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17 avril 2014 4 17 /04 /avril /2014 07:47

Lamartine : « On n’a pas deux cœurs, un pour les animaux et un pour les humains. On a un cœur ou on n’en a pas .»
Gandhi : « On reconnaît le degré de civilisation d’un peuple à la manière dont il traite ses animaux. »


yartiSensible01Ceux qui ont déjà eu à remplir le long questionnaire pour le recensement auront pu s’étonner : l’État leur pose beaucoup de questions parfois très précises sur eux, voire indiscrètes, les personnes qu’ils hébergent, leur profession, leur patrimoine, leurs habitudes de vie, leur lieu de travail, d’habitation, leur mode de transports, etc. et pourtant, malgré toutes ces cases, il manque une rubrique, leurs animaux de compagnie. On n’en parle pas !

Pourtant, en terme à la fois économique et sanitaire, la vision que peut avoir l’État sur les animaux de compagnie n’est pas sans conséquence. En France, il y a désormais un net avantage du chat sur le chien. En 2012, il y avait 7,4 millions de chiens domestiques, en légère diminution ; et en 2008, il y avait 10,7 millions de chats domestiques, en constante progression. Et bien sûr, il y a d’autres animaux de compagnie que le chat et le chien.


Un amendement adopté la nuit

Dans la troisième séance du mardi 15 avril 2014 à l’Assemblée Nationale, celle qui fut ouverte à vingt et une heures, les députés discutaient du projet de loi relatif à la modernisation et à la simplification du droit et des procédures dans les domaines de la justice et des affaires intérieures déposé le 27 novembre 2013 par la Ministre de la Justice Christiane Taubira et qui a déjà été adopté en première lecture le 23 janvier 2014 par le Sénat.

Dans ce texte dont la procédure accélérée a été demandée par le gouvernement, et qui fera l’objet d’ordonnances, on y a mis un peu tout et n’importe quoi.

C’est donc presque sans vraiment grande surprise qu’un amendement (l’amendement n°59) déposé le 11 avril 2014 à la commission des lois par l’ancien Ministre de l’Agriculture Jean Glavany (PS), par Cécile Untermaier (PS), et par la rapporteure du projet Colette Capdevielle (PS), avocate de Bayonne, et adopté le matin du 15 avril 2014 par cette même commission, a provoqué une petite révolution sémantique dans le droit français.

En effet, durant cette séance nocturne qui a suivi, les députés ont adopté cette modification du code civil à insérer avant le titre Ier du livre II en tant qu’article 515-14 : « Les animaux sont des êtres vivants doués de sensibilité. Sous réserve des lois qui les protègent, les animaux sont soumis au régime des biens corporels. ».

Évidemment, on ne définira pas juridiquement ce que signifie "sensibilité" ni ce que signifie "êtres vivants" ou "animaux", est-ce qu’un virus est vivant ? est-ce que le texte s’appliquera aussi aux insectes, aux poissons ?

Le texte est symbolique puisque les animaux resteront des "biens corporels" en cas de succession ou de séparation.


Ne pas en faire un cavalier

En fait, ce texte est seulement une simplification et une harmonisation avec le code rural et le code pénal qui considèrent déjà les animaux comme des êtres sensibles, alors que le code civil, jusqu’à maintenant, ne les considèrent que comme des "biens meubles" ou des "immeubles par destination".

Jean Glavany a été très clair sur ses intentions : « Le statut de l’animal existe dans notre droit grâce aux mesures adoptées en 1976 [loi Nungesser] et en 1999 [loi du 6 janvier 1999] ; malheureusement, il y a une lacune. Nous pourrions opter pour de nouvelles avancées (…), mais nous tenons à rester dans le cadre du texte qui nous est présenté aujourd’hui (…). Aller plus loin (…), ce serait risquer de créer un cavalier législatif. ».

yartiSensible02

Certains députés de l’opposition, comme Philippe Gosselin (UMP), juriste de la Manche, et Daniel Gibbes (UMP), notaire à Saint-Martin, se sont inquiétés de ce changement sans concertation avec les professionnels de l’élevage qui y voient une remise en cause de leur savoir-faire en matière de bien-être animal. Ils craignent aussi qu’on ouvre une boîte de Pandore qui ferait de cet amendement un "cavalier", terme qui désigne un petit texte à la remorque d’un projet de loi qui est un peu hors sujet, c’est parfois l’occasion pour les parlementaires d’adopter des réformes très importantes de façon très discrète, mais le Conseil Constitutionnel tend de plus en plus à les rejeter en cas de saisine.


Aller plus moins ?

Boîte de Pandore démontrée au cours même de la discussion puisque le groupe écologiste a déposé au dernier moment trois sous-amendements, qui n’ont finalement pas été adoptés, dont un qui en profite pour interdire la corrida et il serait disposé à interdire tout ce qui nuit inutilement aux animaux, en particulier la chasse à courre, et même, la chasse tout court.

Car les écologistes, eux, sont plutôt furieux de cet amendement qui, pourtant, va dans leur sens, celui d’une plus grande attention portée aux animaux. Laurence Abeille (EELV), adjointe de Fontenay-sous-Bois, mais aussi sa collègue socialiste Geneviève Gaillard (PS), vétérinaire et maire sortante de Niort battue, reprochent justement au gouvernement de passer rapidement cet amendement pour enterrer définitivement toute discussion ultérieure sur le statut juridique de l’animal, alors que Geneviève Gaillard dirige justement un groupe de travail sur la question et va très bientôt déposer une proposition de loi.

Jean Glavany a donc eu beau jeu de dire que cette micro-modification ne servait qu’à prendre date : « Ce que je propose avec l’amendement n°59, c’est de mettre le pied dans la porte de sorte qu’elle reste ouverte. », ce qui n’a pas rassuré évidemment les députés défendant les professionnels qui s’occupent des animaux.


Inquiétude des éleveurs

Philippe Gosselin l’a expliqué sans détour : « Le risque est très grand de stigmatiser les professionnels et de les mettre en difficulté, de voir se multiplier les procédures judiciaires à leur encontre. Quid de l’expérimentation médicale ? Qui de l’évolution du bien-être animal et des possibilités de recours à l’abattoir ? La question est de savoir si l’on ne va pas bloquer nos agriculteurs et l’agriculture française. ».

Et de poursuivre : « Cet amendement ouvre la boîte de Pandore et vous le savez. Son auteur (…) avoue lui-même que le but est de mettre le pied dans la porte. Ensuite, il n’y aura plus qu’à pousser pour qu’elle cède, et que nous ayons une vraie révolution, et pas seulement la reconnaissance d’une évolution qui, à certains égards, pouvait s’envisager. Mais elle ne saurait s’envisager ainsi, pas sous cette forme et pas ce soir. ».


Mécontentement des écologistes

Dans une logique diamétralement opposée, Laurence Abeille, au contraire, s’est inquiétée du risque inverse, avec cet amendement : « Certains élevages font encore appel à des pratiques interdites, ce que l’on peut regretter : les reportages que nous avons pu voir à la télévision ont d’ailleurs choqué beaucoup de Français. (…) Ma crainte (…), c’est que cette porte reste simplement entrouverte et que l’on n’aille pas jusqu’au bout. La mesure est symbolique, mais en termes de portée réelle (…), le compte n’y est malheureusement pas. Il est permis de le regretter, parce que notre ambition, en ce qui concerne le statut de l’animal, va bien au-delà de ce qui a été indiqué ici. ».

Et elle-même de rappeler ses motivations : « Reste que la question est d’importance, qu’elle est suivie par des millions de Français soucieux de la condition animale. Nous voulons en finir avec la cruauté envers les animaux, nous voulons le bien-être des animaux, de tous les animaux, et nous voulons que ce soit inscrit dans la loi. ».

Sa collègue Geneviève Gaillard a également conforté cette position : « Nous ne sommes pas très nombreux ce soir dans l’hémicycle, et pourtant ce sujet n’est pas loin de déchaîné les passions… C’est dire à quel point il est nécessaire (…) que nous puissions aller au fond de ces problématiques. Il est possible de faire évoluer le statut juridique de l’animal sans porter atteinte ni à la commercialisation, ni à la production animale, ni à la chasse, ni aux pratiques sportives. Et, au regard de celle de notre société, cette évolution du statut juridique de l’animal nous paraît pouvoir être admise. ».

Comme on le voit, la discussion nocturne a été assez animée malgré le faible nombre de protagonistes. En seconde lecture, les sénateurs pourraient cependant revenir sur cette innovation assez anodine du code civil.


Y aura-t-il un grand débat sur le statut juridique de l’animal ?

Ce n’est qu’un embryon de débat, mais tout laisse penser qu’un vrai débat parlementaire sera accepté par le gouvernement avec la future proposition de loi que présentera Geneviève Gaillard. En tout cas, c’est ce que souhaite Christiane Taubira.

Mais les écologistes ont peut-être raison de douter de la détermination du gouvernement, car cet amendement a été adopté malgré la réticence du Président de la République François Hollande qui avait affirmé le 21 février 2014, à la veille du Salon de l’Agriculture : « Dans le code rural notamment, l’animal est déjà considéré comme un être sensible. Pourquoi ajouter d’autres considérations ? Beaucoup d’efforts ont été réalisés pour le bien-être animal sans qu’il soit nécessaire de les traduire dans une loi. ».

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Les amis des animaux peuvent donc se réjouir discrètement de l’adoption de cet amendement, qui ne sera qu’un petit symbole dans le droit français, mais ils attendront fermement le véritable débat de société que nécessite cette question.

Tant qu’il n’y aucune utilité, il ne faut pas faire souffrir les animaux. Ni dans les salles de classe où il n’est pas nécessaire d’écorcher vif une pauvre grenouille ou une pauvre tortue pour savoir qu’il y a des influx nerveux, ni dans les arènes pour le bon plaisir d'une foule insensible, ni dans les élevages intensifs, ni dans les abattoirs, ni enfin dans la recherche cosmétique.


L’animal n’est pas une chose

Avez-vous déjà offert un chien ou un chat à un proche ? Si oui, c’est une grave erreur. Un animal n’est pas un jouet, n’est pas un téléphone portable, n’est pas un objet. S’occuper d’un animal est une responsabilité personnelle importante. C’est aussi un coût parfois important. L’idée d’avoir un animal doit provenir de la personne qui s’en occupera elle-même.

Le considérer comme objet de consommation, c’est forcément en retrouver plus tard abandonnés. Les refuges sont nombreux qui essaient de gérer cette détresse animale fondée uniquement sur l’irresponsabilité des humains.

On pourra toujours dire qu’il y a des combats plus importants que la vie des animaux, en commençant par les humains, qu’il est insupportable d’imaginer que des êtres humains puissent mourir de faim, de froid. Pourtant, cela forme un tout.

Comme le confortent les deux citations du début, de Lamartine et de Gandhi, rappelées à l’occasion du débat parlementaire par Jean Glavany, ceux qui sont capables de cruauté vis-à-vis des animaux n’auront aucun mal à être cruels avec des êtres humains lorsqu’ils leur auront nié leur propre humanité.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (17 avril 2014)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Les chasseurs…
La vie dans tous ses états.

yartiSensible04



 
http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-animaux-sont-des-etres-vivants-150796

 

 

 

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5 décembre 2013 4 05 /12 /décembre /2013 07:38

Bonnet d’âne pour les adolescents français ? Le classement des pays de l’OCDE en matière éducative semble donner une piètre image de la France. Et pourtant, si les inégalités sociales continuent à croître (comme dans tous les autres domaines, en temps de crise), la France n’a pas à rougir de ses performances intellectuelles.


yartiPISA01Comme "prévu" depuis plusieurs jours, la France se retrouve en très mauvaise place dans le classement PISA réalisé par l’OCDE à partir d’une étude qui évalue le niveau de connaissances des adolescents de 15 ans. PISA signifie : Programme international pour le suivi des acquis des élèves.

Bien que CNN avait connaissance du classement dès le 1er décembre 2013, c’est deux jours plus tard que les médias français ont eu l’information.

Il est toujours très difficile pour la France d’accueillir des classements internationaux (c’est aussi le cas pour les meilleures universités du monde avec pour critère la notoriété des travaux de recherche) car elle est restée dans sa tradition arc-boutée sur son principe d’égalité de tous les élèves devant l’école. Égalité théorique.

Je me souviens qu’il était même interdit de faire des classements trimestriels dans les classes, savoir qui étaient les meilleurs élèves de la classe. Mais cette interdiction n’empêchait nullement lesdits élèves de le faire eux-mêmes en collectant les différentes moyennes générales. Quoi de plus motivant, pour un élève classé deuxième de travailler encore plus dur pour atteindre la première place le trimestre suivant ? C’est la saine émulation des compétitions où l’enjeu est peut-être narcissique mais néanmoins moteur.

Dès la veille de la publication (le 2 décembre), le Ministre de l’Éducation nationale Vincent Peillon dramatisait lourdement ces résultats "inacceptables" et en profitait pour vendre sa "refondation de l’école" dont on se demande vraiment à quoi cela peut correspondre sinon à ce changement des rythmes scolaires qui place les municipalités, le personnel enseignant et les parents d’élèves dans la plus grande perplexité. Pas sûr que les occupations périscolaires soient à même de redresser le tir d’ici trois ans. Le gouvernement semble s’être trompé sur les priorités. Cela dit, Vincent Peillon annoncera une nouvelle série de mesures pour "refonder l’école" le 12 décembre 2013 ; nous verrons bien ce qu’il proposera.

