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23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 11:53
Une loi controversée, un Prix Nobel un peu limite, un fichage de plus en plus systématique, une régression sur les liens sacrés de la famille… l’ADN a fait beaucoup couler d’encre.



Bien sûr, mon titre est provocateur, simplificateur et amalgameur.

Il ne s’agit évidemment pas de remettre en cause un progrès de la science qui a permis une avancée décisive dans la connaissance de la vie, dans de nouvelles pistes pour guérir des maladies génétiques et qui a même réussi à innocenter des condamnés à mort américains.

Mais science sans conscience

L’ADN a beaucoup résonné dans médias ces derniers temps.
Surtout à cause d’un amendement précipitamment rajouté à une loi.


Une loi à l’avenir incertain

Les manifestations que la loi Hortefeux a suscitées le week-end dernier ainsi que des prises de position du comité consultatif national d’éthique et de certaines personnalités montrent à quel point l’utilisation de l’ADN est loin d’être consensuelle et que cette découverte a cristallisé des craintes évidemment légitimes dans son application sur le terrain politique et social.

Cependant, cette loi sera probablement et définitivement adoptée par l’Assemblée Nationale et le Sénat ce mardi 23 octobre 2007. Elle pourrait toutefois ne pas franchir la barrière du Conseil constitutionnel, Jacques Chirac (nouveau membre de cette instance) ayant montré de grandes réticences sur cette disposition.


Excuses et douteuses certitudes de James Watson

Étrangement, une polémique s’est enflée par la voix d’une des grandes références de l’ADN, à savoir le codécouvreur, avec Francis Crick, de la structure hélicoïdale de la molécule d’ADN, James Watson, célèbre généticien américain, qui, pour cette découverte, a obtenu en 1962 le Prix Nobel de Médecine (à l’âge de 34 ans).

Certes, ses pensées ne sont pas très claires, puisque, si, dans le Sunday Time, le 14 octobre 2007, il évoque la différence d’intelligence entre les Blancs et les Noirs en affirmant que « les recherches concluent que [le fait que leur intelligence est la même que la nôtre] n’est pas vraiment le cas. », James Watson est revenu le 19 octobre 2007 dans un communiqué en présentant ses excuses « sans réserve » et en se rétractant : « plus important de mon point de vue, il n’y a aucune base scientifique pour une telle croyance » [de différence d’intelligence].

À 79 ans, James Watson aurait peut-être été dépassé par les journalistes qui le questionnaient, expliquant que « je ne peux pas comprendre comment j’ai pu dire ce sur quoi on me cite ».

Mais hélas, ce n’est pas la première fois qu’il avait laissé planer des doutes sur ses convictions profondes, par des déclarations antérieures sur lesquelles il était parfois revenues.

Comme en 1968, sa description du physique ‘masculin’ de la physicienne anglaise d’origine juive Rosalind Franklin qui avait obtenu en 1953 les premières photographies de la molécule d’ADN, lançant ainsi James Watson dans la compréhension de sa structure (à l’insu de Rosaling Franklin qui, disparue à l’âge de 38 ans, n’eut pas la gloire de Watson).

Ou encore, comme en 1997, sur le droit d’une femme à avorter si l’enfant à naître portait « les gènes de l’homosexualité » ou enfin, ce rêve eugéniste sans doute d’un adorateur de belles femmes : « Les gens disent que ce serait horrible si on pouvait faire en sorte que toutes les filles soient jolies. Moi, je trouve que ce serait super ! ».

Cette réflexion fait d’ailleurs plus penser à un enfant heureux d’utiliser son jouet pour ses caprices personnels qu’à un futur dictateur prêt à proposer une société parfaite.

Il est établi que l’armature génétique de l’homme est très homogène et que les différences physiologiques visibles des différentes populations comme la couleur de la peau, des yeux, des cheveux, ne sont que le résultat de l’adaptation à leur environnement, climat, milieu. C’est pourquoi la notion même de races humaines n’a aucune légitimité conceptuelle.


Le fichage ADN

Un autre trouble concernant l’ADN est aussi le fichage ADN dont l’État français commence à élargir le champ d’application.

Au départ, en 1998, le fichier national automatisé des empreintes génétiques devait servir uniquement à répertorier les auteurs de crimes sexuels sur des mineurs de moins de 15 ans.

