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17 décembre 2021 5 17 /12 /décembre /2021 03:40

« Regardons le visage des enfants. Ayons le courage d’éprouver de la honte devant eux, qui sont innocents et représentent l’avenir. Ils interpellent nos consciences et nous interrogent (…). La Méditerranée, qui a uni pendant des millénaires des peuples différents et des terres éloignées, est en train de devenir un cimetière froid sans pierres tombales. (…) Frères et sœurs, je vous en prie, arrêtons ce naufrage de civilisation ! » (Pape François, le 5 décembre 2021 à Lesbos).



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Jorge Mario Bergoglio, ancien archevêque de Buenos-Aires, autrement dit, le pape François fête son 85e anniversaire ce vendredi 17 décembre 2021. C’est un peu étonnant quand on connaît, malgré une fatigue due à une opération chirurgicale en été dernier, le dynamisme tant physique que moral de ce pape hors du commun, qui a la volonté de vivre la parole de Dieu avec une expression moderne. Il a déjà fait savoir qu’il n’hésiterait pas à faire comme son prédécesseur s’il sentait qu’il ne pourrait plus assurer sa lourde charge.

Quelques petites données pour replacer dans l’histoire : le pape François, à 85 ans, est déjà plus âgé que Jean-Paul II à sa mort et est pas loin de l’âge de Benoît XVI quand il a décidé de renoncer à la trop lourde charge pontificale. Et la durée du pontificat de François a déjà dépassé celle de Benoît XVI, plus de huit ans. Il a été en effet élu le 13 mars 2013 à l’âge de 76 ans.

C’était déjà hélas âgé pour démarrer un pontificat, il avait le même âge de Jean XXIII dont le pontificat n’a même pas duré cinq ans (et pourtant, il fut historique). Comme Benoît XVI (élu pape à 78 ans), le pape François n’a pas eu pour ambition de réformer la Curie romaine, mais il a, par sa personnalité simple et attachante, considérablement modifié les codes et protocoles. Il veut être simple, proche des fidèles (et des autres aussi), et surtout, il veut rappeler ce que la parole d’Évangile veut dire, parfois en opposition à ceux qui, pourtant, revendiquent une certaine identité catholique qui n’a pourtant pas grand-chose de catholique (catholique, en grec, signifie universel).

C’est pourquoi, comme l’a expliqué Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef au  journal "La Croix", à Guillaume Erner le 2 décembre 2020 sur France Culture, François s’adresse à tout le monde : « Ce pape-là, plus que les autres, essaie d’aller au-delà des catholiques et de leur parler à travers des interviews, à travers des films et à travers des livres. Il y a sans doute deux choses : il pense aujourd’hui que le pape doit parler à l’ensemble des citoyens du monde, finalement, et pas simplement aux catholiques pratiquants. Et puis, sans doute aussi parce qu’il y a quand même une forte opposition hiérarchique dans l’Église à ce pape-là et pour lui, c’est un moyen de la contourner. ».

Dans l’actualité du pape, il y a eu son dernier voyage pontifical, le trente-cinquième depuis le début de son pontificat, du 2 au 6 décembre 2021 à Chypre et en Grèce. Il a fait 4 500 kilomètres de vol, et s’est exprimé à l’occasion de douze discours publics et de nombreuses rencontres de responsables politiques et religieux, y compris orthodoxes, et cela dans un contexte sanitaire difficile.

Le sujet d’actualité le plus brûlant pour lui était la mort de 27 personnes qui ont fait naufrage le 24 novembre 2021 dans la Manche et plus généralement, l’indignation qu’il souhaite exprimer face aux drames humains que vivent les réfugiés. Avant de partir, il avait déjà tweeté le 28 novembre 2021 : « Je ressens de la tristesse quand je pense à ceux qui sont morts dans la Manche, à ceux de la frontière avec la Biélorussie, dont beaucoup sont des enfants, à ceux qui se noient dans la Méditerranée, à ceux qui sont rapatriés en Afrique du Nord et transformés en esclaves. ». Et celui-ci le même jour : « Combien de migrants sont exposés, même de nos jours, à des dangers très graves et combien perdent la vie à nos frontières ! ».

À la fin de son voyage, avant une grande messe à Athènes, il est retourné sur l’île de Lesbos, dans la mer Égée, à quelques kilomètres des côtes turques. En effet, le 16 avril 2016, il était déjà venu sur cette île pour parler de sauver et d’accueillir les réfugiés : "Nous sommes tous des migrants !" proclamait-il. Revenons alors à ses déclarations de 2016.

