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18 avril 2021 7 18 /04 /avril /2021 03:00

« Les gens sont très gentils avec moi, j’en suis bien conscient. Je n’en sais pas exactement les raisons. » (Jean-François Balmer, 2015).


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L’acteur franco-suisse Jean-François Balmer fête son 75e anniversaire ce dimanche 18 avril 2021 (quatre jours avant une grande actrice). Une silhouette majestueuse, les yeux bienveillants, la bouche toujours en sourire, la sympathie et la complicité en bandoulière, il fait partie des acteurs que j’apprécie beaucoup. Il n’est pas tombé dans le star-system, reste un petit artisan de la comédie, même si son CV est impressionnant et pourrait être celui d’un gros industriel : plus de soixante-dix films au cinéma, une cinquantaine à la télévision, aussi une série policière "Le Boulevard du Palais", et une quarantaine de pièces ou de lectures au théâtre.

Suisse originaire de Neuchâtel où il a suivi des études de commerce, il a fait un séjour à Londres pour l’anglais puis a commencé à se consacrer au théâtre en apprenant le métier au conservatoire d’arts dramatique de Genève puis de Paris, ainsi qu’au cours Florent. Fasciné par Jean-Paul Belmondo, il s’est retrouvé au début des années 1970 aux côtés d’Isabelle Adjani, Jacques Weber, Jacques Villeret, Daniel Mesguich et Francis Huster.

Son premier rôle au théâtre fut en 1973 pour "Les Fourberies de Scapin" mises en scène par Jacques Weber, au théâtre de Reims, et au cinéma, la même année, dans le film "R.A.S. " d’Yves Boisset (sorti le 11 août 1973) sur un sujet ultrasensible, la torture pendant la guerre d’Algérie, avec Jacques Weber, Jacques Spiesser, Jacques Villeret, Roland Blanche, Jean-Pierre Castaldi, etc. Pour la plupart de ces acteurs, peu connus avant la sortie du film qui fut un succès, ce fut ce film qui a fait décoller leur carrière au cinéma. Jean-François Balmer a été un second choix pour son personnage puisqu’à l’origine, Yves Boisset avait d’abord songé à Gérard Depardieu, lui non plus pas encore très connu. À la télévision, c’est dès l’année suivante, en 1974, que Jean-François Balmer a démarré dans un petit rôle (celui du cavalier) dans un feuilleton en treize épisodes "Gil Blas de Santillane", réalisé par Jean-Roger Cadet et diffusé du 2 au 25 avril 1974 sur (la future) FR3. Depuis ainsi un demi-siècle, Jean-François Balmer continue à jouer, sur les planches ou pour le grand écran.

Il n’a jamais été réellement récompensé par sa profession, même s’il a été nommé quatre fois aux Césars du meilleur acteur de second rôle et aux Molières du meilleur comédien. En revanche, la France a su reconnaître son mérite, parmi ceux qui, venant de l’étranger, viennent apporter leurs talents et contribuent ainsi au rayonnement culturel de la France, avec une Légion d’honneur et les insignes de commandeur des Arts et des Lettres.

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Dans la plupart des films, Jean-François Balmer joue des personnages (plus ou moins) secondaires, si souvent qu’il devient un familier du cinéma français, souvent inspecteur de police : un étudiant qui témoigne dans "Peur sur la ville" d’Henri Verneuil (sorti le 9 avril 1975) aux côtés de "sa star" Jean-Paul Belmondo, de Charles Denner et Rosy Varte ; le policier qui piste Yves Montand dans l’excellent film d’Alain Corneau "La Menace" (sorti le 28 septembre 1977), ce qui a valu sa nomination aux Césars ; un autre flic dans "Flic ou Voyou" de Georges Lautner (sorti le 28 mars 1979) avec Jean-Paul Bemondo ; l’un des rôles principaux avec Catherine Deneuve et Philippe Noiret (le mari de celle-ci), dans "L’Africain" de Philippe de Broca (sorti le 2 mars 1983) ; le mari trompé (Charles Bovary) dans le fameux "Madame Bovary" de Claude Chabrol (sorti le 3 avril 1991), avec Isabelle Huppert et Christophe Malavoy ; le chirurgien ami de Philippe Noiret dans "Les Ripoux 3" de Claude Zidi (sorti le 10 décembre 2003) avec Thierry Lhermitte, Lorant Deutsch, Bernadette Lafont et Jean-Luc Bideau ; le gouverneur Cooper dans "Lucky Luke" de James Huth (sorti le 21 octobre 2009), avec Jean Dujardin, Sylvie Testud, Michaël Youn, Daniel Prévost et Alexandra Lamy, etc.

Mais peut-être que la notoriété actuelle de Jean-François Balmer, il la doit surtout à sa participation pendant une vingtaine d’années à la série policière "Boulevard du Palais" diffusée du 26 février 1999 au 28 juin 2017 sur France 2, où  il joue le rôle de l’inspecteur de police (le commandant Rovère) aux côtés de la juge d’instruction jouée par Anne Richard. Cette série a été inspirée d’un roman de Thierry Jonquet ("Les Orpailleurs"). Remarque de l’acteur : « Si le commandant Rovère de la série est devenu si populaire, c’est parce que je l’ai créé comme j’en avais envie. Je changeais les textes et personne n’osait rien me dire, c’était marrant. ».





Jean-François Balmer a joué aussi dans beaucoup de téléfilms. Il est un censeur triste (voir illustration plus haut) dans "Le Censeur du lycée d’Épinal" de Marc Rivière (diffusé le 17 février 1997) avec Patrick Chesnais, Sylvie Joly et Anne Roumanoff ; Sacha Guitry dans "L’Affaire Sacha Guitry" de Fabrice Cazeneuve (diffusé le 24 juillet 2007 sur France 3) ; Malesherbes dans "Chateaubriand" de Pierre Aknine (diffusé le 28 avril 2010 sur France 2) avec Frédéric Diefenthal, Armelle Deutsch, Daniel Mesguich, Aurélia Petit, Annelise Hesme, Anne Richard, etc.

Parmi les téléfilms où Jean-François Balmer tient le premier rôle, une "fresque" historique, "Mort d’un Président" de Pierre Aknine (diffusé le 12 avril 2011 sur France 3), où il joue le rôle de Georges Pompidou, taraudé par la maladie et vaincu par elle alors qu’il était en pleine puissance. C’est le genre de téléfilm difficile à réussir, tant les acteurs peuvent avoir du mal à jouer des personnages politiques  très connus et encore récents (en l’occurrence, Jacques Chirac, Marie-France Garaud, Édouard Balladur, Valéry Giscard d’Estaing, Jacques Chaban-Delmas, etc.).





Néanmoins, Balmer est assez crédible en chef d’État. Il avait déjà joué le rôle d’un roi, Louis XVI, au cinéma dans le long film (six heures !) "La Révolution française" de Robert Enrico et Richard Heffron (sorti le 25 octobre 1989). aux côtés de François Cluzet, Jane Seymour, Peter Ustinov, Claudia Cardinale, Michel Duchaussoy, Jean Bouise, Christopher Lee, Dominique Pinon et Michel Galabru. Parmi les rôles qu’il a joués au théâtre, il y a aussi un chef d’État, Henri IV, dans la pièce de Daniel Colas "Henri IV, le bien-aimé", mise en scène par l’auteur, au Théâtre des Mathurins et en tournée en 2010-2012, une pièce qui a été nommée cinq fois aux Molières.

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C’est d’ailleurs amusant de savoir comment le comédien s’était préparé à cette pièce sur Henri IV : « On lit des bouquins (…). J’ai lu notre camarade François Bayrou, qui a écrit quelque chose d’intéressant sur Navarre. J’aime la période de documentation et de recherche. ». Le personnage : « Son interprétation nécessite un jeu varié et chatoyant. Le fait est qu’on sait ce qu’il a dit et comment il l’a dit. ».





C’est au théâtre qu’il s’éclate sans doute le plus. Parmi d’autres spectacles sur scène, deux lectures, mises en scène par Françoise Petit, son épouse depuis le 12 juin 1987. Celle de "Mon cœur mis à nu" par Baudelaire, au Théâtre du Ranelagh et au Théâtre Hébertot, en 2003-2004 ("Baudelaire dit par Balmer"), et une autre lecture, très différente, en 2012-2013 au Théâtre de l’Œuvre, "Voyage au bout de la nuit" par Céline.





Parmi ses plus récentes représentations, il y a "Le Voyage" en 2017, hommage au poète Pablo Neruda, mis en scène par Françoise Petit, sur fond de musique latino (notamment en représentation le 6 octobre 2017 à Soissons sur la scène du Mail dont son épouse fut la directrice). Hommage à la poésie mais pas poète lui-même pour ce grand lecteur de Baudelaire qui n’hésitait pas à confier : « La poésie et moi, ça fait deux, je crois que je n’y comprends pas grand-chose, elle me fait plutôt fuir. Dans cette pièce, je dis des textes, c’est davantage mon truc ! ».

Dans cet entretien accordé le 2 octobre 2017 à Livio Dell’Isola dans "L’Ardennais", Jean-François Balmer disait clairement qu’il n’était pas question de prendre sa retraite : « C’est inimaginable ! Je suis un débutant et ma carrière est devant moi, j’attends que l’on me propose encore de grands rôles. Je n’arrêterai que quand je serai "mouru" ! ». Alors, bon anniversaire Monsieur Balmer et tous mes vœux pour encore de longs moments de scène !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 avril 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean-François Balmer.
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210418-jean-francois-balmer.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/les-petites-pepites-de-l-232414

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/04/17/38925816.html







 

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27 mars 2021 6 27 /03 /mars /2021 03:18

« Avec "Quai d’Orsay", on est dans une réalité moderne, contemporaine, celle d’un cabinet ministériel (…), c’est aussi une sphère dont j’ignorais tout, c’est-à-dire le travail quotidien de la diplomatie. Or, ce qui déclenche toujours mon désir de cinéma, c’est l’exploration de mondes, d’époques, de milieux qui me sont inconnus. » (Bertrand Tavernier, propos rapportés par le site Allocine.fr).




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Lyonnais, président de l’Institut Lumière, cinéaste, critique et cinéphile de légende, Bertrand Tavernier est mort ce jeudi 25 mars 2021 à Sainte-Maxime où il habitait, un mois avant ses 80 ans (il est né le 25 avril 1941 à Lyon).

Bébé, il habitait au-dessus de chez monsieur Louis Aragon et madame Elsa Triolet Jeune collaborateur de Jean-Luc Godard, Jean-Pierre Melville et Stanley Kubrick, passionné par le cinéma américain, Bertrand Tavernier fut scénariste, réalisateur et producteur. Il a réalisé une trentaine de films en cinquante ans, souvent de style très diversifié (drame, polar, fresque historique, comédie, etc.).

Il s’est fait connaître avec "L’Horloger de Saint-Paul" (sorti le 16 janvier 1974, avec Jean Rochefort, Jacques Denis) où Philippe Noiret, un acteur fétiche, a eu le premier rôle comme dans plusieurs autres de ses films, comme "Que la fête commence" (sorti le 23 mars 1975, avec Jean Rochefort, Jean-Pierre Marielle, Marina Vlady, Nicole Garcia, Michel Blanc), "Le Juge et l’Assassin" (sorti le 10 mars 1976, avec Isabelle Huppert, Michel Galabru, Jean-Claude Brialy, René Faure, Yves Robert), "Coup de torchon" (sorti le 4 novembre 1981, avec Jean-Pierre Marielle, Isabelle Huppert, Stéphane Audran, Eddy Mitchell, Guy Marchand, Gérard Hernandez), "Le Vie et rien d’autre" (sorti le 6 septembre 1989 avec Sabine Azéma) et "La Fille de d’Artagnan" (sorti le 24 août 1994, avec Sophie Marceau, Claude Rich, Jean-Luc Bideau, Sami Frey, Charlotte Kady).

Il fut récompensé par cinq Césars pour "Que la fête commence" (1976), "Le Juge et l’Assassin" (1977), "Un dimanche à la campagne" (sorti le 11 avril 1984, avec Louis Ducreux, Michel Aumont et Sabine Azéma), et "Capitaine Conan" (sorti le 16 octobre 1996, avec Philippe Torreton, Samuel Le Bihan, Bernard Le Coq, Catherine Rich, François Berléand, Claude Rich, André Falcon). Il a eu un Ours d’or (à la Berlinale) pour "L’Appât" (sorti le 8 mars 1995, avec Marie Gillain, Olivier Sitruk, Bruno Putzulu, Richard Berry, Clotilde Courau, Philippe Torreton, François Berléand), et deux Lions d’or (à la Mostra de Venise) pour "Autour de minuit" (sorti le 24 septembre 1986 avec Dexter Gordon et François Cluzet) et pour l’ensemble de son œuvre (2015).

