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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 03:28

« Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué follement, …éperdument, …douloureusement. Et votre témoignage, votre amour me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte. » (Annie Girardot, le 2 mars 1996 à Paris).



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Déjà vingt-cinq ans au Théâtre des Champs-Élysées, une "séquence émotion" pour la consécration d’une femme hors de l’ordinaire. Et hélas, il y a dix ans, le 28 février 2011, à Paris, l’actrice Annie Girardot est morte des suites de sa grave maladie. Elle avait 79 ans (elle est née le 25 octobre 1931 à Paris) et cela faisait une quinzaine d’années qu’une sale maladie la rongeait, la rongeait de l’intérieur, rongeait ses nerfs, rongeait sa mémoire : « Je cherche ma mémoire, mais ne la trouve plus. J’ai perdu quelques bouts ou bribes de ma mémoire. ». Refusant de s’avouer vaincue, refusant de s’arrêter, elle a continué encore très longtemps à jouer sur scène, acceptant l’oreillette pour compenser sa mémoire défaillante devant une salle médusée et émue.

À voir la foule du tout Paris venue l’honorer une dernière fois à l’église Saint-Roch (l’église des artistes), le 4 mars 2011, on pouvait se rendre compte à quel point Annie Girardot comptait pour la culture en général et pour le cinéma français et italien en particulier (et elle était très appréciée en Russie où elle a joué dans une série policière en 2007). Mais ce n’était pas seulement les artistes et les Jack Lang de substitution qui la pleuraient, beaucoup de Français la pleuraient pour ce qu’elle était, certains aussi pour ce qu’elle n’était plus.

Des dizaines de films, téléfilms, pièces de théâtre… elle l’affirmait elle-même : « Plus d’une centaine de films qui tous ne furent pas des chefs-d’œuvre. Certains ne sont même pas sortis en France, d‘autres, je veux les oublier. J’ai souvent dit "oui" à n’importe quelles conditions. ». Elle a commencé très jeune et son talent fut rapidement reconnu, dès le début des années 1950. Jean Cocteau la voyait en 1956 comme « le plus beau tempérament dramatique de l’après-guerre ». Elle joua avec Jacqueline Maillan, Michel Serrault, Jean Poiret, etc. La Comédie-Française lui a proposé d’être sociétaire, ce qui est une offre prestigieuse (et rassurante pour l’alimentaire) mais elle a démissionné dès 1957, à cause de sa sacro-sainte liberté.

En fait, sa vie a vite bifurqué du théâtre vers le cinéma. Elle a côtoyé toutes les stars des cinémas français et italien des années 1950, 1960, 1970, 1980… C’est impressionnant et cela explique à quel point Annie Girardot était loin d’être seule. Elle a eu de nombreuses récompenses dont trois Césars (en 1977, 1996 et 2002), un Sept d’or (en 1996) et deux Molières (en 2002). Elle présida même la soirée des César du 8 février 1997. Malgré ces multiples reconnaissances, Annie Girardot avait eu le sentiment d’avoir été lâchée, d’avoir été oubliée, abandonnée, et en effet, elle a eu un "trou d’air" en 1980, moins de sollicitations cinématographiques, ce qui l’encouragea à enregistrer des disques et à revenir au théâtre.

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Très étrange trajectoire d’Annie Girardot qui, très jeune, était une très belle star… j’oserais presque dire, comme les autres. Mais ensuite, elle n’a pas voulu poursuivre de ce registre et a préféré les rôles de femmes de caractère, dont la féminité, sans être absente, n’est pas le point essentiel. Femme sans chichi, familière, franche. Les cheveux coupés court (ce qui lui allait très bien), elle ressemblait à ces femmes modernes, entreprenantes, qui n’attendaient rien de leur mari voire ne se mariaient pas, et qui choisissaient leur vie en toute liberté : « Je décide de ma vie puisque personne ne s’en occupe. ».

Dans le jeu intemporel des sept familles, j’aurais envie de la mettre comme l’amie de la mère, aussi familière, aussi directe qu’une mère, peut-être moins maternelle parce que plus "bousculante", plus dérangeante, sorte de tornade pleine de vie qui éclaire et qui nettoie, qui élague et qui purifie, qui secoue et vivifie, comme lorsqu’on plonge son visage dans l’eau froide, sentiment un peu inconfortable mais comme on se sent bien après. Annie Girardot, c’est la femme sur qui l’on peut compter, "leader" sans être dominatrice, qui mène la vie et les cadences et surtout, qui refusent qu’on mène la sienne à sa place.

Dans "Annie Girardot, un destin français" (éd. Michel Lafon), sorti le 25 octobre 2012, où l’on peut lire de nombreux témoignages sur l’actrice, tant de Michel Piccoli, Robert Hossein, Claudia Cardinale, Mireille Darc que de Jane Birkin, Marlène Jobert, Nicole Croisille, Catherine Lara, etc., la fille de la grande dame, Giulia Salvatori écrivait : « Ne garder que le fantastique, l’incroyable, l’irréel, voilà pour moi la vérité. Les rondes enfantines, les confitures de nos grands-mères, la sagesse, la coquerie, pourquoi pas ? La liberté de m’envoler, d’extrapoler… Chercher, inventer encore et toujours le temps qui passe si vite, peur d’oublier quelque chose avant le grand voyage… ».

