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5 octobre 2020 1 05 /10 /octobre /2020 03:42

« Mes chers compatriotes, depuis plus de trente ans, nous parcourons ensemble un chemin inédit. Nous regardons en face notre histoire en Nouvelle-Calédonie, qui est une histoire coloniale. Et nous cherchons à la dépasser, pour ne pas qu’elle nous enferme. Nous savons aujourd’hui que nous sommes à la croisée des chemins. » (Emmanuel Macron, le 4 octobre 2020 à l’Élysée).



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Ce dimanche 4 octobre 2020, les 180 598 électeurs néo-calédoniens inscrits sur les listes électorales ont été convoqués pour le deuxième référendum sur l’indépendance, prévu par les Accords de Nouméa du 5 mai 1998 (lire plus précisément ici). Le premier référendum avait eu lieu le 4 novembre 2018 et avait dégagé une solide avance pour les partisans du maintien dans la République française avec une forte participation.

La participation à ce référendum de 2020 a été encore plus forte qu’il y a deux ans, puisqu’elle s’est élevée à 85,64% des inscrits (81,01% en 2018). En revanche, les résultats se sont très resserrés puisque les partisans du maintien dans la République ne sont plus que 53,26% des suffrages exprimés au lieu de 56,67% en 2018. L’apport en participation a donc plutôt avantagé les indépendantistes sur les loyalistes.

Si l’on regarde en absolu (nombre d’électeurs), en sachant qu’il y a eu un peu plus d’électeurs inscrits qu’en 2018 (174 165 en 2018, 180 598 en 2020), le nombre d’électeurs indépendantistes a progressé de 60 199 à environ 70 130 (au maximum, 72 290, je n’ai pas encore, à cette heure, le nombre de bulletins nuls et blancs). En gros, il y a eu entre 2018 et 2020 un apport d’environ 10 000 électeurs supplémentaires choisissant l’indépendance. Certes, comme la participation et le nombre d’inscrits étaient en hausse, il y a eu aussi une progression (en absolu) du nombre d’électeurs loyalistes, de 78 734 en 2018 à environ 81 130 (au maximum 82 374), ce qui ne fait qu’une hausse de 1 000 voire 2 000 électeurs, loin des 10 000 pour le "oui" à l’indépendance. À ce rythme-là, lors de l’éventuel troisième référendum avant 2022, les électeurs indépendantistes pourraient donc être majoritaires.

Cependant, pour l’heure, dans une courte allocution télévisée, le Président Emmanuel Macron a salué la victoire des loyalistes : « Les électeurs se sont exprimés. Ils ont majoritairement confirmé leur souhait de maintenir la Nouvelle-Calédonie dans la France. En tant que chef de l’État, j’accueille cette marque de confiance dans la République avec un profond sentiment de reconnaissance. J’accueille également ces résultats avec humilité : j’entends la voix de celles et ceux qu’anime la volonté de l’indépendance et je veux leur dire : c’est avec vous, ce n’est qu’ensemble que nous construirons la Nouvelle-Calédonie de demain. ».

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Ce bémol présidentiel, la forte "résistance" du courant indépendantiste, a aussi été exprimé à propos de la campagne référendaire : « Cette deuxième campagne référendaire a certes connu des soubresauts ; elle a été marquée par davantage de tensions, d’oppositions. C’est la logique propre au référendum. ». Pourtant ces tensions n’étaient pas si présentes lors du premier référendum.

L’un des signes que les deux camps commencent à se "radicaliser", c’est justement la forte participation. Comme lors des précédents scrutins, il y a trois provinces, les indépendantistes sont largement majoritaires dans la Province du Nord et dans les Îles Loyauté, tandis que les loyalistes sont largement majoritaires dans la Province du Sud (Nouméa). Et cette mobilisation s’est faite au profit des indépendantistes.

Ainsi, la Province du Nord est passée de 86,0% à 88,7% de participation, et de 75,8% à 77,8% en faveur de l’indépendance. Les Îles Loyauté de 61,2% à 74,9% de participation, et de 82,2% à 84,3% en faveur de l’indépendance. Tandis que la Province du Sud est passée de 83,0% à 86,6% en participation, mais de 74,1% à seulement 70,9% en faveur du maintien dans la République. Ainsi, la lente progression des indépendantistes pourrait atteindre la majorité lors d’un troisième référendum, si, en face, aucun projet d’avenir au sein de la République n’est proposé pour intégrer complètement ceux qui, parmi les indépendantistes, se sentent encore trop exclu de la société et de l’économie.

Ce troisième référendum est politiquement inéluctable même si juridiquement, il pourra être un peu plus compliqué à organiser que les deux précédents. Néanmoins, il est l’une des conditions de l’Accord de Nouméa qui est un accord de paix que toutes les parties, les trois parties (indépendantistes, loyalistes, État), doivent respecter pour pérenniser la paix en Nouvelle-Calédonie.

Le plus dur est devant nous, car la société néo-calédonienne reste morcelée et nouveau référendum ou pas nouveau référendum, la Nouvelle-Calédonie devra, dans tous les cas, sortir du cadre institutionnel prévu par l’Accord de Nouméa. Il s’agira donc de préparer un nouveau cadre institutionnel, cette fois-ci définitif et pas transitoire, que ce soit dans le cadre de la France ou en dehors. Et ce cadre institutionnel devra également être approuvé par référendum, si bien que ce troisième référendum est doublement une nécessité : d’une part, les indépendantistes, renforcés par leur forte progression, le demanderont assurément ; d’autre part, il faut sortir de l’Accord de Nouméa d’ici à 2022 et donc la France voudra aussi ce référendum pour définir des institutions pérennes.

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C’est le sens de l’allocution présidentielle : « Il nous revient tous ensemble de préparer cet avenir. Le moment est en effet venu de répondre et d’appréhender les conséquences concrètes de tous les scénarios. Et l’État, sans se départir de son impartialité garanti par les Accords de Matignon s’engagera dans cette voie. (…) Nous aurons aussi besoin de l’ensemble des formations politiques nationales qui, dans le cadre du débat démocratique, auront à dessiner leur vision de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Je les y invite. (…) Nous avons, devant nous, deux années pour dialoguer et imaginer l’avenir, et pas seulement l’avenir institutionnel. ». (On notera au passage que dans deux ans, ce sera un autre quinquennat).

Et Emmanuel Macron d’énumérer les grands enjeux pour la Nouvelle-Calédonie : « Lors de ma visite en 2018, j’avais évoqué trois défis : l’indopacifique ; le développement économique ; le défi climatique dont on mesure chaque jour un peu plus combien il est prégnant, urgent. À ces défis, comme  ceux de l’éducation ; de l’agriculture, de l’industrie et de l’énergie ; du tourisme, des services et de la mer ; des alliances et des solidarités régionales ; de la sécurité au quotidien ; de l’égalité entre les femmes et les hommes, à tous ces défis, nous ne pouvons bien sûr répondre par "oui" ou par "non". Embrasser l’ensemble de ce qui permet de bâtir un nouveau projet sera au cœur des initiatives que prendra le gouvernement dans les prochains jours. ».

Tout le monde n’est pas Michel Rocard qui a réussi l’exploit d’en finir avec la guerre civile et de permettre un dialogue pacifique entre deux camps qui aiguisaient leurs antagonismes. Les tensions de 2020 pourraient s’amplifier et rendre la situation d’autant plus compliquée en Nouvelle-Calédonie que la bataille présidentielle va commencer sur tout le territoire de la République. Il y a une petite contradiction à refuser tous les séparatismes, comme Emmanuel Macron l’a répété dans son discours le 2 octobre 2020 aux Mureaux, et il a raison d’insister sur l’unité et l’indivisibilité de la République, et à institutionnaliser en Nouvelle-Calédonie la partition sociale en entités purement ethniques ou communautaires.

Tout le monde devra donc porter attention sur ce risque d’une nouvelle explosion de la violence. Le vivre ensemble, plus que jamais, va devoir se décliner rapidement et politiquement en Nouvelle-Calédonie. Pas sûr que ce soit un enjeu qui intéresse les Français hors de Nouvelle-Calédonie.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (04 octobre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : le vent du boulet ?
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 octobre 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie.
Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Edgard Pisani.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201004-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvelle-caledonie-le-vent-du-227569

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/20/38544152.html



 

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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 14:03

(verbatim)


Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201004-nouvelle-caledonie.html






Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie, le 4 octobre 2020 vers 15 heures


Françaises, Français,
Mes chers compatriotes,

Ce dimanche, près de deux ans après la consultation du 4 novembre 2018, les Calédoniennes et les Calédoniens étaient appelés à se prononcer sur l’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, conformément à l’accord de Nouméa signé en 1998.

Avec une participation exceptionnelle, c’est un deuxième grand rendez-vous démocratique réussi, malgré les conditions plus difficiles, même si l’archipel est épargné par la pandémie.

Je salue aujourd’hui, tous ceux qui ont contribué à la réussite du scrutin : les maires, les agents de l’Etat, la commission de contrôle, les observateurs de l’ONU ; je salue les forces politiques qui ont nourri cette campagne.

Les électeurs se sont exprimés. Ils ont majoritairement confirmé leur souhait de maintenir la Nouvelle-Calédonie dans la France. En tant que Chef de l’État, j’accueille cette marque de confiance dans la République avec un profond sentiment de reconnaissance.

J’accueille également ces résultats avec humilité : j’entends la voix de celles et ceux qu’anime la volonté de l’indépendance et je veux leur dire : c’est avec vous, ce n’est qu’ensemble que nous construirons la Nouvelle-Calédonie de demain. 

Cette deuxième campagne référendaire a certes connu des soubresauts ; elle a été marquée par davantage de tensions, d’oppositions. C’est la logique propre au référendum. Et si certains voudront certainement revenir sur ce qui a été dit, ce qui a été fait, je crois plutôt que nous devons saluer la réussite de ce deuxième scrutin et nous tourner vers l’avenir.

L’avenir, c’est la dernière étape de l’accord de Nouméa. Un troisième référendum est possible. C’est à vos élus du Congrès de le décider. L’État, fidèle à sa parole, se tient prêt à l’organiser si c’était leur choix.

L’avenir, c’est aussi la préparation quoi qu’il arrive — avec ou sans troisième référendum — de la sortie de l’accord de Nouméa qui interviendra d’ici 2022.  A terme, les dispositions transitoires inscrites dans la Constitution devront soit céder la place à des dispositions pérennes – si le choix du maintien dans la République est confirmé ; soit être retirées - si la Nouvelle-Calédonie choisit l’indépendance. 

Il nous revient tous ensemble de préparer cet avenir. Le moment est en effet venu de répondre et d’appréhender les conséquences concrètes de tous les scénarios. Et l’Etat, sans se départir de son impartialité garantie par les accords de Matignon s’engagera dans cette voie.

Il faudra que les forces politiques calédoniennes s’engagent, que les partisans du “oui” acceptent d’envisager l’hypothèse et les conséquences du “non” ; et que les partisans du “non” acceptent d’envisager l’hypothèse et les conséquences d’un “oui”.

Nous aurons aussi besoin de l’ensemble des formations politiques nationales qui, dans le cadre du débat démocratique, auront à dessiner leur vision de l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Je les y invite.

Mes chers compatriotes, depuis plus de 30 ans, nous parcourons ensemble un chemin inédit. Nous regardons en face notre histoire en Nouvelle-Calédonie, qui est une histoire coloniale. Et nous cherchons à la dépasser, pour ne pas qu’elle nous enferme.

Nous savons aujourd’hui que nous sommes à la croisée des chemins. Nous avons, devant nous, deux années pour dialoguer et imaginer l’avenir — et pas seulement l’avenir institutionnel. Lors de ma visite en 2018, j’avais évoqué trois défis : l’indo-pacifique ; le développement économique ; le défi climatique dont on mesure chaque jour un peu plus combien il est prégnant, urgent.

À ces défis, comme à ceux de l’éducation ; de l’agriculture, de l’industrie et de l’énergie ; du tourisme, des services et de la mer ; des alliances et des solidarités régionales ; de la sécurité au quotidien ; de l’égalité entre les femmes et les hommes, à tous ces défis, nous ne pouvons bien sûr répondre par “oui” ou “non”.

Embrasser l’ensemble de ce qui permet de bâtir un nouveau projet sera au cœur des initiatives que prendra le Gouvernement dans les prochains jours.

Quoi qu’il advienne, notre responsabilité collective sera de tenir le pacte scellé à Ouvéa en 2018, en plantant un arbre avec la petite Ginette : veiller les uns sur les autres pour le faire croître et préparer demain.

Alors continuons.

Vive la Nouvelle Calédonie.
Vive la République.
Vive la France.

Emmanuel Macron, le 4 octobre 2020 à Paris.


Source : www.elysee.fr/

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20201004-allocution-macron.html


 

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4 octobre 2020 7 04 /10 /octobre /2020 12:01

Le référendum du 4 octobre 2020 sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie a été favorable aux partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République française.

Cliquer sur le lien pour lire les résultats définitifs du référendum :
http://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/Politiques-publiques/Elections/Elections-2020/REFERENDUM-2020/Les-resultats

Pour en savoir plus :
https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20201004-nouvelle-caledonie.html

SR

https://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20201004-resultats-referendum-nouvelle-caledonie.html


 

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29 septembre 2020 2 29 /09 /septembre /2020 03:13

« À présent, j’invite chacun à se tourner vers l’avenir, j’invite chacun à se saisir des responsabilités exceptionnellement larges reconnues aux instances locales, pour construire la Nouvelle-Calédonie forte de son histoire et tournée vers demain. J’invite chacun à inscrire la Nouvelle-Calédonie tout à la fois dans la République et dans le destin océanique et indopacifique qui est le sien. » (Emmanuel Macron, le 4 novembre 2018).


