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31 janvier 2023 2 31 /01 /janvier /2023 04:29

« L'enjeu est considérable : maintenir l'acquis au profit des générations futures dépend, au-delà de la démographie et de l'économie, de notre capacité à actualiser le pacte de solidarité qui lie les générations entre elles. (…) Il s'agit de préparer l'avenir des jeunes générations pour que notre société, demain, continue à reconnaître à ses anciens la place et le niveau de vie qui leur revient. » (Michel Rocard, Premier Ministre, préface du Livre blanc sur les retraites, 15 avril 1991).



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Ce mardi 31 janvier 2023, c'est une nouvelle journée de manifestations et de grèves contre la réforme des retraites du gouvernement. Principalement dans le secteur public, notamment dans les transports (SNCF, RATP), l'éducation (écoles), les grèves ont pour objectif de créer un rapport de forces avec le gouvernement.

Les conséquences de ces grèves sont cependant loin d'être désastreuses aujourd'hui : en effet, la pandémie de covid-19 est passée par là et la plupart des personnes qui souhaitent quand même travailler cette journée le peuvent désormais, sans prendre les transports en commun, sans non plus saturer la circulation automobile (c'est cela qui est nouveau), car il existe maintenant le télétravail. Seules, les grèves continues pourraient affaiblir l'économie, mais un jour par semaine ne paraît plus en mesure de créer un rapport de forces.

Je ne doute pas de la sincérité de tous ceux qui manifestent ou qui font grève pour sauver les retraites par répartition. Et en quelque sorte, malgré le côté râleur d'un peuple français pourtant souvent responsable et sérieux, c'est une chance : le consensus reste très fort pour que le principe de notre système de retraite, généralisé depuis la Libération, reste par répartition. Car c'est aussi l'objectif du gouvernement, sauver nos retraites par répartition. Un objectif commun, c'est déjà cela. Je suis convaincu qu'un tel consensus n'existera jamais aux États-Unis sur ce sujet, par exemple.

En revanche, si nous voulons vraiment sauver nos retraites par répartition, il nous faut être lucides et anticiper. Sans cela, nous risquons de nous fracasser contre un mur qui est le mur comptable. C'est vrai, le peuple français a envie de rêver.

Les électeurs de François Hollande l'ont cru lorsqu'il disait au Bourget le 22 janvier 2012 que son principal adversaire, c'était le monde de la finance : « Mais avant d’évoquer mon projet, je vais vous confier une chose. Dans cette bataille qui s’engage, je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. (…) Cette emprise est devenue un empire. ». Comment des électeurs de gauche, trompés déjà mille fois par le verbe de François Mitterrand, ont-ils pu retomber dans le panneau ? Cela reste pour moi un grand mystère.

Toujours est-il que le peuple français a envie de rêver, a envie de grandes épopées, qu'elles soient napoléoniennes ou gaulliennes, ou qu'elles soient socialisantes avec le Front populaire, la victoire de François Mitterrand et quelques autres aventures. Plus généralement, les électeurs français croient aux promesses des candidats qui vont gagner, ce qui est terrible et justifie a posteriori la dévaluation de la parole en politique. On veut croire au Père Noël, on veut raser gratis. Les rêves idylliques finissent toujours en cauchemars dans la réalité du monde. La France, heureusement, n'est pas tombée ni dans le nazisme ou le fascisme, ni dans le stalinisme, même si elle n'a pas beaucoup de leçons à donner aux autres peuples quand on observe le bilan humain de Napoléon.

Il y a un véritable contresens dont sont très conscients les meneurs de cette confrontation sociale : on ne remet pas en cause les retraites par répartition quand on recule l'âge légal de la retraite de 62 à 64 ans. Au contraire, cela permet d'anticiper et de les préserver.

Rappelons une chose importante : on cite souvent le programme du CNR (Conseil National de la Résistance). La première chose, c'est qu'il date de 80 ans et qu'il s'est passé beaucoup de choses entre-temps pour ne pas reprendre un vieux programme. Néanmoins, quelques principes fondateurs ont porté notre modèle social qu'il faut préserver (le consensus reste celui-là). La deuxième chose, c'est qu'il n'a jamais promu la retraite à 60 ans ! La généralisation de la Sécurité sociale, y compris des retraites, a été adopté le 26 avril 1946. Et la retraite était à 65 ans avec une espérance de vie bien moindre que maintenant.

En effet, jusqu'en 1981, l'âge légal de départ à la retraite était de 65 ans et personne n'avait protesté. À l'époque (1946-1981), la situation des retraites était très favorable à la répartition : beaucoup de cotisants (avec le baby boom) et peu de retraités (à cause de la guerre). Les actifs pouvaient aisément contribuer au financement des pensions de leurs aînés sans être trop plombés financièrement.

Mais alors que la tendance démographique allait s'inverser (beaucoup de retraités à partir des années 2010 et baisse de la natalité à partir des années 1980), le gouvernement socialo-communiste de 1981 n'a pas trouvé mieux que de réduire de cinq ans l'âge légal de départ de la retraite, ce qui a augmenté fortement le nombre de retraités (et réduit d'autant le nombre de cotisants). Mesure aussi irresponsable que plus tard, les 35 heures, mais qui jouit, dans la vie politique, d'une sorte de nostalgie sociale du Front populaire.

On a laissé croire aux Français qu'ils pouvaient gagner plus en travaillant moins, et cela au moment où la France s'ouvrait dans une globalisation des échanges économiques qui allait rendre la compétition commerciale beaucoup plus rude.

Si le Président Emmanuel Macron voulait détruire les retraites par répartition, il lui suffirait de ne rien faire mais aussi, de ne pas faire payer les déficits déjà actuels des caisses de retraite par les contribuables (on compte actuellement 30 milliards d'euros de financement par l'État des caisses de retraite et cela va croître sans réforme, je reviendrai sur les chiffres dans un autre article).

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C'est parce qu'Emmanuel Macron veut justement les sauver, ces retraites par répartition, à l'instar d'une très grande majorité de personnes dans le pays, qu'il souhaite rendre le système structurellement équilibré et supprimer définitivement l'hypothèse d'une faillite et d'un effondrement du système (qui affectera en premier lieu les moins aisés). C'est à son effondrement qu'on devra proposer la retraite par capitalisation pour compenser. Mais c'est justement ce que le gouvernement veut éviter.

Inversement, si un actif veut être le maître des horloges et le maître de sa vie, décider l'âge de sa retraite en toute liberté, selon ses impératifs et ses envies, ses projets et ses contraintes, la retraite par capitalisation est sa solution : s'il épargne plus pendant sa vie professionnelle, il peut espérer partir plus tôt ; au contraire, s'il dépense toute sa rémunération tout de suite, il lui faudra travailler plus. Ce système par capitalisation est un système individuel, chacun fait comme il le souhaite. J'avais une très proche collègue américaine et elle me disait qu'elle souhaitait prendre sa retraite un peu après ses 50 ans, son désir était de s'acheter un ranch au Texas (d'où elle venait) et de vivre ainsi encore en bon état dans la campagne. Aux États-Unis, chacun décide comme il l'entend.

Bien que jaloux de mes libertés et plutôt individualiste, je préfère quand même le système par répartition qui est un système avant tout de solidarité : solidarité entre les générations (les jeunes paient pour les moins jeunes), mais aussi au sein d'une même génération avec le minimum vieillesse (revalorisé à l'occasion de cette réforme) que n'aurait pas le salarié pauvre dans un système par capitalisation.

Une autre raison aussi : c'est que ma collègue américaine, après la grave crise de l'automne 2001 (éclatement de la bulle des télécommunications), a dû se mettre dans l'idée de travailler encore plus longtemps, car tout son pécule économisé avait été consumé par la crise. C'est l'intérêt du système par répartition, on n'est pas tributaire de crises boursières qui affecteront le montant des pensions dans trente ans. Cette évidence explique le consensus : la France des Lumières, ce n'est pas chacun pour soi.

La répartition, c'est un avantage compétitif énorme. Mais cela exige un sérieux raisonnement pour que le système ne se casse pas la gueule comme dans une pyramide de Ponzi. Pour cela, il faut s'assurer qu'il y ait toujours assez de cotisants pour payer les pensions des plus âgés. En clair, cela signifie une natalité dynamique. Candidat à l'élection présidentielle de 1981, Michel Debré, dont le thème de la natalité l'avait enfermé dans une sorte de niche politique, avait anticipé les conséquences d'une baisse notable de la natalité. François Bayrou, le Haut commissaire au plan, l'a aussi écrit dans un rapport remis le 17 mai 2021. Il proposait deux voies pour augmenter la population active : ou une politique nataliste volontariste (ce qui n'a pas été fait depuis une cinquantaine d'années), ou un accueil de population jeune immigrée pour faire tourner notre modèle social.

L'autre solution, ce que préconise le gouvernement, c'est que les Français travaillent un peu plus qu'auparavant. Comme je l'indiquais dans un précédent article, cet effort demandé aux Français, dont le but est de sauver nos retraites par répartition, doit se faire dans la plus grande justice sociale, c'est-à-dire effectivement que les carrières longues et la pénibilité du travail soient prises en compte réellement et sérieusement. C'est en refusant obstinément de négocier avec le gouvernement que les syndicats s'empêchent d'améliorer la réforme actuelle, ce qui n'est pas très constructif.

De son côté, le gouvernement ira jusqu'au bout (Élisabeth Borne a confirmé sur France Info le 29 janvier 2023 que l'âge de 64 ans n'était pas négociable), et sa détermination est plus financière que politique ou idéologique : il faut sauver nos retraites par répartition.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (30 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Sauver nos retraites par répartition.
Réforme des retraites 2023 : le projet du gouvernement est-il amendable ?
Dossier des retraites du gouvernement publié le 10 janvier 2023 (document à télécharger).
Conférence de presse de la Première Ministre Élisabeth Borne le 10 janvier 2023 à Matignon (texte intégral et vidéo).
Comprendre la réforme des retraites présentée par Élisabeth Borne ce mardi 10 janvier 2023.
Le non-totem d'Élisabeth Borne sur les retraites.
Le coronavirus supplante la réforme des retraites de 2019-2020.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230130-reforme-retraites.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/sauver-nos-retraites-par-246282

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/31/39797926.html










 

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27 janvier 2023 5 27 /01 /janvier /2023 04:58

« Nous devons veiller à l’avenir de notre système de retraite. C’est pourquoi nous demandons à celles et ceux qui le peuvent de travailler progressivement plus longtemps, y compris aux femmes qui ont eu des carrières complètes. Cependant, les femmes continueront à partir plus tôt que les hommes. J’ajoute qu’elles bénéficieront de meilleures pensions. De fait, la réforme contribuera à réduire l’écart de pension entre les hommes et les femmes. » (Élisabeth Borne, le 24 janvier 2023 dans l'hémicycle de l'Assemblée Nationale).




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Les grandes lignes de la réforme des retraites ont été présentées par la Première Ministre Élisabeth Borne le 10 janvier 2023. En réaction, les syndicats, dans une unité nouvelle, ont appelé à faire la grève et à manifester pour le jeudi 19 janvier 2023. Dans les rues, 1,1 million de personnes ont manifesté, dont 400 000 à Paris, ce qui est une performance notable. Une nouvelle journée de manifestation est prévue le mardi 31 janvier 2023. Parmi les manifestants, on pouvait voir beaucoup de jeunes, ce qui est symptomatique de la société ; c'est compréhensible de voir des jeunes manifester pour leur pouvoir d'achat, pour avoir un emploi, pour avoir une bonne formation, pour avoir un logement, pour des causes internationales, etc. mais les voir manifester pour leur retraite, alors qu'ils n'ont pas encore, ou à peine, commencé leur vie active, n'avoir comme projet que de prendre sa retraite, ne traduit pas un grand enthousiasme dans la vie.

La démocratie ne doit pas se faire dans la rue, mais dans les urnes. Que sont ce 1,1 million de manifestants face aux 18,8 millions de Français qui ont voté pour Emmanuel Macron au second tour de l'élection présidentielle de 2022, et même face au 9,8 millions qui ont voté au premier tour dans un choix entre douze candidats (le plus diversifié en dehors de 2002), alors que le programme du candidat Emmanuel Macron spécifiait sans ambiguïté qu'il souhaitait faire la réforme des retraites (en reculant l'âge jusqu'à 65 ans) ?

