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16 septembre 2017 6 16 /09 /septembre /2017 01:49

« Si les anges volent, c’est parce qu’ils se prennent eux-mêmes à la légère. » (Gilbert Keith Chesterton).


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L’acteur Peter Falk qui est mort le 23 juin 2011 dans sa maison de Beverly Hills, en Californie, est né il y a quatre-vingt-dix ans, le 16 septembre 1927 (à New York).

Pour beaucoup de monde, Peter Falk était d’abord connu pour son rôle récurrent du lieutenant de police dans la série télévisée "Columbo". Une série qui a duré très longtemps, avec soixante-neuf épisodes diffusés du 20 février 1969 au 30 janvier 2003 (avec une interruption entre le 13 mai 1978 et le 6 février 1989).

Le personnage de Columbo est attachant parce qu’il se laisse sous-estimer. Le contraire du bling-bling. Vêtements de clochard, cheveux hirsutes, distraction légendaire, fouillis dans les poches de vieil imperméable. On imagine donc que son cerveau est aussi mal ordonné que ce qu’il laisse apparaître de lui en apparence. Et pourtant, il réussit à pincer le coupable d’un meurtre par un petit détail de rien du tout. La voix française, Serge Sauvion (1929-2010), qui n’a pas fait que du doublage, accentue ce côté un peu traîne-savate.

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Cette nonchalance est reprise souvent dans les romans policiers, comme les très bonnes enquêtes proposées par Fred Vargas dont le commissaire Jean-Baptiste Adamsberg (rêveur, en apparence désordonné, "pelleteur de nuages") me fait irrésistiblement penser au lieutenant Columbo.

Sur le plan du scénario, il faut dire que le téléspectateur connaît le coupable dès la première minute puisque l’intérêt de la série est sur la manière de découvrir le coupable et pas sur son identité. Souvent, le coupable est un proche de la victime, dialogue souvent avec le lieutenant de police sur l’enquête, et semble souvent vaniteux, distingué, ambitieux, riche et évidemment, imprudent pour un petit détail.

Pour donner un exemple, Columbo avait réussi à coincer un meurtrier en lui cassant son alibi qui avait été fourni par la police elle-même : le cliché d’un radar automatique pour excès de vitesse à l’heure du meurtre. Mais en fait, la photo du visage du coupable avait un petit problème : l’ombre du nez ne correspondait pas à l’orientation du soleil au moment du cliché. Normal, puisque c’était une photo placée en guise de masque sur un conducteur complice. Cet épisode datait de bien avant  l’installation des radars automatiques en France.

L’intérêt de la série aujourd’hui, à part le côté vintage et vieilles voitures (une Française pour Columbo, une Peugeot 403), c’est bien sûr le grand archaïsme des méthodes de criminologie. On est loin des "Experts" par exemple ! Le sang, dans cette série, on ne s’en sert que pour déterminer le groupe sanguin (pas d’ADN). Les empreintes digitales restent encore une procédure efficace. Impossible de déterminer l’interlocuteur anonyme au téléphone, et évidemment, pas de smartphone, pas d’Internet, etc. C’est amusant de voir d’ailleurs le design des combinés téléphoniques.

Sans compter le politiquement incorrect signe d’un temps révolu (comme le cigare permanent dans la bouche et la capacité de fumer et de boire de l’alcool en toute occasion, très répandue dans les créations américaines des années 1970). À propos de la 403 de Columbo, ce fut Peter Falk lui-même qui l’a choisie, en croisant par hasard l’humoriste français Roger Pierre qui était au volant de sa 403 en voyage aux États-Unis (drôle de coïncidence).

Entre autres répliques du lieutenant Columbo, celle-ci dans "Rançon pour un homme mort" (1971) : « Voyez-vous, Madame Williams, vous n’avez pas de conscience : c’est votre point faible. Il ne vous est pas venu à l’esprit qu’il n’y avait que très peu de personnes qui pouvaient prendre l’argent et faire une croix sur le meurtre. Non, hein, j’en étais sûr. De ne pas avoir de conscience, cela limite votre imagination. Vous n’arrivez pas à concevoir que quelqu’un puisse être différent de ce que vous êtes : une femme cupide. Et c’est pourquoi, aussi brillante que vous soyez, et Dieu sait que vous l’êtes, vous avez cru pouvoir acheter votre belle-fille. ».

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Si le personnage de Columbo a été joué par d’autres acteurs que Peter Falk avant lui, Peter Falk n’a pas été seulement le lieutenant Columbo dans sa carrière de comédien. C’est le propre de l’acteur de réussir à convaincre dans des rôles de composition très différents. Certes, son excellente prestation dans "Les Ailes du désir" réalisé par Wim Wenders (et sorti il y a presque trente ans, le 29 octobre 1987), où il joua son propre rôle en train de jouer Columbo, a contribué aussi au mythe de Falk-Columbo.

Mais il a également joué dans de nombreux autres films des rôles différents, notamment dans les films réalisés par John Cassavetes (à partir de 1970), au total, une soixantaine de films entre 1958 et 2009, et une cinquantaine de téléfilms et séries télévisées de 1957 à 2004.

Au-delà de l’acteur, Peter Falk était aussi un dessinateur de femmes, griffonnant pendant plus de quarante ans ses feuilles de dessin. En 1998, il a raconté cette blague dans une interview : « C’est l’histoire d’un artiste qui suggère à son modèle féminin entièrement nu de faire un break. Elle enfile sa robe et ils boivent un café au salon. Soudain, l’artiste entend la voiture de son épouse. Inquiet, il lance à son modèle : "Déshabille-toi vite ! Si ma femme t’aperçoit tout habillée, elle va s’imaginer que nous avons une liaison amoureuse" ! ».

Peter Falk intervenait par ailleurs régulièrement à la télévision en n’hésitant pas à surjouer son personnage préféré, Columbo, pour faire éclater de rire le public de l’émission.


Voici quelques extraits sur Internet le concernant.

1. "Les Ailes du désir" (Wim Wenders).






2. Recevant le Emmy Awards 1972 pour son rôle dans "Columbo".






3. Rencontrant Serge Sauvion (sa voix française) chez Morandini.






4. Rencontrant Franck Sinatra.






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Sylvain Rakotoarison (16 septembre 2017)
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Pour aller plus loin :
Peter Falk.
"Big Eyes" de Tim Burton.
Mireille Darc.
Fadwa Suleiman.
Claude Rich.
Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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15 septembre 2017 5 15 /09 /septembre /2017 01:47

« Les yeux que je dessine sur mes enfants sont une expression de mes sentiments les plus profonds. Les yeux sont les fenêtres de l’âme. » (8 juillet 1975).


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Ce vendredi 15 septembre 2017, l’artiste peintre américaine Margaret Keane célèbre son 90e anniversaire. Elle est connue pour être l’auteur de nombreuses œuvres à succès représentant principalement des petites filles et des animaux aux grands yeux.

Née Peggy Doris Hawkins à Nashville, dans le Tennessee, elle a commencé à dessiner des personnages aux grands yeux à l’âge de 10 ans. Très jeune, elle s’est mariée à Franck Richard Ulbrich, qu’elle a ensuite fui avec leur petite fille Jane. Pour pouvoir gagner modestement sa vie, elle faisait alors des portraits de passants dans la rue.

Ce fut en 1953 qu’elle rencontra Walter Keane, anciennement marié (à Barbara Ingham, dont il a divorcé en 1952), père d’une fille, agent immobilier et vendeur de jouets pédagogiques qu’il fabriquait lui-même (marionnettes, etc.). Auparavant, son ancienne femme et lui avaient voyagé en Europe, à Heidelberg puis Paris. Walter faisait de la peinture pour ses loisirs. La passion commune de la peinture a amorcé la "collaboration" entre Margaret et Walter, et après avoir chacun divorcé, ils se sont mariés en 1955 à Honolulu sur l’insistance de Walter, charmeur et bonimenteur.

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Walter Keane était cupide et voulait s’enrichir avec les toiles de sa nouvelle épouse. Un jour, en février 1957, les deux époux ont pu exposer leurs œuvres dans une salle publique et les peintures de Margaret Keane étaient très appréciées et se sont vendues rapidement. Walter Keane a alors affirmé qu’il en était l’auteur, sa femme ne les ayant signé que par un simple "Keane". Très vite, Walter Keane a exposé un peu partout aux États-Unis, à New York, à Chicago, etc. et a commencé à construire un mythe autour de lui, de son histoire, etc.

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Margaret Keane s’en est aperçue assez rapidement mais très timide et peu commerciale, elle n’a pas réagi en raison des menaces de son mari. Walter Keane lui expliquait que l’essentiel était de vendre ces peintures et de gagner beaucoup d’argent. Le succès commercial est arrivé rapidement, au début des années 1960, avec même la vente de reproductions de certaines œuvres en supermarché. Ils gagnèrent ainsi des millions de dollars.

