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3 mars 2016 4 03 /03 /mars /2016 06:35

Une femme parviendra-t-elle à devenir un jour Secrétaire Générale des Nations Unies ?


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L’actuel Secrétaire Général de l’ONU, le Sud-coréen Ban Ki-Moon, terminera son second mandat de cinq ans à la tête de l’ONU le 31 décembre 2016. Rien ne l’empêcherait de postuler à un troisième mandat mais son âge (71 ans) et la coutume font qu’il ne sera pas candidat.

Parlant le français et l’anglais, Ban Ki-Moon est un diplomate de grand talent. En 1962, il avait gagné un concours parrainé par la Croix-Rouge et avait pu s’envoler aux États-Unis où il a pu rencontrer le Président américain John Kennedy. Diplômé en relations internationales à l’Université de Séoul (1970) et à Harvard (1975), il est devenu diplomate sud-coréen à l’ONU dès 1978. Après avoir travaillé longuement dans les relations entre la Corée du Sud et l’ONU, il fut en 1996 le conseiller à la sécurité national de Kim Young-Sam, Président de la République sud-coréenne du 25 février 1993 au 25 février 1998 (mort récemment, le 22 novembre 2015).

Il fut directeur de cabinet de Han Seung-Soo (futur Premier Ministre sud-coréen du 29 février 2008 au 28 septembre 2009), à la Présidence de l’Assemblée générale des Nations Unies en 2001-2002, au moment où les Nations Unies reçurent le Prix Nobel de la Paix 2001, et il fut ensuite nommé Ministre sud-coréen des Affaires étrangères du 17 janvier 2004 au 10 novembre 2006. Il quitta ce ministère pour l’ONU, puisqu’il fut élu par acclamations par l’Assemblée générale des Nations Unies le 13 octobre 2006 et fut réélu par acclamations le 21 juin 2011. Il y avait eu sept candidats à la succession de Kofi Annan (dont la Présidente de Lettonie Vaira Vike-Freiberga) et Ban Ki-Moon n’était pas celui qui était le mieux placé lorsqu’il avait fait acte de candidature en février 2006. Son premier mandat a commencé le 1er janvier 2007 après avoir prêté serment le 14 décembre 2006.

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Depuis neuf ans qu’il est à la tête de l’ONU, Ban Ki-Moon n’a jamais raté une occasion de réaffirmer les valeurs qui ont présidé à la création des Nations Unis notamment sur la démocratie et la paix, en publiant beaucoup de communiqués qui, souvent, laissent le goût très amer de l’impuissance d’un ministère de la parole. C’est particulièrement le cas lorsqu’il condamne les très nombreux attentats meurtriers perpétrés non seulement au Proche et Moyen-Orient mais aussi dans tous les autres pays du monde, et notamment en France lors des attentats du 13 novembre 2015.

Ainsi, à minuit cinquante dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015, alors que la tuerie au Bataclan n’était pas encore achevée, un communiqué de presse énonçait doctement qu’il « a exigé la libération immédiate des nombreuses personnes qui auraient été prises en otage dans le théâtre du Bataclan ». Ce type d’incantation fait tristement penser à un film pourtant humoristique, "Mars Attacks !" où un négociateur français croit encore pouvoir obtenir la paix auprès des cyniques envahisseurs martiens.

Je suis critique mais je dois reconnaître aussi qu’il ne faut pas sous-estimer les incantations dans une société où règne la communication par excellence, grâce notamment aux moyens technologiques modernes. Ces phrases qui peuvent être de simples bouteilles à la mer sont désormais lues par beaucoup de monde sur Internet et peuvent faire évoluer la conscience des peuples sinon de leurs dirigeants.


