pas capables de transfert, à cause de leur grand narcissisme qui centre leurs désirs sur eux-mêmes.

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Je n’ai fait qu’effleurer très rapidement et en surface ce vaste sujet. Ces années 1915-1917 ont durablement marqué l’histoire de l’humanité puisque, comme je l’ai indiqué, il y a eu la révolution russe, aussi, hélas, la Première Guerre mondiale, et également une voire deux révolutions dans la physique. Avec la Relativité générale d’Einstein et avec le développement de l’intrigante physique quantique qui, contrairement aux idées freudiennes de déterminisme psychique, a massacré le déterminisme scientifique au profit d’une théorie probabiliste imparfaite intellectuellement mais rudement efficace encore aujourd’hui.

Certains ont poursuivi le travail de Freud, d’autres au contraire se sont opposés à la théorie de Freud, en remettant en cause les principes de base. Le dernier connu en date est peut-être Michel Onfray, mais il n’est pas le seul.

J’ai le souvenir d’un exposé très philosophique de François Bayrou, à l’époque où il était encore jeune député, dans une station de ski dans les Pyrénées en été 1991. Il expliquait que le XXe siècle a été dévasté par trois philosophies plus ou moins bien comprises : Nietzsche, qui a abouti au nazisme génocidaire, Marx, qui a abouti au communisme sanguinaire, et enfin Freud qui a remplacé Dieu, et il souhaitait alors que d’autres valeurs, celles de l’humanisme, puissent plutôt dominer le monde actuel.

Pour ou contre la psychanalyse ?
Le débat reste ouvert, même un siècle plus tard...


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 mars 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sigmund Freud.
Livre "Introduction à la psychanalyse" (à télécharger).

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170317-freud-psychanalyse.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-psychanalyse-introduite-par-190535

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/03/17/35026888.html


 

 

 

 

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16 mars 2017 4 16 /03 /mars /2017 04:24

En 1917, Sigmond Freud a publié les conférences qu'il a données entre 1915 et 1917 dans un recueil qui fait date, intitulé "Introduction à la psychanalyse".

Cliquer sur le lien pour télécharger le livre de Freud (fichier .pdf) :
http://classiques.uqac.ca/classiques/freud_sigmund/intro_a_la_psychanalyse/intro_psychanalyse_1.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170317-freud-psychanalyse.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20170317-livre-freud-psychanalyse.html
 

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28 février 2017 2 28 /02 /février /2017 04:44

« Pourquoi fait-on des dessins affreux ? Je crois que c’est surtout pour le plaisir simple et bête de faire des grimaces… En cherchant un peu plus loin, on trouverait peut-être que c’est pour transformer en gag la crainte du vieillissement, de la maladie, du cercueil ! S’il n’est pas ce remède, le dessin d’horreur est un dévergondage, ce qui n’est pas une raison pour que je m’en abstienne. » (André Franquin).


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Dans le numéro 985 du "Journal de Spirou" sorti le 28 février 1957, un curieux personnage a fait son apparition pour la première fois. Il y a soixante ans exactement. Un jeune probablement pas très diplômé mais débrouillard, plein de tendresse et d’astuces, aussi un peu paresseux sur les bords, est devenu, au fil des bandes et des semaines, un héros. Ou plutôt, un anti-héros. Mort il y a un peu plus de vingt ans (le 5 janvier 1997 à 73 ans et 2 jours), André Franquin, futur auteur des "Idées noires", a créé Gaston Lagaffe. Son premier gag a été publié dans le "Journal de Spirou" numéro 1000, le 13 juin 1957.

À une époque des super-héros des "comics" américains, de Superman à Batman, l’arrivée d’un anti-héros à la vie plus que banale pouvait choquer. Aux côtés de Spirou et Fantasio, reporters aux aventures aussi exotiques que passionnantes, l’auteur a fait recruter un employé de bureau terne et sans aspérité. Et surtout, sans emploi précis.

La bande dessinée a "pris" tout de suite, car elle "parlait" à de nombreux lecteurs. La vie insipide de bureau, avec son chef de service hystérique (Prunelle ici), sa collègue au sourire rose en dents de scie (mademoiselle Jeanne), au comptable toujours rabat-joie (Boulier), etc. permettait une rapide identification.

