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22 mai 2022 7 22 /05 /mai /2022 03:57

« J’ai longtemps cru que j’étais un obsédé sexuel. Maintenant, je sais que je suis un amateur d’art. » (Guy Marchand, 2006).




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L’acteur mais aussi chanteur Guy Marchand fête son 85e anniversaire ce dimanche 22 mai 2022. J’aime beaucoup les films avec Guy Marchand qui est plus singulier et moins commun que son patronyme laisse entendre. Il y a d’ailleurs une sorte de prédestination à s’appeler marchand et à avoir le profil du bon commercial beau parleur.

Au départ, Guy Marchand était un chanteur, un vrai (qui a sorti une vingtaine d’albums en plus d’une cinquantaine d’années de carrière), aimant le jazz, jouant du piano, de la clarinette et du saxophone, mais à l’arrivée, cette satanée chanson "Destinée" lui a collé à la peau depuis plus de quarante ans ! Et ses spectateurs aussi sont pollués par cette chanson aussi insistante dans le cerveau que le Boléro de Ravel.

"Destinée", à l’origine, devait n’être qu’une parodie de chanson pourrie. De chanson de "variétés", justement le genre dont a horreur Guy Marchand. Avec Philippe Adler, il a écrit cette chanson sans queue ni tête et il l’a chantée selon la composition de Vladimir Cosma, compositeur très célèbre des films français des années 1970 et 1980. Pour marquer la parodie mélodique, Vladimir Cosma avait repris "L’été indien" de Joe Dassin, mais à l’envers.

C’était pour le film comique "Les Sous-Doués en vacances" de Claude Zidi (sorti le 10 mars 1982) et devait servir de refrain stupide pour le personnage de Guy Marchand, à savoir Paul Memphis, star de la chanson qui fait inventer par un assistant le "love computer" qui est sans doute la première machine à matcher (savoir si deux personnes sont compatibles en amour, les sites de rencontres utilisent ce type de procédé avec plus ou moins de succès, peut-être inspirés directement du film !).

Manque de pot, la chanson "Destinée" a été non seulement un succès par le succès du film, mais un succès de chanson à part entière, au point d’y associer systématiquement Guy Marchand à son grand désespoir. Peut-être comme il a pu être associé presque exclusivement à son personnage de "Nestor Burma" dans la très longue série policière dont il est le héros (diffusée sur Antenne 2/France 2 de septembre 1991 à novembre 2003). C’était l’époque où les acteurs "de second plan" prenaient leur premier rôle dans une série (plutôt policière mais pas toujours), il y en a eu beaucoup qui sont tombés dans cette facilité (sans être exhaustif : Victor Lanoux, Roger Hanin, Pierre Arditi, Thierry Lhermitte, Jean Richard, Bruno Cremer, Anny Duperey, Bernard Le Coq, Victoria Abril, Xavier Deluc, Pierre Mondy, etc.). Avant la série, Guy Marchand avait déjà joué au cinéma dans "Nestor Burma, détective de choc" de Jean-Luc Miesch (sorti le 14 avril 1982), avec Michel Serrault dans le rôle de Burma.

Pourtant, Guy Marchand est très loin des seuls "Destinée" et "Nestor Burma". Il est un grand acteur de second rôle dans de nombreux films. Il a eu un César du meilleur acteur dans un second rôle en 1982 pour "Garde à vue" et quatre nominations.

Évoquons quelques-uns de ces films où il a apporté son éclat particulier. "Garde à vue", donc, évidemment, l’excellent film de Claude Miller (sorti le 23 septembre 1981) où Guy Marchand joue un inspecteur de police, celui qui seconde Lino Ventura, tous les deux de permanence au poste de police pendant la nuit de Noël, en train d’interroger Michel Serrault, un notable de la ville, vaguement soupçonné d’aimer les petites filles, avec Romy Schneider dans le rôle de l’épouse de ce dernier (la petite fille de 7 ans est interprétée par la future chanteuse Elsa Lunghini).

Auparavant, il y avait "Tendre poulet" de Philippe de Broca (sorti le 18 janvier 1978), une comédie policière et aussi une histoire de retrouvailles entre la commissaire Annie Girardot et le professeur anti-police Philippe Noiret, et Guy Marchand est aussi commissaire, une sorte de rival d’Annie Girardot, et où sévissent aussi le drôle Hubert Deschamps, Roger Dumas, Catherine Alric, Georges Wilson, etc.

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Plus généralement, il est présent dans de nombreux films de comédie française des années 1970 et 1980. Ses rôles sont parfois très noirs, mais lui s’en moque dès lors que le réalisateur lui laisse un peu de liberté : « Je peux jouer un serial killer, un salaud, un connard, mais je veux pouvoir le sauver, du moins à mes yeux. » (2016).

On peut encore citer "Loulou" de Maurice Pialat (sorti le 3 septembre 1980) où il est le mari d’Isabelle Huppert et se fait "cocufier" par Gérard Depardieu ; "Coupe de foudre" de Diane Kurys (sorti le 6 avril 1983) aux côtés de Miou-Miou, Isabelle Huppert et Jean-Pierre Bacri ; "Noyade interdite" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 2 décembre 1987) où il joue le rôle d’un inspecteur qui vient court-circuiter l’enquête de son collègue Philippe Noiret (avec aussi Marie Trintignant, Élizabeth Bourgine, Suzanne Flon, etc.) ; et "Dans Paris" de Christophe Honoré (sort le 4 octobre 2006), avec Romain Duris, Louis Garrel et Marie-France Pisier (Guy Marchand y joue avec Marie-France Pisier les parents des deux premiers).

Acteur populaire, chanteur, Guy Marchand aussi à ses heures perdues romancier, et son premier roman, c’est son autobiographie ("Le Guignol des Buttes-Chaumont", chef Michel Lafon, en 2007). Six autres ouvrages ont suivi avec le sens de la formule, comme cette description-ci dans "Calme-toi, Werther ! " (éd. Ginkgo, 2014) : « Rien de plus triste qu’un homme seul vieillissant qui fait ses courses, en hésitant sur les courgettes et les concombres, les oignons et les échalotes, ça se ressemble tellement ! Pourquoi ne pas donner des croquettes aux vieux célibataires avec tout ce qu’il faut dedans comme pour un vieux chien, ça serait plus pratique. ».

À l’époque où il a écrit ces lignes, peut-être pensait-il à lui car s’il est toujours marié avec une tendre mannequin, celle-ci vit loin de lui depuis 2013 (à Berlin) et a refait sa vie sans divorcer. Il se dit qu’il vit une belle histoire d’amour depuis 2006, avec une conception un peu élargie du couple à cause des quarante années qui les séparent : « Elle a droit à autre chose, j’adore ses enfants… Moi, je ne pouvais pas lui en faire. (…) Je ne peux pas lui demander de rester avec moi à mon âge ! Elle m’appelle trois fois par jour, elle vient passer trois mois ave moi en été, un mois en hiver. Je la garderai jusqu’à la dernière seconde. » (8 novembre 2019). Et contrairement à beaucoup de ses personnages au cinéma, il est loin d’être un machiste : « J’ai une femme de 42 ans et j’en ai 82. J’adore cette femme. Vous savez, les mecs qui disent "ma femme" sont des idiots qui vont avoir des surprises. ».

Et sa femme si éloignée, il l’a sublimée en 2016 : « Coucher avec une femme intelligente, c’est plus enrichissant. Les histoires de QI avec celles-ci ont fait progresser le mien… La femme que j’ai épousée a deux professorats, une thèse sur la littérature française, et peut s’exprimer en chinois mieux que moi dans toutes les langues, y compris ma langue maternelle. ».

Malgré cet amour par procuration (ou par Teams ?), je souhaite à Guy Marchand de vivre encore de très belles années devant lui, intenses en émotion et fascinantes en art.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Guy Marchand.
Vangelis.
Renaud.
Christian Clavier.
Virginie Efira.
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220522-guy-marchand.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/la-destinee-de-guy-marchand-241695

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/01/39459009.html








 

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21 mai 2022 6 21 /05 /mai /2022 03:49

« La mythologie, la science et l’exploration spatiale sont des sujets qui me fascinent depuis ma plus tendre enfance. Et ils ont toujours été liés, d’une manière ou d’une autre, à la musique que j’écris. » (Vangelis).





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Le musicien et compositeur grec Vangelis, de son vrai nom Evangelos Odysséas Papathanassiou, est mort à Paris le 17 mai 2022 à l’âge de 79 ans (il est né le 29 mars 1943). Il était hospitalisé pour une insuffisance cardiaque des suites du covid-19. Avec l’Oscar de la  meilleure musique de film obtenu il y a quarante ans pour "Les Chariots de feu", Vangelis a acquis une grande renommée dans le domaine de la musique de films, mais pas seulement.

À l’instar de Jean-Michel Jarre, et aussi, dans une moindre mesure, de Pierre Henry (qui utilisait un autre "type d’instrument"), Vangelis était un compositeur pour musicien solitaire. Son art plaçait l’électronique au cœur du système, avec le synthétiseur. Il a composé de très nombreuses musiques pour différentes œuvres, des films, des documentaires (par exemple, de Frédéric Rossif et de Jacques-Yves Cousteau), des séries télévisées, etc., mais aussi pour des grands organismes, la NASA, l’ESA, la FIFA, etc.

Pour lui rendre hommage et se remémorer les principales musiques qui ont fait sa célébrité, je propose ici plusieurs œuvres dont certaines un peu plus singulières.

Vangelis a composé la musique du film d’Henry Chapier "Sex Power" en 1970 (dans lequel jouent Jane Birkin et Bernadette Lafont). Ce fut sa première œuvre hors d’un cadre collectif (il était auparavant dans un groupe qui s’est séparé en 1972, avec notamment Demis Roussos).





Il a aussi composé la bande originale du documentaire de Frédéric Rossif "L’Opéra sauvage" en 1979, pendant sa période électro-acoustique.





"Odes" est un album de musique traditionnelle grecque réalisé en 1979 par Vangelis avec la participation de l’actrice et chanteuse Irène Papas. Cette dernière a joué un des rôles principaux dans "Z" de Costa-Gavras (elle a aujourd’hui plus de 95 ans et demi, mais malheureusement, elle est très malade depuis une dizaine d’années).





Vangelis a aussi composé le thème musical de l’excellente série télévisée "Cosmos" réalisée et présentée par l’astrophysicien Carl Sagan en 1980. En fait, il a repris des morceaux issus de son album "Heaven and Hell" enregistré en 1975.





La consécration, après une décennie de travail acharné, fut la bande originale du film de Hugh Hudson "Les Chariots de feu" en 1981, qui lui a valu un Oscar.





Bien implanté dans le milieu du cinéma, Vangelis allait composer de nombreuses musiques de film. Le réalisateur Costa-Gavras a fait appel à lui pour "Missing" en 1982, un film engagé qui évoque la disparition d’un journaliste au Chili.





Ensuite, toujours en 1982, ce fut la musique du film de Ridley Scott, "Blade Runner".





En 1983, le musicien a accompagné le film japonais de Koreyoshi Kurahara, "Antartica" qui retrace l’histoire de chiens abandonnés dans une base en Antarctique qui ont su répondre tout seuls à la faim et au froid.





Autre production très célèbre de Vangelis, la bande originale d’un autre film de Ridley Scott "1492, Christophe Colomb" qui sort 500 ans après la découverte de l’Amérique, en 1992, avec Gérard Depardieu dans le rôle principal.





En 1992, il a aussi composé la bande originale du film de Roman Polanski "Lune de fiel" (avec Hugh Grant, Emmanuelle Seigner et Kristin Scott Thomas), mais je n’ai pas retrouvé d’enregistrement original.

La FIFA a commandé à Vangelis l’hymne de la Coupe du monde de football de 2002, qui se déroulait au Japon et en Corée du Sud.





En 2016, Vangelis a composé pour Rosetta, la sonde qui a ausculté la comète Tchouri.





Son dernier album fut "Juno to Jupiter" produit en 2021.