Procédure pour la succession

C’est le vendredi 26 février 2016 que le Danois Mogens Lykketoft, qui est le Président de l’Assemblée générale de l’ONU depuis le 15 septembre 2015, a annoncé qu’il allait proposer aux candidats à la succession de Ban Ki-Moon « d’avoir un dialogue informel avec l’Assemblée Générale ». Il a en effet envoyé une lettre à chaque État membre le 25 février 2016 et il souhaite organiser les rencontres avec les candidats dans un mois, du 12 au 14 avril 2016 : « Ces rencontres permettront aux candidats de présenter leur candidature et aux États membres de poser des question. Nous allons demander aux candidats de fournir une déclaration courte sur leur vision que mon bureau fera circuler auprès des États membres et du grand public. ». Cette volonté très nouvelle de grande transparence dans le choix du futur Secrétaire Général rendra ces débats publics et ceux-ci seront diffusés sur Internet. Une première donc dans une procédure habituellement confidentielle.

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Le texte de référence est l’article 97 de la Charte des Nations Unies, adoptée le 26 juin 1945 à San Francisco, qui stipule : « Le Secrétaire Général est nommé par l’Assemblée Générale sur recommandation du Conseil de Sécurité. ».

Il y a donc deux étapes, une décision du Conseil de Sécurité qui pourrait recommander plusieurs candidats même s’il n’y a jamais eu qu’un seul de recommandé (la résolution 11 de l’Assemblée Générale du 24 janvier 1946 explique qu’il est souhaitable de « présenter un candidat unique ») ; et une décision de ratification par l’Assemblée Générale.

Même si cette année, c’est le Président de l’Assemblée Générale qui semble s’être investi pour plus de transparence, c’est bien le Conseil de Sécurité qui a le plus grand rôle. Ainsi, l’article 48 du Règlement intérieur provisoire du Conseil de Sécurité rappelle que « toute recommandation à l’Assemblée Générale concernant la nomination du Secrétaire Général doit être discutée et décidée lors d’une réunion privée ». En cas de plusieurs candidats en lice, le Conseil de Sécurité procède à un vote.

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Comme pour n’importe quelle autre résolution de « décision de fond », la recommandation du candidat « est sujette au veto » d’un membre permanent du Conseil de Sécurité. Ainsi, pour la seule fois de l’histoire de l’ONU, Boutros Boutros-Ghali n’a pas vu son mandat renouveler en raison du veto des États-Unis.


L’indépendance du Secrétaire Général de l’ONU

C’est aussi pour une raison d’indépendance et de neutralité qu’aucun ressortissant de États membres permanents du Conseil de Sécurité ne peut être désigné à la tête de l’ONU (c’est donc valable pour la France autant que pour les États-Unis, la Russie, la Chine et la Grande-Bretagne).

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Cette indépendance est même statutaire puisqu’elle est inscrite dans l’article 100 de la Charte : « Dans l’accomplissement de leurs devoirs, le Secrétaire Général et le personnel ne solliciteront ni n’accepteront d’instructions d’aucun gouvernement ni d’aucune autorité extérieure à l’Organisation. Ils s’abstiendront de tout acte incompatible avec leur situation de fonctionnaires internationaux et ne sont responsables qu’envers l’Organisation. ». Et réciproquement : « Chaque membre de l’Organisation s’engage à respecter le caractère exclusivement international des fonctions du Secrétaire Général et du personnel et à ne pas chercher à les influencer dans l’exécution de leur tâche. ».

Par les actions dont il a l’initiative, « le Secrétaire Général peut attirer l’attention du Conseil de Sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales » (article 99 de la Charte).

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À ce jour, Mogens Lykketoft a indiqué qu’il avait reçu six candidatures pour succéder à Ban Ki-Moon. Elles émanent toutes des Balkans (au sens très large). Normalement, dans le cadre d’une rotation des continents, le poste devrait revenir à un ressortissant européen. Trois des six candidats sont des candidates. Les six ont de sérieuses références internationales, universitaires ou politiques. Ce sera peut-être l’occasion d’imaginer enfin, après soixante-dix ans de fonctionnement, une ONU dirigée par une femme. Je présente très succinctement ces six candidats.


