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23 septembre 2020 3 23 /09 /septembre /2020 03:56

« La taca-taca-taca-tac-tactique du gendarme,
C’est d’être toujours là quand on ne l’attend pas.
La taca-taca-taca-tac-tactique du gendarme,
C’est d’être perspicace sous un petit air bonasse. »

("La Tactique du gendarme, paroles de Bourvil
et Lionel Leplat, musique d’Étienne Lorin, 1949)



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Il y a cinquante ans, le 23 septembre 1970, l’acteur vedette du cinéma français Bourvil est mort à Paris après trois années d’une saleté de maladie à un âge qu’on qualifierait aujourd’hui de "pas trop vieux encore", c’est-à-dire à 53 ans (il est né le 27 juillet 1917 en Normandie). Admirateur de Fernandel (on l’a même appelé "Fernandel normand" quand, jeune, il amusait la galerie dans les fêtes familiales en l’imitant, et pendant un court moment, il s’est même fait appeler Andrel), il est devenu un peu comme lui : humoriste, chanteur de music-hall, comédien de théâtre, acteur de cinéma… avec une célébrité proportionnelle aux succès des films dans lesquels il a joué. C’est-à-dire immense.

Car Bourvil, avec Fernandel, Jean Gabin et Louis de Funès, ont véritablement dominé le cinéma français des années 1960, et leurs films ont été accueillis avec un très grand succès populaire, atteignant parfois les huit chiffres, dépassant en effet les 10 millions d’entrées en salle.

On peut facilement se rappeler ses films tellement connus que la télévision continue à les repasser en boucle tous les ans pour les fêtes (on ne sait plus s’ils sont connus parce qu’ils sont rediffusés ou l’inverse). Ses duos avec Louis de Funès (qui ressentait une pointe de jalousie lors des tournages car il se considérait comme la seule vraie star) dans "Le Corniaud" (1965) et "La Grande Vadrouille" (1966), tous les deux de Gérard Oury ; un duo avec Fernandel dans "La Cuisine au beurre" de Gilles Grangier (1963) ; avec Jean-Paul Belmondo dans "Le Cerveau" de Gérard Oury (1969) ; avec Alain Delon et Yves Montand dans "Le Cercle rouge" de Jean-Pierre Melville (1970). Beaucoup de ses films retraçaient la dernière guerre, dont le film qui l’a rendu très célèbre, "La Traversée de Paris" de Claude Autant-Lara (1956), aussi "Le Jour le plus long" (1962), et l’un de ses derniers films, "Le Mur de l’Atlantique" de Marcel Camus (1970), avec Sophie Desmarets et Jean Poiret.

Dans la plupart des films, Bourvil faisait le "profil bas" du Français moyen, plutôt campagnard, un comique paysan, naïf, gentil voire benêt, un peu simplet mais très généreux, au grand cœur, tendre et attachant, et légèrement cabotin sur les bords.

Le contexte, c’étaient les Trente Glorieuses, version haute, c’est-à-dire la version gaullienne, la France qui s’industrialisait, qui sortait des crises politiques incessantes de la Quatrième République, qui sortait du marasme économique, qui retrouvait sa dignité et son indépendance. Cette France-là avait besoin de divertissement, de joie, d’esprit optimiste et positif, la croissance était là, le chômage très faible, la confiance en l’avenir assez grande. De Gaulle, d’ailleurs, plaçait Bourvil en rival dans sa notoriété mondiale (au même titre que Tintin !).

Paradoxalement, le chansonnier Bourvil a engendré deux enfants très "sérieux", un économiste et son aîné, un député socialiste, Dominique Raimbourg qui fut le président de la prestigieuse commission des lois de l’Assemblée Nationale de février 2016 à juin 2017 (pour remplacer Jean-Jacques Urvoas, nommé Ministre de la Justice).

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Aujourd’hui, pourrait-on imaginer qu’un Bourvil moderne soit encore porté par tant d’admiration et de fascination par le peuple ? Probablement pas, notre société, depuis plusieurs décennies, renforcée par l’individualisme égotique des réseaux sociaux, est une civilisation du ricanement et faire de Bourvil une star serait un peu se renier : trop simple, trop simplet, trop simpliste, le Bourvil. La joie de vivre, la franche camaraderie, la main toujours sur le cœur, pas sûr que les valeurs qu’il véhiculait dans une époque d’expansion et de construction soient les mêmes que dans notre époque de doute, de suspicion (et pas seulement de covid-19), de perte de référence, de confusion identitaire et de complotisme, le "on-ne-nous-dit-pas-tout" ajouté au "mais-moi-je-sais-la-vraie-vérité".

Bourvil, comme du reste Fernandel, n’a quasiment pas franchi la décennie des années 1970. Il est donc un représentant d’une France ancienne, celle paradoxalement, dont beaucoup, aujourd’hui, ont la nostalgie. Souvent une nostalgie feinte car lorsqu’on regarde les dates de naissance, on peut s’étonner que justement, cette période n’a pas beaucoup été vécue par les quinquagénaires ou quadragénaires qui voudraient retrouver la France d’avant, alors que, s’il y a une chose dont on peut être sûr, c’est qu’on ne reviendra jamais en arrière. Et donc, il faudrait plutôt construire la France d’après, ce que, avec ses maladresses et ses incohérences parfois, mais aussi avec son énergie et son volontarisme, Emmanuel Macron tente de faire, d’une part, parce qu’il est aux commandes, et d’autre part, parce qu’il veut vraiment adapter la France aux réalités du moment, au monde d’aujourd’hui. Ses adversaires voudraient tellement adapter le monde qui nous entoure à une France qui sentirait la naphtaline.

Oui, j’ai bien écrit "paradoxalement" car je pense que tous ceux qui revendiquent un "souverainisme" vaguement "gaullien" (sans trop se préoccuper de ce qu’était réellement le gaullisme qui n’était que pragmatisme : c’est De Gaulle qui a appliqué le premier en France le Traité de Rome et il avait pourtant toute la latitude d’envoyer ce premier traité de la création européenne dans la fosse commune de l’histoire), ceux qui revendiquent le retour aux années de prospérité économique voire de planification industrielle (dont Emmanuel Macron a repris l’idée pour François Bayrou), ceux-là ne mettraient certainement pas Bourvil dans leur devanture, en étendard de leurs racines. Bourvil, c’est pourtant la France rural, celle de la ruralité voire de la rurbanité, celle aujourd’hui laissée pour compte, cette France périphérique, celle des ronds-points, victime de la désertification des services publics (et commerciaux).

Mais c’est peut-être cela d’être une star universelle, être hors du temps et de l’espace, comme un héros de bande dessinée qui franchit allègrement les dérives du temps et du monde pour se parachever dans une sorte d’œuvre immuable, évidemment ici aidée par de grands réalisateurs.

Et par des airs de chanson qui continuent à trotter en boucle dans la tête plongée dans l’air vicié d’une atmosphère polluée en temps de coronavirus… Vive cette insouciance à jamais disparue !

« Je plongerais tout nu dans l’océan,
Pour te ramener des poissons d’argent,
Avec des coquillages lumineux,
Oui, mais en échange tu sais ce que je veux.
Salade de fruits, jolie, jolie, jolie,
Tu plais à mon père, tu plais à ma mère,
Salade de fruits, jolie, jolie, jolie,
Un jour ou l’autre, il faudra bien qu’on nous marie. »

("Salade de fruits", paroles de Noël Roux,
musique de Noël Roux et Armand Canfora, 1959).


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Sylvain Rakotoarison (22 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200923-bourvil.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/bourvil-serait-il-encore-une-star-227276

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/16/38537110.html








 

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22 septembre 2020 2 22 /09 /septembre /2020 03:31

« Ce doux mystique a travaillé avec les plus grands (Bunuel, Welles, Truffaut, Eustache, Spielberg…) sans cesser d’expérimenter, en s’aventurant dans l’avant-garde, en devenant même une sorte de parrain pour la nouvelle garde du cinéma français (Bruno Podalydès, Thierry Jousse, Sophie Fillières, Nicolas Klotz…). Jamais installé, Lonsdale. Toujours, il chemine, lentement, migre à travers les continents et les époques. À la fois pèlerin et mammouth. » (Jacques Morice, "Télérama", 2010).



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Quelle tristesse d’apprendre la mort de Michael Lonsdale, ce géant du cinéma et du théâtre, qui s’est éteint dans son sommeil à Paris ce lundi 21 septembre 2020 à l’âge de 89 ans (il est né le 24 mai 1931 à Paris). Selon le journal lyonnais "Le Progrès", le cardinal Philippe Barbarin (ancien archevêque de Lyon) était à ses côtés, à son chevet, la veille de sa mort. D’origine franco-britannique et irlandaise, Michael Lonsdale s’était converti au catholicisme en 1953 et a toujours montré un intérêt très fort pour la religion (ce qui lui a valu le rôle qui lui a donné la consécration de la profession).

C’est un peu commun de dire qu’un acteur dégage une forte présence dans une œuvre, puisque c’est justement le rôle de l’acteur d’être présent et de faire exister par lui une œuvre (théâtrale ou cinématographique). Ce l’est donc pour Michael Lonsdale mais en plus fort encore. Car dans ses plus de cent cinquante films auxquels il a participé, il n’a eu souvent que des rôles mineurs, ou, plus exactement, secondaires, mais sa présence justement n’en faisait plus des rôles mineurs : sa voix très grave, très rassurante, enfin, aussi rassurante qu’un médecin qui cherche à ménager son patient avant de confirmer un méchant diagnostic, était là pour rappeler sa présence. Le comédien chuchotait à ses débuts, parlait à voix trop basse.

Michael Lonsdale a été formé au cours d’art dramatique de Tania Balachova, il y avait Antoine Vitez, Jean-Louis Trintignant, etc. Au théâtre, il a joué dans une soixantaine de pièces de grands auteurs comme Samuel Beckett, Marguerite Duras, Friedrich Dürrenmatt, François Billetdoux, Eugène Ionesco, Georges Perec, Aimé Césaire, etc. Il aimait tellement le théâtre qu’il a créé en 1972 le Théâtre musical des Ulis (subventionné). Mais il n’a pas voulu entrer à la Comédie-Française, il voulait garder son indépendance et éviter les sentiers battus, créer de nouveaux personnages et de nouvelles pièces.

Au cinéma, Michael Lonsdale a joué avec les plus (ou moins) grands réalisateurs (en plus de la liste citée plus haut et ceux cités plus loin, rajoutons notamment Louis Malle, Jean-Pierre Mocky, Gérard Oury, Michel Deville, Yves Robert, René Clément, Gilles Grangier, Marcel Carné, Jean-Luc Godard, Jacques Rivette, Bertrand Blier, Milos Forman, Yves Boisset, Georges Lautner, etc.), dans des types de film très diversifiés, des rôles aussi très divers mais souvent inquiétants, lugubres, mystérieux, voire méchants, ou alors dans des rôles d’autorité (prêtre, policier, ministre, etc.). Aussi dans de nombreuses productions anglophones (puisqu’il était bilingue).

Dans les dernières années de sa vie, il arborait une barbe gris blanc avec des cheveux de même couleur, un peu à la manière de Panoramix ou d’un Père Noël (sans le déguisement), et pourtant, il n’était pas si éloigné, en look, de ses jeunes années. Des cheveux coiffés toujours de la même manière, une bouche très délicate qui laissait échapper l’esprit de finesse là où les yeux quasi-autoritaires imposaient une certaine soumission confortée par la voix. La corpulence aussi complétait l’esprit de terreur dont il pouvait se couvrir en cas de besoin.

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Oui, Michael Lonsdale faisait partie du cinéma français des belles années au même titre que de nombreux prodigieux acteurs comme Michel Bouquet, Jean-Pierre Marielle, Michel Aumont, Claude Piéplu, Jean Rochefort, Jean Bouise, Jacques François, Claude Rich, Michel Piccoli, etc. Il lui manqua sans doute quelques premiers rôles dans des grands films, mais cette frustration est très fréquente dans la profession, comme l’a confié Jean Piat pas mécontent d’avoir privilégié le théâtre sur le cinéma.

Dans "Hibernatus" d’Édouard Molinaro (sorti le 10 septembre 1970), Michael Lonsdale est le médecin expert en hibernation. Son ton posé en fait un médecin très crédible, et on aurait même pu l’imaginer sur les plateaux de télévision parler du covid-19 ces derniers mois. Il s’est bien entendu avec Louis de Funès qu’il qualifiait pourtant de "tyran" sur le plateau du tournage : « J’ai compris très vite qu’il fallait toujours improviser, ne pas chercher à caser ses répliques, car lui était incapable de dire une réplique normalement. (…) Moi, je jouais plutôt avec ce qu’il faisait, du coup, on s’est amusé, il était content que je sois à l’aise dans l’impro et m’a félicité. (…) Madame de Funès débarquait souvent sur les plateaux pour demander aux gens, mine de rien, leurs opinions politiques, histoire de vérifier qu’il n’y avait pas trop de communistes. (…) Quand elle m’a posé la question je lui ai répondu que j’étais d’extrême centre. Elle n’a pas compris l’astuce. » ("Les Inrocks" de juillet 2011).