Ci-dessous, un extrait où Vangelis interprète sa composition. Il ressemblait ainsi un peu à Pierre Henry dans la manière de jouer, sauf que Pierre Henry ne pianotait pas sur un synthétiseur mais sur une table de mixage pour envoyer les très nombreuses "notes" qu’il avait lui-même créées.





Je termine sur ce "best off", un album qui reprend les plus grands succès de Vangelis.





Bon voyage interstellaire, mister Vangelis !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Vangelis.
Nicholas Angelich.
Joséphine Baker.
Léo Delibes.
Ludwig van Beethoven.
Jean-Claude Casadesus.
Ennio Morricone.
Michel Legrand.
Francis Poulenc.
Francis Lai.
Georges Bizet.
George Gershwin.
Maurice Chevalier.
Leonard Bernstein.
Jean-Michel Jarre.
Pierre Henry.
Barbara Hannigan.
György Ligeti.
Claude Debussy.
Binet compositeur.
Pierre Boulez.
Karlheinz Stockhausen.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220517-vangelis.html




http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/20/39484989.html








 

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9 mai 2022 1 09 /05 /mai /2022 03:10

« C’est épuisant de passer ses jours et ses nuits à repenser à son enfance et à son adolescence. Chaque année qui passe, la nostalgie se rapproche. » (Renaud, entretien avec Didier Varrod, le 22 novembre 2010).



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Le chanteur Renaud fête son 70e anniversaire ce mercredi 11 mai 2022, et pour l’occasion, il fait un concert spécial sur la scène du Dôme de Paris, la veille, retransmis à la télévision, sur France 2, où il chante plusieurs titres de son nouvel album "Métèque" sorti le 6 mai 2022.

Renaud fait partie de ces artistes monuments de la chanson française, par sa qualité et par sa quantité, par sa durée aussi : plus de 20 millions de disques vendus, 27 albums sortis, une carrière qui a plus de cinquante ans et 6 Victoires de la Musique (en 1994, 2001, 2003 et 2017), sans compter d’autres grandes récompenses (comme le Grand prix de l’Académie Charles-Cros en 1991, la Grande médaille de la chanson française décernée en 2004 par l’Académie française et le Grand prix de la SACEM en 2018). Des centaines (voire des milliers ?) de concerts partout en France et ailleurs, un initiateur de mode (verlan, tontonmania, argot, jeunes de banlieues, etc.).

Cela fait depuis près de cinq décennies que le chanteur Renaud (Renaud Séchan) envahit les médias, les plateaux de télévision et même, parfois, les salles de cinéma (il a notamment joué Étienne Lantier aux côtés de Miou-Miou, Gérard Depardieu et Jean Carmet dans "Germinal" de Claude Berri sorti le 29 septembre 1993).

Dans les années 1980, Renaud m’agaçait, il m’énervait (il se disait lui-même "le chanteur énervant") avec ses leçons de morale à deux balles, un ton de voyou alors qu’il semblait issu des beaux quartiers, ses soutiens à SOS-Racisme et à toute cette gauche généreuse et dégoulinante de bonne conscience très en vogue à l'époque.

Avec sans doute le sommet lors de son invitation dans l’émission politique phare d’Anne Sinclair, "Sept sur Sept" le 26 septembre 1993, où, prenant le costume d’un spécialiste en géopolitique (il y en a d’autres en ce moment avec l’Ukraine), il a apporté son grain de sel sur la guerre civile en ex-Yougoslavie. Sans complaisance mais avec tendresse, la journaliste vedette l’avait alors présenté comme « un homme à la fois engagé et distant, révolté et naïf, mais toujours poète et émouvant (…), chanteur en colère ou chanteur rêveur (…), un provocateur mais (…) aussi un grand timide (…), ce qui reste d’une éducation protestante ».





En fait, Renaud n’avait pas du tout eu envie d’intervenir à "7 sur 7", mais il devait faire le service après-vente de "Germinal" qui sortait quelques jours plus tard.

Chroniqueur de "Charlie Hebdo", le chanteur-acteur avait alors exprimé son désarroi et ses propres réticences dans le journal satyrique le 22 septembre 1993 : « Vous avez déjà eu sur vos épaules la responsabilité de vous exprimer devant plusieurs millions de téléspectateurs ? Vous savez ce que c’est que cette peur qui vous prend quand le rouge s’allume, quand les projecteurs vous isolent dans leur lumière sans merci, quand une ribambelle de photographes vous mitraillent quelques minutes avant le coup d’envoi, quand, avec la certitude qu’on vous livre au jugement impitoyable ou complaisant de vos contemporains, on vous demande de vous adresser à travers les questions de la dame à des gens qui vous aiment et que vous avez peur de décevoir, à d’autres qui vous détestent et qui espèrent tellement vous voir vous planter… ? (…) L’impossible ambition qui voudrait qu’en quarante minutes, je parle de moi, de mes engagements, de mes convictions, de Germinal et de l’actualité du monde avec intelligence et cohérence ? J’ai bien peur de ne pas être l’homme de communication idéal pour mener à bien cette périlleuse entreprise. ».

Et puis mon énervement s’est petit à petit transmuté en admiration. Ses engagements, aussi naïfs soient-ils, valent bien mieux que le cynisme de bien des bateleurs d’estrades médiatiques.

Ses failles, l’alcool, la dépression, cette irrésistible mélancolie, ses deuils permanents quand ses amis s’en vont inopinément (et ils ont été nombreux, Pierre Desproges, Coluche, Serge Gainsbourg, Patrick Dewaere, Georges Brassens, Frédéric Dard, etc.), sa spontanéité, et même, plus grave, les attaques de la presse poubelle, pourrie jusqu’à la moelle, dont il a été victime (un jour, il y a cinq à dix ans, j’avais vu sur la couverture d’une revue ce titre qui ne m’a pas fait envie de la lire, qui disait en substance : "Renaud, ses derniers jours avant de mourir")…

Et puis ce superbe dimanche midi, très ensoleillé, en mars 2007, je l’ai croisé par hasard à la Pépinière de Nancy (le grand parc du centre-ville), il était accompagné de sa compagne et de leur enfant (moins d’un an, dans la poussette), comme un couple ordinaire profitant calmement du retour des beaux jours, à peine gêné par quelques admirateurs déboussolés qui se demandaient si "c’était bien lui"… (le lendemain d’une émission populaire avec Michel Drucker depuis l’ancienne capitale des ducs de Lorraine).

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Alors, comme Renaud fait partie du patrimoine national de la France, à défaut encore de faire partie du patrimoine de l’humanité, je propose ici quelques chansons qui ont fait sa réputation, principalement du début des années 1980, mais aussi deux beaucoup plus récentes, l’une pour répondre à tous ses détracteurs, ces journaux de la presse poubelle, pour dire qu’il est "toujours bien vivant", et la dernière issue de son dernier album. Les textes et la composition de la plupart sont de lui, ou parfois en collaboration avec ses amis comme Franck Langolff, Michaël Ohayon et Jean-Pierre Goude, et avec parfois des inspirations de Boris Vian, Hugues Aufray, etc.

Les vidéos présentées sont très fréquentées, parfois par plusieurs millions d’internautes dont des dizaines de milliers ont réagi, exprimé souvent leur émotion, souvenirs, admiration, ce qui confirme la très grande popularité du chanteur Renaud. L’un de ces internautes évoquent l’origine de la chanson "Mistral gagnant" : « En promenant sa fille, Renaud se rend compte que tous ces bonbons ont disparu : il voudrait les lui faire découvrir, on devine qu'il a cherché dans les magasins, mais les commerçants lui expliquent que "ça ne se fait plus"... D'où la fin : "Le temps est assassin et emporte avec lui les rires des enfants... et les Mistral Gagnant". Renaud, désabusé, a perdu son rire d'enfant, et il ne retrouvera plus les saveurs de son enfance, mais il veut malgré tout continuer à aimer la vie. C'est une histoire très simple, mais sublime, parfaitement racontée, sur une musique magique qui exhale toute la pureté de l'enfance. S'il n'y avait qu'un disque de chansons pour le monde entier, "Mistral Gagnant" y aurait sûrement sa place. ».



1. "Laisse béton" (1977)






2. "Marche à l’ombre" (1980)






3. "Dans mon HLM" (1980)






4. "Les aventures de Gérard Lambert" (1980)






5. "Viens chez moi, j’habite chez une copine" (1981)






6. "Dès que le vent soufflera" (1983)






7. "Morgane de toi" (1983)






8. "Déserteur" (1983)






9. "Mistral gagnant" (1985)






10. "Fatigué" (1985)






11. "Morts les enfants" (1985)






12. "Triviale poursuite" (1988)






13. "Toujours debout" (2016)






14. "Si tu me payes un verre" (2022)






Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (07 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Renaud.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Patricia Kaas.
Kim Wilde.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220511-renaud.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/renaud-toujours-debout-241447

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/01/39458970.html






 

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6 mai 2022 5 06 /05 /mai /2022 03:14

« Les acteurs sont plus humbles et désintéressés qu’on veut bien les dépeindre. Nous connaissons nos limites et savons que nous ne sommes pas bons dans tout. Or, quand on se présente au public, il faut être au top. » (Christian Clavier, "Le Point" du 16 février 2018).



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Comme l'ont fait récemment ses complices du Splendid, en particulier Gérard Jugnot et Michel Blanc, l’acteur Christian Clavier fête son 70e anniversaire ce vendredi 6 mai 2022. Soixante-dix ans et toujours des rides de fous rires… même si ceux-ci ne sont pas forcément toujours des plus subtils.

Au contraire de ses amis "bronzés" (Michel Blanc, Josiane Balakso, Gérard Jugnot), Christian Clavier n’a pas viré en réalisateur (sauf pour un film, lire plus loin) et est resté acteur de cinéma, surtout dans la comédie française qui s’exporte bien. Il a certes tourné dans certains films historiques ou dramatiques, comme "Napoléon" (diffusé à partir du 7 octobre 2002) d’Yves Simoneau, dans le rôle de l’empereur (avec John Malkovich en Talleyrand et Gérard Depardieu en Fouché), et "Les Misérables" (diffusé à partir du 4 septembre 2000), la version de Josée Dayan, dans le rôle de Thénardier (avec Gérard Depardieu en Jean Valjean, John Malkovich en Javert et Virginie Ledoyen en Cosette), ces deux productions pour la télévision, et encore "Sac de billes" (sorti le 18 janvier 2017) de Christian Duguay d’après le roman de Joseph Joffo, dans un rôle secondaire, mais la plupart de ses films sont des comédies populaires plus ou moins subtiles, parfois des navets mais aussi certaines de très grandes réussites.

Malgré ses grands succès populaires, Christian Clavier n’a pas été particulièrement récompensé par sa profession : un César anniversaire spécial et collectif du bout des lèvres pour le Splendid en 2021, et deux nominations en 1994 pour "Les Visiteurs", meilleur acteur et meilleur scénario original. C’est peu quand on regarde ce qu’il a tourné.

La fiche Wikipédia présente Christian Clavier ainsi : « Acteur très populaire, il est le seul, toutes générations et nationalités confondues, à être en tête d’affiche de quatre films ayant atteint plus de dix millions de spectateurs dans le box-office français, à savoir "Les Visiteurs" (1993), "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre" (2002), "Les Bronzés 3" (2006) et "Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ?" (2014). ».

Et le site note également à propos du box-office français de tous les temps : « Parmi les acteurs français avec le plus de films dans ce top 100, on retrouve Christian Clavier (7), Louis de Funès (6), Gérard Depardieu et Michel Galabru (5), etc. ». Il est qestion du top 100 des films ayant eu le plus de spectateurs, et le 100e ("Les Trois Frères") ont eu 6,9 millions de spectateurs en salle (tous les autres sont donc au-dessus).

Et justement, je me demandais à quel(s) acteur(s) pouvait être comparé Christian Clavier, et il m’en est venu deux à l’esprit. Gérard Depardieu, car il est partout depuis presque cinquante ans, un grand nombre de films, des bons et des moins bons, avec une continuité dans la boulimie et même une transformation physique (relativement ordinaire chez les hommes qui ont réussi et ne font pas attention !). Et puis, il y a évidemment Louis de Funès, car Christian Clavier joue aussi avec ses mimiques, bien particulières, très claviériennes, et comme De Funès et comme Depardieu, Clavier joue du Clavier et c’est difficile d’avoir un autre personnage, même s’il peut être décliné en Napoléon, Thénardier, Astérix, etc.