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Fantastique ? Irréel ? Peut-être. Des très nombreux films qu’elle a tournés, je propose de n’en retenir que neuf comme les neuf vies qu’ont (paraît-il) les chats. Neuf pépites en fait. C’est peu et c’est très arbitraire, mais c’est un choix, pas vraiment personnel parce que ces films sont très connus et ont été très appréciés.

1. Dans le chef-d’œuvre "Rocco et ses frères" de Luchino Visconti (sorti le 6 septembre 1960), longue et exceptionnelle chronique d’une famille italienne, elle est une prostituée que rencontre l’un des frères, le frère criminel, Renato Salvatori (qui fut le père de sa fille dans la vie réelle), et (le talentueux) Alain Delon est l’un des autres frères.

2. Dans "Vivre pour vivre" de Claude Lelouch (sorti le 14 septembre 1967), elle est la femme trompée d’un journaliste, Yves Montand, avec Candice Bergen, Anouk Ferjac et Uta Taeger. La musique est de Francis Lai et Annie Girardot et Nicole Croisille y chantent "Des ronds dans l’eau".

3. Dans "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !" de Michel Audiard (sorti le 17 avril 1970), elle est au centre du jeu des acteurs, elle est ce qui n’existe pratiquement plus avec les digicodes et autres interphones, la concierge, une concierge très bavarde, celle d’un obsédé sexuel véreux qui travaille dans une banque, Bernard Blier, d’une présentatrice de télévision Mireille Darc et d’un éducateur pour enfants défavorisés Sim. Avec également Jean-Pierre Darras, Jean Le Poulain, Jean Carmet, Robert Dalban, etc., ce film a eu un grand succès. À noter que Michel Audiard (antigaulliste notoire) s’est amusé à faire l’éloge funèbre de De Gaulle (alors encore vivant) : « Les poètes voyaient en lui un grand soldat, les soldats un grand poète. » dit dans la bouche de Jean-Pierre Darras.

4. Le film "Mourir d’amer" d’André Cayatte (sorti le 20 janvier 1971), dont le titre a été repris pour une chanson de Charles Aznavour (qui n’est cependant pas dans la bande originale du film), évoque le drame de Gabrielle Russier, la professeure éprise d’amour pour l’un de ses élèves adolescent, qui a été condamnée puis qui s’est suicidée le 1er septembre 1969. Dans sa conférence de presse du 22 septembre 1969, le Président Georges Pompidou a parlé de cette tragédie de manière "mystérieuse" en citant des vers de Paul Éluard en guise de conclusion. Annie Girardot joue le rôle de l’enseignante (elle fut en une de "L’Express" du 15 février 1971, car le film a eu beaucoup d’échos médiatiques à cause de la polémique qu’il a suscitée). Parmi les autres acteurs, on peut citer Jean Bouise, Jacques Marin, Yves Barsacq, Marthe Villalonga, etc.

5. Dans "Elle cause plus… elle flingue" de Michel Audiard (sorti le 23 août 1972), Annie n’a rien à voir avec la concierge qui a fait le succès du précédent film de Michel Audiard, elle est Rosemonde du Bois de la Faisanderie, la productrice de faux reliques, qui doit être vigilante avec Bernard Blier, le commissaire de police, avec Maurice Biraud, Jean Carmet, Roger Carel, Darry Cowl, Michel Galabru, André Pousse, Daniel Prévost, etc.

6. Dans "Tendre Poulet" de Philippe de Broca (sorti le 18 janvier 1978), Annie Girardot aurait pu faire appeler le film "tendre poulette", puisque le poulet, en l’occurrence, c’est elle, commissaire de police embarquée dans une enquête difficile. Au-delà de l’intrigue policière, il y a une histoire amoureuse avec Philippe Noiret, ancien camarade et prof de grec ancien à la Sorbonne, totalement hors sol. Les autres personnages sont à peine moins fantasques, comme le succulent Hubert Deschamps, le concierge, Roger Dumas, l’inspecteur, Guy Marchand, le commissaire à la morale un peu olé olé, Catherine Alric, la jeune et belle maîtresse, ingénue, Georges Wilson, le mari de cette dernière, médecin et député (assassiné), Paulette Dubost, la mère d’Annie Girardot, etc.

7. Dans "La Zizanie" de Claude Zidi (sorti le 15 mars 1978, en pleines élections législatives !), le film que je trouve peut-être le meilleur d’Annie Girardot, elle est horticultrice, en couple avec Louis de Funès qui est patron (au bord de la faillite) et maire, en pleine commande industrielle et en pleine campagne électorale. Annie Girardot, qui en a marre de vivre avec des machines dans son salon et des vidanges dans sa serre, décide de se présenter contre son mari. Joie du Clochemerle dans la famille, la collaboration entre les deux acteurs fut excellente (Louis de Funès a parlé d’une grande complicité) mais n’a pas eu l’occasion de se renouveler (Louis de Funès malade est parti quelques années plus tard). Parmi les autres acteurs, il y a Julien Guiomar, le médecin, qui devient le chef de l’opposition, Jacques François, le préfet, Maurice Risch, Jean-Jacques Moreau, etc. Au-delà du jeu de dissension théâtrale dans le couple, le fait de vouloir se présenter aux élections, pour une femme, était assez novateur, ce qui avait placé Annie Girardot dans une position beaucoup plus efficace dans la promotion des femmes que les militantes du MLF de l’époque. Autre fait de société important, l’inspiration politique de la liste d’Annie Girardot est écologiste, ce qui est très visionnaire à une époque du tout productivisme…

8. Dans "Les Misérables", la version de Claude Lelouch (sortie le 22 mars 1995), elle joue le rôle de Madame Thénardier (ce qui lui a valu son deuxième César), aux côtés de Jean-Paul Belmondo (Jean Valjean), Philippe Léotard (Monsieur Thénardier), Philippe Khorsand (Javert), Clémentine Célarié (Fantine). Également : Michel Boujenah, Ticky Holgado, Jean Marais, Nicole Croisille, Rufus, Robert Hossein, Micheline Presle, William Leymergie, Antoine Duléry, Darry Cowl, Jacques Gamblin, Sylvie Joly, Pierre Vernier, etc.