D’après les informations parcellaires qui ont été mises en avant dans le "service après-vente" du classement, la France pêcherait justement par son manque d’égalité. L’un des premiers marchés des cours particuliers, le pays laisserait à l’abandon les élèves les moins privilégiés de ses classes.

Les meilleurs élèves seraient toutefois encore meilleurs par rapport aux autres pays que dans la précédente étude publiée il y a trois ans.

En mathématiques, la France se situe ainsi à la 18e place sur les 34 pays membres de l’OCDE, mais à la 13e place pour les élèves issus de milieux favorisés et à la 33e place pour ceux issus de milieux défavorisés. L’écart est immense (la fracture sociale ?). Pourtant, il n’y a pas de fatalité à une sorte d’aristocratie intellectuelle ; une récente étude avait conclu par exemple que seulement 5% des élèves de l’ENA avaient des parents issus de la haute fonction publique.

yartiPISA02

Évidemment, il faut savoir raison garder et prendre un peu de recul.

Déjà, parce que la France n’est pas en si mauvaise place dans l’excellence intellectuelle. La France est par exemple classée première ex-æquo avec les États-Unis pour la Médaille Field (la plus prestigieuse distinction pour les mathématiques, délivrée seulement tous les quatre ans à des chercheurs de moins de 40 ans), avec 11 lauréats. Parmi les derniers lauréats de 2010, il y a deux Français, Cédric Villani et Ngô Bao Châu (ainsi que Wendelin Werner en 2006 et Laurent Lafforgue en 2002). Depuis 1994, il y a toujours eu un Français parmi les lauréats à chaque attribution.

Pour le Prix Nobel de Physique, la France est classée quatrième (13 lauréats dont Serge Haroche en 2012 et Albert Fert en 2007) derrière les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Pour le Prix Nobel de Chimie, en quatrième position aussi (8 lauréats dont Yves Chauvin en 2005) derrière les mêmes pays, tout comme pour le Prix Nobel de Médecine (13 lauréats dont Jules Hoffmann en 2011, Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi en 2008). Quant au Prix Nobel de Littérature, la France est classée première, avec 14 lauréats (dont Jean-Marie Le Clézio en 2008 et Gao Xingjian en 2000), devant les trois autres pays du peloton de tête.

Il faut ensuite relativiser, parce que le classement PISA se fait avec une fenêtre d’indétermination de 10 places (erreur de plus ou moins 5 places !), c’est dire si l’étude est précise et si les changements dans le classement d’une étude à l’autre sont significatifs.

Enfin, parce que la France est comparée à des pays asiatiques dont les Français refuseraient nettement le système éducatif hyper-élitiste, en particulier en Corée du Sud et en Chine (en tête du classement). Certains élèves travaillent 50 heures par semaine, avec des cours très tard en début de nuit, et sont poussés psychologiquement pour préparer les concours et les examens afin d’atteindre les plus hauts niveaux. Dans ces pays, on est loin du débat un peu dérisoire des rythmes scolaires (le pendant éducatif des 35 heures ?).

Pour autant, la situation française n’est évidemment pas satisfaisante, surtout parce que l’étude pointe du doigt la grande disparité entre les élèves les plus favorisés et les élèves les moins favorisés socialement.

Ce qui semblait rarement commenté, pour analyser le classement PISA, c’est la grande différence d’atmosphère au sein même des classes selon les pays : lorsqu’un enseignant est obligé de passer 50% de son temps à faire la police pour obtenir un peu de discipline, il est sûr qu’il y a perte de capacité dans l’acquisition des connaissances. De même, lorsqu’on réduit le nombre total d’heures de cours dans une année, on ne s’étonnera pas que les programmes (bien que sans cesse allégés) ne soient pas achevés à la fin de l’année.

Au lieu de s’agiter assez inefficacement avec ce classement, les ministres du gouvernement de Jean-Marc Ayrault feraient mieux d’abord de ne pas continuer à détricoter le lien social et notamment, de ne pas supprimer des initiatives socialement heureuses, comme les internats d’excellence.

Lors de sa campagne présidentielle, le Président François Hollande avait placé la jeunesse comme priorité de son quinquennat. Visiblement, comme pour sa lutte contre le chômage, les mots ne paient plus…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (4 décembre 2013)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
François Hollande.
Jean-Marc Ayrault.
Vincent Peillon.
Les internats d’excellence.

yartiPISA03



http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/pisa-on-se-calme-144622

 

 

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25 mai 2013 6 25 /05 /mai /2013 21:32

Né le 6 novembre 1922 à Saint-Menehould (Marne), Michel Crozier fut un diplômé de HEC et a passé un doctorat en droit sur les syndicats aux Etats-Unis. Il a fait toute sa carrière au CNRS où il est devenu directeur de recherches, en particulier sur le phénomène bureaucratique en France. Il fut le principal concepteur de l'analyse stratégique en sociologie des organisations. Parmi plus d'une vingtaine d'essais, il a écrit "Le Mal américain" en 1980.

SR

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 21:17

Plusieurs rapports ont été publiés sur l'évaluation des internats d'excellence au bout de quelques années. Je mets les liens pour se les procurer ainsi qu'un lien pour télécharger une étude de 2006 sur l'effet d'une réduction des effectifs des classes.

Cliquer sur le lien pour télécharger les rapports (sous forme de fichiers .pdf).


Rapport de Patrick Rayou, oct 2012 :
http://centre-alain-savary.ens-lyon.fr/CAS/internats/rapport-sur-les-internats-dexcellence-octobre-2012


Rapport des inspections générales de l'éducation nationale, juin 2011 :
http://media.education.gouv.fr/file/2011/56/5/2011-057-IGEN-IGAENR_215565.pdf


Présentation officielle des internats d'excellence, 2011 :

http://cache.media.eduscol.education.fr/file/dossiers/27/7/InternatExcellence-extrait-VF_171277.pdf


Rapport d'évaluation sur Sourdun, 11 avril 2013 :
http://www.povertyactionlab.org/sites/default/files/documents/Rapport-sourdun-jpal.pdf


Résumé du rapport sur Sourdun, 11 avril 2013 :
http://www.povertyactionlab.org/sites/default/files/documents/n1-JPAL-IPP-avril2013.pdf


Etude sur les effectifs dans les classes, mars 2006 :
http://cache.media.education.gouv.fr/file/48/4/2484.pdf


SR

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10 avril 2013 3 10 /04 /avril /2013 21:39

(verbatim)


Circulaire d'orientation et de préparation de la rentrée 2013

NOR : MENE1309444C
circulaire n° 2013-060 du 10-4-2013
MEN - DGESCO


Texte adressé aux rectrices et recteurs d'académie ; aux directrices et directeurs académiques des services de l'éducation nationale ; aux inspectrices et inspecteurs chargés des circonscriptions du premier degré ; aux inspectrices et inspecteurs de l'éducation nationale enseignement technique, enseignement général et d'orientation ; aux inspectrices et inspecteurs d'académie-inspectrices et inspecteurs pédagogiques régionaux ; aux chefs d'établissement ; aux directrices et directeurs d'école ; aux personnels enseignants, d'éducation, d'orientation, administratifs, techniques, sociaux et de santé

Sommaire 

  • I - Les cinq grandes priorités de la rentrée 2013
  • I.1. Reconstruire la formation professionnelle des métiers du professorat et de l'éducation
  • I.2. Rénover en profondeur l'enseignement du premier degré
  • I.3. Faire entrer l'École dans l'ère du numérique
  • I.4. Atteindre des objectifs ambitieux de réduction du décrochage scolaire
  • I.5. Développer l'éducation artistique et culturelle (EAC)
  • II - Une année de transition pour le collège et le lycée
  • II.1. Rénover le collège unique : offrir des réponses pédagogiques différenciées pour garantir à tous les élèves l'acquisition du socle commun
  • II.2. Permettre à tous les élèves du lycée de réussir pour favoriser leur poursuite d'études dans l'enseignement supérieur et leur insertion dans la vie professionnelle
  • II.3. Relancer la mission de formation continue de l'éducation nationale
  • III - Favoriser la réussite éducative
  • III.1. Relancer l'éducation prioritaire
  • III.2. Faire en sorte que les dispositifs favorisant la réussite éducative bénéficient d'abord à ceux qui en ont le plus besoin
  • III.3. Mieux scolariser les élèves en situation de handicap et les élèves à besoins éducatifs particuliers
  • III.4. Installer un cadre protecteur et citoyen pour les élèves et les personnels
  • III.5. Améliorer le dialogue entre l'École, ses partenaires et les familles
  • III.6. Mettre l'innovation au service de la refondation

 

 

La refondation de l'École de la République est une politique globale qui comprend la loi d'orientation et de programmation, actuellement examinée par le Parlement, et toutes les autres mesures relevant de réformes et de dispositions non législatives. Dès la rentrée scolaire 2013 et tout au long des prochaines années, il s'agit d'accomplir les évolutions souhaitées pour renouer avec la promesse républicaine de la réussite pour tous.

 

Confrontée à de profondes inégalités sociales et territoriales, l'École ne parvient pas à assurer pleinement ses missions. Les résultats des élèves sont, dans certains domaines, inférieurs à ce qu'ils devraient être. Les écarts se creusent entre les élèves ayant les meilleurs résultats et ceux, de plus en plus nombreux dans les familles les plus défavorisées, qui obtiennent les résultats les plus faibles.

 

L'effort collectif doit donc porter sur les fondements mêmes du système éducatif, dans toutes ses composantes.

 

Après des années de réduction des emplois, la refondation de l'École consiste d'abord à réinvestir significativement dans les ressources humaines. Pour cela, il est mis un terme aux suppressions d'emplois : tous les départs définitifs d'enseignants seront remplacés et 60 000 postes seront créés sur la durée du quinquennat. Ces nouveaux moyens permettront, d'une part, de rétablir une véritable formation initiale pour les enseignants et, d'autre part, de servir la priorité donnée au premier degré. Ils permettront également, dans les collèges, de mettre en place des dispositifs pédagogiques adaptés à l'hétérogénéité des publics accueillis. Enfin, des créations d'emplois d'autres personnels sont prévues, notamment pour mieux accompagner les élèves en situation de handicap et ceux présentant des besoins éducatifs particuliers. S'agissant de la rentrée 2013, ce sont 6 770 équivalents temps plein (ETP) d'enseignement qui seront créés dans les écoles et les établissements scolaires publics.

 

Mais des moyens supplémentaires ne peuvent produire leurs effets que s'ils coïncident avec une évolution en profondeur des pratiques professionnelles et une amélioration significative du bien-être à l'école. La refondation est donc bien, dans sa définition même, une réforme pédagogique majeure, qui fait de la qualité le cœur de ses enjeux : qualité de la formation des personnels, qualité du contenu des enseignements, qualité des organisations et des dispositifs scolaires, qualité des pratiques pédagogiques, qualité des apprentissages, qualité de vie des élèves durant leur scolarité, qualité de la relation avec les familles et l'ensemble des acteurs de la réussite éducative.

 

Enfin, la refondation de l'École est aussi une méthode, fondée sur la concertation, le dialogue social et la confiance. Elle repose sur la mobilisation des équipes de terrain et l'accompagnement du changement autour des grands axes qui fourniront le plan de cette circulaire :

- mettre en place une nouvelle formation initiale et continue aux métiers du professorat et de l'éducation et faire évoluer les pratiques pédagogiques ; donner la priorité à l'école primaire pour assurer l'apprentissage des fondamentaux et réduire les inégalités ; faire entrer l'École dans l'ère du numérique ; faire évoluer le contenu des enseignements ; assurer la progressivité des apprentissages de la maternelle au collège (I) ;

- permettre à tous de réussir dans le second degré et de s'insérer dans la vie professionnelle dans les meilleures conditions (II) ;

- favoriser la réussite éducative et améliorer le climat scolaire, notamment en installant pour chacun des acteurs - élèves, familles et personnels - un cadre protecteur et citoyen dans tous les territoires (III).

I - Les cinq grandes priorités de la rentrée 2013

I.1. Reconstruire la formation professionnelle des métiers du professorat et de l'éducation

La formation des personnels d'enseignement et d'éducation est la clef de voûte de la refondation de l'École. Le projet de loi d'orientation et de programmation pose les bases d'un nouveau système de formation qui permettra l'acquisition, de manière progressive et intégrée, d'un haut niveau de compétence professionnelle, tant disciplinaire que pratique. Dans cette optique, la mise en place, dès la rentrée, des Écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE), placées sous la responsabilité de l'ensemble des universités d'une académie, associera pleinement les services académiques comme les praticiens de l'éducation nationale.

 

La création des ESPE et la mise en œuvre des masters à vocation professionnelle « Métier de l'enseignement, de l'éducation et de la formation » (MEEF) requièrent la participation active des personnels de l'éducation nationale pour compléter l'équipe pédagogique des ESPE et assurer une partie des activités de formation (enseignement, tutorat, etc.). Les interventions des formateurs de terrain, inspecteurs, professeurs, personnels de direction, sont à ce titre essentielles. Une convention annuelle entre les ESPE et l'académie formalisera les actions et les moyens qui concourent conjointement à la formation des enseignants (organisation des stages, échanges de services, moyens mis à disposition, formation continue, etc.). Par ailleurs, les académies s'attacheront à offrir les meilleures conditions de stage possibles aux étudiants des masters MEEF afin qu'ils puissent profiter pleinement de la formation alternée, tant à l'ESPE qu'au contact de professionnels confirmés.