Déjà, le gouvernement avait reculé en proposant 64 ans au lieu de 65 ans comme âge légal. En revanche, le ministre en charge de cette réforme, Olivier Dussopt (ancien député socialiste), a clairement fait comprendre que sur cet âge légal, le gouvernement n'entendait pas reculer et resterait ferme. Or, c'est un peu le chiffon rouge pour les syndicats, en particulier pour la CFDT pourtant favorable à la réforme version 2018-2019 qui n'est pas allée jusqu'au bout, vaincue par la pandémie de covid-19.

La démocratie ne sera pas dans la rue, mais elle sera dans l'hémicycle puisque c'est aux députés de voter la loi (ce sera un projet de loi rectificative de la loi de financement de la sécurité sociale de 2023). Le groupe LR devient le groupe charnière pour faire adopter la réforme. La plupart des responsables LR ont déjà fait savoir qu'ils avaient été écoutés par le gouvernement et qu'ils étaient prêts à voter le texte (néanmoins amendé).

De leur côté, les syndicats ne comptent pas rester passifs face au processus parlementaire. Le 25 janvier 2023, le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez souhaitait multiplier les "actions" d'ici au 31 janvier 2023. Il notait également que beaucoup de personnes qui n'avaient pas l'habitude de manifester avaient manifesté le 19 janvier 2023, notamment dans des petites villes. Enfin, il rejetait l'argument du gouvernement sur l'équilibre des comptes : il constatait même un excédent en 2022.

Alors, tout va bien avec notre système de retraite, madame la marquise ? Évidemment, non ! Philippe Martinez a oublié de dire qu'il y a un excédent en prenant en compte la subvention de 30 milliards d'euros de l'État pour rééquilibrer les comptes. De plus, cette situation d'équilibre provient des conséquences positives de la réforme des retraites de 2010. Ce qui la justifierait a posteriori ! Sans la réforme réalisée par le gouvernement de François Fillon, la situation des retraites aurait été une catastrophe financière.

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Le problème, en France, c'est qu'il n'y a jamais un bilan des réformes réalisées dix ans auparavant (positif ou négatif). Pourtant, c'est bien Philippe Martinez qui affirme que la réforme de 2010 a sauvé provisoirement le système de retraite. Aurait-il voté pour Nicolas Sarkozy ?!

Et en 2010 déjà, les deux tiers des Français étaient opposées à la réforme, autant qu'en 2023. Elle a pourtant été adoptée et appliquée et c'est maintenant grâce à elle que le patron de la CGT a l'audace de parler d'un excédent pour les retraites.

Seulement, la pyramide des âges est têtue : faute d'avoir su faire assez d'enfants, la génération qui, aujourd'hui, arrive à la retraite et leurs aînés sont en beaucoup trop grand nombre par rapport au nombre de personnes dans la vie active. Le déficit est démographiquement structurel. Si on avait pris le taureau par les cornes dès la fin des années 1990 (le gouvernement de Lionel Jospin a refusé de faire une réforme des retraites entre 1997 et 2002, d'autres gouvernements ont fait des petites réformes qui sauvaient le système seulement provisoirement), la pilule serait moins amère à faire passer.

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Et il n'y a pas beaucoup de solutions pérennes pour sauver nos retraites par répartition : ou augmenter les cotisations (charges salariales ou employeur), ou diminuer les pensions, ou enfin rééquilibrer le ratio entre durée moyenne de la vie active et durée moyenne de la retraite. La solution la plus douce, c'est de partir à la retraite plus tard. Cette philosophie paraît la plus raisonnable et elle est opposée aux fausses solutions (particulièrement démagogiques) de mettre le système de retraite sous injection permanente d'autres recettes de l'État (et donc, d'autres impôts, taxes ou cotisations).


C'est donc dommage que le syndicat réformiste qu'était la CFDT n'ait pas adopté cette philosophie de principe (le principe de lucidité et de réalisme) pour apporter à la réforme des améliorations nécessaires pour faire de cette réforme, comme le proclame le gouvernement, une réforme à la fois juste, raisonnable et progressiste. Le raisonnable est l'équilibre financier à long terme : si on ne fait rien, le système s'effondrera de lui-même et les beaux parleurs pourront toujours regretter l'ancien temps. Le progrès, c'est d'augmenter le minimum vieillesse et probablement qu'il faudra l'indexer pour qu'il suive l'inflation. Enfin, la justice sera sans doute l'élément à améliorer si on ne la veut pas seulement de vitrine.

Paradoxalement, le groupe Les Républicains pourrait se retrouver dans cette position d'arbitrage pour amender dans le sens de plus de justice sociale, alors que les oppositions populistes, que ce soient la Nupes ou le RN, n'auront aucun travail constructif pendant l'examen au Parlement.

Parmi les améliorations possibles, la première concerne les carrières longues, que le taux plein soit acquis dès que les annuités nécessaires sont réalisées, même si c'est en dessous de l'âge légal. C'est, à mon avis, le véritable débat que pourraient introduire les syndicats et personne ne leur donnera tort, car les actifs de carrière longue sont en quelque sorte des supercotisants, c'est-à-dire qu'ils auront beaucoup contribué à la répartition pendant leur vie active et ce serait normal qu'ils en soient récompensés.

Une autre piste d'amélioration est le calendrier, la date d'application de la réforme. En la mettant en application dès le 1er septembre 2023, elle va provoquer de profonds problèmes personnels pour les personnes qui avaient prévu de prendre leur retraite à la fin de l'année 2023 et qui devront la repousser de trois mois. Effectivement, ces personnes auraient pu préparer ce changement de vie à l'avance, par la vente ou l'achat d'un bien immobilier, un déménagement dans une autre région, le conjoint encore actif trouvant un emploi dans une autre région, etc. et le retour en arrière pourrait s'avérer, pour elles, très coûteux. Ces situations individuelles très concrètes, même si elles ne sont probablement pas très nombreuses, feraient que ces personnes seraient des victimes collatérales. Retarder son application de trois ou six mois ne paraîtrait pas financièrement déraisonnable.

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Bien sûr, le vrai enjeu de cette réforme, c'est de pouvoir travailler en étant plus âgé. L'observation avec la réforme de 2010 a montré que le recul de l'âge légal de la retraite a fait augmenter le taux d'emploi chez les seniors. Il n'y a donc aucune raison que cela ne se poursuive pas avec cette réforme. Comme pour le partage du temps de travail, il n'y a pas un gâteau invariable à partager ; l'activité sécrète de l'activité.

Néanmoins, ce constat reste insuffisant si on ne veut pas remplacer le déficit des caisses de retraite par le déficit des caisses de Pôle Emploi. En d'autres termes, il y a une réflexion à mener pour augmenter l'emploi des seniors, probablement avec un système plus contraignant ou, du moins, plus incitatif que la simple publication d'un index de seniors.

Et de toute façon, cela ne résout pas le problème de pénibilité : des emplois difficiles, physiquement ou psychiquement épuisants, ne peuvent pas durer à des âges trop avancés. Au-delà de la difficulté de définir réellement la pénibilité (que je considère autant associée au métier qu'à la personne qui l'exerce, selon sa résistance physique ou psychique), il est nécessaire de proposer une reconversion pour quitter un emploi trop épuisant à un certain âge. Cette seconde vie professionnelle, qu'on pourrait aborder entre 45 et 55 ans, serait également la possibilité pour tout le monde de changer de vie. Elle nécessite beaucoup de formation et une situation de plein emploi où les tensions sur le marché du travail seraient favorables aux demandeurs d'emploi.

Avant 1981, l'âge légal de la retraite était 65 ans alors que l'espérance de vie était nettement plus basse qu'aujourd'hui et que le taux de personnes retraitées sur la population active beaucoup plus bas qu'aujourd'hui. Mais il y avait une différence de taille : le nombre d'annuités pour obtenir le taux plein était 37,5 ans. Ce qui signifiait qu'un étudiant qui avait fait des études longues ou même une mère de famille (soyons sexiste) qui avait arrêté sa vie professionnelle pour élever ses enfants pendant une dizaine d'années (voire plus) pouvaient quand même espérer une retraite à taux plein à 65 ans. Aujourd'hui, avant même la réforme d'Élisabeth Borne, avec 42 annuités, alors que beaucoup de jeunes arrivent tard sur le marché de l'emploi, soit qu'ils poursuivent des études longues, soit qu'ils peinent à trouver un premier emploi, l'âge de la retraite à taux plein signifiait généralement 66 ou 67 ans.

Au lieu de se focaliser sur l'âge légal de la retraite, les syndicats feraient mieux de se concentrer sur le rythme de la progression du nombre d'annuités et aussi sur les quelques pistes que j'ai exposées ci-dessus. Il y en a bien sûr d'autres et le gouvernement ressortirait donc grandi s'il acceptait quelques aménagements, et sans doute que ce sera le groupe LR qui l'imposera à la majorité présidentielle. Voici pour Éric Ciotti, nouveau président de LR, un bon moyen de rééquilibrer son image et celle de LR avec une composante sociale. Mais le veut-il lui-même ?


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (25 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Réforme des retraites 2023 : le projet du gouvernement est-il amendable ?
Dossier des retraites du gouvernement publié le 10 janvier 2023 (document à télécharger).
Conférence de presse de la Première Ministre Élisabeth Borne le 10 janvier 2023 à Matignon (texte intégral et vidéo).
Comprendre la réforme des retraites présentée par Élisabeth Borne ce mardi 10 janvier 2023.
Le non-totem d'Élisabeth Borne sur les retraites.
Le coronavirus supplante la réforme des retraites de 2019-2020.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230119-reforme-retraites.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/reforme-des-retraites-2023-le-246146

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2023/01/20/39786058.html









 

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10 janvier 2023 2 10 /01 /janvier /2023 20:48

« Notre système de retraites par répartition est un des fondements de notre système social. C’est un bien précieux et un symbole de notre Nation. Notre objectif est de le préserver. » (Élisabeth Borne, le 10 janvier 2023 à Matignon).



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Ce mardi 10 janvier 2023 à 17 heures 30, la Première Ministre Élisabeth Borne a présenté, au cours d'une conférence de presse (visible ici), la réforme des retraites promise dans les engagements du candidat Emmanuel Macron en 2022, en présence du Ministre de l'Économie et des Finances Bruno Le Maire, du Ministre du Travail et du Plein Emploi Olivier Dussopt et du Ministre de la Fonction publique Stanislas Guérini.

Projet phare du second quinquennat d'Emmanuel Macron, il est d'une importance à la fois politique et sociale. Les motivations du gouvernement pour faire cette réforme des retraites, trop longtemps attendue, sont principalement financières même si Élisabeth Borne a arboré trois principes et pas simplement le premier : l'équilibre, la justice et le progrès.

L'équilibre, Olivier Dussopt en avait déjà touché un mot quelques heures auparavant, répondant à une question de la députée FI Clémence Guetté lors de la première séance des questions au gouvernement de l'année : « Vous doutez de l’urgence de la réforme. Oui, il y a urgence, madame. Il y a urgence parce que le rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), composé des partenaires sociaux, démontre que, dès 2027, le déficit s’élèvera à 12,5 milliards d’euros, puis à 15 milliards dès 2030, 20 milliards en 2035 et 25 milliards en 2040. Si vous considérez qu’il n’y a pas urgence, c’est parce que vous acceptez le risque de casser le régime des retraites pour nos enfants et de leur léguer un système de protection sociale au rabais : ils seront assommés par la dette et étouffés par les impôts. Nous, nous considérons que l’équilibre est nécessaire, que le premier rail de protection et de solidarité, c’est de sauver le système par répartition. Ensuite, vous parlez des mesures que nous annoncerons tout à l’heure. Mais vous parlez sans savoir et vous pensez sans penser ! Vous êtes le seul groupe à n’avoir formulé aucune proposition, aucune solution alternative, à ne pas avoir participé aux concertations et à ne pas vouloir jouer le jeu du dialogue républicain. Nous mènerons cette réforme pour les Français, pour nos enfants et petits-enfants, sans sombrer dans la démagogie qui est la vôtre. La retraite à 60 ans, ce sont 85 milliards d’euros par an. Où les prenez-vous ? ».

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Ce qui est terrible, c'est que cette retraite à 60 ans est une bombe à retardement qui a été mise en place par François Mitterrand il y a quarante ans, alors qu'à l'époque, l'âge légal de départ à la retraite était 65 ans. Mais cet âge est un peu hypocrite puisqu'il y a aussi le nombre minimal d'annuités pour pouvoir prétendre à une retraite à taux plein. Pour ceux qui sont entrés tard dans la vie active parce qu'ils ont fait des études, l'âge légal, de toute façon, ne les concernait pas s'ils voulaient avoir une retraite à taux plein et cette réforme ne les impactera donc probablement pas.

