Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
20 novembre 2020 5 20 /11 /novembre /2020 08:24

« Fini, c’est fini, ça va peut-être finir. Les grains s’ajoutent aux grains, un à un, et un jour, soudain, c’est un tas, l’impossible tas. » ("Fin de partie", Samuel Beckett, 1957).


_yartiRobinMichelB01

Une tirade du personnage Clov, dans "Fin de partie" de Samuel Beckett, une pièce qu’il adorait et qu’il avait encore jouée en 2012 au Théâtre Gérard-Philippe à Saint-Denis, mais dans le rôle de Hagg, le vieux père, apportant « une incroyable densité humaine à [son personnage] » selon "Les Échos" de l’époque. Quant au journal "Le Figaro" du jour, il a titré tristement : « Acteur talentueux, qui jouait de sa voix douce et de son apparente timidité dans ses nombreux personnages au théâtre et au cinéma, il nous a quittés à 90 ans des suites du coronavirus. ».

Il venait en effet d’atteindre ses 90 ans la semaine dernière. Le comédien français Michel Robin a été emporté ce mercredi 18 novembre 2020 par la pandémie de covid-19. Les décès quotidiens nombreux, beaucoup trop nombreux, ne sont que de froides statistiques communiquées par une administration rigoureuse. On peut être touché par des proches, par soi-même… ou par des personnages publics, connus sans être forcément stars dans le cas de Michel Robin. On pourra toujours dire qu’il avait 90 ans et qu’il avait vécu, et même bien vécu, une vie souriante et paisible de comédien, mais la vérité, c’est que s’il n’y avait pas eu cette saleté de virus, il aurait été encore là, les yeux toujours très timides, le sourire aux lèvres et l’élégance de la courtoisie, de la prévenance. Esprit et corps tenaient encore la route, jusqu’à l’impasse pandémique.

Michel Robin a souvent joué les "vieux", même lorsqu’il était jeune. Et son allure une peu courbée, voûtée, sa tendresse, en faisait un acteur très apprécié malgré ses rôles souvent accessoires. Certes, il a joué dans beaucoup de films au cinéma (entre autres, "La Chèvre", "Merci pour le chocolat" et "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain"), mais il était avant tout un comédien de théâtre, qui a apprécié le théâtre et que le théâtre a apprécié, au point d’être "reçu" ou plutôt "accueilli" (tardivement) sociétaire à la Comédie-Française. C’est d’ailleurs grâce au théâtre qu’il a eu la reconnaissance de son talent avec un Molière en 1990, et aussi la possibilité de jouer des rôles principaux (au lieu de seconds rôles), comme Monsieur Jourdain dans "Le Bourgeois gentilhomme" de Molière en 2000.

Éric Ruf, son ami qui pourrait presque être son petit-fils, administrateur général de la Comédie-Française depuis le 16 juillet 2014, à peine plus jeune que lui comme sociétaire (498e, lui 495e), a annoncé publiquement la triste nouvelle du décès. Michel Robin et Éric Ruf avaient joué ensemble dans plusieurs pièces, notamment dans "Les Trois Sœurs" de Tchekhov ou "Cyrano de Bergerac".

S’en prenant à l’épidémie dans ses souvenirs évoqués pour "Le Figaro" du 19 novembre 2020, Éric Ruf a raconté : « Cette époque nous éprouve cruellement et nous la haïrons de nous priver soudainement des plus fragiles et des meilleurs d’entre nous. Nous avons tous un souvenir précis de Michel, parti il y a dix ans déjà de notre théâtre. De sa tendresse et de son humour dévastateur. De sa dent aussi, carnassière et drôle. Nous comptions énormément pour Michel qui gardait un attachement indéfectible à notre Maison. ».

_yartiRobinMichel03

Et d’ajouter : « Michel a toujours joué les vieux, très tôt dans sa carrière. Il concédait il y a peu qu’il avait enfin l’âge du rôle et que cela le contrariait. Nous perdons un grand-père, un père de théâtre, un ami, un grand comédien. Toutes nos pensées et notre tristesse accompagnent Amélie, sa fille, et Gaspard, son petit-fils, que Michel adorait. ». Sa fille venait le voir très régulièrement pour lui apporter ses repas en période de (premier) confinement.

Il y a un peu plus d’un an, le 27 mai 2019 au Studio-Théâtre de la Comédie-Française, à Paris, Michel Robin s’était déplacé pour répondre aux questions de la journaliste Mathilde Serrell (à l’époque de France Culture et maintenant de France Inter), entretien qui vient d’être proposé sur Youtube en son hommage.





Parmi les premiers commentaires, une internaute, qui a eu l’occasion de travailler avec lui, s’est rappelée ainsi : « J’ai eu la chance de partager des moments délicieux avec ce Grand Monsieur (…). Il restait avant et après le spectacle, pour me raconter ses années de théâtre, de vie, avec un humour incroyable. Il était si drôle, surtout quand il téléphonait à sa fille !! J’adorais quand il me parlait de Beckett (…). » (19 novembre 2020).

Le 4 mai 2020, avant le déconfinement, Michel Robin, comme le disait Éric Ruf, acceptait sa vieillesse de cette manière : « J’assume mon âge, même si je ne réalise pas que j’aurai 90 ans. (…) J’ai du mal à me projeter au-delà de 95 ans.  Il me semble que, alors, je serai peut-être quand même vieux. » ("Générations"). Au revoir, grand homme riant et souriant à la vie !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu



Pour aller plus loin :
Le très discret Michel Robin.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiRobinMichelB03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201118-michel-robin.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/michel-robin-la-subtilite-vaincue-228818

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/19/38661088.html




 

Partager cet article

Repost0
19 novembre 2020 4 19 /11 /novembre /2020 12:47

« Les gens se sont mis à me reconnaître dans la rue, c’était incroyable ! (…) Le pouvoir de la télévision est impressionnant. Je la regarde beaucoup, aujourd’hui, je cherche les films, les concerts et les opéras, mais cela n’est pas facile d’échapper aux idioties et à la pub. » (Michel Robin, le 4 mai 2020, "Générations").


_yartiRobinMichel03

La télévision, accélératrice de notoriété. Ce fut le cas pour la série "Boulevard du Palais", diffusée entre 1999 et 2006. La gloire à 70 ans ! Du moins, auprès des téléspectateurs friands de séries policières…

Décédé le 18 novembre 2020 des suites du covid-19, le comédien Michel Robin a fêté son 90e anniversaire ce vendredi 13 novembre 2020 (qui est par ailleurs un macabre anniversaire). Michel Robin, hélas, est très peu connu du grand public, enfin peu connu de nom, un nom en plus assez commun, probablement attribué à plusieurs homonymes, et pourtant, dès qu’on voit sa photo, on peut assez souvent le reconnaître : « Le public connaît mon visage, malheureusement, pas mon nom. » ("Le Progrès"). C’est la magie des seconds rôles. Certains accompagnent de nombreux films sans faire de vague, mais sans eux, pas de petit sourire, de petite cerise sur le gâteau, de bouée rouge sur un tableau de Turner…

J’adore ses prestations, en peu comme un cueilleur de champignons jaloux de garder secret son coin à champignons. L’impression d’avoir accès à quelques pépites hors des sentiers battus. Et en même temps, il y a des champignons pour tout le monde, l’idée d’une certaine injustice des médias qui n’éclairent que les grandes stars et qui oublient les travailleurs méticuleux qui rendent une production aussi captivante. Michel Robin a des allures de grand-père bienveillant, joyeux, respectueux, tolérant, je n’ose pas dire gentil.

Né à Reims, Michel Robin doit sa vocation de comédien à son frère aîné qui est mort récemment : « Grâce à lui, j’ai commencé le théâtre à 7 ans. On adaptait des farces du Moyen-Âge. » ("Générations"). Le voici en scène chez les scouts, lors des longues soirées autour d’un feu. Refusant de prendre la succession de son père dentiste, il a commencé des études de droit à Bordeaux. Il y avait une compagnie de théâtre amateur et après quelques rôles, on lui a conseillé de "monter à Paris".

Le voici en train de jouer avec Roger Planchon pendant sept ans : « Il m’a tout appris et en même temps, rien appris. Lorsque je suis arrivé à Lyon, j‘étais relativement âgé, 28 ans, en tout cas, plus âgé que lui. Je crois avoir un don pour le théâtre. Le métier d’acteur ne s’apprend pas à l’école, mais sur le tas, en travaillant beaucoup. Il n’y a pas longtemps que je l’ai compris. Roger m’a appris le respect des textes. Mais avec lui, comme avec les autres, j’ai presque toujours été abonné aux petits rôles. » ("Le Progrès " du 7 janvier 2015, propos recueillis par Antonio Mafra). Ce fut durant cette période lyonnaise qu’il a sympathisé avec Jean Bouise et avec bien d’autres.

_yartiRobinMichel02

Je n’ai pas eu la chance de voir Michel Robin jouer au théâtre mais c’est bien sûr son métier principal, notamment de 1994 à 2011 (à partir de 63 ans !) à la Comédie-Française, dont il est devenu le 495e sociétaire le 1er janvier 1996. Il a d’ailleurs eu la reconnaissance de la profession avec une nomination pour le Molière en 1989 et surtout, consécration, l’attribution d’un autre Molière pour les seconds rôles en 1990 pour "La Traversée de l’hiver", pièce de Yasmina Reza créée le 6 octobre 1989 à Orléans, dans laquelle Michel Robin jouait le rôle d’une personne ennuyeuse et isolée.

Michel Robin a joué dans plus d’une centaine de pièces de théâtre de 1958 à 2015. Autant de pièces, sans compter les presque cent cinquante films, montrent la forme solide et assidue du comédien. À ses débuts, il était donc dans la troupe de Roger Planchon, puis la compagnie Renaud-Barrault (notamment pour "Fin de partie" de Beckett, œuvre qu’il adore). Parmi ses prestations, on peut citer avec vertige les auteurs suivants : Dürrenmatt, Alfred de Musset, Molière, Shakespeare, Alexandre Dumas, Gogol, Brecht, Gorki, Schiller, Remo Forlani, Beckett, Nathalie Sarraute, Sean O’Casey, Ionesco, Ibsen, Boulgakov, Théophile Gautier, Bernanos, Yasmina Reza, Roger Caillois, Thierry Maulnier, Jean Genet, Jean Giraudoux, Tchekhov, Victor Hugo, Alain Decaux et André Castelot, Marivaux, George Bernard Shaw, Pierre-Henri Loÿs, Feydeau, Euripide, Edmond Rostand, Beaumarchais, Alfred Jarry, etc.

La dernière pièce qu’il a jouée en 2014-2015, ce fut "Les méfaits du tabac", de Tchekhov, dans une mise en scène de Denis Podalydès. C’était une pièce qu’il connaissait bien puisqu’il l’avait jouée étudiant à Bordeaux dans le théâtre amateur et qu’il l’a jouée aussi au moment de son audition au Cours Florent.

Parallèlement, en plus de ses quelque quatre-vingt-dix participations dans des productions télévisées, Michel Robin a joué dans une soixantaine de films entre 1966 et 2018. Souvent, ce sont des petits rôles qui donnent une réelle valeur ajoutée au film. Par exemple, il joue le père de la fille enlevée dans "La Chèvre" de Francis Veber (1981), par ailleurs celui qui embauche Gérard Depardieu et Pierre Richard pour aller la rechercher des griffes des ravisseurs. Dans "L’invitation" de Claude Goretta (1973), Michel Robin est le petit employé qui fait un héritage, plongé dans une aventure sociale aux côtés de Jean-Luc Bideau. Il devient un malheureux touriste dans un voyage (dés)organisé aux States d’une compagnie en faillite dans "Restons groupés" de Jean-Paul Salomé (1997).

On peut aussi citer ses apparitions dans "L’Aveu" de Costa-Gavras (1970), "Le mur de l’Atlantique" de Marcel Camus (1970), "Les mariés de l’an II" de Jean-Paul Rappeneau (1971), "L’affaire Dominici" de Claude Bernard-Aubert (1973), "Les aventures de Rabbi Jacob" de Gérard Oury (1973), "Verdict" d’Alain Cayatte (1974), "Le jouet" de Francis Veber (1976), "L’hôtel de la plage" de Michel Lang (1978), "Les petites fugues" d’Yves Yersin (1979), "Le marginal" de Jacques Deray (1983), "Merci pour le chocolat" de Claude Chabrol (2000), "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet (2000), "Un long dimanche de fiançailles" de Jean-Pierre Jeunet (2004), etc.