9. Dans "Caché" de Michael Haneke (sorti le 5 octobre 2005), l’un de ses derniers films, Annie Girardot est la mère de Daniel Auteuil, un journaliste, victime d’une surveillance malsaine et inquiétante, marié à Juliette Binoche, avec notamment Denis Podalydès et Bernard Le Coq.

Dans "Ma vie contre la tienne, à jeu découvert" (éd. Robert Laffont), sorti le 1er décembre 1993, Annie Girardot se confiait : « Il m’est arrivé très souvent au cours de mon existence de pressentir quelque chose ou d’attendre un événement inattendu, de le flairer, prête à bondir dès qu’il pointe le bout de son nez. C’est cela l’aventure. Tu dois faire abstraction de tout passé, toute attache, rester sur ton propre cordon, ce pourquoi tu es là et pas ailleurs. ». Cette capacité à s’émerveiller et à capter l’instant présent, cette capacité à saisir toutes les occasions de vivre, elle a pu le transmettre à ceux qui l’ont admirée et appréciée…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/annie-girardot-une-femme-moderne-231279

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26 février 2021 5 26 /02 /février /2021 03:35

« Il a été l’un des plus grands et des plus célèbres acteurs de notre temps et l’on ne peut le comparer qu’à Charlie Chaplin. » (Marcel Pagnol, 1971).


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L’acteur et chanteur Fernandel est mort à Paris il y a cinquante ans, le 26 février 1971, à l’âge de 67 ans (il est né le 8 mai 1903 à Marseille), d’un cancer généralisé qu’on lui avait caché (à l’époque, c’était honteux). Fernandel était alors l’un des acteurs français les plus populaires, avec son ami Jean Gabin, avec Bourvil et avec Louis de Funès.

Fernandel est ce qu’on appelle un monstre du cinéma français. De Gaulle se comparait à lui pour sa notoriété internationale. Très connu et apprécié avant la guerre, Fernandel était à l’origine un humoriste, un chanteur, un comique, il a commencé à se produire dans les salles parisiennes dès l’âge de 25 ans et deux ans plus tard, il fut repéré par un réalisateur (Marc Allégret) et il commença une brillante carrière au cinéma. Dès 1936, il était une star du cinéma. Il fut un acteur fétiche de Marcel Pagnol qu’il a rencontré en 1934 pour "Angèle" (sorti le 26 octobre 1934) : « Pagnol m’a donné le côté émotion que je n’avais pas ; moi, je ne songeais qu’à profiter au maximum de mon faciès pour faire rire les gens. ».

Fernandel était synonyme du soleil du Midi, sa voix avec accent, sa gueule souriante, un sourire à faire peur, grande gueule de cheval, yeux malicieux, il était tout de suite repérable, et j’ajoute qu’il faisait la joie des enfants.

Il était aussi la fidélité incarnée dans l’amour : « Si je suis ce que je suis, je le dois à ma femme et à notre amour. ». Une seule femme et trois enfants dont le dernier est Franck Fernandel, acteur et chanteur. Frustré de n’avoir aucune anecdote sur la vie privée de l’acteur, un tabloïd a titré (pour avoir des lecteurs) "La femme cachée de Fernandel", qui ne dévoilait pas l’histoire d’une maîtresse mais simplement de son épouse Henriette qui était toujours restée discrète. Quand il allait voir sa future femme, sa future belle-mère disait : « Té, vé, voilà le Fernand d’elle ! ». Ce qui lui donna son nom de scène : « J’apprécie, plus qu’aucun autre, la vie de famille, car c’est dans mon foyer que j’ai éprouvé les plus grandes joies de mon existence. ». Henriette a suivi son mari treize années exactement après lui, le 26 février 1984.

Quand Bourvil a rencontré Fernandel pour la première fois, il était très impressionné. On aurait tendance à les "classer" ensemble, mais ils avaient presque une génération de différence et dès son adolescence, Bourvil chantait Fernandel, l’imitait dans des petites salles. Bourvil est "parti" un peu avant Fernandel qui était son maître incontesté. Jean Gabin et Fernandel ont commencé à peu près au même moment au cinéma et leur succès leur ont apporté fortune mais aussi amitié, et même une société de production commune.

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Parmi les chansons très populaires de Fernandel, on peut retenir la merveilleuse "Félicie aussi" qui a un incontestable ressort comique : « J’pris un homard sauce tomates, il avait du poil aus pattes, Félicie aussi ! », ainsi sur des dizaines de phrases. Une autre chanson très célèbre est "Ignace" qui a aussi fait l’objet d’un film au même titre de Pierre Colombier (sorti le 30 avril 1937).