Il fut par ailleurs nommé vingt fois pour d’autres Césars et une fois pour un Oscar, notamment pour "La Mort en direct" (sorti le 11 janvier 1980, avec Romy Schneider), "L.627" (sorti le 9 septembre 1992, avec Charlotte Kady, Didier Bezace, Jean-Paul Comart, Philippe Torreton, Nils Tavernier), "La Princesse de Montpensier" (sorti le 3 novembre 2010, avec Mélanie Thierry, Gaspard Ulliel, Grégoire Leprince-Ringuet, Raphaël Personnaz, Lambert Wilson, Michel Vuillermoz, Philippe Magnan, Judith Chemia, Florence Thomassin). Pour les Césars, il faudrait les compter par dizaines si on prenait en compte tous les Césars qu’ont obtenus ses films. Au-delà de ces récompenses prestigieuses, Bertrand Tavernier fut honoré de bien d’autres prix et gratifications qui montrent qu’il a été reconnu très largement dans son milieu professionnel et au niveau international.

Pour compléter le tableau, on pourrait encore citer "Une semaine de vacances" (sorti le 2 juin 1980, avec Nathalie Baye, Gérard Lanvin, Philippe Léotard, Michel Galabru, Philippe Noiret), "Daddy nostalgie" (sorti le 5 septembre 1990, avec Jane Birkin, Odette Laure, Charlotte Kady et Dirk Bogarde), "Ça commence aujourd’hui" (sorti le 12 mars 1999, avec Philippe Torreton, Maria Pitarresi, Emmanuelle Becot), "Laisser-passer" (sorti le 9 janvier 2002, avec Jacques Gamblin, Denis Podalydès, Charlotte Kady, Marie Desgranges, Marie Gillain), "Holy Lola" (sorti le 24 septembre 2004, avec Isabelle Carré, Jacques Gamblin, Bruno Putzulu, Lara Guirao), et aussi "Dans la brume électrique" (sorti le 15 avril 2009), qui est une production franco-américaine. Il a aussi réalisé un court-métrage en hommage à Aung San Suu Kyi (Prix Nobel) dans le cadre du film collectif "Contre l’oubli" (sorti le 11 décembre 1991).

Pour lui rendre hommage, je souhaite plutôt revenir sur un de ses derniers films (sinon le dernier), excellent film, "Quai d’Orsay" (sorti le 6 novembre 2013). J’ai apprécié ce film mais au départ, j’avais eu beaucoup d’appréhension.

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C’est l’adaptation d’une bande dessinée très fine de Christophe Blain et Abel Lanzac, sortie en deux tomes en 2010 et 2011 chez Dargaud. On sait généralement que c’est très difficile de passer d’une bande dessinée à un film car le dessin donne déjà une grande idée des personnages, mais il manque surtout leur voix. Et au-delà de cette généralité du passage d’une bande dessinée à un film (certains ont réussi, par exemple pour Astérix, ce qui n’était pas évident), l’histoire elle-même retrace des faits réels dans la vie politique, ce qui signifie que le réalisateur du film avait déjà deux "modèles", la bande dessinée et la réalité (connue de tous), et il devait donc innover pour que cela aille bien dans la forme cinématographique, sans trop coller aux "modèles", mais sans trop s’en éloigner non plus. Bref, une ligne de crête, tracée également par un choix des acteurs très judicieux.

Christophe Blain est un dessinateur de bandes dessinées, les traits sont à la fois mal finis et leur mouvement très réaliste, son style est assez personnel et sert excellemment bien l’histoire à raconter. Abel Lanzac, au contraire, est un novice dans le milieu de la bande dessinée. Il a apporté le grain à moudre, l’histoire telle qu’on ne la verra jamais vu du grand public. Pendant longtemps, c’était un pseudonyme gardé jalousement secret, mais maintenant qu’il s’est laissé définitivement tomber du côté des artistes (il a réalisé son premier film en 2019 qui a été nommé pour le César du meilleur film en 2020), sa révélation n’a plus beaucoup de conséquence : il s’agit d’un (jeune) diplomate, Antonin Baudry, brillant surdiplômé (X-Ponts et normalien par la voie littéraire !), qui a été recruté comme conseiller langage du Ministre des Affaires étrangères qui n’est autre qu’un parodie de Dominique de Villepin.

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Le titre aurait pu reprendre celui du film "Le Discours d’un roi" de Tom Hoffer (sorti le 24 décembre 2010) puisque tout l’enjeu du film réside dans la rédaction du fameux discours de Dominique de Villepin prononcé le 14 février 2003 devant le Conseil de Sécurité de l’ONU contre la guerre en Irak (celui de la "vieille Europe"). C’est en tout cas le fil directeur et le prétexte pour faire la chronique de la vie quotidienne d’un cabinet ministériel important de la République, son faste mais aussi ses restrictions budgétaires (le conseiller doit se contenter d’un bureau précaire entre la photocopie et le bureau de la secrétaire). Une chronique sociale vue de l’intérieur, puisque, grâce au scénariste de la bande dessinée, on sent bien que c’est du vécu. Du reste, les deux auteurs de la BD ont contribué au scénario du film avec le réalisateur lui-même.

Pour cette mission impossible, Bertrand Tavernier a montré son savoir-faire et son talent de cinéaste. Et en premier, le choix des acteurs. En choisissant Thierry Lhermitte pour le rôle du ministre, le réalisateur prenait un certain risque ; j’avais même quelques inquiétudes avant d’aller le voir. Certes, Thierry Lhermitte est un très bon acteur, et en plus, il a l’âge, la capacité d’autorité (il joue souvent des rôles CSP++), mais sa personnalité très forte, sa célébrité également, aurait pu nuire à son personnage, car à l’évidence, quand il s’agit d’un acteur, la question reste toujours : qui s’efface derrière qui ? l’acteur derrière le personnage, ou l’inverse ? Le résultat est un grand succès : Thierry Lhermitte correspond pleinement au personnage décrit dans la bande dessinée.

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La mission était de ne pas tomber dans la caricature. Dans des propos rapportés par le site Allocine.fr, Bertrand Tavernier exultait : « Dès les premières lectures, il [Thierry Lhermitte] m’a proposé une idée originale, qui lui permettait de s’approprier le personnage : doubler chaque propos par un geste extravagant, censé l’illustrer. (…) C’est d’autant plus jubilatoire que, ces dernières semaines, Thierry a tenu beaucoup de rôle sérieux, au cinéma comme au théâtre. Là, j’avais l’impression de réactiver le Lhermitte délirant des années Splendid, la maturité en plus. ».

Mais l’alchimie n’aurait jamais eu lieu sans le choix de deux autres acteurs essentiels. D’abord Niels Arestrup en "dircab" (directeur de cabinet) du ministre, un poste crucial qui navigue entre les ministres (et même l’Élysée) et qui coordonne l’action des conseillers du cabinet. Ces conseillers sont d’ailleurs des fortes personnalités qui veulent avoir leur "bout de gras" dans toute action, quitte à faire des coups bas (Julie Gayet, la dircab adjointe, utilise ainsi son charme pour planter des couteaux dans le dos). Le choix de Niels Arestrup est même génial, il est exactement le personnage de la bande dessinée, au point qu’on se demande si le dessinateur ne s’est pas inspiré de l’acteur pour concevoir son personnage. Cela lui a valu le César du meilleur second rôle. Pourtant, sa voix, son ton lénifiant n’étaient pas du tout naturel, chez lui, il a dû s’entraîner, se mettre dans la peau de …l’ambassadeur Pierre Vimont, la véritable identité du dircab.

Enfin, le choix du héros, du personnage principal, le novice conseiller langage, le candide, la petite souris qui découvre le monde fascinant des ministères et de la diplomatie française, ce personnage est incarné par Raphaël Personnaz, avec aussi la même justesse. J’ai découvert l’acteur la même année, quelques jours auparavant, avec un autre rôle, lui aussi très délicat à incarner, puisqu’il a été le Benjamin Mallaussène bouc-émissaire des célèbres romans de Daniel Pennac, dont le premier tome a été adapté au cinéma par Nicolas Bary dans "Au bonheur des ogres" (sorti le 16 octobre 2013, avec Bérénice Bejo, Mélanie Bernier, Emir Kusturica, Thierry Neuvic, Guillaume de Tonquédec).

Plus généralement, tous les autres acteurs, surtout ceux qui incarnent les conseillers, sont également excellents, ne s’écartant pas de l’esprit de l’œuvre d’origine, tout comme la très charmante Jane Birkin prenant le rôle de la Prix Nobel de Littérature étrangère qui ne peut pas en placer une dans un dejeuner avec un ministre qui, dans un monologue permanent, lui recrache ses notes biographiques sur elle.

Le personnage de Thierry Lhermitte est à la foi agaçant dans ses obsessions et fascinant dans sa vision de la politique et du monde en général, même si parfois, il peut en conclure qu’on est à la veille de la troisième guerre mondiale.

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À l’évidence, Bertrand Tavernier a su "manœuvrer" tous ces excellents acteurs pour en faire une sauce commune et collective malgré les fortes personnalités. C’est, je crois, l’illustration d’un bon metteur en scène : ne pas laisser les acteurs en roue libre et les diriger d’une main ferme pour atteindre l’esprit général du récit. Sans forcément non plus imposer la terreur sur le plateau.

Le film se permet un petit clin d’œil anachronique et complètement absent de la bande dessinée : furtivement, on voit l’actuel Ministre de l’Économie, des Finances et de la Relance Bruno Le Maire en député de la majorité félicitant "le ministre" de son intervention dans l’hémicycle. Pourquoi un tel clin d’œil ? Parce que dans la description de la vie du cabinet, il manque un personnage qui surplombait tous les autres conseillers : Bruno Le Maire, diplomate, qui devint ensuite le dircab de Dominique de Villepin à Matignon avant de se lancer dans la vie politique en juin 2007 (où il fut élu député de l’Eure puis candidat à l’élection présidentielle avant de rejoindre Emmanuel Macron).

Pourquoi fut-ce Bertrand Tavernier qui a réalisé ce film ? Il ne connaissait pas la bande dessinée, et quand un de ses amis lui a fait lire, il a été subjugué et dès le lendemain, il a commencé les négociations pour en acheter les droits d’adaptation. Les deux auteurs de la bande dessinée avaient reçu trois demandes d’adaptation, dont une pour faire une série. À l’origine, Antonin Baudry ne voulait pas d’adaptation cinématographique pour garder la saveur de l’œuvre originale, mais il fut finalement convaincu par Bertrand Tavernier que cela serait un plus et pas un moins. Les trois (les deux auteurs et le réalisateur) se sont alors retrouvés à New York où Antonin Baudry était en poste pour rédiger ensemble le scénario. Bertrand en était ravi car il aimait changer de cadre pour penser à un autre film.

La différence avec la BD est surtout dans le personnage de Marina (jouée par Anaïs Demoustier), la fiancée du personnage principal (le jeune conseiller langage), qui est plus étoffé dans le film afin de permettre de reprendre l’imaginaire du conseiller (très difficile à traduire au cinéma).

Dans son apprentissage au cinéma, assistant de Jean-Pierre Melville, Bertrand Tavernier a appris en contre-modèle à éviter « le climat de dureté, de terreur, d’humiliation que [Melville] imposait au plateau ». Si bien qu’au contraire, avec Bertrand Tavernier, il devait régner un climat de convivialité et de détente, ce qu’a confirmé Christophe Blain : « Quand Tavernier tourne, il déconne tout le temps, il fait des blagues, il chante… ».

Avec "Quai d’Orsay", Bertrand Tavernier a montré son grand art du cinéma, et, à l’inverse de Gilles Renault par sa critique dans "Libération" le 5 novembre 2013, je trouve ce film nettement plus intéressant et meilleur que le très fade film de Pierre Schoeller, "L’Exercice de l’État" (sorti le 26 octobre 2011), qui ne donne aucun enjeu et aucune perspective de fond de ce qu’est le pouvoir. Au contraire de "Quai d’Orsay" qui est, selon les mots de Sandy Gillet dans "Écran large" du 5 novembre 2013 : « drôle, brillant, intelligent et d’une rare justesse ».

En hommage à Bertrand Tavernier, le film "Quai d’Orsay" sera rediffusé sur la chaîne France 2 le dimanche 28 mars 2021 à partir de 21 heures. Il sera suivi de "L.627" à 23 heures. Dans la même soirée, la chaîne C8 diffusera "L’Horloger de Saint-Paul" à 21 heures. Le lendemain, lundi 29 mars 2021, France 5 programmera "Coup de torchon" à 20 heures 50, prévu bien avant la disparition du réalisateur.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


(Les deux illustrations sont tirées de la bande dessinée "Quai d’Orsay", aux éditions Dargaud).