Dans l’excellent film d’Alain Resnais "Stavisky" (sorti 15 mai 1974), retraçant la course folle d’un escroc qui fut l’un des grands scandales politiques de la Troisième République, Michael Lonsdale continue à jouer un médecin aux côtés de Jean-Paul Belmondo et d’Anny Duperey. Tandis qu’il est le méchant milliardaire Hugo Drax dans le James Bond "Moonraker" de Lewis Gilbert (sorti le 26 juin 1979), l’ennemi de Roger Moore.





Avec "Section spéciale" de Costa-Gavras (sorti le 23 avril 1975), le sujet abordé est très grave (la décision d’exécuter arbitrairement cinq innocents sous l’Occupation) et Michael Lonsdale est l’ignoble Ministre de l’Intérieur Pierre Pucheu (pas plus ignoble que le Ministre de la Justice magistralement joué par l’impressionnant Louis Seigner). Les magistrats dans ce film sont nombreux : Pierre Dux, Michel Galabru, Jacques François, Jean Bouise, Claude Piéplu, Jacques Perrin, Julien Guiomar, etc. Même période noire dans "Monsieur Klein" de Joseph Losey (sorti le 22 mai 1976) aux côtés d’Alain Delon et Jeanne Moreau.





Adapté du roman d’Umberto Eco, "Le Nom de la rose" de Jean-Jacques Annaud (sorti le 24 septembre 1986) met en scène Michael Lonsdale dans le rôle de l’abbé, aux côtés d’autres grands acteurs comme Sean Connery.




Dans "Ma vie est un enfer" de Josiane Balasko (sorti le 4 décembre 1991), il joue l’archange Gabriel aux côtés notamment de Daniel Auteuil.





Dans l’étonnant film de James Ivory "Les vestiges du jour" (sorti le 5 novembre 1993), Michael Lonsdale est Dupont d’Ivry et fait au nom de la France de la "diplomatie de château" avec d’autres représentants, britanniques, allemands et américains, alimentant une naïveté allant jusqu’à la surprise d’être face à des interlocuteurs américains et allemands très cyniques, l’idée restant d’éviter la Seconde Guerre mondiale.

L’un des rôles les plus troublants de Michael Lonsdale fut sans doute dans "Nelly et Monsieur Arnaud" de Claude Sautet (sorti le 18 octobre 1995), celui d’un maître chanteur doublé de lâche et "parasite", qui interrompt le duo entre Michel Serrault et Emmanuelle Béart.

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En jouant Frère Luc, l’un des moines de Tibhirine qui ont été kidnappés le 20 avril 1996 puis assassinés par des terroristes islamistes algériens, dans le film de Xavier Beauvois "Des hommes des dieux" (sorti le 8 septembre 2010), aux côtés de Lambert Wilson, Michael Lonsdale ne pouvait que s’épanouir dans un rôle qui lui tenait à cœur et qui lui a apporté son unique César (du meilleur acteur de second rôle) le 25 février 2011. Il expliquait en 2010 : « En France, on est étiqueté. Voyez mes rôles d’Église : curé de campagne, moine, prêtre révolutionnaire, évêque, cardinal, pape, j’ai tout fait. Y compris l’archange Gabriel (…). Je m’étais juré d’arrêter. Mais le film de Beauvois, c’était impossible de refuser. » ("Télérama").





Par ailleurs, Michael Lonsdale est aussi un artiste peintre reconnu et l’auteur d’une trentaine d’ouvrages, dont un hommage à Charles Péguy sorti en 2014 ("Entre ciel et terre", éd. Cerf) : « Son œuvre est pour moi une forme d’apostolat. Le moi sentimental et le moi religieux y sont confondus. Il me touche car il a toute sa vie cherché l’unité intérieure, et que ce fut dans la confusion. Les paradoxes, les contradictions, les contrastes me le rendent encore plus attachant. (…) Son constat de désolation et de choses prdues est impressionnant. Prophétique même. Songez aux passages de "Eve" qui renvoient à la corruption : on ne peut les relire sans convenir de l’incroyable lucidité de Péguy. (…) Péguy aurait aimé Frère Luc à cause de l’espérance. Le Christ a accepté de souffrir la condition la plus horrible sur la terre, tant physiquement que moralement, par solidarité avec le monde des pauvres. Il a tout pris sur lui pour sauver le monde et éradiquer le péché ; c’est magnifique, cette histoire, non ? même s’il savait que la résurrection était au bout. Marie savait tout, elle aussi, mais ne disait rien. Enfin, c’est peut-être moi qui gamberge… » (La République des livres, 24 décembre 2014). Georges Bernanos est aussi un auteur que l’acteur appréciait beaucoup.

Ce modeste tour très parcellaire de Michael Lonsdale donne une petite idée de la très grande richesse et diversité de ses prestations tout au long d’une soixantaine d’années de carrière. Il n’a jamais caché sa foi, ce qui est plutôt rare au cinéma : « J’aime cette parole du Christ : "Si vous n’êtes pas comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume [des Cieux]". Les enfants jouent pour se construire, inventer, imaginer. Le jeu, c’est quelque chose de prodigieux. ». Grand ami de Marguerite Duras, metteur en scène d’un spectacle sur Sœur Emmanuelle, cet homme qui se disait lent mais qui était en fait un calme, serein, était un enfant joueur ; qu’il repose en paix !









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Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2020)
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Pour aller plus loin :
Jean-Luc Bideau.
Bourvil.
Michael Lonsdale.
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
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17 septembre 2020 4 17 /09 /septembre /2020 03:04

« La brume violette est tout autour de moi
Je ne sais pas si je remonte ou si je m’enfonce
Suis-je heureux ou malheureux ?
Quoi qu’il en soit, cette fille m’a jeté un sort
Aidez-moi, aidez-moi ! »
(Jimi Hendrix, "Purple Haze", 17 mars 1967).



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Les paroles de cette chanson écrites le 17 décembre 1966 ont été inspirées d’une histoire de Philip Jose Farmer : « L’idée venait d’un rêve que j’avais fait, dans lequel je marchais sous la mer. C’était en rapport avec une histoire que j’avais lue dans un magazine de science-fiction. ».

Avoir participé à une petite fête où il avait chanté, le chanteur et guitariste légendaire Jimi Hendrix est mort il y a cinquante ans, dans la nuit du 17 au 18 septembre 1970, dans l’appartement de sa compagne du moment à Londres. Il devait participer à une autre soirée le soir du 18. Il a été retrouvé sans vie le matin par sa compagne et serait mort d’avoir avalé trop de barbiturique et d’alcool. Il venait de terminer une tournée épuisante en Europe, qui avait commencé le 30 août 1970 au Festival de l’île de Wight (un mauvais concert, selon son batteur Mitch Mitchell, par manque de préparation). Le dernier concert a eu lieu le 6 septembre 1970 dans l’île de Fehmarn, à nord-est de Hambourg, au Festival en plein air Love & Peace, et il fut hué parce qu’il avait été absent la vieille à cause d’une pluie torrentielle.

Certains ont même évoqué un assassinat perpétré par son manager qu’il venait de congédier et qui a pu ainsi exploiter tous les droits posthumes du chanteur, manager qui lui-même est mort dans un accident d’avion deux ans et demi plus tard près de Nantes, au cours d’une collision entre deux avions (en pleine grève des aiguilleurs du ciel). La copine de Londres a été retrouvée morte en 1996 après la publication de son livre de témoignage (un suicide selon le mari de celle-ci).

La succession de Jimi Hendrix fut particulièrement compliquée et a fait vivre de nombreux avocats pendant plusieurs décennies, d’autant plus qu’au-delà des seulement quatre albums sortis, Jimi Hendrix avait enregistré en studio de nombreuses chansons qui n’avaient jamais été rendues publiques (parfois, dans un cadre d’études et de recherche). La succession de Johnny Hallyday semble être, en comparaison, assez simple.

À sa mort, Jimi Hendrix avait 27 ans, né le 27 novembre 1942 à Seattle, et il n’avait chanté pour lui-même que quatre ans, notamment dans le cadre du groupe qu’il avait créé, The Jimi Hendrix Experience, pendant les trois premières années. Jimi Hendrix a participé au Festival de Woodstock le 18 août 1969 dans le cadre d’un groupe éphémère (constitué seulement pour ce concert) appelé Gypsys Sun & Rainbows. Dans ce groupe, il y avait en particulier Mitch Mitchell (1947-2008), le batteur, qui a dit bien après la mort de Jimi Hendrix : « En fin de compte, tout ce qu’on peut dire, c’est : "Quel put@in de gâchis". Il était irremplaçable, à la fois comme ami et comme musicien. Il me manque autant aujourd’hui qu’il y a vingt ans. ». Lui-même est mort à Portland le 12 novembre 2008 après une série de concerts en mémoire de Jimi Hendrix.

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Le chanteur sentait qu’il ne ferait pas de vieux os, ne serait-ce que parce qu’il estimait que sa vie serait terminée lorsqu’il ne serait plus capable d’apporter du neuf dans sa musique : « Je suis celui qui doit mourir quand il est temps pour moi de mourir, alors laissez-moi vivre ma vie comme je veux. ». Il a déclaré dans une interview avec Anne Bjorndal publiée le 6 septembre 1970 : « Je ne suis pas sûr que j’atteindrai 28 ans. Je veux dire qu’au moment où musicalement, je sentirai que je n’ai plus rien à donner, je ne serai plus de ce monde. ».

Jimi Hendrix fut parmi les premiers d’une désolante série de plus d’une vingtaine d’artistes morts à l’âge de 27 ans, notamment après Brian Jones, cofondateur des Rolling Stones (le 3 juillet 1969) et avant Janis Joplin (le 4 octobre 1970, quelques jours seulement après les funérailles de Jimi Hendrix le 1er octobre 1970 à Seattle), Jim Morrison, cofondateur des Doors (le 3 juillet 1971), Kurt Cobain, cofondateur de Nirvana (le 5 avril 1994), et même Jean-Michel Basquiat (le 12 août 1968) et Amy Winehouse (le 23 juillet 2011), dans des circonstances de mort parfois non élucidées mais souvent (pas toujours) en rapport avec la consommation de drogues et d’alcool.

S’il était déjà légendaire avant sa mort parce qu’il avait révolutionné, et en tout cas, beaucoup influencé, la musique de la fin des années 1960 et des années 1970 (à titre posthume), Jimi Hendrix est devenu encore "plus légendaire" avec une mort aussi jeune. Issu d’une famille modeste, aîné de cinq enfants et tôt orphelin, il a marqué la musique populaire contemporaine, en particulier la musique avec guitare électrique (il était en plus gaucher) pour ses innovations dont certaines furent reprises dans le jazz (notamment par Miles Davis).

Pour donner un "échantillon" de sa musique, je propose deux morceaux comme cette version de l’hymne américain au cours de son concert à Woodstock le 18 août 1969 qu’il a appelé "The Spar-Spangled Banner" qui fut le point d’orgue du festival. C’était une manière de protester contre la guerre au Vietnam : « Décidons de faire une ultime promenade au milieu du vacarme jusqu’à la mer, pas pour mourir, mais pour y renaître, loin des terres meurtries et déchirées. » (déjà près de 5 millions de vues pour la vidéo sur Youtube et plus de 5 000 commentaires). Serge Gainsbourg a fait la même chose avec l’hymne français.





L’un de ses premiers concerts fut en première partie d’un concert de Johnny Hallyday, le 18 octobre 1966 à l’Olympia, salle parisienne mythique.





Je propose aussi une reprise par le chanteur Sting de "Little Wing".





Jimi Hendrix était à la fois auteur, compositeur et interprète de ses œuvres. Il avait aussi le verbe bien tourné. En voici quelques exemples.

Sur sa vocation : « Mon but est de ne faire qu’un avec la musique. Je viens de consacrer toute ma vie à cet art. ».

Sur son talent : « J’ai été si bien imité que j’ai entendu des gens copier mes erreurs. ».

Sur ses textes : « L’imagination est la clef de mes paroles. Le reste est peint avec un peu de science-fiction. ».

Son art : « Nous voulons que notre son pénètre l’âme du public et cherche à voir s’il peut réveiller quelque chose dans leur esprit… Parce qu’il y a tant de gens endormis. ».

Sa guitare : « La fois où j’ai brûlé ma guitare, c’était comme un sacrifice. Vous sacrifiez les choses que vous aimez. J’aime ma guitare. ».

C’est du sport : « Le rock est tellement amusant. C’est ce dont il s’agit : remplir les cages thoraciques et vider les rotules et les coudes. ».

Sur le blues : « Le blues, c’est facile à jouer, mais difficile à vivre. ».

Sur les rêves : « Que les rêves de ton passé puissent être la réalité de ton avenir. ».