1. Irina Bokova (63 ans) de Bulgarie

Conseillère aux Nations Unies en 1980 pour la Bulgarie, Irina Bokova s’est engagée à la chute du mur de Berlin dans l’ancien parti communiste bulgare. Comme Ban Ki-Moon, elle a suivi des cours d’économie à la John F. Kennedy School of Government de Harvard. Candidate malheureuse à la Vice-Présidence de la République bulgare en 1996, elle fut Ministre bulgare des Affaires étrangères du 13 novembre 1996 au 12 février 1997 et s’impliqua dans l’adhésion de la Bulgarie à l’OTAN et à l’Union Européenne. Entre 2005 et 2009, elle fut ambassadrice de Bulgarie en France, à Monaco puis à l’Unesco. Enfin, choisie le 22 septembre 2009 puis élue formellement le 15 octobre 2009, Irina Bokova est directrice générale de l’Unesco depuis le 15 novembre 2009, reconduite dans ses fonctions le 12 novembre 2013 pour un second mandat de quatre ans. Elle a l’expérience de la gestion d’une institution internationale majeure.


2. Vesna Pusic (62 ans) de Croatie

Diplômée de sociologie et de philosophie de l’Université de Zagreb, Vesna Pusic fut présidente du parti libéral (HNS) de 2000 à 2008. Elle présida le Comité national pour le suivi de l’adhésion de la Croatie à l’Union Européenne de 2005 à 2008. Candidate à l’élection présidentielle du 27 décembre 2009 (elle n’a obtenu que 7,3% au premier tour), elle a fait partie de la coalition qui a gagné les élections législatives du 4 décembre 2011. À ce titre, Vesna Pusic a été nommée Ministre croate des Affaires étrangères et européennes du 23 décembre 2011 au 22 janvier 2016 dans le gouvernement de Zoran Milanovic, avec à partir du 16 novembre 2012 le titre de Premier Vice-Premier Ministre. Elle a quitté le gouvernement le 22 janvier 2016 à la suite de l’échec de justesse de sa coalition aux élections législatives du 8 novembre 2015.


3. Natalia Gherman (46 ans) de Moldavie

Fille du premier Président de la République de Moldavie Mircea Snegur (du 3 septembre 1990 au 15 janvier 1997), elle a suivi des études à Kichinev et à Londres. Ambassadrice de Moldavie en Autriche (2002 à 2006) puis en Scandinavie (2006 à 2009), elle fut nommée le 29 juin 2009 vice-ministre des Affaires étrangères et de l’Intégration européenne et négocia pour conclure un accord de coopération avec l’Union Européenne. Natalia Gherman a ensuite été nommée Vice-Premier Ministre et Ministre moldave des Affaires étrangères du 30 mai 2013 au 20 janvier 2016 et a même assuré l’intérim des fonctions de Premier Ministre du 22 juin 2015 au 30 juillet 2015.


4. Igor Luksic (39 ans) du Monténégro

Diplômé d’économie à Podgorica (1998), avec plus tard un doctorat d’économie (2005), il a commencé très tôt une carrière politique (en février 2000) au sein de l’ancien parti communiste. Élu député en 2001 au Parlement du Monténégro, également élu au Parlement de la Fédération de Serbie et Monténégro entre 2003 et 2006 (il fut vice-ministre des Affaires étrangères de cet État entre mars 2003 et février 2004), il fut pendant quelques mois en 2003 le conseiller du Premier Ministre monténégrin Milo Dukanovic (l’une des personnalités politiques incontournables du Monténégro depuis la guerre en ex-Yougoslavie). À 27 ans, Igor Luksic a été nommé Ministre monténégrin des Finances du 16 février 2004 au 29 décembre 2010 (il réforma la fiscalité et libéralisa l’économie) avec le titre de Vice-Premier Ministre du 5 juin 2006 au 29 décembre 2010, au moment de l’indépendance du Monténégro, puis il succéda, à l’âge de 34 ans, à Milo Dukanovic comme Premier Ministre du Monténégro du 21 décembre 2010 au 3 décembre 2012 (fonctions qu’il laissa ensuite à Milo Dukanovic).