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Qui sait aujourd’hui, du moins en métropole, qu’il va y avoir un nouveau référendum d’autodétermination de la Nouvelle-Calédonie le dimanche 4 octobre 2020 ? En tout cas, il ne faut pas trop compter sur les grands médias pour en parler avant, peut-être, la veille ou l’avant-veille. On peut d’ailleurs déplorer l’extinction définitive de la chaîne France Ô sur le réseau TNT depuis le 24 août 2020 alors qu’elle avait joué un rôle non négligeable en 2018.

Les quelques mots mis ici en introduction du Président Emmanuel Macron, c’était à moins de deux semaines du début de la crise des gilets jaunes. Autant dire que la "séquence néo-calédonienne" (pour m’exprimer comme un journaliste) n’a duré que le temps du référendum, c’est-à-dire le week-end du 4 novembre 2018 et qu’elle fut vite oubliée par la suite (gilets jaunes, grand débat, réforme des retraites, pandémie de covid-19, récession et plan de relance économique).

À l’issue du scrutin du 4 novembre 2018, qui a joui d’une forte participation (plus de 80% des inscrits), les partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la République française ont gagné plus que ce que les sondages laissaient penser, mais avec un score néanmoins assez serré pour ce genre de référendum : 56,7% en faveur du "non" à la question : "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?". Les indépendantistes ("oui") n’ont obtenu que 43,3% avec une participation de 81,0% (ce qui est remarquable, surtout à notre époque).

Inutile de dire que les habitants de Nouvelle-Calédonie considèrent la question de l’indépendance comme cruciale pour leur avenir, et c’est très compréhensible. Assurant une neutralité des pouvoirs publics (ce qui pourrait être discutable mais au moins, personne ne pourra reprocher au gouvernement d’avoir faussé le scrutin), Emmanuel Macron s’est félicité de son bon déroulement : « Nous avons garanti la loyauté et la sincérité de ce scrutin qui s’est fait sous le regard d’observateurs envoyés par l’Organisation des Nations Unies et les pays voisins. Je tiens ici à saluer l’engagement des forces politiques calédoniennes et des autorités coutumières kanak, dans une campagne responsable, respectueuse des points de vue adverses, veillant à chaque instant à éviter les tensions et à préserver l’acquis de trente années de dialogues et de paix. ».

Commentant les résultats, Emmanuel Macron a par ailleurs eu un mot d’apaisement pour les partisans de l’indépendance : « Je mesure la déception de ceux qu’anime la volonté de l’indépendance, ils ont pu l’exprimer dans les urnes. Et à ceux-là, je veux dire que l’État est engagé au côté de la Nouvelle-Calédonie, pour garantir dans la durée la dignité de toutes les composantes de la société autour des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Ces valeurs sont celles de la République française, comme elles sont celles de l’Océanie. Nous pouvons les partager au-delà de nos divergences dans l’humilité et dans le respect. ».

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L’avant-dernière phrase citée est un peu "oxymorienne" car en évoquant les différentes "composantes de la société", il laisse entendre que la société néo-calédonienne n’est pas "une et indivisible" (du reste comme la République qui, par sa Constitution, ne devrait en principe pas permettre l’indépendance).

Le référendum du 4 novembre 2018 était une promesse du gouvernement de Lionel Jospin après la signature de l’Accord de Nouméa le 5 mai 1998, eux-mêmes révision des Accords de Matignon du 26 juin 1988 sous l’égide de Premier Ministre Michel Rocard. Dans cet accord, en effet, il y a eu la promesse de la France d’organiser un référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie d’ici à une vingtaine d’années, précisément entre 2014 et 2019. En outre, il définissait le "peuple kanak" comme "le peuple autochtone" et comme une "civilisation propre avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisait le champ social et politique". Mais aussi la légitimité des "nouvelles populations", notamment caldoches (d’origine européenne).

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Il faut rappeler qu’entre 1984 et 1988, la situation de la Nouvelle-Calédonie était catastrophique, une véritable guerre civile, des attentats, de nombreux morts et aussi une irruption dans le débat présidentiel au printemps 1988 avec le massacre de la grotte d’Ouvéa entre les deux tours de l’élection qui a opposé Jacques Chirac à François Mitterrand.

La situation en Nouvelle-Calédonie est donc toujours ultrasensible, et peut-être pourrais-je la comparer (très grossièrement) à celle de l’Irlande du Nord ? Avec une expérience de la paix un peu plus longue. En fait, grâce à Michel Rocard, Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, la Nouvelle-Calédonie s’est engagée dans un cercle vertueux depuis 1988, celui de la paix et du respect des "composantes". C’est même un cas d’école heureux, et absolument peu prévisible, celui d’une volonté commune (État et protagonistes néo-calédoniens) de tout faire pour assurer le dialogue, le respect et surtout, la paix.

Mais cette paix ne peut être durable que si toutes les parties en cause, et en particulier la République française elle-même, respectent leurs promesses. Et l’engagement est fort puisque les Accords de Matignon ont été approuvés par le référendum du 6 novembre 1988 (tous les citoyens français, même hors de Nouvelle-Calédonie, ont été convoqués à ce scrutin).

Un non-respect signifierait une trahison et personne ne pourrait imaginer ce qu’il adviendrait, d’autant plus qu’il s’agit d’une autre génération, trente années plus tard. Je peux continuer à faire le parallèle avec le problème majeur du Brexit, qui n’a rien à voir avec l’Europe mais avec l’Irlande : la recréation d’une frontière entre les Irlandais pourrait remettre en cause la paix depuis deux décennies. Boris Johnson aurait intérêt à y réfléchir profondément, pas conduire à rompre avec l’Europe ou trahir ses engagements du 31 janvier 2020, car après tout, ce n’est que diplomatie et commerce extérieur et cela se négocie et peut évoluer, mais cela peut conduire à rompre la paix en Irlande du Nord, et cela, ce serait beaucoup plus grave et conséquent.

C’est pour cette raison que depuis plus de trente ans, tous les gouvernements, quelle que soit leur tendance politique, ont respecté scrupuleusement les accords de paix en Nouvelle-Calédonie. Et c’est une grande sagesse de l’avoir fait. C’est même un modèle et l’on pourrait même imaginer que cela puisse être nobélisable comme signe exemplaire de pacification d’un territoire contesté (même si le problème néo-calédonien est très petit face aux très autres gros problèmes de paix dans le monde).

Mais alors, pourquoi y a-t-il un nouveau référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, à peine deux ans après celui du 4 novembre 2018 ? En raison de l’Accord de Nouméa du 5 mai 1998, justement : en effet, il est prévu jusqu’à trois référendums d’autodétermination en cas de réponse négative aux deux premiers : « au cours du quatrième mandat (de cinq ans) du Congrès » (et à la demande d’au moins un tiers des membres du Congrès). Le "Congrès", c’est l’instance délibérative en Nouvelle-Calédonie (une sorte de conseil régional renforcé). Ce "quatrième mandat" correspond à la période 2014-2019.

L’article 217 de la loi organique n°99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie précise notamment qu’un deuxième référendum peut être organisé « à la demande écrite du tiers des membres du congrès, adressée au haut-commissaire et déposée à partir du sixième mois suivant le [précédent] scrutin » (hors période de renouvellement du Congrès) et une « nouvelle consultation a lieu dans les dix-huit mois suivant la saisine du haut-commissaire » (sauf en cas de renouvellement du Congrès).

En revanche, l’éventualité d’une troisième consultation populaire n’est pas très claire juridiquement, car le 15 mars 1999, le Conseil Constitutionnel a "retoqué" le texte en refusant les conditions de cette troisième consultation (décision n°99-410 DC du 15 mars 1999). Le juge constitutionnel a considéré que la troisième consultation devait se dérouler dans les mêmes conditions que la deuxième, mais aucune modification de la loi organique n’a été faite en conséquence, si bien qu’en cas de "non" à l’indépendance au deuxième référendum, il faudra probablement un texte complémentaire pour organiser le troisième référendum promis dans l’Accord de Nouméa.

Donc, en application de la loi organique du 19 mars 1999, un tiers des membres du Congrès pouvait, à partir du 5 mars 2019, demander un second référendum. Or, les élections provinciales du 12 mai 2019, chargée de renouveler le Congrès de la Nouvelle-Calédonie (un peu à la manière des communautés de communes lors des élections municipales, car les électeurs néo-calédoniens élisent d’abord les assemblées provinciales), ont fait élire 26 membres du Congrès favorables à l’indépendance (sur 54 au total). Le 24 mai 2019, l’indépendantiste Rock Wamytan a été élu président du Congrès avec 29 voix sur 54 grâce à l’appui des élus de "L’Éveil océanien" (parti des personnes originaires du Wallis-et-Futuna ayant obtenu 3 sièges). En revanche, le 28 juin 2019, le loyaliste Thierry Santa a été élu président du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie.

Dès lors que les indépendantistes ont obtenu plus du tiers des sièges, le principe du deuxième référendum était acquis, c’est-à-dire dès juin 2019 et selon l’Accord de Nouméa, il doit être organisé avant le 4 novembre 2020. Une première date a été fixée au 6 septembre 2020 après un difficile compromis obtenu le 10 octobre 2019 lors du comité des signataires de l’Accord de Nouméa. Mais le Premier Ministre Édouard Philippe a proposé le 29 mai 2020 aux différents élus néo-calédoniens de reporter la date au 4 octobre 2020, en raison de la crise du covid-19.

Dès juin 2019, effectivement, les élus tant indépendantistes que loyalistes avaient fait part à Matignon de leur souhait d’organiser un deuxième référendum. L’objectif des loyalistes était « d’organiser le deuxième référendum le plus rapidement possible afin de sortir la Nouvelle-Calédonie de l’incertitude et de lui redonner des perspectives sur le long terme ». La présidente de la Province Sud, Sonia Backès, qui a été reçue avec sa délégation le 29 juin 2019 par Édouard Philippe, voulait un référendum avant le mois de juillet 2020. Le haut-commissaire Thierry Lataste avait alors déclaré le 19 juin 2019 que le deuxième référendum aurait lieu après juillet 2020 en raison de la tenue des élections municipales prévues en mars 2020.

Le 27 juin 2019, Roch Wamytan s’est exprimé aux Nations Unies à New York lors d’une session du comité spécial de décolonisation (comité créé en 1961) : « Je tiens toutefois à vous exprimer ici mon inquiétude face aux difficultés qu’il reste encore autour des listes électorales spéciales, notamment celles pour la consultation à venir (…). Il est primordial que le peuple kanak et plus largement le peuple calédonien puisse exercer son droit à l’autodétermination lors d’un second acte d’autodétermination qui soit sincère, juste et transparent. En tant que président du Congrès, je souhaite d’ailleurs proposer à l’État français que la question des difficultés qui subsistent sur les listes électorales puisse être discutée lors du prochain comité des signataires de l’Accord de Nouméa prévu dans quelques semaines. (…) Je tiens à souligner ici (…) que pour les indépendantistes, il ne sera pas possible de discuter de l’ouverture du corps électoral pour les prochaines consultations (…). Nous considérons que les corps électoraux spéciaux doivent rester tels qu’ils ont été définis par les accords passés et tant que le processus de décolonisation n’ait pas abouti. ».

Et en effet, lors du XIXe comité des signataires réuni le 10 octobre 2019 sous la présidence du Premier Ministre Édouard Philippe et en présence des principaux élus néo-calédoniens, la définition du corps électoral de 2020 a été un sujet très brûlant : « Le comité des signataires confirme le principe que les électeurs nés en Nouvelle-Calédonie et y résidant depuis au moins 3 ans sont présumés y détenir leurs intérêts matériels et moraux, ouvrant droit à leur inscription sur la LESC [liste électorale spéciale pour la consultation]. Sans changer la loi organique, le Premier Ministre propose que pour la prochaine consultation, un dispositif de détection exhaustive des électeurs concernés, associé à une démarche incitative de l’État à leur endroit, puisse venir produire les mêmes effets impliquant une inscription d’office. Chacun de ces électeurs sera informé de son droit et accompagné dans sa démarche d’inscription. ».

L’Avenir en Confiance et Calédonie Ensemble (les loyalistes) « estiment inacceptable qu’il y ait une différence de traitement s’agissant de l’inscription sur la LESC entre les personnes relevant du statut coutumier et les personnes de droit commun. À ce titre, l’Avenir en Confiance et Calédonie Ensemble ont demandé comme en 2018 une modification de la loi organique visant à inscrire d’office les natifs ayant une durée de résidence de trois ans. ».

Concernant la date du scrutin : « Après concertations, le Premier Ministre, en insistant sur le caractère irréprochable que devra revêtir l’organisation de la consultation, propose de fixer la date de la seconde consultation au dimanche 30 août ou au dimanche 6 septembre 2020. La date définitive sera fixée dans 15 jours, en fonction de l’analyse qui sera faite par les ministères de la Justice, de l’Intérieur et des Outre-mer, des conditions matérielles d’organisation. Ces dates permettent de consacrer l’ensemble des alternatives possibles visant à éviter la concomitance des échéances électorales nationales du printemps 2022, à préparer la sortie de l’Accord de Nouméa, et à envisager une éventuelle troisième consultation en 2021, ou 2022. » (10 octobre 2019). Ce fut donc la date du 6 septembre 2020 qui fut choisie.