Du reste, Christian Clavier aurait adoré joué avec Louis de Funès. Quelques semaines avant sa mort, Louis de Funès est venu assister à la pièce "Papy fait de la résistance" de Christian Clavier et Martin Lamotte (créée le 6 novembre 1981), en compagnie du producteur Christian Fechner. L’idée était de tourner l’adaptation de cette pièce au cinéma, avec Louis de Funès dans le rôle du Papy ou du demi-frère d’Hitler (rôles qui furent finalement donnés à Michel Galabru et Jacques Villeret, en raison de la mort du comique). Louis de Funès souhaitait tourner avec de jeunes talents, comme il l’avait fait dans "L’aile ou la cuisse" de Claude Zidi (sorti le 27 octobre 1976) avec Coluche.

Dans "Le Point" du 16 février 2018, Christian Clavier a raconté à Jérôme Béglé : « Dans le hall du Théâtre du Splendid, il nous campe en trois minutes sa version du Feldmarschall Ludwig von Apfelstrudel, complètement cauteleux et les pieds entravés. Je le revois avec son loden vert et ses yeux d’un bleu intense, j’étais fasciné. ». Christian Clavier et Martin Lamotte avaient écrit le rôle du Papy inspirés par l’épicier Jambier joué par Louis de Funès dans "La Traversée de Paris" (sorti le 26 octobre 1956) de Claude Autant-Lara.

S’il admire beaucoup Louis de Funès, Christian Clavier trouverait trop flatteur de se revendiquer son héritier : « Je serais incapable de jouer le personnage du "Corniaud". J’incarne des personnages à défauts, mais ce ne sont pas les mêmes défauts. Je ne joue pas les veules, les méchants qui rabaissent violemment leurs subordonnés ; j’aurais pu jouer à peu près tous les rôles de Fernandel, mais pas ceux de Louis. On a dit cela de moi parce que j’ai eu la chance de faire des films à succès qui m’ont apporté une grande notoriété (…). On me reproche aussi de ne pas suffisamment changer de genre, de personnage. ».

Et quand on a reproché à Louis de Funès de jouer toujours le même rôle, Christian Clavier s’emporte un peu : « La tarte à la crème du métier est de dire qu’il faut "prendre des risques". Le succès pose un tel problème qu’il faudrait soi-même le détruire pour se donner de la valeur artistique. Quelle ânerie ! On ne peut pas aller contre sa nature de jeu et de son emploi. Il savait exactement là où il était le meilleur. Il n’avait pas avec le public, un rapport de complaisance ou d’argent, mais de plaisir. ».

Christian Clavier interprète le succès populaire de Louis de Funès ainsi : « Louis de Funès laisse sortir la dimension enfantine que nous avons en chacun de nous. Les peurs, les énervements, les colères qu’il parvient à nous faire partager viennent de cette enfance. Et c’est parce qu’il fait appel à notre enfance, c’est-à-dire à ce qu’il y a de plus pur et de plus intangible en nous, qu’il touche les générations et que ses prestations sont indémodables. ».

Effectivement, quel est au juste ce personnage si amusant que Christian Clavier s’est façonné au fil du temps depuis "Les Bronzés" ? En fait, à peu près la même recette que Louis de Funès à la différence près que ce dernier est un dominateur et Christian Clavier plutôt un dominé. C’est une personnage plutôt négatif : lâche, maniaque, douillet, peureux, inapte au changement et au modernisme, ringard, obséquieux, coincé, un peu distrait, narcissique, rarement méchant mais souvent mesquin, radin… avec une situation sociale plutôt aisée mais d’un caractère faible. Le ressort comique vient justement qu’il est bien "établi" dans la vie et que les circonstances de l’histoire le bousculent. C’est donc un personnage récurrent quand Clavier fait du Clavier, mais cela ne l’empêche pas de jouer d’autres personnages, moins claviériens et plus historiques.

J’ai cité Napoléon et Astérix car c’est symptomatique, mais grand amateur de la bande dessinée des regrettés Goscinny et Uderzo, je n’ai pas trouvé pertinent le choix de Christian Clavier pour Astérix, j’aurais pris sans hésiter Jamel Debbouze (la taille et la hargne conviendraient), qui m’a confirmé dans cette idée dans "Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre" d’Alain Chabat, où le personnage de Numérobis l’architecte, joué par Jamel Debbouze, domine de loin le reste des personnages avec une pâle figure d’Astérix en retrait et très téléphoné (en revanche, Obélix en Gérard Depardieu est un excellent choix auquel je n’aurais jamais pensé si j’avais eu à y penser !). Cela dit, pour les bandes dessinées, le rôle du comte Pacôme de Champignac dévolu à Christian Clavier dans "Les aventures de Spirou et Fantasio" (sorti le 21 février 2018) d’Alexandre Coffre, paraît très judicieux (toutefois, le film a été un grand échec commercial).

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Parmi les très nombreux films, on doit évidemment citer, au-delà des premiers succès du Splendid, "Les Visiteurs" (sorti le 27 janvier 1993) de Jean-Marie Poiré, en complicité avec Jean Reno et Valérie Lemercier. Le premier opus est particulièrement intéressant (au contraire des suivants) car innovant et surprenant, même si les cris cultes de Christian Clavier (entre autres, le fameux "okaaaay !" et "qu’est-ce que c’est que ce binz ?" probablement répétés des millions de fois dans les cours de récréation) ont pu agacer. Il a participé au scénario et dialogues de plusieurs films dans lesquels il a joué et en particulier "Les Visiteurs".

Son duo avec Jean Reno n’était pas nouveau, une équipe qui gagne dans "L’opération Corned-Beef" (sorti le 6 février 1991) de Jean-Marie Poiré, puis poursuivie avec "L’enquête corse" (sorti le 6 octobre 2004) d’Alain Berberian, une adaptation de la célèbre bande dessinée de Pétillon, et "On ne choisit pas sa famille" (sorti le 9 novembre 2011), le seul film que l’acteur a réalisé lui-même (après le refus de Jean-Marie Poiré) et qui fut un échec commercial (traitant de sujets pourtant sociétaux importants, comme l’adoption d’un enfant en Asie, l’homosexualité féminine, etc. mais il faut bien admettre que le film était plutôt décevant). Cet échec a sans doute dissuadé Christian Clavier de continuer comme réalisateur.

Malgré ses très gros succès qui font de lui l’acteur français le plus apprécié de tous les temps, Christian Clavier suscite aussi des passions négatives, peut-être en raison de sa proximité avec Nicolas Sarkozy qu’il a soutenu en 2007 et 2012 (il était au Fouquet’s invité avec son ancienne compagne pendant plus de trente ans, Marie-Anne Chazel). On lui a reproché aussi d’avoir fait mobiliser exagérément les forces de l’ordre pour protéger sa villa en Corse.

Contrairement à une rumeur, Christian Clavier n’était au lycée dans la même classe que Nicolas Sarkozy. Il l’a connu bien plus tard, en 1993, alors que le futur Président était déjà maire de Neuilly-sur-Seine et ils sont devenus de grands amis au point que cela lui fut reproché, si bien qu’il a préféré aller vivre à Londres pendant quelques temps pour couper court aux critiques et éviter cet harcèlement (et d’un point de vue fiscal, il a eu tout faux car il paie dans les deux pays). À l’origine de cette amitié, un malheur, la mort du père de Christian Clavier, un médecin ORL de Neuilly-sur-Seine qui avait disparu : « Christian a demandé de l’aide à la mairie. Peu de temps après, son père a été retrouvé dans son véhicule, mort d’une crise cardiaque. C’est ce drame qui a rapproché Christian de Sarkozy, et non ses opinions politiques. » (dixit Josiane Balasko).

En fait, c’est François Hollande qui aurait été son camarade de lycée, en terminale (Christian Clavier a eu son baccalauréat avec la mention très bien), et ils se sont retrouvés dans la même promo à l’IEP de Paris (Science Po) dont ils ont partagé la première année. Mais appelé à sa vocation de comédien, Christian Clavier a rapidement quitté son destin de futur ministre au profit de comédien, ce qui lui permettrait de jouer le rôle de ministre. Devenu Président de la République, François Hollande a expliqué en mai 2014 : « Christian Clavier a le talent du sarcasme, de l’ironie, de la moquerie, toujours drôle, sans jamais être blessant. Son film est une bonne nouvelle, la preuve que la France peut rire d’elle-même, de ses travers et qu’elle est capable de rassembler autour d’un rire de tolérance. ». Il parlait du film "Qu’est qu’on a fait au bon dieu ?" (sorti le 16 avril 2014) de Philippe de Chauveron, qui fut un énorme succès (12,4 millions d’entrées en salles).

Parmi ses derniers films, on peut en citer notamment deux, des comédies. Il y a "À bras ouvert" (sorti le 5 avril 2017) de Philippe de Chauveron, qui est une comédie bien menée qui se moque des intellos bobos qui demandent qu’on accueille des SDF ou des Roms chez soi (l’acteur joue un tel intellectuel qui a dû s’appliquer à lui-même cette générosité prônée, non sans difficultés, en particulier familiales), une histoire qui fait penser à celle du film du réalisateur Alexandre Leclère dans "Le grand partage" (sorti le 23 décembre 2015), dans sa version appartement au lieu de maison avec jardin, et sans l’aspect de la contrainte gouvernementale.

Il y a aussi "Momo" (sorti le 27 décembre 2017), réalisé par Vincent Lobelle et Sébastien Thiéry, une adaptation de la pièce de ce dernier qui joue aussi dans ce film, où Christian Clavier et Catherine Frot reprennent au cinéma les rôles de François Berléand et Muriel Robin au théâtre, un couple sans enfant qui découvre un invraisemblable enfant de lui. Plusieurs comédies récentes que Christian Clavier a jouées sont des adaptations de pièces de théâtre (c’est le cas aussi de "Une heure de tranquillité" de Patrice Leconte, sorti le 31 décembre 2014).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2022)
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Pour aller plus loin :
Guy Marchand.
Christian Clavier.
Virginie Efira.
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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5 mai 2022 4 05 /05 /mai /2022 02:57

« Le vrai danger, me semble-t-il, c’est l’immobilité. Reproduire un petit endroit confortable. Ça peut être dangereux pour la santé mentale. » (Virginie Efira, octobre 2018).




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L’actrice Virginie Efira fête son 45e anniversaire ce jeudi 5 mai 2022. Née Belge et devenue Française, j’ai découvert cette actrice (c’est elle qui est née et devenue, pas moi !) en regardant le très beau film d’Éric Besnard "Le Goût des merveilles" (sorti le 16 décembre 2015).

Cela aurait pu être une comédie sentimentale comme les autres… mais non, grâce à Virginie Efira et à son "partenaire" Benjamin Lavernhe (qui joue un homme atteint d’autisme), ce film sent le vrai, le sincère, le calme, le doux, le subtil, le complexe.. Rien de téléphoné, des thèmes importants de société peu souvent abordés (la vision de la société sur les personnes atteintes d’autisme, leur richesse, mais aussi les reconversions dans l’agriculture, le risque du gel au début du printemps et les moyens d’éviter la désastre, etc.).

Bien sûr, elle a un visage de poupon, bâtie comme une star du cinéma ou du mannequinat, ce qui reste assez commun au cinéma, mais Virginie Efira a aussi deux caractéristiques qui lui sont propres : une sorte de candeur, de légèreté à peine perceptible, et surtout, cette solidité qu’on pourrait sentir en elle, un roc, un profil de manager, de femme responsable, qui contrôle les événements, qui anticipent, qui sait où aller, une personne à la charge mentale forte, un trait probablement renforcé par son passé d’animatrice de télévision.