Revenons à ce déficit. L'hypothèse du gouvernement a été un taux de 4,5% de chômage, soit le plein emploi. C'est une condition favorable au financement des retraites puisqu'il y a plus de cotisants qu'avec un chômage à un taux de 7%. Malgré cette hypothèse de départ très favorable, le déficit est là dès 2023. Si on laisse filer, en 2024, le déficit sera de 8,1 milliards d'euros ; en 2030, de 13,5 milliards d'euros ; et en 2050, de 43,5 milliards d'euros. Dans les dix prochaines années, sans réforme, les déficits cumulés atteindront un montant astronomique : 150 milliards d'euros !

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La raison est facile à expliquer : la pyramide des âges. La démographie permet d'anticiper sur une trentaine d'années. Mais aucun gouvernement n'a eu le courage, depuis trente ans et le livret blanc sur les retraites commandé par Michel Rocard, de faire une réforme pour pérenniser le système par répartition. Toutes ont colmaté les brèches, ont été des rustines précaires, pour une décennie. L'ambition du gouvernement est donc de consolider le système et pas, comme le crient les oppositions, de le détruire. En 1970, il y avait plus de 3 cotisants pour 1 retraité. En 2002, 2,1 cotisants pour 1 retraité. En 2022, seulement 1,7 cotisant pour 1 retraité. Et en 2040, il y aura 1,5 cotisant pour 1 retraité. En 2040, il y aura 20 millions de retraités (aujourd'hui, 17 millions) pour une population active stabilisée à 30 millions de personnes.

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Si on compare avec nos voisins européens, non seulement les retraités français restent en moyenne plus longtemps à la retraite, mais leur niveau de vie est meilleur que la plupart de leurs voisins. C'est normal : la France vit au-dessus de ses moyens. Qui paie ? Les générations qui suivent, par la dette de l'État monumentale qui fait payer les retraites doublement par les jeunes, par leurs cotisations (répartition) et par l'impôt (dette à rembourser d'une manière ou d'une autre).

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Tous nos voisins ont repoussé l'âge légal, parfois jusqu'à 67 ans, voire 68 ans au Royaume-Uni et 70 ans en Italie.

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Le contenu de la réforme est donc le suivant : la réforme concernera toutes les personnes nées après le 31 août 1961. L'âge légal passera de 62 ans à 64 ans, progressivement de 2023 à 2030 (3 mois tous les ans). Parallèlement, le nombre d'annuités (années de cotisation retraite) nécessaires pour avoir le taux plein passera progressivement de 42 (actuellement) à 43 en 2027 (au lieu de 2035, ce que prévoyait la réforme Touraine adoptée en 2014).

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Le gouvernement a calculé deux autres hypothèses pour éviter les déficits sans toucher à l'âge légal : une augmentation des cotisations, mais cela signifierait que pour maintenir l'équilibre financier, un actif devrait cotiser en plus (en moyenne) 400 euros par an en 2027 et 550 euros par an en 2032. Autre idée, diminuer le niveau des pensions : pour préserver l'équilibre, cela signifierait en moyenne une baisse des pensions de plus de 700 euros par an en 2030. Le choc le moins rude pour conserver le système par répartition, c'est donc bien de travailler un peu plus et prendre sa retraite un peu plus tard, comme partout ailleurs.

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Mais il y a des compensations. Car effectivement, le minimum retraite sera revalorisé à 85% du SMIC (soit 1 200 euros brut par mois), ce qui reste faible mais supérieur à la situation actuelle (environ 300 euros de plus par mois). Les femmes bénéficieront plus que les hommes de cette hausse en raison des carrières parfois interrompues par la maternité.

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L'un des enjeux cruciaux reste l'emploi des seniors (des personnes de plus de 55 ans). L'objectif est évidemment que les entreprises gardent leurs salariés plus longtemps en fin de carrière, même s'ils "coûtent" plus cher. Ainsi, un indice sur la part des seniors parmi les salariés sera instauré dans les grandes entreprises, mesure qu'a contestée le Medef. Plus tard à la télévision, Élisabeth Borne a dit : « Je suis confiante sur le fait qu'on doit être capable d'accompagner les seniors. Et vous savez, plus généralement, je pense que c'est un vrai sujet de société pour nous de reconnaître la place des seniors dans les entreprises. ».

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Parmi les nombreuses autres mesures annoncées par Élisabeth Borne, il y a l'âge à partir duquel la retraite sera à taux plein même si on n'a pas fait toutes les annuités nécessaires : cet âge ne varie pas et reste à 67 ans. Pour les carrières longues, l'âge de départ à la retraite est différent. Ainsi, pour ceux qui ont commencé à travailler avant 16 ans, c'est 58 ans (actuellement, c'est deux ans plus tard), entre 16 et 18 ans, c'est 60 ans et entre 18 et 20 ans, c'est 62 ans. Des conditions particulières sont réservées à ceux dont la pénibilité dans le travail est forte, ou à ceux qui sont en situation d'invalidité (pour eux, 62 ans), pour les personnes en situation de handicap, l'âge reste à 55 ans. Ceux victimes d'un accident du travail ou d'une maladie professionnelle pourront partir à la retraite deux ans avant l'âge légal.

Il est mis en place aussi du fonds de reconversion pour changer de métier si le métier d'origine est pénible afin de poursuivre sa carrière dans un métier aux conditions moins difficiles à cause de l'âge.

Deux autres principes inspirent cette réforme. La justice correspond à la fin de certains régimes spéciaux qui ne se justifient plus... fin uniquement pour les nouveaux embauchés qui rejoindront le régime général des retraites, et le progrès social. En effet, il y a l'augmentation du minimum vieillesse, mais aussi la prise en compte des congés parentaux dans le calcul des annuités, ainsi que la validation des trimestres pour les proches aidants d'une personne en dépendance.

D'autres mesures très ciblées donnent une plus grande coloration sociale, mais sont inaudibles pour les syndicats qui ne voient que l'âge légal repoussé. Par exemple, le cumul emploi-retraite sera créateur de nouveaux droits à la retraite (ce qui n'est pas le cas actuellement).

Avec la réforme présentée par Élisabeth Borne, le déficit des retraites sera résorbé en principe en 2030 sans réduire le pouvoir d'achat des retraités.

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Après sa présentation, Élisabeth Borne a été l'invitée du journal de 20 heures sur France 2 pour répondre aux questions d'Anne-Sophie Lapix. Elle a déclaré : « On va devoir progressivement travailler plus longtemps et je mesure ce que ça représente pour beaucoup de Français. ».

Dans les réactions, sans surprise, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon ont cherché à être le meilleur opposant au gouvernement. Marine Le Pen a exprimé sa « détermination à faire barrage », tandis que Jean-Luc Mélenchon a dénoncé une « grave régression sociale ». De même, les syndicats se sont donnés rendez-vous le jeudi 19 janvier 2023 pour manifester massivement contre la réforme.

Plus intéressante était la réaction du groupe LR. En effet, les députés LR étaient divisés sur le comportement à adopter : favorables à la retraite à 64 ans, ils ne voudraient toutefois pas se montrer comme des supplétifs du macronisme.

Quelques heures avant la conférence de presse d'Élisabeth Borne, le président du groupe LR Olivier Marleix a fait passer le message lors des questions au gouvernement à l'Assemblée Nationale : « La réforme que nous voulons tient en quelques principes. D’abord, elle doit être progressive : le recul de l’âge de départ ne doit intervenir qu’au rythme d’un trimestre par an jusqu’à 63 ans à la fin de ce quinquennat, 64 ans lors du suivant. Ensuite, elle doit être juste et permettre à celui qui a commencé plus tôt de partir à la retraite plus tôt dès lors qu’il a tous ses trimestres. Elle doit aussi être équitable en demandant le même effort à tous les Français, qu’ils relèvent du public, du privé ou des régimes spéciaux. Enfin, soyons clairs, il est hors de question que l’État s’empare des réserves du privé. L’argent des retraites doit aller aux retraités et à eux seuls. Par-dessus tout, il faut réparer une injustice : je veux parler de celle qui concerne ces 2 millions de retraités qui ont cotisé toute leur vie, qui ont travaillé dur, qui ont des carrières complètes, souvent des femmes, des commerçants, des artisans, et qui perçoivent des pensions de retraite de seulement 900 euros par mois. C’est indigne d’un grand pays comme le nôtre. Êtes-vous prête, madame la Première Ministre, à leur garantir une retraite minimum de 1 200 euros à eux aussi et pas seulement aux futurs retraités ? Je vous le dis très clairement, c’est pour nous une condition impérative ! ». Message bien reçu. Élisabeth Borne ne lui a pas répondu précisément car elle allait le faire à Matignon.

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La réforme Borne a convaincu le groupe LR puisque Olivier Marleix a semblé satisfait : « Nous avons été entendus sur le rythme de l'application des 64 ans et la retraite à 1 200 euros y compris pour les retraités actuels (…). Nous prenons acte que la Première Ministre a entendu un certain nombre de demandes, la première et la plus importante est que le rythme ne soit pas brutal. ». Toutefois, certains députés LR ont précisé qu'il y a encore des champs d'amélioration, notamment sur les carrières longues, considérant qu'après 43 annuités, on devrait pouvoir prendre sa retraite même si c'est avant l'âge légal. La plupart des députés LR qui se sont exprimés ont insisté sur le fait qu'Emmanuel Macron aurait abandonné sa réforme brutale et simpliste de retraite à 65 ans et que cela ouvrirait donc la possibilité d'un accord entre LR et le gouvernement. Dans cette histoire, LR souhaite être le défenseur du Français qui travaille et qui a de faibles revenus.

Ce qui paraît assuré désormais, et ce n'était pas clair jusqu'à maintenant, c'est que la réforme des retraites pourra certainement être adoptée à l'Assemblée Nationale sans saisir l'article 49 alinéa 3 de la Constitution. En effet, la majorité et le groupe LR constituent une majorité absolue très large qui ne devrait pas être impactée par la position de quelques députés LR réfractaires (je pense en particulier à Aurélien Pradié).

Reste la rue pour la gauche et les organisations syndicales. La mobilisation sera-t-elle inversement proportionnelle à la certitude que les protestations seront inutiles puisque le gouvernement disposera probablement d'une majorité ? Nous ne sommes plus en 1995 et les Français, bien que, dans les sondages, majoritairement contre le principe de travailler plus (qui voudrait travailler plus sans compensation ?), se montreront sans doute responsables et les arguments du gouvernement auront de quoi convaincre. L'avenir de notre modèle social se joue en 2023.


Aussi sur le blog.

 
Sylvain Rakotoarison (10 janvier 2023)
http://www.rakotoarison.eu


(Tous les tableaux et figures proviennent du dossier sur les retraites publié par le gouvernement le 10 janvier 2023 et téléchargeable ici).


Pour aller plus loin :
Dossier des retraites du gouvernement publié le 10 janvier 2023 (document à télécharger).
Conférence de presse de la Première Ministre Élisabeth Borne le 10 janvier 2023 à Matignon (texte intégral et vidéo).
Comprendre la réforme des retraites présentée par Élisabeth Borne ce mardi 10 janvier 2023.
Élisabeth Borne.
Le non-totem d'Élisabeth Borne sur les retraites.
Vœux 2023 d’Emmanuel Macron : l'impératif d'unité de la Nation.
La réélection d'Emmanuel Macron.
Sobriété énergétique : froid et fatigue chez les députés !
Incident à l'Assemblée : la sanction disciplinaire la plus lourde de la Ve République !
3 motions de censure pour le prix de 2 articles 49 alinéa 3 !
La menace de la dissolution.
Pas de session extraordinaire en septembre 2022.
L’invective en commun : la motion de posture de Mélenchon est rejetée !
Baptême du feu pour Élisabeth Borne : et maintenant, au travail !
Discours de politique générale d’Élisabeth Borne le 6 juillet 2022 à l’Assemblée Nationale (vidéo et texte intégral).
L’Assemblée Nationale en ordre de bataille pour la XVIe Législature.
Gouvernement Élisabeth Borne I.2 : resserrement des liens de la majorité présidentielle (Ensemble).
Composition du gouvernement Élisabeth Borne I.2 du 4 juillet 2022 (communiqué de l’Élysée).
La composition sans beaucoup de surprises du premier gouvernement d’Élisabeth Borne.
Élisabeth Borne, déconjugalisation de l’allocation aux adultes handicapés (AAH) et maladresse politique.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20230110-elisabeth-borne.html

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18 décembre 2022 7 18 /12 /décembre /2022 19:25

« La défaite est novatrice, la victoire est conservatrice. » (Bernard Werber).