Plus récemment, lors d’un bureau politique élargi du FLNKS, le 22 mai 2020, les élus indépendantistes ont demandé de repousser le référendum au 25 octobre 2020, c’est-à-dire pas très loin de la date butoir du 4 novembre 2020.

Si la situation sanitaire de la Nouvelle-Calédonie est très rassurante (au 25 septembre 2020, il n’y a eu 27 cas de covid-19, dont 1 seul encore actif, les autres guéris), ce n’est pas le cas dans le reste du monde. Lors du référendum du 4 novembre 2018, 250 délégués internationaux avaient été présents pour observer le déroulement des opérations électorales. Édouard Philippe a expliqué le 29 mai 2020 : « À ce jour, le risque demeure sur l’encadrement des procédures de vote. En effet, notre capacité à réunir 250 candidatures pour les observateurs nationaux et internationaux, et à les acheminer en Nouvelle-Calédonie dans des délais compatibles avec les trois semaines de quarantaine requises à ce jour n’est pas assurée. ». Il n’est d’ailleurs pas sûr que la situation soit meilleure en repoussant seulement d’un mois. Mais l’objectif crucial et commun reste « d’assurer le caractère irréprochable de l’organisation du référendum afin que son résultat soit incontestable et incontesté ».

En effet, le gouvernement de la Nouvelle-Calédonie avait pris des mesures sanitaires très strictes dès de début de la pandémie, en obligeant un isolement de trois semaines dont une semaine en hôtel pour les cas de covid-19. L’île au nickel reste particulièrement attentive aux épidémies après une grande épidémie qui avait ravagé la population kanak il y a plus d’un siècle. Dès le 31 janvier 2020, le Sénat coutumier avait appelé à la vigilance et le 17 mars 2020, après les premiers cas de covid-19, Hippolyte Sinewami Htamumu, le président du Sénat coutumier, avait déclaré : « La protection de la vie humaine, dans ce pays de 19 000 kilomètres carré comprenant seulement 260 000 habitants, mérite les décisions les plus draconiennes. Notre territoire peut en effet très vite se trouver "décimé", particulièrement ses villages ou ses petites îles peuplées de quelques centaines ou milliers d’âmes. » (cité par Patrick Roger dans "Le Monde" du 9 avril 2020). Un confinement très strict avec nombreux contrôles et verbalisation a été mis en place à partir du 23 mars 2020. Cette politique très ferme a montré son efficacité : aucun décès et seulement un nouveau cas (seul cas actif) au 25 septembre 2020.

Les élus loyalistes ont soutenu la date du 4 octobre 2020 et estimé que ce choix permettrait la tenue du troisième référendum avant les élections présidentielle et législatives du printemps 2022 (mais comme je l’ai expliqué plus haut, cela nécessiterait certainement l’adoption d’une loi organique complémentaire).

Le 12 juin 2020, le Congrès de la Nouvelle-Calédonie a dû confirmer cette date. Mais la polémique est partie vers la dérogation au code électoral voulue par le gouvernement français pour donner la possibilité du drapeau tricolore sur les documents de propagande électorale. Pourquoi une telle dérogation ? Parce que les indépendantistes ont le droit de mettre sur leurs affiches et tracts les couleurs du drapeau kanak. Pour les loyalistes, il est donc normal de permettre à ceux qui veulent rester en France de faire leurs documents de campagne en utilisant le drapeau français : France contre Nation kanak.

Le FLNKS avait en effet utilisé son drapeau en automne 2018 avec un titre très clair : "Affichons nos couleurs", ce qui n’était pas possible quand les couleurs étaient celles de la République française. Le FLNKS a eu beau jeu de dire qu’il s’agissait du drapeau de son parti et pas son drapeau national, et a considéré que la dérogation signifierait que les indépendantistes ne seraient « pas des citoyens français » (pourtant, vouloir l’indépendance, c’est justement vouloir ne plus être citoyens français). Selon le chef du groupe indépendantiste, Louis Mapou, avec cette dérogation, l’État voudrait prendre position et « introduire un biais, dont il n’a peut-être pas mesuré la portée, dans la validation du prochain scrutin ». Pour lui, le sujet était important : « Attention, nous sommes dans une discussion qui engage la sincérité du scrutin et on s’organisera pour aller au contentieux, pour dire aux observateurs internationaux qu’on n’est pas dans les clous. » (cité par Claudine Wéry dans "Le Monde" du 14 juin 2020).

Au contraire, Sonia Backès, l’une des leaders des loyalistes (et présidente de la riche Province Sud), il fallait clarifier les choses : « Il faut arrêter de faire croire qu’on peut être indépendant sans sortir de la France. Il faut que les Calédoniens comprennent que le référendum, c’est la France ou l’indépendance. ». Quant au député centriste Philippe Dunoyer (UDI), également favorable à cette dérogation, il y a vu cependant un grand risque : « On vient d’apprendre que le résultat sera contesté. C’est la conséquence d’une rupture du dialogue entre nous, un élément de crise, si ce n’est de crispation. Et c’est surtout l’exact inverse de ce qui nous a permis depuis trente ans de progresser. ».

Cette tension entre loyalistes et indépendantistes était palpable déjà le 18 mai 2020 quand l’un des responsables du FLNKS avait réclamé la démission du haut-commissaire Laurent Prévost (demande réitérée le 31 mai 2020 par un autre parti indépendantiste), en raison de la gestion de la crise sanitaire et économique. En effet, les indépendantistes ont accusé le gouvernement français de s’être ingéré dans la gouvernance néo-calédonienne autonome (il faut rappeler qu’avec l’industrie du nickel, immobilisée pendant la pandémie, la Nouvelle-Calédonie ne survit que par les aides de l’État).

Si, au soir du 4 octobre 2020, le "camp" qui aura perdu contestait les résultats du référendum, il serait à prévoir de fortes tensions qui nous ramèneraient peut-être à la situation d’avant les Accords de Matignon, c’est-à-dire, au pire, dans une situation de quasi-guerre civile. C’est pourquoi tous les protagonistes devront faire preuve de beaucoup de sagesse, d’esprit de responsabilité et de retenue au cours des prochains jours, car personne ne souhaite rompre cette paix qui était, jusqu’à maintenant, exemplaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (25 septembre 2020)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :

Article du journal "Le Monde" de sa correspondante en Nouvelle-Calédonie Claudine Wéry publié le 14 juin 2020 sur la Nouvelle-Calédonie.

Résultats du référendum du 4 octobre 2020 en Nouvelle-Calédonie (à venir).
Nouvelle-Calédonie : bis repetita ?
Jean-Marie Tjibaou fut-il un martyr de la cause kanake ?
Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Edgard Pisani.

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https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20200917-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvelle-caledonie-bis-repetita-227409

https://rakotoarison.canalblog.com/archives/2020/09/19/38542368.html







 

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6 novembre 2018 2 06 /11 /novembre /2018 04:19

« Ce jour était le rendez-vous que les Calédoniens et l’État s’étaient donné à eux-mêmes pour surmonter les divisions. Je veux relever ici la promesse tenue depuis trente ans, sans considération des changements de majorité à Paris ou en Nouvelle-Calédonie. (…) Avec le gouvernement, nous avons tenu à la stricte neutralité de l’État dans cette consultation ; et à la plus grande transparence de l’ensemble du processus électoral. Nous avons garanti la loyauté et la sincérité de ce scrutin qui s’est fait sous le regard d’observateurs envoyés par l’Organisation des Nations Unies et les pays voisins. » (Emmanuel Macron, le 4 novembre 2018 à l’Élysée).


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Le référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie est l’aboutissement d’un long processus de dialogue et de réconciliation qui a commencé en juin 1988 avec les Accords de Matignon. Ce cheminement de trente ans a permis l’installation d’une paix réelle dans un territoire qui était en état de "guerre civile" entre 1984 et 1988.

C’est pourquoi il faut se réjouir des deux éléments qui font que règne en Nouvelle-Calédonie une démocratie apaisée : aucune violence n’a été observée (fort heureusement) et le taux de participation a été particulièrement élevé ; 80,6% des 174 999 électeurs inscrits sont allés en effet voter. De plus, il n’y a pas eu plus de 2% de bulletins blancs ou nuls. Ces deux dernières données montrent que la règle du jeu a été acceptée par tous.

Cependant, les résultats du référendum sont contrastés (voir les résultats officiels ici). Selon les résultats définitifs sur les 284 bureaux de vote, le "non" à l’indépendance l’a emporté avec 56,7% des voix (soit 78 734 votes) contre 43,3% (60 199 votes) en faveur du "oui".

Si le maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République française l’a largement emporté, il l’a emporté avec environ dix points de moins que ce que les sondages laissaient prévoir. Il n’y a eu que 45,0% des électeurs inscrits qui se sont prononcés contre l’indépendance.

Le score est donc beaucoup plus "juste" que prévu, et le retournement de 9 300 électeurs aurait suffi à faire basculer la Nouvelle-Calédonie dans l’aventure de l’indépendance. Aventure, car socialement et économiquement, malgré une économie dynamique avec le nickel, la population tient socialement grâce à la structure sociale et financière que lui apporte la France.

Si l’on regarde plus en détail les résultats, c’est-à-dire localement, la situation est encore plus contrastée. Les collectivités où habitent très majoritairement les populations d’origine kanake sont très majoritairement favorables à l’indépendance : la Province Nord a voté à 75,8% pour le "oui", encore plus la province des Îles Loyauté à 82,2%. Les communes de Hienghène à 94,8%, Lifou à 79,9%, Ouvéa à 84,2%, Koné à 64,3%, Poindimié à 79,3%, Thio à 83,1%, etc. En revanche, la Province Sud a voté contre l’indépendance à 73,7%, et la commune de Nouméa contre à 80,5%.

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Il faut pondérer ce grand contraste géographique avec l’abstention car si les deux Province Nord et Sud ont beaucoup voté (respectivement 86,0% et 83,0% de participation), les Îles Loyauté ont eu beaucoup d’abstention, 41,1%, or les Îles Loyauté ont deux fois plus d’électeurs que la Province Nord (et deux fois moins que la Province Sud).

Cette fracture territoriale va donc nécessiter la poursuite d’un dialogue constructif pour réduire les inégalités en Nouvelle-Calédonie. Les anti-indépendantistes vont avoir du mal à convaincre le gouvernement d’annuler la possibilité de deux autres référendums d’autodétermination d’ici à 2020 et à 2022, comme l’impose l’Accord de Nouméa du 5 mai 1998 négocié par Lionel Jospin.

Après sa visite officielle au Vietnam, le Premier Ministre Édouard Philippe s’est rendu en Nouvelle-Calédonie ce lundi 5 novembre 2018 pour tirer les premières conclusions de ce référendum dont il avait fixé la date et la question à la suite du dernier Comité des Signataires de l’Accord de Nouméa après une longue nuit de négociation du 27 au 28 mars 2018.

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Édouard Philippe, accompagné de la Ministre des Outremers Annick Girardin, a rencontré, à Nouméa, les forces politiques, le Comité des Sages, la commission de contrôle des opérations de vote, les étudiants de l’Université de Nouvelle-Calédonie, et s’est déplacé à Koné pour rencontrer également Paul Néaoutyne, le président de la Province Nord, et Daniel Goa, le président de l’Union calédonienne (parti indépendantiste, composante du FLNKS).

Pour Édouard Philippe, ce référendum est un « véritable succès démocratique et populaire » et il a donné rendez-vous à toutes les forces politiques néo-calédoniennes à Paris en décembre 2018 pour se focaliser sur les sujets économiques et sociaux : « Il faudra que nous trouvions aussi le temps et la méthode pour échanger, État et forces politiques, sur ces enjeux de société. ».

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Si le "oui" a été si faible, c’est peut-être parce que le gouvernement a refusé de prendre position. Pour Emmanuel Macron et Édouard Philippe, l’enjeu était également international. L’ONU considère que la Nouvelle-Calédonie est un territoire colonisé et la stricte neutralité du gouvernement français ainsi que la sincérité du référendum sont des éléments visant à rejeter cette critique de colonisation.

Dans son allocution télévisée (dont on peut lire le texte intégral ici) qui a eu lieu ce 4 novembre 2018 à 13 heures, heure de Paris, et donc 23 heures, heure de Nouméa, Emmanuel Macron a cependant exprimé sa fierté du résultat : « Les électeurs ont pu choisir souverainement, en connaissance de cause, la relation entre la Nouvelle-Calédonie et la France. Ils se sont exprimés aujourd’hui, majoritairement pour que la Nouvelle-Calédonie reste française. Je dois d’abord dire l’immense fierté que nous ayons ensemble passé cette étape historique. Je veux aussi dire la fierté pour le chef de l’État que la majorité des Calédoniens ait choisi la France. C’est pour nous une marque de confiance dans la République française, dans son avenir et dans ses valeurs. Cette fierté, chacun peut la ressentir et la partager. ».

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S’adressant aux indépendantistes qui ont échoué : « Je veux dire que l’État est engagé au côté de la Nouvelle-Calédonie, pour garantir dans la durée, la dignité de toutes les composantes de la société autour des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité. Ces valeurs sont celles de la République française, comme elles sont celles de l’Océanie. Nous pouvons les partager au-delà de nos divergences dans l’humilité et dans le respect. ».