Les films qu’a tournés Fernandel sont très nombreux. "Le Schpountz" de Pagnol (sorti le 15 avril 1938) fait certainement partie de ses meilleurs films d’avant-guerre : « Je ne te dis pas que tu es un bon à rien, je te dis que tu es mauvais en tout ! ».

Des "Pagnol" avec Fernandel, il y en a eu beaucoup. Il y a "La Fille du puisatier" (sorti le 20 décembre 1940), avec Raimu. Il y a aussi l’excellent "Topaze" (sorti le 2 février 1951) avec la femme de l’écrivain Jacqueline Pagnol qui joue la femme aimée de Fernandel et l’impayable Jacques Morel dans le rôle du véreux Régis de Castel-Vernac.

Après guerre, Fernandel a tourné la célèbre série de Don Camillo, six films avec un duo entre Fernandel et Peppone (joué par Gino Crvi), le curé et le maire communiste dans un village italien, si cette série a été très populaire (et enfant, j’adorais la regarder), il faut bien reconnaître que c’est plutôt ennuyeux, hélas très daté, et c’était assurément des navets, un peu comme la série du Gendarme de Saint-Tropez pour Louis de Funès. Les deux premiers films ont été réalisés par un grand cinéaste, Julien Duvivier. Rien que le premier titré "Le petit monde de Don Camillo" (sorti le 1952) a fait plus de 26 millions d’entrées au cinéma ! L’idée (provenant de Giovannino Guareschi) est excellente, elle met en scène deux personnages a priori très opposés en pleine guerre froide (avec un parti communiste italien très fort) où l’on voit parfois se nouer des solidarités improbables (cette idée a été reprise entre autres dans une série télévisée française "Père et maire"). Un spot de publicité d’une marque de pâte a également pastiché la série dans une scène définitivement mémorable avec un Fernandel parlant à Dieu.

Parmi d’autres films marquants de Fernandel, on peut citer aussi "Crésus" de Jean Giono (sorti le 21 septembre 1960), l’histoire d’un berger qui découvre des tonnes de billets de banque ; "L’Homme à la Buick" de Gilles Grangier (sorti le 12 janvier 1968), un homme fortuné qui offre des vacances à des gamins pauvres, mais pas seulement, film avec Danielle Darrieux, Jean-Pierre Marielle, Georges Descrières, Michael Lonsdale, Claude Piéplu, Jacques Marin, etc. ; ou encore "Heureux qui comme Ulysse" d’Henri Colpi (sorti le 3 janvier 1970), l’histoire d’un paysan et d’un cheval.

Cependant, j’ai gardé pour la fin ce que j’estime être les trois chefs-d’œuvre de Fernandel. Trois excellents films grâce à leur réalisateur mais aussi grâce à Fernandel.

Le premier est le film glauque "L’Auberge rouge" de Claude Autant-Lara (sorti le 19 octobre 1951). C’est l’histoire d’un moine qui doit passer la nuit dans une auberge dont les propriétaires tuent systématiquement les clients pour leur faire les poches. Il y a le suspense de qui va mourir ou rester en vie avec une autre problématique qui sera très importante aujourd’hui, avec les affaires de prêtres pédophiles, celle du secret de la confession et de sa violation éventuelle pour sauver des vies.

Le deuxième est "La Vache et le Prisonnier" d’Henri Verneuil (sorti le 16 décembre 1959). Il s’agit de l’évasion d’un prisonnier de guerre qui cherche à quitter l’Allemagne à l’aide d’une vache. La fin a une chute inattendue. Jean de Baroncelli, dans "Le Monde" du 1er janvier 1960, a commenté ainsi : « Dans un rôle taillé à sa mesure, Fernandel s’efforce visiblement de rester sobre. Et il sait émouvoir quand il veut. ».

Le troisième enfin est "La Cuisine au beurre" de Gilles Grangier (sorti le 20 décembre 1963). C’est un film qui a fonctionné avec deux grandes stars, Fernandel et Bourvil, en rivalité : Fernandel, restaurateur, prisonnier de guerre disparu dont la femme (jouée par Claire Maurier) s’est remariée avec un cuisinier. Le premier mari prenait en fait du bon temps avec une autre femme (jouée par Anne-Marie Carrière) jusqu’à ce que le mari de celle-ci fût revenu, si bien que le premier mari, en retournant au bercail, découvre que sa femme ne l’attend plus. Dans ce film, il y a des clichés régionaux qui pourraient aujourd’hui faire bondir : le Marseillais est paresseux et le Normand est travailleur.

Dans ce film ("La Cuisine au beurre"), Bourvil a eu beaucoup de mal à tourner avec Fernandel qu’il admirait tant, car ce dernier voulait toujours se valoriser dans le film (ce qui fut aussi le cas avec Louis de Funès dans ses duos avec Bourvil). Bourvil ne voulait plus jouer avec lui. Néanmoins, les deux hommes étaient amis et Fernandel aussi l’admirait, assistait à ses spectacles, etc. et fut extrêmement peiné en apprenant sa mort. Chose intéressante à savoir, le scénario de ce film n’était pas encore achevé au début du tournage ! L’idée principale était de tourner un film avec les deux grandes stars de l’époque. Succès garanti !