Favoriser l'accueil, l'accompagnement et la formation des futurs professeurs

La qualité des dispositifs d'accueil, d'accompagnement et de formation des futurs professeurs est indispensable pour restaurer l'attractivité du métier d'enseignant. Ainsi, en lien avec la semaine d'accueil des professeurs stagiaires lors de la rentrée, les académies organiseront un accueil spécifique pour les étudiants admissibles aux concours qui exerceront une activité d'enseignement durant leur deuxième année de master. Leur accompagnement et leur formation professionnelle feront l'objet d'une attention d'autant plus grande de la part des académies, en association avec les ESPE, qu'ils n'auront pas pu bénéficier de la réforme de la formation initiale des enseignants. Un accueil spécifique devra également être réservé aux étudiants relevant du dispositif des emplois d'avenir professeur. La mobilisation des personnels accompagnant les futurs professeurs sera déterminante, qu'il s'agisse des maîtres-formateurs, des conseillers pédagogiques, des tuteurs, mais aussi des directeurs d'école, des chefs d'établissement, des inspecteurs territoriaux et l'ensemble des équipes pédagogiques. Cet accueil doit aussi mobiliser l'ensemble des équipes pédagogiques.

Relancer la formation continue des personnels

Pilotée par les services académiques, la formation continue des enseignants associera l'ESPE comme opérateur privilégié, de façon à renforcer les liens entre les enseignants-chercheurs et les praticiens et à faire bénéficier les personnels de l'éducation nationale des apports de la recherche. Les ESPE participeront notamment à la formation d'un vivier de formateurs académiques qui sera élargi et renouvelé au cours des prochaines années. Ces personnes-ressources seront mobilisées pour favoriser le déploiement d'actions de formation au plus près des lieux d'exercice des enseignants (circonscriptions, bassins, établissements). Des formations communes entre enseignants du premier et du second degrés seront encouragées, dans le cadre d'un plan académique global intégrant les deux niveaux, afin de renforcer le pilotage, la cohérence et la lisibilité de l'offre de formation sur l'ensemble de l'académie.

 

Parmi les différentes modalités de formation continue et dans le cadre des plans académiques et départementaux de formation, comme le prévoit la circulaire n° 2013-019 du 4 février 2013, les professeurs des écoles suivront neuf heures de formation professionnelle continue dans le cadre de leurs obligations réglementaires de service, effectuées, pour tout ou partie, sous la forme de sessions de formation à distance sur des supports numériques.

Développer les formations en ligne

Un « Campus numérique » donnera accès, dès la rentrée, à toutes les ressources et à tous les parcours de formation disponibles qui pourront être utilisés par les acteurs impliqués dans les animations et les formations comme par les personnels eux-mêmes. La formation en ligne, associant accompagnement en présentiel et formation à distance, permettra de renouveler et d'élargir les modalités de formation, d'offrir un nombre accru de ressources et de resserrer les liens entre formation initiale et formation continue. Aux côtés des ESPE qui développeront leurs modules et leurs ressources de formation en ligne, les académies auront recours au dispositif Pairform@nce pour produire leurs propres parcours et surtout pour déployer les formations en ligne dans le cadre de la formation continue des enseignants, et plus particulièrement des professeurs des écoles. Ces derniers pourront accéder, dès le mois d'octobre, à des modules de formation à distance spécialement conçus à leur intention et offrant un large éventail de ressources.

 

I.2. Rénover en profondeur l'enseignement du premier degré

Redéfinir les missions de l'école maternelle

Prochainement redéfinie comme un cycle unique, spécifiquement centrée sur le développement affectif, social, sensoriel, moteur et cognitif de l'enfant, l'école maternelle proposera une pédagogie adaptée à l'âge des enfants pour les préparer de manière progressive aux apprentissages fondamentaux dispensés à l'école élémentaire et jouer le rôle majeur qui doit être le sien dans la prévention des difficultés scolaires et la réduction des inégalités. À ce titre, les enseignants de grande section et de cours préparatoire auront des échanges sur les acquis des élèves à l'issue de l'école maternelle et sur les besoins spécifiques des élèves bénéficiant d'aménagements particuliers de scolarité.

 

En favorisant un meilleur accès au langage pour les enfants qui en sont le plus éloignés dans leur cadre de vie quotidien, la scolarisation avant l'âge de trois ans (circulaire n° 2012-202 du 18 décembre 2012) peut constituer une chance pour l'enfant, lorsqu'elle correspond à ses besoins et se déroule dans des conditions adaptées. Elle sera développée en priorité dans les écoles situées dans un environnement social défavorisé, que ce soit dans les zones urbaines, rurales et de montagne, comme dans les départements et régions d'outre-mer. 3 000 emplois seront consacrés à cette priorité durant la mandature.

 

Faire évoluer les pratiques pédagogiques à l'école primaire

L'acquisition des savoirs fondamentaux reste l'objectif premier de l'école primaire. Il s'agit de conduire chaque élève à la maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. Au total, 7 000 emplois seront consacrés au renforcement de l'encadrement pédagogique dans les écoles difficiles et participeront ainsi à l'amélioration des résultats scolaires à l'école élémentaire au cours des quatre prochaines années.

 

Comme le prévoit la circulaire n° 2012-201 du 18 décembre 2012, le dispositif « plus de maîtres que de classes » permettra, dès la rentrée 2013, dans les secteurs les plus fragiles, d'accompagner des organisations pédagogiques innovantes, afin de prévenir les difficultés et d'aider les élèves à effectuer les apprentissages fondamentaux indispensables à une scolarité réussie. L'action des enseignants spécialisés exerçant dans les réseaux d'aides spécialisées aux élèves en difficulté (Rased) ne se confond pas avec celle du dispositif « plus de maîtres que de classes », mais pourra développer des complémentarités avec ce dernier.

 

Particulièrement précieuse, l'expertise des enseignants spécialisés doit être mieux valorisée. Une concertation sur l'aide aux élèves en difficulté est menée pour améliorer la coordination, la cohérence et l'efficacité des interventions des différents professionnels. Dans ce cadre, le rôle des Rased, qui retrouveront toute leur place auprès des équipes pédagogiques des écoles, sera amené à évoluer.

 

Pour tenir compte de l'évolution des effectifs d'élèves, améliorer le remplacement ainsi que les dispositifs « scolarisation des enfants de moins de trois ans » et « plus de maîtres que de classes », 3 000 équivalents temps plein seront créés dans le premier degré dès la rentrée scolaire 2013.

 

Au-delà même de ces créations d'emplois, les directeurs académiques des services départementaux de l'éducation nationale s'attacheront à améliorer la cohérence entre les objectifs pédagogiques et la gestion des ressources humaines. Les IEN veilleront, en concertation avec les équipes pédagogiques, à la prise en charge des classes de cours préparatoire par des professeurs expérimentés.

 

Enfin, dès son installation, le nouveau Conseil supérieur des programmes s'attachera en priorité à réécrire les programmes de l'enseignement élémentaire en cohérence avec le nouveau socle de connaissances, de compétences et de culture.

 

Respecter les rythmes des enfants

La réussite des élèves à l'école primaire dépend aussi des conditions dans lesquelles se déroulent les apprentissages. Il est donc nécessaire d'instaurer un équilibre entre le temps scolaire et le temps périscolaire. Le projet éducatif territorial (PEDT) est l'outil de collaboration locale qui peut rassembler l'ensemble des acteurs et permettre ainsi d'organiser des activités périscolaires prolongeant  le service public d'éducation et en complémentarité avec lui (circulaire interministérielle du 20 mars 2013). Le temps scolaire est, tout particulièrement pour les plus jeunes, un temps d'éveil progressif à la connaissance et à la culture, à l'épanouissement de la personnalité, qui doit s'articuler avec d'autres temps éducatifs pour construire, dans l'intérêt de l'enfant et de l'élève, un parcours éducatif cohérent et de qualité. La nouvelle organisation du temps scolaire à l'école primaire (décret n° 2013-77 du 24 janvier 2013 et circulaire n° 2013-017 du 6 février 2013) vise précisément à mieux respecter les rythmes d'apprentissage et de repos des enfants, en instaurant une semaine scolaire plus équilibrée, organisée sur neuf demi-journées, avec un allègement de la journée d'enseignement. Les activités pédagogiques complémentaires (APC) seront organisées dans toutes les écoles. Elles se substituent à l'aide personnalisée, et visent soit à aider les élèves lorsqu'ils rencontrent des difficultés dans leurs apprentissages, soit à les accompagner dans leur travail personnel ou leur proposer toute autre activité prévue par le projet d'école. Dans les écoles qui n'ont pas choisi la semaine de quatre jours et demi à la rentrée prochaine, on veillera à regrouper les APC sur des plages horaires suffisamment longues pour assurer leur efficacité pédagogique, sans amputer le temps de pause méridienne.

 

Préparer de nouveaux dispositifs d'évaluation

La présente année scolaire est une année de transition dans l'attente de la réorganisation des cycles d'enseignement et de la mise en place de nouveaux dispositifs d'évaluations nationales. Pour cette année 2013, les évaluations de fin de CE1 et de fin de CM2 sont des outils pédagogiques utilisés librement par les maîtres, destinés à aider les écoles dans leurs choix pédagogiques pour mieux faire réussir les élèves. Ces évaluations seront utilisées uniquement dans les écoles et ne donneront pas lieu à une remontée des résultats. Pour l'année scolaire 2013-2014, de nouvelles modalités seront fixées, une fois que la structure des cycles aura été décidée, sur la base des propositions du Conseil supérieur des programmes et du Conseil national d'évaluation.

 

I.3. Faire entrer l'École dans l'ère du numérique

Dans une société où la production et la transmission des connaissances sont radicalement bouleversées par les technologies numériques, l'École doit prendre la mesure de ces transformations et accompagner tous les élèves dans l'acquisition et la maîtrise des compétences numériques. Elle doit aussi, grâce aux outils numériques, développer des pratiques pédagogiques attractives, innovantes et efficaces, offrant au système éducatif un véritable levier d'amélioration.

 

Le développement des formations au numérique constituera un moyen essentiel pour favoriser le déploiement des usages dans les classes ; il devra faire partie de la formation initiale et continue dispensée par les ESPE.

 

Pour favoriser ces évolutions, un service public du numérique éducatif est instauré afin de créer les conditions d'une action globale, concrète et durable en faveur du développement des usages par les élèves.

 

À moyen terme, il s'agira de mettre en place de nouveaux services numériques. À la rentrée 2013, ils concerneront les apprentissages fondamentaux et l'accompagnement personnalisé. Le développement des téléservices et la poursuite de la généralisation des espaces numériques de travail (ENT) dans les académies, en étroite collaboration avec les collectivités locales, assureront notamment une implication plus forte des parents dans le cadre des établissements.

 

Partenaires du service public du numérique éducatif, les collectivités devront être pleinement associées à la définition et à la mise en œuvre académique de la stratégie numérique. À cet effet, une instance de dialogue réunira dans chaque académie les acteurs départementaux et régionaux en charge du numérique.

 

La mise en œuvre de la stratégie numérique reposera sur la mobilisation des académies qui coordonneront leurs actions dans un projet numérique académique et créeront ainsi une dynamique auprès des écoles, des établissements et des personnels.

 

I.4. Atteindre des objectifs ambitieux de réduction du décrochage scolaire

La lutte contre le décrochage scolaire constitue un enjeu majeur pour la cohésion sociale et l'équité du système éducatif. Une politique volontariste et efficace dans ce domaine repose sur un pilotage fort, aux niveaux national et académique comme dans les établissements. La mobilisation de toute la communauté éducative, en lien avec les collectivités locales et les représentants du monde professionnel, devra permettre, à terme, de proposer une solution à chaque jeune en situation de décrochage.

 

Pour la rentrée 2013, ce sont 20 000 jeunes décrocheurs que l'on devra aider à s'inscrire dans un parcours de réussite et, ainsi, à reprendre une formation ou à construire un projet professionnel. Le partenariat noué avec l'Agence du service civique y contribuera. Un  réseau « formation qualification emploi » (FOQUALE) doit être constitué sur le territoire de chaque plateforme de suivi et d'appui aux décrocheurs pour fédérer l'offre de solutions de l'éducation nationale. Parmi les ressources susceptibles d'être mobilisées, les possibilités d'accès aux structures innovantes de raccrochage (micro-lycée, lycée nouvelle chance, collège-lycée élitaire pour tous, pôle innovant lycéen, etc.) seront développées, avec l'objectif de proposer au moins une structure par académie.

 

Pour faire reculer le phénomène du décrochage, il convient de répondre à un double impératif : développer les solutions proposées aux jeunes décrocheurs et prévenir en amont les risques du décrochage. L'ensemble des personnels des collèges, des lycées et des CIO doivent être sensibilisés à leur rôle déterminant pour favoriser la persévérance scolaire et le bien-être à l'école. Il s'agit de redonner aux élèves les plus en difficulté le goût de l'école et de mieux les accompagner dans la préparation de leurs choix en matière d'orientation, en leur proposant éventuellement un tutorat. Les enseignants devront être mieux associés au repérage des signes annonciateurs du décrochage, notamment l'absentéisme. Dès la rentrée scolaire, un référent « décrochage scolaire » sera désigné dans chaque établissement public local d‘enseignement connaissant un fort taux d'absentéisme. Sous l'autorité du chef d'établissement, il sera chargé de la coordination des actions de prévention du décrochage, des relations avec les parents des élèves concernés et, le cas échéant, de l'aide au retour des décrocheurs dans les établissements.