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Comme disait Ségolène Royal le soir de sa défaite, en avant vers de nouvelles victoires ! Bon, c'est vrai, le terrain était lourd, et nos joueurs avaient mangé des cochonneries... (sur le mode d'Astérix).

Blagues à part, ce que l'histoire retiendra de ce dimanche 18 décembre 2022 à Doha, c'est que le match France-Argentine de la finale de la coupe du monde de football 2022 au Qatar aura été un grand spectacle, avec tout ce qu'il faut de suspens dramatique, d'émotions et d'incertitudes sur l'issue finale (j'allais écrire sur l'issue fatale). Un match aussi entre deux grands joueurs, Kylian Mbappé et Lionel Messi.

Les deux pays étaient en gros à chercher à s'octroyer une troisième victoire en finale. Probablement que l'équipe d'Argentine a mieux assuré les trois premiers quarts du match, mais l'équipe de France a su se redresser étonnamment, et puis, il y a eu les tirs au but, avec un contraste qui a conforté l'Argentine.

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Quand on arrive à un si haut niveau de la compétition, rater la dernière marche est une torture. Pourtant, cela n'enlève rien au mérite de l'équipe de France, qui avait déjà failli à la dernière étape en 2006 face à l'Italie, comme l'Argentine face à l'Allemagne en 2014. Vu le grand spectacle, les rebondissements, la France a perdu avec honneur et avec gloire. On peut dire que l'équipe de France aura la défaite modeste.

Cela ne retire rien à la morale générale de cette coupe du monde. Ou, peut-être, à la non-morale de la coupe du monde, car la nature du pays d'accueil, le Qatar, ses conditions de travail, ses lois particulièrement trop peu démocratiques, ses empreintes carbone hyperexcessives, tout cela a été mis sous le tapis en France dès lors que l'équipe de France commençait à sérieusement envisager de pouvoir gagner. Du reste, l'épidémie de covid-19 aussi ! La morale, c'est que la France a désormais construit sa culture du succès depuis une vingtaine d'années, depuis les deux victoires françaises, en 1998 et en 2018.

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La morale, c'est que ce sport est avant tout un travail d'équipe et que c'est une équipe à former, à entretenir, à mettre sur la même longueur d'onde qui permet de gagner. C'est aussi une responsabilité de l'entraîneur de faire que l'orchestre joue la même partition avec la même sensibilité.

Bien sûr, les analogies avec la politique sont nombreuses. Un chef, une équipe unie qui va vers le même but, et une ferveur, un soutien populaire. Au moins, les oppositions pourront éviter de s'entendre dire que le Président Emmanuel Macron aura "gagné" toutes les coupes du monde de football depuis qu'il est à l'Élysée (s'il est passionné par le football, être Président de la République n'apporte aucune responsabilité dans une éventuelle victoire !). Il pourra en revanche proposer de prendre rendez-vous dans quatre ans, au prochain Mondial, en 2026, avec peut-être, si les Bleus venait à gagner, des conséquences électorales beaucoup plus évidentes qu'en 2022.

En tout cas, bravo pour ce grand spectacle, les Bleus n'ont pas gagné, mais ils ont su montrer leur solidité.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (18 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
France-Argentine : l'important, c'est de participer !
France-Maroc : mince, on a gagné !?
Qatar 2022 : vive la France, vive le football (et le reste, tant pis) !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
Vincent Lindon contre la coupe au Qatar.
Neil Armstrong.
Pas de burkini dans les piscines à Grenoble.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Roland Garros.
Novak Djokovic.
Novax Djocovid.
Jean-Pierre Adams.
Bernard Tapie.
Kylian Mbappé.
Pierre Mazeaud.
Usain Bolt.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221218-football-qatar.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/france-argentine-l-important-c-est-245580

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15 décembre 2022 4 15 /12 /décembre /2022 04:29

« Bien entendu, l’arbre qui tombe fait plus de bruit que la forêt qui pousse, surtout quand il est scié par des mains extrêmes et mal intentionnées. Je reste convaincu, pour l’avoir vu, que l’immense majorité des supporters des deux équipes célébreront cette fête dans la joie et la fraternité, par passion pour le ballon rond. » (Mohamed Laqhila, député MoDem des Bouches-du-Rhône, le 13 décembre 2022 dans l'hémicycle).




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Autant le dire tout de suite, la victoire d'un match de football en demi-finale tout comme en finale de la coupe du monde ne changera pas la situation des Français, ni ne répondra à leurs nombreux sujets d'inquiétude (entre autres, le chauffage, l'inflation, l'emploi, le logement, la retraite, la pauvreté, l'école, l'hôpital, etc.). Mais la victoire est mieux que la défaite. Et cette victoire en demi-finale dans un pays si contesté, celle de la France contre le Maroc ce mercredi 14 décembre 2022, a renoué avec une sorte de spirale du succès, un nouvel élan pour le moral des Français. Comme en 2018.

Certes, rien n'est joué et l'adversaire final, l'Argentine semble assez solide pour laisser planer un suspens dramatique insoutenable, mais il y a déjà des faits : l'équipe de France n'avait jamais joué en finale deux fois de suite à une coupe du monde. Rien que cela, c'est historique.

Le sport doit garder sa saveur d'origine, un jeu loyal où la haine et la rancœur sont éliminées au profit de la dignité, de la loyauté et surtout, du respect, et d'abord, du respect de l'adversaire. En ce sens, les liens particuliers qu'a pu tisser le Maroc avec la France ont eu pour conséquence que la confrontation est restée sur le plan sportif et pas de manière nationaliste. L'entraîneur français disait avant la prestation des athlètes : souvenez-vous que le sujet, c'est la demi-finale, ce n'est pas le Maroc.

Alors, maintenant, le dernier tour, le plus sérieux, gagner la finale, face à une équipe redoutable. Je reste toujours aussi étonné, déconcerté, par les conséquences d'une compétition qui, pourtant, ne concerne qu'un ballon rond. C'est peut-être la manière d'exprimer sans danger un nationalisme, voire un véritable amour de la patrie, et pourtant, je doute car dans chaque équipe nationale, il y a une forte multitude de nationalités. C'est peut-être cette transcendance nationale qui manque tant dans d'autres domaines, qui a quitté les églises et les écoles pour aller se nicher dans les stades, qui sait ?

Pourquoi le football est-il un lien social et national aussi fort ? Par l'émotion que le sport entraîne ? Un peu comme l'émotion qui peut se ressentir à l'écoute d'une musique, d'une chanson ? Finalement, les matchs sont des petits moments partagés, des émotions échangées collectivement, et rapidement, une nostalgie qui se range parmi les avant-c'était-mieux, le temps où la convivialité allait de paire avec la volonté de vaincre.

Comme je l'expliquais précédemment, la culture du succès est toujours vécue par la plupart des Français avec beaucoup d'incrédulité, tant nous trouvons irrésistible de dénigrer notre pays, et plus généralement, de pointer les fautes, les erreurs, les échecs, les points rouges, plutôt que d'insister sur les victoires, les talents, les réussites, les points verts, préférant la critique aux compliments, la râlerie aux remerciements.

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Le Président de la République Emmanuel Macron a eu raison de se rendre au Qatar pour assister à la demi-finale. Il le refera évidemment pour la finale le dimanche 18 décembre 2022. S'il avait fait le contraire, on lui aurait reproché de ne pas soutenir l'équipe de France en de pareilles circonstances.

Passionné de football et passionné par la France, Emmanuel Macron ne pouvait qu'être ému le soir du 14 décembre 2022 : « Je veux dire un immense merci à notre sélectionneur Didier Deschamps. Il sait être en finale et il les gagne. Jamais deux sans trois. Il est là avec sa baraka et son talent. On rapporte la coupe. On prépare la finale et, vous savez quoi, on la gagne ! (…) Giroud aurait encore pu marquer. Griezmann est d’une générosité inouïe. Et on a cette génération nouvelle qui marque. Théo Hernandez, Kolo Muani… Ils me rendent immensément fier. Hugo Lloris a été au rendez-vous aussi. Kylian a été marqué de près mais il a fait un boulot extraordinaire. (…) Je veux que les Français profitent de ce bonheur simple. Les Marocains peuvent aussi être fiers. Ils n’ont pas à en rougir. Je veux leur dire notre amitié. Que tout le monde profite de ce moment. ».

Et pourtant, le Qatar n'a pas changé, probablement se retrouvant au centre d'un scandale politique qui promet d'être exceptionnel au cœur du Parlement Européen avec sans doute de futures victimes collatérales, rien de ce qu'on a reproché à l'organisation de cette coupe du monde n'a disparu, mais l'indignation est toujours conditionnée à une spirale de l'échec.

En d'autres termes, on veut bien fermer les yeux si ça en vaut le coup ! Le Président de la République n'a pas dit autre chose : « J’ai toujours été clair sur le sujet. Le sport doit rassembler. Il en est des coupes du monde de foot, de rugby, des Jeux olympiques pour que des nations qui ne se parlent pas se parlent. Il faut reconnaître que le Qatar organise très bien cette coupe du monde. Ne mégotons pas sur notre plaisir. Sachons avoir des joies simples et être fiers. Il y a plein de pays où il faut régler les choses. ».

Pour preuve, la séance des questions au gouvernement du mardi 13 décembre 2022, la veille du match France-Maroc. Aucune question sur le Qatar, sur sa conception particulière du droit du travail, sur son indifférence à l'empreinte carbone, ni sur le déplacement d'Emmanuel Macron dans ce pays si particulier. Seulement deux questions sur les conditions de sécurité les soirs de matchs, quand les supporters fêtent leur victoire, ou leur défaite, sur les Champs-Élysées.

À une députée du Rassemblement national qui s'inquiétait du trop faible nombre de policiers pour encadrer les manifestations de joies des supporters, le Ministre de l'Intérieur et des Outre-mer Gérald Darmanin a répondu : « Il est vrai que des dizaines de milliers de personnes se sont réjouies, à Paris, de la qualification, d’une part, du Maroc et, de l’autre, de la France. Peut-être auriez-vous pu commencer par féliciter ces deux équipes, et imaginer un instant être heureuse avec les autres. En tout cas, madame la députée, je vous encourage à célébrer les victoires avec notre peuple. (…) Bravo au Maroc, bravo à l’équipe de France, bravo aux policiers, merci au parquet de Paris ! Pour une fois, réjouissez-vous et arrêtez de jouer les grincheux ! ».

Un ambassadeur marocain expliquait à la télévision française, juste avant le match, que la réussite d'un pays sur le plan sportif montrait que le pays jouissait d'une situation flatteuse sur les autres plans. C'était évidemment un peu exagéré, histoire de montrer la grandeur du Maroc, mais pas faux non plus, et les Français devraient ainsi en tirer des leçons, notamment celle-ci : que la France est toujours une grande nation et que ce ne sont pas les nationalistes haineux et nostalgiques d'un ordre qui n'a jamais existé qui la font gagner, mais ici, bel et bien l'équipe de France de football !...


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (14 décembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
France-Maroc : mince, on a gagné !?
Qatar 2022 : vive la France, vive le football (et le reste, tant pis) !
Après la COP27, la coupe au Qatar : le double scandale...
Vincent Lindon contre la coupe au Qatar.
Neil Armstrong.
Pas de burkini dans les piscines à Grenoble.
Couvrez ces seins que je ne saurais voir !
Roland Garros.
Novak Djokovic.
Novax Djocovid.
Jean-Pierre Adams.
Bernard Tapie.
Kylian Mbappé.
Pierre Mazeaud.
Usain Bolt.









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23 novembre 2022 3 23 /11 /novembre /2022 04:55

« On dira ce qu’on voudra mais la police française est quand même l’une des meilleures du monde. » (Une réplique dans le film "Dupont Lajoie" en 1975).



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Après les meurtres de Lola (12 ans) à Paris et de Justine (20 ans) à Brive le mois dernier, le meurtre de Vanesa, une adolescente de 14 ans qui a été violée, à Tonneins, entre Agen et Marmande, dans le Lot-et-Garonne, a monopolisé les canaux médiatiques ce week-end. On en reste toujours au même point de départ : une très forte émotion doublée d'une indignation, et, il faut bien l'admettre, une certaine impuissance et même un certain fatalisme. On a l'impression de toujours revivre le viol et meurtre racontés dans le film "Dupont Lajoie" d'Yves Boisset (sorti le 26 février 1975). Un film qui a suscité de fortes réactions, au point que son acteur principal Jean Carmet était parfois insulté dans la rue à son passage.