Elle peignait parfois pendant seize heures la même journée. Elle a produit beaucoup de tableaux. C’était devenu une petite entreprise très prospère et très connue au point qu’un artiste comme Andy Warhol confiait : « Je pense que ce que Keane a fait est tout simplement formidable. Cela doit être bon. Si ce n’était pas le cas, il n’y aurait pas autant de monde pour l’aimer ! ». L’argument commercial, un argument d’autorité aux États-Unis ! Certes, ce succès populaire fut fustigé par la critique, considérant que cet art est d’une sentimentalité épouvantable et très kitsch.

La brutalité et la cupidité de son mari amenèrent Margaret Keane à se séparer de lui le 1er novembre 1964 (elle quitta San Francisco pour Hawaï et s’est remariée en 1970 avec un écrivain qu’elle a rencontré à Honolulu, Dan MacGuire). Leur divorce fut déclaré formellement en mars 1965. Mais étrangement, elle n’avait toujours pas troublé le mythe qui voulait que ses œuvres fussent peintes par Walter Keane.

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Très croyante et convertie aux Témoins de Jéhovah au début des années 1970, Margaret Keane a eu la conviction qu’elle ne devait plus rester dans le péché du mensonge et qu’il fallait qu’elle racontât publiquement la vérité. C’est ce qu’elle fit en 1970 dans une émission de radio, ce qui a été comme un coup de tonnerre pour l’ancien époux qui pendant une quinzaine d’années a nié la réalité.

Il a fallu un procès retentissant de trois mois en 1986 pour que Margaret Keane pût obtenir gain de cause définitivement sur la propriété intellectuelle de ses œuvres. Le meilleur moyen de départager l’ancien couple était, pour le juge, de faire une démonstration de leur talent de peintre. Margaret Keane a alors peint une œuvre en moins d’une heure sous les yeux des juges et du public au procès, tandis que Walter Keane prétexta un problème à l’épaule pour ne pas peintre. Le juge donna alors raison à Margaret Keane qui aurait dû empocher 4 millions de dollars pour dommages et intérêts. Ce verdict a été confirmé en appel en 1990, mais sans les dommages et intérêts. Elle se moquait de l’argent, c’était sa reconnaissance d’artiste qui importait.

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Margaret Keane retourna en Californie en 1991 et réside actuellement près de Napa (où habita notamment l’acteur Robin Williams). Quant à Walter Stanley Keane, après s’être remarié avec Joan Mervin et avoir eu deux enfants à Londres et après un nouveau divorce, il est mort à 85 ans le 27 décembre 2000 à Encinitas, près de San Diego, en Californie.

Alors que les enfants aux grands yeux que Margaret peignait avant sa séparation avec Walter Keane étaient souvent tristes, elle a peint des visages plus heureux après la séparation : « Ce sont les peintures des enfants au Paradis. C’est comme cela que je conçois le monde quand la volonté de Dieu sera faite. » (27 février 1992). Elle expliqua encore : « Les enfants ont de grands yeux. Quand je fais un portrait, les yeux sont la partie la plus expressive du visage. Ils sont devenus de plus en plus grands et encore plus grands. ». Elle a indiqué que ses inspirations furent Modigliani, Van Gogh, Klimt et Picasso.

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Certaines personnes célèbres comme les acteurs Jerry Lewis (qui vient de s’éteindre) et Natalie Wood ont commandé leur portrait auprès de Margaret Keane, qui signe désormais ses tableaux "MDH Keane" (Margaret Doris Hawkins Keane).

La rencontre avec le réalisateur Tim Burton bouleversa un peu la vie de Margaret Keane en lui apportant une nouvelle "publicité" à la fin de sa vie. Tim Burton a produit et réalisé en effet un film biographique qu’il mit onze ans à faire (avant lui, elle avait déjà refusé ce genre de projet).

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Sorti aux États-Unis le 25 décembre 2014 (en France le 18 mars 2015), le film met en scène Margaret, jouée par l’actrice Amy Adams, et Walter, joué par l’acteur Christoph Waltz, sur un scénario de Larry Karaszewski et Scott Alexander qui auraient dû, initialement, eux-mêmes le réaliser. Si ce film a eu le grand mérite de faire connaître la vie et l’œuvre de Margaret Keane et la scandaleuse injustice infligée par son ancien mari, il ne brille malheureusement pas par son scénario ni par sa réalisation sans beaucoup de rythme.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 septembre 2017)
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Pour aller plus loin :
Margaret Keane.
Rouault et Matisse à Paris.
La garde rapprochée du Premier Empereur de Chine.
Un Renoir de la Côte d’Ivoire.
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.










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8 septembre 2017 5 08 /09 /septembre /2017 10:10

« Pour mécéner, il faut aimer. ».



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L’homme d’affaires et mécène Pierre Bergé est mort le matin de ce vendredi 8 septembre 2017 chez lui à Saint-Rémy-de-Provence à l’âge de 86 ans (il est né le 14 novembre 1930 à Saint-Pierre-d’Oléron). Sa mère était morte à l’âge de 107 ans en 2015 et il l’avait caché jusqu’à une émission sur France 3 le 23 février 2016. Il aurait voulu choisir lui-même sa fin de vie, arrivée trop tôt, avant l’ouverture de deux musées qu’il avait créés, et il avait préparé minutieusement sa succession, en se mariant même (discrètement) à la fin mars 2017 avec son compagnon désigné exécuteur testamentaire.

L’ancien Ministre de la Culture Jack Lang lui a rendu un hommage plein de superlatifs sur Twitter : « Pierre Bergé était un grand seigneur, un authentique prince des arts et de la culture. Lettré exemplaire et mélomane intransigeant, il était un magicien faisant de sa vie et de celles et de ceux qu’il aimait une symphonie du bonheur. Il inventait l’impossible et à l’instar de Jean Cocteau, il savait que ce qui ne s’évanouit pas, ce sont les rêves. (…) C’est notamment grâce à lui que Paris est redevenue la capitale mondiale de l’art lyrique. (…) Dès 1982, nous organiserons les défilés dans la cour carré du Louvre, affichant ainsi clairement l’importance de la mode. (…) Pierre Bergé était aussi et avant tout un ami merveilleux, à la fidélité exemplaire pour qui l’amitié était un impératif absolu. (…) C’était un révolutionnaire fougueux et joyeux qui voulait changer le monde en le rendant plus beau, plus juste, plus grand. (…) Sa disparition est pour nous tous une perte immense, et tels les artistes qu’il vénérait, et qu’il a inlassablement encouragés et aidés, il laisse à la postérité une œuvre incommensurable. » (8 septembre 2017).

À en croire la plupart des (anciens) responsables socialistes qui louent aujourd’hui sa mémoire (qu’il repose en paix), ce fut un homme d’une grande qualité et ce fut certainement le cas. On comprend néanmoins ces louanges en sachant qu’il a été, depuis le début des années 1980, le financier principal du Parti socialiste et notamment de François Mitterrand, Ségolène Royal, Vincent Peillon, François Hollande, également de structures comme SOS-Racisme.

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Reconnaissant qu’il n’a jamais été un artiste, ce qu’il aurait voulu être, il a été avant tout celui qui a su excellemment "manager" le génie du grand couturier Yves Saint-Laurent (1936-2008) qui fut son compagnon et son associé. Pierre Bergé, président de la Fondation Pierre-Bergé Yves-Saint-Laurent, était à la tête d’une fortune estimée par "Chalenges" à 180 millions d’euros. Il a beaucoup œuvré (et donné) pour la culture, le théâtre, l’opéra, et aussi la presse écrite ("Globe", "Têtu", et dernièrement, depuis juin 2010, le groupe "La Vie"-"Le Monde" avec d’autres millionnaires, Xavier Niel et Matthieu Pigasse). Très jeune, Pierre Bergé avait fréquenté les milieux culturels, aussi bien littéraires (Albert Camus, Jean-Paul Sartre, André Breton, Louis Aragon, Jean Cocteau, Jean Giono, Pierre Mac Orlan, etc.) que picturaux (Bernard Buffet, etc.). Un peu plus tard, il a produit dans un théâtre qu’il a racheté des concerts, des pièces de théâtre et des spectacles notamment de Philip Glass, John Cage, Antoine Vitez, Marguerite Duras, Peter Brook, etc.