 

Pour les élèves en rupture plus profonde avec les exigences de la vie scolaire, en risque de déscolarisation ou en voie de marginalisation, une démarche d'aide et d'accompagnement personnalisé sera proposée dans le cadre des dispositifs relais (classes, ateliers, internats). Ceux-ci permettront une prise en charge éducative plus globale, au sein d'un établissement scolaire (voir aussi III. 4). 

 

Afin d'améliorer la transition entre le collège et le lycée, les processus d'orientation seront revisités pour faciliter la construction de parcours individuels d'information, d'orientation et de découverte du monde économique et professionnel. L'orientation, notamment en fin de troisième, devra être améliorée pour n'être plus vécue comme une orientation subie mais comme un choix réfléchi et assumé. La possibilité de laisser aux parents le choix de la voie d'orientation en fin de troisième sera expérimentée dans quelques académies à la rentrée 2013.

 

I.5. Développer l'éducation artistique et culturelle (EAC)

Puissant levier d'émancipation et d'intégration sociale, l'éducation artistique et culturelle participe pleinement de la lutte contre les inégalités sociales, culturelles et territoriales. La mise en place d'un parcours d'éducation artistique et culturelle pour chaque élève, tout au long de la scolarité, de l'école primaire au lycée, lui permettra, grâce aux enseignements et aux actions éducatives, de faire l'expérience de pratiques artistiques de plus en plus riches, d'acquérir des repères culturels de plus en plus complexes et de se familiariser avec les œuvres d'art pour devenir un spectateur averti et critique. Pour garantir la cohérence d'un tel parcours, notamment entre l'école et le collège, les approches pédagogiques devront être diversifiées, en recourant davantage à la démarche de projet et aux partenariats. Une circulaire précisera le contenu et les modalités d'organisation de ce parcours.

II - Une année de transition pour le collège et le lycée

Sous réserve des choix que fera le Parlement, la loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'École de la République devrait renvoyer à des dispositions réglementaires la définition des cycles d'enseignement, celle du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, ainsi que les conditions de certification à la fin du collège. Le Conseil supérieur des programmes émettra des avis et fera des propositions sur ces points fondamentaux pour une organisation cohérente de l'ensemble de la scolarité obligatoire. Il se prononcera aussi sur l'évolution des programmes de l'ensemble du cursus scolaire.

 

Compte tenu du temps nécessaire à l'élaboration de ces dispositions nouvelles, les choix qui présideront à l'évolution du collège ne pourront être arrêtés qu'en 2014.

 

S'agissant du second cycle, un bilan des réformes engagées en 2009 (lycée professionnel) et 2010 (lycée d'enseignement général et technologique) sera réalisé à la fin de l'année 2013, avant de mettre à l'étude les transformations nécessaires.

 

Pour le collège comme pour le lycée, l'année scolaire 2013-2014 sera donc une année de transition qui devra être mise à profit pour approfondir l'analyse des difficultés rencontrées et pour amorcer, de façon cohérente et concertée, les évolutions souhaitables.

 

Dès cette année, un effort de création d'emplois sera réalisé dans le second degré, en priorité pour le collège, à hauteur de 3 770 équivalents temps plein (ETP). Il sera en partie consacré au renforcement des moyens de remplacement.

 

II.1. Rénover le collège unique : offrir des réponses pédagogiques différenciées pour garantir à tous les élèves l'acquisition du socle commun

Chargé de garantir à tous les élèves, à l'issue de la scolarité obligatoire, la maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture, le collège unique devra renforcer ses liens avec l'école élémentaire pour favoriser la progressivité des apprentissages et améliorer la transition entre l'école et le collège.

 

Prévu dans le projet de loi d'orientation et de programmation pour la refondation de l'École de la République, un conseil école-collège, à vocation exclusivement pédagogique, sera progressivement mis en place au cours de la prochaine année scolaire. Il permettra de préfigurer le futur cycle d'apprentissage associant le CM2 et la 6ème, disposition également présente dans l'annexe du projet de loi. 

 

Dans l'attente des prochaines décisions, les établissements veilleront à poursuivre l'évaluation des acquis du socle, grâce à une nouvelle version simplifiée du livret personnel de compétences, pour l'école comme pour le collège. Les conditions d'attribution du diplôme national du brevet (DNB) demeurent inchangées. Le bilan des acquis du socle pourra aussi s'appuyer sur les évaluations en classe de cinquième, qui seront poursuivies, exclusivement pour les collèges qui le souhaitent. Elles permettent d'établir très tôt un diagnostic pour chaque élève et, ainsi, de déclencher ou ajuster des modalités d'accompagnement jusqu'à la troisième.

 

Proposer des réponses pédagogiques différenciées, en fonction des besoins des élèves, est une exigence à laquelle le collège doit répondre. Chaque élève doit pouvoir trouver en son sein une solution adaptée à sa situation personnelle, notamment s'il est en situation de difficulté scolaire : il s'agit d'accorder une attention bienveillante à chaque élève et de mobiliser toute l'équipe pédagogique et éducative, notamment dans le cadre du conseil pédagogique pour l'accompagner sur un chemin personnalisé de réussite et lui permettre de révéler son potentiel. Il convient d'écarter toute forme de relégation et d'orientation précoce. C'est la raison pour laquelle toutes les formes d'alternance sont à présent proscrites pour les élèves de collège de moins de 15 ans, et notamment les dispositifs d'alternance en classe de quatrième qui avaient été introduits par la circulaire n° 2011-127 du 26 août 2011. Le « dispositif d'initiation aux métiers en alternance » (Dima) doit être réservé exclusivement aux élèves ayant 15 ans révolus.

 

Les chefs d'établissement et les équipes pédagogiques accorderont la plus grande attention au suivi des élèves en grande difficulté. Les dispositions du projet de loi en cours d'examen au Parlement ne modifient en rien la situation des sections d'enseignement général et professionnel adapté (Segpa) comme des établissements régionaux d'enseignement adapté (Erea), dont les fondements juridiques, l'organisation et les missions sont maintenus.

 

Pour accompagner tous les élèves et lutter efficacement contre les inégalités sociales, culturelles et territoriales, le collège devra redonner du sens à la notion de parcours et l'inscrire dans un cadre renouvelé. À partir de la rentrée 2013, outre le parcours d'éducation artistique et culturelle (voir I. 5.), sera progressivement construit le « parcours d'information, d'orientation et de découverte du monde économique et professionnel ». Ce parcours permettra aux élèves, dans une approche d'éducation à l'orientation dynamique et cohérente sur l'ensemble de leur scolarité, d'élaborer progressivement un projet personnel, fondé sur une connaissance du monde économique et professionnel, ainsi que des voies de formation et des métiers. Une circulaire précisera le contenu de ce parcours.

 

Les classes de troisième préparatoires aux formations professionnelles, dites « Prépa-pro », qui se sont substituées depuis la rentrée 2011 aux troisièmes à module de découverte professionnelle 6 heures, sont conservées. Les aménagements particuliers du parcours des élèves déjà mis en place, au titre du premier alinéa de l'article D. 332-6 du code de l'éducation, de type « dispositifs relais » ou « parcours individualisés », pourront aussi être maintenus, dans l'attente d'un nouveau cadrage de ces aménagements.

 

La maîtrise des langues vivantes est aussi un facteur de la réussite scolaire. Elle sera facilitée par le lien renforcé entre l'école et le collège et le recours aux outils numériques. L'expérimentation visant à laisser davantage de liberté aux établissements volontaires dans la répartition des heures d'enseignement de langues se poursuivra.

 

II.2. Permettre à tous les élèves du lycée de réussir pour favoriser leur poursuite d'études dans l'enseignement supérieur et leur insertion dans la vie professionnelle

Les réformes engagées en 2009 et 2010 vont permettre d'appréhender, à la session 2013 du baccalauréat, les résultats des élèves sur la totalité d'un cycle de formation. Le premier trimestre de l'année scolaire 2013-2014 devra donc être l'occasion de dresser un bilan quantitatif et qualitatif, aux niveaux national et académique, des premiers effets de ces réformes pour envisager ensuite les axes sur lesquels la refondation devra porter.

 

Une attention particulière devra être portée à la valorisation des parcours de formation professionnelle afin de rendre ceux-ci plus attractifs et de diminuer sensiblement les sorties en cours de cursus. Des parcours pédagogiques personnalisés spécifiques doivent être mis en œuvre afin d'accompagner les jeunes jusqu'à l'obtention d'un diplôme professionnel. Dans ce cadre, les résultats au baccalauréat, qui ont notamment connu une baisse en voie professionnelle à la session 2012, doivent d'ores et déjà être améliorés dans toutes les séries et spécialités. Les observations sur la mise en œuvre de l'accompagnement personnalisé et des stages (passerelles ou de remise à niveau) soulignent la nécessité de veiller à la cohérence entre ces dispositifs et les besoins des élèves. Les recteurs devront s'assurer que les inspecteurs pédagogiques (IA-IPR et IEN ET-EG) sont mobilisés aux côtés des enseignants des lycées pour les aider dans ce travail. Ces efforts doivent permettre une amélioration des résultats aux examens, dans l'attente de mesures de simplification des modalités de certification au baccalauréat professionnel, dans le cadre des concertations à venir. Dans ce cadre, il convient de ne pas oublier les résultats au diplôme intermédiaire dans les cursus de baccalauréat professionnel, qui permet d'assurer à tous un diplôme minimum et de lutter contre les sorties sans diplôme.

 

Les dispositifs de personnalisation des parcours devront également être conçus pour favoriser une meilleure transition vers l'enseignement supérieur et permettre de mieux y réussir pour les élèves des séries générales et technologiques comme pour ceux des séries professionnelles. Parmi ces derniers, des aménagements dans la scolarité de terminale pourront être envisagés. À cet effet, l'accompagnement personnalisé notamment pourra être consacré à préparer à l'enseignement supérieur et les rythmes des périodes de formation en milieu professionnel pourront être aménagés. L'inscription des titulaires de baccalauréats professionnels et de baccalauréats technologiques, respectivement en STS et en IUT, sera favorisée sur la base de quotas d'accès fixés par les recteurs, selon des modalités qui seront ultérieurement précisées. 

 

Chaque académie devra engager une action forte pour faire mieux connaître et valoriser la voie professionnelle, en partenariat avec les conseils régionaux. Cette action pourrait notamment se traduire par l'identification, à terme, d'au moins un campus des métiers et des qualifications par académie, qui donnera lieu à un appel à projet spécifique. Symboles de la qualité des enseignements et des formations et de la compétitivité économique de la région, les campus des métiers regrouperont sur un lieu unique et autour de lui des acteurs divers, dans un partenariat renforcé de formation : les lycées professionnels ou polyvalents (qui peuvent être des lycées des métiers), des centres de formation d'apprentis, des établissements d'enseignement supérieur, des organismes de formation initiale et continue, des entreprises et des laboratoires de recherche.

 

Les travaux sur la carte des formations professionnelles, en anticipation des modifications introduites par le projet de loi sur la refondation de l'École de la République, devront donner lieu à un travail de concertation renforcée et permanente avec les Régions.

 

Sous la responsabilité des recteurs, la mise en œuvre en classe terminale des séries STMG et ST2S rénovées devra se dérouler dans un cadre permettant de favoriser la réussite des élèves et d'accompagner les professeurs, sur le plan de l'organisation des enseignements, des programmes et de la réussite aux nouvelles épreuves. L'attention portée aux classes de STI2D et aux classes de STL ces dernières années, et qui a permis une progression des effectifs à la rentrée 2012, devra être maintenue compte tenu du manque d'étudiants dans les filières de l'enseignement supérieur technologiques et scientifiques.

 

Enfin, une nouvelle dynamique doit être insufflée à la participation des élèves à la vie de leur établissement. Le rôle des conseils de la vie lycéenne devra notamment être mieux reconnu, et leur consultation sur des aspects importants de la vie de l'établissement (emplois du temps, accompagnement personnalisé et tutorat, gestion du foyer, etc.) devra être assurée, conformément aux textes officiels en vigueur.

 

II.3. Relancer la mission de formation continue de l'éducation nationale

Garantir à chaque élève le droit à la formation et à l'éducation tout au long de la vie : telle est l'ambition formulée par la refondation. L'École de la République doit offrir à tous les jeunes la possibilité d'acquérir une formation initiale de qualité et, ainsi, de s'insérer dans la vie économique et sociale. Mais il lui appartient aussi de relever les défis nouveaux du monde socio-économique, en lien étroit avec les collectivités territoriales : au premier chef, celui de faire évoluer les qualifications et de développer de nouvelles compétences, pour lutter efficacement contre le chômage et l'exclusion.

 

Acteur majeur de la formation des adultes, le ministère de l'éducation nationale doit prendre toute sa part dans l'accompagnement des évolutions professionnelles. Le pilotage de la mission de formation continue sera renforcé et permettra ainsi au réseau des Greta de se développer en s'adaptant aux nouvelles conditions économiques, juridiques et sociales, en complémentarité de la formation initiale, dans une logique d'éducation et de formation tout au long de la vie.


III - Favoriser la réussite éducative

III.1. Relancer l'éducation prioritaire

Malgré les efforts des personnels exerçant dans les écoles et les établissements de l'éducation prioritaire, les écarts entre les élèves qui y sont scolarisés et les élèves des écoles et établissements hors éducation prioritaire tendent à se creuser. Pour répondre à un impératif de justice sociale et faire en sorte que la réussite des élèves soit une réalité dans tous les territoires, la politique d'éducation prioritaire doit être repensée de manière ambitieuse. Elle fera donc l'objet d'une évaluation nationale qui associera l'ensemble des acteurs et partenaires concernés. Des assises de l'éducation prioritaire seront réunies à l'automne 2013.