Sur la connaissance : « La connaissance parle, mais la sagesse écoute. ».

Sur la paix : « Lorsque le pouvoir de l’amour vaincra l’amour du pouvoir, le monde connaîtra la paix. ».

Et je termine sur sa mort : « La vie est agréable ! La mort est paisible ! C’est la transition qui pose problème. ».


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Sylvain Rakotoarison (17 septembre 2020)
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Annie Cordy.
Joe Dassin.
Zizi Jeanmaire.
Suzy Delair.
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.

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14 septembre 2020 1 14 /09 /septembre /2020 03:23

« La bêtise est infiniment plus fascinante que l’intelligence, infiniment plus profonde. L’intelligence a des limites, la bêtise n’en a pas. » (Claude Chabrol, 2010). Première partie.


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Le célèbre cinéaste Claude Chabrol est mort il y a dix ans, le 12 septembre 2010, chez lui à Paris, à l’âge de 80 ans (il est né le 24 juin 1930 également à Paris). Faisant partie de la fameuse Nouvelle vague du cinéma français (des réalisateurs initialement critiques de cinéma qui ont fait évoluer la manière de faire du cinéma en France), dans laquelle on peut mettre aussi François Truffaut, Jean-Luc Godard, Éric Rohmer, Jacques Rivette, etc. (il me semble d’ailleurs qu’il a tourné le premier film de cette "vague"), Claude Chabrol a été un homme aux mille et une idées, hyperactif et avec plein d’illuminations.

Un peu à l’allure d’un Alfred Hitchcock à la mode française (la Nouvelle vague vénérait Hitchcock et Chabrol aimait apparaître discrètement dans ses réalisations), Claude Chabrol a imposé un style, le style Chabrol, qui est difficile à définir en seulement quelques lignes. Même si les sujets peuvent être très différents, amenés par des manières diversifiées (parfois, on a dit que Chabrol évoluait vers plus commercial), le spectateur est souvent mal à l’aise en regardant un Chabrol, car au-delà du suspense, il y a un côté glauque et surtout, la "happy end" (désolé pour mon english) n’est pas certaine (même si, pour lui, la "happy end" relève avant tout de l’optimisme).

Et c’est même très difficile de déterminer ses meilleures œuvres, car de sa soixantaine de films (l’homme était très fécond), quasiment tous sont des chefs-d’œuvre ! D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la plupart des titres de ses œuvres sont archi-connus et à l’occasion, parodiés. Fils de résistant et pour cette raison, séparé de ses parents pour être protégé dans la Creuse, l’enfant Chabrol a été passionné par le cinéma dès le plus jeune âge. Après des études de droit (en même temps que Jean-Marie Le Pen) et de pharmacie (qu’il n’a pas terminées), il se tourna vers la critique de cinéma et publia avec Rohmer en 1957 un livre sur Hitchcock.

Après une donation du père de sa première épouse, Claude Chabrol a eu les capacités financières de créer sa boîte de production. C’était donc un moyen exceptionnel d’avoir une totale indépendance artistique pour réaliser ses premiers films (cette indépendance a lieu généralement après des premiers succès, pas dès le départ), ce qui permettait de faire des "films d’auteur" pas forcément nourris aux normes classiques du succès commercial. Cela a donné naissance notamment à son premier film, "Le Beau Serge".

Chabrol a eu plusieurs femmes dans sa vie (trois épouses) mais probablement que le lien le plus fort fut avec sa deuxième épouse, Stéphane Audran qui fut l’une de ses égéries dans beaucoup de ses films, l’autre égérie étant Isabelle Huppert un peu plus tard (une quinzaine d’années plus tard). Au-delà de ces deux actrices phares du cinéma de Chabrol, les acteurs récurrents de ses films furent notamment Bernadette Lafont, Michel Bouquet, Jean-Pierre Cassel, Jean Yanne, Jean Poiret, Jean-François Balmer, Robin Renucci, Philippe Noiret, Pierre-François Duméniaud, Roger Dumas, etc. Gérard Depardieu n’a tourné pour Chabrol qu’une seule fois, à son dernier film ("Bellamy"). Dans plusieurs films, Claude Zidi a collaboré avec Chabrol comme cadreur.

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Chabrol a légué toutes ses archives à la Cinémathèque française qui a déjà fait des rétrospectives de son œuvre, au même titre que la chaîne Arte. Cette œuvre est riche et dense, parfois étonnante autant que détonante, et fera sans doute parler d’elle encore longtemps dans des études et autres analyses. Chabrol, lui, a été récompensé par de nombreuses instances, dont l’Académie française. Ses films ont eu parfois un "faible" succès commercial (50 000 entrées), d’autres entre 1 et 2 millions d’entrées, mais jamais des très grands succès. Le 4 décembre 2007, Chabrol disait lors d’une rencontre avec son public : « J’aime le polar, c’est comme une bouée de sauvetage pour explorer l’humain. ».

Beaucoup de ses films sont une description sans complaisance de l’époque contemporaine (ou pas contemporaine), parfois avec de l’humour grinçant sous-jacent, l’observation du cynisme ambiant, la morale douteuse, l’insouciance, et, comme je l’ai écrit plus haut, le glauque, le mystère, le flou, l’ambiance malsaine… Bref, lorsqu’on dit qu’on va voir un film de Chabrol, c’est un choix conscient, pas forcément celui de passer une soirée simple et facile, mais peut-être celui d’être dérangé dans ses idées et principes. Claude Chabrol n’est pas si éloigné que cela des romans de Françoise Sagan qui a collaboré une fois avec le cinéaste (pour son "Landru").

Dans une analyse de quelques-uns des derniers films de Chabrol, Mehdi Benallal propose cette lecture : « C’est un secret trop bien gardé : Chabrol a été l’un des rares cinéastes contemporains pour qui la mise en scène est un absolu, mais pour qui l’absolu de la mise en scène, c’est son effacement devant la réalité. Cette ambition folle de faire triompher l’art en faisant disparaître l’artiste est l’un des plus précieux héritages de la Nouvelle vague, qui la tenait des grands classiques. Chabrol a passé le plus clair de son temps (…) à se détacher de l’histoire qu’il racontait pour se rapprocher de la réalité filmée. Et plus Chabrol faisait de films, plus sa mise en scène se sophistiquait, et plus la réalité qu’il décrivait se révélait riche, profonde et neuve. ».

Pour rendre hommage à Claude Chabrol, voici une petite vingtaine d’exemples (dix-huit) de son immense talent, en deux parties, par ordre chronologique, le Chabrol-Audran et dans le prochain article, le Chabrol-Huppert.



1. "Le Beau Serge" sorti le 10 janvier 1959

Avec Gérard Blain le beau Serge, Jean-Claude Brialy son ami, Bernadette Lafont, son ancienne relation, et aussi la participation de Philippe de Broca. À l’époque du tournage, Bernadette Lafont était encore mineure et en couple avec Gérard Blain.









2. "Les Bonnes Femmes" sorti le 22 avril 1960

L’histoire de quatre employées d’un magasin : Bernadette Lafont qui aime bien le flirt et la drague, Clotilde Joano qui rêve du prince charmant, Stéphane Audran qui se voit star du music-hall, et Lucile Saint-Simon qui voudrait se ranger. Avec aussi (dans des petits rôles) Claude Berri et Philippe Castelli. Répertoire général des films : « D’une excellente réalisation technique, ce film cerne avec une lenteur volontaire et pénétrante la psychologie de ces quatre jeunes filles, le néant de leur existence quotidienne, la vanité de leurs distractions, l’échec de leur recherche de l’amour. Suite de tableaux divers très alertement brossés, criants de vérité. » (3e trimestre 1960).






3. "Landru" sorti le 25 janvier 1963

Charles Denner a eu le premier rôle, celui de Landru lui-même, ce qui était un véritable défi avec une transformation plutôt réussie. Charles Denner joue aux côtés de Danielle Darrieux, Michèle Morgan et Stéphane Audran. Avec un scénario de Françoise Sagan et Claude Chabrol.






4. "Les Biches" sorti le 22 mars 1968

Histoire d’une relation très forte entre deux femmes, Stéphane Audran, la riche et oisive parisienne, et Jacqueline Sassard, la jeune bohème, sur fond de bourgeoisie tropézienne, et d’une relation bousculée par l’entrée en scène de l’amant, Jean-Louis Trintignant l’architecte. Le titre est un jeu de mot avec le mot lesbienne en allemand.






5. "La Femme infidèle" sorti le 22 janvier 1969

Le mari Michel Bouquet qui soupçonne que sa femme Stéphane Audran a un amant, Maurice Ronet, qu’il tue. Avec Michel Duchaussoy dans le rôle de l’inspecteur de police. Guillemette Odicino de "Télérama" : « Suspense feutré, cruauté et humour noir en twin-set et flanelle. Le si classique triangle amoureux prend ici d’étranges contours. L’infidélité n’est qu’un remède temporaire au mariage. Le meurtre, lui, en serait le médicament miracle. » (15 janvier 2011).






6. "Que la bête meure" sorti le 5 septembre 1969

Un "thriller" mettant en scène Michel Duchaussoy, le père d’un jeune homme tué par un chauffard et voulant se venger en raison de l’impasse des enquêteurs, Caroline Cellier, une femme que le père rencontre au cours de ses investigations, et Jean Yanne, toujours dans un rôle de personnage insupportable et repoussant, garagiste, amant et père de famille. Initialement, Philippe Noiret devait prendre le rôle de Jean Yanne mais il a finalement refusé. Le titre provient d’un passage de "L’Ecclésiaste", dans l’Ancien Testament : « Car le sort des fils de l’homme et celui de la bête sont pour eux un même sort ; comme meurt l’un, ainsi meurt l’autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle ; car tout est vanité. ».









7. "Le Boucher" sorti le 27 février 1970

Une idylle entre Stéphane Audran l’institutrice et Jean Yanne le boucher, naissant au cours d’un mariage, et une histoire de meurtres de jeunes filles assez glauque. Film salué par la critique comme souvent pour les films de Chabrol.






8. "La Rupture" sorti le 26 août 1970

Avec Stéphane Audran, la femme qui veut divorcer, Jean-Claude Drouot le mari violent et toxico, Michel Bouquet le beau-père, aussi Michel Duchaussoy, Jean-Pierre Cassel, Jean Carmet, Annie Cordy, etc.






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Pour aller plus loin :
Claude Chabrol.
Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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9 septembre 2020 3 09 /09 /septembre /2020 03:12

« Mais qu’est-ce qu’elles ont, toutes ces femmes ? Qu’est-ce qu’elles ont de plus que toutes celles que je connais ? Eh bien justement, ce qu’elles ont de plus, c’est qu’elles sont des inconnues. » (Charles Denner alias Bertrand Morane, 1977).



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Réplique savoureuse du personnage donjuanesque moderne du cinéma français à la sauce de François Truffaut, prêt à collectionner toutes les jolies femmes, et il y en a de nombreuses. Le grand acteur français Charles Denner est mort il y a vingt-cinq ans maintenant, le 10 septembre 1995, à l’âge de 69 ans (il est né le 29 mai 1926). Toujours cette saleté de maladie qui l’a bousillé pendant une douzaine d’années. Très connu pour sa voix très grave qui a fait son succès et sa réputation, il n’a pas eu la reconnaissance de la profession qu’il aurait dû avoir, avec seulement deux nominations aux Césars (en 1977 pour le meilleur second rôle et en 1978 pour le meilleur acteur).

Il est né en Pologne et sa famille est arrivée en France quand il avait quatre ans. Résistant à l’âge de 16 ans (avec son grand frère Alfred), engagé volontaire parmi les chasseurs alpins au maquis du Vercors, Charles Denner a été un jeune héros silencieux de la Seconde Guerre mondiale qui a risqué sa vie (il a été blessé lors d’une opération commando) avant de se tourner vers le métier de comédien. Il a commencé au théâtre aux côtés notamment de Jean Vilar, Georges Wilson, André Barsacq, Jean Cocteau, en jouant avec Gérard Philippe, François Périer, Michel Galabru, Jeanne Moreau, Antoine Vitez, Paul Préboist, etc. (de 1946 à 1984).

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Assister à une pièce de théâtre avec Charles Denner a dû être évidemment un privilège peu fréquent qui n’a bénéficié qu’à des personnes d’un certain âge aujourd’hui, mais heureusement, regarder ses films est possible en tout temps et à toute époque. La carrière de Charles Denner au cinéma, qui s’est étalée de 1946 à 1986, a été contrastée, car il a souvent été pris pour des seconds rôles. Certains réalisateurs ont, en revanche, compris son grand potentiel et l’ont hissé dans des premiers rôles, c’est le cas en particulier de François Truffaut, mais aussi de Claude Chabrol, de Costa-Gavras, Claude Berri et de Claude Lelouch.

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Voici, pour s’en souvenir, quelques succulentes interprétations du beau Denner, homme à femmes qu’on peut voir dans dles films de Truffaut mais aussi hommes parfois décalé, psychotique, dans des rôles parfois étonnants.