5. Danilo Turk (64 ans) de Slovénie

Il a soutenu un doctorat en droit à Ljubljana sur le principe de non-intervention dans le droit international en 1982. Il travailla à l’ONU de 1986 à 1992 et collabora avec Amnesty International pour faire des rapports sur les droits de l’Homme en Yougoslavie. Après l’indépendance de la Slovénie, Danilo Turk fut le premier ambassadeur de Slovénie à l’ONU de 1992 à 2000. Il fit élire la Slovénie au sein du Conseil de Sécurité en 1998-1999 et fut élu Président du Conseil de Sécurité de l’ONU d’août 1998 à novembre 1999. Il fut conseiller du Secrétaire Général de l’ONU Kofi Annan pour les affaires politiques de 2000 à 2005. Professeur de droit international à l’Université de Ljubljana, il fut élu Président de la République de Slovénie le 11 novembre 2007 au second tour (avec 68,2% des voix) à partir d’une candidature indépendante soutenue par les sociaux-démocrates et les démocrates-chrétiens. Président de Slovénie du 22 décembre 2007 au 22 décembre 2012, il échoua à se faire réélire à l’élection présidentielle du 2 décembre 2012 au second tour (n’obtenant que 32,6% face au candidat élu Borut Pahor qui fut son ancien Premier Ministre).


6. Srgjan Kerim (67 ans) de l’ex-République yougoslave de Macédoine

Docteur en sciences économiques de l’Université de Belgrade en 1982, il fut professeur d’économie internationale à Belgrade et également à Hambourg et à New York (intervenant dans plus d’une centaine de conférences internationales). Srgjan Kerim fut, de 1986 à 1989, Ministre des Relations économiques de la République fédérée de Macédoine et, de 1989 à 1991, vice-ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Yougoslavie. Puis, il fut, à l’indépendance de son pays (ex-République yougoslave de Macédoine), ambassadeur macédonien en Allemagne et en Suisse (1994 à 2000). Il a été nommé Ministre macédonien des Affaires étrangères de 2000 à 2001, puis ambassadeur macédonien à l’ONU de 2001 à 2003. Élu le 24 mai 2007, Srgjan Kerim fut Président de la 62e Assemblée Générale de l’ONU du 18 septembre 2007 au 16 septembre 2008.

Désigné par le gouvernement macédonien le 17 septembre 2015, Srgjan Kerim est le premier candidat à s’être déclaré candidat à la succession de Ban Ki-Moon et son programme tient en cinq points : réforme de l’ONU pour une gouvernance plus démocratique ; priorité à la sécurité, facteur de paix et de prospérité ; adaptation aux changements climatiques ; promotion de l’éducation et de l’égalité ; enfin, adaptation aux migrations dans le monde.


Déplacer des montagnes…

Comme on le voit, ces six candidats ont beaucoup d’expérience et de reconnaissance internationale, souvent des universitaires chevronnés. Qu’il soit homme ou femme, jeune ou plus âgé, souhaitons que le candidat retenu aura le courage et la personnalité de déplacer des montagnes, car c’est bien de cela qu’il s’agit dans ce poste aux actions si impuissantes et si inefficaces mais aux enjeux si cruciaux…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (3 mars 2016)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Ban Ki-Moon.
Boutros Boutros-Ghali.
Kurt Waldheim.
La COP21.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20160226-onu-ban-ki-moon.html

http://www.agoravox.fr/actualites/international/article/onu-qui-succedera-a-ban-ki-moon-178344

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2016/03/03/33446157.html



 

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