Car c’est aussi une actrice sur le tard, qu’elle regrette d’ailleurs, elle a commencé assez tard de faire du cinéma (encore que tout est une question de relativité, car cela fait plus d’une quinzaine d’années qu’elle est dans le métier, elle n’avait pas 30 ans quand elle a commencé), mais elle a passé son début de vie professionnelle principalement à la télévision, d’abord belge puis française (M6 puis Canal+) entre 1998 et 2009, comme présentatrice d’émissions télévisées, métier qu’elle ne souhaite plus du tout faire. Elle a fait aussi un peu de théâtre, mais sa notoriété, elle la doit surtout d’avoir présenté "Nouvelle Star" sur M6 (à la suite de Benjamin Castaldi).

Cette notoriété, bien sûr, c’est plus facile pour faire du cinéma après. Même toute petite, elle a toujours rêvé de faire du cinéma mais elle avait trop la trouille d’en faire, alors, elle s’est penchée sur la télévision. L’avantage, c’est qu’elle n’a pas eu des premiers rôles "ultrasexués". Elle a d’ailleurs souvent des rôles de femmes à la situation compliquée et qui sont avec des hommes "diminués".

Autodérision, doute sur elle-même, dépréciation, timidité, complexe d’infériorité auprès des réalisateurs, elle manie souvent ce genre de choses tout en restant positive et très ambitieuse, c’est cela qui fait sa force, cette ambivalence qui peut surprendre. L’actrice l’affirme : « Je suis du genre à conclure des pactes faustiens. Je tords le trac en diminuant ou dévalorisant l’enjeu d’un film ou d’une rencontre, même en amour. ».

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Il y a aussi une autre valeur ajoutée chez Virginie Efira l’authentique, c’est qu’elle choisit ses films. Ou plutôt, elle a eu la chance d’être "bien" servie. À ma connaissance (mais je peux me tromper), elle n’a joué dans aucun navet (jouer dans un navet n’est pas un problème en lui-même, Jean Rochefort le justifiait pour des raisons alimentaires, ses passe-temps étant très coûteux, et un bon acteur dans un mauvais film permet quand même "relever la sauce", le film aurait pu être bien pire).

Alors, certes, elle a surtout commencé dans du cinéma populaire parce qu’une actrice venant des métiers de la télévision s’y acclimate mieux selon les producteurs et les réalisateurs, mais elle a aussi eu la chance de séduire dans le cinéma d’auteur. De même, au-delà de la comédie sentimentale, elle a pu faire ses preuves dans le dramatique, notamment avec l’excellent film de Justine Triet "Victoria" (sorti le 12 mai 2016), où Virginie Efira, le personnage principal, est une avocate un peu dépassée par les nombreux événements de sa vie personnelle, élevant seule ses deux enfants, et elle se retrouve à défendre un de ses amis accusé d’avoir blessé une femme.

Selon Toma Clarac, c’est « assurément son rôle le plus accompli, le plus dense, parce qu’il est à la fois le plus léger et le plus grave ». Dans ce film, lui aussi très authentique, on y trouve de nombreux thèmes contemporains, la dépression, le vide affectif, la protection de la vie privée, les blogs sur Internet, etc. Le scénario est conforté par un jeu d’acteurs plein de justesse. Elle a récidivé avec Justine Triet dans "Sibyl" (sorti le 24 mai 2019) où elle joue la psychothérapeute qui utilise une de ses patientes comme source d’écriture. Justine Triet a adoré travailler avec Virginie Efira : « Même si elle est tétanisée à l’intérieur, qu’elle est hyperbosseuse et superambitieuse, rien n’est vraiment grave. ».

Son premier grand rôle peut être considéré dans "20 ans d’écart" de David Moreau (sorti le 6 mars 2013), où elle joue une future rédactrice en chef pleine d’avenir amoureuse d’un étudiant joué par Pierre Niney, lui aussi intimidé par le rôle. "Le Grand Bain" de Gilles Lellouche, passé de l’autre côté de la caméra (sorti le 24 octobre 2018), a été aussi une grande aventure humaine pour Virginie Efira dans le rôle du coach alcoolique et ancienne championne pour mener à la victoire un groupe d’éclopés de la vie dans une épreuve de natation synchronisée, et dans ce groupe, il y a Mathieu Amalric (ici marié avec Marina Foïs), Guillaume Canet, Benoît Poelvoorde, Jean-Hugues Anglade, Philippe Katrine, Félix Moati, etc.

On peut citer aussi quelques autres films (sans être exhaustif) très représentants du cinéma franco-belge contemporain : "L’amour, c’est mieux à deux" de Dominique Farrugia et Arnaud Lemort (sorti le 5 mai 2010), aux côtés de Clovis Cornillac et Manu Payet ; "La chance de ma vie" de Nicolas Cuche (sorti le 5 janvier 2011), avec François-Xavier Demaison et Armelle Deutsch ; "Mon pire cauchemar" d’Anne Fontaine (sorti le 9 novembre 2011), avec Benoît Poelvoorde, Isabelle Huppert et André Dussolier ; "Caprice" d’Emmanuel Mouret (sorti le 22 avril 2015) avec Anaïs Demoustier et Laurent Stocker ; "Un homme à la hauteur" de Laurent Tirard (sorti le 4 mai 2016), avec Jean Dujardin, une "personne de petite taille" amoureux de la brillante avocate divorcée qu’est Virginie Efira ; "Un amour impossible" de Catherine Orsini (sorti le 7 novembre 2018), avec Niels Schneider qui est devenu le compagnon de Virginie Efira depuis le tournage de ce film.

Enfin, toujours le premier rôle dans "Benedetta" de Paul Verhoeven (sorti le 9 juillet 2021) où Virginie Efira est la sœur Benedetta Carlini, une religieuse lesbienne du XVIIe siècle, abbesse italienne très vénérée mais ensuite, opprimée pour homosexualité, avec Charlotte Rampling, Lambert Wilson, Daphné Patakia, Clotilde Courau, Louise Chevillotte, etc.

Plusieurs fois membre de jury de festival, cette étonnante joueuse de poker a été nommée cinq fois pour les Césars de la meilleure actrice ou meilleur second rôle féminin (en 2017, 2019, 2021, 2022). Nul doute qu’avec les nombreux films de grande qualité qu’elle ne manquera pas de tourner dans les prochaines années (pas moins de quatre films devraient sortir cette année 2022), elle ne se contentera pas de simples "nominations". Bonne anniversaire !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (05 mai 2022)
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Pour aller plus loin :

Article de Toma Clarac dans "Vanity Fair France" n°62 (octobre 2018).

Guy Marchand.
Christian Clavier.
Virginie Efira.
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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23 avril 2022 6 23 /04 /avril /2022 03:24

« Une des singularités de Jacques [Perrin] est d’avoir été le partenaire des meilleurs et des plus grands, dès les origines. Le talent d’avoir de la chance peut-être. Ou, plus certainement… la chance d’avoir du talent. » (Jean-Jacques Annaud, le 6 février 2019).



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C’était il y a trois ans seulement. L’acteur Jacques Perrin venait d’être reçu, le 6 février 2019, par Jean-Jacques Annaud à l’Académie des Beaux-arts dans la section "Créations artistiques dans le cinéma et l’audiovisuel", au fauteuil numéro 5, celui du réalisateur Francis Girod. Jacques Perrin y a été élu le 7 décembre 2016, il avait fallu dix ans pour trouver un remplaçant. Hélas, ce fauteuil est de nouveau vacant, car Jacques Perrin vient de s’éteindre ce jeudi 21 avril 2022 à Paris. Il allait avoir 81 ans dans trois mois, né le 13 juillet 1941 à Paris. Nous retrouverons plus loin Jean-Jacques Annaud dans l’évocation de Jacques Perrin qui a produit son premier film "La Victoire en chantant" (sorti le 22 septembre 1976), récompensé par un Oscar.

Évidemment (et c’est justice), sa disparition n’est pas passée inaperçue dans les médias qui soulignent généralement le caractère "monumental" de l’acteur. Les téléspectateurs auront peut-être la chance de revoir quelques-uns de ses environ cent trente films ou téléfilms qu’il a tournés comme acteur. Acteur très jeune, il a commencé très tôt, d’abord au théâtre (à l’âge de 15 ans), et au cinéma à la même époque (il a même tourné un film à l’âge de 5 ans), très vite avec des grands réalisateurs : Valerio Zurlini, Pierre Schoendoerffer, Costa-Gavras, Claude Chabrol, etc.

On peut en particulier retenir ces deux films très célèbres qui ont façonné sa légende, tous les deux réalisés par Jacques Demy avec une musique de Michel Legrand et une partenaire éblouissante, Catherine Deneuve : "Les Demoiselles de Rochefort" (sorti le 8 mars 1967) où Jacques Perrin joue le rôle du matelot Maxence, et "Peau d’Âne" (sorti le 16 décembre 1970) où il joue le rôle du Prince charmant. Autre grand film dont il est l’acteur principal, "Le Crabe-Tambour" de Pierre Schoendoerffer (sorti le 9 novembre 1977) avec Jean Rochefort, Claude Rich et Jacques Dufilho (qui vient d’être rediffusé sur France 5 ce vendredi 22 avril 2022).

Valerio Zurlini, qui lui a transmis la passion du cinéma et qui l’a recruté pour "La Fille à la valise" (sorti le 11 mai 1962) aux côté de Claudia Cardinal, l’a pris aussi pour un autre grand succès, "Journal intime" (sorti le 6 septembre 1962), où Jacques Perrin joue aux côtés de Marcelle Mastroianni : « Marcello reste l’acteur qui a le plus impressionné. [Jacques Perrin] découvre que ses célèbres et flamboyantes improvisations résultent d’une studieuse préparation, que sa légendaire désinvolture a pour but de masquer une formidable rigueur. » (Jean-Jacques Annaud).

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On aurait pu imaginer pour Jacques Perrin une longue carrière d’acteur, à l’égal d’Alain Delon, par exemple, ou de Jean Marais, Jean-Claude Brialy ou encore Jean-Louis Trintignant. Mais sa passion du cinéma lui a fait changer de perspective. Bien avant ses 30 ans, il a créé une boîte de production et il s’est mis à produire des films. En particulier, des films engagés, ceux de Costa-Gavras.

Sa motivation, c’était l’impossibilité de trouver un producteur pour "Z" : « Jacques refuse d’y croire, propose à Costa de l’aider. Il avoue ne pas savoir comment. Il n’a aucune expérience de la production, zéro. (…) Il a comme seul bagage son enthousiasme et son charme. Qui est considérable. » (Jean-Jacques Annaud). Son premier film produit fut donc "Z" (sorti le 26 février 1969), qui fut un grand succès (avec deux Oscars et deux prix au Festival de Cannes), il y joue le rôle d’un photoreporter. Il a produit aussi "État de siège" (sorti en France le 8 février 1973) et "Section spéciale" (sort le 23 avril 1975) où il est un avocat. Jean-Jacques Annaud : « Un basculement s’opère en silence. L’acteur vedette Jacques Perrin, aussi producteur, devient, tout en restant acteur, le producteur-vedette Jacques Perrin. ».

Et puis, sa rencontre avec le réalisateur Gérard Vienne lui a ouvert un nouvel horizon, celui des documentaires (en particulier animaliers). Jacques Perrin a produit le film documentaire de Gérard Vienne "Le Peuple singe" (sorti le 14 juin 1989), scénarisé notamment par Jacques Lanzmann et Yves Coppens. Non seulement Jacques Perrin a produit, parfois réalisé ces documentaires, mais souvent, il prêtait sa voix très agréable pour la narration, et cette voix off est aussi l’un des talents mémorables de Jacques Perrin, et pas seulement dans des documentaires (aussi dans "Le Parfum", par exemple, de Tom Tykwer, sorti le 4 octobre 2006).

Jean-Jacques Annaud : « Depuis le début des années 90, l’acteur-producteur devenu producteur-acteur a de nouveau muté, ajoutant à son bicorne une troisième pointe : il est désormais et avant tout réalisateur-producteur. Il se spécialise dans un genre qu’il est le seul à oser affronter : le documentaire naturaliste à budget de blockbuster. Des films pharaoniques qui demandent des années de préparation en recherches scientifiques, en repérages aux quatre coins du globe, en imprégnation des animaux, en construction de matériel… et… des dizaines, et des dizaines, et des dizaines et des dizaines et des dizaines de millions d’euros. (…) Chaque film rappelle à Jacques les dangers qui menacent la survie de notre planète. Il s’engage, ses caméras deviennent militantes. ».