1. "Landru" de Claude Chabrol (sorti le 25 janvier 1963)

Premier rôle, celui de Landru lui-même, ce qui était un véritable défi avec une transformation plutôt réussie. Charles Denner joue aux côtés de Danielle Darrieux, Michèle Morgan et Stéphane Audran. Avec un scénario de Françoise Sagan et Claude Chabrol.






2. "Compartiments tueurs" de Costa-Gavras (sorti le 17 novembre 1965)

Charles Denner y a un rôle secondaire aux côtés de Pierre Mondy, Catherine Allégret, Jacques Perrin, Simone Signoret, Jean-Louis Trintignant, Michel Piccoli et Yves Montand. D’après un roman de Sébastien Japrisot.x






3. "La mariée était en noir" de François Truffaut (sorti le 17 avril 1968)

Cinq hommes, à savoir Charles Denner (dans le rôle de Fergus, l’artiste), Michael Lonsdale, Claude Rich, Jean-Claude Brialy et Michel Bouquet, face à la mariée, Jeanne Moreau. On retrouve quelques traits du personnage de Charles Denner ("cavaleur") qu’il a repris dans "L’Homme qui aimait les femmes". François Truffaut s’est montré dans ce film l’élève du grand maître du suspens Alfred Hitchcock.






4. "Z" de Costa-Gavras (sorti le 26 février 1969)

Dans ce film très politique qui retrace la dictature des colonels en Grèce, Charles Denner a un rôle secondaire, l’avocat ami du député Yves Montand, avec Jean-Louis Trintignant en petit juge, Bernard Fresson, Irène Papas, Jean Bouise, François Périer, Jacques Perrin, Julien Guyomar, etc.






5. "L’aventure c’est l’aventure" de Claude Lelouch (sorti le 4 mai 1972)

Grand film "culte" où Charles Denner partage les trois rôles principaux avec Jacques Brel et Lino Ventura, trois gangsters qui vivent leurs "aventures" avec aussi leurs deux employés, Aldo Maccione et Charles Gérard (mort il y a un an, le 19 septembre 2019).






6. "L’Héritier" de Philippe Labro (sorti le 22 mars 1973)

Charles Denner est le "bras droit" et l’ami fidèle de "l’héritier" industriel, Jean-Paul Belmondo, face au "nonce" Jean Rochefort, qui a le pouvoir dans le groupe au moment de l’explosion de l’avion du patron. Un "classique" du cinéma français.

 





7. "Peur sur la ville" d’Henri Verneuil (sorti le 9 avril 1975)

Charles Denner est l’inspecteur, et joue aux côtés du commissaire Jean-Paul Belmondo (qui fait un nombre incalculable de cascades dans Paris !). Là encore, un "classique" du cinéma français, avec la belle musique du compositeur Ennio Morricone, qui permet de voir le 15e arrondissement en pleine transformation (et on voit bien aussi la Maison de la Radio).






8. "L’Homme qui aimait les femmes" de François Truffaut (sorti le 27 avril 1977)

Le "chef-d’œuvre" de Charles Denner dans un rôle principal, collectionneur de femmes (Brigitte Fossey, Nathalie Baye, etc.), apportant toute sa sensibilité à l’amour de la femme en général.















9. "Robert et Robert" de Claude Lelouch (sorti le 14 juin 1978)

Avec la musique de Francis Lai, Charles Denner partage les deux premiers rôles avec Jacques Villeret, deux célibataires quadragénaires, l’un maniaque l’autre timide, qui jouent aux côtés de Jean-Claude Brialy, etc.






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Charles Denner.
Annie Cordy.
Vanessa Marquez.
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Ennio Morricone.
Zizi Jeanmaire.
Yves Robert.
Suzanne Flon.
Michel Piccoli.
Jacques François.
Alfred Hitchcock.
Brigitte Bardot.
Charlie Chaplin.

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6 septembre 2020 7 06 /09 /septembre /2020 03:11

« Ses hymnes à la joie continueront longtemps à nous trotter dans la tête et nous mettre le cœur en fête. (…) Ce mélange de simplicité et de fantaisie (…) lui [avait] le plus sûrement gagné le cœur des Français. Pour beaucoup, elle était comme une amie, une camarade au long cours. Son énergie était contagieuse et roborative. (…) Remède indépassable à la grisaille des jours et des cœurs, certains réclamaient qu’elle soit remboursée par la sécurité sociale car elle savait faire lever des soleils intérieurs partout où elle passait, chez tous ceux qui l’écoutaient. » (L’Élysée, le 4 septembre 2020).



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Après Suzy Delair (le 15 mars 2020) et Zizi Jeanmaire (le 17 juillet 2020), voici une autre grande chanteuse populaire qui vient de s’éteindre, Annie Cordy, ce vendredi 4 septembre 2020 à Vallauris. À l’âge de 92 ans.

Toujours de bonne humeur, le sourire en bandoulière, Annie Cordy a marqué son époque par son talent et son travail : plus de 700 chansons pleines de joie, des dizaines de disques, mais aussi plusieurs milliers de galas et concerts. Chanteuse d’opérette et de music-hall. Elle a commencé à chanter et à jouer dès 16 ans et elle a pris sa retraite à …90 ans ! Il y a deux ans, en effet, sont sortis trois films où elle jouait encore.

Le communiqué présidentiel, qui ne lésine pas avec les clichés, a rappelé : « Au Lido, Annie Cordy montra toutes les facettes de son talent et les feux de la rampe brûlaient pour cette jeune femme qui dansait, chantait, jouait la comédie et amusait la galerie d’un seul élan. Les opérettes, les comédies musicales et les 45 tours s’enchaînaient et son nom s’accrochait souvent en lettres de feu sur le fronton de l’Olympia. ».

Voici trois chansons très célèbres de "Nini la Chance".


"La Bonne du curé" (1974) :





"Tata Yoyo" (1981) :





"Cho Ka Ka o" (1985) :





Mais au-delà de la chanteuse, il y a eu aussi l’actrice, des dizaines de films au cinéma et à la télévision. Des rôles parfois de comédie, parfois plus tragiques. Souvent, elle était un personnage secondaire qui mettait en valeur les acteurs principaux (mais pas toujours) : « Non, Annie Cordy n’est pas seulement la rigolote qui fit chanter toute la France (…) ! Outre une incroyable artiste de scène à l’énergie inépuisable, Annie Cordy est une comédienne hors pair qui a maintes fois prouvé la diversité de ses talents. » (RFI, en septembre 2004). Elle a joué avec de nombreux grands acteurs (comme Louis de Funès, etc.).

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Parmi certains films marquants, on peut citer "Le Chat" de Pierre Granier-Deferre (sorti le 24 avril 1971), où elle s’interpose entre les stars Simone Signoret et Jean Gabin ; "La Vengeance d’une blonde" de Jeannot Szwarc (sorti le 1er décembre 1994), où elle joue la belle-mère parisienne de Christian Clavier ; "Les Souvenirs" de Jean-Paul Rouve (sorti le 14 janvier 2015), film qui reprend un roman de David Foenkinos, où elle est l’héroïne principale, la grand-mère qui disparaît de sa maison de retraite, aux côtés notamment de Mathieu Spinosi, Michel Blanc, Audrey Lamy, Blanche Gardin et Chantal Lauby.


"Les Souvenirs" de Jean-Michel Rouve (14 janvier 2015) :





Dans le roman à l’origine de ce film, on peut y lire, sur les résidents des EHPAD : « Ils tirent jusqu’au bout la pelote de leur autonomie, et ils arrivent dans ces maisons d’assistance au moment où ils peuvent à peine tenir debout. J’ai découvert un monde de visages désincarnés, un monde en forme de transition avec la mort. ». Et un peu plus loin, à l’heure du cimetière : « C’est ainsi ; plus on meurt tard, plus on est seul le jour de ses funérailles. ». Ce jour-là, elle, elle ne sera pas seule.

Bonne vivante, l’esprit léger sans en perdre la gravité, elle était une artiste accomplie. Elle est partie revigorer le cœur de l’amour de sa vie, parti trente et un ans avant elle. « Nous perdons aujourd’hui une énergie irremplaçable. Car elle était la joie de vivre incarnée, l’esprit toujours à la fête. ». Je suis Cordy !


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Pour aller plus loin :
Les 90 ans d'Annie Cordy.
Annie Cordy : au revoir, riante baronne !
Joe Dassin.
Suzy Delair.
Jean Ferrat.
Juliette Gréco.
Vanessa Marquez.
Maureen O'Hara.
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14 août 2020 5 14 /08 /août /2020 03:14

« Très intelligente et aux multiples talents (...), Maureen était aussi pleine d'esprit, drôle, belle, compatissante, ouverte et volontaire avec l'impétueux caractère des Vikings et l'intenable caractère des Normands avec ce brin d'héroïsme, toutes les qualités que chacun attend d'une jeune Irlandaise » (Gerald Weymes, prêtre irlandais, le 9 novembre 2015).



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L'actrice irlandaise et américaine Maureen O'Hara est née il y a 100 ans, le 17 août 1920, à Dublin. Elle est morte il y a un peu moins de cinq ans, le 24 octobre 2015, aux États-Unis.

Elle fut l'une des grandes stars de Hollywood, qui a commencé notamment dans le rôle d'Esméralda pour une adaptation très réussie de "Notre-Dame de Paris" (de Victor Hugo), intitulée "Quasimodo" (réalisé par William Dieterle et sorti le 29 décembre 1939), aux côtés de l'acteur Charles Laughton (dans le rôle principal) avec qui elle avait joué en Grande-Bretagne (notamment dans "L'Auberge de la Jamaïque" réalisé par Alfred Hitchcock et sorti le 15 mai 1939, un succès malgré la déception de Hitchcock).

La confirmation d'une carrière prometteuse a eu lieu lorsqu'elle fut choisie par le (célèbre) réalisateur John Ford (1894-1973), préférée à Katharine Hepburn et Gene Tierney (née elle aussi en 1920), dans "Qu'elle était verte ma vallée" (sorti le 28 octobre 1941), l'adaptation d'un roman de Richard Llewellyn évoquant la vie quotidienne des mineurs gallois.

J'ai connu Maureen O'Hara... quand j'écris "j'ai connu", je ne l'ai évidemment pas connue personnellement (dommage), mais c'est un peu le rôle des acteurs (et actrices) de s'immiscer dans la vie personnelle des spectateurs, ce qui en font des stars beaucoup plus connues que de grands auteurs un peu trop abstraits ou désincarnés, je l'ai connue (écris-je) quand elle avait 43 ans, ce qui, pour une star de Hollywood, aurait pu être déjà un obstacle pour la poursuite de sa carrière. En fait, pas du tout, car sa "maturité" a révélé une femme de caractère très séduisante, au contraire. En effet, je l'ai découverte dans l'excellent film "Le Grand McLintosk" réalisé par Andrew V. McLaglen et sorti le 13 novembre 1963 (à ne pas confondre évidemment avec le "grand McIntosh"). Dans ce western comique, elle a brillé dans son duo avec John Wayne.

L'histoire, c'est un couple qui se chamaille. Elle, après deux ans d'absence, revient pour demander le divorce et la garde de leur fille Becky. Lui (John Wayne), riche propriétaire admiré de la région, refuse la séparation. Une scène succulente de la fessée. Un esprit de répartie. Bref, avec ce film, on pouvait comprendre que les deux acteurs étaient en grande complicité.

Pas étonnant puisqu'ils ont beaucoup jouée en semble, pendant des années, notamment dans le fameux "Rio Grande" (sorti le 15 novembre 1950) de John Ford, le premier d'une série de duos très réussis (dont "L'Homme tranquille" sorti le 14 septembre 1952).

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Maureen O'Hara fut rapidement l'égérie de John Ford, et, selon Antoine Sire de "Slate", « le réalisateur n'aurait pas détesté en faire aussi sa maîtresse, mais elle se refusa à lui et leur relation devint tumultueuse » (25 octobre 2015). En effet, John Ford, obsédé par elle et particulièrement machiste, aurait confié, à la fin de sa vie, probablement de manière excessive : « L’une des actrices que je déteste le plus est Maureen O’Hara. Tout le monde a cru que j’étais son amant. En fait, je la haïssais et elle me haïssait, mais elle convenait très bien aux rôles. ». Lorsque John Ford est mort, elle exprima ainsi sa tristesse : « Comment décrire quelqu’un que vous admirez et que vous aimez et qui pourtant a des défauts rédhibitoires ? ».

Après sa carrière cinématographique finalement assez courte (et jamais récompensée, aucune nomination aux Oscars), Maureen O'Hara a dirigé la compagnie aérienne créée par son mari Charles F. Blair Jr, un général décédé dans un accident d'avion en 1977.