Dans les premières années, le supérieur hiérarchique de Gaston était Fantasio, mais lorsque, en 1969, Franquin a laissé Jean-Claude Fournier reprendre les personnages de Spirou et Fantasio pour mieux se consacrer à Gaston Lagaffe, il a préféré choisir un nouveau personnage pour ne pas créer une double image de Fantasio : « Il ne pouvait y avoir deux Fantasio différents dans le même journal. Je connais la logique des lecteurs et les lecteurs n’auraient pas accepté ça ! » (Franquin). Ce fut Prunelle, en tant que rédacteur en chef du journal, qui remplaça Fantasio. Fantasio a fait sa dernière apparition auprès de Gaston Lagaffe le 8 avril 1971.

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Le ressort comique, c’était que justement, malgré cette vie terne et sans aventure, on pouvait y mettre de l’humour, de la poésie, de la créativité, même des rêves (sur une île déserte), avec quelques éléments récurrents qui se déclinaient de mille manières, comme le fameux courrier en retard.

Car si l’on comprend bien, Gaston Lagaffe était avant tout affecté aux réponses aux courriers des lecteurs. En fait, c’était son rôle a posteriori qui est survenu lors de son licenciement le 15 décembre 1960 (après avoir installé une vache dans la rédaction), mais heureusement, les lecteurs ont envoyé par milliers tellement de demandes pour qu’il fût réembauché par Dupuis que ce fut le cas le 19 janvier 1961. Pour se faire pardonner, Gaston Lagaffe a alors promis le 2 février 1961 qu’il répondrait personnellement aux milliers de lecteurs qui l’avaient soutenu.

Franquin ne s’était pas gêné pour prendre comme contexte la propre vie d’une maison d’édition de bandes dessinées, les éditions Dupuis, avec un patron, monsieur Dupuis, qui n’apparaît jamais dans les histoires mais avec cette réflexion répétée sans arrêt : mais pour quel travail Dupuis paie-t-il donc l’employé Gaston ?!

Autant dire qu’en 1958, on était en plein dans les Trente Glorieuses. La génération du baby-boom était adolescente, la France était en pleine crise algérienne et institutionnelle et De Gaulle allait revenir au pouvoir, établir des institutions stables dont la classe politique de 2017 bénéficie encore, et lancer un programme d’industrie et d’innovation qui a encouragé le progrès technologique et économique de la France (raffineries de pétrole, nucléaire, aéronautique, spatial, etc.).

Cela signifiait que si la situation morale et politique était assez incertaine, la situation économique n’avait rien de comparable à notre époque, et le chômage était quasi-inexistant. Beaucoup de postes, dans les années 1960, furent pourvus sans forcément tous les diplômes nécessaires, faute de main-d’œuvre suffisante.

Aujourd’hui, des Gaston Lagaffe, il ne peut plus y en avoir. Ils auraient été virés depuis longtemps. C’est dommage, car cette bande dessinée démontre que justement, aussi improductif se montre-t-il, Gaston Lagaffe est sans doute un élément moteur dans la cohésion sociale de son entreprise, polarisant haine ou passion autour de lui, créant du lien social, sollicitant l’entraide solidaire, la coopération, l’empathie au point de partager au nouvel an un bon rhume avec tous ses collègues !

Car le personnage est évidemment attachant, plein de ressources, un peu le débrouillard face aux règles, règlements, obligations, etc., le "Français résistant", qui contourne les règles, et en même temps, la bonne humeur, l’optimiste, le souriant, le généreux, le cœur sur la main (il n’y a aucune arrogance dans ce personnage, par exemple). Je parle de Français mais l’auteur est belge et Gaston est probablement un Belge.

Gaston Lagaffe est comme Spirou, Lucky Luke, Astérix ou même les Schtroumpfs, il est habillé toujours de la même manière. Des espadrilles bleues savate, des chaussettes rouges, un jeans noir, un pull à col roulé vert. Son nombril est à découvert, préfigurant la mode des années 2000 aux pantalons taille basse. Comble du politiquement incorrect d’aujourd’hui, Gaston Lagaffe, au début, fume des cigarettes (comme Lucky Luke du reste à la même époque).