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Ainsi, il a produit notamment ces documentaires : "Les Enfants de Lumière" (sorti le 28 juin 1995), documentaire de près de deux heures sur les pépites du cinéma, qu’il a réalisé aussi ; le fameux "Microcosmos : le Peuple de l’herbe" (sorti en France le 20 novembre 1996), ce qui lui a valu le César du meilleur producteur (le film a remporté cinq César) ; "Le Peuple migrateur" (sorti le 12 décembre 2001), qu’il a réalisé aussi ; "Océans" (sorti en France le 27 janvier 2010), qu’il a réalisé mais pas produit, récompensé par le César du meilleur film documentaire ; etc. "Océans", entre autres, est un documentaire qui a mis longtemps à se faire (plus de cinq ans), et qui s’attache à montrer les dangers de la pollution de l’homme, de la pêche abusive, du réchauffement climatique, etc. (Lorsque j’écris que Jacques Perrin a produit ou a réalisé, il a souvent, en fait, coproduit ou coréalisé, c’était souvent un travail d’équipe, en particulier avec le réalisateur Jacques Cluzaud).

Autre très grand succès populaire, Jacques Perrin a produit "Les Choristes" de son neveu Christophe Barratier (sorti le 17 mars 2004), où, aux côtés de Gérard Jugnot et François Berléand, jouent son fils Maxence Perrin (Pépinot) et lui-même (Pierre Morhange adulte). Auparavant, il a joué aux côtés de Philippe Noiret dans "Cinema Paradiso" de Giuseppe Tornatore (sorti le 17 novembre 1988), avec la musique d’Ennio Morricone, qui fut beaucoup récompensé (Grand prix du Festival de Cannes, un Oscar, un César, etc.).

L’acteur Jacques Perrin a aussi beaucoup travaillé pour la télévision, dans des téléfilms dont il avait le premier rôle, jouant notamment Victor Schœlcher (en fin novembre 1998), Louis XI (le 6 décembre 2011), Richelieu (le 11 mars 2014), etc. Il était célèbre aussi pour avoir présenté, avec son épouse Valentine, l’émission passionnée du cinéma "La 25e heure", diffusée très tard dans la nuit sur Antenne 2 devenue France 2 de 1991 à 2000, émission qui fut récompensée en 1997 par le Sept d’or de la meilleure émission culturelle.

La dernière participation de Jacques Perrin à un film était très récente puisqu’il a joué le rôle d’un scientifique dans "Goliath" de Frédéric Tellier (sorti le 9 mars 2022), avec Gilles Lellouche, Pierre Niney, Emmanuelle Bercot et Laurent Stocker ; c’est un thriller autour d’un scandale sur les OGM et les pesticides. Toujours ce cinéma engagé… Salut l’artiste.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 avril 2022)
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Pour aller plus loin :
Jacques Perrin.
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
Patrick Chesnais.
Jean Roucas.
Z.
Michel Sardou.
Michel Jonasz.
Jane Birkin.
Philippe Noiret.
Jean Amadou.
Shailene Woodley.
Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220421-jacques-perrin.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/jacques-perrin-artisan-genial-du-241093

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16 avril 2022 6 16 /04 /avril /2022 02:50

« Je n’aime pas les habitudes, les charentaises dans lesquelles on pantoufle, mais comment résister aux névroses, si jouissives à interpréter ? C’est comme un exorcisme. Et puis, je n’ai pas besoin de me documenter ! » (Michel Blanc, le 12 janvier 2010 dans "Le Figaro", à propos du film "Une petite zone de turbulences" d’Alfred Lot, sorti le 13 janvier 2010, dont il est le coscénariste et l’acteur principal).



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L’acteur Michel Blanc a fêté son 70e anniversaire le 16 avril 2022, six jours avant François Berléand. Il est connu de tous les Français par ses nombreuses participations au cinéma, au théâtre et à la télévision. Il a fait partie de la troupe mythique du Splendid qui a donné de brillants comédiens dans l’humour très français. Mais Michel Blanc ne voulait pas rester l’éternel bronzé.

Reconnu plutôt "tardivement" par la profession, il a reçu un Molière du meilleur adaptateur en 2004 et a été nommé cinq autres fois entre 1992 et 2005 ; et il a reçu aussi deux Césars en 2012 et en 2021 (qui est un César anniversaire avec la troupe du Splendid, sorte de rattrapage pour les succès de la troupe peu appréciés des amateurs de "cinéma d’art et d’essai"), et a été nommé sept autres fois entre 1985 et 2008. J’exagère en fait sur la reconnaissance tardive, car son tournant de carrière a été salué par une récompense qui a compté, en 1986, avec le Prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes pour "Tenue de soirée" qui fut sa première reconnaissance de la profession.

Il y aurait en effet deux Michel Blanc… Le jeune chauve et moustachu, qui est un chauve triste, solitaire, à la limite de la dépression, en tout cas, désespéré, en opposition avec un autre chauve du Splendid, le sympa, le jovial, le collectif, le bon compagnon, qu’est Gérard Jugnot… enfin, je suis dans la caricature et je parle évidemment des rôles de Michel Blanc et pas de sa propre personnalité, c’est parfois difficile de faire la différence tant des réalisateurs utilisent justement la personnalité de leurs principaux acteurs pour raffermir les personnages de leurs fictions. Mais ce n’est pas toujours le cas, qui de l’acteur ou de son personnage l’emporte sur l’image publique ? En tout cas, il est dans la vraie vie l’hypocondriaque et l’angoissé de nombreux de ses personnages, ce qui le rend bien sûr authentique, authentiquement névrosé !

Le premier Michel Blanc, il a commencé fort, ce qui lui a valu, comme pour ses amis du Splendid, une certaine caricature dont est parfois difficile de sortir si on souhaite jouer d’autres rôles, différents. C’est bien sûr la série réalisée par Patrice Leconte, ou du moins, les deux premiers numéros du film des Bronzés (le premier est sorti le 22 novembre 1978) qui l’ont fait connaître, surtout le deuxième, "Les Bronzés font du ski" (sorti le 21 novembre 1979), lui qui n’attend qu’une chose, de "conclure" (c’est-à-dire, de faire crac-crac !), avec une stratégie du désespoir : abandonnés en pleine montagne, au froid dans la neige, puisqu’on va mourir, autant conclure entre-temps. C’est l’histoire de la panne d’ascenseur avec le canon de l’entreprise.

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Ses premiers films ont eu ce même genre de rôle, comme dans une autre comédie du Splendid réalisée par Jean-Marie Poiré, "Le Père Noël est une ordure" (sorti le 25 août 1982), où il joue un obsédé sexuel, ou encore dans "Viens chez moi, j’habite chez une copine" de Patrice Leconte (sorti le 28 janvier 1981), où l’on retrouve le dragueur désespéré, tout comme dans "Marche à l’ombre" (sorti le 17 octobre 1984), sur fond de chansons de Renaud qui suit dans la génération, mais avec une différence de taille : Michel Blanc, qui se permettait de faire certains scénarios et dialogues, a décidé d’être derrière la caméra, du moins, derrière et devant la caméra, et cela a donné un film beaucoup moins comique et un peu plus dramatique, toujours en duo, lui le mal foutu avec un autre, pas forcément mieux installé mais plus sérieux, plus fort, plus héros.

Dans "Marche à l’ombre", Michel Blanc évoque les squats des sans-papiers africains : « Trente ans plus tard, rien n’a changé… La seule différence, c’est qu’aujourd’hui, on n’oserait plus faire de comédie sur ce genre de situation. À l’époque, c’était possible. Même si personne ne le faisait. (…) Je voulais prouver qu’on pouvait faire rire en dehors des beaux quartiers. », allait raconter Michel Blanc le 19 octobre 2018 (dans "VSD").

En tout cas, il y avait manifestement, et depuis longtemps, un second Michel Blanc qui mijotait, effectivement plus dramatique que comique, avec des personnages de plus de maturation, et le jeu de plus de maturité, presque le physique a changé, pas forcément l’âge qui enlève le lissage de la jeunesse, mais peut-être la moustache en moins et les lunettes en plus.

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Certains l’avaient déjà compris avec "Marche à l’ombre", aussi avec "Tenue de soirée" de Bertrand Blier (sorti le 23 avril 1986) aux côtés de Miou-Miou et Gérard Depardieu, une histoire assez glauque où l’homosexualité est traitée à une époque beaucoup moins tolérante que maintenant. Mais c’est surtout avec "Monsieur Hire" de Patrice Leconte (sorti le 24 mai 1989) qu’on peut être désormais convaincu du grand art dramatique de Michel Blanc (sur une œuvre de Georges Simenon), un voyeur esseulé et amoureux, aux côtés de Sandrine Bonnaire. Probablement son meilleur rôle s’il fallait n’en choisir qu’un. Ce qui est notable, d’ailleurs, c’est que Patrice Leconte avait pensé à Coluche pour ce rôle, lui aussi qui a fait un tournant dramatique avec "Tchao Pantin", mais sa mort a bouleversé le casting. Michel Blanc a pensé que c’est sa reconnaissance à Cannes qui a encouragé Patrice Leconte à sortir des sentiers battus et à lui confier un rôle nouveau.

À ce second Michel Blanc, il faut aussi ajouter le réalisateur et pas seulement l’acteur. Après "Marche l’ombre", son deuxième film comme réalisateur fut aussi une surprise, "Grosse Fatigue" (sorti le 26 mai 1994) où il joue son propre rôle en acteur victime d’un sosie. Ce film, qui reprend une mésaventure d’usurpation d’identité vécue par Gérard Jugnot, est intéressant car il évoque en toile de fond un sujet qui sort vraiment dans l’espace public que depuis quelques années, l’abus sexuel de jeunes femmes dans le secteur du cinéma (ici, Michel Blanc est accusé d’avoir abusé sexuellement Josiane Balasko, Charlotte Gainsbourg et Mathilda May, mais il va prouver son innocence).

Parmi les films ultérieurs, on peut citer "Je vous trouve très beau" d’Isabelle Mergault, le premier film de cette dernière (sorti le 11 janvier 2006), où Michel Blanc joue un paysan veuf et râleur en recherche de remplaçante roumaine pour les tâches ménagères et agricoles, avec Medeea Marinescu et Wladimir Yordanoff ; et aussi "Les Souvenirs" de Jean-Paul Rouve (sorti le 14 janvier 2015), une adaptation d’un excellent roman de David Foekinos, où Michel Blanc partage la vedette avec Annie Cordy, Mathieu Spinosi et Chantal Lauby, dans une histoire qui reste fidèle au livre (le scénario est coécrit par l’auteur).

Enfin, j’ai gardé pour la fin (faim) le film de Pierre Schoeller "L’Exercice de l’État" (sorti le 26 octobre 2011) qui m’a beaucoup déçu, malgré son succès commercial et ses critiques élogieuses dans la presse (Michel Blanc doit son unique César à ce film). C’est toujours dur de faire un film sur le fonctionnement de la vie politique actuelle. Au moins, il n’a pas le problème d’une biographie historique (sujette à caution) et reste dans la fiction. Néanmoins, j’ai trouvé très décevant ce film car on voit les différents personnages s’afférer, mais de manière assez désordonnée, le scénario n’apporte aucun élément pour comprendre les enjeux, savoir pourquoi ils agissent, au contraire de l’excellent film (et bande dessinée) "Quai d’Orsay".

En somme, on en met plein aux yeux des spectateurs mais comme s’ils ne devaient rien comprendre, avec des scènes qui pourraient relever du surréalisme sinon de l’antiparlementarisme (la conduite sur une autoroute encore fermée au public, et bien sûr, la fameuse scène de la femme nue engloutie dans un crocodile au pied du bureau du ministre). Michel Blanc joue le rôle du dircab (directeur de cabinet) d’un ministre du gouvernement, aux côtés d’Olivier Gourmet (le ministre), Zabou Breitman et Laurent Stocker. On impose à ce ministre une réforme qu’il réprouve tout autant que son équipe qui l’assiste, mais finalement, il change de ministère et son dircab réintègre son corps d’origine, quittant le pouvoir qui n’en veut plus. Certains personnages joués par Michel Blanc sont tristes. Celui-ci est excellemment interprété par lui, mais, à mon humble avis, est desservi par le scénario. La difficulté est que c’est la rencontre de deux mondes complètement différents, celui du cinéma et celui de la politique, et si, deux ans plus tard, "Quai d’Orsay" a tant marché, c’était parce que le scénariste avait été un membre du cabinet et connaissait personnellement son fonctionnement.