L’Exécutif va devoir faire preuve de beaucoup d’habileté pour rassurer les anti-indépendantistes sur les perspectives d’autres référendums d’autodétermination et les indépendantistes sur la notion d’une plus grande égalité sociale et économique. Le feu peut toujours se rallumer, ce qui explique l’extrême prudence du gouvernement pendant cette campagne référendaire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (06 novembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Nouvelle-Calédonie : un timide oui pour la France.
Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron le 4 novembre 2018 sur la Nouvelle-Calédonie.
Résultats du référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Paris à l’écoute de la Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
Lionel Jospin.
Michel Rocard.
Edgard Pisani.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181104-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/nouvelle-caledonie-un-timide-oui-a-209315

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 22:07

Le référendum du 4 novembre 2018 sur l'indépendance de la Nouvelle-Calédonie a été favorable aux partisans du maintien de la Nouvelle-Calédonie au sein de la République française.

Cliquer sur le lien pour lire les résultats définitifs du référendum :
http://www.nouvelle-caledonie.gouv.fr/Actualites/Referendum-Retrouvez-ici-les-resultats-definitifs-de-la-consultation-du-4-novembre-2018

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181104-nouvelle-caledonie.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181104-resultats-referendum-nouvelle-caledonie.html

 

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4 novembre 2018 7 04 /11 /novembre /2018 13:09

(verbatim)


Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181104-nouvelle-caledonie.html



Allocution télévisée du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie, le 4 novembre 2018 à 13 heures

Françaises, Français,
Mes chers compatriotes,

Les Calédoniennes et les Calédoniens étaient aujourd’hui appelés à se prononcer sur l’accession à l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie.

L’organisation de ce scrutin était prévue par l’accord historique vieux de 30 ans, qui avait permis à la Nouvelle-Calédonie de retrouver la paix civile dans le dialogue et le respect mutuel.

Ce jour était le rendez-vous que les Calédoniens et l’Etat s’étaient donnés à eux-mêmes pour surmonter les divisions.

Je veux relever ici la promesse tenue depuis 30 ans, sans considération des changements de majorité à Paris ou en Nouvelle-Calédonie.

J’ai en mémoire ce jour, le rôle de chacun des responsables politiques qui ont marqué ce chemin de leur empreinte indélébile.

Avec le gouvernement, nous avons tenu à la stricte neutralité de l’Etat dans cette consultation ; et à la plus grande transparence de l’ensemble du processus électoral.

Nous avons garanti la loyauté et la sincérité de ce scrutin qui s’est fait sous le regard d’observateurs envoyés par l’Organisation des Nations Unies et les pays voisins.

Je tiens ici à saluer l’engagement des forces politiques calédoniennes et des autorités coutumières kanak, dans une campagne responsable, respectueuse des points de vue adverses, veillant à chaque instant à éviter les tensions et à préserver l’acquis de 30 années de dialogues et de paix.

Les électeurs ont pu choisir souverainement, en connaissance de cause la relation entre la Nouvelle-Calédonie et la France. Ils se sont exprimés aujourd’hui, majoritairement pour que la Nouvelle-Calédonie reste française.

Je dois d’abord dire l’immense fierté que nous ayons ensemble passé cette étape historique. Je veux aussi dire la fierté pour le chef de l’Etat que la majorité des Calédoniens ait choisi la France.

C’est pour nous une marque de confiance dans la République française, dans son avenir et dans ses valeurs. Cette fierté, chacun peut la ressentir et la partager.

En ce jour, le seul vaincu est la tentation du mépris, de la division, de la violence, de la peur. Le seul vainqueur c’est le processus en faveur de la paix qui porte la Nouvelle-Calédonie depuis 30 ans, l’esprit de dialogue que plus rien n’entamera ; l’esprit de responsabilité qui a conduit à une participation exceptionnelle des Calédoniennes et des Calédoniens.

Je mesure la déception de ceux qu’anime la volonté de l’indépendance, ils ont pu l’exprimer dans les urnes. Et à ceux-là, je veux dire que l’Etat est engagé au côté de la Nouvelle-Calédonie, pour garantir dans la durée la dignité de toutes les composantes de la société autour des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité.

Ces valeurs sont celles de la République française, comme elles sont celles de l’Océanie. Nous pouvons les partager au-delà de nos divergences dans l’humilité et dans le respect.

A présent, j’invite chacun à se tourner vers l’avenir, j’invite chacun à se saisir des responsabilités exceptionnellement larges reconnues aux instances locales, pour construire la Nouvelle-Calédonie forte de son histoire et tournée vers demain. J’invite chacun à inscrire la Nouvelle-Calédonie tout à la fois dans la République et dans le destin océanique et indopacifique qui est le sien.

A titre plus personnel, je sais qu’une petite fille à Ouvéa veille sur un arbre planté ensemble, qui va continuer de croître.

Mesdames et Messieurs, mes chers compatriotes, au plan politique il n’y a pas d’autre chemin que celui du dialogue.

Le gouvernement proposera aux forces politiques de Nouvelle-Calédonie de se réunir dans les prochaines semaines. Des échanges seront entrepris dès demain par le Premier ministre, qui se rendra avec la ministre des Outre-mer en Nouvelle-Calédonie.

Nous poursuivrons.

Vive la Nouvelle-Calédonie, vive la République, vive la France.

Emmanuel Macron, le 4 novembre 2018 à Paris.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20181104-allocution-macron.html

 

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2 novembre 2018 5 02 /11 /novembre /2018 03:41

« La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie, parce qu’elle est une part de cette France Monde, de cette France qui existe dans cette région du monde à des dizaines de milliers de kilomètres de Paris mais au cœur de ce qui est la vocation même de la France de rayonner à travers tous les continents et sur toutes les mers. La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie parce que la Nouvelle-Calédonie a apporté à toute la France des modèles pour les générations futures et ce premier modèle, c’est celui que nous sommes en train de construire, c’est celui d’accepter toute cette diversité dans le respect et la reconnaissance. Le modèle, ce sont les femmes et les hommes qui ont permis de faire ce cheminement. » (Emmanuel Macron, le 5 mai 2018).



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Apparemment, le référendum, qui a lieu ce dimanche 4 novembre 2018 sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, réservé aux seuls habitants du territoire selon certaines conditions, à savoir aux 174 154 électeurs inscrits (cette liste a été l’objet d’âpres négociations), n’intéresse pas beaucoup les médias français de métropole, sauf peut-être La Chaîne Parlementaire (LCP) et (évidemment) France Ô qui montre ainsi son rôle et l’intérêt de son existence (un projet gouvernemental prévoit sa disparition à moyenne échéance).

Ce désintérêt national n’est pas étonnant et s’était déjà traduit par l’abstention massive (63,1% !) lors du référendum national du 6 novembre 1988 ratifiant les Accords de Matignon (voir plus bas). Beaucoup de métropolitains ne se sentaient pas concernés par un tel sujet.

Pourtant, l’enjeu est "brutal", puisque la question est carrément : "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?". C’est donc une question quasi-sécessionniste de départ de la République française pourtant constitutionnellement une et indivisible. La question (« claire et sans ambiguïté ») a été soumise pour avis au Conseil d’État. Le Premier Ministre Édouard Philippe a déclaré : « Cette formulation a un sens politique profond : elle permet à chacune des forces politiques de se positionner clairement. ». Les circonstances de ce référendum ont été décidées par le gouvernement le 28 mars 2018 à l’issue du 17e Comité des Signataires de l’Accord de Nouméa, réuni la veille et qui a duré très longtemps. L’organisation de ce référendum fut ensuite ratifiée par un vote du Congrès de la Nouvelle-Calédonie le 19 mars 2018.

Un précédent référendum d’autodétermination a eu lieu le 13 septembre 1987 dans les pires circonstances puisque ce fut en quasi-"guerre civile" et le référendum fut boycotté par la population kanake : 98,3% ont voté contre l’indépendance avec une participation de 59,1%, mais le refus de participation des Kanaks n’a pas permis d’apporter à ces résultats une légitimité politique incontestable.

Il faut peut-être voir dans le désintérêt médiatique l’absence de suspens. Car les sondages pour ce nouveau référendum, qui sont ce qu’ils sont mais se trompent malgré tout assez rarement, laisseraient entendre un rapport de forces d’environ un tiers pour le "oui" (pour l’indépendance) et deux tiers pour le "non" (pour le maintien au sein de la République française).

Même si ces sondages pourraient être "rassurants" pour Paris (appelons ainsi les Français hors de Nouvelle-Calédonie), ce référendum est tout de même historique car l’aboutissement d’une période de trente années de dialogue constructif qui peut maintenant être un modèle original de réconciliation nationale, ce qui n’était pas évident quand on a observé la quasi-"guerre civile" entre 1984 et 1988.

En cas d’échec de l’indépendance à ce référendum, le chef actuel des loyalistes, le sénateur Pierre Frogier, demandera probablement que soit abrogé l’article 217 de la loi n°99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie qui prévoit qu’en cas d’échec, le tiers du Congrès de la Nouvelle-Calédonie peut imposer l’organisation de nouveaux référendums dans les deux et quatre ans après le premier référendum. Dans le Congrès élu le 11 mai 2014 pour cinq ans, les indépendantistes ont 25 sièges sur 54, soit 46,3% (beaucoup plus du seuil du tiers). Ce rapport de forces peut évidemment évoluer lors des prochaines élections de 2019.

Comme ses deux prédécesseurs historiques Michel Rocard et Lionel Jospin, le Premier Ministre Édouard Philippe suit ce "dossier" très attentivement. Il avait reçu à Matignon, le 2 novembre 2017 (comme prévu régulièrement depuis vingt ans), le Comité des Signataires de l’Accord de Nouméa, et il s’était rendu en Nouvelle-Calédonie en décembre 2017, accompagné de la Ministre des Outre-Mer, Annick Girardin, et de la présidente de la commission des lois à l’Assemblée Nationale, Yaël Braun-Pivet. Le Premier Ministre a par ailleurs annoncé sa présence à Nouméa le lundi 5 novembre 2018 au lendemain du référendum, en assurant ainsi le "service après-vente" politique.

Devant le Congrès de la Nouvelle-Calédonie, à Nouméa, Édouard Philippe a déclaré, le 5 décembre 2017, l’importance du processus de réconciliation en Nouvelle-Calédonie : « Ce qui a été fait ici depuis trente ans est unique et incroyablement précieux et vous pouvez en être fiers et la France entière doit en être fière, elle doit le connaître, elle doit le savoir, elle doit le dire. Cet actif immatériel, cette façon de travailler que vous avez su faire fructifier est d’une forme sans précédent dans l’histoire et c’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle a probablement inspiré plusieurs processus de paix et elle est à ce jour sans équivalent dans le monde. ».

Et d’en décliner les conséquences sur les institutions : « Cette forme politique, cette qualité du dialogue est manifeste dans les institutions de la Nouvelle-Calédonie, je pense en particulier à la nécessité des contrepoids, des équilibres entre les institutions et les compétences qu’elles exercent. Je pense aussi à une forme de mesure, j’oserais dire de tempérance ou de retenue dans l’exercice du fait majoritaire et je sais combien vous y êtes attachés. Cette retenue s’exprime dans la logique de fonctionnement du gouvernement émanant du Congrès mais aussi dans l’état d’esprit qui habite d’autres lieux comme la salle du Conseil de l’Hôtel de Matignon lors de notre Comité des Signataires de l’Accord de Nouméa le 2 novembre dernier. Elle repose en définitive sur la capacité à nourrir un dialogue politique permanent entre les forces politiques représentatives sans se limiter à une lecture reposant sur une distinction indépassable entre majorité et opposition. (…) Ce sens du compromis, je le vois aussi ici, il a été porté à un point symbolique très fort avec le déploiement des deux drapeaux que j’ai observés en entrant dans ces lieux comme je l’ai observé dans de nombreux lieux publics en Nouvelle-Calédonie. ». L’organisation institutionnelle de la Nouvelle-Calédonie est régie par la loi organique n°99-209 du 19 mars 1999 relative à la Nouvelle-Calédonie qui prévoit notamment une "citoyenneté néo-calédonienne".

Le Président de la République française Emmanuel Macron s’est également impliqué dans le processus puisque, après être allé en Australie, il a visité la Nouvelle-Calédonie du 3 au 5 mai 2018, avec un moment très émouvant le 5 mai 2018 en rendant hommage aux morts d’il y a trente ans, lors de l’assaut de la grotte d’Ouvéa, en pleine campagne présidentielle de cohabitation entre les deux tours.

Revenons sur le "dossier néo-calédonien". Et rappelons d’abord ce qu’est la Nouvelle-Calédonie. C’est un petit bout de territoire d’environ 19 000 kilomètres carré situé dans la mer de Corail et dans l’océan Pacifique Sud. Sa population est assez faible et compte moins de 270 000 habitants (précisément 268 767 en 2014). Elle est distante de 16 740 kilomètres de Paris, et ce grand éloignement (de l’autre côté de la planète) en fait une caractéristique particulière pour ce territoire français depuis le 24 septembre 1853.

Deux autres caractéristiques sont aussi à prendre en compte.