Cette recette était simple. La publicité de ce film, basée sur ce duo, disait d’ailleurs : « Avec "La Cuisine au beurre", nous assistons au mariage de la roublardise normande et de la galéjade marseillaise. (…) Voici la recette pour faire un film capable de satisfaire les spectateurs qui veulent rire au cinéma. (…) Vous prenez un Fernandel et un Bourvil de la bonne année que vous placez côte à côte et vous laissez mijoter avec un grand verre de soleil, beaucoup d‘ails, vous ajoutez quelques jolies femmes, une poignée de bonne humeur (…). ».

Pas sûr que cette recette soit appréciée encore de nos jours, à l’heure de la cuisine dite moléculaire et des films au rythme effréné….


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 février 2021)
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Pour aller plus loin :
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 03:35

« Cela peut être un très grand rôle pour vous, mais cela peut aussi être la fin de votre carrière ! » (Louis de Funès à Jacques Villeret, lui proposant le rôle de l’extraterrestre dans "La Soupe aux choux", en 1981).



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L’acteur Jacques Villeret est né il y a soixante-dix ans, le 6 février 1951 à Tours, et il est mort il y a un peu plus de quinze ans, le 28 janvier 2005 (à Évreux). Tout le monde connaît Jacques Villeret parce qu’il faisait partie de ces comédiens français facilement reconnaissables, tant d’un point de vue physique que psychologique. Certes, il pouvait incarner le personnage du "p’tit gros" ou du "grassouillet", de plus en plus chauve, c’est-à-dire, jamais celui du héros, "jeune et beau", mais ses faux airs débonnaires le rendaient extrêmement sympathique et attachant surtout. Comme de nombreux autres acteurs, il faisait partie de cette grande famille, peut-être le cousin lointain, toujours présent aux repas familiaux, mais un peu distant.

Rien dans son physique en faisait un physique de rêve, mais les yeux et la voix le caractérisaient tellement que c’étaient sur ses aspérités qu’il pouvait "capitaliser" son jeu d’acteur. On ne redira jamais assez ici qu’il y a une différence fondamentale entre la réalité d’un acteur et celle des personnages qu’il incarne. Entre ce qu’il est vraiment et le jeu de rôle pour des personnages souvent similaires (avec Jacques Villeret, on peut parler de personnages un peu timides, gentils, rondouillards et débrouillards, etc.).

Les meilleurs comédiens sont ceux qui sont capables, justement, de quitter la facilité de leur caractère pour approcher des personnages plus surprenants (exemple : Coluche dans "Tchao Pantin"), mais ces personnages récurrents ne sont jamais aussi bien joués que par un acteur qui leur ressemble réellement (exemple : le désabusé Jean-Pierre Bacri).

En ce sens, Jacques Villeret est intéressant à connaître. Certes, les rôles qui l’ont fait connaître étaient une sorte de caricature personnelle dans laquelle il s’est engouffré de nombreuses fois, mais au début de sa carrière, il a beaucoup hésité dans le type de rôle, il s’est cherché, et à la fin de sa vie, en particulier dans les remarquables films de Jean Becker (voir plus loin), il tenait des rôles beaucoup plus dramatiques que la critique a salués.

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L’adolescent aimait imiter ses profs et faire de la scène. Sa première prestation, il l’a faite à 15 ans à Loches, là où il habitait. La passion est devenue métier. Il a suivi à Tours puis à Paris des cours d’art dramatique, dont ceux du légendaire Louis Seigner, Sa première pièce de théâtre en 1970, au Théâtre Hébertot à Paris. Son premier film en 1973 avec Yves Boisset. Dans sa carrière, une vingtaine de pièces (ainsi que des one-man-shows pendant près d’une vingtaine d’années), du Ionesco, du Molière, du Feydeau, etc., et surtout, un grand nombre de films, environ soixante-dix.

Au début, Jacques Villeret prenait des seconds rôles, mais au fil du temps, sa notoriété aidant, il a pris carrément des premiers rôles. Il fut d’ailleurs reconnu par la profession avec deux Césars (justement : un du meilleur second rôle en 1979 grâce à "Robert et Robert", et un du meilleur acteur en 1999 grâce à "Dîner de cons") et avec trois nominations pour le Molière du meilleur comédien.

Rester dans sa caricature était un peu facile, mais il faisait rire aussi grâce à cela, comme le faisait Coluche au cinéma. Jacques Villeret apportait sa sauce personnelle qui épiçait le film. Mais pas seulement dans la comédie…

Dans "Dupont Lajoie" d’Yves Boisset (sorti le 26 février 1975), Jacques Villeret joue le (second) rôle de Gérald aux côtés notamment de Jean Carmet, Pierre Tornade, Jean Bouise, Robert Castel, Jean-Pierre Marielle, Victor Lanoux, etc. Dans "Robert et Robert" de Claude Lelouch (sorti le 14 juin 1978), bien que cela lui ait donné un César de second rôle, Jacques Villeret a partagé le premier rôle avec Charles Denner, ils sont deux "vieux" célibataires d’une quarantaine d’années (Villeret n’avait que 27 ans et Denner 52 ans !), en relation avec Jean-Claude Brialy, véreux directeur d’agence matrimoniale. Dans le film à sketchs "Rien ne va plus" de Jean-Michel Ribes (sorti le 12 décembre 1979), Jacques Villeret fait plusieurs premiers rôles aux côtés de Micheline Presle, Tonie Marschall, Eva Darlan, Anémone, Philippe Khorsand, Patrick Chesnais, Jacques François, etc.