Pour aller plus loin :
Bertrand Tavernier.
"Quai d’Orsay".
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210325-bertrand-tavernier.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/hommage-a-bertrand-tavernier-dans-231875

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/25/38885658.html







 

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25 mars 2021 4 25 /03 /mars /2021 05:22

« Passé la quarantaine, allez, mettez, quarante-cinq ans, vous avez deux solutions : ou vous vous accrochez aux rôles qui font genre trente-cinq, trente-six ans, ou bien vous faites comme tout le monde et acceptez aimablement que quarante-cinq ans, ce soit plutôt sur la route des quarante-six que sur celle des quarante-quatre. » (Simone Signoret, 1975).



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L’actrice Simone Signoret est née il y a 100 ans, le 25 mars 1921. Ce centenaire ne semble pas beaucoup célébré, à part la chaîne Arte qui a proposé un excellent documentaire (voir plus loin), ainsi que quelques films avec elle. Dans mon titre, je n’ai pas voulu faire de jeu de mots en pensant à celui avec qui elle avait formé l’un des couples les plus célèbres du cinéma français, Yves Montand, mais plutôt au sens propre, elle était l’actrice de son propre temps, c’est-à-dire, de son propre âge et c’était, pour l’ancienne star qu’elle a été, tant en France qu’aux États-Unis (elle parlait dans un anglais parfait), très rare, très original.

Pourquoi il y a cet air de si grande familiarité avec Simone Signoret ? Sa voix, son regard, son ton. Une grand-mère… ou plutôt, une tante, ou une grand-tante dans le jeu des sept familles. Quelqu’un à l’esprit critique, à la crue lucidité, réaliste. Peut-être s’identifie-t-on trop facilement avec la victime ? Mais Simone Signoret n’a jamais été victime, elle ne s’est jamais laissé faire, ni laissé aller, enfin, si un peu, la vie l’a amenée à souffrir, mais elle a fait de sa vie ce qu’elle a voulu, une femme de caractère, une femme qui regardait droit même s’il y a eu des descentes vertigineuses dans les dédales de la noirceur.

Elle décrivait l’amour de sa vie ainsi : « Montand, il est formidable dans les grandes circonstances. S’il y a le feu, c’est lui qui trouve l’eau ; et si vous perdez votre sang, il saura vous faire un garrot. Il est l’homme des grandes occasions. Disons que dans les petites occasions, il lui arrive d’être un peu difficile, pour ne pas dire pénible. ».

Simone Signoret et Yves Montand se sont installés aux États-Unis pour une série de tournages (en 1959-1960). Ils fréquentaient notamment Arthur Miller et son épouse, Marilyn Monroe. Cette dernière, éprise d’Yves Montand, l’imposa comme partenaire dans le film "Le Milliardaire". Une relation s’est nouée entre Yves Montand et Marilyn Monroe mais Simone Signoret ne lui en a jamais voulu : « Le secret du bonheur en amour, ce n’est pas d’être aveugle, mais de savoir fermer les yeux quand il le faut. ».

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Une petite anecdote qui a été terrible pour Simone Signoret… à titre posthume (certes, elle s’en moque). La célébrité n’écarte pas ce genre de chose. Il y a une vingtaine d’années, j’ai assisté à la présentation des activités d’une star up. Je connaissais un peu les personnes en question, qui avaient démarré un projet passionnant. Mais j’ai eu mal pour Simone Signoret car la présentation, sans complaisance pour elle, a commencé en montrant une série de photographies d’elle au fil de ses âges.

Et là, la date qui tue. Car peut-être plus chez une femme que chez un homme (mais je dis cela en risquant d’être sexiste, ce que je réfute), une personne vieillit généralement très rapidement. Certains gardent un visage encore d’ado à 50 ans, d’autres sont vieux dès leurs 30 ans (surtout s’ils sont crâne d’œuf, mais ils n’y peuvent rien). Mais la transformation de la maturité est généralement assez rapide.

En montrant ces photos, le conférencier proposait de déterminer l’âge à partir duquel la célèbre actrice avait vieilli… d’un coup. Ce n’était pas très difficile car chez elle, hélas, c’est passé rapidement. L’âge dont je me souviens (mais mes souvenirs peuvent me jouer un tour), c’était 39 ans. 39 ans, c’est jeune, mais lorsqu’on fume, boit, prend des médicaments, etc., cela peut user plus rapidement. Cela se voit sur le visage, le regard. Elle n’était pas star, princesse, elle était la femme réelle, dans ses rôles.

Ces photos avaient pour but d’introduire la mission de l’entreprise, qui se proposait d’analyser des millions de données médicales récoltées depuis une trentaine d’années, pour définir des recommandations de vie quotidienne pour ne pas vieillir trop vite et préserver sa santé.

Simone Signoret a commencé comme une star mais heureusement, elle n’avait pas l’esprit des stars, des jeunes stars qui ne comprennent plus pourquoi elles vieillissent. Simone Signoret a accepté de vieillir, ou plutôt, car on ne voit que la face publique, elle a accepté de continuer à jouer malgré la vieillesse qui s’est éprise d’elle.

Par une sorte de destin joueur, Simone Signoret est née à Wiesbaden, en Allemagne, dans la zone occupée par la France à cette époque, où son père travaillait comme interprète (il fut après la guerre envoyer à Nuremberg pour "couvrir" le fameux procès).

Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle a eu quelque temps pour professeure d’histoire à Vannes une certaine… Lucie Aubrac. Le père de Simone Signoret s’était engagé dans la Résistance dès juillet 1940, et elle, l’aînée, elle aidait sa mère à faire vivre la famille. Après un bref moment secrétaire d’un collaborateur notoire (parce que père d’une de ses amies), elle a commencé en 1942 à faire de la figuration au cinéma… puis en 1943, ce fut la rencontre d’Yves Allégret, puis en 1949, celle d’Yves Montand.

Dans son autobiographie publiée en 1975, Simone SIgnoret constatait : « Hitler est vraiment entré dans ma vie avec l’arrivée massive de petites Juives allemandes au cours secondaire. Quand les gens disent : "On ne savait pas ce qui se passait en Allemagne", je me demande comment ils ont fait, je ne sais pas quels yeux et quelles oreilles ils se sont bouchés ! À la maison débarquaient périodiquement des Juifs allemands. ».

C’est parce qu’elle a accepté son temps, son âge qu’elle est devenue une plus grande actrice qu’une simple "star". Dans l’excellent documentaire de Michèle Dominici ("Simone Signoret, figure libre"), on l’entend expliquer qu’on la comparait souvent à Jean Gabin. Pourquoi à un homme et pas à une femme ? Parce qu’il n’y avait pas de femme star qui acceptait de jouer des rôles de femmes mûres. Or, c’est ce qu’elle a fait dès le début de la quarantaine : « Si vous voulez vous accrocher aux personnages qui ont ému, fasciné, enchanté, ou bouleversé d’anciens adolescents aux fronts déjà un peu dégarnis qui vous assènent des "Ah la la, qu’est-ce que j’ai pu être amoureux de vous quand j’étais au lycée…", à vous de jouer… Mais jouer quoi ? Ils ne vont pas chez les chirurgiens esthétiques. Nous, nous pouvons y aller. Je ne crois pas que c’est le moment où nous choisissons d’y aller ou de n’y pas aller qui est déterminant pour les fameux cadeaux surplus-miracles que j’évoqués plus haut. Je n’y suis pas allée. Je n’y suis pas allée parce que je n’ai jamais été une star (…). Je n’ai (…) jamais eu le souci de perpétuer une image qui est souvent l’équivalent de la belle chanson qui fixe à jamais une période de la jeunesse. » (1975).

Au fil du temps, elle a pu ainsi interpréter des personnages plus profonds, plus intéressants, loin de ce star-system artificiel : « C’est très difficile d’être une star. Et c’est très difficile d’être une star à laquelle on reconnaît de moins en moins de talent, uniquement parce qu’elle est devenue une star. Alors, sans ce talent initial, elle ne serait pas devenue star. Et c’est très difficile de rester star. Et ça doit être terrible de cesser de l’être. » (1975).

Entre autres récompenses, elle a eu l’Oscar de la meilleure actrice en 1960 et le César de la meilleure actrice en 1978. Elle a laissé de très nombreux et excellents films, et n’en retenir que quelques-uns est forcément arbitraire, réducteur et injuste.

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Si elle a accédé à la notoriété avec "Casque d’or" de Jacques Becker (sorti le 12 mars 1952) aux côtés de Serge Reggiani et Claude Dauphin, et une adaptation d’un roman d’Émile Zola, "Thérèse Raquin" de Marcel Carné (sorti le 6 novembre 1953), je trouve que son meilleur film est sans aucun doute "Les Diaboliques" d’Henri-Georges Clouzot (sorti le 29 janvier 1955).

Ce film que j’éviterai de raconter car sa fin peut être inattendue (« Ne soyez pas diaboliques. Ne détruisez pas l’intérêt que pourraient prendre vos amis à ce film. Ne leur racontez pas ce que vous avez vu ! » était indiqué au générique de fin), fait un jeu à trois dans un pensionnat scolaire : le directeur Paul Meurisse, avec sa femme Véra Clouzot (la femme du réalisateur), professeure d’anglais et malade, et l’éclatante Simone Signoret, professeure de latin et en liaison amoureuse (notoire) avec le directeur.

Simone Signoret domine le film du début à la fin, avec d’autres personnages secondaires très intéressants. En particulier Charles Vanel, qui joue le rôle du commissaire fouineur à l’apparence négligée, futur modèle pour le personnage du lieutenant Columbo, Michel Serrault, un autre prof, et on peut même y voir, dans de très petits rôles, Robert Dalban, Jean Lefebvre et Johnny Hallyday (un enfant du pensionnat).

S’il ne fallait citer que deux films, je prendrais, avec "Les Diaboliques", un film plus "mature", un formidable duo avec Jean Gabin, "Le Chat" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 24 avril 1971), une adaptation d’un roman de George Simenon, film très pessimiste sur l’amour vieillissant entre deux p’tits vieux haineux qui s’accrochent à leur maison destinée à être rasée pour faire place nette au futur quartier de La Défense. Il faut rajouter un troisième personnage, la patronne de l’hôtel, Annie Cordy, confidente de monsieur. Au-delà de cette confrontation entre deux "monuments" du cinéma français, il y a un incroyable témoignage de ces années de construction des années 1970, bien avant la crise et les chocs pétroliers.

S’il fallait en inclure trois autres, je rajouterais une adaptation d’un grand roman de Joseph Kessel, "L’Armée des ombres" de Jean-Pierre Melville (sorti le 12 septembre 1969), qui est un magnifique (et tragique) hommage aux résistants. Les principaux acteurs, autour de Simone Signoret, sont Lino Ventura, Paul Meurisse et Jean-Pierre Cassel (Serge Reggiani y tient un moindre rôle).

Avant-dernier choix, très politique, une adaptation d’un roman d’Artur London, "L’Aveu" de Costa-Gavras (sorti le 29 avril 1970), avec Yves Montand (aussi Jean Bouise, Michel Robin, etc.) dans une condamnation claire des procès staliniens (rappelons que le couple Signoret-Montand avait été communiste et était allé en URSS pour y parader).

Enfin, le cinquième et dernier film que je propose, lui aussi très connu, une adaptation d’un roman de Georges Simenon, "La Veuve Couderc" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 13 octobre 1971), avec Alain Delon, également Boby Lapointe et Jean-Pierre Castaldi.

Malade, Simone Signoret est morte à 64 ans le 30 septembre 1985. Yves Montand l’a rejointe dans sa tombe du Père-Lachaise quelques années plus tard. Le documentaire "Simone Signoret, figure libre" est rediffusé sur Arte le samedi 27 mars 2021 à 03 heures 55 et le dimanche 28 mars 2021 à 06 heures 55. Ou encore sur le site Internet de la chaîne de télévision.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
"Simone Signoret, figure libre", documentaire de Michèle Dominici, 2020.
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210325-simone-signoret.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/simone-signoret-une-femme-engagee-231856

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/02/17/38821261.html







 

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23 mars 2021 2 23 /03 /mars /2021 03:45

« Dans la vie, il n’y a pas que l’argent. Il y a aussi les fourrures et les bijoux. » (Liz Taylor).


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La célèbre Liz Taylor est partie il y a dix ans, le 23 mars 2011, à Los Angeles, en Californie, d'une attaque cardiaque à 79 ans (née le 27 février 1932 à Londres). Toujours en retard, elle a même été en retard à son enterrement le lendemain de sa disparition ! Il paraît qu’Elizabeth Taylor était l’une des plus grandes actrices de tous les temps. Sans doute. À ses débuts, sans aucun doute. La jeune femme, belle, lisse, sûre d’elle qu’elle incarnait au cinéma était remarquable.