Comment dire aux parents qu'il n'y avait rien à faire pour l'éviter ? Le problème dans une société de liberté, c'est justement que la société laisse tous ses individus agir comme bon leur semble, et ce n'est qu'a posteriori, à la suite d'enquête policière et de procès judiciaire, qu'on "corrige" dans le cas où certains d'entre eux s'écarteraient de la loi. N'a-t-on rien fait ? Cela fait plus de cinquante ans que les gouvernements successifs ont fait adopter lois sur lois pour renforcer les outils et les moyens pour éviter, empêcher ces crimes odieux.

Si les médias se sont emparés du meurtre de Vanesa (une marche blanche est organisée pour le 25 novembre 2022), c'est parce que tous les faits-divers sont pris d'assaut par les médias en quête d'audience, au même titre que les procès en assises sont très suivis. La faute à qui ? Probablement à "nous", j'ose utiliser un nous-collectif qui embrigade tant les lecteurs que moi, mais c'est vrai que finalement, c'est aussi le rappel que les polars sont un type de littérature très courue par "les gens" en général. Sommes-nous donc tant fascinés par le sang ? Désolé d'utiliser encore le "nous".

Chaque histoire est différente, il faut malheureusement plus scruter le meurtrier que connaître la victime qui, souvent, se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment, pour tenter de comprendre qui déclenche, enclenche le meurtre et pour imaginer des moyens de les éviter à l'avenir. Encore une fois, pour Vanesa, l'étude du passé du meurtrier présumé laisse froid dans le dos (des poursuites pour des faits d'agression sexuelle en 2006), même si depuis onze ans, il n'avait plus commis de faute.

Je note au moins que pour ce meurtre-là, aucune récupération politique n'a eu lieu, je n'espère pas écrire : n'a encore eu lieu, car je crois savoir que les forces politiques qui avaient tenté de récupérer odieusement le meurtre de Lola, au grand dam de la famille en pleurs, n'auraient aucune raison de s'emparer de celui de Vanesa. En effet, le meurtrier présumé, qui a avoué son crime le 19 novembre 2022 au cours de sa garde-à-vue, n'est pas une personne étrangère en situation irrégulière, il est un jeune père de famille, au nom et prénom qui laissent entendre une ascendance française de longue date (du moins, cela en a l'apparence).

Chaque meurtre, surtout s'il s'agit d'une victime peu âgée, d'enfant ou d'adolescent, est insupportable, intolérable, scandaleux, c'est un choc définitif pour les parents, les proches, les amis, avec parfois des sentiments qui ne sont pas très intelligents de vengeance mais qu'on pardonnera parce qu'on pourrait les comprendre.

C'est la singularité des personnes lorsqu'on les prend en tant que telles, des individus qui sont d'autant de mondes riches et imaginaires que d'êtres, qui sont des bibliothèques entières. Et le risque, lorsqu'on les prend en statistique, c'est de s'écarter de l'émotion et de l'humain pour se rapprocher d'une froideur comptable et mathématique.

Et pourtant, sans aucune intention de relativiser le chagrin infini qu'a engendré le meurtre d'un enfant, il faut constater qu'en France, chaque année, il y a très grossièrement environ 1 000 homicides, inclus les victimes d'attentats terroristes, les victimes de meurtres et les victimes d'assassinats (je rappelle la différence juridique du meurtre et de l'assassinat : l'assassinat est un meurtre prémédité, alors que le meurtre peut être un homicide imprévu, par exemple, un témoin gênant se trouvant par hasard sur un lieu de cambriolage). C'est beaucoup, un millier de morts évitables par an, même pour 67 millions d'habitants, même un meurtre par an, ce serait un meurtre de trop, mais il faut signaler l'amplitude de ces faits tragiques. Depuis une trentaine d'années, ces homicides ont d'ailleurs tendu à décroître jusqu'à il y a une quinzaine d'années pour se stabiliser.

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On aura beau imaginer tous les outils pour mettre les meurtriers potentiels hors d'état de nuire avant de commettre leur crime, il y aura toujours des situations imprévues, singulières, des personnes bien sous tout rapport qui plongeront dans le meurtre. Cela ne veut pas dire que ce n'est pas grave, car un seul meurtre est une atteinte à toute la communauté nationale. Cela ne veut pas dire non plus que la société ne doive pas réagir, mais face à la détermination d'un seul individu, il y aura toujours des trous dans la raquette, c'est le problème du terrorisme. On peut du reste observer que la peine de mort n'a aucun effet dissuasif, il suffit de mesurer le niveau de criminalité dans les pays dont la peine de mort est encore appliquée (je pense notamment aux États-Unis).

Pour la puissance publique, mais aussi pour chaque personne issue d'une société qui a pour principe de protéger ses membres, d'assurer leur sécurité, bien sûr qu'il faut les protéger de tous les possibles meurtriers, mais ce n'est pas suffisant. Il y a aussi des fléaux, des décès qui peuvent, eux aussi, être évités, ou du moins dont le nombre peut être limité, et ne rien faire signifierait laisser ces décès se produire.

Dans cet ordre d'idée, il y a, entre autres, deux séries de décès qui ont pu être en baisse grâce à une politique publique.

La première est la mortalité routière. En 1972, elle était de 18 000 décès par an, avec un nombre d'habitants, un nombre d'automobilistes, un nombre de véhicules circulants et un nombre de kilomètres de route très inférieurs à ceux d'aujourd'hui. La politique publique consistait à renforcer le code de la route avec la ceinture de sécurité obligatoire, le contrôle technique, le permis à points et l'impunité zéro pour les excès de vitesse (grâce aux radars automatiques). En deux générations, cette mortalité est tombée à environ 3 500 décès par an sur les routes, c'est réjouissant même si elle est encore beaucoup trop importante (qui n'a pas perdu un ami cher ou un membre de la famille sur la route ?).

La deuxième série est très rapprochée dans le temps puisqu'il s'agit des victimes du covid-19. En deux ans et demi, près de 160 000 personnes sont décédées du covid-19 en France. Certains diront que ce n'est rien, c'est leur droit, c'est leurs valeurs, pas les miennes. Des politiques publiques ont été engagées pour réduire ce fléau, au début avec l'invisibilité de ce qu'était le covid-19 : confinement, masque, passe sanitaire puis passe vaccinal, ces contraintes sont du même registre que le code de la route, avec le même objectif, celui du "vivre ensemble" avec le moins de dégât possible. Depuis plusieurs mois, la France et l'Allemagne suivent des courbes de nouveaux cas sensiblement similaires, et pourtant, il y a environ deux fois plus de décès du covid-19. Des explications simples ne suffisent évidemment pas, mais c'est certain que les politiques publiques ont des incidences directes et concrètes sur la vie des personnes. Actuellement, en France, il y a environ 80 à 90 décès par jour dont la cause est le covid-19 : l'épidémie est loin d'être finie, et il y a lieu de rester encore très prudent, mais, étrangement, elle semble être sortie des écrans radars des médias, alors qu'elle fait plus de dégâts humains que la route (et que les meurtres).

Je peux en citer évidemment d'autres. La série de décès qu'on a réussi le mieux à réduire, je pense, ce sont les accidents du travail. Il y en a moins d'un millier par an. Les politiques publiques ont été très contraignantes : les employeurs sont responsables de la sécurité de leurs employés, les cotisations pour accident du travail sont augmentées de manière drastique en cas de survenue d'un accident du travail et la responsabilité pénale du chef d'entreprise est aussi engagée. Si bien que les entreprises, avec un enthousiasme plus ou moins contraint, ont mis en place des procédures pour réduire efficacement les accidents du travail. Cela montre bien que les politiques publiques peuvent réduire les tragédies si l'État et donc les électeurs s'en donnent la peine.

Un domaine où l'on pêche encore par la pauvreté des mesures, en sachant que prendre des mesures de sécurité doit rester compatible avec garder notre société de libertés, individuelles et collectives, d'où des difficultés quasi-philosophiques pour trouver le bon compromis, le bon équilibre, ce sont les victimes des dévastations écologiques en général. Certes, le scandale de l'amiante fait l'objet de procès (beaucoup trop longs), mais plus généralement, la nourriture transformée (ou pas) contenant des produits chimiques, des conservateurs, trop de sel, trop de sucre, etc. engendre des quantités de maladies et de décès, les pollutions aussi, à un niveau qui n'a rien à voir avec la mortalité du covid-19 ou de la route.

Bien sûr, tout n'est pas abouti, et les futures victimes des bouleversements climatiques qui seront à venir aimeraient déjà que les pays commencent au plus tôt à tenter de prévenir certaines catastrophes, mais en sachant rester humble dans notre condition humaine qui peut peu face à la puissance de la nature.

En résumé, cette réflexion ne tend pas à relativiser le drame infini que constitue le meurtre d'un enfant qui, peut-être, aurait pu être évitée si des mesures restreignant plus la liberté de tous étaient prises, mais à le mettre en perspective d'autres drames tout autant infini de la perte d'un être cher dans d'autres conditions. J'aurais ainsi apprécié que ceux qui s'époumonent à défendre les enfants de leurs meurtriers soient tout aussi motivés à réduire les décès par covid-19, les décès sur la route (j'aurais tendance pourtant à croire que ces mêmes ont plutôt milité comme des forcenés poujadistes contre le vaccin ou contre les radars automatiques), et aussi, puisque c'est hélas encore l'actualité, contre les malheureux qui chavirent en Méditerranée dans leur quête désespérée d'une vie meilleure.

C'est cela la sécurité. C'est le rôle des États de protéger leurs citoyens, de tous les dangers, et pas seulement de certains dangers auxquels on ne porte qu'une attention exclusive pour d'évidentes récupérations idéologiques.


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (20 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La sécurité des personnes face aux dangers : meurtres, route, covid-19, environnement, climat...
Meurtre de Lola.
7 pistes de réflexion sur la peine de mort.
Covid-19 : alerte au sous-variant BQ1.1 !
100 ans de code de la route.
80 km/h : le bilan 2018-2020 très positif.
Le terrorisme en France.
Fête nationale : cinq ans plus tard…
Protéger, sauver des vies.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221119-meurtre-vanesa.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-securite-des-personnes-face-aux-245064

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/11/08/39702082.html








 

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14 novembre 2022 1 14 /11 /novembre /2022 04:53

« Je ne suis plus celui que j'ai été. Je m'appelle désormais Sir Alfred Merhan et je ne suis pas iranien. Mon père était suédois et ma mère danoise. » (Mehran Karimi Nasseri, en 1999).




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Avec la mise sous les projecteurs médiatiques du sauvetage de centaines de migrants par l'Ocean Viking, on se rappelle à quel point la mer entraîne des tragédies pour les demandeurs d'asile. Mais la voie des airs n'est pas moins laborieuse parfois. Le réfugié iranien Mehran Karimi Nasseri est mort le samedi 12 novembre 2022, peu avant midi, à l'aéroport Roissy-Charles-De-Gaulle. Né en 1945, il s'est distingué par une histoire personnelle singulière : il a passé dix-huit années de sa vie bloqué à l'aéroport de Roissy.

Né en Iran d'un père médecin et d'une mère infirmière qui ne serait pas la femme de son père, Mehran Karimi Nasseri était étudiant quand il a fait son premier séjour à l'étranger, en 1973, bénéficiant d'une bourse de son pays pour l'Université britannique de Bradford. En 1974, il a participé au Royaume-Uni à des manifestations contre le chah d'Iran. La conséquence a été l'interruption de sa bourse d'étudiant initialement prévue pour trois ans. Il a donc dû rentrer à Téhéran en été 1975 où il aurait été arrêté, incarcéré et torturé, puis expulsé (selon lui; il aurait pu aussi être chassé comme bâtard à la mort de son père).

Pour lui, ce fut le début d'une longue errance géographique et juridique. Déchu de sa nationalité iranienne en 1977, Mehran Karimi Nasseri n'a jamis pu bénéficier d'un autre nationalité (or, la plupart des droits humains sont associés à la nationalité du pays dont on dépend). Apatride, il fut baladé d'aéroport en aéroport. Ainsi, il voulait vivre à Berlin-Est, puis aux Pays-Bas, puis en France, en Yougsoslavie, en Italie, au Royaume-Uni, en Allemagne de l'Ouest, mais chaque fois, ses demandes d'asile étaient rejetées.