Militant de la "cause homosexuelle", il utilisa toute son influence pour faire progresser la reconnaissance du droit à l’homosexualité, puis au PACS, puis au mariage gay, puis toujours à d’autres droits comme le "droit à l’enfant" (en opposition aux droits de l’enfant), etc. Soutenant régulièrement les candidats socialistes, tant à l’Élysée (François Mitterrand et Ségolène Royal) qu’à la mairie de Paris (Bertrand Delanoë), Pierre Bergé a apporté en janvier 2017 son soutien à la candidature d’Emmanuel Macron (après son soutien en 1995 à celle de Jacques Chirac).

Peut-être parce que la richesse donne non seulement pouvoir et influence, mais aussi une sorte de droit à tout dire ou tout penser, Pierre Bergé a suscité de nombreuses polémiques et a montré quelques valeurs élastiques avec l’humanisme dont il se réclamait…

J’en cite quelques-unes.

Favorable aux mères porteuses pour que les couples homosexuels hommes puissent aussi avoir des enfants, Pierre Bergé a choqué en affirmant le 17 décembre 2012, en plein débat sur le mariage gay : « Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la GPA ou l’adoption. Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est faire un distinguo qui est choquant. ». De là à imaginer que Pierre Bergé considérait les ouvriers comme des prostituées…

Toujours aveuglé par son militantisme libertaire, Pierre Bergé a twitté le 16 mars 2013 : « Si une bombe explose sur les Champs [-Élysées] à cause de la Manif pour tous, c’est pas moi qui vais pleurer. ». Il a beau avoir réaffirmé sa non-violence (le 21 juin 2013 sur Canal Plus), ce genre de propos pouvait être interprété comme un appel à la violence contre les opposants au mariage gay.

Anticlérical notoire, il proposa le 26 septembre 2013 la suppression de toutes les fêtes chrétiennes et considérait en novembre 2016 que les électeurs de François Fillon faisaient partie de la « France pétainiste ».

Sur France Info, le 21 novembre 2009, président du Sidaction (depuis 1996 ; il était très actif dans la lutte contre le sida à partir des années 1980), Pierre Bergé a fait une sortie scandaleuse en voulant comparer avec d’autres causes, en accusant le Téléthon qui, selon lui, « [parasitait] la générosité des Français d’une manière populiste » en montrant « des enfants myopathes, en exhibant [leur] malheur ». Il a accusé le Téléthon d’avoir trop d’argent : « J’accuse que 100 millions pour le Téléthon ne sert (sic) à rien ! ». Il fut condamné pour diffamation le 28 juin 2013. Il se sentait le droit d’attaquer ainsi : « Je suis une des rares personnes qui puissent s’opposer au Téléthon puisque je suis myopathe. ». La présidente de l’Association française contre les myopathies, Laurence Tiennot-Herment a vivement réagi à ces propos : « Cette accusation de populisme est une insulte pour nos malades et nos enfants ! ». Manuel Valls, qui loue aujourd’hui le mécène, a à l’époque vivement (simple député-maire) critiqué le fait de « [créer] une concurrence ignoble entre les grandes causes » en « [installant] un climat de suspicion ».

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Le comportement de Pierre Bergé comme patron de presse ne fut pas non plus sans polémique, ses colères étant nombreuses contre des articles du journal "Le Monde" (dont il présidait le conseil de surveillance depuis le 15 décembre 2010) qui ne lui plaisaient pas, bénéficiant, selon le journaliste Benjamin Dormann, de la « quasi-immunité médiatique qui l’autorise à manquer de respect à des salariés, à en menacer, et en insulter d’autres ; le tout sans conséquence aucune, puisqu’il tient le chéquier » ("Atlantico", le 14 décembre 2014).

Pendant quelques années, président des Amis de l’Institut François-Mitterrand, Pierre Bergé, cultivé mais colérique, cherchant les honneurs (il a été décoré de nombreuses fois : grand officier de la Légion d’honneur, officier de l’ordre national du Mérite, commandeur de l’ordre des Arts et des Lettres, etc.), a été candidat malheureux à l’Académie française le 22 mai 2008 et a été battu 7 voix contre 16 au conservateur Jean Clair (ex-directeur du Musée Picasso).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 septembre 2017)
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Pour aller plus loin :
Pierre Bergé.
François Mitterrand.
Ségolène Royal.
Bertrand Delanoë.
Jack Lang.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/pierre-berge-le-millionnaire-196584

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6 septembre 2017 3 06 /09 /septembre /2017 02:37

« Pour moi, faire de la musique est l’activité la plus joyeuse possible, l’expression la plus parfaite de toute émotion. ».


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L’un des ténors les plus connus au monde est mort il y a dix ans, le 6 septembre 2007, pas loin de ses 72 ans. Luciano Pavarotti fut sans doute celui qui a su le mieux populariser l’opéra, qui l’a fait connaître le mieux du grand public, de ce public qui, peu averti, n’ose pas écouter des opéras, pense que ce n’est pas sa culture, que son "complexe" ne peut pas être compatible avec cet art.

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C’est probablement cela, le grand génie de Pavarotti : faire aimer l’opéra à des personnes totalement étrangères à l’opéra : « L’opéra est l’une des formes les plus importantes de l’art. Il devrait être écouté et apprécié de tous. ». Le succès commercial a été en rapport : ses CD d’enregistrement ont été vendus à plus de 100 millions d’exemplaires dans le monde. C’est colossal. C’était la mission qu’il s’était donnée : « Je veux atteindre autant de personnes que possible avec le message de la musique, du merveilleux opéra. ».

Comme beaucoup de chanteurs lyriques, il avait évidemment ses zones d’ombre, son caractère difficile, ses traits parfois étonnants (superstitieux par exemple), ses caprices de star, ses annulations intempestives à mettre en colère son public et ses producteurs. Il expliquait : « Avec l’opéra, comme dans tout art de scène, pour être très demandé et bien payé, vous devez bien sûr être bon, mais vous devez aussi être célèbre. Ce sont deux choses différentes. ». Le talent est toujours ainsi : il supplante tout le reste. On a bien accepté les frasques de Dali ou Picasso, et même l’antisémitisme de Céline (en fait, moi, non, mais je conçois qu’on puisse séparer l’œuvre de la personnalité de son auteur).

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J’ai parlé de superstition. Entre autres, Pavarotti portait toujours sur lui, lorsqu’il entrait en scène, un clou tordu récupéré dans le décor. Enfant de Modène, il a commencé à l’âge de 25 ans, le 29 avril 1961 et termina sa carrière, malade, le 10 février 2006 avec "son" célèbre "Nessun Dorma" pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’hiver de Turin en 2006. Ce fut son célèbre maître Herbert von Karajan qui le fit entrer à la Scala de Milan en 1965. On a souvent dit que Pavarotti ne connaissait pas le solfège et ne savait donc pas lire une partition, ce qui ne l’empêchait pas de suivre l’orchestre : « Vous n’avez pas besoin d’un cerveau pour écouter de la musique. ». Il a principalement chanté des opéras de Verdi et Puccini.

Il a cherché à faire de très nombreuses collaborations, quittant parfois l’art lyrique pour rejoindre des chanteurs populaires (la liste est phénoménale, de Queen à Florent Pagny, en passant par Elton John, Céline Dion, Éric Clapton, Mariah Casey, les Spice Girls, etc.).

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Il est connu aussi pour avoir initié ces fameux concerts à trois ténors (lui le plus âgé), aux côtés des Espagnols Placido Domingo et José Carreras. Ils ont chanté ensemble le 7 juillet 1990 à Rome pour la coupe du monde de football (qui se déroulait en Italie), puis pour les coupes du monde suivantes, à Los Angeles le 16 juillet 1994, à Paris le 10 juillet 1998, à Yokohama le 27 juin 2002. L’une des raisons, sa passion pour le football et par ce moyen très populaire, sensibiliser à l’opéra avec les grands airs. Il y a eu beaucoup d’autres concerts des Trois ténors, à Monaco le 9 juin 1994, à Tokyo le 29 juin 1996, à Columbus (USA) le 28 septembre 2003, etc., en tout, trente-quatre concerts entre 1990 et 2003, partout dans le monde. Luciano Pavarotti a fait également beaucoup de concerts de charité pour certaines causes humanitaires.

Voici quelques extraits de ses prestations publiques : « Par dessus tout, je suis chanteur d’opéra. Voilà comment les gens se souviendront de moi. ». Une des manières "modernes" de sentir cette grande popularité (autrement que par les ventes de billets ou de CD), c’est l’audience sur Internet. Certains extraits sur Youtube ont déjà eu plus de 38 millions de visiteurs en onze ans ! Avec 13 500 réactions d’internautes et plus de 80 000 "j’aime" pour FaceBook ("likes"). C’est le cas pour le premier morceau proposé.


1. "Nessun Dorma", le 16 juillet 1994 à Los Angeles.






2. Concert de gala, en 1986.






3. "Ave Maria", en 1978.