Depuis, les gouvernements, toutes tendances politiques confondues, ont élargi la base des raisons de prélever l’ADN (art. 706-55 du Code pénal) à quasiment toutes les infractions autres que routières ou financières, y compris la consommation occasionnelle de cannabis.

Aujourd’hui, 545 092 profils ADN ont été réalisés dont 470 492 enregistrés. À comparer aux 2,6 millions de profils d’empreintes digitales.

Bien sûr, un tel fichier peut accélérer certaines enquêtes criminelles sur la recherche des coupables, mais l’accumulation excessive de trop nombreux profils ADN conduit à un fichage systématique de la population également des ‘honnêtes gens’.

Là encore, l’erreur de concept est grand sur la réalité de l’ADN. Une molécule d’ADN ne caractérise pas une personne (pas plus qu’une empreinte digitale d’ailleurs) mais un simple patrimoine génétique. Et les caractéristiques qui se développent dans une personne dépendent de nombreux paramètres historiques et environnementaux après la conception mais aussi de beaucoup de hasard sur les traits dominants.

L’une des preuves est que deux vrais jumeaux ont effectivement le même patrimoine génétique mais pas forcément la même personnalité, et de toutes manières, ne sont pas le même être, la même personne.

Par ailleurs, à terme, cela posera sans doute des problèmes sur le secret médical si d’aventure, dans les tests ADN, on se décidait (discrètement) à déceler également les éventuels risques de maladies génétiques.


Les liens sacrés de la famille :
L’utilisation politique de l’ADN, une véritable régression

Cela dit, dans le bruit médiatique, un point de vue mériterait à mon avis un peu d’attention.

C’est l’archevêque de Clermont, Hippolyte Simon, 63 ans, responsable de l’épiscopat européen et auteur de plusieurs ouvrages notamment sur la laïcité et la liberté, qui évoque l’importance des liens sacrés de la famille dans une tribune publiée dans Le Monde du 20 octobre 2007.

Il parle en particulier du jugement de Salomon.

Il s’agissait de résoudre le problème de deux mères qui avaient enfanté un nouveau-né, mais l’une avait tué le sien et réclamait celui de l’autre.

Dans sa grande sagesse, ne sachant pas à qui il appartenait, le roi Salomon leur proposa de couper en deux le bébé restant pour en donner la moitié à chacune des deux mères. Si bien que l’une des deux femmes a alors renoncé à l’enfant pour lui permettre de vivre encore. Le roi Salomon reconnut ainsi la vraie mère dont l’amour allait au-delà de la possession maternelle et lui remit l’enfant.

Or, si dans cette affaire, les tests ADN avaient été possibles, le problème aurait été évidemment plus simple. Hippolyte Simon ajoute cependant que cela aurait été regrettable car « l’humanité aurait perdu un grand exemple de sagesse ».

En effet, le jugement de Salomon a fait apparaître, selon le prélat, que « pour être mère, il ne suffit pas d’avoir donné la vie. C’est l’amour authentique et désintéressé qui fonde la maternité et la filiation humaines. ».

Mais abandonnant des références bibliques peut-être plus difficilement audibles de nos jours, Hippolyte Simon cite aussi Marcel Pagnol : « Les animaux aussi peuvent donner la vie. Mais le père, Marius, c’est celui qui aime ! » et Michel Serres : « Dans [la Sainte Famille], tous s’aiment d’un amour d’adoption, que j’appellerai, pour ma part, amour de dilection ».

L’archevêque poursuit en insistant sur le fait que « la famille humaine n’est pas une affaire d’engendrement (…). Elle repose sur un pacte de confiance et d’amour ». Sans refuser le recours aux tests ADN pour certains cas extrêmes (« en cas de malheur »), il souligne que « chacun comprend qu’une ‘paternité’ établie de cette manière [biologique] est bien pauvre ».

Pour lui, « on ne touche pas impunément à la famille, car elle constitue le noyau symbolique le plus intime et le plus précieux de l’humanité ».

Et il conclut que l’utilisation abusive des tests ADN à des fins politiques ou sociales serait « à coup sûr une régression en deçà du seuil d’humanisation franchi grâce au jugement de Salomon ».


L’ADN, facilitateur d’eugénisme, facteur de régression des liens familiaux, élément de fichage de la population… mais aussi découverte formidable qui peut apporter de très grands progrès dans la médecine.

Comme toujours, le progrès scientifique ne doit pas se substituer à la sagesse humaine, mais simplement… l’accompagner.