D’une part, le grand mélange ethnique, "terre de parole, terre de partage", selon la devise adoptée en 2010. La population est un grand melting-pot. On compte ainsi environ 39,1% des habitants d’origine kanake, 27,2% d’origine européenne, 8,2% d’origine wallisienne et le reste d’origine principalement asiatique (notamment indonésienne et vietnamienne) et océanienne (notamment tahitienne). Les sondages sur les intentions de vote montrent assez clairement que les Kanakes choisiraient plutôt l’indépendance tandis que les autres populations (européennes, asiatiques, océaniennes) choisiraient plutôt le maintien dans la République française, ce qui permet de comprendre le rapport un tiers/deux tiers, certains Kanaks étant quand même favorables au maintien français.

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Emmanuel Macron l’a décrit ainsi : « C’est cela la Nouvelle-Calédonie, une addition d’histoires, souvent tragiques, heureuses aussi, toutes marquées par le courage et la volonté de bâtir. Il y a des Kanaks, des Caldoches, des Z’Oreilles, des Wallisiens, des Futuniens, des Polynésiens, des Tonkinois, des Javanais, des Japonais et tous les autres qui tous ensemble ont construit la Calédonie d’aujourd’hui, Françaises et Français. » (5 mai 2018).

D’autre part, l’économie de la Nouvelle-Calédonie. C’est l’une des plus dynamiques de l’Outre-mer français. Son PIB est de l‘ordre de 7,2 milliards d’euros en 2012 (soit 9,8 milliards de dollars). C’est la quatrième économie de l’Océanie, avec 38 700 dollars par habitant en 2012, derrière l’Australie, Hawaï et la Nouvelle-Zélande (la Papouasie-Nouvelle-Guinée est au-dessus de la Nouvelle-Calédonie en PIB absolu mais très largement en dessous en PIB par habitant, vingt fois plus faible qu’en Nouvelle-Calédonie). Cependant, tout n’est pas "rose" et le taux de chômage se situe aux alentours de 15% avec beaucoup de disparités, et ces inégalités sont souvent couplées aux différences géographiques et ethniques. Exploitée depuis 1864, la principale richesse de la Nouvelle-Calédonie, qui fait travailler 12% de la population active, est le nickel qui correspond à environ 20 à 30% des réserves mondiales. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, le tourisme est encore très peu développé (4% du PIB) et la moitié des environ 230 000 rares touristes sont des croisiéristes.

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Enfin, la position française en Nouvelle-Calédonie doit aussi se comprendre dans un cadre géopolitique. Emmanuel Macron l’a expliqué le 5 mai 2018 à Nouméa : « C’est d’abord une ambition géopolitique (…), il y a un axe Paris-New-Delhi-Cambera, mais cet axe-là se prolonge de Papeete à Nouméa et à travers tous nos territoires, c’est celui qui nous permettra de construire sur le plan géopolitique la neutralité de cet espace indopacifique ; c’est celui qui de la corne de l’Afrique aux Amériques, nous permettra de participer avec nos alliés à ces grands équilibres et d’assurer la liberté de circulation dans les mers, la liberté de circulation dans les airs et les équilibres indispensables à cette région du globe. ».

Ensuite, venons-en à l’histoire récente. En été 1984, des indépendantistes se sont formés en Libye pour la lutte armée. Lors des élections territoriales précédemment élue le 18 novembre 1984 pour renouveler l’Assemblée territoriale de la Nouvelle-Calédonie élue le 1er juillet 1979, l’indépendantiste Eloi Machoro (1945-1985) a brisé une urne pour montrer symboliquement le boycott des indépendantistes. Entre novembre 1984 et mai 1988, la Nouvelle-Calédonie fut en proie à des actes de violence particulièrement traumatisants.

Le Président François Mitterrand a dû nommer un ancien ministre de De Gaulle du 24 août 1961 au 29 avril 1967, le rocardien Edgard Pisani (1918-2016), d’abord Haut-commissaire de la République du 4 décembre 1984 au 22 mai 1985, puis Ministre chargé de la Nouvelle-Calédonie du 22 mai 1985 au 15 novembre 1985 dans le gouvernement dirigé par Laurent Fabius (avant de revenir au gouvernement, Edgard Pisani était commissaire européen depuis le 22 mai 1981, remplaçant Claude Cheysson nommé au Quai d’Orsay).

Le bilan de ces affrontements entre indépendantistes et loyalistes a été des dizaines de morts et ces sentiments de vengeance qui ont plongé la Nouvelle-Calédonie dans le cercle vicieux de la violence. Le sommet de la violence a eu lieu entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1988 avec l’assaut d’une gendarmerie le 22 avril 1988, deux jours avant le premier tour, tuant 4 gendarmes, et la prise d’otages des 27 autres gendarmes dans la grotte d’Ouvéa (dont 9 furent libérés au bout de trois jours). Retardé d’une journée, au même moment que la libération des otages au Liban, le 5 mai 1988, le gouvernement de cohabitation dirigé par Jacques Chirac a décidé l’assaut (sans en avoir informé l’Élysée), qui s’est soldé par un carnage (21 morts, 2 gendarmes et 19 preneurs d’otages). 75 militaires ont participé à cette opération.

Malgré ce retour à l’ordre républicain, Jacques Chirac a perdu le second tour de l’élection présidentielle trois jours plus tard, et le 10 mai 1988, Michel Rocard (1930-2016) fut nommé Premier Ministre par François Mitterrand réélu. Michel Rocard a confié le 18 août 2008 sur France Culture : « Ce que je savais, moi, et que j’étais seul à savoir, je ne pouvais pas le dire aux autres délégations parce qu’il ne fallait pas que le secret sorte, c’est qu’il y avait aussi des officiers français… enfin, au moins un et peut-être un sous-officier, on ne sait pas très bien… À la fin de l’épisode de la grotte d’Ouvéa, il y a eu des blessés kanaks et deux de ces blessés ont été achevés à coups de bottes par des militaires français, dont un officier. (…) Il fallait prévoir que cela finisse par se savoir et il fallait donc prévoir que cela aussi soit garanti par l’amnistie. ».

Ce fut la première urgence du gouvernement de Michel Rocard, pacifier la Nouvelle-Calédonie. Cela fut rapide et éclatant et Michel Rocard restera dans l’Histoire principalement pour son action de pacification de la Nouvelle-Calédonie. Il a dit le 7 octobre 2013 dans "Télérama", interrogé par Olivier Milot, que ce fut « un des plus beaux souvenirs de [sa] vie politique » : « Je n’en connaissais rien. Je me suis rapidement imprégné de la situation (…). La Nouvelle-Calédonie se trouvait dans une situation de guerre civile, les communautés s’affrontaient et refusaient de se parler. Personne ne voulait dialoguer avec l’État. Les Européens car, à leurs yeux, un gouvernement de gauche ne pouvait que les trahir. Les Kanaks parce qu’un gouvernement de la République française ne pouvait que mentir, comme il l’avait fait dans le passé. De plus, François Mitterrand avait un passif sur l’Algérie. Pas un leader indépendantiste n’ignorait que, lorsqu’il avait été Garde des Sceaux, il avait refusé de remplir les formulaires de demande de grâce des indépendantistes algériens condamnés à mort. (…) Il fallait envoyer sur place un groupe de personnalités incontestables et ne représentant qu’elles-mêmes pour renouer le dialogue. ».

Pour faire sa petite délégation, il a appelé différents responsables religieux, dont Mgr Albert Decourtray et Mgr Jean-Marie Lustiger, ainsi que Raymond Barre pour désigner un second haut fonctionnaire plutôt de droite aux côtés de Christian Blanc classé proche de la gauche (bien que futur ministre de Nicolas Sarkozy).

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Après les premiers contacts noués en Nouvelle-Calédonie avec les deux camps par cette petite délégation informelle, Michel Rocard a réuni le 22 juin 1988 à Matignon les protagonistes, en particulier Jean-Marie Tjibaou (1936-1989), chef des indépendantistes (président du FLNKS), le député Jacques Lafleur (1932-2010), président du RPCR, et le sénateur Dick Ukeiwé (1928-2013), cofondateur du RPCR.

Victime d’une crise de coliques néphrétiques dès le matin, avant le conseil des ministres, Michel Rocard a obtenu à l’arraché un accord pour commencer les négociations : « Je faisais alors la navette entre mon bain [pour être soulagé] et la salle à manger, bien décidé à ne pas quitter Matignon sans un communiqué signé de Lafleur et Tjibaou s’engageant à commencer des pourparlers dès la semaine suivante. Pas simple car, chaque fois que je disparaissais, ils recommençaient à s’engueuler. Vers 16 heures 30, j’ai enfin obtenu les six lignes attendues et j’ai pu partir pour le Val-de-Grâce soigner ce qui était effectivement des coliques néphrétiques. » ("Télérama" le 7 octobre 2013).

Puis, Michel Rocard a bloqué les deux protagonistes à partir du samedi 25 août 1988 à Matignon et s’était libéré de toutes ses obligations jusqu’au mardi suivant, interdisant à ses interlocuteurs toute sortie des lieux avant avoir trouvé un accord. Finalement les Accords de Matignon ont été signés le dimanche 26 août 1988 à 5 heures du matin. Ils furent complétés par les Accords d’Oudinot le 20 août 1988 (du nom de la rue du siège du Ministère de l’Outre-mer) et ratifiés par le peuple français le 6 novembre 1988 avec 80,0% de "oui" (malgré une très faible participation et 11,8% de votes blancs ou nuls). Coïncidence, vingt-sept ans plus tard, Edgard Pisani et Michel Rocard sont morts en même temps, à seulement douze jours d’intervalle.

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Ces accords ont prévu une amnistie générale pour la prise d’otages d’Ouvéa et le principe d’autodétermination des Néo-calédoniens au bout d’une période longue de collaboration entre le territoire et la République. Il était prévu d’organiser un référendum d’autodétermination en 1998 mais le Premier Ministre Lionel Jospin a fait signer le 5 mai 1998 l’Accord de Nouméa qui a repoussé à 2018 ce référendum tout en renforçant l’autonomie du territoire. L’Accord de Nouméa a été approuvé lors d’une consultation en Nouvelle-Calédonie le 8 novembre 1998 par 71,9% des suffrages exprimés avec un fort taux de participation, 74,2%, et un faible taux de votes blancs ou nuls, 2,7%.

Emmanuel Macron a rendu un hommage aux faiseurs de paix le 5 mai 2018 à Nouméa, ainsi : « Face à toutes ces souffrances, il y a plus de trente ans, se sont levés deux hommes Jean-Marie Tjibaou et Jacques Lafleur, ils ont su (…), dans un moment où la colère était encore présente, décider d’avancer, ils se sont parlé, se sont compris, ont échangé cette fameuse poignée de mains qui a fondé les trente dernières années du destin de ce pays et je veux associer à leurs souvenirs, Michel Rocard et Lionel Jospin, qui ont conçu et voulu avec eux le processus de paix et de réconciliation. ». Et au modèle lui-même : « Avec les deux accords de Matignon et de Nouméa, avec les comités des signataires, les institutions collégiales, le rééquilibrage, le consensus, les Calédoniens ont inventé un modèle exceptionnel d’intelligence collective qui suscite l’intérêt du monde entier. ».

Le résultat du référendum du 4 novembre 2018, qui est donc l’aboutissement de trente années de dialogue et d’écoute, sera un test sur le comportement de la République française vis-à-vis de la Nouvelle-Calédonie depuis 1988. Cette écoute, cette volonté de réconciliation, ce désir de rendre tous les citoyens, quelles qu’en soient leurs origines, totalement impliqués dans la gestion de ce territoire seront ainsi appréciés ou sanctionnés par les électeurs : si le maintien dans la République française est majoritaire, cela signifiera que la France a su écouter les Néo-calédoniens et leur assurer autonomie, solidarité et égalité, assez en tout cas pour pouvoir se permettre de vivre ensemble, même s’il reste encore beaucoup à faire.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (02 novembre 2018)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Interview de Michel Rocard, interrogé par Olivier Milot, dans "Télérama" le 7 octobre 2013.
Le référendum du 4 novembre 2018 en Nouvelle-Calédonie.
Discours du Président Emmanuel Macron le 5 mai 2018 à Nouméa.
Discours du Premier Ministre Édouard Philippe le 5 décembre 2017 à Nouméa.
L’assaut de la grotte d’Ouvéa selon Michel Rocard.
Jacques Lafleur.
Dick Ukeiwé.
Emmanuel Macron.
Édouard Philippe.
Lionel Jospin.
Michel Rocard.
Edgard Pisani.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181102-nouvelle-caledonie.html

https://www.agoravox.fr/actualites/politique/article/paris-a-l-ecoute-de-la-nouvelle-209215

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/11/02/36833064.html

 

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5 mai 2018 6 05 /05 /mai /2018 20:10

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Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181102-nouvelle-caledonie.html


Discours du Président Emmanuel Macron sur la Nouvelle-Calédonie, le 5 mai 2018 à Nouméa


Madame, Messieurs les ministres,
Mesdames, Messieurs les élus,
Chers amis,

Avant de vous quitter, je voulais vous parler. Cela fait presque trois jours que je suis parmi vous et j'ai eu à plusieurs reprises l'occasion d'échanger avec les uns et les autres, de m'exprimer à plusieurs reprises mais je souhaitais, avant de quitter le sol de la Nouvelle-Calédonie, prendre le temps de partager quelques convictions avec vous.