Allez, je finis par cet extrait de "Télémagouilles", excellent sketch des Inconnus qui date de 1990 et qu’on ne pourrait plus écrire de nos jours de peur d’être taxé de raciste…

« L’animateur : Eh bien, Mamadou, je vous donne des noms de personnalités et vous allez me dire s’ils sont blancs ou noirs.
Mamadou : D’accord.
L’animateur : Attention, il faut être rapide : Michel Blanc.
Mamadou : Blanc.
L’animateur : Bravo. Éric Blanc.
Mamadou : Noir.
L’animateur : Gérard Blanc.
Mamadou : Blanc.
L’animateur : Michel Noir.
Mamadou : Blanc.
L’animateur : Attention, il y a un piège : Michael Jackson.
Mamadou : Hum, gris.
L’animateur : Gris, bravo Mamadou ! Formidable réponse de Mamadou ! ».

Rideau !


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Sylvain Rakotoarison (16 avril 2022)
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Pour aller plus loin :
Michel Blanc.
Michel Bouquet.
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Jean Roucas.
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Michel Sardou.
Michel Jonasz.
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Philippe Noiret.
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Gérard Jugnot.
Alain Delon.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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13 avril 2022 3 13 /04 /avril /2022 12:18

« Qu’avez-vous tous à me regarder ainsi ? Est-ce qu’il y a quelque chose d’anormal ? Il n’y a plus rien d’anormal puisque l’anormal est devenu habituel. Ainsi, tout s’arrange ! ».



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Eh non, ce n’est pas Marine Le Pen qui parle car elle n’est plus la paria des médias, au contraire, elle s’est tellement banalisée que son élection à la Présidence de la République s’est immiscée dans le champ des possibles sans même qu’on puisse s’en émouvoir. On pourrait cependant imaginer que le droit d’indignation reste intact. Cette parole, elle est de Bérenger Ier, le roi de la fameuse pièce d’Eugène Ionesco, l’un de mes auteurs fétiches et l’une des meilleures pièces de langue française à mon avis. À sa seconde femme Marie, il poursuit : « Je n’ai pas mal. Pourquoi aurais-je mal ? Si, un tout petit peu. Ce n’est rien. Je n’ai pas besoin d’être soutenu. Pourtant, j’aime que tu me soutiennes. ».

La reine Marguerite (la première femme) : « Sire, on doit vous annoncer que vous allez mourir. ». Le roi : « Mais je le sais, bien sûr. Nous le savons tous. Vous me le rappellerez quand il sera temps. Quelle manie avez-vous, Marguerite, de m’entretenir de choses désagréables dès le lever du soleil. (…) Vous m’ennuyez ! Je mourrai, oui, je mourrai. Dans quarante ans, dans cinquante ans, dans trois cents ans. Plus tard. Quand je voudrai, quand j’aurai le temps, quand je le déciderai. En attendant, occupons-nous des affaires du royaume. (…) Comment se porte le pays ce matin ? ».

La mort, toujours la mort. Le médecin : « Sire, vous allez mourir. Vous n’aurez pas votre petit-déjeuner demain matin. Pas de dîner ce soir non plus. Le cuisinier a éteint le gaz. Il rend son tablier. Il range pour l’éternité les nappes et les serviettes dans le placard. ». Et la réponse du roi : « Qui donc a pu donner des ordres pareils sans mon consentement ? Je me porte bien. Vous vous moquez. Mensonges. (…) Je mourrai quand je voudrai, je suis le roi, c’est moi qui décide ! ». Le médecin : « Vous avez perdu le pouvoir de décider seul, Majesté. ». La reine Marguerite : « Tu ne peux même plus t’empêcher d’être malade. ». Le roi, un peu plus tard : « Je comprends. C’est un complot. Vous voulez que j’abdique ! ».

La pièce est succulente, elle est sur la mort, une improbable mort, car tout vivant se croit immortel, et sur la vie bien sûr. La lecture de cette pièce est tellement d’actualité, tellement ironique aussi sur la vie politique (elle a pourtant été créée le 15 décembre 1962) : « Si j’avais deux autres spécialistes du gouvernement dans le pays, je les remplacerais. ». Le pronom "les" pour ses ministres, partis pêcher dans le ruisseau pour nourrir le peuple.

Mais pourquoi une telle introduction ? Parce que, hélas, celui qui a incarné si bien ce Roi qui se meurt dans plus de 800 représentations, l’acteur Michel Bouquet, monumental comédien, vient effectivement de partir au-delà du « ruisseau [qui] a coulé dans l’abîme avec les berges et les saules qui le bordaient », à l’âge de 96 ans et demi, ce mercredi 13 avril 2022 dans un hôpital parisien.

J’avais eu l’immense joie d’être présent à l’une de ses représentations du Roi se meurt, au Théâtre des Nouveautés, à Paris, il y a neuf ans, il jouait aux côtés de son épouse Juliette Carré. Petite salle, public hypnotisé par ce roi de la comédie qui aurait sans doute voulu mourir sur scène si sa forme, au-delà des 90 ans, ne lui avait pas imposé d’arrêter pour se replier vers la lecture, en particulier de La Fontaine.

Des lectures, d’ailleurs, il en a fait de nombreuses d’écrivains qui lui font sens : Victor Hugo, Céline, Molière, Corneille, Cervantès, Sartre, Shakespeare, Beckett, etc. C’était un amoureux de la langue française et des textes qui ont un sens profond.

On pourrait trouver le titre avec un goût douteux du jeu de mots, mais je trouve au contraire qu’il correspond bien à cette trajectoire de Michel Bouquet qui a occupé une place énorme au théâtre, au cinéma et dans des fictions à la télévision. Je suis triste et ému, et en même temps, je vois le scintillement de son étoile. Il y a une fin à tout, et il le savait, comme tout le monde : « Pour le moment, je vis ma vieillesse dans un état de grande sérénité. Bizarrement, compte tenu de ma tournure d’esprit, la mort ne me fait pas peur. », disait-il modestement le 9 octobre 2014 dans "Valeurs actuelles" (on le rangerait volontiers chez les "anarchistes de droite" mais il a aussi signé une tribune du 4 septembre 2018 dans "Le Monde" pour réagir à la démission de Nicolas Hulot du gouvernement et s’inquiéter des conséquences du bouleversement climatique). Comme le roi Bérenger, il a dû vouloir remiser à plus tard l’échéance, il avait tellement de choses encore à faire, à lire, à proposer.

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Le 13 juillet 2018, le Président de la République Emmanuel Macron l’a décoré au grade de grand-croix de la Légion d’honneur. On fait pire comme anarchiste : il est monté en grade par chaque nouveau locataire de l’Élysée depuis François Mitterrand. En ce sens, il est l’un des représentants de la concorde nationale, le côté peut-être un peu plus intellectuel du symbole incarné par Jean-Pierre Belmondo (qui a fait, lui aussi, beaucoup de théâtre).

Mais ses meilleurs décorations sont évidemment ses spectateurs venus le voir au théâtre ou au cinéma, justifiant les trois Molières (1998 pour "Les Côtelettes", 2005 pour "Le Roi se meurt" et 2014 pour l’ensemble de son œuvre) et les deux Césars (2002 pour "Comment j’ai tué mon père" et 2006 pour "Le Promeneur du Champ-de-Mars", autrement dit, François Mitterrand lui-même).

Amusant d’ailleurs d’avoir interprété le rôle de François Mitterrand (la version en fin de cursus) alors qu’il était le spécialiste du Roi se meurt, j’imaginerais aussi très bien François Mitterrand jouer ce rôle de Bérenger Ier, un brin capricieux, un brin autoritaire, ne comprenant plus pourquoi il ne pouvait plus se faire obéir, refusant la mort comme il a refusé la fatalité lorsqu’il ne pouvait plus rien espérer de la vie politique : « L’empire… A-t-on jamais connu un tel empire : deux soleils, deux lunes, deux voûtes célestes l’éclairent, un autre soleil se lève, un autre encore. Un troisième firmament surgit, jaillit, se déploie ! Tandis qu’un soleil se couche, d’autres se lèvent… À la fois, l’aube et le crépuscule… C’est un domaine qui s’étend par-delà les réservoirs des océans, par-delà les océans qui engloutissent les océans. ».

Bonne nuit monsieur Bouquet, et merci beaucoup des nombreux moments heureux passés en votre compagnie...


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Sylvain Rakotoarison (13 avril 2022)
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Le roi ne se meurt pas.
La vitalite du roi Bouquet.
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19 mars 2022 6 19 /03 /mars /2022 03:12

« La caméra, la scène, me distraient, me divertissent au sens de Pascal. Le ronronnement délicat de la caméra numérique qu’on prépare, le rire de ma partenaire, l’angoisse du preneur de son (…), la mystérieuse plénitude ressentie quand une prise est réussie, la satisfaction d’avoir surpris (moi le premier) et surtout l’explosion de rire de huit cents personnes suspendues à vos lèvres, sont un évitement des tentations dépressives qui nous hantent. » (Patrick Chesnais, 23 janvier 2020, éd. L’Archipel).




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L’acteur et comédien Patrick Chesnais fête son 75e anniversaire ce vendredi 18 mars 2022. L’homme est un boulimique de la scène, au théâtre, mais aussi au cinéma et à la télévision. C’est un acteur, souvent de second rôle, que j’apprécie particulièrement par son authenticité et par son côté anti-héros, même si parfois, dans certains rôles, il peut nourrir une certaine mélancolie jusqu’à des "tentations dépressives", comme il a employé cette expression dans son récent livre d’anecdotes "La vie est belle, je me tue à vous le dire" sorti le 23 janvier 2020 aux éd. L’Archipel.

Au théâtre, de ses débuts à 17 ans (il a obtenu le premier prix de la comédie à 21 ans) jusqu’à maintenant, Patrick Chesnais a joué dans près de soixante-dix pièces, dont certaines qu’il a mises en scène lui-même. Cela va du Shakespeare, Molière, Victor Hugo, Anouilh, Tchekov, Wilde, Labiche, Feydeau, etc. à des auteurs plus contemporains, comme Roger Planchon, Jean-Michel Ribes, Marie NDiaye, ou encore Jean-Claude Brisville, en particulier avec cette précieuse pièce qui a apporté à son auteur une reconnaissance tardive, "Le Souper" (créée le 20 septembre 1989 au Théâtre Montparnasse) qui met en scène un dialogue imaginaire entre Talleyrand et Fouché le 6 juillet 1815 après l’échec définitif de Napoléon. La première mise en scène (de Jean-Pierre Miquel) a fait jouer Claude Rich en Talleyrand et Claude Brasseur en Fouché. Patrick Chesnais est Fouché dans la représentation mise en scène par Danie Benoin au Théâtre de la Madeleine en 2015, avec pour interlocuteur un autre succulent acteur, Niels Arestrup qui est Talleyrand. Un comédien reconnu à sa belle valeur par un Molière du comédien en 2009 et deux nominations en 1988 et 1998.

Patrick Chesnais a commencé un peu plus tard sa carrière cinématographique, à l’âge de 27 ans, elle aussi très dense, plus de quatre-vingt-dix films à son actif, parfois des petits rôles, d’autres fois des rôles majeurs, avec, pour ses rôles aussi, une reconnaissance de la profession, à savoir un César du meilleur second rôle en 1989 pour "La Lectrice" de Michel Deville (sorti le 17 août 1988) et deux nominations en 2006 (meilleur acteur) pour "Je ne suis pas là pour être aimée" de Stéphane Brizé (sorti le 12 octobre 2005) et en 2014 (meilleur second rôle) pour "Les Beaux jours" de Marion Vernoux (sorti le 19 juin 2013).