4. "La Traviata", en 1993.






5. Concert avec Barry White, "My first, my last, my everything".

Cette vidéo aussi est très populaire. En neuf ans, elle a reçu plus de 23 millions de visiteurs et plus de 73 000 "likes" sur FaceBook.






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 septembre 2017)
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Pour aller plus loin :
Luciano Pavarotti.
Hommage à Pierre Henry (6 juillet 2017).
Le dernier concert de Pierre Henry.
La musique concrète de Pierre Henry toujours à l’honneur de l’été parisien.
Vidéo de "Symphonie pour un homme seul" (Pierre Schaeffer et Pierre Henry).
Mstislav Rostropovitch.
György Ligeti.
Yehudi Menuhin.
Les 90 ans de Pierre Boulez.
Une exposition sur Pierre Boulez.
Jean Sibelius.
Armide.
Pierre Boulez.
Henri Dutilleux.
Myung-Whun Chung.
L’horreur musicale en Corée du Nord.
Mikko Franck.
Le Philharmonique fait l’événement politique.
Concert du 14 juillet 2014.
Le feu d’artifice du 14 juillet 2014.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170906-luciano-pavarotti.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/luciano-pavarotti-le-tenor-196468

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/09/05/35647329.html


 

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29 août 2017 2 29 /08 /août /2017 05:36

« Lors de mes vagabondages dans les verdures éternelles, j’avais l’impression de lire l’univers et la forêt était pour moi la plus belle des bibliothèques. » ("L’Enfant de Vinci", éd. Grasset, 7 juin 2005).


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La mort n’est jamais joyeuse et restera toujours prématurée. Néanmoins, il n’aurait certainement pas déplu à Gonzague Saint Bris, malheureusement fauché dans un terrible accident de la route le 8 août 2017, de retour de Normandie, d’avoir une destinée qui se rapprocherait de celle d’un Albert Camus ou d'une Lady Di, eux aussi partis bien trop vite. Son enterrement a eu lieu le 14 août 2017 en la collégiale Saint-Denis d’Amboise où il habitait. Une messe sera dite en septembre 2017 à Paris.

À 69 ans (il est né le 26 janvier 1948 à Loches), Gonzague Saint Bris a commencé comme journaliste en 1967 et fut un écrivain très fécond, puisqu’il a publié une cinquantaine d’ouvrages, souvent des romans historiques, des biographies, des récits de son enfance aussi, etc. Son dernier livre, qui avait reçu, comme d’autres précédents livres, un certain succès, fut publié cette année, le 2 mars 2017, sous le titre un peu racoleur "Déshabillons l’histoire de France : Tableau des mœurs françaises" (Xo Éditions) pour évoquer les décisions prises par des hommes de pouvoir sous l’influence de leurs histoires d’amour. Sa dernière dédicace a eu lieu le 20 juin 2017 au pique-nique du faubourg Saint-Germain organisé par la mairie du septième arrondissement de Paris.

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Fils d’un énarque diplomate, petit-fils de résistants morts en déportation, Gonzague Saint Bris, comte et châtelain, fut un homme de culture et de terroir, aimant se définir comme un "Tourangeau pur rillettes" pour son enracinement dans la Touraine. Il fut pendant quelques années conseiller municipal (d’opposition) de Loches et au-delà de nombreuses manifestations culturelles et audiovisuelles auxquelles il a participé (il a collaboré dans beaucoup de journaux, d’émissions de radio ou télévision, a été l’un des précurseurs des radios libres), l’un de ses apports culturels principaux fut la création en 1995 de la Forêt des Livres à Chanceaux-près-Loches.

Cette sorte de foire aux livres rassemble chaque dernier dimanche du mois d’août, depuis vingt-deux ans, environ 200 auteurs et 60 000 visiteurs dans un village de 150 habitants, qualifiée par certains étrangers de "Woodstock de la littérature" ou de "Glyndebourne de la culture". Parmi les présidents d’honneur de cette manifestation, il y a eu Françoise Chandernagor (2003), Charles Aznavour (2004), Renaud Donnadieu de Vabres (2005), Maurice Druon (2006), Bernard Pivot (2007), Hélène Carrère d’Encausse (2008), Simone Veil (2009), Jean d’Ormesson (2010), Didier Decoin (2011), Jean-Marie Rouart (2012), René de Obaldia (2013), Dominique Bona (2014), etc.

Depuis 2003, de très nombreux prix (des "lauriers verts") y sont décernés chaque année, au risque de susciter un peu d’ironie mordante comme celle de David Caviglioli, journaliste du "Nouvel Observateur" qui titrait sa diatribe le 3 septembre 2012 "Pommade en forêt" et fustigeait le choix du "jury" : prix de l’œuvre à Jean-Marie Rouart (qui présidait aussi ce salon ; c’était le cas aussi de Simone Veil en 2009, Jean d’Ormession en 2010, Didier Decoin en 2011 et Dominique Bona en 2014 !), prix de la rentrée à Florian Zeller, prix de l’héroïne de roman à Valéry Giscard d’Estaing (pour "Mathilda" ; le journal "Le Monde" estimait que « la principale qualité du roman est sa brièveté »), le prix histoire à Lorant Deutch, le prix de la critique littéraire à Claude Sérillon, etc. En 2012, Michel Rocard aussi fut primé du prix essai. Brice Lalonde et Patrick Poivre d’Arvor ont eu aussi leurs prix d’autres années.

Malgré la nouvelle du décès de son créateur, la dernière édition de la Forêt des Livres a été maintenue ce dimanche 27 août 2017. Son ami, animateur du café littéraire de la manifestation, Christian Panvert, a confié à l’AFP le 9 août 2017 : « Gonzague a bouclé cette 22e édition, tout est calé, tout est prêt, les affiches sont parties, les livres des écrivains sont commandés : nous sommes à quinze jours de l’événement, le public ne comprendrait pas qu’on ne fasse pas quelque chose. ».

S’il a été trois fois candidat malheureux à l’Académie française (le 7 juin 2001 au fauteuil de Michel Droit, le 7 février 2008 à celui de Bertrand Poirot-Delpech et le 10 ami 2012 à celui de Jean Dutourd), Gonzague Saint Bris fut toutefois auréolé de nombreuses gratifications et honneurs comme (entre autres) : chevalier de la Légion d’honneur, commandeur des Arts et des Lettres, officier du Mérite agricole, etc. et il a reçu notamment le Prix Interallié 2002 pour "Les Vieillards de Brighton" paru le 30 avril 2002 (éd. Grasset).

Personnalité atypique et peu "classifiable", il étonna en novembre 2014 en cherchant à refaire à dos de mulet le chemin tracé par Léonard de Vinci en 1516 pour aller d’Italie en France sur l’invitation du roi François Ier. Léonard de Vinci est mort au château du Clos-Lucé (à Ambroise), dont Gonzague Saint Bris était propriétaire avec ses frères. Passionné par la personnalité de Léonard de Vinci, il rappela un jour : « Même l’air conditionné a été inventé par De Vinci, pour qu’Isabelle d’Este puisse se maquiller dans son boudoir de beauté. ».

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De ses livres, j’ai lu notamment "Le Coup d’éclat du 2 décembre" préfacé par Alain Decaux, publié le 29 août 2001 (éd. Taillandier), qui raconte précisément les événements qui ont abouti au coup d’État du 2 décembre 1851 destiné à instaurer le Second Empire (l’année suivante) au profit de Louis Napoléon Bonaparte, élu Président de la République pour un mandat de seulement quatre ans non renouvelable le 10 décembre 1848. Comme pour ses autres romans historiques, Gonzague Saint Bris a cherché à "populariser" l’histoire de France avec un style qui rompt avec les essais plus académiques.

Je propose ici quelques citations provenant de Gonzague Saint Bris sur différents sujets.

L’amour : « C’est quoi l’amour ? Une fulguration ? Une sublimation ? Une reconnaissance réciproque, soudaine et silencieuse ? Un éblouissement ? La certitude qu’on vient de décacheter le flacon du parfum du bonheur ? Le moment le plus beau, c’est quand enfin l’alliance relaie l’éclat du désir et tuent les promesses de la passion. Cet instant parfait destiné à durer une éternité, je l’appelle le romantisme absolu. » (30e Festival du film romantique de Cabourg, en 2016). Gonzague Saint Bris fut le créateur de ce festival.

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Sur les conjoints des Présidents de la République : « L’Élysée est construit pour la Pompadour par Louis XV. Or, durant les deux derniers quinquennats, les Présidents nous ont servi une matière riche, Cécilia et Carla pour Sarkozy, Valérie et Julie pour Hollande. Quelles rimes, quelle transition ! Chacun semble se donner du mal pour que  tout change et tout reste pareil. » ("La Tribune de Genève", le 1er avril 2017, interviewé par Cécile Lecoultre).