Michel Robin a quitté la scène en 2018. Depuis lors, il réside dans un appartement faisant partie d’une résidence pour personnes âgées dans les Yvelines : « La plupart [des résidents] demeurent un mystère pour moi. Ils ne parlent pas, ne s’intéressent à rien. Je me demande quelle vie ils ont eue ! » ("Générations"). Sa fille vient le voir souvent, et on lui livre des plats cuisinés avec les précautions d’usage en période de pandémie de covid-19.

L’homme est encore un grand séducteur, même s’il reste humble devant l’amour : « Il n’y a pas grand-chose à raconter. J’étais tellement timide, que j’étais le Poulidor de l’amour. J’arrivais toujours deuxième ! » avouait-il au magazine suisse "Générations" le 4 mai 2020, en plein confinement, interrogé par Véronique Châtel. Poulidor qui est mort le jour de son anniversaire l’an dernier. Et d’affirmer son vrai âge : « J’assume mon âge, même si je ne réalise pas que j’aurai 90 ans. J’ai toujours 5 ans d’âge mental. Je préférerais avoir 50 ans, mais j’aime être vivant. Je continue de rêver, d’écouter de la musique (…), surtout la nuit, toutes fenêtres ouvertes. J’ai du mal à me projeter au-delà de 95 ans. Il me semble que, alors, je serai peut-être quand même vieux. ». Hommage à sa jeunesse qui a perduré !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Delon.
Michel Robin.
Marlène Jobert.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiRobinMichel01




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201118-michel-robin-0.html

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/19/38660693.html



 

Partager cet article

Repost0
13 novembre 2020 5 13 /11 /novembre /2020 03:24

« Les gens se sont mis à me reconnaître dans la rue, c’était incroyable ! (…) Le pouvoir de la télévision est impressionnant. Je la regarde beaucoup, aujourd’hui, je cherche les films, les concerts et les opéras, mais cela n’est pas facile d’échapper aux idioties et à la pub. » (Michel Robin, le 4 mai 2020, "Générations").


_yartiRobinMichel01

La télévision, accélératrice de notoriété. Ce fut le cas pour la série "Boulevard du Palais", diffusée entre 1999 et 2006. La gloire à 70 ans ! Du moins, auprès des téléspectateurs friands de séries policières…

Le comédien Michel Robin fête son 90e anniversaire ce vendredi 13 novembre 2020 (qui est par ailleurs un macabre anniversaire). Michel Robin, hélas, est très peu connu du grand public, enfin peu connu de nom, un nom en plus assez commun, probablement attribué à plusieurs homonymes, et pourtant, dès qu’on voit sa photo, on peut assez souvent le reconnaître : « Le public connaît mon visage, malheureusement, pas mon nom. » ("Le Progrès"). C’est la magie des seconds rôles. Certains accompagnent de nombreux films sans faire de vague, mais sans eux, pas de petit sourire, de petite cerise sur le gâteau, de bouée rouge sur un tableau de Turner…

J’adore ses prestations, en peu comme un cueilleur de champignons jaloux de garder secret son coin à champignons. L’impression d’avoir accès à quelques pépites hors des sentiers battus. Et en même temps, il y a des champignons pour tout le monde, l’idée d’une certaine injustice des médias qui n’éclairent que les grandes stars et qui oublient les travailleurs méticuleux qui rendent une production aussi captivante. Michel Robin a des allures de grand-père bienveillant, joyeux, respectueux, tolérant, je n’ose pas dire gentil.

Né à Reims, Michel Robin doit sa vocation de comédien à son frère aîné qui est mort récemment : « Grâce à lui, j’ai commencé le théâtre à 7 ans. On adaptait des farces du Moyen-Âge. » ("Générations"). Le voici en scène chez les scouts, lors des longues soirées autour d’un feu. Refusant de prendre la succession de son père dentiste, il a commencé des études de droit à Bordeaux. Il y avait une compagnie de théâtre amateur et après quelques rôles, on lui a conseillé de "monter à Paris".

Le voici en train de jouer avec Roger Planchon pendant sept ans : « Il m’a tout appris et en même temps, rien appris. Lorsque je suis arrivé à Lyon, j‘étais relativement âgé, 28 ans, en tout cas, plus âgé que lui. Je crois avoir un don pour le théâtre. Le métier d’acteur ne s’apprend pas à l’école, mais sur le tas, en travaillant beaucoup. Il n’y a pas longtemps que je l’ai compris. Roger m’a appris le respect des textes. Mais avec lui, comme avec les autres, j’ai presque toujours été abonné aux petits rôles. » ("Le Progrès" du 7 janvier 2015, propos recueillis par Antonio Mafra). Ce fut durant cette période lyonnaise qu’il a sympathisé avec Jean Bouise et avec bien d’autres.

_yartiRobinMichel02

Je n’ai pas eu la chance de voir Michel Robin jouer au théâtre mais c’est bien sûr son métier principal, notamment de 1994 à 2011 (à partir de 63 ans !) à la Comédie-Française, dont il est devenu le 495e sociétaire le 1er janvier 1996. Il a d’ailleurs eu la reconnaissance de la profession avec une nomination pour le Molière en 1989 et surtout, consécration, l’attribution d’un autre Molière pour les seconds rôles en 1990 pour "La Traversée de l’hiver", pièce de Yasmina Reza créée le 6 octobre 1989 à Orléans, dans laquelle Michel Robin jouait le rôle d’une personne ennuyeuse et isolée.

Michel Robin a joué dans plus d’une centaine de pièces de théâtre de 1958 à 2015. Autant de pièces, sans compter les presque cent cinquante films, montrent la forme solide et assidue du comédien. À ses débuts, il était donc dans la troupe de Roger Planchon, puis la compagnie Renaud-Barrault (notamment pour "Fin de partie" de Beckett, œuvre qu’il adore). Parmi ses prestations, on peut citer avec vertige les auteurs suivants : Dürrenmatt, Alfred de Musset, Molière, Shakespeare, Alexandre Dumas, Gogol, Brecht, Gorki, Schiller, Remo Forlani, Beckett, Nathalie Sarraute, Sean O’Casey, Ionesco, Ibsen, Boulgakov, Théophile Gautier, Bernanos, Yasmina Reza, Roger Caillois, Thierry Maulnier, Jean Genet, Jean Giraudoux, Tchekhov, Victor Hugo, Alain Decaux et André Castelot, Marivaux, George Bernard Shaw, Pierre-Henri Loÿs, Feydeau, Euripide, Edmond Rostand, Beaumarchais, Alfred Jarry, etc.

La dernière pièce qu’il a jouée en 2014-2015, ce fut "Les méfaits du tabac", de Tchekhov, dans une mise en scène de Denis Podalydès. C’était une pièce qu’il connaissait bien puisqu’il l’avait jouée étudiant à Bordeaux dans le théâtre amateur et qu’il l’a jouée aussi au moment de son audition au Cours Florent.

Parallèlement, en plus de ses quelque quatre-vingt-dix participations dans des productions télévisées, Michel Robin a joué dans une soixantaine de films entre 1966 et 2018. Souvent, ce sont des petits rôles qui donnent une réelle valeur ajoutée au film. Par exemple, il joue le père de la fille enlevée dans "La Chèvre" de Francis Veber (1981), par ailleurs celui qui embauche Gérard Depardieu et Pierre Richard pour aller la rechercher des griffes des ravisseurs. Dans "L’invitation" de Claude Goretta (1973), Michel Robin est le petit employé qui fait un héritage, plongé dans une aventure sociale aux côtés de Jean-Luc Bideau. Il devient un malheureux touriste dans un voyage (dés)organisé aux States d’une compagnie en faillite dans "Restons groupés" de Jean-Paul Salomé (1997).

On peut aussi citer ses apparitions dans "L’Aveu" de Costa-Gavras (1970), "Le mur de l’Atlantique" de Marcel Camus (1970), "Les mariés de l’an II" de Jean-Paul Rappeneau (1971), "L’affaire Dominici" de Claude Bernard-Aubert (1973), "Les aventures de Rabbi Jacob" de Gérard Oury (1973), "Verdict" d’Alain Cayatte (1974), "Le jouet" de Francis Veber (1976), "L’hôtel de la plage" de Michel Lang (1978), "Les petites fugues" d’Yves Yersin (1979), "Le marginal" de Jacques Deray (1983), "Merci pour le chocolat" de Claude Chabrol (2000), "Le fabuleux destin d’Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet (2000), "Un long dimanche de fiançailles" de Jean-Pierre Jeunet (2004), etc.

Michel Robin a quitté la scène en 2018. Depuis lors, il réside dans un appartement faisant partie d’une résidence pour personnes âgées dans les Yvelines : « La plupart [des résidents] demeurent un mystère pour moi. Ils ne parlent pas, ne s’intéressent à rien. Je me demande quelle vie ils ont eue ! » ("Générations"). Sa fille vient le voir souvent, et on lui livre des plats cuisinés avec les précautions d’usage en période de pandémie de covid-19.

L’homme est encore un grand séducteur, même s’il reste humble devant l’amour : « Il n’y a pas grand-chose à raconter. J’étais tellement timide, que j’étais le Poulidor de l’amour. J’arrivais toujours deuxième ! » avouait-il au magazine suisse "Générations" le 4 mai 2020, en plein confinement, interrogé par Véronique Châtel. Poulidor qui est mort le jour de son anniversaire l’an dernier. Et d’affirmer son vrai âge : « J’assume mon âge, même si je ne réalise pas que j’aurai 90 ans. J’ai toujours 5 ans d’âge mental. Je préférerais avoir 50 ans, mais j’aime être vivant. Je continue de rêver, d’écouter de la musique (…), surtout la nuit, toutes fenêtres ouvertes. J’ai du mal à me projeter au-delà de 95 ans. Il me semble que, alors, je serai peut-être quand même vieux. ». Souhaitons-lui une jeunesse qui perdure !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (08 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Delon.
Michel Robin.
Marlène Jobert.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiRobinMichel03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201113-michel-robin.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-tres-discret-michel-robin-228606

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/03/38628204.html






 

Partager cet article

Repost0
7 novembre 2020 6 07 /11 /novembre /2020 03:16

« Je suis beau. Et il paraît que j’étais très très très très beau. Regarde "Rocco", "Plein Soleil" ! Elles étaient toutes folles de moi, de 18 à 50 ans (…). Les femmes sont devenues ma motivation. Je leur dois tout. Pour elles, j’ai toujours voulu être le plus beau, le plus grand, le plus fort, et le lire dans leurs yeux. » ("Vanity Fair", août 2017).



_yartiDelonAlain01

Ah, voici que le temps apporte son 85e anniversaire à l’une des plus importantes vedettes du cinéma français depuis la fin de la guerre encore vivantes : Alain Delon est né en effet le 8 novembre 1935 (à Sceaux). Personnalité très forte, caractère en acier trempé, certains ne l’apprécie pas, peut-être parce qu’être star, finalement, sur la durée, ce n’est pas facile à gérer, à vivre. C’est à peu près le seul homme qui, lorsqu’on lui dit "je t’aime", peut dire, tout en gardant toute sa galanterie, "moi aussi" avec le sens : "moi aussi, je m’aime" ! N’est pas goujat qui veut.

Le 16 mai 2019, le Festival de Cannes lui a remis une Palme d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. Une sorte de rattrapage depuis 1956. Une palme qui a fait beaucoup couler d’encre à cause de pétitionnaires militantes féministes forcenées qui voulaient interdire au festival la remise d’une telle récompense à un homme (elles sont aussi juges qu’énervées) supposé machiste homophobe (il est contre l’adoption des enfants par les couples homosexuels) et raciste (principalement à cause de son amitié pour Jean-Marie Le Pen, mais il a toujours affirmé qu’il n’a jamais voté pour l’extrême droite, après tout, Laurent Joffrin aussi a bien connu Jean-Marie Le Pen…).

