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28 juin 2022 2 28 /06 /juin /2022 04:47

« J’ai une pensée pour Aimé Césaire alors que nous venons de célébrer l’anniversaire de sa naissance et dont les propos résonnent encore aujourd’hui : "les hommes de bonne volonté feront au monde une nouvelle lumière". » (Pap Ndiaye, le 27 juin 2022 sur Twitter).



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Le nouveau gouvernement est en cours de constitution et cela risque de prendre encore un certain temps. Déjà sans problème de majorité, cela prenait beaucoup de temps, alors, avec la tentative de rassembler une majorité parlementaire hétéroclite, cela risque de prendre encore plus de temps. Lors dans la nomination du (premier) gouvernement de la Première Ministre Élisabeth Borne le 20 mai 2022, la seule réelle surprise fut la nomination de l’universitaire Pap Ndiaye au Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, succédant à Jean-Michel Blanquer. Une succession lourde.

Battu dès le premier tour aux élections législatives de 2022, Jean-Michel Blanquer, qui connaissait parfaitement cette grande maison de l’Éducation nationale, est regretté par des personnalités comme son lointain prédécesseur Jean-Pierre Chevènement. Pap Ndiaye sera-t-il dans le prochain gouvernement ? Mystère. Revenons à lui et sa nomination.

Il faut reconnaître qu’en un mois, le nouveau ministre n’a pas beaucoup brillé par une surexposition médiatique. Au contraire, ses intentions de ministre sont restées aussi obscures qu’à sa nomination durant ce premier mois. C’est seulement le 24 juin 2022 que Pap Ndiaye a accordé sa première interview au journal "Le Parisien" (publiée le 26 juin 2022) pour annoncer une partie de son projet pour l’éducation. En particulier, il a annoncé que les enseignants commenceraient leur carrière avec un salaire de débutant au-dessus de 2 000 euros net par mois à partir de 2023. Une seconde mesure d’augmentation du salaire des enseignants sera négociée avec les syndicats pour des prestations supplémentaires.

Mais l’annonce qui a fait le plus réagir les syndicats, c’est lorsqu’il veut faire remplacer les enseignants quand ils sont malades : « Il faut réfléchir à la meilleure manière de faire que les absences, qui sont légitimes, soient compensées. (…) Nous voulons faire en sorte qu’une absence du professeur d’histoire-géographie par exemple, soit compensée par, disons, son collègue de français. Mais attention, pas pour que le professeur de français fasse de l’histoire-géographie ! Il utilisera ces heures pour faire une double dose de français, et quand le collègue d’histoire-géo reviendra, il compensera en prenant sur les heures de français. ». L’idée reste très théorique et les syndicats estiment que ce n’est pas réalisables concrètement, ne serait-ce que parce que les emplois du temps n’ont aucune raison de correspondre. En tout cas, même si elle a reçu un accueil défavorable, l’idée est lancée. Il s’agit d’absence de moins de quinze jours, très difficile à compenser.

Les seules autres interventions publiques qui ont eu un peu l’écho fut sa visite le 23 mai 2022 (trois jours après sa nomination) du collège du Bois d’Aulne où a enseigné Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine, et à ce titre, que ce premier déplacement fût réservé à honorer la mémoire de Samuel Paty est un signe très rassurant pour promouvoir la laïcité et l’universalisme, des déclarations entre les deux tours des élections législatives pour insister sur la volonté de la majorité de ne donner aucun suffrage à des candidats d’extrême droite (volonté exprimée à nouveau à l’issue du second tour des élections législatives pour refuser tout accord de gouvernement avec le RN), et la visite du lycée des arts du bois à Moirans-en-Montagne, dans le Jura, ce lundi 27 juin 2022 matin. Peut-être s’est-il exprimé à d’autres occasions, mais ce fut de manière quasi-confidentielle (en fait, lorsqu’on regarde son fil Twitter, on s’aperçoit qu’il a visité beaucoup d’établissements scolaires, mais assez discrètement, comme à Sainte-Gauburge-Sainte-Colombe dans l’Orne le 20 juin 2022).

Lors du déplacement du Président de la République Emmanuel Macron le 2 juin 2022 à Marseille sur le thème de l’école, la présence à ses côtés de Pap Ndiaye était très peu visible. À l’évidence, Emmanuel Macron a voulu donner personnellement l’impulsion de la politique éducative, notamment en annonçant remettre les mathématiques dans le tronc commun au lycée (une erreur qui a donc été rapidement corrigée).

C’est clair qu’au bout d’un mois, Pap Ndiaye reste toujours inexistant politiquement et les difficultés de former une majorité parlementaire sont telles que son avenir ministériel est loin d’être assuré. Avantage de la discrétion, les critiques qui ont suivi sa nomination se sont essoufflées.

En effet, quand la liste des nouveaux ministres a été rendue publique le 20 mai 2022, Pap Ndiaye a sans doute été parmi les nouveaux ministres celui qui a reçu le plus de contestation sinon d’insultes. Pourtant, comment fustiger un nouveau ministre qui n’a encore rien dit ? Comment fustiger une politique d’éducation encore assez floue ?

Cette pluie d’insultes dans les réseaux sociaux a toujours la même provenance, l’extrême droite qui ne supporte pas qu’une personne française, née en France (ici à Antony), même si d’origine étrangère (ici sénégalaise, et encore, seulement à moitié, l’autre moitié est française), qui a été un brillant étudiant, normalien, agrégé d’histoire puis docteur en histoire, maître de conférences à l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) puis professeur des universités à l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris, résultat méritoire du creuset républicain, fût ainsi nommé à la tête d’un ministère clef pour la cohésion sociale. Il est au contraire un modèle d’intégration républicaine, et sa famille en général puisque son père fut une ingénieur diplômé des Pons et Chaussées et sa petite sœur Marie, une romancière à succès, Prix Femina en 2001 et Goncourt en 2009.





Nommé en mai 2021 directeur général du Musée de l’histoire de l’immigration (à la Porte-Dorée à Paris), Pap Ndiaye n’a jamais mis en doute le besoin de laïcité et la nécessité d’éviter tout communautarisme (il est universaliste). D’ailleurs, il fait partie du même gouvernement que Gérald Darmanin qui, lui-même, a demandé au préfet de l’Isère de requérir auprès du tribunal administratif de Grenoble pour suspendre la délibération du conseil municipal de Grenoble visant à autoriser le port du burkini (cette suspension a été confirmée par le Conseil d’État).

Bizarrement, dans cette agitation des réseaux sociaux, le nom de Pap Ndiaye a été mêlé à celui de Sibeth Ndiaye (au patronyme sans lien de parenté) ou encore de Christiane Taubira… et dont le seul point commun reste la couleur de la peau. Ceux qui considèrent que la couleur de la peau est une caractéristique suffisante pour savoir si ce ministre fera du bon travail ou pas sont assez fortiches et répondent à des préjugés forcément racistes et à des projections sociétales qui interprètent mal les propos ou écrits antérieurs du nouveau ministre. Ces attaques de l’extrême droite étaient finalement prévisibles. À leur nomination, les ministres citées ci-dessus ont subi ce même genre de "bienvenue".

Les perspectives d’action de Pap Ndiaye sont cruciales. Il aura à naviguer entre ces attaques qu’il ne pourra jamais éviter et des adversaires certainement plus sournois, comme la volonté de Jean-Luc Mélenchon d’abroger la loi Séparatisme du 24 août 2021, loi qui permet justement de lutter efficacement contre les dérives communautaristes de certains élus locaux.

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Pap Ndiaye succède à un ministre, Jean-Michel Blanquer qui est resté en fonction pendant toute la législature précédente. À ma connaissance, avec ces cinq années, il détient le record de longévité au Ministère de l’Éducation de toutes les Républiques en France, poste particulièrement exposé à la vindicte populaire (parce que l’Éducation, cela concerne des millions de parents d’élèves).

En attendant la confirmation (ou pas) du ce ministre au sein du gouvernement, je souhaiterais émettre à la réflexion du lecteur une réserve de principe, celle de nommer un intellectuel, car Pap Ndiaye, universitaire, historien, sociologue des minorités, est un intellectuel avant tout, et le nommer à à un emploi opérationnel et exécutif dans un monde politique où le simplisme verbal est de mise (pour ou contre) est toujours un défi.

Généralement, un intellectuel au pouvoir est souvent décevant dans l’action. Pourquoi ? Parce que soit, dans sa quête de perfection, il devient totalitaire, soit, par absence de compréhension du monde politique, il reste inactif et n’est qu’un prête-nom public. Il y a heureusement une très belle exception, en la personne du Ministre des Affaire culturelles de De Gaulle, à savoir André Malraux qui a su impulser une politique culturelle qui guide encore celle d’aujourd’hui.

De même, Julien Dray a pointé le 23 mai 2022 sur Europe 1 le fait qu’un intellectuel développe une pensée complexe qu’il exprime dans ses livres ou ses conférences, et c’est le cas de Pap Ndiaye dont les idées sont loin des caricatures que ses opposants spotanés veulent lui coller à la peau, comme introducteur du wokisme (selon l’expression de premier secrétaire du PS Olivier Faure), etc.

Alors, Pap Ndiaye fera-t-il du bon travail ? Ou sera-t-il rapidement balayé par cette nécessité de nommer surtout des politiques au gouvernement ? La réponse, dans quelques jours voire quelques semaines…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (27 juin 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Pap Ndiaye, un intellectuel dans la fosse politique.
Prime à l'assiduité : faut-il être choqué ?
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220627-pap-ndiaye.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/pap-ndiaye-un-intellectuel-dans-la-242452

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/26/39493441.html








 

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28 mai 2022 6 28 /05 /mai /2022 03:07

« La digitalisation des matériels, la démultiplication des sources pouvant donner l’heure, mobiles, ordinateurs, tablettes, participent inévitablement à cette érosion. » (Communiqué de Orange, le 3 mai 2022).



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La Persistance de la Mémoire, tel est le titre exact de ce beau tableau de Salvador Dali. Dans le flot de l’actualité, un communiqué étrange de la société Orange, anciennement France Télécom, publié le 3 mai 2022, a annoncé la mort programmée de l’horloge parlante. Elle s’éteindra définitivement le vendredi 1er juillet 2022 après quatre-vingt-neuf ans de bons et loyaux services. Elle est née le 14 février 1933 et s’appelait Odéon 84 00.

La première réflexion que je me suis faite était que je la croyais déjà morte et je ne savais pas que l’on pouvait encore l’appeler en 2022, au numéro 36 99, pour la somme de 1,50 euro par appel en plus du prix de l’appel. Et puis ce sentiment de culpabilité qui émerge, vous immerge l’esprit jusqu’au rouge de honte, comme une vieille grand-tante que l’on n’a plus visitée depuis des lustres et dont on aperçoit le faire-part de décès dans le journal par hasard. Oui, c’est vrai, je ne l’ai plus appelée depuis si longtemps. Je ne me suis pas préoccupée d’elle, comment elle allait.

Car la deuxième réflexion, évidemment, cette honte qui submerge, cette nostalgie prête à envahir tous les pores de la peau, c’est l’irrésistible question : quand, pour la dernière fois, ai-je appelé l’horloge parlante ? Dans mes souvenirs, je n’ai pas la date exacte, mais j’ai un lieu, et par conséquent, j’ai un ordre de grandeur de la date.

Jamais je n’ai eu pourtant besoin de l’horloge parlante mais cette deuxième réflexion m’entraîne déjà vers la troisième réflexion : c’est une honte de tuer l’horloge parlante, c’est un scandale, il faut créer un comité de défense de l’horloge parlante ! Un peu comme la Salle Pleyel pour les concerts des orchestres philharmoniques, une honte de quitter une telle salle !... mais je m’égare.

Non, je n’ai jamais eu besoin d’horloge parlante, montres, réveils, horloges, stations de radio, j’avais tout ce qu’il fallait, j’étais bien équipé pour savoir l’heure exacte. J’avais de très nombreuses sources d’heure, pour être sûr de l’heure, sans être pourtant capable d’être à l’heure, pour être au clair avec mes retards. Les carillons d’Europe 1 (comme une cloche) étaient très différents de la sonnerie plus synthétique (et rapide) de RTL, alors que France Inter, avec ses bips copiés de l’horloge parlante, semblait plus robotisée.

J’avais des montres pourries, à trois balles, toujours digitales, à quartz s’il vous plaît, j’étais moderne, car j’ai longtemps travaillé dans un environnement ultramagnétisé (disons que les champs magnétiques n’y étaient pas ordinaires), si bien qu’une montre classique, mécanique, qu’on remontait tous les soirs avant de s’endormir, n’avait aucune utilité pour moi, elle tombait en panne très rapidement.

J’écris au passé car une pile usée à ma montre, cette énergie épuisée, en plein lieu de vacances il y a six ans (je sortais de l’eau !), m’a provoqué comme une révélation : ne plus porter de montre malgré la poursuite de mon hypertension de l’heure. Ne plus avoir d’heure au poignet mais toujours continuer à avoir l’heure à chaque seconde partout, comme un jeu de relais, du tableau de bord de la voiture à l’écran d’ordinateur, de l’horloge communale aux cloches de l’église et même, oui, tous les mois, les fameuses sirènes, qui n’ont jamais bougé depuis le temps, sinon d’horaires (midi le premier mercredi du mois à l’origine, avancées d’un quart d’heure pour ne pas confondre avec les sirènes aux alentours, je peux en entendre trois quand les vents sont favorables).