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Comme c’est un doux rêveur, c’est un écologiste avant l’heure, aimant la nature, les animaux, la forêt, les champs. Le père Gustave est l’un de ses amis paysans. Il a apprivoisé un chat et une mouette rieuse qui a mauvais caractère. Tous les deux de vils animaux prêts à entrer dans le jeu des gaffes. Vu comment est dessiné le chat, j’imagine que Franquin a dû partager son existence avec quelques chats très joueurs. Gaston sauve de nombreux animaux de la mort certaine, comme un homard à qui il évite le bain bouillant au restaurant et qui devient combiné téléphonique pour le pauvre Fantasio (le téléphone homard fut une sculpture en plastique et métal de Salvador Dali créée en 1938 et qui pouvait être visible à Paris en 2013).

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L’interlocuteur numéro un de Gaston est Prunelle, barbu à lunettes et fumeur de pipe (il est apparu pour la première fois le 19 juillet 1962). C’est son chef mais aussi son compagnon de gaffe, souvent sa victime. Il est souvent en colère contre Gaston mais parfois, il apprend avec lui, ou il est associé à diverses inventions. Son cri le plus connu est : "RROGNTUDJÛ", dont la traduction (littéralement "nom de Dieu") est peu éloignée du "M’enfin !" de Gaston, le "M" désignant bien sûr le mot de Cambronne en éclipse. À noter que Prunelle voussoie Gaston alors que Gaston tutoie Prunelle. Généralement, ce serait plutôt l’inverse, le chef de service tutoierait le jeune collaborateur.

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En revanche, ses collègues le tutoient, comme Lebrac, le dessinateur stressé (car son dessin était à livrer pour hier). Et Gaston Lagaffe n’est jamais pour rien dans le stress du dessinateur, comme la fois où il a eu l’idée de lui accrocher sa gomme au moyen d’un élastique pour qu’il ne la perde plus, mais cela l’énerve car elle ne fait qu’osciller. Gaston lui dit alors : « Le chat réagit mieux que toi. Il a vu tout de suite le côté amusant. ». Lebrac est probablement l’autocaricature de Franquin lui-même.

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Préposée aux archives, mademoiselle Jeanne, à la grande queue de cheval rousse, est l’amoureuse timide et fascinée, admiratrice de toutes les idées les plus loufoques de Gaston Lagaffe. Elle est apparue pour la première fois le 15 novembre 1962. L’amour ne reste cependant que platonique et ils se voussoient. Gaston l’amènera en week-end champêtre, lui fera écouter de la belle musique avec son fameux gaffophone (apparu le 9 mars 1967), qui dépouille les sapins de leurs épines, lui montrera ses dernières inventions (le canapé de type crotte de mammouth composé… des courriers en retard), etc. et elle sera même l’héroïne des songes langoureux sur une île déserte, cascade d’eau, plage paradisiaque, hamac entre deux palmiers, requins dans la mer que Gaston-Tarzan saura éventrer au bon moment, etc.

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Comme il a une vie en dehors du boulot, Gaston fréquente aussi d’autres personnages que ceux des éditions Dupuis : son ami Jules-de-chez-Smith-en-face est l’alter ego du gaffeur dans le bâtiment en face, leur association permet évidemment plus de gags et plus d’astuces pour ne pas travailler. Il y a aussi Bertrand Labévue, ami dépressif prêt à passer sa vie dans une poubelle.

L’un des personnages souvent en colère, c’est Longtarin, l’agent de police, celui préposé à la circulation (autant dire qu’il n’y en a plus de nos jours, les feux rouges sont maintenant munis de caméras de surveillance), et avec Gaston, il joue au chat et à la souris (la souris étant Lagaffe). Il faut dire aussi que le vieux tacot (une Fiat 509) a toutes les caractéristiques pour rendre dubitatif devant les éventuelles infractions au code de la route (précisons que le contrôle technique n’était pas encore obligatoire, ce qui permet ainsi l’utilisation de charbon de bois, par exemple, pour faire tourner le moteur !). Inutile de préciser que cette bande dessinée ne donne pas une image très flatteuse des forces de l’ordre, l’auteur étant lui-même antimilitariste.

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Franquin s’est montré presque visionnaire en présentant Gaston Lagaffe comme l’inventeur de l’airbag (pas encore tout à fait au point car il étouffe le conducteur ; comme dira Prunelle, dans un accident, ça fait plus propre !), ou encore le moteur électrique (d’une manière très naïve, avec une pile électrique géante).