 

Pour autant, l'éducation prioritaire devra bénéficier d'une attention particulière dès la rentrée 2013. Les établissements les plus en difficulté devront continuer à être soutenus par des moyens importants. L'affectation de personnels expérimentés et motivés est un objectif prioritaire. La mise en place de modalités de travail individuelles et collectives et d'organisations pédagogiques adaptées aux besoins des élèves devra être encouragée, notamment pour faciliter l'articulation entre l'école et le collège, puis l'ouverture sur le lycée. Les équipes d'inspecteurs et des correspondants académiques éducation prioritaire (Éclair et RRS) seront mobilisées pour favoriser le soutien et l'accompagnement des équipes de terrain.

 

III.2. Faire en sorte que les dispositifs favorisant la réussite éducative bénéficient d'abord à ceux qui en ont le plus besoin

Depuis 2008, des dérogations peuvent être demandées à la règle de l'affectation au collège ou au lycée correspondant à la zone de desserte, dans la limite des places disponibles, après avis d'une commission et sur décision du DASEN, lesquels se prononcent sur le fondement de sept critères énumérés dans la circulaire n° 2008-42 du 4 avril 2008.

 

Afin d'introduire dès à présent plus d'équité dans l'affectation des élèves, les directeurs académiques des services de l'éducation nationale ne traiteront plus prioritairement les demandes de dérogation formulées sur la base du motif « parcours scolaire particulier », qui servent trop souvent à éviter l'établissement de secteur. Les demandes à examiner en priorité restent, d'une part, celles des élèves en situation de handicap et nécessitant une prise en charge médicale importante, d'autre part, celles émanant de boursiers au mérite ou de boursiers sociaux. Les demandes liées à des rapprochements de fratrie ou de proximité de l'établissement seront désormais examinées elles aussi avant celles relatives à des « parcours scolaires particuliers ». Cette modification de l'ordre des critères de dérogation ne doit toutefois pas s'opérer au détriment de la continuité des parcours pédagogiques linguistiques entre l'école et le collège.

Ces dérogations font d'ailleurs actuellement l'objet d'une réflexion globale, afin de garantir la mixité sociale des établissements, en particulier ceux les plus exposés aux phénomènes d'évitement.

 

De la même manière, pour favoriser la réussite de chacun, tous les internats, dans leur diversité, doivent proposer l'excellence scolaire et éducative aux élèves accueillis. Ils sont accessibles prioritairement aux élèves relevant de l'éducation prioritaire et de zones urbaines sensibles (ZUS). Les établissements qui ont un internat doivent inclure dans leur projet d'établissement un projet pédagogique et éducatif pour les élèves internes.

 

III.3. Mieux scolariser les élèves en situation de handicap et les élèves à besoins éducatifs particuliers

La loi du 11 février 2005 a permis de développer rapidement la scolarisation en milieu ordinaire d'une majorité des enfants et des adolescents en situation de handicap. C'est à présent une approche plus qualitative qui doit être privilégiée pour construire une École inclusive, ouverte à tous, en améliorant l'accueil et l'accompagnement des élèves et la formation des acteurs.

 

Les projets personnalisés de scolarisation (PPS), proposés par les maisons départementales des personnes handicapées (MDPH), seront déclinés au plan pédagogique au sein des écoles et des établissements scolaires. L'évaluation des besoins des élèves en situation de handicap s'appuiera sur le GEVA-Sco, outil dématérialisé d'échange avec les équipes pluridisciplinaires des MDPH. Un dialogue raisonné entre les MDPH et les départements, à partir d'indicateurs partagés, permettra d'améliorer l'équité territoriale en matière d'accompagnement. 350 emplois d'auxiliaires de vie scolaire (AVS) supplémentaires seront créés à cet effet à la rentrée de septembre 2013.

 

Les projets des classes pour l'inclusion scolaire (Clis) et des unités localisées pour l'inclusion scolaire (Ulis) feront partie intégrante du projet de l'école ou de l'établissement qui les accueille. Plus largement, chaque projet d'école ou d'établissement devra consacrer un volet à l'inclusion des élèves en situation de handicap.

 

Le troisième plan autisme devra favoriser, le plus tôt possible, la scolarisation des élèves présentant des troubles envahissants du développement, pour mieux adapter leur parcours scolaire à leurs besoins. Pour ce faire, des unités d'enseignement seront progressivement déployées au sein de certaines écoles maternelles, afin de favoriser un accompagnement éducatif et comportemental précoce, en partenariat avec les établissements et services médico-sociaux. Trente de ces unités d'enseignement pilotes seront installées pour la rentrée 2014.

 

Les enfants allophones nouvellement arrivés et les enfants issus des familles itinérantes et de voyageurs devront aussi pouvoir être progressivement intégrés en classe ordinaire. Trois circulaires relatives aux nouvelles missions des centres académiques pour la scolarisation des enfants allophones nouvellement arrivés et des enfants issus des familles itinérantes et de voyageurs (CASNAV) précisent les modalités de cet accueil.

 

Enfin, une attention particulière devra être accordée aux élèves intellectuellement précoces (EIP), pour qu'ils puissent également être scolarisés en milieu ordinaire. À cet effet, dès la rentrée 2013, chaque enseignant accueillant dans sa classe un élève intellectuellement précoce aura à sa disposition sur Éduscol un module de formation à cette problématique.

 

III.4. Installer un cadre protecteur et citoyen pour les élèves et les personnels

Élément central du pacte républicain, l'École est non seulement un lieu d'apprentissage mais aussi un lieu de vie qui doit préparer les élèves à leur vie de citoyen et favoriser le « vivre ensemble » par l'acquisition des valeurs républicaines.

 

En complément des enseignements, en particulier d'histoire-géographie, d'éducation civique et d'éducation civique, juridique et sociale, les actions éducatives mises en œuvre dans ce domaine doivent contribuer à développer chez les élèves l'engagement et l'autonomie nécessaires à la construction d'une citoyenneté responsable. Les référents académiques « mémoire et citoyenneté », récemment désignés par les recteurs, assureront la coordination et le suivi, dans les académies, des différentes actions menées par l'éducation nationale et ses partenaires dans ce domaine, et encourageront le développement d'initiatives locales.

 

La politique éducative s'inscrit dans le cadre global et cohérent de la politique gouvernementale mise en œuvre depuis la rentrée 2012 et doit combattre toutes les formes de discriminations, qui nuisent à la cohésion sociale et à l'épanouissement de chacun comme individu et comme citoyen. En la matière, trois priorités ont été identifiées : la lutte contre le racisme et l'antisémitisme, la lutte contre l'homophobie et la promotion de l'égalité entre les filles et les garçons.

 

L'École doit trouver des solutions adaptées et mesurées pour lutter contre l'absentéisme scolaire, dans le cadre des nouvelles conditions fixées par la loi n° 2013-108 du 31 janvier 2013 abrogeant les dispositions législatives relatives à la suspension des allocations familiales et au contrat de responsabilité parentale. Pour ce faire, l'accent devra être mis sur l'accompagnement des familles. Il s'agit d'améliorer le dialogue entre les parents d'élèves et l'ensemble de la communauté éducative, dans une approche de coéducation, et de renforcer la réactivité de tous les services dans la mise en œuvre des mesures de soutien aux parents et des mesures éducatives et pédagogiques. En cas de persistance du défaut d'assiduité, un personnel d'éducation référent sera désigné par le directeur d'école ou le chef d'établissement pour suivre les mesures mises en œuvre au sein de l'établissement d'enseignement au bénéfice de l'élève concerné.

Un climat scolaire serein est indispensable au bon déroulement des apprentissages et, plus largement, au bien-être des élèves et des personnels. Face à des problématiques complexes, il est donc nécessaire d'apporter des réponses diversifiées, de manière à avoir une action à la fois rapide et de long terme. Les équipes d'établissement, renforcées pour certaines par la mise en place des assistants de prévention et de sécurité, devront se mobiliser autour de certains axes de travail en particulier : la gestion de situations de crise, la prévention du harcèlement et des violences sexistes entre élèves, l'action sur le climat scolaire.

Des documents d'appui seront diffusés aux écoles et des outils proposés aux établissements du second degré afin de favoriser une réflexion sur les punitions et les sanctions, et de prévenir les exclusions.

Les dispositifs relais de l'académie seront enrichis par des internats relais (voir aussi I. 4.) destinés à des élèves relevant de l'obligation scolaire, dont le comportement (absentéisme persistant, exclusions par mesure disciplinaire, etc.) signale un risque de décrochage. La scolarisation en internat devra leur permettre de bénéficier d'un accompagnement individualisé jusqu'à la reprise d'un parcours de formation. Ces nouveaux internats ont vocation à se substituer aux établissements de réinsertion scolaire (ERS).

 

Favoriser la réussite éducative, c'est envisager l'enfant ou l'adolescent dans sa globalité. C'est pourquoi l'École a aussi pour responsabilité la promotion et l'éducation à la santé et l'éducation aux comportements responsables. Elle contribue au suivi de la santé des élèves et a également vocation à réduire les inégalités. Les questions sociales et de santé doivent donc pouvoir être traitées en son sein et en lien avec ses partenaires, si nécessaire ; des solutions doivent pouvoir y être amorcées et un suivi réalisé. Les professionnels sociaux et de santé, de même que les enseignants et l'équipe éducative dans son ensemble, disposeront d'outils pour identifier les signes de mal-être chez les jeunes. Cette sensibilisation de tous les personnels au sein des établissements permettra, d'une part, de prévenir le décrochage scolaire et, d'autre part, d'œuvrer en faveur du bien-être des élèves à l'École. Dans cette perspective, 50 emplois d'assistants sociaux seront créés à la rentrée 2013. Les missions des personnels de santé (médecins et infirmiers), et des assistants sociaux vont faire l'objet d'une actualisation concertée pour garantir un meilleur suivi social et de santé des élèves en cohérence avec les politiques de santé publique et de prévention mises en place au plan national. 

 

Pour contribuer à la lutte contre les violences et les stéréotypes de genre et, plus largement, permettre à chacun de se forger une attitude responsable, l'École doit promouvoir dès l'école primaire l'éducation à la sexualité, qui fait partie des programmes. Pour cela, un groupe de travail a été mis en place sur le sujet. Il fera des propositions pour améliorer cet enseignement indispensable.

 

La généralisation de l'éducation au développement durable est renforcée par l'inscription des thèmes et des enjeux du développement durable dans les programmes d'enseignement et dans l'offre de formation, la production de ressources pédagogiques et les projets d'écoles et d'établissements. Les politiques nationales issues de la Conférence environnementale sont prises en compte par l'éducation nationale, en particulier grâce à la multiplication des partenariats nationaux et régionaux. Les « démarches globales de développement durable des écoles et des établissements » feront l'objet d'une grande attention dans les académies, en raison de leur dimension territoriale.

 

Au-delà de ses bénéfices en matière de santé, le sport scolaire joue aussi un rôle fondamental dans l'accès des jeunes aux sports et, plus largement, à la vie associative et au développement du lien social, notamment dans les zones ou quartiers défavorisés. En favorisant le dépassement de soi, l'esprit d'équipe, la confiance en soi et la responsabilisation, en valorisant des valeurs de fraternité et de respect, le sport scolaire contribue à la cohésion des écoles et des établissements scolaires. Le sport scolaire est le trait d'union entre l'éducation physique et sportive et le sport fédéral. Il est la continuité de l'enseignement de l'EPS, il devra être encouragé.

 

III.5. Améliorer le dialogue entre l'École, ses partenaires et les familles

1) Renforcer les partenariats 

L'éducation revêt bien d'abord un caractère national, mais les collectivités territoriales, qui financent 25 % de sa dépense, jouent aussi un rôle déterminant dans le bon fonctionnement du système éducatif.

 

Le projet de loi d'orientation et de programmation prévoit que les contrats d'objectifs des établissements pourraient devenir tripartites, en associant la collectivité de rattachement si celle-ci le souhaite. Ainsi, chacun pourrait préciser ses engagements pour améliorer la réussite des élèves d'un établissement et l'action menée gagnerait en cohérence, au service d'une École plus performante dans ses missions et plus ouverte sur ses territoires.

 

Dans le même esprit, le dialogue de gestion et de performance avec chaque académie organisé tous les ans au niveau national permettra de mettre en perspective les premières mesures de refondation de l'École en tirant un bilan de la rentrée 2013.

 

Les contrats d'objectifs entre l'administration centrale et les académies seront signés et évalués périodiquement. Ils permettront de mieux apprécier, sur une période de quatre ans, les résultats des élèves et, plus largement, l'ancrage des mesures nouvelles dans les écoles et les établissements.

 

Outre les collectivités territoriales, de nombreuses associations contribuent à la mise en œuvre de la politique éducative grâce à leur expertise dans certains domaines pédagogiques et éducatifs. Le système éducatif doit pouvoir continuer à s'appuyer sur ces partenariats.

 

2) Mieux associer les parents à la réussite scolaire et éducative 

Renforcer le lien entre l'École et les familles et mieux prendre en compte notamment les situations de vulnérabilité et de grande pauvreté constituent des leviers efficaces pour lutter contre les inégalités et construire l'École de la réussite de tous les élèves, dans une perspective de coéducation.