J’ai eu ma première montre à 9 ans, comme mon frère. C’était un cap. J’étais très fier. Ce n’était pas rien. Nous sommes allés chez la bijoutière, en plein centre ville. Le choix était crucial. J’hésitais. Il fallait qu’elle me fût mienne, correspondît à ma sensibilité. À aiguilles à l’époque, je ne connaissais encore rien aux champs magnétiques. Quelques années plus tard, cette pauvre dame fut tuée gratuitement par un voleur, par manque de chance. Elle était cambriolée en pleine journée, le voleur est parti avec les bijoux. Dans la rue, il a vu s’avancer un policier, qui était là par hasard, il a cru qu’elle avait appelé la police, il est retourné dans la boutique et a tiré. La vie à un fil.

Choisir une montre était un acte grave, il n’y en avait pas dans les supermarchés. Il n’y avait pas encore de smartphone. J’ai longtemps cru, dans les années 1970, que la modernisation allait venir de la montre : des montres radios, des montres télévisions, des montres caméras, des montres téléphones, etc. Et finalement, non, elle est venue des téléphones, des vieux cadrans à la numérotation même pas numérique, puis aux (mauvais) sans-fil qui marchaient quand ça voulait, et puis le téléphone mobile avant d’arriver à y mettre tout, appareil photo, caméra, magnétophone, enregistreur, ordinateur, machine à café… bref, le smartphone… et voici que certains (comme Google) reviennent à la montre, mais je ne crois pas à son intérêt, à sa pérennité commerciale, sinon en gadget technologique : une montre ne remplacera jamais un écran de smartphone.

Quand j’étais enfant, j’ai dû souvent appeler l’horloge parlante. Je voulais savoir exactement quand était quelle heure. Non, surtout, c’était un moyen de téléphoner à quelqu’un, comme un grand. Et il me semble qu’à l’époque, c’était gratuit (car jamais je n’aurais voulu plomber les factures parentales ; je pense que le prix était le prix d’un appel local).

Aujourd’hui, le groupe Orange, qui provient à l’origine de la partie télécommunication de l’antique ministère des P & T (postes et télégraphes) devenu P.T.T. (postes, télégraphes et téléphones), puis postes et télécommunications (PTT), reçoit en recettes moins de 7% de son chiffre d’affaires pour ses activités de téléphonie. Dans les années 1970, ouvrir une ligne téléphonique était très long, un signe de grand luxe et de modernité, c’est tout juste s’il ne fallait pas être pistonné (je ne vais pas dire qu’il fallait coucher car cet humour, très en vogue à l’époque, ne l’est plus du tout dans la nôtre), il fallait attendre trois semaines, voire un mois, plusieurs mois…

L’horloge parlante était pourtant très en avance sur les mœurs car associer l’heure à au téléphone est sans doute ce qu’il y a de courant depuis une vingtaine d’années, puisque le smartphone sert maintenant de montre en général.

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L’horloge parlante n’a jamais arrêté de progresser depuis 1933. Chaque fois, elle a gagné en précision sur l’heure réelle. Depuis le 18 septembre 1991, cette heure est fournie en collaboration avec l’Observatoire de Paris avec une précision d’environ 10 millisecondes (10 millièmes de seconde), issue d’horloges atomiques pilotées par le service SYRTE (Système de référence Temps-Espace) du Laboratoire national de métrologie et d’essais (LNE-SYRTE), mais à condition de l’appeler sur le réseau de ligne fixe, car en mobile, la précision se perd beaucoup. Plus exactement, la précision à l’émission de l’information horaire est inférieure à 0,5 milliseconde, mais à la réception sur tout le territoire national, les mesures ont observé un retard maximal de 20 à 30 millisecondes sur les lignes analogiques fixes, beaucoup plus sur les lignes numériques ou cellulaires. Le temps légal est actuellement défini en France par le décret n°2017-292 du 6 mars 2017.

La fin de l’horloge parlante a été décidée en raison de la fin programmée de certains de ses composants que l’opérateur n’a pas souhaité remplacer en raison de la « baisse régulière et significative » du nombre d’appels au 36 99. Donc, pas d’acharnement thérapeutique pour cette belle voix de la France. Dommage. L’enterrement se fera dans l’intimité familiale. Ni fleurs ni couronnes.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (28 mai 2022)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
La mort de l’horloge parlante dans l’indifférence générale.
Heure d’hiver : le dernier changement ?
Changement d’heure : une consultation nationale réussie.
Le changement d’heure à l'heure européenne.
Directive européenne 2000/84/CE du 19 janvier 2001 concernant les dispositions relatives à l’heure d’été (à télécharger).
Rapport du 12 septembre 2018 sur la consultation europé

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20220503-horloge-parlante.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-mort-de-l-horloge-parlante-dans-241350

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2022/05/27/39494882.html




 

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28 octobre 2021 4 28 /10 /octobre /2021 03:32

« Et vous, heures propices, suspendez votre cours ! » (Lamartine, 1820).



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C’est dans la nuit du samedi 30 au dimanche 31 octobre 2021 qu’on passe à l’heure d’hiver. À 3 heures du matin (heure d’été), il sera 2 heures du matin (heure d’hiver). Si vous ne vous réveillez pas pour mettre précisément à l’heure vos horloges et montres, vous aurez gagné une heure de sommeil.

Ce changement d’heure a le don de plonger une proportion non négligeable de la population dans la perplexité récurrente, dans une réflexion mathématico-philosophique sans cesse renouvelé, deux fois par an. Du jour au lendemain, le matin sera plus lumineux à la même heure, et le soir moins lumineux.

Définir l’heure légale est un élément majeur de la vie quotidienne de chacun. Son changement régulier aussi. Il est régulièrement contesté et il fait souvent l’objet d’un "marronnier" dans la presse.

Ce changement d’heure a été initié le 28 mars 1976 par l’introduction de l’heure d’été, décidée par le gouvernement de Jacques Chirac, sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing (décret du 19 septembre 1975). Il s’agissait de réduire notre consommation d’électricité en jouant sur les décalages saisonniers. À l’origine, ce changement était provisoire, le temps de restabiliser le prix du baril de pétrole.

Plus un pays est situé vers un pôle, plus les différences des heures de lever et de coucher du soleil sont importantes entre l’été et l’hiver (à l’Équateur, en revanche, il n’y a en principe aucune différence). C’est pourquoi un Américain qui habite à New York, par exemple, sera étonné par la lumière du ciel d’été le soir à Paris, ou encore de la nuit tombée dès 16 heures voire 15 heures à Saint-Pétersbourg. En Martinique, en revanche, les saisons ont beaucoup moins d’impact sur les heures du coucher du soleil.

Selon l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) dans un rapport publié en 2010, ce changement d’heure a, en 2009, fait économiser 440 GWh en France, soit l’équivalent de la consommation annuelle en éclairage d’environ 800 000 ménages, ce qui a représenté 44 000 tonnes de CO2 en moins dans l’atmosphère. Ce n’est pas négligeable. Le rapport de l’ADEME de 2010 a aussi estimé les économies d’énergie en 2030 provenant du changement d’heure à 470 GWh, soit une très légère augmentation en vingt ans qui peut s’expliquer par le développement de nouvelles technologies qui réduisent par exemple la consommation d’énergie pour l’éclairage (par leds, etc.), parallèlement à la croissance des besoins et consommations d’énergie.

En fait, ce n’était pas le premier changement d’heure. Le député André Honorat a proposé à la France dès 1916 d’écourter la nuit et d’allonger le jour pour faire des économies d’énergie. Le 14 juin 1916, l’heure légale en France à 23 heures est passée à minuit. Et le 1er octobre, l’opération inverse était faite. Mais cette heure d’été a été abandonnée après la Libération en 1944.

Cependant, en 2018, le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker, voulant démontrer que l’Europe n’était pas seulement faite de réglementation mais aussi de déréglementation, a voulu abroger ce principe du changement d’heure. Il avait un bel argument, une consultation "citoyenne" européenne réalisée en été 2018 qui faisait état d’un large souhait (à 84%) de supprimer ce changement d’heure.

Mais cet argumentation paraissait biaisée : d’une part, seulement 4,6 millions de citoyens ont participé à cette consultation, ce qui, dans l’absolu, est énorme (des consultations de ce type ne reçoivent que 300 000 à 500 000 réponses), ce qui est très peu par rapport aux 450 millions d’habitants que compte l’Europe ; d’autre part, plus des deux tiers des participants étaient …des citoyens allemands, ce qui limitait la représentativité de cette consultation pourtant européenne. D’ailleurs, qui, des citoyens français, savaient qu’il y avait une consultation de cet ordre en été 2018 ? (Où étiez-vous en vacances en 2018 ?). En tout cas, moins de 400 000 citoyens français ont participé à la consultation. Sur les 67 millions de Français.

Certes, le changement d’heure a toujours eu de nombreux détracteurs. Un rapport du Sénat (français) de 1996 expliquait : « Les controverses autour de l’heure d’été sont nombreuses et de différents groupes de pression se manifestent chaque année afin que la mesure soit abrogée. Hormis le doute porté sur les économies d‘énergie que l’heure d’été engendrerait, les associations contre l’heure d’été (…) affirment également qu’elle aurait des effets néfastes sur la santé, l’environnement… ».

En particulier, des agriculteurs français ont évoqué le rythme animal modifié, l’humidité des sols le matin qui retarde le début des travaux agricoles. Des chercheurs suédois ont constaté une hausse de 5% du nombre d’infarctus la semaine suivant le changement d’heure. En France, certains ont parlé d’une hausse de 37% depuis 1976, aussi de trouble du sommeil, de fatigue, d’une augmentation du nombre d’accidents de la route, etc. Mais la plupart des arguments avancés sont rarement prouvés ou sont même complètement faux. Ainsi, pour les accidents de la route, au contraire, le changement d’heure aurait plutôt réduit le nombre d’accidents de la route (avec une heure de jour de plus le soir en été). De même, évoquer la hausse des suicides sur le seul critère du changement d’heure est une aberration puisque le suicide, plus que tout autre événement, est toujours la conséquence de plusieurs facteurs (ce biais est classique et est utilisé souvent avec bonne foi par des non-scientifiques qui confondent causalité et corrélation).

Fort de la consultation européenne, Jean-Claude Juncker voulait aller vite. Le 12 septembre 2018 à Strasbourg, il a par exemple déclaré : « Le changement d’heure doit être aboli. (…) Le temps presse ! ». Son objectif, c’était la suppression du changement d’heure pour l’année suivante, en 2019, année de la fin de son mandat à Bruxelles.

Mais il y a eu un hic : pour arrêter de changer l’heure les derniers dimanches de mars et d’octobre, il fallait définir une heure définitive. L’heure d’été ou l’heure d’hiver ? Par ailleurs, tout en maintenant la souveraineté des États membres, il fallait harmoniser les heures des pays limitrophes, afin de maintenir compatible et cohérent le marché intérieur (en particulier dans le secteur des transports, mais pas seulement).

Or, il a été constaté que les pays du nord préféraient plutôt l’heure d’hiver et les pays du sud l’heure d’été (la logique voudrait pourtant le contraire, voir plus haut). En France, une consultation a été réalisée entre le 4 février 2019 et le 3 mars 2019 par l’Assemblée Nationale qui a permis de recueillir l’avis de 2,1 millions de personnes (résultats annoncés le 12 mars 2019), avec la même proportion favorable à la fin du changement d’heure, 83,7%. Ces citoyens qui ont participé à la consultation étaient à 59,2% favorables au maintien de l’heure d’été pour toute l’année. Pourquoi, pour une question si intime dans la vie quotidienne, ne se référer qu’à l’avis de ceux qui ont fait la démarche de participer à cette consultation et qui n’ont rien de représentatif de la population française (ce sont surtout les plus combatifs) ? Dans un tel cas, un référendum consultatif, c’est-à-dire organisé nationalement avec un débat public, pourrait avoir sa pertinence. D'ailleurs, la preuve que ces citoyens consultés en février 2019 n'étaient pas représentatifs, c'est qu'un sondage réalisé par YouGov pour Linternaute.com sur un échantillon représentatif de 1 035 personnes interrogées sur Internet du 15 au 16 octobre 2020 (l'an dernier) indiquait que 54% étaient pour supprimer le changement d'heure (on est loin de la large majorité de 84%), 34% contre et 12% ne savaient pas.

Il faut se rappeler que la France est un grand pays et qu’il y a environ 1 heure de fuseau horaire entre Brest et Strasbourg. Vouloir garder l’heure d’été même en hiver signifierait que le jour se lèverait à 10 heures du matin à Brest. Ce n’est pas sûr que tout le monde se rende compte des conséquences de ses choix. Quant à garder l’heure d’hiver même en été, cela signifierait la levée du jour très tôt, dès 4 heures du matin.

Toujours est-il que le Parlement Européen a voté le 26 mars 2019 une résolution qui supprime le changement d’heure pour les États membres applicable en 2021. Une directive européenne devait d’ailleurs être rédigée en 2020. Mais en raison de préoccupations plus pressantes et urgentes, la lutte contre la pandémie de covid-19, le Conseil Européen n’a pris aucune décision en 2020 sur ce sujet et l’actuelle Commission Européenne installée en 2019 a l’air d’être beaucoup moins pressée que la précédente pour supprimer le changement d’heure.

À ce jour, tout laisse croire que la suppression du changement ne sera pas pour "demain", ce qui, à mon sens, est plutôt rassurant et sage à un moment où il faudrait réduire notre consommation énergétique. Le site officiel Vie-Public.fr affirme d’ailleurs : « La directive devait être adoptée par le Conseil [Européen] fin 2020, puis transposée par les États membres. Cependant, en raison de la crise sanitaire liée au covid-19, ce texte sur la fin du changement d’heure n’est plus à l’ordre du jour et ne devrait pas être discuté dans un avenir proche. ». Notons aussi que le Parlement Européen qui est à l’origine de cette idée a été complètement renouvelé.