Somptueuse, elle l’était au sommet sa gloire, en reine Cléopâtre, dans "Cléopâtre" de Rouben Mamoulian puis Joseph Mankiewicz (sorti le 12 juin 1963), avec Richard Burton dans le rôle de Marc Antoine. C’était à l’époque où elle était l’actrice la mieux payée d’Hollywood et ses liaisons avec Richard Burton défraya la chronique au point d’avoir mis en danger le tournage de ce très long-métrage (248 minutes !). Cette passion explosive, étalée dans les journaux, fit scandale (car les deux tourtereaux étaient déjà mariés).

Pour l’anecdote, c’est à la suite de ce film, qui fut un gouffre financier, que les compères Goscinny et Uderzo (qui est mort il y a juste un an) ont sorti l’album de bande dessinée "Astérix et Cléopâtre" (prépublié dans "Pilote" du 5 décembre 1963 au 24 septembre 1964), se moquant ainsi de la superproduction hollywoodienne : « 14 litres d’encre de Chine, 30 pinceaux, 62 crayons à mine grasse, 1 crayon à mine dure, 27 gammes à effacer, 38 kilos de papier, 16 rubans de machine à écrire, 2 machines à écrire, 67 litres de bière ont été nécessaires à la réalisation de cette aventure. » !

Elizabeth Taylor a, par ailleurs, reçu trois Oscars, notamment l’Oscar de la meilleure actrice en 1961 pour "La Vénus au vison" de Daniel Mann (sorti le 4 novembre 1960), alors qu’elle souffrait d’une pneumonie très sévère et qu’elle avait déjà échoué trois fois aux Oscars pour des films plus importants, et en 1967 pour "Qui a peur de Virginia Woolf ?" de Mike Nichols (sorti le 22 juin 1966) avec (toujours) Robert Burton.

Mais cette s’arrête là, à mon avis. Je veux dire, à ce moment très bref de sa jeunesse. Une destinée un peu comme celle d’Alain Delon, qui, à ses débuts, exprimait également la fraîcheur, la spontanéité, en résumé, la sensibilité.

Son quatrième et cinquième mari (sur huit), Robert Burton, se souvenait ainsi de leur première rencontre : « Elle était incontestablement splendide. Je n’ai pas d’autre mot pour décrire cette combinaison de plénitude, de frugalité, d’abondance, de minceur. Elle était somptueuse. Elle était d’une grande générosité. ». Mais cela ne l’a pas empêché de lâcher, en divorcé et goujat : « [L’appellation] de la plus belle femme au monde est un non-sens. Elle a… un double menton, une poitrine volumineuse, est plutôt courte sur pattes… ».

Peut-être était-ce le raccourci d’une vie de star malheureuse ? Elle est devenue ensuite comme Alain Delon : prisonnière complaisante de son image. De sa caricature.

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Et après, elle a "sombré" comme Brigitte Bardot. Avec une cause à défendre, pas celle des animaux (elle aimait trop les fourrures), mais un combat humanitaire. La lutte contre le sida : « Je regardais toutes les actualités sur cette nouvelle maladie et je me demandais pourquoi personne ne faisait rien. Et ensuite, je me suis rendu compte que j’étais comme eux. Je ne faisais rien pour aider. ». Liz Taylor avait été terriblement affectée par la mort de son complice au cinéma Rock Hudson le 2 octobre 1985. C’était la première fois qu’une personnalité célèbre avait annoncé qu’elle avait le sida. Ce combat-là était tout à fait louable. C’était l’époque où le sida était peste, où le sida était fléau de Dieu, où le sida était punition divine. C’était l’époque où un personnage public osa parler de sidaïques et voulait créer des sidatoriums… Heureusement, "on" n’a pas eu cela avec le covid-19. À cause du trop grand nombre de victimes.

En fait, elle n’était pas du tout comme Brigitte Bardot car elle a continué. Au cours de sa carrière, Liz Taylor a en effet multiplié ses rôles, parfois dans des séries télévisées. Elle n’était plus la jeune et belle femme de ses débuts mais faudrait-il pour autant arrêter son métier parce que l’âge avancerait ? Simone Signoret n’a pas arrêté non plus. Ni Annie Girardot. C’est tout à leur honneur.

Cependant, Dame Elizabeth n’avait plus la grâce d’antan et pointait dans son allure une certaine vulgarité avec des coiffures assez excentriques. Celle qui avait sacré en 1989 son ami Michael Jackson en vrai roi de la pop, du rock et de la soul, a été aussi récompensées de nombreuses décorations, comme commandeure des Arts et des Lettres (insignes remises par le ministre Jack Lang). Elle a fait partie aussi de la sinistre liste des victimes potentielles de l’assassin de John Lennon en raison de sa célébrité.

Pour moi, elle restera, avant tout, la femme féline qui a ébloui de son rayonnement le film "La Chatte sur le toit brûlant" de Richard Brooks (sorti le 18 septembre 1958) avec Paul Newman, une adaptation d’une pièce de Tennessee Williams. Elle n’avait que 26 ans au tournage, qui a failli ne pas être achevé en raison de l’immense tristesse qu’elle a eue à la mort accidentelle de son troisième mari. Elizabeth Taylor a joué le rôle principal aussi dans une autre adaptation de Tennessee Williams, "Soudain l’été dernier" de Joseph Mankiewicz (sorti le 22 décembre 1959), film dont elle partagea la vedette avec Katharine Hepburn et Montgomery Clift. Sa notice sur Wikipédia indique que pour ces deux films : « Elle y exprime une sensualité animale rarement aussi bien exploitée. ». Jospeh Mankiewicz parlait d’un "talent de primitif" pour décrire l’interprétation exceptionnelle de Liz Taylor.

C’est cette animal-là qui perdurera dans la mémoire collective du cinéma américain.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mars 2021)
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Pour aller plus loin :
Liz Taylor.
Annie Girardot.
Fernandel.
Simone Signoret.
Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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20 mars 2021 6 20 /03 /mars /2021 03:10

« On parle de la "tendresse" d’une mère, mais de la "tendreté" d’une viande. » ("Le petit livre du français sans fauttes", 2001, éd. Presses du Châtelet).



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Il faisait déjà ringard et désuet, anachronique, sorti d’un autre monde. Conservateur de la langue française, le fameux Maître Capello (de son vrai nom Jacques Capelovici) est mort il y a dix ans, le 20 mars 2011, à l’âge de 88 ans (il est né le 19 décembre 1922 à Paris). Il fallait une certaine dose de confiance en soi pour vouloir se faire appeler "maître" (sans être avocat ni peintre ni écrivain ni…), mais l’appellation n’était pas usurpée et lui convenait parfaitement.

Déjà comme professeur d’anglais au lycée Lakanal à Sceaux pendant une trentaine d’années (il était agrégé d’anglais, mais aussi certifié en allemand, diplômé en italien et en vieux scandinave), il avait eu cette réputation telle qu’on l’appelait maître. La rigueur, la précision, la conscience du travail bien fait. Avec ce recul dans le temps, on peut imaginer que Maître Capello est loin des modèles d’aujourd’hui où négligence et tolérance sont bien plus fréquentes que pointillisme dans la pédagogie.

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Maître Capello était peut-être une créature bizarre sortie du XIXe siècle, à l’époque des cours de morale. Son visage, même jeune, avait de quoi inquiéter les adolescents (puis les téléspectateurs), avec ses sourcils très fournis et une gueule qui fut caricaturée en crapaud. J’aurais plutôt pensé au caméléon, avec sa langue longue et bien pendue.

Dans l’imaginaire populaire, Maître Capello était une sorte d’être de sang-froid et de distance émotionnelle qui apportait le juste mot, la bonne définition. En fait, comme tout homme, il avait ses émotions et dans son lycée, ses colères étaient également légendaires, au point que les élèves espéraient "mettre un terme au Maître"… Car une autre face de ce maître en langue, ce sont les calembours et jeux de mots dont il était très friand, il aimait jouer avec les mots et même transmettait à diverses occasions quelques palindromes sophistiqués dont celui-ci, très connu grâce à lui : Éric, notre valet, alla te laver ton ciré… et d’ajouter (car cela ne suffisait, même si la valeur d’un palindrome se mesure à sa longueur) qu’on pouvait remplacer Éric par Luc si on préférait !

Les jeux de mots en ont fait un très grand cruciverbiste, auteur de mots croisés et de mots fléchés (qu’il a faits "venir" en France), il a fourni plusieurs périodiques dont le "populaire" programme de télévision "Télé 7 Jours" pendant une trentaine d’années, encore à près de 80 ans !

J’ai évoqué l’imaginaire populaire et c’est étonnant qu’un prof d’anglais, spécialiste des langues étrangères, fût ce gardien sourcilleux de la langue française, rejetant tant les attaques du globish et les attaques des simplificateurs patentés de l’orthographe. Mais l’imaginaire populaire, encore bien vivant aujourd’hui malgré sa disparition et l’oubli de ce qui a fait sa notoriété, car il est devenu une sorte de synonyme de personnage cultivé et rigoriste, il l’a obtenu grâce à sa participation à un jeu télévisé qui a eu beaucoup de succès.

En effet, qui, enfants ou jeunes adultes de l’époque, n’a pas apprécié, au moins une fois, de regarder "Les Jeux de 20 heures" sur FR3 (la future France 3) ? À cette époque très lointaine, où la couleur était exceptionnelle dans les appartements ou les maisons, il n’y avait que trois chaînes de télévision, et à 20 heures, les deux premières chaînes, TF1 et Antenne 2, rivalisaient déjà avec un journal télévisé. Ceux qui voulaient s’extraire des informations souvent déprimantes (mais qui ne voulaient pas quitter la télévision, car heureusement, il y a d’autres joies que télévisuelles), ils avaient ainsi la possibilité de zapper sur cette émission de télévision très populaire.

"Les Jeux de 20 heures" était de ces émissions de jeu qui tentaient de niveler par la haut (aujourd’hui, le nivellement par le bas n’est pas seulement un constat mais c’est une volonté, on doit pouvoir mieux utiliser le "temps de cerveau disponible"). Cela signifiait qu’on apprenait, tout en jouant (le sens du verbe latin ludo). En plateau, deux animateurs, Maurice Favières, le maître de cérémonie, et Maître Capello, dans sa tour d’ivoire intellectuelle, arbitre qui précisait, aiguisait, définissait les mots, les phrases, la culture…

Principe simple : questions de culture générale provenant des invités, certains célèbres, invités parfois récurrents (en vrac, Daniel Prévost, Sim, Dick Rivers, Micheline Dax, Anne-Marie Carrière, Roger Carel, Jean Bertho, Gérard Hernandez, Robert Castel, etc.), mais je pense que le succès véritable provenait de l’antenne délocalisée avec les vraies gens, car l’émission avait une antenne locale mouvante (on n’était pas sur FR3 impunément), animée par Jean-Pierre Descombes, qui permettait à l’homme ordinaire (ou la femme ordinaire) de participer à l’émission. L’émission a été diffusée pendant dix ans, du 22 mars 1976 (il y a quarante-cinq ans exactement) au 23 janvier 1987 tous les jours de la semaine de 20 heures à 20 heures 30.

La première émission a été mise en ligne par l’INA (Institut national de l’audiovisuel). À l’époque, Maître Capello n’était pas "si vieux que ça", il avait 53 ans.





On peut s’étonner que Maître Capello fût autant adulé en son temps, un homme austère (bien qu’ayant beaucoup d’humour), sorte de rabat-joie de la bienséance linguistique, à l’œil pétillant et très impressionnant, bref, un anti-héros des années 1970, mais il faut bien se rappeler que c’était la décennie où les Français ont élu à l’Élysée un crâne d’œuf fortiche en finances publiques et surdiplômé, c’était une époque formidable qui récompensait les forts en thème et pas les cancres.

Parmi les mots ou expressions sortant régulièrement de la bouche de Maître Capello, il y avait le fameux nourrain, qui était le cochon tirelire dans lequel il mettait des pièces de monnaie (le nourrain est à l’origine un porcelet sevré qu’on nourrit, le mot vient de nourrir), et cette expression "remettre une pièce dans le nourrain" vient de cette émission. Une autre expression récurrente chez Maître Capello fut "de bon aloi" dont j’invite les lecteurs à rechercher la signification dans les dictionnaires …ou sur des sites Internet.