Patrick Chesnais s’est inséré naturellement dans les comédies françaises comme un personnage familier, souvent pas très gâté par la vie ou par lui-même, qu’on retrouve avec plaisir dans "Promotion canapé" de Didier Kaminka (sorti le 10 octobre 1990), dans "Le code a changé" de Danièle Thompson (sorti le 18 février 2009), dans "La liste de mes envies" de Didier Le Pêcheur (sorti le 1er octobre 2014), etc.

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Pour la télévision aussi, il a joué dans une quarantaine de productions, téléfilms ou séries télévisées, en particulier dans des fictions biographiques de la dernière guerre : "Le Grand Charles" de Bernard Stora (diffusé sur France 2 les 27 et 28 mars 2006), où il est le général Henri Giraud, le rival de De Gaulle ; dans "Je vous ai compris" de Serge Moati (diffusé sur France 2 le 2 novembre 2010), il est devenu le personnage principal, De Gaulle lui-même, entre 1958 et 1962 ; enfin, il est carrément Pierre Laval dans "Laval, le collaborateur" de Laurent Heynemann (diffusé sur France 3 le 2 novembre 2021).

Je voudrais m’arrêter sur ce dernier téléfilm, pour tenter une critique différente de celle habituellement constatée dans la presse. Je sais d’abord qu’une fiction politique sur des personnages relativement contemporains, et plus encore sur cette période particulièrement polémique, est une entreprise particulièrement délicate et difficile à mener à bien. Au-delà de la connaissance de l’histoire (on connaît la fin), le risque est de faire soit un roman historique quasi-parodique (on met trop de fiction dans le scénario), soit un docu-fiction éducatif ennuyeux (on ne met pas assez de fiction dans le scénario). L’histoire de Pierre Laval est connue, elle est ici racontée par le bout de la lorgnette, le côté vie privée, c’est un angle choisi, mais je l’ai trouvée très mauvaise, mauvaise l’histoire, mauvaise l’interprétation.

Je m’étais beaucoup intéressé à Pierre Laval car il reste, à mon avis, une énigme dans l’histoire politique récente. Pierre Laval était un homme politique "dominant" l’entre-deux-guerres, toujours présent, influent, mais pas un être exceptionnel comme Poincaré, Clemenceau ou Blum. Plutôt un Herriot, un Daladier. Comment a-t-il bafoué ses propres valeurs pour un simple élan carriériste ? Comment a-t-il pu trahir autant les intérêts de la France dans une entreprise visant à avoir le pouvoir absolu ? Était-ce la certitude absolue que l’Europe se réorganiserait définitivement sous la domination nazie qui l’a fait pencher dans ce côté obscur ? On ne le saura pas vraiment, mais je considère que la biographie de Pierre Laval faite par son gendre René de Chambrun ("Pierre Laval devant l’Histoire", éd. France-Empire, 1983) est probablement la meilleure source de réflexion sur le sujet, qui a certainement peu inspiré l’auteur du scénario (Jacques Kirsner, également le producteur du téléfilm), ce qui est regrettable.

Au lieu d’une recherche d’authenticité historique, on n’a que l’histoire d’un homme presque victime de tout, de Pétain (qui l’a écarté un moment alors qu'il lui devait tout), de l’incompréhension des autres, des nazis et évidemment, à la fin, des Français. On passe à la trappe toutes ses décisions antisémites, et avant, toutes ses magouilles politiciennes, ses manœuvres parlementaires, pour réussir cette fameuse journée du 10 juillet 1940 qui peut s’apparenter à un véritable putsch. Ensuite, on oublie toutes les victimes juives, les rafles, etc. Au pire, on reprend le pseudo-révisionnisme du candidat Éric Zemmour sur le sauvetage de Juifs français, mais là, j’exagère car ce n’est pas dit explicitement et l’implicite est à peine effleuré.

L’interprétation de Patrick Chesnais, que j’adore par ailleurs, est, elle aussi, très décevante, mais peut-être qu’elle n’est que le résultat du scénario et de la réalisation. Un bon acteur est d’abord un acteur bien dirigé. S’il réussit à porter les cravates blanches et à fumer à peu près comme on pourrait l’imaginer de Pierre Laval, cela s’arrête là, car même la silhouette, l’allure, ce n’est pas du tout cela, le personnage n’était pas du tout longiligne, il mesurait 1 mètres 66. Dans son article sur Pierre Laval dans l’ouvrage "Les Hommes de Vichy" publié en 2017, l’historien Jean-Paul Cointet le décrit ainsi : « de taille moyenne, massif, il offre un aspect négligé, voire sale, qu’il doit à la nicotine des deux à trois paquets de Balto qu’il fume » (Jean-Paul Cointet est aussi l’auteur d’une biographie référence sur Laval de 586 pages publiée en 1993 chez Fayard).

Je ne remet pas en cause l’idée qu’un acteur longiligne puisse jouer un personnage historique petit gros, car c’est justement la magie de l’acteur d’incarner son rôle avec ce qu’il est, mais il faut pour autant être plus vraisemblable, et à aucun moment du téléfilm je ne me suis senti en présence de Pierre Laval, de sa complexité, de sa roublardise, de son talent de persuasion, comme Abel Bonnard le dirait après le 10 juillet 1940 : « Je n’aurais jamais imaginé que de l’union d’un maréchal de France et de la République pût naître Pierre Laval. ».

Bref, le côté bonimenteur de Laval ne transparaissait absolument pas chez Patrick Chesnais dont les cheveux ne sont d’ailleurs pas assez ressemblants. Il y a aussi une trop grande différence d’âge : Pierre Laval a été exécuté à 62 ans, en 1940, il avait seulement 57 ans tandis que Pierre Chesnais en avait déjà 74 ans ! Il aurait été plus convaincant en Pétain, et celui du téléfilm (Georges Claisse, ce fut son dernier rôle car il est parti il y a quatre mois) n’a pas plus convaincu.

Et la manière de prononcer le fameux discours où il affirmait vouloir la victoire de l’Allemagne pour éviter celle des forces du bolchevisme en Europe a été plutôt décevante, rien à voir avec les extraits sonores dont les historiens disposent, car Pierre Laval, malgré l’abjection de ses propos qui lui coûta probablement la vie (son exécution par refus de grâce de De Gaulle), faisait vibrer ses auditeurs, par l’émotion qu’il mettait dans son talent oratoire (cette dernière critique peut être réfutée car Pierre Laval a aussi lu le 22 juin 1942 un discours à la radio avec le même ton monocorde que Patrick Chesnais, mais son discours à un meeting me paraît plus représentatif du personnage, celui du 10 juillet 1943 à la salle Wagram il me semble, selon mes recherches).

Bref, non seulement j’ai été très déçu par un acteur que j’aime beaucoup, mais j’ai été étonné de le voir dans cette mauvaise "galère" alors qu’à ma connaissance, il a toujours su jouer dans des films qui n’étaient pas des navets. L’année précédente, Laurent Heynemann avait réalisé un précédent film faisant intervenir Pierre Laval, joué par Philippe Torreton, "Je ne rêve que de vous", sorti le 15 janvier 2020 (mais le film retrace plutôt la vie de Léon Blum sous la Seconde Guerre mondiale).





Je ferme cette parenthèse "lavalienne" et j’explique mon titre : "Amuse-toi mais reste vivant !" C’est une phrase issue d’une chanson des Bee Gees qu’a trouvée Frédéric Beigbeder qui est devenue le slogan de l’association que Patrick Chesnais a créée en avril 2007 pour prévenir les dangers de l’alcool au volant. En effet, Patrick Chesnais a vécu le pire que peut vivre un parent sur cette terre, la mort d’un enfant, son fils Ferdinand en octobre 2006 à l’âge de 20 ans dans un accident de voiture provoqué par l’alcool.

Le chagrin infini de Patrick Chesnais l’a également conduit à publier en septembre 2008 un livre de témoignage pour garder vivante la mémoire de son fils ("Il es où, Ferdinand ? Journal d’un père orphelin", éd. Michel Lafon). Il y exprime sa peine : « On appuie sur le bouton, on filme ses enfants qui grandissent, on les filme en vacances, on les regarde une fois en rentrant, et puis après, on passe à autre chose, et il y a toujours un film qui chasse l’autre. (…) Toute cette vie qui est stoppée net. Net, c’est le mot. ».

Et ses angoisses : « Je crois que maintenant, ce sera toujours l’hiver pour moi. ». Ce deuil terrible : « Tu me manques. Terriblement. De plus en plus. Comme je te le disais, le temps s’allonge depuis le moment où je t’ai vu pour la dernière fois. ».

Parmi les premières victimes, Patrick Chesnais a aussi témoigné de sa maladie, à l’époque, peu de personnes l’avaient encore "attrapée" car c’était en avril et mai 2020, et il n’hésitait pas, comme d’autres, à la traiter de "saloperie" : le covid-19 !

En effet, à "Nice-Matin", il expliquait le 4 mai 2020 : « Du jour au lendemain, il y a eu l’épidémie de coronavirus, on a dû l’arrêter [de jouer une pièce dans un théâtre parisien]. Deux jours après être arrivé dans ma maison de l’île de Ré (…), j’ai senti des frissons, de la fatigue, je ne pouvais plus appuyer sur les pédales [il faisait du vélo]. J’avais de la fièvre. J’ai pensé tout de suite au covid-19. (…) Je savais que c’était ça. Et j’ai été testé positif ! C’est une véritable saloperie ! Je n’ai jamais connu ça de ma vie. Une telle fatigue, une telle lutte… ». Dans le "Journal du dimanche", le 24 mai 2020, il confirmait : « J’avais un mesureur d’oxygène dans le sang. Ce virus est une véritable saloperie qui ne vous lâche plus une fois qu’elle vous a chopé : un jour, vous pensez que c’est terminé, et l’épuisement ressurgit tout à coup ! ».

Mais heureusement, la vie aussi s’accroche bien fermement, et c’est ce que je souhaite à Patrick Chesnais pour ses 75 prochaines années ! Bon anniversaire.


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Sylvain Rakotoarison (12 mars 2022)
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18 mars 2022 5 18 /03 /mars /2022 03:50

« Il se trouve que je suis le premier mari d’Anne Sinclair. Ce n’est ni ma faute ni la sienne. C’est donc pour nous une histoire de famille, puisque nous avons des enfants ensemble. Pour la première fois de ma vie, je me suis retrouvé impliqué dans une histoire de dimension planétaire. (…) Je ne connais que ce que je lis dans les journaux. Je ne pose pas de questions à DSK. On est très liés, mais je n’ai rien à savoir de sa vie privée. » (Ivan Levaï, le 4 novembre 2011 dans "Sud Ouest").




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Le journaliste Ivan Levaï fête ses 85 ans ce vendredi 18 mars 2022. Né à Budapest peu de temps avant la guerre, réfugié en France puis orphelin, il s’est trouvé dès l’enfance dans une œcuménisme personnel : né juif, baptisé catholique, éduqué dans une école protestante… Il est devenu lui-même instituteur puis professeur de français.

Mais sa passion pour l’information l’a dévié de son rôle pédagogique : dès 1963, il a collaboré au service jeunesse de l’ORTF et a commencé ainsi une très longue carrière de journaliste. Avec José Arthur et d’autres, il animait une émission sur France Inter sur la jeunesse, puis a participé au lancement de la deuxième chaîne de télévision avec une émission, etc. En 1966, il se frotta à la presse écrite en collaborant aussi à "L’Express" à l’époque mythique de Françoise Giroud, chargé de la jeunesse également. Dès la fin des années 1960, il a su montrer son talent de journaliste dans trois modes d’expression totalement différents : radio (sa voix était très reconnaissable et posée), télévision et presse écrite.

Comme Philippe Alexandre, il a appris le journalisme politique aux côtés de grands fauves de la vie politique de l’époque, en particulier aux côtés d’Edgar Faure qui l’avait invité à l’accompagner pour rencontrer Salvador Allende et Augusto Pinochet.