Au-delà de la crise sanitaire qui a fait un barrage ponctuel, la perspective de la suppression du changement d’heure a fait apparaître des problèmes très importants dans la cohésion des États membres : il faudrait en effet fixer une heure pour toute l’année, souverainement dans chaque pays, et qu’elle soit "harmonisée" avec les pays limitrophes (par exemple, éviter de se retrouver d’avoir une heure de moins dans un pays situé plus à l’est).

Et la méthode pour fixer cette heure n’a rien d’évident. On parle de consultation citoyenne, mais cela ne représente qu’une infime partie de la population, et c’est un peu normal que ceux qui s’opposent au principe du changement d’heure soient plus mobilisés que les autres (qui sont pour ou qui sont indifférents). Par ailleurs, le choix de l’heure définitive ne dégage aucun résultat incontournable dans le sens où seule, un moitié des citoyens qui ont participé à la consultation a choisi une heure par rapport à une autre, ce qui signifie que même parmi les personnes mobilisées, aucun consensus ne s’est vraiment dégagé (et j’imagine que cela dépend aussi de la longitude à laquelle on habite).

Bref, et l’élection présidentielle française n’a aucune raison de remettre ce sujet à l’ordre du jour à court ou moyen terme, il semble à peu près certain que la nuit du 26 au 27 mars 2022, nous dormirons encore une fois une heure de moins…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (23 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Heure d’hiver : le dernier changement ?
Changement d’heure : une consultation nationale réussie.
Le changement d’heure à l'heure européenne.
Directive européenne 2000/84/CE du 19 janvier 2001 concernant les dispositions relatives à l’heure d’été (à télécharger).
Rapport du 12 septembre 2018 sur la consultation européenne sur le changement d’heure réalisé en été 2018 (à télécharger).

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21 octobre 2021 4 21 /10 /octobre /2021 03:29

« Ma relation avec Sébastien, je la définis en trois mots : alcool, violences et soumission. » (Alexandra Richard, en novembre 2020).




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Du mardi 19 au vendredi  22 octobre 2021 se déroule le procès en appel d’Alexandra Richard (43 ans) jugée par la cour d’appel d’Évreux. Elle avait été condamnée à dix ans de réclusion criminelle aux assises de Rouen dans la nuit du 26 au 27 novembre 2020 à l’issue d’un premier procès qui s’est déroulé du 23 au 26 novembre 2020. C’est donc une prévenue en détention qui comparaît cette semaine à Évreux.

Dix ans, c’est beaucoup, mais elle risquait jusqu’à la perpétuité pour avoir tué son compagnon, Sébastien (36 ans), le 16 octobre 2016 dans leur domicile de Montreuil-en-Caux, en Normandie. Le conjoint, ivre, l’avait menacée de « lui défoncer la gueule ». Se sentant menacée, elle a alors pris un fusil de chasse qui se trouvait chez eux (son compagnon avait huit armes à feu et plus de mille cartouches qu’on ne lui a pas confisquées malgré une condamnation à trois ans de prison en 1999 pour avoir tiré sur un "rival amoureux" sur le parking d’une discothèque), l’a chargée sans avoir l’intention de le tuer, juste pour lui faire peur. Et le coup serait parti tout seul tandis que l’homme venait de prendre le canon du fusil.

Pendant plusieurs années, Alexandra Richard a été victime d’un compagnon violent. Elle avait même déposé une plainte en janvier 2016, mais on ne l’avait pas prise au sérieux. Mère de deux enfants d’une précédente liaison, Alexandra Richard était depuis quatre ans avec son nouveau compagnon avec qui elle avait fait un troisième enfant.

Ce compagnon était brutal, violent, souvent sous l’emprise de l’alcool. Au fil des mois et des années, ce fut un enfer pour elle, battue, violée, insultée, isolée, un enfer pour elle et ses deux filles car il était jaloux d’elles, du temps qu’elle prenait pour s’occuper de ses filles (la fille aînée a maintenant 19 ans), et du bébé (qui a maintenant 6 ans). Elle était pourtant une femme indépendante avec un fort caractère, du répondant, mais s’est retrouvée complètement soumise, sous l’emprise complète de son conjoint, le craignant jusqu’au regard, par un processus bien connu dans les violences conjugales (manipulation psychologique). Elle était surveillée jusque dans ses conversations téléphoniques, elle ne pouvait même pas prendre une douche seule, choisir son médecine, ses filles devaient rester dans leur chambre, etc.

Le premier scandale était donc cette violence quotidienne. Le deuxième, c’est qu’elle n’a pas été aidée, ni par la justice qui n’a ordonné qu’une "médiation pénale" (entre-temps, la loi n°2020-936 du 30 juillet 2020 protège nettement mieux les victimes de violences conjugales), ni par son entourage qui ne l’a pas crue. On se pose toujours la question du pourquoi Alexandra Richard n’a-t-elle pas fui son compagnon violent ? Elle l’a fait pourtant, une tentative, avec ses trois enfants, d’aller habiter chez ses parents, mais elle est finalement revenue vivre au domicile familial et a abandonné sa plainte. Le fait d’être restée a beaucoup contribué à la passivité de la justice et des services sociaux, mais elle avait peur d’une vengeance sur elle ou ses enfants.

Le troisième scandale, c’est le fait lui-même, le tir de l’arme à feu, avec un quatrième scandale, la présence de ces armes à feu : comment pouvaient-elles encore être là, au domicile, alors que l’homme avait déjà été condamné à cause d’elles ? Le cinquième scandale, j’y reviens un peu plus loin, c’est la récupération idéologique de cette tragédie par des organisations militantes politisées qui se moquent bien des victimes dans cette affaire (femme violentée, conjoint tué, enfants des deux côtés traumatisés).

Au premier procès, Alexandra Richard a affirmé qu’elle ne voulait pas le tuer mais l’impressionner : « C’était une arme de dissuasion (…). Qu’il soit décédé, ce n’est pas ce que je voulais (…), je voulais (…) m’enfuir avec mes enfants. ».

Après avoir tiré, Alexandra Richard a été mise en examen et placée en détention provisoire pendant vingt-deux mois, sans aucun suivi psychiatrique malgré un énorme stress post-traumatique. L’un de ses deux avocats était révolté : « Elle a été pris en charge comme une simple délinquante, sans que l’on entende qu’elle était également une victime. ».

La défense aurait voulu la requalification des faits en "violence volontaire ayant entraîné la mort sans intention de la donner" alors qu’elle est jugée pour "homicide volontaire". Mais les proches du conjoint tué ont rejeté l’idée qu’il était très violent et ont accusé Alexandra Richard d’avoir tiré volontairement. L’avocate des parents du compagnon a affirmé : « On est sur le terrain de l’homicide volontaire (…). Il n’y a pas de légitime défense. Il n’y a pas une agression au moment précis où elle tire. ». La fille aînée de la prévenue a remercié sa mère d’avoir agi ainsi : « Elle s’en veut de nous faire vivre tout ça, mais moi, je ne lui en veux pas : je n’avais pas envie de perdre ma mère et c’est ce qui se serait passé si elle n’avait rien fait ! ».

Au cours du premier procès, Alexandra Richard a déclaré : « Même en prison, je dormais mieux qu’à côté de lui, car personne ne me frappait. ». La condamnation à dix ans de réclusion criminelle était très lourde, d’où le procès en appel. Quand on regarde un peu la présentation faite dans les médias, surtout influencée par les deux avocats de la prévenue (dont une qui a aussi défendu Jacqueline Sauvage) et par des associations féministes, dont une, la même que celle qui s’en prend aux Miss France, la réflexion paraît immédiate : les juges sont des méchants, ils ont condamnés injustement Alexandra alors qu’elle était une victime, ils n’ont pas de cœur (en oubliant du reste les deux adolescents et l’enfant devenus orphelin).

Je veux ici être clair : je considère qu’Alexandra Richard a effectivement vécu un cauchemar, celui de violences conjugales qui ne pouvaient que se terminer mal, et je ne lui souhaite, pas plus qu’à tout autre personne, de rester en prison, d’autant plus que dans son cas, à part l’incontournable "punition" d’une sanction pénale, elle ne présente aucun danger pour la société d’être en liberté (c’est pourquoi la détention provisoire avant son premier procès a provoqué des réactions scandalisées). Sa cinquième demande de liberté a été rejetée par la chambre d’instruction de la cour d’appel le 14 octobre 2021.

Cependant, je trouve qu’une fois encore, on ne considère pas le sujet complètement, car il est pollué par des militantes qui se moquent bien du sort de la prévenue et qui veulent faire pression pour leur propre doctrine. Quelle est-elle ? Ces militantes veulent élargir la présomption de légitime défense dans le droit français aux cas de violences conjugales.

Pour l’instant, il n’est applicable qu’en cas de vol ou pillage avec violence et en cas d’effraction nocturne. L’une des avocats ajoute d’ailleurs quelque chose qui peut faire frémir : « La légitime défense est un droit naturel qui existe avant le droit, on comprend très bien quand il s’agit des hommes, et pourtant, on l’interdit aux femmes. ». Dans cette phrase, deux gênes : d’abord, parler d’un droit "naturel" peut faire peur et renvoie à des périodes pas fameuses, c’est très subjectif, l’humain vaut mieux que d’en rester au supposé naturel, le culturel le grandit ; ensuite, évoquer que la légitime défense ne s’appliquerait qu’aux hommes et pas aux femmes est de la victimisation féministe basée sur rien de concret, car les deux cas de présomption de légitime défense actuels peuvent s’appliquer évidemment à des femmes.

Mais plus sur le fond, renforcer l’application de la légitime défense me fait toujours peur. Au fait, dans les années 1970, qui militaient à outrance pour ce renforcement ? Surtout des hommes, des organisations d’extrême droite et ils trouvaient souvent des alliés auprès de parents d’enfants violés ou assassinés dont l’immense douleur et émotion ne savaient résister à leurs mots, à leurs amicales pressions, ou encore des commerçants cambriolés qui avaient réagi en tuant ou blessant leurs cambrioleurs.

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La défense cherche d’ailleurs à faire valoir deux éléments qui, à mon sens, sont contradictoires : d’une part, la légitime défense, elle aurait tiré car sans cela, elle aurait été tuée (c’est peut-être vrai, et même probablement vrai, mais on ne peut pas tuer sur une simple présomption) ; d’autre part, cela aurait été un accident, le coup serait parti alors qu’elle ne voulait être que dissuasive avec cette arme. Là encore, cela peut être vrai, mais il faut convenir que les deux points sont incompatibles ensemble : l’un signifie qu’on voulait tirer par peur d’être tuée, l’autre qu’on ne voulait pas tirer et que le tir n’était pas voulu.

En voulant jouer sur les deux registres en même temps, les deux avocats discréditent leur défense. C’est pourtant la ligne de défense pour l’un d’eux : « On pense que la question de la légitime défense doit se poser. C’est une question qui sera mise en débat. Nous conservons l’idée que le coup de feu est accidentel, mais on considère que les événements en amont permettent de dire que se saisir de l’arme, c’est de la légitime défense. ».

Il faut dire que lors du premier procès, l’avocate générale a rappelé qu’Alexandra Richard avait quand même tué un homme : « Oui, c’était un homme violent, mais vous ne pouvez pas répondre à la violence par la violence. ». Du reste, Alexandra Richard l’a reconnu et, aspect au moins rassurant, elle ne s’en est pas vantée, elle n’en a pas fait un acte politique. Au contraire, elle le regrette. Son avocat : « Elle n’a jamais revendiqué fièrement son geste, elle s’en veut et elle se sait coupable. ». Son avocate a surenchéri : « Tuer un homme, c’est très grave, on ne le conteste pas. Mais elle ne l’a pas tué de sang-froid, elle a cherché à se défendre. Il l’aurait sûrement tuée si elle ne l’avait pas fait. ».

Une représentante d’une organisation féministe qui soutient la prévenue pointe du doigt le véritable problème : « La justice sous-estime la dangerosité réelle des agresseurs et le danger de mort permanent dans lequel vivent les femmes victimes de violences conjugales. On ne dit pas qu’on doit se faire justice soi-même, mais on veut que les femmes soient protégées. ». C’est tout le problème de la prévention en général : comment arrêter une personne susceptible de commettre un crime mais dont rien ne justifierait une restriction de liberté avant qu’il ne le commette ? Un film comme "Minority report" a résolu le problème ; grâce à la technologie, on arrête les futurs criminels avant même qu’ils commettent leur acte.

Le principe de la justice est de juger sur des faits concrets et pas sur des supputations. Une fois dit cela, évidemment que les violences, les coups, les viols, les menaces sont des faits concrets, et des faits qui sont répréhensibles par la loi. On attend donc de la justice plus de considération pour les victimes de violences conjugales ou familiales, mais c’est un mouvement qui ne doit pas venir seulement des juges, aussi de toute la société, puisque souvent, les amis ou la famille peuvent sous-estimer, dédramatiser voire ignorer ou nier ces violences.

S’il y a un procès, s’il y a des débats qui durent plusieurs jours, des dossiers qui pèsent plusieurs tonnes peut-être (je n’ai pas l’info, mais ils sont toujours volumineux), c’est parce que justement, rien n’est évident et que le cas d’Alexandra Richard est spécifique, particulier. Il me paraît d’ailleurs très différent de celui de Jacqueline Sauvage. Moins accablant. Or, les organisations féministes qui viennent la soutenir mettent en parallèle tous les cas de femmes victimes de violences conjugales qui ont fini par tuer leur conjoint violent. Sans vouloir savoir exactement ce qui les a poussées à commettre ce meurtre (car c’est un meurtre). Car en les soutenant, elles croient soutenir leur cause.