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Quand Maître Capello a tiré sa révérence, en 2011, le smartphone avait déjà largement envahi les mœurs communicantes des gens et plusieurs dessinateurs l’ont alors représenté quitter sans regret ce monde du langage sms et des fautes d’orthographe. Espérons qu’à sa suite, d’autres sachent veiller avec la même rigueur à la précieuse richesse de notre belle langue française, et aussi avec le même esprit joueur, si ce n’est avec le même écho médiatique…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (20 mars 2021)
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Pour aller plus loin :
Maître Capello.
Jean Bertho.
Piem.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.
Marc Ferro.
Michèle Cotta.
Philippe Alexandre.
Henri Amouroux.
Noël Copin.
Françoise Dolto.
Philippe Bouvard.
Menie Grégoire.
Évelyne Pagès.
Jean Garretto.
Jacques Chapus.
Henri Marque.
Arthur.
François de Closets.
Pierre Desgraupes.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/maitre-capello-et-sa-grammaire-231743

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28 février 2021 7 28 /02 /février /2021 03:28

« Je ne sais pas si j’ai manqué au cinéma français, mais à moi, le cinéma français a manqué follement, …éperdument, …douloureusement. Et votre témoignage, votre amour me font penser que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait morte. » (Annie Girardot, le 2 mars 1996 à Paris).



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Déjà vingt-cinq ans au Théâtre des Champs-Élysées, une "séquence émotion" pour la consécration d’une femme hors de l’ordinaire. Et hélas, il y a dix ans, le 28 février 2011, à Paris, l’actrice Annie Girardot est morte des suites de sa grave maladie. Elle avait 79 ans (elle est née le 25 octobre 1931 à Paris) et cela faisait une quinzaine d’années qu’une sale maladie la rongeait, la rongeait de l’intérieur, rongeait ses nerfs, rongeait sa mémoire : « Je cherche ma mémoire, mais ne la trouve plus. J’ai perdu quelques bouts ou bribes de ma mémoire. ». Refusant de s’avouer vaincue, refusant de s’arrêter, elle a continué encore très longtemps à jouer sur scène, acceptant l’oreillette pour compenser sa mémoire défaillante devant une salle médusée et émue.

À voir la foule du tout Paris venue l’honorer une dernière fois à l’église Saint-Roch (l’église des artistes), le 4 mars 2011, on pouvait se rendre compte à quel point Annie Girardot comptait pour la culture en général et pour le cinéma français et italien en particulier (et elle était très appréciée en Russie où elle a joué dans une série policière en 2007). Mais ce n’était pas seulement les artistes et les Jack Lang de substitution qui la pleuraient, beaucoup de Français la pleuraient pour ce qu’elle était, certains aussi pour ce qu’elle n’était plus.

Des dizaines de films, téléfilms, pièces de théâtre… elle l’affirmait elle-même : « Plus d’une centaine de films qui tous ne furent pas des chefs-d’œuvre. Certains ne sont même pas sortis en France, d‘autres, je veux les oublier. J’ai souvent dit "oui" à n’importe quelles conditions. ». Elle a commencé très jeune et son talent fut rapidement reconnu, dès le début des années 1950. Jean Cocteau la voyait en 1956 comme « le plus beau tempérament dramatique de l’après-guerre ». Elle joua avec Jacqueline Maillan, Michel Serrault, Jean Poiret, etc. La Comédie-Française lui a proposé d’être sociétaire, ce qui est une offre prestigieuse (et rassurante pour l’alimentaire) mais elle a démissionné dès 1957, à cause de sa sacro-sainte liberté.

En fait, sa vie a vite bifurqué du théâtre vers le cinéma. Elle a côtoyé toutes les stars des cinémas français et italien des années 1950, 1960, 1970, 1980… C’est impressionnant et cela explique à quel point Annie Girardot était loin d’être seule. Elle a eu de nombreuses récompenses dont trois Césars (en 1977, 1996 et 2002), un Sept d’or (en 1996) et deux Molières (en 2002). Elle présida même la soirée des César du 8 février 1997. Malgré ces multiples reconnaissances, Annie Girardot avait eu le sentiment d’avoir été lâchée, d’avoir été oubliée, abandonnée, et en effet, elle a eu un "trou d’air" en 1980, moins de sollicitations cinématographiques, ce qui l’encouragea à enregistrer des disques et à revenir au théâtre.

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Très étrange trajectoire d’Annie Girardot qui, très jeune, était une très belle star… j’oserais presque dire, comme les autres. Mais ensuite, elle n’a pas voulu poursuivre de ce registre et a préféré les rôles de femmes de caractère, dont la féminité, sans être absente, n’est pas le point essentiel. Femme sans chichi, familière, franche. Les cheveux coupés court (ce qui lui allait très bien), elle ressemblait à ces femmes modernes, entreprenantes, qui n’attendaient rien de leur mari voire ne se mariaient pas, et qui choisissaient leur vie en toute liberté : « Je décide de ma vie puisque personne ne s’en occupe. ».

Dans le jeu intemporel des sept familles, j’aurais envie de la mettre comme l’amie de la mère, aussi familière, aussi directe qu’une mère, peut-être moins maternelle parce que plus "bousculante", plus dérangeante, sorte de tornade pleine de vie qui éclaire et qui nettoie, qui élague et qui purifie, qui secoue et vivifie, comme lorsqu’on plonge son visage dans l’eau froide, sentiment un peu inconfortable mais comme on se sent bien après. Annie Girardot, c’est la femme sur qui l’on peut compter, "leader" sans être dominatrice, qui mène la vie et les cadences et surtout, qui refusent qu’on mène la sienne à sa place.

Dans "Annie Girardot, un destin français" (éd. Michel Lafon), sorti le 25 octobre 2012, où l’on peut lire de nombreux témoignages sur l’actrice, tant de Michel Piccoli, Robert Hossein, Claudia Cardinale, Mireille Darc que de Jane Birkin, Marlène Jobert, Nicole Croisille, Catherine Lara, etc., la fille de la grande dame, Giulia Salvatori écrivait : « Ne garder que le fantastique, l’incroyable, l’irréel, voilà pour moi la vérité. Les rondes enfantines, les confitures de nos grands-mères, la sagesse, la coquerie, pourquoi pas ? La liberté de m’envoler, d’extrapoler… Chercher, inventer encore et toujours le temps qui passe si vite, peur d’oublier quelque chose avant le grand voyage… ».

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Fantastique ? Irréel ? Peut-être. Des très nombreux films qu’elle a tournés, je propose de n’en retenir que neuf comme les neuf vies qu’ont (paraît-il) les chats. Neuf pépites en fait. C’est peu et c’est très arbitraire, mais c’est un choix, pas vraiment personnel parce que ces films sont très connus et ont été très appréciés.

1. Dans le chef-d’œuvre "Rocco et ses frères" de Luchino Visconti (sorti le 6 septembre 1960), longue et exceptionnelle chronique d’une famille italienne, elle est une prostituée que rencontre l’un des frères, le frère criminel, Renato Salvatori (qui fut le père de sa fille dans la vie réelle), et (le talentueux) Alain Delon est l’un des autres frères.

2. Dans "Vivre pour vivre" de Claude Lelouch (sorti le 14 septembre 1967), elle est la femme trompée d’un journaliste, Yves Montand, avec Candice Bergen, Anouk Ferjac et Uta Taeger. La musique est de Francis Lai et Annie Girardot et Nicole Croisille y chantent "Des ronds dans l’eau".

3. Dans "Elle boit pas, elle fume pas, elle drague pas, mais… elle cause !" de Michel Audiard (sorti le 17 avril 1970), elle est au centre du jeu des acteurs, elle est ce qui n’existe pratiquement plus avec les digicodes et autres interphones, la concierge, une concierge très bavarde, celle d’un obsédé sexuel véreux qui travaille dans une banque, Bernard Blier, d’une présentatrice de télévision Mireille Darc et d’un éducateur pour enfants défavorisés Sim. Avec également Jean-Pierre Darras, Jean Le Poulain, Jean Carmet, Robert Dalban, etc., ce film a eu un grand succès. À noter que Michel Audiard (antigaulliste notoire) s’est amusé à faire l’éloge funèbre de De Gaulle (alors encore vivant) : « Les poètes voyaient en lui un grand soldat, les soldats un grand poète. » dit dans la bouche de Jean-Pierre Darras.

4. Le film "Mourir d’amer" d’André Cayatte (sorti le 20 janvier 1971), dont le titre a été repris pour une chanson de Charles Aznavour (qui n’est cependant pas dans la bande originale du film), évoque le drame de Gabrielle Russier, la professeure éprise d’amour pour l’un de ses élèves adolescent, qui a été condamnée puis qui s’est suicidée le 1er septembre 1969. Dans sa conférence de presse du 22 septembre 1969, le Président Georges Pompidou a parlé de cette tragédie de manière "mystérieuse" en citant des vers de Paul Éluard en guise de conclusion. Annie Girardot joue le rôle de l’enseignante (elle fut en une de "L’Express" du 15 février 1971, car le film a eu beaucoup d’échos médiatiques à cause de la polémique qu’il a suscitée). Parmi les autres acteurs, on peut citer Jean Bouise, Jacques Marin, Yves Barsacq, Marthe Villalonga, etc.

5. Dans "Elle cause plus… elle flingue" de Michel Audiard (sorti le 23 août 1972), Annie n’a rien à voir avec la concierge qui a fait le succès du précédent film de Michel Audiard, elle est Rosemonde du Bois de la Faisanderie, la productrice de faux reliques, qui doit être vigilante avec Bernard Blier, le commissaire de police, avec Maurice Biraud, Jean Carmet, Roger Carel, Darry Cowl, Michel Galabru, André Pousse, Daniel Prévost, etc.

6. Dans "Tendre Poulet" de Philippe de Broca (sorti le 18 janvier 1978), Annie Girardot aurait pu faire appeler le film "tendre poulette", puisque le poulet, en l’occurrence, c’est elle, commissaire de police embarquée dans une enquête difficile. Au-delà de l’intrigue policière, il y a une histoire amoureuse avec Philippe Noiret, ancien camarade et prof de grec ancien à la Sorbonne, totalement hors sol. Les autres personnages sont à peine moins fantasques, comme le succulent Hubert Deschamps, le concierge, Roger Dumas, l’inspecteur, Guy Marchand, le commissaire à la morale un peu olé olé, Catherine Alric, la jeune et belle maîtresse, ingénue, Georges Wilson, le mari de cette dernière, médecin et député (assassiné), Paulette Dubost, la mère d’Annie Girardot, etc.

7. Dans "La Zizanie" de Claude Zidi (sorti le 15 mars 1978, en pleines élections législatives !), le film que je trouve peut-être le meilleur d’Annie Girardot, elle est horticultrice, en couple avec Louis de Funès qui est patron (au bord de la faillite) et maire, en pleine commande industrielle et en pleine campagne électorale. Annie Girardot, qui en a marre de vivre avec des machines dans son salon et des vidanges dans sa serre, décide de se présenter contre son mari. Joie du Clochemerle dans la famille, la collaboration entre les deux acteurs fut excellente (Louis de Funès a parlé d’une grande complicité) mais n’a pas eu l’occasion de se renouveler (Louis de Funès malade est parti quelques années plus tard). Parmi les autres acteurs, il y a Julien Guiomar, le médecin, qui devient le chef de l’opposition, Jacques François, le préfet, Maurice Risch, Jean-Jacques Moreau, etc. Au-delà du jeu de dissension théâtrale dans le couple, le fait de vouloir se présenter aux élections, pour une femme, était assez novateur, ce qui avait placé Annie Girardot dans une position beaucoup plus efficace dans la promotion des femmes que les militantes du MLF de l’époque. Autre fait de société important, l’inspiration politique de la liste d’Annie Girardot est écologiste, ce qui est très visionnaire à une époque du tout productivisme…

8. Dans "Les Misérables", la version de Claude Lelouch (sortie le 22 mars 1995), elle joue le rôle de Madame Thénardier (ce qui lui a valu son deuxième César), aux côtés de Jean-Paul Belmondo (Jean Valjean), Philippe Léotard (Monsieur Thénardier), Philippe Khorsand (Javert), Clémentine Célarié (Fantine). Également : Michel Boujenah, Ticky Holgado, Jean Marais, Nicole Croisille, Rufus, Robert Hossein, Micheline Presle, William Leymergie, Antoine Duléry, Darry Cowl, Jacques Gamblin, Sylvie Joly, Pierre Vernier, etc.

9. Dans "Caché" de Michael Haneke (sorti le 5 octobre 2005), l’un de ses derniers films, Annie Girardot est la mère de Daniel Auteuil, un journaliste, victime d’une surveillance malsaine et inquiétante, marié à Juliette Binoche, avec notamment Denis Podalydès et Bernard Le Coq.