Le 7 octobre 1980, le réfugié apatride a reçu sa carte de réfugié en Belgique du haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, qui devrait être, pour lui, un sésame. Ce qui a été le cas puisque la Belgique l'a autorisé à séjourner sur son sol. Il y est resté quatre ans, et a quitté la Belgique le 16 novembre 1984 pour le Royaume-Uni, dans un ferry. Astuce des migrants, il s'est dépossédé de sa carte de réfugié afin qu'on ne le ramenât pas en Belgique. Son voyage au Royaume-Uni aurait eu pour but de retrouver sa mère biologique (qui, selon lui, aurait été une Écossaise, mais ce fait a été contesté).

Malheureusement pour lui, le Royaume-Uni lui a refusé l'entrée sur son territoire, et la Belgique ne l'a plus autorisé à rentrer puisque, n'ayant plus sa carte de réfugié, il aurait été en situation irrégulière. En 1985, il s'est retrouvé en France, à Boulogne-sur-Mer où il a passé quelques mois en prison pour séjour en situation irrégulière. On l'a ensuite retrouvé en 1988 à l'aéroport de Roissy, jouissant de facultés intellectuelles défaillantes selon des médecins de l'aéroport. Il a expliqué qu'on lui avait volé ses bagages et ses papiers d'identité, et voulait se faire appeler Sir Alfred Mehran.

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Pendant dix-huit ans, du 8 août 1988 à août 2006, Mehran Karimi Nasseri est resté bloqué dans une aire de l'aéroport de Roissy, alors que son but était d'aller à Londres et d'entrer sur territoire britannique. Sa situation administrative est devenue rapidement absurde : la France n'accepterait de lui délivrer un titre de séjour seulement s'il présentait sa carte de réfugié en Belgique qu'il avait renvoyée à Bruxelles. Quant à la Belgique, elle consenterait à lui délivrer cette carte seulement s'il se déplaçait en Belgique, mais n'ayant aucun titre de séjour officiel, il n'avait pas le droit de se déplacer.

Durant ce long séjour aéroportuaire, l'apatride sans-papiers n'a pas eu, semble-t-il, de problème d'argent pour pouvoir continuer à vivre, peut-être a-t-il fait des petits boulots. Il était installé dans un endroit de Roissy, au Terminal 1, sur une banquette au sous-sol où se trouvaient les boutiques (entre une pharmacie et un marchand de vêtements), avec toutes ses affaires et cartons, et semblait s'y plaire même si sa toilette faite très tôt se faisait sans douche et ses repas peu variés étaient constitués d'hamburgers et de sandwichs. Il a passé son temps à l'aéroport à écrire et à lire des livres et des journaux. Deux films ont été réalisés en reprenant son histoire un peu loufoque.

Le premier est "Tombé du ciel" de Philippe Lioret (sorti le 23 février 1994) où Jean Rochefort, victime d'un vol de ses papiers d'identité à l'aéroport de Montréal juste au départ de son vol pour Paris, il devient sans-papiers en France et dans l'impossibilité de poursuivre son voyage jusqu'en Italie pour rejoindre son épouse. Bloqué dans une zone de transit, il découvre la vie de nombreuses personnes, elles aussi bloquées, dont l'un des personnages est joué par le regretté Ticky Holgado, et Marisa Peredes est l'épouse du héros.

Le second film a eu un plus grand retentissement international, "Le Terminal" de Steven Spielberg (sorti le 18 juin 2004). Tom Hanks est le personnage central qui se retrouve bloquer dans un aéroport américain (JFK à New York) juste après son arrivée pour faire du tourisme car son (petit) pays (imaginaire) est troublé par une guerre civile, si bien que le gouvernement américain a lui retiré son passeport et son billet retour. Piégé dans l'aéroport, il y rencontre d'autres personnages dont celui joué par Catherine Zeta-Jones, une hôtesse de l'air (dont il devient amoureux), et affronte pendant tout le film le directeur de l'aéroport, joué par Stanley Tucci.

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Pour avoir inspiré le scénario de ce dernier film, Mehran Karimi Nasseri a eu une rémunération très élevée. Il a par ailleurs écrit son autobiographie ("The Terminal Man"), parfois très romancée, et son livre se vendait dans la boutique Relay située près de son "quartier général" où il recevait ses visiteurs et son courrier, très sollicité par le personnel de l'aéroport et les journalistes comme figure particulière de l'aéroport : « J’écoute la radio, j’étudie la presse anglaise et américaine, je reçois les journalistes. Trois ou quatre par jour en ce moment. ».

En juin 1999, le tribunal de Bobigny a proposé de débloquer sa situation personnelle en lui accordant des papiers régularisés, mais il refusa de les signer prétendant ne pas être iranien mais scandinave ! Son calvaire a donc continué à Roissy probablement par sa faute.

En août 2006, il a quitté l'aéroport de Roissy à cause d'une intoxication alimentaire pour être hospitalisé. Il est resté à l'hôpital jusqu'en janvier 2007 puis la Croix-Rouge s'est occupée de lui, l'hébergeant dans un hôtel près de Roissy (qu'il pouvait payer), puis en mars 2007, il a été hébergé dans un foyer Emmaüs à Paris. Il est toutefois retourné vivre à l'aéroport de Roissy en octobre 2022 et y a été retrouvé mort d'une crise cardiaque quelques semaines plus tard, plusieurs milliers d'euros dans ses poches. Il avait sans doute retrouvé l'aéroport car il sentait sa fin proche.

Tentant d'expliquer cette destinée hors du commun, le docteur Philippe Bargain, chef du service de médecine d'urgence et de soins de l'aéroport, a déclaré à "L'Express" le 26 juillet 2004 : « Un aéroport est un lieu magique, entre ciel et terre. Il ne faut donc pas s'étonner d'y voir des comportements extraordinaires. ». Pour "Ouest France", ce même médecin racontait, alors que Nasseri n'avait pas encore quitté Roissy : « Alfred est un réfugié sur orbite, un demandeur d’asile planétaire, disait-il à l’époque. Il vit sur le même disque que nous, mais pas sur le même sillon… (…) Il a virtuellement des papiers, des sous, il pourrait quitter l’aéroport, mais il y est fossilisé. ».


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (13 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L'Ocean Viking et la défense de la patrie.
Mehran Karimi Nasseri.
Masha Amini, les femmes iraniennes, leur liberté et Claude Malhuret.
Révolution : du rêve républicain à l’enfer théocratique de Bani Sadr.
L'Iran de Bani Sadr.
De quoi fouetter un Shah (18 février 2009).
N’oubliez pas le Guide (20 février 2009).
Incompréhensions américaines (1) et (2).
Émission de France 3 "L’Iran et l’Occident" (17-18 février 2009).
Session de septembre 2006 à l’ONU : Bush, Ahmadinejad, Chirac.
Dennis Ross et les Iraniens.
Un émissaire français à Téhéran.
Gérard Araud.
Stanislas de Laboulaye.
Des opposants exécutés par pendaison en Iran.
Expulsion de Vakili Rad, assassin de Chapour Bakhtiar, dernier Premier Ministre du Shah d'Iran, par Brice Hortefeux à la suite du retour de l'étudiante Clotilde Reiss.
Mort de l'ancien Premier Ministre iranien Mohammad Reza Mahdavi-Kani à 83 ans le 21 octobre 2014.

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https://www.agoravox.fr/actualites/citoyennete/article/l-etrange-destinee-kafkaienne-de-244970

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18 octobre 2022 2 18 /10 /octobre /2022 19:53

« On se déshabituait des mots de la moralité courante, pour d'autres mesurant les actions, les comportements et les sentiments à l'aune du plaisir, "frustration" et "gratification". La nouvelle façon d'être au monde était "la décontraction", à l'aise dans ses baskets, mélange d'assurance de soi et d'indifférence aux autres. » (Annie Ernaux, "Les Années", 2008, éd. Gallimard).



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Les électeurs suédois ont voté récemment, le 11 septembre 2022, pour renouveler les 349 sièges de leur Assemblée, le Riksdag, l'unique chambre parlementaire du Royaume de Suède (c'est une monarchie). Le vainqueur de ces élections a été l'extrême droite, ou plus exactement, l'ultradroite nationaliste du parti Démocrates de Suède mené par Jimmie Akesson, qui a atteint la deuxième place de la classe politique avec 20,5% des suffrages exprimés et 73 sièges, soit 11 de plus qu'au précédentes élections du 9 septembre 2018.

Bien que son parti social-démocrate ait gagné des sièges par rapport à 2018 (107 sièges au lieu de 100) et 2 points d'audience électorale (30,3% des suffrages exprimés), la Première Ministre Magdalena Andersson a dû s'effacer en raison de la perte de majorité absolue de sa coalition, qui a perdu 2 sièges au bénéfice de l'opposition. Le 18 octobre 2022, un nouveau gouvernement a donc été investi par 176 voix contre 173, composé de ministres issus des modérés (68 sièges), des chrétiens-démocrates (19 sièges) et des libéraux (16 sièges), et il est dirigé par le nouveau Premier Ministre Ulf Kristersson (modéré). Si sa composition ne reflète qu'une coalition minoritaire (103 sièges sur 349), le gouvernement est aussi soutenu par l'ultradroite sans sa participation à l'action gouvernementale, mais avec une forte influence sur les décisions prises.

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La percée de l'ultradroite en Suède a été fréquemment analysée par l'apparition des thèmes favoris des populistes, en particulier de l'insécurité, mettant sous les projecteurs une guerre des gangs. Cependant, je pense que cette percée, qui pourrait être durable et pas juste un épiphénomène ponctuel, traduit plus profondément un ras-le-bol d'une société qui se croyait en avance et qui fonçait plus vite que de raison. Pour l'illustrer, on peut parler de l'accompagnement des adolescents transgenres en Suède.

La Suède est l'un des pays les plus "avancés", mais je n'apprécie pas cet adjectif qui laisse entendre que ceux qui ne l'imitent pas seraient "archaïques", pas plus que je n'apprécie l'adjectif "progressiste" pour cet usage. Disons que la Suède a été très loin, certainement trop loin, au sujet des personnes transgenres. Disons-le clairement : si c'est un véritable problème, avoir le sexe opposé de ce qu'on croit être soi, avec toutes les problèmes d'identité, de psychologie, de physiologie, qui en découlent, il ne concerne qu'une infime partie de la population.

En Suède, les personnes transgenres sont reconnues depuis... 1972 ! Il y a cinquante ans, à une époque où l'homosexualité était encore illégale en France (pour encore une décennie). Le problème, c'est qu'on est allé jusqu'à des absurdités irréversibles qui ont profondément atteint des personnes devenues victimes de la société suédoise dans sa globalité.

Un excellent documentaire a été diffusé récemment sur France 2, le jeudi 24 novembre 2022, dans le cadre de la série "Nous, les Européens" présenté par Éléonore Gay et intitulé : "Suède, un modèle en crise ?". Un reportage de Frédérique Maillard-Laudisa et Giona Messina montre à quel point la Suède, son corps médical, son politiquement correct, se sont trompés pour accompagner les personnes qui se croyaient transgenres.

Symbole de ce "progressisme sociétal" (l'expression est impropre), Lina Exelsson Kihlblom, qui était un homme et est devenu une femme en 1995 (date de sa "transition"), était la première ministre transgenre de l'histoire de la Suède, nommée, dans le gouvernement social-démocrate sortant, Ministre de l'Enseignement primaire du 30 novembre 2021 au 18 octobre 2022. Elle était donc responsable de l'instruction des écoliers du primaire.

Le documentaire donne l'exemple d'un couple qui paraît "normal", hétérosexuel. En fait, l'homme, Mikael, a longtemps cru qu'il était transgenre parce qu'il n'était pas à l'aise avec lui-même : « Ce n'est pas une question de sexualité, c'est une question d'identité. ». Par amour, sa compagne a accepté la transformation.

Il a été traité avec des hormones pendant sept ans pour ressembler à une femme, heureusement sans chirurgie, donc sans rien d'irréversible. Il pensait que cela allait résoudre ses problèmes psychologiques. Quand ils se sont mariés, l'homme était donc devenu une femme, et en revoyant les photos du mariage, le couple insistait sur le chignon très séduisant ainsi que la robe blanche de l'homme. Et au bout de sept ans, Mikael s'est aperçu que son problème n'était pas d'être un homme mais d'être atteint d'autisme. Son traitement transgenre « cachait en fait une maladie, l'autisme ». Il en veut désormais au corps médical de ne pas lui avoir fait les tests de détection de l'autisme : « Personne ne nous a prévenus que ça pouvait être une erreur ! », tonne la femme. Il a alors arrêté son traitement, mais l'administration suédoise le considère encore comme ...une femme (Julia).