Heureusement, pour un acte d’une telle gravité, ni la culpabilité ni l’innocence ne se décrètent automatiquement sans connaître parfaitement le dossier. Par conséquent, que ces organisations de lobbying féministe laissent les juges juger, en leur âme et conscience, avec leur sens du service du bien commun et leur conscience professionnelle, leurs connaissances juridiques aussi, sans leur faire pression, sans utiliser l’arme très populiste de la pétition qui laisserait entendre que si vous étiez populaire et convainquiez un grand nombre de vos contemporains, tout vous serait permis, jusqu’à tuer.

Non, heureusement, car nous sommes dans un État de droit. Quand les juges ont confirmé à plusieurs reprises la lourde peine de prison de Jacqueline Sauvage, ils ne l’ont pas fait par machisme, par haine des femmes, ni par incompréhension à sa situation des victimes de violences conjugales, ils l’ont fait sur des faits bien précis, établis et accablants.

Lors de la première journée du procès en appel, très tendue, les avocats de la famille de Sébastien se sont opposés aux avocats de la prévenue. Victime contre victime. L’avocat d’Alexandra Richard a demandé la fin de la prison : « Vous pourrez dire [à son plus jeune enfant] que sa maman dort en prison à cause de l’avocat général ici présent. ». L’avocate de la famille de Sébastien, le compagnon, a aussi surfé sur l’émotionnel, en parlant de ses deux enfants nés avant de connaître Alexandra, aujourd’hui âgés de 13 et 15 ans, qui vivaient aussi dans cette famille recomposée : « des enfants qui ont perdu leur papa et qui sont malheureux ».

Dans cette affaire, je ne suis pas juge et pour Alexandra Richard et ses trois enfants, je leur souhaite la quiétude de l’acquittement, le verdict est attendu ce vendredi 22 octobre 2021. Mais méfions-nous des militantes doctrinaires qui n’ont qu’une chose en tête, faire avancer leurs idées politiques, et cela avec le moyen le plus démagogique possible, l’émotion. La justice doit au contraire se prononcer dans un climat dépassionné et apaisé, hors de toute pression. Au risque d’être froide. Voire glaciale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (19 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alexandra Richard, coupable ou victime ?
Jacqueline Sauvage.
Violences conjugales.
Affajre Bygmalion.
Affaire Benalla.
Affaire Tapie.
Éric de Montgolfier.
L'abolition de la peine de mort.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211019-alexandra-richard.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/alexandra-richard-coupable-ou-236631

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/10/20/39185130.html









 

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11 octobre 2021 1 11 /10 /octobre /2021 03:17

« L’académie de Créteil réaffirme sa solidarité envers tous ses enseignants. Aucune menace ou agression, physique ou verbale, à leur encontre ne peut être tolérée. » (Rectorat de Créteil, communiqué du 9 octobre 2021).




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Presque un an après l’assassinat de Samuel Paty, il y a eu un nouveau fait de violence auprès du corps enseignant. Le vendredi 8 octobre 2021 au lycée professionnel Jacques-Prévert à Combs-la-Ville, une enseignante « a été violemment bousculée par un élève en classe alors qu’elle assurait son cours ».

L’élève s’était levé et voulait sortir de la salle de classe, l’enseignante a refusé et lui a demandé de retourner à sa place mais l’élève est passé outre et a déséquilibré sa professeure en ouvrant la porte.

La hiérarchie a réagi très rapidement, ce qui est plutôt rare dans ce genre de cas : « Le chef d’établissement, immédiatement prévenu, a pris en main la situation et a assisté l’enseignante. Elle est actuellement accompagnée et elle bénéfice de la protection fonctionnelle ainsi que d’un appui psychologique. » assure un communiqué de presse du rectorat de Créteil dès le lendemain, le 9 octobre 2021.

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L’académie de Créteil a en outre annoncé qu’un « dépôt de plainte va être rapidement effectué ». Toute une démarche pédagogique va avoir lieu dans la semaine auprès des enseignants et des élèves au sujet de ce fait de violence. L’élève a été interdit d’accès à l’établissement « à titre conservatoire » et un conseil de discipline instruira cette affaire et sanctionnera le cas échéant l’élève.

Dans ce cas-là, on peut dire qu’il y a eu, pour l’instant, un sans-faute de la part de l’administration, qui a pris immédiatement la défense de l’enseignante brutalement agressée et qui a annoncé « de lourdes sanctions » à l’encontre de l’élève. Cette politique de fermeté est indispensable pour assurer un peu de discipline en classe.

Il faut rappeler que l’actuel Ministre de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports Jean-Michel Blanquer (depuis le 17 mai 2017) avait des raisons d’être très sensible à ce fait de violence, d’une part parce qu’il essaie d’assurer une tolérance zéro pour tous les actes de violence en classe, d’autre part parce qu’il a été lui-même le recteur de l’académie de Créteil de mars 2007 à décembre 2009 et qu’il connaît donc bien la situation de ce lycée professionnel.

Un autre élément rajoute une raison pour une réaction rapide de l’académie. Cette scène de violence a été filmée par un élève, ce qui est interdit, et a été diffusée dans les réseaux sociaux pendant tout le week-end. En particulier, le visage de l’enseignante et celui de l’élève sont reconnaissables et ce fait pourrait même être plus grave que l’acte de violence en lui-même. En effet, ce genre de processus viral sur Internet peut avoir des conséquences très graves. C’est à cause de ce phénomène que Samuel Paty a été assassiné après un lynchage dans les réseaux sociaux basé d’ailleurs sur des faits faux (non avérés).

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Au moment où beaucoup d’établissements scolaires ne savent pas comment commémorer le premier anniversaire de cet assassinat (le 16 octobre 2020), craignant des réactions hostiles de la part de certains élèves ou parents d’élèves, il est indispensable que l’État protège efficacement ses enseignants et en particulier cette enseignante du lycée Jacques-Prévert à Combs-la-Ville. Dans le film, ce qui est en plus troublant, c’est qu’aucun élève n’est intervenu pour venir au secours de leur enseignante, et certains auraient même ri.

Professeure d’histoire-géographie, Fatiha Agag-Boudjahlat, qui est l’auteure de plusieurs essais où elle prône la laïcité (en particulier "Le Grand Détournement", éd. Du Cerf, sorti en 2017), estime que l’existence d’un film de cette scène avait eu l’avantage de rendre immédiatement avéré et reconnu cet acte de violence. Dans le cas ordinaire (sans vidéo), l’enseignante aurait dû être auditionnée par sa hiérarchie et une enquête aurait aussi été menée auprès des élèves pour savoir quels étaient les faits, et la parole de l’enseignante aurait alors été au même niveau que celle des élèves (qui, dans le cas ici, ne semblaient pas très solidaires de leur enseignante).

Faudrait-il alors installer des caméras de vidéoprotection dans les établissements scolaires pour prévenir de nouvelles violences ? Cela peut sembler contraignant même avec une procédure très stricte (pas vision des films et conservation temporaire avant destruction quand il n’y a pas matière à enquête). Après tout, les forces de l’ordre sont désormais dans cette problématique de filmer leurs gestes lorsqu’ils sont en situation d’intervention, afin de limiter la violence de part et d’autres. Néanmoins, je ne pense pas que ce soit une solution satisfaisante et efficace.

Malgré les programmes contre la violence scolaire, ces agressions, rarement médiatisées, sont souvent banalisées. Au-delà de la réaction de l’Éducation nationale, ici d’une fermeté exemplaire, il y a une évidente responsabilité des parents et une réflexion devrait s’engager sur ce sujet. Tout mon soutien à cette enseignante et à ses collègues, et hommage à Samuel Paty dont l’assassinat ne doit pas être oublié.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (10 octobre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Violence contre une prof et vidéo dans les réseaux sociaux.
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Samuel Paty : faire des républicains.
Samuel Paty : les enseignants sont nos héros.
L'attentat à Air Product.
Père Jacques Hamel.
Fête nationale : cinq ans plus tard…

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211008-lycee-combs-la-ville.html




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4 septembre 2021 6 04 /09 /septembre /2021 03:39

« Cette ambition pour la jeunesse, c’est d’abord et avant tout le combat pour l’éducation. (…) Si nous ratons l’éducation des enfants, aucune chance de réussir leur vie. Aucune chance ! » (Emmanuel Macron, le 2 septembre 2021 à Marseille).




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La venue à Marseille du Président de la République Emmanuel Macron pendant trois jours, du 1er au 3 septembre 2021, a eu l’effet escompté. Tout le monde parle de précampagne du Président sortant et c’est probablement vrai. Mais dans un autre sens, son mandat a encore neuf mois et il ne va pas rester immobile et paralysé de peur d’être considéré en campagne. D’ailleurs, certains l’ont dit en campagne permanente, ce qui peut-être vrai aussi, c’est l’une des tares du quinquennat (qui existait déjà avec le septennat !).

En outre, il ne se serait pas déplacé à Marseille qu’on aurait dit qu’il ne se souciait pas de la deuxième ville de France, qu’il l’avait abandonnée, qu’il préférait promettre des millions en Polynésie française (ce qui n’est pas incompatible), etc.

Bref, Emmanuel Macron est allé à Marseille, et il a eu un certain courage à "affronter" physiquement, je n’aime pas le mot "affronter" mais c’était un peu le cas, la population marseillaise. Il y aurait un réel intérêt à virer toutes les caméras pendant ce genre de visite, car elles pervertissent le dialogue, car les visites présidentielles sont manifestement devenues la foire à la saucisse, c’est à celui qui se fera le plus remarquer pour y placer sa question ou son inquiétude, toujours respectable et réelle, au Président de la République, devant les amis, devant les médias et dans les réseaux sociaux.

Le jour d’après, Emmanuel Macron a prononcé un important discours, appelé "Marseille en Grand", qui expose ce que l’État va apporter à Marseille (on peut le lire dans son intégralité ici). Privé de soleil au moment où il a évoqué le recrutement des enseignants, le Président a dû subir la pluie et la désertion de son public, jusqu’à la fin de l’averse. Il devait alors meubler en tenant son parapluie, avant de reprendre son discours. Moment de solitude.

Mon sujet ici ne concerne pas Marseille même si ce sujet est important. Le maire de Nice, Christian Estrosi, et aussi numéro deux du conseil régional de PACA (on l’oublie un peu vite), expliquait le 1er septembre 2021 que Emmanuel Macron fait à Marseille ce que Nicolas Sarkozy a fait à Paris il y a une douzaine d’années (le Grand Paris), à savoir investir pour redynamiser l’agglomération parisienne (ceux qui vivent à Paris ou à proximité s’aperçoivent depuis une année le nombre de grands travaux qui congestionnent actuellement la circulation). Ce qui est décidé aujourd’hui pour Marseille ne sera certainement pas visible avant l’élection présidentielle prochaine.

Le sujet de cet article est l’éducation. Ce n’est pas un hasard que le Président de la République se soit exprimé sur le sujet le jour même de la rentrée scolaire. Depuis plusieurs années, on dit en lieux communs que l’école n’est pas satisfaisante, et les évaluations internationales ne classent pas la France à un rang honorable, alors que la dépense publique par élève est parmi les plus élevées au monde.

C’est là le talent politique d’Emmanuel Macron : prendre appui sur une situation très dégradée des écoles marseillaises, et proposer des expérimentations. La méthode paraît meilleure qu’une loi de type loi Savary qui systématisait tout idéologiquement. Il s’agit de tester une autre manière de faire que celle en cours à l’Éducation nationale. Bien entendu, ces expérimentations ne pourront pas démarrer avant la rentrée scolaire prochaine, en septembre 2022, dans le cas le plus rapide. Donc, après l’élection présidentielle. C’est donc, pour le Président sortant, un bon moyen de tester son futur projet présidentiel, et sur l’école, il y a forcément des choses à faire.

L’un des problèmes est le système de points pour les affectations des enseignants. Cela dépend de l’ancienneté dans le poste, de l’ancienneté dans l’établissement, du nombre d’enfants, de l’âge, etc. Et les vœux de mutation des enseignants sont plus ou moins suivis selon que le nombre de points est élevé ou pas. En clair, les enseignants les plus chevronnés, les plus expérimentés, ont suffisamment de points pour quitter, le cas échéant, des établissements que je dirais "difficiles", pour  enseigner dans des établissements prestigieux, tandis que ceux qui ont le moins de points, les moins expérimentés, les plus jeunes, les moins assurés professionnellement (et même sur le plan affectif), sont affectés dans les zones éducatives difficiles.

Or, c’est l’inverse qu’il faudrait : il faudrait les meilleurs enseignants dans les zones difficiles, mais ces zones ne sont pas très attractives, malgré une prime que l’État propose depuis quelques années.

D’où la proposition d’Emmanuel Macron que les établissements eux-mêmes choisissent leurs propres enseignants. Évidemment, les réactions des syndicats enseignants ont été unanimes, vent debout contre ce qui serait un détricotage du statut de la fonction publique, une transgression par rapport au tabou des fonctionnaires. Du reste, les laboratoires scientifiques non plus ne recrutent pas ses propres chercheurs qui sont recrutés sur concours national. C’est étonnant quand on doit avoir un programme de recherches et constituer des équipes.

Il n’est pas étonnant que l’ensemble des enseignants d’un même établissement ne forme pas nécessairement un tout pédagogique allant dans le même sens, mais une multitude d’individualités, toutes, je n’en doute pas, animées par la bonne volonté et la conscience professionnelle. Pour Emmanuel Macron, cela ne lui paraît pas inconvenant que le chef d’établissement choisisse lui-même ses enseignants susceptibles de tous adhérer à son projet pédagogique.