Pierre Lescure (le président du festival) l’a défendu avec force le 14 mai 2019 sur France Inter : « Quand je vois qu’Alain Delon a été le vrai producteur du film "Monsieur Klein", qu’il est allé chercher Joseph Losey qui était un homme plus qu’engagé à gauche, quasiment communiste pour un Britannique à l’époque, et qu’ils ont joué ensemble ce film admirable où Delon exprime un certain nombre de choses très fortes sur les choix politiques et de société, ça va au-delà de l’amitié un peu virile qu’il a pu avoir et afficher avec Jean-Marie Le Pen en son temps. ».

En fait, c’était plutôt Alain Delon qui avait hésité à accepter de la recevoir, cette palme d’honneur qu’il aurait voulu plutôt voir attribuer à ses producteurs et réalisateurs qui ont fait ce qu’il est devenu. Dans "Vanity Fair" d’août 2017, Alain Delon a montré qu’il savait reconnaître ses hommes providentiels : « Je ne savais rien faire. Allégret m’a regardé et m’a dit : "Écoute-moi bien, Alain. Parle comme tu me parles. Regarde comme tu me regardes. Écoute comme tu m’écoutes. Ne joue pas, vis". Ça a tout changé. Si Yves Allégret ne m’avait pas dit ça, je n’aurais pas eu cette carrière. ». Yves Allégret l’a recruté pour son premier long-métrage : "Quand la femme s’en mêle" (sorti le 15 novembre 1957) avec Edwige Feuillère, Jean Servais, Bernard Blier, Pierre Mondy et Jean Lefebvre. Sa plus grande reconnaissance, il l’a dite le 30 septembre 2019 sur LCI, sans modestie : « Je suis, je ne vous l’apprends pas, une star, mais c’est au public que je le dois, c’est eux qui m’ont fait ! ».

Quelques semaines après cette remise à Cannes qu’il considérait comme « un peu un hommage posthume, mais de mon vivant », en juin 2019, Alain Delon a été victime d’un AVC, c’est ce qu’a déclaré son fils Antony le 8 août 2019 : « Mon père a fait un accident cardio-vasculaire et une légère hémorragie cérébrale il y a quelques semaines (…). Toute la famille s’est relayée à son chevet. ». Il est resté trois semaines en soins intensifs à La Pitié-Salpêtrière. Il aurait voulu en finir.

Pendant le premier confinement, Alain Delon ne voulait plus voir personne, ce qui l’a fait régresser dans sa rééducation très longue (en refusant de recevoir son kiné). Mais dernièrement, il y a quelques jours, sa fille Anouchka a démenti toutes les rumeurs sur l’état de son père : Alain Delon se remet de son AVC et il est en convalescence chez lui. Mieux, il continuerait ce projet où il prêterait sa voix pour faire parler De Gaulle.

Partisan du suicide assisté, Alain Delon a prévenu en 2019 : « Maintenant, ce qui est difficile, c’est de partir, parce que je vais partir. ». Déjà le 11 janvier 2018 sur "Paris Match", il avait tout prévu : « Tout est prêt, j’ai ma tombe dans ma chapelle, il y a six places. ». Profondément affecté par la mort de Mireille Darc le 28 août 2017, il a ruminé sur l’évolution de la société : « Je hais cette époque, je la vomis. (…) Tout est faux, tout est faussé. (…) Je sais que je quitterai ce monde sans regrets. ». Dans cet entretien, il n’a pas pu, non plus, s’empêcher de faire le fier pour expliquer son célibat actuel : « Je ne dis pas qu’il n’y a pas de candidates. Il y en a dix, mais aucune pour le moment ne me convient pour finir ma vie. ».

Son compère Jean-Paul Belmondo aussi a dit la même chose sur la société (qui était "mieux-avant"), mais en plus positif, en octobre 2016, après la vague d’attentats : « Jamais je n’aurais pu imaginer, quand je repense à cette France gaie que j’ai connue, que la situation dégénérerait ainsi (…). Quand votre avenir vous inquiète, il est plus difficile de vous réjouir du présent. Mais il faut rester optimiste, profiter de la vie. ».

_yartiDelonAlain02

Alain Delon aurait pu devenir charcutier (il a passé un CAP de charcuterie à l’âge de 14 ans) mais, grâce à Jean-Claude Brialy (entre autres) qui l’a invité au Festival de Cannes, il a tout de suite subjugué le monde du cinéma à l’âge de 20 ans.

Ce statut de star qu’Alain Delon a atteint à un très jeune âge et très rapidement lui permet de penser et de dire ce qu’il veut, il peut se moquer des réactions. C’est un peu comme Brigitte Bardot, on les aime ou on ne les aime pas, cela ne changera pas leur vie ! Il a réuni dans les salles de cinéma près de 135 millions de spectateurs avec tous les films auxquels il a participé. Qui dit mieux, aujourd’hui ?

Personne ne lui enlèvera sa jeunesse, sa sensibilité de l’époque, une personnalité nuancée, complexe, fragile. Au fil des films, au fil du temps, au fil de la notoriété, Alain Delon est devenu de plus en plus Alain Delon, de plus en plus sa caricature. Peut-être à cause du conseil d’Yves Allégret ? Peut-être la cause des demandes des réalisateurs, des producteurs, des scénaristes ? Il est devenu sa caricature, et finalement, pourquoi s’en départir ?

"Monsieur Klein" (1976) est très sensible, "La Piscine" (1969) est très mystérieuse… Inutile de faire la liste des films qui ont compté pour les Français et dont il fut le personnage central. Ami et rival de Jean-Paul Belmondo, peut-on vraiment dire qu’il a la grosse tête ? C’est difficile à dire, ce qui paraît sûr, c’est qu’il s’est mis une carapace pour se protéger, qui ne le ferait pas, à sa place ? Qu’auriez-vous si vous étiez avec Dalida, Mireille Darc, Romy Schneider, Anne Parillaud, et tant d’autres ?

L’acteur français (et suisse) a accepté quand même de tourner pour la télévision, ce qui n’est pourtant pas le signe d’un orgueil pour sa réputation, lui qui a obtenu un César du meilleur acteur en 1985 (pour "Notre histoire"). Ainsi, il a tourné dans un téléfilm de Louis Choquette "Un mari de trop" (diffusé pour la première fois le 11 octobre 2010 sur TF1) où il campe le vieil avocat richissime refusant de laisser son fils se marier avec la très belle Lorie Pester, jolie mythomane se prétendant fille du bidonnant Jean-Luc Bideau.

Peut-être que comprendre sa personnalité passe par le film "Mélodie en sous-sol" réalisé par Henri Verneuil et sorti le 19 mars 1963. C’était le dernier film du contrat de trois qui liait le réalisateur (et son précieux dialoguiste Michel Audiard et son acteur fétiche Jean Gabin) avec la Metro-Goldwyn-Mayer (MGM), le producteur américain (après "Le Président" et "Un Singe en hiver").

MGM avait prévu l’excellent Jean-Louis Trintignant pour le rôle du jeune truand, mais Alain Delon voulait absolument tenir ce rôle et Henri Verneuil n’y était pas opposé. MGM le refusait car il n’était pas considéré comme assez célèbre (la recette du succès commercial). Certes, Alain Delon venait d’atteindre la notoriété internationale avec "Rocco et ses frères" (Visconti) et "Plein Soleil" (René Clément), mais le public français lui préférait encore Jean-Paul Belmondo qui, justement, était présent dans le deuxième film de la collaboration MGM-Verneuil ("Un Singe en hiver").

L’une des motivations d’Alain Delon de jouer dans "Mélodie en sous-sol", c’était avant tout sa fascination pour Jean Gabin qui l’attirait et qui l’intimidait. Il voulait se rapprocher le plus possible de lui (il guettait son arrivée sur les lieux de tournage). Apparemment, ce fut Henri Verneuil qui trouva la clef pour mettre Alain Delon dans le casting : la MGM accepta qu’il prît le rôle à la condition qu’il jouât gratuitement ! Cachet nul ! Henri Verneuil négocia alors une compensation : qu’Alain Delon puisse avoir les droits de production sur le film dans des pays "exotiques" ou lointains. La MGM n’y voyant aucune malice accepta.

Résultat, Jean Gabin a convenu plus tard qu’Alain Delon avait gagné bien plus d’argent avec ce film que lui-même (dix fois plus). Pour la raison qu’Alain Delon était aussi un homme d’affaires avisé. Ainsi, il avait les droits sur le film pour le Japon, l’Argentine et la Russie (URSS à l’époque). L’acteur s’est alors rendu au Japon, y trouva un distributeur et ce fut un grand succès commercial. Cela explique aussi la grande notoriété d’Alain Delon au Japon. Le principe des stock-options appliqué au cinéma !

Au-delà de l’homme d’affaires avisé (il en a fait d’autres grâce à son argent), il est aussi un amateur d’art beaucoup plus audacieux qu’on pourrait l’imaginer. La fortune encourage l’acquisition d’œuvres artistiques, d’autant plus qu’elles ne sont pas taxables. Ainsi, la collection d’art d’Alain Delon est très précieuse : Dubuffet, Hartung, Soulages, De Staël, Olivier Debré et même Zao Wou-Ki. On a beau critiquer l’acteur (et il est certainement critiquable), ce "répertoire" n’est pas des moins osés et montre qu’il est très capable de s’adapter à l’art contemporain, tout en cultivant le "bon goût".

Je termine par la définition très raffinée qu’a donnée Alain Delon de l’amitié, ce qui peut lui redonner la profondeur d’esprit que certains auraient voulu lui retirer. En effet, le 3 octobre 1996, il lâchait à "Paris Match" : « Un ami ? C’est quelqu’un à qui on peut téléphoner à trois heures du matin en disant qu’on vient de commettre un crime et qui vous répond seulement : "Où est le corps ?" ». Et vous, avez-vous vraiment des amis ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alain Delon.
Michel Robin.
Marlène Jobert.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiDelonAlain03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201108-alain-delon.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/comment-va-alain-delon-228424

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/03/38628184.html





 

Partager cet article

Repost0
5 novembre 2020 4 05 /11 /novembre /2020 03:22

« Pour le moment, je vis ma vieillesse dans un état de grande sérénité. Bizarrement, compte tenu de ma tournure d’esprit, la mort ne me fait pas peur. » (Michel Bouquet, "Valeurs actuelles", le 9 octobre 2014).



_yartiBouquetMichelB01

Les années passent à une allure folle. C’est vrai que l’année 2020 est peut-être passée un peu moins rapidement en raison de la catastrophe pandémique et de ses conséquences sur le confinement, mais le temps, inexorable, poursuit inlassablement et irrémédiablement sa course effrénée. Voici que l’un de mes acteurs préférés, Michel Bouquet, atteint son 95e anniversaire ce vendredi 6 novembre 2020. 95 ans ! Né quelques semaines avant Michel Piccoli qui, lui, est hélas parti cette année.

Les personnes très âgées impressionnent car elles sont très riches, riches du témoignage d’un temps lointain, passé, trépassé, oublié par les générations suivantes. Michel Bouquet avait 17 ans en 1943. En pleine Occupation ! Il est des jeunesses tragiques. Cela ne veut d’ailleurs pas dire que la jeunesse d’aujourd’hui ne vit pas des événements tragiques, car les confinements, la pandémie de covid-19, la vague durable d’attentats islamistes sont autant de tragédies pour des jeunes en recherche de devenir, d’avenir, d’identité. D’autres "anciens jeunes" ont eu aussi la guerre d’Algérie, ou le sida qui a bouleversé en une sorte de fausse et injuste réaction à la révolution sexuelle consécutive à mai 68.

Il n’est pas un exploit de vivre vieux, c’est plutôt de la chance, peut-être aussi une certaine vigilance dans la manière de vivre, mais il n’y a pas de justice dans ce domaine, des qui-ne-font-pas-attention passent entre les gouttes du destin et des qui-se-surveillent-beaucoup tombent pour pas-de-chance dans un accident, une maladie, etc.