Et le faire dans ce lieu un peu particulier, je ne suis pas sûr qu'il s'agisse totalement d'un théâtre ; à vrai dire, comme plusieurs le savent, il s'agit d'une ancienne église jamais achevée construite pour le bagne, puis devenue entrepôt.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, ce lieu est utilisé pour l'expulsion des Japonais, puis il devient mess et infirmerie avant de devenir théâtre, que sera-t-il devenu dans quelques générations ou dans un siècle ? Nul ne le sait mais ce lieu palimpseste est un peu à l'image de toute la Nouvelle-Calédonie, traversé par plusieurs traces, plusieurs passages et ces murs nous enseignent, cette église devenue théâtre nous montre que l'histoire n'a jamais dit son dernier mot, que les hommes ne sont jamais totalement déterminés, que les choses ne sont jamais définitives parce que, précisément, il y a toujours des choix à faire, des décisions à prendre, des lieux à transformer.

Je suis donc venu ce soir vous parler un peu de passé et de racines, vous parler de ce moment présent que nous avons à vivre et des quelques mois devant nous en cette année décisive et surtout sans doute vous parler d'avenir parce que je crois que c'est ça qui, au-delà de tout, nous rassemble.

Pour parler d'avenir, il faut d’abord parler des racines ; j'ai souhaité venir en Nouvelle-Calédonie dans ce mois de mai chargé de mémoire pour parler des racines et de l'histoire. Dans les échanges tous très intenses que j'ai eus avec les responsables coutumiers et politiques comme avec la population de ce territoire depuis deux jours, jamais nous n'avons éludé le passé, jamais, au contraire. Nous avons à chaque fois parlé ouvertement aussi pour aider chacun à se décharger d'un passé parfois devenu fardeau, condition pour pouvoir se tourner vers l'avenir.

Sans honte et sans échappatoire, il faut mettre des mots sur ce passé lorsqu'il « pèse comme un couvercle ». Pendant la période coloniale, la France a souvent perdu le sens même de son histoire et de ses valeurs. Pendant cette période, il y a eu des douleurs, des souffrances, des ségrégations, des déportations, des fautes et des crimes mais il y a eu aussi des grandes choses de faites, des constructions, des avancées, des personnes engagées car jamais l'histoire n'est univoque ; il y a les ombres et il y a la lumière, selon la belle formule que l'accord de Nouméa a donnée à la France il y a exactement vingt ans.

L’histoire de la Nouvelle-Calédonie est aussi l'histoire du travail, de la générosité, du talent, de l'engagement surtout de tous ses habitants, et ceux-là aussi ont façonné son visage. Jamais nous n'oublierons les douleurs de la colonisation avec la ségrégation des Kanaks parce qu'ils étaient Kanaks, sans terre, sans droit, sans service public, sans honneur.

La Nouvelle-Calédonie porte la mémoire de ces révoltes matées dans le sang et de ces divisions entre tribus organisées par le colonisateur pour mieux asservir chacun.

Cette mémoire calédonienne est la mémoire de la France. Avec les premières lueurs que nous donne le recul de l’histoire, oui, il faut le dire sans détour, le combat des Kanaks pour retrouver leur dignité était juste, je l'ai dit à leurs représentants, car c'est en reconnaissant les blessures de l'histoire qu'on peut mieux les cicatriser et la France se grandit toujours de reconnaître chacune des étapes de ce qui l’a faite.

Je l’ai souvent dit sans déni, sans repentance, reconnaître pour regarder en face et faire rentrer dans la dignité ceux qu'elle avait parfois écartés ou diminués.

Les racines de la Nouvelle-Calédonie puisent aussi dans la mémoire du bagne, ces dizaines de milliers d'hommes et de femmes de l'Hexagone ou d'Algérie ont abreuvé cette terre de leur sueur et de leur sang sous l'autorité de l'administration pénitentiaire, transportée, reléguée, déportée, tous forçats condamnés à des travaux harassants et à un déracinement souvent définitif, ils ont connu un enfer de chaleur et de fatigue en Nouvelle-Calédonie, à La Foa, à Bourail, à Pouembout, à Nouville, à l'île des Pins et pourtant pendant des décennies, ils ont construit, édifié, aménagé cette terre qui devenait chaque jour davantage la leur, qu'ils ont aussi marquée de leur empreinte indélébile.

Ces racines, ce sont aussi les pionniers, colons libres ou bagnards libérés qui ont développé une agriculture nouvelle, pratiqué les cultures et l'élevage et se sont fondus dans les plaines et les collines en apportant leur ardeur, leur ténacité, leur courage qui ont façonné la Grande Terre.

Ces racines, ce sont aussi les missionnaires, les commerçants, les personnels militaires, les ouvriers des mines, les personnels de santé.

Ces racines, ce sont aussi les Pieds-Noirs et les Harkis arrivés dans l'angoisse des événements en Algérie ; ce sont aussi les Européens de toutes origines venus chercher ici un avenir meilleur et une aventure humaine.

Ce sont toutes les femmes et les hommes venus du reste du Pacifique ou d'Asie construire une part de leur avenir.

C’est cela la Nouvelle-Calédonie, une addition d’histoires, souvent tragiques, heureuses aussi, toutes marquées par le courage et la volonté de bâtir. Il y a des Kanaks, des Caldoches, des Z’Oreilles, des Wallisiens, des Futuniens, des Polynésiens, des Tonkinois, des Javanais, des Japonais et tous les autres qui tous ensemble ont construit la Calédonie d'aujourd'hui, Françaises et Français.

Mais à ces décennies passées à croiser les racines, à suturer les plaies, à construire ensemble, je n'oublie pas que s'est mêlée aussi la peur, la colère parce que cette histoire chahutée, cette addition dont je viens de parler qui s'est progressivement construite dans une communauté sur l'archipel a emmagasiné des ressentiments, a pu accumuler les rancœurs et ces colères ont eu à s'exprimer.

Il y a plus de 30 ans, cette peur a pris le dessus ; la violence s’est invitée dans la vie quotidienne et l'angoisse a étreint les familles. Je suis allé ce matin avec plusieurs d'entre vous à Ouvéa pour honorer les morts et respecter le deuil des familles et pour honorer tous les morts.

Ce que nous avons fait ce matin, c'est aussi réconcilier toutes nos histoires à Iaai, toutes nos histoires et j'ai vu des Kanaks qui s'étaient battus pour attaquer une gendarmerie, être là avec leur famille, pour honorer la mémoire des gendarmes et j'ai vu toute l’île rassemblée pour honorer nos 19 disparus aussi, c'est pour ça que ma place était là et nous avons rendu un hommage à nos morts de l'année d'après.

Toutes ces victimes, ce sont celles de cette colère, de ce ressentiment mais ce qui s'est passé ce matin c'est précisément cette capacité à accepter toutes les mémoires pour ne pas s'enfermer dans les douleurs, cette capacité que nous avons décidée ensemble d'alliance des mémoires, de reconnaître chacune et chacun, de ne pas considérer qu'il y aurait les victimes des uns et les victimes des autres, ce sont toutes nos victimes et que la nation se reconnaît dans elles toutes, dans les colères d'un moment, dans les injustices aussi et qu'il ne s'agit pas de ressasser un passé qui ne veut pas passer mais bien de reconnaître la dignité de chacun, la place de chacun, la part de chacun.

Face à toutes ces souffrances il y a plus de trente ans, se sont levés deux hommes Jean-Marie TJIBAOU et Jacques LAFLEUR, ils ont su bien avant ce que nous avons fait ce matin dans un moment où la colère était encore présente décider d'avancer, ils se sont parlés, se sont compris ont échangé cette fameuse poignée de main qui a fondé les trente dernières années du destin de ce pays et je veux associer à leurs souvenirs, Michel ROCARD et Lionel JOSPIN qui ont conçu et voulu avec eux le processus de paix et de réconciliation.

Jean-Marie TJIBAOU l'a payé de sa vie comme un martyr de la paix.

Il est tellement difficile de tendre la main et il est tellement difficile d'accepter la main tendue mais c'est bien ce qu'il fallait faire. Ce furent les accords de Matignon, puis l'accord de Nouméa le 5 mai 1998.

Ces accords sont des gestes réciproques historiques. Les Kanaks, peuple premier Ô combien meurtri, acceptèrent de reconnaître que les populations accueillies avaient vocation à participer à leurs côtés, sur un pied d'égalité, à la détermination du destin commun. En retour, les autres populations devenues calédoniennes avec le temps ont accepté de remplacer le rapport de force de la règle majoritaire par la pratique du consensus.

Cet accord des volontés fut un accord de sagesse et il permit que le cheminement continue. Les nouvelles institutions virent le jour, le Sénat coutumier notamment, création unique de la République qui cherche à puiser dans la culture ancestrale des clés pour le monde d'aujourd'hui, le gouvernement collégial, bien entendu qui a désormais fait ses preuves pour représenter toutes les sensibilités de la Nouvelle-Calédonie et traverser les crises, des compétences inédites dans la République sont détenues par ce gouvernement.

En 2010, naquit votre belle devise « terre de parole, terre de partage ». En 2010, vint aussi la reconnaissance des deux drapeaux. Ce fut un premier pas vers un signe identitaire dans lequel pourraient un jour se retrouver tous les Calédoniens à chaque étape.

Les Calédoniens furent moteurs et l'Etat les accompagna. A chaque fois, nous en sommes collectivement sortis grandis, c'est bien cela qui a été fait durant les trente dernières années, un cheminement avec des soubresauts mais qui était ce lent parcours de la reconnaissance.

On connaît tous les tiraillements, nous connaissons toutes les sensibilités.

Je crois connaître maintenant à peu près clairement votre « carte du Tendre » mais au-delà de celle-ci, il y a ce parcours lent, exigeant. C’est pourquoi j'ai souhaité marquer symboliquement cette nouvelle ère en me rendant ce matin à Ouvéa et en remettant aux Calédoniens l'acte original de prise de possession de cette terre par la France.

Pour marquer que nous poursuivons justement ce chemin de reconnaissance partagée, de respect réciproque et que le temps n'est plus celui de la possession unilatérale mais bien celui d'une discussion continue, exigeante, constante, d'une responsabilité prise à chaque instant d'un lien réinventé chaque jour, de ce lien qui par l'alliance des mémoires par la reconnaissance poursuivie permettra de déconflictualiser pleinement et de pacifier totalement, y compris les âmes, y compris les morsures.

Ce parcours, vous l'avait fait, mon rôle est de vous accompagner dans cette étape.

Vous êtes ces Calédoniens en racines diverses mêlées chaque jour davantage, qui ont chacun une place dans cette grande histoire et donc sur ce passé, le message que je voulais aujourd’hui avec vous partager, cette conviction profonde, c'est que nul ne doit s'enfermer dans une histoire qui ne dialoguerait plus avec les autres. Nous avons encore vu ce matin les plus jeunes qui ont su dire leur colère, qui était jusqu'alors rentrée mais ils l’ont dit pour reconnaître, pour demander aux autres pour s'excuser parfois des propos tenus pour essayer d'avancer.

Ce parcours de la reconnaissance, cette alliance des mémoires, c'est le moment auquel nous en sommes et ce mouvement est irréversible et celui-ci intervient dans une année cruciale à quelques mois du référendum qui vient.

Celui-ci s'inscrit dans le processus que je viens d'évoquer et dans le cadre des accords. Il vient comme un point qui avait été alors désigné par les signataires.

Je ne prendrai pas parti dans ce référendum qui vient, pas pour me soustraire à une responsabilité mais parce que ça n'est justement pas ma responsabilité mais pour en donner le sens et vous dire, avec conviction, comment je vois l'avenir parce que c'est ainsi que je conçois mon rôle.

Ce n'est pas au chef de l'Etat de prendre position sur une question qui n'est posée qu'aux seuls Calédoniens et une telle position d'ailleurs ne ferait que perturber et biaiser le débat. En revanche, ce que je peux vous dire, ce que je veux vous dire du fond du cœur et en tant que président de la République, c'est que la France ne serait pas la même sans la Nouvelle Calédonie car la Nouvelle-Calédonie n'a jamais manqué à la France. Au fond, la France a toujours été là aussi avec la Nouvelle-Calédonie.

La Nouvelle-Calédonie n'a jamais manqué à la France parce que, dans les heures les plus difficiles de notre histoire, la Nouvelle-Calédonie était là, le retour des cendres du tirailleur KALEPO le 11 novembre dernier dans son île de Tiga nous a rappelé la place qu'avait prise le bataillon des tirailleurs kanaks durant la Première Guerre mondiale parce que, quand il a fallu se battre pour la liberté, tous et toutes étaient là parce que nous avons aussi gravé dans le cœur le ralliement de la Nouvelle-Calédonie à la France libre dès 1940 puis son engagement au sein du bataillon du Pacifique qui quitte « le caillou » un certain 5 mai 1941 et je le dis aussi en ce jour un peu particulier où Maurice MEUNIER, ce matin, a été enterré, lui qui était le dernier survivant de ce bataillon.

Le général de Gaulle vint saluer cet héroïsme en 1956 et en 1966 qui valut à la Nouvelle-Calédonie, la médaille de la Résistance ; c’est aussi cela, le sang versé par la Nouvelle-Calédonie pour la République. Cela, nous ne pouvons pas l'oublier.

La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie, parce qu'elle est une part de cette France Monde, de cette France qui existe dans cette région du monde à des dizaines de milliers de kilomètres de Paris mais au cœur de ce qui est la vocation même de la France de rayonner à travers tous les continents et sur toutes les mers.