Jacques Villeret a vu sa notoriété exploser avec sa participation dans le film "La Soupe aux choux" de Jean Girault (sorti le 2 décembre 1981), dans lequel il fait l’extraterrestre face aux deux compères Louis de Funès (dont ce fut l’avant-dernier film) et Jean Carmet. Ce fut le producteur, Christian Fechner, qui voulait Jacques Villeret aux côtés de Louis de Funès comme il avait proposé Coluche pour "L’Aile ou la Cuisse". Mais Jean Girault aurait préféré pour le rôle l’humoriste Olivier Lejeune dont le physique aurait mieux convenu.

Le film fut un véritable navet, dénaturant le roman d’origine, et les critiques y sont allés avec véhémence, à l’image de Dominique Jamet dans "Le Quotidien de Paris" le 15 décembre 1981 : « L’insupportable vulgarité, la confondante et dégradante nullité de ce film qui se veut visiblement un produit authentique de notre terroir et qui est sans contestation possible un sous-produit du cinéma national n’ont qu’un seul mérite, indiscutable : de montrer jusqu’où il est possible de descendre sans encourager la moindre sanction. En prison pour médiocrité, suggérait Montherlant. À ce compte, Jean Girault mériterait sans doute la détention perpétuelle, et encore dans l’hypothèse où la peine de mort serait abolie. » [Elle venait d’être abolie en France].

Malgré cela, le film, servi par une bande originale très appréciée et identifiable, fit un véritable carton au cinéma et il reste un énorme succès populaire à la télévision lorsqu’il y est rediffusé. Jacques Villeret, loin de voir sa carrière ruinée par ce navet, a eu ainsi une explosion de notoriété.

On le retrouve ensuite dans le film "Papy fait de la résistance" de Jean-Marie Poiré (sorti le 26 octobre 1983), dans le désopilant rôle du maréchal Ludwig von Apfelstrudel, le demi-frère d’Hitler, aux côtés de la troupe du Splendid, de Pauline Lafont, Roland Giraud, Michel Galabru, Jean Carmet, Jacqueline Maillan, Jacques François, Julien Guiomar, etc. (film dédié à Louis de Funès qui aurait dû prendre le rôle soit de Michel Galabru, soit de Jacques Villeret). Là encore, la critique n’était pas au rendez-vous mais le public, si.

Dans "Garçon !" de Claude Sautet (sorti le 9 novembre 1983), Jacques Villeret est le collègue serveur d’Yves Montand, et ils jouent avec notamment Nicole Garcia, Marie Dubois, Rosy Varte, Bernard Fresson, Hubert Deschamps, Yves Robert, etc. Ce film lui a valu une nomination pour le César du meilleur second rôle en 1984.


Jacques Villeret joue le rôle principal, Maurice, un homme en situation de handicap mental refusant de retourner en asile, dans "L’Été en pente douce" de Gérard Krawczyk (sorti le 29 avril 1987), aux côtés de Jean-Pierre Bacri (son frère), Pauline Lafont, Jean Bouise, Guy Marchand, Claude Chabrol, etc.

Premier rôle aussi dans trois films intéressants de Jean Becker, loin des sentiers battus : "Les Enfants du marais" (sorti le 3 mars 1999), avec Jacques Gamblin, Isabelle Carré, André Dussolier, Michel Serrault et Gisèle Casadesus ; "Un crime au Paradis" (sorti le 28 février 2001) avec Josiane Balasko (sa femme), Suzanne Flon (l’ancienne institutrice), André Dussolier (l’avocat), Gérard Hernandez, Roland Magdane, Daniel Prévost (le procureur général), Valérie Mairesse, etc. ; et "Effroyables Jardins" (sorti le 26 mars 2003), avec André Dussolier, Thierry Lhermitte, Suzanne Flon, etc.

Dans "Le Bal des casse-pieds" d’Yves Robert (sorti le 1er février 1992), Jacques Villeret a l’un des rôles importants, Jérôme, présentateur de météo et surtout, l’ami du héros, Jean Rochefort brimé par les emm*rdeurs, dans une comédie très bien ficelée avec Miou-Miou, Victor Lanoux, Jean Carmet, etc.

Dans "Malabar Princess" de Gilles Legrand (sorti le 3 mars 2004), du nom d’une épave d’avion écrasé dans les Alpes, Jacques Villeret a encore le rôle principal avec Claude Brasseur, Michèle Laroque et Clovis Cornillac. Jacques Villeret est aussi présent comme calife Haroun El Poussah dans "Iznogoud" de Patrick Braoudé (sorti le 9 février 2005, quelques jours après la mort de Villeret), adaptation de la célèbre bande dessinée de Tabary et Goscinny, avec Michaël Youn (Iznogoud), Kad Merad, Olivier Baroux, Franck Dubosc, Rufus, etc. (à l’origine, l’idée aurait été de confier le rôle d’Iznogoud à Louis de Funès selon la proposition de Goscinny et de Pierre Tchernia, mais le projet ne s’est pas fait après la mort soudaine de Goscinny).

L’avant-dernier film que je cite ici, lui aussi sorti après la mort de Villeret, le 30 mars 2005, est "L’Antidote" de Vincent De Brus, une comédie légère où Jacques Villeret, petit comptable, aide le grand patron Christian Clavier à guérir de son bégaiement et de ses angoisses, avec également Agnès Soral, Alexandra Lamy, François Morel, Pierre Vernier, Daniel Russo, Gérard Chaillou, etc.

