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5 mai 2008 1 05 /05 /mai /2008 07:20

Qui honorait la télévision française le 1er mai 2008 ? Pierre Bérégovoy ? Non. Un homme qui est maintenant très oublié…


La semaine dernière, le jeudi 1er mai 2008 au soir, c’était un climat bien étrange à la télévision.

Il y avait quinze ans, vous vous souvenez, le 1er mai 1993 ? C’était le suicide de l’ancien Premier Ministre Pierre Bérégovoy. La télévision avait même fait un documentaire très élaboré au mois le 9 avril 2008 (‘Un Jour, un destin’, France 2).

Étrangement, ce 1er mai 2008, ce n’était pas Pierre Bérégovoy dont on retraçait la vie… mais Georges Marchais.

Vous vous souvenez de Georges Marchais ?

Évidemment, la réponse à la question dépend de votre âge.

Car non seulement il est mort il y a plus de dix ans (16 novembre 1997) mais en plus, il avait un peu disparu de la circulation depuis qu’il avait quitté la direction du Parti communiste français en 1994.

Georges Marchais, c’est les grandes heures du Parti communiste français. Celles de l’Union de la Gauche. Celle du déclin. Une personnalité à la Jean Gabin, beau jeune ouvrier, un ton percutant, un talent oratoire inégalé.

Sa période médiatique faste, c’était dans les années 1970, où son ton, sa nature chaleureuse et colérique, sa spontanéité faisaient les choux gras des médias, des imitateurs (Pierre Douglas et Thierry Le Luron) et surtout, des téléspectateurs.

C’est qu’il faisait de l’audience, le bougre !

Pas forcément dans le bon sens (cela pouvait être contreproductif), mais il était une véritable star de la télévision.

On revoit les débats qui l’avaient vu affronter Alain Peyrefitte, Valéry Giscard d’Estaing ou Jean-Pierre Fourcade, ou même le jeune Lionel Jospin, tout bouclé, qui rejetait son argument répété sans cesse selon lequel il était un ouvrier et qu’il représentait donc les vrais travailleurs du pays.

Dans l’émission qui retraçait cette vie médiatique, on revoyait donc avec presque de la tendresse les fameuses émissions ‘Cartes sur Table’ avec Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel, si jeunes et si fins à l’époque !

Elkabbach le reconnaissait sans détour : Georges Marchais avait contribué à sa carrière prestigieuse de journaliste (dont le dernier round fut l’annonce malencontreuse de la fausse mort de Pascal Sevran), mais Georges Marchais avait eu aussi besoin de lui pour se construire son image populaire.

Pourtant, le ‘parler popu’ de Georges Marchais, qui offrait quelques jolis mots croustillants au public, était très différent dans des échanges privés où la syntaxe et le calme reprenaient le pouvoir. (Un ‘parler popu’ repris aujourd’hui par Nicolas Sarkozy, voir l’article de Jean Véronis en annexe).

Georges Marchais, un acteur de la Comédie française ?

Parmi les rugosités du personnage, une naïveté ou une mauvaise foi lorsqu’il recracha les mêmes mots que Leonid Brejnev sur la nécessité de l’intervention soviétique en Afghanistan. Cela lui collera évidemment à la peau jusqu’à la fin de son existence. Comme son « globalement positif » du bilan de l’Union Sovétique.

Dans les années 1980, l’affaire différait. Georges Marchais jouait sa propre caricature, à tel point qu’on pourrait le comparer à Arlette Laguiller à partir de 1995… elle-même popularisée dans ses interventions médiatiques et se caricaturant elle-même aussi.

Ensuite, chute du Mur de Berlin aidant et déclin électoral des communistes devenant inéluctable, Georges Marchais s’écartait de plus en plus de la mode… remplacé d’ailleurs (en terme de ‘grande gueule’ de la politique) par… Jean-Marie Le Pen qui inspirait beaucoup plus la peur que lui.

L’émission était aussi un moyen de revoir un ancien porte-parole communiste (normalien et agrégé) qui s’était mis en dissidence du PCF en 1988 en se présentant à l’élection présidentielle contre André Lajoinie : Pierre Juquin (78 ans), aux traits désormais ridés, invisible depuis vingt ans (il avait adhéré ensuite aux Verts, puis avait soutenu Laurent Fabius en 2006 et avait refusé de soutenir Ségolène Royal).

Pierre Juquin constata d’ailleurs en fin d’émission avec beaucoup d’amertume que Georges Marchais a été complètement enlevé des mémoires (mêmes communistes : ‘L’Humanité’ a même humilié Georges Marchais à la fin de sa vie en publiant un article de lui sous forme de fausse interview et en dixième page)… un peu comme le PCF lui-même !… Un destin que semblerait déjà connaître de son vivant son successeur, Robert Hue.

D’autres proches de Georges Marchais trouvaient évidemment terrible et injuste la cinglante condamnation du journal ‘Libération’ à sa mort : « Globalement négatif ». (j’ajouterais que ce n’est pas fin de la part d’un journal de résumer la vie d’un homme à une seule facette de son existence, quel qu’il soit et quelle qu’elle soit).

L’émission était d’autant plus réussie que le dernier fils de Georges Marchais, Olivier, avait accepté de fournir quelques images privées qui montraient une autre perspective plus sympathique de l’homme : loin du communiste brutal le couteau entre les dents, Georges Marchais se montrait, avec ses proches, un père de famille heureux, attentionné, simple, faisant son jardin, sa cuisine, passant ses vacances à jouer à la pétanque, se désolant quand son fiston ne se souvenait plus des paroles d’une chanson qu’il avait apprise par cœur.

C’est d’ailleurs lors d’une de ses vacances, en été 1977, en Corse, que Georges Marchais apprit au journal télévisé une prise de position de François Mitterrand qui l’eut étranglé car elle signait la mort du programme commun de la gauche. Une occasion de dire à son épouse : « Liliane, fais les valises, on rentre à Paris ! », une phrase qui sera alors répétée de nombreuses fois et qui inquiétait même les ligues féministes (alors que sa femme était loin d’être une bobonne).

Oui, le téléspectateur qui regardait ce soir-là ce Georges Marchais, il ne faisait pas de politique, il ne doutait pas que le communisme, en France et dans le Monde, n’est qu’une idéologie idéaliste qui avait tourné très vite au totalitarisme et au carnage, mais il avait un peu de nostalgie pour cette époque…

Georges Marchais, miroir de la société française des années 1970 ?


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (5 mai 2008)


Pour aller plus loin :

Émission sur Georges Marchais (France 2, 1er mai 2008).

Excellent article de Jean Véronis sur Georges Marchais (23 novembre 2007).





http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=39540

http://www.centpapiers.com/Fais-les-valises-on-rentre-a-Paris,3695

http://www.lepost.fr/article/2008/05/06/1190033_fais-les-valises-on-rentre-a-paris.html



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