 

Pour cela, des « espaces parents », lieux dédiés aux rencontres individuelles et collectives, seront progressivement mis à leur disposition dans les locaux scolaires, en lien avec les collectivités territoriales. Des actions de soutien à la parentalité seront conduites au sein des établissements ou à l'extérieur, avec le concours des membres des équipes éducatives, pour renforcer les partenariats avec les parents et leurs associations.

 

Conduites en partenariat avec l'Agence nationale de lutte contre l'illettrisme (ANLCI), les actions éducatives familiales (AEF) seront développées, en faveur des parents en situation d'illettrisme ou de grande fragilité linguistique. Lancé en janvier 2013, leur déploiement dans 50 départements devra permettre à ces adultes de se rapprocher de l'écrit, d'acquérir des compétences de base et de changer

leur regard sur l'École, tandis qu'il offrira dans le même temps à leurs enfants la possibilité de prendre confiance en eux et de se sentir soutenus et accompagnés dans leur travail scolaire. Plus largement, ce déploiement est en cohérence avec la « grande cause nationale 2013 » : en attribuant ce label à la lutte contre l'illettrisme, le Premier ministre marque la volonté du Gouvernement de faire en sorte que chacun puisse acquérir les compétences fondamentales nécessaires pour accéder au savoir, à la culture, à l'emploi, à la formation professionnelle et à l'épanouissement personnel, et pour participer pleinement à la vie démocratique.

 

Enfin, la lutte contre les inégalités et la construction d'une École ouverte à tous exige de réaffirmer certains principes. Ainsi, l'accès à la restauration scolaire, quand celle-ci existe, est un droit. Il ne peut être établi aucune discrimination selon les situations familiales, géographiques ou de revenus.

 

Plus largement, il s'agit d'accorder une attention particulière aux parents les plus éloignés de l'institution scolaire. La crise économique qui touche durement de nombreuses familles en situation de grande précarité doit conduire les équipes pédagogiques des écoles et des établissements à limiter la demande de fournitures individuelles au strict nécessaire.

 

3) Construire une École ouverte sur le monde

L'ouverture de l'École doit dépasser le seul cadre national pour se tourner vers l'échelon européen et international. L'École crée les conditions d'intégration des élèves, citoyens et futurs professionnels, dans le monde qui les entoure. En ce sens, chaque élève devrait pouvoir réaliser au cours de sa scolarité une mobilité dite « apprenante » dans le cadre d'un partenariat scolaire, d'un stage ou d'un séjour à l'étranger. La mobilité virtuelle sera favorisée, notamment dans le cadre de la généralisation de l'apprentissage d'une langue vivante dès le cours préparatoire. Toute action permettant de valoriser notre système éducatif ou de s'inspirer des pratiques innovantes des partenaires étrangers sera encouragée. Sur ces questions, les délégués académiques aux relations européennes, internationales et à la coopération (DAREIC) sont des interlocuteurs privilégiés.

 

III.6. Mettre l'innovation au service de la refondation

La refondation implique des évolutions profondes du système éducatif ; pour réussir, celles-ci doivent être accompagnées. L'innovation, démarche de conduite du changement et d'accompagnement des nouvelles organisations et des nouvelles pratiques, peut y contribuer. Il s'agit d'aider les acteurs de l'École, à tous les niveaux, dans leur développement professionnel, de mutualiser les expériences et de développer des ressources sur les grandes thématiques de la refondation.

 

Dans ce cadre, les conseillers académiques en recherche-développement, innovation et expérimentation (CARDIE), grâce à leur position transversale au sein de l'académie, assistent les recteurs pour le pilotage pédagogique renouvelé qu'appelle la refondation, notamment dans le premier degré. Ils sont des interlocuteurs privilégiés des équipes d'école et d'établissement.

 

Un Conseil national de l'innovation pour la réussite éducative est créé auprès du ministre de l'éducation nationale et de la ministre déléguée, chargée de la réussite éducative. Composé notamment de représentants des services académiques (recteurs, DASEN) et d'acteurs de terrain, il a pour mission d'impulser l'esprit d'innovation en matière de réussite scolaire et éducative et de proposer des orientations en ce sens, de faire recenser, évaluer et diffuser les pratiques innovantes de terrain les plus pertinentes. Il animera, avec la Direction générale de l'enseignement scolaire qui le pilote, le réseau des CARDIE. Il remettra aux ministres un rapport annuel sur ses travaux et propositions.

 

*****

La refondation de l'École repose sur une stratégie ambitieuse et dispose des moyens humains nécessaires à sa mise en œuvre. Cet effort global est un investissement pour l'avenir de notre pays. Pour produire tous ses effets, cette réforme appelle la mobilisation de tous, dans un esprit d'unité autour d'objectifs partagés, de confiance en la capacité de notre système éducatif à évoluer, et d'action au service de la jeunesse et de la Nation tout entière.

 

 

Le ministre de l'éducation nationale,
Vincent Peillon

La ministre déléguée auprès du ministre de l'éducation nationale,
chargée de la réussite éducative,
George Pau-Langevin



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6 décembre 2012 4 06 /12 /décembre /2012 00:01

Né le 15 décembre 1907, Oscar Niemeyer fut l'un des plus grands architectes du XXe siècle et l'initiateur de l'architecture moderne. Il a réalisé en 70 ans de carrière 600 bâtiments : siège de l'ONU à New York, ville de Brasilia, siège du PCF place du Colonel Fabien à Paris, le Volcan au Havre, la cathédrale de Brasilia, le Congrès National du Brésil, la Bourse du Travail à Bobigny, le siège de "L'Humanité" à Saint-Denis, le Musée d'art contemporain de Niteroi, l'auditorium de Sao Paulo, etc. Réfugié en France à l'époque de la dictature au Brésil, il parlait un très bon français. Communiste, il a eu des relations de proximité avec des dictateurs comme Fidel Castro et Hugo Chavez. Très amoindri ces dernières années, Oscar Niemeyer s'est éteint dix jours avant son 105e anniversaire. Il rejoint sa fille unique Anna Maria qui est morte le 6 juin 2012 à 82 ans mais lui avait laissé une grande descendance jusqu'à des arrière-arrière-petits-enfants.

SR


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2 août 2012 4 02 /08 /août /2012 07:01

Faut-il en finir avec les jeux olympiques ? Étrange interrogation qui se poserait peut-être par volonté de ne pas faire comme les autres ? Quelques petites réflexions sur le sujet…


yartiJO01Depuis le vendredi 27 juillet, et jusqu’au dimanche 12 août 2012, l’actualité quotidienne est tributaire d’un événement mondial prévu depuis 2005, à savoir les Jeux Olympiques de Londres.

Lorsque que j’étais en Troisième, en classe d’histoire, dans une interrogation écrite, mon professeur nous avait demandé ce que signifiait le sigle "JO". Je crois avoir été le seul à avoir écrit "journal officiel" et j’ai été le seul à avoir mis la bonne réponse car nous étions dans le programme en pleine instruction civique, nous étudions alors le fonctionnement des institutions (mais je n’avais rien appris de nouveau). Beaucoup de mes camarades avaient répondu "jeux olympiques" et cela avait amusé l’enseignant.

Mais ils n’avaient peut-être pas tort, car si l’on faisait aujourd’hui un sondage pour savoir ce que signifieraient ces deux lettres, nul doute que la très grande majorité des sondés répondraient la même chose.

J’avoue que je ne suis pas un grand sportif (c’est un euphémisme !), j’essaie juste péniblement, comme citadin sédentaire, à en pratiquer un peu, même si c’est encore trop peu, et surtout, j’avoue que je ne suis pas intéressé par l’actualité sportive (sauf si elle a des implications politiques).

Déjà parce que je considère qu’il y a bien plus important dans les informations à connaître ; je me souviens avoir dit à un collègue avec qui je déjeunais un lundi midi que je préférais bien plus m’inquiéter des résultats de la cantonale partielle qui venait de se dérouler la veille en Languedoc-Roussillon, où le candidat du Front national avait obtenu un score très élevé, à énumérer benoîtement les résultats des matchs de football du week-end.

Ensuite parce que j’ai du mal à concevoir l’esprit de compétition pour le sport. Je me dis que si le mental peut effectivement se travailler, le physique est souvent un don de la nature, et donc, très inégalement transmis à la naissance. Je ne conçois l’exploit sportif que par rapport à soi-même, être meilleur qu’avant, se surpasser, aller jusqu’à ses limites, mais pas vraiment par rapport aux autres.

Certes, j’admets l’esprit de compétition pour les études, pour les emplois, pour l’intellectuel, pour le commercial aussi : les concours des grandes écoles, les concours de recrutement, d’ailleurs, la moindre embauche est une compétition quand le marché de l’emploi est si tendu, les élections aussi sont des compétitions saines pour la respiration démocratiques, et cela ne me choque pas, alors que l’intelligence, finalement, tout comme le physique, il faut bien le reconnaître, est très inégalement répartie à la naissance. Tout comme la convivialité, la sympathie, l’honnêteté etc. Disons qu’il y a une part d’inné et une part d’acquis et que le mérite ne provient que de l’acquis, c’est cela qui devrait être récompensé.

Claude Debussy avait d’ailleurs la formule pour être impeccable : « Être supérieur aux autres n’a jamais représenté un grand effort si l’on n’y joint pas le beau désir d’être supérieur à soi-même. ». Belle formule !

Alors, oui, ma faible implication personnelle dans le sport, ma détestation des manifestions de masse, le côté aussi électron libre, oui, tout aurait pu me conduire à vouloir détester ces jeux olympiques, à vouloir cracher dessus, par dépit, peut-être par envie ? par ronchonnement, sans aucun doute.

Et pourtant, non ! Je trouve que c’est une très bonne manifestation de ce que l’âme humaine est capable de faire. Réunir deux cent quatre nations est une sorte de communion cosmopolite plutôt rassurante malgré les vicissitudes de la géopolitique (par exemple, on s’entretue encore en Syrie, vingt mille morts depuis un an). C’est aussi un exploit sur les capacités humaines à trouver ce qui nous unit et pas ce qui nous divise.

Certes, je ne suis pas naïf, j’imagine les enjeux financiers, parfois diplomatiques, de ces jeux, que les grandes valeurs affichées ne sont pas forcément celles pratiquées. Et puis, ces belles valeurs du sport, qui sont la loyauté, le goût de l’effort, l’acceptation des règles du jeu, le mérite, etc., sont des valeurs humanistes qui devraient se retrouver partout dans le monde, dans tous les métiers, dans toutes les activités, pas seulement dans le sport.

Ceux qui crachent sur ces jeux oublient à l’évidence ces plus de dix mille athlètes qui se sont entraînés depuis quatre ans, depuis dix ans parfois, avec une discipline draconienne, avec une endurance longue et pénible, avec un moral oscillant. Il faut respecter au moins ces personnes très méritantes, et refuser ces jeux, cela serait leur refuser un sens à leur entraînement, peut-être à leur vie, ce serait un peu comme interdire le passage du baccalauréat aux lycéens. Tout le monde a le droit de recueillir les fruits de son labour, y compris les sportifs de haut niveau.

Regarder les jeux à la télévision, je ne le fais pas, mais j’admets qu’il peut y avoir un certain plaisir à voir des nageuses nager, des gymnastes faire leurs mouvements, des équipe de volley sur sable (beach volley ?) jouer… en tout cas, pas moins grand qu’à voir des footballeurs courir sur le gazon après un ballon.

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Les JO, ce sont aussi un spectacle, ou plusieurs spectacles. La cérémonie d’ouverture, de fermeture. Oui, bien sûr, je suis tenté, comme d’autres, de dire panem et circenses (du pain et des jeux) pour faire oublier les soucis de la vie. Mais pourquoi serait-ce plus que pour les coupes de football, les tournois de tennis, ou le Tour de France ? Pourquoi cracher sur des milliers de gens qui se sont donné du mal à faire un spectacle dont je ne suis pas capable de juger la valeur esthétique ? Faudrait-il aussi vilipender les concerts de musique classique de la Salle Pleyel ou du Châtelet ? tous les ballets et les opéras, toutes les pièces de théâtre ? Et puisqu’on y est, faudrait-il vouer aux gémonies le cinéma ? et toutes sortes de divertissements, et commençons par la littérature, et aussi, la peinture ? Après tout, le Louvre est tellement inutile aux personnes qui meurent de faim… Faudrait-il cracher sur les près de neuf millions de téléspectateurs français qui ont regardé la cérémonie d’ouverture sur TF1 ? Après tout, neuf millions de personnes, peu de candidats ou de partis politiques peuvent se vanter d’avoir autant d’électeurs…

Et dans ce spectacle, c’est aussi la confirmation que Élisabeth II est une reine adorable, capable d’autodérision par sa participation à un court-métrage avec James Bond (cela ne m’empêcherait cependant pas d’être républicain au Royaume-Uni).

Le coût de ces jeux serait de onze milliards d’euros. Ce n’est même pas le double de la loi de finances rectificative que le gouvernement Ayrault a fait définitivement adopter par le Parlement le 31 juillet 2012 (sept milliards deux cent millions). Après tout, ce montant peut être comparé à certains films, comme "Avatar", un budget de quatre cent millions de dollars et près de trois milliards de dollars de recettes (le dernier Batman, c’est un budget d’un quart de milliard de dollars, c’est, là aussi, énorme, juste pour un film !). Il y a les dépenses, mais l'économie londonienne en profite bien aussi, il suffit de chercher un hôtel en août pour s'en convaincre.