_yartiBouquetMichelB04

Ce n’est même pas un exploit d’atteindre le vieil âge avec toute sa tête. Là encore, il n’y a pas de justice. La chance. On peut juste dire maintenant que certains ne deviennent pas séniles, gâteux, mais qu’ils sont devenus malades et que leur maladie atteint le mental, l’esprit au lieu du corps ou en plus du corps. La vie rouillée, les rouages rouillés. Neurones comme muscles, c’est la même chose, c’est la même dégénérescence. Il y en a, c’est du tout ou rien, d’autres, c’est du progressif. Apparemment, Michel Bouquet est passé entre les gouttes. Il a encore le tempérament du jeune acteur. Ou plutôt, il est peut-être même encore plus vivant que durant ses jeunes années.

Car chez certains nonagénaires, il y a des traits de caractère qui s’affirment, comme une certaine bonté, une sérénité qui bonifie les relations, les rend plus chaleureuses, plus compatissantes. Je l’ai même remarqué chez un militaire, un ancien résistant devenu général et qui n’avait rien d’un rigolo : Ministre des Armées de De Gaulle, Premier Ministre de Pompidou, Pierre Messmer s’était métamorphosé pendant sa très grande vieillesse (il est mort au-delà de 90 ans). Il avait le sourire bienveillant. Il n’était plus le militaire mais le grand-père gâteau. Tout le monde ne devient pas Tatie Danielle. Heureusement.

Cette métamorphose est un peu différente à appréhender pour un comédien ou un acteur. Après tout, le métier veut que la personne ne joue qu’un rôle. Un rôle de méchant, de gentil, etc. On dit souvent qu’un bon acteur, c’est justement celui qui est capable de jouer tous les rôles, pas le rôle de lui-même, de son propre caractère. C’est pour cela qu’en sortant des sentiers battus de son propre caractère, le comédien peut (ou pas) se révéler comme un excellent dans ce domaine. Même Coluche pouvait exceller dans un rôle qui n’avait rien de comique. Finis les "maître d’école", "inspecteur La Bavure", Ben-Hur Marcel, "Banzaï" et autres comiques troupiers quand est venu "Tchao Pantin" qui, hélas, a été le seul film de ce type et qui préfigurait un tournant dans une carrière cinématographique beaucoup plus subtile et complexe pour Coluche (hélas…).

Quand on regarde les traits du visage de Michel Bouquet, celui d’une cinquantaine d’années est finalement peu différent de celui d’à peine vingt ans. Il apparaît comme un être lisse, impeccable, rigoureux, un tantinet sévère, plein d’avenir. Le Michel Bouquet nonagénaire (et aussi octogénaire) est beaucoup moins anguleux, beaucoup moins carré et beaucoup plus rond, chaleureux, beaucoup plus gai, vivant, riant, presque avec le comportement presque cabotin qu’on peut retrouver dans "Le Roi se meurt" dont l’auteur Eugène Ionesco voyait le personnage en Michel Bouquet.

_yartiBouquetMichelB05

Michel Bouquet, je l’ai adoré en Roi se mourant, mais je l’ai aussi aimé plus jeune dans ses rôles froids, d’homme distant, représentant l’autorité froide, l’ordre mécanique, celle qui écrase tout sur son passage, les choses et les êtres.

Je ne peux m’empêcher de penser à lui quand j’entrevois Javert dans "Les Misérables" (la version sortie le 20 octobre 1982, réalisée par Robert Hossein, un autre nonagénaire, avec Lino Ventura en Jean Valjean et Jean Carmet en Thénardier) ; c’est probablement une erreur car sans doute que le Javert était différent selon Victor Hugo : « En grandissant, il pensa qu’il était en dehors de la société et désespéra d’y entrer à jamais (…). En même temps, il se sentait je ne sais quel fond de rigidité, de régularité et de probité, compliqué d’une inexprimable haine pour cette race de bohêmes dont il était. Il entra dans la police. Il y réussit. À quarante ans, il était inspecteur. Il avait dans sa jeunesse été employé dans les chiourmes du midi. ». Au cinéma, Michel Bouquet n’a pas été le seul Javert, dix-sept acteurs ont joué le rôle, dont Charles Vanel (en 1934), Bernard Blier (en 1958), Bernard Fresson (en 1972), Anthony Perkins (en 1978) et John Malkovich (en 2000) dont la version semble probablement la plus mémorable (aux côtés de Gérard Depardieu et Christian Clavier).

La chaîne Arte a diffusé récemment deux films très réussis de François Truffaut (j’aurais tendance à dire que c’est un pléonasme, tous les films de François Truffaut sont réussis), deux films dans lesquels a joué Michel Bouquet assez jeune : "La mariée était en noir" (sorti le 17 avril 1968), où l’implacable Jeanne Moreau, veuve, se venge en tuant (dans le désordre) Michel Bouquet (Robert Coral), Charles Denner (le peintre Fergus), Michael Lonsdale, Claue Rich, etc., et "La Sirène du Mississipi" (sorti le 18 juin 1969), duo d’amour entre Jean-Paul Belmondo et Catherine Denouve, avec un empêcheur de tourner en rond, le détective privé obtus joué par Michel Bouquet (qui est finalement assassiné, attention spoiler !).

Dans le rôle du mari trompé qui se venge, Michel Bouquet est inquiétant dans "La Femme infidèle" de Claude Chabrol (sorti le 22 janvier 1969) avec une Stéphane Audran (l’épouse) peut-être plus victime que coupable. Toujours cet aspect froidement mécanique qui a fait la perfection des rôles de Michel Bouquet.

Même s’il a joué peu de films depuis ces dernières décennies, il a joué à tout âge, vingt films depuis le début des années 1980 (une moyenne de cinq films par décennies).

Quant à maintenant, Michel Bouquet a tourné son dernier film très récemment, été 2019, "Villa Caprice", réalisé par Bernard Stora, où il joue aux côtés de Niels Arestrup, Irène Jacob, Laurent Stocker, Patrick Bruel, Éva Darlan, etc. Ce film devait sortir dans les salles le 25 novembre 2020 mais sa sortie devrait être reportée pour cause de confinement.

Michel Bouquet, bon anniversaire, et mes souhaits pour de nouveaux films encore !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le roi ne se meurt pas.
Michel Bouquet.
Marlène Jobert.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiBouquetMichelB02



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201106-michel-bouquet.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-vitalite-du-roi-michel-bouquet-228364

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/03/38628182.html



 

Partager cet article

Repost0
3 novembre 2020 2 03 /11 /novembre /2020 03:38

« Un jour, j’ai récité un poème à mon père. Là, j’ai vu dans ses yeux que ça lui faisait plaisir. Ça a été pour moi un véritable déclencheur. Pour la première fois, j’éprouvais le plaisir d’être reconnue et appréciée. Cela a probablement été l’origine de ma vocation d’actrice. » (Marlène Jobert, "France Dimanche", le 17 décembre 2010).


_yartiJobertMarlene01

L’actrice Marlène Jobert fête ses 80 ans ce mercredi 4 novembre 2020. 80 ans ! Ainsi connu, cet anniversaire choque par l’âge si canonique de celle dont l’image reste synonyme de jeunesse souriante. Sa relative discrétion dans l’espace public depuis une trentaine d’années contribue sans doute à ce "choc" du temps qui passe. Lorsqu’on côtoie tous les jours des proches pendant des décennies, on ne les voit pas vraiment vieillir, car l’avancée du temps est parallèle et simultanée. Lorsqu’on retrouve un ami qu’on n’a pas revu depuis des décennies, le choc peut être rude. Ou pas.

Pour Marlène Jobert, le choc n’est pas rude car elle n’a pas vraiment changé. Elle est d’abord une voix, une voix émue et émouvante, une voix si indispensable. Elle est aussi une beauté, une beauté non exubérante mais réelle, une beauté de timidité. Un joli minois, des taches de rousseur qui lui confèrent (conféraient ?) le petit plus pour tomber définitivement sous son charme, nourri par un sourire irrésistible et le regard associé. Un corps évidemment, qui pourrait être celui d’un sex symbol (désolé pour mon anglicisme), et pourtant, le mental devait être à mille lieues de cette figure du sex symbol.

"Paris Match", qui lui a rendu hommage lors de la sortie de son autobiographie ("Les Baisers du soleil", éd. Plon, 2014), décrit ainsi Marlène Jobert, « l’icône mutine des seventies » : « Aussi rare que discrète, [elle est] l’une des artistes les plus appréciées et les plus respectées de son époque. Gracieuse, douce et faussement candide, cette égérie des seventies a insufflé un vent de fraîcheur dans le milieu du septième art. » (Sarah Louaguef, le 4 novembre 2014).

Elle a joué avec les plus grands acteurs, de Lino Ventura à Jean-Paul Belmondo, en passant par Yves Montand, Gérard Depardieu, Annie Girardot, même avec Charles Bronson. Elle a été dirigée par de grands réalisateurs comme Jean-Luc Godard, Michel Deville, Yves Robert, Louis Malle, Michel Audiard, René Clémeent, Jean-Paul Rappeneau, Philippe de Broca, Claude Chabrol, Maurice Pialat, Remo Forlani, Robert Enrico, Claude Goretta, Yves Boisset, Claude Lelouch, Didier Kaminka, etc.

_yartiJobertMarlene02

Elle a participé à de nombreux grands films, comme "Alexandre le Bienheureux" (1967), "Faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages" (1968), "Dernier domicile connu" (1970), "Les Mariés de l’an II" (1971), "Nous ne vieillirons pas ensemble" (1972), "Julie pot de colle" (1977), "Les cigognes n’en font qu’à leur tête" (1989), son dernier film, etc. Les années 1970 furent fastes, la trentaine, elle a ébloui tous les écrans des salles de cinéma de son éclat humain.

Loin du star-system, Marlène Jobert a finalement tourné peu de films, malgré son grand succès, seulement une trentaine, un peu plus d’une quarantaine si l’on compte les téléfilms, et si elle a reçu un César, c’est vraiment du bout des lèvres, sur le tard, en 2007, un César d’honneur, comme si l’on l’enterrait déjà.

S’il fallait n’évoquer qu’un seul film, je sortirais des sentiers battus et je proposerais "L’Amour nu", réalisé par Yannick Bellon et sorti le 7 octobre 1981. Je me souviens l’avoir vu en salle mais je ne sais pas s’il est accessible aujourd’hui. Film confidentiel, il n’a pas dû avoir beaucoup de succès commercial et pourtant, on pouvait y percevoir la Marlène Jobert touchante, émouvante, tout en finesse, tout en délicatesse.

L’histoire est déjà importante. Elle pourrait être aujourd’hui très banale, mais il y a une quarantaine d’années, c’était, à ma connaissance, la première fois que le cinéma s’intéressait pleinement, franchement, à l’un des faits de société les plus terribles : que faire lorsqu’on apprend qu’on a le cancer ? qui plus est, à une époque où le diagnostic valait souvent condamnation. Ce qui, aujourd’hui, est heureusement moins vrai avec les progrès très importants de la médecine en cancérologie.

Marlène Jobert, le personnage principal, joue la jeune femme seule qui apprend qu’elle a un cancer, et rencontre un homme. Cet homme, d’ailleurs, est joué par le rêveur artiste Jean-Michel Folon, à ma connaissance, sa seule participation au cinéma (renseignements pris, il a joué dans trois autres films, dont un de Michel Polac, mais pas un premier rôle comme ici).

_yartiJobertMarlene03

Pourquoi Marlène Jobert a-t-elle arrêté le cinéma ? Probablement à cause de son instinct maternel. Dans une interview qu’elle a accordée aux éditions Charleston en 2014, elle confiait ainsi : « Je suis une mère fusionnelle, je le confesse ! J’ai toujours eu du mal à quitter Eva et Joy [ses filles jumelles, nées le 6 juillet 1980]. Je partais pour les tournages avec des semelles de plomb ! Le jour où j’ai décidé d’arrêter ma carrière d’actrice, ce jour-là, Eva et Joy m’avaient emprisonnée dans leurs petits bras pour m’empêcher de partir… Arrivée en bas de l’immeuble, je suis remontée leur dire que le film que je tournais serait le dernier. Et j’ai tenu parole. ».