Il avait alors dit ceci, au Camp de réfugiés de Moria : « Nous sommes venus attirer l’attention du monde sur cette grave crise humanitaire et plaider pour sa résolution. Comme des hommes de foi, nous voulons unir nos voix pour parler ouvertement en votre nom. Nous espérons que le monde prêtera attention à ces scènes de besoin tragique, voire désespéré, et répondra de manière digne de notre humanité commune. Dieu a créé l’humanité pour qu’elle soit une famille ; lorsque n’importe lequel de nos frères et sœurs souffre, nous sommes tous affectés. Nous savons tous par expérience combien il est facile à certains d’ignorer la souffrance des autres et même d’exploiter leur vulnérabilité. Mais nous savons également que ces crises peuvent révéler le meilleur en nous. » (16 avril 2016).

Aux habitants de Lesbos : « Il ne faut cependant jamais oublier que les migrants, avant d’être des numéros, sont des personnes, des visages, des noms, des histoires. L’Europe est la patrie des droits humains, et quiconque pose le pied en terre européenne devrait pouvoir en faire l’expérience ; ainsi il se rendra plus conscient de devoir à son tour les respecter et les défendre. » (16 avril 2016).

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Dans son dernier voyage pontifical, le pape François est donc revenu sur cette question de la crise humanitaire des réfugiés. Il s’est ainsi adressé aux réfugiés qui avaient témoigné devant lui, en l’église paroissiale de la Sainte-Croix à Nicosie le 3 décembre 2021 en leur citant d’abord un passage d’une lettre de saint Paul aux chrétiens d’Éphèse : « Vous n’êtes plus des étrangers ni des gens de passage, vous êtes concitoyens des saints, vous êtes membres de la famille de Dieu. ».

Et le pape de commenter : « Des paroles très lointaines dans le temps, mais très proches, plus actuelles que jamais, comme si elles avaient été écrites aujourd’hui pour nous : "vous n’êtes pas des étrangers, mais des concitoyens". C’est la prophétie de l’Église : une communauté qui, avec toutes les limites humaines, incarne le rêve de Dieu. (…) Dieu veut cela, Dieu rêve de cela. C’est nous qui ne voulons pas. ».

Dans ces témoignages de migrants, le pape François en a entendu beaucoup qui ne savaient pas se définir, donner son identité : « Vos témoignages sont comme un "miroir" pour nous, communautés chrétiennes. Lorsque toi, Thamara qui viens du Sri Lanka, tu dis : "On me demande souvent qui je suis", la brutalité des migrations met en jeu l’identité même. (…) Qui suis-je. Et lorsque tu dis cela, tu nous rappelles qu’on nous pose aussi parfois cette question : "Qui es-tu ?". Et malheureusement, cela signifie souvent : "De quel parti es-tu ? À quel groupe appartiens-tu ?". Mais comme tu nous l’as dit, nous ne sommes pas des numéros, nous ne sommes pas des individus à cataloguer. ».

L’identité, et puis la haine, ce qu’ont ressentie beaucoup de migrants comme Maccolins de Cameroun : « La haine est un poison dont il est difficile de se désintoxiquer. Et la haine est une mentalité, une mentalité tordue, qui au lieu de nous faire reconnaître comme des frères, nous fait voir comme des adversaires, comme des rivaux  quand ce n’est pas comme des objets à vendre ou à exploiter. ».

Le voyage : « Lorsque toi, Rozh, qui viens d’Iraq, tu dis que tu es "une personne en voyage", tu nous rappelles que nous sommes aussi des communautés en voyage, nous sommes sur le chemin du conflit à la communion. Sur ce long chemin fait de montées et de descentes, il ne faut pas avoir peur des différences entre nous, mais plutôt, oui, de nos fermetures et de nos préjugés qui nous empêchent de nous rencontrer vraiment et de marcher ensemble. ».