La France serait moins belle sans la Nouvelle-Calédonie parce que la Nouvelle-Calédonie a apporté à toute la France des modèles pour les générations futures et ce premier modèle, c’est celui que nous sommes en train de construire, c'est celui d'accepter toute cette diversité dans le respect et la reconnaissance. Le modèle, ce sont les femmes et les hommes qui ont permis de faire ce cheminement.

J'ai cité des géants Jean-Marie TJIBAOU et Jacques LAFLEUR ; permettez-moi aussi de situer le combat que prolongent avec courage madame TJIBAOU et madame LAFLEUR dans la sérénité et la continuité. Merci de cela.

Permettez-moi de nommer Jean LEQUES, ancien maire de Nouméa que j'ai fait, jeudi soir, grand officier de la Légion d'honneur, le premier à avoir accompagné ce cheminement et à avoir accepté encore d'importantes responsabilités.

Je voudrais saluer aussi Jacques IEKAWE, premier préfet d'origine kanake trop vite emporté par la maladie, alors qu'il allait diriger la Communauté du Pacifique, montrant à tout le Pacifique, une figure noble engagée, profondément française et profondément kanake et calédonienne. Laissez-moi rendre hommage à tous les signataires et à l'ensemble des élus des autorités qui dans leur sillage ont œuvré avec courage et responsabilité depuis tant d'années pour faire avancer et dans un contexte plus proche de nous, je ne pourrais taire aussi la présence de Christian KAREMBEU dans cette équipe de France de football championne de 1998 alors même que, dans quelques semaines, nous allons vivre d'autres étapes.

Ce sont dans des domaines divers des modèles illustres qui ont marqué l'apport de la Nouvelle-Calédonie à l'histoire et la construction de notre pays, modèles illustres, modèles de méthode, modèles d'innovations institutionnelles qui ont tant apporté aux outre-mer. La Nouvelle-Calédonie a inventé le dispositif cadre à venir pour la formation des cadres au service du rééquilibrage ; trente ans après, le dispositif a fait des émules à Wallis-et-Futuna ou à Mayotte et certains départements d'outre-mer s'interrogent sur l'adaptation de ce modèle pour eux-mêmes.

Modèle de méthode par les compétences dont le gouvernement est doté et l'articulation tressée chaque jour avec les représentants du gouvernement.

De façon générale, avec les deux accords de Matignon et de Nouméa avec les comités des signataires les institutions collégiales, le rééquilibrage, le consensus, les Calédoniens ont inventé un modèle exceptionnel d'intelligence collective qui suscite l'intérêt du monde entier.

Cette exemplarité a beaucoup apporté à la France.

Alors sans la Nouvelle-Calédonie, décidément, la France ne serait pas la même mais c'est aux Calédoniens qu'il appartient de le dire, de choisir de prendre position le 4 novembre prochain. Les Calédoniens sont appelés à choisir l'avenir institutionnel de leur territoire parce que c'est ce qui a été décidé par les accords ; c'est la parole donnée, je sais que plusieurs auraient voulu en quelque sorte, qu'il en soit peut-être autrement, on arrive par ce consensus si cher à ne pas aller au vote parce que le vote toujours sépare le oui du non ; il prend le risque de diviser mais je vous le dis avec beaucoup de sérénité, il ne faut pas voir là une forme d'échec, c'est un cheminement qui était prévu, c'est un cheminement qui a été voulu et je crois que dans ce parcours que j'évoquais, le respect de la parole donnée et des engagements est essentiel, il est important mais dans ce choix souverain que vous aurez à faire dans la souveraineté nationale, j'en appelle pour ma part à votre responsabilité, votre unité.

Il n’appartient qu'à vous tous, qu’à nous tous de ne pas faire reculer l'histoire, d'accepter que le débat se fasse parce que le choix aura à s'exprimer mais qu'il se fasse dans le calme en ne bégayant jamais, en gagnant chaque centimètre comme nous l'avons fait ensemble ces derniers jours de paix, de concorde et en acceptant que des opinions différentes auront à s'exprimer mais que le jour d'après chacune et chacun aura à travailler ensemble, parce que chacune et chacun vit ensemble et que c'est comme ça depuis le début et ce que les accords ont permis d'acter, c’est cela.

Il ne faut pas dans cette période déjà penser aux étapes qui viendront ensuite et qui sont légitimes et qui appartiennent à la vie politique ; il faut le voir comme un cheminement prévu, une étape qui ne doit en rien, en rien diviser.

Le gouvernement, lui, est pleinement engagé dans la sincérité du scrutin et l'Etat fera tout pour que ce scrutin soit incontestable. C’était le sens du premier déplacement d'Annick GIRARDIN, la ministre des Outre-mer dans une collectivité d'Outre-mer, qui eut lieu ici même en juillet dernier à Nouméa ; c'est le sens du déplacement que le Premier ministre Edouard PHILIPPE a effectué en décembre dernier, accompagné de la ministre et du secrétaire d'Etat entre autres ; et c'est aussi celui du travail des deux comités de signataires qu’a présidés le Premier ministre le 2 novembre et le 27 mars dernier qui ont permis de stabiliser le corps électoral et la formulation de la question posée aux Calédoniens.

Et c'est l'engagement que j'ai pris à votre égard, lorsque je vous ai reçus à l'Elysée dès le mois de novembre dernier ; c'est aussi le sens de la loi organique que j'ai promulguée le 20 avril et qui adapte également les règles de procuration et les bureaux de vote délocalisés.

Enfin, ce scrutin se fera sous le regard attentif des Nations unies qui ont déjà largement participé d'ailleurs au processus de révision des listes depuis quelques années et des pays voisins que j'ai tenu à rencontrer au cours de ce déplacement.

Ce cadre-là, le gouvernement l'assure, mais l'unité et la sérénité, c'est nous tous et vous tous, surtout qui aurez à l’assurer ; c'est pourquoi je compte sur vous et c'est pourquoi j'ai besoin de vous pour qu’ensemble, nous parvenions justement à avancer parce que comme je le disais, quel que soit, quel que soit le résultat de ce scrutin, dès le 5 novembre, vous continuerez à être les mêmes sur le même archipel avec les mêmes histoires, les mêmes imaginaires, les mêmes habitudes, les mêmes amis, les mêmes ennemis mais à vivre ensemble et à faire et c'est pourquoi je voulais conclure mon propos en parlant surtout de l'avenir.

La meilleure façon d'aborder les mois qui viennent, c'est peut-être de changer de conjugaison, c'est de ne pas tout conjuguer à l'imparfait au passé simple ou au passé composé, mais c'est vouloir peut-être un peu davantage conjuguer au futur. Quel avenir voulons-nous construire ? Quel avenir existe en Nouvelle-Calédonie ? Quel avenir voulons-nous porter ?

Je crois, moi, dans le futur de ce territoire et je crois dans la place que ce territoire occupe dans une stratégie plus large que nous devons avoir dans toute la région.

La France est une grande puissance de l'indopacifique, elle est une grande puissance de l'indopacifique à travers tous ces territoires, la Nouvelle-Calédonie, Wallis et Futuna, la Polynésie française mais aussi Mayotte et la Réunion et les terres australes et antarctiques françaises viennent soutenir ce projet, tous ces territoires de la France à travers les mers, c'est la France plus grande qu'elle-même, mais c'est plus d'un million et demi de nos concitoyens qui sont dans cette large région, ce sont plus de 8 000 de nos militaires qui portent notre défense nationale, nos intérêts, notre stratégie, c'est plus des trois quarts de notre présence maritime nous qui sommes la deuxième puissance maritime du monde.

L’indopacifique est au cœur du projet français pour toutes ces raisons, parce que nous y sommes et parce que cette région du globe est en train de vivre un basculement profond et de saisir des opportunités nouvelles qui rendent notre avenir commun dans cette région encore plus fort, encore plus important et qui nous impose de le penser, de le travailler, de l’agir. Les Etats-Unis qui, il y a encore quelques années, se voyaient comme une puissance centrale de la région continuent à l'être sur le plan sécuritaire et stratégique, mais lui ont plutôt tourné le dos ces derniers mois en dénonçant un accord commercial qu'ils avaient structuré, en sortant des accords de Paris et donc en tournant le dos à la lutte contre le réchauffement climatique dans cette région du globe qui comporte sans doute le plus d'Etats qui risquent de disparaître à cause des conséquences de ce réchauffement, là où, ici même, nous avons des terres vulnérables du fait de ce réchauffement et de ces dérèglements.

Dans cette région du globe, la Chine est en train de construire son hégémonie pas à pas, il ne s'agit pas de soulever les peurs mais de regarder la réalité, elle est faite d'opportunités, la Chine doit être un partenaire pour cette région et plus largement. Sa stratégie des nouvelles routes de la soie et son ambition pacifique, nous devons travailler avec elle pour densifier les échanges et en tirer toutes les opportunités, mais si nous ne nous organisons pas, ce sera quand même bientôt une hégémonie qui réduira nos libertés, nos opportunités et que nous subirons.

Enfin avec le choix du peuple britannique de quitter l'Union européenne, la France devient le dernier pays européen pacifique, le dernier comme un pont jeté entre tant d'opportunités, comme un pont jeté entre tant de perspectives et donc pour toutes ces raisons, je crois à l'axe indopacifique, je crois à cette stratégie nouvelle que nous devons porter et qui doit se trouver au cœur de notre ambition collective.

Et c'est d'abord une ambition géopolitique, c'est celle que j'ai exposée il y a maintenant trois jours à Sydney, il y a un axe Paris – New Delhi – Cambera, mais cet axe-là se prolonge de Papeete à Nouméa et à travers tous nos territoires, c'est celui qui nous permettra de construire sur le plan géopolitique la neutralité de cet espace indopacifique ; c'est celui qui de la corne de l'Afrique aux Amériques nous permettra de participer avec nos alliés à ces grands équilibres et d'assurer la liberté de circulation dans les mers, la liberté de circulation dans les airs et les équilibres indispensables à cette région du globe.

Nous avons un rôle à jouer et ce que nous avons acté il y a trois jours avec l'Australie permet justement d'y contribuer, permet de l'ancrer dans notre projet collectif avec un niveau de coopération inédit, de gouvernement à gouvernement qui permettra d'articuler nos défenses, notre cybersécurité, nos engagements réciproques dans la lutte contre le terrorisme et l'organisation de nos armées pour préserver cette neutralité, pour exercer la liberté de notre souveraineté dans cet espace.

Nous avons des alliés, l'Inde où j'étais au mois de mars dernier, la Malaisie, Singapour et les Philippines participent de cet équilibre et le Japon bien évidemment se construit en regard avec cette initiative. Cette stratégie est essentielle si nous ne voulons pas que cette région du globe subisse, devienne en quelque sorte à nouveau sous une coupe à nouveau sous une hégémonie différente du XXIe siècle mais enfin une hégémonie et j'ai constaté chez les uns et les autres un tempérament commun, celui de ne pas l’aimer et donc le projet que nous devons porter, ce projet indopacifique, c'est celui de cette liberté, de la souveraineté dans la région et c'est celui-ci que la France veut porter dans toute la région avec ses alliés.

Ensuite, cette stratégie indopacifique, c'est une stratégie économique indispensable et c'est celle de l'ambition pour ce territoire que nous voulons porter : ambition commerciale qui passera d'abord par une grande vigilance dans le cadre de la négociation des accords de libre-échange entre l'Union européenne et l'Australie, mais nous avons porté nos préoccupations et ils font partie du mandat de la négociation, mais surtout c'est une ambition commerciale pour faire davantage, davantage dans toute la région et de l'agriculture à la pêche, en passant par l'industrie, de faire de la Nouvelle-Calédonie un territoire exportateur dans cette région comme vers l'Europe ou d'autres régions du globe et de réussir à porter une ambition commerciale.

Ce projet économique et cette stratégie économique, c'est aussi un projet pour notre agriculture. Aujourd’hui, la souveraineté alimentaire de la Nouvelle-Calédonie n'est pas assurée, nous l'évoquions hier en étant dans la province Nord. Moins de 20% des besoins alimentaires de l'archipel sont couverts par la production et l'espace ne manque pas ! Alors, nous avons un grand travail à conduire pour mieux mobiliser le foncier, échanger justement les règles avec une structuration juridique et financière qui permettra d'exploiter davantage les terres, qui permettra également de mieux exploiter les terres lorsqu'elles sont en possession privée, qui permettra de construire ici parce que nous le pouvons les voies et moyens d'une souveraineté alimentaire durable, c'est-à-dire de mieux exploiter le territoire pour le bien de tous, de permettre de nourrir la population, mais de le faire dans des règles avec des pratiques qui permettront là aussi d'être cohérent avec nos propres ambitions climatiques, de construire une vraie stratégie protéinique, de construire et de développer un élevage à la mesure de nos besoins et de structurer les filières agricoles.

Il y a l'ambition foncière, il y a le soutien indispensable que conduiront avec le gouvernement pour que ces filières se structurent mais l'objectif de cette souveraineté alimentaire et durable dans la région est, je crois, à portée de main si nous savons nous organiser pour les années et décennies à venir. C'est bien évidemment aussi l'ambition que nous devons porter pour le nickel, beaucoup nous regardent, nous envient, ils viennent nous voir. C'est une des parts de la souveraineté collective, c'est une filière qui s'est structurée, qui s'est développée de manière exemplaire qui a d'ailleurs participé ces dernières années aussi au rééquilibrage mais qu'il faut continuer à développer, à déployer parce qu'elle est un élément critique, stratégique dans la région.