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Les gags avec la voiture de Lagaffe font aussi penser au film "Trafic" de Jacques Tati, avec le barbecue intégré à l’habitacle. Longtarin ne cesse de vouloir verbaliser Gaston qui lui invente beaucoup de bricoles, la sucette géante en guise de panneau de sens interdit, la grue dans un arbre pour stationner en hauteur, la tirelire en forme de parcmètre, etc.

Au-delà de toutes les inventions technologiques plus ou moins farfelues, Gaston Lagaffe est connu aussi pour sa passion de la chimie. Il fait de nombreuses expériences de chimie amusante, et aussi de gastronomie, mais c’est la même discipline pour cet employé de bureau. Ce type d’activité a certainement suscité de réelles vocations, chez des enfants fascinés, à devenir chimistes… même si les expériences de Gaston finissent toujours mal, avec une explosion, un incendie ou une catastrophe de même envergure !

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La culture n’est pas négligée puisqu’on peut par exemple voir la description d’une voûte romane en guise de rangement de la bibliothèque. Différents équipements sportifs sont également présentés, comme la boule de bowling qui est évidemment rangée en haut d’une armoire, ou un jokari avec une super-balle reliée à un élastique très long, faisant le bonheur du matou.

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Gaston Lagaffe joue aussi un rôle essentiel, volontairement ou involontairement, pour empêcher toute signature des contrats très importants avec le terrible homme d’affaires "gros plein de soupe" De Mesmaeker, qui est apparu pour la première fois le 17 mars 1960 ("Journal de Spirou" numéro 1144). Il ressemble au père de Jidéhem, dont le vrai nom est Jean De Maesmaker ("coutelier" en flamand, mais avec le jeu de mot bienvenu "mess maker", faiseur de pagaille, en anglais) : « Jidéhem est arrivé un jour en riant et disant : il ressemble à mon père. (…) Si vous me donnez votre permission, je l’appelle De Mesmaeker ! Il était d’accord et on l’a fait. » (Franquin).

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Jidéhem était le dessinateur de décors des bandes dessinées de Franquin et s’occupait aussi de leur encrage, et son père, lui, était un vrai responsable commercial et avec la notoriété de Gaston Lagaffe, il a eu beaucoup de mal à être pris au sérieux pour faire signer ses contrats commerciaux ! Au départ, d’ailleurs, Jidéhem aurait dû récupérer la série de Gaston Lagaffe, mais Franquin trouvait qu’il dessinait avec le trait trop raide pour le mou Gaston : « Gaston, finalement, je ne le sens pas : il est trop souple pour moi ! » (Jidéhem).

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Ce fut dans le numéro 2776 du "Journal de Spirou" le 25 juin 1991 que fut publiée la dernière planche de Gaston Lagaffe. Le dernier album de Gaston Lagaffe, seizième à l’origine mais dix-neuvième en comptant les rééditions (à cause de différents formats, il y a eu un véritable désordre dans la numérotation des albums dès les années 1970 !), est paru à titre posthume le 7 décembre 1999 aux éditions Marsu Productions, titré depuis 2009 "Faites gaffe à Lagaffe".

Cela fait une vingtaine d’années de Gaston Lagaffe est à la retraite (normal, quand on s’appelle Gaston Lagaffe, de prendre sa retraite à 40 ans !), et c’est une immense désolation qu’il ne reprenne pas un peu d’activité pour satisfaire ses nombreux adorateurs dont je fais partie. Précurseur, Gaston Lagaffe, bien avant l’heure, est peut-être finalement le bon prototype du jeune de la "génération Y" !…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Toutes les illustrations sont des dessins réalisés par André Franquin pour les éd. Dupuis, sauf indication contraire).


Pour aller plus loin :
Gaston Lagaffe.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170228-gaston-lagaffe.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/gaston-lagaffe-le-jeune-de-190135

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/28/34981513.html


 

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2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 05:03

« Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? ».


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Le samedi 28 janvier 2017, à 21 heures, a eu lieu la dernière représentation, à Paris, de la pièce "Acting". La première représentation a été jouée le jeudi 29 septembre 2016. Le lieu, le Théâtre des Bouffes-Parisiens (2 rue Monsigny à Paris 2e), ce théâtre qui avait été une excuse pour le Président François Hollande par sa présence pour écouter Michel Drucker et ne pas regarder le deuxième débat de la primaire socialiste le 15 janvier 2017… La pièce est ensuite jouée au théâtre d’Antibes du 2 au 4 février 2017.