Dans cet entretien, elle a ajouté : « Je me suis reconnue aussi dans le personnage de Simone de Beauvoir, en particulier pour cet énorme appétit de liberté. Quand elle arrive à Paris, à 19 ans, dans son appartement, libre comme l’air, et loin du regard maternel qui la surveillait… J’avais l’impression de me revoir, moi à 17 ans, à Dijon, quand toute la famille a accompagné mon père militaire muté à Madagascar [c’était en 1947-1948…]. Et que j’ai respiré enfin, loin des interdits ! C’est alors que ma vie a commencé… ».

Si elle a disparu des radars du cinéma, c’est donc parce que la maman l’a emporté sur l’actrice, et aussi parce qu’elle a fait autre chose, elle s’est consacrée à d’autres activités. Elle a enregistré quelques disques dans les années 1980, avec quelques chansons à succès, comme "Hey, Amore !".





Mais son activité principale depuis plusieurs décennies, c’est conteuse. Cela rejoint les rêves de Folon ! Elle est conteuse pour les enfants. Elle a écrit et lu une vingtaine de livres audio qu’elle a enregistrés, qui ont eu un très grand succès. Elle en a vendu plus de 15 millions d’exemplaires dans le monde !

En 2014, avec son autobiographie (citée plus haut), Marlène Jobert s’est confiée plus que d’habitude, elle qui était d’habitude très réservée, au point de démentir un article assez fumeux qui, non seulement, évoquait une "liaison" avec le Président Valéry Giscard d’Estaing, mais qui avait en plus laissé entendre que ses filles était issues du locataire de l’Élysée !

On lui a également prêté une "liaison" avec Johnny Halliday, ce qui l’a fait réagir le 26 septembre 2018 : « On avait des affinités, on n’avait pas besoin de se parler. J’étais très touchée mais cette amitié n’a pas eu l’occasion de s’épanouir. » (dans "Gala"). C’est vrai que dans ce domaine comme dans les autres, on ne prête qu’aux riches !

Le 13 octobre 2017 sur Europe 1, elle a aussi annoncé que sa fille Eva Green, actrice (connue dans "Miss Peregrine" de Tim Burton), a été, elle aussi, une victime du prédateur sexuel Harvey Weinstein qui a beaucoup insisté pour coucher avec elle : « Elle ne répondait pas (…). Elle était un peu intimidée, ce type avait tellement de pouvoir ! De pouvoir sur tout le cinéma ! Il a dû lui mettre tellement de bâtons dans les roues, car il était vexé  (…). C’était difficile, [elle] a mis du temps à s’en remettre, elle préfère oublier et ne pas en parler aujourd’hui. (…) Il l’a menacée de la détruire professionnellement (…). Car si le gros porc avait été évincé par sa victime, pour se venger, il interdisait [aux réalisateurs] de la choisir. Donc réagir brutalement pour une jeune actrice, c’était aussi se mettre en danger, être rayée des listes (…). À l’époque, j’avais été tellement horrifiée, scandalisée, que je voulais faire quelque chose, mais ma fille m’a dit : "Surtout pas ! Tu ne peux pas savoir tout le mal dont il est capable". ».

Si Marlène Jobert est autant maternelle, autant maman conteuse, c’est sans doute à cause de son enfance. Le 17 décembre 2010 à "France Dimanche", Marlène Jobert a en effet raconté qu’elle avait eu une enfance difficile avec ses parents : « C’est vrai que, gamine, j’ai subi des humiliations qui m’ont fait perdre le capital minimum de confiance en soi pour se sentir bien dans sa peau. Aujourd’hui encore, j’en garde des séquelles. (…) Je me suis peu à peu réconciliée avec la vie. J’ai gagné en sérénité. Mais je doute encore énormément de moi. » (propos recueillis par Daphné de Givry). Et c’est probablement la raison qui a fait qu’elle jouait aussi "vraie", dans une timidité émouvante.

Toujours focalisée sur les enfants, Marlène Jobert ? Oui. Lors du premier confinement, elle avait réussi à convaincre son éditeur (les éditions Glénat) de mettre gratuitement à la disposition des enfants, pendant une durée donnée, quelques-uns de ses livres parlés pour leur permettre de passer le temps tout en se divertissant et en se cultivant (sur le site Idboox). Je ne sais si elle a pu renouveler l’initiative avec ce second confinement, en sachant que les enfants, au contraire du premier, doivent maintenant continuer à aller à l’école.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Marlène Jobert.
Jean-Michel Folon.
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiJobertMarlene04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201104-marlene-jobert.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/marlene-jobert-la-conteuse-228323

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/11/03/38626280.html







 

Partager cet article

Repost0
26 octobre 2020 1 26 /10 /octobre /2020 03:27

« Dans ce combat, aux implications mondiales, la France a pris la part essentielle. Parce que c’est l’Afrique. Parce que c’est la France. L’histoire nous oblige. Et aussi la veulerie des autres puissances, trop contentes de nous laisser la main. » (Claude Weill, le 15 mai 2019, sur la guerre au Mali contre le djihadisme).


_yartiWeillClaude01

L’éditorialiste politique Claude Weill fête son 70e anniversaire ce mardi 27 octobre 2020. Né au Puy-en-Velay, il a fait des études de droit à Lyon puis à l’IEP Paris, avant de devenir journaliste. Il tient actuellement une chronique politique dans "Nice-Matin" (et aussi "Var-Matin").

C’est l’occasion de faire un peu sa promotion, d’autant plus que la personnalité n’est pas du genre à faire la star. Claude Weill a une particularité qui est très rare : jusqu’à maintenant, j’ai toujours trouvé toutes ses positions mesurées et pertinentes. Ne pas avoir, sur aucun sujet, une seule dissonance est très rare, en effet, vu la multitude des sujets, leur complexité et les interactions plus ou moins personnelles que peut avoir chacun avec les sujets en question (par exemple, aussi objectif qu’on puisse vouloir être, on réagira d’une manière différente sur la justice selon que l’on a eu ou pas un enfant victime d’un prédateur criminel).

Cette diversité des positions est d’ailleurs un problème plus politique que journalistique. Le journaliste cherche à éclairer ses lecteurs ou auditeurs, mais il n’agit pas, et ne demande pas à agir, il observe et laisser agir. Il peut éclairer d’un côté, de l’autre, de tous côtés. Le responsable politique, qui a l’ambition d’agir, et donc, qui cherche les suffrages de ses contemporains, doit lui aussi avoir une vision claire de la situation avant d’agir.

Mais dans l’offre politique, il est difficile de trouver un candidat (ou candidate !) qui propose exactement la même vision que celle qu’on a de la situation dans tous les domaines : économie de marché/économie planifiée, Europe/pas d’Europe, immigration/pas d’immigration, répressif/préventif, nucléaire/pas nucléaire, lutte contre le réchauffement climat/jmenfoutisme, etc. Et même, de nouveaux clivages sont apparus récemment sur les questions sanitaires dans ce marché de "l’opinion publique" avec l’action et réaction face à la pandémie de covid-19 (et les 52 010 nouveaux cas de contaminations en une seule journée ce dimanche 25 octobre 2020 ne peuvent pas laisser indifférents ni les pouvoirs publics ni les citoyens soucieux de la protection des leurs).

En quelque sorte, il y a autant d’électeurs que de configurations d’opinions sur tous les sujets possibles, des plus anecdotiques aux plus essentiels, et pourtant, il y a quelques invariants, comme la République (la proportion des monarchistes dans la population française est infime), et un certain nombre d’autres sujets sur les valeurs qui unissent le peuple à certaines occasions graves, comme l’assassinat de Samuel Paty, pour le plus récent.

C’est dire qu’un éditorialiste politique qui émet les mêmes avis que moi, soyons ici égocentré, c’est rare et c’est cette remarque que je me suis faite un jour qu’il discourait sur un plateau de télévision, ce qui lui arrive assez souvent, que ce soit sur LCI ou sur France 5. Évidemment, tout le monde se moque de ce que je peux penser, mais ce qui me réjouit, c’est qu’il y a encore un peu de bon sens qui perdure dans ce monde médiatico-internautique de plus en plus fou où des absences de vérité flagrantes sont désormais non seulement monnaies courantes mais bases de raisonnements forcément douteux, forcément foireux, qui massacrent ce que j’avais toujours appris de la logique (cela dit, si cela ne se portait pas sur des sujets graves et si cela n’avait pas de conséquences parfois désastreuses sur les décisions qui sont prises par les électeurs et les pouvoirs publics, je dirais que cela aurait au moins le mérite d’être distrayant).

Que je sois dans une même compréhension que Claude Weill, cela peut paraître dans un premier abord assez normal car il a du bon sens (la chose la mieux partagée du monde !) et surtout, il ne cherche pas à mettre son ego dans ses réflexions (y mettre l’ego, c’est catastrophique lorsqu’on se rend compte qu’on s’est trompé, ce qui est valable pour tout le monde puisque personne n’est infaillible).

Le bon sens, c’est par exemple de ne pas surinterpréter les événements, soit en tordant la réalité pour les coller dans son propre logiciel parfois idéologique ou militant, soit en allant jusqu’à un complotisme plus ou moins conscient (c’est hélas très fréquent de nos jours, même chez des personnes qui seraient en principe à exclure de ce genre d’écart, la vieillesse peut éventuellement être une raison, comme l’ego).

Pour Claude Weill, c’est d’autant plus étonnant que je n’ai non seulement jamais été socialiste mais le socialisme m’a toujours paru être une idéologie en retard sur son temps, par le fait qu’il rend la société binaire alors qu’elle est plus uniforme qu’on ne le croit, plus uniforme et moyenne, "tiède", qu’on ne le croit. La société n’est pas composée d’exploiteurs et d’exploités, il y a tous ceux qui sont ni l’un ni l’autre, il n’y a pas que des riches et des pauvres, il y a un énorme "marais" de classe moyenne, celle d’ailleurs en partie des gilets jaunes, qui est devenue d’autant plus la vache à lait des politiques fiscales et sociales qu’elle est la plus nombreuse. J’ai toujours considéré qu’il fallait partir des personnes humaines pour réfléchir sur comment améliorer le monde et pas sur la société en tant que telle (trop abstraite).

Or, justement, Claude Weill a "sévi" dans le journalisme politique chez les socialistes, d’abord au quotidien "Le Matin de Paris" de 1977 à 1984, puis après une année sur Antenne 2 en 1985, il est entré à l’hebdomadaire de Jean Daniel "Le Nouvel Observateur" jusqu’à en être devenu le directeur de la rédaction de juillet 2011 à juin 2014. Soyons d’ailleurs clairs que j’ai dû certainement avoir des positions politiques différentes dans les choix présidentiels, mais à ma connaissance, comme ce que devraient faire les éditorialistes politiques en général, il n’a jamais fait campagne pour aucun candidat (cela dit, j’ai pu "rater" certaines de ses prises de position).

_yartiWeillClaude02

Ce qui est intéressant dans les analyses politiques, ce n’est pas leur traduction électorale, puisque l’acte de voter (du reste, comme l’acte d’achat) n’est pas forcément basé sur une logique infaillible, l’intuition peut majoritairement l’emporter (l’idée que ce candidat-là nous mènera le pays au désastre, ou au contraire, au grand soir). C’est donner une vision d’un événement sans forcément le politiser. Et c’est ce que semble faire Claude Weill de la manière, selon moi, la plus pertinente, la plus dépassionnée.

C’était le cas à propos de la polémique sur les masques. Loin d’imaginer que le gouvernement avait bâti une doctrine sur le port du masque en mars 2020 spécialement pour s’adapter à la pénurie et se focaliser sur l’équipement du personnel soignant, Claude Weill pense que la doctrine française était depuis longtemps celle de ne pas faire porter de masque aux personnes non contaminées et non soignantes. Ce qui peut conforter cette idée, c’est qu’au-delà du gouvernement, beaucoup de médecins, qui n’avaient aucune raison de soutenir le gouvernement sur ce sujet (au contraire, ils étaient plutôt à vouloir râler contre cette pénurie), exprimaient cette même doctrine parce qu’ils avaient toujours "appris" cela quand ils étaient étudiants.

videmment, s’exprimer sur beaucoup de sujets dans le temps, ce qui est le métier des éditorialistes, c’est risquer de dire des "bêtises" a posteriori. Par chance pour eux, on ne revient jamais en arrière, pas par charité mais par manque de temps : l’actualité ne recule jamais et un événement chasse l’autre tellement rapidement qu’on revient rarement en arrière.