Le pape François enfin a évoqué l’effroyable indifférence : « Le danger est que souvent, nous ne laissons pas entrer les rêves en nous, et que nous préférons dormir au lieu de rêver. Il est si facile de regarder ailleurs. Et en ce monde, nous nous sommes habitués à cette culture de l’indifférence, à cette culture du regarder ailleurs et nous endormir tranquilles. Mais sur cette route, on ne peut jamais rêver. (…) C’est l’histoire d’un esclavage, d’un esclavage universel. Nous voyons ce qui se passe, et le pire, c’est que nous sommes en train de nous habituer à cela. "Oui, aujourd’hui, une embarcation a coulé, là, beaucoup de disparus…". Mais ce fait de s’habituer est une maladie grave, c’est une maladie très grave, et il n’y a pas d’antibiotique pour cette maladie ! (…) En vous voyant, je pense à beaucoup qui ont dû retourner parce qu’ils ont été repoussés et ont fini dans les camps, de vrais camps où les femmes sont vendues, les hommes torturés, faits esclaves… (…) J’ai vu des témoignages filmés de cela : des lieux de torture, de vente de personnes. Je dis cela parce que c’est ma responsabilité d’aider à ouvrir les yeux. La migration forcée n’est pas une pratique touristique : s’il vous plaît ! (…) Ceux qui ont donné tout ce qu’ils avaient pour monter sur une embarcation, de nuit, et ensuite… sans savoir s’ils arriveront… Et ensuite, repoussés pour finir dans les camps, vrais lieux de confinement, de torture et d’esclavage. (…) Les barbelés (…) sont mis pour ne pas laisser entrer le réfugié, celui qui vient demander la liberté, du pain, de l’aide, de la fraternité, de la joie, qui, fuyant la haine se retrouve devant une haine qui s’appelle fil de fer barbelé. Que le Seigneur réveille la conscience de chacun de nous devant toutes ces choses. Et pardonnez-moi si j’ai dit les choses comme elles sont, mais nous ne pouvons pas taire et regarder ailleurs, dans cette culture de l’indifférence. ».

Plus tard, le 5 décembre 2021, le pape François a prononcé un grand discours au centre de réception et d’identification de Mytilène, sur l’île de Lesbos, en commençant par citer ce que son ami Bartholomée, le patriarche œcuménique de Constantinople, a dit il y a cinq ans, lors de sa venue du 16 avril 2016 : « Celui qui a peur de vous ne vous a pas regardés dans les yeux. Celui qui a peur n’a pas vu vos visages. Celui qui a peur n’a pas vu vos enfants. Il oublie que la dignité et la liberté dépassent la peur et la division. Il oublie que la question migratoire n’est pas un problème du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, de l’Europe et de la Grèce. Elle est un problème mondial. ».

Et François l’a confirmé ce 5 décembre 2021 : « Oui, c’est un problème mondial, une crise humanitaire qui nous concerne tous. La pandémie nous a touchés de manière globale, elle nous a fait réaliser que nous sommes tous dans la même barque, elle nous a fait éprouver ce que signifie avoir les mêmes peurs. Nous avons compris que les grandes questions doivent être abordées ensemble, car dans le monde d’aujourd’hui, les solutions partielles sont inadaptées. (…) Tout paraît terriblement bloqué lorsqu’il s’agit de la question migratoire. Pourtant, des personnes et des vies humaines sont en jeu ! L’avenir de tout le monde est en jeu, il ne sera serein que s’il est intégré. Ce n’est qu’en étant réconcilié avec les plus faibles que l’avenir sera prospère. Parce que lorsque les pauvres sont rejetés, c’est la paix qui est rejetée. Le repli sur soi et les nationalismes, comme l’histoire nous l’enseigne, mènent à des conséquences désastreuses. (…) C’est une illusion de penser qu’il suffit de se préserver soi-même, en se défendant des plus faibles qui frappent à la porte. L’avenir nous met de plus en plus en contact les uns avec les autres. Pour en faire un bien, ce sont les politiques de grande envergure qui sont utiles, et non les actions unilatérales. (…) Surmontons la paralysie de la peur, l’indifférence qui tue, le désintérêt cynique qui, avec ses gants de velours, condamne à mort ceux qui sont en marge ! Luttons à la racine contre cette pensée dominante, cette pensée qui se concentre sur son propre moi, sur les égoïsmes personnels et nationaux qui deviennent la mesure et le critère de toute chose. (…) Ce n’est pas en élevant des barrières que l’on résout les problèmes et que l’on améliore la vie en commun. Au contraire, c’est en unissant nos forces pour prendre soin des autres, selon les possibilités réelles de chacun et dans le respect de la loi, en mettant toujours en avant la valeur irrépressible de la vie de tout homme, de toute femme, de toute personne. ».