Jacques Villeret a encore joué dans deux autres films qui sont sortis encore plus tard. Il était très actif au moment où il est mort à quelques jours de ses 54 ans, le 28 janvier 2005, des suites d’un gros problème de santé. Il pouvait être un clown triste, une vie personnelle difficile qui s’est noyée dans l’alcoolisme et la dépression.

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J’ai gardé pour la fin sa pépite, elle était à la fois celle du théâtre et celle du cinéma mais je retiens celle du cinéma, car sa prestation a été exceptionnelle, je veux bien sûr parler de ce film "culte" (le gros mot mis à toutes les sauces) "Le Dîner de cons" de Francis Veber (sorti le 15 avril 1998), avec Thierry Lhermitte, Francis Huster, Daniel Prévost, Catherine Frot, Edgar Givry, etc. François Pignon est la personne du "con" invité dans un dîner dans lequel chaque convive invite son "con". Le convive principal est Thierry Lhermitte. Heureusement, le scénario a une morale qui, en gros, est que le "con" n’est pas celui qu’on croit.

Ce film assez court, au succès populaire incontestable (plus de douze millions d’entrées, concurrencé par "Titanic"), est une excellente pièce d’humour avec de nombreux quiproquos. Au-delà de la prestation extraordinaire de Jacques Villeret qui connaissait bien le rôle puisqu’il le jouait aussi en 1993 au Théâtre des Variétés (mise en scène de Pierre Mondy), on notera également le sourire sadique du contrôleur fiscal Daniel Prévost, avant de se savoir cocu (les deux acteurs ont reçu un César pour cela). Au théâtre, Brochant était incarné par Claude Brasseur mais Francis Veber a préféré le remplacer par Thierry Lhermitte au cinéma.

Jacques Villeret aurait pu ne pas être au centre du "Dîner de cons" car il en voulait beaucoup au réalisateur qui lui avait proposé un peu trop rapidement de jouer le rôle de la chèvre dans "La Chèvre", dans un duo avec Lino Ventura, projet qui ne s’est jamais réalisé à cause du refus de Lino Ventura de jouer avec Jacques Villeret. Le film s’est donc fait avec le duo Gérard Depardieu et Pierre Richard. Malgré le succès de la pièce écrite par Francis Veber et jouée en 1993, Jacques Villeret a pris son temps avant d’accepter du bout des lèvres la proposition du réalisateur pour la version cinématographique (Francis Veber avait écrit la pièce pour Jacques Villeret).

Jacques Villeret s’en est allé rapidement, en plein succès, sans crier gare et pour rappeler toujours cette petite leçon d’humanité : la vie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 février 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiVilleretJacques04





https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210206-jacques-villeret.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jacques-villeret-quinze-films-sur-230772

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/02/38793788.html






 

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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 03:56

« Les gens sérieux ont une petite odeur de charogne. » (Francis Picabia, peintre, "Écrits critiques" sorti en 2005).


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L’ancien animateur de télévision Jean Bertho fête son 93e anniversaire ce samedi 23 janvier 2021. 93 ans ! Né en Lorraine, à Pont-à-Mousson, entre Nancy et Metz, il fait partie des dinosaures qui ont survécu à l’explosion de la météorite télévisuelle des années 1980 qui a inondé les ondes hertziennes de futilités, d’artifices et de ricanements. Mais en écrivant ces quelques mots, soudain, la tête me tourne, je vois plein de petits points grésillants sur un écran noir et je tombe dans un vieux canapé à la couleur kaki, si ce n’est orange, très à la mode…

Arg ! Ça y est, c’était sûr, ça devait arriver, je suis tombé dans une faille spatio-temporelle, un trou de ver peut-être (non, c’est bien autre chose, en fait)… Je suis plongé dans ces années 1970 si laides, si maudites ! Laides, car qui trouverait esthétiques les pattes d’eph et les cols longs comme un cimeterre ? Et les chignons ?…

Tu te retrouvais dans le dimanche ordinaire. C’était la joie. La messe était finie. Le Petit rapporteur aussi était terminé, Jacques Martin était parti avec sa bande (Pierre Desproges, Daniel Prévost, Stéphane Collaro, Pierre Bonte, Piem, etc.) sur l’autre chaîne. Sur la Une (TF1), une nouvelle émission. Tu la regardais un peu comme on mangerait une glace quand on admirait un beau paysage, sans la regarder. Une émission en guise de déjeuner. Deux joyeux lurons.





Tu avais là Jean Bertho. Son sourire. Ses cheveux blancs. C’est vrai, à l’époque, il avait déjà une petite cinquantaine de balais. Très petite, à peine cinquantaine, mais pour toi, c’était vieux, très vieux. Cheveux blancs. Celui qui rassurait, celui qui guidait. Ce n’était pas ton grand-père, il était plus sérieux, mais c’était pareil, peut-être le grand-oncle de Paris qui venait donner des nouvelles, les informations. C’était ton informatman. Tout se valait à l’époque. L’idée était de faire des calembours, mais pas comme chez Ruquier, non, des vrais calembours, ceux qui plaisaient sans se tirer les cheveux, sans autosatisfaction narcissique. Juste comme ça, sans prétention.