Dans "Ma vie contre la tienne, à jeu découvert" (éd. Robert Laffont), sorti le 1er décembre 1993, Annie Girardot se confiait : « Il m’est arrivé très souvent au cours de mon existence de pressentir quelque chose ou d’attendre un événement inattendu, de le flairer, prête à bondir dès qu’il pointe le bout de son nez. C’est cela l’aventure. Tu dois faire abstraction de tout passé, toute attache, rester sur ton propre cordon, ce pourquoi tu es là et pas ailleurs. ». Cette capacité à s’émerveiller et à capter l’instant présent, cette capacité à saisir toutes les occasions de vivre, elle a pu le transmettre à ceux qui l’ont admirée et appréciée…


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Sylvain Rakotoarison (27 février 2021)
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Annie Girardot.
Fernandel.
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Jacques Villeret.
Richard Berry.
Omar Sy.
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
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Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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26 février 2021 5 26 /02 /février /2021 03:35

« Il a été l’un des plus grands et des plus célèbres acteurs de notre temps et l’on ne peut le comparer qu’à Charlie Chaplin. » (Marcel Pagnol, 1971).


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L’acteur et chanteur Fernandel est mort à Paris il y a cinquante ans, le 26 février 1971, à l’âge de 67 ans (il est né le 8 mai 1903 à Marseille), d’un cancer généralisé qu’on lui avait caché (à l’époque, c’était honteux). Fernandel était alors l’un des acteurs français les plus populaires, avec son ami Jean Gabin, avec Bourvil et avec Louis de Funès.

Fernandel est ce qu’on appelle un monstre du cinéma français. De Gaulle se comparait à lui pour sa notoriété internationale. Très connu et apprécié avant la guerre, Fernandel était à l’origine un humoriste, un chanteur, un comique, il a commencé à se produire dans les salles parisiennes dès l’âge de 25 ans et deux ans plus tard, il fut repéré par un réalisateur (Marc Allégret) et il commença une brillante carrière au cinéma. Dès 1936, il était une star du cinéma. Il fut un acteur fétiche de Marcel Pagnol qu’il a rencontré en 1934 pour "Angèle" (sorti le 26 octobre 1934) : « Pagnol m’a donné le côté émotion que je n’avais pas ; moi, je ne songeais qu’à profiter au maximum de mon faciès pour faire rire les gens. ».

Fernandel était synonyme du soleil du Midi, sa voix avec accent, sa gueule souriante, un sourire à faire peur, grande gueule de cheval, yeux malicieux, il était tout de suite repérable, et j’ajoute qu’il faisait la joie des enfants.

Il était aussi la fidélité incarnée dans l’amour : « Si je suis ce que je suis, je le dois à ma femme et à notre amour. ». Une seule femme et trois enfants dont le dernier est Franck Fernandel, acteur et chanteur. Frustré de n’avoir aucune anecdote sur la vie privée de l’acteur, un tabloïd a titré (pour avoir des lecteurs) "La femme cachée de Fernandel", qui ne dévoilait pas l’histoire d’une maîtresse mais simplement de son épouse Henriette qui était toujours restée discrète. Quand il allait voir sa future femme, sa future belle-mère disait : « Té, vé, voilà le Fernand d’elle ! ». Ce qui lui donna son nom de scène : « J’apprécie, plus qu’aucun autre, la vie de famille, car c’est dans mon foyer que j’ai éprouvé les plus grandes joies de mon existence. ». Henriette a suivi son mari treize années exactement après lui, le 26 février 1984.

Quand Bourvil a rencontré Fernandel pour la première fois, il était très impressionné. On aurait tendance à les "classer" ensemble, mais ils avaient presque une génération de différence et dès son adolescence, Bourvil chantait Fernandel, l’imitait dans des petites salles. Bourvil est "parti" un peu avant Fernandel qui était son maître incontesté. Jean Gabin et Fernandel ont commencé à peu près au même moment au cinéma et leur succès leur ont apporté fortune mais aussi amitié, et même une société de production commune.

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Parmi les chansons très populaires de Fernandel, on peut retenir la merveilleuse "Félicie aussi" qui a un incontestable ressort comique : « J’pris un homard sauce tomates, il avait du poil aus pattes, Félicie aussi ! », ainsi sur des dizaines de phrases. Une autre chanson très célèbre est "Ignace" qui a aussi fait l’objet d’un film au même titre de Pierre Colombier (sorti le 30 avril 1937).

Les films qu’a tournés Fernandel sont très nombreux. "Le Schpountz" de Pagnol (sorti le 15 avril 1938) fait certainement partie de ses meilleurs films d’avant-guerre : « Je ne te dis pas que tu es un bon à rien, je te dis que tu es mauvais en tout ! ».

Des "Pagnol" avec Fernandel, il y en a eu beaucoup. Il y a "La Fille du puisatier" (sorti le 20 décembre 1940), avec Raimu. Il y a aussi l’excellent "Topaze" (sorti le 2 février 1951) avec la femme de l’écrivain Jacqueline Pagnol qui joue la femme aimée de Fernandel et l’impayable Jacques Morel dans le rôle du véreux Régis de Castel-Vernac.

Après guerre, Fernandel a tourné la célèbre série de Don Camillo, six films avec un duo entre Fernandel et Peppone (joué par Gino Crvi), le curé et le maire communiste dans un village italien, si cette série a été très populaire (et enfant, j’adorais la regarder), il faut bien reconnaître que c’est plutôt ennuyeux, hélas très daté, et c’était assurément des navets, un peu comme la série du Gendarme de Saint-Tropez pour Louis de Funès. Les deux premiers films ont été réalisés par un grand cinéaste, Julien Duvivier. Rien que le premier titré "Le petit monde de Don Camillo" (sorti le 1952) a fait plus de 26 millions d’entrées au cinéma ! L’idée (provenant de Giovannino Guareschi) est excellente, elle met en scène deux personnages a priori très opposés en pleine guerre froide (avec un parti communiste italien très fort) où l’on voit parfois se nouer des solidarités improbables (cette idée a été reprise entre autres dans une série télévisée française "Père et maire"). Un spot de publicité d’une marque de pâte a également pastiché la série dans une scène définitivement mémorable avec un Fernandel parlant à Dieu.

Parmi d’autres films marquants de Fernandel, on peut citer aussi "Crésus" de Jean Giono (sorti le 21 septembre 1960), l’histoire d’un berger qui découvre des tonnes de billets de banque ; "L’Homme à la Buick" de Gilles Grangier (sorti le 12 janvier 1968), un homme fortuné qui offre des vacances à des gamins pauvres, mais pas seulement, film avec Danielle Darrieux, Jean-Pierre Marielle, Georges Descrières, Michael Lonsdale, Claude Piéplu, Jacques Marin, etc. ; ou encore "Heureux qui comme Ulysse" d’Henri Colpi (sorti le 3 janvier 1970), l’histoire d’un paysan et d’un cheval.

Cependant, j’ai gardé pour la fin ce que j’estime être les trois chefs-d’œuvre de Fernandel. Trois excellents films grâce à leur réalisateur mais aussi grâce à Fernandel.

Le premier est le film glauque "L’Auberge rouge" de Claude Autant-Lara (sorti le 19 octobre 1951). C’est l’histoire d’un moine qui doit passer la nuit dans une auberge dont les propriétaires tuent systématiquement les clients pour leur faire les poches. Il y a le suspense de qui va mourir ou rester en vie avec une autre problématique qui sera très importante aujourd’hui, avec les affaires de prêtres pédophiles, celle du secret de la confession et de sa violation éventuelle pour sauver des vies.

Le deuxième est "La Vache et le Prisonnier" d’Henri Verneuil (sorti le 16 décembre 1959). Il s’agit de l’évasion d’un prisonnier de guerre qui cherche à quitter l’Allemagne à l’aide d’une vache. La fin a une chute inattendue. Jean de Baroncelli, dans "Le Monde" du 1er janvier 1960, a commenté ainsi : « Dans un rôle taillé à sa mesure, Fernandel s’efforce visiblement de rester sobre. Et il sait émouvoir quand il veut. ».

Le troisième enfin est "La Cuisine au beurre" de Gilles Grangier (sorti le 20 décembre 1963). C’est un film qui a fonctionné avec deux grandes stars, Fernandel et Bourvil, en rivalité : Fernandel, restaurateur, prisonnier de guerre disparu dont la femme (jouée par Claire Maurier) s’est remariée avec un cuisinier. Le premier mari prenait en fait du bon temps avec une autre femme (jouée par Anne-Marie Carrière) jusqu’à ce que le mari de celle-ci fût revenu, si bien que le premier mari, en retournant au bercail, découvre que sa femme ne l’attend plus. Dans ce film, il y a des clichés régionaux qui pourraient aujourd’hui faire bondir : le Marseillais est paresseux et le Normand est travailleur.

Dans ce film ("La Cuisine au beurre"), Bourvil a eu beaucoup de mal à tourner avec Fernandel qu’il admirait tant, car ce dernier voulait toujours se valoriser dans le film (ce qui fut aussi le cas avec Louis de Funès dans ses duos avec Bourvil). Bourvil ne voulait plus jouer avec lui. Néanmoins, les deux hommes étaient amis et Fernandel aussi l’admirait, assistait à ses spectacles, etc. et fut extrêmement peiné en apprenant sa mort. Chose intéressante à savoir, le scénario de ce film n’était pas encore achevé au début du tournage ! L’idée principale était de tourner un film avec les deux grandes stars de l’époque. Succès garanti !

Cette recette était simple. La publicité de ce film, basée sur ce duo, disait d’ailleurs : « Avec "La Cuisine au beurre", nous assistons au mariage de la roublardise normande et de la galéjade marseillaise. (…) Voici la recette pour faire un film capable de satisfaire les spectateurs qui veulent rire au cinéma. (…) Vous prenez un Fernandel et un Bourvil de la bonne année que vous placez côte à côte et vous laissez mijoter avec un grand verre de soleil, beaucoup d‘ails, vous ajoutez quelques jolies femmes, une poignée de bonne humeur (…). ».

Pas sûr que cette recette soit appréciée encore de nos jours, à l’heure de la cuisine dite moléculaire et des films au rythme effréné….


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Sylvain Rakotoarison (21 février 2021)
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Pour aller plus loin :
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7 février 2021 7 07 /02 /février /2021 03:35

« Cela peut être un très grand rôle pour vous, mais cela peut aussi être la fin de votre carrière ! » (Louis de Funès à Jacques Villeret, lui proposant le rôle de l’extraterrestre dans "La Soupe aux choux", en 1981).



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L’acteur Jacques Villeret est né il y a soixante-dix ans, le 6 février 1951 à Tours, et il est mort il y a un peu plus de quinze ans, le 28 janvier 2005 (à Évreux). Tout le monde connaît Jacques Villeret parce qu’il faisait partie de ces comédiens français facilement reconnaissables, tant d’un point de vue physique que psychologique. Certes, il pouvait incarner le personnage du "p’tit gros" ou du "grassouillet", de plus en plus chauve, c’est-à-dire, jamais celui du héros, "jeune et beau", mais ses faux airs débonnaires le rendaient extrêmement sympathique et attachant surtout. Comme de nombreux autres acteurs, il faisait partie de cette grande famille, peut-être le cousin lointain, toujours présent aux repas familiaux, mais un peu distant.

Rien dans son physique en faisait un physique de rêve, mais les yeux et la voix le caractérisaient tellement que c’étaient sur ses aspérités qu’il pouvait "capitaliser" son jeu d’acteur. On ne redira jamais assez ici qu’il y a une différence fondamentale entre la réalité d’un acteur et celle des personnages qu’il incarne. Entre ce qu’il est vraiment et le jeu de rôle pour des personnages souvent similaires (avec Jacques Villeret, on peut parler de personnages un peu timides, gentils, rondouillards et débrouillards, etc.).

Les meilleurs comédiens sont ceux qui sont capables, justement, de quitter la facilité de leur caractère pour approcher des personnages plus surprenants (exemple : Coluche dans "Tchao Pantin"), mais ces personnages récurrents ne sont jamais aussi bien joués que par un acteur qui leur ressemble réellement (exemple : le désabusé Jean-Pierre Bacri).

En ce sens, Jacques Villeret est intéressant à connaître. Certes, les rôles qui l’ont fait connaître étaient une sorte de caricature personnelle dans laquelle il s’est engouffré de nombreuses fois, mais au début de sa carrière, il a beaucoup hésité dans le type de rôle, il s’est cherché, et à la fin de sa vie, en particulier dans les remarquables films de Jean Becker (voir plus loin), il tenait des rôles beaucoup plus dramatiques que la critique a salués.

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L’adolescent aimait imiter ses profs et faire de la scène. Sa première prestation, il l’a faite à 15 ans à Loches, là où il habitait. La passion est devenue métier. Il a suivi à Tours puis à Paris des cours d’art dramatique, dont ceux du légendaire Louis Seigner, Sa première pièce de théâtre en 1970, au Théâtre Hébertot à Paris. Son premier film en 1973 avec Yves Boisset. Dans sa carrière, une vingtaine de pièces (ainsi que des one-man-shows pendant près d’une vingtaine d’années), du Ionesco, du Molière, du Feydeau, etc., et surtout, un grand nombre de films, environ soixante-dix.