Ainsi, dans sa chronique du 22 septembre 2020 dans "Nice-Matin", Claude Weill commentait le "mouvement du 14 septembre" des collégiennes et lycéennes pour porter les vêtements qu’elles désirent porter à l’école : « Beau sujet pour les sociologues que cette bataille du crop top, ce haut court laissant apparaître le nombril. », bataille dans laquelle il voyait, entre autres , « la revendication du droit pour les filles de porter ce qu’elles veulent (…) sans être vues comme des objets sexuels. ».

Et il faisait le parallèle avec un professeur des écoles couvert de tatouage, ce qui pouvait choquer ses écoliers : « L’apparence, le message qu’elle envoie font partie du rapport pédagogique. » en insistant sur le fait que l’enseignant, pour les petites classes, est « une référence, un modèle, une figure dans laquelle tous les enfants puissent se reconnaître », ce qui l’amenait à considérer qu’il fallait garder un certain nombre de "codes".

Et surtout, ce qui l’amenait à citer Jules Ferry : « Si un maître s’apprête à faire ou dire quelque chose qui puisse choquer un seul parent, qu’il s’abstienne. ». Évidemment, quelques semaines plus tard, citer une telle parole peut être maladroit sinon choquant dans un contexte très différent, celui de l’assassinat de Samuel Paty…

Dans un autre éditorial, évoquant le 15 mai 2019 à la cérémonie d’hommage national à Cédric de Pierrepont et Alain Bertoncello aux Invalides le 14 mai 2019, deux soldats français tués au cours d’une opération de sauvetage de deux otages français en Afrique, Claude Weill pointait du doigt l’indifférence de "l’opinion publique" dans ce qui pourrait être appelée une "sale" guerre : « Depuis plus de six ans, quelque 4 500 soldats français sont déployés au Sahel, sur un théâtre d’opérations grand comme l’Europe. (…) La violence se métastase. (…) L’Afrique est tout simplement en passe de devenir le principal théâtre de la guerre mondiale contre le djihadisme. Pour la France, le risque d’enlisement réel. ». Un contexte qui est revenu récemment dans les feux de l’actualité avec la libération de Sophie Pétronin.

C’est le rôle d’un analyse politique d’alerter, même s’il faut de la pondération et de la raison, sans forcément de l’allégeance au pouvoir. Parce qu’il y a une chose qu’il sait, et que tous devraient savoir, selon la formule de Talleyrand : « Tout ce qui est excessif est insignifiant. ». C’est en ce sens que ce que dit Claude Weill a peut-être beaucoup plus de signifiant que bien d’autres éditorialistes qui vivent de leur opposition stérile et excessive au pouvoir en place. Et son humilité y contribue probablement. Pour preuve, l’un de ses essais chez Flammarion (1993) a pour titre : "Je ne fais que passer" !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Claude Weill.
Irina Slavina.
Anna Politkovskaïa.
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

_yartiWeillClaude03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201027-claude-weill.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/claude-weill-je-ne-fais-que-passer-228073

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/21/38602055.html





 

Partager cet article

Repost0
15 octobre 2020 4 15 /10 /octobre /2020 18:31

« Parle comme s’il n’y avait pas de lendemain pour rattraper ce que tu as dit la veille. » (Henri Verneuil, "Mayrig",  éd. Robert Laffont, 1985).



_yartiVerneuilHenri01

Le jeudi 15 octobre 2020, les cinéphiles français célèbrent le centenaire de la naissance du réalisateur Henri Verneuil, né le 15 octobre 1920 dans une ville portuaire, au bord de la mer de Marmara, en Thrace (à Rodosto, Tekirdag en Turquie). Il est mort à Bagnolet le 11 janvier 2002 à l’âge de 81 ans. Sans jamais avoir renié ses origines arméniennes (il est né Achod Malakian), il s’est senti Français et fut même l’un des ambassadeurs du rayonnement culturel de la France par ses œuvres cinématographiques dites "populaires". Selon sa fille Sophie, il disait souvent (lire ci-dessous) : « Arménien je suis, mais plus Français que moi, tu meurs ! ». Et sa fille de préciser le 18 janvier 2002 : « Mon père était un homme de principe, de rigueur et d’honneur. ».

Être né quelques années après le génocide arménien, pourchassé par le gouvernement turc, Henri Verneuil n’a pas dû son nom vraiment au hasard. Le réalisateur Régis Wargnier a expliqué la genèse du nom le 1er février 2012 : « Un homme monte à vive allure les marches d‘un grand escalier rococo. Il est brun, grand, on sent dans son attitude de l’énergie, et en même temps, de la décontraction. Depuis le palier supérieur, deux hommes le regardent approcher. Ils se postent devant lui. "Vous êtes Henri Verneuil ? ". "Ah non, pas du tout", répond l’homme. Il poursuit son chemin et entre dans les bureaux du quotidien "La Marseillaise". Le rédacteur en chef l’entraîne à l’écart : "Achod, il faut que je t’explique. Quand j’ai reçu ton papier hier sur la commémoration du génocide arménien, j’ai pensé que tu ne pouvais pas le signer sous ton vrai nom…". Il se tourne vers son bureau, où trône un calendrier, avec une photo de "Verneuil-sur-Avre", et il ajoute : "pour le prénom, un roi de France, Louis ou Henri, ça fait vrai…". À ce moment, les deux hommes du palier entrent dans les locaux. Achod se dirige vers eux : "Excusez-moi, messieurs, j’étais distrait, mais je suis bien Henri Verneuil…". (…) Quelques mois plus tard, Achod s’en souviendra, le jour où il désirera se trouver un nom pour entrer dans le monde du cinéma. Et il a fait preuve, lors de cette confrontation, de quelques qualités indispensables à un réalisateur : la capacité d’adaptation, le sens de la volte-face, l’art de se contredire. ».

Marqué plus tard par "Lawrence d’Arabie" de David Lean, Henri Verneuil a commencé grâce à Fernandel en adaptant un livre de Marcel Aymé : « Le premier mérite d’Henri Verneuil avec "La table aux crevés", c’est d’avoir fait le film dont il rêvait, sans se laisser dévorer par l’appétit, généreux mais insatiable, de Fernandel, et de donner ainsi une existence et une présence à tous les personnages. » (Régis Wargnier). Beaucoup de films avec Fernandel ont suivi. Henri Verneuil, aidé de très grands (comme Henri Troyat, Joseph Kessel, Robert Merle, Henri Jeanson, etc.) a su raconter de belles histoires à la France des années 1950. Avec un sommet pour "La vache et le prisonnier". Cela lui a apporté la réputation d’un cinéaste "populaire" (boudé par la critique et le milieu intellectuel français) et des contrats avec des producteurs américains. S’est mis en place rapidement le "triumvirat" : Henri Verneuil (réalisation), Michel Audiard (scénario) et Jean Gabin (acteur). On peut aussi rajouter dans certains films Ennio Morricone pour la musique (aussi Maurice Jarre).

Régis Wergnier a raconté les premiers moments, très tendus, de la collaboration entre Henri Verneuil et Jean Gabin (dans "Des gens sans importance") : « Premier jour de tournage : Jean Gabin arrive sur le plateau, où Henri a fait installer vingt-cinq mètres de rail d’un travelling. Jean, sceptique, s’approche : "Je savais pas que j’allais faire un film avec un chef de gare…". Henri Verneuil, froissé, quitte le plateau et monte dans sa loge. Quand il en ressort, manteau sur l’épaule, Gabin l’attend. "Bon, ben je savais pas non plus qu’on pouvait pas plaisanter…". Chacun a pris ses marques : elles leur seront bien utiles pour la suite. ».

Et l’académicien des beaux-arts de rappeler que Jean Gabin était très excellemment dirigé par Henri Verneuil dans trois films devenus des "classiques" : "Le Président" (d’après Georges Simenon), "Un singe en hiver" (d’après Antoine Blondin) et "Mélodie en sous-sol" (d’après John Trinian) : « On dit et redit, écrit aussi, que Jean Gabin faisait du Gabin. Alors, revoyez ces trois films, où l’acteur interprète des personnages très différents, contrastés même. (…) [Des trois personnages de ces trois films], il n’y a aucun point commun, sinon l’acteur Jean Gabin qui les incarne. D’un film à l’autre, il est méconnaissable. Les costumes, les coiffures, les maquillages, les langages créent la différence, mais c’est de l’intérieur e l’acteur que naît la transformation. Ce travail, qui s’accomplit avec le metteur en scène, est indéfinissable, la seule chose que je sais, c’est qu’il y a un lien de rencontre, un territoire, qui est le personnage. Il faut lui donner de la chair, et faire surgir la vie, avec ses palpitations, ses tremblements, ses parfums, sa beauté, sa crudité, sa cruauté aussi. ».

Dans les deux derniers films cités, il y avait aussi Jean-Paul Belmondo et Alain Delon, autres nouvelles stars. Le 6 juillet 1981, voici comment Henri Verneuil voyait ces acteurs : « D’un côté, un pachyderme. Lent. Lourd. Les yeux enfoncés sous des paupières ridées et, dans l’attitude, la force tranquille que confère le poids. Celui du corps. De l’âge. De l’expérience (…) : Gabin. De l’autre, un félin. Un jeune fauve, toutes griffes rentrés, pas un rugissement mais des dents longues et, dans le regard bleu acier, la détermination de ceux qui seront un jour au sommet : Delon. ». Et Bebel : « Mon regret, c’est de ne pas avoir dirigé John Wayne, Clark Gable ou Spencer Tracy, mais j’ai eu la chance de travailler avec Jean-Paul Belmondo, qui, à lui seul, les résume tous. Ce qu’on admet chez Gary Cooper, on ne le reconnaît pas chez Jean-Paul Belmondo. Quand il descend le long d’un filin suspendu à un hélicoptère, il peut jouer Néron lorsqu’il arrive en bas. ».

_yartiVerneuilHenri02

Beaucoup de films réalisés par Henri Verneuil sont donc très connus du grand public, devenus des "classiques", certains mettant en scène des stars du cinéma français comme (donc) Fernandel, Jean Gabin, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Bernard Blier, Lino Ventura, Yves Montand, Daniel Gélin, Jean-Pierre Marielle, Omar Sharif, François Périer, Pierre Mondy, Charles Denner, Rosy Varte, Jean-François Balmer, etc. et même des stars américaines, notamment Anthony Quinn et Charles Bronson. Ses trente-sept longs-métrages sortis entre 1951 et 1992 (en quarante ans de carrière) ont totalisé, rien qu’en France, plus de 92 millions d’entrées !

Parmi les films que j’ai adorés et qui restent des références, si je voulais n’en citer que cinq, je citerais volontiers en premier "Le Président" bien sûr, en Jean Gabin l’équivalent de Clemenceau, ensuite "I comme Icare", film très politique aussi, reprenant l’assassinat de John Kennedy et intégrant la fameuse expérience de Stanley Milgram, "Peur sur la ville" avec la description du nouveau quartier parisien de Beaugrenelle (et les acrobaties de Belmondo), "La vache et le prisonnier", avec Fernandel (et Marguerite), et "Week-end à Zuydcoote" qui évoque un épisode de la Seconde Guerre mondiale (l’auteur du roman qui l’a inspiré, Robert Merle, avait été fait prisonnier par les Allemands à Dunkerque en juin 1940).

Lorsqu’en 1982, il a présenté "Mille milliards de dollars" (qui ne fut pas un énorme succès commercial), Henri Verneuil a montré ses talents de précurseur et de visionnaire, en dénonçant « les dangers de la mondialisation, propice à l’apparition de sociétés aussi tentaculaires qu’inhumaines, dans lesquelles chacun n’est qu’un pion jetable à volonté, obligé de faire sans cesse du profit pour espérer survivre, au gré, et malgré, des gouvernements qui se succèdent ici et là ».