À ce niveau de la réflexion, et avant de présenter précisément les propositions présidentielles, il convient de formuler plusieurs remarques.

La première, c’est que le principe proposé existe en fait, mais sans le dire explicitement : beaucoup d’établissements avaient recours à des "maître auxiliaires" que la gauche arrivée au pouvoir avait titularisés (au grand mécontentement de ceux qui avaient dû préparer leurs concours, parfois au prix de leur santé ou de la quiétude familiale), et encore aujourd’hui, de nombreux vacataires sont choisis "sur CV" pour suppléer le manque de profs.

La deuxième remarque est que c’est une mesure réellement révolutionnaire puisqu’elle remet toute la fonction publique en question, même s’il s’agit ici de l’Éducation nationale : pourquoi ne pas le faire aussi pour les chercheurs, les infirmières, les policiers, etc. ? Les syndicats sont malins et ont bien vu le danger global que représente la très modeste expérimentation proposée.

La troisième remarque, c’est que malgré cette transgression révolutionnaire, rien ne dit que ce genre de réforme puisse être confrontée à une opposition frontale comme cela a été pour la réforme des retraites. Ainsi, j’en veux pour preuve l’excellente réforme de Valérie Pécresse en été 2007 sur le financement et l’autonomie des universités (loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités, dite loi LRU), que la plupart des enseignants-chercheurs avaient condamnée pour le principe à l’époque. Ceux-ci voient depuis une dizaine d’années tout l’intérêt économique pour leurs laboratoires (en particulier, des initiatives comme l’IHU Méditerranée Infection n’auraient jamais vu le jour sans un partenariat public-privé).

La quatrième remarque, c’est que la sortie des salaires de la grille salariale est en elle-même porteuse de révolution et demandera de nouveaux moyens financiers de l’État. En clair, si on veut recruter les meilleurs enseignants pour les zones les plus difficiles, il faudra leur proposer des salaires attractifs.

On comprendra donc que les réactions syndicales soient : "il veut privatiser l’enseignement", ce qui ne serait en fait pas du tout le cas puisque les programmes seront toujours nationaux et de provenance gouvernementale. Dans cette réflexion, ceux qui ont le plus à y gagner sont les enseignants, qui restent sous-payés (malgré une revalorisation remarquable sous le gouvernement de Michel Rocard), il y a des différences allant jusqu’à 30 000 euros en fin de carrière par rapport à des collègues d’autres pays européens. Et les autres gagnant sont bien sûr les écoliers.

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Venons-en précisément à la proposition d’Emmanuel Macron.

Le principal élément, c’est qu’il y a un devoir d’innovation. Même si personne ne met en doute la compétence des acteurs de l’éducation, tout le monde veut que cela change, le statu quo n’est pas possible. Alors, il faut changer, trouver d’autres méthodes. Et à Marseille, la situation est tellement catastrophique que si on se plante, cela ne peut pas être pire quand même. C’est en tout cas un peu la tonalité du discours présidentiel : « La réponse pour réussir ce combat éducatif, c’est au fond et c’est l’esprit de l’ambition que je veux vous proposer à chaque fois, faire plus, innover et faire de Marseille un laboratoire, et le faire avec des exigences, c’est-à-dire un contrat de confiance où chacun fait sa part. ».

Le diagnostic présidentiel est sans ambiguïté dans sa lucidité : « Faire plus, c’est acter qu’à Marseille, nous avons 174 écoles de la vie qui sont considérées dans un état de délabrement tel que l’apprentissage y est devenu impossible. Il n’y a pas d’autres territoires de la République où il y a une telle concentration de difficultés sur le bâti scolaire. ».

Dans ce diagnostic, il y a aussi « un problème avec vos personnels municipaux, et vous avez trop de grèves », ce qui conduit le Président à être exigeant dans l’aide de l’État : « L’État ne vient pas investir pour en quelque sorte que certains viennent prélever leur dîme. Pardon d’être très franc. Comme je suis très ambitieux avec vous, je vous le dis, et donc en même temps qu’on investit, monsieur le maire, moi, j’attends de vous que vous réformiez, je sais que vous en avez l’envie. Et on aura aussi cette exigence dans le suivi, parce qu’on ne va pas se substituer à un système qui n’arrive plus à se financer parce qu’il s’est construit une mécanique qui n’avance plus, par des petits arrangements, par des faiblesses. (…) Ce n’est pas une question d’argent, c’est une question de courage. ». Le discours présidentiel est d’une limpidité biblique.

L’argent n’est donc pas la seule condition. Emmanuel Macron veut trouver d’autres moyens pour recruter "l’équipe pédagogique" : « On doit pouvoir aller plus loin. Et dans les quartiers où la situation est la plus difficile, qu’est-ce qu’on doit pouvoir faire ? En fait, donner plus de liberté en même temps qu’on donne plus de moyens. Il faut qu’on ait des directeurs d’école à qui on permet d’avoir un peu plus d’encadrement. Il faut que ces directeurs d’école, ils puissent choisir l’équipe pédagogique. (…) Les parents me disent : à tel endroit, les profs ne viennent plus, etc. Ça arrive parce qu’il y a des gens qui sont trop fatigués de travailler trop longtemps dans des quartiers difficiles et c’est vrai. Et donc, on doit permettre aussi à nos enseignants d’être relevés parfois quand ils sont dans des quartiers difficiles. On doit surtout permettre aux enseignants de choisir ces quartiers et les projets pédagogiques qui vont avec Ce n’est pas assez le cas aujourd’hui. Et donc, c’est beaucoup plus que les postes à profil, le problème est beaucoup plus grave, c’est de vraiment permettre, de faire un laboratoire de liberté et de moyens, un projet pédagogique qui est adapté aux élèves. » (Note en passant : je ne crois pas qu’il y ait des projets pédagogiques qui ne soient pas adaptés aux élèves).

Il a poursuivi ainsi : « On doit permettre peut-être (…) d’avoir une équipe qui n’est pas simplement faite d’enseignants, mais de pouvoir d’abord choisir les enseignants qui y sont, être sûr qu’ils sont pleinement motivés, qu’ils adhèrent au projet, ce qui est, je crois, normal parce que c’est dur, et de pouvoir aussi y associer des acteurs extrascolaire qui partagent l’objectif. ».

Une méthode radicalement différente : « Le système a beaucoup bougé, nos enseignants font un travail extraordinaire et sont très engagés, et je les en remercie. On doit aussi continuer de mieux les rémunérer (…). Si on veut aller plus loin et plus vite, le rythme pour ces quartiers, doit être beaucoup plus fort. Et donc, je veux ici qu’on puisse en quelque sorte innover et mettre en place, à côté de ces investissements dans les bâtiments, une méthode radicalement nouvelle pour l’éducation de nos enfants. Inventer ici l’école du futur. (…) Il faut le faire dans les endroits qui sont les plus en difficulté parce que c’est là où on doit mettre très vite beaucoup plus de moyens et avoir des équipes motivées. ».

La mesure concrète : « Je veux qu’on puisse le commencer très vite ici et donc, que ces 50 écoles, on puisse les définir avec les élus, les familles, les parents d’élèves, les associations et évidemment, nos enseignants, qu’on les définisse dans les prochains mois et qu’on puisse lancer ce projet dans les premières écoles, où on pourra donc adapter, repenser les projets d’apprentissage, les rythme scolaires, les récréations, la durée des cours, les façons d’enseigner, et qu’on puisse commencer dès la rentrée 2022-2023. Et évaluer ensuite ces résultats et, s’ils sont concluants, les généraliser. Et on fera cette même innovation dans plusieurs autres quartiers de la République. ».

En d’autres termes : « Au fond, l’idée est simple : donner plus de liberté pour obtenir plus de résultats. Et je suis convaincu que c’est ainsi qu’on y arrivera. ». L’ambition présidentielle sur le terrain éducatif est donc très forte (sur les autres terrains aussi, lire le reste du discours), faire que les directeurs d’école recrutent eux-mêmes leur équipe pédagogique dès la rentrée 2022, et généraliser la mesure en cas de réussite, auquel cas, Marseille sera le nouveau modèle éducatif.

Dans ce très long discours, il y a beaucoup d’autres mesures tout aussi importantes. Mais je pense que la proposition de la liberté de recrutement fera date et on en parlera encore longtemps. Le fait d’ailleurs de placer cette problématique sous l’angle de la liberté est une donnée intéressante, cela veut dire que tout ce qui vient de l’État semble contraindre (notons que la technocratie qu’on reproche à "Bruxelles" est aussi importante voire plus prégnante en provenance de l’État).

Recruter un enseignant comme n’importe quel salarié dans une entreprise, pourquoi pas si c’est pour qu’il y ait une adhésion mutuelle au même projet ? Après tout, un humain, directeur d’école, est mieux placé qu’un froid robot du ministère pour s’occuper des ressources humaines.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 septembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Transgression à Marseille : recruter des profs plus "librement" ?
Discours du Président Emmanuel Macron le 2 septembre 2021 à Marseille (texte intégral et vidéo).
L’école publique gratuite de Jules Ferry.
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
Genrer la part du Lyon ?
Daniel Pennac, ministre de l'éducation nationale.
René Haby.
Le handicap et l'école.
La féminisation des noms de métiers et de fonctions.
Les écoles ne sont pas des casernes.
La laïcité.
La réforme du baccalauréat.
Prime à l’assiduité.
Notation des ministres.
Les internats d’excellence.
L’écriture inclusive.
La réforme de l’orthographe.
La dictée à  l’école.
La réforme du collège.
Le réforme des programmes scolaires.
Le français et l’anglais.
Le patriotisme français.
Jean-Michel Blanquer.
Jean Zay.
Vincent Peillon.
Alain Devaquet.
Alain Savary.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210902-macron-education.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/transgression-a-marseille-recruter-235498

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/09/03/39120240.html








 

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26 août 2021 4 26 /08 /août /2021 17:16

« Il n’est pas déshonorant d’être esclave, il est déshonorant de posséder des esclaves. » (Mahatma Gandhi, 1929).


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Je sais qu’il y a de l’actualité plus brûlante, du moins beaucoup plus grave, en particulier l’attentat de Kaboul du 26 août 2021 commis par Daech contre les troupes américaines mais aussi contre les Afghans et les Talibans, qui a tué au moins 72 personnes (j’y reviendrai peut-être), mais je ne résiste pas à relever une actualité qui tourne légèrement en boucle depuis le début de la semaine sur un transfert de joueur de football. Une actualité dérisoire, mais pas les valeurs qui la sous-tendent.

Il y a ce qu’on appelle le "mercato" qui est un terme qui signifie "marché" en italien. En gros, du 1er juillet au 31 août, un peu comme la période des soldes (il y a aussi le mercato d’hiver du 1er au 31 janvier), les clubs de football (qui sont de grandes entreprises) sont autorisés à proposer des sommes folles pour "acheter" les contrats des joueurs (en clair, "débaucher" des joueurs). On pourrait presque penser qu’ils achètent carrément les joueurs et que cette pratique fait penser au marché aux esclaves pendant la période antique (oui, c’est vrai, j’ai trop lu "Les Lauriers de César" dans Astérix !), à la différence près que les "esclaves" modernes d’aujourd’hui sont parmi les mieux payés.

De quoi s’agit-il ? Le club Real de Madrid a proposé le 24 août 2021 au PSG (Paris Saint-Germain) de racheter le contrat qui le lie à Kylian Mbappé pour la somme de 160 millions d’euros.

Kylian Mbappé (22 ans) est l’un des plus grands joueurs de football d’aujourd’hui, il a été connu principalement pour sa participation très efficace à la victoire française de la Coupe du monde de football le 15 juillet 2018 à Moscou (être champion du monde à moins de 20 ans est rare et il est comparé à Pelé). Le 11 juin 2019, le joueur qui avait 20 ans avait déjà inscrit 100 buts en professionnel, ce qui est un record.

Le 31 août 2017, son contrat qui le liait à l’AS Monaco depuis 2015 (voire 2013) a été racheté par le PSG pour la somme de 180 millions d’euros, si bien que depuis cette date, le joueur a un contrat de cinq ans avec le club parisien. Donc, en principe, Kylian Mbappé est censé jouer pour le PSG jusqu’en été 2022. Mais l’une des choses qu’il faut savoir aussi, c’est que Kylian Mbappé rêve de jouer avec le Real de Madrid (son idole d’enfance est Cristiano Ronaldo), ce qui explique son silence. Ce précédent transfert (de Monaco à Paris) était un vice-record sur les montants des transferts, et c’est toujours le PSG qui a fait le transfert le plus coûteux avec le "rachat" de Neymar en 2017 pour 222 millions d’euros, le record à ce jour (pour les sommes qui ne font pas polémique, car certains estiment que des transferts ont coûté plus cher).

Originaire de Bondy, Kylian Mbappé fait partie des personnalités françaises les plus populaires de France, mais sa renommée est également internationale. Comme je l’écrivais plus haut, ce serait difficile de considérer ce sportif comme un "esclave", à moins de considérer que le payer 21 millions d’euros par an serait de l’esclavage ? Auxquels il faut ajouter 13 millions d’euros de partenariats divers en 2019 (la célébrité est toujours très rentable dans ce monde de surconsommation). En 2019, il était ainsi le sportif français le mieux payé de France et le 36e sportif le mieux payé du monde.

