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22 septembre 2017 5 22 /09 /septembre /2017 04:49

« Nous avons pour nous la force des pionniers, l’endurance, la certitude et l’énergie de ceux qui veulent construire un monde meilleur, et, oui, ce monde meilleur créera de l’innovation, des emplois, n’en déplaise à ceux et à celles qui veulent croire que l’avenir ne se regarde qu’en arrière. » (19 septembre 2017 à New York).


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À l’occasion de la 72e Assemblée Générale des Nations Unies à New York, le Président français Emmanuel Macron a prononcé, le 19 septembre 2017, un grand discours où il a fait l’apologie du multilatéralisme dont le meilleur outil est l’ONU. Il a fait discours quelques minutes après celui du Président américain Donald Trump qui, au contraire, le contraste fut frappant, n’a cessé de rappeler les seuls intérêts des États-Unis ("America first"), ce qui a contribué à renforcer l’isolement américain de la scène mondiale.

De ces deux discours, nul doute que restera dans les mémoires de la "communauté internationale" le discours très belliciste de Donald Trump, finalement peu différent, sur le ton, de ses discours de politique intérieure, au point de menacer directement la Corée du Nord de la "détruire totalement" ("totally destroy") si elle ne renonçait pas à l’arme nucléaire. Cela ne retire rien au mérite d’Emmanuel Macron d’avoir posé une nouvelle fois la volonté française de peser de façon déterminante dans les affaires du monde, sans pour autant montrer une quelconque arrogance.

Après cinq ans de présence ectoplasmique sur le champ mondial (celle de François Hollande, beaucoup trop soucieux de politique politicienne), la France revient donc par la grande porte dans ses missions d’éclaireur du monde. Emmanuel Macron contribue ainsi (mais ce n’est pas nouveau, dès sa prise de fonction, c’était ainsi) à redonner fierté et confiance à la France dans sa capacité d’influer sur les affaires du monde.

Voici quelques éléments à retenir de ce discours d’Emmanuel Macron dont on pourra lire l’intégralité ici.


1. La Syrie

Emmanuel Macron a évoqué l’urgence à « enclencher enfin une feuille de route politique inclusive en Syrie » avec les « deux lignes rouges » de la France : « D’abord, une intransigeance absolue sur l’emploi d’armes chimiques. Les auteurs de l’attaque du 4 avril dernier devront être traduits devant la justice internationale, et cela ne doit plus jamais se produire. Ensuite, l’absolue nécessité d’aménager les accès aux soins de tous et toutes, de permettre les structures médicales, de protéger les populations civiles. La France a décidé d’en faire l’une des priorités de sa Présidence du Conseil de sécurité le mois prochain. ».


2. La défense des minorités pourchassées

Il a pris la défense notamment des Rohingyas qu’il convient de protéger : « La nécessité, c’est aujourd’hui la fuite, face aux persécutions dont sont victimes les Rohingyas. Plus de 400 000 réfugiés dont la majorité sont des enfants. Les opérations militaires doivent cesser, l’accès humanitaire doit être assuré, et le droit rétabli face à ce qui est, nous le savons, un nettoyage ethnique. La France prendra l’initiative au Conseil de sécurité sur ce sujet. ».


3. La contribution de la France au développement

Il a annoncé que la France consacrerait 0,55% du PIB à l’aide publique au développement d’ici cinq ans, avec deux priorités, l’éducation et la santé, plus particulièrement la lutte contre les grandes pandémies et contre la malnutrition : « Les causes profondes, morales, civilisationnelles, si nous voulons les relever, c’est par une véritable politique de développement que nous pouvons le faire. ».

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Mais cette aide au développement ne se limite pas qu’à l’éducation et à la santé : « Dans ce combat pour le développement, nous avons aussi besoin de soutenir la place des femmes, la culture et la liberté d’expression. Partout où la place de la femme est remise en cause, bafouée, c’est le développement qui est bloqué, c’est la capacité d’une société à s’émanciper, à prendre sa juste place qui est ainsi bloquée, ce ne sont pas des sujets de société anodins, c’est un combat de civilisation profond, c’est notre combat, ce sont nos valeurs et elles ne sont pas relatives, elles sont éminemment universelles (…). ».