"Acting" est une pièce écrite et mise en scène par le dramaturge et réalisateur Xavier Durringer, réalisateur notamment du film "La conquête" (sorti le 18 mai 2011) qui raconte l’ascension de Nicolas Sarkozy (joué par Denis Podalydès) de 2002 à 2007. Les décors sont d’Éric Durringer, les lumières d’Orazio Trotta et les costumes de Nathalie Bérard-Benoin.

Écrite en 2012, elle fut d’abord jouée à Bordeaux. Le cadre, c’est une cellule de prison avec trois lits superposés. Le décor très sobre est assez symbolique, on dirait que la cellule est dans une sorte de grotte avec pour seul contact avec l’extérieur une porte au fond de la scène, d’où rentre parfois le surveillant.

Dans la cellule, il y a deux prisonniers. L’un s’appelle Horace, le plus ancien dans la cellule, ce qui lui donne le droit de dormir sur le lit le plus haut. Il est muet et a été condamné pour meurtre. Il est insomniaque et regarde la télévision pendant la nuit. L’autre, installé sur le lit du milieu, est Gepetto. Il était expert-comptable et a une personnalité assez misérable. La pièce commence quand Robert est introduit dans la cellule. Il prend donc le lit du bas. Robert est un cinéaste (probablement raté) et a été condamné pour meurtre.

Très vite, Robert explique à Gepetto les rudiments du milieu des acteurs. Par exemple, lorsqu’une actrice se met nue, devant la caméra, en fait, ce n’est pas l’actrice créditée mais une jeune personne qui joue la doublure, souvent plus belle que l’actrice. Il raconte que la vraie vie d’un acteur, c’est surtout attendre devant son téléphone qu’un réalisateur l’appelle pour lui proposer un rôle.

Intrigué et fasciné par le métier d’acteur, Gepetto demande alors à Robert de lui apprendre ce métier. Réticent au départ, Robert y voit d’abord une façon de passer le temps en prison. Ensuite, il y trouve aussi un défit personnel car son élève ne paraît pas le plus performant. On voit donc Robert donner des cours de comédie à Gepetto qui est au départ particulièrement terne et nul. Mais petit à petit, Gepetto devient de plus en plus présent sur la scène.

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C’est en fait Shakespeare qui est mis en valeur dans cette pièce assez étonnante. Gepetto déclame la même tirade de Shakespeare (le monologue d’Hamlet) de trente-six manières, en commençant par la récitation scolaire très mauvaise jusqu’à une sorte d’allégorie surmontée d’une cape de rouge royal.

C’étaient évidemment les deux comédiens principaux qui m’ont fait venir à ce théâtre.

Niels Arestup (67 ans) joue le rôle de Robert. Je l’avais vu jouer dans des films au cinéma, campant par exemple excellemment le dircab organisé et lymphatique, Claude Maupas, dans "Quai d’Orsay" (réalisé par Bertrand Tavernier et sorti le 6 novembre 2013) qui lui a valu l’un de ses trois Césars (le calme n’est pourtant pas sa première caractéristique de comédien !) ou encore dans le magistral dialogue entre le général Dietrich von Choltitz et Raoul Nordling sur la destruction de Paris dans "Diplomatie" (réalisé par Volker Schlöndorff et sorti le 5 mars 2014).

Mais sa vie, c’est d’abord le théâtre où il s’épanouit, où il nage avec aisance. Sa voix très puissante, son souffle, sa présence sur la scène sont très impressionnants. C’est à l’évidence le principal personnage de la pièce, qui l’inonde de son charisme incroyable.

Kad Merad (52 ans) joue le rôle de Gepetto. L’air assez terne, il est très adapté à ce type de rôle souvent de personnage médiocre et sans envergure. Plus à l’aise au cinéma qu’au théâtre, il a gagné en notoriété avec "Bienvenue chez les Ch’tis" (2008) mais parmi les très nombreux films dans lesquels il a joué, on peut citer par exemple "Un ticket pour l’Espace" (2006) où il joue le spationaute amateur en attente de reconnaissance de son garçon (dans un duo avec la magnifique actrice Marina Foïs), ou encore dans "Le Petit Nicolas" (2009) et "Les vacances du Petit Nicolas" (2014) où il a joué parfaitement le rôle du père du Petit Nicolas (et ce n’était pas évident au départ de l’imaginer excellent pour ce rôle).