Pour la petite histoire, on a comparé Kylian Mbappé à Usain Bolt car sur le terrain, il aurait été "flashé" à 37,6 kilomètres par heure tandis que le champion jamaïcain a parcouru le 100 mètres avec une vitesse moyenne de 37,58 kilomètres par heure. En fait, il n’y a aucune comparaison possible sur la vitesse de course  entre les deux athlètes, car la vitesse de 37,6 kilomètres par heure n’était qu’une furtive vitesse de pointe et Kylian Mbappé aurait sprinté en moyenne à 34 kilomètres par heure, sur seulement 30 mètres, alors qu’Usain Bolt, sur 100 mètres, a atteint une vitesse de pointe de 44 kilomètres par heure. Ce qui est curieux, c’est qu’Usain Bolt s’est reconverti au football et cela ne marche pas très fort pour lui dans cette discipline. À chacun sa zone de confort.

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Revenons aux gros sous. Après l’offre de 160 millions d’euros du Real, le directeur sportif du PSG a fait la fine bouche et a refusé l’offre, officiellement : « Son comportement [celui du Real] est irrespectueux, inacceptable et c’est illégal de faire une offre à un an de la fin du contrat de Kylian et à sept jours de la fin de la clôture du marché. ». Mais en fait, implicitement, il a fait savoir que l’offre n’était pas assez élevée ! Ainsi, le club de Madrid a fait une nouvelle proposition le 26 août 2021 pour 180 millions d’euros, ce qui revient au prix du transfert de l’AS Monaco au PSG. Même si le PSG avait laissé entendre qu’il se laisserait convaincre pour 220 millions d’euros, la nouvelle offre du Real semble désormais beaucoup plus attractive pour le club parisien.

Cependant, il faut aussi noter que le Centre international d’étude du sport (CIES) qui est un observatoire du football, a publié au début de l’année 2020 un classement des joueurs les plus cotés du monde et Kylian Mbappé arrivait en tête avec une "valorisation" de 265 millions d’euros, ce qui reste très loin des 180 millions d’euros proposés par le club madrilène.

Que Kylian Mbappé soit très rémunéré ne me gêne pas. C’est la règle de l’offre et de la demande pour les salaires. On doit effectivement penser que l’employeur gagne toujours plus que le salaire qu’il verse à son employé, sinon, il ne l’aurait pas recruté. Du moins à ce tarif. Après tout, des artistes, chanteurs, acteurs, etc. peuvent être rémunérés autant, et l’on peut toujours considérer le football comme un art et dans tous les cas, il contribue à divertir les "gens", et si personne ne regardait ou n’assistait aux matchs où il joue, il aurait une rémunération bien moindre.

Ce qui me choque, c’est le prix des transferts. Certes, c’est aussi la loi de l’offre et de la demande, mais ici, quand on parle de "clôture du marché", de "valorisation", on peut avoir l’impression que Kylian Mbappé, comme ses collègues bien cotés, sont des entreprises en bourse et qu’on souhaite en acquérir les actions (c’est du tout ou rien ; je propose la sophistication du système pour permettre à un joueur de jouer par exemple 30% pour un club et 70% pour un autre club !). Ici, le produit est le joueur lui-même, un être humain donc, et il s’agit d’un marché à l’humain, qu’on peut se payer ou pas. Le PSG est particulièrement cynique car il veut faire monter les enchères et son premier refus laisse entendre que c’est sur le plan des valeurs qu’il refuse (respect, légalité, etc.) alors que ce n’est qu’une question de montant.

Combien valez-vous ? Cela va dépendre de combien vous apporteriez à celui qui vous "achèterait". Cela ressemble plus à un jeu de Monopoly qu’à du sport. On parle de rachat de "contrat" qui lie le joueur à son club d’origine, mais il s’agit quand même de trafic d’êtres humains, même si c’est à coups de millions et en plein jour.

Quant à savoir à partir de quelle somme on peut vous "acheter", c’est-à-dire à partir de quel montant vous serez prêt à faire une chose que votre morale réprouve, c’est une autre histoire : tant qu’on n’est pas concrètement éprouvé, on reste moralement intact !


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (26 août 2021)
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Pour aller plus loin :
Kylian Mbappé.
Pierre Mazeaud.
Usain Bolt.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210826-kylian-mbappe.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/combien-valez-vous-235313

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16 juin 2021 3 16 /06 /juin /2021 10:11

« Il ne sera plus perçu de rétribution scolaire dans les écoles primaires publiques, ni dans les salles d’asile publiques. Le prix de pension dans les écoles normales est supprimé. » (article 1er de la loi du 16 juin 1881 instituant la gratuité de l’enseignement primaire public).




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Il y a exactement cent quarante ans, le 16 juin 1881, fut promulguée la première loi Jules Ferry sur l’enseignement. Jules Ferry était alors Président du Conseil et Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-arts. Il avait une vision bien claire pour généraliser la scolarisation des enfants : la rendre obligatoire, mais pour cela, il fallait d’abord passer à l’étape préalable, la rendre gratuite. Parmi les autres signataires de la loi, le Président de la République Jules Grévy, l’un des rivaux politiques de Jules Ferry parmi les républicains modérés, et le Ministre de l’Intérieur et des Cultes Jean Constans.

L’adoption de cette loi n’a pas été une simple formalité et a été l’objet de vifs débats à la Chambre des Députés. Les opposants à cette loi considéraient qu’elle allait pénaliser l’école libre, c’est-à-dire l’enseignement privé catholique car l’école publique, devenue gratuite pour toutes les familles, allait faire de la concurrence déloyale et l’école libre manquerait alors de moyens. En revanche, ses partisans faisaient prévaloir l’humiliation des enfants qui bénéficiaient déjà de la gratuité en raison de la pauvreté de leur famille (c’était affiché dans les mairies), et rappelaient que la gratuité était le prérequis à l’obligation. La loi a été adoptée par 160 voix contre 94.

À l’origine, la République a souvent été monarchiste. Exprimé comme cela, cela peut surprendre mais c’est un peu vrai. La République, c’est l’universalisme et en particulier, le suffrage universel, au lieu du suffrage censitaire sous la monarchie constitutionnelle (c’est-à-dire, seuls ceux qui payaient des impôts pouvaient voter, du reste, cela peut se justifier car le principal sujet d’un gouvernement, c’est de récolter des recettes puis de les dépenser). Quand j’écris "suffrage universel", on doit évidemment comprendre …uniquement pour les hommes, puisque le droit de vote des femmes n’est intervenu qu’en… je n’ose même pas l’écrire tant il a été tardif !

Or, que ce fût en 1848 ou en 1871, les premières élections législatives issues d’un suffrage universel après l’installation d’une république (la Deuxième et la Troisième ici), ont donné une large majorité monarchiste. C’était paradoxal, mais pas tant que cela : la France comptait une majorité de paysans souvent peu instruits et toujours très conservateurs. Ce fut le secteur industriel, avec le recrutement de nombreux ouvriers souvent exploités par des patrons avides de profits, et venus s’installer dans les villes, les faubourgs, qui furent le fer de lance du "progressisme", et la base du socialisme (à l’instar d’un Jean Jaurès, mais ce fut bien plus tard).

Les pères fondateurs de la Troisième République l’ont bien compris quand ils faisaient campagne dans les campagnes (sans jeu de mots), et Gambetta en particulier avait évidemment compris : pour que les citoyens puissent se déterminer, choisir leurs députés de manière pertinente, il faut qu’ils soient éclairés, c’est-à-dire instruits, capables de penser par eux-mêmes, capables d’avoir un esprit critique et se déterminer selon leur propre libre-arbitre.

Du reste, Gambetta avait proposé cette politique de l’école dès le 15 mai 1869 à Belleville (un quartier populaire de Paris) à l’occasion des élections législatives du 24 mai et 7 juin 1869 (les républicains ont remporté 30 sièges sur 383, mais les élections n’étaient pas "libres et sincères").

Par conséquent, au-delà de composante morale venue des Lumières de l’instruction pour tous, il y avait un objectif politique : plus les citoyens étaient instruits, plus la République serait pérenne. Et effectivement, c’est ce qui s’est passé au fil du siècle et demi de notre histoire républicaine. Il a fallu attendre la fin des années 1870 pour que les parlementaires républicains fussent majoritaires et confortassent ainsi la République par des lois essentielles.

Parmi elles, les lois sur l’école furent fondatrices. Il y a aussi la loi sur la liberté d’expression et de la presse, la loi sur les associations et la loi sur la laïcité le 9 décembre 1905. Cet étrange régime qui n’a jamais eu de Constitution a mis plus d’une génération (trente-cinq ans) pour parfaire son socle institutionnel (septembre 1870 à décembre 1905), qui nous sert encore aujourd’hui de référence, puisque la simple loi de séparation des Églises et de l’État est considérée aujourd’hui comme faisant partie du bloc de constitutionnalité lorsque le Conseil Constitutionnel examine la constitutionnalité d’une loi.

À cet égard, la loi du 16 juin 1881 qui a instauré la gratuité absolue de l’enseignement primaire a été un progrès sociétal majeur en permettant à tous les petits Français de recevoir une instruction minimale (savoir parler, lire, écrire et calculer) sans débourses un centime, du moins à l’école publique.

Jules Ferry, l’un des hommes politiques les plus contrastés de la Troisième République (car il était aussi l’homme de la politique coloniale de la France avec un objectif explicitement messianique, tandis que les Anglo-Saxons se contentaient d’objectifs économiques, ce qui leur a permis de s’adapter beaucoup plus facilement par la suite), est honoré d'un nom de rue ou d'un lieu-dit dans chaque commune de France pour son apport décisif sur le développement de la scolarisation de tous les enfants.

L’idée n’était pas nouvelle et c’était une idée qui datait de la Révolution qui a été mise en œuvre. C’était le mathématicien (et philosophe) Condorcet qui avait proposé un système d’enseignement laïque et mixte (garçons et filles) dans son "rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique" en 1792 pour la Convention.

Mais la première loi sur l’enseignement a attendu encore une quarantaine d’années, avec la loi du 28 juin 1833, appelée loi Guizot du nom de François Guizot, le Ministre de l’Instruction publique de Louis-Philippe dans le premier gouvernement du maréchal Soult (il fut aussi un Président du Conseil par la suite). Cette loi encourageait la scolarisation des garçons et surtout, établissait pour cela, l’obligation, pour les communes de plus de 500 habitants, de disposer d’une école primaire. (Rappelons qu’à ce jour, une municipalité n’a que deux obligations majeures que l’État contrôle : avoir une école et un cimetière adaptés à la population de la commune, le reste des équipements comme un gymnase, une salle polyvalente, etc. est optionnel et fait partie des politiques municipales, mais pas des obligations).

La loi Falloux du 15 mars 1850 (du nom du Ministre de l’Instruction publique Alfred de Falloux) a complété la loi Guizot en obligeant les communes de plus de 800 habitants à disposer d’une école de filles.

L’encouragement de la scolarisation des garçons se faisait aussi avec des mesures sociales comme la gratuité pour les familles qui n’avaient pas les moyens de payer l’enseignement pour leurs enfants.

Un autre Ministre de l’Instruction publique, Victor Duruy, cette fois-ci de Napoléon III, a fait adopter la loi du 10 avril 1867 qui a obligé les communes de plus de 500 habitants à également construire des écoles pour les filles (d’où la dichotomie souvent d’école de filles et d’école de garçons à l’hôtel de ville) et les autorisait à lever un impôt communal pour permettre la gratuité absolue de l’enseignement primaire.

Comme on le voit, donc, la (première) loi de Jules Ferry n’est pas arrivée ex nihilo, mais après près d’une siècle de réflexions et aussi d’actions allant dans ce sens. En 1881, avant la première loi Jules Ferry, l’enseignement primaire était déjà gratuit dans 7 000 communes en ayant profité de la loi Duruy. Concrètement, avec divers systèmes de financement, entre 1837 et 1881, la part des écoliers bénéficiant de la gratuité de l’enseignement est passée de 32% à 66% (un tiers à deux tiers). La première loi Jules Ferry a gagné le dernier tiers.

La gratuité absolue de l’enseignement primaire, hors des particularités locales des communes, plaçait l’éducation sous l’autorité régalienne de l’État (au contraire de pays fédéraux comme l’Allemagne et les États-Unis) et était la première étape à la deuxième loi de Jules Ferry, la loi du 28 mars 1882 qui a instauré l’obligation de l’école pour les enfants de 6 à 13 ans.

Ces deux lois furent un progrès exceptionnel pour la France puisqu’en 1878, encore 600 000 enfants n’étaient pas scolarisés. Le progrès fut surtout pour les filles et pour les enfants des campagnes qui souvent, travaillaient plutôt à la ferme. Les parents étaient alors obligés d’envoyer leurs enfants à l’école primaire.

C’étaient les trois pôles de la politique scolaire de Jules Ferry : la gratuité, l’obligation, et le troisième, la laïcité (intégrée aussi dans la loi du 28 mars 1882), car à l’origine, l’enseignement était surtout assuré par l’Église catholique. Cela a placé la France dans une situation de "guerre scolaire" pendant une génération jusqu’au début des années 1920. Elle fut ensuite ranimée au début des années 1980.

L’enseignement religieux était alors remplacé par une instruction morale. Je peux le témoigner moi-même puisqu’un jour, quand j’étais adolescent et que j’aidais ma grand-mère à ranger son grenier, j’ai retrouvé un précieux manuel scolaire de mon arrière-arrière-grand-père (son grand-père) qui était professeur d’histoire-géographie (il était incollable sur les affluents des fleuves français, même les petits) et aussi professeur d’instruction morale. Dans ce manuel, il était par exemple décrit comment l’enfant, à la maison, devait faire s’il voulait prendre la parole pendant le déjeuner (en levant son doigt, etc.).