Sur la crise de notre époque : « On croit que les renaissances sont nées dans des périodes fastes, mais en fait, les renaissances sont toutes nées dans des périodes difficiles, des périodes de crise. On ne peut pas nier qu’on est dans une période de crise, et on ne peut pas nier non plus qu’une renaissance est possible. » (LeProg, en 2015, interview).

Sur le métier de vivre : « C’est très difficile d’apprendre à vivre. (…) Au fond, vivre est un métier qui s’apprend. Savoir vivre, cela n’est pas ne plus s’indigner, bien sûr, mais c’est apprendre à ne plus laisser cette indignation se porter sur les autres, au risque de leur causer un préjudice, mais la canaliser en soi, afin qu’elle donne naissance à des choses nouvelles au plus profond de nous mêmes. Cela veut dire tout simplement que dans la vie, il faut toujours essayer de faire d’un mal un bien. » ("Ligne ouverte : au cœur de la nuit", en 1978, éd. Robert Laffont, reprenant son émission nocturne sur la radio Europe 1).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Gonzague Saint Bris.
Max Gallo.
Jacques-Yves Cousteau.
Michèle Cotta.
Claude Estier.
Philippe Alexandre.
Hannah Arendt et la doxa.
Jean-Jacques Servan-Schreiber.
Elie Wiesel.
Jean-François Deniau.
Jean Boissonnat.
Étienne Borne.
Alain Decaux.
Pierre-Luc Séguillon.
Françoise Giroud.
Jean d’Ormesson.
André Glucksmann.
Henri Amouroux.
René Rémond.
Noël Copin.
Maurice Duverger.
Jean Lacouture.
Bernard Pivot.
Michel Polac.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170808-gonzague-saint-bris.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/gonzague-saint-bris-le-tourangeau-196216

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/29/35623137.html


 

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28 août 2017 1 28 /08 /août /2017 09:06

« Chacun a droit au respect de sa vie privée. » (loi du 17 juillet 1970).



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Moins d’un mois après la mythique Jeanne Moreau (à 89 ans le 31 juillet 2017), l’actrice rayonnante Mireille Darc est partie ce lundi 28 août 2017 à l’âge de 79 ans (elle est née le 15 mai 1938 à Toulon). Elle avait subi l’an dernier de graves problèmes de santé qu’elle avait pu surmonter (son mari avait même confié en février 2017 : « On s’est battus, Mireille est une vraie miraculée, Mimi va gagner parce qu’elle est Mireille. »).

Pour le cinéma français, elle était une égérie de grande beauté, parfois provocatrice dans certains films, mais jamais vulgaire et toujours décente. Elle a tourné dans près d’une soixantaine de films, près d’une vingtaine de téléfilms et dans cinq pièces de théâtre. Par ailleurs, à partir de la fin des années 1980, elle a été également réalisatrice, essentiellement de téléfilms, et dans les années 1960, elle a également enregistré quelques chansons.

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Si sa vie a été parfois difficile, elle a eu la chance de rencontrer un réalisateur qui l’a beaucoup appréciée, Georges Lautner (qui lui a offert un rôle dans treize de ses films), et un acteur qui est devenu son ami d’amour, d’amitié, de confidence, Alain Delon.

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Elle a donné avec sa jeunesse des films désormais très célèbres, où sa grâce supplante sa simplicité. Très curieusement, elle n’a reçu aucune récompense de sa profession, pas même des prix de dernière minute pour "l’ensemble de son œuvre", comme si sa simplicité devait primer sur les honneurs. Même la République a mis longtemps pour la décorer, puisqu’il a fallu le Président Jacques Chirac pour qu’elle reçût la Légion d’honneur (à l’âge de 68 ans).

Parmi les films dans lesquels elle a joué, s’il fallait n’en retenir deux, ce serait sans doute (mais c’est un choix très subjectif !) "Le Grand Blond avec la chaussure noire" et "Les Seins de glace". Ce dernier film, un policier, réalisé par Georges Lautner et sorti le 28 août 1974 (il y a exactement quarante-trois ans), la place dans le rôle d’une psychopathe meurtrière (aux côtés d’Alain Delon et de Claude Brasseur).

Pour se rappeler quelques moments inoubliables de Mireille Darc, je propose ici quelques extraits de films (et de chansons) qu’on peut trouver sur Internet.


1. "Pouic-Pouic" de Jean Girault avec Louis de Funès et Jacqueline Maillan (sorti le 20 novembre 1963).






2. "Galia" de Georges Lautner (sorti le 26 janvier 1966).






3. "Fantasia chez les ploucs" de Gérard Pirès (sorti le 15 janvier 1971).

Dans ce film, aux côtés de Lino Ventura, Jean Yanne, Gorges Beller, Rufus et Jacques Dufilho, Mirelle Darc jouait avec une très grande sensualité.






4. "Le Grand Blond avec une chaussure noire" d’Yves Robert (sorti le 6 décembre 1972).

Le face-à-face entre Pierre Richard et Mireille Darc, habillée d’une robe très osée dessinée par Guy Laroche et exposée au Louvre (robe qui a anticipé les pantalons taille basse !), est très connu dans ce film savoureux, pastiche du film d’espionnage, où Bernard Blier, Jean Rochefort, Jean Carmet et Robert Dalban, entre autres, apportent leur talent pour en faire l’une des meilleures comédies françaises. Initialement, Claude Rich avait été pressenti pour tenir le rôle du Grand Blond mais Francis Veber, le scénariste du film, a proposé à Yves Robert de prendre plutôt Pierre Richard.

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Dans le générique du film, avec une petite erreur, le réalisateur a mentionné à tout hasard (!) un article fondamental de la loi n°70-643 du 17 juillet 1970 "tendant à renforcer la garantie des droits individuels des citoyens", une nouvelle loi à l’époque : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » (devenu l’article 9 du code civil, qui a valeur constitutionnelle depuis le 10 juin 2009).









5. "Les Ringards" de Robert Pouret avec Aldo Maccione, Julien Guiomar et Georges Wilson (sorti le 27 septembre 1978).






6. "Les Cœurs brûles" de Jean Sagols avec Michel Duchaussoy et Pierre Vaneck (série télévisée diffusée du 3 juillet 1992 au 21 août 1992 sur TF1).









7. Chanson avec Serge Gainsbourg le 22 octobre 1967.






8. Chanson seule en 1969.







Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Mireille Darc.
Fadwa Suleiman.
Claude Rich.
Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170828-mireille-darc.html

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17 août 2017 4 17 /08 /août /2017 02:36

« Quand je suis arrivé à Paris, j’ai trouvé les Parisiens très gais. Je venais de Bordeaux où les gens n’étaient pas naturellement souriants. J’ai été tout de suite enchanté par le métro, les autobus, la fièvre de la ville. Et surtout, j’ai fait beaucoup de vélo. Pendant trente ans, je suis allé partout en bicyclette. » (Sempé, 2011).



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C’est ce jeudi 17 août 2017 que le célèbre dessinateur humoristique Jean-Jacques Sempé fête ses 85 ans. Un âge canonique qu’il aurait certainement souhaité célébrer avec son compère René Goscinny avec qui il a collaboré dans les années 1950 et 1960 pour leur très renommé "Petit Nicolas" : « "Le Petit Nicolas", c’est d’abord une histoire d’amitié. Nous avons mis nos souvenirs d’enfance en partage. Je racontais à René mes histoires de football, de colonies de vacances, mes chahuts à l’école. Et René Goscinny adorait interpréter ces souvenirs. Partant de ce que je disais, il a brodé tout autour, inventé tous les personnages, imaginé des situations. » (2011).

Mais Sempé ne peut évidemment pas être réduit au Petit Nicolas. Si ce petit garçon des années 1950 lui a assuré une belle réputation, Sempé est avant tout l’auteur de milliers de dessins humoristiques parus dans la presse, à Paris comme à New York, et mis en album chez Denoël.

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À l’origine, Sempé n’était pas du tout dessinateur et il l’a été seulement "sur le tas" (le tas de feuilles). Il a eu une enfance pas très heureuse avec des parents qui se querellaient continuellement, il n’a pas fait d’études, il subissait même un bégaiement qui lui empêche d’apprendre des langues étrangères, il a eu une préadolescence coupée par la Seconde Guerre mondiale et il a fait beaucoup de petits boulots avant de voir son premier dessin publié par le journal "Sud Ouest" en 1950 (il habitait alors Bordeaux). Son premier dessin sous sa propre signature (et pas pseudonyme) a paru le 29 avril 1951. Il avait alors 18 ans, et son gagne-pain était assuré !