On pourrait aussi évoquer la Grèce qui s’était beaucoup s’endetter pour les JO d’Athènes en 2004 et on pourrait bien sûr estimer que les JO n’ont pas aidé le pays à sortir de la corruption et de la faillite, au contraire...

Et puisque je parle de la Grèce, faudrait-il que les athlètes grecs renoncent à jouer parce que leur pays est ultra-endetté ? Faudrait-il que les Grecs n’aient plus le droit de s’entraîner, de faire du sport, et même, de rire, de vivre ? Qu’en diraient les habitants des (nombreux) pays pauvres ? Faudrait-ils qu’ils gardent une tête d’enterrement jusqu’à une improbable prospérité qu’ils ne connaîtraient de toute façon pas car ils auraient déjà disparu de cette planète ? La gravité des situations interdirait-elle la futilité de la vie ? Faudrait-il ainsi culpabiliser à tout bout de respiration ?

Enfin, dernière réflexion que j’ai lue ici ou là, les jeux olympiques seraient une manifestation des puissances occidentales, ou des puissances de l’argent, ou encore du monde capitaliste. Cette idée, issue d’un cheminement idéologique arc-bouté sur un dogme dépassé de deux siècles, est complètement erronée puisque justement, les jeux olympiques réunissent l’ensemble des nations du monde (sauf le Vatican).

Et si l’on en juge par le nombre de médailles d’or (prenons un critère comme un autre), c’est la Chine qui en a obtenu le plus grand nombre la dernière fois, en été 2008 (certes à Pékin), mais elle était déjà deuxième en été 2004 (à Athènes), avec respectivement 51 et 32 médailles d’or. La Russie a été également bien classée (troisième à Pékin et à Athènes), respectivement avec 23 et 27 médailles d’or. À Athènes, Cuba a même eu 9 médailles d’or (classé onzième) et le Brésil 5. Le trio de deux derniers jeux, c’était donc Chine/États-Unis/Russie. Entre 1936 et 2004, le premier pays a toujours la Russie ou les États-Unis. L’argument du caractère capitaliste de l’événement ne tient vraiment pas longtemps la route.

Il y a donc un certain snobisme à vouloir contester les JO par le simple fait que c’est un événement médiatique qui occupe un long temps d’antenne. Si vous êtes agacés par tant de brouhaha (je peux vous comprendre), alors, faites comme moi, ne tombez pas dans le piège, éteignez votre téléviseur et profitez de l’été. D’autres sont passionnés, et c’est aussi leur droit.

Bref, vous l’avez compris, je n’aime pas vraiment le sport mais vivent les JO !
Et que les meilleurs gagnent !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (2 août 2012)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La Grèce.
Le Royaume-Uni.

yartiJO05
 


http://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/les-jo-2012-de-londres-et-le-beau-120733



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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 18:32

(dépêche)




Tuerie de Toulouse : tragédie nationale, réflexion nationale
LE MONDE | 20.03.2012 à 16h37 • Mis à jour le 20.03.2012 à 16h38

Une "tragédie nationale". Le président de la République a eu les mots justes pour qualifier la tuerie survenue, lundi 19 mars, dans une école juive de Toulouse. Trois enfants et un enseignant, rabbin, exécutés de sang-froid, par un homme seul, jusque dans l'entrée de l'établissement. Avec la même arme qui, déjà, à Montauban le 11 mars et à Toulouse le 15 mars, avait servi à tuer, méthodiquement, trois militaires français.

Une tragédie nationale dont l'onde de choc a pétrifié, dans l'instant, une ville, une région, le pays tout entier. Avant de répercuter son écho dans le monde, de Jérusalem à Washington. Une tragédie nationale qui plonge chacun dans l'effroi et la consternation, dans l'incompréhension devant l'absurde, dans la révolte contre l'injustifiable.

Les candidats à l'élection présidentielle ont eu la réaction qui s'imposait. Ils ont suspendu leur campagne, leurs polémiques, leurs empoignades, leurs petites phrases, annulé leurs émissions, reporté leurs réunions publiques, participé, à Toulouse, à Paris ou ailleurs, à des moments de recueillement. L'heure est, évidemment, à la douleur partagée, oecuménique autant que républicaine. Le temps du deuil. Celui des quatre tués de Toulouse comme celui des trois militaires, à qui les honneurs seront rendus, mercredi, en présence du chef de l'Etat.

Tant il est évident que l'unité nationale est la seule réponse possible face à un drame de cette nature. Un drame d'autant plus symbolique qu'il atteint trois composantes de l'identité républicaine : l'école, son creuset, l'armée, qui le fut longtemps, et la protection due à tout citoyen, sans distinction d'origine ou de religion.

Chacun l'a compris, pesant ses mots pour échapper à tout soupçon de vouloir récupérer la compassion à son avantage. Ou à afficher trop ostensiblement sa solidarité avec la communauté juive, odieusement frappée, une nouvelle fois. Saluons cette dignité. Souhaitons qu'elle ne s'efface pas trop vite.

Mais ce temps de silence, comme la minute du même nom qui a été observée, mardi, dans toutes les écoles du pays, ne peut être que le prélude à une "réflexion nationale". La formule est de François Bayrou, à Grenoble, où il a maintenu le meeting prévu lundi soir. Cela a pu choquer. A tort.

Car le candidat centriste a posé, gravement, des questions fortes. Quels que soient les motivations du meurtrier de Toulouse, les ressorts de sa folie barbare, "ce type de folie s'enracine dans l'état d'une société", d'une société française, en l'occurrence, où "le degré de violence et de stigmatisation est en train de grandir", a déclaré M. Bayrou. Et d'ajouter : "Les hommes publics ont le devoir de veiller à ce que les tensions, les passions, les haines ne soient pas à chaque instant entretenues. Le fait de montrer du doigt les uns et les autres, c'est faire flamber les passions, et on le fait parce que dans ce feu-là il y a des voix à prendre."

La charge est violente. Elle vise une responsabilité collective.

Tant il est clair que le rejet de l'Autre - plus encore : la haine de l'Autre - est un poison mortel pour la République.

"Le Monde" daté du 21 mars 2012






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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 18:29

(video)

Discours de François Bayrou à Grenoble le 19 mars 2012 devant deux mille participants (sur la tuerie de Toulouse).

 

 

 





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20 mars 2012 2 20 /03 /mars /2012 18:25

(verbatim)


Discours de François Bayrou à Grenoble le 19 mars 2012

François Bayrou a tenu lundi soir une réunion publique à Grenoble, devant près de 2.000 personnes. Son discours fut marqué par le drame terrible survenu à Toulouse.


Bonsoir à tous. Merci de votre accueil, merci d'être là.

Je veux vous dire en quelques mots pourquoi nous avons décidé de maintenir cette rencontre qui naturellement aura un sens très différent de celui qu'elle aurait eu si cela avait été un moment électoral ordinaire.

Lorsque j'ai, ce matin, atterri rentrant des Antilles et que j'ai appris le drame qui est présent dans tous nos esprits, je me suis dit que, bien sûr, nous allions changer le programme de la journée, mais que nous maintiendrions ce rendez-vous, nous allions changer le programme de la journée parce que, lorsque le pays, la nation, sont profondément atteints comme ils l'ont été après cette horreur, et qu'il était donc nécessaire que je me rende auprès des familles de la communauté atteinte si profondément blessée, si profondément meurtrie, à jamais.

Mais il me semblait qu'il était nécessaire aussi que nous nous retrouvions cependant ce soir. Bien sûr par égard pour vous, mais parce que lorsque des questions aussi profondes se posent à un pays, à une nation, il est nécessaire que l'on en parle entre concitoyens, nécessaire que l'on mette devant nos yeux ce qui est le plus grave, le plus lourd dans notre histoire, dans l'histoire que nous écrivons ensemble.

Et bien entendu, cet acte horrible qui vient après d'autres actes horribles suscite en nous nombre de questions, nombre d'interrogations, et ce sont ces interrogations que je voudrais avec vous poser et auxquelles je voudrais que nous réfléchissions ensemble.

Ceci n'est donc pas un meeting, ce n'est donc pas une réunion électorale, c'est pour moi une très importante réunion de réflexion nationale. Nous sommes une partie de la nation et la nation a devant elle des problèmes qui sont profonds et qui méritent que l'on s'y arrête.

C'est la première fois dans l'histoire de la France que, ainsi, est perpétrée une tuerie qui vise des enfants et des enfants très jeunes, 7 ans, 6 ans, 3 ans je crois, des enfants tués en raison de ce qu'ils sont, de ce que sont leurs familles, de ce qu'est leur origine, de ce qu'est la religion de leur famille.

Et naturellement dans l'histoire, tuer des enfants en raison de leur origine, de leur religion, cela évoque des choses extrêmement profondes et que nous ne pouvons pas effacer de notre histoire, parce que tuer des enfants parce qu'ils sont juifs, l'histoire de l'Europe a déjà connu cela à l'échelle industrielle.

Et là, c'est chez nous, c'est sur notre sol. Et naturellement, en tout cas je l'espère de tout mon cœur, c'est le résultat d'une folie furieuse comme il en existe, comme il s'en rencontre partout assez souvent dans les pays. Mais ce que je crois profondément, c'est que ce type de folie s'enracine dans l'état d'une société et ce qui me frappe depuis longtemps, c'est que dans la société française ce type d'atteintes, d'attentats, d'actes se multiplient.

Les responsables de la communauté juive, mais les responsables de la communauté musulmane pourraient dire la même chose, les responsables de la communauté juive à Toulouse nous l'ont dit toute la journée : des injures, des menaces, des cocktails molotov et des écoles obligées de vivre derrière des portails blindés. Ce matin ils ne l'étaient pas assez, derrière des grilles, avec la peur au ventre, le sentiment d'être constamment sous pression. Et d'autres peuvent dire la même chose.

Il y a un degré de violence, de stigmatisation dans la société française qui est en train de grandir, et c'est purement et simplement inacceptable.

Ceci n'est pas sans rapport avec la responsabilité publique. Responsables publics, les hommes politiques ont aussi le devoir de veiller à l'évolution de la société dont ils ont la charge. Ils ont le devoir, les hommes publics, de veiller à ce que les tensions, les passions, les haines ne soient pas à chaque instant entretenues, à chaque instant encouragées et ne flambent pas.

Le fait de montrer du doigt les uns ou les autres en raison de leur présence dans le pays, de leur origine, de leur situation sociale, c'est d'une certaine manière faire flamber ce genre de passion, ce genre de sentiment. Et nous avons le devoir, je dis nous, spécifiquement nous dans cette salle, parce que nous avons depuis longtemps identifié ce genre de risque, parce que nous avons depuis longtemps dit : attention, ce n'est pas un bon service à rendre à la société française que de passer son temps à opposer même artificiellement, même électoralement, les gens les uns aux autres.

Notre responsabilité à nous, citoyens, engagés, hommes publics, c'est au contraire, au lieu d'attiser les passions de faire baisser les passions, au lieu de nourrir les affrontements de cultiver la compréhension réciproque. Et c'est très important dans les temps de crise que nous vivons parce que les temps de crise rendent les hommes plus fragiles et les sociétés plus encore.

Si l'on veut réfléchir depuis quelques décennies à ce que l'on a vécu, aux changements, aux pertes de repères, aux pertes de boussole, au fait que les cadres de la société qui étaient relativement stables et relativement fixes sont devenus très instables et très perturbés, alors on voit que l'on a un devoir d'égard, un devoir d'attention à l'égard de la société. Et avoir ce devoir d'attention, faire attention à ce que la société entend quand on parle, à ce que la société interprète quand on s'exprime, c'est aussi se prémunir contre les dérives des plus fragiles, parfois des plus fous de ses membres parce qu'il y a naturellement des gens qui sont constamment sur le point de dépasser les frontières, d'aller plus loin, d'entrer dans la folie ou d'entrer dans le drame.

Et je m'inquiète depuis longtemps, et vous le savez, de ce climat qui est en train de naître et de grandir en France. Tout à l'heure, en larmes, le président de la communauté juive à Toulouse ne disait pas autre chose. Il disait : "Est-ce que vous vous rendez compte ?" On lance des sujets dans le débat, on prononce des mots et ces mots-là, après, ils roulent comme une avalanche et quelquefois ils tombent sur des fous.

Alors nous ne savons rien, nous n'avons pas de détails précis sur la personnalité de celui qui a perpétré ce terrible massacre. Nous n'en savons rien, mais nous sentons bien que cela n'est pas sans lien avec une certaine évolution de la France et que nous devons faire d'autant plus attention.

Ce n'est pas d'aujourd'hui que la communauté juive dit « attention ». Ce n'est pas d'aujourd'hui que dans la communauté musulmane il y a des gens qui disent « attention ». Ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on a l'impression que des Français ne supportent plus d'autres Français. Des concitoyens dans la même rue, dans le même immeuble sont poussés à se stigmatiser, à se montrer du doigt, quelquefois à se détester.

Et cette évolution-là, c'est une évolution qui menace notre peuple, qui menace notre pays, qui menace la France au moment précisément où elle aurait le plus besoin de s'éloigner de ces risques.

J'ai été très frappé au cours de la journée parce que tout d'un coup on s'aperçoit qu'au fond, dans des moments aussi graves, il n'est qu'une réponse possible, qu'une réponse imaginable et cette réponse, c'est l'unité nationale, une part de compréhension réciproque et tout d'un coup le fait que l'on dise : oui, nous appartenons au même pays, au même peuple comme on appartient à la même famille.