Depuis 2005, victime d'un AVC, l'ancienne star était accompagnée dans la vie par son petit-fils Conor Beau FitzSimons, fils de sa fille unique. Lors de son enterrement, le 9 novembre 2015, était présente Melinda Munoz, la fille de John Wayne, qui l'a considérée comme sa sœur. La cérémonie s'est terminée avec les notes de la musique du film "L'Homme tranquille". Maureen O'Hara est inhumée au cimetière d'Arlington où repose aussi un certain JFK.


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21 juillet 2020 2 21 /07 /juillet /2020 03:31

« Mais j’observe que les rideaux sont tirés. Il semble flotter, soudain, dans le trop-plein de sa mémoire si vive. Cet immortel est-il en train de comprendre qu’il va, contre toute évidence, devoir finir par s’en aller ? » (Bernard-Henri Lévy, le 20 février 2020 dans "L’Obs").




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L’éditorialiste politique Jean Daniel, fondateur et long patron du "Nouvel Observateur" aurait eu 100 ans ce mardi 21 juillet 2020. Il aurait pu les avoir, il les a presque eus, car il s’est éteint il y a cinq mois, le 19 février 2020. Il n’a pas vécu l’un des événements mondiaux et nationaux les plus marquants du siècle, voire de plusieurs siècles, assurément, la pandémie de coronavirus, le confinement, l’extrême crise économique, celle d’une récession historique qui dépasse tous les records vers le bas : décroissance, chômage, déficit, endettement… et surmortalité due au covid-19 (612 000 décès à ce jour, loin encore d’être à sa fin). Une tragédie collective qui fait réfléchir, qui fait changer… ou pas. Personne n’aura le loisir de savoir ce que Jean Daniel en aurait pensé.

Une disparition est le moment où ceux qui ont admiré une personne en profitent pour mieux formuler leur admiration. C’est souvent dommage car la personne aurait sans doute mérité de les écouter. Mais le grand âge suffit parfois à ces formulations d’admiration, et alors, la personne admirée en profite, voire rectifie s’il y a lieu.

Ainsi, Jean Daniel a été "célébré" par ses amis pour ses 90 ans, cela s’est passé le 28 septembre 2010 (ils avaient un peu de retard) et étaient présents notamment Michel Rocard et Stéphane Hessel, qui ont quitté ce monde bien plus vite que le célébré.

Je prends l’occasion du centenaire de la naissance de Jean Daniel pour proposer quelques extraits de ces "formulations d’admiration", des admirateurs au nombre de cinq, très différents, Pierre Desproges, Bernard-Henri Lévy, Serge Raffy, Hubert Védrine et Emmanuel Macron. D’ailleurs, petite devinette : cherchez, parmi ces cinq noms, l’intrus.

Je donne immédiatement la réponse, il s’agit bien sûr de Pierre Desproges. Cet homme qui manque tant à l’humour français d’aujourd’hui était un homme tendre, ce qui peut étonner ses nouveaux lecteurs tant il a pu dire des vacheries au kilomètre, mais selon le vieil adage "qui aime bien châtie bien", l’homme tendre châtiait excellemment et avec virtuosité. Je commence donc par lui.


Pierre Desproges (19 décembre 1982 sur France Inter)

Les saltimbanques aiment bien reprendre quelques arrêts sur image sans approfondir, reformuler des premières impressions, juste pour que leurs lecteurs ou auditeurs puissent s’identifier à elles. C’était le cas de Pierre Desproges pour Jean Daniel. Cela s’est passé au fameux "Tribunal des flagrants délires" qui étaient diffusés en direct, sans filet, tous les jours de la semaine, le matin, sur France Inter.

Lors du "procès" du 19 décembre 1982, le prévenu était une prévenue, l’auteure de bandes dessinées Claire Bretécher. Le réquisitoire de Pierre Desproges servait à mitrailler à vue sur tout ce qui pouvait ressembler au PAF (paysage audiovisuel français), et s’adressant à Claire Bretécher, il ne pouvait qu’évoquer l’un de ses plus grands amis, Jean Daniel. Pourquoi l’aurait-il épargné ?

Il l’a décrit comme un homme à la gravité dans le regard : « Vous avez prostitué votre feutre et trahi notre noble cause bourgeoise en allant dessiner dans "Le Nouvel Observateur", le journal de machin… comment s’appelle-t-il déjà, le faire-part pensant ? Jean Daniel ! Mon Dieu, comme cet homme est peu primesautier ! ».

Puis Desproges a évoqué la victoire de la gauche, en se trompant faussement sur l’année : « Le soir du 10 mai 80 et quelques, quand la populace a cru que c’était la Révolution, il a essayé de chanter "on a gagné" avec les autres : on aurait dit un moine anémié psalmodiant un chant grégorien aux obsèques de Léon Blum. ». Gravité et exigence qui ne semblent pas synonymes, aux yeux de l’humoriste, de légèreté et franche rigolade.

Et, sombrant dans la loufoquerie totale, il a terminé sur Jean Daniel ainsi : « La dernière fois que je l’ai vu (il me semble, si ma mémoire est bonne, que c’était dans une partouze à Neuilly), il s’est approché de moi, et bien qu’il fût alors tout nu avec un caleçon sur la tête et un confetti sur le nez, j’ai vraiment cru lire sur son visage qu’il allait m’annoncer que l’ensemble de ma famille venait d’être décimée dans un accident d’automobile. ».

Puisqu’on est dans "la dernière fois que je l’ai vu", reprenons du sérieux et allons voir…


Bernard-Henri Lévy (20 février 2020 dans "L’Obs")

Le "nouveau" philosophe a vu pour la première fois le "vieux" journaliste (pas si vieux à l’époque) en 1969. Une relation très particulière s’est tissée au fil des décennies entre les deux hommes : BHL considérait Jean Daniel comme le jumeau …de son père, né au même moment quasiment au même lieu, même exigence, même démarche intellectuelle. Et, en juillet 1961, hospitalisé au même moment dans des chambres mitoyennes : « À force de l’épier et d’observer le défilé incessant de ses visiteurs, j’arrivai à la conclusion qu’un journaliste est un monsieur au chevet de qui se pressent des ministres, des aventuriers, un futur Président de la République, des Prix Nobel de Littérature, des actrices, et des acteurs, ainsi que, last but not least, un ballet de jolies femmes soucieuses. ».

La dernière fois que BHL a vu Jean Daniel faire une apparition publique : « Je me souviens de lui aux obsèques de notre amie Florence Malraux. C’est l’une de ses dernières apparitions. Il est très pâle. Très fragile. Il a un plaid sur les épaules. Son pas est incertain. Mais il est là. Extraordinairement concentré. Il n’aurait manqué pour rien au monde ce rendez-vous de la mort et de la vie. ».

La dernière fois que BLH a vu Jean Daniel (tout court) : « Je me souviens de notre dernier rendez-vous, cet après-midi d’hiver, il y a quelques semaines, chez lui : il se tient droit dans son fauteuil et a retrouvé sa carrure de lutteur ; la pensée est claire ; il a des projets d’édito ; (…) il est moqueur ; fait des reproches ; revient sur des malentendus anciens qu’il feint de dénouer ; (…) murmure que le pire, dans la mort, serait de ne plus être là pour veiller sur Michèle [la femme de Jean Daniel]. ».

Bernard-Henri Lévy a décrit « cet homme si souverain et qui allait devenir l’un de mes professeurs d’énergie et de vie » à coups de témoignages personnels.

L’homme en 1969 : « Je me souviens qu’il était très glorieux. Très prestigieux. Le seul de son espèce à inspirer pareil désir à la promotion la plus intransigeante, la plus sectaire, jamais entrée rue d’Ulm. Et déjà, malgré sa jeunesse, la même voix de gorge, sourde, un peu cendrée, qui semblait s’arracher à l’on ne sait quelle douleur secrète. ».

Son journal, l’histoire de sa vie : « Je me souviens d’un Jean Daniel qui (…) nourrissait le beau projet de faire aussi l’Histoire qu’il commentait. Et je me souviens d’une Histoire qui, bonne fille, lui renvoyait parfois la balle. (…) Je me souviens que tous ses éditos ont toujours été écrits comme s’il avait vu passer, chaque semaine, l’esprit du monde. Mais on avait tort d’ironiser. Car l’esprit de sérieux qui l’animait, la mise en scène de ses doutes et de ses déchirements, sa façon de dire "Nous, l’Observateur", comme s’il parlait d’un parti ou d’un pays, n’ont-ils pas prémuni l’exception française qu’était, en effet, son journal contre ce mal du siècle qu’est l’esprit de dérision ricaneur ? ».

Deux vies, journaliste et écrivain : « Je me souviens de l’art avec lequel lui qui fut, dans sa première vie, ce modèle de journaliste, ce professionnel exemplaire, ce patron, s’inventa une deuxième vie d’intellectuel à part entière, auteur de livres exigeants sur la laïcité et la nation, et puis, en parallèle, une œuvre autobiographique où l’intime le dispute à l’extime, la confidence à l’Histoire. ».


Serge Raffy (20 février 2020 dans "L’Obs")

Probablement la biographie la plus complète parue par "L’Obs" lors de la mort du fondateur de l’hebdo, Serge Raffy aussi voyait l’ambivalence hésitante de Jean Daniel : « D’où vient cette lueur mélancolique dans le regard ? Est-ce parce qu’il fut toute sa vie un écrivain égaré en journalisme et qu’il porte ce regret comme une blessure ? Enseveli sous les honneurs, les prix, les médailles, Jean Daniel (…) a traversé le XXe siècle en côtoyant les plus grands, Kennedy, Castro, De Gaulle, Ben Bella, Mendès France, Mitterrand, Rocard, et tant d’autres. Il murmurait à l’oreille des Présidents, dans la cavalcade effrénée de l’Histoire, mais il n’est jamais vraiment sorti de cette ambiguïté originelle. Celle de l’impossible choix. Écrivain ou journaliste ? Combien de fois a-t-il répété autour de lui qu’il n’avait jamais tranché la question ? Et si ce doute était sa principale force ? Et aussi l’explication du succès d’un titre déjà quinquagénaire. Si le fameux ADN, la singularité, du journal qu’il a fondé, en 1964, "Le Nouvel Observateur du monde", prenait sa source dans l’histoire même de son inventeur et inspirateur ? ».

Dans son article, Serge Raffy a cité Pierre Bénichou, qui fut directeur adjoint puis directeur délégué du "Nouvel Observateur" de 1985 à 2005, qui a survécu à Jean Daniel seulement de quelques semaines (il est mort le 31 mars 2020), pour confirmer cette hésitation existentielle : « C’est sans doute une des clefs de la vie de Jean Daniel. Il aurait pu devenir une jolie plume, auteur de romans bien ficelés, pour ne pas dire plus, mais la politique lui est tombée dessus sans crier gare. Le tourbillon de l’Histoire l’a, si je puis dire, pris par surprise. Il l’a déniaisé, et pas n’importe quand : le 7 octobre 1940. ».

Cette date, c’est celle de l’abrogation du décret Crémieux par le régime de Pétain (statut des Juifs en France depuis 1870) : sous prétexte d’être supposé Juif, Jean Daniel n’était alors plus Français et n’était pas non plus Algérien (il faisait alors ses études à Alger et l’université l’expulsa). Le début d’un engagement politique qui l’a amené dans la Résistance.

Serge Raffy a reproduit le manifeste que le futur journaliste avait rédigé et signé : « Nous, jeunes étudiants juifs, nous nous sommes donnés tout entiers à la vie française, notre langue est la langue française, nos maîtres, les maîtres de l’université française. Que l’on songe au désarroi qui serait le nôtre, le jour où l’on voudrait nous interdire la seule culture qui nous soit accessible. Nous ne pourrions même pas nous replier sur un passé juif, sur des traditions juives que nous avons perdues de notre propre mouvement et parce que le gouvernement de la France nous y invitait. Nous serions comme dépouillés de biens et richesses, qu’on nous avait implicitement promis. ». Le débat sur l’identité nationale de 2010, il l’avait initié dès 1940 !

Après la guerre et une expérience peu heureuse au sommet du pouvoir, comme conseiller du Président du Gouvernement provisoire Félix Gouin rapidement emporté par un scandale financier, à la tête d’un petit journal ("Caliban"), Jean Daniel a voulu réunir de prestigieuses signatures, ce qui en a fait un grand ami du grand Albert Camus : « [Le nouveau patron de presse] cherche à s’entourer de tous les intellectuels de la place de Paris. Son argumentaire pour les attirer dans ses filets : esprit critique, attention, réflexion, lucidité. Et ils viennent tous, conquis par le charme provincial et la délicatesse de ce débutant en journalisme : Albert Camus, Jean-Paul Sartre, Emmanuel Mounier, Jean-Marie Domenach, Claude Bourdet, et bien d’autres. Cet aréopage d’intellectuels, sous l’impulsion de Camus, cherche à sortir des griffes idéologiques du PCF, tout-puissant dans le monde de l’université et des belles lettres. ». Malgré l’aide financière de Louis Joxe et René Pleven, "Caliban" a finalement fait faillite.