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Il débarqua à Paris en été 1951 et est devenu un amoureux nostalgique de la capitale. Il y trouva les encouragements de certains aînés, comme le dessinateur Chaval et la journaliste Françoise Giroud qui l’a embauché à "L’Express" de 1965 à 1975. Il a collaboré à de nombreux autres journaux ou hebdomadaires, comme "Le Nouvel Observateur", "Télérama", Paris Match", "France Dimanche", "Pilote", etc. et à partir de 1978, "New Yorker" (magazine culturel américain).

On ne s’étonnera pas de la fréquentation, durant les années 1960, près du Luxembourg (à Paris), de personnalités comme Jacques Tati et Jacques Prévert, aussi Anémone, Françoise Sagan, etc.

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À partir de 1962 (avec "Rien n’est simple"), Sempé a publié chez Denoël ses dessins dans des albums quasi-annuels pendant une cinquantaine d’années. Il ressort de ses dessins une très grande tendresse pour l’humanité pourtant pas forcément décrite sous le meilleur jour : « Je ne m’exclus pas de l’humanité que je dessine. Je suis proche de mes personnages, ils sont mes semblables. En me moquant d’eux, je me moque de moi-même. C’est la différence entre l’humour et l’esprit : l’esprit consiste à rire et faire rire des autres, l’humour à rire de soi. » ("Télérama", le 7 mars 2009 : les autres citations, sauf indication contraire, proviennent de cette interview).

Ne pas s’exclure de la bêtise de ses personnages, c’est osé (et rare) de l’avouer clairement : « La bêtise et la prétention sont très proches, me semble-t-il, et il m’est arrivé d’être content de moi alors qu’il n’y avait vraiment pas lieu de l’être. Un de mes dessins représente un peintre qui regarde la toile qu’il vient d’achever d’un air très satisfait, tandis que derrière lui, sa femme fait une moue extrêmement sceptique, ça, c’est tout à fait moi ! ».

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Ses dessins sont assez précis, surtout dans l’expression des visages, des yeux très réactifs, une bouche parfois discrète mais qui parle beaucoup, un mouvement, etc. : « Les dessinateurs que j’admire ont réussi, en quelques traits qui parfois représentent énormément de travail, énormément d’ébauches jetées dans la corbeille à papier, à rendre la personnalité de quelqu’un, sa démarche, son humeur. À mon petit niveau, je cherche à faire la même chose. Quand je dessine un bonhomme qui marche, je voudrais qu’on comprenne qu’il a tel âge, s’il est gai ou pas, s’il est pressé ou s’il a le temps, et pourquoi. Dans le dessin, tout est explicite, en principe. Je voudrais mettre beaucoup de choses, parfois, j’y arrive. Parfois, aussi, je mets des choses qui ne devraient pas y être : cela s’appelle de la lourdeur. Quand je suis lourd, je suis fou furieux contre moi-même. (…) Le fait d’être trop démonstratif, trop didactique, de surligner, de grossir le trait. Le fait d’être assommant. Ce que j’appelle la légèreté, c’est une forme d’épure. ».

La mélancolie n’est pas absente, évidemment, de ses dessins : « La mélancolie est partout présente. (…) La mélancolie fait partie de la vie. Parce qu’on se rend compte que tout est fragile : les relations humaines, l’existence, la lumière même… C’est lié au temps qui passe, ou au temps qu’il fait. (…) La mélancolie fait partie de la création. ».

Sempé est un observateur candide qui raconte ce qu’il voit, de manière assez neutre bien que parfois crûe. Il est un provincial définitivement fasciné par la capitale parisienne. Il est un naïf qui voit tous les angles, lucide et sans illusion. Ses dessins apportent un témoignage inégalé de la vie sociale pendant plusieurs décennies, une chronique sociale assez proche des films de Jacques Tati dans l’esprit.

La masse humaine qui prend le métro, les embouteillages parisiens qui engloutissent la ville dans un noir atmosphérique, le fossé immense entre une émission de type de celle animée par Bernard Pivot posant une question très abstraite à un philosophe difficile et les paysans qui la regardent le soir au coin du feu, les coureurs de jupons, les maris trompeurs, les névrosés, etc. beaucoup de faits passent à la moulinette du dessinquisiteur Sempé.

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Largement reconnu depuis longtemps, Sempé a vu déjà deux rétrospectives qui lui ont été consacrées, une à Caen en 1984 (avec un concert dirigé par le musicien Michel Legrand) et une en 2011-2012 au prestigieux Hôtel de Ville de Paris (sans doute le lieu qui pouvait lui faire le plus grand plaisir), à l’occasion de ses 80 ans.

Rêveur et dilettante, il a néanmoins produit plusieurs milliers de dessins qui ont fait le tour du monde : « De ce qui se passe autour de moi, je ne vois pas grand-chose, parce que j’ai la tête ailleurs, je pense toujours à autre chose. C’est mon défaut depuis que je suis tout gosse : (…) même si j’ai l’air intéressé par ce qui se passe, ce n’est pas vrai, je ne suis pas vraiment là. ».

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Une poésie dessinée qui croque ce monde si éphémère pour en faire une époque qui ne vieillit plus : « En tant que dessinateur humoristique, mon travail consiste à exposer le mieux qu’il m’est possible une situation. Une ambiance. Quelque chose qui a trait à la vie quotidienne des gens. C’est cela ma contrainte. Le dessin humoristique est un genre très spécifique. Ce n’est ni du dessin politique, ni de la bande dessinée. C’est un genre sans repère : ce peut être, par exemple, un couple qui marche dans la rue, la scène a pu se produire la veille ou un demi-siècle auparavant, on ne sait pas. C’est ce qui m’a toujours charmé dans le dessin d’humour : cette absence de repères, cette intemporalité. ».

Bon anniversaire Sempé, et bravo pour être, parmi d’autres, et notamment votre compère Goscinny, le symbole du génie français si peu affiché et si peu conscient à l’intérieur de nos frontières.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 août 2017)
http://www.rakotoarison.eu

(Toutes les illustrations sont des dessins réalisés par Jean-Jacques Sempé pour les éd. Denoël).


Pour aller plus loin :
"Mes personnages ne sont pas minuscules, c’est le monde qui est grand" : interview de Sempé par Nathalie Crom dans "Télérama" du 7 mars 2009.
Sempé.
Petite anthologie des gags de Lagaffe.
Jidéhem.
Gaston Lagaffe.
Albert Uderzo.
Cabu.
Inconsolable.
Les mondes de Gotlib.
René Goscinny.
Tabary.
Hergé.
Comment sauver une jeune femme de façon très particulière ?
Pour ou contre la peine de mort ?

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170817-sempe.html

http://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/sempe-et-cent-reproches-195927

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/08/17/35586732.html


 

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15 août 2017 2 15 /08 /août /2017 23:25

« L’art de la peinture ne peut vraiment se borner qu’à décrire une idée qui montre une certaine ressemblance avec le visible que nous offre le monde. » (Magritte).


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Depuis cinquante ans, depuis exactement le 15 août 2017, René Magritte n’est pas un peintre. N’est plus un peintre, sinon, il nous produirait encore de délicieux et subtils tableaux. Il n’est qu’un triste locataire perpétuel de la concession numéro 3047 du cimetière belge de Shaerbeek, près de Bruxelles.

L’évocation de Magritte fait penser immédiatement à sa "fameuse pipe" qui n’en était pas une. Il le disait d’ailleurs : « La fameuse pipe, me l’a-t-on assez reprochée ! Et pourtant, pouvez-vous la bourrer, ma pipe ? Non, n’est-ce pas, elle n’est qu’une représentation. Donc, si j’avais écrit sous mon tableau "Ceci est une pipe", j’aurais menti ! ». D’ailleurs, cette pipe, réalisée en 1929, elle avait pour tire : "La Trahison des images".

Pourtant, ce n’était pas seulement une pipe, représentative ou pas. Magritte était un peintre surréaliste dont le style très académique, très classique, était au service d’une relation absurde entre les choses représentées. Ce sont les compositions de ces tableaux qui sont extrêmement rafraîchissantes, donnant des correspondances, des connexions, des courts-circuits très particuliers entre les idées, les choses, les êtres, les concepts. Comme Salvador Dali qui était le peintre des rêves, Magritte s’est évertué dans l’onirisme figuratif (à ne pas confondre avec l’onanisme figuratif !) avec des formes géométriques très accentuées et des couleurs souvent reposantes à l’œil.