À l’évidence, François est un pape révolutionnaire. Sa parole compte dans la grande cacophonie du monde. Il est rassurant qu’il s’attache aux graves problèmes de notre temps sans chercher à rebondir sur de vaines polémiques, des polémiques parfois dérisoires (je pense au mariage pour tous). C’est son rôle, celui d’un lanceur d’alerte comme on dit. Il n’a aucune armée mais il a un ministère de la parole bien plus écouté que bien des États du monde. Le scandale est là, depuis longtemps, pas seulement depuis la crise syrienne. Les réfugiés sont victimes de la cupidité de criminels et de l’indifférence des émus.

Et il avait parfaitement raison quand, évoquant la parabole du Bon Samaritain, il a "attaqué" les manipulateurs d’opinion qui revendiquent faussement des valeurs chrétiennes en refusant d’accueillir les réfugiés (suivez mon regard) : « Sur les rives de cette mer, Dieu s’est fait homme. (…) Il nous aime comme ses enfants, et veut que nous soyons frères. Et pourtant, c’est Dieu que l’on offense en méprisant l’homme créé à son image, en le laissant à la merci des vagues, dans le clapotis de l’indifférence, parfois même justifié au nom de prétendues valeurs chrétiennes. La foi, au contraire, exige compassion et miséricorde, ne l’oublions pas que c’est le style de Dieu : proximité, compassion et tendresse. La foi exhorte à l’hospitalité (…). Ce n’est pas de l’idéologie religieuse, ce sont les racines chrétiennes concrètes. Jésus affirme solennellement qu’il est là, dans l’étranger, dans le réfugié, dans celui qui est nu et affamé. Et le programme chrétien, c’est d’être là où est Jésus. ». Les mots sont explicites, clairs, sans ambiguïtés. Cela remet les choses en place.

Ces deux voyages à Lesbos (16 avril 2016 et 5 décembre 2021) ont été des voyages essentiels de ce pontificat, peut-être les plus importants, car ils rappellent à quel point la religion n’est pas une politique, elle est de revenir aux fondamentaux de l’humain.

Je termine ici par les relations entre la France et le Vatican. Dans l’actualité papale, il y a eu aussi sa rencontre avec Président français Emmanuel Macron au Vatican le 26 novembre 2021. Les relations entre la France et le Vatican ne sont pas au beau fixe malgré le sentiment de grand espoir de nombreux catholiques français pour ce grand pape d’ouverture. En effet, le pape François avait commencé son pontificat en pleine polémique puis adoption du mariage pour tous sous le quinquennat de François Hollande.

Le pape n’a encore fait aucun déplacement en France depuis les plus de huit ans de pontificat. Il était sur le point de venir au printemps 2019 pour se rendre compte de destruction de la cathédrale Notre-Dame de Paris par un incendie, mais cela ne s’est pas fait, malgré l’invitation très insistante du Président français. Il faut dire que la situation de l’Église de France est très délicate actuellement : la France a perdu deux de ses plus importants évêques avec les démissions de Mgr Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris. Il est loin le temps où dominait le charisme intellectuel de deux grands cardinaux français, Mgr Albert Decourtray, archevêque de Lyon, et Mgr Jean-Marie Lustiger, archevêque de Paris. Mais plus encore, c’est bien le rapport Sauvé qui a plongé tant l’Église de France que le Vatican, qui a réaffirmé sa fermeté sur ce sujet, dans un trouble profond et durable qui acte la responsabilité de l’institution catholique elle-même dans les nombreux crimes pédophiles commis par des prêtres. Une visite pontificale devrait donc avoir eu une préparation très approfondie et rigoureuse pour qu’elle soit utile. Pour l’heure, c’est d’autant moins à l’ordre du jour que le pape s’était donné comme règle de ne jamais aller dans un pays en période électorale.


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (12 décembre 2021)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le pape François, une vie d’espérance.
La solidarité du pape François.
L’attentat de la basilique Notre-Dame de Nice le 29 octobre 2020.
Jacques Hamel, martyr de la République autant que de l’Église.
Abus sexuels : l’Église reconnaît sa responsabilité institutionnelle.
Rerum Novarum.
L’encyclique "Rerum Novarum" du 15 mai 1891.
La Vierge de Fatima.
L’attentat contre le pape Jean-Paul II.
Pierre Teilhard de Chardin.
L’Église de Benoît XVI.
Michael Lonsdale.
Pourquoi m’as-tu abandonné ?

_yartiPapeFrancois85a03



https://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20211217-pape-francois.html

https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/la-solidarite-universelle-du-pape-237970

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2021/12/11/39258670.html





 

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