Serge Raffy a raconté ensuite le passage à vide dans la carrière de Jean Daniel, le chômage, et son emploi dans une agence de presse : « Il en profite pour tenter d’écrire des romans, mais l’isolement l’épouvante. Il n’a pas l’âme d’un moine cistercien. Il a besoin d’être au cœur de l’Histoire en mouvement. Au cœur de l’Histoire ou en lisière ? ». Après son premier roman ("L’Erreur", sorti en 1953 chez Gallimard) : « La critique annonce la naissance d’un écrivain. À tort, car la politique, ce diable souriant, va encore le rattraper. ».

Après Albert Camus, une autre personnalité déterminante que Jean Daniel a beaucoup admirée, Pierre Mendès France, rencontré à "L’Express" où il travailla avant "Le Nouvel Observateur". Une communauté de vue sur la guerre d’Algérie : Pierre Mendès France voulait négocier, Guy Mollet, alors Président du Conseil, était pour la répression. Un autre aussi était pour la répression, François Mitterrand : « Partisan d’une ligne dure, très répressive, le futur patron du PS d’Épinay refuse de nombreuses demandes de grâce d’insurgés condamnés à mort. Quarante-cinq Algériens seront guillotinés sous son mandat [de Ministre de la Justice]. Cette tache sur le parcours de celui qui accédera au pouvoir vingt-cinq ans plus tard ne s’est jamais effacée dans la mémoire du journaliste de "L’Express". ».

Serge Raffy a évoqué un autre aspect de la vie très riche de Jean Daniel, en novembre 1963 : « Surprise : à la Maison-Blanche, John Kennedy lui propose de jouer les messagers de paix auprès du leader cubain. JFK, après la crise des missiles, ne veut plus revivre un conflit qui a failli tourner au cauchemar nucléaire. JFK cherche un émissaire qui n’implique pas directement son administration. Le journaliste français est tout indiqué pour cette mission. Jean Daniel part donc à Cuba rencontrer le Lider Maximo. Le 22 novembre 1963, il déjeune sur la plage de Varadero en compagnie du Commandante. Alors que les deux hommes dégustent une langouste grillée, ils apprennent l’attentat de Dallas. Jean Daniel se retrouve brutalement acteur de l’Histoire. La presse américaine lui consacre de longs articles. ». Son propre journal est resté indifférent.

Après la réorientation plus centriste et moins mendésiste de "L’Express" par son directeur JJSS, Jean Daniel le quitta et s’engagea dans l’aventure du "Nouvel Observateur" avec des parrains financier (l’industriel Claude Perdriel), littéraire (Jean-Paul Sartre), et politiques (Pierre Mendès France et François de Grossouvre, homme à tout faire de François Mitterrand). Le premier numéro est sorti le 19 novembre 1964 (« Il nous faut réapprendre le monde ! »), un an avant l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct.

Serge Raffy a cité l’auteure d’une "remarquable" biographie, Corinne Renou-Nativel (éditions du Rocher) pour expliquer le cocktail gagnant du journal naissant : « En fait, on retrouve ses intuitions dans les grands principes de l’hebdomadaire. Mêler littérature et journalisme. Introduire la subjectivité de l’individu au service de la compréhension du monde. Les faits, oui, mais avec l’élégance et l’analyse. Pour réussir ce tour de force, Perdriel et Daniel savaient qu’il leur fallait recruter les meilleurs journalistes, des stylistes qui aiment l’info, des oiseaux rares. En fait, ce duo a traqué les talents pendant cinquante ans, au seul profit de cet objet de presse curieux qu’est "Le Nouvel Observateur". ».

Les soutiens aux élections présidentielles étaient souvent assez flous : mendésiste, Jean Daniel a soutenu de mauvaise grâce François Mitterrand en 1965 : « Il le fait du bout des lèvres. Mitterrand n’oubliera jamais cette réticence à son égard. ». Après 1974 (Claude Perdriel s’était beaucoup engagé aux côtés de François Mitterrand) : « De son côté, Jean Daniel se rapproche de l’étoile montante de la "deuxième gauche", le fils spirituel de Mendès France, Michel Rocard. ». Après la victoire socialiste de 1981 : « Jean Daniel fait partie des visiteurs du soir de l’Élysée, mais il n’aura jamais la confiance de son hôte. Le contentieux est trop ancien et trop à vif. ».

Loin des honneurs : « Le Président [Mitterrand], après son élection, lui aurait proposé un poste d’ambassadeur en Tunisie, puis au Burkina Faso, puis la direction du Centre Georges-Pompidou. Il aurait pu intriguer pour obtenir le Ministère de la Culture ou entrer à l’Académie française, sans doute la plus belle des consécrations pour l’amoureux de la langue française qu’il est. Mais aucune sirène n’a pu l’éloigner de sa famille, de son enfant de papier, ce "Nouvel Observateur". ».

Trop proche du pouvoir dans les années 1980, les ventes de l’hebdomadaire ont chuté, ce qui a fait réagir le propriétaire, Claude Perdriel : « Un conflit larvé s’engage, à fleurets mouchetés. Entre Claude, l’homme des chiffres, et Jean, celui des lettres, la partie, au fil des années, va se durcir. Elle va épuiser de nombreux directeurs de rédaction , Franz-Olivier Giesbert, Laurent Joffrin, Bernard Guetta, Guillaume Malaurie, tous tombés au champ d’honneur, tous tiraillés entre deux loyautés irréconciliables. ».


Hubert Védrine (2011)

Ancien Secrétaire Général de l’Élysée et ancien (long) Ministre des Affaires étrangères, Hubert Védrine fait figure d’exception dans la classe politique : aux confins des ambitions éditoriales et des occasions politiques, l’homme avait même envisagé sa propre candidature à l’élection présidentielle il y a quelque temps (il avait même réservé des noms de domaine au cas où). Son dernier livre porte sur l’écologie et il faisait ainsi partie des hommes cités pour occuper le Ministère de la Transition écologique lors de la nomination du gouvernement de Jean Castex.

En 2011, on avait demandé à Hubert Védrine d’écrire sur Jean Daniel. Pressé notamment par Jean Lacouture, il s’est exécuté : « Je pense que les idées de Jean Daniel, sa philosophie de vie et de son métier, son sens de l’amitié choisie, sa façon d’être à la fois un intellectuel, un grand journaliste et un véritable écrivain, me paraissent d’autant plus précieux que la société dans laquelle nous vivons leur tourne le dos, cesse de les comprendre et de s’en inspirer, s’en détache. Il est arrivé à Jean Daniel d’écrire qu’il se sentait "lentement expulsé du siècle, et donc de l’Histoire en train de se faire". (…) En cet automne 2010, Jean Daniel me dit : "(…) Le rêve intellectuel selon Foucault était de marier le prophète juif, le législateur romain, le sage grec". Il ajoute : "Ce rêve n’est plus possible". ».

Toujours l’ambivalence entre l’écrivain et le journaliste : « [Jean Lacouture] rappelle la définition de Jean Daniel par Régis Debray : "un Benjamin Constant revu par Albert Londres". Réaction de l’intéressé : "On ne peut pas faire un compliment plus élevé". Et d’ailleurs, la seule épitaphe qu’il accepte : "journaliste et écrivain français". La formule définit parfaitement cet homme à la curiosité intacte, toujours en éveil, comme son amour des mots. ».

Hubert Védrine a cité encore Jean Daniel sur Mendès France, en mars 2011 : « Quant à l’art de communiquer, Mendès France se comporte comme un homme acharné à convaincre, là où De Gaulle entend exalter, et là où Mitterrand ne pense qu’à séduire (…). Cet homme [Mendès France] me fascinait, je désirais le servir, écrire et même militer pour lui. ».

L’ancien ministre a rappelé la position toujours constante de Jean Daniel sur le conflit israélo-palestinien : « [En 2008], Jean Daniel rappelle que sa ligne est celle que Pierre Mendès France avait énoncée dès 1970, et dont "il a fait en sorte de ne jamais s’écarter" : "ce que je demande est très simple ; je souhaite de toutes mes forces convaincre les Israéliens que les Palestiniens ont le droit de réclamer pour eux ce qu’Israël a obtenu pour lui". (…) Jean Daniel ne sera pas en paix tant que ce scandale, l’absence d’un État palestinien viable, qui est aussi un abcès de fixation dans la relation Islam-Occident, et, pour les Occidentaux, une absurdité stratégique. Le problème du Proche-Orient est en ce moment insoluble. Il ne faut pas pour autant abandonner le camp de la paix en Israël. ».

La notion de nation, au même titre que la laïcité, travaillait beaucoup Jean Daniel : « Nation, identité et même identité nationale, ce sont pour lui de vrais problèmes qu’il ne faut pas éluder même s’ils sont posés, à l’été 2010, par "des gens antipathiques" avec "de mauvaises arrière-pensées", et que le débat officiel à ce sujet est un "gâchis" alors même qu’il avait jugé "sain" depuis longtemps le principe d’un tel débat. Il faut être "compréhensif" avec les vraies questions, estime-t-il, même mal posées. Irait-il jusqu’à dire avec Jean-Pierre Chevènement que l’identité est ce qui reste quand on a abandonné la souveraineté ? ».

Hubert Védrine a rappelé que Jean Daniel a regretté le "non" au référendum du 29 mai 2005 : « Il va encore plus loin en renversant l’explication communément donnée à la désaffection des peuples pour l’Europe : "C’est cette utopie brandie des États-Unis d’Europe qui maintient les souverainetés dans leurs réflexes les plus tribaux, les plus chauvins et les moins responsables". Et puis, il y a le facteur temps. Jean Daniel rappelle que, selon Péguy, les peuples ne peuvent pas digérer trop vite les changements. "Plus en trente ans qu’en trois cents ans !", se plaignait l’écrivain. C’était en 1910… ».


Emmanuel Macron (discours le 28 février 2020 aux Invalides)

Jean Daniel a reçu les honneurs militaires de la République française par un hommage national du Président de la République Emmanuel Macron dans la cour d‘honneur des Invalides le 28 février 2020.

L’hommage militaire se justifiait pleinement : « Lui à qui le régime de Vichy venait d’enlever la nationalité française, il intégra comme sergent-chef la deuxième division blindée du général Leclerc, participe aux combats de la Libération de Paris. La Croix de guerre qu’il portait parfois à la poitrine tout près du cœur accompagne aujourd’hui son cercueil drapé de bleu, de blanc, de rouge. ».

Le doute et le style : « "Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent". Ces mots d’André Gide, que Jean Daniel considérait comme son professeur de doute, fait la boussole intellectuelle et morale de son existence et de ses engagements. (…) L’éthique et le travail. La foi dans la vérité, la religion du juste, mais par la plume. (…) Avec son style resserré et au fond si stendhalien, sa plume fut un passeport pour entrer dans ce cercle de penseurs, de poètes. Surtout la haute idée qu’il se faisait de la littérature en fit d’emblée l’un des leurs. (…) Lui qui disait de Julien Sorel, le héros du "Rouge et le Noir", qu’il lui avait appris l’orgueil, la vérité et la volonté, n’a jamais cessé de placer la littérature au-dessus de tout. Considérant l’art du récit comme la voie la plus sûre vers la compréhension du monde, le plus court chemin vers l’universel. (…) Le style, une manière d’être au monde, une hygiène de vie même. ».

Journaliste exemplaire : « Ce qui faisait de Jean Daniel un monument, un exemple pour toute une profession, c’était avant tout sa pratique quotidienne du métier, cette façon unique de croiser le métier de journaliste, l’amour des lettres et celui des idées. Jean Daniel journaliste, c’était un engagement total de l’information, un bourreau de travail capable d’assimiler des heures durant une documentation exhaustive sur les sujets qu’il traitait et devenir ainsi plus expert que les spécialistes (…). Il cherchait toujours à faire dialoguer les contraires, à donner droit d’encre et de papier aux points de vue qui n’étaient pas les siens. (…) Jean Daniel journaliste, c’était une exigence. Ne jamais céder aux premiers élans, restituer le contexte autant que le complexe, rendre compte toujours des multiples facettes des faits et des temps. Cette exigence de chaque instant, tout à la fois morale et professionnelle, fit que Jean Daniel se trompa rarement. Et passer en revue ses milliers d’éditoriaux et ses dizaines d’ouvrages est un redoutable exercice d’humilité tant perce la justesse visionnaire des analyses. L’indépendance algérienne, le totalitarisme, la crise écologique, la nation que, contre beaucoup de ses amis, il reconnaissait comme une aspiration légitime des peuples. Jean Daniel sut voir clair dans le brouillard des faits, distinguer l’essentiel dans le flot du superficiel. ».

Enfin, son centenaire : « Jean Daniel, ces dernières semaines, vous évoquiez souvent l’éditorial que vous rêviez d’écrire pour vos 100 ans. Le destin, hélas, ne vous en a pas laissé le temps (…). C’est à nous qu’il revient d’écrire l’éditorial ému de votre adieu. "Vous vivrez", tel pourrait être son titre. (…) Ce pouvoir de porter la plume dans la plaie, les talents que vous avez décelés lui feront franchir ce centenaire que la vie terrestre ne vous a pas offert. Vous vivrez parce que tous ces intellectuels qui, passant fébrilement la porte de votre bureau, ont été un jour bénis par votre murmure tout épiscopal, porteront votre souvenir avec passion et respect. ».