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Certains critiques ont d’ailleurs estimaient que Kad Merad jouait assez mal dans cette pièce "Acting", mais justement, son rôle était d’être un comédien raté et Shakespeare pouvait l’emporter vers le meilleur, le sublimer. Ces deux comédiens, visiblement, prenaient du plaisir sur scène même si Kad Merad semble moins assuré que son vieux compère.

Kad Merad a expliqué sur France 5 qu’il ne faisait pas toujours la même chose à chaque représentation et qu’il testait certains gestes. Donc, je ne sais pas si c’est systématique ou pour une seule représentation, mais disons pour l’anecdote que Kad Merad s’est beaucoup investi dans ce projet …au point de se mettre complètement nu sur la scène devant un public surpris ! C’est dans cette nudité, éclairée subtilement par Orazio Trotta, que Gepetto récite de manière très incarnée sa tirade de Shakespeare.

Enfin, l’humoriste Patrick Bosso (54 ans), a bien voulu se prêter au jeu d’Horace, au dialogue inexistant. On peut s’interroger sur l’utilité de son personnage, mais sa présence permet de mettre en place discrètement quelques éléments du décor et de donner une ambiance un peu plus glauque dans l’histoire.

Le public dans la salle le dimanche était de tout milieu, tout âge, et a semblé captivé du début à la fin avec ce dialogue ininterrompu entre Niels Arestup et Kerad Merad. Nul doute que cette pièce sera rejouée une prochaine saison…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 février 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Acting.
Quai d’Orsay.
Shakespeare.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170108-acting.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/acting-hamlet-a-toutes-les-sauces-189003

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/02/02/34855415.html




 

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28 janvier 2017 6 28 /01 /janvier /2017 11:05

« Y a-t-il pour l’âme plus de noblesse à endurer les coups et les revers d’une injurieuse fortune, ou à s’armer contre elle pour mettre frein à une marée de douleurs ? ».


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Ce week-end a lieu la dernière représentation, à Paris, de la pièce "Acting", plus précisément le samedi 28 janvier 2017 à 21 heures. Deux autres représentations auparavant, le jeudi 26 janvier et le vendredi 27 janvier 2017 à 21 heures. Le lieu, le Théâtre des Bouffes-Parisiens (2 rue Monsigny à Paris 2e), ce théâtre qui avait été une excuse pour le Président François Hollande par sa présence pour écouter Michel Drucker et ne pas regarder le deuxième débat de la primaire socialiste le 15 janvier 2017… La pièce sera ensuite jouée au théâtre d’Antibes du 2 au 4 février 2017.

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"Acting" est une pièce écrite et mise en scène par le dramaturge et réalisateur Xavier Durringer, réalisateur notamment du film "La conquête" (sorti le 18 mai 2011) qui raconte l’ascension de Nicolas Sarkozy (joué par Denis Podalydès) de 2002 à 2007. Les décors sont d’Éric Durringer, les lumières d’Orazio Trotta et les costumes de Nathalie Bérard-Benoin.

Écrite en 2012, elle fut d’abord jouée à Bordeaux. Le cadre, c’est une cellule de prison avec trois lits superposés. Le décor très sobre est assez symbolique, on dirait que la cellule est dans une sorte de grotte avec pour seul contact avec l’extérieur une porte au fond de la scène, d’où rentre parfois le surveillant.

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Dans la cellule, il y a deux prisonniers. L’un s’appelle Horace, le plus ancien dans la cellule, ce qui lui donne le droit de dormir sur le lit le plus haut. Il est muet et a été condamné pour meurtre. Il est insomniaque et regarde la télévision pendant la nuit. L’autre, installé sur le lit du milieu, est Gepetto. Il était expert-comptable et a une personnalité assez misérable. La pièce commence quand Robert est introduit dans la cellule. Il prend donc le lit du bas. Robert est un cinéaste (probablement raté) et a été condamné pour meurtre.

Très vite, Robert explique à Gepetto les rudiments du milieu des acteurs. Par exemple, lorsqu’une actrice se met nue, devant la caméra, en fait, ce n’est pas l’actrice créditée mais une jeune personne qui joue la doublure, souvent plus belle que l’actrice. Il raconte que la vraie vie d’un acteur, c’est surtout attendre devant son téléphone qu’un réalisateur l’appelle pour lui proposer un rôle.