Son retour au sexe masculin, Mikael l'a vécu ainsi, selon la voix off du reportage : « Pour lui, retrouver le sexe de sa naissance, c'est comme une renaissance. ».

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En fait, les "transitions" d'homme à femme sont assez rares. Ce qui est plus répandu en Suède, ce sont les adolescentes, des jeunes filles, qui souhaitent devenir des hommes, ou plutôt, qui n'acceptent pas leur puberté et leur transformation, la poitrine, etc.

La journaliste évoque la situation d'une adolescente, Lovisa, qui voulait devenir un garçon à 13 ans. Elle fut rapidement prise en charge par les médecins. Les parents étaient décontenancés car leur fille avait fait auparavant de l'anorexie et c'était « comme si son anorexie était revenue : elle ne voulait pas être elle-même ». Le corps médical allait la pousser rapidement à changer de sexe, elle était immédiatement appelée par le prénom de garçon qu'elle s'était choisi, Sam. Le problème, c'est que le traitement était irréversible, des hormones pour stopper la puberté, des opérations chirurgicales, etc. Au moindre doute émis par les parents, ceux-ci étaient taxés de "transphobes" et ne pouvaient plus s'exprimer.

La pédopsychiatre Angela Sämfjord, qui travaillait dans une clinique qui prenait tout en charge pour la "transition" des adolescentes, parfois sans l'accord des parents (c'est le plus scandaleux), a démissionné au bout d'un certain nombre d'années, le temps de s'apercevoir de la gravité des situations : « Quand j’y travaillais, on a bloqué la puberté d’adolescentes dès l’âge de 12 ans avec des médicaments, alors que c’est un diagnostic complexe. J’ai rencontré beaucoup de patients venus consulter pour une transition de genre qui avaient d’autres problèmes psychiques. (…) Un grand nombre étaient autistes, soit 25%. Je pense que la Suède s’est perdue. On a été plus vite que la science. Même si l’intention était de faire du bien à nos patients, on a donné des traitements médicaux sans suffisamment de preuves. ».

Beaucoup d'anciennes adolescentes devenues des garçons le regrettent aujourd'hui mais c'est définitif : « On a été des cobayes. Ils ont mené des expériences sans base scientifique. Qui fait ça en médecine ? ». Certaines victimes sont en souffrance : « On ne peut plus rien faire pour mon corps. La chirurgie et tout le reste, c’est irréversible. Je ne récupérerai jamais ma voix. Je ne retrouverai pas mes seins, mes organes. On ne peut plus rien faire. ».

En 2019, avec Karin Matisson, la journaliste Carolina Jemsby a enquêté pendant quatre ans sur ces situations extrêmes et la diffusion de son documentaire, intitulé "The Trans Train", a fait l'équivalent d'un électrochoc sur ce sujet en Suède : « Donner ces hormones pour changer de sexe augmente les risques de cancer, de maladies cardiovasculaires et de thromboses. ».

Elle explique que le corps médical faisait beaucoup de pressions sur les parents pour leur laisser le destin de leurs enfants : « De nombreux parents qui s’opposaient à un traitement pour leur enfant et demandaient d’attendre, se sont vu traiter de transphobes. Les cliniques pour adolescents transgenres ont été jusqu’à signaler des parents aux services sociaux en leur disant : "Attention, nous avons un enfant transgenre dans cette famille et des parents transphobes". Et cela, juste parce que les parents voulaient qu’on prenne le temps avant de donner des hormones ou qu’on fasse une chirurgie à leur enfant. ». Même son de cloche pour le psychiatre Fredrik Lundkvist, touché par son enfant transgenre : « La Suède a été trop vite, trop loin. ».

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Cette prise de conscience, bien que tardive, a donc eu une conséquence heureuse : au début de l'année 2022, le Conseil national de la santé et de l'aide sociale de Suède a désormais interdit tous les traitements en cause appliqués aux adolescents, sauf à titre exceptionnel. Car rien dans les études scientifiques n'apportait un réel intérêt psychologique et physiologique pour ces traitements. On s'est ainsi aperçu qu'un quart des adolescentes traitées alors était affecté d'autisme non détecté auparavant.

Malgré ces informations édifiantes, la journaliste Éléonore Gay est allée interviewer une militante transgenre, ancien homme devenu femme, Ann-Christine Ruuth, présidente de l'association Transammans, dont le principal argument est le « droit à être soi-même ». Le problème, c'est qu'à 13 ans, on n'est pas forcément capable de savoir qui on est vraiment, et ces pertes de repère, d'identité, ne sont pas forcément des problèmes de genre. Pour preuve, ces trentenaires qui regrettent d'avoir été définitivement traités pour changer de sexe.

Faut-il alors s'étonner que l'ultradroite suédoise puisse avoir autant d'audience et de crédit et même, faut-il s'étonner que Vladimir Poutine fasse de l'invasion en Ukraine une guerre civilisationnelle entre pro- et anti-LGBT ? Il faudra juste dire à Vladimir Poutine que les errements du corps médical suédois ne représentent pas la "civilisation" européenne, que justement, il y a eu des garde-fous puisque la Suède en revient, parce que c'est un pays de libertés et de démocratie et que les chefs peuvent avoir tort, qu'il y a ce droit à la critique que les dictatures n'ont pas, et que le peuple ukrainien n'a rien à voir avec ce supposé clivage artificiel et complètement stupide.

En tout cas, cela démontre que ce n'est pas forcément intelligent ni futé d'être "en avance sociétale sur son temps", un argument d'autorité maintes fois utilisés pour les pires "avancées". Cela a condamné des dizaines voire des centaines de vies injustement. Cette morale devrait s'appliquer aussi à d'autres sujets "sociétaux" à venir, qu'on y prenne garde !


Aussi sur le blog.


Sylvain Rakotoarison (27 novembre 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Suède : la victoire de l'ultradroite dans un pays trop "en avance" sur son temps.
Transgenres adolescentes en Suède : la génération sacrifiée.
La sécurité des personnes.
8 milliards de Terriens, et moi, et moi, et moi...
Lola, les meurtriers et les récupérateurs.
Violences conjugales et ogre politique.
La vérité nous rendra libres.
La protection des mineurs dans l’Église.
Protection des mineurs : pas d’imprescriptibilité pour la pédocriminalité.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Femmes, je vous aime !
Les femmes iraniennes et la mollahrchie.
Le burkini définitivement rejeté à Grenoble.
Islamo-gauchisme : le voile à l’Assemblée, pour ou contre ?
Simone Veil, l’avortement, hier et aujourd’hui…
Ne nous enlevez pas les Miss France !
PMA : la levée de l’anonymat du donneur.
La PMA en France depuis le 29 septembre 2021.
Les embryons humains protestent !
Coupable ou victime ?
Les violences conjugales aux USA ?
Dégenrer les Lego.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.






https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20221018-kristersson.html

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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 04:47

« J’ai une pensée pour Aimé Césaire alors que nous venons de célébrer l’anniversaire de sa naissance et dont les propos résonnent encore aujourd’hui : "les hommes de bonne volonté feront au monde une nouvelle lumière". » (Pap Ndiaye, le 27 juin 2022 sur Twitter).



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Le nouveau gouvernement est en cours de constitution et cela risque de prendre encore un certain temps. Déjà sans problème de majorité, cela prenait beaucoup de temps, alors, avec la tentative de rassembler une majorité parlementaire hétéroclite, cela risque de prendre encore plus de temps. Lors dans la nomination du (premier) gouvernement de la Première Ministre Élisabeth Borne le 20 mai 2022, la seule réelle surprise fut la nomination de l’universitaire Pap Ndiaye au Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, succédant à Jean-Michel Blanquer. Une succession lourde.

Battu dès le premier tour aux élections législatives de 2022, Jean-Michel Blanquer, qui connaissait parfaitement cette grande maison de l’Éducation nationale, est regretté par des personnalités comme son lointain prédécesseur Jean-Pierre Chevènement. Pap Ndiaye sera-t-il dans le prochain gouvernement ? Mystère. Revenons à lui et sa nomination.

Il faut reconnaître qu’en un mois, le nouveau ministre n’a pas beaucoup brillé par une surexposition médiatique. Au contraire, ses intentions de ministre sont restées aussi obscures qu’à sa nomination durant ce premier mois. C’est seulement le 24 juin 2022 que Pap Ndiaye a accordé sa première interview au journal "Le Parisien" (publiée le 26 juin 2022) pour annoncer une partie de son projet pour l’éducation. En particulier, il a annoncé que les enseignants commenceraient leur carrière avec un salaire de débutant au-dessus de 2 000 euros net par mois à partir de 2023. Une seconde mesure d’augmentation du salaire des enseignants sera négociée avec les syndicats pour des prestations supplémentaires.

Mais l’annonce qui a fait le plus réagir les syndicats, c’est lorsqu’il veut faire remplacer les enseignants quand ils sont malades : « Il faut réfléchir à la meilleure manière de faire que les absences, qui sont légitimes, soient compensées. (…) Nous voulons faire en sorte qu’une absence du professeur d’histoire-géographie par exemple, soit compensée par, disons, son collègue de français. Mais attention, pas pour que le professeur de français fasse de l’histoire-géographie ! Il utilisera ces heures pour faire une double dose de français, et quand le collègue d’histoire-géo reviendra, il compensera en prenant sur les heures de français. ». L’idée reste très théorique et les syndicats estiment que ce n’est pas réalisables concrètement, ne serait-ce que parce que les emplois du temps n’ont aucune raison de correspondre. En tout cas, même si elle a reçu un accueil défavorable, l’idée est lancée. Il s’agit d’absence de moins de quinze jours, très difficile à compenser.

Les seules autres interventions publiques qui ont eu un peu l’écho fut sa visite le 23 mai 2022 (trois jours après sa nomination) du collège du Bois d’Aulne où a enseigné Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, et à ce titre, que ce premier déplacement fût réservé à honorer la mémoire de Samuel Paty est un signe très rassurant pour promouvoir la laïcité et l’universalisme, des déclarations entre les deux tours des élections législatives pour insister sur la volonté de la majorité de ne donner aucun suffrage à des candidats d’extrême droite (volonté exprimée à nouveau à l’issue du second tour des élections législatives pour refuser tout accord de gouvernement avec le RN), et la visite du lycée des arts du bois à Moirans-en-Montagne, dans le Jura, ce lundi 27 juin 2022 matin. Peut-être s’est-il exprimé à d’autres occasions, mais ce fut de manière quasi-confidentielle (en fait, lorsqu’on regarde son fil Twitter, on s’aperçoit qu’il a visité beaucoup d’établissements scolaires, mais assez discrètement, comme à Sainte-Gauburge-Sainte-Colombe dans l’Orne le 20 juin 2022).

Lors du déplacement du Président de la République Emmanuel Macron le 2 juin 2022 à Marseille sur le thème de l’école, la présence à ses côtés de Pap Ndiaye était très peu visible. À l’évidence, Emmanuel Macron a voulu donner personnellement l’impulsion de la politique éducative, notamment en annonçant remettre les mathématiques dans le tronc commun au lycée (une erreur qui a donc été rapidement corrigée).

C’est clair qu’au bout d’un mois, Pap Ndiaye reste toujours inexistant politiquement et les difficultés de former une majorité parlementaire sont telles que son avenir ministériel est loin d’être assuré. Avantage de la discrétion, les critiques qui ont suivi sa nomination se sont essoufflées.

En effet, quand la liste des nouveaux ministres a été rendue publique le 20 mai 2022, Pap Ndiaye a sans doute été parmi les nouveaux ministres celui qui a reçu le plus de contestation sinon d’insultes. Pourtant, comment fustiger un nouveau ministre qui n’a encore rien dit ? Comment fustiger une politique d’éducation encore assez floue ?

Cette pluie d’insultes dans les réseaux sociaux a toujours la même provenance, l’extrême droite qui ne supporte pas qu’une personne française, née en France (ici à Antony), même si d’origine étrangère (ici sénégalaise, et encore, seulement à moitié, l’autre moitié est française), qui a été un brillant étudiant, normalien, agrégé d’histoire puis docteur en histoire, maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) puis professeur des universités à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, résultat méritoire du creuset républicain, fût ainsi nommé à la tête d’un ministère clef pour la cohésion sociale. Il est au contraire un modèle d’intégration républicaine, et sa famille en général puisque son père fut une ingénieur diplômé des Pons et Chaussées et sa petite sœur Marie, une romancière à succès, Prix Femina en 2001 et Goncourt en 2009.