La vie exceptionnelle de Jean Daniel

Ces extraits étaient cinq témoignages de la vie exaltante de Jean Daniel, qui permettent ainsi, par petites touches, de comprendre sa vie intellectuelle et d’engagement. Féru d’André Gide, ami d’Albert Camus, Jean Daniel a côtoyé de très nombreux intellectuels de son siècle, et il serait vain de les citer, certains l’ont déjà été ci-dessous, faut-il en rajouter d’autres, comme Edgar Morin, Claude Lévi-Strauss, Roland Barthes, Maurice Clavel, Gilles Deleuze, Louis Aragon, Edmond Maire, Mario Soares, François Furet, Mona Ozouf, Françoise Giroud, Michel Tournier, François Nourissier, George Steiner, Milan Kundera, Paul Ricœur, Pierre Nora, Pierre Soulages, Michel Bouquet, etc. ? Sans doute, au risque d’être excessivement réducteur et d’être archi non exhaustif, d’en oublier beaucoup trop.

Pour terminer ce portrait par témoignages, une touche provisoirement finale, je reprendrai trois citations intéressantes proposées Eva Salevid, (ancienne) étudiante de l’Université de Linköping (Suède), dans son mémoire de maîtrise de langue et culture françaises, daté de novembre 2006 et consacré à Jean Daniel et à ses idées européennes.

Première citation de Jean Daniel, lui-même fils d’ouvrier et devenu bourgeois, en 1984 (interviewé par Louis Pinto pour son livre "L’Intelligence en action : Le Nouvel Observateur") : « Pourquoi refuser d’être ce que nous étions : des bourgeois ? Pourquoi ne pas regarder en face le rôle qui nous était imparti : celui de faire évoluer la bourgeoisie et les élites ? ».

Deuxième citation de l’historien Théodore Zeldin en 1983 ("Les Français" chez Fayard) : « Chez lui, l’autorité de l’écriture dissimule le doute. Et c’est parce que les profanes ne discernent pas les incertitudes qui se dissimulent derrière les convictions, sous une prose vigoureuse et brillante, qu’il leur arrive d’être intimidés par les intellectuels français, clé de voûte de l’opiniâtreté. Mais il serait faux de croire qu’ils constituent une classe à part. ».

Troisième citation de Jean Daniel le 23 septembre 2004 dans "Le Nouvel Observateur" : « Dominique de Villepin, dans "Le Requiem et la Mouette" [chez Plon] ne recule devant rien (…). Notre poète diplomate est passé de l’exaltation de la grandeur par la France à une célébration de l’universalité grâce à la Révolution française. "Je crois à l’éternité de l’homme né un soir de 1789". Ni Michelet ni Jaurès ne sont allés jusque-là. ».


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 juillet 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le Siècle de Jean Daniel selon Desproges, BHL, Raffy, Védrine et Macron.
Claire Bretécher.
Laurent Joffrin.
Pessimiste émerveillé.
Michel Droit.
Olivier Mazerolle.
Alain Duhamel.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200721-jean-daniel.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/culture/article/le-siecle-de-jean-daniel-selon-225866

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/20/38439252.html




 

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17 juillet 2020 5 17 /07 /juillet /2020 10:16

« Le flot qui l’apporta recule ensorcelé, dérouté par un type de monstre antitraditionnel, né d’un mariage entre ce qui s’explique : le savoir, et ce qui ne s’explique pas : l’auréole. » (Jean Cocteau, à propos de Zizi Jeanmaire, cité par www.roland-petit.fr).


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Malgré l’âge très avancé, elle est restée la belle et jeune femme élancée qu’elle a toujours été. Actrice, chanteuse, meneuse de revue de cabaret, elle a surtout été une danseuse étoile de ballet. Zizi Jeanmaire fête ce lundi 29 avril 2019 son 95e anniversaire (elle est née à Paris). Le 10 juillet 2011, elle fut effondrée par la mort du chorégraphe Roland Petit, né trois mois avant elle et victime d’une leucémie foudroyante, qui fut son mari et son complice professionnel et artistique de toujours.

Elle a connu Roland Petit dès novembre 1933, à l’âge de 9 ans, quand ils étaient ensemble à l’École de danse de l’Opéra de Paris. Après sept années d’études et d’entraînement, elle fut recrutée en novembre 1940 par le Ballet de l’Opéra de Paris (comme Roland Petit) et suivit en même temps des cours à la Salle Pleyel. Mais Zizi Jeanmaire et Roland Petit démissionnèrent de l’Opéra de Paris dès 1944.

Roland Petit a quitté la danse très tôt pour se consacrer à la chorégraphie. Il a créé les "Ballets des Champs-Élysées" en 1945 (grâce à l’aide financière de son père), puis les "Ballets de Paris Roland Petit" en 1948 au Théâtre Marigny et Zizi Jeanmaire fut sa danseuse étoile. Le couple s’est marié en 1954 et a eu une fille (Valentine qui devient écrivaine). Roland Petit a été un chorégraphe majeur, auteur de près de 200 chorégraphies entre 1942 à 2008, collaborant avec de nombreux artistes de mondes différents, tant Niki de Saint Phalle, Bernard Buffet, Max Ernst, Vasarely, César, que Serge Gainsbourg, Yves Saint-Laurent, Jean Vilar, etc., reprenant de très nombreuses œuvres, de Raymond Queneau, de Georges Bizet, etc. et faisant jouer de nombreux grands danseurs, comme Leslie Caron, Fred Astaire, etc.

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Zizi Jeanmaire fut sa muse mais parfois, son Arlésienne, car elle a eu une carrière qui s’est parfois écartée de la danse. Roland Petit lui a donné le rôle de Carmen dans son ballet créé en février 1949 au Princess Theater de Londres, qui s’est joué partout dans le monde (notamment pendant douze semaines au Théâtre de Marigny de Paris à partir de juin 1949, puis pendant sept mois au Winter Garden de New York, ce qui, à l’époque, fut un record de durée). Le couple est revenu en France en septembre 1950 après s’être produit dans les grandes villes nord-américaines. Zizi Jeanmaire fut alors "La Croqueuse de diamants" de Roland Petit (et de Raymond Queneau), d’abord au Théâtre de Marigny, puis à Broadway à New York et en tournée américaine.

Les États-Unis furent pour celle qui n’était encore que Renée Marcelle Jeanmaire une découverte, et un producteur l’a recrutée pour en faire une actrice dans un film musical qui est sorti le 25 novembre 1952 ("Hans Christian Andersen et la Danseuse") auquel Roland Petit participa pour la chorégraphie. Zizi Jeanmaire toucha ainsi au cinéma pendant les années 1950, jouant dans six films, et aussi au théâtre dans quatre pièces (dont une de Feydeau, avec le rôle de la môme crevette dans "La Dame de chez Maxim"). En particulier, elle a joué en 1959 dans l’opérette de Marcel Aymé "Patron", mise en scène par Roland Petit avec de la musique de Guy Béart et des décors et costumes de Bernard Buffet.

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En 1953, alors qu’elle devenait actrice, ce fut une courte période de distanciation avec Roland Petit (elle quitta les Ballets de Paris). Elle retourna à Broadway pour créer la comédie musicale "The Girl in Pink Tights", puis travailla à Hollywood où elle recroisa Roland Petit avec qui elle renoua après deux ans de séparation.

De retour en France après cette "expérience américaine", le couple se maria et eut une fille. Ils repartirent à Hollywood en 1955 pour participer à une reprise très novatrice de la comédie musicale "Anything Goes", qui est sortie le 13 avril 1956. Zizi Jeanmaire joua aussi dans le film musical "Folies Bergères" (sorti le 9 janvier 1957), réalisé par Henri Decoin, où elle avait le premier rôle avec pour partenaire Eddie Constantine (le réalisateur Yves Robert joua aussi dans ce film, ainsi que Pierre Mondy et Jacques Morel).

Roland Petit créa des revues avec Zizi Jeanmaire dans le premier rôle, "La Revue des Ballets de Paris" au Théâtre de Paris en 1956, puis "La Revue de l’Alhambra" en 1961 (l’Alhambra était une salle de spectacle du 11e arrondissement de Paris qui a été détruite quelques années plus tard). Ce fut à l’Alhambra que Zizi Jeanmaire est devenue la star célèbre du music-hall avec le spectacle "Mon truc en plumes" auquel participa le couturier Yves Saint Laurent pour la confection des costumes. En décembre 1971, elle fut la star de la revue "Zizi je t’aime" au Casino de Paris en collaboration avec Guy Béart, Jean Ferrat, Serge Gainsbourg, Michel Legrand, Yves Saint Laurent, Vasarely, César, etc. Elle tourna pour la télévision "Le Jeune Homme et la mort" aux côtés de Rudolf Noureev en décembre 1966.

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En 1975, Roland Petit et Zizi Jeanmaire ont dû fermer "Les Ballets de Paris Roland Petit" en raison d’une mauvaise gestion (grand succès mais dettes fiscales), si bien qu’ils collaborèrent avec l’Opéra de Paris pour "La Symphonie fantastique" en mars 1975. Parallèlement, dès 1972, Gaston Defferre, l’indéboulonnable maire de Marseille, leur offrit de créer "Le Ballet National de Marseille Roland Petit" qui leur a fait jouer de nombreuses chorégraphies dans le monde entier jusqu’en 1998.

Pendant une quarantaine d’années, Zizi Jeanmaire fut la meneuse de revue tout en étant également la chanteuse à succès, se produisant dans des salles mythiques : au Casino de Paris, à Bobino, et elle fit même une tournée à partir d’octobre 1994, commençant par le Zénith de Marseille et se terminant par le Zénith de Paris en octobre 1995 (elle avait déjà plus de 70 ans). En novembre 2000, elle chanta selon un spectacle de Roland Petit à l’Opéra de la Bastille, à Paris. Les textes de ses chansons sont notamment de Raymond Queneau, Jacques Prévert, Marcel Aymé, Serge Gainsbourg (dont la fameuse "Élisa" reprise par Jane Birkin, puis par Vanessa Paradis au cinéma, et aussi "À poils ou à plumes"), Jean-Jacques Debout, Roger Dumas, etc. ainsi que Valentine Petit, leur fille. Pour son livre-disque "La Liberté est une fleur" (sorti en 2003), elle collabora aussi avec Michel Legrand pour la musique. Par ailleurs, elle donna des cours de danse à l’École nationale supérieure de danse de Marseille créée par Roland Petit.

La dernière apparition de Zizi Jeanmaire sur scène fut en novembre 2000 (à l’Opéra de la Bastille), elle avait alors plus de 76 ans. Par la suite, elle ne resta pas inactive puisque pendant les années 2000, elle a sorti plusieurs CD et en novembre 2008, un livre (ses mémoires), "Et le souvenir que je garde au cœur" (éd. Ariane).

Officière de la Légion d’honneur le 20 mars 1993, elle a été faite, en même temps que Roland Petit, commandeure de l’ordre national du Mérite le 14 mai 1997. Comme petit signe insolite de la grande complicité entre Zizi Jeanmaire et Roland Petit, le site Internet officiel de Zizi Jeanmaire est à l’adresse de celui de Roland Petit.

Zizi Jeanmaire fut l’amie des artistes et des écrivains (Boris Vian l’appelait "ma chérie" et se considérait comme "son pote"). Parmi les citations proposées par le site Internet que je viens d’évoquer, j’en garde sept, dont celle de Jean Cocteau donnée en début d’article.

Yves Saint Laurent (couturier) : « Mademoiselle Jeanmaire brille. C’est le privilège des reines du Music-Hall : le seul dessin de leur silhouette réussit à provoquer l’incendie de la salle, le mirage, le rêve. ».

André Velter (écrivain) : « Un trésor de petit nom, des merveilles de jambes sans fin et du feu de déesse qui danse sa vie. ».

Michel Tournier (écrivain) : « Zizi est comme l’acier : inoxydable. ».

Louis Aragon (écrivain) : « Sans elle, Paris ne serait pas Paris. ».

Edmonde Charles-Roux (écrivaine et femme de Gaston Defferre) : « Si l’on me demandait ce que je connais de plus parisien en matière de séduction, je dirais Zizi, ses jambes, sa voix, ses bras, ses mains, son corps, ses chevilles, sa façon de bouger. Elle est ce qui dure, elle est le style. ».

Louise de Vilmorin (écrivaine) : « Surtout, ne la croyez pas capable de faire la pluie et le beau temps ! Oh non ! Elle ne fait que le beau temps : c’est sa spécialité ! ».