Sylvain Rakotoarison




Article paru sur Agoravox.





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La Tribune de Mgr Hippolyte Simon

Point de vue

Pas touche à la famille, par Hippolyte Simon

LE MONDE | 19.10.07 | 13h52  •  Mis à jour le 19.10.07 | 13h52

Si le roi Salomon avait eu à sa disposition des tests ADN pour résoudre le problème qui lui était posé par les deux femmes - dont l'une avait étouffé son enfant dans la nuit -, son problème eût été simple. Mais le recours à cette facilité eût été profondément regrettable. L'humanité aurait perdu un grand exemple de sagesse. Sous son apparente brutalité, le jugement de Salomon a fait franchir à l'humanité un seuil de première importance. Il a fait apparaître clairement que, pour être mère, il ne suffit pas d'avoir donné la vie. C'est l'amour authentique et désintéressé qui fonde la maternité et la filiation humaines.

Ceux qui ne connaissent pas la Bible ou qui l'ont oubliée pourront relire Marcel Pagnol et cette réplique de César à Marius : "Les animaux aussi peuvent donner la vie. Mais le père, Marius, c'est celui qui aime !" Plus près de nous, le philosophe Michel Serres, lors d'une conférence à Clermont-Ferrand, a quelque peu surpris son auditoire en déclarant tout de go : "Le christianisme a bien raison de présenter la Sainte Famille comme le sommet de l'humanité, car dans cette famille tous s'aiment d'un amour d'adoption, que j'appellerai, pour ma part, amour de dilection..."

Cet amour de dilection n'abolit pas le lien biologique, et les deux peuvent évidemment se renforcer mutuellement. L'ignorance du second peut devenir dramatique. En témoignent les recherches éperdues de certains enfants adoptés pour retrouver leur père et ou leur mère biologique. De la même façon, cet amour d'adoption ne supprime pas la nécessité pour tout enfant de pouvoir s'identifier à son père et à sa mère. C'est un autre débat.

Mais la famille humaine n'est pas une affaire d'engendrement. Son élément nourricier est aussi et d'abord celui de la parole engagée par l'homme et la femme qui l'ont fondée. Elle repose sur un pacte de confiance et d'amour. Le recours à des tests ADN pour établir une preuve en matière de filiation est toujours le signe que la confiance et l'amour ont disparu. Qu'on le veuille ou non, cette parole reste une parole de mort. Dans le domaine des relations personnelles, il est une forme de savoir scientifique qui peut tuer la connaissance vivante, celle qui repose sur le respect mutuel et la parole donnée. En cas de malheur, car cette situation est un malheur, la justice peut exiger par ce moyen matériel qu'un homme reconnaisse qu'il est le géniteur d'un enfant et qu'il remplisse ses devoirs économiques envers celui-ci. Mais chacun comprend qu'une "paternité" établie de cette manière est bien pauvre.

PARTIR POUR SURVIVRE

L'immigration, de son côté, constitue aussi un malheur. Pour en avoir souvent parlé avec mes frères évêques d'Afrique, elle est un malheur pour le pays qui perd ses éléments les plus dynamiques. Elle l'est aussi pour les gens qui doivent partir pour survivre. Et elle crée, dans un premier temps, un vrai problème pour les pays qui les accueillent. Enfin tout le monde peut comprendre que l'émigration économique ne peut pas être une solution durable. Le développement des pays pauvres est une nécessité. L'Union européenne, donc la France, est confrontée, pour longtemps, à une vraie contradiction. Il n'y a pas de réponse simple à cette immense question.

Pour autant, l'idée d'introduire le recours à des tests ADN en matière de regroupement familial ne me paraît pas recevable. L'émotion soulevée par l'article d'un projet de loi est tout à fait compréhensible. On ne touche pas impunément à la famille, car elle constitue le noyau symbolique le plus intime et le plus précieux de l'humanité. Je ne sais pas combien d'abus cette disposition permettrait d'éviter.

Mais je sais que ce serait à coup sûr une régression en deçà du seuil d'humanisation franchi grâce au jugement de Salomon. Je ne pense pas qu'il soit judicieux d'ajouter du malheur au malheur. Est-ce ainsi que l'on pourrait sauvegarder l'identité d'un pays qui n'a déjà que trop tendance à se montrer oublieux de son authentique héritage religieux ?

Hippolyte Simon est archevêque de Clermont.

Article paru dans l'édition du 20.10.07



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