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Auréolé de son vivant, Magritte s’est éteint chez lui d’une sale maladie à l’âge de seulement 68 ans (né le 21 novembre 1898). Il avait connu les deux guerres mondiales, mais aussi un drame familial (le suicide de sa mère lorsqu’il avait 13 ans), et a rencontré sa future femme Georgette à la foire de Charleroi peu avant la Première Guerre mondiale. Il ne la recroisa par hasard que six ans plus tard. Adolescent, il aimait jouer dans un cimetière, en s’aventurant dans les caveaux.

Pour rendre hommage à Magritte à l’occasion du cinquantenaire de sa disparition, je propose ici modestement de revoir quelques-uns de ses tableaux, puisés parmi les centaines d’œuvres qu’il a faites, souvent une provocation contre le conventionnel, ou une association entre deux concepts. Le titre de la plupart de ses œuvres n’a rien avoir avec ce qui est représenté, par volonté de déstabiliser l’entendement. Mes commentaires n’ont d’intérêt que d’introduire les tableaux, les éléments intéressants, qui se regardent et "se consomment" en dehors de toute contrainte extérieure, avec l’esprit le plus vierge possible. Beaucoup de compositions peuvent faire sens.

Dans ce petit inventaire imaginaire, l’homme au chapeau melon a une lune à fine lamelle de croissant en guise de réflexion, à défaut de soleil malgré le ciel bleu. Être dans la lune ? Peut-être, mais l’aspect sombre et obscur du costume, neutre du non-visage peut laisser croire à un manque. On tourne le dos aux conventions.

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Le gros nuage blanc dans un paysage de montagne va certainement apporter la pluie pour nourrir les ruisseaux et rivières. Pourquoi donc ne pas recueillir l’eau dans un verre à vin ? Mettre de l’eau dans son vin, ou demander un nuage de lait avec son thé ?

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Dans la chambre recouverte d’un papier peint ciel, les objets intimes n’ont pas la taille réglementaire. Le lit est tout petit tandis que les ustensiles pour se rendre élégante sont géants, ainsi que ceux pour boire ou fumer (pour le côté éventuellement masculin).

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De vieilles chaussures en cuir à forme de pieds, cela devrait être l’adaptation la plus affinée pour se chausser. Maintenant, les magasins de sports proposent chaussettes et chaussures avec différentiation des orteils. Les ongles pousseront-ils ? Toujours noter les légendes sans toujours rapport évident avec le sujet du tableau.

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La colombe remplie de ciel est récurrente chez Magritte. Il en a peint de nombreuses. Ici survolant les vagues d’une mer plutôt calme. Le ciel de l’oiseau semble plus rassurant que celui de l’extérieur.

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Un nuage d’une plage ensoleillée entre par inadvertance dans une chambre. Les murs en sont rouges de confusion. Les décors intérieurs dans les décors extérieurs et vice-versa ont souvent de quoi étonner sinon détonner.

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L’amoureux des chats ne peut pas rester insensible à ce chat dans le melon. Au lieu de sortir un lapin, le magicien Magritte sort un félin philosophe en lévitation, la tête dans les nuages. Un chat en forme de pot.

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Sans doute l’un des tableaux les plus "frappants" de Magritte. La mémoire en forme de choc frontal, devant un rideau qui pourrait se refermer sur la vie, qui est le ciel et les nuages.

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Échouée sur les rives d’une plage déserte, une sirène à l’envers, à tête de poisson et à pattes d’humain. Si les cuisses sont gracieuses, rien n’indique volupté tant la tête écailleuse du poisson se prête mal aux désirs amoureux. Sans compter l’haleine.

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Le croissant de lune enfin agrandi et même pesé et soupesé dans une soucoupe, à côté d’une amphore, sur ce qui ressemblerait à des ruines d’un temps jadis.

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Reprenant le principe des sirènes à l’envers, le tableau représente deux amoureux pétrifiés au bord de la mer avec un navire au large qui passe.

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Terminons sur cet autoportrait du peintre, avec un titre devinette, la clairvoyance. Le peintre, anticipant le devenir de l’œuf, son modèle, brosse les détails de l’oiseau qui en sortirait…

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Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (15 août 2017)
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Pour aller plus loin :
Magritte.
Daniel Cordier.
Boulez à Paris.
La collection Cordier à Rodez.
Soulages à Rodez.
Claude Lévêque à Rodez.
Caillebotte à Yerres.
Goya à Paris.
Brueghel à Paris.
Chagall à Paris.
Dali à Paris.
Van Gogh à Paris.
Hiroshige à Paris.
Manet à Paris.
Rembrandt à Paris.
Boltanski, artiste contemporain.
Boltanski au MacVal.

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28 juillet 2017 5 28 /07 /juillet /2017 04:40

« Deux génocides, deux murs des lamentations dans le sang, tout pour faire un comique. ».



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Il fait partie du patrimoine culturel de la France, cette France légère et comique, celle qui rit avec esprit, celle d’Astérix et de Gotlib. Bref, celle de Francis Veber. Il fête ce vendredi 28 juillet 2017 son …80e anniversaire. Déjà ! Pendant toute sa carrière au cinéma et au théâtre, comme scénariste et réalisateur de films, ou metteur en scène, il a montré pourtant la jeunesse de son inspiration.

S’il parle de "deux génocides", c’est parce qu’il est à la fois juif (son père) et arménien (sa mère). On lui a même proposé d’être un prétendant au trône en Arménie !

Il a écrit (ou réécrit) le scénario de nombreux films à succès, comme "Le grand blond avec une chaussure noire", "Le professionnel", "Le grand bleu", "Adieu poulet", "Peur sur la ville", "La cage aux folles", etc.

Les films qu’il a réalisés sont peu nombreux mais succulents et à grand succès (douze). Certains films proviennent de pièces de théâtre qu’il a écrites et mises en scène. Souvent, le trait comique tient par le dialogue/duo entre deux personnages clefs. Francis Veber a fait jouer des acteurs "récurrents" dans ses films : Pierre Richard, Gérard Depardieu, Thierry Lhermitte, Richard Berry, Daniel Auteuil, Laurent Gamelon, Michel Aumont, Roland Blanche, Armelle Deutsch, Robert Dalban, etc.

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Ses dix meilleurs films ont totalisé plus de 40 millions d’entrées dans les salles de cinéma françaises ! J’en propose quatre, uniquement pour le plaisir de revenir sur de véritables petites "pépites" du cinéma français. Inutile de parler des récompenses, nombreuses, de la profession, la meilleure est celle du grand public.

Le sommet a été pour son fameux "Dîner de c@ns", sorti le 15 avril 1998, avec plus de 9 millions d’entrées. L’histoire est courte et c’est d’abord une pièce de théâtre, bien rythmée, avec des acteurs excellents. Dialogue entre Thierry Lhermitte et Jacques Villeret qui joue le "c@n" de Thierry Lhermitte : chaque convive d’un repas est sensé amené un c@n avec lui pour se moquer de lui. Et certains personnages secondaires sont particulièrement réussis, comme Daniel Prévost, le contrôleur des impôts un peu sadique sur les bords (assez caricatural, certes, mais cela fait tellement plaisir !), ou encore Catherine Frot, un peu nymphomane sur les bords.






Le rôle de Jacques Villeret est d’ailleurs un personnage dont le nom se retrouve dans une petite dizaine de films, François Pignon, depuis Jacques Brel ("L’emm@rdeur") à Pierre Richard ("Les compères" et "Les fugitifs") et également Daniel Auteuil dans "Le placard".

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Justement, "Le placard", sorti le 17 janvier 2001, a été, lui aussi, un grand succès avec plus de 5 millions d’entrées en France. Le contexte est plutôt rare dans le cinéma, la vie dans une entreprise, où Daniel Auteuil, craignant d’être licencié, fait semblant d’être homosexuel pour se protéger de son employeur qui, refusant d’être taxé d’homophobie, va devoir le garder. C’est Michel Aumont, son voisin qui a perdu son chat, qui lui conseille cette manœuvre. Le duo se fait avec Gérard Depardieu, dans le rôle du directeur des ressources humaines (pas très crédible cependant), où il y a inversion des rôles entre le fort et le faible.






Autre grand succès (7 millions d’entrées) qu’il faut absolument avoir vu pour comprendre la comédie burlesque à la française, c’est "La chèvre" sorti le 9 décembre 1981, dans un duo cocasse entre Pierre Richard, qui n’a jamais de chance et a été choisi pour cette raison pour retrouver une femme enlevée dans un pays lointain (l’idée ici est de croire qu’il va retrouver la même malchance que la femme). Et la femme, c’est la fille de son patron. Sa participation est donc imposée à Gérard Depardieu, le détective privé d’origine, qui va devoir l’accompagner et qui va sauter de surprises en stupéfactions, en observant toutes les tuiles qui arrivent à son malchanceux partenaire d’aventure.