Nommé en mai 2021 directeur général du Musée de l’histoire de l’immigration (à la Porte-Dorée à Paris), Pap Ndiaye n’a jamais mis en doute le besoin de laïcité et la nécessité d’éviter tout communautarisme (il est universaliste). D’ailleurs, il fait partie du même gouvernement que Gérald Darmanin qui, lui-même, a demandé au préfet de l’Isère de requérir auprès du tribunal administratif de Grenoble pour suspendre la délibération du conseil municipal de Grenoble visant à autoriser le port du burkini (cette suspension a été confirmée par le Conseil d’État).

Bizarrement, dans cette agitation des réseaux sociaux, le nom de Pap Ndiaye a été mêlé à celui de Sibeth Ndiaye (au patronyme sans lien de parenté) ou encore de Christiane Taubira… et dont le seul point commun reste la couleur de la peau. Ceux qui considèrent que la couleur de la peau est une caractéristique suffisante pour savoir si ce ministre fera du bon travail ou pas sont assez fortiches et répondent à des préjugés forcément racistes et à des projections sociétales qui interprètent mal les propos ou écrits antérieurs du nouveau ministre. Ces attaques de l’extrême droite étaient finalement prévisibles. À leur nomination, les ministres citées ci-dessus ont subi ce même genre de "bienvenue".

Les perspectives d’action de Pap Ndiaye sont cruciales. Il aura à naviguer entre ces attaques qu’il ne pourra jamais éviter et des adversaires certainement plus sournois, comme la volonté de Jean-Luc Mélenchon d’abroger la loi Séparatisme du 24 août 2021, loi qui permet justement de lutter efficacement contre les dérives communautaristes de certains élus locaux.

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Pap Ndiaye succède à un ministre, Jean-Michel Blanquer qui est resté en fonction pendant toute la législature précédente. À ma connaissance, avec ces cinq années, il détient le record de longévité au Ministère de l’Éducation de toutes les Républiques en France, poste particulièrement exposé à la vindicte populaire (parce que l’Éducation, cela concerne des millions de parents d’élèves).

En attendant la confirmation (ou pas) du ce ministre au sein du gouvernement, je souhaiterais émettre à la réflexion du lecteur une réserve de principe, celle de nommer un intellectuel, car Pap Ndiaye, universitaire, historien, sociologue des minorités, est un intellectuel avant tout, et le nommer à à un emploi opérationnel et exécutif dans un monde politique où le simplisme verbal est de mise (pour ou contre) est toujours un défi.

Généralement, un intellectuel au pouvoir est souvent décevant dans l’action. Pourquoi ? Parce que soit, dans sa quête de perfection, il devient totalitaire, soit, par absence de compréhension du monde politique, il reste inactif et n’est qu’un prête-nom public. Il y a heureusement une très belle exception, en la personne du Ministre des Affaire culturelles de De Gaulle, à savoir André Malraux qui a su impulser une politique culturelle qui guide encore celle d’aujourd’hui.

De même, Julien Dray a pointé le 23 mai 2022 sur Europe 1 le fait qu’un intellectuel développe une pensée complexe qu’il exprime dans ses livres ou ses conférences, et c’est le cas de Pap Ndiaye dont les idées sont loin des caricatures que ses opposants spotanés veulent lui coller à la peau, comme introducteur du wokisme (selon l’expression de premier secrétaire du PS Olivier Faure), etc.

Alors, Pap Ndiaye fera-t-il du bon travail ? Ou sera-t-il rapidement balayé par cette nécessité de nommer surtout des politiques au gouvernement ? La réponse, dans quelques jours voire quelques semaines…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pap Ndiaye, un intellectuel dans la fosse politique.
Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220627-pap-ndiaye.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pap-ndiaye-un-intellectuel-dans-la-242452

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/26/39493441.html








 

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28 mai 2022 6 28 /05 /mai /2022 03:07

« La digitalisation des matériels, la démultiplication des sources pouvant donner l’heure, mobiles, ordinateurs, tablettes, participent inévitablement à cette érosion. » (Communiqué de Orange, le 3 mai 2022).



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La Persistance de la Mémoire, tel est le titre exact de ce beau tableau de Salvador Dali. Dans le flot de l’actualité, un communiqué étrange de la société Orange, anciennement France Télécom, publié le 3 mai 2022, a annoncé la mort programmée de l’horloge parlante. Elle s’éteindra définitivement le vendredi 1er juillet 2022 après quatre-vingt-neuf ans de bons et loyaux services. Elle est née le 14 février 1933 et s’appelait Odéon 84 00.

La première réflexion que je me suis faite était que je la croyais déjà morte et je ne savais pas que l’on pouvait encore l’appeler en 2022, au numéro 36 99, pour la somme de 1,50 euro par appel en plus du prix de l’appel. Et puis ce sentiment de culpabilité qui émerge, vous immerge l’esprit jusqu’au rouge de honte, comme une vieille grand-tante que l’on n’a plus visitée depuis des lustres et dont on aperçoit le faire-part de décès dans le journal par hasard. Oui, c’est vrai, je ne l’ai plus appelée depuis si longtemps. Je ne me suis pas préoccupée d’elle, comment elle allait.

Car la deuxième réflexion, évidemment, cette honte qui submerge, cette nostalgie prête à envahir tous les pores de la peau, c’est l’irrésistible question : quand, pour la dernière fois, ai-je appelé l’horloge parlante ? Dans mes souvenirs, je n’ai pas la date exacte, mais j’ai un lieu, et par conséquent, j’ai un ordre de grandeur de la date.

Jamais je n’ai eu pourtant besoin de l’horloge parlante mais cette deuxième réflexion m’entraîne déjà vers la troisième réflexion : c’est une honte de tuer l’horloge parlante, c’est un scandale, il faut créer un comité de défense de l’horloge parlante ! Un peu comme la Salle Pleyel pour les concerts des orchestres philharmoniques, une honte de quitter une telle salle !... mais je m’égare.

Non, je n’ai jamais eu besoin d’horloge parlante, montres, réveils, horloges, stations de radio, j’avais tout ce qu’il fallait, j’étais bien équipé pour savoir l’heure exacte. J’avais de très nombreuses sources d’heure, pour être sûr de l’heure, sans être pourtant capable d’être à l’heure, pour être au clair avec mes retards. Les carillons d’Europe 1 (comme une cloche) étaient très différents de la sonnerie plus synthétique (et rapide) de RTL, alors que France Inter, avec ses bips copiés de l’horloge parlante, semblait plus robotisée.

J’avais des montres pourries, à trois balles, toujours digitales, à quartz s’il vous plaît, j’étais moderne, car j’ai longtemps travaillé dans un environnement ultramagnétisé (disons que les champs magnétiques n’y étaient pas ordinaires), si bien qu’une montre classique, mécanique, qu’on remontait tous les soirs avant de s’endormir, n’avait aucune utilité pour moi, elle tombait en panne très rapidement.

J’écris au passé car une pile usée à ma montre, cette énergie épuisée, en plein lieu de vacances il y a six ans (je sortais de l’eau !), m’a provoqué comme une révélation : ne plus porter de montre malgré la poursuite de mon hypertension de l’heure. Ne plus avoir d’heure au poignet mais toujours continuer à avoir l’heure à chaque seconde partout, comme un jeu de relais, du tableau de bord de la voiture à l’écran d’ordinateur, de l’horloge communale aux cloches de l’église et même, oui, tous les mois, les fameuses sirènes, qui n’ont jamais bougé depuis le temps, sinon d’horaires (midi le premier mercredi du mois à l’origine, avancées d’un quart d’heure pour ne pas confondre avec les sirènes aux alentours, je peux en entendre trois quand les vents sont favorables).

J’ai eu ma première montre à 9 ans, comme mon frère. C’était un cap. J’étais très fier. Ce n’était pas rien. Nous sommes allés chez la bijoutière, en plein centre ville. Le choix était crucial. J’hésitais. Il fallait qu’elle me fût mienne, correspondît à ma sensibilité. À aiguilles à l’époque, je ne connaissais encore rien aux champs magnétiques. Quelques années plus tard, cette pauvre dame fut tuée gratuitement par un voleur, par manque de chance. Elle était cambriolée en pleine journée, le voleur est parti avec les bijoux. Dans la rue, il a vu s’avancer un policier, qui était là par hasard, il a cru qu’elle avait appelé la police, il est retourné dans la boutique et a tiré. La vie à un fil.

Choisir une montre était un acte grave, il n’y en avait pas dans les supermarchés. Il n’y avait pas encore de smartphone. J’ai longtemps cru, dans les années 1970, que la modernisation allait venir de la montre : des montres radios, des montres télévisions, des montres caméras, des montres téléphones, etc. Et finalement, non, elle est venue des téléphones, des vieux cadrans à la numérotation même pas numérique, puis aux (mauvais) sans-fil qui marchaient quand ça voulait, et puis le téléphone mobile avant d’arriver à y mettre tout, appareil photo, caméra, magnétophone, enregistreur, ordinateur, machine à café… bref, le smartphone… et voici que certains (comme Google) reviennent à la montre, mais je ne crois pas à son intérêt, à sa pérennité commerciale, sinon en gadget technologique : une montre ne remplacera jamais un écran de smartphone.

Quand j’étais enfant, j’ai dû souvent appeler l’horloge parlante. Je voulais savoir exactement quand était quelle heure. Non, surtout, c’était un moyen de téléphoner à quelqu’un, comme un grand. Et il me semble qu’à l’époque, c’était gratuit (car jamais je n’aurais voulu plomber les factures parentales ; je pense que le prix était le prix d’un appel local).

Aujourd’hui, le groupe Orange, qui provient à l’origine de la partie télécommunication de l’antique ministère des P & T (postes et télégraphes) devenu P.T.T. (postes, télégraphes et téléphones), puis postes et télécommunications (PTT), reçoit en recettes moins de 7% de son chiffre d’affaires pour ses activités de téléphonie. Dans les années 1970, ouvrir une ligne téléphonique était très long, un signe de grand luxe et de modernité, c’est tout juste s’il ne fallait pas être pistonné (je ne vais pas dire qu’il fallait coucher car cet humour, très en vogue à l’époque, ne l’est plus du tout dans la nôtre), il fallait attendre trois semaines, voire un mois, plusieurs mois…

L’horloge parlante était pourtant très en avance sur les mœurs car associer l’heure à au téléphone est sans doute ce qu’il y a de courant depuis une vingtaine d’années, puisque le smartphone sert maintenant de montre en général.

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L’horloge parlante n’a jamais arrêté de progresser depuis 1933. Chaque fois, elle a gagné en précision sur l’heure réelle. Depuis le 18 septembre 1991, cette heure est fournie en collaboration avec l’Observatoire de Paris avec une précision d’environ 10 millisecondes (10 millièmes de seconde), issue d’horloges atomiques pilotées par le service SYRTE (Système de référence Temps-Espace) du Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE-SYRTE), mais à condition de l’appeler sur le réseau de ligne fixe, car en mobile, la précision se perd beaucoup. Plus exactement, la précision à l’émission de l’information horaire est inférieure à 0,5 milliseconde, mais à la réception sur tout le territoire national, les mesures ont observé un retard maximal de 20 à 30 millisecondes sur les lignes analogiques fixes, beaucoup plus sur les lignes numériques ou cellulaires. Le temps légal est actuellement défini en France par le décret n°2017-292 du 6 mars 2017.

La fin de l’horloge parlante a été décidée en raison de la fin programmée de certains de ses composants que l’opérateur n’a pas souhaité remplacer en raison de la « baisse régulière et significative » du nombre d’appels au 36 99. Donc, pas d’acharnement thérapeutique pour cette belle voix de la France. Dommage. L’enterrement se fera dans l’intimité familiale. Ni fleurs ni couronnes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La mort de l’horloge parlante dans l’indifférence générale.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
Changement d’heure : une consultation nationale réussie.
Le changement d’heure à l'heure européenne.
Directive européenne 2000/84/CE du 19 janvier 2001 concernant les dispositions relatives à l’heure d’été (à télécharger).
Rapport du 12 septembre 2018 sur la consultation europé

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220503-horloge-parlante.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-mort-de-l-horloge-parlante-dans-241350

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/27/39494882.html




 

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