4. Le réchauffement climatique

Regrettant le désengagement des États-Unis de l’Accord de Paris, Emmanuel Macron a insisté pour au contraire vouloir le renforcer en raison des nouveaux cataclysmes (Irma, José, Maria, etc.) provenant de cette transformation climatique : « L’avenir du monde, c’est celui de la planète qui est en train de se venger de la folie des hommes, la nature nous rappelle à l’ordre et nous intime d’assumer notre devoir d’humanité et de solidarité. (…) Quand certains voudraient s’arrêter, nous devons continuer à avancer, à aller plus loin, parce que le réchauffement climatique, lui, ne s’arrête pas, (…) parce que notre devoir de solidarité et d’humanité ne s’arrête pas. (…) Derrière chacune de nos décisions, il y a des voix, il y a des vies, il y a le cortège invisible de ceux que nous défendons parce qu’un jour, on nous a nous-mêmes défendus. ».


5. Le Venezuela

Évoquant la "dictature", il a réaffirmé l’importance de respecter les règles démocratiques : « L’action collective doit maintenir dans ce pays le respect de la démocratie, le respect de toutes les forces politiques et ne rien céder aux tendances dictatoriales qui sont aujourd’hui à l’œuvre. ».


6. La Corée du Nord

Le politologue Stephan Haggard, dans le magazine américain "Time", a considéré : « Trump vient d’offrir au régime nord-coréen la citation du siècle ! ».

Rejetant les menaces contreproductives de Donald Trump, qui ne peuvent que renforcer la détermination des Nord-coréens à développer leur armement nucléaire, Emmanuel Macron a prôné le dialogue et la négociation : « Le multilatéralisme peine à faire face au défi de la prolifération nucléaire. Il ne parvient pas à conjurer des menaces que nous pensions à jamais révolues et qui sont réapparues brutalement dans notre présent. Ainsi, Pyongyang a franchi en le revendiquant un seuil majeur dans l’escalade militaire. La menace nous concerne tous immédiatement, existentiellement, collectivement. À ce jour, la Corée du Nord n’a donné aucun signe d’une volonté de négocier. Ses dirigeants s’enferment dans une surenchère acharnée. Notre responsabilité, avec tous nos partenaires dont la Chine et la Russie, est de ramener par la fermeté à la table des négociations d’un règlement politique de la crise. La France refusera toute escalade et ne fermera aucune porte au dialogue, si les conditions sont réunies pour que ce dialogue soit utile à la paix. ».


7. L’Iran

Opposé à Donald Trump dans son rejet de l’accord iranien du 14 juillet 2015 (« un accord solide, robuste et vérifiable, qui permet de garantir que l’Iran ne se dotera pas de l’arme nucléaire »), Emmanuel Macron n’est cependant pas opposé à le compléter, notamment pour la période d’après 2025 : « Soyons plus exigeants, mais en rien ne détricotons ce que les accords précédents ont déjà permis de sécuriser. ».

D’où cet éloge répété au multilatéralisme : « Regardons la situation dans laquelle nous sommes aujourd’hui. Avons-nous, par l’absence de dialogue, mieux endiguer la situation en Corée du Nord ? Pas une seule seconde. Partout où le dialogue, le contrôle, le multilatéralisme se dotent d’armes efficaces, il est utile. C’est cela que je veux pour nous tous et toutes. ».


8. Le multilatéralisme pour construire la paix

L’élément clef de son discours concerne donc le multilatéralisme. Emmanuel Macron a expliqué que le multilatéralisme a été souvent discrédité en raison d’un certain cynisme et d’un manque de volonté politique : « Nous avons laissé s’installer que le multilatéralisme était en quelques sortes un sport confortable, un jeu pour diplomates assis, l’instrument des faibles, c’est cela, ce qui s’est passé depuis tant et tant d’années. Nous avons laissé croire que le multilatéralisme ne pouvait pas tout régler. (…) Nous avons laissé croire qu’on était plus crédibles et plus forts lorsqu’on agissait de manière unilatérale. C’est faux. (…) Nous avons laissé les dérèglements du monde prendre le dessus. Nous avons traîné à régler le réchauffement climatique, à traiter des inégalités contemporaines qu’un capitalisme déréglé s’est mis à produire. (…) Notre défi (…), c’est de savoir refonder [le multilatéralisme]. ».