Cette laïcité établie en 1882 n’était alors pas anticléricale puisque la loi donnait un jour supplémentaire aux enfants, autre que le dimanche, pour aller à l’aumônerie et recevoir une instruction religieuse le cas échéant. La circulaire du 17 novembre 1883 précisait d’ailleurs : « L’instruction religieuse appartient aux familles et à l’Église, l’instruction morale à l’école. ». Une nouvelle déclinaison du fameux Redde Caesari quae sunt Caesaris, et quae sunt Dei Deo (Rends à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu), issu de l’Évangile selon saint Matthieu (parole de Jésus-Christ aux Pharisiens).

Ces lois Jules Ferry ont participé à ce que les enseignants fussent appelés (par Charles Péguy) les hussards de la République, ceux de la Troisième République. À l’instar de la conscription, l’école, ainsi "nationalisée", a contribué au sentiment d’appartenance nationale en unifiant les bagages intellectuels (une seule langue, une seule histoire, une seul géographie).


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (13 juin 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
L’école publique gratuite de Jules Ferry.
La loi du 9 décembre 1905.
Émile Combes.
Henri Queuille.
Rosa Luxemburg.
La Commune de Paris.
Le Front populaire.
Le congrès de Tours.
Georges Mandel.
Les Accords de Munich.
Édouard Daladier.
Clemenceau.
150 ans de traditions républicaines françaises.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210616-ecole-jules-ferry.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/la-gratuite-absolue-de-l-ecole-233655

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23 mai 2021 7 23 /05 /mai /2021 03:43

« La petite reine est veuve. De cette longue vie de records, de sport et d’engagements, la France gardera le souvenir d’un homme de cœur, dont les proches et les admirateurs, d’Ardèche et d’ailleurs, continueront de suivre la roue. Adieu champion ! » (Jean Castex, Twitter le 22 mai 2021).



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Un retraité, Robert Marchand, s’est éteint ce samedi 22 mai 2021 à Mitry-Mory, une commune de Seine-et-Marne où il habitait depuis longtemps. Peut-être que son nom ne vous dira rien, mais j’avais évoqué l’un de ses exploits il y a maintenant plus de quatre ans au détour d’une histoire de centenaire.

Son premier exploit, qui n’est pas vraiment un exploit mais qui est remarquable tout de même, c’est l’âge de sa disparition : il vient de partir à l’âge de 109 ans et demi (il est né le 26 novembre 1911 à Amiens), à quelques mois près, il aurait même pu être considéré comme un "supercentenaire", ce qui est rare dans le monde, mais de moins en moins rare à une époque où la médecine fait des miracles et l’espérance de vie progresse heureusement.

Ses autres exploits, c’est qu’il est un grand sportif, il est le champion du monde du cyclisme des centenaires. Et cela, c’était de véritables exploits sportifs.

Revenons à la vie de Robert Marchand. Il a connu une enfance assez difficile, obligé de travailler très petit à cause de la Première Guerre mondiale (il habitait sur le front et la famille a dû déménager et se réfugier chez des hôtes peu scrupuleux). Il a quitté l’école très tôt (à 11 ans) et il a voulu faire du sport. En 1924, il a été champion de France de la pyramide, et champion aussi de France de gymnastique en 1933. Quant au cyclisme, il a commencé à en faire à l’âge de 14 ans, il a participé à une course en truandant son nom car elle était réservée aux plus de 15 ans. Il aurait voulu être cycliste professionnel, mais il était trop petit, 1 mètre 50.

Si on en croit sa trajectoire, Robert Marchand n’avait pas eu beaucoup de bagages (études) mais il était une forte tête et débrouillard, savait ce qu’il voulait ou ne voulait pas et ne semblait pas du tout être un assisté. Pourquoi je dis cela ? Parce qu’il a su rebondir, changer de métier, se débrouiller, alors qu’il a adhéré au parti communiste français quand il avait une vingtaine d’années, parce qu’il croyait au Front populaire et voyait dans ce parti un parti des ouvriers, qui défendait les ouvriers et les travailleurs. Il a même reçu la médaille d’honneur de la CGT en novembre 2016 pour avoir été syndiqué pendant… quatre-vingt-dix ans ! Cela laisse songeur.

Son côté forte tête, on pouvait la sentir quand il a reçu la médaille de la jeunesse et des sports en 2009 : pas question pour lui que la ministre en titre la lui remît, à cause de l’étiquette politique de ladite ministre, à savoir Roselyne Bachelot (UMP). Ce fut donc la maire communiste de sa commune qui la lui donna.

Pompier, mais viré pour indiscipline, puis parti après la guerre au Venezuela pour divers métiers (éleveur de volailles, conducteur d’engins, cultivateur de canne à sucre, etc.), puis un séjour au Canada comme bûcheron (mais le métier était trop difficile pour lui), et revenu en France comme maraîcher, vendeur de chaussures, négociant de vin, etc. Sa fiche Wikipédia, qui s’alimente d’heure en heure après son décès, précise mystérieusement qu’il n’a pris sa retraite qu’à 89 ans, ce qui n’est pas étonnant vu la force et la forme du personnage, mais quand même curieux pour un communiste fidèle aussi durablement dont l’idéologie attend tout de l’État.

Tout cela n’aurait pas valu sa notoriété actuelle, sinon localement, s’il ne s’était pas remis au cyclisme à l’âge de 67 ans. Les carrières de champion peuvent être tardives, c’est très rassurant et cela apporte l’espoir à bien des sédentaires non sportifs comme moi qui pourraient ainsi commencer une carrière sportive tardive (cela dit, la procrastination a des limites, à un moment, il faut quand même décider à se bouger le derrière !).

Ainsi, ce fut un "senior" qui a multiplié les courses (les distances parcourues sont indicatives et variables selon l’année) : douze Ardéchoises (entre 85 et 630 km), huit Bordeaux-Paris (600 km), quatre Paris-Roubaix (250 km), et même un Paris-Moscou (2 800 km) en 1992. Lors d’une "Ardéchoise", en 2011 (il avait 98 ans), Robert Marchand a eu un accident, à Saint-Félicien, sur le col du Marchand (un camion a reculé, il a chuté et a été blessé), si bien qu’on a rebaptisé le col à son nom, col Robert Marchand (à 911 mètres d’altitude).

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Mais sa carrière de champion, Robert Marchand l’a commencée à l’âge de 100 ans. Une sorte de revanche personnelle après avoir été repoussé de son souhait de devenir un cycliste professionnel quand il était jeune. L’avantage d’être un sportif centenaire, c’est de ne pas avoir beaucoup de concurrents, voire d’être le seul à concourir !

Ses performances se mesuraient alors sur la distance qu’il était capable de parcourir en une heure sur piste. Entraîné par deux coachs dont une double médaillée de bronze aux championnats du monde sur piste (Magali Humbert-Faure), Robert Marchand a ainsi accumulé les records dans la catégorie des plus de 100 ans, puis celle des plus de 105 ans, deux catégories spécialement créées pour lui !

Au-delà de pouvoir atteindre ces âgés-là, c’est un exploit physique d’être capable de pédaler pendant une heure sans discontinuer (et même quatre fois plus parfois !). Le 17 février 2012, à Aigle (Suisse), il a ainsi parcouru 24,100 kilomètres. Le 28 septembre 2012, à Lyon, il a parcouru 100 kilomètres en 4 heures 17 minutes et 27 secondes, soit une moyenne de 23,3 km/h, ce qui était à peine inférieur à sa performance du 17 février 2012, mais pendant plus de 4 heures. À 102 ans, le 31 janvier 2014 à Saint-Quentine-en-Yvelines, il a amélioré sa performance (peut-être grâce à un vélo conçu spécialement pour lui) en parcourant 26,927 kilomètres en une heure.

À l’occasion de ses anniversaires, Robert Marchand a aussi fait quelques exploits : à 103 ans, le 26 novembre 2014, il a grimpé le col Robert Marchand en Ardèche, en 56 minutes, sur 10 kilomètres avec 450 mètres de dénivelé (malgré le froid et la pluie). À 104 ans, le 26 novembre 2015, il a parcouru plus d’une vingtaine de kilomètres d’une étape du Tour de France 2016 en Ardèche, il me semble la 13e étape qui faisait 37,500 kilomètres (il faut insister sur le fait que l’Ardèche n’est pas un plat pays !). À 105 ans, le 26 novembre 2016, il a parcouru 26,927 kilomètres autour de sa ville de résidence, Mitry-Mory.

Nouveau record du monde pour Robert Marchand le 4 janvier 2017 à Saint-Quentin-en-Yvelines dans la nouvelle catégorie des coureurs de plus de 105 ans, en parcourant 22,547 kilomètres en une heure. Mais il s’était "bridé" car il n’avait pas vu qu’il était à la fin de l’heure où il aurait pu un peu accélérer : « C'est bien ! J'ai pas vu l'affiche des dix dernières minutes, sinon j'aurais été un peu plus vite, j'aurais fait mieux. ».

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Et il n’avait pas tort puisque le 27 août 2017 à Albi, il a parcouru 23 kilomètres en 55 minutes et 23 secondes (soit une moyenne de 23,9 km/h). Pour cet exploit, Gérard Mistler, le président de l’Ardéchoise, a expliqué au journal "Le Dauphiné libéré" : « C’était sa première participation à cette compétition internationale. Je l’ai trouvé très  l’aise, très fluide. Il était plus en forme que lors de l’Ardéchoise [en juin 2017] où il avait quelques problèmes de tension. Là, j’ai retrouvé le vrai Robert. (…) Il a eu droit à des ovations. C’est tellement phénoménal, ce qu’il est capable de faire. Je pense qu’il est unique au monde. ».

Robert Marchand n’était pas le seul à vouloir faire du vélo "vieux". Il a eu une concurrente qui aurait pu être sa fille, devenue championne du monde pour les femmes de plus de 80 ans : le 30 septembre 2017 à Saint-Quentin-en-Yvelines, Janet Augusto (82 ans) a en effet couru 28,226 kilomètres en une heure : « Je suis bien, je ne souffre pas. (…) En s’entretenant, on vit bien et longtemps. ». Cela dit, Janet Augusto en a fini et ne souhaite pas récidiver.

Tout le contraire de Robert Marchand qui est resté encore dans la course. Encore 16 tours de piste au vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines le 11 février 2018, à 106 ans, à parcourir 4 kilomètres à l’occasion des finales de la Coupe d’hiver de cyclisme sur piste : « Je suis là pour montrer que tant que l’on a la santé, on peut encore faire ce que l’on veut. Je n’ai pas pris ma retraite. J’ai juste ralenti ! (…) C’est mieux que ce que je pensais. J’ai eu un peu peur au début. Mon principal problème, ce sont l’équilibre et les rhumatismes. C’est pas rigolo tous les jours. ». En fait, en refaisant encore du vélo à cette date-là, il outrepassait l’interdiction de son médecin qui lui avait ordonné d’arrêter en janvier 2018, ce qui lui a fait rater une course le 4 janvier 2018.

Le 26 octobre 2018 à Saint-Quentin-en-Yvelines, à un mois de ses 107 ans, Robert Marchand a encore couru une heure à vélo, sans qu’il ne fût possible d’établir un record car l’Union cycliste internationale n’a pas voulu prendre la responsabilité d’homologuer une performance pour un coureur de cet âge. Qu’importe ! À 107 ans, le 26 novembre 2018, le centenaire est reparti en Ardèche courir « près de 20 kilomètres à vélo entre Privas et le Pouzin, sur la voie douce de la Payre », indiquait "Le Dauphiné libéré".

Dans "Le Dauphiné libéré" du 13 juin 2012, Véronique Billat, chercheuse en physiologie, a expliqué les raisons des performances de Robert Marchand : « Contrairement aux idées reçues, des personnes âgées peuvent continuer, grâce à un entraînement physique, à améliorer leur capacité à consommer de l’oxygène (VO2 max). Ce qui représente le meilleur indice pour la prédiction de l’espérance de vie d’un individu. (...) Il a les capacités physiologiques et cardiaques d’un homme de 50 ans… Quand je l’ai vu, à la télé, battre son record de l’heure, je savais déjà qu’il était capable de faire mieux que 25 kilomètres dans l’heure. Il n’était pas essoufflé, s’exprimait avec une lucidité incroyable. Il est vrai qu’on lui avait interdit de dépasser les 105 pulsations cardiaques à la minute. Nous, en prenant soin de procéder par paliers et sous la surveillance d’un spécialiste de la réanimation, on l’a testé jusqu’à un seuil de 132 pulsations. Et il n’était pas à fond. Je le crois capable de réaliser 30 kilomètres dans l’heure. (...) La seule chose d’extraordinaire, c’est son éternel optimisme. Pour le reste, la part de la génétique n’est que de 30 %. Robert Marchand a pratiqué le sport dans sa jeunesse. Mais il a mené ensuite une vie plutôt éreintante. Il fut longtemps maraîcher (...). Il y a une forme de renoncement qui s’instaure avec l’âge. Beaucoup de gens s’ignorent. Trop de retraités se contentent de jouer aux cartes (...). De trop nombreux seniors déclarent un diabète à la retraite parce qu’ils ne bougent plus. (...) Le cyclisme n’est pas traumatisant. On peut organiser des stages à l’intention des seniors. Il faudrait fabriquer aussi des vélos plus confortables, plus stables. ».

 




Terminons par le secret de Robert Marchand, de sa longévité, de sa forme physique exceptionnelle. Il l’a dévoilé à son 107e anniversaire au "Dauphiné libéré" :  « Le jour où vous vous asseyez dans votre fauteuil en buvant du vin, héhé, eh bien, vous êtes foutu ! Il faut toujours faire rentrer la machine. Il ne faut pas la brusquer (…). Moi, dans ma vie, j’ai usé de tout et j’ai abusé de rien. ». Usé de tout et abusé de rien, quelle belle devise pour la vie d’un homme ! In medio stat virtus, disait le latiniste.