Intrigué et fasciné par le métier d’acteur, Gepetto demande alors à Robert de lui apprendre ce métier. Réticent au départ, Robert y voit d’abord une façon de passer le temps en prison. Ensuite, il y trouve aussi un défit personnel car son élève ne paraît pas le plus performant. On voit donc Robert donner des cours de comédie à Gepetto qui est au départ particulièrement terne et nul. Mais petit à petit, Gepetto devient de plus en plus présent sur la scène.

C’est en fait Shakespeare qui est mis en valeur dans cette pièce assez étonnante. Gepetto déclame la même tirade de Shakespeare (le monologue d’Hamlet) de trente-six manières, en commençant par la récitation scolaire très mauvaise jusqu’à une sorte d’allégorie surmontée d’une cape de rouge royal.

C’étaient évidemment les deux comédiens principaux qui m’ont fait venir à ce théâtre.

Niels Arestup (67 ans) joue le rôle de Robert. Je l’avais vu jouer dans des films au cinéma, campant par exemple excellemment le dircab organisé et lymphatique, Claude Maupas, dans "Quai d’Orsay" (réalisé par Bertrand Tavernier et sorti le 6 novembre 2013) qui lui a valu l’un de ses trois Césars (le calme n’est pourtant pas sa première caractéristique de comédien !) ou encore dans le magistral dialogue entre le général Dietrich von Choltitz et Raoul Nordling sur la destruction de Paris dans "Diplomatie" (réalisé par Volker Schlöndorff et sorti le 5 mars 2014).

Mais sa vie, c’est d’abord le théâtre où il s’épanouit, où il nage avec aisance. Sa voix très puissante, son souffle, sa présence sur la scène sont très impressionnants. C’est à l’évidence le principal personnage de la pièce, qui l’inonde de son charisme incroyable.

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Kad Merad (52 ans) joue le rôle de Gepetto. L’air assez terne, il est très adapté à ce type de rôle souvent de personnage médiocre et sans envergure. Plus à l’aise au cinéma qu’au théâtre, il a gagné en notoriété avec "Bienvenue chez les Ch’tis" (2008) mais parmi les très nombreux films dans lesquels il a joué, on peut citer par exemple "Un ticket pour l’Espace" (2006) où il joue le spationaute amateur en attente de reconnaissance de son garçon (dans un duo avec la magnifique actrice Marina Foïs), ou encore dans "Le Petit Nicolas" (2009) et "Les vacances du Petit Nicolas" (2014) où il a joué parfaitement le rôle du père du Petit Nicolas (et ce n’était pas évident au départ de l’imaginer excellent pour ce rôle).

Certains critiques ont d’ailleurs estimaient que Kad Merad jouait assez mal dans cette pièce "Acting", mais justement, son rôle était d’être un comédien raté et Shakespeare pouvait l’emporter vers le meilleur, le sublimer. Ces deux comédiens, visiblement, prenaient du plaisir sur scène même si Kad Merad semble moins assuré que son vieux compère.

Kad Merad a expliqué sur France 5 qu’il ne faisait pas toujours la même chose à chaque représentation et qu’il testait certains gestes. Donc, je ne sais pas si c’est systématique ou pour une seule représentation, mais disons pour l’anecdote que Kad Merad s’est beaucoup investi dans ce projet …au point de se mettre complètement nu sur la scène devant un public surpris ! C’est dans cette nudité, éclairée subtilement par Orazio Trotta, que Gepetto récite de manière très incarnée sa tirade de Shakespeare.

Enfin, l’humoriste Patrick Bosso (54 ans), a bien voulu se prêter au jeu d’Horace, au dialogue inexistant. On peut s’interroger sur l’utilité de son personnage, mais sa présence permet de mettre en place discrètement quelques éléments du décor et de donner une ambiance un peu plus glauque dans l’histoire.

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Le public dans la salle le dimanche était de tout milieu, tout âge, et a semblé captivé du début à la fin avec ce dialogue ininterrompu entre Niels Arestup et Kerad Merad. Nul doute que cette pièce sera rejouée une prochaine saison…


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Sylvain Rakotoarison (26 janvier 2017)
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Pour aller plus loin :
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