Enfin, je termine avec un film qui n’a fait "que" (!) 1,3 million d’entrées, "Le jouet", le premier réalisé par Francis Veber, sorti le 8 décembre 1976, avec Pierre Richard dans le rôle d’un petit employé dans un journal, qui va faire un reportage dans un magasin de jouets qui appartient aussi à son patron milliardaire joué par le sévère Michel Bouquet (la doublure d’un Marcel Dassault dans la réalité). Le fils de ce dernier passe dans le magasin pour choisir un jouet et choisit …Pierre Richard ! Le directeur du magasin, Michel Aumont, a beau lui dire que ce n’est pas un jouet mais un monsieur, rien à faire et comme le patron a toujours raison, on finit par emballer le monsieur (qui accepte de peur d’être licencié)… Ce sont donc souvent des comiques de situation avec un soupçon d’absurde.







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Sylvain Rakotoarison (28 juillet 2017)
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Pour aller plus loin :
Claude Rich.

Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
Jean Gabin.
Michel Aumont.
Grace Kelly.
Alice Sapritch.
Thierry Le Luron
Pierre Dac.
Coluche.
Charles Trenet.
Georges Brassens.
Léo Ferré.
Christina Grimmie.
Abd Al Malik.
Daniel Balavoine.
Édith Piaf.
Jean Cocteau.
Yves Montand.
Gérard Depardieu.
Michel Galabru.
Bernard Blier.

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21 juillet 2017 5 21 /07 /juillet /2017 12:03

« Je ne suis pas un très bon chrétien. Je n’étudie pas beaucoup ma religion, mais je crois en l’amour de Dieu. De la même façon que l’on ne sait pas toujours pourquoi on aime une personne, j’aime Dieu. Je le fréquente tous les dimanches. Lorsqu’il m’arrive de confier à quelqu’un mon intention d’aller à la messe le dimanche et que mon interlocuteur me fait part de son étonnement, je lui dis que c’est moi qui suis étonné qu’il n’aille pas à l’église. (…) [Mais] mon métier est en contradiction avec la générosité qu’un chrétien devrait avoir. Un acteur est, malgré tout, tourné vers lui-même. Ne me transformez pas en comédien catholique. Je veux rester un acteur qui puisse jouer tour à tour un sal@ud ou un saint. » ("La Croix" le 15 avril 2006).



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Le grand acteur français du cinéma et du théâtre Claude Rich a tiré sa révérence ce jeudi 21 juillet 2017 à l’âge de 88 ans, dans sa résidence d’Orgeval. Comme si c’était autorisé d’abandonner tous ceux qui l’ont adoré !… C’est la conséquence secondaire du cinéma : les acteurs, on va les voir (dans les salles), ou même, ils s’invitent chez soi, à la télévision, en dvd et autre écran interposé. Ils sont présents, familiers, parfois complices, certains, on les aime, d’autres, on préfère les éviter sans les haïr (comment peut-on détester ceux qu’on ne connaît pas vraiment ?), mais ils font partie en quelques sortes du paysage personnel, d’une grande famille.

Claude Rich, ce serait le grand-oncle. Farceur, toujours le mot pour rire, imposant, impressionnant et bienveillant. Il aurait pu faire de la politique et avec sa voix si agréable, si caractéristique, si rassurante, avec son sourire si communicateur, avec ses yeux si pétillants, je ne doute pas qu’il aurait fait un malheur électoral. Mais il n’était qu’un joueur, un joueur de comédie.

Simple employé de banque, il a réussi le concours du Conservatoire national d’art dramatique de Paris, sorti en 1953 avec le second prix. Même promo que ses futurs compères Jean-Pierre Marielle, Jean Rochefort, Bruno Cremer… : « Au théâtre, la fidélité du public est touchante. En comparaison, le cinéma apparaît mécanique. On regarde un écran. ». École des stars, il y a appris paradoxalement l’humilité et la discrétion.

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Il a joué dans environ quatre-vingts films de cinéma (de 1955 à 2014) et dans une cinquantaine de pièces de théâtre (de 1951 à 2011), dont certaines qu’il a écrites lui-même, sans compter des dizaines de téléfilms (dont le "remake" des "Rois maudits", celui de Josée Dayan diffusé du 7 au 28 novembre 2005 sur France 2). Ce qui trouble, c’est le changement et la continuité dans une vie. C’est sûr qu’un acteur qui vieillit, tout le monde peut s’en apercevoir, à quatre-vingts ans versus à vingt ans, c’est toujours très impressionnant, comme lorsqu’on regarde des vieilles photos de famille. Une, deux, trois générations sont déjà passées.

Claude Rich, il avait le don extraordinaire d’être le gendre idéal des années 1960, un peu intello sur les bords, probablement bobo avant l’heure, parfois fils du vice-président des Fonds monétaires internationaux. Né le 8 février 1929 (à Strasbourg), il avait une trentaine d’années à l’époque. On le retrouve ainsi dans "Les Tontons flingueurs" (1963) aimant la nièce de Lino Ventura ou encore dans "Oscar" (1967), une grande farce, aimant la fille de Louis de Funès. Il avait déjà sa voix extraordinaire, si intelligible, si frappante, si pénétrante.

En fait, Claude Rich était doué surtout pour les personnages complexes et difficiles, et lorsque les rides sont venues, Claude Rich devenait souvent un notable, un ministre même, ou un juge, ou un membre du Conseil d’État, etc.

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Au début, il a rarement eu les premiers rôles mais au contraire de nombreux seconds rôles succulents, Claude Rich a largement été récompensé par la "profession" de son vivant (je précise "de son vivant", car combien d’acteurs peu reconnus vivants le sont-ils devenus à titre posthume, avec le regret des jurys ?) : s’il n’a jamais obtenu de Molière malgré cinq nominations, il fut deux fois récompensés par un César, le César du meilleur acteur pour "Le souper" (1993) où il est Talleyrand face à Fouché joué par Claude Brasseur (le film tiré de la pièce mise en scène par Jean-Pierre Miquel en 1989), et (de quoi effrayer le lauréat qui peut se croire déjà enterré), le César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière, en 2002 (pourtant, sa carrière n’était pas encore achevée à cette date).

Le journal "La Croix" a consacré un portrait intéressant de Claude Rich le 15 avril 2006. Passionné par l’histoire, l’acteur a joué de nombreux personnages historiques, comme Léon Blum, Talleyrand, le cardinal Ottaviani, Voltaire, Jean XXII, Galilée, Louis Althusser, etc. (et même Panoramix !) : « Je ne sais où je trouve cette capacité à exprimer la noirceur de l’âme humaine. ».

Un de ses réalisateurs Bertrand Tavernier l’a décrit de cette façon : « Il est l’acteur dans ce qu’il a de plus imaginatif, généreux et ouvert sur tout ce qui entoure son rôle. Ensuite, j’aime ses angoisses et ses doutes, sa discrétion. Il se conduit de manière formidable, sans en tirer aucune gloriole. (…) On dirait que sur lui, les saletés de la vie n’ont aucune prise, qu’elles passent à côté : comme s’il était immunisé contres elles ! » (15 avril 2006).

Dans son métier, il a toujours gardé au creux du cœur ce conseil du maître Louis Jouvet : « N’oubliez jamais, lorsque vous serez au sommet, que le succès est éphémère et la mort au bout ! ».

Pour ne pas oublier avec lui, je vous propose quelques scènes qu’on peut voir sur Internet, et l’une des vidéos sur Youtube ("La bûche") est accompagnée de ce message en anglais qui montre que la malice et le génie du comédien Claude Rich avaient largement dépassé les frontières hexagonales : « The monologue is one of the reasons why Claude Rich is such a great actor. His gentle smile, serene face and tender voice… bring such warmth to a two-minute-monologue. ».


"Les Tontons flingueurs" (réalisé par Georges Lautner et sorti le 27 novembre 1963)














"Oscar" (réalisé par Édouard Molinaro et sorti le 11 octobre 1967)










"Le souper" (réalisé par Édouard Molinaro et sorti le 23 écembre 1992)






"La bûche" (réalisé par Danièle Thompson et sorti le 24 novembre 1999)






"Cherchez Hortense" (réalisé par Pascal Bonitzer et sorti le 5 septembre 2012)






"Bouquet final" (réalisé par Josée Dayan et diffusé le 21 juin 2011 sur France 3)






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Pour aller plus loin :
Claude Rich.
Francis Veber.
Mimie Mathy.
Victor Lanoux.
Robert Dalban.
Acting.
Disparition de Zsa Zsa Gabor, Michèle Morgan, Claude Gensac, Carrie Fisher et Debbie Reynolds (dessin).
Kirk Douglas.
Gisèle Casadesus.
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Alice Sapritch.
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Yves Montand.
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