En automne 2020, Robert Marchand aurait dû donner le départ de l’édition 2020 de l’Ardéchoise, mais elle a été annulée à cause de la pandémie de covid-19. Robert Marchand, qui avait fait plusieurs mauvaises chutes l’année dernière, avait été placé dans un EHPAD de sa commune, mais continuait néanmoins à pratiquer le vélo d’appartement qu'on lui avait offert pour ses 109 ans. Sa disparition dans la nuit du 21 au 22 mai 2021 a bouleversé le milieu du cyclisme, encore épaté par cet homme à la vitalité extraordinaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (22 mail 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Robert Marchand.
Les Joyeux drilles de l'escadrille.
Michael Collins.
John Glenn.
Thomas Pesquet.
Youri Gagarine.
Quand Jacques Chirac sauva le Tour de France…
Raymond Poulidor.
L’exploit de Thomas Coville.
La France qui gagne.
Communion nationale et creuset républicain.
Faut-il haïr le football en 2016 ?
Les jeux olympiques de Berlin en 1936.
Les jeux olympiques de Londres en 2012.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210522-robert-marchand.html

https://www.agoravox.fr/culture-loisirs/sports/article/robert-marchand-centenaire-et-233258

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/05/22/38982068.html



 

 




 

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14 mars 2021 7 14 /03 /mars /2021 03:42

« C’est ma fille, ça pourrait être la vôtre, votre sœur ! » (le père d’Alisha, le 14 mars 2021).



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Ce dimanche 14 mars 2021 a eu lieu dans les rues d’Argenteuil une marche blanche de solidarité pour la famille et les proches de la jeune adolescente de 14 ans, Alisha, qui a trouvé la mort dans des conditions très sordides le lundi 8 mars 2021 en fin d’après-midi dans la Seine. Plusieurs milliers de personnes étaient au rendez-vous, malgré la crise sanitaire, pour exprimer ce message de sympathie et d’espoir dont a besoin toute famille endeuillée d’une manière si brutale.

Ce qu’a raconté Éric Corbaux, le procureur de la République de Pontoise, dans sa (première) conférence de presse du 10 mars 2021, était effrayant. Une sorte de trio infernal, deux filles, un garçon, qui a abouti au pire. Les deux autres adolescents ont 15 ans et ont été arrêtés dans la nuit du 8 au 9 mars 2021. Alisha, "ex" du garçon et toujours restée amie avec la nouvelle "petite copine", aurait été harcelée par le garçon, du "revenge porn" comme on dit maintenant, sur les réseaux sociaux, c’est-à-dire, la publication de photos de la victime en petite tenue (on parle de "revenge" car c’est maintenant le risque des "ex", quel que soit le sexe ; se voir diffuser des photos intimes au moment où ils étaient ensemble).

Comme l’a dit Valérie Pécresse, venue à cette marche d’Argenteuil en tant que présidente du conseil régional d’Île-de-France : « Tout avait été bien fait, le harcèlement avait été signalé, des sanctions étaient en train d’être prises. ». Elle a parlé sur Twitter d’une « victime d’un engrenage infernal ». On peut ajouter que les parents allaient déposer une plainte à la police. Bref, dans cette affaire de harcèlement scolaire, tout avait été pris en compte : le lycée allait tenir un conseil de discipline le 10 mars 2021 pour sanctionner le garçon en question qui était à l’origine de la diffusion des photos sur le propre compte de réseau social d’Alisha, il avait été retardé pour cause de crise sanitaire. L’école, la famille, la police avaient été à l’écoute des difficultés que rencontrait Alisha. Elle n’était pas seule dans sa détresse.

Cela fait hélas plusieurs années que des adolescentes meurent à cause du harcèlement scolaire dans les réseaux sociaux. On aurait pu imaginer que la détresse d’Alisha pouvait entraîner une tentative de suicide, par honte, par épuisement, comme cela est déjà arrivé hélas. À Argenteuil, le procureur a parlé d’un assassinat, c’est-à-dire d’un meurtre avec préméditation. Sang qui se glace.

La mort d’Alisha a eu lieu dans un climat particulièrement délétère de plusieurs meurtres d’adolescents qui avaient déjà endeuillé les jours précédents. Mais elle est beaucoup singulière que des règlements de compte, parfois sur des sujets dérisoires, de "bandes" rivales. Alisha a été victime d’un véritable guet-apens. Son (ancienne) amie l’a fait venir dans un endroit isolé, près de la Seine, et son ancien "petit copain" l’attendait caché pour la rouer de coups.

Selon le procureur, après avoir été tabassée par le garçon, elle a été jetée vivante dans la Seine, du haut du quai bétonné (plusieurs mètres) et elle est morte noyée, à un mètre de profondeur. L’amie en question a participé aussi à la jeter dans la Seine. Les deux adolescents ont pris le temps de se changer (leurs vêtements avaient été entachés) et sont allés chercher à manger à Paris avant de revenir à Argenteuil hébergés par un ami apparemment hors de cause. Toujours selon le procureur, les deux adolescents en garde-à-vue n’auraient pas exprimé des "remords immédiats" mais l’avocat du garçon a déclaré le lendemain ou surlendemain qu’il regrettait son geste.

Il faut se garder, dans une histoire si singulière où l’émotion peut rapidement l’emporter sur d’autres réactions, de faire des généralités. C’est faux de dire que maintenant, les ados s’assassinent entre eux, tout autant que de dire qu’à Argenteuil, ça craint (on a vu quelques jours auparavant qu’il y a eu des meurtres d’adolescents dans des communes plutôt résidentielles). Ou encore que ça craindrait dans les lycées professionnels privés. Cela aurait pu arriver avec d’autres, dans d’autres circonstances, et dans tous les cas, cela arrive très très peu souvent, heureusement.

On pourrait aussi dire que les réseaux sociaux (je ne précise pas ici le nom du réseau, surtout utilisé par les plus jeunes pour échanger des photos), ce sont des germes de violence. Après tout, ce ne sont que des outils et le couteau est aussi un germe de violence et on l’utilise bien tous les jours pour manger, tout comme l’automobile et d’autres objets ou procédés qui, détournés, pourraient de gros dégâts humains (le summum étant l’énergie nucléaire).

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En fait, ce qui choque vraiment, au-delà de la futilité des motivations (un père disparu considéré comme insulté, un amour probablement déçu, etc.), c’est que ces adolescents ont vécu une tragédie d’adultes, et même, d’adultes cyniques, désabusés, ne donnant aucune valeur à la vie humaine. Enfin, c’est ce qui semblerait ressortir dans une première approche, car cela n’est déjà qu’une interprétation.

Je ne sais plus exactement quel soir j’avais entendu cette information tournée en boucle sur les chaînes d’information continue, probablement le soir du mardi 9 mars 2021, mais il suffisait ensuite de zapper sur les différentes chaînes TNT pour avoir un aperçu de ce qui était possible de regarder avant d’aller se coucher. Des séries de crimes glauques souvent américaines, des documentaires sur la violence, la drogue, l’insécurité routière, etc., des séries aussi assez gores qui se passent dans un hôpital (les séries hospitalières sont assez populaires, d’où le grand succès d’une parodie comme "H"), etc. Bref, de la violence glauque, on pouvait en avoir comme on en voudrait tous les soirs, à quasiment chaque chaîne de télévision gratuite. Cela dit, cette violence télévisuelle n’explique rien, en particulier parce que les adolescents d’aujourd’hui, il me semble, regardent désormais peu la télévision comme la regardaient leurs parents à leur âge.

Je pense qu’il y a eu probablement une confusion entre le virtuel et le réel. Un "déjantement" cognitif. C’est le cas dans de nombreux forums ou sites Internet participatifs : lorsqu’un intervenant prend un pseudonyme et se donne une image particulière, il se crée un rôle, et pourquoi pas, chacun fait ce qu’il veut dans le cadre de la loi. Mais certaines personnes mettent plus de cœur dans le personnage qu’elles se sont composé que leur réalité physique et sociale, et là, la divergence peut aboutir à des singularités effrayantes. C’est d’ailleurs sans doute le grand risque de l’école en visioconférence, l’enseignant, les camarades deviennent des êtres virtuels et moins réels.

J’ai à l’esprit deux exemples qui m’ont interpellé. Le premier date d’il y a quinze ans. Une amie me racontait que son fiston venait de passer l’examen du permis de conduire. Prêt à la féliciter, je lui ai demandé : et alors, l’a-t-il eu ? Elle m’a répondu, l’œil à peine attristé : non, et heureusement. Car selon elle, le fiston considérait l’acte de conduire comme un jeu vidéo. Le problème, c’est que dans la réalité, on n’a qu’une seule vie. Donc recalé, et avec le soulagement de la mère qui avait pourtant dû financer la démarche. Peut-être un problème de maturité ? En tout cas, une douche froide salutaire.

Mais en remontant encore un peu plus loin, une vingtaine d’années, je repense à un vieux souvenir. J’étais allé à l’anniversaire d’une amie. Beaucoup de monde (c’est relatif !), peut-être une quinzaine ou vingtaine de convives (impensable de nos jours !). Des amis et leurs enfants. Je ne les connaissais pas mais un môme de 3 ou 4 ans s’ennuyait fortement pendant la soirée et je lui ai proposé de quitter la table et de jouer à un jeu vidéo sur l’ordinateur, dans une chambre à l’écart du dîner.

Je l’ai donc installé dans le fauteuil et j’ai découvert immédiatement qu’il était très à l’aise avec la souris (rappelons le contexte : à la même époque, le Président Jacques Chirac se demandait dans un salon de hautes technologies ce qu’était une souris !). Il y avait plusieurs icônes sur le bureau de l’ordinateur de l’amie en question et certains permettaient d’exécuter un jeu pour enfant en bas âge (l’amie avait elle-même un enfant du même âge). "Aveuglé" par la grande aisance de manipulation de la souris du petit môme, je lui ai dit, comme on dit à un collègue : eh bien, clique sur XXX et j’ai dit le nom de l’icône (plus aucun souvenir du nom du jeu !). Et la réponse de l’enfant : je ne sais pas lire, c’est quelle icône ?

Évidemment qu’il ne savait pas lire, il n’avait que 3-4 ans. Mais voilà, j’ai découvert que les enfants de cet âge-là, 3 ans en 2001, ils connaissaient la manipulation d’un ordinateur, d’une souris, avant de manipuler les mots, les phrases, les idées. Ils ont maintenant 20 à 25 ans ! Des études ont d'ailleurs démontré que l’apprentissage de l’écriture sur un ordinateur développait d’autres neurones que l’écriture manuscrite.

Un chercheur du CNRS, Jean-Luc Velay, du laboratoire de neurosciences cognitives de l'Université d'Aix-Marseille, a fait des expériences auprès d'élèves de maternelle : « Quand on a demandé aux enfants d'identifier ces lettres, le groupe qui les avaient apprises de manière manuscrite étaient meilleurs que celui qui les avaient découvertes par clavier, et cela en seulement trois semaines. ». Virginia Berninger, professeure de l'Université de Washington a confirmé ce genre de conclusion : « Nous avons découvert que les élèves, jusqu'en sixième, écrivaient plus de mots, plus rapidement et exprimaient plus d'idées s'ils écrivaient à la main, écriture scripte ou cursive, que s'ils utilisaient un clavier. ». Des chercheurs de l'Université de Princeton ont eu aussi cette conclusion en 2019 pour les étudiants : « Nous avons constaté que les étudiants qui prenaient des notes sur des ordinateurs portables obtenaient de moins bons résultats sur des questions conceptuelles que les étudiants qui prenaient des notes à la main. Alors que l'écriture manuscrite peut être bénéfique, la prise de notes sur clavier qui transcrit mot pour mot le cours plutôt que de traiter l'information et la reformuler est préjudiciable à l'apprentissage. ».

Toute cette virtualité, qui s’est amplifiée avec Internet, au-delà de la simple pratique d’un matériel informatique (au détriment du sport, du bricolage, d’activités manuelles), ne peut qu’avoir des conséquences sur la façon d’appréhender la réalité. N’avons-nous jamais vu un enfant qui, après avoir regardé un film de Zorro, se prenait pour Zorro pendant toute la soirée qui suivait ? En restant toujours dans le virtuel, il y a peut-être aussi ce genre de mélange dans l’esprit du jeune en devenir.

Comme je l’ai prudemment écrit plus haut, il faut se garder de toute généralisation et de toute analyse précipitée. Mais il ne fait pas de doute que la mort d’Alisha sera disséquée et analysée longtemps par de nombreux sociologues, psychologues et autres-logues, et leurs études pourraient être d’une utilité cruciale. Par exemple, éviter qu’à l’avenir ne se répète ce qui s’acheminerait aujourd’hui comme un assassinat commis de sang-froid par deux adolescents en pleine conscience, à peine sortis de l’enfance.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (14 mars 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Alisha, victime d’un engrenage infernal.
Genrer la part du Lyon ?
L’écriture inclusive.
Femmes, je vous aime !
Parole libérée ?
Bioéthique 2020 (9) : le rejet par les sénateurs de la PMA pour toutes.
L’avortement.
Ni claque ni fessée aux enfants, ni violences conjugales !
Violences conjugales : le massacre des femmes continue.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20210314-alisha.html

https://www.agoravox.fr/actualites/societe/article/alisha-victime-d-un-engrenage-231621

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/03/14/38865928.html






 

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