Au début, Jacques Villeret prenait des seconds rôles, mais au fil du temps, sa notoriété aidant, il a pris carrément des premiers rôles. Il fut d’ailleurs reconnu par la profession avec deux Césars (justement : un du meilleur second rôle en 1979 grâce à "Robert et Robert", et un du meilleur acteur en 1999 grâce à "Dîner de cons") et avec trois nominations pour le Molière du meilleur comédien.

Rester dans sa caricature était un peu facile, mais il faisait rire aussi grâce à cela, comme le faisait Coluche au cinéma. Jacques Villeret apportait sa sauce personnelle qui épiçait le film. Mais pas seulement dans la comédie…

Dans "Dupont Lajoie" d’Yves Boisset (sorti le 26 février 1975), Jacques Villeret joue le (second) rôle de Gérald aux côtés notamment de Jean Carmet, Pierre Tornade, Jean Bouise, Robert Castel, Jean-Pierre Marielle, Victor Lanoux, etc. Dans "Robert et Robert" de Claude Lelouch (sorti le 14 juin 1978), bien que cela lui ait donné un César de second rôle, Jacques Villeret a partagé le premier rôle avec Charles Denner, ils sont deux "vieux" célibataires d’une quarantaine d’années (Villeret n’avait que 27 ans et Denner 52 ans !), en relation avec Jean-Claude Brialy, véreux directeur d’agence matrimoniale. Dans le film à sketchs "Rien ne va plus" de Jean-Michel Ribes (sorti le 12 décembre 1979), Jacques Villeret fait plusieurs premiers rôles aux côtés de Micheline Presle, Tonie Marschall, Eva Darlan, Anémone, Philippe Khorsand, Patrick Chesnais, Jacques François, etc.

Jacques Villeret a vu sa notoriété exploser avec sa participation dans le film "La Soupe aux choux" de Jean Girault (sorti le 2 décembre 1981), dans lequel il fait l’extraterrestre face aux deux compères Louis de Funès (dont ce fut l’avant-dernier film) et Jean Carmet. Ce fut le producteur, Christian Fechner, qui voulait Jacques Villeret aux côtés de Louis de Funès comme il avait proposé Coluche pour "L’Aile ou la Cuisse". Mais Jean Girault aurait préféré pour le rôle l’humoriste Olivier Lejeune dont le physique aurait mieux convenu.

Le film fut un véritable navet, dénaturant le roman d’origine, et les critiques y sont allés avec véhémence, à l’image de Dominique Jamet dans "Le Quotidien de Paris" le 15 décembre 1981 : « L’insupportable vulgarité, la confondante et dégradante nullité de ce film qui se veut visiblement un produit authentique de notre terroir et qui est sans contestation possible un sous-produit du cinéma national n’ont qu’un seul mérite, indiscutable : de montrer jusqu’où il est possible de descendre sans encourager la moindre sanction. En prison pour médiocrité, suggérait Montherlant. À ce compte, Jean Girault mériterait sans doute la détention perpétuelle, et encore dans l’hypothèse où la peine de mort serait abolie. » [Elle venait d’être abolie en France].

Malgré cela, le film, servi par une bande originale très appréciée et identifiable, fit un véritable carton au cinéma et il reste un énorme succès populaire à la télévision lorsqu’il y est rediffusé. Jacques Villeret, loin de voir sa carrière ruinée par ce navet, a eu ainsi une explosion de notoriété.

On le retrouve ensuite dans le film "Papy fait de la résistance" de Jean-Marie Poiré (sorti le 26 octobre 1983), dans le désopilant rôle du maréchal Ludwig von Apfelstrudel, le demi-frère d’Hitler, aux côtés de la troupe du Splendid, de Pauline Lafont, Roland Giraud, Michel Galabru, Jean Carmet, Jacqueline Maillan, Jacques François, Julien Guiomar, etc. (film dédié à Louis de Funès qui aurait dû prendre le rôle soit de Michel Galabru, soit de Jacques Villeret). Là encore, la critique n’était pas au rendez-vous mais le public, si.

Dans "Garçon !" de Claude Sautet (sorti le 9 novembre 1983), Jacques Villeret est le collègue serveur d’Yves Montand, et ils jouent avec notamment Nicole Garcia, Marie Dubois, Rosy Varte, Bernard Fresson, Hubert Deschamps, Yves Robert, etc. Ce film lui a valu une nomination pour le César du meilleur second rôle en 1984.


Jacques Villeret joue le rôle principal, Maurice, un homme en situation de handicap mental refusant de retourner en asile, dans "L’Été en pente douce" de Gérard Krawczyk (sorti le 29 avril 1987), aux côtés de Jean-Pierre Bacri (son frère), Pauline Lafont, Jean Bouise, Guy Marchand, Claude Chabrol, etc.

Premier rôle aussi dans trois films intéressants de Jean Becker, loin des sentiers battus : "Les Enfants du marais" (sorti le 3 mars 1999), avec Jacques Gamblin, Isabelle Carré, André Dussolier, Michel Serrault et Gisèle Casadesus ; "Un crime au Paradis" (sorti le 28 février 2001) avec Josiane Balasko (sa femme), Suzanne Flon (l’ancienne institutrice), André Dussolier (l’avocat), Gérard Hernandez, Roland Magdane, Daniel Prévost (le procureur général), Valérie Mairesse, etc. ; et "Effroyables Jardins" (sorti le 26 mars 2003), avec André Dussolier, Thierry Lhermitte, Suzanne Flon, etc.

Dans "Le Bal des casse-pieds" d’Yves Robert (sorti le 1er février 1992), Jacques Villeret a l’un des rôles importants, Jérôme, présentateur de météo et surtout, l’ami du héros, Jean Rochefort brimé par les emm*rdeurs, dans une comédie très bien ficelée avec Miou-Miou, Victor Lanoux, Jean Carmet, etc.

Dans "Malabar Princess" de Gilles Legrand (sorti le 3 mars 2004), du nom d’une épave d’avion écrasé dans les Alpes, Jacques Villeret a encore le rôle principal avec Claude Brasseur, Michèle Laroque et Clovis Cornillac. Jacques Villeret est aussi présent comme calife Haroun El Poussah dans "Iznogoud" de Patrick Braoudé (sorti le 9 février 2005, quelques jours après la mort de Villeret), adaptation de la célèbre bande dessinée de Tabary et Goscinny, avec Michaël Youn (Iznogoud), Kad Merad, Olivier Baroux, Franck Dubosc, Rufus, etc. (à l’origine, l’idée aurait été de confier le rôle d’Iznogoud à Louis de Funès selon la proposition de Goscinny et de Pierre Tchernia, mais le projet ne s’est pas fait après la mort soudaine de Goscinny).

L’avant-dernier film que je cite ici, lui aussi sorti après la mort de Villeret, le 30 mars 2005, est "L’Antidote" de Vincent De Brus, une comédie légère où Jacques Villeret, petit comptable, aide le grand patron Christian Clavier à guérir de son bégaiement et de ses angoisses, avec également Agnès Soral, Alexandra Lamy, François Morel, Pierre Vernier, Daniel Russo, Gérard Chaillou, etc.

Jacques Villeret a encore joué dans deux autres films qui sont sortis encore plus tard. Il était très actif au moment où il est mort à quelques jours de ses 54 ans, le 28 janvier 2005, des suites d’un gros problème de santé. Il pouvait être un clown triste, une vie personnelle difficile qui s’est noyée dans l’alcoolisme et la dépression.

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J’ai gardé pour la fin sa pépite, elle était à la fois celle du théâtre et celle du cinéma mais je retiens celle du cinéma, car sa prestation a été exceptionnelle, je veux bien sûr parler de ce film "culte" (le gros mot mis à toutes les sauces) "Le Dîner de cons" de Francis Veber (sorti le 15 avril 1998), avec Thierry Lhermitte, Francis Huster, Daniel Prévost, Catherine Frot, Edgar Givry, etc. François Pignon est la personne du "con" invité dans un dîner dans lequel chaque convive invite son "con". Le convive principal est Thierry Lhermitte. Heureusement, le scénario a une morale qui, en gros, est que le "con" n’est pas celui qu’on croit.

Ce film assez court, au succès populaire incontestable (plus de douze millions d’entrées, concurrencé par "Titanic"), est une excellente pièce d’humour avec de nombreux quiproquos. Au-delà de la prestation extraordinaire de Jacques Villeret qui connaissait bien le rôle puisqu’il le jouait aussi en 1993 au Théâtre des Variétés (mise en scène de Pierre Mondy), on notera également le sourire sadique du contrôleur fiscal Daniel Prévost, avant de se savoir cocu (les deux acteurs ont reçu un César pour cela). Au théâtre, Brochant était incarné par Claude Brasseur mais Francis Veber a préféré le remplacer par Thierry Lhermitte au cinéma.

Jacques Villeret aurait pu ne pas être au centre du "Dîner de cons" car il en voulait beaucoup au réalisateur qui lui avait proposé un peu trop rapidement de jouer le rôle de la chèvre dans "La Chèvre", dans un duo avec Lino Ventura, projet qui ne s’est jamais réalisé à cause du refus de Lino Ventura de jouer avec Jacques Villeret. Le film s’est donc fait avec le duo Gérard Depardieu et Pierre Richard. Malgré le succès de la pièce écrite par Francis Veber et jouée en 1993, Jacques Villeret a pris son temps avant d’accepter du bout des lèvres la proposition du réalisateur pour la version cinématographique (Francis Veber avait écrit la pièce pour Jacques Villeret).

Jacques Villeret s’en est allé rapidement, en plein succès, sans crier gare et pour rappeler toujours cette petite leçon d’humanité : la vie ne s’use que si l’on ne s’en sert pas.


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Sylvain Rakotoarison (06 février 2021)
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Jacques Villeret.
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Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210206-jacques-villeret.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jacques-villeret-quinze-films-sur-230772

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29 janvier 2021 5 29 /01 /janvier /2021 03:56

« Les gens sérieux ont une petite odeur de charogne. » (Francis Picabia, peintre, "Écrits critiques" sorti en 2005).


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L’ancien animateur de télévision Jean Bertho fête son 93e anniversaire ce samedi 23 janvier 2021. 93 ans ! Né en Lorraine, à Pont-à-Mousson, entre Nancy et Metz, il fait partie des dinosaures qui ont survécu à l’explosion de la météorite télévisuelle des années 1980 qui a inondé les ondes hertziennes de futilités, d’artifices et de ricanements. Mais en écrivant ces quelques mots, soudain, la tête me tourne, je vois plein de petits points grésillants sur un écran noir et je tombe dans un vieux canapé à la couleur kaki, si ce n’est orange, très à la mode…

Arg ! Ça y est, c’était sûr, ça devait arriver, je suis tombé dans une faille spatio-temporelle, un trou de ver peut-être (non, c’est bien autre chose, en fait)… Je suis plongé dans ces années 1970 si laides, si maudites ! Laides, car qui trouverait esthétiques les pattes d’eph et les cols longs comme un cimeterre ? Et les chignons ?…

Tu te retrouvais dans le dimanche ordinaire. C’était la joie. La messe était finie. Le Petit rapporteur aussi était terminé, Jacques Martin était parti avec sa bande (Pierre Desproges, Daniel Prévost, Stéphane Collaro, Pierre Bonte, Piem, etc.) sur l’autre chaîne. Sur la Une (TF1), une nouvelle émission. Tu la regardais un peu comme on mangerait une glace quand on admirait un beau paysage, sans la regarder. Une émission en guise de déjeuner. Deux joyeux lurons.





Tu avais là Jean Bertho. Son sourire. Ses cheveux blancs. C’est vrai, à l’époque, il avait déjà une petite cinquantaine de balais. Très petite, à peine cinquantaine, mais pour toi, c’était vieux, très vieux. Cheveux blancs. Celui qui rassurait, celui qui guidait. Ce n’était pas ton grand-père, il était plus sérieux, mais c’était pareil, peut-être le grand-oncle de Paris qui venait donner des nouvelles, les informations. C’était ton informatman. Tout se valait à l’époque. L’idée était de faire des calembours, mais pas comme chez Ruquier, non, des vrais calembours, ceux qui plaisaient sans se tirer les cheveux, sans autosatisfaction narcissique. Juste comme ça, sans prétention.

Non, il était plutôt l’ami de la famille. Celui qui apportait toujours quelques pâtisseries appétissantes. Qui te dirait que tout allait bien, même si tout allait mal. Le fait même de rire suffisait à rire. Le protecteur.