Consécration pour des cinéastes de cette dimension, Henri Verneuil a reçu en 1996 un César d’honneur pour l’ensemble de son œuvre, mais il faut noter qu’il n’en a jamais reçu pour un film en particulier malgré quelques pépites et chefs-d’œuvre (il fut juste nommé en 1980 pour le César du meilleur scénario pour "I comme Icare", ainsi qu’en 1956, pour l’Oscar du meilleur scénario pour "Le Mouton à cinq pattes").

Il a par ailleurs reçu en 1992 le Prix Jean Leduc de l’Académie française pour l’ensemble de son œuvre (furent aussi récompensés par l’Académie française Jean-Paul Rappeneau en 1993, Yves Robert en 1991, Bertrand Tavernier en 1990, Jean-Jacques Annaud en 1989, Alain Resnais en 1986, Éric Rohmer en 1984, Jean-Loup Dabadie en 1983, Pierre Schöndörffer en 1982, Michel Audiard en 1981, Claude Miller en 1981, François Truffaut en 1980, Joseph Losey en 1979, Pierre Dumayet en 1978, Claude Goretta en 1977, Nicole de Buron en 1976, Claude Lelouch en 1975, Claude Pinoteau en 1974, Claude Sautet en 1973, Jean-Claude Brialy en 1972, etc.).

Consécration ultime, Henri Verneuil fut élu le 29 mars 2000 membre de l’Académie des Beaux-arts, reçu le 6 décembre 2000 : « Je vous remercie sincèrement de ce plaisir supérieur que vous m’offrez : siéger dans votre illustre Compagnie et flâner grâce à vous dans tous ces beaux-arts où vous excellez. Monsieur le secrétaire perpétuel, ai-je besoin de vous dire combien je suis sensible au grand honneur que vous me faites en m’installant personnellement sous cette illustre Coupole. Votre discours de réception sera la dernière page d’une modeste histoire d’intégration. Une intégration à la française. Celle qui permet de garder intacts tous les éléments de sa première culture, la seconde devient alors un enrichissement exceptionnel. Ainsi donc, permettez-moi de vous dire respectueusement, Monsieur le secrétaire perpétuel : Arménien je suis, plus Français que moi, tu meurs ! ».

À l’acte de création, Henri Verneuil a opposé l’intellectualisme dont il a été souvent victime en France : « Tout au long de ces cinquante ans, j’ai assisté aussi à la naissance d’un cinéma qui sacrifie souvent son instinct, son lyrisme et ses jaillissements à quelques satisfactions narcissiques et cérébrales. Applaudis, encouragés par quelques fantoches de l’art, je les ai vus lentement rongés par cette bactérie qu’est l’intellectualisme systématique. En l’absence de talent, on se croyait obligé d’être intelligent. (…) Tous les grands créateurs l’ont dit : l’intelligence en art ne crée pas. Elle se traîne de raisonnements en analyses, de jugements en destructions, elle tableronde, elle colloque, elle séminarise mais elle n’avance pas, elle reste monotone et pédante parce qu’il lui manque le souffle de vie, ce jaillissement de l’inconscient qui va devenir beauté. On réfléchira… après ! ».

Sur le cinéma, Henri Verneuil n’hésitait pas à encenser André Malraux : « Depuis cinquante ans, nous sommes très nombreux avec cette certitude que le cinéma sera populaire ou ne sera pas. L’art cinématographique ne peut attendre que la communication s’établisse entre l’œuvre et le public. La communication immédiate est la première condition de son existence même. La postérité cinéphilique se limite à un tout petit cercle de sympathiques phraséologues qui en perdent leurs râteliers en expliquant aux metteurs en scène ce qu’ils avaient voulu dire il y a trente ans. André Malraux fut peut-être l’intellectuel qui a le mieux compris le cinéma en le définissant par deux mots antinomiques : "Le cinéma est un art et une industrie". Tout est dit ! ».

Dans la conclusion de son hommage à Henri Verneuil, Régis Wargnier, qui lui a succédé à son fauteuil d’académicien, a relevé : « Je me tourne vers vous, chers académiciens, et je vous remercie d’abord d’avoir accueilli Henri Verneuil parmi vous. Cette reconnaissance, c’est vous qui la lui avez apportée. Il en a été très fier, et très bouleversé, je l’ai entendu de ses proches. Vous avez su voir quel homme, et quel créateur il était. Je pense à ces femmes, et à ces hommes, dont la beauté ou le charme sont si évidents, si présents, qu’ils nous subjuguent, et il nous faut alors un peu de temps pour nous rendre compte qu’ils ont aussi de l’esprit. Pour Henri Verneuil, c’est pareil : le succès a caché son talent. Son nom évoque l’action, la comédie, l’aventure, ou encore l’épopée. Mais il a aussi (…) embrassé le vingtième siècle avec ses monstruosités. ».

En terminant sur le film "La vingt-cinquième heure" : « Un monde dans lequel l’homme ne peut plus exercer sa liberté en face d’une société déshumanisée. Il partageait certainement cette vision assombrie de notre condition humaine, c’était la marque indélébile de son enfance, arrachée à sa terre. La suprême élégance d’Henri Verneuil aura été de nous le cacher, en nous offrant des films, et une œuvre, qui clame le contraire : sa foi dans l’amitié, dans l’amour, dans notre humanité. Dans la vie tout simplement. ». Un homme qui cachait bien son jeu …pour le plus grand bonheur des cinéphiles.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (11 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Henri Verneuil.
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiVerneuilHenri03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201015-henri-verneuil.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-cinema-populaire-d-henri-227829

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/12/38586970.html




 

Partager cet article

Repost0
7 octobre 2020 3 07 /10 /octobre /2020 10:52

« Wladimir Yordanoff était avant tout un grand comédien de théâtre. (…) C’est une voix et une silhouette reconnaissable entre tous qui quittent la scène artistique française. » (Roselyne Bachelot, communiqué du 6 octobre 2020).



_yartiYordanoffWladimir01

Le comédien français Wladimir Yordanoff est mort ce mardi 6 octobre 2020 "des suites d’une maladie fulgurante" (selon son agence artistique). Seulement 66 ans (né le 28 mars 1954 à Monaco) dont 46 ans au théâtre, au cinéma et à la télévision. Second rôle au visage connu des cinéphiles français, le regard légèrement sévère, il avait un petit air de tendresse à la Pierre Desproges, mâtiné d’un petit côté Christian Clavier en mix avec Lino Ventura (cela fait un drôle de mélange !). On aurait pu croire, avec son nom, qu’il descendait d’une longue lignée aristocratique bulgare (son père, grand violoniste, premier violon solo à l’orchestre national de l’opéra de Monte-Carlo puis à l’Orchestre de Paris, est mort le 4 septembre 2011 à Chatou, près de Paris).

Formé au théâtre par notamment Antoine Vitez, Wladimir Yordanoff a commencé à jouer sur les planches à l’âge de 20 ans dans une pièce de Shakespeare, et cela jusqu’à la fin de sa vie. Près d’une cinquantaine de pièces, avec des metteurs en scène comme Roger Planchon, Claude Santelli, Patrice Chéreau, etc. Il fut récompensé par le Molière du comédien dans un spectacle de théâtre privé en 2016 pour sa prestation dans "Qui a peur de Virginia Woolf ?", pièce d’Edward Albee mise en scène par Alain Françon à l’Odéon-Théâtre de l’Europe à Paris. Sa dernière pièce fut jouée en 2019 au Théâtre Hébertot à Paris, "En garde-à-vue" de John Wainwright, mise en scène de Charles Tordjman.

Wladimir Yordanoff a tellement aimé le théâtre qu’il a publié sa première pièce le 1er septembre 2000 : "Droit de retour, ou, La Part de l’ange", créée le 15 septembre 2000 au Théâtre Hébertot, une histoire en Allemagne de retour dans la maison familiale après expulsion des parents avant la Réunification ou comment récupérer son bien ?

Sa carrière au cinéma a démarré également assez tôt, lorsqu’il avait 28 ans, après quelques rôles à la télévision. Au début, certes, des petits rôles, mais dans de grandes productions à succès : "Danton" d’Andrzej Wajda (sorti le 12 janvier 1983), "Hiver 54, l’abbé Pierre" de Denis Amar (sorti le 1er novembre 1989), etc. En général on verrait plutôt Wladimir Yordanoff comme un beau-père encore dans la vie active, un peu réticent, mais généreux et voulant le bien de sa fille.

_yartiYordanoffWladimir02

Sa notoriété auprès du grand public a fait un bond avec la sortie, le 6 novembre 1996, du film "Un air de famille" de Cédric Klapisch. Wladimir Yordanoff y joue l’un des principaux rôles aux côtés de Catherine Frot, Agnès Jaoui, Jean-Pierre Bacri, Jean-Pierre Darroussin et Claire Maurier. Un rôle qu’il connaissait bien puisqu’il a participé à la création de la pièce de théâtre au même titre, écrite par Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, le 27 septembre 1994 au Théâtre de la Renaissance à Paris (la pièce, mise en scène par Stéphan Meldegg, a eu un grand succès et fut jouée jusqu’au 31 décembre 1995). Le film a repris la même distribution des rôles.

Il s’agit d’une famille qui se réunit autour de la mère dans un troquet, l’aîné, Jean-Pierre Bacri (le dépressif permanent du cinéma français !), qui attend (en vain) sa femme (qui vient de le quitter), le cadet Wladimir Yordanoff qui réussit tout, vie professionnelle (bon job de cadre informatique) et affective (marié à Catherine Frot), et la petite dernière, Agnès Jaoui officiellement célibataire et qui a une liaison cachée avec le serveur du restaurant. Bref, une chronique sociale et une comédie, le style de film dans lequel Wladimir Yordanoff a eu souvent l’occasion de jouer. Il a aussi joué avec les mêmes acteurs (en plus d’Anne Alvaro, Alain Chabat et Gérard Lanvin) dans "Le Goût des autres" d’Agnès Jaoui (sorti le 1er mars 2000).

Dans le film très intimiste "Je vous trouve beau" d’Isabelle Mergault (sorti le 11 janvier 2006), Wladimir Yordanoff joue l’ami de Michel Blanc, un agriculteur qui cherche une femme/employée des champs roumaine (avec Eva Darlan et Valérie Bonneton). Dans "Essaye-moi" de Pierre-François Martin-Laval, également premier rôle (sorti le 15 mars 2006), Wladimir Yordanoff joue le possible futur beau-père bien rangé, le père de Julie Depardieu et le mari d’Isabelle Nanty, face à l’autre père, farfelu, Pierre Richard (aussi avec Marina Foïs et Kad Merad). Dans "Prête-moi ta main" d’Éric Lartigau (sorti le 1er novembre 2006), Wladimir Yordanoff retrouve une grande famille, la mère Bernadette Lafont, le fils Alain Chabat et plein de sœurs dont Charlotte Gainsbourg. Il a le mauvais rôle dans "Enfin veuve" d’Isabelle Mergault (sorti le 16 janvier 2008) puisqu’il joue le mari trompé de Michèle Laroque qui se tue accidentellement, ce qui arrange en principe l’amant Jacques Gamblin (il y a aussi Claire Nadeau, Valérie Mairesse, Eva Darlan, etc.).

_yartiYordanoffWladimir03

Wladimir Yordanoff a joué dans d’autres films à succès plus récents, en particulier dans "Polisse" de Maïwenn (sorti le 19 octobre 2011), où il est le patron de la brigade de protection des mineurs (aux côtés de Marina Foïs, Karine Viard, Joey Starr, etc.). Dans "Pauline détective" de Marc Fitoussi (sorti le 3 octobre 2012), où il est le directeur de l’hôtel de vacances des deux sœurs Audrey Lamy et Sandrine Kiberlain. Aussi dans "J’accuse" de Roman Polanski (sorti le 13 novembre 2019), où Wladimir Yordanoff joue, aux côtés d’Emmanuelle Seigner et de Jean Dujardin, le rôle du général Auguste Mercier, encore un mauvais rôle puisque cet officier ambitieux, nommé Ministre de la Guerre et futur candidat à l’élection présidetielle, fut le principal accusateur du capitaine Dreyfus en utilisant le fameux faux bordereau.