C’est la possibilité de produire une matière première essentielle à de nombreux développements industriels et c'est un élément stratégique de notre développement comme de celui de nombreuses filières à travers le globe. Et il nous faut ainsi continuer à structurer des filières industrielles dans la transformation industrielle et dans la production, les filières de service dans les transformations finales mais pas uniquement, l'entreprenariat qui s'est beaucoup développé ces dernières années mais qui peut encore être encouragé dans les filières numériques comme dans de nombreuses autres.

Il y a des filières aussi comme le bois qui ont un avenir, sous-exploitées – je vous rassure, la Nouvelle-Calédonie n'a pas l'exclusivité de cette faiblesse c'est vrai pour toute la France mais ici aussi – que nous devons savoir inventer une ambition nouvelle pour celles-ci.

Penser la stratégie économique de la Nouvelle-Calédonie, c'est aussi penser le tourisme. Nous avons vu ces dernières années le tourisme à nouveau se développer et en particulier les croisiéristes faire escale et en Australie, on ne m'a parlé que de Nouvelle-Calédonie sur ce sujet mais faisons-nous assez bien ? Pouvons-nous faire mieux ? Sans doute oui, et nous serons aux côtés du gouvernement pour aller en ce sens, pour développer davantage les commerces, les installations, les infrastructures qui permettent d'accueillir davantage, de tirer parti de cette manne touristique, de créer des emplois là aussi pour nos jeunes afin que ce tourisme soit une chance assumée et que ces perspectives s'ouvrent.

L'énergie fait partie également de cette stratégie que nous devons avoir. La biomasse est au cœur des ambitions à porter, les énergies marines également ; il y a là aussi une souveraineté énergétique à construire qui est à portée de main, compte tenu des ressources naturelles et de la localisation. Du solaire en passant par les énergies marines et la biomasse, il y a toutes les voies et moyens d'une souveraineté énergétique de la Nouvelle-Calédonie.

Et puis, il y a la mer. Je l'évoquais tout à l'heure en parlant de la France, deuxième puissance maritime du monde mais la mer ici est une chance qu'il faut pleinement reconnaître et qu'il faut pleinement transformer. La pêche est encore à développer bien davantage, la Nouvelle-Calédonie pourrait tirer bien davantage parti de ses ressources halieutiques qui sont nombreuses avec une capacité, et c'est ce que nous devons construire ensemble, à exporter jusqu'en Europe ce thon de qualité dont les pratiques de pêche ne sont pas comparables avec beaucoup d'autres puissances de la région.

Je n'oserais devant vous, compte tenu de l'expertise de plusieurs dans cette salle, aller trop dans le détail sur telle ou telle espèce et les spécificités de comportement. Nous avons eu hier de longs débats pour savoir si les thons venaient mourir dans les eaux de Nouvelle-Calédonie ou si cela n'était pas vrai. Ce que je sais c'est que nous pouvons faire bien davantage par la pêche, nous pouvons créer beaucoup plus d'emplois et là aussi développer beaucoup plus de potentiels, mais la mer, ça n'est pas simplement ça. Ce sont aussi des énergies marines renouvelables que j'ai évoquées, ce sont aussi les algues, ce sont les innovations, c'est tout ce que nous pouvons tirer de cette croissance bleue qui est à portée de main et du tourisme à la valorisation économique, aux innovations, à la préservation des espaces. Il y a un continent de possible que nous devons réussir à inventer et qui fait partie de la stratégie économique indopacifique que nous voulons conduire.

Sur tous ces sujets, il y a une part de l'avenir de notre jeunesse qui se joue et je veux ici vous dire, président, et le dire aux présidents des provinces que nous serons à vos côtés pour vous y aider parce que, au-delà de la géopolitique et de l'économie, le troisième défi qui est le nôtre dans cette stratégie indopacifique, c'est le défi climatique.

Et d'ailleurs, la réussite économique ne peut pas se construire sans que nous n'ayons une réussite dans la lutte contre le réchauffement climatique et elle se joue dans cette région du globe aussi et peut-être surtout pour les raisons que j'évoquais tout à l'heure.

Et nous avons sur ce sujet bien des initiatives à prendre, nous avons commencé à le faire avec nos partenaires. Je l’ai là aussi présenté il y a deux jours, nous avons acté de la participation de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande dans un fonds nous engageant collectivement pour la préservation de nos récifs et des récifs coralliens, avec un investissement qu’ont accepté et la Nouvelle-Calédonie et l'Australie.

Nous avons acté de la mise en place de ce fonds pour la biodiversité, qui dans la région permettra de mobiliser de nombreux bailleurs avec l'engagement de tous ; nous avons hier reçu les Etats de la Communauté du Pacifique à Nouméa – quelle fierté nous pouvons collectivement avoir ! – qui tous se sont engagés dans cette bataille et vous avez rendu compte, Monsieur le président, des travaux qui ont été conduits et qui tous souhaitent pouvoir mobiliser l'argent des bailleurs internationaux de manière simple, rapide et c'est ce que nous allons faire ensemble.

Ça fait partie des 12 initiatives que la France a portées au « One Planet Summit » le 12 décembre dernier. Cela, c'est ce que nous allons continuer à faire dans la région ; c'est le cadre de cette grande stratégie mais pour la Nouvelle-Calédonie, le projet emblématique du parc marin de la mer de Corail illustre parfaitement cette stratégie et c'est celui que nous voulons pouvoir accompagner. L’Agence française pour la Biodiversité s'engagera mais avec elle aussi les investissements d'avenir pour que nous puissions vous aider à cheminer, à pleinement investir, à pleinement valoriser et au-delà de ce projet, nous étions tout à l'heure à Iaai où l'érosion côtière, là aussi, menace l'activité économique d'abord, l'habitat demain et angoisse chacune et chacun.

Nous investirons par l'Agence française de développement et par les différents projets que nous porterons pour là aussi protéger ces terres vulnérables en Nouvelle-Calédonie comme chez tous nos partenaires et nous avons acté hier de nouveaux investissements au Vanuatu et chez de nombreux autres amis de cette communauté du Pacifique.

Dans ce combat contre le réchauffement climatique et ses conséquences, il y a la réconciliation profonde de notre capacité à innover et à se rappeler d'où nous venons, les pratiques les plus ancestrales respectueuses des équilibres naturels parce qu'elle les connaissent, parce qu'elles s'en sont nourries et les pratiques les plus contemporaines et de l'innovation la plus contemporaine à travers le solaire, l'éolien, les énergies marines, la protection des côtes, la protection de la biodiversité. C'est dans cette réconciliation et ce mariage des compétences qui est au cœur de la culture pacifique que nous pourrons gagner cette bataille et que la France soit pleinement s'engagée.

Donc vous le voyez cet avenir que je vois, que je veux porter avec vous, c'est celui d'une stratégie indopacifique qui passe par la géopolitique, par l'économie, par la lutte contre le réchauffement climatique.

Alors pour y parvenir, il nous faudra le porter ensemble. Le gouvernement sera toujours aux côtés du gouvernement de Nouvelle-Calédonie sur chacune de ces initiatives mais il nous faudra aussi permettre à toute la société et en particulier à notre jeunesse d'en saisir les opportunités.

Nous étions hier, Madame la maire, dans l'un de vos quartiers et cette stratégie n'est possible que si nous savons aussi pleinement reconstruire la sécurité, reconstruire les règles indispensables et la protection de chacun.

Et j'ai souhaité que nous nous y engagions pleinement, c'est aussi pour cela que la police de sécurité du quotidien se déploie en Nouvelle-Calédonie parmi les territoires expérimentaux ; c'est aussi pour cela que parmi les territoires de reconquête républicaine, il y a certains quartiers où nous étions hier que nous avons fléchés – nous étions ensemble avec vous aussi, Président, pour en parler. C'est une stratégie plus large de sécurité, de prévention, de travail avec les bailleurs, les associations qu'il nous faut faire pour que là aussi, rien ne déborde et que l'insécurité, le doute, les craintes n'empêchent pas de saisir ces opportunités que j’évoquais.

Mais la bataille première pour y parvenir, c'est celle de l'éducation ; nous avons confirmé les financements en soutien du travail du gouvernent de Nouvelle-Calédonie et nous serons toujours au rendez-vous.

Nous étions hier dans un lycée formidable, le lycée Michel Rocard, exemplaire et j’y ai vu toute la richesse de l'archipel et je souhaite que nous puissions continuer cette stratégie éducative qui est le pilier indispensable pour que chacune et chacun y trouve sa place, pour que toute la jeunesse, toute la jeunesse puisse avoir accès à la meilleure éducation et à la meilleure formation, pour qu'on puisse dans l'école enseigner les savoirs fondamentaux, les meilleurs enseignements mais aussi les cultures, les langues qui font la tradition et la richesse de l'archipel et pour qu'on puisse par ce travail aussi construire ce qui est l'un des défis de cette stratégie qui est devant nous, c’est celle d'une société et d’un archipel plus équilibré, équilibré sur le plan territorial et de son économie, je sais combien vous y tenez et c'est je crois l'un des grands acquis des vingt dernières années, sans doute accéléré ces dernières années et sur lequel nous devons aller plus loin, équilibré en donnant une place à chacun et en étant sûr que chaque enfant aura les mêmes opportunités où qu'il soit né, dans quelque endroit et dans quelque famille ; plus équilibré en s'assurant que les femmes auront autant d'opportunités que les hommes et seront autant respectées que les hommes

C’est cette société-là que nous devons dessiner parce qu'elle sera exemplaire dans tout le Pacifique, exemplaire par sa vision, exemplaire par ses équilibres, exemplaire parce qu'elle aura tout à la fois le meilleur de l’histoire ancestrale de la Nouvelle-Calédonie et de ce que doit produire l'histoire et l'actualité de la République française.

Et donc, vous le voyez, c'est dans cette ambition qui inclut la Nouvelle-Calédonie dans cet espace immense mais essentiel de l'indopacifique mais dans une ambition pour le territoire que je veux que nous construisions ensemble notre avenir et ces prochaines années.

C’est cette vision d'avenir que je voulais partager avec vous, plutôt que de vous dire quoi choisir. Ca, ce sera votre conscience qui vous le dictera ; ce sera votre liberté qui s'exprimera mais moi, je voulais vous dire ma conviction pour ici et cette vision que je veux porter dans toute la région pour la France et pour vous toutes et tous.

Voilà mes amis ce que je voulais vous dire.

Je crois que j'ai un peu appris à vous connaître à l’issue de ces trois jours. Il y a une chose que j'ai comprise, c'est que beaucoup est affaire de regard. Quand on demande qui va parler, quel que soit le parti, quels que soient les désaccords, on se cherche du regard. Quand on est ému, on ne parle pas trop mais les mêmes regards qui se cherchaient se remplissent de larmes, c'est une terre de regard, j'aimerais que ce regard se tourne vers l'avenir. J’aimerais que ce regard continue à se considérer mais ne se perde pas trop à regarder de côté ou à chercher le regard de l'autre, il est indispensable, mais je suis sûr d'une chose, c'est que ces regards se conjugueront mieux s'ils essaient de voir ensemble le même point. Alors, vous chercherez toujours qui parle le premier et vous le déciderez de manière tacite, je ne vous changerai pas et je ne prétends absolument pas le faire mais dans les trois provinces que j'ai foulées, j'ai vu cette même pudeur, cette même exigence mais j'ai aussi vu à chaque fois cette même jeunesse qui me rend confiant parce qu'au fond, nous avons un devoir au-delà de toute cette mémoire et ce passé qui nous dépasse, mais que nous sommes en train de réconcilier, j'en suis sûr, nous avons un devoir, c'est notre jeunesse, c'est le seul et c'est le plus important.

Ce matin à Ouvéa, j'ai planté un cocotier. Certains ont commencé à dire : est-ce c'est l'arbre de la colère ? D’autres disaient : non, c'est l'arbre du pardon, c'est l'arbre de la reconnaissance. Alors on a décidé que ce serait l'arbre de l'avenir. Il a été planté avec plusieurs des enfants et une petite fille, une petite Ginette, qui était là et je lui ai donné une mission très particulière c'est qu'elle va s'assurer que l'arbre pousse bien, elle le surveillera et nous, nous lui devons une chose à cette petite Ginette c'est de s'assurer qu'elle puisse grandir comme elle le mérite, en Nouvelle-Calédonie, qu'elle puisse grandir en ayant la meilleure formation, en ayant l'avenir le plus conquérant possible, en ayant toutes les chances avec elle parce que ses parents, ses grands-parents, ses frères, ses sœurs, ses oncles auront aussi décidé ensemble de regarder l'avenir.

Emmanuel Macron, le 5 mai 2018 à Nouméa, en Nouvelle-Calédonie.

Source : www.elysee.fr/

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20180505-discours-macron-noumea.html



 

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5 décembre 2017 2 05 /12 /décembre /2017 22:06

Le Premier Ministre Édouard Philippe a prononcé un discours le 5 décembre 2017 à Nouméa qu'on peut lire ici.

Cliquer sur le lien pour télécharger le discours (fichier .pdf) :
https://www.gouvernement.fr/sites/default/files/document/document/2017/12/discours_de_m._edouard_philippe_premier_ministre_au_congres_de_nouvelle-caledonie_-_mardi_5_decembre_2017.pdf

Pour en savoir plus :
http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20181102-nouvelle-caledonie.html

SR

http://rakotoarison.over-blog.com/article-srb-20171205-discours-edouard-philippe-noumea.html


 

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