Il était le producteur en chef, le grand prêtre de l’émission. "C’est pas sérieux". Tu râlais déjà de l’imprécision de la syntaxe. C’était à la télévision française et ça ne parlait déjà plus français. Plus tard, on aurait pire, "C dans l’air", "C à vous". Ce serait carrément le langage sms à la télé. Mais c’était encore avant, bien avant, à une époque où l’on imaginait la télévision portable plutôt au poignet, à la place de la montre, que dans la poche, dans un téléphone qui était encore ce gros boîtier noir très laid avec ce disque en plastique à ressort pour former les numéros (vive le 1, gare au 9 et au 0).

Au moins, le titre de l’émission te plaisait. C’était lui, Jean Bertho, qui venait chez toi, dans ton salon. Il occupait la meilleure place dans le fauteuil que tu lui avais réservé. Et il venait avec sa troupe. Et dans sa troupe, tu ne pouvais pas manquer son frère jumeau, impossible que l’un fût là sans l’autre.

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L’autre, c’était Jean Amadou. Comme tu aimais Jean Amadou ! Il était le "politique" du lot. Jean Bertho, lui, s’amusait et amusait. Mais Jean Amoudou, du haut de son grand mètre quatre-vingt-treize, il était une tête pensante. Il connaissait toute l’actualité, celle politique, ou diplomatique, ou économique. Tu pouvais la croire ennuyeuse mais c’était tout le contraire, tu en raffolais. Jean Bertho n’était qu’un entremetteur, qu’un amuseur de salle. C’était Jean Amadou que tu voulais entendre. Sa revue de presse. Il zigzaguait avec l’actualité comme un fou du volant. Saltimbanque mais pas méchant. Ni bête ni méchant. C’est sûr que c’était beaucoup soft que Le Petit Rapporteur, mais c’était plus opportun pour le repas dominical. Moins acide, plus bon enfant.

Et puis, après son speech du début, Jean Amadou se levait et s’avançait devant un chevalet avec une collection de grandes feuilles blanches. Tu adorais cela car tu adorais le dessin. Alors, je ne me souviens plus beaucoup. Il y avait un dessinateur, c’était peut-être Dadzu, mais ma mémoire flanche déjà, éparpillée par le retour du temps, qui faisait devant la caméra son dessin, et avec un petit mot de Jean Amadou, le modifiait d’un simple trait et cela changeait complètement la signification. C’était très courant à l’époque, Piem faisait cela pour Jacques Martin.

Jean Bertho continuait sa messe. Il y avait sa liturgie, ses rituels, aussi ses chants, c’était l’occasion pour certains artistes de venir vendre leurs disques, comme dans une émission de variétés classique. Tu aimais bien le kiosque. Pendant très longtemps, ta mémoire t’a joué des tours, tu étais persuadé que c’était Simone Signoret qui tenait la boutique. Tu avais des circonstances atténuantes, elle avait la même coiffure.

Le concept était assez simple. Dans le kiosque, la vendeuse de journaux pouvait raconter quelques brèves, quelques anecdotes, quelques faits-divers. En fait je ne sais plus trop bien, si ce n’est que ta mémoire était complètement bidon. Ce n’était pas Simone Signoret, mais Anne-Marie Carrière. C’est vrai, l’une comme l’autre étaient, pour toi, déjà des "vieilles", l’une 55 ans, l’autre 51 ans. Mademoiselle Rose te faisait sourire sinon rire. Et c’était de l’humour tendre. De l’humour à la fin duquel on s’embrassait. Maintenant, impossible. Gestes barrières !





Puis, en essayant d’aller tout au fond de la mémoire, il y avait aussi une autre chronique, c’était une sorte de reportage humanitaire, "Les Petits Ivoiriens". À l’origine, l’idée était d’imiter l’expression "Les Petits Suisses", ces petits pots de crème que tu pouvais avoir à la cantine scolaire, qui, à l’époque, était supposée être très dégueulasse, mais beaucoup beaucoup moins que maintenant car à l’époque, c’était des menus préparés sur place avec de vrais cuisiniers et des vrais produits frais, sans conservateurs et venant de pas très loin, pas une multinationale spécialisée dans la restauration collective qui chasse les centimes d’euros si ce n’est les dixièmes d’euros.

L’idée était sans doute de se donner bonne conscience, mais cela aidait pas mal d’enfants de Côte d’Ivoire, c’était aussi une occasion de connaître d’autres cultures, d’autres modes de vie…

"C’est pas sérieux", émission produite par Catherine Anglade et tournée au Studio 102 de la Maison de la Radio, fut ton rendez-vous avec l’humour et la gaudriole. Mais c’était encore de …l’humour courtois. Bon anniversaire, Jean Bertho !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Jean Bertho.
Piem.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.
Marc Ferro.
Michèle Cotta.
Philippe Alexandre.
Henri Amouroux.
Noël Copin.
Françoise Dolto.
Philippe Bouvard.
Menie Grégoire.
Évelyne Pagès.
Jean Garretto.
Jacques Chapus.
Henri Marque.
Arthur.
François de Closets.
Pierre Desgraupes.
Philippe Gildas.
Pierre Bellemare.
Jacques Antoine.
Bernard Pivot.
Michel Polac.
Alain Decaux.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210123-jean-bertho.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/c-est-pas-serieux-quand-on-s-230565

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/01/27/38782457.html








 

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20 janvier 2021 3 20 /01 /janvier /2021 03:54

« Plus le temps passait et plus son physique se faisait "balzacien", apte à créer des types très précis de bourgeois français, souvent patelins et parfois inexorables, sous un visage rose impeccablement rasé de notaire de province. Sa diction extrêmement circonspecte témoignait des vertus de la "vieille"  école qui fut la sienne, passant aussi bien par Firmin Gémier, qui lui fournit en 1923 l’un de ses premiers rôles, que par Copeau, Dullin, Jouvet et Baty qui le façonnèrent. » ("L’Humanité" le 21 janvier 1991).




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Comment partir dans la lumière. Il y a trente ans, le dimanche 20 janvier 1991 dans la matinée, un cruel incendie a endeuillé une grande famille du théâtre et du cinéma. Louis Seigner aurait été victime de sa pipe mal éteinte qui a enflammé son appartement du quinzième arrondissement de Paris. Sa femme Marie a été sauvée de justesse par leur fille Françoise. Il avait 87 ans (né le 23 juin 1903 pas loin de Bourgoin-Jallieu, à Saint-Chef), mais il aurait pu pousser un peu plus loin sans cet accident.

Fou de cinéma (à l’époque, il était muet), Louis Seigner a pris des cours de théâtre à Lyon puis à Paris. Louis Seigner fut une sorte de statue du commandeur, Molière revenu sur terre : il a multiplié les records depuis qu’il a commencé en 1920. Son métier, comédien, c’est-à-dire, acteur sur scène, au théâtre. Il a enchaîné plus de 300 rôles et parfois, il a joué plus de 650 fois son rôle dans "Le Bourgeois Gentilhomme", faisant même un triomphe en URSS lors de sa tournée en 1954. Il a aussi le record pour "Le Malade imaginaire" et "Tartuffe" (400 représentations). Après seize ans pensionnaire de l’Odéon, il fut engagé en 1939 au "Français" grâce à son rôle du roi dans "Le Cid", puis il fut confirmé comme le 407e sociétaire de la Comédie-Française de 1943 à 1971 (doyen à partir de 1960), et son exceptionnelle carrière a fait l’objet d’une grande soirée d‘adieux et d’hommage le 25 avril 1974.

Mais Louis Seigner n’était pas seulement un "théâtreux" : il jouait la comédie aussi au cinéma et à la télévision. Là encore, il a flirté avec les records avec une participation à plus de 150 films. Avant la télévision, il y a eu la radio, il a commencé dès 1930 à proposer du théâtre radiophonique aux côtés de Claude Dauphin et Jean Nohain. Comment avoir autant donné dans une seule vie ? Grand mystère.

D’autant plus qu’il a donné aussi au cinéma et au théâtre par sa descendance. Trois générations. Comme les Vasseur, comme les Casadesus, comme tant d’autres. Parmi ses trois enfants, une comédienne Françoise (1928-2008), elle aussi qui fut sociétaire à la Comédie-Française. Et deux petites-filles qui sont devenues des stars. Filles de Jean-Louis (1941-2020), il y a Emmanuelle Seigner, connue pour ses rôles auprès de Roman Polanski, et Mathilde Seigner, un caractère, une passion, éclatante au cinéma (et pas seulement dans la série "Camping" dont elle a regretté la trop grande notoriété).

Louis Seigner tenait des rôles de grande autorité, peut-être autant morale qu’opérationnelle, parfois débonnaire, parfois sévère. Un personnage qui inspirait confiance, un prêtre, un cardinal, un juge, un notable en général, éventuellement un médecin, un ministre, un banquier, un officier, un enseignant. On l’imaginait bien en pape (rôle qu’il a joué par exemple en 1970 dans "Malatesta" de Montherlant), pape rassurant et bon comme l’était par exemple Jean XXIII.

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Une petite anecdote qui pourrait décevoir les gaullophiles enthousiastes : l’art de la scène, ce n’est jamais inné et cela s’apprend. Pour la campagne présidentielle de décembre 1965, la première au suffrage universel direct, il s’agissait de s’exprimer à tous les Français. De Gaulle a donc demandé l’aide de Louis Seigner, selon le journal "Le Monde" cité par le chroniqueur Éric Delvaux dans son émission "Le cabinet de curiosités" diffusée le 29 avril 2017 sur France Inter (pour évoquer la préparation des candidats à l’élection présidentielles pour les séances de "propagande" à la télévision). En effet, il avait demandé au grand comédien de lui apprendre l’art d’être bonhomme ! Et à l’évidence, le professeur a été très efficace. Louis Seigner a aussi enseigné l’art dramatique à Jacques Perrin et Jacques Villeret, dans le cadre de ses onze ans d’enseignement au Conservatoire d’art dramatique.

Son dernier rôle fut l’évêque de Digne (Monseigneur Bienvenu Myriel), au cinéma, dans la version de Robert Hossein de l’œuvre de Victor Hugo "Les Misérables", adaptation sortie le 20 octobre 1982 (avec Lino Ventura, Michel Bouquet et Jean Carmet). Sa fille Françoise jouait le rôle de la femme de Thénardier. Louis Seigner avait déjà joué avec Robert Hossein, dans un de ses grands spectacles, adapté de Dostoïevski, "Crime et Châtiment" en 1975 (au Théâtre de Paris après une tournée, à Reims notamment).

Difficile de citer ses films et téléfilms.

Au cinéma, Louis Seigner a joué dans de nombreuses productions, parfois très célèbres, des rôles plus ou moins essentiels qui ont toujours rajouté de l’intérêt au film. Citons très arbitrairement le directeur de la prison dans "L’Ennemi public numéro un" d’Henri Verneuil (sorti le 2 décembre 1953) avec Fernandel, Zsa-Zsa Gabor et Nicole Maurey, l’inspecteur de police dans "Détournement de mineures" de Walter Kapps (sorti le 9 décembre 1959), le directeur de l’école dans "Les Frangines" de Jean Gourguet (sorti le 10 février 1960) avec Dora Doll, Françoise Vatel et Richard Bohringer, le directeur de la police dans "Le Pacha" de Georges Lautner (sorti le 14 mars 1968) avec Jean Gabin, André Pousse et Robert Dalban, le ministre de la justice dans "Section spéciale" de Costa-Gavras (sorti le 23 avril 1975) avec Michael Lonsdale, Pierre Dux, Jacques François, Claude Piéplu, Jacques Perrin, Michel Galabru, Julien Guiomar, Jean Bouise, Yves Robert, Romain Bouteille, Bruno Cremer, etc., le père d’Alain Delon dans "Monsieur Klein" de Joseph Losey (sorti le 22 mai 1976) avec Michael Lonsdale, Jean Bouise, Michel Aumont, Jeanne Moreau, Suzanne Flon, etc.

À télévision, je ne retiendrais qu’un seul rôle de Louis Seigner qui a été très remarquable, celui du banquier Spinello Tolomei dans l’excellente adaptation du roman de Maurice Druon "Les Rois maudits" par Maurice Jullian, réalisée par Claude Barma (diffusée 21 décembre 1972 au 24 janvier 1973 sur Antenne 2), avec Jean Piat, Jean Desailly, Hélène Duc et Jean-Luc Moreau.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 janvier 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Louis Seigner.
Jean-Pierre Bacri.
Jacques Marin.
Robert Hossein.
Michel Piccoli.
Claude Brasseur.
Jean-Louis Trintignant.
Jean-Luc Godard.
Michel Robin.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

_yartiSeignerLouis02




https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210120-louis-seigner.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-legende-louis-seigner-230323

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