Les enfants qui ont été tués ce matin à 7 h 56, bien sûr ce sont des enfants, des petites-filles juives et leur papa, mais ce sont nos enfants. Ce ne sont pas les enfants d'une communauté particulière, ce sont nos enfants, ce sont des enfants de France, sur le sol de France.

Ce n'est pas une partie de la nation qui est atteinte, c'est toute la nation qui est atteinte. C'est une famille un pays, et on le sent mieux aujourd'hui qu'à n'importe quel moment. Et donc, quand dans une famille il se passe des choses graves, il n'y a qu'une réponse, c'est que la famille se soude. Il n'y a qu'une réponse, c'est que l'on se serre les coudes et que l'on s'entraide les uns les autres.

Et voilà pourquoi, dans les moments graves on sent si bien ce que, nous, nous portons devant les Français depuis des années et des années et qui est plus d'actualité que cela ne l'a jamais été. Pour sortir le pays de la difficulté où il se trouve qui n'est pas seulement une difficulté économique, qui est une difficulté économique bien sûr, et sociale bien sûr, mais qui est plus que cela et tout le monde le sent bien, qui est une difficulté de société, une difficulté de sens que l'on donne à la vie, une difficulté d'engagement : comment se sortir de la crise et quel est le projet de société vers lequel nous allons ?

Et tout le monde sent bien maintenant, dans les moments graves que nous vivons qu'au fond, pour s'en sortir, il va falloir que l'on accepte d'être ensemble au lieu d'être perpétuellement les uns contre les autres. Et ceci n'est pas un message électoral, c'est un message national.

Jamais, à aucun moment de notre histoire, jamais lorsqu'il s'est passé des choses graves, on a pu s'en sortir sans faire appel à cette unité-là, et l'unité cela veut dire aussi que l'on écarte les tentations de toute nature qui visent à faire flamber les passions et les détestations.

Et notre rôle principalement, notre engagement dans la campagne électorale, le mien, c'est précisément que les Français aient un autre choix que l'affrontement perpétuel. Si vous regardez la manière dont les débats politiques s'organisent, alors vous verrez que je suis le seul dans cette campagne à dire : nous ne devons pas accepter d'être là principalement un camp contre l'autre et, à l'intérieur de chaque camp, les plus durs qui poussent à aller encore plus loin dans l'affrontement.

Dans les deux camps, puisqu'on voudrait résumer la vie politique française à deux camps, et comme vous le voyez dans les sujets les plus graves, les questions de camp deviennent secondaires. Il n'y a pas de camp devant le drame que nous vivons aujourd'hui, il n'y a pas de camp devant les inquiétudes d'un pays qui voit des dérives se produire, et monter des violences, et monter des intolérances, et montrer du doigt un certain nombre des siens et, d'une certaine manière, en faire des cibles de sorte que les esprits les plus faibles, les plus fous, font des fixations.

C'est en cela que je dis que cette violence folle s'enracine dans un état de la société qui mérite qu'on le corrige.

Eh bien, notre devoir à nous, mon engagement à moi dans cette campagne électorale, c'est de dire qu'il y a une autre approche des choses et que cette approche, c'est celle qui refuse précisément de faire de l'affrontement et de la division des Français l'alfa et l'oméga de la politique à suivre.

Nous, nous sommes là pour dire à notre pays que tous les défis qui sont devant lui, et certains sont très lourds et très graves, tous ces défis-là, nous allons devoir les relever ensemble parce que, lorsqu'il s'agit de parler aux enfants ou aux jeunes, de parler de leur avenir, évidemment, cela ne peut pas se faire uniquement dans ces déchirures et dans ces divisions. C'est vrai pour la crise économique. Qui pense que l'on va pouvoir, avec des débats absolument secondaires, purement politiciens, relever les défis qui sont devant nous, faire que notre pays passe de sans espoir pour les jeunes à un nouvel espoir pour les jeunes, de chômage explosif à chômage qui recule, d'appauvrissement continu à de nouveau retrouver un peu d'aisance et de facilité en particulier pour les familles ? Qui pense que l'on va pouvoir le faire sans réunir les forces du pays ?

Tous les pays qui nous entourent et qui ont, hélas, rencontré les mêmes difficultés que celles qui nous menacent à moyen ou court terme, tous ces pays ont été obligés de laisser derrière eux les divisions d'autrefois.

Je porte une grande attention à ce qui se passe en Italie. Ce n'est pas du tout le même schéma, il y a des différences, mais, lorsque l'Italie s'est retrouvée au bord du précipice, les grandes formations politiques italiennes ont été obligées d'accepter l'idée qu'ils allaient mettre en place une équipe qu'ils soutiendraient tous, une équipe d'intérêt général, pas d'intérêt partisan, d'intérêt général ! Ils l'ont fait et ce que Mario Monti fait en Italie, courageusement, difficilement, mais avec le soutien des Italiens, ce n'est pas autre chose qu'une politique d'unité nationale pour relever les yeux ouverts les défis qui se proposent à ce peuple, à ce grand peuple voisin. Et en Grèce, dans la pire des situations économiques et politiques, ils ont été obligés de laisser derrière eux les divisions qu'ils avaient pourtant envie de maintenir et qu'ils ont abandonnées simplement pour relever, provisoirement peut-être, les défis qui sont devant eux.

Je voulais vous dire cela parce que nous avons une grande responsabilité. Il ne s'agit pas, lorsque des événements graves se présentent dans un pays, de mettre entre parenthèses la réflexion du pays. Au contraire, c'est précisément le moment où il faut que les citoyens réfléchissent tous ensemble à ce qu'ils vont faire de leur avenir. C'est précisément devant les événements les plus graves que nous avons à trouver les réponses les plus justes. Ce n'est pas une parenthèse que nous sommes en train de vivre, c'est une question pour la France et chacun d'entre vous va nourrir cette réflexion avec les siens, avec ses proches, avec sa famille et je ne doute pas qu'il aura beaucoup d'idées à apporter ou à ajouter.

Moi, je voulais vous rencontrer pour que l'on mette cela à notre esprit, pour que l'on pose ces questions entre nous et aussi devant les Français.

Il y a, depuis trop longtemps, un climat qui se dégrade en France et la vie politique n'est pas étrangère à ce climat. Ce ne sont pas des liens de cause à effet, bien entendu, mais il faut faire très attention. Quand, dans l'histoire, on a besoin de voir un grand peuple se réunir pour essayer de sortir des difficultés dans lesquelles des erreurs accumulées l’ont placé, ce grand peuple a besoin d'avoir des dirigeants et des responsables et des cadres politiques qui se proposent de le réunir au lieu de le fracturer.

Je vous assure que, cet après-midi, dans une telle émotion et devant un tel drame à Toulouse, on avait envie d'unité nationale. On avait envie de responsables qui, tout d'un coup, se rendent compte à quel point l'essentiel, nous l'avons en commun, l'essentiel ne nous divise pas, l'essentiel nous rassemble et ceci n'est pas autre chose que le message que nous avons à porter dans cette élection présidentielle.

C'est vrai pour la crise économique, c'est vrai pour la crise sociale, c'est vrai pour la crise éducative, c'est vrai pour la crise démocratique, c'est vrai pour la crise morale et pour la crise nationale que nous rencontrons.

Nous sommes dans cette élection, je voulais le dire devant vous, un ferment d'unité pour la nation au lieu d'un ferment de division. Et qui relit l'histoire verra que les hommes qui ont marqué leur temps ont constamment choisi, devant les difficultés les plus graves, d'être des hommes d'unité et de repousser la tentation de la division, des fractures, des affrontements et des haines. C'est le moment de s'en rendre compte quand les choses sont si graves, et de ne pas l'oublier lorsque reprendront les joutes électorales parce que c'est devant ces événements que nous sentons le mieux l'urgence du pays.

L'urgence du pays est à l'unité, elle est au rassemblement, elle est à la prise de conscience de ce dont nous avons besoin pour nous réunir, pour faire monter le débat civique.

J'étais à Toulouse il y a une semaine à peine dans un meeting très chaleureux et très coloré. À la tribune, je citais Jaurès, l'homme qui a marqué Toulouse de son empreinte. Jaurès disait une chose formidable et que je partage lettre à lettre. Il disait : "La République prend son vrai sens lorsqu'elle élève les citoyens au lieu de les abaisser".

J'ai vu, nous avons vécu des mois et des mois pendant lesquels on avait l'impression que le débat politique ne cessait constamment et jour après jour d'être abaissé. Nous avons comme rôle, autant que nous le pourrons, avec les autres s'ils le veulent, de l'élever parce que la fonction de citoyen, le rôle de citoyen, le peuple au nom duquel on gouverne et par lequel on gouverne et pour lequel on gouverne, le peuple de citoyens, c'est un peuple qui demande ou qui exige d'être élevé vers les véritables problèmes, la véritable compréhension, la véritable vision de l'avenir et non pas d'être abaissé dans des sujets secondaires et des sujets qui, au fond, ne cherchent qu'une seule chose, c'est à verser de l'essence sur le feu pour que le feu flambe parce qu'on croit que, dans ce feu-là, il y a beaucoup de voix à prendre.

Je suis très heureux que nous soyons devant les Français dans un moment aussi grave et aussi lourd et aussi terrible. Je suis très heureux que nous soyons devant les Français avec le projet, au contraire, de les réunir, de parler de ce qui les rassemble, pas de ce qui les divise, de leur dire la vérité des choses comme elles sont, la vérité sur l'endettement du pays qui nous rend dépendant, qui nous enlève notre indépendance comme l'endettement d'une famille lui enlève son indépendance et sa sécurité et sa possibilité de regarder l'avenir et son optimisme. La vérité sur la dégradation de l'économie du pays qui ne produit plus, la vérité sur notre appareil éducatif que l'on cible perpétuellement, alors qu’il a besoin, au contraire, qu'on le soutienne pour que ses résultats s'améliorent, qu'on le protège et qu'on l'aide, la vérité sur une démocratie qui n'a plus réellement les qualités qu'on s'est plu à lui prêter dans le pays qui l'a inventée ou en grande partie inventée.

Donc tous ces impératifs que nous avons devant nous, ce sont des impératifs qui exigent une démarche nouvelle d'unité nationale. Et je suis heureux que nous ayons pu ce soir pendant quelques minutes à Grenoble, tous ensemble, d'où que nous venions, tous frappés par l'horreur des événements, que nous soyons venus nous rappeler l'essentiel, que nous sommes citoyens du même peuple, membres du même pays et que nous ne nous en tirerons qu'ensemble et que nous sommes donc décidés, déterminés, avec la volonté inflexible de repousser ceux qui voudraient que ce peuple-là soit perpétuellement en guerre contre lui-même.

Notre choix, c'est l'unité du pays et nous l'avons écrit dans notre slogan.

Nous avons besoin d'une France solidaire, c'est le seul moyen de sortir de la crise, c'est le seul moyen d'avoir un projet pour après la crise, une France dans laquelle on se serre les coudes, où les entreprises travaillent ensemble au lieu de considérer que le chacun pour soi doit l'emporter, dans laquelle le maître mot doit être solidarité, par exemple pour faire reculer la solitude, par exemple pour que le stress au travail ne soit pas aussi troublant, inquiétant, déstabilisant pour un grand nombre de Français qu'il ne l'est, une France solidaire dans une Europe solidaire et même en regardant du côté des pays en voie de développement en nous disant que nous avons une responsabilité, que ces pays-là, on ne peut pas les abandonner à leur sort et que donc les pays riches de la planète devraient considérer que leur intérêt est de les aider.

Je suis toujours stupéfait quand on parle d'immigration, sans comprendre que l'immigration vient d'abord de la misère. Naturellement que l'on ne peut pas accepter que des déséquilibres de populations se produisent et se mettent en place. Je rentre de Guyane, je puis vous assurer que, en Guyane, ce type d'inquiétude est présent et c'est présent aussi dans d'autres départements et territoires d'outre-mer. J'irai très bientôt à la Réunion et à Mayotte. Tout le monde sait que, bien sûr, Michel Rocard l'a dit une fois pour toute, très bien, dans une phrase dont en général on ne cite que la moitié. Il a dit : "Nous ne pouvons pas accueillir toute la misère du monde, mais nous devons en prendre notre juste part !". Je trouve que c'est juste comme affirmation, mais il n'y a de réponse à cette question que par le développement des pays qui, de l'autre côté de la Méditerranée ou en Afrique, sont dans un tel désarroi et une telle misère que leurs enfants en partiraient à la nage, s'il le fallait. Et puis peut-être aussi en s'interrogeant sur les raisons qui font que, chez nous, il y a tant d'employeurs qui appellent une main d'œuvre immigrée parce qu'ils n'arrivent pas à trouver, ici, des gens qui répondent aux offres d'emploi qu'ils proposent, mais ce n'est pas une mince question non plus.

Donc on a besoin d'une France solidaire en son sein, solidaire en Europe et solidaire, l'Europe, avec les pays qui sont à sa porte dans un tel degré d'abandon. On a besoin de cela et cette unité-là se bâtit, elle se construit dans les moments graves de notre histoire.

On a eu beaucoup d'émotion cet après-midi parce que ce que l'on a vu est naturellement extrêmement lourd, l'émotion des parents, l'émotion de la communauté qui est tout entière frappée. Je trouve que cette émotion est un rappel de notre responsabilité, de notre responsabilité collective comme citoyens et comme hommes publics pour ceux qui le sont, et de notre responsabilité particulière comme ceux qui ont constamment défendu dans la vie publique française la certitude qu'un pays uni, rien ne lui résiste.

Merci beaucoup.

François Bayrou, Grenoble le 19 mars 2012.


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