Qu’elle puisse vivre avec grand beau temps les années qui lui restent avec la meilleure santé possible. Tous mes hommages et bon anniversaire, Madame la Commandeure !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 avril 2019)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Site officiel de Zizi Jeanmaire.
Zizi Jeanmaire.
Jacques Brel.
Charles Aznavour.
Maurice Chevalier.
Karl Lagerfeld.
Pierre Cardin.
Yves Saint Laurent.
Pierre Bergé.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200717-zizi-jeanmaire-0.html

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/07/17/38434200.html


 

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20 juin 2020 6 20 /06 /juin /2020 03:57

« Aussitôt, joignant le geste à la parole, saisissant son rejeton par le bras et le faisant pivoter devant lui, il lui imprima sur le bas du dos, avec ses sabots noirs de purin, quelques cachets de garantie qui, pensait-il, le guériraient pendant quelque temps du désir et de la manie de chiper des boutons dans le "catrignot" de sa mère. » (Louis Pergaud, "La Guerre des boutons", 1912).


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Ce vendredi 19 juin 2020, c’est le centenaire du réalisateur français Yves Robert. Mort subitement le 10 mai 2002 à Paris, mari de Danièle Delorme pendant presque un demi-siècle, il a été plus souvent acteur au cinéma et comédien au théâtre que réalisateur, avec son physique assez caractéristique. Il englobait beaucoup de "fonctions" cinématographiques puisqu’il a aussi souvent été son scénariste et son producteur. Mais c’est bien au réalisateur Yves Robert que je veux m’intéresser ici car il me semble que, comme quelques autres de son époque, il est très représentatif du cinéma français des années 1960, 1970 et 1980, surtout des comédies françaises avec des dialogues très marquants et des acteurs particulièrement vivants.

C’est donc ce petit tour que je propose ici, un choix pas forcément arbitraire mais assurément subjectif de ses films qui m’ont marqué.

Et le premier, bien sûr, c’est son adaptation du fameux livre de Louis Pergaud, "La Guerre des boutons", sortie le 18 avril 1962 avec notamment Jacques Dufilho, Michel Galabru, Jean Richard, etc., mais ce sont les enfants qui ont fait toute la richesse du film. La prestation de Martin Lartigue (en Petit Gibus), petit-fils du célèbre photographe Jacques-Henri Lartigue, a été assez exceptionnelle avec son mémorable : « Si j’aurais su, j’aurais pô v’nu ! » (le frère aussi a joué dans le film, ainsi que le fils d’Yves Robert, Jean-Denis). L’idée de représenter les mômes nus, pour éviter de se faire "chiper" les boutons a été assez osée (cela explique pourquoi le film n’a pas été diffusé aux États-Unis) et on peut assurément affirmer que les scènes en question ne pourraient plus passer la convenance sociétale de nos jours.

Au-delà de l’œuvre d’origine, le film est en partie autobiographique avec du vécu du réalisateur lorsqu’il était lui-même gamin. C’était le meilleur moyen de rendre vivante cette époque (dans le même style que "Le Petit Nicolas" de Goscinny et Sempé). On ne parle jamais mieux que de ce qu’on a vécu soi-même.

Comme dans d’autres films (la série Pagnol par exemple), Yves Robert plonge le spectateur dans une époque révolue qu’on pourrait peut-être regretter pour se dire, pour les plus anciens, que "c’était le bon vieux temps", mais est-ce si sûr ? Ce n’est pas le sujet, le sujet, c’est finalement une chronique sociale et un témoignage précieux du temps qui passe, mieux qu’une photographie figée, et parfois, plus parlant qu’une description littéraire.

L’œuvre originale (le livre de Louis Pergaud) est tellement passionnante à lire qu’il faut vraiment éviter de regarder le film avant la lecture, car l’intérêt de celle-ci est justement de développer l’imaginaire et, pourquoi pas, de revoir des scènes de sa propre enfance, même si pour certains, elle est beaucoup plus récente, les batailles de Clochemerle version enfants sont finalement courantes dans la vie d’un enfant, même en milieu urbain.

C’est d’ailleurs ce qu’Yves Robert disait lui-même pour présenter son film : « J’ai fait mes "humanités" à la communale. Les bandes et les bagarres, je connais. La lutte des classes, la lutte pour la différence, la lutte pour une vieille et sombre histoire du passé. Il y a toujours eu ça, et il y a encore ça, pas seulement de village en village, mais de trottoir à trottoir… J’ai bien peur qu’aujourd’hui, dans certaines banlieues, "la guerre des boutons" soit plus violente. (…) Je suis un des enfants de cette "guerre" et je crois bien que tout le monde s’y retrouve en voyant le film. ». Et ce n’était pas anodin s’il parlait de la "République des enfants" puisqu’ils ont même voté un impôt révolutionnaire (ou pas). Et un gamin qui dit à Lebrac, au détour d’une conversation : « Tu fais honte aux pauvres, Lebrac ! C’est pas républicain, ça ! ».

Ce fut un éclatant succès en salle, le plus grand d’Yves Robert, avec plus de 10 millions d’entrées, ce qui a pu financer la société de production de Danièle Delorme et Yves Robert. C’est un succès qu’on peut justement expliquer par cette identification. Il serait intéressant d’ailleurs de savoir si les "djeunes des banlieues" peuvent aussi s’identifier dans ce film, je crois connaître la réponse mais ce n’est pas le sujet ici. Une explication complémentaire à ce succès, c’est justement de s’être écarté du livre d’origine.

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Je continue mon petit tour, je laisse de côté Petit Gibus devenu Bébert Martin dans "Bébert et l’omnibus" (1963) et quelques autres et je m’arrête à "Alexandre le bienheureux" sorti le 9 février 1968, chronique sociale qui fait en quelque sorte l’apologie de la paresse, ou, du moins, qui fustige les cadences infernales (et il est d’avant mai 68 !). Le personnage principal est Philippe Noiret, agriculteur fatigué qui décide (après la mort de sa femme) de se reposer, ce qui met en émoi tout le village. Au-delà de ce premier premier rôle pour Philippe Noiret, on peut remarquer notamment la très sensuelle Marlène Jobert. La musique a été confiée à Vladimir Cosma qui a souvent collaboré avec Yves Robert (treize fois).

Vient ensuite la série de deux comédies françaises bombardant Pierre Richard dans le rôle de star (Claude Rich et Jean Lefebvre avaient aussi été envisagés) : "Le Grand Blond avec une chaussure noire" sorti le 6 décembre 1972 et "Le retour du Grand Blond" sorti le 18 décembre 1974. Autour du personnage principal, Pierre Richard, musicien pris pour un agent secret, son copain Jean Carmet, la très belle Mireille Darc (cela aurait pu être Anny Duperey), mi-amoureuse mi-allumeuse, et toute la hiérarchie militaire, Jean Rochefort, Michel Duchaussoy, Jean Bouise, Paul Le Person et Bernard Blier (ce dernier seulement dans le premier film, à son grand regret).

Un savant dosage entre parodie de film d’espionnage et comédie absurde. Servant l’excellent jeu des acteurs, un scénario de Francis Veber et une musique essentielle de Victor Cosma. On voit l’importance du duo comique entre Bernard Blier et Pierre Richard. L’absence de Bernard Blier dans "Le retour" est sensible et regrettable car Pierre Richard devient la seule figure comique majeure alors que leur duo tenait bien la route (Bernard Blier aurait voulu prendre part à ce second film mais le scénario le rendait mort). Le premier film se repose sur l’article 9 du code civil qui explique que "chacun a droit au respect de sa vie privée". Il y a une scène cocasse où Jean Carmet se croit fou en voyant chez son ami Pierre Richard des cadavres partout, dans tous les recoins de l’appartement…

Arrive maintenant une nouvelle série très comique, chronique sociale légère, "Un éléphant, ça trompe énormément" sorti le 22 septembre 1976 et "Nous irons tous au paradis" sorti le 9 novembre 1977. Les deux films, scénarisés par Jean-Loup Dabadie (mort récemment, le 24 mai 2020) et mis en musique par Victor Cosma, tiennent sur une bande de quatre potes dont trois sont déjà …hélas au paradis (Guy Bedos récemment, le 28 mai 2020) : Jean Rochefort, Victor Lanoux, Guy Bedos et Claude Brasseur. Chacun vit une situation affective difficile. La "scène culte" de Guy Bedos en train de se disputer avec sa mère possessive Marthe Villalonga est succulente, d’autant plus qu’elle était crédible malgré la très faible différence d’âge (deux ans pour une génération !). Danièle Delorme joue la femme de Jean Rochefort, Anny Duperey sa maîtresse. À la suite d’un enchaînement hasardeux, Jean Rochefort se retrouve près du vide comme un candidat au suicide en haut d’un immeuble, et se fait cueillir par les pompiers (celui qui les alerte est Jean-François Derec).

Gardant le principe d’une narration en off du héros : « N’écoutant que son courage, qui ne lui disait rien, il se garda bien d’intervenir. » (citation de Jules Renard), Yves Robert a gardé son équipe qui fonctionnait bien (Jean-Loup Dabadie au scénario, Victor Cosma à la musique, Jean Rocherfort dans le premier rôle), pour son "Courage fuyons" sorti le 17 octobre 1979. Le film fait vivre le duo Jean Rochefort et Catherine Deneuve. Parmi les personnages secondaires, on peut noter Dominique Lavanant (la femme de Jean Rochefort dans le film), Michel Aumont et Gérard Darmon. C’est encore une chronique sociale qui traverse la crise de mai 68.

Toujours avec Victor Cosma à la musique, Yves Robert a fait deux autres films séries pour l’adaptation d’œuvres autobiographiques de Marcel Pagnol : "La gloire de mon père" sorti le 29 août 1990 et "Le château de ma mère" sorti le 31 octobre 1990 (la même année, donc). J’ai beaucoup aimé ces deux films lors de sa première vision, car on s’installe rapidement dans le contexte de l’auteur (mais je conseille de lire Pagnol avant de regarder ces films). Étrangement, regarder de nouveau ces films ne m’apporte plus de plaisir, peut-être parce que je ne suis pas du coin ?!

J’ai gardé pour la fin (tout en respectant l’ordre chronologique) le film que je considère comme le meilleur d’Yves Robert avec toujours le trio gagnant : Jean-Loup Dabadie au scénario, Victor Cosma à la musique et Jean Rochefort dans le rôle principal, toujours avec la voix narrative : "Le bal des casse-pieds" sorti le 12 février 1992, qui est un petit bijou d’humour et de tendresse. Inutile de dire que le spectateur s’identifie assez facilement au héros dans la détection des emm@rdeurs dans la vie.

Jean Rochefort est un vétérinaire et il se fait la liste de tous les casse-pieds, sa sœur Hélène Vincent toujours après lui, son client, Jean Carmet, possesseur d’un chien puis de deux, de cinq, de toute une flopée de chiens, qui veut absolument l’inviter chez lui (excusez-moi, pas ce jour-là, j’ai un enterrement), et puis enfin, le grand amour arrive avec Miou-Miou. On retrouve aussi la bande qui a fait la réussite de "Un éléphant…", avec Guy Bedos, Claude Brasseur et Victor Lanoux, il faut rajouter aussi Michel Piccoli (un homosexuel), mort récemment (le 12 mai 2020), et Jacques Villeret (ami du héros et présentateur de météo), également Valérie Lemercier, Sandrine Caron, Odette Laure, Véronique Sanson, etc.

Une scène précieuse, quand Miou-Miou et Jean Rochefort se retrouvent dans un bar. Manque de bol, une bande de potes arrive et envahit leur espace, ils ne peuvent plus avoir d’intimité, et petit à petit, ils se mettent à parler comme eux (qui ont la caractéristique de ne pas terminer leurs mots). Mais j’ai oublié de citer aussi Jean Yanne, qui ne fait qu’une furtive apparition mais essentielle, à la fin du film. Les deux amoureux prennent l’avion mais Jean Yann est placé au siège central, les séparant. Dommage pour un voyage d’amoureux. Jean Yann campe son refus de changer les places parce qu’il est dans son bon droit, et il est emm@rdeur jusqu’à la fin, jusqu’aux frites qu’il se permet de chiper à son voisin, vu qu’il ne les finit pas.

Découvreur de talents, Yves Robert l’a été avec Anny Duperey, Pierre Richard, et il a même donné son premier rôle principal à Louis de Funès dans "Ni vu, ni connu" sorti le 23 avril 1958 (aux côtés de Claude Rich et Moustache). Comme le montre "Un éléphant…" et sa suite, Yves Robert n’a jamais mieux réussi que lorsqu’il s’éclatait avec une bande de copains. Ce n’est pas pour rien qu’il a cette inscription sur sa tombe au cimetière du Montparnasse : "Un homme de joie". Ils se sont d’ailleurs presque tous retrouvés là-haut, mais heureusement, ici-bas, il reste les enregistrements vidéos et la possibilité de revoir ses films jusqu’à la fin …des temps.


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Sylvain Rakotoarison (19 juin 2020)
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Pour aller plus loin :
Yves Robert.
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