Ses deux principales radios furent France Inter puis Europe 1 qu’il a intégré en 1972 comme chef du service politique, puis comme responsable de la revue de presse jusqu’en 1987. C’était à cette époque que je l’écoutais quand je le pouvais, ses revues de presse quotidiennes étaient très suivies mais elles étaient tardives (vers 8 heurs 30 si je me souviens bien).

À ma connaissance, c’est lui qui a véritablement donné des lettres de noblesse à la revue de presse. C’était un résumé dense important non seulement de l’actualité de la journée précédente, mais de la perception de celle-ci dans la presse, ce qui était un petit peu différent, mais au lieu de n’être qu’une note de service pour information, Ivan Levaï en faisait une exercice de style, même littéraire, agrémenté d’un certain nombre de références et d’allusions qui en apportaient toute sa richesse. Je propose d’ailleurs de lire à la fin de l’article ce qu’en analyse Françoise Claquin.

Parallèlement, il a continué à collaborer à la télévision, en particulier dans une émission de Christine Ockrent sur FR3 vers 1975. Peut-être parce qu’il était considéré comme proche de la gauche, à partir de 1981, il avait aussi des responsabilités de grand conseiller auprès de la présidence de la station de radio, d’abord à Europe 1 (conseiller de Jean-Luc Lagardère puis de Pierre Barret) puis à Radio France aussi. J’y reviens un peu plus loin.

Après deux années auprès de la rédaction des journaux "Le Provençal" et "Le Soir", Ivan Levaï a fait son retour à France Inter en prenant la responsabilité de la revue de presse de 1989 à 1996 tout en étant nommé directeur de l’information de Radio France (le 31 octobre 1996, il a fait sa 1 500e revue de presse sur France Inter). Il a pris ensuite la direction de "La Tribune" puis de 1999 à 2003, il a lancé LCP, la chaîne parlementaire, dont il a été le premier président, tout en assurant la revue de presse de France Musique. Il a repris aussi la direction de "Tribune juive".

Son retour sur France Inter a lieu en 2005 et Ivan Levaï faisait les revues de presse de la station le week-end de 2006 à 2014. Il a quitté son émission en 2014 alors qu’il avait déjà 77 ans ! Ce qu’Ivan Levaï a très mal pris, ne voyant pas le besoin de renouvellement, de rajeunissement et de féminisation de la station dont la directrice lui avait proposé (le 23 juin 2014) d’être « un intellectuel référent sur l’antenne en cas de grand événement », proposition qu’il a rejetée.

Intellectuel, probablement influent, c’est sans doute ce qui le caractérise le mieux de toutes ses années de revue de presse qui ont été écoutées avec attention par les plus grands dirigeants, au point que les éditorialistes de la presse écrite écrivaient aussi dans l’espoir d’être cités par lui ! Ses combats pouvait être amicaux, comme cette pétition qu’il a signée en avril 2002 pour demander l’indulgence de l’administration fiscale envers la romancière François Sagan ruinée qui devait près de 1 million d’euros au fisc pour ses revenus de 1994 : « Françoise Sagan doit de l’argent à l’État, la France lui doit beaucoup plus : le prestige, le talent, un certain goût de la liberté et de la douceur de vivre. ».

Mais ses combats pouvaient être politiques. Ivan Levaï était effectivement ce qu’on appelait un "intellectuel de gauche". En particulier, Ivan Levaï s’était opposé assez subtilement au leader du FN Jean-Marie Le Pen qui l’avait pris violemment à parti dans un meeting au Bourget le 20 octobre 1985 où il avait fustigé quatre journalistes d’une certaine confession, Jean Daniel, Jean-François Kahn, Jean-Pierre Elkabbach et Ivan Levaï.

Voici d’ailleurs la vidéo très intéressante (elle dure près de 20 minutes) d’un face-à-face entre le journaliste et le président du FN, dans l’émission "Défi" diffusée en direct le 16 janvier 1986 sur RTS, où l’on peut voir à quel point Ivan Levaï choisissait ses mots pertinents et les exprimait avec talent (c’est un homme de radio exceptionnel).





Et "l’intellectuel de gauche" a vivement soutenu deux personnalités à la présidentielle : François Mitterrand et Dominique Strauss-Kahn. Le 10 mai 1981, journée de la victoire du premier, il se trouvait dans la chambre d’hôtel du futur Président au Vieux-Morvan, à Château-Chinon, dans la Nièvre, et il aurait contribué à rédiger le premier discours du nouvel élu. Proche de "Dieu", il l’accompagnait les week-ends à Latché dans les Landes, et il le ramenait en voiture devant l’appartement d’Anne Pingeot, à Paris.

Avec Dominique Strauss-Kahn, la passion a aussi déteint sur la politique et Ivan Levaï attendait patiemment de fêter la victoire de l’ancien ministre de l’économie et des finances dans les salons dorés de l’Élysée en mai 2012, trente et un ans plus tard. Pourtant, cela pouvait sembler étonnant.

En effet, la femme d’Ivan Levaï était dans les années 1980 la présentatrice vedette de TF1, Anne Sinclair, qui a reçu un Sept d’Or en 1988 pour l’animation de son émission politique du dimanche soir "Sept sur sept". Mais celle-ci a rencontré un jeune économiste du PS, Dominique Strauss-Kahn. Le couple Levaï-Sinclair s’est séparé en bonne intelligence et Anne Sinclair a épousé Dominique Strauss-Kahn pour le meilleur (et on sait aussi depuis 2011, pour le pire).

Malgré leur divorce, Anne Sinclair et Ivan Levaï sont restés de très bons amis, passant même leurs vacances ensemble, les enfants d’Ivan élevés par Dominique comme un excellent père, Ivan présentant sa nouvelle épouse à Anne, etc. D’habitude, je n’insiste pas beaucoup sur la vie privée des personnalités publiques car cela ne regarde qu’elles même si elles l’affichent en public. Néanmoins, c’était important de l’évoquer ici, en me référençant à un excellent article de Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin publié le 8 octobre 2011 dans "Le Monde" pour comprendre à quel point, comme le titre le dit : « Ivan Levaï [était le] dernier avocat de Dominique Strauss-Kahn ».

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En juin 1997, Ivan Levaï avait fêté dans les salons de Bercy avec le couple Anne Sinclair et Dominique Strauss-Kahn la nomination de ce dernier comme Ministre de l’Économie et des Finances, numéro deux ex aequo du gouvernement de Lionel Jospin avec Martine Aubry, et promis à un bel avenir politique. Ivan Levaï croyait tellement, au début des années 2010, à la victoire présidentielle de Dominique Strauss-Kahn, qu’il comptait écrire cette ascension sous le titre : "La Troisième Victoire de François Mitterrand".

Le 14 mai 2011, lorsque l’affaire du Sofitel a éclaté et DSK jeté en prison, menottes aux mains, Ivan Levaï a été "un peu" excessif, prêt à dire : « Le marquis de Sade, sous Louis XVI, à la Bastille, était mieux traité ! ». Il est allé à l’Élysée le 18 mai 2011 demander au Président Nicolas Sarkozy d’aider le, encore, directeur général du FMI. Nicolas Sarkozy était lui aussi en colère, il avait mis en garde DSK contre ses penchants qui pouvaient être très mal pris aux États-Unis. Nicolas Sarkozy n’était pas un homme de droite pour Ivan Levaï : « Nous nous connaissons depuis longtemps. Il est d’origine hongroise, moi aussi. (…) Je n’imaginais pas un moment que Nicolas puisse se réjouir. ». Dans son livre "Chronique d’une exécution" sorti le 6 octobre 2011 (chez Le Cherche Midi), Ivan Levaï complète : « Il m’assure que tout ce que l’on pouvait faire pour Dominique l’avait été et le serait. ».

Ivan Levaï n’a pas semblé comprendre la gravité morale des agissements de DSK. Il est d’une génération qui a eu du mal à comprendre le futur phénomène MeToo. Il dénonçait même un « maccarthysme sexuel ambiant ». Et de continuer dans l’excès : « Cette histoire va changer la politique, vous n’imaginez pas. Il y aura des tribunaux d’inquisition, ceux de l’opinion. Pour être élu Président, il va falloir obéir à des critères nouveaux. Les qualités qui seront exigées, peu d’hommes les possèdent. » (cité par Raphaëlle Bacqué et Ariane Chemin), sans d’ailleurs imaginer alors qu’une femme pourrait être élue (même si, finalement, c’est ce dont il rêverait).

Il ne croyait pas un instant DSK coupable de viol et a rappelé que si peu de femmes violées déposent plainte (moins de 10%), 10% de plaintes correspondaient aussi à des viols imaginaires. Son argument massue, c’était : « Anne ne resterait pas avec un violeur ! ». Car si elle était mariée à un violeur, alors lui-même se considérerait comme un violeur en tant qu’ancien mari. Bref, la défense de DSK était avant tout une affaire personnelle pour le journaliste qui avait refusé par pudeur toute interview sur le sujet entre mai et septembre 2011.

Dans leur article, les deux journalistes du "Monde" ont raconté une anecdote qu’a vécue Ivan Levaï : « Il déjeunait avec Jean-François Kahn, un autre ami des Strauss-Kahn, chez L’Ami Louis, célèbre bistrot gastronomique du cœur de la capitale. À quelques tables d’eux, Bill Clinton partage un coûteux poulet-frites avec sa fille, Chelsea. Les deux journalistes ne parlent anglais ni l’un ni l’autre, impossible d’aborder l’ex-Président américain. "Mais au moment où ils ont quitté le restaurant, toute la salle s’est levée et a applaudi bruyamment, raconte-t-il radieux. Cet homme, dont ‘Le Monde’ avait publié le rapport du procureur Kenneth Starr, avec tous les détails de sa relation avec la stagiaire Monica Lewinsky !" Un tel épilogue, on le devine, Ivan Levaï (…) en rêverait. ».

Ivan Levaï est tellement connu comme auteur de revues de presse que certaines de ses prestations sont même devenues des sujets d’étude. Ainsi, Françoise Claquin, enseignante à l’Université de Nantes, a publié en 1993 un article sur "La revue de presse : un art du montage" dans la revue "Langage & Société" n°64 (pp. 43-71) où elle explique : « La spécificité de la revue de presse consiste à rapporter les propos d’autrui et, en même temps, à s’affirmer comme voix et comme énonciateur. Le journaliste est constamment tendu entre deux impératifs : faire entendre mille voix et faire entendre (un peu) la sienne. Seule la sienne peut les ordonner mais elle risque sans cesse de les couvrir. (…) I. Levaï, par le phénomène citationnel, se situe par rapport aux éditorialistes dont il rapporte les propos. La citation est l’expression d’une relation discursive à l’autre. L’effet discursif dépend du degré et de la nature de la relation que le chroniqueur de France Inter entretient avec ses confrères de la presse écrite mais il faudrait aussi considérer pleinement les différents paramètres extra-linguistiques, situationnels sous-jacents à toute énonciation. En fait, la relation qui s’instaure établit une dynamique entre un énonciateur et une signature. La signature est une des marques explicites de la prise en charge du discours. Par là même, les assertions constituant le discours sont érigées en jugement individualisés. ».

Pour conclure : « Par le jeu d’échos des citations, I. Levaï assure la maîtrise de l’organisation générale de la revue de presse. Cette mise en scène lui permet de renvoyer les éditorialistes à leurs confrères dans une confrontation fondée sur le critère de l’intérêt. Dans les enchaînements, I. Levaï cherche à homogénéiser son discours. Pour ce faire, il opère un émiettement de la parole d’autrui. La pluralité et la dispersion des citations lui assurent "le dernier mot" ! (…) Il fait un éditorial avec des éditoriaux, avec les mots des autres. Il prend prétexte de ce qu’ont écrit ses confrères pour proposer son propre commentaire sur l’actualité. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 mars 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ivan Levaï.
Jacqueline Baudrier.
La déplorable attention du journalisme à sa grande dame.
Aider les chrétiens d’Orient.
Philippe Alexandre.
Alain Duhamel.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220318-ivan-levai.html

https://www.agoravox.fr/actualites/medias/article/ivan-levai-ses-celebres-revues-de-240156

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/03/14/39388503.html





 

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