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Rejetant l’unilatéralisme trumpien, Emmanuel Macron a mis une équivalence certaine entre multilatéralisme et paix durable : « Tous nos défis sont mondiaux (…), tout cela, nous ne les réglerons qu’à l’échelle de la planète, de manière multilatérale. [Sinon], nous laissons la loi du plus fort l’emporter. (…) C’est [la règle du droit] qui nous a faits, c’est cela qui construit la paix dans la durée. (…) Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin du multilatéralisme (…). C’est la règle du droit, c’est l’échange entre les peuples, c’est l’égalité de chacune et chacun d’entre nous, c’est ce qui permet de construire la paix et de relever chacun de nos défis. ».


9. La réforme de l’ONU

L’ONU comme l’instrument adéquat du multilatéralisme : « L’ONU a toute légitimité pour agir et préserver les équilibres du monde. C’est pourquoi je veux une ONU plus responsable, plus efficace, plus agile. (…) La France sera là, aux côtés des Nations Unies, pour la réforme en cours. ». En particulier, la réforme du droit de veto.


10. Enfin, le multilatéralisme comme une assurance vie

Emmanuel Macron a conclu son long discours par cette affirmation que l’intérêt des plus faibles était aussi celui des plus forts : « Ne pas écouter la voix des opprimés et des victimes, c’est laisser leur malheur prospérer, jusqu’au jour où il nous frappera tous. C’est oublier que nous-mêmes, chacune et chacun, à un moment de notre histoire, nous avons été ces opprimés et d’autres ont entendu nos voix. C’est oublier que notre sécurité, c’est leur sécurité, que leur vie engage la nôtre et que nous ne saurions rester indemnes dans un monde qui s’embrase. Ne pas écouter ceux qui nous appellent à l’aide, c’est croire que les murs et les frontières nous protègent. ».

En d’autres termes : « Ne pas écouter ces voix, c’est croire que leur misère n’est pas la nôtre. Que nous posséderons pour toujours les biens dont ils ne pourront que rêver. Mais lorsque ce bien, c’est la planète, lorsque ce bien, c’est la paix, la justice, la liberté, pensez-vous que nous puissions en jouir seuls, dans un coin ? Si nous ne prenons pas la défense de ces biens communs, nous serons tous balayés. Nous laissons s’enflammer des brasiers où demain l’histoire jettera nos propres enfants. ».

Ainsi, sa profession de foi terminale : « Je veux croire aujourd’hui dans un multilatéralisme fort, responsable. C’est la responsabilité de notre génération, si elle ne veut pas laisser place à la fatalité. Nous n’avons qu’un courage à avoir (….), celui d’entendre ces voix, celui de ne pas dévier de la trace que nous devons laisser dans l’histoire et celui, à chaque instant, de considérer que nous devons réconcilier notre intérêt et nos valeurs, notre sécurité et les biens communs de la planète. ».

Au-delà de ce discours très pertinent et très dense intellectuellement, il reste évidemment à savoir quel sera le degré d’influence de la France, dans les mois et années à avenir, sur la scène internationale, en tant que médiatrice de paix, tandis que les États-Unis s’éloigneront peu à peu de leurs propres responsabilités…


Aussi sur le blog.

Sylvain Rakotoarison (21 septembre 2017)
http://www.rakotoarison.eu


Pour aller plus loin :
Le nouveau Secrétaire Général de l’ONU.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 7 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 8 septembre 2017 à Athènes.
Texte intégral du discours d’Emmanuel Macron le 19 septembre 2017 à New York.
Texte intégral du discours de Jean-Claude Juncker le 13 septembre 2017 à Strasbourg.
Emmanuel Macron et la refondation de l’Europe (7 septembre 2017).
Emmanuel Macron à l’ONU, apôtre du multilatéralisme (19 septembre 2017).
Le dessein européen de Jean-Claude Juncker (13 septembre 2017).
Une avancée majeure dans la construction européenne.
La XVe législature de la Ve République.
Emmanuel Macron sous le sceau de l’histoire.

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http://rakotoarison.over-blog.com/article-sr-20170919-macron-onu.html

https://www.agoravox.fr/actualites/international/article/emmanuel-macron-a-l-onu-apotre-du-197019

http://rakotoarison.canalblog.com/archives/2017/09/22/35694967.html


 

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Published by Sylvain Rakotoarison - dans Politique internationale
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Brighitt 23/09/2017 09:13

Bonjour.
Ce texte n'est pas de lui, il l'a apprit comme un comédien apprend son texte

Résultats officiels
de l'élection présidentielle 2012
 


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