Non, il était plutôt l’ami de la famille. Celui qui apportait toujours quelques pâtisseries appétissantes. Qui te dirait que tout allait bien, même si tout allait mal. Le fait même de rire suffisait à rire. Le protecteur.

Il était le producteur en chef, le grand prêtre de l’émission. "C’est pas sérieux". Tu râlais déjà de l’imprécision de la syntaxe. C’était à la télévision française et ça ne parlait déjà plus français. Plus tard, on aurait pire, "C dans l’air", "C à vous". Ce serait carrément le langage sms à la télé. Mais c’était encore avant, bien avant, à une époque où l’on imaginait la télévision portable plutôt au poignet, à la place de la montre, que dans la poche, dans un téléphone qui était encore ce gros boîtier noir très laid avec ce disque en plastique à ressort pour former les numéros (vive le 1, gare au 9 et au 0).

Au moins, le titre de l’émission te plaisait. C’était lui, Jean Bertho, qui venait chez toi, dans ton salon. Il occupait la meilleure place dans le fauteuil que tu lui avais réservé. Et il venait avec sa troupe. Et dans sa troupe, tu ne pouvais pas manquer son frère jumeau, impossible que l’un fût là sans l’autre.

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L’autre, c’était Jean Amadou. Comme tu aimais Jean Amadou ! Il était le "politique" du lot. Jean Bertho, lui, s’amusait et amusait. Mais Jean Amoudou, du haut de son grand mètre quatre-vingt-treize, il était une tête pensante. Il connaissait toute l’actualité, celle politique, ou diplomatique, ou économique. Tu pouvais la croire ennuyeuse mais c’était tout le contraire, tu en raffolais. Jean Bertho n’était qu’un entremetteur, qu’un amuseur de salle. C’était Jean Amadou que tu voulais entendre. Sa revue de presse. Il zigzaguait avec l’actualité comme un fou du volant. Saltimbanque mais pas méchant. Ni bête ni méchant. C’est sûr que c’était beaucoup soft que Le Petit Rapporteur, mais c’était plus opportun pour le repas dominical. Moins acide, plus bon enfant.

Et puis, après son speech du début, Jean Amadou se levait et s’avançait devant un chevalet avec une collection de grandes feuilles blanches. Tu adorais cela car tu adorais le dessin. Alors, je ne me souviens plus beaucoup. Il y avait un dessinateur, c’était peut-être Dadzu, mais ma mémoire flanche déjà, éparpillée par le retour du temps, qui faisait devant la caméra son dessin, et avec un petit mot de Jean Amadou, le modifiait d’un simple trait et cela changeait complètement la signification. C’était très courant à l’époque, Piem faisait cela pour Jacques Martin.

Jean Bertho continuait sa messe. Il y avait sa liturgie, ses rituels, aussi ses chants, c’était l’occasion pour certains artistes de venir vendre leurs disques, comme dans une émission de variétés classique. Tu aimais bien le kiosque. Pendant très longtemps, ta mémoire t’a joué des tours, tu étais persuadé que c’était Simone Signoret qui tenait la boutique. Tu avais des circonstances atténuantes, elle avait la même coiffure.

Le concept était assez simple. Dans le kiosque, la vendeuse de journaux pouvait raconter quelques brèves, quelques anecdotes, quelques faits-divers. En fait je ne sais plus trop bien, si ce n’est que ta mémoire était complètement bidon. Ce n’était pas Simone Signoret, mais Anne-Marie Carrière. C’est vrai, l’une comme l’autre étaient, pour toi, déjà des "vieilles", l’une 55 ans, l’autre 51 ans. Mademoiselle Rose te faisait sourire sinon rire. Et c’était de l’humour tendre. De l’humour à la fin duquel on s’embrassait. Maintenant, impossible. Gestes barrières !





Puis, en essayant d’aller tout au fond de la mémoire, il y avait aussi une autre chronique, c’était une sorte de reportage humanitaire, "Les Petits Ivoiriens". À l’origine, l’idée était d’imiter l’expression "Les Petits Suisses", ces petits pots de crème que tu pouvais avoir à la cantine scolaire, qui, à l’époque, était supposée être très dégueulasse, mais beaucoup beaucoup moins que maintenant car à l’époque, c’était des menus préparés sur place avec de vrais cuisiniers et des vrais produits frais, sans conservateurs et venant de pas très loin, pas une multinationale spécialisée dans la restauration collective qui chasse les centimes d’euros si ce n’est les dixièmes d’euros.

L’idée était sans doute de se donner bonne conscience, mais cela aidait pas mal d’enfants de Côte d’Ivoire, c’était aussi une occasion de connaître d’autres cultures, d’autres modes de vie…

"C’est pas sérieux", émission produite par Catherine Anglade et tournée au Studio 102 de la Maison de la Radio, fut ton rendez-vous avec l’humour et la gaudriole. Mais c’était encore de …l’humour courtois. Bon anniversaire, Jean Bertho !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Bertho.
Piem.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.
Marc Ferro.
Michèle Cotta.
Philippe Alexandre.
Henri Amouroux.
Noël Copin.
Françoise Dolto.
Philippe Bouvard.
Menie Grégoire.
Évelyne Pagès.
Jean Garretto.
Jacques Chapus.
Henri Marque.
Arthur.
François de Closets.
Pierre Desgraupes.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

_yartiBerthoJean03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210123-jean-bertho.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/c-est-pas-serieux-quand-on-s-230565

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/27/38782457.html








 

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