Enfin, le dernier des trente-cinq films dans lesquels Wladimir Yordanoff a tourné sortira en principe le 3 février 2021, "OSS 117 : Alerte rouge en Afrique noire" de Nicolas Bedos, le troisième film parodique mettant en scène l’espion Jean Dujardin, avec Pierre Niney, le "héros" de "Un homme idéal" de Yann Gozlan (sorti le 18 mars 2015). Il ne pourra hélas pas voir le résultat fini de son tournage, et surtout, il manquera à l’évidence au cinéma français.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Wladimir Yordanoff.
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiYordanoffWladimir04




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201006-wladimir-yordanoff.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/qui-a-peur-de-wladimir-yordanoff-227635

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/10/07/38576102.html





 

Partager cet article

Repost0
30 septembre 2020 3 30 /09 /septembre /2020 03:48

« Vous savez, acteur, ce n’est pas un métier. C’est de la chance, une gueule… Je connais des gens du théâtre qui n’ont jamais fait de carrière au cinéma parce qu’ils n’ont pas de photogénie. À l’inverse, Delon, il est souvent très mauvais mais il a de la photogénie. » (Jean-Luc Bideau, le 5 novembre 2013 dans Streetpress).


_yartiBideauJeanLuc01

L’acteur Jean-Luc Bideau fête ce jeudi 1er octobre 2020 son 80e anniversaire. Comme souvent pour les acteurs de second rôle, l’homme n’est pas inconnu des cinéphiles et en même temps, il n’a jamais voulu être une star. Acteur avant tout suisse, il a pris la nationalité française en 1991 pour pouvoir être sociétaire de la Comédie-Française.

Jean-Luc Bideau, néanmoins, préfère être acteur à comédien, selon la définition qu’il a donnée le 5 novembre 2013 dans une longue et intéressante interview à Streetpress.com : « Il y a deux types d’acteur : les comédiens et les acteurs. Les acteurs, c’est Depardieu, c’est l’instinct, etc. Les autres, ce sont des comédiens. Ils arrivent trois heures dans la loge avant de jouer, ils étudient le texte à fond, ils font chier les metteurs en scène, qui en savent peut-être moins qu’eux… Moi, ça ne m’intéresse pas. » (Les citations qui suivent proviennent de cette interview sauf indication contraire).

Oui, "on" le connaît, Jean-Luc Bideau, avec sa grande carcasse, sa moustache qui pourrait presque lui faire jouer le rôle du physicien Albert Einstein s’il avait été un peu moins longiligne, son ton rassurant de médecin de campagne (voir plus loin !), ses yeux malicieux… il a tout fait, des films du cinéma (ce qu’il aurait voulu privilégier), les téléfilms, les séries même, parfois "pourries", et bien sûr, des pièces de théâtre. En revanche, il a toujours refusé de faire de la publicité… sauf pour aider son gendre qui a créé son entreprise. Il est loin des paillettes, refuse obstinément le star-system, les camaraderies, les réseaux, et il veut être le bon père de famille assez stable qui ne décompose pas, ni ne recompose sa famille à chaque tournage.

Jean-Luc Bideau dit lui-même qu’il a eu de la chance dans les années 1970 (il avait donc une trentaine d’années) car il a joué dans trois des quatre films suisses qui ont eu un grand succès : "La Salamandre" d’Alain Tanner (sorti le 27 octobre 1971), avec Bulle Ogier et Jacques Denis, "Les Arpenteurs" de Michel Soutter (sorti le 1er novembre 1972), avec Marie Dubois et Jacques Denis, et "L’Invitation" de Claude Goretta (sorti le 13 septembre 1973), avec Michel Robin.

À ceux-là, vous rajoutez le film français "Et la Tendresse ? Bordel !", de Patrick Schulmann (sorti le 28 février 1979), avec Bernard Giraudeau et Roland Giraud, où Jean-Luc Bideau, premier rôle, joue le phallocrate (« Allo Carole ? Tu peux te laver les fesses, j’arrive ! »), et vous avez le Jean-Luc Bideau tel qu’il aurait voulu continuer à être, celui de jeune premier du cinéma francophone.

Je cite trois autres répliques de Jean-Luc Bideau dans ce dernier film cité (écrites par le réalisateur, Patrick Schulmann), car je les trouve délicieuses ou très lucides : « J’aime enlever ces lunettes, pour voir les yeux d’une fille, moi ça me fait le même effet que quand je la déshabille, c’est comme un soutien-gorge, qu’on fait doucement glisser, pour découvrir les seins qu’elle essaie de nous cacher. ». Puis, toujours en alexandrins : « Si votre joli corps ignore tout du plaisir, caressez-vous le soir avant de vous endormir ! ». Enfin, moins frivole : « C’est ça le monde, mon vieux ! Les plus forts qui gagnent, les plus faibles qui s’écrasent et puis les autres qui regardent ! ».

Je rajoute encore le film "Tout feu, tout flamme" de Jean-Paul Rappeneau (sorti le 13 janvier 1982), avec Yves Montand (le père), Isabelle Adjani (la fille polytechnicienne) et Alain Souchon (l’amoureux), où Jean-Luc Bideau joue l’ami véreux prêt à trahir son ami pour de l’argent, qui est un rôle assez classique pour Jean-Luc Bideau qui, malgré un âge plus jeune (dans ce film, il n’avait que 41 ans), prend parfois des rôles secondaires de "vieux" (vieil ami, etc.). "Tout feu, tout flamme" est repassé récemment à la télévision (rediffusé sur France 3 le 24 août 2020).

_yartiBideauJeanLuc02

Malheureusement pour Jean-Luc Bideau, sa notoriété, il l’a construite autrement et bien sans son accord. Depuis une vingtaine d’années, en effet, quand il marche en ville, on le reconnaît tout de suite, mais pas pour ce qu’il aurait voulu être, seulement pour le rôle qu’il a eu dans la série télévisée "H" diffusée sur Canal+ du 24 octobre 1998 au 20 avril 2002. Soixante et onze micro-épisodes de vingt-deux minutes de "sitcom" qui ont été tournés très rapidement, de manière plutôt bâclée, et qui ont eu un succès fou !

Lui n’est plus un acteur, en ville, mais un grand médecin, un chef de service, le professeur Strauss. Enfin, "grand" est un grand mot, car je suppose qu’aucun médecin ne souhaiterait ressembler à ce personnage qui, mandarin, ne cherche que le confort, peut-être la gloire, l’argent et les divertissements farfelus. Je suis désolé pour lui (même s’il s’en moque) mais je trouve néanmoins que c’est son rôle le plus éblouissant, celui où le ressort comique est le plus élevé.

Certes, à l’origine, la série mettait en valeur trois humoristes, trois petits rigolos, très petits, très modestes (et d’ailleurs, à l’époque peu connus, mais c’est le principe de Canal+, c’était le cas aussi pour les acteurs des Deschiens, dont François Morel et Yolande Moreau, ou des Robins des Bois, dont Marina Foïs, Élise Larnicol, Jean-Paul Rouve et Pierre-François Martin-Laval). Très petits car ils jouent sans se prendre au sérieux, et quand leur personnage cherche à imiter, c’est toujours petit (par exemple, inventeur et auteur de brevet et même directeur d’hôpital !).

J’ai nommé Jamel Debbouze, Éric Judor et Ramzy Bedia, le premier, standardiste, le deuxième, infirmier (celui qui a la meilleure situation) et le troisième, brancardier recyclé en tenancier de bistrot. En plus de ce trio infernal de fous délirants qui se comportaient comme des stars capricieuses, il faut aussi citer Sophie Mounicot (l’infirmière chef), Catherine Benguigui (la médecin encore vierge), Linda Hardy (la jolie fille de Jean-Luc Bideau dans la série, qui éclaire les yeux des joyeux lurons) et Edgar Givry (le directeur de l’hôpital mimant le technocrate amusé).

La série se comporte comme une suite ininterrompue de sketchs plus ou moins drôles, dont certains ont l’air d’être de l’improvisation. Elle se déroule dans un hôpital (parodiant ces séries hospitalières où l’hôpital n’est qu’un cadre à peine exploité, revoir à cet égard le sketch très réussi des Inconnus sur une parodie de ce genre de série), où les préoccupations médicales sont très peu dans les esprits et qui permet d’inviter quelques acteurs stars dans le rôle du malade. Jean-Luc Bideau, dans Streetpress, a expliqué d’ailleurs que ces grands acteurs étaient généralement muets devant la furie tapageuse du trio infernal : « Ils ne comprenaient rien ! Les pauvres ! Les acteurs de boulevard, d’habitude très habiles, face aux trois, ils devenaient incapables ! J’étais sidéré de les voir marmonner "heuuu". Ils n’y arrivaient pas ! ».

Car l’expérience très négative de Jean-Luc Bideau sur "H", elle est double. D’un côté, des tournages qui furent un calvaire pour lui, car la surréactivité du trio était très forte, qui utilisait en plus des termes de "djeunes" qu’il ne comprenait pas, un trio presque clanique dont il était exclu : « Je n’en pouvais plus, c’était insupportable. (…) Le problème, c’était d’être au même niveau d’énergie que les trois. Terrible ! Ils sont terribles, ces gars ! Mais tout le temps, tout le temps ! ».

De l’autre côté, sa femme, beaucoup plus intello, qui préférait voir son mari dans du cinéma d’auteurs (suisses surtout), comme au début de sa carrière, et qui avait honte de le voir dans ce truc loufoque et sans intérêt.

Sa femme, d’origine tchèque, il l’a rencontrée au début de sa carrière, en 1966, à Prague, quand il a remplacé Jean Bouise dans une pièce de théâtre avec Gérard Philippe, et sa future femme attendait la troupe à l’aéroport (avec les passeports, elle a tout de suite vu qu’il était célibataire) : « J’étais comme un héros de Houellebecq. Je voulais passer à l’acte. Mais Marcela était sentimentale ! » ("Le Temps", le 8 février 2019, propos recueillis par Alexandre Demidoff). Au théâtre, Marcela a découvert « un autre Jean-Luc [Bideau], pas cette "grande gueule" qui est son étiquette. Je suis révoltée quand on le réduit à ce cliché. »

Loufoque et sans intérêt peut-être, sans doute pas de la haute culture, mais très populaire, une série truculente dans laquelle la présence du professeur Jean-Luc Bideau s’imposait. À la morale douteuse, il a assuré une figure paternelle aux enfants un peu dissipés que formait le trio, il était leur patron : « L’idée du producteur de me prendre était très bien, par rapport à ces trois autres cinglés. Parce que c’est un autre style, ça faisait une sorte de dichotomie. Et aujourd’hui, ça me sidère, on me dit : "Vous étiez le meilleur" ! (…) J’y suis pour rien si les gens ont retenu mon personnage. (…) Je suis ravi que ça ait été un succès. Le tiroir-caisse marche toujours ! ».

Sa fille, à l’époque du tournage de "H", faisait des études de médecine, mais n’a pas suivi à cette époque ces séquences. Elle est maintenant pédiatre, a installé son cabinet de consultation : « Je suis un peu addict aux médecins. Moi, dès qu’un truc ne va pas, j’y vais ! Comme ma fille est médecin, elle se fout de ma gueule toute l’année ! ». Cela dit, il prend pour modèle des "vieux" acteurs comme Michel Bouquet ou Michel Galabru (qui n’était pas décédé en 2013), car comme eux, il voudrait encore continuer à tourner bien après ses 80 ans. C’est tout ce que je lui souhaite pour son anniversaire, sa présence dans une fiction met toujours du sel et des épices dans l’histoire, à défaut de beurre dans les épinards…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiBideauJeanLuc03




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201001-jean-luc-bideau.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jean-luc-bideau-sa-grande-gueule-227474

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/20/38544226.html





 

Partager cet article

Repost0

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


Pour mettre la page en PDF :
Print


 




Petites statistiques
à titre informatif uniquement.

Du 07 février 2007
au 07 février 2012.


3 476 articles publiés.

Pages vues : 836 623 (total).
Visiteurs uniques : 452 415 (total).

Journée record : 17 mai 2011
(15 372 pages vues).

Mois record : juin 2007
(89 964 pages vues).